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Introduction à l'Epître aux Romains


 Auteur : Anonyme
 Type : Enseignement
 Thème : Commentaires Bible Annotée Neuchâtel
 Source : Theotex    
 Publié sur Lueur le 01/08/2011
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I
Epoque et circonstances de la composition de l'épître.
Après un séjour de plus de deux ans à Ephèse (55-57), Paul passa l'été et l'automne de 57 en
Macédoine. De cette province, il écrivit sa deuxième épître aux Corinthiens. Il y fait de
nombreuses allusions à sa prochaine arrivée dans leur ville (2Corinthiens 2.1-3 ; 9.4 ; 12.20 ;
13.1, 2,10). Il se rendit, en effet, à Corinthe à la fin de l'an 57, et y demeura les trois premiers
mois de 58 (Actes 20.3). Il écrivit l'épître aux Romains pendant ce séjour. C'est ce qui ressort
de divers indices fournis par notre épître même :

1. Il annonce aux Romains qu'il espère les voir bientôt en passant chez eux pour se
rendre en Espagne ; qu'il entreprendra ce voyage dès qu'il aura été à Jérusalem et aura
remis aux chrétiens de cette ville la collecte qu'il a faite en leur faveur en Macédoine
et en Achaïe. Son départ pour Jérusalem est imminent (Romains 15.22-29). Or le livre
des Actes (Actes 20.2, 3) nous apprend que c'est de Grèce, c'est-à dire de Corinthe,
après un séjour de trois mois, que Paul partit pour Jérusalem, avec une nombreuse
société de délégués des Eglises de Macédoine et d'Asie.
2. Dans Romains 16.1, Paul recommande aux Romains une soeur qui va se rendre chez
eux, c'est Phoebé, diaconesse de l'Eglise de Cenchrées. Or Cenchrées était le port de
Corinthe sur la mer Egée.
3. Paul salue les Romains de la part de Gaïus, mon hôte et celui de l'Eglise
entière (16.23). Dans 1Corinthiens 1.14, Gaïus est mentionné avec Crispus : ce sont
les deux seuls membres de l'Eglise de Corinthe que Paul eût baptisés lui-même. Cette
circonstance avait établi un lien particulièrement étroit entre l'apôtre et Gaïus, et
explique que Gaïus fût l'hôte de Paul à Corinthe.

C'est donc dans la maison de Gaïus, à Corinthe, que l'épître aux Romains fut composée.
Tertius, un frère qui ne nous est pas autrement connu, l'écrivit sous la dictée de l'apôtre
(16.22).
Au moment où il écrivit cette lettre, la plus étendue, et de beaucoup la plus importante par le
contenu, qui soit sortie de sa plume, Paul se trouvait à un tournant de sa carrière apostolique.
La partie la plus considérable de cette carrière, la seule qu'il fournit en ayant la libre
disposition de sa personne, touchait à son terme ; dans peu de mois commencera cette
captivité qui fut dès lors sa condition habituelle, - même si une libération momentanée
l'interrompit un ou deux ans, - jusqu'au jour où elle fut couronnée par le martyre. Dans cette
première phase de son activité missionnaire, qui fut toute sa carrière de missionnaire itinérant
(si l'on ne fait pas entrer en ligne de compte les voyages qu'il aurait faits après avoir été libéré
de sa première captivité), l'apôtre avait semé d'Eglises toute la moitié orientale de
l'empire : Depuis Jérusalem et les contrées voisines jusqu'en Illyrie, j'ai porté partout
l'Evangile du.Christ, écrit-il aux Romains (15.19). Mais s'il a le sentiment d'avoir rempli une
partie de sa tâche apostolique, d'être sur le seuil d'une nouvelle période de sa vie, il ne croit
pas avoir achevé cette tâche. Il nourrit encore de vastes projets, qu'il laisse entrevoir à ses
frères de Rome (15.24, 28) : il veut conquérir à son Maître l'Espagne, ce terme de l'occident,
cette limite occidentale du monde connu des anciens. Cependant, tout en énonçant ce plan
ambitieux, il exprime des appréhensions pour l'avenir qui lui est réservé. Il supplie les
chrétiens de Rome de combattre avec lui dans leurs prières, afin qu'il soit délivré des
incrédules qui sont en Judée (15.30, 31). Ces craintes iront grandissant. Quelques semaines
plus tard, il dira aux anciens d'Ephèse réunis à Milet : Maintenant, lié par l'Esprit, je vais à
Jérusalem, ne sachant pas ce qui m'y arrivera, si ce n'est que, de ville en ville, l'Esprit saint
m'atteste que des liens et des tribulations m'attendent (Actes 20.22, 23).
Qu'il eût ou non, en écrivant l'épître aux Romains, le sentiment que sa carrière touchait à son
terme, cette épître peut être considérée, sinon comme le testament spirituel de l'apôtre des
gentils, du moins comme le legs de la première partie de sa carrière, de celle où il accomplit
son oeuvre la plus féconde de missionnaire et de fondateur d'Eglises. Il a exprimé dans l'épître
aux Romains son Evangile avec ses caractères propres, l'Evangile qu'il n'avait reçu ni appris
d'aucun homme, mais qu'il avait reçu par une révélation de Jésus-Christ (Galates 1.12), cet
Evangile dont il déclare, au commencement de l'épître (1.16,17), qu'il n'en a point honte, car
c'est une puissance de Dieu en salut à tout croyant, pour le Juif premièrement, puis pour le
Grec, car en lui se révèle une justice de Dieu, qui provient de la foi et est donnée à la foi. Cet
Evangile de la justice par la foi, il l'expose spécialement dans ses rapports avec l'ancienne
alliance ; il énonce ainsi les résultats de ses expériences et du travail de sa pensée pendant les
dix ans écoulés de son apostolat parmi les gentils, au milieu des luttes qu'il eut à soutenir
contre ses adversaires judaïsants, qui auraient voulu imposer à tous les chrétiens le régime
légal. Tandis que dans l'épître aux Galates, écrite au fort de la lutte, il défend avec véhémence
l'Evangile du salut par la foi seule, dans l'épître aux Romains il expose cet Evangile avec
calme et objectivité. Par la majesté de sa construction, la richesse de son contenu, l'épître aux
Romains occupe une place unique parmi les épîtres de l'apôtre.

II- L'Eglise de Rome. Les destinataires de l'épître.


L'Eglise de Rome n'a jamais pu dire par qui elle avait été fondée : ses origines restent
ensevelies dans une obscurité profonde. La seule chose qu'on puisse affirmer avec une
parfaite certitude, c'est que l'apôtre Pierre n'en fut pas le fondateur. La tradition catholique,
d'après laquelle il aurait le premier prêché l'Evangile à Rome, puis aurait été le premier
évêque de cette Eglise, qu'il aurait gouvernée pendant vingt-cinq ans, pour être ancienne, n'en
est pas moins insoutenable. Si la mort de Pierre à Rome paraît probable (comparez
l'Introduction à 1 Pierre), il n'est pas possible d'admettre qu'il soit venu dans cette ville peu
après l'an 40 déjà et y ait séjourné pendant un quart de siècle. Voici les faits qui s'opposent à
cette tradition :

1. Pierre est encore à Jérusalem en 44 (Actes 12.3), et même en 52, à la Conférence de


Jérusalem (Actes 15.7 ; Galates 2.9) ; ce fut probablement deux ou trois ans après la
conférence qu'il entra en conflit avec Paul à Antioche (Galates 2.11 et suivants).
Jusqu'à ce moment il paraît être demeuré en orient comme apôtre des
circoncis (Galates 2.8).
2. Paul, écrivant notre épître aux Romains ne fait aucune allusion à l'activité passée ou
présente de Pierre à Rome ; et cependant il salue en les nommant tous les principaux
membres de l'Eglise. On peut même se demander si Paul, qui avait pour principe de ne
pas bâtir sur le fondement d'autrui (Romains 15.20), aurait adressé à une Eglise fondée
et gouvernée par Pierre une lettre dont le but était de gagner sa confiance, de
l'instruire, de faire à son égard acte d'apôtre.
3. Même dans l'épître aux Philippiens, écrite de Rome en 62 ou 63, où il parle (1.12 et
suivants) de l'état de l'Eglise et des progrès de l'Evangile, où il salue de la part de tous
les frères qui sont avec lui et de tous les saints (4.21, 22), il ne dit pas un mot de
Pierre.

De ces indices nous pouvons conclure avec certitude que Pierre n'eut aucune part à la
fondation ni au développement de l'Eglise de Rome ; que, s'il vint dans la capitale de l'empire,
ce fut tout à la fin de sa vie, pour y subir le martyre.
On peut faire les suppositions suivantes sur l'introduction du christianisme à Rome et sur la
formation d'une Eglise dans cette ville. Depuis longtemps il y avait à Rome une nombreuse
colonie de Juifs, attirés par leur commerce, ou amenés comme prisonniers de guerre,
notamment après la prise de Jérusalem par Pompée en 63 avant J.-C. Plusieurs de ces captifs
furent affranchis et reçurent le droit de citoyens romains. Auguste assigna aux Juifs un
quartier particulier au delà du Tibre ; ils se groupaient en diverses synagogues ; les noms de
quelques-unes nous ont été conservés.&Schurer, Geschichtt des jüd. Volkes, III, 28-36, 44-46.
Les Juifs de Rome entretenaient des relations suivies avec la mère-patrie. Déjà en 61 avant J.-
C, Cicéron (Pro Flacco, 28) dit que chaque année les Juifs d'Italie envoyaient de l'or à
Jérusalem. Plusieurs faisaient le pèlerinage à la cité sainte pour les fêtes. Le livre des Actes
(2.10) mentionne les Romains en séjour parmi les auditeurs de Pierre le jour de la Pentecôte.
Il se peut que quelques-uns de ces Romains aient été convertis par l'apôtre et aient apporté à
Rome les premières semences du christianisme. La tradition qui fait de Pierre le fondateur de
l'Eglise de Rome pourrait être née de cette circonstance. Quoiqu'il en soit, une première
communauté chrétienne paraît s'être formée au sein de la colonie juive de Rome. A elle
appartenaient Aquilas etPriscille ; ils quittèrent Rome à la suite des mesures décrétées contre
les Juifs par l'empereur Claude. Paul les trouva à Corinthe et se lia avec eux (Actes 18.2).
Andronique et Junias, ces parents de Paul qui avaient été en Christ avant lui, furent peut-être
aussi des membres de cette première communauté judéo-chrétienne de Rome. Le décret qui
expulsa les Juifs de Rome fut motivé, d'après Suétone (Claud., 25), par de fréquents troubles
qui éclataient parmi les Juifs à l'instigation de Chrestus. Beaucoup d'historiens pensent que
Suétone a écrit Chrestus pour Christus et qu'il a pris pour un agitateur contemporain et
présent à Rome le Christ, Jésus, au sujet duquel les Juifs de Rome se disputaient. Cette
première congrégation chrétienne se dispersa probablement à la suite de l'édit de Claude ou
fut réduite à un très petit nombre.
Bientôt le christianisme prit un nouvel essor à Rome, qui ne devait plus être arrêté. Il recruta
des adhérents cette fois parmi les gentils, surtout parmi des immigrés de Syrie. Les rapports
entre Antioche et Rome étaient fréquents et la capitale de l'empire comptait une très
nombreuse colonie de Syriens. Quelques-uns de ces Syriens avaient fait la connaissance de
Paul dans leur patrie, peut-être avaient-ils été amenés à l'Evangile par lui ; leur conception du
salut était semblable à la sienne. Pour ces raisons, Paul se sentit appelé à écrire aux chrétiens
de Rome, et c'est ce qui explique qu'il comptât tant de connaissances personnelles (chapitre
16) dans une ville où il n'avait jamais été. Ces chrétiens venus de Syrie s'étaient livrés à un
prosélytisme très actif parmi leurs compatriotes et dans le reste de la population païenne de
Rome. Ainsi se constitua l'Eglise à laquelle Paul écrit en 58. A cette date, elle était nombreuse
et florissante. Sa foi était renommée dans le monde entier (Romains 1.8). A ces chrétiens
sortis du paganisme s'étaient joints quelques chrétiens d'origine juive qui étaient demeurés à
Rome ou y étaient rentrés après la dispersion provoquée par le décret de Claude. Ils formaient
une minorité au sein d'une Eglise composée en majeure partie de convertis du paganisme.
Ces suppositions nous paraissent confirmées, si nous consultons notre épître et si nous
cherchons à déduire de son contenu, de sa teneur générale et des indices qu'elle nous fournit,
quels étaient les membres de l'Eglise de Rome quant à leurs origines nationales et religieuses.
Cette question divise les interprètes et les historiens. A considérer les sujets traités dans
l'épître et la manière dont ils sont traités, on serait porté à estimer que ses destinataires étaient
des chrétiens d'origine juive. Paul s'applique dans toute son argumentation à réfuter les
objections que les Juifs pouvaient faire à son Evangile, à exposer l'idée évangélique du salut
et de la justice de l'homme devant Dieu, en opposition à l'idée que «'en faisaient les Pharisiens
légalistes. L'exemple d'Abraham, qu'il développe longuement (chapitre 4) devait surtout faire
impression sur des descendants du patriarche. C'est pour ménager la susceptibilité de lecteurs
israélites qu'il relève la prérogative du Juif et l'utilité de la circoncision (3.1-4). Les chapitres
9 à 11, qui se trouvent au centre de l'épître, traitent le problème, - si troublant pour tout coeur
de Juif converti au christianisme, - de l'incrédulité d'Israël et de son refus de recevoir le salut
en Jésus-Christ. Enfin l'apôtre n'expose pas seulement les sujets propres à intéresser les Juifs
avant tout ; certaines expressions qu'il emploie montrent qu'il a en vue des lecteurs juifs.
Après avoir décrit (1.18-32) la corruption des païens, il apostrophe le lecteur juif (2.1) : Toi
donc, ô homme, qui juges les autres, tu es inexcusable. Dans 4.1, il appelle
Abraham notre père. Dans 7.1-6, il parle à ses lecteurs comme à des gens qui connaissent la
Loi et qui ont été placés sous le joug de la Loi de Moïse avant leur conversion : Vous êtes
morts à la Loi par le sacrifice du corps de Christ... Maintenant, étant morts à la Loi qui nous
tenait captifs, nous en avons été affranchis pour servir Dieu sous le régime nouveau de l'Esprit
et non sous le régime vieilli de la lettre. - Se fondant sur ces faits, des savants de toutes les
écoles (Baur, Reuss, Th. Zahn) ont affirmé que l'Eglise de Rome était composée de chrétiens
d'origine juive, qui y formaient du moins la grande majorité. Mais cette opinion a contre elle
des déclarations précises de notre épître, dont il n'est pas possible d'atténuer le sens. Nous
lisons dès les premiers mots (1.5,6) : Nous avons reçu la grâce et l'apostolat afin d'amener à
l'obéissance de la foi tous les Gentils parmi lesquels vous êtes aussi... Dans les chapitres
consacrés à la position que Gentils et Juifs prennent à l'égard du salut : Je vous le dis à vous,
Gentils... Si toi, qui étais un olivier sauvage, tu as été greffé à la place des branches
retranchées... Si, en ce qui concerne l'Evangile, ils (les Juifs) sont ennemis à cause de vous...,
de même que vous avez été autrefois rebelles, de même ils ont été maintenant
rebelles... (11.13, 17, 28, 31). En terminant son épître, Paul dit aux Romains : Je vous ai écrit,
en vertu de la grâce qui m'a été donnée de Dieu d'être ministre de Jésus-Christ parmi les
gentils. Le sens de ces déclarations est si clair qu'il nous oblige à conclure, avec la plupart des
interprètes et des historiens actuels, que les chrétiens d'origine païenne formaient la majorité
dans l'Eglise de Rome. En effet, les arguments allégués en faveur de l'origine juive de la
plupart de ses membres ne sont pas décisifs. Ainsi ceux que l'on tire du sujet principal traité
dans l'épître : l'homme est sauvé par la foi et non par les oeuvres ; cette démonstration pouvait
être nécessaire pour des gentils aussi bien que pour des Juifs, car l'homme est pharisien par
nature. Et de plus il était utile de prouver aux gentils que le chrétien n'était plus tenu de
pratiquer la Loi de Moïse, car la plupart d'entre eux avaient subi l'influence du judaïsme avant
de devenir chrétiens, ils étaient pleins d'admiration pour la Loi, expression de la volonté
divine, et considéraient tout l'Ancien Testament comme Ecriture sainte ; de là pouvait naître
dans leur esprit quelque confusion sur les conditions du salut. Quant à leurs expériences
morales, les Gentils pouvaient connaître aussi, en une certaine mesure, la lutte de l'homme
sous la Loi, décrite au chapitre 7 ; ils avaient été eux aussi sous la Loi en cherchant à réaliser
par leurs propres forces l'idéal moral que leur conscience plaçait devant eux. Le problème de
l'endurcissement d'Israël et de son rejet intéressait aussi les chrétiens sortis du paganisme, car,
l'Evangile se présentant à eux comme l'accomplissement des prophéties, ils devaient se
demander pourquoi les promesses de Dieu à son peuple n'avaient pas eu leur effet ; et cette
question était de nature à troubler leur foi.
Convertis du paganisme, les membres de l'Eglise de Rome avaient été instruits par des
disciples plus ou moins directs de Paul, ou du moins la doctrine qu'ils avaient reçue était du
type paulinien. Paul loue sans réserve leur foi (1.8) ; il ne se propose pas de les éclairer, de
leur enseigner des vérités nouvelles, mais seulement de les affermir (1.11) ; il leur rend le
témoignage qu'ils sont remplis de toute connaissance ; et s'il leur écrit, c'est seulement
pour raviver leurs souvenirs (15.14, 15) ; il rend grâces à Dieu de ce qu'ils ont obéi de coeur
au type de doctrine auquel ils ont été livrés (6.17) ; ce type de doctrine, tout le contexte le
prouve, c'est l'enseignement de l'apôtre sur le salut par la foi en Jésus-Christ. Les Romains
connaissaient et professaient la foi en la grâce de Dieu par Jésus-Christ avant que,Paul prît la
plume pour leur écrire.
Si, dans leur majorité, les membres de l'Eglise de Rome étaient d'origine païenne et avaient
été gagnés à l'Evangile prêché par l'apôtre des Gentils, il y avait dans cette Eglise une
minorité d'origine juive. L'apostrophe au Juif (2.1) s'explique le plus naturellement dans cette
supposition, ainsi que les termes dont Paul se sert au commencement du chapitre 7. Enfin
les faibles, dont il est question dans les chapitres 14 et 15, devaient être des judaïsants,
puisqu'ils faisaient une différence entre les jours (14.5, comparez Galates 4.9, 10).

III- But de l'épître.


Le but de l'épître aux Romains n'est pas, comme celui de l'épître aux Galates, de combattre
des judaïsants. Il y a de frappantes ressemblances entre les deux épîtres, mais leur intention
n'est pas la même. Dans les Galates, Paul combat des faux docteurs judéo-chrétiens, qui
prétendaient que, pour être juste devant Dieu et sauvé, tout homme devait ajouter à la foi en
Jésus-Christ l'observation des préceptes de la Loi, la circoncision en particulier. Dans l'épître
aux Romains, il dirige sa polémique contre la conception judaïque du salut par les oeuvres, à
laquelle il oppose l'idée chrétienne du salut par la foi seule. Quant aux judaïsants du chapitre
14, Paul semble les prendre sous sa protection et les défendre contre les jugements
intransigeants de la majorité ; c'est qu'ils obéissaient seulement à des scrupules de conscience
et ne faisaient pas de leurs abstinences et de leurs observances une condition du salut. Le seul
passage où l'apôtre vise les faux docteurs judéo-chrétiens, ses adversaires chez les Galates et à
Corinthe, c'est 16.17, 18. Mais dans ces paroles sévères, il semble mettre les Romains en
garde contre l'invasion prochaine des judaïsants, plutôt que combattre des ennemis déjà à
l'œuvre chez eux.
On a prétendu que l'apôtre, en écrivant cette épître, toute consacrée à l'exposé de la doctrine et
de la morale chrétiennes, et qui se distingue de ses autres épîtres par son ordonnance
systématique, avait voulu faire parvenir à l'Eglise de Rome une sorte de catéchisme, un
résumé de l'enseignement qu'il donnait oralement aux Eglises qu'il fondait, et auquel il s'en
référait dans les lettres qu'il leur écrivait plus tard (2Thessaloniciens 2.5, 6 ; 1Corinthiens
11.21, 23 ; 15.1) ; il aurait voulu suppléer ainsi à ce qui avait manqué à l'Eglise de Rome, dont
aucun apôtre n'avait été le fondateur et qui n'avait encore joui de la prédication d'aucun des
hommes marquants de l'âge apostolique. Mais l'épître aux Romains n'a pas du tout les
caractères d'un sommaire de la doctrine évangélique, d'un résumé de l'enseignement de Paul.
Elle ne parle pas des choses finales, qui tenaient une place considérable dans les instructions
orales de l'apôtre, d'après 1Thessaloniciens 4 à 5 ; 2Thessaloniciens 2 ; 1Corinthiens 15. Elle
ne dit rien de la personne de Jésus-Christ, sujet qui est traité avec développement dans les
épîtres aux Colossiens, aux Ephésiens, aux Philippiens. Pourquoi du reste l'apôtre aurait-il
jugé nécessaire d'envoyer à Rome ce résumé de son enseignement, quand il se proposait de
visiter prochainement cette Eglise, et devait avoir ainsi l'occasion de l'instruire oralement ?
Dans cette explication que l'on propose du but de l'épître, il y a cependant deux idées à retenir,
qui nous mettent sur la voie de la vraie réponse. Si l'épître aux Romains ne nous présente pas
un résumé de tout l'enseignement de Paul, elle renferme ce qui était le coeur de sa doctrine : le
salut par la grâce de Dieu, les rapports de l'Evangile avec la Loi. Ce problème plus que tout
autre avait préoccupé l'apôtre pendant les années qu'il venait de traverser, dans la période de
son ministère qu'il achevait au moment où il écrit aux Romains ; il s'était posé à lui dès sa
conversion, mais les discussions auxquelles il donnait lieu avaient pris une acuité
extraordinaire dans les luttes contre les judaïsants en Galatie et à Corinthe. Il venait de
triompher dans ces luttes, et il développe le résultat du travail de sa pensée avec sérénité, dans
un exposé objectif, calme et magistral. S'il adresse cet exposé à l'Eglise de Rome, c'est moins
dans l'intention de combler les lacunes de l'instruction qu'elle avait reçue jusque-là, que dans
le désir de préparer la visite qu'il allait lui faire et l'oeuvre qu'il espérait accomplir dans son
sein(1.10-15 ; 15.23-29).
Il fallait pour cela, avant tout, chercher à gagner la confiance de tous les membres de l'Eglise.
Plusieurs avaient des préventions à son égard. Les chrétiens de Judée le considéraient alors
comme un apostat, un contempteur de la Loi de Moïse, un ennemi d'Israël (Actes 21.21). On
pouvait lui avoir fait une réputation analogue parmi les Juifs de Rome, et cette réputation
n'était pas pour lui gagner les coeurs des chrétiens de la capitale, même de ceux qui étaient
d'origine païenne. Le bruit des attaques dont son enseignement, son ministère, sa personne
avaient été l'objet en Asie Mineure et en Grèce, était sans doute parvenu à Rome, où affluaient
les ressortissants de toutes les provinces de l'empire. Il en était résulté dans l'Eglise de Rome
une certaine défiance à l'endroit de ses idées et de sa personne. Les amis qu'il comptait à
Rome, Aquilas et Priscille à leur tête (chapitre 16), l'avaient probablement informé de ces
dispositions des Romains. Il s'efforce de les modifier ; et il recourt au meilleur moyen pour
dissiper ces préjugés défavorables : un exposé objectif, calme, lumineux de cet Evangile de la
grâce, qu'il prêche, de cet Evangile dont il n'a pas honte, car il est une puissance de Dieu en
salut à tout croyant. Si impersonnel que soit cet exposé, il trahit l'intention de Paul de se
défendre, par la vivacité avec laquelle il repousse tel reproche sous-entendu (3.8, 31 ; 6.1, 15).
De même, dans l'expression ardente de son amour pour son peuple, il y a une protestation
contre l'accusation calomnieuse d'être infidèle à Israël (Actes 21.28).
Et tout en faisant indirectement son apologie, l'apôtre, par l'enseignement qu'il leur donnait
sur le salut par la foi, prémunissait les Romains contre la tendance à considérer l'Evangile
comme une nouvelle Loi. Cette tendance devait, malgré l'épître aux Romains, se développer à
Rome. Elle domine dans les deux plus anciens écrits de l'âge suivant, la première épître de
Clément et le Pasteur d'Hermas, tous deux composés à Rome. Elle se répandit dans toute la
chrétienté dès le début du second siècle, et présida à la formation de l'ancienne Eglise
catholique. L'épître de Paul aux Romains était une protestation anticipée et prophétique contre
les déformations que Rome devait faire subir à la doctrine évangélique du salut. L'étude de
cette épître détermina Luther à rompre avec Rome et à commencer la Réformation, qui
arracha la moitié du monde chrétien à la domination du pape. Lorsqu'à la fin du dix-huitième
siècle et au commencement du dix-neuvième, nos Eglises protestantes traversèrent une longue
période de mort spirituelle, fruit du rationalisme, qui avait réduit le christianisme à la foi en
Dieu et à la pratique des commandements de la loi morale, ce fut encore l'influence de l'épître
aux Romains qui la tira de son profond sommeil. Haldane, en l'expliquant aux étudiants en
théologie de Genève, jeta parmi eux l'étincelle qui alluma le Réveil. Dans le dernier quart du
dix-neuvième siècle enfin, le mouvement qui fut en bénédiction à beaucoup d'âmes dans les
Eglises réformées d'Angleterre, de France et de Suisse, est né d'une étude plus approfondie de
certaines parties de l'épître aux Romains (chapitre 6), d'une plus complète intelligence de
l'enseignement de l'apôtre sur les rapports de la sanctification avec la justification, l'une et
l'autre étant considérées comme les fruits de la foi en Jésus,mort et ressuscité pour nous
délivrer entièrement du péché et de toutes ses conséquences.
On ne saurait se faire une trop haute idée d'une épître qui a exercé une action si immense et si
bénie. Un écrit, a dit Olshausen, qui a été pour l'Eglise, au cours des siècles, le principe
régulateur de ses réformes dans les moments les plus décisifs de son développement, qui a
marqué de son empreinte la vie individuelle d'innombrables croyants et qui continuera à
exercer cette action jusqu'à la fin des temps, doit être émané de l'expérience la plus intime de
son auteur. Ce n'est qu'en parlant d'une expérience dont il vivait que l'apôtre a pu traiter son
difficile sujet de telle sorte que ses paroles s'imposent encore après deux mille ans à des
millions d'hommes et à de grandes communautés ecclésiastiques comme l'expression de la
vérité la plus profonde.
On comprend, ajoute le même théologien, après avoir décrit l'expérience spirituelle dont cet
écrit est le produit, que l'on désigne communément l'épître aux Romains comme un livre
difficile. On peut même dire que c'est un livre absolument inintelligible pour qui n'a pas fait
dans sa propre vie une expérience analogue à celle de Paul... Mais quand une telle expérience
a été faite, quand elle a ouvert à un homme les yeux de l'esprit, le contenu essentiel de l'épître
devient clair, même à l'intelligence la plus simple, comme Luther l'a bien démontré, en des
termes si populaires, dans sa célèbre préface à l'épître aux Romains.

IV
Authenticité, Intégrité.
L'épître aux Romains a sa place si nettement marquée dans la vie de l'apôtre Paul, elle porte
tellement l'empreinte de sa personnalité, que son authenticité a toujours été reconnue. A la fin
du siècle dernier seulement, quelques critiques, hollandais pour la plupart, ont eu l'idée de
reléguer au second siècle l'ensemble des épîtres pauliniennes. Nous renvoyons aux ouvrages
spéciaux pour la réfutation de ce système critique qui n'a trouvé que peu d'adhérents, même
parmi les savants les plus avancés.
L'intégrité de l'épître a été mise en doute pour des raisons qui sont de quelque poids. Les unes
sont tirées de l'histoire du texte. Marcion déjà (vers 140), au rapport
d'Origène, retranchait (ou mutilait) les chapitres 15 et 16. Quelques manuscrits portent la
doxologie (16.25-27) à la fin du chapitre 14 ; d'autres l'ont à la fois à la fin du chapitre 14 et à
la fin du chapitre 15. Ces arguments cependant ne suffisent pas pour prouver que les derniers
chapitres n'appartenaient pas primitivement à l'épître. Marcion, inspiré par des préjugés anti-
judaïques, retranchait du Nouveau-Testament tous les passages qui ne lui convenaient pas. La
place différente que la doxologie (16.25-27) a dans quelques manuscrits s'explique par le fait
que ces manuscrits servaient à la lecture publique dans les cultes, et que le chapitre 15, avec
ses renseignements sur les projets de l'apôtre, le chapitre 16, avec ses nombreuses salutations,
ne se prêtaient guère à un tel usage ; on reporta donc la belle doxologie du chapitre 16 à la fin
du chapitre 14, pour ne pas la laisser inutilisée.
On s'était fondé sur certaines pensées exprimées dans les chapitres 14 et 15 pour contester
qu'ils fussent de Paul ; mais aujourd'hui les critiques sont d'accord pour les lui attribuer. Le
seul point qui reste litigieux est de savoir si le chapitre 16 appartenait primitivement à l'épître
aux Romains, ou s'il aurait fait partie d'abord d'une lettre adressée à Ephèse, en supposant que
c'est dans cette ville, et non à Rome, que se trouvaient les nombreuses personnes que Paul
salue. Beaucoup de savants soutiennent cette dernière opinion. Voici les raisons sur lesquelles
ils se fondent. Il est peu vraisemblable que Paul eût un si grand nombre d'amis et de
connaissances à Rome, où il n'avait jamais été. Plusieurs de ceux qu'il nomme semblent
appartenir à l'Eglise d'Ephèse. Ainsi Epaïnète, qui a été pour Christ les prémices de
l'Asie (16.5), c'est-à-dire le premier converti de la province dont Ephèse était la capitale. Et
surtout Aquilas et Priscille (16.3) ; Paul fait saluer l'Eglise qui se réunit dans leur
maison (16.5). Or nous savons, par 1Corinthiens 16.19, qu'à Ephèse ils avaient une Eglise
dans leur maison. Ils se trouvaient encore dans cette ville à la Pâque de 57. Est-il
vraisemblable que dès les premiers mois de 58, ils soient établis à Rome et aient eu le temps
d'y réunir une Eglise dans leur maison ? Paul pouvait-il être déjà informé du fait ? N'est-il pas
plus naturel de supposer qu'ils n'avaient pas quitté Ephèse, où nous les retrouvons d'ailleurs
quelques années plus tard, quand Paul écrit 2Timothée (4.19) ? - L'avertissement de 16.17-20,
contre ceux qui causent des divisions, paraît aussi plus naturel adressé aux chrétiens d'Ephèse.
Tout le contenu de l'épître aux Romains montre que les judaïsants n'étaient pas encore arrivés
à Rome, tandis qu'ils étaient sur le point d'attaquer Ephèse (Actes 20.29). Le ton abrupt et
sévère de ce garde-à-vous s'explique aussi mieux si Paul s'adresse aux Ephésiens, qui le
connaissent comme leur apôtre ; avec les Romains, Paul a pris dans toute sa lettre des
précautions et leur a parlé sur un ton modéré et humble (15.15). - De ces indices beaucoup de
critiques concluent que, 16.1-20, est la conclusion d'une lettre que Paul aurait adressée à
Ephèse, ou peut-être d'une copie de sa lettre aux Romains, qu'il avait jugé utile de faire tenir à
l'Eglise d'Ephèse. - Les salutations de 16.21-23 auraient seules fait partie primitivement de
l'épître aux Romains.
On oppose à ces considérations les arguments suivants, sur lesquels se fondent ceux qui
pensent que tout le chapitre 16 appartient à l'épître aux Romains :

 a) Aquilas et Priscille voyageaient beaucoup et se déplaçaient aisément, comme, en


général, les Juifs dispersés dans l'empire (Jacques 4.13) Il est naturel qu'ils soient
retournés à Rome, d'où ils étaient venus à Corinthe (Actes 18 .1). Paul les engagea
peut-être à s'y rendre pour lui préparer les voies. Epaïnète, qui avait été converti par
eux à Ephèse et leur était profondément attaché, les suivit dans la capitale de l'empire.
Si Paul avait adressé ces lignes à Ephèse, il n'aurait pas eu besoin de présenter Aquilas
et Priscille comme ses compagnons d'oeuvre, ni de rappeler qu'ils avaient exposé leur
tête pour lui sauver la vie.

 b) Les nombreux amis que Paul salue à Rome étaient des Syriens qui avaient contribué
à la reconstitution de l'Eglise : c'est à ce titre que Paul les salue nommément, en leur
donnant des qualifications honorifiques. Plusieurs noms indiqués nous transportent
indubitablement à Rome. Rufus (verset 13) est probablement le fils de Simon de
Cyrène ; sa mention dans Marc 15.21, prouve qu'il devait être connu à Rome, car c'est
là que l'évangile de Marc fut écrit. Les maisons d'Aristobule et de Narcisse (versets 10
et 11) étaient à Rome. Plusieurs des noms cités se retrouvent dans les inscriptions
comme ceux d'esclaves de la maison de César (Comparez Philippiens 4.22).
 c) La sévérité de l'avertissement des versets 17 à 20 s'explique, parce que les Romains
n'avaient pas encore appris à connaître les adversaires de Paul. Ceux-ci peuvent être
encore à venir.
 d) La salutation de la part de toutes les Eglises du Christ ne peut être adressée qu'à
l'Eglise de Rome, qui occupait une position à part. Si Paul avait écrit de Corinthe aux
Ephésiens, il aurait dit : Toutes les Eglises d'Achaïe vous saluent.
 e) Ni les manuscrits ni les autres témoins du texte n'offrent de traces d'une
intercalation de ce fragment (16.1-20) dans le texte primitif de l'épître.

Nous concluons que ces versets en ont fait partie dès l'origine.

V
Analyse.
L'épître aux Romains se divise en deux parties d'inégale étendue : un traité doctrinal sur le
salut par la foi (chapitres 1 à 11), un traité pratique sur la conduite de ceux qui sont sauvés
(chapitre 12 à 15.13). L'épître débute par une adresse fort développée, qui comprend déjà un
court aperçu de l'Evangile dont Paul est l'apôtre, par des actions de grâces au sujet de la foi
des Romains (de telles actions de grâces ouvrent toutes les épîtres de Paul, sauf l'épître aux
Galates, 1 Timothée et Tite) ; Paul exprime ensuite son ardent désir de voir ses frères de
Rome (1 .1-15). Enfin, il énonce le sujet qu'il va exposer : l'Evangile, qui est une puissance de
Dieu pour le salut de tout croyant, Juif et Grec, parce que, dans cet Evangile, est révélée la
justice de Dieu par la foi et pour la foi (1.16-17). Le traité doctrinal (chapitres 1 à 11)
comprend deux sections. La première (chapitres 1 à 8) expose ce qui est la substance même de
l'Evangile, l'oeuvre de la rédemption, telle qu'elle s'accomplit pour et dans ceux qui croient en
Jésus-Christ. L'apôtre commence par montrer que tous les hommes encourent la colère de
Dieu : les gentils, parce qu'ils ne servent pas Dieu, qui se révèle à eux dans ses oeuvres, et ont
été livrés par lui à leurs convoitises impures ; les Juifs, parce que, connaissant la loi de Dieu,
ils ne la pratiquent pas ; aucun homme donc n'est justifié devant Dieu (1.18 à 3.20).
L'humanité se trouvant dans cet état d'universelle condamnation, qui est le résultat du régime
légal, la justice de Dieu a été manifestée indépendamment de la loi, mais en recevant le
témoignage de la loi et des prophètes : c'est la justice de Dieu par la foi en Jésus-Christ. Tous
les croyants, sans distinction, sont gratuitement justifiés, au moyen de la rédemption
accomplie en Jésus-Christ, que Dieu a établi comme moyen de propitiation par sa mort
sanglante, pour démontrer qu'il est juste tout en laissant le péché impuni. La justice qui
s'obtient par la foi ôte à l'homme tout sujet de se glorifier ; elle est seule conforme au fait qu'il
n'y a qu'un seul Dieu ; elle atteint ainsi le but que la loi se proposait en vain ; loin d'anéantir la
loi, elle l'établit (3.21-31). Ce mode de justification est déjà celui que Dieu a appliqué à
Abraham, qui était un type du croyant justifié par la foi seule (4.1-25). L'apôtre, pour
couronner son exposé, montre que, justifiés par la foi, nous sommes aussi assurés du salut
final (5.1-11) ; puis, remontant à l'origine du double fait qu'il vient d'envisager, la perdition et
le salut, il établit la certitude de ce dernier par un raisonnement a fortiori : si le péché et la
mort ont régné sur tous les hommes ensuite du péché d'Adam, à plus forte raison la grâce de
Dieu en Jésus-Christ abondera-t-elle pour tous (5.12-21). - Jusqu'ici l'apôtre a traité d'une
manière générale de l'oeuvre du salut que Dieu a accomplie en Jésus-Christ pour faire paraître
juste devant lui le pécheur qui a la foi. Il montre maintenant comment ce salut opère dans le
croyant pour le sanctifier et le délivrer de la puissance du péché et de la mort. La foi unit
étroitement le pécheur à son Sauveur, l'associe à lui dans sa mort et sa résurrection ; il meurt
avec Christ au péché, et ressuscite avec lui pour vivre d'une vie nouvelle (6.1-11) ; il passe
ainsi du service du péché à celui de la justice (6.12-23). La mort du Christ n'affranchit pas
seulement le croyant du péché, elle le libère de la loi ; ou plutôt, c'est en le libérant de la loi
qu'elle brise l'empire que le péché avait sur lui, cet affranchissement de la loi étant la
condition de la victoire sur le péché : Paul le prouve par une description saisissante de la lutte
que l'homme sous la loi soutient contre la chair, dont les convoitises sont excitées par le
commandement (chapitre 7). Le dernier chapitre de cette section est consacré à montrer
comment la vie nouvelle en Jésus-Christ, affranchie de la chair parce qu'elle obéit à la loi de
l'Esprit, est le gage de notre adoption par Dieu et de notre glorification future, de notre
victoire définitive sur toute la puissance du péché et de la mort (chapitre 8).
Dans la seconde section de son traité doctrinal, Paul aborde le douloureux problème que
posait à son coeur d'Israélite l'incrédulité de son peuple, qui s'obstinait à repousser le salut
offert au monde en Jésus-Christ. Dieu serait-il infidèle à ses promesses ? ou Jésus ne serait-il
pas le Messie annoncé ? Serait-il donc téméraire de fonder sur lui et sur son oeuvre
l'assurance de notre salut, que l'apôtre venait de célébrer en termes magnifiques (8.31-39) ? A
cette question troublante, Paul répond :

1. Dieu est souverainement libre dans la dispensation de sa grâce ; il n'est pas lié par
l'alliance conclue avec Israël (9.1-29).
2. C'est l'incrédulité d'Israël qui est cause de sa rejection (9.30 à 10.21).
3. Le reste d'Israël se convertira quand les gentils, dont l'admission a été la conséquence
de la chute d'Israël, seront tous entrés dans le royaume de Dieu (chapitre 11).

La seconde partie de l'épître, le traité pratique, contient, dans un groupement remarquable, des
exhortations et des préceptes adressés à ceux qui sont sauvés par la grâce de Dieu. - Une
première exhortation pose le principe, la règle dominante de la vie chrétienne : l'offrande de
notre corps à Dieu, qui produit le renouvellement intérieur (12.1, 2). Suivent des préceptes
relatifs à la conduite du chrétien dans l'Eglise (12. 3-8), dans ses rapports individuels avec ses
frères en la foi et avec ses ennemis (12.9-21), dans ses relations avec les autorités (13.1-7).
L'amour du prochain est le sommaire de tous ces préceptes (13.8-10) L'apôtre termine par une
exhortation à la vigilance et à la sanctification, fondée sur l'approche de la délivrance finale
(13.11-14). Dans la seconde partie de ce traité pratique, il aborde une question spéciale posée
par les circonstances locales de l'Eglise de Rome, à savoir le maintien de l'union entre
les faibles en la foi et les forts ; il exhorte les uns et les autres à se respecter mutuellement ; il
recommande spécialement aux forts d'avoir des égards pour leurs frères, de ne pas les
scandaliser, mais de rechercher la paix et l'édification, selon l'exemple de Christ
(14.1 à 15.13).
Paul conclut sa lettre par des explications personnelles sur sa vocation d'apôtre des gentils, qui
l'autorisait à écrire aux Romains, et sur ses projets de voyages (15.14-32) ; par de nombreuses
salutations et par un dernier avertissement contre les faux docteurs. Il termine en rendant
gloire à Dieu (chapitre 16).
Nous résumons cette analyse dans le tableau suivant :
Préambule. Salutations et sujet de l'épître (1.1-17).
Première partie. Traité doctrinal. Le salut par la foi en Jésus-Christ. (1.18 à 11.36)
Première section. Le salut assuré en Christ à tout croyant. (1.18 à 8.39).
I. La justification par la foi en Christ, sans la loi. (1.18 à 5.21)

1. La condamnation et la perdition de tous les hommes, gentils et Juifs (1.18 à 3.20).


2. La justification par la foi en Jésus-Christ, son fondement historique et son accord avec
la révélation de l'Ancien Testament, son pouvoir d'assurer le salut final (3.21 à 5.11).
3. Adam et Christ (5.12-21).

II. Le croyant est affranchi en Christ du péché et de la loi ; il vit de la vie de l'Esprit, gage de
sa glorification future (chapitres 6 à 8).

1. L'affranchissement du péché ou la sanctification par la foi en Christ mort et ressuscité


(chapitre 6).
2. L'affranchissement de la loi, condition de la victoire sur le péché (chapitre 7).
3. La vie nouvelle en Jésus-Christ, affranchie de la chair sous le régime de l'Esprit, est le
signe de notre adoption et le gage de notre glorification future, de notre victoire
définitive (chapitre 8).

Deuxième section. L'incrédulité du peuple juif en présence du salut par la foi (chapitres 9 à
11).

1. La souveraineté absolue de Dieu (9.1-29).


2. La masse des Israélites a été rejetée par sa faute (9.30 à 10.21).
3. Le rejet partiel et temporaire d'Israël est l'occasion de la conversion des gentils
(chapitre 11).

Deuxième partie. Traité pratique. Exhortations à ceux qui sont sauvés par la grâce de Dieu
(chapitre 12 à 15.13).

1. Règles de conduite générales (chapitres 12 et 13).


2. Les rapports entre les forts et les faibles en la foi (14.1 à 15.13).

Conclusion de l'épître (15.14 à 16.27).

1. Explications personnelles (15.14-33).


2. Recommandation. Salutations. Avertissement. Voeux. (chapitre 16)