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"C’est un défi que de proposer une prédication biblique,


pertinente, actuelle, profonde et vivifiante. C’est pourquoi
réfléchir et partager autour de l’acte de prêcher peut
permettre de poser différents regards afin de mettre en
perspective ce moment où la Parole de Dieu (la Bible)
devient une parole vivante de Dieu qui touche les cœurs.
Ce blog se veut être une petite pierre pour contribuer à ce
grand édifice en incessante construction."
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© copyright Gabriel Monet


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Le petit spurgeon illustré


Par Gabriel Monet
Il y a quelques jours, l’archiviste bibliothécaire de notre
campus qui connaît mon intérêt pour l’homilétique toque à
mon bureau pour me faire part d’une de ses découvertes.
Dans un fonds d’archives, il a trouvé une très ancienne
brochure de Spurgeon intitulée L’attitude, le geste, l’action
chez l’orateur. Ce qui a notamment attiré son attention (et la
mienne), c’est une série d’illustrations très interpellantes !
C’est donc avec intérêt et beaucoup d’amusement que j’ai
découvert cela… 
Après quelques recherches, j’ai compris qu’il s’agit en fait de
la traduction partielle des Causeries sur la
prédication (Lectures to my students) que Spurgeon a
données aux étudiants du Pastor’s College, une institution qui
avait pour but de compléter l’éducation des débutants dans
le ministère pastoral. Ces textes datent de 1879, et la
brochure en question est la traduction en 1892 par le pasteur
M. Mouron des seules deux leçons concernant l’attitude et la
gestuelle du prédicateur en chaire. Vingt ans plus tard, Alexis
de Loës (pasteur, puis professeur de théologie et enfin
recteur de l’université de Lausanne) traduit l’ensemble des
causeries1 dont certains chapitres concernent effectivement
la prédication, alors que d’autres abordent le sujet plus large
de la théologie pastorale avec des chapitres sur la vocation, la
vigilance à exercer sur soi en tant que pasteur, le rôle de la
prière dans la vie du pasteur, etc. J’ai également pu avoir
accès à la deuxième publication que notre bibliothèque
possède et retrouver la partie finale en question qui est la
seule à être illustrée. Je partage ici principalement ces
illustrations et quelques textes qui vont avec, mais je fais
précéder cela par quelques mots sur la vie de Spurgeon et les
grandes lignes du contenu des chapitres de ces Causeries sur
la prédication qui concernent l’homilétique.

Charles-Haddon Sp urgeon2, né en
1834, était fils et petit-fils de pasteur. Cependant, son
expérience spirituelle personnelle a été marquée à l’occasion
d’une tempête alors qu’il était en chemin et qu’il alla se
réfugier dans une Eglise méthodiste à Colchester. Il avait alors
15 ans et décida de se convertir au christianisme. En 1851, il
devient jeune prédicateur à l’Eglise Baptiste de Waterbeach.
Il excelle déjà dans la prédication. C’est à l’âge de 19 ans, en
1854, qu’il commence son ministère à Londres à l’Eglise de
New Park Street. Ses prédications attirent de grandes foules.
En 1861, il s’installe définitivement au Metropolitan
Tabernacle, Eglise construite pour asseoir 5000 personnes
(avec 1000 autres places debout). Malgré sa popularité,
Spurgeon demeure un homme humble. Ses prédications
produisent un grand réveil en Angleterre. On lui donna le
nom de «  Prince des prédicateurs ». En plus de son ministère
à Londres, Charles Spurgeon est invité à prêcher à l’étranger.
Ses 140 livres (principalement les textes de ses sermons,
estimés à 2000) ont été imprimés et distribués à des millions
d’exemplaires, traduits et vendus à travers le monde. Il
fondera également un journal mensuel L’Épée et la Truelle,
une maison de retraite, un orphelinat, ainsi que de
nombreuses organisations chrétiennes, avant de s’éteindre
en 1892. Voici comment A. De Loës le décrit au début de sa
préface : « C.H. Spurgeon a été, sans contredit, l’une des grandes
personnalités religieuses du XIXe siècle. Il est impossible de ne pas
admirer la richesse intellectuelle et spirituelle d’un homme à qui,
pendant tant d’années, il a été donné de retenir, de captiver,
d’édifier l’imposant auditoire qui se groupait autour de lui. Le fait est
d’autant plus remarquable qu’il n’avait pas l’habitude [...] de porter
en chaire les questions sociales, politiques ou littéraires ayant un
intérêt d’actualité. Il avait le sentiment que ce ne sont là que des
vagues passagères qui peuvent bien attirer, éblouir même le regard,
mais sur lesquelles celui-ci ne saurait se fixer d’une manière
prolongée. Il comprit que le témoin de Jésus-Christ, soucieux de faire
son œuvre en profondeur, doit s’appliquer à répondre aux besoins
permanents de l’âme humaine. Grâce, d’une part, à sa pénétrante
psychologie et, d’autre part, à son admirable connaissance de la
Bible, grâce surtout à sa piété personnelle, il a pu se renouveler sans
cesse, être jusqu’au moment où, pour lui, la foi a été changée en vue,
un messager fidèle et puissant ».
Dans ses Causeries sur la prédication, Spurgeon aborde
plusieurs aspects de l’homilétique. Dans un chapitre, il
évoque « Le choix du texte » (chap. V). Invitant à respecter les
saisons et à éviter les textes mal choisis dont il donne
quelques exemples épiques, les critères qu’il propose sont la
prière, l’ada ptation aux besoins de l’auditoire et la
nouveauté. A cela bien sûr, doit s’ajouter un travail sérieux de
préparation. Il aborde ensuite « Ce que doit être la
prédication et les écueils à éviter » (chap. VI). Il y défend
ardemment l’idée que nos prédications doivent être solides
et substantielles, et ne pas s’adresser qu’aux sentiments,
mais être un enseignement religieux, net et déterminé. Il
insiste sur l’importance « que le contenu de nos sermons soit
en accord avec le texte, qu’il jaillisse de ses entrailles et reste
jusqu’au bout en relation étroite avec lui ». Enfin, il évoque la
nécessité de respecter une progression logique dans la
marche du discours et l’intérêt de n’être pas trop long et
d’avoir une idée clé, ce qu’il illustre comme souvent avec
originalité : « Un clou bien enfoncé vaut mieux qu’une
quantité de pointes plantées au hasard et mal assujetties ».
Après avoir abordé « L’organe de la voix et les soins qu’il
réclame » (chap. VII), il traite de « L’emploi dans la
prédication des images, comparaisons et anecdotes » (chap.
VIII). Il les compare aux fenêtres d’une maison ; « elles y font
entrer la lumière ». Si elles servent donc à éclairer le
message, elles ne doivent néanmoins pas en constituer la
trame et occuper une trop grande place. Il s’attache
également à « Comment faire pour fixer et conserver
jusqu’au bout l’attention d’un auditoire » (chap. IX). Il parle
« De l’improvisation » (chap. X). Enfin, après un nouveau
détour à propos de questions plus spécifiquement pastorales
(chap. XI, XII et XIII), c’est donc dans les deux leçons finales
(chap. XIV, XV) qu’il aborde la question de « L’attitude, le
geste, l’action chez l’orateur », seule partie de ces causeries
qui sont illustrées. Voici donc enfin certaines de ces
illustrations avec les passages s’y référant.

« Les chaires sont une cause essentielle de la


gaucherie des prédicateurs. C’est une horrible invention que
les chaires. Si nous pouvions les supprimer un jour, nous
aurions le droit d’en dire ce que disait Josué de Jéricho :
« Maudit soit celui qui rebâtira ce Jéricho ! » car la chaire
vieux modèle a été une plus grande malédiction qu’il n’y
parait à première vue. Aucun avocat ne voudrait s’enfouir
dans une chaire pour plaider. Comment pourrait-il se flatter
d’arriver à quelque bon résultat, en étant enseveli vivant, à
peu près jusqu’aux épaules ? Qu’elle est digne, qu’elle est
dominatrice l’attitude dans laquelle on représente
ordinairement Chrysostome !

Cette posture si naturelle est bien plus en


rapport avec la vérité prêchée que celle d’un homme presque
enfoui dans un manuscrit, et ne montrant, quand il lui arrive
d’en sortir, que sa tête et ses épaules. C’est ainsi que la
chaire, en emprisonnant le prédicateur, exclut la grâce dans
le débit. Il serait injuste de reprocher aux ministres leurs
postures et leurs attitudes disgracieuses, tant qu’ils ne
pourront laisser voir qu’une très petite partie de leur corps
pendant qu’ils parlent. Si c’était l’habitude de prêcher comme
Paul le fit à Athènes, les orateurs seraient des modèles de
convenance ; mais aussi longtemps qu’il sera reçu qu’on
prêche comme le très révérend docteur Paul à Londres, nous
ne devrons pas nous étonner si le disgracieux et le grotesque
abondent.
Les chaires ont affecté des formes surprenantes, suivant les
caprices de la fantaisie et de la folie humaine. Qu’est-ce
qu’on pouvait bien donc avoir dans l’esprit en les fabriquant ?
Une chaire profonde de vieux type pouvait rappeler à un
ministre qu’il est mortel, car c’était un cercueil dressé sur une
de ses extrémités ; mais quelle raison avait-on d’ensevelir
tous vifs nos pasteurs ?

  « Trop d’orateurs font croire qu’ils ont pris


des leçons d’un maître de boxe, tant ils font bien le poing,
selon les règles de la noble science. Il n’est pas agréable de
contempler des frères prêchant l’Evangile de paix dans ce
mode agressif ; et pourtant il n’est pas rare d’entendre un
évangéliste annoncer le Libérateur en jouant des deux poings.
C’est amusant de le voir se mettre en position, dire : « Venez
à moi, » puis ajouter, après une évolution des poings : « et je
vous soulagerai. » Messieurs, vos rires ne me surprennent
pas, mais il vaut infiniment mieux que vous riiez bien de ces
absurdités ici que de faire rire plus tard par là vos auditeurs à
vos dépens. Ces maladroites mains, une fois disciplinées,
deviennent nos meilleurs auxiliaires. Elles parlent comme
notre langue et peuvent faire une musique silencieuse, qui
ajoutera au charme de nos paroles. »
Après avoir parlé de certains prédicateurs
qui font office de scieurs avec le va-et-vient de leurs mains, il
ajoute : « Je dirai la même chose des nombreux forgerons qui
travaillent parmi nous, qui pilent et frappent à tour de bras,
détruisant les Bibles et faisant voler la poussière des coussins
des chaires. Leur seule action consiste à marteler, à marteler
sans rime ni raison, que leur sujet soit grave ou gai, rose ou
gris. Ils décrivent les douces influences des Pléiades, et disent
les tendres instances de l’amour avec accompagnement de
coup de poing ; et ils essaient de vous faire sentir la beauté et
la délicatesse de leur
sujet https://viagrageneriquefr24.com/ par les chocs de leur
impitoyable marteau. [...] Si on le doit, eh bien ! qu’on cogne
de toute son âme : mais il n’est nul besoin de piler
perpétuellement. Il y a d’autres moyens, pour devenir des
prédicateurs frappants, que d’imiter ce pasteur dont le
chantre disait : « Il a déjà abîmé l’intérieur d’une Bible, et il
est fort en avant avec une autre » ».
« J’ai vu dans un meeting un monsieur, qui paraissait être

comme chez lui, et parlait avec un air de  


supériorité familière, s’aviser de mettre ses mains derrière lui
sous les pans de son habit ; il présentait ainsi un très curieux
spectacle, surtout pour ceux qui jouissaient de son profil. A
mesure qu’il s’animait, il agitait ses pans de plus en plus
fréquemment, rappelant aux spectateurs la bergeronnette
d’eau. Il faut voir cela pour s’en faire une idée, mais il suffira à
un homme sensé de l’avoir vu une seule fois pour se
convaincre que, malgré toute la grâce particulière d’un habit
à queue, il n’y a rien de solennel dans la vue des pans de ce
vêtement arborés et flottant au bas du dos du prédicateur. »

« Vous avez peut-être vu aussi le monsieur


qui met les poings sur les hanches et a l’air, soit de défier tout
le monde, soit d’avoir une indigestion. Cette posture sent les
halles et les marchandes de poisson bien plus que l’orateur
sacré, et tient du ridicule plus que du sublime. C’est pis
encore de mettre ses mains dans les poches de son pantalon,
comme font les hommes qu’on voit en France aux stations de
chemin de fer ; ils fourrent là les mains, parce qu’il n’y a rien
d’autre dedans, et que la nature a horreur du vide. Personne
ne vous blâmera de mettre un moment un doigt dans la
poche de votre gilet ; mais mettre les mains dans les poches
du pantalon, c’est une énormité. Il faut, pour en arriver là,
être pénétré jusqu’aux moelles du mépris de son auditoire et
de son sujet. »

« Il y a une autre tenue [...]. On la


constate dans les banquets de second ordre, qui demandent
un peu d’étalage extra de gilets blancs, et à des réunions
d’ouvriers, où un industriel fête ses gens et répond à un
toast. Ici et là, elle se rencontre dans les réunions religieuses,
où l’orateur est un personnage influent de l’endroit et se
sent : « Le roi de tout ce qu’il voit ». Dans ce cas, les pouces
sont introduits dans les emmanchures de gilet, et l’orateur,
écartant les parements de son habit, découvre et montre le
bas du gilet. J’appelle cela le style pingouin et je ne trouve
pas de meilleure comparaison. Cette attitude peut être
convenable et digne pour un valet de pied ou un cocher à une
soirée, ou pour un membre de « l’Ordre Uni des drôle de
corps » ; un vénérable grand’père peut parler dans cet
appareil à ses enfants et à ses petits-enfants lors d’une fête
de famille, mais pour quelqu’un qui parle en public, et à plus
forte raison pour un ministre, c’est aussi incongru que
possible. »

« Je ne puis m’empêcher de mentionner une


bizarrerie accidentelle qui est très fréquente. Quelques frères
ont toujours, en proposant la loi divine, la main étendue, et
ils l’élèvent et la baissent continuellement, en suivant le
rythme de chaque phrase. Or, cette action, excellente en son
genre, pourvu qu’elle ne tombe pas dans la monotonie,
expose malheureusement à des mésaventures. Si l’orateur
s’échauffant continue à mouvoir perpendiculairement la
main, il court le risque de présenter souvent l’aspect que mon
artiste a reproduit. L’action frise le symbole ;
malheureusement, ce symbole est vulgaire et on l’a décrit
ainsi :  »Poser le pouce du dédain sur le nez du mépris ». Il en
est qui, sans s’en douter, commettent cette vulgarité par
douzaines de fois pendant le cours d’un seul sermon. »
Pour conclure, voici les dernières paroles de Spurgeon,
toujours aussi fleuries, où il relativise toutes ces questions de
formes au profit de ce qui reste l’essentiel, le fond de la
parole prêchée et l’authenticité du prédicateur : « Surtout,
soyez si riches d’idées, si fervents et si pleins de grâce, que les
auditeurs ne s’occupent guère de la façon dont vous leur
distribuez la bonne parole ; car, s’ils s’aperçoivent qu’elle
descend du ciel bien fraîche, et s’ils la trouvent douce et
abondante, ils ne s’arrêteront que peu au panier dans lequel
vous la leur apporterez. Laissez-les dire, si cela leur plaît, que
« votre présence corporelle est faible » ; mais demandez à
Dieu qu’ils puissent reconnaître que votre « témoignage » est
sérieux et fort. Rendez-vous « recommandables à toute
conscience d’homme » sous le regard de Dieu, et alors on
vous tiendra quittes de « la menthe et de l’anis » des
attitudes ».
 1En fait, il existe différentes versions de ces causeries, ou plus exactement des éditions plus ou moins étendues
de ces leçons données par Spurgeon. Si la brochure traduite par M. Mouron de 1992 est clairement partielle, la
traduction d’A de Loës de 1907 semble être la traduction d’une version existante en anglais contenant 15
chapitres. Cependant, on trouve aujourd’hui un texte plus complet avec 28 leçons.
2
 Pour en savoir plus sur la vie de Spurgeon, voir : E. Saillens, La Vie et l’oeuvre de H. Spurgeon, Lyon, Bichsel,
1902 ; G. Brunel, Spurgeon. Sa vie et son œuvre 1834-1892, Cahors, Coueslant, 1924 ; A. Dallimore, Charles
Spurgeon, une biographie, Chalon-sur-Saône, Europresse, 1988.
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« Explorer des espaces in-ouïs et in-


édits »
Par Gabriel Monet

Interview de François-Xavier Amherdt


François-Xavier Amherdt1, vous êtes à la fois prédicateur et
professeur d’homilétique. Quels sont pour vous les enjeux de la
prédication contemporaine ?
Quoi qu’on dise, les célébrations dominicales continuent de
rassembler un nombre très important de personnes, dans les
différentes Églises chrétiennes à travers le monde, et elles
constituent pour beaucoup de fidèles le moment principal –
voire unique – de relation à Dieu. Je considère donc comme
essentiel de continuer à « croire en l’homélie », à y investir du
temps et du soin afin de lui conférer une préparation soignée, et
à viser un type de prédications « nourrissantes, spirituelles et
engageantes »2 : nourrissantes, afin que la foi des
destinataires soit affermie et renouvelée et qu’ils deviennent
toujours plus aptes à rendre compte de l’espérance qui les
habite de façon plausible, compréhensible et
désirable ; spirituelles, pour que la vie intérieure des auditeurs
soit stimulée et enrichie et que toute leur existence s’ouvre à la
fécondité de l’Esprit, selon la volonté de Dieu pour chacun
d’entre eux3 ; engageantes, de sorte que la communion des
assemblées en sorte renforcée et que leur témoignage pour la
paix, la justice, la sauvegarde de la création et l’avènement du
Royaume en soit avivé.
Vous avez fait une thèse sur la prédication de l’Ancien
Testament aujourd’hui. Pourquoi est-ce important de ne pas
laisser en déshérence cette partie de l’Ecriture en
homilétique ?
Le christianisme est un greffon « sauvage » placé sur l’olivier
franc qu’est le judaïsme, de manière à bénéficier grâce à ce
dernier de la sève divine (cf. Rm 11, 16-26). Les racines de
l’arbre chrétien, toutes confessions confondues, plongent dans
le terreau de l’Ancien Testament. On ne comprend rien aux
Évangiles si on se prive de cette clé d’interprétation
essentielle que nous donne Jésus lui-même : il reçoit pour
mission d’amener les Écritures à leur achèvement, il n’est pas
venu « abolir » la Loi et les Prophètes mais les « accomplir ».
Pas un seul « trait » de la Tora ne passera avant que le
dessein de Dieu n’aboutisse (cf. Mt 5, 17-19). Le premier
évangéliste présente le Christ comme le nouveau Moïse qui,
sur la montagne du nouveau Sinaï, nous propose la charte de
l’Alliance définitive (le Sermon sur la Montagne, Mt 5-7).
L’ensemble de l’Évangile de Matthieu est ponctué par les cinq
discours que Jésus, à l’exemple des cinq rouleaux de la Loi
première (le Pentateuque), vient confier au nouvel Israël (voir
en plus du discours sur la montagne, les consignes données
aux Douze pour leur mission (Mt 10), les paraboles (Mt 13), les
exhortations en vue de la vie en communauté (Mt 18) et le
discours eschatologique (Mt 24-25)).
Marc décrit Jésus-Christ comme le Serviteur souffrant et
glorieux d’Isaïe (cf. les quatre chants du Serviteur dans le
Deutéro-Isaïe), et Luc fait d’un passage du Trito-Isaïe (61, 1-2) 
la proclamation programmatique du Rabbi de Nazareth, dans
son enseignement inaugural à la synagogue de son village
d’origine (Lc 4, 16-22). D’ailleurs, dans le troisième évangile, le
Ressuscité multiplie les leçons d’exégèse lors de ses
apparitions aux disciples : aux deux pèlerins d’Emmaüs,
il « interprète dans les Écritures, en commençant par Moïse et
en parcourant tous les prophètes, ce qui le concerne » (Lc 24,
27) ; aux Apôtres, il ouvre l’intelligence des Écritures, afin qu’ils
comprennent que ses paroles et son mystère pascal réalisent
l’accomplissement « de tout ce qui est écrit de lui dans la Loi
de Moïse, les Prophètes et les Psaumes » (Lc 24, 44-48).
Enfin, le dernier évangéliste fait du Christ le prophète par
excellence promis par le Deutéronome (18, 15-19), semblable à
Moïse et encore plus grand que lui : Jésus nourrit le peuple
comme Moïse l’avait fait au désert de l’Exode (Jn 6, 5-13 ; cf.
Ex 16) ; il reprend les paroles mêmes qui concernent Moïse
dans l’Ancien Testament (Jn 7, 16b-17 et Ex 3, 12 ; 4, 12 ; Jn 8,
28-29 et Nb 16, 28 ; Jn 12, 48-50 et Dt 18, 18-19) ; désormais
les Juifs doivent choisir entre l’ancien et le nouveau Moïse (Jn
9, 24-34). Comme Moïse, Jésus est le porte-Parole de Dieu, il
ne parle pas de son propre chef, mais il ne fait que
communiquer aux hommes les paroles que le Père lui a
données pour eux (Jn 3, 34 ; 14, 10.24 ; 17, 8) ; il nous laisse le
commandement de l’amour qui résume les « dix paroles » jadis
transmises par Moïse de la part de Dieu (Jn 13, 34-35 ; 15,
12.17 ; cf. Ex 20, 1-7 ; Dt 5, 5-22) ; comme Moïse au buisson
ardent, il nous révèle le vrai nom de Dieu, son « Père » (Jn 17,
6.26 ; cf. Ex 3, 13-15).
Pour Paul, la Loi de la première économie nous a servi de
pédagogue jusqu’au Christ ; ce dernier instaure l’économie
seconde à la plénitude des temps, il fait de nous des fils par
son Esprit qui crie en nous « Abba » (cf. Ga 3, 19-4, 11) ; Jésus
en sa chair détruit le mur qui séparait Israël des païens, il crée
en sa personne un seul Homme Nouveau, afin de réconcilier
toute l’humanité en un seul Corps par la croix (Ep 2, 14-16).Et
nous pourrions multiplier les exemples…
Vous distinguez différentes approches quant à la manière de
prêcher à partir de l’Ancien Testament. Pouvez-vous nous
présenter succinctement cette typologie ?
J’en distingue quatre principales dans ma thèse d’habilitation4 :
? Faire des textes de l’Ancien Testament de simples
« prolégomènes » ou « propédeutiques » à ceux du Nouveau, y
voir des « preambula fidei », des « préambules à la foi »
authentiques qui ont désormais perdu toute valeur. Réduire
ainsi la première Alliance au rôle de « repoussoir » destiné
uniquement à mettre en évidence la seconde, comme l’ombre
n’est destinée qu’à faire ressortir la lumière, selon la dialectique
Loi / Évangile. Une telle attitude poussée à l’extrême peut
conduire à l’incompréhension vis-à-vis de la Torah mosaïque.
Elle a même pu servir de prétexte à des formes d’antijudaïsme
ou d’antisémitisme. J’essaie de montrer dans mon ouvrage, en
me servant également de l’excellent document catholique de la
Commission biblique pontificale Le peuple juif et ses saintes
Écritures dans la Bible chrétienne5, qu’une exégèse correcte de
la Révélation, faisant droit à son objet, ne peut que bannir toute
espèce de réticence ou de haine à l’égard de la nation
hébraïque et des Juifs.
? Opérer une lecture (légitime) christologique, en montrant
que Jésus porte l’Ancien Testament à son accomplissement et
qu’il en donne la signification plénière ; un peu à l’exemple de
ce que fait Matthieu dans les « antithèses » de son premier
discours (5, 20-48 : « Vous avez entendu qu’il a été dit aux
anciens »- et cela reste vrai – « eh bien ! moi je vous dis »- et
ces paroles approfondissent les précédentes. Dans la même
ligne, pratiquer une exégèse typologique, c’est-à-dire établir la
consistance des figures vétérotestamentaires qui, grâce à leur
épaisseur révélée, entrent en résonance avec celles du
Nouveau Testament par des jeux de continuité, de
complémentarité ou de contraste ; à l’image du voile que
revêtait Moïse, tant son visage était illuminé par la gloire du
Seigneur que le peuple d’Israël ne pouvait le regarder en face,
alors que nous pouvons contempler la gloire qui transfigure
également le visage du Christ, mais désormais sans voile grâce
au ministère de l’Esprit qui nous vivifie : les deux textes d’Ex 34,
29-35 et de 2 Co 3, 7-4, 6 dialoguent l’un l’autre en s’opposant,
se rejoignant et se complétant mutuellement. Selon ce
troisième mode de lecture, les interactions entre les deux
Testaments jouent autant du Nouveau vers l’Ancien que le
contraire. Cela confère aux passages vétérotestamentaires des
harmoniques que nos frères juifs n’accepteraient pas en tant
que telles mais qui, pour nous chrétiens, ont leur totale validité,
au nom du principe de canonicité.
?Lire l’Ancien Testament comme l’histoire de Dieu et notre
histoire, par une prédication de type narratif montrer que les
textes de l’AT appartiennent à la même histoire du salut que
ceux du NT, présenter ainsi les passages comme des
séquences s’enchaînant l’un l’autre dans une progression
logique. Cela se traduit la plupart du temps par des homélies
bâties autour de la succession séquentielle des deux textes, le
premier vétérotestamentaire, le second néotestamentaire.
?Donner aux péricopes vétérotestamentaires tout leur sens au
sein même du Premier Testament selon une
approche paradigmatique, les faire jouer en intertextualité les
unes par rapport aux autres ; comme le récit de la manne en Ex
16, 1-36, à placer tout d’abord en relation avec son parallèle en
Nb 11, sa relecture en Dt 8, 3-16 ou dans les Ps (78, 20-21 ;
105, 40 ; 106, 13-15), enfin son « midrash » admirable en Sg
16, 20-29, avant de le mettre en rapport avec son
aboutissement dans le discours du pain de vie en Jn 6, 26-58.
Déployer la signification des textes de l’Ancienne Alliance dans
leur autonomie en s’y attardant le temps qu’il convient, et mettre
ainsi au jour des interprétations que pourraient pleinement
partager les lecteurs juifs. Appliquer donc la lecture canonique
d’abord dans le cadre du Canon juif – selon ses diverses
configurations d’ailleurs – avant de le faire au sein du Canon
chrétien. Toutefois, d’un point de vue chrétien, il n’y a jamais
aucun sens issu de l’Ancien Testament qui pourrait être
définitivement validé indépendamment du Nouveau. C’est la
raison pour laquelle, en régime catholique, il n’y a jamais de
célébration sacramentelle sans proclamation de l’Évangile.
Quels conseils pourriez-vous donner à des personnes
souhaitant prêcher sur l’Ancien Testament ?
Je les inviterai précisément à prêcher l’Ancien
Testament (selon le titre de mon habilitation), et non pas
« sur » lui, ou « à partir » de lui. La nuance est de taille.
Prêcher l’Ancien Testament, cela signifie considérer le texte de
la « première lecture » et celui du « psaume » qui lui
répond6 comme ayant leur valeur et leur importance en tant que
telles. Ne pas trop vite appliquer une lecture qui ferait de ces
deux textes un simple « pré-texte » à la proclamation de
l’Évangile, au sens de passages lus « avant » (« pré ») le texte
principal. Oser donc parfois consacrer l’essentiel de l’homélie à
l’un ou l’autre de ces deux passages vétérotestamentaires ;
montrer que l’Évangile ne peut s’entendre qu’à leur lumière ;
établir les correspondances entre les deux Testaments, non
seulement dans le sens habituel de l’Ancien projeté en avant
vers le Nouveau, mais aussi parfois du Nouveau
rétrospectivement vers l’Ancien. Car en vertu de leur
appartenance au même Canon, leur « SitzimWort » dirait P.
Ricœur7, tous les textes scripturaires sont contemporains et
déploient leur puissance révélatrice dans le même temps,
l’aujourd’hui de l’Esprit tourné vers l’infini du Royaume.
L’intertextualité est à la mode. Vous l’évoquez dans votre
travail. En quoi cela peut-il toucher la prédication et comment
en faire quelque chose de fécond ?
8
Avec P. Ricœur , j’attache beaucoup d’importance à la « lecture
canonique » et aux croisements intertextuels qui s’opèrent au
sein de la Bible elle-même : entre les deux Testaments, d’une
part ; au sein de l’Ancien, les jeux d’intertextualité entre
l’antériorité fondatrice de la Loi combinée avec les récits dans le
Pentateuque, l’urgence eschatologique tournée vers l’avenir
selon les prophètes, la perdurance de la Sagesse et des autres
Écrits et la poésie des Psaumes et des Proverbes ; au sein du
Nouveau d’autre part, la combinaison féconde des sections
narratives et discursives dans les Évangiles et les Actes et la
narrativisation du kérygme au cœur des récits de la Passion –
Résurrection, tout cela entremêlé avec la lecture théologique et
exhortative des Épîtres et orienté téléologiquement vers la
plénitude de la « Révélation » dans le livre ultime de
l’Apocalypse. La prédication peut trouver grand profit à
accompagner ce jeu tensionnel à l’œuvre dans les Écritures
elles-mêmes « en imagination et sympathie » et à croiser le
monde scripturaire avec celui des auditeurs d’aujourd’hui.
Une des composantes qui vous tient à cœur en lien avec la
prédication concerne le langage, et notamment le langage
poétique. Comment conjuguer poésie et homilétique ?
J’y ai consacré un autre ouvrage, à partir de la thèse de
doctorat de la professeure d’homilétique en allemand de
Lucerne, Franziska Loretan-Saladin9. Le langage poétique – du
grec « poiein », « façonner, créer » – ouvre des espaces au-
delà des mots, il donne à penser aux destinataires de la
prédication en leur ménageant des espaces dans lesquels leur
imagination peut s’installer, il suscite la créativité des
interlocuteurs en se contentant de suggérer le sens, de manière
à ce qu’ils prennent le relais et en trouvent un prolongement
concret pour leur existence. La poésie é-voque et pro-voque,
au sens étymologique latin de la « voix » (« vox ») « tirée de »
(« ex ») et « placée devant » (« pro »). Chaque destinataire
peut recevoir à sa manière, selon ses sens et son cœur, une
strophe poétique, un proverbe, un conte, une image verbale ou
visuelle, une métaphore, une proposition symbolique, une
anecdote significative, un objet, le texte d’un chant… et ainsi
explorer des espaces in-ouïs et in-édits, auxquels il n’aurait
jamais pensé spontanément et qui lui permettent d’envisager la
réalité selon un jour nouveau, selon le point de vue du
Royaume.
On dit souvent que la prédication est plus importante en
protestantisme qu’en catholicisme. De votre point de vue de
prêtre et enseignant catholique, partagez-vous cette analyse ?
Et remarquez-vous des évolutions à ce propos ?
Grâce au Concile Vatican II (1962-1965) et à sa Constitution
sur la Révélation « Dei Verbum », le peuple catholique a
largement accès au banquet de la Parole. En témoignent
également le récent Synode des évêques sur la Parole de Dieu,
tenu à Rome en octobre 2008 et suivi de l’Exhortation
postsynodale de Benoît XVI Verbum Domini (2010). Nous
parlons désormais des « deux tables », de l’Eucharistie, celle
du pain partagé, et celle de l’Écriture, et elles ont toutes deux
leur pleine – et égale – importance. Les groupes bibliques se
sont multipliés, je dirige moi-même une Association (l’ABC,
Association Biblique Catholique de Suisse Romande) dont
l’objectif est de mettre à la disposition de tous les trésors des
Saintes Écritures par des sessions, journées, cours par
correspondance, par la formation des animateurs de
groupes… Le diocèse où j’enseigne (Lausanne, Genève et
Fribourg) va, dès l’année liturgique à venir (de novembre 2011
à novembre 2012), lancer une année Marc, « l’Évangile à la
maison », dans l’espérance que de nombreuses personnes,
même distantes de l’Église, se retrouvent à domicile avec
d’autres pour déguster la saveur de la Parole et ainsi « lire pour
vivre »10.
Vous êtes depuis de nombreuses années arbitre de football, et
ce, à haut niveau puisque vous avez arbitré dans la ligue
nationale Suisse. Vous n’hésitez pas à puiser dans les images
sportives et footballistiques pour essayer de dégager l’actualité
des Evangiles. Pouvez-vous nous donner quelques exemples
et nous expliquer la pertinence d’une telle démarche ?
Dieu est arbitre- c’est le titre de l’un de mes recueils de
méditations11 -, ce n’est pas moi qui le dis, c’est Isaïe qui
l’affirme (2, 1-5) : vivement le jour où les nations transformeront
les épées et les lances en socs de charrues et en faucilles et où
elles pourront « jouer » en paix les unes avec les autres, grâce
à l’arbitrage de paix du Seigneur. Avec le Christ, nous sommes
tous joueurs, pas de spectateurs dans les gradins qui huent et
trépignent : il nous invite à veiller sans cesse, car nous ne
savons ni le jour ni l’heure où le fils de l’homme reviendra pour
tout récapituler et nous servir à sa table. À l’exemple de l’équipe
de ma ville, la « bien nommée » – je viens de Sion en Valais,
dans les Alpes helvétiques et je me réjouis que le salut vienne
de Sion – Jérusalem ! – qui en douze participations à la finale
de la Coupe de Suisse a remporté… douze fois la victoire, en
retournant à plusieurs reprises des scores déficitaires et des
situations impossibles, Jésus nous presse à cultiver une foi « à
renverser les montagnes » et à déraciner les arbres.
Je suis aussi professeur de guitare classique et directeur de
chœur. J’emprunte également au registre musical des
paraboles ou des images – d’où le titre Dieu est musique de
mon autre volume de méditations12. J’aime bien comparer la
Trinité à un accord à trois sons, distincts et pourtant ne formant
qu’une seule harmonie, le Père figuré par la « tonique », la
basse fondamentale qui donne son nom à l’accord, le Fils
« incarné » par la « dominante », le cinquième degré, de
« Dominus » en latin, le Seigneur, et l’Esprit représenté par la
« tierce », « troisième », qui fait le lien entre les deux autres
Personnes.
De même, pour moi, l’une des plus belles métaphores de
l’Église – des Églises ? – est une chorale où chacun a son
timbre particulier et chante une voix, soprano – aiguë, alto –
grave pour les femmes et les enfants, ténors élevés ou basses
profondes pour les hommes, et qui pourtant se rassemble en
une gigantesque communion sonore, sous la baguette de
l’Esprit. 
Pour conclure, quels sont selon vous les qualités d’une bonne
prédication ?
D’abord, une plaisanterie : elles sont au nombre de trois. Un
bon sermon doit être court, bref et… pas long. Ensuite, plus
sérieusement, une homélie de qualité est celle, à mon avis, où
le prédicateur parle en « je » et s’engage totalement dans ses
propos ; celle par laquelle il favorise la conversation – c’est le
sens étymologique de grec « homilein » qui donne « homélie »
– entre la voix du Seigneur, celle de l’assemblée et celle du
monde ; celle enfin où chaque auditeur a l’impression que le
prédicateur parle pour lui personnellement, rejoint ce qu’il sait
déjà – selon le principe de « recognitio » cher à l’auteur
américain F. Craddock13 - et l’emmène sur des chemins
inattendus qui lui font pressentir le bonheur du ciel.
 Propos recueillis par Gabriel Monet, le 18 août 2011
1 L’Abbé François-Xavier Amherdt est professeur de théologie pastorale, pédagogie religieuse et
homilétique à l’Université de Fribourg.
2 Voir mon article « L’art de la prédication. Réflexions et suggestions pour une proposition de la foi
homilétique », Revue des sciences religieuses, 82, 2008, p. 547-566.
3 Voir à ce propos notre ouvrage rédigé avec M.-A. de Matteo, S’ouvrir à la fécondité de l’Esprit.
Fondements d’une pastorale d’engendrement, coll. « Perspectives pastorales », no 4, St-Maurice,
Saint-Augustin, 2009.
4 Cf. Prêcher l’Ancien Testament aujourd’hui. Un défi herméneutique, coll. « Théologie pratique en
dialogue », no 29, Fribourg, Academic Press, 2006.
5 Commission biblique pontificale, Le peuple juif et ses saintes Écritures dans la Bible chrétienne,
Paris, Cerf, 2001.6 Dans la liturgie catholique de l’eucharistie dominicale, il est la plupart du temps
prévu une « première » lecture vétérotestamentaire, choisie en lien avec l’Évangile, à laquelle
correspond ensuite un « psaume responsorial ». Quant à la « deuxième » lecture, en général tirée des
Épîtres néotestamentaires, elle n’est pas nécessairement en rapport direct avec les autres passages.
7 Cf. Paul Ricœur, « Temps biblique », Archivio di Filosofia, 53, 1985, p. 23-35, où le philosophe
français, auquel j’ai consacré mes deux premières thèses (rassemblées dans un seul volume publié
sous le titre L’herméneutique philosophique de Paul Ricœur et son importance pour l’exégèse
biblique. En débat avec la New Yale Theology School, Paris – St-Maurice, Cerf – Saint-Augustin,
2004), renvoie à l’exégète jésuite français Paul Beauchamp et à son « structuralisme intertextuel » (cf.
p. 306-310).
8 Cf. note précédente. Voir aussi les textes de Ricœur que j’ai traduits, rassemblés et présentés dans
l’anthologie L’herméneutique biblique, coll. « La nuit surveillée », Paris – St-Maurice, Cerf – Saint-
Augustin, 2001.
9 F. Loretan-Saladin – F.-X. Amherdt, Prédication : un langage qui sonne juste, coll. « Perspectives
pastorales », no 3, St-Maurice, Saint-Augustin, 2009. Il s’agit d’une réflexion sur le langage de
l’homélie à partir des considérations sur la poésie de l’écrivaine allemande d’origine juive Hilde Domin.
10 Selon le titre d’un chapitre du dernier ouvrage d’A. Fossion, Dieu désirable. Proposition de la foi et
initiation, coll. « Pédagogie catéchétique », no 25, Bruxelles – Montréal, Lumen Vitae – Novalis, 2010,
p. 231-248.
11 Dieu est arbitre. Méditations bibliques II, St-Maurice, Saint-Augustin, 2001.
12 Dieu est musique. Méditations bibliques III, St-Maurice, Saint-Augustin, 2003. Le premier s’intitule,
honneur à la France, Le jour de gloire est arrivé. Méditations bibliques I, St-Maurice, Saint-Augustin,
1999.
13 Voir ce petit chef-d’œuvre que demeure le manuel de F.B.Craddock, Prêcher, traduit en français
aux Éditions Labor et Fides, Genève, 1991.
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Classé dans: 3. Interviews

Une prédication « inter-essante »


Par Gabriel Monet

Tout prédicateur cherche à rendre sa prédication intéressante !


En effet, « susciter l’intérêt » est la moindre des choses lorsque
l’on prêche et que l’on souhaite évoquer la parole de Dieu, la
valoriser et faire émerger un message qui soit authentiquement
biblique.
Néanmoins, il n’est pas inutile de revenir à l’étymologie du mot
« intéressante » qui vient du latin inter esse, c’est-à-dire « être
entre ». Oui, la prédication a pour vocation non pas de susciter
l’intérêt pour ce qu’elle est en soi, mais bien pour sa capacité à
créer du lien. L’acte de prêcher gagnera donc à favoriser
l’interaction. Le dialogue que la prédication suscite est
primordial. Elle peut (et doit) servir de trait d’union relationnel
entre le prédicateur et les acheter cialis sans
ordonnance auditeurs, bien entendu, mais aussi notamment
entre les auditeurs et la Bible, ainsi qu’entre les auditeurs et
Dieu.
On pourrait presque comparer la prédication à un carrefour ou à
un espace de rencontres. De la même manière qu’un tel lieu n’a
finalement pas beaucoup d’intérêt pour ce qu’il est mais bien
plus pour ce qu’il permet, ainsi en est-il de la prédication qui,
aussi belle soit-elle, ne sera véritablement conforme à sa
vocation que si elle contribue à faire dialoguer le croyant avec
son Dieu, à orienter la vie, à contribuer à des choix et des
engagements conformes à la volonté de Dieu.
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Classé dans: 1. Notes

La parole au-delà des mots (et des


maux)
Par Gabriel Monet

Jacques Ellul est un illustre penseur. Ses très nombreux livres


et encore plus nombreux articles ont touché tant au domaine de
la sociologie que de la théologie. Mais qu’a-t-il écrit sur l’art de
la prédication ? C’est pour essayer de répondre à cette
question que j’ai eu l’occasion de d’écrire un article qui a été
publié dans la revue Foi & Vie. En voici l’introduction :
« Voici trente ans, en 1981, Jacques Ellul démontrait de
manière percutante combien la parole dans la société
technicienne était humiliée. Les années ont passé et la
technique s’est exacerbée ; le constat est plus que jamais
d’actualité. Ceci est vrai non seulement de la parole en général,
ainsi qu’Ellul le développait dans son ouvrage, mais cela peut
aussi s’appliquer à la parole ecclésiale. Par parole ecclésiale,
on peut entendre que la parole de l’Eglise est humiliée, mais ce
verdict ne serait-il pas vrai également de la
parole dans l’Eglise ? Que les représentants des Eglises ne
soient plus des voix porteuses dans les sociétés d’aujourd’hui,
ceci a été démontré à maintes reprises et Jacques Ellul lui-
même a été à ce propos précurseur et visionnaire alors que dès
1948 il parlait de postchrétienté. Que la parole qui circule dans
l’Eglise soit aussi en crise est attestée par le fait que depuis
quelques décennies, son écho est si peu reçu que les Eglises
se vident. Certains n’hésitent pas à affirmer que la Parole de
Dieu qui y est prêchée se cherche et l’homilétique
contemporaine met en évidence les défis que représentent
aujourd’hui le juste équilibre herméneutique entre interprétation
de la parole et interprétation du monde dans lequel cette parole
a vocation à être prêchée. Même si le propos ellulien dans La
parole humiliée n’est pas homilétique, loin s’en faut, par ces
quelques lignes nous voulons essayer d’y discerner quelques
pistes qui pourraient contribuer, autant que faire se peut,
à déshumilier la parole de la prédication. Après avoir évoqué la
quasi absence de propos homilétiques de la part de Jacques
Ellul, puis présenté la dynamique générale du livre en question,
nous retiendrons cinq axes à partir de la réflexion de Jacques
Ellul que nous nous permettrons de prolonger et d’appliquer à
l’homilétique même si telle n’était pas son intention première. »
Les cinq points développés dans l’article sont : 1. Réinvestir la
parole pour la déshumilier, 2. Raréfier la parole pour la
valoriser, 3. Etre attentif au contexte de la prédication, 4.
Intégrer la parole de la prédication dans une dimension
pastorale, et 5. Redonner à la parole sa chance d’être
créatrice. Cliquez ici pour lire l’intégralité de cet article.
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Classé dans: 2. Articles

« La prédication m’anime »


Par Gabriel Monet

Interview de Karl Johnson


Karl Johnson, vous êtes un prédicateur conférencier apprécié
et vous avez enseigné l’homilétique pendant de nombreuses
années, quelles sont selon vous les qualités essentielles d’une
bonne prédication ?
La Bible est essentiellement un livre de salut. Pour bien
comprendre ce salut, elle s’inspire de plusieurs images
courantes dans le contexte gréco-romain. Ces images sont
significatives quant à l’impact d’une bonne prédication. «
L’image est tout » déclare Ted Turner, patron de CNN. Deux de
ces images sont toujours actuelles pour nos contemporains.
Celle de la réconciliation dans le cadre familial et celle de la
guérison. La prédication de la Parole doit rétablir, rapprocher,
réconcilier et guérir. A l’instar d’un bon médecin, le prédicateur
doit bien diagnostiquer la maladie et proposer un remède
précis. A la suite d’une prédication, l’auditeur doit sortir avec
des réponses et des solutions. Comparée à une épée, un feu,
un marteau, la Parole prêchée sépare, purifie, brise, élimine.
Comparée à une rosée, une huile, une lumière, elle rafraîchit,
adoucit et réchauffe. Tous ces éléments font partie du
processus de guérison. Une bonne prédication s’en inspire.
Disons aussi que si l’Evangile est, par définition, une bonne
nouvelle, une bonne prédication doit la faire ressortir. La
nouvelle doit être bonne et toujours nouvelle malgré l’érosion
du temps. Comment le faire ? C’est sans doute le plus grand
défi de la prédication. Par exemple, comment prêcher la bonne
nouvelle du sabbat, tout en sachant que ceux qui l’écoutent
devront, s’ils l’acceptent, risquer leur emploi ou se résigner à
une rémunération moindre ?
Une de vos exhortations bibliques préférées est cette
apostrophe de Paul à Timothée : « Prêche la Parole »2. En
quoi, cette invitation à prêcher est-elle toujours d’actualité ?
Prêcher est un ordre divin (Matthieu 28.19). A ce titre, prêcher
est toujours actuel. L’histoire a tendance à se répéter, et le
cœur de l’homme étant toujours le même, le caractère « éternel
» de la Parole est toujours pertinent. Je me souviens avoir lu
cette interpellation de Régis Debray lors d’une rencontre avec
des représentants religieux. « Vous êtes les prophètes du
temps. Interpellez-nous. La société a besoin de vous. Ce n’est
pas facile, mais après tout, il y a 2000 ans de cela, est-ce que
c’était plus facile ? »
Selon quels critères peut-on dire que la parole humaine du
prédicateur devient parole de Dieu ?
Dans un premier temps, je dirai : quand elle s’incarne
pleinement dans la vie du prédicateur. Qu’au-delà des paroles
prononcées, il y a une personne qui a été convertie par la
Parole. La prédication n’a pas toujours bonne presse. Quand
on parle de prêchi-prêcha, cela veut tout dire ! Dans un
deuxième temps, je citerai Dietrich Bonhoeffer : « La Parole de
la prédication tire son origine de l’incarnation de Jésus-Christ.
Elle ne parvient ni d’une vérité reconnue un jour, ni d’une
expérience vécue ; elle n’est pas la reproduction d’un état
psychique spécifique. La Parole de la prédication n’est pas non
plus la forme que prendrait un contenu sous-jacent. La Parole
prêchée est le Christ incarné lui-même. De même que
l’incarnation n’est pas une simple forme de la manifestation de
Dieu, la Parole de la prédication n’est pas davantage une
simple forme de la manifestation d’une essence ; elle est la
chose elle-même. Le Christ prêché est le Christ historique et le
Christ présent. Il est l’accès au Jésus de l’histoire. Aussi bien la
Parole de la prédication n’est-elle pas la forme ou le support
linguistique de quelque chose d’autre, sous-jacent, mais elle est
le Christ lui-même marchant comme Parole au travers de sa
communauté. »
Quelle est votre démarche pour préparer une prédication ?
Je crois que je suis toujours dans un « état d’esprit » de
prédication, un peu comme un soldat toujours en uniforme et
armé. Tous mes sens sont éveillés et me renvoient des
« signes, des thèmes, des déclics de prédication ». Dans un
couloir de métro, devant un kiosque à journaux, à l’écoute
d’une chanson, d’une émission de télévision, à partir d’un livre,
d’un film, d’un entretien pastoral, je suis habité par le désir et le
devoir de prédication. Je réponds toujours oui à une demande
de prédication. C’est ma vocation, ma raison de vivre. Je ne
crois pas qu’il existe des footballeurs professionnels qui se
satisfont d’être sur des bancs. S’ils existent, c’est pour jouer au
foot. Si on me suggère un thème de prédication relatif à une
circonstance particulière, je ferme les yeux pendant quelques
minutes, je me laisse envahir ou habiter. J’essaie de sentir ou
ressentir le sujet, le thème, le verset qui constituera le pivot de
ma prédication, le point d’accrochage ou d’ancrage. Parfois, je
suis immédiatement envahi : les idées, les illustrations, les
versets s’imposent et défilent. Je me souviens d’un article lu, du
chapitre d’un livre, d’une expérience vécue en rapport avec le
thème. Parfois, c’est le vide total. Je me demande si j’ai bien
fait d’accepter l’invitation. Après beaucoup de prière, les choses
se placent. En pleine nuit, je me lève pour vérifier un
pressentiment, un rappel, un souvenir, un texte. S’ajoutent
ensuite les étapes habituelles de la mise en forme et en fond
d’une prédication.
Vous êtes originaire de l’île Maurice, avez exercé votre
ministère dans de nombreux pays et dans des contextes très
variés (Maurice, Tahiti, Cameroun, Madagascar, Canada,
France, etc.), quel est l’impact de la culture dans l’acte de
prêcher ?
Si je m’adresse à Jacques, je dois non seulement savoir ce que
je vais lui dire, mais savoir aussi et avant tout qui
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est Jacques. En nous donnant sa Parole, Dieu a pris le risque
d’être mal compris, et quand nous donnons à notre tour cette
Parole aux autres, reçue et saisie par nous, le risque est encore
plus grand. L’autre a aussi sa capacité de réceptivité liée à sa
culture. On ne peut faire abstraction de la culture. S’il faut
prendre les gens là où ils sont et parler ainsi, « tantôt d’une
manière et tantôt d’une autre », la parole doit être actualisée et
contextualisée. Il y a dans la culture des « portes » et des
« fenêtres », des « passerelles » et des « points d’appui ». Il
faut avoir « l’intelligence des temps » des fils d’Issacar.
Lorsque vous prêchez, vous dégagez l’impression de vous
donner corps et âme. La passion est-elle selon vous un
élément important dans l’art de la prédication ?
En effet, la prédication m’anime. Je suis emporté, transporté. A
la fin de ma prédication, je suis vidé. Je pense à Raymond
Devos qui disait : « Pourtant, malgré mes petits drames
personnels, ma solitude, mes inquiétudes et mes angoisses,
jamais je n’ai pensé à changer de métier. Jamais. Je mourrai
avec. Dans un coin, dans le fossé ou sur scène. Je voudrais
dire aux spectateurs :  »Je ne vous l’ai pas encore avoué, mais
je vous aime d’amour. Je vous ai consacré toute ma vie et je
suis prêt à vous consacrer ma mort. Oui, je voudrais mourir
pour vous, là, sur scène ». » C’était une bête de scène et être
sur scène était sa passion. Alex Fergusson, le coach de
Manchester que j’admire, a 70 ans. Il est toujours passionné du
foot et ne pense pas, pour l’instant, à prendre sa retraite. Je
suis surpris de constater, en lisant un des derniers numéros de
la Revue adventiste consacré à la vocation pastorale, que
pratiquement aucun des jeunes prédicateurs interviewés ne
parle de la prédication comme un des éléments clés de leur
vocation. Ils n’en font tout simplement pas mention. Des
collègues me demandent parfois si je ne suis pas fatigué de
prêcher, et je réponds, sans hésitation : « Fatigué, souvent oui,
mais pas de prêcher ».
Vous vous appuyez sur de nombreuses illustrations et
anecdotes dans vos prédications. D’où les tirez-vous ? Ne
risquent-elles pas d’éclipser le texte biblique ?
Je trouve mes illustrations partout. Dans la Bible, dans les livres
d’anecdotes et d’illustrations, dans les médias, dans l’art, dans
la vie et aussi en écoutant les prédications. J’aime le foot et je
regarde les matchs de foot. J’aime la prédication, j’écoute les
prédications des autres et elles m’inspirent. L’illustration doit
illustrer, c’est-à-dire rendre accessible, éveiller et toucher. Dans
cette optique, elle ne peut que faciliter la compréhension du
texte biblique et son impact. Mais elle peut aussi dissiper,
divertir, anesthésier. Il en est de même pour les pointes
d’humour déplacées et sans lien avec le  texte. Maintenir
l’attention des auditeurs à l’âge du « zapping » n’est pas si
facile. Comme c’est le cas pour un bon plat « il faut savoir
doser » les éléments de sa prédication. Une pointe d’humour
bien appropriée peut créer un espace émotionnel propice pour
une parole qui interpelle. C’est comme si on ramollit le bois
avant d’enfoncer le clou. J’ai toujours été frappé par les
monologues de Boujenah. Il provoque le rire et enchaîne
aussitôt avec une réflexion poignante, un silence de conversion
ou de prise de conscience règne alors dans la salle. Je pense
surtout à son monologue Le petit génie.
Pour vous, est-il finalement important qu’une prédication
constitue une forme de témoignage ?
La prédication est certainement un témoignage. Comme le dit
Jean : « Nous vous annonçons ce que nous avons vu et
touché ». Au fil du temps, la prédication s’enracine dans le vécu
et la personnalité du prédicateur. Il se sent parfois en décalage,
mal dans sa peau et son être. Il ressent pleinement le poids de
son humanité et tire sa force de la grâce « suffisante de Dieu ».
Si vous aviez un conseil à donner à de jeunes prédicateurs,
quel serait-il ?
Passez beaucoup de temps à écouter et lire les prédications
des autres. Soyez des passionnés de la « Parole » dans toutes
ses expressions.
Propos recueillis par Gabriel Monet, le 4 juillet 2011
1
 Karl Johnson est pasteur de l’Eglise adventiste du septième jour, actuellement chargé de mission
pour l’évangélisation dans la Fédération du Nord de la France. Aujourd’hui à l’orée de la retraite, il a
été notamment professeur de théologie pratique à la Faculté adventiste de théologie à Collonges-
sous-Salève.
2
 2 Timothée 4.2
3
 Dietrich Bonhoeffer, La Parole de la prédication. Cours d’homilétique à Finkenwalde, Genève, Labor
et Fides, 1992, p. 23-24.
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Classé dans: 1. Notes

Un prédicateur regarde « Le discours


d’un roi »
Par Gabriel Monet

Le film Le discours d’un roi, qui a reçu de nombreuses


récompenses (parmi lesquelles quatre Oscars et un Golden
Globe), ne peut laisser indifférent un prédicateur. Même si la
comparaison entre un roi et un prédicateur est tout à fait fortuite
et si d’autre part un discours politique est radicalement différent
d’un message spirituel adressé en Eglise, il y a probablement
des connexions possibles et des réflexions utiles pour l’art de
prêcher dans le visionage et l’analyse de ce film. Voici donc
quelques pensées homilétiques suscitées par Le discours d’un
roi ; mais avant de les partager, voici quelques mots pour
présenter ce film à l’intention de ceux qui ne l’auraient pas vu.
Dans les années 1930, au Royaume-Uni, le prince Albert,
deuxième fils du roi George V, vit un grave problème de
bégaiement. L’abdication de son frère aîné Edouard VIII l’oblige
à monter sur le trône sous le nom de Georges VI. Or le roi doit
s’exprimer en public. Sur l’insistance de sa femme, il rencontre
Lionel Logue, orthophoniste australien aux méthodes peu
orthodoxes. Malgré les réticences du prince, la méthode de
Logue fonctionne. Albert doit surmonter ses difficultés de
langage pour prononcer, en septembre 1939, le discours
radiophonique d’entrée du Royaume-Uni dans la guerre contre
l’Allemagne lors de la Seconde Guerre mondiale. Le Discours
d’un roi (The King’s Speech) est donc un film britannique
réalisé par Tom Hooper sorti en février 2011 au cinéma, et en
juin 2011 en vidéo.
Dans une perspective homilétique, ce que je retiens avant toute
autre chose de ce film, est le fait que la capacité à parler en
public est à la fois une question de techniques oratoires ET un
travail sur soi, lié à la compréhension et l’acceptation de qui
nous sommes. Etre capable de dépasser son stress, de vaincre
ses difficultés, passe par un réel travail, c’est même beaucoup
de travail. Or ce travail est technique, physique, mais aussi
psychique. Dans le cas de la prédication, il faudrait bien
entendu rajouter que c’est une démarche spirituelle d’une
meilleure compréhension de soi, mais aussi de Dieu et de
l’interaction entre Dieu et le prédicateur. En même temps, en
regardant ce film, je n’ai pu m’empêcher de penser à ces cas
de prédicateurs bègues qui, au quotidien, n’arrivent pas à ne
pas bégayer et qui pourtant en montant en chaire et en
prêchant réussissent à avoir une parole claire et limpide. Est-ce
le fruit d’un lâcher prise qui illustre une juste compréhension de
la prédication qui se veut écho de la parole de Dieu plutôt que
parole humaine du prédicateur ? Ou est-ce le fruit d’une
intervention spéciale de Dieu ? Je ne saurais dire dans quelle
mesure c’est l’une de ces raisons plus que l’autre qui a
contribué au dépassement du bégaiement, et c’est
probablement un peu des deux. Mais cela met en évidence
qu’on ne peut expliquer la victoire sur le bégaiement par un
seul travail de technique oratoire, sinon cela aurait pu avoir des
conséquences aussi dans le quotidien. Et d’ailleurs, dans le film
en question, le roi Georges VI ne fait justement pas ce seul
travail technique mais passe par une remise à plat et en
question de qui il est et de ses rapports notamment  avec son
père et son frère. Loin de moi l’idée de plaquer une
spiritualisation de la situation du prédicateur, mais il n’empêche
que prêcher ne peut finalement se faire positivement que
lorsqu’on a éclairci les rapports que l’on a avec le père du ciel,
et avec nos frères et sœurs dans l’Eglise.
Un autre élément que je trouve interpellant dans ce film est que
la victoire sur le bégaiement, si elle est bien sûr personnelle et
individuelle, elle est aussi collective. Sans le soutien de sa
femme et la compétence et la persévérance de son
orthophoniste, Georges VI n’aurait probablement pas relevé le
défi auquel il a dû faire face. N’est-ce pas là une invitation à
envisager la prédication aussi comme un travail collectif. Cela
se fait bien évidemment dans la collaboration avec Dieu, et ce
n’est qu’ensemble qu’on peut faire équipe gagnante… mais on
pourrait aussi imaginer les bienfaits de la collaboration avec
des proches, famille ou amis, qui peuvent être un soutien
important et constructif dans la préparation d’une prédication.
Enfin, un dernier mot, car la majorité a probablement la chance
de ne pas être bègue, même si pour beaucoup la parole en
public n’est pas toujours facile et reste source de stress. Il sera
peut-être opportun d’envisager la réflexion non seulement en
pensant au bégaiement physique, mais aussi à une autre forme
de bégaiement, existentiel ou spirituel, qui peut parfois nous
mettre dans des situations où nous ne savons ni quoi dire, ni
comment le dire. Or, un des points clé du dépassement du
bégaiement, c’est cette dynamique de la confiance que
Georges VI a su mettre en œuvre, pas après pas.
Cette confiance qui peut prendre le nom de foi dès lors qu’on
pense à la prédication (confiance et foi ont une racine
commune et c’est le même mot tant en hébreu, hémounah,
qu’en grec, pistis). Oui, prêcher, c’est bien sûr du travail, mais
c’est aussi beaucoup de foi !
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Classé dans: 1. Notes

« Je vis avec mes prédications »


Par Gabriel Monet

Interview de Daniela Gelbrich


 
Daniela Gelbrich, vous enseignez l’hébreu, et à ce titre
fréquentez beaucoup l’Ancien Testament ; vous êtes
également prédicatrice. Quels sont les enjeux de la prédication
de l’Ancien Testament ?
Le défi relatif à la prédication de l’Ancien Testament consiste à
démontrer l’actualité de ses textes, leur portée existentielle, à
montrer que les histoires racontées dans l’Ancien Testament
parlent de la vie humaine, du cœur humain qui n’a pas changé
au cours des siècles de l’histoire humaine, de la relation que
Dieu souhaite nouer avec l’humanité.  
Une prédication vétérotestamentaire peut-elle être
christocentrique, et si oui, comment ?
« Au commencement Dieu… », c’est ainsi que l’Ancien
Testament commence. « Au commencement la parole… »,
c’est ainsi que l’évangile selon Jean commence, évoquant la
parole qui est devenue chair, qui a habité parmi nous, qui a
porté nos fardeaux. Dès le début de l’Ancien  Testament, nous
faisons la connaissance d’un Dieu qui est proche de ses
créatures, qui est là, qui prend soins de nous. Ce Dieu va se
révéler à travers son Fils unique. Ce Dieu traverse l’Ancien
Testament, s’y révèle pas à pas.  
Comment allier le respect du texte biblique de l’Ancien
Testament pour ce qu’il est, donc sans avoir nécessairement
une lecture christologique ou typologique, tout en apportant un
regard chrétien sur ces textes juifs ?
Le chrétien croit en un Dieu qui est là, qui l’aime, qui
l’accompagne. Ce Dieu se révèle à travers les textes de
l’Ancien Testament. Nous sommes invités à être attentifs à ces
textes, à les laisser parler à nos cœurs, sans y mettre nos
préjugés, nos idées préconçues, nos interprétations toutes
faites.
Selon vous, aborde-t-on différemment la prédication selon que
l’on est un homme ou une femme ?
Je pense que oui. L’homme et la femme abordent la vie d’une
manière différente. Leurs sensibilités sont différentes. Ils se
complètent. Chacun apporte sa richesse. L’autre a ce que l’on
n’a pas. C’est enrichissant pour la prédication.
Vous êtes de nature plutôt discrète, mais lorsque vous prêchez
c’est avec beaucoup d’autorité et de passion que vous vous
adressez à votre auditoire. Le fait de prêcher procure-t-il une
puissance particulière ?
C’est vrai. Je suis très discrète au quotidien mais les textes
bibliques me passionnent et j’aime donner le meilleur de moi-
même lors de mes prédications. Les textes bibliques le méritent
et les auditeurs également.
Quelle est votre démarche pour préparer une prédication ?
Concrètement, quelles sont les étapes de votre préparation ?
Je vis avec mes prédications. Je ne les prépare pas vraiment.
Je vis avec elles. J’aime réfléchir. En fait, toute prédication est
le fruit d’une longue réflexion qui débute longtemps avant le
jour de la prédication, le fruit d’une longue préparation au
quotidien, en lisant, en écoutant les textes de la Bible, en
écrivant parfois mes pensées sur papier.    
Selon vous, quels sont les critères d’une bonne prédication ?
Je pense que ce qui fait la différence, c’est l’authenticité de la
personne qui prêche. Quelqu’un qui chemine avec Dieu fera
une différence partout où il ou elle va et le fait qu’il ou elle est
un(e) allié(e) de Dieu se fait remarquer. Je n’ai pas la prétention
d’y être arrivée mais c’est mon but. J’ai écouté des prédications
faites par des personnes très simples, prédications qui m’ont
marquées parce que leurs paroles étaient profondes et avaient
de l’autorité. L’authenticité du prédicateur n’empêche pas bien
sûr l’excellence de sa démarche rhétorique.  
Propos recueillis par Gabriel Monet, le 11 avril 2011
Daniela Gelbrich, titulaire d’un doctorat en lettres hébraïques de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes à
Paris, est  professeur d’hébreu à la Faculté adventiste de théologie de Collonges-sous-Salève.
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Classé dans: 3. Interviews
Clins d’œil humoristiques
Par Gabriel Monet

Prêcher est quelque chose de sérieux. Il n’est pourtant pas


inutile parfois de savoir regarder les choses avec humour. Alors
en guise de détente, voici quelques clins d’œil humoristiques en
lien avec la prédication. A lire et à prendre avec le sourire !

 Quelle différence y-a-t-il entre un pasteur et un trolleybus?


Le trolleybus s’arrête quand il a perdu le fil!
 Pourquoi est-il conseillé de ne pas avoir une approche
scientifique en prédication? Parce qu’il est interdit de faire des
«sciences occultes»!
 Dans un groupe d’étude de la Bible pour enfant,
l’animatrice demande ce que veut dire le mot «amen» à la fin
d’une prière ou d’une prédication. L’un d’entre eux répond:
«C’est comme quand je clique sur « envoyer »»…
 Un pasteur ayant très faim à l’approche du repas de midi
se mit à parler de l’épître aux Galettes…
 Un pasteur fit une prédication enflammée sur les miracles
de Dieu dans la nature en déclarant tout soudain: «Derrière
chaque brin d’herbe se cache une prédication». Le lendemain,
un paroissien passa devant l’Eglise où il vit le pasteur occupé à
tondre le gazon. Après les salutations d’usage, le paroissien dit
à son pasteur:«Ah! Cela me réjouit de vous voir raccourcir vos
prédications».
 A la fin d’un de ses sermons, le pasteur invita ses
auditeurs à se préparer pour la prédication de la semaine
suivante sur le thème de l’honnêteté et les invita à lire le
chapitre 17 de l’évangile de Marc. On sentit dans l’assemblée
une expression d’assentiment. La semaine suivante, au tout
début de sa prédication, le pasteur demanda à ceux qui avaient
lu Marc 17 de bien vouloir lever la main. Ce que fit la majorité.
Le pasteur dit alors: «Je suis prêt pour commencer ma
prédication sur le mensonge… En effet, Marc chapitre 17
n’existe pas puisque l’évangile de Marc n’a que 16 chapitres…»
 Alors qu’un tout jeune pasteur monta en chaire pour sa
première prédication, il y eut un grand blanc. Après un moment
il finit par dire: «En venant ce matin à l’Eglise, Dieu et moi
étions les seuls à savoir ce que j’avais prévu de vous dire… Or
à l’instant présent, Dieu seul le sait!»

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Classé dans: 1. Notes

Des paroles de chants qui font


réfléchir sur l’acte de prêcher
Par Gabriel Monet

Il y a peu de temps, à l’occasion d’un culte dans une Eglise, j’ai


été interpellé par les paroles d’un chant qui m’ont fait réfléchir
sur l’acte de prêcher. Du coup, au détour de tel ou tel chant, j’ai
été sensible ces dernières semaines à ce que les paroles
destinées à être chantées en assemblée peuvent nous dire de
la prédication. En voici un petit florilège.
Dans le chant de Corine Lafitte Dieu a une armée qui se
lève (JEM² 398), une parole peut paraître étonnante au premier
abord : « Peuple de Dieu, ouvre ta bouche ; Dieu veut parler ».
C’est vrai, si on veut entendre Dieu parler, on aurait plutôt
tendance à inviter les humains au silence. On parle d’ailleurs
parfois peut-être trop du silence de Dieu et pas assez de la
surdité des hommes. Toujours est-il que dans ce chant, nous
sommes invités en tant que peuple de Dieu à ouvrir notre
bouche pour que Dieu parle… L’idée principale qui est là, c’est
que Dieu a choisi pour se révéler de compter entre autre sur la
parole des hommes et des femmes qui lui font confiance. Si
prêcher est une manière de faire parler Dieu, cela a une
dimension communautaire, dans une dynamique
d’évangélisation. Tout un programme !
Les paroles d’un autre chant complètent d’une certaine manière
cette vision : « Je désire entendre ta voix. Je désire écouter ton
cœur ; recevoir ta parole, ta pensée, ta volonté » (Sylvain
Freymond). Pour entendre Dieu, il faut le désirer… Quels que
soient les efforts du prédicateur, l’auditeur d’une prédication, s’il
n’en a pas le désir, ne pourra probablement pas y distinguer
une parole « de Dieu ». Ceci dit, ce désir d’entendre la voix de
Dieu concerne en premier lieu le prédicateur lui-même : cela
implique une décentration de soi pour véritablement recevoir la
parole, et cette parole ne vient probablement pas sans la
pensée de Dieu et sa volonté. Cela revient, comme le dit si
joliment l’auteur, à écouter le cœur de Dieu, y discerner un
cœur qui bat, plein d’amour et de grâce, un cœur rempli de
projet de paix pour ses créatures. Aller au cœur de la Parole,
en prêchant, c’est écouter les battements du cœur de Dieu.
Or, pour discerner les battements du cœur de Dieu, cela
implique de faire silence. Oh, ce n’est pas seulement un silence
qui se mesure en l’absence de décibels, mais peut-être surtout
en l’absence de tout ce qui peut parasiter nos êtres, nos vies,
nos pensées. Les paroles de cet autre chant nous invite,
comme Elie, à savoir faire silence pour entendre Dieu non pas
dans le vent fort et violent, ni dans un tremblement de terre, ni
dans le feu, mais dans un murmure doux et léger : « Silence !
Silence ! Un souffle descend : voici la présence du Dieu tout
puissant ! Silence ! Le maître parle avec amour et nous fait
connaître sa paix en ce jour » (Paul Badaut). Prêcher, c’est
faire advenir la présence de Dieu afin qu’il puisse parler avec
amour et susciter la paix.
Pour continuer dans cette optique du « souffle fragile » et finir
ce petit tour d’horizon de quelques chants qui nous ouvrent des
pistes de réflexion sur l’acte de prêcher, je ne peux résister à
l’envie de mentionner les paroles de Pierre Jacob qui ouvrent
tout un programme ! Si seulement nos prédications étaient
secret d’amour, naissance et semence, partage et passage…
« Comme un souffle fragile, ta parole se donne. Comme un vase
d’argile, ton amour nous façonne.
Ta parole est murmure, comme un secret d’amour, ta parole est
blessure, qui nous ouvre le jour.
Ta parole est naissance, comme on sort de prison, ta parole est
semence, qui promet la moisson.
Ta parole est partage, comme on coupe du pain, ta parole est passage,
qui nous dit un chemin. »
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Classé dans: 1. Notes

« Ne pas tout dire dès le début… »


Par Gabriel Monet

Interview de Christophe Paya


Christophe Paya, vous êtes à la fois prédicateur et professeur
d’homilétique. Quelles sont selon vous les qualités essentielles
d’une bonne prédication ?
Par nature, j’aime que le discours soit clair. J’apprécie
d’entendre des paroles stimulantes, qui font appel à ma
réflexion et qui me laissent de quoi continuer à réfléchir ensuite,
qui nourrissent mon imagination et qui m’empêchent de me
reposer sur mes lauriers… Mais soyons réalistes : mes
prédications (comme celles des autres) n’ont jamais toutes les
qualités que j’aimerais qu’elles aient… Ceci dit, j’ai beaucoup
de mal avec les prédicateurs qui me croient meilleur que je ne
suis en réalité, qui pensent que si je me prends en main je peux
changer, qui oublient le cœur christologique et rédempteur du
message chrétien. Je n’aime pas non plus le travail bâclé…
Quels sont vos critères pour choisir sur quoi vous allez
prêcher ?
Assez régulièrement, les textes bibliques me sont imposés par
le programme de l’Eglise ; d’autres fois, c’est l’auditoire
concerné qui m’aide à restreindre le champ de mes recherches.
J’ai aussi mes propres critères de sélection, qui correspondent
à des textes que je suis en train de travailler ou que j’ai
récemment travaillés.
Quelle est votre démarche pour préparer une prédication ?
Concrètement, quelles sont les étapes de votre préparation ?
Lorsque j’ai déjà travaillé le texte biblique, l’exégèse est plus ou
moins « acquise ». Mais lorsque ce n’est pas le cas, je travaille
le texte biblique, autant que possible en profondeur. Au cours
de cette démarche, je me demande comment je vais
transmettre les fruits de mon travail. Pour cela, je définis en
général l’orientation que je vais donner à ma prédication. Puis
je fais le passage de l’exégèse à la prédication. Je n’ai pas
vraiment de règle à proposer. Tout dépend de la forme que va
prendre la prédication. Mais c’est l’orientation générale adoptée
qui guide ma démarche. Enfin, lorsque j’ai rédigé quelque
chose, je travaille sur la clarté de l’ensemble du discours, sur sa
cohérence, sur son intérêt et sur son rapport à la réalité.
Vous avez beaucoup travaillé autour de l’Evangile de Matthieu
et notamment les grands discours de Jésus qu’il contient. Ces
« prédications » de l’Evangile de Matthieu peuvent-elles
modéliser un art de prêcher ?
Je ne vais évidemment pas dire que les discours de Jésus ne
peuvent pas constituer un modèle ! Si on veut s’en inspirer, on
appréciera leur « art littéraire », à la fois écrit et oral. Ces
« prédications » de Matthieu transmettent un contenu
nourrissant, mais ne s’en tiennent pas à la transmission
d’information. Elles font aussi réfléchir l’auditeur, le remettent
en question dans sa logique et dans sa vie. Par ailleurs, et de
différentes manières, elles captent l’attention et la conservent.
En fait, on pourrait parler d’un concentré de prédication plus
que d’une prédication ordinaire…
Vous venez de sortir un livre, Pour une Eglise en mouvement,
qui s’arrête en particulier sur le discours d’envoi en mission de
Matthieu 10. Il traite de la mission de l’Eglise dans le monde
présent, de l’exercice du ministère chrétien, de la
communication de l’Evangile… La prédication a-t-elle une
vocation missionnaire ?
 À coup sûr ! D’abord parce que dans beaucoup d’Eglises,
aujourd’hui, en tout cas dans celles qui sont ouvertes au
monde, l’auditoire dépasse largement le groupe des chrétiens
engagés de la paroisse. Dans beaucoup d’Eglises, il y a
régulièrement des personnes qui viennent pour la première fois.
On aurait tort de ne pas en tenir compte dans la prédication.
Ensuite, parce que la prédication de l’Evangile demeure
« l’outil » de base de la mission chrétienne. Evidemment, cette
prédication missionnaire n’est pas un simple discours à sens
unique : elle s’appuie sur des actes concrets, elle est
respectueuse des contextes ; mais il n’empêche que la
prédication chrétienne dépasse le cadre ordinaire du culte
hebdomadaire.
Dans une note de votre blog, vous envisagez un parallèle entre
la prédication et les romans policiers. Quels sont les enjeux du
suspense en homilétique ?
Disons que ce n’est pas le suspense pour le suspense… Mais,
d’une part, le suspense maintient l’intérêt, et le prédicateur n’est
pas obligé de tout dire dès le début ; si son message se dévoile
petit à petit, ça peut aider à maintenir l’attention ! Et d’autre
part, le contact avec les textes bibliques peut  générer une
surprise ou un choc qu’on peut rapprocher de l’idée de
suspense. L’Evangile, de toute évidence, ne « fonctionne » pas
selon la logique humaine : cette tension, si le prédicateur ne
l’étouffe pas, peut générer une sorte d’effet de suspense.
Vous êtes sensible à la place de l’enfant dans l’Eglise. Les
prédications devraient-elles s’adresser à tous y compris aux
enfants ? Mais alors, comment être suffisamment simple pour
être compréhensible par des enfants et suffisamment profond
pour nourrir spirituellement les adultes ?
C’est la grande question ! Lorsque je prêche, j’essaie
évidemment de tenir compte de l’auditoire. Je ne suis pas sûr
qu’un enfant puisse comprendre une prédication ordinaire qui
n’aurait pas pris en compte leur présence. Néanmoins, si le
prédicateur sait à l’avance que des enfants, des ados ou des
jeunes vont entendre son sermon, il aurait bien tort de ne pas
se préparer en conséquence. La simplicité d’expression
demeure, dans tous les cas, un principe auquel je suis attaché.
S’exprimer simplement, ça ne veut pas dire baisser le niveau,
mais faire en sorte que chacun, quel que soit son âge ou sa
culture, puisse entendre une parole compréhensible. En plus de
la simplicité d’expression, il peut paraître judicieux d’utiliser des
images, d’expliquer la même chose de différentes manières,
etc.
Vous avez récemment traduit l’excellent livre de Bryan
Chapell intitulé en français : Prêcher. L’art et la manière.
Qu’avez-vous retenu d’essentiel dans ce manuel
d’homilétique ?
Deux choses. Premièrement, Chapell insiste beaucoup sur ce
qu’il appelle la « condition humaine commune ». C’est-à-dire
qu’il part de l’être humain tel qu’il est et s’adresse à des êtres
humains tels qu’ils sont. Il ne se fait pas d’illusion sur la nature
humaine, mais cherche à repérer la manière dont le message
de l’Evangile parle à la condition humaine. Deuxièmement, je
retiens la nécessaire maîtrise des éléments classiques de la
prédication. Il existe en homilétique plusieurs courants. Divers
auteurs critiquent les approches classiques de l’homilétique. Et
leurs critiques sont très stimulantes. Mais pour pouvoir en
bénéficier, il faut d’abord maîtriser les fondamentaux que décrit
Chapell : un propos clair, un plan cohérent, une logique
d’ensemble, des éventuelles illustrations utiles, etc. Sans cette
maîtrise des fondamentaux, d’autres approches, qui les
présupposent (même si les auteurs ne le disent pas forcément),
risquent de conduire sur des voies peu constructives.
Pour conclure, quels sont pour vous les enjeux de l’homilétique
contemporaine ?
Disons que les enjeux du passé demeurent : préparer une
prédication nourrie de l’Écriture, spécifiquement chrétienne,
c’est-à-dire non moralisante mais rédemptrice et
christocentrique. Pour l’actualité, on peut ajouter la formation
des prédicateurs (on oublie vite, même lorsqu’on a suivi des
cours !) et en particulier des prédicateurs laïcs. Le
protestantisme a toujours eu ses « prédicateurs laïcs », et c’est
une bonne chose que les auditeurs puissent entendre diverses
voix. Mais ces prédicateurs-là ont besoin d’une formation
adaptée et d’un suivi. Dans les Eglises que je fréquente, l’enjeu
n’est pas la place de la prédication, qui est acquise. La
prédication est bien présente, longuement (et même parfois
trop longuement !). La question se pose plutôt du
renouvellement des prédicateurs, de leur capacité à rendre
compte du texte biblique d’une manière qui soit à la fois fidèle
et en rapport avec les questions d’aujourd’hui.
Propos recueillis par Gabriel Monet, le 14 décembre 2010
Christophe Paya est pasteur de l’Union des Eglises évangéliques libres de France et professeur de
théologie pratique à la Faculté de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine. Il tient un blog qui se veut
« théologique et pratique ».