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INTRODUCTION

L’organisation de toute société repose sur des règles et en particulier des règles juridiques. Il
n’existe pas, en effet, de société sans droit : Ubi societas ibi jus. Même quand l’anarchie
s’installe dans un système, il ne fait pas table rase de toutes les règles qui le régissent.

Le droit n’est pas une notion simple. Sa définition renvoie en général à deux concepts dérivés,
à savoir : le Droit objectif et le(s) droit(s) subjectif(s).

Le Droit objectif se définit comme l’ensemble de règles obligatoires qui régissent la vie en
société. Il constitue l’ordre. Les règles émanant de ce droit peuvent être des interdictions, des
permissions, des obligations ou des sanctions.

Quant aux droits subjectifs, ils s’analysent comme étant des prérogatives reconnues aux
citoyens par l’ordre juridique (c’est­à­dire le Droit objectif) pour la satisfaction de leurs
besoins personnels. Un droit subjectif équivaut ainsi à la faculté de faire un acte, d’user ou de
disposer d’une chose ou encore d’exiger quelque chose de quelqu’un. Considérés comme tels,
le domaine et la limite des droits subjectifs sont tracés par le Droit objectif.

En dépit de cette subordination des droits subjectifs au Droit objectif, les deux types de droit
constituent des catégories distinctes. C’est pourquoi, le présent cours va s’articuler autour de
deux titres consacrés chacun à une des notions.

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TITRE I/ LE DROIT OBJECTIF

Le Droit objectif est un mode d’organisation de la société. Il est constitué d’une catégorie
particulière de règles appelées règles de droit (Chapitre I). Ces règles naissent de différentes
manières d’où une diversité des sources du droit (Chapitre II).

CHAPITRE I/ LA REGLE DE DROIT

La règle de droit n’est pas le seul moyen de régulation de la vie en société. Elle partage ce rôle
avec des règles issues d’autres disciplines telles que la morale, la religion et la bienséance.
Cependant, la règle de droit a ses caractères propres (section I) par lesquels on peut la
distinguer des autres règles (section II). Au­delà, le droit se divise en multiples branches dont
chacune a son objet d’étude propre (section III).

SECTION I/ LES CARACTERES DE LA REGLE DE DROIT

Une règle est l’énoncé d’une obligation générale. Elle revêt par conséquent un caractère
général et un caractère obligatoire. Mais, en plus de ces traits, la règle de droit présente un
caractère coercitif.

Parag.1/ Le caractère général de la règle de droit.

Une règle de droit a vocation à s’appliquer à toutes les personnes qui forment le corps social.
Elle ne peut, en principe, être créée au profit ou au détriment d’une seule personne. On dit
qu’elle est « impartiale » et « impersonnelle ». Déjà en 1801, Jean­Etienne Marie Portalis
avait souligné ce caractère, dans son discours préliminaire au projet du code civil français, en
affirmant : « la loi statue sur tous ; elle considère les hommes en masse jamais comme
particuliers ».

Le caractère général signifie aussi que la règle de droit régit de façon permanente (et non de
façon précaire) un type de situation (et non un cas isolé). Elle constitue un acte de prévision.

Ce caractère, cependant, doit être relativisé. En effet, s’il est vrai qu’une règle juridique
donnée est la même pour tous les citoyens, ce n’est le cas que pour les citoyens qui relèvent de

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la même situation. Ainsi par exemple, les règles relatives au mariage sont les mêmes pour
tous, mais uniquement pour les personnes mariées. Dans le même ordre d’idées, il existe des
règles juridiques pour des catégories particulières du groupe social ou pour des situations
exceptionnelles. Exemples : le droit commercial pour les commerçants, la loi d’urgence pour
une situation d’insécurité ou de catastrophe naturelle etc. On dit dans ces hypothèses que le
droit est catégoriel ou circonstanciel.

Néanmoins, cette limitation du champ d’application de la règle de droit ne remet pas en cause
son caractère général, car dans le domaine considéré elle s’applique à tous les membres.
Toutefois, le caractère général ne suffit pas à caractériser une règle de droit ; elle doit
s’accompagner d’un caractère obligatoire.

Parag.2/ Le caractère obligatoire de la règle de droit

En plus de son caractère général, la règle de droit est une norme obligatoire, un
commandement, une règle de conduite imposée dans les relations sociales pour ordonner la
société. Pour marquer ce caractère obligatoire, les textes emploient généralement des formules
telles que : « est tenu », « est obligé », « quiconque », « toute personne », etc.

Ce caractère se manifeste à l’égard de tous : les citoyens, le législateur, l’exécutif, le juge.


Ainsi, ni les citoyens, ni les détenteurs du pouvoir exécutif, ni le législateur, ne peuvent se
soustraire à l’application de la règle de droit. De même, le juge ne peut refuser son application
pour rendre des jugements par équité.

Cependant, ce caractère doit aussi être compris de manière relative. En effet, certaines règles
sont plus contraignantes que d’autres. Tel est le cas des règles impératives et des règles
supplétives (ou interprétatives de volonté).

Les règles impératives sont des règles qui protègent l’intérêt général et qui, de ce fait,
s’imposent en toutes circonstances. Elles ne peuvent être écartées par la volonté des citoyens.
Il en est ainsi de l’article 6 du code civil qui dispose que l’« on ne peut déroger, par des
conventions particulières, aux lois qui intéressent l’ordre public et les bonnes mœurs », ou
encore des règles qui fixent l’organisation du service public de la justice.

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A l’inverse, les règles supplétives (ou interprétatives de volonté) ne constituent que des
facultés. Elles protègent les intérêts égoïstes des particuliers qui peuvent donc en écarter
l’application pour faire prévaloir leur volonté. En effet, à travers ces règles, le droit fixe aux
citoyens un type de comportement en leur laissant un choix pour son application. Il n’en
demeure pas moins que si ces règles sont choisies, elles s’appliqueront dans toute leur rigueur.
De même, elles s’imposeront si les citoyens n’opèrent aucun choix.

La présence du caractère obligatoire, à côté du caractère général, ne suffit pas à spécifier la


règle de droit. Il faut également que celle­ci présente un caractère coercitif.

Parag.3/ Le caractère coercitif de la règle de droit

Parce qu’elle est obligatoire, la règle de droit doit être respectée. Si ce respect n’est pas
assuré, une sanction doit pouvoir s’appliquer. Cette sanction émane de l’autorité publique. En
effet, seul l’Etat a le monopole de la sanction de la violation de la règle de droit. C’est dire
que l’ère de la vengeance privée est dorénavant révolue ; nul ne peut se faire justice soi­même.

Le caractère étatique de la sanction doit également être compris avec modération. En effet, il
est des fois où l’Etat se contente d’organiser la sanction et de la contrôler sans l’administrer
directement. C’est le cas en matière de sanctions disciplinaires ou d’arbitrage. Dans d’autres
situations, il n’existe même pas de sanction à la violation de la règle de droit. Tel est le cas,
dans les rapports entre Etats, lorsque certains ne respectent pas leurs engagements.

Mais, lorsque la sanction d’une règle juridique existe, elle peut prendre plusieurs formes :
forme pénale (emprisonnement, amende ou soumission à des travaux d’intérêt public),
réparation de préjudice (allocation de dommages et intérêts) ou encore exécution forcée
(saisie par exemple).

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SECTION II/ DISTINCTION DU DROIT ET DES AUTRES MODES D’ORGNISATION
DE LA VIE SOCIALE.

La vie en société comporte des impératifs autres que ceux du droit. Par conséquent, le droit
cohabite avec d’autres disciplines qui sont notamment la morale, la religion et la bienséance.
Toutefois, les règles issues de ces différentes disciplines ne se confondent pas.

Parag. 1/ Règle de droit et règle morale

Alors que le droit a une finalité sociale (la régulation des rapports extérieurs des individus), la
morale cherche le perfectionnement individuel. Ainsi, quand une règle morale n’est pas
respectée, l’auteur de la violation est sanctionné par sa conscience et non par l’Etat.

Cependant, la distinction entre le droit et la morale n’est pas absolue. En effet, nombreuses
sont les règles de droit qui reposent sur des valeurs morales : tel est le cas du devoir de ne pas
nuire à autrui, de l’exigence de bonne foi dans les contrats, ou encore du délit de non
assistance à personne en danger.

Parag.2/ Règle de droit et règle religieuse

Dans les sociétés archaïques, les deux corps de règles ne se distinguaient pas : le précepte
religieux tenait lieu de loi civile et les lois adoptées par les pouvoirs publics ne pouvaient pas
être contraires aux principes édictés par la religion. Ce phénomène est aujourd’hui encore
observable dans certains pays musulmans où le Coran imprègne les règles juridiques.

Mais, en général, il y a une distinction entre le droit étatique et la religion exprimée par le
terme de « laïcité » dans les lois fondamentales des Etats. Cette distinction tient d’abord au
but poursuivi par les deux types de règles. En effet, tandis que la règle religieuse gouverne la
destinée et le salut de l’homme (dans l’au­delà), la règle juridique se préoccupe d’assurer sur
terre l’ordre et la cohésion de la société. La religion régit les pensées et les actes tandis que le
droit s’intéresse aux comportements extérieurs.

Les différences entre les deux types de règles concernent aussi leurs sanctions respectives.

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Ainsi, tandis que la sanction religieuse met en cause l’homme dans ses relations avec DIEU,
la violation d’une règle juridique déclenche une sanction mise en œuvre par les pouvoirs
publics.

Malgré ces différences, le droit et la religion ne sont pas dépourvus de tout lien même dans les
pays non musulmans. En effet, plusieurs commandements religieux sont souvent traduits en
règles juridiques. Tel est par exemple le cas de l’interdiction du vol et de l’adultère.
Inversement, le droit intervient assez souvent dans l’organisation de la religion au sein de
l’Etat.

Parag.3/ Règle de droit et règle de bienséance

Sous l’expression « règle de bienséance », on retrouve les règles de cérémonial, les règles
d’honneur, les règles de jeux et les règles d’usage auxquels il est habituel de se conformer.
Ces règles ont pour but aussi d’organiser la vie en société en régulant les comportements
extérieurs des individus. Cependant, elles se distinguent des règles juridiques en ce que leur
violation ne donne pas lieu à une sanction étatique mais au plus à une réprobation de la
société.

Mais, à l’instar des règles morales et religieuses, les règles de bienséance entretiennent des
relations avec le droit. En effet, le droit absorbe parfois certaines règles de bienséance. Ainsi
par exemple, l’interdiction de fumer en public qui n’était qu’une règle de politesse constitue
aujourd’hui une règle juridique puisqu’elle est consacrée par une loi.
SECTION III/ LES DIFFERENTES BRANCHES DU DROIT

Le droit objectif connait principalement deux grandes divisions : une distinction entre droit
public et droit privé d’une part et une division entre droit interne, droit international et droit
communautaire d’autre part.

Parag. 1/ Distinction entre droit public et droit privé

Le droit public a pour objet l’organisation et le fonctionnement des pouvoirs publics


considérés dans leur constitution interne et dans leurs rapports avec les particuliers. Il se
soucie de l’intérêt général et est essentiellement impératif. Ce droit se subdivise en plusieurs
sous branches dont les plus importantes sont : le droit constitutionnel, le droit administratif,
les finances publiques, le droit fiscal, le droit pénal.

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Quant au droit privé, il se définit comme étant le droit qui régit les rapports des particuliers
entre eux. C’est le droit des personnes privées (les hommes et les groupements privés) dont il
assure la satisfaction des intérêts. Ce droit se divise également en plusieurs sous­branches
parmi lesquelles on peut citer : le droit civil, le droit commercial, le droit du travail, le droit
rural etc. Malgré ces ramifications, il existe un fonds commun de droit privé qu’on désigne
sous l’appellation de droit privé fondamental.

La distinction droit public/droit privé revêt un caractère historique et coutumier. D’un point
de vue technique, elle permet de délimiter la compétence des juridictions de l’ordre
administratif et celle des juridictions de l’ordre judiciaire. Elle n’est cependant pas absolue.
En effet, certains droits présentent un caractère mixte qui permet de les rattacher à l’une ou
l’autre catégorie. C’est l’exemple du droit pénal.

Parag.2/ Distinction entre droit interne, droit international et droit communautaire

Le droit interne (ou droit national) est le droit applicable dans les frontières d’un Etat donné.
Il se divise en droit privé et droit public. L’ensemble des règles applicables dans un pays à un
moment donné est appelé droit positif.

Quant au droit international, il se définit comme le droit qui comporte un élément de


rattachement international. Il dépasse donc les frontières d’un seul Etat. Tout comme le droit
interne, il se divise en droit public et droit privé donnant naissance au droit international
public et au droit international privé.

Le droit international privé règle l’application du droit privé dans l’espace international. Il a
pour objet principal de résoudre les conflits entre les lois de plusieurs pays en déterminant la
loi applicable aux rapports de droit privé en cause.

Quant au droit international public, il régit les rapports internationaux des sujets de droit
public que sont l’Etat, les Collectivités et les Organisations internationales.

Enfin, le droit communautaire est le droit applicable à une communauté restreinte d’Etats.
Dans le cas du Niger, les droits communautaires les plus importants sont : le droit de la
CEDEAO, le droit de l’UEMOA, le droit de la propriété intellectuelle de l’OAPI, et le droit
OHADA.

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CHAPITRE II/ LES SOURCES DU DROIT

Le terme « source » revêt deux sens. D’abord, il indique tous les phénomènes (sociaux,
économiques, psychologiques, politiques etc.) que le législateur prend en considération pour
édicter une règle de droit. Ces données que Ripert appelle « forces créatrices du droit » sont
aussi qualifiées de sources réelles. Elles sont nombreuses et difficile à appréhender. En second
lieu, la notion de source désigne les modes de formation des normes juridiques, c’est­à­dire
tous les procédés et actes par lesquels sont créées les règles de droit. Ces sources dites
« sources formelles » sont moins nombreuses et plus facile à identifier. Elles constituent
l’objet de ce chapitre et sont généralement classées en sources directes et indirectes par
référence à leur mode d’intervention dans la création de la norme juridique.
SECTION I/ LES SOURCES DIRECTES
On les appelle ainsi en raison de leur intervention directe dans la production des règles
juridiques. Ces sources sont : la loi et la coutume.
Sous­section 1/ La loi
Le terme « loi » revêt deux sens distincts en droit : un sens formel (ou organique) et un sens
matériel.
Au sens formel, la loi désigne toute disposition émanant de l’organe étatique investi du
pouvoir législatif par la constitution. Au Niger, cet organe est actuellement l’Assemblée
Nationale. La loi obéit à un régime particulier autour duquel s’est construite une théorie
générale (Parag.1).
Dans son sens matériel, la loi désigne toute règle formulée par un organe étatique compétent
dans l’exercice du pouvoir législatif ou exécutif. Elle correspond ainsi aussi bien à la loi
formelle émanant de l’Assemblée Nationale qu’aux actes administratifs de portée générale ou

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règlementaire (décrets, arrêtés etc.) édictés par le pouvoir exécutif et les accords
internationaux (traités) auxquels l’Etat a souscrit. Perçue dans ce deuxième sens, la loi pose le
problème de savoir la place qu’occupe chaque corps de texte dans le système juridique. Cette
question est réglée par un principe d’hiérarchisation des textes juridiques (Parag.2).
Dans les deux sens sus indiqués, la loi est une règle de droit dont la caractéristique
fondamentale est son origine étatique. En effet, seules les autorités publiques ont le pouvoir
d’élaborer une loi.
Parag. 1/ La théorie générale de la loi
Elle s’articule autour des règles qui gouvernent la loi de sa naissance à sa disparition.
A/ La naissance de la loi
Elle s’effectue en deux étapes : celle de l’adoption de la loi et celle de son entrée en vigueur.
1) L’adoption de la loi : L’initiative de la loi appartient aussi bien au Président de la
République qu’au Parlement (Assemblée Nationale). Ainsi, On parle de projet de loi
lorsque le texte est initié par l’exécutif (le Gouvernement) et de proposition de loi
quand il émane du Parlement. En tout état de cause, le projet de texte est d’abord
discuté par une commission spéciale de l’Assemblée Nationale avant d’être adopté en
plénière. Il est ensuite transmis à la Cour constitutionnelle pour subir un contrôle de
constitutionnalité puis envoyé au Président de la République pour promulgation.
Alors, débute la phase de son entrée en vigueur.
2) L’entrée en vigueur de la loi : Une loi entre en vigueur après avoir subi deux
opérations : la promulgation et la publication.
ü La promulgation est l’acte par lequel le Président de la République donne l’ordre
d’exécuter la loi. Selon la Constitution nigérienne, le Président de la république
promulgue les lois dans les 15 jours de leur transmission à lui par le Président de
l’Assemblée. Ce délai est réduit à 5 jours en cas d’urgence déclarée par l’Assemblée
Nationale. Mais, le Président de la République peut, avant de promulguer une loi,
demander qu’elle soit revue par les députés. Dans ce cas, si les députés se prononcent
sur la loi, elle est considérée comme promulguée de plein droit.

ü La publication est l’acte matériel qui permet de porter la nouvelle loi à la connaissance
du public. Elle s’effectue dans le Journal Officiel (J.O) de la République ou dans un
journal d’annonces légales. Mais, la publication ne suffit pas à rendre une loi

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opposable aux citoyens. Il faut en plus que soit observé un délai au cours duquel
ceux­ci vont prendre connaissance de l’existence de la loi. Ce délai est d’un jour franc
à compter de la parution du J. O. pour les populations de la capitale et un jour franc à
compter de l’arrivée du J.O. dans les chefs lieux de région pour les populations de
l’intérieur.

Un jour franc est un intervalle de 24H compté de minuit à minuit sans prendre en
compte la journée au cours de laquelle se produit l’évènement qui fait courir ce délai.
Exemple : si une loi est promulguée le 1er janvier à 8h, le jour franc va du premier au
deuxième minuit qui suit.

La publication peut s’effectuer aussi selon la procédure d’urgence. Celle­ci consiste à


porter directement la loi à la connaissance du public par affichage, communiqué de
presse ou tout autre moyen rapide.

Seule une loi respectant cette procédure est opposable aux citoyens. Cette opposabilité
est exprimée par l’adage « Nul n’est censé ignorer la loi » qui signifie que ni les
citoyens, ni le pouvoir exécutif, ni le législateur qui l’a faite et encore moins le juge ne
peuvent se soustraire à l’application de la loi pour quelque raison que ce soit.

B/ L’application de la loi
L’application de la loi pose deux problèmes majeurs. Le premier consiste à savoir jusque où la
loi d’un pays peut exercer son autorité. Le second, concerne la détermination du point de
départ d’une nouvelle loi qui doit remplacer une ancienne. Ces deux questions correspondent
respectivement aux problèmes des conflits de lois dans l’espace et dans le temps.
1) Les conflits de lois dans l’espace
En principe, la loi d’un pays n’a d’effet que sur son territoire. C’est le principe de la
territorialité des lois. Mais, exceptionnellement, les lois d’un pays s’appliquent même à
l’étranger, notamment en ce qui concerne l’état et la capacité des personnes. C’est le principe
de la personnalité des lois.
2) Les conflits de lois dans le temps
Quand une loi nouvelle porte sur une matière déjà régie par une ancienne loi, il se pose
naturellement des risques de conflit. En général, le législateur prévient cette situation en fixant
des règles qui régiront la situation de transition entre les deux lois. Ces règles constituent ce

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qu’on appelle le droit transitoire. Mais, lorsque le législateur ne prévoit rien, il faut se référer
à l’art. 2 du code civil qui énonce que « la loi ne dispose que pour l’avenir, elle n’a point
d’effet rétroactif ». Cet article pose le principe dit de la non­rétroactivité de la loi, c’est­à­dire
le principe selon lequel la nouvelle loi ne peut modifier les situations qui existaient avant son
intervention, elle ne s’appliquera qu’aux seules situations nouvelles. Mais, ce principe n’est
pas absolu, car il y a des situations où on admet que la loi nouvelle puisse saisir les situations
nées avant son adoption. Ce sont les exceptions au principe (a). La règle de l’art. 2 du code
civil comporte, par ailleurs, certaines insuffisances auxquelles la doctrine a proposé des
solutions (b).
a) Le principe de la non­rétroactivité et ses exceptions
Le principe de la non­rétroactivité postule que les lois nouvelles ne peuvent s’appliquer aux
situations juridiques antérieures à leur entrée en vigueur ; elles n’auront d’effet que sur les
situations postérieures. Il existe cependant des exceptions à cette règle. Ce sont :
- Les lois expressément rétroactives, c’est­à­dire les lois que le législateur a lui­même
jugées nécessaires de faire rétroagir ;
- Les lois interprétatives, c’est­à­dire les lois qui précisent le sens d’une loi
antérieure dont les dispositions ne sont pas claires ;
- Les lois pénales douces, c’est­à­dire les lois qui réduisent les sanctions prévues pour
les citoyens ;
- Les lois de compétence et de procédure, c’est­à­dire les lois portant organisation et
fonctionnement du service public de la justice ;
- Et les lois d’ordre public, c’est­à­dire les lois édictées pour faire respecter l’ordre.
Malgré son efficacité apparente, la solution de l’art. 2 du code civil n’est pas satisfaisante. En
effet, elle ne permet pas de déterminer avec précision le régime applicable aux situations
juridiques en cours, c’est­à­dire les situations juridiques nées avant la loi nouvelle mais dont
l’exécution se poursuit sous son empire. C’est en ce sens que la doctrine a fait des
propositions.
b) Les solutions doctrinales aux insuffisances de l’art. 2 du code civil
Les propositions de la doctrine se résument en deux théories : une théorie classique dite
théorie des droits acquis et une théorie moderne qualifiée de théorie de l’effet immédiat de la

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loi.
Selon la théorie des droits acquis, la loi nouvelle ne peut porter atteinte aux droits qui sont
définitivement acquis ; elle ne saisit que les expectatives, c’est­à­dire les droits qui sont
encore suspendus. Ainsi, le fait que la loi ancienne continue à régir, sous l’empire de la loi
nouvelle, les droits définitivement acquis est considéré comme une survie de la loi ancienne.
Mais, la théorie classique n’est pas adaptée aux situations juridiques légales (situations de
mariage, de divorce, de succession etc.). En effet, laisser survivre la loi ancienne dans ces
situations comporte le risque de créer un désordre social ; ce qui est contraire au but du droit.
Cela explique l’avènement de la deuxième théorie.
Selon cette seconde théorie, appelée théorie de l’effet immédiat de la loi, la nouvelle loi
s’applique, dès son entrée en vigueur, aux situations juridiques déjà établies pour régir leurs
effets à venir. En d’autres termes, la nouvelle loi s’applique dès son entrée en vigueur à toutes
les situations juridiques qu’elle a trouvées et peut ainsi en modifier le cours.

On peut aisément constater que cette théorie présente aussi un inconvénient ; celui de créer
une insécurité dans les situations contractuelles. En d’autres termes, appliquer cette théorie
revient à admettre qu’un contrat conclu entre deux citoyens avant l’adoption d’une nouvelle
loi puisse être remis en cause par cette loi. Il n y aura donc plus de contrat durable, plus de
contrat stable, plus de sécurité dans les affaires.

C’est pourquoi, dans cette divergence d’interprétation, les tribunaux n’ont pas pris position.
Ils appliquent l’une ou l’autre des deux théories selon la nature de la situation en cause. Ainsi,
les juges appliquent la théorie des droits acquis quand il s’agit d’un contrat et la théorie de
l’effet immédiat de la loi lorsqu’il s’agit d’une situation légale. Par conséquent, quand un
contrat est définitivement formé, il ne peut être modifié ou remis en cause par une nouvelle
loi. En revanche, lorsqu’il s’agit d’une situation juridique légale (mariage, succession, divorce
etc.), elle est soumise à la rigueur de la nouvelle loi dès l’intervention de celle­ci.
C/ La disparition de la loi
Une loi devient caduque dès l’instant où la raison qui a nécessité son adoption a cessé. Mais,
en général, c’est par l’effet de l’abrogation qu’une loi s’éteint. L’abrogation consiste à
anéantir (effacer) la loi pour l’avenir.

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Il existe deux formes d’abrogation : l’abrogation expresse qui est la suppression de la loi
ancienne prononcée clairement dans la nouvelle loi et l’abrogation tacite ou implicite qui
découle de la contrariété des termes de la nouvelle loi avec ceux de l’ancienne loi sans que
cela ne soit dit expressément.

Par ailleurs, sans être abrogée, une loi peut aussi se trouver inappliquée en raison d’une
pratique contraire des populations. On dit que cette loi est en désuétude. Une telle loi est
seulement « en sommeil ». Elle pourra se « réveiller » un jour pour s’appliquer aux situations
visées.

Parag. 2 / La hiérarchie des textes juridiques


Dans le droit positif d’un pays, il ya deux types de règles : des règles d’origine interne et des
règles d’origine internationale et/ou communautaire. Il est donc convenable de présenter la
hiérarchie des textes de droit interne avant de situer la place des textes internationaux et
communautaires dans l’ordonnancement juridique.
A/ La hiérarchie des textes de droit interne.
Les différentes normes qui composent le droit interne sont ordonnées dans une hiérarchie qui
constitue, selon Kelsen, une pyramide de normes. Le postulat de cette hiérarchie est que
chaque norme de niveau inférieure doit respecter la norme de niveau supérieur. Dès lors,
quand ce principe n’est pas respecté, il faut mettre en œuvre certains mécanismes de contrôle.
Au vu de ce qui précède, il convient de présenter d’abord l’ordre de classification des textes
avant de voir les mécanismes du contrôle de la hiérarchie.
1) La classification des textes
a) La constitution
On l’appelle loi fondamentale. C’est la norme juridique suprême de l’Etat. Elle fixe
l’ensemble des règles qui organisent l’Etat, décrivent le rôle de chacun de ses divers organes
(Président, Gouvernement, Parlement, Justice etc.) et garantissent les droits et les libertés des
citoyens. On assimile aux dispositions constitutionnelles certains textes à caractère
philosophique tels que le préambule de la constitution, la déclaration des droits de l’homme et
du citoyen de 1789, la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, la charte
africaine des droits de l’homme et des peuples etc. L’ensemble de ces textes forment avec la

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constitution ce qu’on appelle le bloc de constitutionnalité. Ils se situent au sommet de la
hiérarchie des textes. Ils sont suivis par les lois.
b) Les lois
Il existe plusieurs types de lois :
- Les lois référendaires : elles sont directement soumises au vote du peuple. Donc, elles
ne passent pas par le Parlement. C’est pourquoi, elles échappent au contrôle de
conformité à la constitution ;
- Les lois organiques : elles sont votées par le Parlement pour préciser et compléter la
constitution. Elles se situent au dessus de toutes les lois votées par le Parlement ;
- Les lois parlementaires. Ce sont les lois ordinaires. Elles ont un domaine réservé,
c’est­à­dire des matières qu’elles sont seules habilitées à régir (exemples : l’impôt, la
nationalité, la citoyenneté etc., voir art. 99 de la constitution). Dans d’autres matières,
ces lois interviennent pour fixer uniquement les principes fondamentaux pendant que
le règlement doit déterminer les modalités d’application. Tel est le cas en matière
d’organisation de la défense nationale, d’administration des collectivités territoriales,
etc. (art. 100 de la constitution) ;
- Les ordonnances : Ce sont des lois prises par le pouvoir exécutif, en vertu d’une
habilitation du Parlement, dans un domaine qui est normalement réservé à la loi (au
Parlement). Elles doivent être ratifiées par l’Assemblée après leur adoption par
l’exécutif. Mais, le projet d’ordonnance doit seulement être approuvé par le Parlement
sans discussion ni modification possibles.
Les ordonnances ont un caractère de règlement avant cette ratification et un caractère
de loi après.
c) Les règlements
Les règlements sont composés de l’ensemble des textes de portée générale pris par les
autorités exécutives. Ils peuvent intervenir dans un domaine où la loi a déjà fixé les principes
fondamentaux pour ainsi la compléter (on parle alors de règlement d’application) ou dans un
domaine que la loi ne régit pas (on parle dans ce cas de règlement autonome). Selon l’art. 103
de la constitution, toutes les matières qui ne sont pas du domaine de la loi relèvent du
règlement.

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Les règlements peuvent être classés aussi en fonction de l’autorité dont ils émanent. On
distingue alors les décrets qui émanent du Président de la République ou du Premier Ministre
et les arrêtés qui proviennent des autres détenteurs du pouvoir exécutif, en l’occurrence les
ministres (arrêtés ministériels ou interministériels), les préfets (arrêtés préfectoraux) et les
maires (arrêtés municipaux).

Ce foisonnement des « lois » impose un contrôle pour faire respecter l’autorité de chaque
norme.
2) Le contrôle de la hiérarchie
Le contrôle s’effectue selon deux procédés : le contrôle de constitutionnalité et le contrôle de
légalité.

a) Le contrôle de constitutionnalité
Il permet de vérifier la conformité d’une loi à la constitution. Il s’effectue auprès de la Cour
constitutionnelle. Celle­ci exerce son contrôle de deux manières : avant la promulgation de la
loi (c’est le contrôle à priori) et après la promulgation (c’est le contrôle à posteriori).
Le contrôle à priori peut être demandé par le Président de la République, le Premier Ministre,
le Président de l’Assemblée Nationale ou 1/10ème des députés. Si au cours de ce contrôle, la
cour déclare la loi conforme à la constitution, elle sera promulguée. Dans le cas contraire, elle
ne sera pas promulguée. La Cour peut aussi censurer certaines dispositions et en valider
d’autres. Dans ce cas, le Président de la République choisit soit de promulguer la loi sans les
dispositions censurées, soit de demander au Parlement une nouvelle délibération.
Quant au contrôle à posteriori, il permet à tout citoyen en procès, de soulever, devant le juge,
l’inconstitutionnalité d’une loi qu’on lui oppose. La cour constitutionnelle est alors saisie par
le juge et le procès est suspendu jusqu’à l’intervention de sa décision. Si la cour déclare la loi
conforme à la constitution, elle est maintenue et appliquée au procès. Dans le cas contraire,
elle est considérée caduque.
b) Le contrôle de légalité
Il permet de vérifier la conformité des règlements d’application aux lois et celle des

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règlements autonomes à la constitution. Il s’effectue devant les juridictions administratives et
judiciaires. Ce contrôle s’exerce suivant deux procédés : le recours pour excès de pouvoir et
l’exception d’illégalité.
Le recours pour excès de pouvoir permet d’obtenir l’annulation d’un règlement considéré
comme illégal tandis que l’exception d’illégalité permet seulement d’éviter l’application du
texte illégal à la personne qui soulève cette illégalité au cours d’un procès.
B/ La place des textes internationaux et communautaires dans l’ordre juridique
Les traités ou accords internationaux et les accords régionaux doivent être ratifiés pour être
pris en compte dans l’ordre juridique national. Lorsqu’ils sont ratifiés, ils acquièrent une
valeur infra­constitutionnelle (inférieure à la constitution) et supra­légale (supérieure à la loi).

Parag. 3/ La coutume

C’est une règle de droit non écrite née d’une pratique habituelle et prolongée considérée
comme obligatoire.

A/Les éléments constitutifs de la coutume

Pour qu’il y ait coutume il faut la réunion de deux éléments : un élément matériel (une
pratique générale, constante et répétitive) et un élément psychologique (le sentiment que les
populations ont d’être obligées par cette pratique).

B/Le domaine d’application de la coutume

Il est défini par l’art. 63 de la loi n° 2004­50 du 22 juillet 2004 fixant l’organisation et la
compétence des juridictions du Niger. Selon ce texte, la coutume s’applique à titre de droit
commun dans les matières suivantes :

- L’état et la capacité des personnes ;

- La famille, le mariage, le divorce, la filiation, les successions, les testaments et les


donations.

En dehors de ces cas, l’application de la coutume doit être autorisée spécialement par la loi.

C/ Les conflits de coutumes

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L’interaction entre les coutumes entraine souvent des conflits qui sont réglés comme suit :

- Dans les questions intéressant le mariage, le divorce, la garde de l’enfant ou le sort


de l’épouse en cas de divorce, répudiation ou décès du conjoint, on applique la
coutume de la femme si celle­ci est nigérienne. Dans le cas contraire, on applique
la coutume de l’époux ;

- Dans les questions relatives aux donations, on applique la coutume du donateur ;

- Dans les questions de succession et de testament, on applique la coutume du


défunt ;

- Dans toutes les autres matières, on applique la coutume du défendeur.

D/ Les rapports entre la loi et la coutume

Ils sont de trois natures :

- La coutume peut s’appliquer sur autorisation expresse de la loi : on parle alors de


coutume secundum legem ou coutume selon la loi ;

- La coutume peut intervenir dans le silence de la loi pour suppléer sa carence : on


parle de coutume praeter legem ou coutume à défaut de loi ;

- La coutume peut régner en opposition à la loi : on parle alors de coutume contra


legem ou coutume contraire à la loi.

SECTION II/ LES SOURCES INDIRCETES

Les sources indirectes sont constituées par la jurisprudence et la doctrine.

Parag. 1/ La jurisprudence

C’est l’ensemble des décisions rendues dans un même sens par les tribunaux et les cours sur
un problème de droit donné. Ces décisions sont appelées arrêts lorsqu’elles sont rendues par
des cours et jugements lorsqu’elles proviennent des tribunaux.

A/ Le pouvoir créateur de la jurisprudence

A l’origine, la jurisprudence n’était pas destinée à créer des normes. En effet, dans le principe
de la séparation des pouvoirs, le rôle du juge est d’appliquer la loi et non de la confectionner.
L’art. 5 du code civil interdit aussi aux juges de rendre des arrêts de règlement, c’est­à­dire de
trancher les litiges qui leur sont soumis par des dispositions de portée générale. Les décisions
de justice n’ont d’autorité qu’envers les parties au litige et ce qui a été jugé (c’est le principe
de l’autorité relative de la chose jugée). Enfin, notre système judiciaire, fondé sur le modèle
français, interdit le précédent judiciaire, c’est­à dire le fait de se baser sur les anciennes

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décisions pour rendre de nouvelles solutions.

Malgré ces obstacles, la jurisprudence s’est révélée être une véritable source de droit dans son
fonctionnement. Cela découle principalement de trois situations :

- L’art. 4 du code civil interdit au juge de refuser de statuer en cas de silence,


obscurité ou insuffisance de la loi, sous peine d’être déclaré coupable de déni de
justice. Il a l’obligation de juger dans toutes les situations qui lui sont soumises;

- La loi reconnait au juge le pouvoir d’interpréter un texte lorsqu’il est obscur ou


imprécis. Sous prétexte de cette interprétation, il crée souvent des normes
juridiques de portée générale. C’est l’exemple des principes généraux de droit ;

- L’organisation du système judiciaire étant fondée sur une hiérarchisation des


juridictions, la cour de cassation (juridiction suprême) assure, à travers son
contrôle des juridictions inférieures, une unification de la jurisprudence.

B/ L’organisation du système judiciaire nigérien


L’organisation du système judiciaire nigérien est fixée par la loi n° 2004­50 du 22 juillet
2004. On étudiera ici les principes généraux de cette organisation, les institutions et le
personnel judiciaire.

1) Les principes généraux de l’organisation judiciaire

Le principe de base est énoncé par l’art. 100 de la constitution qui dispose que la justice est
rendue sur le territoire national au nom du peuple et que les décisions de justice s’imposent à
tous, aux pouvoirs publics comme aux citoyens. En plus de cette règle, d’autres principes sont
formulés tels que : le principe de la distinction entre juridictions de droit commun et
juridictions d’exception, le principe du double degré de juridiction et le principe de la
collégialité.

∙ La distinction entre juridictions de droit commun et juridictions d’exception : les


juridictions de droit commun ont vocation à statuer sur toute sorte de question alors
que les juridictions d’exception (ou d’attribution) sont des juridictions spécialisées.

∙ Le principe du double degré de juridiction : c’est le principe dit de l’appel. Il permet à


un citoyen non satisfait d’une décision rendue par une juridiction de niveau inférieur
de faire à nouveau juger son affaire devant une juridiction de niveau supérieur.

∙ Le principe de la collégialité : selon ce principe, toute décision de justice doit être


rendue par plusieurs juges (trois au moins). Ce principe connait des exceptions, car
certaines juridictions statuent à juge unique. C’est le cas du tribunal des mineurs.

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2) Les institutions judiciaires

Elles sont organisées en juridictions de premier degré, juridictions d’appel ou de second degré
et en juridictions supérieures.

Ø Les juridictions de premier degré : on distingue d’une part les juridictions de droit
commun (les tribunaux d’instance et les tribunaux de grande instance) et d’autre part
les juridictions spécialisées (les tribunaux de travail, les tribunaux de commerce, les
tribunaux administratifs, les tribunaux du foncier rural, les tribunaux des mineurs et le
tribunal militaire).

Ø Les juridictions de second degré ou juridictions d’appel : ce sont les cours d’appel qui
sont au nombre de deux : la cour d’appel de Niamey et celle de Zinder.

A côté de ces juridictions la loi cite les cours d’assises qui ne sont toutefois pas des
juridictions de second degré.

Ø Les juridictions supérieures : elles sont soit nationales (la Cour de cassation, le
Conseil d’Etat, la Cour des comptes et de discipline budgétaire, la Cour
constitutionnelle et la Haute cour de justice), soit communautaires (la Cour de justice
de la CEDEAO, la Cour de justice de l’UEMOA et la Cour commune de justice et
d’arbitrage de l’OHADA).

Chaque juridiction a deux types de compétence : une compétence territoriale qui


indique l’espace géographique d’intervention de la juridiction (exemple : la région
pour le tribunal de grande instance) et une compétence matérielle (ou d’attribution) qui
détermine les matières sur lesquelles la juridiction peut statuer (exemple : les actes de
commerce pour le tribunal de commerce).

3) Le personnel judiciaire

Le personnel judiciaire est composé de deux catégories d’agents : les magistrats et les
auxiliaires.

Ø Il ya deux types de magistrats : les magistrats professionnels et les magistrats non


professionnels.

Les magistrats professionnels sont : les magistrats de siège et les magistrats du


parquet.

Les magistrats du siège ont pour fonction de juger. Ils sont toujours assis au moment

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des jugements. C’est pourquoi, on les qualifie de magistrats assis. Ils sont
indépendants, c’est­à­dire qu’ils ne doivent pas recevoir d’ordre du pouvoir politique
sur la matière à juger. Pour garantir cette indépendance, ils sont inamovibles,
c’est­à­dire qu’ils ne peuvent être mutés sans leur accord (ou du moins l’accord du
Conseil supérieur de la magistrature). Les magistrats du siège sont aussi
personnellement irresponsables dans l’exercice de leurs fonctions. Cela signifie qu’un
justiciable ne peut réclamer de sanction contre un juge s’il considère qu’il a mal jugé.
Toutefois, les juges peuvent faire l’objet de sanctions disciplinaires en cas de
manquement grave à leurs obligations professionnelles. Ces sanctions sont prononcées
par le Conseil supérieur de la magistrature.

S’agissant des magistrats du parquet, ils ne jugent pas mais, représentent l’Etat au
moment des procès en faisant des réquisitions en son nom. Ce sont : les procureurs
généraux et leurs substituts. Ils doivent se mettre debout au moment de ces
réquisitions. C’est pourquoi, on les qualifie de magistrats debouts. Ils forment un
corps indivisible et hiérarchisé qu’on appelle ministère public et qui se trouve placé
sous l’autorité du Ministre de la justice, Garde des sceaux. Les magistrats du parquet
sont nommés et révoqués par ce dernier. Ils ne sont pas indépendants. Ainsi, ils
peuvent recevoir des ordres du ministre de la Justice dans leurs réquisitions écrites. En
revanche, ils sont libres lors de leurs réquisitions orales.

Quant aux magistrats non professionnels, ce sont, d’une part, les assesseurs
représentant les travailleurs et les employeurs au sein des tribunaux de travail, et
d’autre part, les jurés de la Cour d’assises.

Ø S’agissant des auxiliaires, ils comprennent :

­ les officiers ministériels (les greffiers, les huissiers et les notaires) ; les avocats, les
mandataires de justice et les assesseurs coutumiers.

Les greffiers sont les secrétaires des tribunaux. Ils préparent les audiences, prennent
note des débats, rédigent les projets de jugement et délivrent les grosses (décisions
revêtues de la formule exécutoire).

Les huissiers ont pour mission d’accomplir certains actes juridiques et d’exécuter les
décisions de justice. Ainsi, aux termes de la première mission, ils délivrent les
assignations en justice et procèdent à la signification des mises en demeure, des
constats et des jugements. Dans le cadre de la seconde mission, ils peuvent, sur ordre
du juge, procéder à des saisies ou des expulsions.

S’agissant des notaires, ils sont chargés de l’établissement des actes authentiques ainsi
que leur conservation. Ils assurent également une mission de conseil envers les

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particuliers et les chefs d’entreprise, notamment en matière de succession, en matière
immobilière et en matière de constitution de société.

Quant aux avocats, ils représentent leurs clients dans les procédures judiciaires et
assurent leur défense le jour de l’audience à travers des plaidoiries. En plus, les
avocats assurent une mission de conseil envers leurs clients. Ce conseil peut prendre la
forme d’une consultation juridique, de la rédaction d’un contrat ou d’une transaction
pour éviter un procès.

Les mandataires de justice sont des personnes chargées par le juge d’une mission
technique donnée. Il s’agit des experts et des administrateurs et liquidateurs
judiciaires. Les experts sont les spécialistes auxquels la justice fait souvent appel pour
régler certains problèmes délicats ou techniques (exple : les médecins, les experts
comptables etc). Quant aux administrateurs et liquidateurs judiciaires, ils sont nommés
pour tenter de redresser une entreprise en difficulté ou procéder à sa liquidation.

Enfin, les assesseurs coutumiers sont des personnes ressources auxquelles la justice
fait appel pour assister les juges dans les questions coutumières.

C/ Le déroulement du procès
Le procès est le procédé par lequel un juge est saisi pour trancher un litige. C’est la voie
ultime de règlement des différends. Il n’intervient que lorsque les parties en litige refusent les
méthodes de règlement amiable qui sont à leur disposition (à savoir la conciliation, la
médiation et l’arbitrage) ou lorsque ces méthodes ont échoué. L’action en justice est alors
introduite au moyen d’une assignation, c’est­à­dire au moyen d’un acte par lequel le plaignant
(ou demandeur) fait connaître à son adversaire (le défendeur) son intention de le poursuivre en
justice. L’assignation est délivrée par un huissier. Elle doit être faite dans le délai fixé par la
loi pour exercer l’action sous peine d’en perdre le bénéfice. Ce délai est appelé délai de
prescription.
Une fois le juge saisi, la procédure de traitement du litige appelée instance peut démarrer.
Cette procédure est guidée par le principe du contradictoire qui impose de respecter les droits
de la défense. Par conséquent, les parties doivent se faire connaître mutuellement leurs
moyens de défense. Aucun nouvel argument juridique, ni aucune nouvelle preuve ne peut être
évoquée pour la première fois au cours de l’audience.
Le procès doit être équitable, c’est­à­dire mené en toute objectivité. Le juge ne doit donc
normalement subir aucune pression ni de la part du pouvoir politique, ni de la part des parties

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en litige. C’est pour garantir cette objectivité que les audiences sont ouvertes au public. Mais
lorsque le litige concerne la vie privée des parties (divorce par exemple) ou lorsque la
publicité peut engendrer des troubles à l’ordre public, l’affaire est jugée en chambre de
conseil, c’est­à­dire à huis clos.
Le jugement qui sera rendu est susceptible d’être contesté, dans le fond et la forme, devant
une juridiction de niveau supérieur (c’est l’appel) ou devant la même juridiction lorsque la
partie qui conteste n’avait pas pu y prendre part (c’est l’opposition). Il peut également faire
l’objet d’un recours en cassation devant la cour de cassation, si les règles de droit ont été mal
appliquées par les premiers juges. Si toutes ces voies sont épuisées, l’affaire est supposée être
définitivement jugée et ne peut plus être contestée. Toutefois, la partie qui découvre un
élément nouveau (exemple : une fraude) ayant induit le juge en erreur peut demander la
révision du jugement.
Parag. 2/ La doctrine

C’est l’opinion des jurisconsultes sur les questions de droit. Elle est constituée par l’ensemble
des travaux et réflexions des juristes. La doctrine ne crée pas directement la règle de droit
mais elle éclaire le législateur et le juge sur les questions juridiques. Ainsi, la doctrine a été à
l’avant­garde de certaines théories telles que la théorie de l’enrichissement sans cause, la
théorie de l’apparence, la théorie de la gestion d’affaires etc.

Les travaux doctrinaux sont localisés dans les thèses, les articles, les notes relatives aux
décisions de justice etc.

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