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Pour d’autres, l’instrumentalisation des fractures ethniques et tribales est

un vecteur puissant de communication pour diviser et régner. Ainsi,


certains dirigeants prétendent exercer le pouvoir au nom de leur ethnie ou
de leur clan. Ils arrivent donc à se réfugier derrière cet alibi pour
galvaniser leurs partisans contre d’éventuels contestataires leur  faisant
croire à des complots sur fonds de rivalités ethniques. Il s’agit d’un moyen
de détourner l’attention des enjeux politiques. Dans ce registre, Sékou
Touré s’illustra en inventant un « complot peul » contre son régime de
parti unique et par conséquent contre le peuple. C’est au nom donc de ce
complot ventilé par les médias qu’il mena une répression sans précédent
contre les ressortissants de l’ethnie Peul majoritairement intellectuels et
influents dans la chefferie, pour éteindre toutes velléités de contestation.
Si les dictateurs mettent un point d’honneur à peaufiner leur
communication, la réception des messages reste la condition du succès de
l’opération. Qu’est-ce qui facilite donc la réceptivité des peuples ?

UN CONDITIONNEMENT CULTUREL
En Afrique l’autorité est présentée comme sacrée, souvent innée et
d’inspiration divine. À ce titre, même s’ils sont élus selon un système
moderne, les dirigeants grimperaient dans la hiérarchie de leur clan. Or la
conception traditionnelle de l’autorité confère à celui qui en bénéficie un
pouvoir sans partage et incontestable. Cette conception du pouvoir
transmise dans l’éducation traditionnelle africaine est aux antipodes des
principes démocratiques qui consacrent une séparation des pouvoirs et
admet même des institutions de contre-pouvoir. Le père de famille ou
l’autorité familiale sont respectés et vénérés. Ce trait de l’éducation est
souvent extrapolé par les expressions « père de la nation » ou « père de
l’indépendance » utilisées pour installer dans l’inconscient des peuples
l’image d’une autorité paternelle à la tête du pays. Ce rapport
d’inféodation au pouvoir en Afrique est encore observable aujourd’hui
dans la fidélité des armées de la République s’est observé.