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comme nous dans leurs convictions, mais nous avons


perdu notre capacité à être persuasifs et accueillants
Avec Trump, le parti républicain a
envers ceux qui ne partagent pas nos opinions. »
succombé au culte de la personnalité
PAR ALEXIS BUISSON
ARTICLE PUBLIÉ LE MERCREDI 26 AOÛT 2020

Quatre ans après son élection, Donald Trump a fait


main basse sur le parti républicain, qui tient sa
convention nationale jusqu’à jeudi. Les voix modérées
sont parties ou se sont largement tues.
À Charlotte, en Caroline du Nord, l'éléphant est dans la pièce
pour la convention républicaine. © Travis Dove/Pool/AFP

Puis, Donald Trump est arrivé. Oubliées, ces


promesses de réforme. En 2016, le candidat Trump
mise sur la colère d’une petite partie de l’électorat,
blanche et masculine, pour se hisser au pouvoir.
À Charlotte, en Caroline du Nord, l’éléphant est dans la pièce Quatre ans plus tard, il a convaincu son parti
pour la convention républicaine. © Travis Dove/Pool/AFP que les démocrates, décrits pêle-mêle comme des
New York (États-Unis).– Novembre 2012. Le parti « anarchistes » et des « socialistes », étaient une
républicain est en pleine déroute. Mitt Romney, menace existentielle pour le pays, que Vladimir
candidat face à Barack Obama, vient de se faire Poutine pouvait être un ami et que le libre-échangisme
battre par le président sortant. Les cadres républicains était dangereux.
appellent à faire « un rapport d’autopsie » pour Le milliardaire est toujours aussi impopulaire
comprendre pourquoi ils ne sont pas parvenus à dans l’opinion publique américaine, mais il atteint
obtenir la majorité du vote populaire lors de cinq des des records de soutien chez les sympathisants
six derniers scrutins. républicains. À quelques exceptions près, comme le
Ce rapport sort en mars 2013, sous la forme d’un sénateur de l’Utah Mitt Romney, les élus au Sénat
document d’une centaine de pages nourri par plus de et à la Chambre des représentants se sont largement
2 600 entretiens avec des membres du parti et les couchés face à ce leader très populaire.
résultats de groupes de discussion. Sa conclusion : Même dans les nombreux moments les plus
s’il veut renouer avec le succès, le parti de Lincoln et inconfortables (ingérence russe, procès en destitution,
de Reagan doit s’élargir au-delà de sa base historique confirmation du juge conservateur Brett Kavanaugh,
masculine, blanche et riche, en accueillant en son sein tweets racistes et xénophobes…), ils sont là, terrifiés
les femmes, les minorités raciales, les jeunes et la à l’idée d’être foudroyés par un tweet présidentiel qui
communauté LGBT. coulerait leurs chances de réélection.
« Le parti républicain doit cesser de se parler à lui- Pour leur part, les figures les plus modérées ont pris
même, notent ses auteurs. Nous sommes passés experts leurs distances face à ce parti qu’ils accusent d’avoir
dans l’art de renforcer les personnes qui pensent basculé dans l’extrémisme et le nationalisme. En 2019,
le député du Michigan Justin Amash a claqué la porte
du « Grand Old Party » (GOP)en lui reprochant d’être
« en état de mort cérébrale »dans une tribune publiée
dans le Washington Post. Certains, comme l’ancien
gouverneur de l’Ohio, John Kasich, qui s’est exprimé

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à la convention du parti démocrate à la mi-août, confirmation à la Cour suprême de Brett Kavanaugh,


sont allés jusqu’à soutenir ouvertement Joe Biden, un juge conservateur soupçonné d’agression sexuelle
que Trump et ses lieutenants dépeignent comme un quand il était étudiant.
dangereux radical. « En trois ans, Trump a ruiné le pays. Nous sommes
Le très fort niveau de soutien pour Donald Trump aujourd’hui à un niveau de faiblesse impossible à
chez les républicains n’étonne guère Steve Schmidt, imaginer au dernier jour de la présidence Obama,
l’un des cofondateurs du Lincoln Project, un comité explique Steve Schmidt, que Donald Trump a tenté
d’action politique (PAC) composé de républicains de recruter pendant les primaires de 2016 pour être le
modérés dont l’objectif est de faire battre Trump le manager de sa campagne. Je suis surpris d’avoir vu
3 novembre. émerger un culte de la personnalité aux États-Unis.
« Le parti républicain s’est réduit depuis l’élection C’est unique dans l’histoire américaine. Les États-
de Donald Trump. De moins en moins d’Américains Unis sont fondés sur la primauté de l’individu. J’ai été
s’identifient comme républicains. Ceux qui restent choqué de voir l'abdication morale des élus du parti. »
sont plus intenses, engagés et extrêmes », explique-t-il. Même si Donald Trump est battu en novembre, le parti
Ce vieux routard de la politique, élevé dans l’ère républicain ne redeviendra pas automatiquement plus
de Ronald Reagan, a été le stratège de plusieurs modéré. Trump ou non, les facteurs qui ont encouragé
campagnes républicaines, dont celle de John McCain la droitisation du parti seront encore en place. À
en 2008 face à Barack Obama. Après la décision de commencer par les médias d’opinion type Fox News
l’administration Trump de séparer de leurs parents les et sa petite sœur trumpiste One America News (OAN),
enfants d’immigrés sans papiers arrivant à la frontière décrite comme un organe de propagande au service de
mexicaine, il a décidé de quitter le parti. En 2019, il la Maison Blanche.
a fondé le Lincoln Project avec d’autres personnalités En créant des silos d’opinion, cet écosystème
républicaines qui ne se reconnaissaient plus dans le médiatique joue un rôle important dans polarisation
GOP. Parmi eux, l’avocat George Conway III qui n’est politique actuelle. « La crise des médias traditionnels
autre que le mari de l’ex-conseillère de Donald Trump, a ouvert la porte à des modèles de médias partisans.
Kellyanne Conway. Ils sont autant d’opportunités d’investissement pour
Le groupe, qui est devenu célèbre pour ses vidéos quiconque veut influencer l’opinion. Je ne sais
virales contre le président, est plus qu’un refuge pour comment cette tendance peut être enrayée », explique
les exilés du parti : il veut être l’une des clés de la Phil Napoli, professeur de politique publique à Duke
défaite de Donald Trump et de ses alliés. University et spécialiste des médias.
Lors du premier semestre 2020, il a levé près de Steve Schmidt, lui, prédit que le parti « deviendra
20 millions de dollars, en partie pour faire battre encore plus fou » en cas de défaite de Donald Trump.
les sénateurs qui ont soutenu le président américain « On va voir une horde de candidats trumpistes en
pendant son premier mandat, notamment lors de son 2024, dont peut-être l’un de ses enfants. Dans une
procès en destitution. Un tiers du Sénat sera renouvelé démocratie, l’un des camps doit pouvoir accepter la
le 3 novembre, en même temps que la présidentielle. défaite. Or Trump ne le fera jamais. Heureusement, les
Parmi leurs cibles, la fragile sénatrice du Maine Susan 30 % d'électeurs qui votent pour lui quoi qu’il arrive
Collins, présentée par le Lincoln Project comme un sont bien moins nombreux que les 70 % restants.
« larbin » du président pour avoir notamment voté la Mais cela signifie qu’il y a, dans ce pays, un nombre
important de personnes qui se fichent de la démocratie
et qui n’ont aucun problème à vivre dans un culte de
la personnalité. »

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