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EXERCICE N°1

Les lombalgies posent un problème de santé publique important de par leurs conséquences socioéconomiques,
en particulier les formes chroniques. De nombreux facteurs peuvent concourir à leur existence. L’objectif de
l’étude rapportée ici était d’explorer les associations entre des caractéristiques personnelles et professionnelles
et la présence de lombalgies.

La population étudiée était issue de l’enquête décennale santé de 2002. Cette population était constituée de
3958 femmes et 4526 hommes de 30 à 59 ans, actifs occupés au moment de l’enquête. La présence de lombalgie
a été évaluée à partir du questionnaire nordique. Les enquêteurs recueillaient des informations personnelles
(âge, poids, taille, …) ; un auto-questionnaire évaluait les expositions professionnelles.

Q1 – De quel type d’enquête s’agit-il dans cette étude ? (Donner tous les qualificatifs permettant de décrire ce
type d’enquête) Justifiez vos réponses.

Q2 – La prévalence des lombalgies est donnée en fonction de diverses caractéristiques personnelles et


professionnelles dans le tableau 1 (analyses bivariées). Commentez les résultats apportés par ce tableau.

Tableau 1 : Prévalence des lombalgies de plus de 30 jours selon diverses caractéristiques individuelles et
professionnelles.

HOMMES FEMMES
a a
Effectif Lombalgiques p Effectif Lombalgiques p
(%) (%)
Population 4526 619 (13,68) - 3958 680 (17,18) -
-4
Age <0,01 <10
30-39 ans 1634 198 (12,12) 1456 197 (13,53)
40-49 ans 1702 229 (13,45) 1525 290 (19,02)
50-59 ans 1190 192 (16,13) 977 193 (19,75)
-4
Corpulence <0,01 <10
IMC < 24 1619 195 (12,04) 2455 363 (14,79)
24 ≤ IMC ≤ 27 1785 211 (11,82) 821 154 (20,74)
IMC > 27 1320 213 (16, 14) 682 163 (18,76)
Taille 0,71 0,09
Petite ou moyenne 3579 486 (13,58) 3562 600 (16,84)
b
Grande 947 133 (14,04) 396 80 (20,20)
Tabagisme 0,01 0,06
Non-fumeur 1935 231 (11,94) 2335 384 (16,44)
Fumeur 1550 233 (15,03) 1092 186 (17,03)
Ancien fumeur 1041 155 (14,89) 531 110 (14,60)
-4 -4
Latitude décisionnelle <10 <10
Forte 2373 271 (11,42) 1822 266 (14,60)
Faible 2153 348 (16,16) 2136 414 (19,38)
-3
Demande psychologique <0,01 <10
Faible 2141 257 (12,00) 1846 273 (14,80)
Forte 2385 362 (15,18) 2112 407 (19,27)
-4 -4
Postures pénibles <10 <10
Non exposé 2887 280 (9,70) 2695 387 (14,36)
c
Exposé 1639 339 (20,68) 1263 293 (23,20)
-4 -4
Port de charges lourdes <10 <10
Non exposé 2732 254 (9,30) 2993 429 (14,33)
c
Exposé 1794 365 (20,35) 965 251 (26,01)
a b
IMC : indice de masse corporelle, en kilogramme par mètre carré ; : degré de signification (test du Chi2) ; : grande taille : plus de 180 cm
c
pour les hommes, plus de 170 cm pour les femmes ; : exposé à la date de l’enquête ou dans le passé

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Q3 – Qu’apportent les résultats des analyses multivariées, présentés dans le tableau 2, par rapport au précédent
tableau ? Commentez ces résultats de façon précise.

Tableau 2 : Estimations de risques entre lombalgies et facteurs personnels et professionnels (analyses


multivariées)

HOMMES FEMMES
OR IC 95% p OR IC 95% p
Age <0,01 <10-4
30-39 ans 1 1
40-49 ans 1,16 (0,94-1,43) 1,54 (1,26-1,89)
50-59 ans 1,49 (1,19-1,87) 1,59 (1,27-1,99)

Corpulence 0,20 10-4


IMC < 24 1 1
24 ≤ IMC ≤ 27 1,05 (0,85-1,30) 1,25 (1,01-1,54)
IMC > 27 1,22 (0,98-1,51) 1,62 (1,31-2,01)

Taille 0,30 0,03


Petite ou moyenne 1 1
Grande 1,12 (0,91-1,39) 1,36 (1,04-1,77)

Tabagisme 0,28 0,03


Non-fumeur 1 1
Fumeur 1,17 (0,96-1,44) 1,39 (1,09-1,78)
Ancien fumeur 1,12 (0,90-1,41) 1,09 (0,89-1,33)

Latitude décisionnelle <0,01 <0,01


Forte 1 1
Faible 1,32 (1,11-1,57) 1,27 (1,06-1,51)

Demande psychologique 0,02 <0,01


Faible 1 1
Forte 1,22 (1,03-1,46) 1,31 (1,10-1,56)

Postures pénibles <10-4 <0,02


Non exposé 1 1
Exposé 1,65 (1,34-2,03) 1,28 (1,04-1,59)

Port de charges lourdes <10-4 <10-4


Non exposé 1 1
Exposé 1,80 (1,46-2,23) 1,65 (1,32-2,06)

Q4 – Cette enquête vous semble-t-elle présenter des biais de mesure ? Expliciter votre réponse.

Q5 – Au vu des résultats de cette étude, peut-on dire que la relation observée entre la latitude décisionnelle et les
lombalgies de plus de 30 jours est causale (que ce soit chez les hommes ou les femmes) ? Quels arguments
mettriez-vous en avant pour discuter d’une telle relation ?

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EXERCICE N°2

Les problèmes musculo-squelettiques des membres supérieurs sont fréquents et peuvent être source d’incapacité
à long terme. Une étude a été menée afin de vérifier l’efficacité d’une intervention visant à diminuer l’intensité de
ces douleurs et les absences au travail.

Il s’agit d’une étude menée au sein d’une population d’employés âgés de 18 à 60 ans d’une grande
agglomération, entre février 2006 et décembre 2007. Tous les employés vus dans le service de santé au travail et
se plaignant d’un trouble musculo-squelettique du membre supérieur dont l’ancienneté remontait à moins de 30
jours étaient susceptibles de participer à l’étude. Après avoir reçu une information éclairée, un consentement
éclairé était demandé à chaque participant à l’étude. Les salariés étaient alors tirés au sort pour participer à l’un
des 2 groupes suivants :

1) Groupe intervention : après contact téléphonique avec le supérieur hiérarchique, un ergonome était envoyé
sur place pour étudier le poste de travail et faire des propositions d’aménagement du poste sensées limiter
les problèmes aux membres supérieurs (posture, force, rythme, …) ; ces propositions étaient discutées avec
le supérieur hiérarchique et le salarié lui-même ; le supérieur avait la décision finale concernant les
aménagements retenus et leurs modalités de financement et de mise en œuvre.
2) Groupe contrôle : aucune intervention prévue.

Les informations sur la douleur étaient recueillies par questionnaire initialement, puis 12 mois après la
randomisation. Les informations sur les absences au travail survenues dans les 12 mois après inclusion dans le
projet étaient obtenues via les services de ressources humaines des entreprises. En plus de ces informations, des
données personnelles, des données sur les contraintes physiques de travail (port de charges, travail bras au-
dessus du niveau des épaules, …) et sur les contraintes psychosociales de travail (demande psychologique et
latitude décisionnelle, évaluées via le « Job content Questionnaire » de Karasek) étaient également recueillies.

Q1) A quel grand domaine de l’épidémiologie ce type d’étude appartient-il ?

Q2) Le choix d’un groupe contrôle ne bénéficiant d’aucune intervention vous paraît-il judicieux ? Explicitez
votre réponse.

Au total, 177 salariés étaient éligibles dans cette étude, 91 ont été tirés au sort dans le groupe intervention, et 86
dans le groupe contrôle. Ces 2 groupes ont été comparés sur diverses caractéristiques au moment de leur
inclusion dans l’étude : sexe, âge, intensité de la douleur, interférence avec le travail. Aucune différence n’a été
notée entre les 2 groupes.

Q3) Quel est le but des comparaisons réalisées sur des caractéristiques concernant les salariés avant le début
de l’intervention ? Les résultats observés ici sont-ils satisfaisants ? Détaillez votre réponse.

Q4) Il n’a pas été mesuré d’indicateurs d’application de l’intervention dans le cadre de cette étude. Expliquer
en quoi cela aurait pu consister dans ce cadre. Quel intérêt y aurait-il eu à mesurer ce type d’indicateurs ?

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A 12 mois, la cotation moyenne de la douleur aux membres supérieurs était de 1,91 (déviation standard = 1,77)
sur une échelle de 0 à 10 dans le groupe intervention (n=56), et de 2,43 (déviation standard =2,85) dans le
groupe contrôle (n=53) – p=0,24.

Q5) Que concluez-vous de ce résultat sur un plan purement statistique ? Commentez ensuite ce résultat en
vous appuyant sur les effectifs étudiés.

Entre 4 et 12 mois de suivi, 32,1% des employés du groupe contrôle et 20,2% des employés du groupe
intervention ont eu une absence au travail liée à un problème musculo-squelettique (toute localisation) – p=0,07.

Si on ne s’intéresse qu’aux absences au travail liées à un problème musculo-squelettique du membre supérieur


(seule localisation visée par les interventions proposées), toujours entre 4 et 12 mois de suivi, les taux d’absences
étaient de 16,7% et 10,1% respectivement chez des employés du groupe contrôle et du groupe intervention –
p=0,20.

Q6) Que concluez-vous de ces résultats sur le plan statistique ?

Q7) Commentez globalement les résultats de cette étude. Qu’en retenez-vous ? En tant qu’ergonome en
entreprise, conseilleriez-vous ce type d’intervention ?

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EXERCICE N°3

En Nouvelle-Zélande, où l’élevage du bétail représente une partie importante de l’économie, les vétérinaires sont
une population très concernée par des gestes répétitifs et postures contraignantes (par exemple lors du contrôle
de la gestation des troupeaux), susceptibles d’engendrer des troubles musculo-squelettiques (TMS). Une étude a
été menée afin de connaître la prévalence des TMS dans cette population et de mieux comprendre les facteurs
favorisants ces TMS.

L’enquête visait les 2112 vétérinaires inscrits au registre des vétérinaires en activité début 2008. Elle a été réalisée
par questionnaire, et envoyée par e-mail en mai 2008. Trois e-mails de rappels étaient prévus en cas de non-
réponse. Le questionnaire comprenait 74 questions, explorant les données sociodémographiques, le travail
actuel, le nombre d’heures travaillées, le contenu du travail en tant que vétérinaire (bétail, petits animaux,
recherche, …), le stress au travail (questionnaire de Karasek), les douleurs musculo-squelettiques dans les 12
derniers mois (version modifiée du questionnaire Nordique) et leur impact éventuel sur le travail. Au total, 867
vétérinaires ont répondu (soit 41% des personnes sollicitées).

1) Comment s’appelle ce type d’enquête épidémiologique ?

2) La prévalence des TMS dans les 12 derniers mois a été estimée dans cette population à 96% (TMS à un moins
un des sites explorés : membres inférieurs, supérieurs, rachis). 67% des vétérinaires avaient leur activité
professionnelle affectée par des TMS, et 18% ont eu un arrêt de travail dans les 12 derniers mois du fait des
TMS. Pouvez-vous définir la signification de la prévalence, et son mode de calcul ? Dans quelle unité la
prévalence doit-elle être exprimée ?

3) Que pensez-vous du taux de réponse observé dans cette enquête ? Quel type de biais peut-on craindre, et
quelles en sont les conséquences pour les prévalences estimées ?

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4) Les auteurs ont ensuite regardé quels étaient les liens avec certaines caractéristiques du travail. Voici un
extrait des résultats observés. Commentez de façon détaillée les résultats de ce tableau.

Nombre et pourcentage de participants rapportant des TMS et leurs éventuelles conséquences, selon certaines
caractéristiques du travail.
Caractéristiques du travail Sévérité des TMS
TMS Activités Arrêts de travail
professionnelles lié à des TMS
affectées
Position penché en avant
- Jamais 63 (89%) 36 (51%) 8 (11%)
- 50% du temps 631 (96%) 443 (67%) 117 (18%)
- Tout le temps 125 (98%) * 95 (74%)* 30 (23%)
Tâches répétitives
- Jamais 64 (93%) 38 (55%) 9 (13%)
- 50% du temps 518 (95%) 365 (67%) 90 (16%)
- Tout le temps 238 (98%)* 173 (71%)* 56 (23%)
Coopérations dans le travail
- Insatisfaisant 233 (96%) 162 (67%) 54 (22%)
- Neutre 349 (96%) 243 (67%) 57 (16%)
- Satisfaisant 203 (95%) 148 (69%) 38 (18%)
Possibilité de réguler le rythme de
travail
- Insatisfaisant 136 (99%) 104 (75%) 30 (22%)
- Neutre 531 (94%) 372 (66%) 98 (17%)
- Satisfaisant 147 (97%)* 96 (64%) 28 (19%)
* : il existe une différence statistiquement significative entre les groupes étudiés.

NB : les taux de réponses variant selon les questions, les effectifs ne sont pas identiques dans les différentes cellules du
tableau.

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