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14 août 2019 à 14h56 | Par Omer Mbadi  - à Yaoundé

Au terme de la campagne cacaoyère 2018/2019


achevée le 15 juillet, le Cameroun a vu ses
exportations grimper de 25 %. Des chiffres poussés
également par une activité croissante de
transformation que le quatrième producteur mondial
de cacao veut encore renforcer.

À l’occasion du lancement de la campagne cacaoyère


2019/2020 dans la localité de Sangmelima, à plus de
100 km au sud de Yaoundé, l’Office national du cacao
et du café a dressé un bilan très positif de la
campagne achevée, qui a contribué à 11 % des
exportations du pays en 2018. En hausse de 4,2 %
par rapport à la saison précédente, la production
commercialisée de cacao s’est établie à 264 253
tonnes.

Cette hausse profite avant tout du bond de 25,6 %


des exportations, à 214 825 tonnes, après un recul de
13,3 % lors de la campagne 2017/2018. Ce recul
était dû à la crise sécuritaire qui affecte depuis trois
ans les régions anglophones du Sud-Ouest –
longtemps considérées comme le premier bassin de
production du pays – et du Nord-Ouest. Les ports
d’Amsterdam et de Jakarta ont réceptionné 74,41 %
des fèves camerounaises.
Renforcer la transformation
Le niveau de production commercialisée en hausse a,
de fait, impliqué une baisse des stocks en fin de
saison. Ceux-ci se situent à présent à 18 035 tonnes,
alors qu’ils avaient atteint le niveau historique de
27 159 tonnes à la fin de la précédente campagne.

Grande priorité économique du pays, car génératrice


de devises, l’activité de transformation du cacao a été
stimulée par des mesures fiscales en 2017, ayant
entraîné de gros investissements de la part des
entreprises. Après avoir bondi de plus de 61 % au
cours de la campagne 2017/2018, la quantité de
cacao transformée a augmenté de 9,6 % lors de la
dernière campagne pour s’établir à 58 522 tonnes.
Une évolution notamment portée par l’augmentation
des capacités des chocolatiers Barry Callebaut,
Ferrero et Tiger Brands, à travers leur filiales locales.

À LIRE Cacao : le grand bond de la transformation au


Cameroun

Le niveau de transformation est appelé à s’accroître


durant la campagne à venir, avec l’entrée en activité,
en avril dernier de Neo Industry, qui entend traiter
annuellement 26 000 tonnes. De même, la nouvelle
unité du groupe Atlantic Cocoa Corporation prévoit un
traitement annuel de 48 000 tonnes.
Un contrat de financement complémentaire entre la Banque de
Développement de l’Afrique Centrale (BDEAC), la Bgfi bank, et
l’entreprise Atlantic Cocoa, Société ivoirienne, a été signé le 17
septembre 2018 à Douala. D’un montant 7,24 milliards FCFA,
ledit contrat est relatif à la construction et à la mise en
exploitation d’une usine de transformation des fèves de cacao à
Kribi au Cameroun. «C’est un projet important pour le
Cameroun, la sous-région CEMAC et la BDEAC» a déclaré
Fortunato OFA MBO NCHAMA, Président de la BDEAC à l’issu
de la signature du contrat.
Le projet vise à écouler annuellement 37 000 tonnes de produit
semi-finis de cacao (masse, beurre et tourteaux) certifiés
conformes aux normes internationales. «Transformer nos
matières premières au lieu de les exporter telles qu’elles nous
assurent un gain, cela va en droite ligne de la diversification
souhaitée de nos économies », a relevé le Président de la
BDEAC.
Bon à savoir en fin janvier 2018, l’entreprise Atlantic Cocoa,
Société ivoirienne a paraphé un contrat avec le Port Autonome
de Kribi (PAK) en vue de la construction dans la zone
industrielle dudit d’une unité de transformation de cacao d’une
capacité de 48 000 tonnes par an, extensible à 64 000 tonnes
par an. En tout, l’investissement se chiffre à quelques 30
milliards de FCFA et constitue une des composantes majeures
du programme d’investissement du groupe Ivoirien au
Cameroun. En effet, ledit programme intègre également le
développement des plantations agricoles industrielles, incluant
des centres d’excellences agricoles dans les différents bassins
de production cacaoyère du Cameroun sur une superficie de
25 000 hectares.
(Synthése : Cameroon Tribune N 11683 du 20 septembre
2018)
Projet Neo Industry SA
L’inauguration au Cameroun d’une usine de transformation de cacao donne un
nouvel élan à l'industrialisation du pays. Visant le marché mondial, la nouvelle
unité a une capacité de 32 000 tonnes de fèves de cacao transformées et 25 600
tonnes de produits semi-finis par an et permettra la création de 800 emplois
directs et 1700 indirects, le tout pour un financement de 50 milliards de Fcfa,
soit environ 85,5 millions de dollars.
«Le Cameroun jusqu'aujourd'hui est un convoyeur de matières
premières vers l'Occident. Or, la transformation de cacao en produits
semi-finis permettra d'obtenir quasiment le double des devises. C'est-à-
dire que lorsqu'on vendra des produits transformés à partir d'une tonne
de fèves de cacao, on obtiendra le double en termes de recettes»,  se
réjouit, dans un entretien avec La Tribune Afrique- Serge Noutcha, site
manager du projet Neo Industry SA, l'entreprise qui gère la nouvelle
usine de transformation de cacao au Cameroun.

Installée sur une surface de 5 hectares à Kekem, dans l'ouest du pays, l'unité a été
inaugurée en grande pompe vendredi 26 avril, en présence du Premier
ministre, Joseph Dion Ngute et de plusieurs membres du gouvernement et
hommes d'affaires venus notamment de la sous-région d'Afrique centrale.

32 000 tonnes de fèves de cacao transformées


D'une capacité de transformation de 32 000 tonnes de fèves de cacao et 25 600
tonnes de produits semi-finis dont le beurre de cacao, la masse de cacao, le
tourteau de cacao et la poudre de cacao, le projet est en fait un complexe industriel
décliné en plusieurs phases. Abritant des logements pour le personnel de Neo
Industry SA, le projet devrait également accueillir prochainement une usine
d'emballage.
D'un coût global de 50 milliards de Fcfa -soit environ 85,5 millions de dollars, le
projet en a déjà absorbé 36 milliards -soit environ 61,5 millions de dollars-
supportés notamment par la Société commerciale de Banque (SCB Cameroun),
filiale du groupe bancaire marocain Attijariwafa Bank, le géant
camerounais Afriland First Bank, avec la participation de l'assureur français AGF,
filiale d'Allianz. Un financement qui a notamment permis d'équiper l'usine en
matériel de dernière génération, d'alimenter le site en fibre optique et d'indemniser
les populations, selon les promoteurs.
Derrière ce projet, Emmanuel Neossi, 46 ans, un entrepreneur camerounais
évoluant dans la filière cacaoyère depuis plusieurs décennies et poussé par le désir
de «réaliser un rêve d'enfant». Il a en partie auto-financé la construction de l'usine.
«Cet investissement est l'illustration d'une volonté de promouvoir l'industrialisation
de notre pays, mais par-dessus tout le label "Made in Cameroun" dans tous les
sens du terme», a-t-il déclaré lors de la cérémonie d'inauguration, insistant sur le
fait que l'unité répond aux normes internationales.
Avec plus de 230 000 tonnes par an, le Cameroun est le troisième producteur de
cacao en Afrique, derrière la Côte d'Ivoire et le Ghana et cinquième mondial .
Cependant, seulement 25% de la production était jusque-là transformée
localement. C'est dire l'impact que pourrait avoir l'usine de Kekem. D'ailleurs, outre
cet aspect, le projet a généré dans sa phase de réalisation près de 1 700 emplois
directs et près de 2 700 emplois indirects. Pendant la phase d'exploitation, il
générera près de 800 emplois directs et près de 1 700 emplois indirects. «Le projet
va permettre également à beaucoup de jeunes camerounais sortis d'école de
pouvoir se frotter aux métiers de l'industrie du cacao», se réjouit Serge Noutcha.

«Un joyau de l'industrie de l'Afrique centrale»


Un aspect qui réjouit également le gouvernement camerounais qui a, quant à lui,
soutenu ce projet par un apport financier de 1,2 milliard de Fcfa dans le cadre
du «Programme Agropoles». Pour Gabriel Mbairobe, ministre de l'Agriculture et du
développement rural, l'usine de Kekem représente «un joyau de l'industrie
camerounaise et de l'Afrique centrale». «Cette industrie a une importance capitale
parce que le cacao est la principale culture de rente de notre économie», a-t-il
ajouté.
Première unité du genre dans toute la sous-région centre-africaine, «je crois que ce
type de projets devrait encourager toute l'Afrique centrale. Nous allons travailler
tous ensemble pour cela aille de l'avant», a déclaré Hermes Ela Mifumu, PCA
Ecobank Guinée équatoriale, qui a participé à la cérémonie d'inauguration de
l'usine en tant qu'envoyé spécial du vice-président de la Guinée équatoriale.

De nombreux défis à relever


Cependant, la réalisation de l'usine de Kekem -dont la pose de la première
pierre était en juin 2016- s'est heurtée à de nombreux défis, selon les confidences
du site manager, notamment en termes d'utilisation de matériaux locaux, de
qualification de la main-d'œuvre locale -les populations en zone rurale portées vers
les métiers agricoles- mais aussi et surtout des défis liés à l'énergie et la
disponibilité d'entreprises compétentes pour exécuter le projet.
«Les usines de cacao n'ayant pas pignon sur rue au Cameroun, il nous fallait des
entreprises qui puissent faire le travail suivant les règles de l'art et dans un temps
imparti, car l'équipementier nous imposait des délais assez rigoureux pour
permettre que les machines soient posées à temps et ainsi que l'usine démarre à
temps. En matière d'énergie, il fallait s'assurer d'avoir suffisamment d'énergie pour
faire fonctionner l'usine. Cela n'a pas été facile. Cette étape a sûrement constitué
l'un des plus gros coûts»,  nous explique Serge Noutcha.
Désormais, l'usine Neo Industry SA qui a vocation à desservir le marché mondial,
mettra progressivement ses produits sur le marché, avec en priorité la masse de
cacao, l'ingrédient principal utilisé dans la fabrication du chocolat. Derrière son
activité, Neo Industry SA voit déjà «un petit boom économique», dans la mesure
où «la chaîne  qui va être dressée autour du projet impactera positivement les
domaines des emballages, du transport, de la logistique, des intrants».
 

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