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Diplôme d’État d’Accompagnant Éducatif et Social

DC2 : Accompagner la personne au quotidien et dans la proximité

Session 2017
INTRODUCTION

Présentation personnelle :

J’ai 43 ans, je suis marié et père d’un garçon de 2 ans. Je souhaite obtenir mon DEAES (Diplôme
d’État d’Accompagnant Éducatif et Social) afin de me professionnaliser. Mon souhait étant de
travailler ensuite en structure collective et plus particulièrement auprès de personnes en situation de
handicap.
Avant d’intégrer la formation DEAES, j’ai travaillé 1 an et demi en Foyer de Vie comme
Remplaçant Éducatif et Surveillant de nuit.
J’ai également été Auxiliaire de Vie Scolaire pendant 6 ans.

Présentation de la structure:

Le Foyer de Vie¹ où j’effectue mon stage est situé sur une petite commune bretonne. C’est un
établissement médico-social dépendant d’une association. Il a ouvert il y a quelques mois.
Implanté à proximité du bourg qui est accessible à pied, il bénéficie d’un environnement très
paisible. La résidence, de part son implantation au sein du bourg, facilite les déplacements des
résidents ainsi que leur intégration.
Le foyer accueille des personnes handicapées adultes, hommes et femmes de 20 à 60 ans. Ils sont en
situation de handicap mental et/ou psychique avec déficience intellectuelle associée.
L’établissement, de plain-pied, se compose d’une aile réservée aux bureaux, locaux techniques,
cuisine et de 4 maisons communicantes entre elles, équipées de salons, salles à manger, salles
d’activités, etc.
La notion de transversalité a été incluse dans la conception du bâtiment de manière à offrir aux
résidents la possibilité de se rencontrer. Par exemple, il existe un office commun entre deux unités.
Cela permet de créer de l’échange et de l’émulation durant ce temps-clé du repas.
Chaque résident possède une chambre équipée d’une salle de bain avec sanitaire, qu’il a meublée et
décorée à son goût.

Service accompagnement
Service accompagnement
21
21
-- 44 E.S
E.S
-- 1212 AMP
AMP
-- 4
4 A.S
A.S
-- 0.60
0.60 Psychologue
Psychologue

Sercvices Généraux
Sercvices Généraux
7
7
-- 4 ASI
4 ASI
-- 1
1 Ouvrier
Ouvrier Entretien
Entretien
-- 22 Surveillant
Surveillant de
de Nuit
Nuit
Responsable de
Responsable de
Direction
Direction Direction
Direction Adjointe
Adjointe Service
Service
0.40
0.40 1
1 0.50
0.50

Services
Services Administratif
Administratif
1.80
1.80
-- 0.80 Comptable
0.80 Comptable
-- 1
1 Secrétaire
Secrétaire

Service
Service SoinsSoins
7
7
-- 1
1 IDE
IDE
-- 44 A.S
A.S jour
jour
-- 2
2 A.S nuit
A.S nuit

¹ Les Foyers de Vie, mettent en œuvre des soutiens médico-sociaux destinés aux adultes handicapés qui disposent d’une certaine
autonomie et qui ne relèvent pas d’une admission en Foyers d’Accueil Médicalisés (FAM) ou en Maisons d’Accueil Spécialisées
(MAS), mais qui ne sont pas aptes malgré tout à exercer un travail productif, même en milieu protégé. Il s’agit donc d’y développer
l’autonomie des résidents ou, tout au moins, de prévenir toute forme de régression par la réalisation d’activités quotidiennes
diversifiées, adaptées aux capacités des résidents.
PRÉSENTATION DE J (pour la tâche spécifique )

Nous sommes sur un contexte d’ouverture de foyer et J n’a pas encore de projet personnalisé au moment de
mon stage et pas d’anamnèse car son dossier médical est en transit.
J’ai réuni ces infos le concernant au travers des informations de son dossier, de la fiche « habitudes de
vie » rédigée par le référent de J ainsi que sur ce que j’ai pu observer lors de mon stage ou apprendre lors
de communications orales formelles ou informelles.

J est un homme de 53 ans, très agréable et ayant un bon accès à l’humour.


Il est sous la tutelle d’un mandataire judiciaire.
Il a travaillé environ 20 ans en ESAT (Établissement et Service d’Aide par le Travail). D’abord à
plein-temps, puis les deux dernières années en atelier alterné (travail à temps partiel + activités
d’épanouissement: manuelles, culturelles, sportives).
Ayant exprimé le souhait de stopper son activité, il est orienté en foyer de vie en janvier 2016. Ce
foyer dépend de la même structure d’hébergement dépendant de l’ESAT.
Mais depuis près de 2 ans et l’annonce de son orientation en foyer de vie, J souhaite quitter cet
endroit, cette ville, pour aller dans son foyer actuel. C’est un choix de sa part, très présent dans son
discours, qui a été soutenu par l’équipe éducative et le tuteur. La famille (fratrie), par contre, aura
beaucoup manifesté le désir que J vienne dans un autre foyer, plus proche de leur domicile. J aura
a lutter contre cette objection et affirmer son choix.
Il intègre donc son foyer actuel en février 2017.
Il est accueilli par ses frères et sœurs 1 week-end/3 suivant un planning qui est mis en place par J
et l’équipe éducative, en accord avec sa famille.

Depuis son entrée au foyer, J ne trouve pas sa place et demande à changer de lieu de vie. Il veut
partir vivre dans celui que sa famille privilégiait.
Au moment où j’arrive en stage, l’équipe éducative cherche une cohésion dans les réponses qu’elle
peut lui apporter. En effet, il est dans l’errance sur la structure et vient à la rencontre des
encadrants en les interrogeant dès que l’occasion se présente. Il questionne le moment de son
départ pour son «futur foyer», ses retours en week-end.
Son mal-être est amplifié par sa pathologie (psychose). Il en résulte qu’il n’est jamais satisfait de là
où il est et désire en partir. Ceci est majoré par le fait qu’il n’a pas de repères temporels.

A mon arrivée pour ma deuxième période de stage, la problématique de J est toujours aussi
préoccupante pour l’équipe et est évoquée lors d’une Analyse des Pratiques Professionnelles
(APP). Son état d’angoisse s’est aggravé et ses questionnements sont de plus en plus envahissants,
tant pour lui que pour l’équipe. Même ses marmonnements quand il est seul n’évoquent que le
nom du foyer où il veut aller.
De part son état dépressif, il peut aller faire de longues siestes l’après-midi. Son sommeil nocturne
en est ainsi altéré. Il peut se lever à 4h du matin sans que les surveillantes de nuit ne puissent
l’apaiser afin qu’il se rendorme.
La question de son traitement est également évoquée durant l’APP et il en ressort qu’il doit être
réadapté car il n’y a plus de suivi depuis 10 ans. Un rendez-vous d’urgence sera programmé au
CMP local (Centre Médico-psychologique) lors de ma deuxième période de stage et J y
rencontrera un psychiatre.

Il participe peu aux activités proposées et cherche surtout la relation individuelle avec l’encadrant.
Il sait se déplacer seul sur des lieux connus mais il ne sort pas sans un accompagnement.
Concernant l’aspect médical, il est essentiel de respecter le traitement prescrit car sinon il y a
risque de décompensation.
J a un appareil auditif et des lunettes. Il peut oublier de les porter et il faut le lui rappeler.
J a une prothèse totale du genou. Il faut donc être vigilant lors des activités physiques.
ÉTUDE DES BESOINS de J (d’après les 14 besoins fondamentaux d’Henderson)

POTENTIALITÉS DE J BESOINS INSATISFAITS DE J


Besoin d’apprendre : Malgré des troubles cognitifs (concentration,
attention, mémoire et capacités d’abstraction), J peut faire preuve de
curiosité si il est stimulé.
Besoin de se recréer, de se divertir : J s’inscrit peu aux activités et peut-
être dans l’errance sur le foyer. En conversant avec lui, j’ai pu faire une
liste de films qu’il aimerait revoir. Cela le « pose » dans le salon, le
temps de la séance. Nous avons également chanté à la guitare, des
chansons de Renaud qu’il aimait.
S’occuper en vue de se réaliser : Il y a valorisation lorsque J se sent
utile au travers d’activités (aide au jardin ou lors de l’activité décrite en
« tâche spécifique »).
Cependant, J peut souvent refuser de participer et cela est travaillé en
équipe (création de son planning hebdomadaire d’activités).
Agir selon ses croyances et ses valeurs : J est soutenu
dans l’expression de ces notions.Il suit les règles
sociales et est mis en valeur pour cela.
Communiquer : J s’exprime sans trop de difficultés et
sait se faire comprendre.
Il recherche plutôt la relation avec l’encadrant qu’avec
les résidents.
Il faut lui rappeler de porter son appareil auditif et ses
lunettes.
Sécurité, éviter les dangers : J ne sort pas seul du foyer. Il est
accompagné en individuel sur des sorties à pied au bourg (retrait argent,
Poste, boire un verre).
La présence permanente et active des encadrants est rassurante pour J, au
regard de son état dépressif et de sa pathologie.
Sa chambre est SON espace privé et personne (personnel, résidents) ne
peut y pénétrer sans son autorisation.
Être propre, protéger ses téguments : J se lave seul,
se rase seul.
Les encadrants encouragent cette autonomie tout en
restant vigilant visuellement ou si une odeur corporelle
devenait préoccupante.
Maintenir sa température : J sait adapter sa tenue à la
météo du moment.
Se vêtir et se dévêtir : J sait s’habiller et se déshabiller
seul. Il est autonome dans le choix de ses vêtements, il
faut juste lui rappeler parfois de se changer.
Dormir et se reposer : J se lève et se couche seul mais peut se réveiller
très tôt avec ensuite une insomnie. Les surveillantes de nuit sont là pour
tenter de l’apaiser.Ses siestes sont à réguler car son état dépressif fait
qu’il peut aller se coucher à 11h le matin ou dormir toute l’après-midi.
Se déplace seul et maintient une bonne posture. J
doit être sollicité pour participer aux ballades. Il a une
prothèse au genou, donc pas trop d’efforts non plus.
N’a pas besoin d’aide pour éliminer.
Bois et mange seul. J est force de proposition lors des
repas pédagogiques et sait dire si il aime ou n’aime pas
un plat.
Respire sans gêne
PRÉSENTATION DE M (pour la tâche habituelle)

M n’a pas encore de projet personnalisé et pas d’anamnèse complète disponible. Il y a peu d’infos car elle
était hébergée en accueil familial.
Je me suis donc basé sur les infos écrites données par son père, la fiche «habitudes de vie» ainsi que sur ce
que j’ai pu observer lors de mon stage ou apprendre lors de «communications professionnelles orales
informelles».

M est une femme de 47 ans. Elle présente une déficience intellectuelle moyenne.
Après une scolarité en milieu ordinaire, elle est accueillie en Institut Médico-Educatif de ses 13 à
ses 18 ans.
Elle travaillera en ESAT pendant 10 ans. Pendant cette période de travail et jusqu’à son entrée dans
son foyer actuel, M vivra en accueil familial.
Quand M intègre le foyer, début 2017, c’est un bouleversement pour elle. En effet, la famille a mal
vécu l’arrêt de son activité d’accueil (départ à la retraite) et n’a pas préparée M à cette séparation
ni au fait qu’elle allait vivre en foyer.
M aura donc à se faire à un nouvel environnement et à la vie en collectivité.

FICHE « HABITUDES DE VIE »

LEVER
M est généralement réveillée lorsque nous passons la voir le matin. Elle attend cependant assise
sur son lit qu’un encadrant passe pour commencer la journée. Si nous passons tardivement dans sa
chambre, elle peut s’habiller seule (sauf bas de contention).
ACCOMPAGNEMENT TOILETTE
M a besoin d’être sollicitée pour aller à la douche. Elle refuse régulièrement d’aller se laver. Si une
douche est nécessaire, M accepte généralement si l’encadrant insiste un peu. M a une chaise dans
sa salle de bain pour les temps de toilette. M a besoin d’une aide notamment en ce qui concerne
son dos, le bas de son corps et les cheveux. Elle suit un traitement fongique en poudre à appliquer
sur une peau sèche après la douche, dans les plis du ventre, de l’aine et sous les seins. Elle a besoin
d’être accompagnée pour mettre ses bas de contention.
REPAS
M sait lire l’heure mais il faut aller la prévenir dans sa chambre lorsque le groupe passe à table.
Elle mange sans accompagnement mais peut avoir besoin d’aide pour couper ses aliments. Il faut
aller la chercher juste avant de servir le repas et ne pas trop la faire patienter pendant le service.
Il lui arrive de quitter la table au milieu de repas. Généralement, elle ne revient pas manger dans ce
cas.
COUCHER /SOMMEIL
M sait se mettre seule en pyjama. Elle pose ses habits portés la journée sur un de ses fauteuils. Elle
ne met pas son linge sale d’elle-même dans la panière prévue à cet effet. Elle a besoin d’être
accompagnée pour enlever ses bas de contention et mettre une paire de chaussettes pour la nuit.
SANTÉ
M est suivie de façon hebdomadaire par un kinésithérapeute local.
Elle voit de façon ponctuelle la podologue qui se déplace au foyer.
Elle est suivie par un neurologue sur Quimper.
Difficultés à marcher: lenteur, besoin de soutien.
Elle peut bloquer la marche en passant sur les seuils. Ceci serait dû à baisse de son acuité visuelle.
ACTIVITÉS
M apprécie les activités manuelles telles que la confection de bijoux en perles ou le dessin. Il faut
la solliciter pour cela.
Elle peut aussi participer à de petites promenades et apprécie de manger à l’extérieur du foyer.
ÉTUDE DES BESOINS de M (d’après les 14 besoins fondamentaux d’Henderson)

POTENTIALITÉS DE M BESOINS INSATISFAITS DE M


Besoin d’apprendre:
Besoin de se recréer, de se divertir: M passe beaucoup de temps dans sa
chambre. Elle ne sort que pendant de courtes périodes et au moment des
repas.
Elle est sollicitée pour réaliser des colliers/bracelets en perle dans le salon.
Elle apprécie ce moment mais n’en fait pas la demande.
Différentes activités lui sont proposées (balades, sorties repas).
S’occuper en vue de se réaliser:
Agir selon ses croyances et ses valeurs: M sait émettre
des choix et dire ou faire comprendre ce qui lui plaît ou
ne lui plaît pas.
Communiquer: M parle peu et ses centres d’intérêts sont restreints (la
météo, ses bijoux, sa montre). Il faut la stimuler pour entrer en
communication verbale et maintenir la conversation. C’est cependant un
moment qu’elle apprécie.
Sécurité, éviter les dangers: M sait lire l’heure et Sécurité, éviter les dangers: M n’a pas de repères spatiaux, elle peut perdre
repère sur sa montre les moments des repas et du goûter. la direction de sa chambre quand elle s’en éloigne de trop. Les encadrants du
foyer sont vigilants et la ramènent sur sa maison, le cas échéant.
Cette chambre, au plus proche du salon, est un «refuge» pour M.
Son manteau semble la sécuriser également et elle le porte dès qu’elle sort de
sa chambre. L’encadrant lui demande de l’enlever au moment des repas.

Être propre, protéger ses téguments: M a besoin d’un accompagnement


pour la douche (décrit en «tâche habituelle»).
Elle ne s’essuie pas après un passage aux toilettes. Peut tâcher ses vêtements,
les draps...
Maintenir sa température: Les beaux jours arrivés, M ne veut pas quitter
ses habits chauds. L’équipe se questionne sur sa capacité à gérer son
habillement en fonction de la température (Ou est-elle frileuse ?).
Se vêtir et se dévêtir: M est autonome dans ses choix Se vêtir et se dévêtir: M a besoin d’aide pour enfiler et retirer ses bas de
vestimentaires. contention, pour lui indiquer le sens de certains vêtements (culotte,
pantalon).

Dormir et se reposer: M se réveille et se couche de


manière autonome.
Se déplacer et maintenir sa posture: M peut avoir des difficultés à franchir
les seuils (perception des reliefs). Elle peut avoir des pertes d’équilibre. Un
accompagnement à la marche est proposé et elle l’accepte volontiers.
Éliminer: M n’a pas besoin d’aide pour éliminer.
Boire et manger: M sait boire seule mais a besoin d’aide pour couper ses
aliments. Elle sait dire quand elle aime ou pas.
Les premiers mois, il lui arrivait de quitter la table en cours de repas, parfois
en ayant très peu mangé. L’équipe et l’IDE ont été vigilant sur le risque de
dénutrition.
Respire sans gêne
DESCRIPTION D’UNE TÂCHE SPÉCIFIQUE :
Accompagnement de J pour une activité arts plastiques (peinture libre sur Canson)

Jeudi 9 mars: En début d’après-midi, je suis seul sur la maison. J ne cesse de me questionner sur sa
place au foyer et le moment de son départ. Je me rends compte que l’écoute active ne suffit pas à
apaiser son angoisse. Je n’ai pas de réponse qui puisse le satisfaire et je n’arrive pas à le faire dévier
de son obsession.
Comme la veille il m’avait parlé de son activité de peintre en ESAT, j’improvise en lui proposant de
l’emmener en salle d’activité pour peindre, en individuel (même si la peinture en bâtiment n’a rien à
voir avec de l’art).
Mon objectif est ici de faire diversion (de le « divertir ») par le biais d’une activité mais je ne
connais pas encore ses goûts car j’ai commencé mon stage très récemment.

Il refuse tout d’abord en me disant qu’il ne sait pas dessiner. Je lui dis que ça importe peu et qu’il
pourra «s’exprimer», «se lâcher», même si ça ne représente rien de particulier. Comme il n’a pas
l’air convaincu, je rajoute aussi que si ça ne lui plaît pas, il pourra quitter l’activité quand il le
voudra. Je l’invite ensuite à me suivre en salle d’activité et nous y allons.
Je l’installe à une table, il enfile une blouse pendant que je prépare le matériel.
Je lui prépare un minimum de couleurs, pour ne pas le déstabiliser.
Je m’installe en face de lui et l’encourage ensuite à «se laisser aller» et il démarre assez rapidement.
Il peint des formes, un V, un cœur, des vagues et termine par un soleil.
J’en profite pour le valoriser en lui disant qu’il prétendait «ne pas savoir dessiner» et me surprenait
beaucoup, au regard du résultat.
La porte de la salle étant restée ouverte, des résidents et un agent de service viennent par curiosité et
apprécient son travail. Tout cet intérêt a un effet valorisant aussi pour J et cela le galvanise. Il est
très souriant et quand je lui propose une deuxième feuille, il l’accepte volontiers. Elle sera
composée d’une fleur, d’un poisson, d’un grand M.
Je lui demande s’il veut signer ses deux productions. Il accepte.
Je le félicite à nouveau et lui propose d’accrocher ses dessins dans sa chambre. Il acquiesce et
ensuite souhaite m’offrir le 2ème. Je le remercie et lui demande si on pourrait l’afficher à l’entrée
du bureau des encadrants, pour que tout le monde puisse le voir. Il accepte.
Il me semblait qu’afficher une des ses premières œuvres à la vue de tous pourrait être bénéfique
pour son estime de soi.
Cette activité aura duré 20 minutes, pendant laquelle J n’aura pas exprimé de plainte et la fin
d’après-midi sera plus apaisée. Le questionnement sera toujours présent mais l’humour aussi et je
pourrai faire diversion par ce biais.
J’ai ensuite fait les transmissions écrites concernant cette activité.

DESCRIPTION D’UNE TÂCHE HABITUELLE:


Accompagnement de M pour la toilette

Cet accompagnement à la toilette auprès de M est, en quelque sorte, la conclusion positive d’une
difficulté d’approche auprès de M.
En effet, cette dernière fait preuve de beaucoup de méfiance auprès des personnes qu’elle ne
connaît pas. Toute tentative d’approche de ma part pouvait la faire «fuir».
Ainsi, j’ai échoué lors de mes premières tentatives pour entrer en communication avec M.
Afin de lui proposer un accompagnement (par exemple pour la douche du matin ou pour une aide
afin d’enlever ses bas de contention le soir) je me suis présenté à la porte de sa chambre et j’ai
frappé. Elle est venue ouvrir mais à peine ais-je eu le temps de me présenter qu’elle refermait la
porte à clé. Les tentatives suivantes (10 minutes plus tard, comme préconisé par l’équipe) se
soldaient également par un échec.
Après discussion avec mon tuteur, il m’a expliqué -et j’ai pu observer- comment il opérait pour que
l’accompagnement puisse aboutir. Je vais présenter ci-dessous comment j’ai mis ces observations
en pratique, au tout début de ma seconde période de stage :

Ce matin là, j’ai refait un point avec mon tuteur sur le bon déroulement de l’accompagnement
toilette, l’autonomie fonctionnelle de M, les zones du corps où une aide était proposable.
Comme préconisé par mon tuteur, je frappe à la porte puis entre sans attendre qu’elle vienne
m’ouvrir. Au niveau de la proxémie, je rentre progressivement dans la sphère sociale, personnelle
puis intime. Ainsi, je dis bonjour, je me présente puis me rapproche lentement de M pour lui serrer
la main. Elle est assise sur son lit (comme chaque matin, quand elle attend la venue de l’encadrant),
les volets sont fermés.
J’ouvre les volets roulants (entrée de la lumière progressive, pour ne pas agresser M).
Je lui demande comment elle va, nous échangeons un peu sur la météo du jour et j’évoque l’objectif
de ma visite. Je propose à M de l’accompagner «pour se laver» et non «pour la douche» (l’équipe a
remarqué qu‘elle réagissait plus favorablement de cette manière). Elle accepte.
Je lui propose de choisir ses vêtements du jour. Il s’agit ici de respecter les envies et les choix. Elle
veut remettre le pantalon et la chemise de la veille (je vérifie l’état de propreté. Pas de tâche, pas de
souillure). Je l’invite à choisir des sous-vêtements propres dans son armoire.
Je lui demande si elle veut aller au WC avant la toilette et elle me répond que non.
Je l’invite à se déshabiller seule et pendant ce temps, je prépare la salle de bain pour la douche.
M s’est déshabillée et je l’accompagne jusqu’à la chaise de douche.
Une fois assise, j’ouvre l’eau, règle la température et la pression du jet et lui demande si la
température lui convient. Je la préviens que je vais commencer le shampoing.
Je commence à mouiller ses cheveux. J’applique le shampoing et lave délicatement les cheveux et
le cuir chevelu de M.
Ensuite je rince en lui proposant d’appliquer un gant de toilette sec sur ses yeux pour les protéger
d’une éventuelle projection de shampoing.
Je lui propose la petite serviette pour qu’elle se tamponne le visage et les cheveux.
Je préviens M que je vais commencer la douche et commence à appliquer le jet en partant des pieds,
qui sont la partie la moins sensible du corps, et remonte vers les épaules.
Je prends le gant pour le visage utilisé précédemment, mets de l’eau (sans savon) et demande à M
de se laver le visage et le cou.
Je rince le gant, y met du savon et l’invite à se laver les bras, puis les aisselles. Je l’invite ensuite à
laver sa poitrine et son ventre. Je récupère le gant.
Je me saisis ensuite du gant pour le bas, met de l’eau savonneuse et lui dis que je vais lui laver les
pieds et les jambes. Je m’effectue.
Elle se lève spontanément et me demande le gant. Elle lave ses parties intimes, puis les fesses. Je
récupère le gant. M se rassoit.
Je rince ensuite le corps de M en entier.
Je prends la plus grande serviette et la pose sur son dos. Je tamponne le dos et les bras. Elle se lève
spontanément. Je lui donne alors la serviette et la guide verbalement pour le séchage de la poitrine,
du ventre et des fesses. Je sèche ses jambes. Elle commence à partir vers la sortie de la salle de bain
et je sécurise son déplacement car je n’ai pas eu l’idée de mettre un tapis (ou une serviette) de sortie
de douche. Elle s’assied sur le bord du lit. Je sèche ses pieds.
M étant en capacité de s'habiller toute seule (sauf pour les bas de contention), je n'interviens que
pour vérifier le sens de ses sous-vêtements, de son pantalon. Je remets la salle de bain en condition
pendant son temps d’habillage autonome.
Je lui propose le peigne et elle se coiffe seule. Je propose du parfum et elle me demande de lui en
appliquer (spray). Elle remet ses lunettes et ses bijoux.
Je lui demande son aide pour la réfection du lit et M accepte et nous rebordons ses draps et
couvertures, chacun de son côté.
Je l’accompagne ensuite au salon pour le petit-déjeuner. J’applique un principe ergonomique pour le
déplacement : sa main droite saisit ma main droite, et j’entoure son dos en venant poser ma main
gauche sur son épaule gauche. Ainsi ma main droite sert de «canne» pour M et prévient la chute en
avant, mon bras gauche prévenant un risque de chute en arrière.
Préparation du petit-déjeuner puis transmissions.

ÉVALUATION DES ACCOMPAGNEMENTS

Pour M:
C’était la première fois que j’accompagnais M sur ce temps-clé. Le caractère intime de ce type
d’aide aura été l’opportunité d’entrer en relation avec elle, en plus des objectifs d’hygiène, de bien-
être et de confort.
En ayant une attitude bienveillante, disponible, attentive, en prenant bien le temps de dérouler les
choses, en pratiquant l’humour (qui a prise sur elle), cela a favorisé la mise en confiance.
Quelques bémols :
-Au niveau sécurité : j’aurais du prévoir une serviette au sol pour la sortie de douche.
-Le shampooing: sur ce premier accompagnement, j’ai fait le shampoing sans lui donner le choix de
le faire elle-même. Sa fiche « habitudes de vie » mentionnait une aide à ce niveau-là.
Au deuxième accompagnement toilette ( environ 10 jours plus tard), elle a pris les devants dès que
j’ai appliqué le shampoing pour se frictionner le crâne seule.
J’ai donc fait une erreur sur ce point-là en oubliant de prendre en compte le maintien des
potentialités de M.
Ce qui est très positif c’est qu’elle a corrigé cette erreur elle-même en manifestant son autonomie
(être autonome, c'est obéir à sa propre loi, se gouverner soi-même, affirmer un choix).

Pour J, ce moment d’accompagnement individuel fut une petite respiration où il aura réussi à se
changer un peu les idées, par le biais de la création. L’expression libre aura permis l’émergence du
plaisir et d’une liberté d’action où il a pu décider seul, en autonomie.
Le mettre en valeur au travers de ses productions lui aura aussi apporté du bien-être.
Mais cela est de courte durée car il est constamment envahi par ses pensées obsédantes.

CONCLUSION:

Ces accompagnements spécifiques et habituels ont confirmé le fait qu’une relation d’aide est un
processus. Il est primordial de prendre le temps de la rencontre et d’observer pour ajuster au mieux
son accompagnement. Cela se crée à deux, avec deux personnalités distinctes. Il faut donner de soi
et cela demande du temps pour apprendre à se connaître et faire confiance.
Cela est d’autant plus essentiel dans ce contexte d’ouverture de foyer.

Les débuts difficiles avec M m’ont permis de développer ma pugnacité face aux échecs dans la
relation, développer des stratégies pour gagner sa confiance. La première période de stage, pleine de
difficultés et de questionnements dans ma relation avec M, m’aura quand même servie à gagner,
petit à petit, sa confiance par des approches légères et fréquentes, avec douceur, bienveillance et une
touche d’humour. Cela aura payé pour la deuxième période puisque j’ai pu l’accompagner sur ce
moment de toilette, par deux fois.
Jusqu’à la fin de mon stage nous échangions souvent de manière très détendue et ainsi, une relation
de confiance s’est installé. Nous avons même pu rire ensemble lorsqu’elle se moqua de moi en
s’évertuant à mettre sa culotte à l’envers malgré que je lui indique plusieurs fois le bon sens.
D’un autre côté, je dois reconnaître mon propre côté «introverti» et réservé. Je me demande si cela
n’a pas majoré, d’une certaine façon, la difficulté de la «rencontre» entre M et moi.

Concernant J, la relation aura été bien différente car ce dernier, contrairement à M, est venu
spontanément à ma rencontre dès le premier jour de stage.
Il aura fallu du temps pour que nous trouvions (l’équipe) un positionnement concerté, des outils, un
cadre rassurant pour l’accompagner au mieux dans ses difficultés à trouver sa place.
Finalement, cet accompagnement spécifique n’aura été qu’une «goutte d’eau vite évaporée» mais je
suis content d’avoir participé à ce moment de bien-être, aussi court fut-il.