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Fonctions

pharaoniques

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Le pharaon Amenhotep II faisant une offrande aux


dieux - XVIIIe dynastie - Musée égyptologique de
Turin.

Les fonctions pharaoniques sont les


diverses activités religieuses et
gouvernementales exercées par le roi
d'Égypte durant l'Antiquité (entre les
années 3150 et 30 avant notre ère).
Personnage central de l'État, le pharaon
est l'intercesseur obligé entre les dieux et
les humains. Aux premiers, il assure le bon
accomplissement des rituels dans les
temples ; aux seconds, il garantit la
prospérité agricole, la défense du territoire
et une justice impartiale.
Dans les sanctuaires, l'image du souverain
est omniprésente par l'entremise des
scènes pariétales et des statues. Dans
cette iconographie, le pharaon est
invariablement figuré comme l'égal des
dieux. Dans le discours religieux, il n'est
cependant que leur humble serviteur, un
desservant zélé qui accomplit de multiples
offrandes. Cette piété exprime l'espoir d'un
juste retour de service. Comblés de biens,
les dieux se doivent d'actionner
favorablement les forces de la nature pour
un bénéfice commun à tous les Égyptiens.
Seul humain admis à dialoguer avec les
dieux sur un plan d'égalité, Pharaon est
l'officiant suprême ; le premier des prêtres
du pays. Plus largement, la gestuelle
pharaonique recouvre tous les champs
d'activité du collectif et ignore la
séparation des pouvoirs. Aussi, tout
membre de l'administration n'agit qu'au
nom de la seule personne royale, par
délégation de pouvoir.

Dès les Textes des pyramides, les actions


politiques du souverain sont encadrées
par une seule maxime : « Amener Maât et
repousser Isefet », c'est-à-dire promouvoir
l'harmonie et repousser le chaos. Père
nourricier du peuple, Pharaon assure la
prospérité en appelant les dieux à réguler
les eaux du Nil, en ouvrant les greniers en
cas de famine et en garantissant une
bonne répartition des terres arables. Chef
des armées, le pharaon est le valeureux
protecteur des frontières. Tel Rê qui
combat le serpent Apophis, le roi d'Égypte
repousse les pillards du désert, combat les
armées d'invasion et mate les rebelles
intérieurs. Pharaon est toujours le seul
vainqueur ; debout en assommant une
grappe de prisonniers ou en décochant
des flèches depuis son char de combat.
Unique législateur, les lois et décrets qu'il
promulgue s'inspirent de la sagesse
divine. Cette législation, conservée dans
les archives et placée sous la
responsabilité du vizir, s'applique à tous,
pour le bien commun et la concorde
sociale.

Sources

Témoignages archéologiques …

Article détaillé : histoire de l'Égypte


antique.

Ramsès II recevant des courtisans en audience -


XIXe dynastie - British Museum.
À aucun moment, entre 3150 et 30 avant
notre ère, les institutions de la monarchie
pharaonique n'ont été encadrées par une
charte ou un texte constitutionnel. Il n'y a
donc pas lieu de chercher un corpus de
lois fondamentales encadrant les
fonctions gouvernementales, militaires et
religieuses exercées par le roi d'Égypte.
Durant ces 3 000 ans, le personnage de
Pharaon est indissociable de l'État
égyptien. Même au milieu des pires
vicissitudes politiques — les périodes
intermédiaires aux grands Empires — le
prestige royal est demeuré intact[1].
La place centrale du souverain dans la
société est attestée par des sources
archéologiques nombreuses et variées.
Dès la période prédynastique, le roi est
montré dans l'exercice de ses fonctions
essentielles : culte aux dieux, rites agraires
et activités guerrières. Parmi les plus
anciens documents, on peut mentionner la
Massue du roi Scorpion (environ -3100)
trouvée à Nekhen. Le roi est montré une
houe dans les mains et s’apprêtant à
effectuer un rite de piochage[2]. Sur le
même site archéologique a aussi été
découverte une série de palettes à fard. La
plus fameuse d'entre elles est la Palette de
Narmer, célèbre pour sa représentation
guerrière du roi montré debout et
brandissant une massue, prêt à fracasser
le crâne d'un ennemi agenouillé[3]. La
documentation sur papyrus archivée par
les scribes a pratiquement entièrement
disparu. Quelques ostraca ont mieux
résisté au temps. Des témoins majeurs
sont toutefois parvenus jusqu'à nous. Tel
est le cas des Archives d'Abousir qui se
présentent comme un ensemble
d'inventaires, de listes et de décrets daté
des Ve et VIe dynasties[4]. Tel est aussi le
cas du Papyrus Harris qui est un résumé
des nombreuses actions et donations
royales effectuées du vivant de Ramsès III
sous la XXe dynastie[5]. La puissance
pharaonique s'est naturellement
manifestée dans l'architecture funéraire
des nécropoles de Gizeh, de Saqqarah et
de la vallée des Rois. Les Textes des
pyramides, tout en étant des écrits
funéraires, sont aussi un exposé de
l'idéologie royale où la charge pharaonique
est magnifiée et divinisée[6]. Les temples
sont les autres témoins des activités
royales avec les nombreuses scènes
d'offrandes aux dieux mais aussi les
exploits guerriers narrés par des
souverains du Nouvel Empire comme
Thoutmôsis III (bataille de Megiddo) et
Ramsès II (Bataille de Qadesh). D'une
manière générale, les fonctions et activités
pharaoniques sont attestées par une
quantité impressionnante de documents
inscrits sur des stèles, sur des statues,
dans les tombeaux, dans les carrières de
pierre, le long des routes, sur les lieux de
passage, etc[7].

Emploi du temps royal …

 
Ramsès III - XXe dynastie - Médinet Habou.

Les sources égyptiennes ne se sont pas


occupées à décrire l'emploi du temps
journalier du pharaon. L'habitude tend
plutôt à magnifier le souverain et à
contextualiser ses actions dans un cadre
mythologique. La description livrée par
l'historien grec Diodore de Sicile dans sa
Bibliothèque historique (Livre I, 70-71), si
détaillée soit-elle, est trop tardive — fin de
la période ptolémaïque — pour être prise
sans réserves. Certains éléments de
vraisemblance sont toutefois indéniables.
L'étude des titres auliques portés par les
courtisans tels « directeur des linges du
roi », « préposé au diadème » ou « chef des
coiffeurs » démontrent l'importance
accordée au lever du roi. Tout dans la
phraséologie officielle indique que le
palais royal est assimilé au domaine
céleste et que le pharaon y évolue comme
Rê, l'astre solaire. La continence
alimentaire du roi doit probablement être
mise en relation avec l'observance de
tabous. Le pharaon nubien Piânkhy refuse
ainsi de recevoir auprès de lui des
hommes considérés comme impurs car
« ils étaient incirconcis et mangeaient du
poisson[8] ».
« (70) D'abord les rois ne
menaient pas une vie aussi libre
ni aussi indépendante que ceux
des autres nations. Ils ne
pouvaient point agir selon leur
gré. Tout était réglé par des lois ;
non seulement leur vie publique,
mais encore leur vie privée et
journalière. (…) Les heures du
jour et de la nuit, auxquelles le
roi avait quelque devoir à
remplir, étaient fixées par des
lois, et n'étaient pas
abandonnées à son arbitraire.
Éveillé dès le matin, il devait
d'abord recevoir les lettres qui
lui étaient envoyées de toutes
parts, afin de prendre une
connaissance exacte de tout ce
qui se passait dans le royaume,
et régler ses actes en
conséquence. Ensuite, après
s'être baigné et revêtu des
insignes de la royauté et de
vêtements magnifiques, il offrait
un sacrifice aux dieux. (…) Il y
avait un temps déterminé, non
seulement pour les audiences et
les jugements, mais encore pour
la promenade, pour le bain, pour
la cohabitation, en un mot, pour
tous les actes de la vie. Les rois
étaient accoutumés à vivre
d'aliments simples, de chair de
veau et d'oie; ils ne devaient
boire qu'une certaine mesure de
vin, fixée de manière à ne
produire ni une trop grande
plénitude ni l'ivresse (…)

(71) Il paraît étrange qu'un roi


n'ait pas la liberté de choisir sa
nourriture quotidienne ; et il est
encore plus étrange qu'il ne
puisse prononcer un jugement,
ni prendre une décision, ni punir
quelqu'un, soit par passion, soit
par caprice, ou par toute autre
raison injuste, mais qu'il soit
forcé d'agir conformément aux
lois fixées pour chaque cas
particulier. (…) Animés de tels
sentiments de justice, les
souverains se conciliaient
l'affection de leurs peuples
comme celle d'une famille. (…)
Tous les rois mentionnés ont
conservé ce régime politique
pendant fort longtemps, et ils
ont mené une vie heureuse sous
l'empire de ces lois; de plus, ils
ont soumis beaucoup de nations,
acquis de très grandes richesses
et orné le pays d'ouvrages et de
constructions extraordinaires,
et les villes, d'ornements riches
et variés. »
— Diodore de Sicile,
Bibliothèque historique, Livre
I 70-71 (extraits)[9].
Enseignements …

Maât ou la base éthique de la monarchie


pharaonique.

e
À partir du  siècle, l'éthique égyptienne
s'exprime dans les textes de sagesse.
Dans ces écrits sont exprimés des
jugements de valeur et des règles morales
fondés sur la Maât. Les bons
comportements sont idéalisés et les
déviances stigmatisées[10]. À propos des
fonctions pharaoniques, l’Enseignement
pour Mérikarê est particulièrement
précieux malgré ses lacunes textuelles.
L'enseignement est adressé par un père à
son fils, sans doute le pharaon Khéty III à
son successeur Mérikarê[11]. Le contexte
historique est celui de la Première Période
intermédiaire. Le royaume est divisé et en
proie à la guerre civile. Dans le nord sont
installés les souverains de la Xe dynastie
hérakléopolitaine tandis que dans le sud
évoluent ceux de la XIe dynastie thébaine.
Les divers conseils adressés au futur
pharaon se présentent comme un traité
sur la monarchie. L'art de gouverner est
présenté d'une manière générale : réduire
les factieux, constituer une armée
puissante, vertu de la parole et de
l'exemple, nécessité d'avoir une vision à
long terme, respect des intimes et des
notables, nécessité d'une justice équitable.
Toutes ces actions s'inscrivent dans la
conjoncture politique du moment qui est
celle d'une période de troubles.
L'enseignement se présente cependant
aussi comme une analyse de la fonction
royale. Il ne s'agit pas d'une louange
enthousiaste et excessive où le pharaon
est hissé dans le monde des dieux. Au
contraire, d'une manière pessimiste, le roi
est présenté comme un homme seul, pas
même assuré de pouvoir transmettre sa
charge à son fils. Le pharaon Khéty admet
n'être qu'un simple mortel, capable
d'erreurs et de manquements. Sans cesse,
il doit rendre des comptes aux dieux qui
l'observent et le châtient. Une mauvaise
action est soit sanctionnée par une autre
par un effet de retour de bâton, soit
sanctionnée par Osiris dans l'au-delà lors
du jugement de l'âme[12].

Fonction sacerdotale

Temple égyptien …
Articles principaux : Divinités égyptiennes
et Temple de l'Égypte antique.

Entrée du temple d'Horus à Edfou.

Le temple égyptien est un lieu sacré


interdit à la foule. Le terme égyptien Hout-
Netjer, traduisible par « Demeure du dieu »,
indique qu'il s'agit d'un lieu destiné à
accueillir sur terre une parcelle de l'éternité
divine. Il ne s'agit pas d'un lieu de
rassemblement où une assemblée de
croyants communie dans une même foi.
Cet aspect n'est cependant pas totalement
évacué. Lors de rares exceptions, durant
quelques festivités annuelles, les dévots
sont autorisés à fouler le sol des cours
intérieures. À l'abri dans le naos, au plus
profond du sanctuaire, la statue divine
concentre en elle le mystère des forces
cosmiques à l'œuvre dans l'univers. À
heure fixe, les Hem-Netjer (ou « Serviteurs
du dieu » c’est-à-dire les prêtres)
prodiguent à la statue des soins
domestiques précis. Des hymnes sont
entonnés pour la réveiller, elle reçoit des
vêtements et des parures. Ses forces sont
entretenues par plusieurs repas
quotidiens[13]. D'une manière théorique,
Pharaon est seul autorisé à approcher la
statue. Dans les faits, physiquement
absent, il est remplacé par les prêtres, ses
substituts. Pharaon est toutefois
omniprésent par l'image[14]. L'entière
décoration des murs est consacrée à sa
rencontre avec la divinité. Dès les pylônes
d'entrée, il rend hommage aux dieux en
leur offrant une grappe de prisonniers
agenouillés qu'il assomme de sa massue.
Sur les parois extérieures, des scènes
guerrières montrent les exploits royaux
lors des batailles. Debout dans son char,
Pharaon décoche des flèches mortelles
tandis que ses fiers chevaux piétinent et
mettent en déroute les forces ennemies.
Par ce geste, la tranquillité du pays est
assurée face au chaos extérieur. Sur les
parois intérieures, l'intimité avec les dieux
est totale. Pharaon est enlacé, embrassé
et vivifié par ses égaux divins. Ailleurs,
plus humblement, il se tient debout ou
agenouillé et procède devant les dieux aux
nécessaires libations, fumigations et
purifications. De multiples gestes
d'offrande sont accomplis. Boissons,
nourritures, parures, onguents et minéraux
sont apportés afin d'entretenir les forces
divines qui assurent la prospérité au
pays[15].
Serviteur des dieux …

Serviteur

hem

Dans les textes égyptiens, la personne


royale est souvent désignée par le titre de
hem. Les égyptologues, imprégnés de la
philosophie monarchique européenne,
traduisent généralement ce terme antique
par le mot « Majesté » qui provient du latin
magnitas, « grandeur ». Cette traduction
est toutefois un contresens flagrant.
L'écriture hiéroglyphique restitue le mot
hem par l'image du battoir ou bâton de
blanchisseur, un ustensile utilisé pour
battre le linge afin de l'assouplir et
d'éliminer les dernières impuretés. Dans le
lexique égyptien, le mot hem n'est ainsi
pas associé à la grandeur mais est en lien
avec la notion du service : hem / hemet
(serviteur / servante) et hemou
(blanchisseur). Dans la Satire des métiers,
le blanchissage du linge est présenté
comme le plus impur des labeurs de par
son contact avec le sang menstruel des
femmes[n 1].
e
Dès sa redécouverte au  siècle, le récit
a été vu comme une source d'inspiration
pour les auteurs bibliques (Joseph et la
femme de Potiphar). Le texte présente
toutefois aussi des similitudes
structurelles avec les mythes fondateurs
des peuples Shilluk et Anuak du Haut-Nil.
L'épisode de la Razzia de Nyikang au Pays
du Soleil (vol de vaches et de femmes)
ressemble assez à l'expédition militaire
que monte Pharaon contre Bata dans le
Pays du Pin parasol (un lieu fréquenté par
Rê) pour lui ravir sa compagne. Lors de
l'intronisation des rois Shilluk, le prince
destiné à monter sur le trône est tout
d'abord capturé par des dignitaires et
symboliquement réduit en esclavage par
les paroles « Tu es notre serviteur Dinka ».
Associé au mot Netjer (dieu), hem-netjer
signifie « prêtre » et, plus littéralement,
« serviteur du dieu »[16].

Horemheb agenouillé devant Atoum avec deux pots


d'offrandes dans les mains - fin de la XVIIIe dynastie -
Musée de Louxor.
D'après les textes gravés sur les murs des
temples, Pharaon se place avec ferveur et
sincérité sous la dépendance des dieux.
Pour montrer sa reconnaissance à Amon,
le roi Thoutmôsis Ier dit très humblement :
« Je baise le sol devant Ta Majesté ». Un
souverain ramesside, en approchant le
même dieu, déclare : « … étendu par terre,
je baise le sol pour ton auguste figure ».
Ces paroles d'humilité correspondent à de
vraies postures et à des gestes cultuels
réels. Dès la IVe dynastie, la statuaire
royale montre Pharaon dans des attitudes
serviles. Le souverain est montré à genoux
avec des objets rituels dans les mains ou
les levant dans un geste d'offrande et
d'adoration. Cette soumission a pour
corollaire l'obéissance. Dans les sources
textuelles, les mots « ordre » et
« ordonner » reviennent constamment.
Pharaon se doit d'appliquer les ordres
reçus par les dieux. Devant Amon,
Thoutmôsis III dit : « Je ne suis pas
négligent au sujet de ce que tu as ordonné
de faire… Je le lui fais conformément à
son ordre ». Ces ordres divins couvrent
tous les champs du possible : construire
ou rénover un temple, monter une
expédition militaire aux frontières, ériger
une paire d'obélisques, creuser un puits
dans le désert, etc. Cette obéissance
résulte d'un lien de parenté, Pharaon étant
le fils des dieux et des déesses. Sans être
exhaustif, dans le Papyrus Harris,
Ramsès III se dit le fils d'Amon, d'Atoum,
de Ptah, de Thot, d'Osiris, d'Oupouaout.
Chaque divinité peut être considérée
comme le père ou la mère de Pharaon.
Ces rapports de subordination du fils
envers ses parents entraînent des devoirs
et des obligations. Les dieux ont placé
Pharaon sur le trône ; en échange, il se doit
de se mettre à leur service s'il veut espérer
un règne long et prospère[17].

Desservant du culte …

Article connexe : Clergé de l'Égypte


antique.

La pharaonne Hatchepsout faisant une offrande -


XVIIIe dynastie - Metropolitan Museum of Art.

Aux murs des temples, dans les scènes


cultuelles, Pharaon est l’interlocuteur
exclusif des dieux. Épisodiquement, les
épouses, fils et filles royaux, mais aussi les
prêtres et les dignitaires ont droit de
figuration en tant que faire valoir. Le
rythme biologique des divinités est calqué
sur celui des humains avec son alternance
de sommeil et de veille ; s'ajoute à cela la
nécessité de se nourrir. Le rôle de Pharaon
est d'entretenir cette vitalité divine. Toutes
les richesses, tous les vêtements, toutes
les nourritures qui convergent vers le
temple et ses entrepôts sont un devoir
contractuel entre les dieux et les humains,
mais Pharaon en est le seul garant et
responsable. Le choix, la quantité et la
fréquence des offrandes dépendent du
dieu auquel le temple est dédié. Chaque
dieu a sa spécificité religieuse ou
géographique. Khnoum, le dieu de
l’inondation, reçoit de l'eau ; Geb, le dieu de
la terre, reçoit des bouquets de fleurs ;
Min, qui protège les expéditions
commerciales et minières, reçoit de
l’encens et de la myrrhe ; Thot, le chef des
scribes, reçoit du matériel d‘écriture ; les
déesses se voient offrir colliers, sistres et
miroirs, etc. Les offrandes sont
généralement facilement reconnaissables,
et leur iconographie n'a que peu évolué au
cours des époques. Peu de différences se
discernent entre les scènes du Nouvel
Empire gravées à Karnak ou Abydos et
celles de l'époque gréco-romaine de Philæ,
Edfou, Dendérah même si 1 500 ans les
séparent. La décoration des temples
ptolémaïques est cependant bien plus
prolixe. Le seul temple d’Edfou compte
ainsi 1 800 scènes de ce genre. Pour
chaque don, Pharaon attend un contre-don
bénéfique à son peuple. Par les offrandes
de nourritures, il obtient la fécondité et la
fertilité, par les boissons la joie et l'ivresse,
par l'eau une inondation conséquente, par
le lait du lait, par les couronnes un long
règne prospère, par les pierres précieuses
des produits miniers en quantité[18].

Offrande de la Maât …

Article connexe : Maât.


D'après le mythe de La Vache céleste, à
l'origine, les dieux et les hommes
constituent une seule et même
communauté présidée par Rê le dieu
créateur. Après une révolte humaine, Rê
décime la population humaine et se retire
dans le ciel sur le dos de Nout transformée
en gigantesque vache. Depuis lors, du plus
haut des cieux, Rê préside aux
phénomènes des cycles cosmiques. Sur
terre, Pharaon est mandaté par Rê pour
accomplir un rôle de substitut. Chargé de
poursuivre l'œuvre bénéfique du créateur,
Pharaon instaure le bien-être général en
réalisant la Maât et en chassant le
désordre-isefet. En tant que concept
référentiel, la Maât permet à Pharaon de
maintenir un contact intime avec les
forces divines à l'œuvre sur terre depuis le
ciel. D'après les Textes des sarcophages
(chapitres 75-83)[n 2], à l'origine des temps,
le dieu créateur Atoum a pris conscience
de lui-même au cours d'un dialogue avec
Noun, l'océan primordial :

« Respire ta fille Maât, mets-la à


ton nez afin que ton cœur vive !
Qu'ils ne s'éloignent pas de toi,
ta fille Maât et ton fils Chou qui
se nomme Vie ! Ainsi tu te
nourriras de ta fille Maât, et
c'est ton fils Chou qui t'élèvera. »
— Paroles du Noun à Atoum,
Textes des sarcophages,
chap. 80 (extrait). Traduction
de Paul Barguet[19]

Ramsès IX accomplissant l'offrande de la Maât


(ostracon). - XXe dynastie - Metropolitan Museum of
Art.
Dans ce texte allégorique, Chou et Tefnout,
les deux enfants jumeaux d'Atoum, sont la
Vie et la Maât. Tous les trois forment une
unité consubstantielle. Sans l'Univers créé,
Vie et Maât ne peuvent exister et sans Vie
et Maât, l'Univers ne peut se créer. Sur le
plan terrestre, dans son rôle nourricier,
Pharaon est celui qui institue la vie. Il est
celui qui organise l'agriculture et l'élevage
en garantissant la bonne distribution des
terres. Sur les terrains en friche, il fonde de
vastes et prospères domaines agricoles.
Afin d'avoir de bonnes récoltes, il exécute
dans les temples des rites agraires en
l'honneur des dieux de la fertilité. La Maât
est l'ensemble des forces positives qui
font fonctionner ce système[20]. Dans
l'iconographie des temples, l'offrande de la
Maât est une scène qui montre Pharaon
tendre à une divinité une corbeille sur
laquelle est assise Maât. Par ce geste,
Pharaon déclenche les cycles divins qui
assurent la vie. En offrant la Maât terrestre
telle une nourriture, il montre à la divinité à
laquelle il s'adresse qu'il est capable
d'organiser le bien-être général. En retour
de ce don, sans doute le plus précieux de
tous, Pharaon obtient des dieux que le
système perdure par l'envoi de la Maât
cosmique que sont les cycles du temps et
des saisons[21].
« Paroles à dire : Je suis venu
vers toi ; moi, je suis Thot, les
deux mains réunies pour porter
Maât. Salut à toi ! Amon-Rê, ce
dieu auguste, maître de l'éternité
(…) Maât est venue, pour qu'elle
soit avec toi ; Maât est en toute
place qui est tienne, pour que tu
te poses sur elle ; voici
qu'apparaissent vers toi les
cercles du ciel ; leurs deux bras
t'adorent chaque jour. C'est toi
qui as donné les souffles à tout
nez pour vivifier ce qui fut créé
de tes deux bras (…) Salut à toi !
Munis-toi de Maât, auteur de ce
qui existe, créateur de ce qui est.
C'est toi, le dieu bon, l'aimé ; ton
repos, c'est quand les dieux te
font l'offrande. Tu montes avec
Maât, tu vis de Maât, tu joins tes
membres à Maât, tu donnes que
Maât se pose sur ta tête, qu'elle
fasse son siège sur ton front. Ta
fille Maât, tu rajeunis à sa vue,
tu vis du parfum de sa rosée ;
Maât se met comme une
amulette à ton cou, elle se pose
sur ta poitrine ; les dieux te
paient leurs tributs avec Maât,
car ils connaissent sa sagesse.
Voici venir les dieux et les
déesses qui sont avec toi en
portant Maât, ils savent que tu
vis d'elle ; ton œil droit est Maât,
ton œil gauche est Maât, tes
chairs et tes membres sont Maât
(…) »
— Rituel du culte divin
journalier. Chapitre de
donner Maât (extraits). Trad.
Alexandre Moret[22]
Conjuration des calamités …

Article connexe : Sekhmet.

Statue de Sekhmet - XVIIIe dynastie - Louxor.

Les déesses égyptiennes sont par nature


des puissances bipolaires, à la fois
terribles et douces. Chacune d'elles est
arrivée à incarner le principe femelle de Rê,
le dieu solaire. Toutes sont assimilées à
l'Œil de Rê, à savoir l'Uræus posé au front
des dieux et des pharaons. Lorsque ces
déesses sont sous contrôle, leur
puissance est vivifiante. En fureur, elles
déchaînent leur colère dévastatrice sur le
pays égyptien. La plus terrible de ces
déesses est la lionne Sekhmet, dont le
nom signifie « La Puissante ». Dans le Livre
de la vache céleste, la lionne incarne
l'aspect terrible de Hathor envoyée par Rê
pour décimer les humains en révolte
contre lui. Ayant pris goût au sang, la
déesse est incapable de se restreindre.
Pour calmer sa furie, Rê invente la bière et
la saoule pour l'endormir. Dans l'exercice
de sa charge, Pharaon se doit de conjurer
la colère de Sekhmet et de ses
envoyés[n 3]. Selon la croyance, la colère de
Sekhmet s'exerce surtout aux périodes de
transition lorsque les cycles cosmiques
doivent retrouver leur équilibre
(changement de jour, de décade, de mois,
d'année). Le moment le plus redouté est le
Nouvel An, durant les cinq jours
épagomènes qui le précèdent, juste avant
l'arrivée de l'inondation[n 4]. Il revient à
Pharaon de mettre à profit la puissance de
la déesse furieuse — contre les pays
extérieurs — ou de l'apaiser par l'offrande.
Le rituel le mieux connu est le Sehotep
Sekhmet ou « Apaisement de Sekhmet »,
mis en œuvre au Nouvel An. Pour chaque
mois de l'année correspond un hymne.
Tout le long, la puissance de la déesse est
exaltée et Pharaon la supplie de se calmer.
Lors de l'offrande du sistre, Sekhmet est
invitée à devenir la douce Bastet, la déesse
chatte[23]. La fureur de Sekhmet fut
particulièrement redoutée par le roi
Amenhotep III (XVIIIe dynastie). Ce dernier
fit sculpter plusieurs centaines de statues.
Près de six-cents, plus ou moins abîmées,
sont connues à ce jour. Il n'est pas exclu
de penser que le total s'élevait à 720 (=
360 x 2), soit une statue pour chaque
demi-journée de l'année égyptienne. Ces
statues ont sans doute été installées dans
son temple funéraire situé dans l'Ouest
thébain. Mais, très tôt, elles ont été
dispersées à travers le pays, dès le règne
de Ramsès II. Selon l'égyptologue Jean
Yoyotte, ce vaste ensemble statuaire est à
considérer comme une invocation à
l'apaisement de Sekhmet[24].

« Salut à toi, Sekhmet, en ces


noms parfaits qui sont siens ! Le
Roi de Haute- et Basse-Égypte
vient auprès de toi car il est Rê.
Sauve-le des génies
massacreurs, des émissaires qui
se précipitent à ta suite, qu'ils
n'aient pas d'emprise sur lui.
Daigne écarter tes errants qui
dardent toute flèche néfaste,
toute contagion mauvaise, que
ne puisse l'anéantir aucun
souffle néfaste, aucun passant
pernicieux, aucune atteinte
néfaste, etc. de cette année. Le
Fils de Rê est dans un berceau de
vie, il vit au sein des vivants qui
sont tiens ! »
— Le Rituel du Sehotep
Sekmet (extrait). Traduction
de J.-Cl. Goyon[25].
Fonction nourricière

Crue du Nil …

Articles connexes : Nil, Hâpy et Agriculture


dans l'Égypte antique.

Hâpy agenouillé et portant un plateau d'offrandes -


Médinet Habou - XXe dynastie.
Société agricole entourée par le désert,
l'Égypte antique a fondé sa prospérité sur
les eaux du Nil. Le régime annuel du fleuve
est marqué par deux extrêmes : la crue et
l'étiage qui sans cesse se répètent. Si la
crue est un phénomène impressionnant,
elle est rarement dévastatrice. Tout au
long de l'histoire, les techniques de
cultures et d'irrigation sont restées
rudimentaires mais efficaces, en raison
d'une gestion habile (consolidation des
digues, creusement de bassins
d'inondation, curage des canaux). Chaque
année, au plus fort des chaleurs du mois
de juin, la crue est attendue avec fébrilité
et impatience. Avec fatalisme, un bon
niveau d'inondation est espéré. Des eaux
trop basses signifient des récoltes
insuffisantes, annonciatrices de disette ou
de famine. À l'inverse, des eaux trop
hautes brisent les ouvrages de retenue et
engloutissent les habitations les plus
exposées[26]. Dans le système de pensée
égyptien, le niveau de l'inondation dépend
du bon vouloir des divinités : Horus,
Khnoum, Amon, Osiris, Ptah, etc. En elle-
même, la crue est divinisée sous la forme
de Hâpy, le dieu du Nil. Les Égyptiens n'ont
jamais imaginé que Pharaon était capable
de commander, tel un dieu, le phénomène
de l'inondation. Son rôle est moindre et se
limite à obtenir la bienveillance des
divinités, la régularité et l'abondance des
eaux étant assurées par le moyen des
offrandes cultuelles. La coopération entre
Pharaon et les dieux est une question de
survie mutuelle. Au sein des temples,
l'approvisionnement des autels dépend de
l'inondation, et celle-ci n'est accordée qu'à
la condition d'un service régulier et
généreux[27]. Dans les hymnes aux dieux,
le discours de Pharaon ne manque pas de
rappeler cette évidence :

« Tu me donneras une crue


haute et abondante afin de
pourvoir à tes offrandes divines
et de pourvoir aux offrandes
divines des dieux et déesses,
maîtres de la Haute- et de la
Basse-Égypte, afin de faire vivre
les taureaux sacrés, afin de faire
vivre tout le peuple de ton pays,
leur bétail et leurs arbres que ta
main a créés. »
— Hymne de Ramsès IV à
Osiris. Traduction de M.-A.
Bonhême et A. Forgeau[28].

L'entretien des digues et des canaux


d'irrigation n'est pas du ressort direct de
Pharaon, cette tâche incombant aux
communautés locales et aux nomarques.
Il n'en reste pas moins que la maîtrise du
paysage agricole a inspiré des
comparaisons métaphoriques où le
souverain égyptien est qualifié de « digue
de pierre » ou de « canal qui endigue le
fleuve contre le flux de l'eau ». Le pouvoir
royal ne s'est jamais totalement
désintéressé des travaux hydrauliques. Sur
la Massue du roi Scorpion, le pharaon est
montré en train de creuser un système de
canaux. D'après Hérodote, le roi Meny a
dévié le cours du Nil pour fonder Memphis.
Durant l'Ancien Empire, des bassins et des
débarcadères ont été aménagés pour
acheminer les matériaux de constructions
des pyramides. Sous le Moyen Empire, à
l'ouest, la région agricole du Fayoum a été
mise en valeur par la canalisation du Bahr
Youssouf. À la Basse époque, à l'est, le
canal des pharaons a permis d'assurer la
liaison entre le Nil et la mer Rouge[29].

Garant de la fertilité des terres …

Article connexe : Mystères d'Osiris.


 

Chapelles dédiées à Hâpy par Ramsès II et


Mérenptah au Gebel Silsileh - XIXe dynastie.

Affilié aux dieux, Pharaon est le garant de


la fertilité des terres et de la fécondité des
troupeaux d'élevage. Le bien-être général
de la population est, entre autres, assuré
par la mise en œuvre de rituels festifs
annuels destinés à provoquer la prospérité
agricole avant la mise en culture des sols.
Lors de la montée des eaux de la crue,
Pharaon dirige des rituels où la force
fécondante de Hâpy est encouragée par
des offrandes jetées dans le fleuve : pains,
gâteaux, fleurs, fruits, statuettes à l'image
du dieu. En tant que prêtre suprême, il peut
aussi ordonner des sacrifices
supplémentaires si la crue est jugée
insuffisante. Ces traditions ont perduré
dans l'Égypte musulmane ; Bonaparte et
ses troupes en furent témoins en 1798 au
Caire. Il est naturellement impossible de
s'assurer de la présence effective de
Pharaon à toutes les cérémonies
annuelles. Thoutmôsis III n'a fait une
apparition à Thèbes, lors de la fête d'Opet,
que la première année de son règne. D'une
manière générale, un patronage
symbolique est suffisant par l'image du
souverain dans la décoration murale des
temples. La montée des eaux peut aussi
être le prétexte de sorties royales de
prestige hors de la capitale. Pharaon
attend la venue des hautes eaux dans la
région la plus méridionale (Ier nome de
Haute-Égypte), puis descend vers l'aval en
voyageant en bateau sur le Nil dans un
parcours ponctué de multiples étapes
provinciales, avec des célébrations dans
les temples locaux. C'est ainsi que
Ramsès II ou Ramsès III sont présents au
Gebel Silsileh pour assister à l'apparition
de la crue. Bien plus tard, Ptolémée IX se
rend à Éléphantine pour la même raison.
Faute de pouvoir assister en personne à
une célébration, Pharaon peut envoyer un
délégué doté de moyens fastueux[30].

Providence royale …

Bédouins mourant de faim - Ve dynastie - Musée du


Louvre.
Dès l'Ancien Empire, des famines sont
évoquées. À Saqqarah, sur la chaussée
montante du temple funéraire d'Ounas (Ve
dynastie), des bédouins faméliques,
amaigris et aux côtes saillantes sont
montrés venus chercher quelque
nourriture en Égypte. Durant la Première
Période intermédiaire, une inscription
laissée par un nomarque évoque des cas
d'anthropophagie en période de disette, un
er
propos repris au  siècle av. J.-C. par
l'historien romain Diodore de Sicile : « On
raconte que les habitants de l'Égypte, étant
un jour en proie à la disette, se dévorèrent
entre eux sans toucher aucunement aux
animaux sacrés. » (Bibliothèque historique,
Livre I-84)[31]. Il est fort probable que les
raisons de la dislocation de l'Ancien
Empire et le déclin du Nouvel Empire sont
à chercher dans l'incapacité du pouvoir
pharaonique à juguler les conséquences
dramatiques des mauvaises crues
nilotiques. Le dessèchement des récoltes
entraîne la pénurie et l'affaiblissement des
habitants, l'injustice sociale augmente
avec la corruption et la prévarication
accrues des élites tandis que l'insécurité
se répand dans les campagnes par le
banditisme des affamés jetés sur les
chemins[32].
 

Statues d'Amenemhat III en porteur d'offrandes - XIIe


dynastie - Musée égyptien du Caire.

Tirant les leçons des années troubles de la


Première Période intermédiaire, les
pharaons du Moyen Empire ont enrichi le
discours idéologique du thème de
l'abondance et de la redistribution des
nourritures. La providence royale est
présentée comme le contraire exact des
calamités de la famine. En ordonnant
l'ouverture des réserves, Pharaon met fin à
la pauvreté et, telle une puissance
surnaturelle, assure l'abondance générale.
Dans les Instructions d'Amenemhat, le
souverain Amenemhat Ier assure à son fils
Sésostris Ier que son règne fut bénéfique
pour le peuple : « Je suis quelqu'un qui a
créé de l'orge, auquel Nepri a marqué sa
prédilection. Étant donné qu'Hâpy me
témoigna de la sollicitude dans chaque
espace ouvert, on n'eut pas faim pendant
mes années, et on n'y eut pas soif »[33]. Les
qualités nourricières du pharaon sont
reprises au Nouvel Empire. Sous la
XIXe dynastie, le pharaon Séthi Ier est
« celui qui emplit les magasins, élargit les
greniers, donne des biens à celui qui en
est dépourvu ». Son successeur Ramsès II
se présente comme « celui qui permet aux
jeunes générations de croître en leur
permettant de vivre » par l'augmentation
miraculeuse des rations de nourritures.
Sous ce dernier, mais déjà sous Akhenaton
(XVIIIe dynastie), l'action pharaonique est
assimilée à la puissance fécondante du
fleuve par le truchement de panégyriques
où Pharaon endosse pour son propre
compte tous les bienfaits accordés par
Hâpy et jusqu'alors vantés dans les
Hymnes au Nil. Dans la statuaire, le
pharaon Amenemhat III (XIIe dynastie) est
le premier à se faire représenter comme
un porteur d'offrandes, ses bras soutenant
une table chargée de poissons et de
plantes aquatiques. Cette thématique est
par la suite reprise par Thoutmôsis III
(XVIIIe dynastie) et Sheshonq Ier (XXIIe
dynastie)[34].

Dévolution des terres …

 
Récoltes céréalières - Tombe thébaine d'Inéni -
Nouvel Empire.

Mandataire des dieux, Pharaon est le seul


propriétaire du sol égyptien. Cet héritage
divin est, de fait, indivisible car aucun
pharaon n'est autorisé à vendre à un tiers
une parcelle cultivable, ou à négocier avec
une puissance étrangère la cession d'une
partie du territoire. Tout le long de
l'histoire, il n'a été permis aux pharaons
que d'engager deux actions : la première
est de fonder de nouveaux domaines sur
des terres vierges ou en friches, la
seconde est la dévolution des terres
agricoles, c'est-à-dire la concession à un
tiers de droits et de revenus attachés à un
sol mis en culture. Fondation et
concession peuvent être associées ou
dissociées selon les buts recherchés ; une
concession peut résulter d'une fondation
nouvelle et une fondation peut résulter du
transfert de nouveaux droits sur un fond
déjà existant[35].

Par des actes écrits dûment enregistrés et


conservés dans les archives palatiales,
Pharaon délègue sa propriété, à titre
provisoire ou permanent, aux temples
divins, à leurs administrateurs et à des
particuliers méritants (courtisans,
militaires) afin de faire vivre leurs familles
et de financer leurs fondations funéraires.
De ces terres confiées par le souverain, les
bénéficiaires tirent des revenus en nature
car l'économie égyptienne est fondée sur
le troc et sur l'échange de services (corvée,
travail contractuel). Ainsi, le pays ne
connaît pas la monnaie avant la fin de la
Basse époque et la rencontre avec le
monde grec. Les bénéficiaires directs des
revenus terriens peuvent, à leur tour,
déléguer une partie de leurs droits sur le
sol. Les démembrements successifs
n'entachent cependant en rien le respect
de la propriété unique et éminente de
Pharaon car, en réalité, seuls sont
concédés les revenus du domaine. Durant
les périodes d'affaiblissement du pouvoir
central (les périodes intermédiaires), la
propriété unique de Pharaon est proche de
la fiction, mais reste malgré tout le cadre
juridique de la répartition des terres[36]. Ce
système complexe du démembrement de
la propriété pharaonique perdure sans
grand changement jusqu'à la conquête
d'Alexandre le Grand. Toutes les
transactions à propos des champs qui
nous sont connues par l'archéologie ne
concernent donc que des opérations sur
un bien incorporel, à savoir la perception
des revenus de la terre (donation, tenure,
emphytéose). Ce système centralisé
comporte nécessairement une grande part
de redistribution. Les surplus agricoles
sont prélevés par l'impôt et sont affectés
aux divers besoins (salaires des
fonctionnaires, rations alimentaires,
offrandes divines et funéraires). Le Trésor
est, en outre, alimenté par des taxes
périodiques et des réquisitions
occasionnelles sur le bétail et les produits
manufacturés[37].

Fonction guerrière

Mythe du combat originel …

Articles connexes : Noun, Apophis et


Rituels d'envoûtement.
 

Seth harponnant Apophis. Illustration du Livre des


Morts.

L'imaginaire religieux égyptien est dominé


par le mythe du conflit originel. Les
explications sur l'origine de l'Univers sont
multiples, mais toutes font référence à un
combat entre un Dieu Créateur et un
Serpent maléfique. Les différents récits
puisent d'un même schéma directeur. Un
démiurge prend conscience de lui-même
et émerge hors du Noun, l'océan
marécageux originel. Cette masse liquide
est cependant hantée par un gigantesque
serpent qui est l'incarnation du néant. Le
démiurge prend forme humaine (ou
animale selon les versions) et fait se
soulever une montagne. Aussitôt, il se met
à organiser sa création en y établissant les
luminaires (soleil, lune, étoiles), la vie
divine, humaine et animale. Amoindri dans
ses possessions, le serpent attaque
l'univers créé. S'engage alors l'éternel
combat du Soleil contre le Serpent. Ces
combats produisent un équilibre précaire
entre la Création et le Chaos[38]. D'après
les livres ésotériques du Nouvel Empire
(Livre de l'Amdouat, Livre des Portes, Livre
de la terre) reproduits sur les parois des
sépulcres royaux, chaque nuit, la barque
de Rê est attaquée par le serpent Apophis.
Le plus grand danger pour Rê est de voir
son embarcation définitivement échouée
sur un banc de sable. La bonne traversée
vers le jour est cependant assurée par un
dieu Harponneur (Seth, Horus ou
Horouyfy) qui n'hésite pas à transpercer le
serpent[39].

Dans cette vision pessimiste d'un univers


sans cesse menacé, l'expression courante
« le banc de sable d'Apophis » est une
métaphore qui servait aux Égyptiens pour
désigner la « famine » et d'une manière
générale la « détresse ». Or, pour ce peuple
antique, à la pensée très globalisante, les
crises mythiques, politiques, sociales et
individuelles se réfèrent les unes aux
autres. Aussi quand, dans le mythe, Rê
triomphe d'Apophis, sur terre, c'est
Pharaon qui triomphe de toute famine,
épidémie, rébellion et guerre. Chaque nuit,
au sein des temples et sous l'égide de
Pharaon, étaient donc exécutés des rituels
d'envoûtement destinés à provoquer la
défaite d'Apophis, la victoire de l'ennemi
cosmique ne pouvant avoir que des
répercussions néfastes en terre
égyptienne[40] :
« Si on ne décapite pas l'ennemi
qu'on a devant soi qu'il soit
modelé en cire, dessiné sur un
papyrus vierge, ou sculpté en
bois d'acacia ou en bois-hema,
suivant toutes les prescriptions
du rituel, les habitants du désert
se révolteront contre l'Égypte, et
il se produira la guerre de
rébellion dans le pays tout
entier ; on n'obéira plus au roi
dans son palais, et le pays sera
privé de défenseurs. »
— Papyrus Jumilhac, XVIII, 9-
12. Traduction Jacques
Vandier[41].

Lutte contre les forces du chaos …

Défilé de prisonniers. - Médinet Habou - XXe dynastie.

En tant que garant de la Maât sur terre,


Pharaon se doit de mater les rébellions, de
repousser les invasions et de chasser les
pillards qui menacent l'Égypte. Dans les
temples, décorations pariétales et stèles
commémoratives consignent par l'image
et le texte les exploits militaires des
souverains. Pour le seul Nouvel Empire,
sont ainsi connues les guerres de
Thoutmôsis Ier en Nubie et au Mitanni[42],
celles de son petit-fils Thoutmôsis III (une
quinzaine de campagnes en Syrie-
Palestine dont une nouvelle incursion au
Mitanni)[43], la bataille de Qadesh de
Ramsès II contre les Hittites[44] et la
victoire de Ramsès III contre les Peuples
de la mer[45]. Pour les Anciens Égyptiens,
les hauts-faits militaires ne relèvent pas de
l'Histoire car cette science, avec ses
méthodes, leur est inconnue. Pour eux,
l'événement politique est la réactualisation
du mythe du combat originel (Rê contre
Apophis). En tant que dépositaire de
l'énergie du Démiurge (Atoum, Rê, Amon,
Ptah, etc.), Pharaon est celui qui arrête les
forces maléfiques. Dans cette optique,
tout rebelle, envahisseur et pillard est une
manifestation du chaos primordial —
chaos que Pharaon se doit d'éradiquer par
sa puissance guerrière[46].

« Vive le dieu parfait, Montou


pour des millions, puissant
comme le Fils de Nout, qui
combat sur le champ de bataille,
un lion intrépide quand il est
attaqué par des myriades en
l'espace d'un instant, un grand
rempart pour son armée le jour
du combat, dont la terreur a
brisé tous les pays. L'Égypte se
réjouit d'avoir un tel souverain,
après qu'il a élargi ses frontières
à jamais. Les Asiatiques ont été
défaits, leurs villes ont été
prises, après qu'il a écrasé les
pays du Nord. Les Libyens sont
tombés à cause de la crainte
qu'il inspire. (…) Il a défait les
guerriers de Ouadj-our et la
Basse-Égypte passe la nuit en
sommeil. Roi vigilant aux
projets fiables, rien de ce qu'il a
dit a été interrompu. Les
étrangers viennent à lui avec
leurs enfants pour requérir le
souffle de la vie. Son cri de
guerre est puissant en Nubie,
son nom écarte les Neuf arcs.
Babylone et le Hatti viennent en
s'inclinant à cause de sa
puissance à lui (…) »
— Stèle en l'honneur de
Ramsès II - XIXe dynastie-
Assouan. Traduction de
Claude Obsomer[47].

Scène du triomphe pharaonique …

Réplique de la Palette de Narmer, Ire dynastie, Musée


royal de l'Ontario.
La scène du « massacre de l'ennemi » est
une représentation du triomphe royal dont
la reproduction perdure sur les trois
millénaires de la civilisation pharaonique.
Pharaon est montré debout, armé d'une
massue et tenant par les cheveux un
ennemi agenouillé. La massue est brandie
bien haut, prête à fracasser le crâne d'un
captif apeuré, les bras levés dans un
ultime geste défensif. Certaines scènes
vont jusqu'à démultiplier le prisonnier en
une grappe humaine composée d'un
nombre indiscernable d'individus. La
première représentation historique connue
figure sur la Palette de Narmer datée du
e
 siècle. Le roi est coiffé de la
couronne blanche et exerce sa toute-
puissance guerrière sous le regard du
faucon Horus[48]. L'origine de cette scène
est cependant plus ancienne et trouve ses
origines dans la préhistoire[49]. De
nombreux exemples sont attestés pour les
périodes dites de la Culture de Nagada
(-3800 à -3100) et montrent des
souverains anonymes dans la même
posture. La plus ancienne attestation
iconographique connue figure sur une
poterie trouvée dans la nécropole
d'Abydos (période Nagada I). Le massacre
de l'ennemi est une illustration du premier
devoir du souverain : la sauvegarde de
l'ordre pharaonique (Maât) des assauts
des puissances coalisées du désordre
(isefet). Sur certaines figurations, Pharaon
empoigne un groupe de trois ennemis.
Chacun d'eux représente l'un des trois
peuples voisins de l'Égypte, un Nubien
(sud), un Libyen (ouest) et un Sémite (est).
Tout comme le désert est l'antithèse de la
vallée fertile du Nil, ces trois peuples sont
considérés comme à l'opposé des
Égyptiens et de leur mode de vie[50]. Le
triomphe de Pharaon figure
immanquablement sur les murs des
temples : Ramsès II à Abou Simbel,
Ramsès III à Médinet Habou, Ptolémée XII
à Edfou. Une des dernières
représentations connues date de la
colonisation du pays par l'Empire romain.
Un relief du mammisi de Dendérah montre
ainsi l'empereur Trajan dans le traditionnel
costume de Pharaon et la massue à la
main[51].

Massacre de l'ennemi
 

Pharaon Den - Ire dynastie - étiquette en


ivoire.

Ramsès II - XIXe dynastie - Abou Simbel.


 

Ramsès III - XXe dynastie - Médinet Habou.

Pharaon sur son char …

Ramsès II sur son char lors du siège de Dapour.


Le char de combat est introduit en Égypte
durant la Deuxième Période intermédiaire,
lorsque le Delta du Nil est sous la
domination des Hyksôs. Ces derniers sont
chassés hors du royaume par Ahmôsis.
Dès lors, les pharaons de la XVIIIe dynastie
ont toutes possibilités d'étendre leur
influence en Syrie-Palestine, où ils
multiplient les campagnes militaires.
L'exemple le plus éclatant est
Thoutmôsis III qui enchaîne, en vingt ans,
seize expéditions militaires (entre l'an 23
et l'an 42 de son règne)[52]. Les pharaons
du Nouvel Empire ne cherchent toutefois
pas à coloniser le Moyen-Orient. Il s'agit
plus de se constituer une zone d'influence
où l'administration reste aux mains de
roitelets locaux, surveillés par des
fonctionnaires égyptiens et qui sont
remplacés en cas d'insoumission. Le char
de guerre jouant un grand rôle lors des
opérations militaires, celui-ci devient le
nouveau symbole du pouvoir pharaonique,
à la fois dans l'iconographie et la
phraséologie. La première représentation
d'un pharaon sur son char remonte à
Ahmôsis sur une scène de bataille figurée
dans son complexe funéraire d'Abydos : le
roi est debout sur son char et crible de
flèches ses ennemis. Les représentations
historiques de ce genre sont relativement
peu nombreuses jusqu'à Thoutmôsis III.
Elles se multiplient sous Ramsès II à
Karnak, à Louxor, au Ramesséum et dans
les temples nubiens. Certaines scènes
relatent des faits historiques avérés
comme les variantes de la Bataille de
Qadesh ; d'autres sont plus douteuses
quant à leur véracité. Le but n'est pas la
recherche de la vérité historique mais la
sublimation de la puissance de Pharaon
dans son combat contre les forces du
chaos. Les dernières grandes fresques
remontent à Ramsès III pour relater ses
campagnes contre les Libyens et les
Peuples de la mer. Après lui, les scènes de
char se font plus discrètes mais ne sont
pas abandonnées et figurent sur des
bijoux, des calices ou des scarabées.
Symbole de l'oppression égyptienne,
l'image de Pharaon sur son char est battue
en brèche dans le Livre de l'Exode lorsque
la charrerie égyptienne est engloutie dans
la mer, victime de la puissance du Dieu de
Moïse[53].

Fonction législative

Pratiques juridiques et judiciaires …

L'Égypte antique est une civilisation qui n'a


pas connu de magistrats professionnels. À
tous les niveaux de la société, la fonction
de juger résulte de l'autorité administrative
déléguée selon le système hiérarchique.
Un fonctionnaire, quel que soit son rang,
qui détient l'autorité sur un territoire ou sur
un service donné, exerce un pouvoir
judiciaire lié à sa fonction. Aucune
distinction n'est faite entre justice et
religion ou entre droit pénal et droit civil.
Au bas de l'échelle, les litiges entre
particuliers et les affaires courantes (vols,
larcins, adultères, impayés, disputes de
voisinage) sont traités par le chef de
village, le chef de chantier ou le chef
d'équipe. Le juge tente de discerner le vrai
du faux selon une procédure contradictoire
entre accusateur et accusé avec audition
de témoins. C'est la pratique de la palabre
où une solution de médiation est tentée
afin d'assurer la paix sociale. Pour
s'assurer de la véracité des paroles de
l'accusé, celui-ci doit prêter serment sur la
Vie de Pharaon ou sur la Vie des dieux.
Trahir ce serment, c'est s'exposer à la
peine de mort. Dans les cas les plus
graves, la procédure devient inquisitoriale
avec le recours à la torture. Tel est le cas
dans l'affaire du Complot du Harem où les
criminels ont visé la personne de
Ramsès III. Plus on monte dans la
hiérarchie, plus le procès est important et
donc, plus les juges sont des proches de
Pharaon : vizir, échansons, flabellifères.
Dans chacune des régions, le nomarque
représente l'autorité suprême en matière
judiciaire pour les affaires à portée locale.
À partir du Nouvel Empire, les juges se
recrutent de plus en plus dans le clergé. En
dernière instance, le droit de juger revient à
Pharaon, surtout lorsqu'il est question
d'appliquer la peine de mort. Au cours du
Ier millénaire av. J.-C. s'est aussi largement
pratiqué le recours juridique aux dieux par
le moyen des pratiques oraculaires[54].

Fragment d'un décret d'exonération fiscale en faveur


Fragment d un décret d exonération fiscale en faveur
du temple de Min accordé par Pépi II - VIe dynastie -
Metropolitan Museum of Art.

L'État égyptien se caractérise par une


organisation basée sur un vaste ensemble
de lois écrites (règlements, jurisprudences,
édits royaux, exemptions fiscales, contrats
locatifs, testaments, fondations funéraires,
dotations, etc.) qui, lors d'un procès,
peuvent être présentées en tant que
preuve de bonne foi. Tout acte juridique
est nécessairement formulé en écriture
hiéroglyphique sur un rouleau de papyrus
et se trouve conservé dans une salle
d'archives. Cet ensemble législatif n'a
toutefois pas été systématisé en une
constitution et un code raisonnés. Chaque
acte trouve sa référence suprême dans la
Maât — qui est la norme de la Vérité et de
la Justice — et se place sous le patronage
divin de Thot, le « Maître des lois ». Selon
une légende rapportée par Diodore de
Sicile, ce dieu aurait donné les premières
lois à Ménès, le premier pharaon
(Bibliothèque historique, I, 94)[55]. La
majeure partie de ce corpus juridique est à
présent perdue, mis à part quelques
procédures sur papyrus et ostraca livrées
par les hasards des fouilles
archéologiques. Les édits royaux
considérés comme emblématiques d'un
règne figurent conservés sur les murs des
temples ou sur des stèles monumentales.
Un des plus fameux documents de ce
genre est la Pierre de Rosette, un décret
d'exonérations fiscales promulgué par
Ptolémée V en faveur des temples de son
royaume[56].

Lois pharaoniques …

Statue d'Horemheb - XVIIIe dynastie - Musée


d'Histoire de l'art de Vienne
d Histoire de l art de Vienne.

Il ne fait pas de doute que Pharaon est le


principal initiateur des mesures
législatives. D'une manière générale, les
hymnes apologétiques le chargent de
« raffermir » les lois, de les « parfaire », de
les « promulguer » et de les « faire
appliquer ». Le fonctionnement effectif de
la monarchie est assuré par les lois
(hépou) promulguées au moyen de décrets
royaux (oudjou nesout ; littéralement, les
« ordres du roi »). Ces décrets recouvrent
une vaste réalité de décisions tels les
annonces d'un nouveau règne, les lettres à
des fonctionnaires ou à des courtisans, les
arrêtés de nomination ou de destitution,
les ordres à l'administration comme
l'organisation d'une campagne militaire,
d'une expédition minière, de l'élévation
d'un obélisque ou de la levée d'un impôt
exceptionnel. Le souverain peut aussi
décider de favoriser un temple en le dotant
de terres, de desservants et de cheptels
supplémentaires voire d'ordonner son
embellissement, sa rénovation ou sa
complète reconstruction. Les décrets
concernent aussi l'organisation du culte
funéraire de ses proches courtisans par le
don d'un sarcophage, d'un mastaba ou
d'une fondation agricole destinée à la
production des offrandes alimentaires. Il
apparaît ainsi que les décrets ont soit une
portée générale comme l'amélioration des
conditions sanitaires, soit une portée
particulière comme l'exemption fiscale
d'un seul domaine. La composition des
décrets fait appel au discernement royal
après discussion et consultation des
notables, des courtisans mais aussi par la
consultation des écrits d'archives[57].
Parmi les nombreux décrets royaux
recensés par les égyptologues figure l’Édit
de Horemheb. Daté de la fin de la
XVIIIe dynastie, il est destiné à réorganiser
une Haute-Administration rongée par la
corruption après l'incurie de l'épisode
amarnien d'Akhenaton. Pour ce faire,
Horemheb nomme des hommes de
confiance, supprime des taxes les plus
susceptibles d'être détournées, ordonne la
peine de mort pour les juges corrompus,
etc. Afin de donner un caractère d'éternité
à cette volonté réformatrice, le décret est
recopié sur une haute stèle granitique
placée dans l'enceinte d'Amon-Rê à
Karnak :

« Il a commencé d'établir des


lois, pour faire régner la Vérité
et la Justice à travers les Deux
Rives ; il se réjouit lorsqu'il
embrasse la beauté de la déesse.
Donc, Sa Majesté délibéra avec
son cœur pour étendre sa
protection sur le pays tout entier
(…) pour repousser le mal et
détruire le mensonge ; ses
projets sont un refuge efficace
afin de chasser la violence. On
amena le scribe de Sa majesté ; il
se saisit d'une palette et d'un
rouleau de papyrus, et se mit à
écrire, reproduisant toutes les
paroles du roi car celui-ci dicta
lui-même le décret […] décret
scellé auprès de Sa Majesté,
pour mettre fin au brigandage
dans le pays (…) »
— Début de l’Édit de
Horemheb. Traduction de
Claire Lalouette[58].

Le Tjaty (vizir du pharaon) …

Article connexe : Vizir dans l'Égypte


antique.
 

Statue de Hémiounou, vizir de Khéops - IVe dynastie -


Roemer und Pelizaeus-Museum.

Second dans l'ordre de préséance et


dignitaire le plus important du
gouvernement, le Tjaty est le plus proche
collaborateur de Pharaon. Depuis le
e
 siècle, époque des premiers
égyptologues, ce titre est traduit par le mot
« vizir » en référence aux pratiques
ottomanes et sans doute aussi influencé
par le courant orientaliste alors en vogue
en Europe. Le caractère écrasant de la
fonction est renseigné par le texte des
Devoirs du Vizir gravé dans la tombe de
Rekhmirê, un haut personnage installé
dans le vizirat sous le règne de
Thoutmôsis III. À dater du Nouvel Empire
(XVIIIe dynastie), mais peut-être déjà sous
la XIIIe dynastie, la charge est dédoublée et
le pays compte deux vizirs : un premier
pour la Haute-Égypte, à Thèbes, et un
second pour la Basse-Égypte, à Memphis.
De par sa fonction, le vizir est le premier
responsable de l'Administration et joue le
rôle d'intermédiaire entre Pharaon et son
peuple. Ses obligations sont multiples,
comme récolter les ressources agricoles
de l'État, superviser les instances
régionales ou assurer la surveillance
policière du Palais[59].

La tombe de Rekhmirê est également


remarquable pour sa transcription du
Discours de l'Installation prononcé par
Thoutmôsis à l'intention de son vizir
nouvellement promu. Le souverain est
pleinement conscient du caractère
désagréable de la fonction vizirale. Le
fonctionnaire se doit de toujours contenter
son maître, éviter les médisances, ne pas
léser sa parentèle au profit d'inconnus, se
garder de fréquenter les arrogants et les
malhonnêtes, écouter jusqu'au bout tous
les griefs, ne jamais se mettre en colère et
toujours garder un jugement impartial. Le
respect de la Maât est au cœur de cette
allocution ainsi que la nécessaire bonne
pratique de la Justice au sein des
tribunaux[60].

« Tu devras désormais veiller


sur la pièce d'audience du vizir,
surveiller tout ce qui s'y fait, car
c'est le support du pays tout
entier. Vois-tu être vizir ce n'est
pas là chose douce et agréable,
cela peut être même parfois
amer comme du fiel. Le vizir
c'est le cuivre qui protège l'or de
la maison de son maître ; il ne
baisse pas son visage devant les
hauts fonctionnaires et les juges,
et il ne fait pas ses clients de
n'importe qui. (…) Des
plaignants du Sud et du Nord,
du pays tout entier viendront…
Toi, tu veilleras à ce que toutes
choses soient faites
conformément aussi à leur droit,
en assurant la justice pour
chaque homme. (…) Vois-tu, c'est
le sûr asile d'un juge que d'agir
conformément à la règle,
lorsqu'il répond à ce que
demande un plaignant. (…) Vois
encore, un homme demeure
dans sa fonction autant qu'il
agit selon ce qui lui est indiqué ;
tout va bien pour lui s'il fait ce
qui lui a été dit. Ne cesse à
aucun moment de rendre la
justice, dont les lois sont
connues. (…) »
— Discours de l'Installation
(extrait). Traduction de Claire
Lalouette[61].

Six grands législateurs …

Dans la culture grecque, un législateur est


un homme sage et avisé qui, par son
charisme et ses compétences politiques
et juridiques, arrive à dénouer les
situations de crise les plus inextricables.
Les athéniens Dracon et Solon en sont les
plus parfaits exemples. Selon l'historien
grec Diodore de Sicile, l'Égypte antique a
connu six grands pharaons législateurs
(Bibliothèque historique, Livre I, 94-95). Ces
six personnages sont énumérés selon
l'ordre chronologique et sous des
dénominations grecques : Ménès,
Sasychès, Sésoosis, Bocchoris, Amasis et
Darius. Le premier d'entre eux est Narmer,
le premier des pharaons humains, à qui
Thot a donné les premières lois. Le
deuxième est probablement Chepseskaf
de la IVe dynastie. Le troisième, Sésoosis,
est une figure légendaire qui amalgame
les traits de Sésostris Ier, Sésostris III et
Ramsès II. Le quatrième est Bakenranef,
un pharaon saïte de la XXIVe dynastie, le
cinquième est Ahmôsis II de la XXVIe
dynastie et le dernier est l'empereur perse
Darius Ier, le souverain d'une Égypte qui a
perdu son indépendance[62] :

Tête d'une statue attribuée à Amasis - XXVIe dynastie


- Ägyptisches Museum.

« (…) le premier qui engagea les


hommes à se servir de lois
écrites fut Ménès, homme
remarquable par sa grandeur
d'âme, et digne d'être comparé à
ses prédécesseurs. Il fit répandre
que ces lois, qui devaient
produire tant de bien, lui avaient
été données par Mercure. (…) Le
second législateur de l'Égypte a
été Sasychès, homme d'un esprit
distingué. Aux lois déjà établies
il en ajouta d'autres, et
s'appliqua particulièrement à
régler le culte des dieux. Il passa
pour l'inventeur de la géométrie
et pour avoir enseigné aux
Égyptiens la théorie de
l'observation des astres. Le
troisième a été Sésoosis, qui, non
seulement s'est rendu célèbre
par ses grands exploits, mais qui
a introduit dans la classe des
guerriers une législation
militaire, et a réglé tout ce qui
concerne la guerre et les armées.
Le quatrième a été Bocchoris,
roi sage et habile ; on lui doit
toutes les lois relatives à
l'exercice de la souveraineté,
ainsi que des règles précises sur
les contrats et les conventions. Il
a fait preuve de tant de sagacité
dans les jugements portés par
lui que la mémoire de plusieurs
de ses sentences s'est conservée
jusqu'à nos jours. (…) Après
Bocchoris, Amasis s'occupa
encore des lois. Il fit des
ordonnances sur le
gouvernement des provinces et
l'administration intérieure du
pays. (…) Darius, père de Xerxès,
est regardé comme le sixième
législateur des Égyptiens. Ayant
en horreur la conduite de
Cambyse, son prédécesseur, qui
avait profané les temples
d'Egypte, il eut soin de montrer
de la douceur et du respect pour
la religion. Il eut de fréquentes
relations avec les prêtres
d'Égypte, et se fit instruire dans
la théologie et dans l'histoire
consignée dans les annales
sacrées. (…) »
— Diodore de Sicile,
Bibliothèque historique, Livre
I, 94-95 (extraits)[63].
Bibliographie
   : principaux documents utilisés comme
source pour la rédaction de cet article.

Dictionnaires …

Jean-Pierre Corteggiani (ill. Laïla


Ménassa), L'Égypte ancienne et ses
dieux, dictionnaire illustré, Paris, éditions
Fayard, 2007, 589 p.
(ISBN 978-2-213-62739-7)
Maria Carmela Betrò, Hiéroglyphes : Les
mystères de l'écriture, Paris, Flammarion,
1995, 251 p. (ISBN 2-08-012465-X)
Yvonne Bonnamy et Ashraf Sadek,
Dictionnaire des hiéroglyphes, Arles,
Actes Sud, 2010, 986 p.
(ISBN 978-2-7427-8922-1)

Études …

Jan Assmann, Maât, l'Égypte


pharaonique et l'idée de justice sociale,
Fuveau, La Maison de Vie, 1999, 173 p.
(ISBN 2909816346)
Marie-Ange Bonhême et Annie Forgeau,
Pharaon : Les secrets du Pouvoir, Paris,
Armand Colin, 1988, 349 p.
(ISBN 2200371209) 
Agnès Cabrol, Amenhotep III le
magnifique, Monaco, Le Rocher, 2000,
536 p. (ISBN 2268035832)
Peter A. Clayton (trad. Florence
Maruéjol), Chronique des Pharaons :
L'histoire règne par règne des souverains
et des dynasties de l'Égypte ancienne,
Casterman, 1995, 224 p.
(ISBN 2203233044) 
Sylvie Cauville, L'offrande aux dieux dans
le temple égyptien, Paris-Leuven
(Belgique), Peeters, 2011, 291 p.
(ISBN 9789042925687)
Collectif, « Horemheb : Grand serviteur
de l'État et pharaon », Égypte, Afrique et
Orient, Montségur, 2014 (ISSN 1276-
9223)
Geneviève Husson et Dominique
Valbelle, L'État et les institutions en
Égypte des premiers pharaons aux
empereurs romains, Paris, Armand Colin,
1992, 368 p. (ISBN 2200313101)
(en) Maria Michela Luiselli, « The Ancient
Egyptian scene of Pharaoh smiting his
enemies: an attempt to visualize cultural
memory ? », Cultural Memory and
Identity in ancient Societies, Londres,
2011, p. 10-25 (lire en ligne )
Florence Maruéjol, Thoutmosis III et la
corégence avec Hatchepsout, Paris,
Pygmalion, 2007, 478 p.
(ISBN 9782857048947)
Bernadette Menu, Recherches sur
l'histoire juridique, économique et sociale
de l'ancienne Égypte. II, Le Caire,
coll. « Bibliothèque d'étude » (no 122),
1998 (réimpr. 2008), 423 p.
(ISBN 9782724702170) 
Bernadette Menu (préf. Charles de
Lespinay et Raymond Verdier), Égypte
pharaonique : Nouvelles recherches sur
l'histoire juridique, économique et sociale
de l'ancienne Égypte, Paris, L'Harmattan,
2004, 391 p. (ISBN 2747577066) 
Georges Posener, « De la divinité du
pharaon », Cahiers de la Société
Asiatique, Paris, no 15, 1960 
Jean Yoyote, « Une monumentale litanie
de granit. Les Sekhmet d'Aménophis III
et la conjuration permanente de la
Déesse dangereuse », BSFE, Paris,
vol. 87-88, 1980
(en) Toby A.H. Wilkinson, Early Dynastic
Egypt, Londres, Routledge, 1999, 413 p.
(ISBN 0415186331) 

Traductions …

Paul Barguet, Textes des Sarcophages


égyptiens du Moyen Empire, Paris,
Éditions du Cerf, 1986, 725 p.
(ISBN 2204023329)
Ferdinand Hoefer, Bibliothèque
historique de Diodore de Sicile, t. 1, Paris,
Librairie L. Hachette, 1861 (lire en ligne )
Jean-Claude Goyon, Le Rituel du shtp
Shmt au changement de cycle annuel, Le
Caire, IFAO, 2011
Pierre Grandet, Le papyrus Harris I (BM
9999), vol. 109/1-2., Le Caire, l'Institut
français d'archéologie orientale du Caire,
coll. « Bibliothèque d'Étude », 1994
Claire Lalouette (préf. Pierre Grimal),
Textes sacrés et textes profanes de
l'ancienne Égypte I : Des Pharaons et des
hommes, Paris, Gallimard, 1984, 345 p.
(ISBN 2070711765)
Alexandre Moret, Le rituel du culte divin
journalier en Égypte : D'après les papyrus
de Berlin et les textes tu temple de
Séti Ier, à Abydos, Genève, Slatkine
Reprints, 1902 (réimpr. 2007), 288 p.
Pascal Vernus, Sagesses de l'Égypte
pharaonique, Paris, Imprimerie
Nationale, 2001, 414 p.
(ISBN 2743303328)

Notes et références

Notes …

1. Cette manière de présenter le pharaon


comme un serviteur se trouve
confirmée par le récit mythologique du
Conte des deux frères. Il s'agit d'un
texte rédigé par un groupe de lettrés
égyptiens pour le prince royal Séthi-
Mérenptah en préparation de son
investiture à la charge pharaonique
(XIXe dynastie). L'histoire met en
scène les dieux Anubis et Bata mais le
personnage principal est Bata, une
divinité taurine dont le nom signifie
« Âme de la terre ». La narration
expose l'accession au trône de ce
dernier mais, au début, le jeune Bata
est tout d'abord présenté comme le
serviteur fidèle et zélé de son frère
Anubis, montré comme un riche
propriétaire terrien. Un des moments
clefs de l'histoire est la présentation
par des blanchisseurs à Pharaon
d'une tresse de cheveux arrachée par
le dieu Yam (océan) à la compagne de
Bata, fille de l'Ennéade de Rê. Ce texte,
à la symbolique subtile, a été
diversement commenté par les
universitaires modernes. Voir par
exemple :
(en) Susan Tower Hollis, The
Ancient Egyptian "Tale of Two
Brothers" : A Mythological,
Religious, Literary, and Historico-
Political Study, Oakville, CT,
Bannerstone Press, 2008, 226 p.
(ISBN 978-0-9774094-2-6)
de) Wolfgang Wettengel, Die
Erzählung von den beiden
Brüdern : Der Papyrus d'Orbiney
und die Königsideologie des
Ramessiden, Fribourg (Suisse) et
Göttingen (Allemagne), coll.
« OBO » (no 195), 2003, 213 p.
(ISBN 3-7278-1441-1)
Frédéric Servajean, « Le conte des
Deux Frères (1). La jeune femme
que les chiens n’aimaient pas »,
ENiM 4, Montpellier, 2011, p. 1-37.
Du même auteur, « Le conte des
Deux Frères (2). La route de
Phénicie », ENiM 4, Montpellier,
2011, p. 197-232.
2. Cette suite de textes constitue une
variante du mythe de la vache céleste.
Il s'agit d'un texte funéraire où le
défunt affirme être Shou, le souffle de
la vie. Ce dieu est aussi un pilier qui
permet à la voûte céleste, la vache
Nout de ne pas s'effondrer. Il est
assisté dans ce rôle par huit
hypostases qui, deux par deux,
maintiennent ferme les quatre pattes
de la vache. Pour une traduction avec
translittération : André Fermat, Le livre
égyptien de la lumière (Shou) : Textes
des Sarcophages chapitres 75 à 83,
traduits et commentés, La Maison de
Vie, 2002 (ISBN 2909816567).
3. Les Douze Massacreurs de Sekhmet
sont de terribles démons associés aux
douze mois de l'année et les trente-six
démons-flèches sont les décans
(Corteggiani 2007, p. 492-495 et
p. 134-137).
4. Durant cette période de sécheresse,
les eaux croupies répandent leurs
miasmes et les corps sont affaiblis
par la sécheresse. Voir : James
George Frazer (trad. Henry Peyre), Le
Rameau d'Or [« The Golden Bough, A
Study in Magic and Religion »], vol. 5.
Atys et Osiris, Paris, Robert Laffont,
1914 (réimpr. 2010)
(ISBN 9782221088470), p. 425-426.
Références …

1. Husson et Valbelle 1992, p. 11-15.


2. Menu 1998, p. 65-98.
3. Menu 2004, p. 47-54.
4. Paule Posener-Krieger, Les Archives
du temple funéraire de Néferirkarê-
Kakai (Les Archives d'Abousir), IFAO,
1976.
5. Grandet 1994.
6. Menu 2004, p. 54-56.
7. Husson et Valbelle 1992, p. 12 et 17.
8. Bonhême et Forgeau 1988, p. 321-
322.
9. Hoefer 1861.
10. Vernus 2001, p. 20-24.
11. Vernus 2001, p. 135.
12. Vernus 2001, p. 137.
13. Serge Sauneron, Les prêtres de
l'ancienne Égypte, Paris, Le Seuil,
1957, réédition 1998,
(ISBN 2906427020).
14. Bonhême et Forgeau 1988, p. 124-
127.
15. Cauville 2011, p. 3-17.
16. Bonnamy et Sadek 2010, p. 412-413,
Betrò 1995, p. 241,
Vernus 2001, p. 187.
17. Posener 1960, p. 29-35.
18. Cauville 2011, p. 11-17.
19. Barguet 1986, p. 471-472.
20. Assmann 1999.
21. Menu 2004, p. 95-97.
22. Moret 1902, p. 138-140.
23. Bonhême et Forgeau 1988, p. 135-
137.
24. Cabrol 2000, p. 325-326,
Yoyote 1980, p. 47-75.
25. Goyon 2011.
26. Bonhême et Forgeau 1988, p. 9-13 et
p. 160.
27. Posener 1960, p. 60-61.
28. Bonhême et Forgeau 1988, p. 127.
29. Bonhême et Forgeau 1988, p. 162-
163.
30. Bonhême et Forgeau 1988, p. 150 et
p.159-160.
31. Hoefer 1861, § LXXXIV.
32. Bonhême et Forgeau 1988, p. 161-
162.
33. Vernus 2001, p. 167-168.
34. Bonhême et Forgeau 1988, p. 164-
166.
35. Menu 1998, p. 123.
36. Menu 2004, p. 195-197.
37. Menu 2004, p. 198-201.
38. Menu 2004, p. 31.
39. Erik Hornung, Les Textes de l'au-delà
dans l'Égypte ancienne, Monaco, Le
Rocher, 2007, 251 p.
40. Assmann 1999, p. 114-116.
41. Jacques Vandier, Le Papyrus
Jumilhac, Paris, CNRS, 1961, p. 130.
42. Clayton 1995, p. 101-102.
43. Clayton 1995, p. 109-110.
44. Clayton 1995, p. 147-153.
45. Clayton 1995, p. 161-164.
46. Bonhême et Forgeau 1988, p. 42.
47. Claude Obsomer, Ramsès II, Paris,
Pygmalion, 2012, p. 121.
48. Menu 2004, p. 29.
49. Luiselli 2011.
50. Wilkinson 1999, p. 197.
51. Menu 2004, p. 40.
52. Maruéjol 2007, p. 125-164 et 444-445.
53. Collectif 2014, Renaud Pietri, « Le roi
en char au Nouvel Empire », p. 13-22.
54. Menu 1998, p. 233-245.
55. Bonhême et Forgeau 1988, p. 179-
180.
56. Didier Devauchelle, La Pierre de
Rosette, Alternatives, 64 p.
(ISBN 9782862273808).
57. Bonhême et Forgeau 1988, p. 181-
182.
58. Catherine Chadefaud, L'écrit dans
l'Égypte Ancienne, Paris, Hachette
Supérieur, 1993, p. 177.
59. Maruéjol 2007, p. 165-166, 173.
60. Lalouette 1984, p. 182-184 et p. 328.
61. Lalouette 1984, p. 182-184.
62. Menu 2004, p. 127.
63. Hoefer 1861, § XCIV-XCV.

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