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‘Aïcha el Manoubiyya :

une Tunisienne libre


Emna Ben Miled. Université Paris 8

‘Aïcha el Manoubiyya est née au XIIIe siècle en Tunisie. Actuellement, elle est considérée comme
l’une des philosophes soufies les plus importantes de l’histoire et comme une activiste des droits
de l’homme avancée sur son temps. Formée aux côtés des grands maîtres soufis de son temps,
‘Aicha a su appliquer au quotidien la liberté d’esprit prônée par ce courant de pensée. Très jeune,
elle fit preuve d’une indépendance de caractère qui l’éloigna de la vie de famille traditionnelle
réservée aux femmes de son époque. Son intelligence lui permit d’être libre et cohérente avec
ses idées et de lutter contre l’esclavage ou les privilèges de certaines classes sociales. C’est pour
toutes ces raisons que, de nos jours, elle constitue une figure exceptionnelle dont le souvenir est
encore très vivant dans le monde islamique.

Hypothèse et relecture scientifique hagiographique, comme une sainte, sinon, une


folle, ou les deux.
‘Aïcha el Manoubiyya a été une femme tunisi- Pour proposer un éclairage théorique un
enne du XIIIe siècle qui peut être considérée peu différent, nous ferons appel aux théories
comme un(e) précurseur(e) des droits de l’hom- contemporaines en psychologie, en utilisant
me et de la femme. C’est l’hypothèse que nous certains éléments de la théorie psychanaly-
chercherons à argumenter, même si la relecture tique, joints à certains autres de la théorie
scientifique de son cas est un exercice difficile, systémique. De même, notre analyse sera
qui se heurte à trois obstacles méthodologiques. complétée par une vision non patriarcale de
Premier frein de méthode : c’est une femme la féminité, telle qu’elle s’élabore, aujourd’hui,
de réflexion et d’action qui n’a pas laissé de au sein des recherches universitaires en études
traces écrites, ni donc, son témoignage person- féminines.
nel direct. Deuxième frein : les hagiographes,
imams, qui ont mis, par écrit, son récit de vie,
d’abord de son vivant, ensuite, à travers les siè- Naissance et enfance
cles, mêlent la réalité à des fictions magiques.
Elle aurait, par exemple, parlé dans le ventre Sa mémoire est vivante, encore maintenant.
de sa mère. Troisième frein : les scientifiques Des croyants jurent par elle tant son image
contemporains, historiens et chercheurs en est sublimée. Les Tunisiens la connaissent
sciences humaines, qui se sont penchés sur sous le nom de Sayyida, qu’il faut entendre
l’étude de son cas, entre 1947 et 2000, et qui au sens de Sayyidèt el kawm ou Maîtresse de
sont au nombre de dix, la présentent généra- la cité. Mais c’est un faux prénom. Son vrai
lement en reprenant à leur compte la tradition prénom est ‘Aïcha qui signifie en langue arabe
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« vivante ». Elle est née en 1190 en milieu il veut la marier à un cousin, elle refuse net.
paysan, à la Manouba, dans une région assez Ce n’est pas son désir.
proche de Tunis. Elle est berbérophone. La dé- Le désir, souligne Freud, commenté par
mographie du Maghreb, écrit Ibn Khaldûn, né Jacques Lacan, est une force qui pousse, elle
66 ans après sa mort, se divise en deux grands est constante, dynamique, indestructible.
groupements humains : les ruraux, majoritai- Cette force est agissante, déjà, avant l’âge de la
res en nombre, et les citadins, minoritaires. marche, lorsque le bébé est encore au sein. La
Le monde rural est encore massivement ber- dialectique entre le surgissement du désir indi-
bérophone, le monde citadin est arabophone. viduel et sa répression par le corps social est au
Au chapitre six de la Mûqaddima, il précise cœur de la théorie psychanalytique depuis un
cette situation de bilinguisme pour la Tuni- siècle. De Freud à Lacan, la poussée individuel-
sie (nommée Ifriqiyya à l’époque) et pour le le interne est « quelque chose d’irrépressible à
grand Maghreb en général : « En Ifriqiyya et travers même les répressions, d’ailleurs, s’il doit
au Maghreb, les Arabes sont mêlés aux Ber- y avoir répression, c’est qu’il y a au-delà quelque
bères non Arabes qui forment le gros de la po- chose qui pousse ». La liberté ou l’aliénation,
pulation (Umran) […]. Les Berbères sont les il faut savoir choisir, il n’y a pas un troisième
habitants du littoral africain et leur langue est chemin, écrit Lacan (1973).
parlée partout sauf dans les grandes villes ».
Mais, même dans les grandes villes, l’arabe La démographie du Maghreb se divise en
est « comme tordu… enraciné dans l’usage deux grands groupements humains :
du berbère incompatible avec la pratique du les ruraux, majoritaires en nombre,
bon arabe » (Ibn Khaldûn, 1967). et les citadins, minoritaires
‘Aïcha est berbérophone. Dans son enfance,
son père l’introduit à l’étude de la langue Ni passivité, ni soumission, ‘Aïcha veut
arabe et du Coran. La fillette apprend vite, demeurer la maîtresse de son destin, elle
elle apprend aussi à tisser à l’image de toute quitte sa famille et émigre à Tunis. Son désir
la paysannerie féminine depuis l’antiquité d’autonomie n’a, pourrait penser Freud, « pas
carthaginoise. de jour pas de nuit… pas de printemps ni d’au-
tomne… c’est une force constante » (Assoun,
1983). La ville permet d’échapper à la tutelle
Autonomie de la personnalité familiale, de tout temps, les grandes villes
ont offert à leurs immigrants une plus gran-
Elle grandit. Elle est très jolie affirment ses de liberté d’action. ‘Aïcha s’installe dans un
hagiographes. « Heureusement que la natu- faubourg extérieur mais proche des remparts
re ne t’a pas faite que jolie » écrit Sigmund de la ville. Les citadins de souche habitent
Freud dans une correspondance avec sa femme dans la Médina, celle-ci fermait ses portes la
Martha (Assoun, 1983). En effet, la joliesse est nuit. Elle acquiert un logement indépendant,
parfois un handicap. ‘Aïcha est très courtisée, elle sait tisser la laine, elle en fait son métier
voire harcelée. Elle aime se promener libre- et gagne ainsi sa vie de façon autonome. Elle
ment sans être dérangée, cela ne semble pas a créé les conditions objectives de son indé-
possible. Un jour, elle porte plainte à son père pendance affective, intellectuelle et sociale.
contre un homme du voisinage (ou violeur Dans Le deuxième sexe, Simone de Beauvoir
symbolique) qui lui fait des avances insistan- (1949) se pose la question : « Qu’est-ce qu’une
tes. Son père la protège en le chassant. Puis, femme ? », elle répond : « C’est un être libre ».
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Jay Dunn/Focus/Contacto.

Oui, à condition de créer les conditions socio- les Fûtûhat el Mekkia ou Illuminations de la
économiques de sa liberté. Mecque est distribuée en 560 chapitres. C’est
dans cette œuvre que le grand mystique de
l’islam théorise la notion d’égalité entre les
Liberté et vie spirituelle deux sexes. De son point de vue, la femme est
un créateur et pas seulement une créature, et
Pour accomplir sa liberté l’être humain n’a-t- l’homme et la femme sont, tour à tour, cocréa-
il pas besoin d’un perpétuel dépassement vers teurs du monde, car si Adam a créé Ève, Marie
d’autres libertés ? ‘Aïcha veut se former au Tas- a créé Jésus, et c’est donc, simultanément, que
sawaf, au soufisme, à l’école d’Abou El Hassen les deux sexes peuvent être actif et passif, ou
Echchedhli. Celui-ci est né au Maroc et il a été mieux, créateur-créatrice. De même que, ajou-
reçu à Tunis par Sidi Bou Saïd. Avant de venir, te-t-il, chacun de nous est mâle et femelle, à
il se forme auprès du maître Ibn Mashish, lui- la fois. Ce qui illustre une vision tout à fait
même formé par Abou Madyan, né à Séville moderne des deux sexes.
puis installé en Algérie à Bougie. Et celui qui ‘Aïcha fréquentera Le jardin du savoir si
devint le grand maître de tous, Muhya-e-dine l’on reprend la parole heureuse du mystique
Ibn ‘Arabi, est lui aussi l’héritier spirituel d’Abû irakien el Hallâj. Son professeur Abou El Has-
Madyan. C’est grâce à cette Silssilah ou chaîne sen Echchedhli ne voyait pas d’inconvénient
de transmission spirituelle que la nouvelle dis- à accepter des femmes dans sa confrérie, le
ciple se connecte au soufisme. mot confrérie est entendu, ici, dans son sens
Ibn ‘Arabi est né à Murcie en 1164, il technique de Tarika, voie. D’un côté, il s’agit
avait 24 ans quand elle est née. Son œuvre est d’une rencontre entre deux Berbérophones
considérable. D’habitude, les soufis n’écrivent maghrébins, l’un, Marocain, l’autre, Tunisien-
pas, ils transmettent une parole vivante, Ibn ne, habitués tous les deux à la mixité du monde
‘Arabi, lui, a beaucoup écrit. Plus de 240 livres, berbère traditionnel. De l’autre côté, dans la
c’est une mer d’écriture. Son œuvre principale Tunisie du Moyen-Âge, les zaouïas ou lieux
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mystiques étaient mixtes. Par exemple, les za- sait malheureusement pas quel était le nombre
ouïas de Sidi Mahrez au XIe siècle, ou celle de de livres de la bibliothèque de l’école d’Abou
Sidi Ben ‘Arous, au XVe siècle, étaient ouvertes El Hassen Echchedhli, alors qu’on le sait pour
et recevaient les disciples des deux sexes. Ce d’autres zaouïas mais qui sont plus tardives. On
qui, d’ailleurs, et de temps en temps, soulevait fait beaucoup d’exégèse coranique, on reconnaît
les protestations des théologiens non soufis et à le texte du Coran et les dires de Mûhammed,
qui Sidi Mahrez répondait qu’un homme digne rien d’autre. Les quatre courants orthodoxes qui
sait parfaitement maîtriser ses instincts devant sont venus, par la suite, ne sont pas reconnus.
la présence d’une femme. Ainsi, il parla comme Ni chafiisme, ni hanbalisme, ni hanéfisme, ni
Jésus dans la parabole de la Samaritaine. « Jé- malikisme. Codes qui figent, prisons menta-
sus, ‘Issa ‘alay-h essâlâm ["que la paix soir sur les. Ce qui leur permet d’élargir leurs horizons
lui"] », aurait pensé Sidi Mahrez ! Par ailleurs, interprétatifs sans les ranger dans les couloirs
les zaouïas recevaient les hommes des autres étroits d’une tradition prétendue intemporelle.
religions, les juifs de Tunis étaient reçus dans Les soufis sont des voyageurs dans leur tête, leur
la zaouïa de Sidi Mahrez. Le pôle du soufisme pensée est en mouvement au sens moderne du
afghan Djalel ed-Dine er-Rûmi, contemporain terme, elle casse les codes, elle prend le large,
de ‘Aïcha, né en 1207, quand ‘Aïcha avait 17 c’est un « océan sans rivage ».
ans, élève direct d’Ibn ‘Arabi, et inventeur du À l’école de Tunis, on boit du café qui fut
Sama, la danse des derviches tourneurs, avait introduit dans le pays par Abou El Hassen
une ouverture d’esprit qui frappait tout le mon- Echchedhli, lui-même. Ce qui permet de
de. Il considérait la femme comme un rayon veiller la nuit pour procéder au Dhikr, à la
de lumière divine et il recevait musulmans, répétition du nom d’Allah, et l'on monte par
juifs et chrétiens pour réaliser tous ensemble degrés, jusqu’au Sukr : à l’ivresse extatique.
le Sama et réunir fraternellement tous les en- Il s’agit bien, là, de jouissance, affirment les
fants d’Abraham. psychanalystes qui ont exploré la psychologie
des mystiques. L’élève brillante accède au rang
La femme est un créateur et pas de premier disciple. Ce grade est obtenu à la
seulement une créature, et l’homme suite de longues conversations et une mise à
et la femme sont, tour à tour, cocréateurs l’épreuve par le maître. Puis elle accède au
du monde deuxième niveau en devenant son égale en
science. Puis, Qôtb ou pôle de connaissance,
C’est donc dans une telle ambiance d’ouver- vers lequel on regarde, mais nous verrons ce
ture spirituelle que ‘Aïcha se forme à l’école de troisième point plus tard. Les débats d’idées
Tunis. Une formation diplômante ? Il y a trois entre Aïcha et Abou El Hassen sont très suivis,
niveaux. Elle va les gravir. D’abord sa forma- on y vient nombreux, il y a des centaines de
tion de base. Le Fakir ou élève est pauvre en disciples. Les deux compagnons sont devenus
science, on l’encourage à s’élever par étapes, il les deux têtes pensantes de l’école. Elle, elle est
va voyager, il devient un Salek ou voyageur. À réputée pour avoir lu-relu les 60 chapitres du
l’école de Tunis, on étudie l’histoire du soufis- texte coranique, plus d’un millier de fois : 1520
me, celle des grands maîtres, de leur pensée et fois. Ce qui permet de faciliter les va-et-vient
de la chaîne spirituelle qui les unit, un chaînon entre lecture, compréhension, interprétation,
après l’autre, à partir de Mûhammed considéré ré-interprétation, de plus en plus approfondies,
comme le premier grand soufi. On doit acquérir dynamiques. Dans la tradition d’Ibn ‘Arabi,
une connaissance exacte de la Silsila. On ne surnommé, de son vivant, le ré-oxygénateur
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de la religion islamique, les ré-interprétations large de connaissance universelle. De la Chine,


se dirigent, si l’on reprend la terminologie à la Perse et à l’Espagne, entre le VIIIe et le
freudienne, vers « l’inconscient du texte XVe siècles, toutes les sciences s’écrivaient en
coranique ». L’apparent, le Dhahar, n’a pas arabe et les chercheurs européens apprenaient
sens, l’important est de dégager le sens caché, la langue arabe pour pouvoir accéder au savoir
l’invisible : le Bâten. On retrouve les mêmes le plus élevé et aux sciences de pointe.
présupposés philosophiques dans l’œuvre d’Ibn
Rûchd. Selon lui, il y a, le Bâten des choses, et
aussi, le Bâten du Bâten. Une épistémologie La question du voile
commune, maghrébo-andalouse, semblait être
à l’œuvre et c’était dans l’air du temps. Dans les rues de la Médina, ‘Aïcha se déplace
sans voile du corps, ce qui irrite, mais ce n’est
À l’école de Tunis, on étudie l’histoire du pas son problème. C’est une philosophe mu-
soufisme, celle des grands maîtres, de leur sulmane de culture soufie. Dans son œuvre de
pensée et de la chaîne spirituelle qui les base, les Fûtûhat el Mekkia, Ibn ‘Arabi consi-
unit, à partir de Mûhammed considéré dère que dans l’amour du divin, seul le dévoile-
comme le premier grand soufi ment compte, ce qui est apparent n’est rien, le
voyageur vers Dieu, le Salek monte par degrés
Né à Valence dans le premier tiers du XIIe vers ce dévoilement, prélude de l’union à Dieu.
siècle, quand il meurt, ‘Aïcha a 8 ans. Ibn Et selon notre auteur, la femme est capable d’y
Rûchd-Avéroès, qui, par la puissance de sa accéder plus vite que l’homme. C’est dommage
rationalité, avait préparé la Renaissance euro- que ‘Aïcha n’ait pas connue Ibn ‘Arabi, directe-
péenne, et Ibn ‘Arabi se connaissaient directe- ment. Il est venu à Tunis deux fois, en 1193 et
ment et ne se sont pas opposés par la pensée, 1201, quand elle était encore enfant. Quand il
au contraire, ils se sont complétés, l’un était un venait, il se rendait près des cheickhs de zaouïas,
amoureux de la raison et l’autre de l’amour. Ibn pieds nus, par respect et il s’était fait un ami
Rûchd a, lui aussi, théorisé la notion d’égalité tunisien à qui il dédia un livre.
entre les deux sexes. C’est un fils spirituel de ‘Aïcha portait, fort probablement, le Bdèn
Platon. En commentant sa République, avec soufi, une longue robe blanche en laine qui
rigueur, point par point, il affirme à sa suite, et tombe jusqu’aux chevilles, à l’instar des au-
va plus loin, que la femme peut devenir chef tres disciples. Elle devait, dans ce cas, la tisser
d’État, étant donné que les différences entre les elle-même, puisqu’elle était tisseuse de métier.
sexes ne doivent reposer que sur les mérites et Est-ce que le texte du Coran cible la chevelure ?
les qualités d’une personne, ses Maharèt et non Non. Ce qui existe dans le texte, c’est le voile-
sur le sexe. Toutefois, lorsque notre auteur est ment du cou (sourate 24, la lumière, verset 31)
passé en Occident, sa théorie sur l’égalité des ou une tenue décente au sens large, et sujette
sexes a été occultée par ses disciples occidentaux à interprétations variables (sourate 33, les coa-
pour cause de misogynie. Mais pourquoi donc, lisés, verset 59). Tout se passe comme si, en se
cet islam des lumières tarde-t-il à devenir ? fixant, obsessionnellement, sur la thématique
Avant la date de la chute de la Renaissance de la chevelure, Nous n’avons jamais lu le Coran
arabe et islamique, les idées voyageaient très (Seddik, 2004).
bien, les chercheurs aussi, de même que les Outre le fait religieux, au niveau des cou-
méthodologies scientifiques. Maghreb et An- tumes sociales, dans l’histoire de la Tunisie,
dalousie s’inséraient dans un ensemble plus le voile est entré par voie de mer, bien avant
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l’islam, on le remarque déjà à l’époque chré- exposées aux regards du public, il fit élever une
tienne du pays, mais pas dans les campagnes, double muraille depuis le palais jusqu’au jardin.
seulement dans les villes. Dans les écrits d’Hé- Ces murailles avaient dix coudées de hauteur ».
rodote pour l’Antiquité et dans les écrits des Si l’on sait que chaque coudée, qui était la me-
ethnologues qui ont observé le monde médi- sure de l’époque, équivalait à 0,48 mètre, cela
éval, Ibn Battoutah, pour le XIVe, El Hassen fait des murs de 4 mètres 80.
surnommé Léon l’Africain, pour le XVIe, les Une Tunisoise, au XVIe siècle, divorce après
paysannes du grand Maghreb vont et viennent son mariage parce qu’elle n’admet pas que son
sans voile. ‘Aïcha est une paysanne de souche, mari l’empêche de monter et de se déplacer à
c’est peut-être cela, également, qui l’a aidée à cheval comme elle le faisait avant son maria-
résister aux pressions du milieu citadin. ge. Perdre sa liberté n’était pas ce que ‘Aïcha
cherchait. Ni bi, ni tri, ni quadrigamie, non
plus. Avant son siècle, lorsque Kairouan était la
La question du mariage capitale du pays, les Kairouanaises berbéropho-
nes avaient fait de la résistance active contre
Contrairement aux mystiques chrétiens, les la polygamie. Le droit coutumier berbère est
mystiques musulmans se marient. Elle a choisi monogame et lorsque l’islam est entré, elles
de ne pas se marier. Oui, mais pourquoi ? Les eurent l’idée d’inclure des clauses supplémen-
femmes et les enfants sont obéissants au chef taires Shûrût dans leur contrat de noces, pour
de famille, affirme dans la Mûqqadima l’aristo- empêcher le mari de prendre une deuxième
télicien Ibn Khaldûn. Selon Aristote, en effet, la épouse. Dans ce cas, elles s’autorisent, elles-
femme est « un moindre être, un existant sans mêmes, à le répudier. C’est ce que l’on appelle
essence naturellement inférieure à l’homme, le Sadek el kayraouani qui est monté en An-
[ce qui rend] l’autorité de l’homme légitime car dalousie. Hélas, quoique Tunisien de naissance,
elle repose sur l’infériorité naturelle » (Aristote, mais parti se former au Proche-Orient, l’imam
2006). Ainsi, le génie, celui d’Aristote, ou celui Sahnûn, qui fut l’auteur de la célèbre Mûda-
d’Ibn Khaldûn, n’empêche pas la misogynie wana et qui imposa le malikisme en Tunisie,
ni la croyance imaginaire que la femme est fit sauter ce droit anti-polygame.
un être inférieur, ce qui ne pouvait pas être au
goût de ‘Aïcha. Une épouse – a dit l’imam el Le génie, celui d’Aristote, ou celui d’Ibn
Ghazali – au XIe siècle, risque d’être une source Khaldûn, n’empêche pas la misogynie
de désordre social, en conséquence « elle doit ni la croyance imaginaire que la femme
rester dans ses appartements privés et qu’elle ne est un être inférieur
quitte pas son fuseau. Elle ne doit pas multiplier
ses montées à la terrasse, ni les regards qu’elle Ni voile, ni obéissance à un époux du
peut jeter de là-haut. Qu’elle échange, d’autre Moyen-Âge, ni réclusion, ni polygamie. Elle
part, peu de paroles avec ses voisins et qu’elle décida de ne pas y entrer. Si elle avait été
n’entre pas chez eux ». À Tunis, des imams vou- épouse et mère, alors qu’elle a vécu sept siècles
laient empêcher les femmes de sortir de jour et avant l’invention de la pilule contraceptive et
certaines n’allaient au hammam que de nuit. du planning familial, elle aurait eu un nombre
Ibn Khaldûn nous raconte, à propos de l’un des très important d’enfants, peut-être, entre dix et
sultans de Tunis, la chose suivante : « Voulant quinze ou vingt ? Elle n’aurait pas pu s’accom-
procurer aux dames de son harem la facilité plir socialement et nous n’aurions pas entendu
de se rendre du jardin de Ras Ettabia sans être parler d’elle. Pourquoi les femmes ne font pas
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de grandes œuvres questionne Ibn Rûchd, pour- malikites empêchent le principe de la mixité
quoi – dit-il – elles ne sont pas philosophes, par dans leurs confréries, ou se préoccupent des
exemple, et il répond que c’est parce qu’elles relations internationales, tel Sidi Mahrez qui
s’occupent tout le temps d’élever des enfants. La écrit à l’Empereur de Byzance pour obtenir,
pensée d’Ibn Rûchd est en avance, sur ce point, avec succès d’ailleurs, la libération de Tunisiens
sur celle de Freud. Car pour Freud, une femme prisonniers à Byzance, ou Sidi Ben ‘Arous qui
sans enfant ne peut pas être une vraie femme, s’élève contre l’invasion européenne de l’île de
il lui manque un symbole phallique, et elle ne Djerba. Les études conduites par les orienta-
doit pas travailler au dehors, non plus, pour listes sur la sainteté au Maghreb, à partir des
pouvoir s’occuper de ses enfants et de sa mai- années 40, malgré la rigueur et la précision de
son. Il avait combattu la thèse de la libération leurs observations, se sont concentrées, surtout,
économique des femmes. Tandis qu’Ibn Rûchd sur le lien entre le Saint et le Dieu. Ces études
considérait pour l’Andalousie de son époque, projettent, partiellement, la vision de la mys-
que l’absence du travail économique féminin tique chrétienne sur la mystique musulmane.
était un signe de sous-développement. La première suit les pas de Saint-Augustin où
le mystique se sublime et se coupe du monde,
la deuxième suit les pas du prophète qui unit
Les œuvres sociales contemplation et action.

Parmi les plus belles œuvres sociales de ‘Aïcha : ‘Aïcha se montrait soucieuse des intérêts
la libération des esclaves. Elle était d’une gran- des classes tunisiennes défavorisées.
de sensibilité, comme c’est le cas, souvent, des Elle refuse le politiquement correct
mystiques. Sidi Mahrez qui a chassé de Tunis, et la hiérarchie. Lorsqu’elle reçoit des
au XIe siècle, les Fatimides chiites, pleurait notables, ils doivent attendre comme tout
lorsqu’on faisait souffrir un animal devant le monde
lui. Le cœur ? Mais aussi la raison au service
du bien public. Elle employait de l’argent, en ‘Aïcha se montrait soucieuse des intérêts
dinars d’or de l’époque, pour obtenir le rachat des classes tunisiennes défavorisées. Elle traite
d’esclaves tunisiens transportés en Europe. Le diverses affaires publiques avec les Qadhis et les
paiement d’une rançon s’élève à 400 dinars or, Ulémas. Elle refuse le politiquement correct et
environ, et c’est l’Italie qui est citée. Ce n’est la hiérarchie. Lorsqu’elle reçoit des notables, ils
pas la seule personne à l’avoir fait. L’affran- doivent attendre comme tout le monde. Lors-
chissement des esclaves est recommandé par que le sultan Abû Zakaria, le fondateur de la
la tradition islamique, mais, tant d’autres ne dynastie hafside, demande à se rendre chez
le faisaient jamais. C’était une humaniste, elle elle, elle lui suggère de venir à pied et pieds
n’était pas la seule. nus, comme un simple Soufi. Ce qu’il fit. Elle
Les mystiques de Tunis, à travers les siècles, mettait en pratique le principe de l’égalité entre
font beaucoup d’actions positives. Ils érigent les deux sexes, le jour de l’Aïd es-Seghir, elle
des remparts dans la médina, financent des fait la prière à la grande Mosquée Ez-Zitouna
medersas, des hammams ou des fontaines en compagnie des hommes. Point de distinc-
publiques, protègent les juifs de Tunis et les tion. On a pensé d’elle qu’elle était comme un
minorités chrétiennes, protestent activement homme. Pas du tout, elle se sentait proche des
contre l’augmentation des impôts par l’État, femmes et elle s’identifiait à Lella Meimouna,
n’admettent pas que les Qadhis et les Ulémas la mystique marocaine et à Raba’a el ‘Adawiya,
78 ‘Aicha el Manoubiyya : une Tunisienne libre

la grande mystique irakienne dont elle disait pas. De toute façon, le chiffre qui fixe à cinq
qu’elle se sentait capable de la dépasser. le nombre de prières quotidiennes en islam,
Selon Annemarie Schimmel, c’est l’Irakien- n’existe pas dans le texte coranique, c’est une
ne Raba’a el ‘Adawiya qui est la vraie fondatrice interprétation de la tradition, non le message
de la mystique arabe. C’est elle, la première, concret du livre. Raba’a et ‘Aïcha : les deux
qui a développé la théorie du « pur amour ». femmes sont ressemblantes et différentes.
Née à Bassrah, au VIIIe siècle, elle critiqua avec L’une était soulevée par la prière, l’autre,
force ses contemporains qui accordaient trop consacrait beaucoup de temps aux affaires de
d’importance aux rituels, par stratégie, pour la cité et aux discussions théologiques avec
gagner le paradis, et non par amour du divin. Abou El Hassen. L’une et l’autre ont repoussé
L’imam el Ghazali et Ibn ‘Arabi considèrent, l’esclavage. Mais, Raba’a se contentait de ne
tous les deux, que Raba’a est un pôle du sou- pas employer des esclaves à son service, tandis
fisme à l’intérieur de la chaîne de transmission que ‘Aïcha a milité de façon plus active contre
spirituelle qui remonte à Mûhammed. De toute cette institution.
façon, les mystiques femmes sont nombreuses
dans l’histoire de l’islam. On les retrouve en
Tunisie et au Maghreb, au Proche-Orient, Une célibataire avec ou sans vie
comme dans l’Inde musulmane. Toute femme amoureuse ?
a besoin de s’identifier à d’autres femmes pour
construire sa féminité. Ce n’est pas, non plus, De la vie spirituelle à la vie publique, à l’inti-
par pur hasard que ‘Aïcha, de son vivant, avait me : affectif et sexuel. Ibn ‘Arabi témoigne de la
cherché à rassembler des femmes avec elle ; saveur de l’acte sexuel. Il le fait en s’alignant sur
on cite une quarantaine de disciples fémini- les dires de Mûhammed qui parlait librement
nes venues apprendre le soufisme. C’est pour du plaisir sexuel en invoquant pour les deux
affirmer la féminité, nécessairement ressem- sexes les goûteurs et goûteuses en amour. De
blante et différente de la masculinité, selon la même, l’imam el Ghazali, sexothérapeute avant
psychanalyse. Encore que, selon Ibn ‘Arabi, la l’heure, considérait que la sexualité heureuse
notion d’humain (El Inssân) dépasse et réunit était une forme de psychothérapie de l’âme,
l’un et l’autre sexes. littéralement du nefs, c'est-à-dire du psychis-
me au sens moderne. La sexualité en islam
Les mystiques femmes sont nombreuses diffère de la tradition chrétienne. « Ces fous
dans l’histoire de l’islam. On les retrouve de Dieu » explique la psychanalyste Françoise
en Tunisie et au Maghreb, au Proche- Dolto (1981) à propos des mystiques chrétiens,
Orient, comme dans l’Inde musulmane ont « le corps désérotisé ». En Occident, saint
Augustin découragea les jouissances terrestres,
Sur les pas spirituels de Raba’a, elle pri- et avec elles, tous les plaisirs des sens. Même
vilégiait la contemplation sur les rites. Elle un verre d’eau qui désaltère, pensait-il, ne doit
avait sa relecture des « obligations ». Par pas être bu avec une sensation de plaisir. Sur ses
exemple, parfois, elle priait trois fois par pas, l’Église a déconseillé le plaisir des sens, y
jour, et non cinq. Lorsqu’on lui posait des compris à l’intérieur du mariage, où il s’agit de
questions, elle répondait qu’il faut se sentir s’occuper de reproduction, uniquement. Même
appelée et en méditation avant de se mettre à Freud, athée, mais à inconscient culturel judéo-
prier. En méditation, au sens où l’entendent les chrétien, et qui, pourtant, bouleversa l’Occident
mystiques bouddhistes qu’elle ne connaissait du XIXe siècle en élaborant sa théorie sur la
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sexualité humaine, déconseillait les caresses mystiques en islam ont cultivé une vie érotique.
préliminaires. Pourquoi pas ‘Aïcha ? Célibataire de surcroît ?
Dans les années 90, un débat difficile opposa Un deuxième élément est à ajouter dans
deux chercheurs tunisiens en histoire, au sujet l’analyse : la question du Zawej el mût’a recon-
de la vie amoureuse et sexuelle de ‘Aïcha. L’un, nu par le courant chiite. Il s’agit d’un mariage
affirmant l’existence d’une vie sexuelle, l’autre, provisoire, de quelques jours, conclu entre deux
évoquant sa sainteté et pureté. On cherchait personnes, fondé sur le principe de l’attraction
à la ranger, en urgence, dans l’un de ces deux et du plaisir et dissolu facilement, avec recon-
tiroirs. Ici, la prudence méthodologique est de naissance d’enfants en cas de besoin. Cette
mise, car, entre l’Antiquité et nos jours, on a pratique avait, au Moyen-Âge, à l’époque des
cherché à déchirer l’identité féminine en deux : croisades, fait monter la colère de l’Eglise chré-
virginité et mariage, sinon, prostitution. La vie tienne, face à un monde musulman, jugé, non
sexuelle des femmes non mariées et non vierges seulement polygame, mais de plus libertin. Si
a été persécutée à partir de la date de naissance, nous citons cette pratique, c’est pour dire qu’on
dans l’histoire des trois monothéismes, de la ne sait pas comment les femmes musulmanes
religion judaïque. Dans l’Ancien Testament, ont pu théoriser, elles-mêmes, la complexité de
dans le Débarim, qui contient les paroles de leur vie amoureuse à travers les époques.
Moïse, ses Haddiths en quelque sorte, il s’agit Un troisième élément s’ajoute à l’analyse.
de lapider les non vierges à la porte de la ville. ‘Aïcha est une berbérophone de souche. Or,
Cette hégémonie du patriarcat biblique qui dans l’histoire des berbérophones du Maghreb,
punit de mort par lapidation la présence du le tabou de la virginité n’a pas toujours existé.
désir féminin est déformante. Ne faut-il pas En Tunisie, il est entré dans les villes avec la
se méfier, en effet, de l’inconscient patriarcal conquête romaine, on vérifiait la virginité avant
des hagiographes du Moyen-Âge, et/ou des la nuit de noces, mais les ethnologues ont conti-
chercheur(e)s contemporain(e)s. L’inconscient nué à observer son absence, dans les campagnes,
collectif, au sens jungien, est agissant dans la les montagnes et le Sahara, le long des siècles
construction du savoir sur l’identité féminine. médiévaux. Aujourd’hui, son absence persiste
en milieu berbère touareg où le droit coutu-
La vie sexuelle des femmes non mariées mier admet l’égalité des sexes face à l’amour
et non vierges a été persécutée à partir physique. Il y a des conditions psychologiques
de la date de naissance, dans l’histoire et sociales qui permettent la double montée du
des trois monothéismes, de la religion désir et du plaisir. Lorsque la coutume l’admet,
judaïque il est vécu dans le respect et la joie, sans cul-
pabilité qui freine ou rend frigides les femmes
On relève les trois observations suivantes. au cœur même des mariages sacralisés par les
Première observation : ‘Aïcha part en retraite trois monothéismes.
mystique avec quelqu’un. Deuxième observati-
on : on l’accuse d’avoir un ami intime, celui-ci
reçoit une bastonnade, on ne touche pas à elle. Persécution et/ou protection
Troisième observation : elle arrive à la confrérie
accompagnée d’un ami que les autres ne con- Toute société est traversée par des remous idéo-
naissent pas. Elle leur explique : « Cet homme logiques inverses. Les deux têtes pensantes de
aime, il faut le récompenser, donnez-lui le vin l’école de Tunis, Abou El Hassen et ‘Aïcha,
de l’amour ». On le fait entrer. De nombreux ont été, de leur vivant, tantôt, très attaqués,
80 ‘Aicha el Manoubiyya : une Tunisienne libre

et tantôt, formidablement soutenus. Ils ont malikites qui suivirent, nombreux, son enter-
eu la chance d’avoir un sultan, fondateur de rement. Elle mourut à l’âge de 76 ans, en 1266.
la dynastie hafside, Abû Zakaria qui était un Son prénom symbolise la vie.
sympathisant. Il a protégé le soufisme contre
ses détracteurs. Les théologiens orthodoxes se
plaignaient au sultan. Le Qadhi Ibn al-Barra Conclusions
considérait Abû-l-Hassen comme un homme
dangereux et il demanda au sultan l’autorisa- Pour pouvoir construire du sens autour de son
tion de faire lapider ‘Aïcha, ce que le sultan cas, nous avons essayé de l’insérer à l’intérieur
refusa. Ce faux savant avait confondu les lois d’un système beaucoup plus large qu’elle-
hébraïques et musulmanes. La lapidation est même. L’application de la théorie systémique
absente du texte coranique, en revanche, elle qui insère une personne à l’intérieur d’un sys-
est présente dans le texte hébraïque. Abou El tème global sans l’isoler du tout social apporte
Hassen fut inquiété à tel point qu’il décida de plus de fécondité que les théories du passé
quitter la Tunisie pour l’Égypte. Avant son qui se concentrent sur des cas isolés. ‘Aïcha
départ, il fit accéder ‘Aïcha au rang de Qôtb a eu l’intelligence de savoir négocier sa libre
lors d’une cérémonie officielle d’investiture où pensée, au creux de son époque et dans le
il lui confia sa bague. En islam soufi, le Qôtb giron de son siècle, mais sa réussite n’est pas
indique le rang le plus élevé de la hiérarchie, uniquement due à sa force de personnalité et à
c’est le pôle de lumière vers lequel on regarde. son autonomie de pensée. Si elle a réussi, c’est
Le Qôtb dirige la prière des imams. Il y en a également grâce au soutien de ses compagnons
quatre, deux de premier rang et deux de deu- et des sympathisants soufis, qu’on appellerait
xième rang. Un imam femme servant de pôle militants en langage moderne, grâce aux lu-
à l’avant du groupe de prière, c’est révolution- mières, non seulement de l’école de Tunis, mais
naire en islam. Fut-elle la première, ou bien, d’une chaîne de transmission spirituelle mys-
Raba’a qui emmenait ses disciples dans le désert tique incluant dans l’espace et dans le temps,
pour leur transmettre sa théorie du pur amour, le Maghreb, l’Andalousie, le Proche-Orient,
priait-elle, de même, à l’avant de son groupe ? la Perse et l’Afghanistan. C’était aussi grâce
aux retombées rationnelles d’une Renaissance
‘Aïcha a eu l’intelligence de savoir négocier islamique encore debout. Grâce, enfin, à des
sa libre pensée, au creux de son époque racines culturelles africaines et berbères, trop
et dans le giron de son siècle, mais sa souvent passées sous silence dans les recherches
réussite n’est pas uniquement due traditionnelles sur le grand Maghreb. Parfois la
à sa force de personnalité mémoire culturelle renferme des trésors, dans
ce cas, il faut y puiser à pleines mains. Cela sert
Ibn Rûchd a eu tort de penser que, oui, une à ouvrir de nouveaux chemins.
femme peut devenir chef d’État, mais non
imam. Pourtant, lui-même, n’avait-il pas écrit,
dans son commentaire de La République de
Bibliographie
Platon, que l’important n’était pas le sexe d’une
personne mais toutes ses qualités ou Maharèt’ ? ABDELWAHEB, H.H., Femmes célèbres de Tunisie,
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