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Le romantisme est un mouvement culturel apparu à la fin du XVIIIe siècle en Angleterre et

en Allemagne et se diffusant à toute l’Europe au cours du XIXe siècle, jusqu’aux années 1850. Il


s’exprime dans la littérature, la peinture, la sculpture, la musique et la politique. Il se caractérise
par une volonté d'explorer toutes les possibilités de l'art afin d'exprimer ses états d'âme : il est
ainsi une réaction du sentiment contre la raison, exaltant le mystère et le fantastique et cherchant
l'évasion et le ravissement dans le rêve, le morbide et le sublime, l'exotisme et le passé. Idéal ou
cauchemar d'une sensibilité passionnée et mélancolique. Ses valeurs esthétiques et morales,
ses idées et thématiques nouvelles ne tardèrent pas à influencer d'autres domaines, en
particulier la peinture et la musique.
e romantisme qui fut un phénomène de portée révolutionnaire dans tous les arts plonge ses
racines au cœur même du siècle des Lumières. Ses principes constitutifs furent formulés pour la
première fois en Allemagne entre 1770 et 1780 par les représentants du Sturm und
Drang (Tempête et Passion), le nom du mouvement, emprunté au titre d'un drame de Friedrich
Maximilian Klinger, trahissait la portée contestataire de son programme idéologique. Mû par un
sentiment de révolte à l'égard de la culture dominante des Lumières, le Sturm und
Drang célébrait la force irrépressible du sentiment et le culte de l'individualité, considérés comme
les préalables nécessaires à toute activité créatrice. Il ne s'agissait pas d'une rupture brutale avec
le présent, mais d'une élaboration du culte du sentiment et du grand mythe de la nature énoncés
par Jean-Jacques Rousseau au milieu du XVIIIe siècle. […] Une des idées les plus novatrices de
ce mouvement fut le concept de génie artistique, irrationnel et créatif, non plus discipliné par la
raison comme pour les Lumières, mais animé d'une liberté intérieure capable de briser le carcan
des codes et des conventions, puisant au contraire dans la subjectivité et prêtant l'oreille à
l'inspiration divine, à l'intuition, aux passions. Ainsi s'esquissait le portrait de l'homme révolté,
d'un surhomme se mesurant avec Dieu. Ainsi naissait, surtout, une nouvelle conception de l'art,
compris comme liberté absolue de création, qui refusait les contraintes imposées par les règles et
les traditions, et qui revendiquait le droit de l'imagination individuelle à s'exprimer selon son
propre langage5. »6 Si le Sturm und Drang ouvre la voie au Romantisme, par le déferlement des
passions et la spontanéité de l'individu, leurs modèles de beauté se référaient encore aux canons
classiques, aux œuvres de l'Antiquité.

Le Rêve d’Ossian, par Ingres, 1813

Le véritable rejet du classicisme fut exprimé par les collaborateurs de la revue Athenaeum,


fondée en 1798 par les frères Schlegel. Avec Ludwig Tieck, Schelling et Novalis ils formèrent le
“groupe d'Iéna”. « Rejetant les modèles grecs et romains à l'époque où triomphait
l'esthétique néo-classique, cette conception privilégiait l'expression de l'irrationnel et le
mysticisme, le sentiment de l'infini et de l'immensité, le rapport entre la nature et le sentiment
intérieur7. »
En Angleterre, l'essai d'Edmund Burke, Recherche philosophique sur l'origine de nos idées du
sublime et du beau, paru en 1756, eut une influence considérable, sur la peinture du sublime et
sur le mysticisme du paysage, tel que l'illustra Caspar David Friedrich. « En interprétant le
sentiment du sublime comme un état d'âme provoqué par les violentes manifestations de la
nature qui, par les cataclysmes ou les visions troublantes, frappent l'homme de stupeur, Edmund
Burke rompait avec la conception classique de la nature, source d'harmonie et de
sérénité7… » En 1762, James Macpherson publiait ses Poèmes d'Ossian, dont le succès
provoqua une vague de celtomanie dans toute l'Europe. Inspiré d'ancien poèmes Gaëlique,
Macpherson les réécrit et les attribue à un barde écossais du IIIe siècle. En 1764, Le Château
d'Otrante d'Horace Walpole inaugurait le genre du "roman noir", dont le décor ténébreux et les
atmosphères effrayantes correspondaient à ce que Burke avait défini comme le "sublime".
La tourmente de la Révolution française puis de l’Empire provoque un bouleversement, politique,
social et culturel dont les effets se font sentir dans l’Europe entière. Dans le même temps se
diffusent les idées du Romantisme allemand :
« Sous l'Empire, tout un groupe d'écrivains, dont Madame de Staël est le plus célèbre
représentant, plaident la cause allemande aux dépens de la tragédie et du poème classiques. Le
Nord c'est la nostalgie, les sentiments sombres, l'infini. “Ce que l'homme a fait de plus grand,
comme l'écrit en 1800 Madame de Staël, il le doit au sentiment douloureux de l'incomplet de sa
destinée. … le sublime de l'esprit, des sentiments et des actions doit son essor au besoin
d'échapper aux bornes qui circonscrivent l'imagination”8. »