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Sommaire

général
Livret 1
Séquence 1
Nouvelle à lire entre les lignes 8
Découvrir les personnages - Comprendre les relations entre les
personnages et le point de vue du narrateur - Étudier la chronologie
et le rythme du récit - Découvrir les notions de thème, propos et
emphase - Interpréter la nouvelle - Réviser l’accord du participe passé

Séquence 2
Nouvelles pour faire réfléchir sur la société contemporaine 26
Lire un incipit déroutant - Découvrir un personnage clef - Dénotation
et connotation - Interpréter la chute - Comprendre la nouvelle
L’intruse et le rôle du point de vue - Les reprises anaphoriques - La
visée de la nouvelle L’intruse - Des homophones grammaticaux : du/
dû et cru/crû - Une nouvelle pour réfléchir

Séquence 3
La poésie engagée 62
S’engager pour résister - S’engager pour le souvenir - Connaître
l’épreuve du D.N.B. - S’engager pour l’environnement - Le participe
présent et l’adjectif verbal - Défendre une idée - S’engager pour un
peuple - Les différentes classes grammaticales du mot que

Séquence 4
Découvrir comment l’engagement peut se manifester 88
Montrer son engagement - Chanter pour dénoncer et argumenter
- La lettre ouverte pour dénoncer… - Le participe passé des verbes
pronominaux - Dénoncer le racisme et la discrimination dans les
textes et les images - Le participe passé des verbes impersonnels et le
participe passé suivi d’un infinitif

Séquence 5
Lire un récit d’adolescence : L’Ami retrouvé de Fred Uhlman (1) 116
Lire les premières pages du livre - Lire une scène de rencontre -
Exprimer ses souvenirs d’enfance avec émotion - Épanouissement de
l’amitié - Comparer les premières de couverture

Séquence 6
Lire un récit d’adolescence : L’Ami retrouvé de Fred Uhlman (2) 144
Désillusion - Un climat tendu - Histoire des Arts : la propagande
nazie - Rencontrer l’auteur - Écrire une lettre - Comprendre le sens du
titre L’Ami retrouvé

Annexes
Tableaux de conjugaison – Quelques règles d’orthographe – 179
Repères – Glossaire

2 — © Cned, Français 3e
Livret 2
Séquence 7
Lire Antigone de Jean Anouilh (1) 4
Étudier le prologue d’Antigone - Analyser l’invention d’un
nouveau personnage : la nourrice - Étudier l’opposition de deux
personnages : Antigone et Ismène - Comprendre l’enjeu d’une
scène : les adieux à Hémon - Étude de l’image : comparaison de
différentes mises en scène

Séquence 8
Lire Antigone de Jean Anouilh (2) 32
Étudier la justification religieuse d’Antigone : Antigone face à Créon (1) -
Identifier une stratégie argumentative : Antigone face à Créon (2) - Repérer
un tournant dans la pièce : Antigone face à Créon (3) - Analyser la relation
Créon / Hémon - Comprendre l’enjeu d’une scène : Antigone et le garde -
Étudier une fin pathétique - Analyser les caractéristiques de la tragédie selon
Jean Anouilh

Séquence 9
Femme et société : représentations dans l’art 64
Images traditionnelles de la femme - Vent de révolte - Représentations de la
femme et publicité - Femme et société de consommation

Séquence 10
Lire un apologue : La ferme des animaux de George Orwell 78
Lire une péroraison révolutionnaire - Le soulèvement - Le subjonctif :
conjugaison et emploi - Comprendre une dénonciation de la tyrannie - Savoir
utiliser les outils de l’argumentation - Comprendre une satire politique - Lire
un récit en boucle - Une fable aux résonances historiques

Séquence 11
Les poètes : voyageurs de la modernité 114
Découvrir une forme poétique nouvelle : le calligramme - Étudier un poème
en vers libres - Analyser un poème de la modernité - Étudier un poème en
prose - Découvrir le regard du poète sur une ville moderne

Séquence 12
Aspects du théâtre contemporain : du rire à l’absurde 144
Analyser une parodie du théâtre classique - Étudier la reprise d’un mythe
antique - Découvrir le théâtre de l’absurde - Aborder la relation entre texte et
représentation dans le théâtre contemporain - Étudier le mélange des genres
et la portée de la pièce - Étudier la remise en cause du langage dans une pièce
contemporaine

Annexes
Tableaux de conjugaison – Quelques règles d’orthographe – 177
Repères – Glossaire

© Cned, Français 3e — 3
CONSEILS
Bonjour et bienvenue en 3e !
Tu es certainement heureux/heureuse d’entrer en 3e, dernière année du collège, mais tu
ressens sûrement aussi une légère appréhension, car tu sais que la classe de 3e est une classe
importante, puisqu’elle a un double objectif :
- te préparer à obtenir le DNB (Diplôme National du Brevet),
- te permettre de poursuivre ta scolarité dans les meilleures conditions possibles, que ce
soit en seconde générale ou professionnelle.

C’est vrai, mais ne t’inquiète pas : les cours du Cned sont conçus pour te mettre en position
de réussite. Ils vont te permettre d’approfondir tes connaissances acquises dans les classes
précédentes, en te proposant des révisions, et d’assimiler des notions nouvelles.

Cette année en français, tu vas étudier les formes du récit aux XXe et XXIe siècles, t’intéresser à
la poésie dans le monde et dans le siècle et enfin découvrir comment le théâtre peut être à la
fois continuité et renouvellement.

Tu dois te procurer au plus vite les trois œuvres intégrales que nous étudierons cette année :
- L’Ami retrouvé, de Fred Uhlman,
- Antigone, de Jean Anouilh, si possible dans l’édition de la Table Ronde d’avril 2012 (ISBN
978-2-7103-3040-0),
- La ferme des animaux, de George Orwell.

Tu n’es pas obligé(e) d’acheter ces œuvres : tu peux les emprunter dans une bibliothèque, mais
il faut que tu les lises et que tu les aies à ta disposition quand tu feras les séquences qui te
seront proposées dans ce cours.

Tu aborderas aussi plusieurs thématiques à travers des groupements de textes : les nouvelles
contemporaines, la notion d’engagement dans la poésie et les images, la modernité, le
pouvoir…

L’objectif principal de cette année est que tu élargisses ta culture générale et que tu aies
l’opportunité de réfléchir au regard que la littérature apporte sur le monde dans lequel tu
vis. En améliorant ta compréhension des textes, tu en écriras toi-même de plus riches et
apprendras à mieux assimiler le fonctionnement de ta langue. Ainsi, au fil des séquences, tu
t’entraîneras à l’épreuve de Français du diplôme national du Brevet (DNB) sans toujours t’en
rendre compte !

Tu pourras aussi approfondir tes connaissances en Histoire des Arts puisque certaines séances
abordent les relations entre le texte et l’image.

Tu devras lire au moins trois œuvres en lecture cursive (c’est-à-dire tout seul). En début de
séquence, nous te proposons des choix de livres.

© Cned, Français 3e — 4
Voici maintenant quelques conseils pour faciliter l’organisation de ton travail :

Ton matériel

Collège, cycle d’orientation

français 3e
corrigés 1

Collège, cycle d’orientation

Blandine Bihorel - amandine Lasnon - frédéric nottebaert Collège, cycle d’orientation

français 3e
Blandine Bihorel - amandine Lasnon - frédéric nottebaert

français 3e

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Deux livrets de cours Deux livrets de corrigés un CD
Tu dois acheter :
- un cahier de leçons, grands ou petits carreaux, format 21 x 29,7 cm, dans lequel tu
recopieras tous les encadrés Je retiens que tu rencontreras dans les séquences.
- un cahier, grands ou petits carreaux, format au choix, dans lequel tu effectueras les
exercices.
- Des crayons de couleurs, des stylos (noir, bleu, rouge, vert), un crayon à papier, une
gomme, une règle.
Tu dois avoir en permanence un dictionnaire de français à ta disposition.

L’organisation de ton travail


Chacune des 12 séquences comprend des séances (de 6 à 10) d’une durée approximative
et variable, indiquée en début de séance. Cette indication doit te permettre d’organiser ton
temps. Tu dois consacrer au moins 4 heures 30 par semaine au français.
À la fin de chaque séquence, tu vérifieras tes connaissances au cours de la séance « J’évalue
mes connaissances ».
Effectue les activités qui te sont proposées dans l’ordre du cours : c’est très important.
N’hésite pas à relire ce que les cours viennent de te faire découvrir.
Prends enfin le temps de les mémoriser.
Suis les instructions du cours pas à pas, apprends les leçons, fais les exercices, corrige tes
erreurs.
En fin de chaque livret de cours, tu trouveras :
- des tableaux de conjugaison,
- des règles d’orthographe,
- des pages « Repères » avec les instructions officielles et le repérage précis des pages où les
points du programme sont traités,
- un glossaire des principales notions abordées dans le cours.
Lecture et écriture personnelles
Des idées lecture te sont données :
- dans ce livret de cours (dans la rubrique : « Je peux lire aussi… »)
- dans « Les Idées lecture » que tu trouveras dans le Webcollège, accessible à partir de ton
espace inscrit sur le site Internet du Cned à l’adresse : www.cned.fr
Un atelier d’écriture t’est également proposé. N’hésite pas à te connecter pour participer aux
activités qui te sont offertes.
Tu pourras par exemple participer à des concours d’écriture de nouvelles, en t’inspirant de
textes spécialement conçus pour le Cned par des auteurs « jeunesse » connus.

5 — © Cned, Français 3e
PRÉFACE
Dans la continuité avec les précédents, ce manuel a été réalisé par des professeurs en exercice
qui adaptent les séquences qu’ils construisent pour leurs élèves et utilisent dans leurs classes
aux conditions de l’enseignement à distance dans l’esprit des nouveaux programmes.

Les douze séquences du cours de 3e permettent ainsi d’aborder l’ensemble du programme


de français dans toutes ses dimensions : en proposant des œuvres littéraires poétiques,
théâtrales ou romanesques du XXe siècle ; en articulant étroitement les activités de lecture
et d’écriture ; en faisant découvrir au fil des séquences les notions de langue : orthographe,
grammaire et lexique ; en associant l’étude des textes à des œuvres d’art dans la perspective
de l’histoire des arts.

Les apprentissages font l’objet d’une attention particulière, car il ne suffit pas de lire
des textes ou de faire des exercices, il faut aussi « apprendre » en français : des règles
d’orthographe et de grammaire, du vocabulaire et des notions littéraires qui permettent une
approche réfléchie des textes littéraires, et qui en font mieux percevoir les effets de sens et les
enjeux. Dans cet esprit, toutes les notions sont précisées à mesure qu’elles sont rencontrées
dans les séquences, et sont systématiquement réinvesties dans des exercices ou un travail
d’écriture.

En outre, une partie « Repères », en fin de manuel, reprend toutes les notions de langue
du programme et indique où elles sont présentées dans ce manuel. Les notions abordées
les années précédentes peuvent être retrouvées dans une grammaire ou un manuel
d’orthographe. Ces dispositions permettent aussi à toute personne qui souhaite apporter une
aide à ces élèves de vérifier l’acquisition de ces connaissances, indispensables pour une bonne
maîtrise de la langue.

Les séquences sont construites autour des œuvres et des textes littéraires, essentiels à
l’acquisition des bases culturelles fondamentales. Les textes proposés sont volontairement
longs afin de développer les compétences de lecture des élèves et de présenter un sens plus
riche. L’étude des œuvres intégrales devrait vraiment favoriser la lecture des livres entiers
par l’élève, même si le manuel se contente d’en présenter de larges extraits accompagnés
de résumés. Enfin, on ne saurait trop conseiller à l’élève de suivre les propositions de
lectures complémentaires d’œuvres de « littérature de jeunesse », qu’il peut emprunter à une
bibliothèque ou acheter dans des collections de poche. Les programmes recommandent en
effet de lire au moins trois livres par an en autonomie.

Dans l’esprit des nouveaux programmes et dans le cadre de la mise en œuvre du socle
commun qui vise à développer les compétences et les connaissances des élèves, le
questionnement qui accompagne les lectures est volontairement centré prioritairement sur les
significations des textes. Il a pour objet d’aider l’élève à mieux comprendre ce qu’il lit et à lui
faire percevoir certaines caractéristiques ou particularités qui sont étudiées dans le cadre de
la séquence. Il ne s’agit évidemment pas de prétendre expliquer toutes les richesses des textes
littéraires, mais de permettre à de jeunes élèves de 3e d’en saisir l’essentiel et d’en apprécier les
qualités afin de nourrir leur culture et de développer leur goût et leur intérêt pour la lecture.

© Cned, Français 3e — 6
Cette façon d’étudier les textes correspond tout à fait aux nouvelles modalités des épreuves
du brevet des collèges, qui sont préparées dans ce manuel par quelques « brevets blancs ». En
effet, la première partie de l’épreuve propose un questionnement plus limité, comprenant des
questions appelant soit des réponses brèves, pouvant prendre la forme de Q.C.M (question à
choix multiples), soit des réponses plus développées. Ce dernier type de question peut porter
sur la compréhension globale du texte ou l’analyse de certains passages, peut solliciter la
réaction personnelle du candidat qui est invité à proposer un point de vue ou un jugement
personnel, et peut aussi demander de mettre en relation le texte avec ses lectures et sa culture.

Dans la perspective de l’histoire des arts, certaines séquences présentent des ouvertures sur les
autres arts par des reproductions d’œuvres qui peuvent être complétées par une recherche sur
les sites des musées.

Les travaux d’écriture proposés amènent à réinvestir les éléments découverts lors des lectures
ou demandent de construire un avis argumenté. Ils s’inscrivent ainsi dans la perspective
des deux sujets proposés dans les nouvelles épreuves du brevet. En effet, dans la volonté
de développer l’autonomie des élèves, les sujets de brevet ne comportent plus de consignes
complémentaires. Pour le premier type de sujet, le sujet d’invention, sa formulation et sa mise
en relation avec le texte faisant l’objet des questions devraient permettre à l’élève de déduire les
consignes d’écriture. Pour le second type de sujet, le sujet de réflexion, il s’agit de développer
une réflexion qui s’inscrive dans le cadre de ce qui est demandé dans le programme de 3e à
savoir « la présentation d’une prise de position étayée par quelques arguments et exemples » dans un
développement de deux pages.

Enfin, l’ensemble du travail proposé en français concourt à développer les compétences du


socle commun de connaissances et de compétences, que tout élève doit acquérir au cours de
sa scolarité au collège. Il ne s’agit pas de contenus spécifiques ou de travaux différents, mais de
l’identification des connaissances et des compétences que l’enseignement du français permet
d’acquérir en relation et en cohérence avec les autres disciplines.

Nous espérons que ce manuel aide les élèves qui l’utilisent à faire des progrès en français,
par l’acquisition de connaissances solides et sûres, par l’amélioration de leurs compétences
de lecture et d’écriture afin qu’ils obtiennent de bons résultats aux épreuves de français du
brevet et poursuivent leur scolarité. Nous serions aussi heureux d’avoir réussi à développer leur
goût pour la lecture, la littérature et les arts, formateurs pour la personnalité et porteurs des
grandes valeurs humanistes.

François Didier, IA IPR de Lettres

7 — © Cned, Français 3e
ministère de l’éducation nationale

français
3e
Livret de cours
Rédaction
Blandine Bihorel
Amandine Lasnon
Frédéric Nottebaert

Coordination
Élise Bozec-Baret

Expertise pédagogique
François Didier (IA-IPR de lettres)

Enregistrement
Mallorie Villain
Elizabeth Masse
Didier Douet
Marie Lescure
René Defossez

Relecture
Amandine Jacquot

Ce cours est la propriété du Cned. Les images et textes intégrés à ce cours sont la propriété de leurs auteurs et/ou ayants droit
respectifs. Tous ces éléments font l’objet d’une protection par les dispositions du code français de la propriété intellectuelle ainsi que
par les conventions internationales en vigueur. Ces contenus ne peuvent être utilisés qu’à des fins strictement personnelles. Toute repro-
duction, utilisation collective à quelque titre que ce soit, tout usage commercial, ou toute mise à disposition de tiers d’un cours ou d’une
œuvre intégrée à ceux-ci sont strictement interdits.
©Cned-2009

Directeur de la publication Serge Bergamelli


Achevé d’imprimer le 30 juin 2013
Dépôt légal 3e trimestre 2013
3, rue Marconi - 76130 Mont-Saint-Aignan
Sommaire
Séquence 1
Nouvelle à lire entre les lignes
Durée approximative : 9 h

Dans cette séquence, tu vas lire une nouvelle et apprendre à repérer les pistes données par l’auteur
pour faire comprendre l’histoire au lecteur.

Séance 1 Découvrir les personnages

Séance 2
Comprendre les relations entre les personnages et le point de vue du
narrateur

Séance 3 Étudier la chronologie et le rythme du récit

Séance 4 Découvrir les notions de thème, propos et emphase

Séance 5 Interpréter la nouvelle

Séance 6 Réviser l’accord du participe passé

Séance 7 Je m’évalue

Socle commun

Durant cette séquence, tu auras l’occasion de développer tes connaissances et de travailler des items
des compétences ci-dessous.

Compétence 1 : La maîtrise de la langue française


- Repérer les informations dans un texte à partir des éléments explicites et des éléments
implicites nécessaires.
- Dégager, par écrit ou oralement, l’essentiel d’un texte lu.
- Écrire lisiblement un texte en respectant l’orthographe et la grammaire.
- Rédiger un texte bref, cohérent et ponctué, en réponse à une question ou à partir d’une
consigne donnée.

8 — © Cned, Français 3e
séance 1 — Séquence 1

Séance 1
Découvrir les personnages
Durée : 1 h

Je peux lire aussi


- Nouvelles à chute (I), Classiques et Contemporains,
Magnard collège
- Coup de Gigot, de Roald Dahl
- Le chien jaune, de Georges Simenon
- Mieux vaut en rire de Roald Dahl
- Le Bébé dans le frigidaire et autres nouvelles de James
M Cain

© Cned/ N. Julo

Pour cette première séance, tu ne vas lire que le début de la nouvelle pour faire connaissance avec
les personnages qui y jouent un rôle.
La totalité du récit sera à lire au début de la séance suivante.
Prends une nouvelle page dans ton cahier. En haut, note le numéro et le titre de la séquence en
rouge. Encadre-les.
Saute deux lignes, puis note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.
Lis à présent le texte ci-dessous et écoute-le à la piste 1 de ton CD.
1 Bien sûr, tout n'avait pas toujours marché comme elle l'aurait souhaité pendant toutes ces années ;
mais tout de même, cela lui faisait drôle de se retrouver seule, assise à la grande table en bois. On lui
avait pourtant souvent dit que c'était là le moment le plus pénible, le retour du cimetière. Tout s'était bien
passé, tout se passe toujours bien d'ailleurs. L'église était pleine. Au cimetière, il lui avait fallu se faire
5 embrasser par tout le village. Jusqu'à la vieille Thibault qui était là, elle qu'on n'avait pas vue depuis un
an au moins. Depuis l'enterrement d'Émilie Martin en fait. Et encore, y était-elle seulement, à
l'enterrement d'Émilie Martin ?
Impossible de se souvenir. Par contre, Angèle aurait sans doute pu citer le nom de tous ceux qui
étaient là aujourd'hui. André, par exemple, qui lui faisait tourner la tête, au bal, il y a bien quarante ans
10 de cela. C'était avant que n'arrive Baptiste. Baptiste et ses yeux bleus, Baptiste et ses chemises à fleurs,
Baptiste et sa vieille bouffarde1, qu'il disait tenir de son père, qui lui-même... En fait ce qui lui avait
déplu aujourd'hui, ç'avait été de tomber nez à nez avec Germaine Richard, à la sortie du cimetière. Celle-
là, à soixante ans passés, elle avait toujours l'air d'une catin2. Qu'elle était d'ailleurs.

Pascal Mérigeau, Quand Angèle fut seule © Magnard

Notes :
1. « bouffarde » : pipe.
2. « catin » : prostituée.

© Cned, Français 3e — 9
Séquence 1 — séance 1

A Comprendre le texte

Après avoir relu le premier paragraphe du récit, réponds aux questions suivantes.

1- a) Que vient-il de se passer juste avant que le récit commence ?

b) Quels sont les mots du premier paragraphe qui te l’indiquent ?

2- a) Le personnage principal est-il nommé dans ce début de récit ?

b) Comment sait-on alors son prénom ?

3- À quoi t’attends-tu en ne lisant que ce début de récit ?

Compare tes réponses avec celles du corrigé avant de passer à la seconde partie.

B Découvrir les personnages

Relis attentivement les deux premiers paragraphes du texte puis réponds aux questions suivantes.

1- Quels personnages sont cités dans ce début de récit ?

2- a) Quel prénom est répété plusieurs fois ?

b) Pourquoi ?

c) Que comprend-on alors ?

3- Quelle était la relation de ce personnage avec Angèle ?

4- Relève les termes qui montrent l’attachement d’Angèle pour lui.

5- a) Relève les mots qui désignent Germaine Richard.

b) Comment est-elle considérée ?

c) Qui pense cela ?

Vérifie tes réponses en consultant le livret de corrigés avant de passer à la séance suivante.

10 — © Cned, Français 3e
séance 2 — Séquence 1

Séance 2
Comprendre les relations entre les personnages
et le point de vue du narrateur.
Durée : 2h

Pour comprendre les relations entre les personnages, tu vas devoir chercher des indices dans tout le
texte.

Prends ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.

Lis la suite de la nouvelle ci-dessous.

1 Bien sûr, tout n'avait pas toujours marché comme elle l'aurait souhaité pendant toutes ces années ;
mais tout de même, cela lui faisait drôle de se retrouver seule, assise à la grande table en bois. On lui
avait pourtant souvent dit que c'était là le moment le plus pénible, le retour du cimetière. Tout s'était bien
passé, tout se passe toujours bien d'ailleurs. L'église était pleine. Au cimetière, il lui avait fallu se faire
5 embrasser par tout le village. Jusqu'à la vieille Thibault qui était là, elle qu'on n'avait pas vue depuis un
an au moins. Depuis l'enterrement d'Émilie Martin en fait. Et encore, y était-elle seulement, à
l'enterrement d'Émilie Martin ?
Impossible de se souvenir. Par contre, Angèle aurait sans doute pu citer le nom de tous ceux qui
étaient là aujourd'hui. André, par exemple, qui lui faisait tourner la tête, au bal, il y a bien quarante ans
10 de cela. C'était avant que n'arrive Baptiste. Baptiste et ses yeux bleus, Baptiste et ses chemises à fleurs,
Baptiste et sa vieille bouffarde1, qu'il disait tenir de son père, qui lui-même... En fait ce qui lui avait
déplu aujourd'hui, ç'avait été de tomber nez à nez avec Germaine Richard, à la sortie du cimetière. Celle-
là, à soixante ans passés, elle avait toujours l'air d'une catin2. Qu'elle était d'ailleurs.
Angèle se leva. Tout cela était bien fini maintenant. Il fallait que la mort quitte la maison. Les
15 bougies tout d'abord. Et puis les chaises, serrées en rang d'oignon le long du lit. Ensuite, le balai. Un
coup d'œil au jardin en passant. Non, décidément, il n'était plus là, penché sur ses semis, essayant pour la
troisième fois de la journée de voir si les radis venaient bien. Il n'était pas non plus là-bas, sous les
saules. Ni même sous le pommier, emplissant un panier. Vraiment, tout s'était passé très vite, depuis le
jour où en se réveillant, il lui avait dit que son ulcère3 recommençait à le taquiner. Il y était pourtant
20 habitué, depuis le temps. Tout de même, il avait bientôt fallu faire venir le médecin. Mais celui-là, il le
connaissait trop bien pour s'inquiéter vraiment. D'ailleurs, Baptiste se sentait déjà un peu mieux... Trois
semaines plus tard, il faisait jurer à Angèle qu'elle ne les laisserait pas l'emmener à l'hôpital. Le médecin
était revenu. Il ne comprenait pas. Rien à faire, Baptiste, tordu de douleur sur son lit, soutenait qu'il allait
mieux, que demain, sans doute, tout cela serait déjà oublié. Mais, quand il était seul avec elle, il lui disait
25 qu'il ne voulait pas mourir à l'hôpital. Il savait que c'était la fin, il avait fait son temps. La preuve,
d'autres, plus jeunes, étaient partis avant lui... Il aurait seulement bien voulu tenir jusqu'à la Saint-Jean.
Mais cela, il ne le disait pas. Angèle le savait, et cela lui suffisait. La Saint-Jean il ne l'avait pas vue cette
année. Le curé était arrivé au soir, Baptiste était mort au petit jour. Le mal qui lui sciait le corps en deux
avait triomphé. C'était normal.
30 Angèle ne l'avait pas entendue arriver. Cécile, après s'être changée, était venue voir si elle
n'avait besoin de rien. De quoi aurait-elle pu voir besoin ? Angèle la fit asseoir. Elles parlèrent. Enfin,
Cécile parla. De l'enterrement bien sûr, des larmes de quelques-uns, du chagrin de tous. Angèle
l'entendait à peine.
Baptiste et elle n'étaient jamais sortis de Sainte-Croix, et elle le regrettait un peu. Elle aurait
35 surtout bien aimé aller à Lourdes. Elle avait dû se contenter de processions télévisées. Elle l'avait aimé
son Baptiste dès le début, ou presque. Pendant les premières années de leur mariage elle l'accompagnait
aux champs pour lui donner la main. Mais depuis bien longtemps, elle n'en avait plus la force. Alors elle
l'attendait veillant à ce que le café soit toujours chaud, sans jamais être bouillant.
© Cned, Français 3e — 11
Elle avait appris à le surveiller du coin de l'œil, levant à peine le nez de son ouvrage. Et puis, pas
40 besoin de montre. Elle savait quand il lui fallait aller nourrir les volailles, préparer le dîner. Elle savait
quand Baptiste rentrait. Souvent Cécile venait lui tenir compagnie. Elle apportait sa couture, et en même
temps les dernières nouvelles du village. C'est ainsi qu'un jour elle lui dit, sur le ton de la conversation
année. Le curé était arrivé au soir, Baptiste était mort au petit jour. Le mal qui lui sciait le corps en deux
avait triomphé. C'était normal.
30 Angèle ne l'avait pas entendue arriver. Cécile, après s'être changée, était venue voir si elle
n'avait besoin de rien. De quoi aurait-elle pu voir besoin ? Angèle la fit asseoir. Elles parlèrent. Enfin,
Cécile parla. De l'enterrement bien sûr, des larmes de quelques-uns, du chagrin de tous. Angèle
l'entendait1à peine.
Séquence — séance 2
Baptiste et elle n'étaient jamais sortis de Sainte-Croix, et elle le regrettait un peu. Elle aurait
35 surtout bien aimé aller à Lourdes. Elle avait dû se contenter de processions télévisées. Elle l'avait aimé
son Baptiste dès le début, ou presque. Pendant les premières années de leur mariage elle l'accompagnait
aux champs pour lui donner la main. Mais depuis bien longtemps, elle n'en avait plus la force. Alors elle
l'attendait veillant à ce que le café soit toujours chaud, sans jamais être bouillant.
Elle avait appris à le surveiller du coin de l'œil, levant à peine le nez de son ouvrage. Et puis, pas
40 besoin de montre. Elle savait quand il lui fallait aller nourrir les volailles, préparer le dîner. Elle savait
quand Baptiste rentrait. Souvent Cécile venait lui tenir compagnie. Elle apportait sa couture, et en même
temps les dernières nouvelles du village. C'est ainsi qu'un jour elle lui dit, sur le ton de la conversation
bien sûr, qu'il lui semblait bien avoir aperçu Baptiste discutant avec Germaine Richard, près de la vigne.
Plusieurs fois au cours des mois qui suivirent, Cécile fit quelques autres " discrètes " allusions. Puis elle
45 n'en parla plus. Mais alors Angèle savait. Elle ne disait rien. Peu à peu elle s'était habituée. Sans même
avoir eu à y réfléchir, elle avait décidé de ne jamais en parler à Baptiste, ni à personne. C'était sa dignité.
Cela avait duré jusqu'à ce que Baptiste tombe malade pour ne plus jamais se relever. Cela avait duré près
de vingt ans. Son seul regret, disait-elle parfois, était de n'avoir pas eu d'enfants. Elle ne mentait pas.
Encore une raison de détester la Germaine Richard d'ailleurs, car elle, elle avait un fils, né peu de temps
50 après la mort de son père ; Edmond Richard, un colosse aux yeux et aux cheveux noirs avait été emporté
en quelques semaines par un mal terrible, dont personne n'avait jamais rien su. Le fils Richard, on ne le
connaissait pas à Sainte-Croix. Il avait été élevé par une tante, à Angers. Un jour cependant, c'était juste
avant que Baptiste ne tombe malade, il était venu voir sa mère. Cécile était là, bien sûr, puisque Cécile
est toujours là où il se passe quelque chose. Elle lui avait trouvé un air niais, avec ses grands yeux bleus
55 délavés. Angèle en avait semblé toute retournée.
Cécile était partie maintenant. La nuit était tombée. Angèle fit un peu de vaisselle. Elle lava
quelques tasses, puis la vieille cafetière blanche, maintenant inutile, puisqu'Angèle ne buvait jamais de
café. Elle la rangea tout en haut du bahut. Sous l'évier, elle prit quelques vieux pots à confiture vides. À
quoi bon faire des confitures, elle en avait un plein buffet. Elle prit également quelques torchons, un
60 paquet de mort-aux-rats aux trois-quarts vide, et s'en alla mettre le tout aux ordures. Il y avait bien vingt
ans qu'on n'avait pas vu un rat dans la maison.
Pascal Mérigeau, Quand Angèle fut seule © Magnard

Notes :
1. « bouffarde » : pipe.
2. « catin » : prostituée.
3. « ulcère » : plaie à l’estomac qui ne cicatrise pas.

A Les relations explicites entre les personnages


1- Surligne dans le texte le passage où sont évoqués les premiers temps du mariage d’Angèle
et Baptiste.

2- Quels sont les regrets d’Angèle ?

3- a) Leur relation est-elle aussi heureuse ensuite qu’au début de leur mariage ?

b) Quels termes, lignes 36 à 40, te le prouvent ?

4- a) Qui vient souvent rendre visite à Angèle ?

b) Que vient-elle faire ?

B Les relations implicites entre les personnages


1- a) Á ton avis pourquoi Cécile révèle-t-elle à Angèle qu’elle a vu son mari discutant avec
Germaine Richard ?

b) De ce fait, comment comprends-tu le terme « discutant » (l. 43) ?

12 — © Cned, Français 3e
séance 2 — Séquence 1

2- a) Pourquoi Cécile ne dit-elle pas les faits franchement ?

b) Comment peux-tu expliquer le terme « discrètes » allusions ? Selon toi, que symbolisent
ici les guillemets ?

3- Que vient finalement faire Cécile quand elle rend visite à Angèle ?

4- Que « savait » (l. 45) finalement Angèle ?

5- De quoi Angèle ne veut-elle donc pas parler à Baptiste ? Pourquoi ? Justifie ta réponse.

6- Pourquoi Angèle n’aime-t-elle pas Germaine Richard ? Relève les expressions qui le
prouvent.

7- Observe l’image ci-dessous :

a) Que peux-tu dire du costume de cette femme ? te permet-il de situer l’environnement


et l’époque auxquels elle vivait ?

b) Où se situe la lumière dans ce dessin ? Quel élément du décor met-elle en valeur ?

c) De ce fait, où porte le regard du personnage ?

d) Qui pourrait être ce personnage dans la nouvelle : Angèle ou Cécile ? Justifie ta réponse.

Rembrandt Harmensz van Rijn (1606-1669), Femme regardant par la fenêtre


© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Gérard Blot

Compare tes réponses avec celles du corrigé avant de passer à la suite.

© Cned, Français 3e — 13
Séquence 1 — séance 2

C La notion de point de vue


1- De quel personnage connaît-on les pensées et sentiments tout au long du texte ? Justifie
ta réponse.

2- Dans la phrase « Angèle en avait semblée toute retournée » (l. 55), a-t-on toujours les
pensées du même personnage ?

3- Est-ce que l’on suit ensuite les pensées de ce nouveau personnage ou bien en revient-on
au premier ?

4- Par conséquent, à travers quel personnage surtout le lecteur connaît-il l’histoire dans ce
texte ? Explique ta réponse.

Vérifie tes réponses dans le corrigé puis apprends le « Je sais déjà » qui suit.

j e sais déjà
Le point de vue interne
Identifier le point de vue dans un texte narratif, c’est répondre à la question : « qui voit
la scène ? », pour connaître la place que le narrateur a voulu prendre par rapport à ses
personnages.
On parle de point de vue interne quand la scène est décrite à travers le regard d’un
personnage. Tout est perçu à travers lui.
Dans cette nouvelle, tout ce qui concerne Baptiste, Germaine Richard ou encore Cécile
nous est rapporté à travers le regard d’Angèle. Tout est perçu à travers elle : on parle
donc de point de vue interne.

14 — © Cned, Français 3e
séance 3 — Séquence 1

Séance 3
Étudier la chronologie des faits et le rythme du récit

Durée : 1h30

Dans cette séance, tu vas étudier le traitement du temps dans l’ensemble de la nouvelle.

Prends ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.

A Rétablir la chronologie des faits

1- Voici un tableau résumant les différents événements dans l’ordre dans lequel ils sont
racontés dans le texte :

A L’enterrement, les personnes rencontrées.


B Le souvenir de la première rencontre de Baptiste et Angèle.
C Seule à la maison, Angèle se souvient de Baptiste et de sa maladie.
D La venue de Cécile.
E La vie d’Angèle avec Baptiste : le regret de ne pas avoir voyagé.
F Découverte de l’infidélité de Baptiste par Angèle qu’elle tait cependant.
G Naissance du fils Richard.
H Mort d’Edmond Richard.
I Départ de Cécile.
J Angèle range la maison, ainsi que le paquet de mort aux rats.

Maintenant que tu connais bien l’histoire, remets ces événements dans l’ordre
chronologique en mettant la lettre qui convient en face du bon numéro :

1 : ………….. 6 : …………..
2 : ………….. 7 : …………..
3 : ………….. 8 : …………..
4 : ………….. 9 : …………..
5 : ………….. 10 : …………..

2- Que peux-tu en déduire ? L’ordre du récit suit-il l’ordre chronologique ?

3- Repère maintenant dans le texte un moment où Angèle se souvient du passé.

Vérifie tes réponses dans le corrigé puis apprends le « Je retiens » qui suit.

© Cned, Français 3e — 15
Séquence 1 — séance 3

j e retiens L’ordre du récit


Le récit ne s’organise pas toujours selon l’ordre chronologique habituel.
On trouve parfois dans les récits des retours en arrière, l’équivalent des flash-back au
cinéma.
Ex : « Un jour, cependant, c’était avant que Baptiste ne tombe malade, il était venu
rendre visite à sa mère. » (l. 52-53)
On peut aussi trouver des anticipations, qui sont des sauts dans l’avenir.
Ex : « demain, sans doute tout cela serait déjà oublié » (l. 24).
Utiliser un ordre différent de l’ordre chronologique dans le récit permet notamment
de rendre le personnage principal plus accessible : sa vie n’est pas linéaire, il a des
souvenirs et des projets.

B Le rythme du récit
1- Relis les lignes 18 à 29 : « Vraiment tout s’était passé très vite » à « c’était normal » :
a) Surligne les indications de temps. Combien de jours séparent le début de la maladie
de Baptiste et sa mort ?
b) Quelle indication de temps passe sous silence une partie de la maladie de Baptiste ?
Quel est l’effet produit ?
2- a) D’après toi, un « coup d’œil » (l. 16) prend-il beaucoup de temps ?
b) Combien de lignes rendent compte du « coup d’œil » de la l. 16 ?
3- Dans le cinquième paragraphe (l. 34 à 38) relève une phrase qui résume plusieurs années.
Pourquoi l’auteur a–t-il choisi de ne pas donner davantage de détails sur cette période,
d’après toi ?
Vérifie tes réponses dans le corrigé et apprends le « Je retiens » qui suit.

j e retiens Le rythme du récit


L’auteur d’un texte doit prendre garde à varier le rythme de son récit pour ne pas lasser
son lecteur.
 Il peut donc choisir de ne pas tout raconter. Ce sont les ellipses (passages sous
silence d’une période de temps). Les ellipses permettent d’accélérer le rythme du
récit.
Ex : « Trois semaines plus tard, il faisait jurer à Angèle qu’elle ne les laisserait pas l’emmener
à l’hôpital » (l. 21-22) g ce qui s’est passé pendant ces trois semaines n’est pas raconté.
 L’auteur peut aussi résumer une longue période de temps, c’est le sommaire.
Le sommaire permet également d’accélérer le rythme du récit.
Ex : « Pendant les premières années de leur mariage, elle l’accompagnait aux champs. »
(l. 36-37) g cette phrase résume plusieurs années qui se déroulent de manière
semblable.
 L’auteur peut aussi décider de ralentir le temps afin de s’attarder sur des détails
importants, on parle alors de pause descriptive.
Ex : « Un coup d’œil au jardin en passant. Non, décidément, il n’était plus là, penché sur ses
semis, essayant pour la troisième fois de la journée de voir si les radis venaient bien. »
(l.15-17) g mise en valeur de l’absence de l’être aimé.

16 — © Cned, Français 3e
séance 3 — Séquence 1

C Écriture

Est-ce que toute l’histoire de la vie d’Angèle est racontée dans la nouvelle ? Aide-toi de

tes réponses aux questions de cette séance pour répondre à cette question en un petit

paragraphe.

Regarde dans le corrigé ce qu’il était possible d’écrire avant de passer à la séance 4.

© Cned, Français 3e — 17
Séquence 1 — séance 4

Séance 4
Découvrir les notions de thème, propos et emphase
Durée : 1h

Dans cette séance, tu vas t’intéresser à la manière dont s’organisent, dans un texte, les
informations les unes par rapport aux autres. Tu apprendras également comment mettre en valeur
certaines de ces informations.

Prends ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.

A Repérer le thème et le propos


1- « Baptiste était mort au petit jour. »
a) Dans cette phrase, de qui parle-t-on ?
b) Quelle est la fonction grammaticale du mot que tu as trouvé ?
c) Quelle information la phrase donne-t-elle sur cette personne ?

Vérifie tes réponses dans le corrigé puis lis et apprends le « Je retiens » suivant :

j e retiens Le thème et le propos


Dans une phrase, ordinairement, le sujet, placé en début de phrase, constitue le thème
(ce dont on parle, élément déjà connu). Le groupe verbal constitue le propos (ce que
l’on dit du thème, élément nouveau).
On appelle propos ce que l’on dit sur le thème, les informations et les jugements que
l’on apporte sur le sujet central.
Ex. : « Angèle fit un peu de vaisselle. Elle lava quelques tasses. »
   
thème propos thème propos

2- Dans les phrases suivantes, surligne le thème et souligne le propos.


a) On ne peut pas vivre sans amour.
b) Avec une formidable aisance, le cheval a sauté l’obstacle.
c) Je pense qu’il ne téléphonera pas.
d) Irons-nous au cinéma ce soir ?
e) Qui a sonné ?
f) Ce qui est tombé dans la rivière, c’est un platane.

Vérifie tes réponses dans le corrigé avant de poursuivre.

18 — © Cned, Français 3e
séance 4 — Séquence 1

B Quelques procédés emphatiques

1- « Celle-là, à soixante ans passés, elle avait toujours l’air d’une catin ».

a) Dans cette phrase, de qui est-il question ? (relit le début de la nouvelle, séance 1, si tu
ne t’en souviens plus).

b) Quels mots désignent cette personne dans cette phrase ?

c) Quel signe de ponctuation sépare ces mots ?

d) Quelle impression est donnée concernant cette personne ?

Vérifie tes réponses dans le corrigé puis lis et apprends le « Je retiens » suivant :

j e retiens L’emphase*
L’emphase* désigne une formule marquante qui attire l’attention sur certains mots de
la phrase. Une phrase peut être emphatique par :
 le détachement de mots : on peut mettre en relief un mot ou un groupe de mots
en le détachant en tête ou en fin de phrase. Un pronom permet alors de le
reprendre ou de l’annoncer.
Ex. : La phrase « Mais cela, [Baptiste] ne le disait pas. » (l. 27) met en relief « cela », ce
qui n’est pas le cas dans la phrase neutre correspondante Baptiste ne disait pas cela.
 la mise en valeur par un présentatif : un présentatif permet d’encadrer un mot
ou un groupe de mots pour le mettre en valeur (C’est… qui (que) ; voici/voilà…
qui (que), il y a … qui (que)
Ex. : « Il y avait bien vingt ans qu’on n’avait pas vu un rat dans la maison » (l.60-61)
permet de mettre en valeur la durée (« vingt ans »).

2- Transforme les phrases suivantes en phrases emphatiques en mettant en valeur l’élément


souligné. Tu varieras les procédés employés.

a) On a découvert cette sépulture grâce à un vieux parchemin.

b) L’archéologue a déterré la statue devant un public émerveillé.

c) Mon arrière grand-père a écrit ce journal de poilu.

d) Il a illustré ce carnet.

Compare tes réponses avec celles du corrigé, puis passe à la séance 5.

© Cned, Français 3e — 19
Séquence 1 — séance 5

Séance 5
Interpréter la nouvelle
Durée : 1h30
Dans cette nouvelle séance, maintenant que tu connais bien toute la nouvelle, tu vas pouvoir y lire
entre les lignes ce qui n’est pas écrit…
Prends ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.

A Interprétation
1- Relis le portrait du fils de Germaine Richard, (lignes 54-55), celui de Baptiste (ligne
10-11) et celui d’Edmond Richard (ligne 50) et compare-les :
a) Quel détail est important ?
b) Qu’est-ce qui est sous-entendu par ce détail ?
c) Que peux-tu conclure ?
2- « Angèle en avait semblé toute retournée». (l.55)
a) Pourquoi est-elle si «retournée» ?
b) Qu’a-t-elle compris ?
c) Pourquoi déteste-t-elle autant Germaine Richard ?
3- Relis le dernier paragraphe (Lignes 56-61).
Ce paragraphe constitue ce que l’on appelle la chute de la nouvelle : c’est à dire qu’il
donne la clef (la solution) de l’interprétation de la nouvelle.
a) Qui buvait du café ?
b) Quel est « l’état » du paquet de mort-aux-rats ?
c) Pourquoi Angèle le met-elle à la poubelle ?
d) Y a-t-il des rats dans la maison d’Angèle ?
e) Que peux-tu déduire alors ?
f) De quoi Baptiste est-il finalement mort ?
g) Qui est responsable de cette mort ?

B Écriture
Pour terminer cette séance, tu vas faire un petit exercice d’écriture.
Sujet : raconte l’histoire d’Angèle, Baptiste et les autres, selon le point de vue de Cécile,
elle qui sait tout depuis bien longtemps.

20 — © Cned, Français 3e
séance 5 — Séquence 1

Pour réussir cet exercice, tu dois :

- Raconter l’histoire du point de vue de Cécile

- Respecter la personnalité des personnages

- Être cohérent par rapport au texte initial

- Vérifier l’orthographe et la ponctuation.

Fais d’abord cet exercice au brouillon. Vérifie ensuite que tu as bien respecté les consignes en
complétant le tableau ci-dessous.

Je vérifie que… Fait


J’ai raconté l’histoire du point de vue de Cécile.
J’ai respecté la personnalité des personnages.
J’ai été cohérent par rapport au texte initial.
J’ai vérifié l’orthographe et la ponctuation.

Si toutes les consignes ont été respectées, recopie ton texte dans ton cahier. Lis ensuite dans le
corrigé un exemple de ce qu’il était possible d’écrire.

© Cned, Français 3e — 21
Séquence 1 — séance 6

Séance 6
Réviser l’accord du participe passé
Durée : 1h

Ce cours est une révision, et va te permettre de revoir tes connaissances sur l’accord du participe
passé, avant d’approfondir cette notion dans une autre séquence.

Tu peux aller voir ton livret de cinquième, séquence 11, séance 3. Tu peux aussi consulter cette
séance sur internet en tapant http://www.academie-en-ligne.fr/

Voici des phrases extraites de la nouvelle. Lis ces phrases, observe bien les verbes et réponds aux
questions.

A Observation

a) Le curé était arrivé au soir.

b) Tout s’était bien passé.

c) Le mal avait triomphé.

d) Cécile était venue voir Angèle.

e) La Saint-Jean, il ne l’avait pas vue cette année.

1- À quel temps sont conjugués les verbes de ces différentes phrases ?

2- Souligne les participes passés.

3- Justifie l’accord de chacun d’entre eux.

Vérifie tes réponses dans le corrigé et apprends le « Je sais déjà » qui suit. Ceci est une révision des
accords les plus simples.

Tu seras amené à voir les cas particuliers dans une autre séquence.

22 — © Cned, Français 3e
séance 6 — Séquence 1

j e sais déjà
Les accords du participe passé

 Le participe passé est une forme du verbe : il s’utilise pour conjuguer les verbes aux
temps composés avec les auxiliaires être ou avoir.

 Employé seul, il joue le même rôle qu’un adjectif qualificatif et s’accorde avec le nom.

Ex. : (l.15) « Et puis les chaises, serrées en rang d’oignon le long du lit.»

B Application : écriture, réécriture (vers le brevet)

Réécris le texte suivant en remplaçant Lucien par Lucien et son frère jumeau.

Lucien était douillettement recroquevillé sur lui-même. C’était sa position favorite. Il


ne s’était jamais senti aussi détendu, heureux de vivre. […] Pourtant il n’avait absorbé
aucune drogue pour accéder à cette sorte de béatitude. […] La nuit même, le malheureux
fut réveillé par des douleurs épouvantables. Il était pris dans un étau, broyé par les
mâchoires féroces de quelque fléau.

Claude Bourgeyx, « Lucien », in Les Petits Outrages, 1984, Le Castor Astral 2004

© Cned, Français 3e — 23
Séquence 1 — séance 7

Séance 7
Je m’évalue
Durée : 1h
Comme à la fin de chaque séquence, tu vas faire un bilan de ce que tu as appris. Cela te permettra
de faire le point sur ce que tu dois savoir, et ce que tu dois être capable de faire pour le devoir.
Complète maintenant le tableau suivant. Tu peux bien sûr utiliser ton cours si tu as oublié quelque
chose. Quand tu auras fini, prends le corrigé afin de vérifier tes réponses. Il est très important que
ce tableau de synthèse ne comporte pas d’erreur.
Je connais Je suis capable de
 Les différents points de vue :  Dire quel est le point de vue utilisé dans
l’extrait suivant et justifier ma réponse :
• Je sais que, dans un récit, l’auteur peut
choisir différents points de vue pour • « Baptiste et elle n’étaient jamais sortis
raconter l’histoire. de Sainte-Croix, et elle le regrettait un
peu. Elle aurait surtout bien aimé aller
à Lourdes. Elle avait dû se contenter de
processions télévisées. Elle l’avait aimé
son Baptiste dès le début, ou presque.
Pendant les premières années de leur
mariage elle l’accompagnait aux champs
pour lui donner la main. Mais depuis
bien longtemps, elle n’en avait plus la
force. Alors elle l’attendait veillant à ce
que le café soit toujours chaud, sans
jamais être bouillant. »

……………………………………………………
……………………………………………………
……………………………………………………
……………………………………………………
………………………….………..............…..
 La chronologie dans le récit :  Souligner en rouge un retour en arrière et
en bleu une anticipation dans les extraits
• Je sais que souvent, dans les nouvelles, les
suivants :
auteurs modifient la …………....….……….
des événements. « Impossible de se souvenir. Par contre,
Angèle aurait sans doute pu citer le nom
• Dans un récit, un auteur peut choisir
de tous ceux qui étaient là aujourd’hui.
d’avancer dans le futur, on parle alors
André, par exemple, qui lui faisait tourner
d’………………………………….
la tête, au bal, il y a bien quarante ans de
• Il peut aussi choisir d’évoquer un moment cela. »
situé avant l’action que l’on nomme
« D’ailleurs, Baptiste se sentait déjà un
…….………..……… en ……………..…………
peu mieux... Trois semaines plus tard,
il faisait jurer à Angèle qu’elle ne les
laisserait pas l’emmener à l’hôpital. Le
médecin était revenu. Il ne comprenait
pas. Rien à faire, Baptiste, tordu de
douleur sur son lit, soutenait qu’il allait
mieux, que demain, sans doute, tout cela
serait déjà oublié. »

24 — © Cned, Français 3e
séance 7 — Séquence 1

 Le rythme dans le récit :  Repérer dans l’extrait ci-dessous si la


phrase soulignée est un sommaire, une
L’auteur peut choisir de varier le rythme
ellipse ou une pause.
du récit pour le rendre plus vivant.
« Plusieurs fois au cours des mois qui
Il peut donc choisir de faire des : (donne
suivirent, Cécile fit quelques autres «
les définitions des mots suivants)
discrètes « allusions. Puis elle n’en parla
ellipses : ……………………………………….. plus. Mais alors Angèle savait. Elle ne
…………………………………………………… disait rien. Peu à peu elle s’était habituée.
Sans même avoir eu à y réfléchir, elle
…………………………………………………… avait décidé de ne jamais en parler
sommaires : ………………………..………… à Baptiste, ni à personne. C’était sa
dignité. Cela avait duré jusqu’à ce que
……………………………………………………
Baptiste tombe malade pour ne plus
…………………………………………………… jamais se relever. Cela avait duré près de
vingt ans. »
pauses : ………………………..……......……
La phrase soulignée est :
……………………………………………………
……………………………...……………………
……………………………………………………
 Les règles d’accord simples du participe  Accorder correctement les participes
passé passés :
• Je sais qu’avec l’auxiliaire avoir, le Complète le texte avec les participes
participe passé …………………… passés qui manquent, en les choisissant
sauf si le …………………… est placé dans la liste suivante (attention les verbes
…………………… le verbe. donnés sont à l’infinitif) :
dire - passer - déplaire - serrer
• Je sais qu’avec l’auxiliaire être, le
participe passé …………………… avec On lui avait pourtant souvent
…………………… . …………………… que c’était là le moment
le plus pénible, le retour du cimetière.
Tout s’était bien ……………………, tout se
passe toujours bien d’ailleurs […]
En fait ce qui lui avait ……………………
aujourd’hui, ç’avait été de tomber nez à
nez avec Germaine Richard, à la sortie du
cimetière.
[…]
Les bougies tout d’abord. Et puis
les chaises, …………………… en rang
d’oignon le long du lit.

© Cned, Français 3e — 25
Sommaire
Séquence 2
Nouvelles pour faire réfléchir sur la société contemporaine
Durée approximative : 10 h 30

Séance 1 Lire un incipit déroutant

Séance 2 Découvrir un personnage clef

Séance 3 Dénotation et connotation

Séance 4 Interpréter la chute

Séance 5 Comprendre la nouvelle L’intruse et le rôle du point de vue.

Séance 6 Les reprises anaphoriques

Séance 7 La visée de la nouvelle L’intruse

Séance 8 Des homophones grammaticaux : du/dû et cru/crû

Séance 9 Une nouvelle pour réfléchir

Séance 10 Je m’évalue

Socle commun

Durant cette séquence, tu auras l’occasion de développer tes connaissances et de travailler des items
des compétences ci-dessous.

Compétence 1 : La maîtrise de la langue française


- Repérer les informations dans un texte à partir des éléments explicites et des éléments
implicites nécessaires.
- Dégager, par écrit ou oralement, l’essentiel d’un texte lu.
- Écrire lisiblement un texte en respectant l’orthographe et la grammaire.
- Rédiger un texte bref, cohérent et ponctué, en réponse à une question ou à partir d’une
consigne donnée.

26 — © Cned, Français 3e
séance 1 — Séquence 2

Séance 1
Lire un incipit déroutant
Durée : 1 h 30

Je peux lire aussi


- Nouvelles étranges et inquiétantes de Dino Buzatti
- Les confidents et autres nouvelles de Philippe Claudel
- Voyages en terres inconnues de Laurent Gaudé
- La femme en rouge et autres nouvelles d’Andrée Chédid

© Cned/ N. Julo

Dans cette séquence, tu vas lire plusieurs nouvelles.


Prends une nouvelle page dans ton cahier. En haut, note le numéro et le titre de la séquence en
rouge. Encadre-les.
Saute deux lignes, puis note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.
Voici une nouvelle de Didier Daeninckx. Il s’agit de la nouvelle « Mort en l’île » (extraite du recueil
Autres lieux et autres nouvelles, 1993).
Lis l’ensemble de la nouvelle ci-dessous ; tu peux aussi en écouter le début à la piste 3 de ton CD.
1 « Il ne fait pas beau. Le professeur Schwartzenberg1 ne peut pas dire quand on arrivera à soigner le
sida. La Marie-Pervenche2 est repartie à vide pour Amsterdam avec l’un des petits de mon épagneul. En
ce moment des ouvriers plantent des panneaux blancs à l’entrée du chemin. L’homme à vélo, le rouquin,
est revenu dans les buissons pour faire ses saloperies. Cette nuit un camion a déchargé des gravats et du
5 matériel près de l’ancien ponton d’avitaillement3. J’ai récupéré un ventilateur de bureau presque neuf
…»
Mireille posa son crayon sur le cahier humide et leva la tête. Le deux-tons strident de la voiture de
police couvrait la rumeur de l’île. Elle tira la toile cirée au-dessus du trou et attendit, dans le noir.
Le camion traversait le pont de Saint-Denis, traînant dans son sillage une épouvantable odeur de
10 charogne. Il vira vers la gauche, sur le quai, et dépassa la centrale béton. Les portes métalliques de la
fabrique de produits de beauté étaient grandes ouvertes. Le chauffeur manœuvra pour placer son bahut 4 à
cul, près de la fosse. Le piston de la benne scintilla au soleil. La cargaison d’os, de viandes pourries, de
vermine glissa sans bruit tandis que s’abattait le vol des mouettes affamées. La voiture des flics fit un
écart pour éviter le museau du camion qui mordait sur l’ancien chemin de halage 5. Elle reprit de la
15 vitesse et fila le long des entrepôts du Printemps6. Les arches inclinées du palais des Sports de l’île des
Vannes bornaient l’horizon.
Dix minutes plus tôt un pêcheur avait découvert un corps, à cinq cents mètres de là, au bas du quai
opposé qui donnait sur les chantiers navals Van den Broucke de Villeneuve-la-Garenne. Il descendait sur
les amas de terre, de pierres, de goudron qui subsistait à fleur d’eau après l’effondrement de la berge,
20 pour trouver un coin tranquille. Il était occupé à disperser les ordures flottantes, les bouteilles, les
couches, les cartons quand soudain son bâton s’était pris dans un vêtement. Tout d’abord il avait cru
qu’il s’agissait d’une chemise, d’une veste gorgée d’eau … il avait insisté,©saisissant
Cned, Françaisle
3e bout
— de bois à
27
deux mains. Le profil d’un homme, sombre, visqueux, était apparu à la surface, crevant la pellicule
huileuse, puis la nuque, une épaule …
25 Le pêcheur se tenait debout devant le porche de l’ancien garage à bateaux, son matériel posé contre
écart pour éviter le museau du camion qui mordait sur l’ancien chemin de halage 5. Elle reprit de la
15 vitesse et fila le long des entrepôts du Printemps6. Les arches inclinées du palais des Sports de l’île des
Vannes bornaient l’horizon.
Dix minutes
Séquence plus tôt
2 — séance 1 un pêcheur avait découvert un corps, à cinq cents mètres de là, au bas du quai
opposé qui donnait sur les chantiers navals Van den Broucke de Villeneuve-la-Garenne. Il descendait sur
les amas de terre, de pierres, de goudron qui subsistait à fleur d’eau après l’effondrement de la berge,
20 pour trouver un coin tranquille. Il était occupé à disperser les ordures flottantes, les bouteilles, les
couches, les cartons quand soudain son bâton s’était pris dans un vêtement. Tout d’abord il avait cru
qu’il s’agissait d’une chemise, d’une veste gorgée d’eau … il avait insisté, saisissant le bout de bois à
deux mains. Le profil d’un homme, sombre, visqueux, était apparu à la surface, crevant la pellicule
huileuse, puis la nuque, une épaule …
25 Le pêcheur se tenait debout devant le porche de l’ancien garage à bateaux, son matériel posé contre
le mur, en compagnie d’un marinier7 qui l’avait aidé à tirer le cadavre au sec. L’arrière des entrepôts
projetait son ombre sur les lambeaux de route. Plus loin, à l’amorce du chemin, une énorme pancarte,
lettres rouges sur fond blanc, annonçait l’avenir :

SOCIETE D’AMENAGEMENT
DES BERGES DE LA SEINE
CONSTRUCTION D’UN TERRAIN DE GOLF

Les flics se garèrent au travers de la route pour en interdire l’accès aux curieux. Le conducteur, un
30 jeune type assez gras au visage poupin, se dirigea droit sur les deux hommes, les apostrophant d’une voix
mal assurée.
« C’est vous qui nous avez téléphoné ? »
Son collègue, un vieux flic au front plissé comme un soufflet d’accordéon, descendait déjà vers le
fleuve, plantant avec précaution ses chaussures dans la terre meuble, se raccrochant aux herbes, aux
35 branches. Il atteignit le cadavre.
Les deux hommes s’étaient contentés de le tirer à eux, et il conservait la même position que dans
l’eau, allongé sur le ventre, les bras levés de chaque côté de la tête, les jambes écartées. Les os du
policier craquèrent quand il s’agenouilla. Il sortit une paire de gants blancs de sa poche de blouson et les
enfila tout en observant les différentes traces laissées par les promeneurs au flanc de la berge. Il agrippa
40 le corps par l’épaule, des deux mains, et le retourna. Un homme d’une cinquantaine d’années, au visage
massif, ouvrait les yeux sur la mort. Une plaie profonde, nettoyée par la Seine, laissait voir l’intérieur du
tuyau du cartilage qui gonflait son cou. Le flic piqua du nez et respira longuement. Son collègue
l’observait, deux mètres plus haut.
« Alors, c’est quoi ? »
45 Il se redressa et plaqua son index tendu sur sa pomme d’Adam.
« Tout juste si la tête tient aux épaules ! Appelle le fourgon, qu’ils viennent avec la bâche… »
Il ferma les yeux du cadavre avant de procéder à l’inventaire de ses poches : un paquet de gauloises
entamé, une pochette d’allumettes, une carte de téléphone, une clef de verrou sans numéro et, roulés en
boule, quelques tickets de PMU, des enjeux-hippodrome pour la nocturne de la veille, à Enghien. Le 5 et
50 le 7, écurie gagnante dans la seconde course.
Les policiers enquêtèrent dans tout le quartier, interrogeant les riverains, téléphonant aux mariniers
en voyage, dressant la liste des habitués des champs de courses, relevant les empreintes de pas, de pneus,
analysant les conclusions du médecin légiste.
Un mois plus tard le cadavre ne possédait toujours pas d’identité ni la clef de son verrou.
55 « Ils font des sondages, pour se faire une opinion. Ils enfoncent des grands tubes, très profond, et quand
ils ressortent ils appellent ce qu’ils trouvent au bout : la carotte. C’est comme ça qu’ils savent ce qu’il y
a en dessous de la terre, sans creuser. Pareil que pour le pétrole. L’ouvrier avec qui j’ai parlé dit que
toute l’île est pourrie, qu’on ne peut rien construire sur un sol en éponge : ça explique le golf. »
Mireille prit appui sur la première machine à laver pour se mettre debout. Elle brossa son manteau et
60 passa ses meubles en revue, ouvrant les portes des lave-linge, des lave-vaisselle, puis elle inspecta
l’intérieur de ses huit réfrigérateurs… Les cahiers noircis par son écriture serrée s’empilaient dans les
quatre congélateurs. Elle disposa son armée de transistors par marques et rembobina les fils de sa
vingtaine d’aspirateurs que les chiens déroulaient dès qu’elle avait le dos tourné. Le ventilateur trônait
sur l’étagère centrale du vaisselier, au milieu des boîtes de biscuits bretons, des bocaux de confiture, des
65 bouteilles de porto, de suze, de scotch. Toute cette accumulation de matériel était disposée en arc de
cercle au bord du trou qu’elle ne cessait de creuser, d’améliorer, jour après jour. Á la moindre averse elle
consolidait les parois en y incrustant des boîtes de conserve et surtout des bouteilles de coca-cola dont
elle possédait un gisement inépuisable et qu’elle plantait dans la terre ruisselante, le goulot en avant. Une
trame composite, faite de tringles à rideaux, de bâtons, de fils de fer, recouvrait la fosse, et c’est là-
70 dessus—queCned,
Mireille faisait glisser le toit-toile cirée quand le ciel menaçait.
28 © Français 3e
Elle puisait l’eau dans la Seine au moyen d’un seau attaché à une ficelle et se prenait de temps en
temps d’une fringale de ménage… Elle inondait alors son campement et frottait l’émail terni des
appareils ménagers à l’aide de boules de papier confectionnées avec les journaux qui tapissaient le fond
quatre congélateurs. Elle disposa son armée de transistors par marques et rembobina les fils de sa
vingtaine d’aspirateurs que les chiens déroulaient dès qu’elle avait le dos tourné. Le ventilateur trônait
sur l’étagère centrale du vaisselier, au milieu des boîtes de biscuits bretons, des bocaux de confiture, des
65 bouteilles de porto, de suze, de scotch. Toute cette accumulation de matériel séanceétait
1 — disposée
Séquenceen2arc de
cercle au bord du trou qu’elle ne cessait de creuser, d’améliorer, jour après jour. Á la moindre averse elle
consolidait les parois en y incrustant des boîtes de conserve et surtout des bouteilles de coca-cola dont
elle possédait un gisement inépuisable et qu’elle plantait dans la terre ruisselante, le goulot en avant. Une
trame composite, faite de tringles à rideaux, de bâtons, de fils de fer, recouvrait la fosse, et c’est là-
70 dessus que Mireille faisait glisser le toit-toile cirée quand le ciel menaçait.
Elle puisait l’eau dans la Seine au moyen d’un seau attaché à une ficelle et se prenait de temps en
temps d’une fringale de ménage… Elle inondait alors son campement et frottait l’émail terni des
appareils ménagers à l’aide de boules de papier confectionnées avec les journaux qui tapissaient le fond
de son antre. Ses cahiers y passaient quelquefois…
75 Elle n’abandonnait son repaire que le matin, de cinq à neuf heures. Elle remontait seule jusqu’à
l’ancienne guinguette, au bout de l’île, là où on entreposait les pneus usagés, poussant sa carriole. Des
montagnes de rondelles de caoutchouc, comme si un collectionneur avait décidé de stocker là tous les
pneus lisses de la planète… Il était rare qu’en chemin elle ne ramasse pas une bricole intéressante. Il lui
arrivait de pousser jusqu’à la gare de Saint-Denis, après le pont, et de passer dans l’espèce de gros tuyau
80 qui traversait les voies du RER. Elle n’allait jamais plus loin et s’accoudait au parapet poussiéreux, juste
au-dessus de la naissance du canal Saint-Denis.
Mireille partait en confiance : les chiens défendaient le territoire.
« Tout à l’heure, aux Franco-Belges, ils ont lancé un bateau, une vedette pour relier Saint-Pierre à
Miquelon, mais elle s’est plantée dans la vase amenée par la crue de la Seine. Quand le remorqueur a
85 voulu le tirer, il a dérivé et le bateau s’est déchiré contre le ponton. J’ai fait tremper des gueules-de-loup
avec de la pelure d’oignon. Ça soulage les varices… »
Le sol se mit à trembler. Mireille repoussa son cahier. Les chiens hurlaient et se débattaient au bout
de leur corde. Elle fit coulisser le carton qui la protégeait du soleil. L’arbre s’abattit d’un coup, soufflant
les bibelots, sur le buffet.
90 — Qu’est-ce que vous foutez ! Vous êtes devenus fous ? Il y a du monde qui habite ici … »
Ils attaquaient déjà le second peuplier, celui sur lequel elle venait appuyer sa chaise, l’été. Les dents
de la scie mangeaient l’écorce. Elle lâcha les chiens.
Les forestiers abandonnèrent leur matériel et se réfugièrent dans le bulldozer qui nettoyait le terrain,
cinquante mètres en retrait.
95 « Vingt ans que j’habite ici… Ils le savent tous mais c’est comme si je n’existais pas. Cette maison,
c’est moi qui l’ai construite, meublée. Je ne partirai pas. »
Le lendemain ils envoyèrent la fourrière, en éclaireur. Les cris de Mireille couvraient les
grondements des chiens. Un peu avant midi une ambulance l’emmena vers Sevran, à René-Muret. Les
bûcherons purent abattre leur peuplier en paix. Les chenilles du bulldozer écrasèrent les bords de la
100 caverne, bousculant les téléviseurs, les transistors, les aspirateurs, les grille-pain, les frigos qui servaient
de remparts au paradis de Mireille. La porte du congélateur explosa en tombant, délivrant une pile de
cahiers. L’un d’eux s’ouvrit aux pages centrales.
« Cette nuit à trois heures, la dépanneuse du casseur s’est garée au bord de la Seine, après les
peupliers. Il est descendu avec son fils et ils ont jeté un homme dans l’eau. Je crois bien qu’il était mort.
105 On voit presque toutes les constellations sauf la Grande Ourse qui est cachée par un nuage… »
Quand tout fut empilé dans le trou, le conducteur de l’engin s’approcha, un jerricane à la main, et
arrosa d’essence l’univers mutilé de la clocharde. Il craqua une allumette.

Didier Daeninckx, « Mort en l’île », Autres lieux et autres nouvelles, Librio © Éditions Verdier, Lagrasse, 1993.

Notes :
1. « professeur Schwartzenberg » : médecin de renom
2. « Marie-Pervenche » : nom d’une péniche
3. « avitaillement » : pour le ravitaillement des bateaux
4. « bahut » : camion-benne
5. « halage » : chemin où l’on tirait jadis les bateaux avec des cordes
6. « Printemps » : nom d’un grand magasin
7. « marinier » : homme qui navigue sur les canaux ou les rivières

Dans cette séance, nous allons étudier uniquement l’incipit de cette nouvelle (l. 1 à 54). Avant de
répondre aux questions, recherche la définition du mot incipit (c’est un terme que tu as vu en 4e).
Vérifie la réponse dans ton corrigé. Note cette définition dans ton cahier.

© Cned, Français 3e — 29
Séquence 2 — séance 1

A L’entrée dans le récit


1- Lignes 1 à 6 :

a) Quelle est la particularité typographique de cet extrait ?

b) Quel signe remarques-tu au début et à la fin du passage ?

2- Ligne 7 :

a) Qui a donc écrit les premières lignes ?

b) De quel genre de texte s’agit-il ?

3- Quels personnages sont cités par Mireille ? Quelles informations donne-t-elle sur eux ?

4- Lignes 25 à 54 :

a) De qui raconte-t-on l’histoire ?

b) Qu’a découvert cette personne ?

c) Dans quel genre de récit trouve-t-on ce type de scènes ?

5- Qui arrive soudainement ? (ligne 29)

6- Sait-on ce qui se passe avant cette arrivée ?

Vérifie tes réponses dans le corrigé avant de passer à la seconde partie.

B Le cadre du récit
1- Où la scène se passe-t-elle ?

2- La description des lieux est-elle en accord avec ce qui est écrit sur la pancarte ?

3- Relis deux passages : les lignes 7 à 50 et les lignes 51 à 54.

a) Quel est le passage qui raconte des événements se déroulant dans l’intervalle de temps
le plus long ?

b) Lequel est très détaillé ?

c) Lequel est un résumé de plusieurs actions ?

4- Comment peux-tu justifier cette différence de «longueur» entre ces deux passages ?

C Les personnages
1- Sais-tu qui est Mireille ?

2- Quel est, à ton avis, son rôle dans le récit ?

3- Connais-tu les relations qui existent entre les différents personnages ?

4- Sais-tu quel est le rapport entre la pancarte et le reste de l’histoire ?

30 — © Cned, Français 3e
séance 1 — Séquence 2

D Écriture : paragraphe synthétique

Pour répondre aux questions ci-dessous, appuie-toi sur tes réponses précédentes. La réponse à ces
questions doit te permettre de construire un paragraphe synthétique.

Méthode :
- Un paragraphe synthétique reprend les informations trouvées dans les réponses
précédentes et les organise.
- Les différentes questions de cette séance amènent à réfléchir sur l’organisation du
texte étudié.
- Les deux questions ci-dessous t’aident à construire cette synthèse et te donnent les
parties de ton paragraphe.

1- Qu’est-ce qui apparente ce récit à un récit policier ? Quels sont les personnages cités ?

2- Pour quelles raisons cet incipit de nouvelle peut-il sembler déroutant pour le lecteur ?
Quelles sont les particularités, les différents éléments de ce début de récit ?

© Cned, Français 3e — 31
Séquence 2 — séance 2

Séance 2
Découvrir un personnage clef

Durée : 1h

Prends ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.

Cette séance porte sur les lignes 55 à 82 de la nouvelle Mort en l’île, dont le texte est donné au
début de la séance 1. Relis le passage concerné et réponds aux questions.

A Les écrits de Mireille


1- Nous retrouvons un passage en italique comme au début de la nouvelle : quelles
informations donne-t-il ?

2- D’où est extrait ce passage ? Quel rôle joue-t-il pour Mireille ?

3- Où Mireille conserve-t-elle ces écrits ?

4- Quels renseignements cela nous donne-t-il sur la vie de Mireille ?

B Le portrait et le lieu de vie


1- Surligne dans le texte toutes les informations qui sont données sur la manière de vivre de
Mireille.

2- À partir de ce relevé, rédige un paragraphe qui présente ce personnage, en intégrant dans


ton texte les citations du texte, et en expliquant ce qui est révélé par l’auteur et ce qui est
passé sous silence.

3- Lignes 59 à 74 : Souligne les noms qui montrent de quoi est composé le logement de
Mireille.

4- Fais une phrase de synthèse pour expliquer de quoi est essentiellement composé ce
logement.

5- Ligne 62 : « son armée de transistors ».

a) Comment comprends-tu cette expression ?

b) A quoi les transistors sont-ils comparés ?

c) Quelle est la particularité de la construction de cette comparaison?

d) Comment appelle-t-on cette figure de style ?

6- Relève dans les lignes 72, 75 et 82 les trois mots qui désignent le logement de Mireille.

a) Donne la définition de chacun de ces mots.

b) Quelles sont les caractéristiques du logement de Mireille ?

32 — © Cned, Français 3e
séance 2 — Séquence 2

C Écriture : paragraphe synthétique

Pour répondre à ces questions, appuie-toi sur tes réponses précédentes. La réponse à ces questions
doit te permettre de construire un paragraphe synthétique. Relis si besoin le petit point méthode de
la séance 1.

1- Ce passage donne-t-il une image positive ou négative de Mireille ?

2- Sur quels membres de notre société et sur quels modes de vie l’auteur nous fait-il réfléchir ?

© Cned, Français 3e — 33
Séquence 2 — séance 3

Séance 3
Dénotation - Connotation
Durée : 1h

A Observer pour comprendre

Observe ces deux phrases et réponds aux questions :

a) Il a su trouver toutes les solutions, c’est un vrai renard.

b) Le renard a tué six poules chez le voisin.

1- Dans quelle phrase parle-t-on réellement de l’animal ?

2- Quelle qualité est donnée par le mot « renard » dans la première phrase ?

Vérifie tes réponses dans le corrigé et apprends le « Je retiens » qui suit avant de faire les exercices
d’application.

j e retiens
Dénotation et connotation.
 On nomme dénotation le sens premier d’un mot ou d’une expression.
Ex : La lune est un astre qui brille dans la nuit.
 La (ou les) connotation regroupe les idées, les jugements, les opinions associées
à un mot.
Ex : Il a un visage en forme de lune. (La lune connote ici la forme ronde).
 La connotation peut-être péjorative ou méliorative.
RAPPEL :
Les termes péjoratif* et mélioratif* ont été vus en 4e (SQ2, séance 1) :
Selon le terme employé, une description subjective peut être :
- péjorative (dévalorisante) : Cette bicoque est toute petite.
- méliorative (valorisante) : Cette maison est une magnifique demeure.
Ex : Cet enfant est sans cesse dans la lune (la lune est associée à la rêverie et la connotation
est plutôt péjorative).
 Une image peut aussi comporter des éléments dénotés et connotés.
C’est en particulier le cas des images publicitaires : une plage de sable blanc et des
palmiers (dénotation) évoque tout de suite des vacances paradisiaques (connotation).

B Appliquer

1- Classe les mots suivants dans le tableau, selon leur connotation. Tu chercheras leur
définition dans le dictionnaire si tu ne connais pas leur signification.

34 — © Cned, Français 3e
séance 3 — Séquence 2

Immobilisme – libération – émancipation – ghetto – servitude – tyrannie - épanouissement


- désertification.

Connotation péjorative Connotation méliorative

2- Précise quelle est la connotation des mots soulignés. Dis si celle-ci est méliorative ou
péjorative.

a) Avec cette tenue, il a l’air d’un clown.

b) L’autre jour au cirque, le clown a montré tout son talent.

c) Ils ont meublé leur maison avec des antiquités rares et magnifiques.

d) Cet appareil ménager est une véritable antiquité !

3- Emploie chacune de ces expressions dans une phrase qui mettra en évidence sa
connotation :

a) froncer les sourcils

b) hausser les épaules

c) jouer des coudes

d) tendre la main

e) hausser la voix

4- Comprendre la connotation d’une publicité :

a) Observe cette publicité pour un parfum et remplis les cadres en cherchant ce que les
différents éléments de l’image connotent.

© Cned, Français 3e — 35
Séquence 2 — séance 3

Qu’évoque le mot Fidji ?


………………………………….

Que symbolise le serpent ?


………………………………….

© Guy Laroche

b) Quel message le créateur de cette publicité veut-il faire passer ?

36 — © Cned, Français 3e
séance 4 — Séquence 2

Séance 4
Interpréter la chute

Durée : 1h30

Prends ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.

Cette séance porte sur les lignes 83 à 107 de la nouvelle Mort en l’île, dont le texte est donné au
début de la séance 1. Relis le passage concerné et réponds aux questions.

A Comprendre la chute
1- Qu’arrive-t-il au logement de Mireille ?

2- Qu’arrive-t-il à Mireille elle-même ?

3- Quelle révélation le cahier de Mireille comporte-t-il ?

4- Cette information a-t-elle une utilité ? Explique.

B La visée du récit
1- Surligne les verbes d’action des lignes 87 à 98 : quelle atmosphère contribuent-ils à créer ?

2- a) Explique comment est traitée Mireille dans ce passage.

b) Que ressens-tu alors vis-à-vis de Mireille ?

3- a) Ligne 101 et ligne 107 : entoure les groupes nominaux qui désignent le logement de
Mireille.

b) Quelle opinion de l’auteur vis-à-vis de Mireille traduisent-ils ?

4- « Les destructeurs »

a) Qui intervient pour couper l’arbre ?

b) Viennent-ils prévenir Mireille ?

c) Ont-ils l’air de se soucier d’elle ? D’autres personnes l’ont-elles fait ?

d) Qui peuvent-ils représenter, plus globalement ?

C Écriture : paragraphe synthétique

Pour répondre à ces questions, appuie-toi sur tes réponses précédentes. La réponse à ces questions
doit te permettre de construire un paragraphe synthétique. Relis si besoin le petit point méthode de
la séance 1.
1- Quelle critique de la société implique cette nouvelle policière ?

© Cned, Français 3e — 37
Séquence 2 — séance 4

2- Observe l’image ci-dessous :

a) Quel message cette image véhicule-t-elle ?

b) En quoi peut-elle tout à fait illustrer la nouvelle que tu viens de lire ?

D Vocabulaire : autour du mot « société »

Le mot « société vient du latin socius : « associé, compagnon »

Complète les phrases avec les mots suivants, en les accordant si nécessaire (tu
chercheras leur sens dans un dictionnaire si besoin) :

social, socialiser, sociable, socioprofessionnel, socioculturel, association, sociologue,


asocial

a. Il aime la compagnie, il est d’un caractère …………………….. .

b. Il étudie les faits sociaux humains, c’est un …………………….. .

c. Ils font partie d’une …………………….. de consommateurs.

d. Les manifestants ont des revendications …………………….. .

e. La population est classée en professions et catégories …………………….. .

f. Un individu non adapté à la vie en société est …………………….. .

g. Cette personne a du mal à s’intégrer à un groupe, nous tentons de la ………………….. .

38 — © Cned, Français 3e
séance 4 — Séquence 2

E Vocabulaire : champs lexicaux et expressions

Les expressions suivantes ont un rapport avec le texte que tu viens de lire.

1- Regroupe-les en deux champs lexicaux.

2- Donne un titre à chaque champ lexical ainsi créé.

a. l’action humanitaire

b. faire la manche

c. en centre d’hébergement

d. secourir les plus démunis

e. l’exclusion sociale

f. la soupe populaire

g. le bénévolat

h. être en situation de précarité

i. faire une collecte

La séance suivante porte sur une nouvelle qui n’est pas reproduite ici pour des raisons liées au
respect du droit d’auteur. Il s’agit de « L’intruse », d’Éric-Emmanuel Schmitt, publiée dans le
recueil Odette Toulemonde et autres histoires aux Éditions Albin Michel en 2006.

© Cned, Français 3e — 39
Séquence 2 — séance 5

Séance 5
Comprendre la nouvelle L’intruse et le rôle du point de vue

Durée : 1h30

Prends ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.

A Les personnages et la situation

1- Qui est le personnage principal de cette nouvelle ?

2- a) Quel problème cette personne rencontre-t-elle au début de la nouvelle ?

b) Qui appelle-t-elle ?

3- Quels types de phrases sont utilisés dans les premières lignes ?

4- Quel état d’esprit du personnage traduisent-elles ?

5- Lignes 210-240 : Comment réagit-elle à certaines questions des policiers ?

6- Quelles informations sur sa propre vie leur donne-t-elle ? Quel âge a-t-elle, d’après tout
ce qu’elle dit aux policiers lors de leur première rencontre ?

7- Lignes 265 et suivantes : Qui vient lui rendre visite ? Quel service lui rend-il ?

8- Ligne 293 : En quoi cette phrase donne-t-elle un indice sur la signification de la nouvelle ?

B Les points de vue

1- Lignes 323-324 : que ressent Odile ?

2- Lignes 360-402 :

a) Qui vient rendre visite à Odile ?

b) Quels sentiments éprouve-t-elle vis-à-vis de Charles ? Vis-à-vis de Yasmine ? Justifie ta


réponse par des exemples du texte.

3- Que souhaite faire Charles ? Comment Odile réagit-elle ?

4- Qui est finalement l’intruse ? Relève des indices dans l’ensemble de la nouvelle.

5- À travers quel point de vue l’histoire nous est-elle racontée jusqu’à la ligne 529 ?

6- Le narrateur adopte-t-il à partir de la ligne 530 le point de vue d’un personnage en


particulier ?

40 — © Cned, Français 3e
séance 5 — Séquence 2

j ’approfondis
Les points de vue du narrateur
 Rappel : identifier le point de vue dans un texte narratif, c’est répondre à la question :
« qui voit la scène ? »
- le point de vue interne :
Tout est perçu à travers le regard d’un personnage.
- le point de vue externe :
Les faits et les personnages sont présentés à travers le regard d’un témoin extérieur à
la scène. L’information est limitée à ce qui se voit de l’extérieur.
- le point de vue omniscient (du latin omnis « tout » et scio « savoir »)
Le narrateur a une vue d’ensemble sur l’espace, le temps et les personnages dont il
connaît les pensées, les projets….

 Changer de point de vue.


Dans un texte narratif, le point de vue n’est pas toujours le même : le narrateur le
choisit selon les passages en fonction de l’effet qu’il veut obtenir sur son lecteur.
Ainsi, dans L’intruse, la chute repose sur un basculement de point de vue. En effet, le
point de vue adopté est interne à Odile dans la plus grande partie de la nouvelle : le
lecteur ne connait la réalité de cette femme que par la perception qu’elle-même en a.
Cependant, dans la dernière partie de la nouvelle, le point de vue du narrateur devient
omniscient et le lecteur s’aperçoit alors que la réalité d’Odile est tout autre que celle
dont il avait connaissance jusque-là, et lui fait interpréter différemment tout ce qu’il
vient de lire.

C Écriture : paragraphe synthétique


Pour répondre à cette question, appuie-toi sur tes réponses précédentes. La réponse à cette question
doit te permettre de construire un paragraphe synthétique. Relis si besoin le petit point méthode de
la séance 1.
Cette nouvelle s’intitule « l’Intruse » : d’après tout ce que tu viens de découvrir dans ce
début de texte, qui est l’intruse ? Explique en détails.

D Dictée
Écoute attentivement le texte de la piste 4 qui va être donné en dictée.

© Cned, Français 3e — 41
Séquence 2 — séance 6

Séance 6
Les reprises anaphoriques
Durée : 1h30
Prends ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.

A Observer
Relis les lignes 359 à 402 de la nouvelle L’intruse en t’intéressant plus spécifiquement au
personnage de Yasmine :
1- à travers le point de vue de quel personnage est-elle vue ?
2- Relève les mots qui la désignent. Quelle image d’elle donnent ces mots ?

Lis et mémorise le « Je retiens » suivant et fais ensuite les exercices demandés.

j e retiens Les reprises anaphoriques


On nomme reprises anaphoriques des noms, groupes nominaux ou pronoms qui
désignent des éléments (personnes ou choses) déjà mentionnés dans le texte.
 Ces reprises permettent :
- d’éviter les répétitions : J’ai vu la Joconde au Louvre. J’adore cette œuvre d’art.
- d’enrichir le sens des textes en ajoutant des informations : Le professeur appela les
parents d’Étienne. Monsieur Richard voulait leur parler de son travail.
- de livrer un point de vue sur un personnage, un lieu : Il appela l’enfant. Ce gamin
avait osé lui répondre !
 Elles peuvent se faire avec :
- le même nom et un déterminant précis : Elle voit un tableau, et ce tableau lui plait.
- un synonyme : Elle décide d’acheter cette peinture.
- un terme générique (qui désigne un grand ensemble d’éléments) reprenant un
nom spécifique : Cette œuvre d’art lui plait beaucoup.
- une périphrase : Elle ne se lasse pas d’admirer la toile aux couleurs vives.

B Repérer

Lis attentivement le texte suivant et fais ce qui est demandé ensuite.


La sœur du narrateur prépare des plats étranges.
Baptiste1 était parvenue à décapiter je ne sais combien d’escargots, et elle avait piqué ces
têtes molles de petits chevaux, avec un cure-dents, je pense, sur autant de beignets : quand
on les servit à table, on crut voir une troupe de cygnes minuscules. Ce qui impressionnait
plus encore que la vue de semblables friandises, c’était de penser au zèle, à l’acharnement
avec lesquels Baptiste les avait préparées, d’imaginer ses mains fluettes aux prises avec
ces menus corps d’animaux.

42 — © Cned, Français 3e
séance 6 — Séquence 2

La manière avec laquelle les escargots inspiraient la macabre imagination de notre sœur
nous poussa, mon frère et moi, à une révolte faite de solidarité avec ces pauvres bêtes
torturées, de dégoût pour leur saveur et de fureur contre tout et contre tous.

Italo Calvino, Le Baron perché, 1957.

1. « Baptiste « : c’est le nom de la sœur du narrateur.

1- Le nom « escargots » est surligné en vert :

a) Souligne dans le texte les différentes reprises anaphoriques de ce nom.

b) Encadre les pronoms et les déterminants qui désignent les escargots.

2- Parmi les mots que tu as soulignés, lesquels sont un terme générique ?

3- Surligne une reprise anaphorique du nom surligné en rose.

4- Invente deux groupes nominaux pour reprendre le nom « Baptiste » et traduire ce que le
narrateur pense de sa sœur.

C S’exercer
1- Associe chaque nom de la liste de gauche à une ou plusieurs reprises nominales de la liste
de droite :

 une manifestation sportive


 un concurrent
 une ségrégation
un rival 
 une conjuration
une compétition 
 un compétiteur
un complot 
 un concours
une dispute 
 un différend
une discrimination 
 un litige
 un compétiteur
 une conspiration

2- Fais suivre ces phrases d’une autre phrase contenant une reprise nominale des mots
soulignés, conformément à l’objectif indiqué entre parenthèses.

a) La vieille dame appelle Jérôme depuis sa fenêtre. (information)

b) Ils ne se décidaient pas à quitter la plage. (description)

c) La vendeuse s’avança vers la cliente. (opinion)

3- Écriture :

En utilisant le texte étudié en début de séance, raconte à ton tour un repas au cours
duquel on te sert un plat qui te répugne.

Choisis un aliment que tu pourras reprendre avec des termes différents. Cherche des
adjectifs qui provoquent le dégoût.

© Cned, Français 3e — 43
Séquence 2 — séance 6

Vérifie que :

- tu as écris une narration.

- tu as utilisé les reprises anaphoriques.

- tu as varié ton vocabulaire en utilisant des synonymes.

- tu as su rendre ton texte vivant grâce à la ponctuation et à la précision du vocabulaire.

Ensuite, lis dans ton livret de corrigés un exemple de ce qu’il était possible d’écrire.

44 — © Cned, Français 3e
séance 7 — Séquence 2

Séance 7
Comprendre la visée de la nouvelle L’intruse
Durée : 1h
Prends ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.
Relis le passage de la ligne 530 à la fin du texte et réponds aux questions :
1- Qui est Yasmine ?

2- Quels autres personnages sont présentés dans cet extrait ?

3- Quels sont leurs liens familiaux ?

4- Quel personnage est absent à la fin de la nouvelle ?

5- a) De quelle maladie ce personnage est-il atteint ?

b) En quoi consiste cette maladie ?

6- Retrouve (en relisant si besoin la première partie de la nouvelle) deux faits qui, interprétés
après avoir lu la fin de la nouvelle, sont des symptômes de cette maladie.

7- Quelle est la visée de cette nouvelle ? Que cherche-t-elle à faire comprendre au lecteur ?

Rédige un paragraphe complet et construit, en t’aidant de toutes tes réponses


précédentes et de l’image ci-dessous.

© Pierre-Yves Viray

Prends ton livret de corrigés pour lire un exemple de ce qu’il était possible d’écrire.
© Cned, Français 3e — 45
Séquence 2 — séance 8

Séance 8
Des homophones grammaticaux : du/dû et cru/crû
Durée : 1h

Prends ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.

A Observation

Dans les phrases suivantes, dis si les termes soulignés sont des formes verbales ou non. Si
oui, donne leur infinitif.

a) « Odile avait cru à un tour de son imagination ».

b) « Le nombre avait dû se montrer plus élevé. »

c) Il est allé chercher du travail à l’étranger.

d) Le prix de l’essence a beaucoup crû ces derniers temps.

Les mots que tu viens d’observer se ressemblent au niveau du son 2 par 2. Ce sont des
homophones.

Rappel : Les homophones sont des mots qui se prononcent de la même manière mais se
différencient par l’écriture.

Apprends le « Je retiens » suivant et fais les exercices :

46 — © Cned, Français 3e
séance 8 — Séquence 2

j e retiens Les homophones du/dû et cru/crû

B Application
Choisis la forme qui convient pour compléter les phrases :

a) J’ai …….....… comprendre que tu allais escalader le sommet …….....… piton rocheux ?

b) As-tu apporté …….....… pain pour le dîner ?

c) Non, mais j’aurais …….....… le faire.

d) J’avais …….....… bien apprendre ma leçon, mais j’ai eu une mauvais note.

e) La végétation a beaucoup …….....… depuis l’été dernier.

© Cned, Français 3e — 47
Séquence 2 — séance 9

Séance 9
Une nouvelle pour réfléchir
Durée : 1h
Prends ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.
Lis le texte et réponds aux questions.
Pour des raisons liées au respect du droit d’auteur, le texte n’est pas reproduit ici. Il s’agit de
la nouvelle de Mikaël Ollivier « La maison verte » in Nouvelle re-vertes © Éditions Thierry
Magnier, 2008.

A Un récit « écologique » et des personnages exemplaires


1- Qui est le narrateur de cette histoire ?
2- Pour quelle raison ses parents ont-ils décidé d’obtenir le « label Maison verte » ?
3- Que font-ils pour cela ? Justifie ta réponse par des exemples du texte.
4- Lignes 3-5 ; 12-13 ; 23-26 ; 32-34 :
a) Que signifie l’usage des italiques ?
b) Pourquoi l’infinitif est-il employé dans ces mêmes lignes ?
5- Quels sont les éléments qui montrent que ces enfants pourraient être des exemples à
suivre ?
6- Quelles sont les innovations technologiques dans le texte ?
7- À quels problèmes actuels te paraissent-elles répondre ?

B Le message sous-entendu
1- Explique la dernière phrase du texte : pourquoi le père scintille-t-il ?
2- Relis les lignes 31 à 35 : quel est l’élément qui annonce cette chute ?
3- Explique l’effet produit par les derniers mots de la nouvelle.
4- À quel âge le père sera-t-il à la retraite ? Pourquoi ?
5- Finalement, quelle est la thèse* défendue par le texte ?

C Vocabulaire - écriture
1- Donne la définition de ce que serait, selon toi, l’ « écocivisme ».
2- Trouve trois mots formés avec le préfixe éco- et emploie-les chacun dans une phrase qui
en éclaire le sens.
3- En t’appuyant sur tes réponses précédentes et tes connaissances sur l’environnement,
explique en quelques phrases pourquoi ce texte est toujours d’actualité.

48 — © Cned, Français 3e
séance 10 — Séquence 2

Séance 10
Je m’évalue

Durée : 1h

Comme à la fin de chaque séquence, tu vas faire un bilan de ce que tu as appris. Cela te permettra

de faire le point sur ce que tu dois savoir, et ce que tu dois être capable de faire pour le devoir.

Complète maintenant le tableau suivant. Tu peux bien sûr utiliser ton cours si tu as oublié quelque

chose. Quand tu auras fini, prends le corrigé afin de vérifier tes réponses. Il est très important que

ce tableau de synthèse ne comporte pas d’erreur.

Je connais Je suis capable de


 La différence entre connotation et  Définir la dénotation et la connotation
dénotation : du mot feu, en l’employant dans deux
phrases différentes :
La dénotation est ……………………….
d’un mot ou d’une expression. - dénotation ……………………………………
La connotation d’un mot est …………………………………………..………
………………………. qu’on lui
- connotation : ………………………….…….
………………………. .
…………………………………………..………
Un certain nombre de nouvelles :  Citer au moins une nouvelle issue de
cette séquence :
 Je sais que l’auteur les écrit parfois pour
développer des idées. …………………………………...……………..
 Expliquer le but de l’auteur qui a écrit
cette nouvelle
…………………………………………..………
…………………………………………..………
……………………………………………..……

© Cned, Français 3e — 49
Séquence 2 — séance 10

Les reprises anaphoriques :  Remplacer trois occurrences du


pronom elle par des reprises variées qui
 Ce sont des ………………. ou ………………
apporteront des renseignements sur le
qui désignent des éléments déjà
personnage.
mentionnés dans le texte.
Elle l’avait aimé son Baptiste dès le début,
 Elles permettent :
………………………………………………...…
- d’éviter les ……………..……….....…………
ou presque. Pendant les premières années
- d’……………………….. le sens des textes.
…………………………………...………………
- de livrer un ……………...............…………
de leur mariage elle l’accompagnait aux
………………………………………...…………
champs pour lui donner la main. Mais depuis
………………………………...…………………
bien longtemps, elle n’en avait plus la force.
……………………...……………………………
Alors elle l’attendait, veillant à ce que le café
…………………………………...………………
soit toujours chaud, sans jamais être
bouillant.
Pascal Mérigeau, Quand Angèle fut seule,
1983.
 La différence entre du/dû et cru/crû  Compléter les phrases suivantes :
Ce sont des ………………..................…. . a) Comme il y avait trop de bruit, j’ai
……………… m’arrêter de parler.
Crû et dû sont des ………..…….........…. .
b) Ils sont partis sans réclamer leur
Cru est le ……………….. ……………… du
……………… .
verbe …………………. .
c) Il a ……………… son copain, il lui a fait
Du est un ……………………..........……… .
confiance.
d) Les plantes du jardin ont ………………
très vite.

50 — © Cned, Français 3e
Sommaire
Séquence 3
La poésie engagée
Durée approximative : 10 h

Séance 1 S’engager pour résister

Séance 2 S’engager pour le souvenir

Séance 3 Connaître l’épreuve du D.N.B.

Séance 4 S’engager pour l’environnement

Séance 5 Le participe présent et l’adjectif verbal

Séance 6 Défendre une idée

Séance 7 S’engager pour un peuple

Séance 8 Les différentes classes grammaticales du mot que

Séance 9 Je m’évalue

Socle commun

Durant cette séquence, tu auras l’occasion de développer tes connaissances et de travailler des items
des compétences ci-dessous.

Compétence 1 : La maîtrise de la langue française


- Repérer les informations dans un texte à partir des éléments explicites et des éléments
implicites nécessaires
- Dégager, par écrit ou oralement, l’essentiel d’un texte lu
- Écrire lisiblement un texte en respectant l’orthographe et la grammaire
- Rédiger un texte bref, cohérent et ponctué, en réponse à une question ou à partir d’une
consigne donnée

Compétence 5 : La culture humaniste


- Établir des liens entre les œuvres (littéraires, artistiques) pour mieux les comprendre.

62 — © Cned, Français 3e
séance 1 — Séquence 3

Séance 1
S’engager pour résister

Durée : 1 h 30

Je peux lire aussi


- La résistance en poésie, Classiques et contemporains,
Magnard, 2008
- Poésie et engagement, Classiques Hatier, 2008
- La poésie engagée, Belin, 2009

© Cned/ N. Julo

Dans cette séquence, tu vas être amené à lire des poèmes de formes différentes, comprendre
pourquoi l’auteur les écrit et ce qu’il cherche à faire comprendre au lecteur. Ce sera l’occasion de
réutiliser un vocabulaire propre à la poésie que tu as déjà abordé les années précédentes.

Dans cette séance, tu vas pouvoir étudier le vers libre et comprendre ce qu’est un poème en faveur
de la résistance.

Prends une nouvelle page dans ton cahier. En haut, note le numéro et le titre de la séquence en
rouge. Encadre-les.

Saute deux lignes, puis note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.

© Cned, Français 3e — 63
Séquence 3 — séance 1

j e sais déjà

Lis le poème suivant et réponds aux questions. Tu peux aussi l’écouter à la piste 6 de ton CD.
Courage

Paris a froid Paris a faim


Paris ne mange plus de marrons dans la rue
Paris a mis de vieux vêtements de vieille
Paris dort tout debout sans air dans le métro 1
5 Plus de malheur encore est imposé aux pauvres
Et la sagesse et la folie
De Paris malheureux
C'est l'air pur c'est le feu
C'est la beauté c'est la bonté
10 De ses travailleurs affamés
Ne crie pas au secours Paris
Tu es vivant d'une vie sans égale
Et derrière la nudité
De ta pâleur de ta maigreur
15 Tout ce qui est humain se révèle en tes yeux
Paris ma belle ville
Fine comme une aiguille forte comme une épée
Ingénue 2 et savante
Tu ne supportes pas l'injustice
20 Pour toi c'est le seul désordre
Tu vas te libérer Paris
Paris tremblant comme une étoile
Notre espoir survivant
Tu vas te libérer de la fatigue et la boue
25
64 Frères
— © Cned,ayons
Françaisdu
3e courage
Nous qui ne sommes pas casqués
Ni bottés ni gantés ni bien élevés
Un rayon s'allume en nos veines
Fine comme une aiguille forte comme une épée
Ingénue 2 et savante
Tu ne supportes pas l'injustice
20 Pour toi c'est le seul désordre séance 1 — Séquence 3
Tu vas te libérer Paris
Paris tremblant comme une étoile
Notre espoir survivant
Tu vas te libérer de la fatigue et la boue
25 Frères ayons du courage
Nous qui ne sommes pas casqués
Ni bottés ni gantés ni bien élevés
Un rayon s'allume en nos veines
Notre lumière nous revient
30 Les meilleurs d'entre nous sont morts pour nous
Et voici que leur sang retrouve notre cœur
Et c'est de nouveau le matin un matin de Paris
La pointe de la délivrance
L'espace du printemps naissant
35 La force idiote a le dessous 3
Ces esclaves nos ennemis
S'ils ont compris
S'ils sont capables de comprendre
Vont se lever.

Paul Eluard, Au rendez-vous allemand (1944)


© Les Éditions de minuit (2012).

1. " dans le métro" : les Parisiens se réfugiaient dans le métro, durant les alertes aux bombardements.
2. "ingénue" : d'une sincérité innocente (non calculée).
3. "la force idiote a le dessous" : l'année 1943 signe le début du déclin de l'armée nazie.

A L’entrée dans le récit


1- Revois le « je sais déjà » sur le texte poétique :
a) Retrouves-tu les caractéristiques des vers données dans le schéma ?
b) Que peux-tu dire sur la longueur des vers dans ce poème ?

Tu peux maintenant vérifier toutes tes réponses dans le corrigé avant de lire et de mémoriser le
« Je retiens » suivant.

j e retiens Le vers libre


Un poème en vers libres est un poème qui ne présente aucune structure régulière : ni
vers mesurés, ni rimes, ni strophes. Cependant, il conserve certaines caractéristiques du
vers : au minimum, la présence d’alinéas d’une longueur inférieure à la phrase, grâce à
quoi le vers libre reste identifiable comme vers.

2- Vers 12 à 24 : À qui le poète s’adresse-t-il ?


3- « Ne crie pas au secours Paris
Tu es vivant d’une vie sans égale. » (v. 11-12)
a) Comment la ville de Paris est-elle considérée ?
b) Comment appelle-t-on cette figure de style * ?

© Cned, Français 3e — 65
Séquence 3 — séance 1

4- Surligne dans le texte tous les mots « Paris ».

a) Où se situent ces termes dans les 4 premiers vers ?

b) Quel est l’effet produit ?

c) Comment appelle-t-on cette figure de style ?

Tu peux maintenant vérifier toutes tes réponses dans le corrigé avant de lire le « J’approfondis»
suivant.

j ’approfondis
Les figures de style
Tu peux consulter cette page Internet du collège Lezay-Marnesia de Strasbourg pour
réviser les figures de style :
http://www.col-lezay-marnesia-strasbourg.ac-strasbourg.fr/
Dans la colonne de droite, à la rubrique « français», clique sur « le livre des figures ».

B Le sens et la portée du poème


Ce poème, avec d’autres, a été publié en 1943, dans la clandestinité.

1- En te référant au cours d’histoire (Séquence 4, séances 3 et 4), explique ce que le poète


évoque dans ce poème.

2- Vers 25 : « Frères ayons du courage »

a) À qui s’adresse le poète ?

b) À quel mode le verbe est-il conjugué ? Pourquoi ?

3- Vers 13-22 :

a) Souligne les termes qui montrent que Paris est affaiblie.

b) Entoure les comparaisons.

c) Explique ces comparaisons.

4- Quel espoir le poète exprime-t-il dans les vers 35 à 39 ?

Vérifie tes réponses dans le corrigé avant de lire et mémoriser le « Je retiens » suivant.

j e retiens L’engagement littéraire


On appelle engagement l’attitude qui consiste à mettre son œuvre au service d’une
cause, à prendre position dans un contexte précis.
La littérature engagée a pour mission d’exprimer les préoccupations de son époque et
de guider les hommes vers la liberté d’agir et de penser.

66 — © Cned, Français 3e
séance 1 — Séquence 3

C Prolongement
Écoute « Le chant des partisans » en le cherchant sur Internet : tu le trouveras interprété
par Yves Montand, Anna Marly, ou encore, dans une version plus moderne par le groupe
Zebda.

Fais également des recherches sur l’origine de ce chant, les circonstances dans lesquelles il
a été écrit.

1- Quels liens peux-tu établir entre cette chanson et le poème d’Eluard ?

2- Quelle est, selon toi, la force d’une chanson pour faire passer un message ?

D Écriture
À ton tour, écris un court poème d’espoir, en vers libres, sur le thème du courage :

- Tu t’adresseras à un pays, à une ville qui a subi une guerre, une grande catastrophe…

- Tu personnifieras ce lieu.

- Tu utiliseras l’anaphore « tu vas… tu vas… », comme dans le poème d’Eluard.

Lis dans le corrigé un exemple de ce qu’il était possible d’écrire avant de poursuivre ton travail.

E Oral
Apprends par cœur les 15 premiers vers de ce poème et récite-le à un proche.

© Cned, Français 3e — 67
Séquence 3 — séance 2

Séance 2
S’engager pour le souvenir

Durée : 1h

Dans cette séance, tu vas découvrir un poème engagé qui dénonce la déportation au cours de la
deuxième guerre mondiale.

Prends ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.

Lis le texte et réponds aux questions.


Pour des raisons liées au respect du droit d’auteur, le texte n’est pas reproduit ici. Il s’agit de
la chanson de Jean Ferrat Nuit et brouillard © 1980 by Productions Alleluia © 1963 by
Productions Gérard Meys.

A Identifier les personnages


1- Vers 1 à 24 : Quels sont les termes qui désignent les victimes de la déportation ?

2- À quoi sont-elles réduites ?

3- Qu’apprend-on de nouveau dans la deuxième strophe ?

4- Vers 14-16 : Jean Ferrat rend-il hommage uniquement aux déportés juifs ? Justifie ta
réponse.

5- Vers 25-27 :

a) Qui est désigné par le pronom personnel « on » ?

b) Que conseille-t-on au poète ? Pourquoi ?

6- Quelle phrase montre qu’il s’indigne ? Que décide-t-il alors de faire ?

B Rendre hommage
1- Vers 31-32 :

a) Qui est désigné par le pronom « vous » ? À qui Jean Ferrat s’adresse-t-il donc
directement ?

b) Quel rôle l’auteur donne-t-il alors à sa chanson ?

2- Quelles sont donc les intentions du chanteur à travers les vers 31-32 ? Réponds à cette
question en développant ta réponse et en reprenant les idées données par les deux
questions précédentes.

Vérifie tes réponses dans le corrigé avant de poursuivre ton travail.

68 — © Cned, Français 3e
séance 2 — Séquence 3

le coin des curieux

Connecte-toi sur Internet, et cherche la chanson de Jean Ferrat.

Tu pourras notamment être attentif au rythme de la musique, pour observer comment elle

suit les idées du chanteur.

© Cned, Français 3e — 69
Séquence 3 — séance 3

Séance 3
Connaître l’épreuve du D.N.B.
Durée : 1h
Le sujet de fin de séquence sera un sujet très proche de ce qui te sera demandé au brevet. Tu vas
maintenant découvrir sous quelle forme se présente l’épreuve de français de cet examen que tu
passeras à la fin de l’année. Tu vas aussi découvrir ce qu’est le sujet de réflexion que tu n’as encore
jamais traité.
1- Les parties du sujet :

a) Questions de compréhension sur un texte : sur 15 points

b) Réécriture et dictée : sur 10 points


1 heure et 30 mn
Il s’agit ici d’évaluer l’orthographe par un exercice de réécriture avec
des consignes précises (changer de personne, de temps…), et ensuite
par une dictée.

c) Rédaction : sur 15 points

Deux sujets sont alors proposés, au choix :

- un sujet d’imagination 1 heure et 30 mn

- un sujet de réflexion, en lien avec l’initiation à l’argumentation faite


dans les séquences

2- S’entraîner au sujet de réflexion de la rédaction :

Voici un sujet tel qu’il pourrait être donné au Brevet des collèges. Ce premier sujet va te permettre
de découvrir ce que l’on attend de toi.
Sujet : Est-il important de rappeler à la mémoire certains épisodes particulièrement noirs
de l’histoire ?

Aucune consigne n’accompagnera le sujet, exceptée la longueur attendue (deux pages). Ce


sera à toi de savoir que le texte que tu écriras devra être structuré en paragraphes et être
argumenté : il devra être constitué d’arguments et illustré par des exemples.

j e retiens Le paragraphe argumenté


Un paragraphe argumenté répond à une question en donnant des raisons, en les
illustrant d’exemples.
Il se construit de manière logique pour convaincre le lecteur.
Il contient trois éléments :
- L’idée principale ou thèse*.
- Les arguments* : ce sont les raisons qui permettent de soutenir l’idée principale.
- Les exemples : ce sont les illustrations concrètes des arguments.

70 — © Cned, Français 3e
séance 3 — Séquence 3

3- Méthode :

a) Avant de répondre, il faut choisir sa position : nous considérons que la réponse est OUI.

Ce sera la thèse : Oui, il est important de rappeler à notre mémoire certains épisodes
particulièrement noirs de l’histoire.

b) Ensuite, il faut trouver des arguments pour justifier cette idée.

c) Une fois les arguments trouvés, tu chercheras des exemples concrets parmi les faits
historiques que tu connais.

4- Entraînement :

Classe les phrases suivantes en arguments ou exemples en faisant un tableau :

- La lecture instruit le lecteur.

- Mon ami m’a aidé quand j’étais dans le besoin.

- Le sport est nécessaire à une bonne hygiène de vie.

- Je cours dans la campagne au moins trois fois par semaine.

- La solidarité est la preuve que nous pouvons donner sans attendre quelque chose en retour.

- La violence ne résout pas les conflits.

Arguments Exemples

5- Pour le sujet proposé plus haut – début de la partie 2 -, formule deux arguments à l’appui
de la thèse choisie plus bas : Oui, il est important de rappeler à notre mémoire certains
épisodes particulièrement noirs de l’histoire.

6- Pour chaque argument, trouve au moins un exemple.

7- Rédige ton texte en pensant à l’introduire par une phrase exprimant ta thèse, et à le
terminer par une phrase de conclusion.

Vérifie tes réponses dans le corrigé et lis un exemple de ce qu’il était possible d’écrire avant de
poursuivre ton travail.

© Cned, Français 3e — 71
Séquence 3 — séance 4

Séance 4
S’engager pour l’environnement
Durée : 1h30

Prends ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.
Dans le poème suivant, tu vas pouvoir découvrir les liens entre engagement et environnement en
poésie.
Lis le poème suivant et réponds aux questions.
Docilité

1 La forêt dit : « C'est toujours moi la sacrifiée,


On me harcèle, on me traverse, on me brise à coups de hache,
On me cherche noise1, on me tourmente sans raison,
On me lance des oiseaux à la tête ou des fourmis dans les jambes,
5 Et l'on me grave des noms auxquels je ne puis m'attacher.
Ah ! on ne le sait que trop que je ne puis me défendre
Comme un cheval qu'on agace ou la vache mécontente.
Et pourtant je fais toujours ce qu'on m'avait dit de faire.
On m'ordonna : « Prenez racine. » Et je donnai de la racine tant que je pus.
10 « Faites de l'ombre. » Et j'en fis autant qu'il était raisonnable.
« Cessez d'en donner l'hiver. » Je perdis mes feuilles jusqu'à la dernière.
Mois par mois et jour par jour je sais bien ce que je dois faire,
Voilà longtemps qu'on n'a plus besoin de me commander.
Alors pourquoi ces bûcherons qui s'en viennent au pas cadencé ?
15 Que l'on me dise ce qu'on attend de moi, et je le ferai,
Qu'on me réponde par un nuage ou quelque signe dans le ciel,
Je ne suis pas une révoltée, je ne cherche querelle à personne.
Mais il semble tout de même que l'on pourrait bien me répondre
Lorsque le vent qui se lève fait de moi une questionneuse. »

Jules Supervielle, in La Fable du monde, (1938) © Éditions Gallimard


« Tous les droits d’auteur de ce texte sont réservés. Sauf autorisation, toute
utilisation de celui-ci autre que la consultation individuelle et privée est interdite » www.gallimard.fr

Note :
1- « noise » (v.3) : querelle, dispute.

A Identifier une victime


1- Qui prend la parole ?
2- Quelle est alors la figure de style utilisée ici ?
3- a) Comment se considère celle qui prend la parole ?
b) Relève le mot du v. 1 qui le prouve.
c) Comment ce mot est-il mis en valeur ?

72 — © Cned, Français 3e
séance 4 — Séquence 3

4- Observe les vers 2 à 5 :


a) Quelle remarque peux-tu faire sur la construction des phrases, en observant
particulièrement les sujets et les verbes ?
b) Que représente « me » ? Quelle est sa fonction dans la phrase ?
c) Qui est représenté par le pronom « on » ?
d) Quelles « actions » le « on » fait-il ?
e) Qui subit ces actions ?
f) En quoi la forêt est-elle donc une victime ?
Tu peux maintenant vérifier toutes tes réponses dans le corrigé avant de lire le « Je sais déjà »
suivant.

B Le discours et sa visée

j e sais déjà
Les connecteurs logiques
Les connecteurs sont des mots choisis en fonction du rapport logique établi :
 s’il s’agit de préciser l’ordre des éléments, on utilisera :
pour commencer : d’abord, premièrement, en premier lieu
pour poursuivre : en outre, puis, de plus, par ailleurs, ensuite, de surcroît
pour terminer : enfin, en dernier lieu, en définitive, en conclusion...
 s’il s’agit d’illustrer une idée par un exemple, on emploiera : ainsi, par exemple,
notamment, comme...
 s’il s’agit de marquer une opposition, on utilisera : or, pourtant, en revanche, mais...
 s’il s’agit d’indiquer une cause, on utilisera : car, parce que, puisque...
 s’il s’agit d’indiquer une conséquence, on utilisera : c’est pourquoi, donc, par
conséquent...
1- Vers 8 : « et pourtant » :
a) Quel lien logique est exprimé ici ?
b) Que cherche à montrer la forêt ?
2- Vers 9-11 : Observe la structure de ces vers :
On m’ordonna : « Prenez racine. » Et je donnai de la racine tant que je pus.
« Faites de l’ombre. » Et j’en fis autant qu’il était raisonnable.
« Cessez d’en donner l’hiver. » Je perdis mes feuilles jusqu’à la dernière.
a) Trace un trait vertical pour séparer chaque vers en deux parties en tenant compte de la
ponctuation.
b) Qu’exprime la première partie de chaque vers ? La deuxième ?
c) Que signifie le terme « docilité » ?
d) En quoi ces vers illustrent-ils donc le titre du poème ?

© Cned, Français 3e — 73
Séquence 3 — séance 4

C Une requête
1- Vers 14 :
a) Quelle interrogation la forêt formule-t-elle ici ?
b) Pourquoi ne comprend-elle pas ce qui lui arrive ?
2- Vers 15-16 :
a) Quelle est la requête de la forêt ?
b) Surligne les formes verbales qui représentent cette requête. À quel mode sont conjugués
les verbes ?

D Bilan
Ce poème est extrait d’un recueil intitulé « La fable du monde ».
1- Quelles fables connais-tu ? Cite au moins deux titres.
2- Quel est le but d’une fable ?
3- En quoi ce poème s’apparente-t-il à une fable ?
4- Explique le sens du titre de ce recueil.
5- Quel est le message implicite de cette fable ?

Vérifie tes réponses dans le corrigé avant de continuer ton travail.

E J’approfondis :
Lis l’extrait du poème suivant écrit par Ronsard :
[…]
1 Écoute, bûcheron, arrête un peu le bras,
Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas,
Ne vois-tu pas le sang, lequel dégoutte à force
Des nymphes qui vivaient dessous la dure écorce ?
5 Sacrilège meurtrier, si on pend un voleur
Pour piller un butin de bien peu de valeur,
Combien de feux, de fers, de morts, et de détresses,
Mérites-tu, méchant, pour tuer des Déesses ?

Forêt, haute maison des oiseaux bocagers,


10 Plus le cerf solitaire et les chevreuils légers
Ne paîtront sous ton ombre, et ta verte crinière
Plus du soleil d'été ne rompra la lumière.
[…]
Adieu, vieille forêt, adieu, têtes sacrées,
De tableaux et de fleurs autrefois honorées,
15 Maintenant le dédain des passants altérés,
Qui brûlés en été des rayons éthérés,
Sans plus trouver le frais de tes douces verdures,
Accusent vos meurtriers et leur disent injures.
[…]

Ronsard, Elégies, XXIII, (1560).

74 — © Cned, Français 3e
séance 4 — Séquence 3

1- Qui Ronsard accuse-t-il du malheur de la forêt ?

2- Quel parallèle peux-tu faire entre ce poème et celui de Supervielle ?

F Écriture

Sans reprendre le thème du poème que tu viens d’étudier, fais parler un végétal ou un
animal qui s’interroge sur le sens de son existence.

FAIT
J’ai fait parler un végétal ou un animal
J’ai utilisé des liens logiques
J’ai utilisé le discours direct pour faire parler le végétal ou l’animal
J’ai employé des phrases interrogatives

Lis dans le corrigé un exemple de ce qu’il était possible d’écrire.

© Cned, Français 3e — 75
Séquence 3 — séance 5

Séance 5
Le participe présent et l’adjectif verbal
Durée : 1h00
Prends ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.
Dans cette séance, tu vas apprendre à différencier le participe présent de l’adjectif verbal.

A Observation
Lis les extraits suivants des poèmes que tu as lus dans les séances précédentes :
a) « Paris tremblant »
b) « Notre espoir survivant »
(Courage, Eluard.)
c) « Nus et maigres tremblants »
d) « Que le sang sèche vite en entrant dans l’histoire »
(Nuit et brouillard, Jean Ferrat.)
Observe les formes surlignées :
1- Quelles sont celles qui peuvent être mises au pluriel ?
2- Quelles sont celles qui complètent un nom ?
3- Quelle est celle qui est une forme verbale ?
Vérifie tes réponses dans le corrigé avant de lire et mémoriser le « Je retiens » suivant :

j e retiens Le participe présent et l’adjectif verbal


 Le participe présent est une forme verbale. Il se termine en -ant. C’est un mode
non personnel du verbe (il ne varie pas en personne, ne se conjugue pas). Il est
donc invariable.
Ex : L’usine fabriquant ces produits est fermée.
Associé à la préposition en, le participe présent forme le gérondif.
Il a donc les mêmes caractéristiques que le participe présent.
Cependant :
- le sujet du gérondif est toujours le même que celui de la proposition principale
- il a une fonction de complément circonstanciel (temps, manière, cause …)
Ex. : Elle l’a rencontré en sortant de la librairie.
 L’adjectif verbal est un adjectif directement dérivé du verbe. Il s’accorde en genre
et en nombre avec le nom auquel il se rapporte.
Ex. : « Nus et maigres tremblants »
Pour certains verbes, adjectif verbal et participe présent ont une orthographe
différente.
- participes en -guant adjectifs verbaux en -gant : naviguant/ navigant
- participes en -quant adjectifs verbaux en -cant : convainquant / convaincant
- participes en -ant adjectifs verbaux en -ent : précédant / précédent

76 — © Cned, Français 3e
séance 5 — Séquence 3

B Application

1- Dis si les termes soulignés sont des participes présents ou des adjectifs verbaux en
entourant la bonne réponse.

- Aujourd’hui, les nouveaux gadgets électroniques sont tentants.

Adjectif verbal / Participe présent

- Tremblant de trac, l’actrice est entrée en scène.

Adjectif verbal / Participe présent

- Beaucoup de gens restent hésitants.

Adjectif verbal / Participe présent

- Les spectateurs criaient, encourageant les joueurs.

Adjectif verbal / Participe présent

2- Pour chaque verbe à l’infinitif, donne le participe présent puis l’adjectif verbal, en les
orthographiant correctement :

Naviguer - précéder - provoquer - avancer

3- Utilise chacun de ces participes présents en les utilisant dans une phrase. Tu en utiliseras
trois au gérondif.

Exaspérant - partant - naviguant - avançant - communiquant - envoyant

Vérifie tes réponses dans le livret de corrigés, puis passe à la séance suivante.

© Cned, Français 3e — 77
Séquence 3 — séance 6

Séance 6
Défendre une idée
Durée : 1h00
Prends ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.
Lis le poème suivant qui met en scène l’idée de liberté et réponds aux questions :
Liberté
Sur la lampe qui s'allume
1 Sur mes cahiers d'écolier Sur la lampe qui s'éteint
Sur mon pupitre et les arbres Sur mes raisons réunies
Sur le sable de neige J'écris ton nom
J'écris ton nom
50 Sur le fruit coupé en deux
5 Sur toutes les pages lues Du miroir et de ma chambre
Sur toutes les pages blanches Sur mon lit coquille vide
Pierre sang papier ou cendre J'écris ton nom
J'écris ton nom
55 Sur mon chien gourmand et tendre
Sur les images dorées Sur ses oreilles dressées
10 Sur les armes des guerriers Sur sa patte maladroite
Sur la couronne des rois J'écris ton nom
J'écris ton nom
Sur le tremplin de ma porte
Sur la jungle et le désert 60 Sur les objets familiers
Sur les nids sur les genêts Sur le flot du feu béni
15 Sur l'écho de mon enfance J'écris ton nom
J'écris ton nom
Sur toute chair accordée
Sur les merveilles des nuits Sur le front de mes amis
Sur le pain blanc des journées 65 Sur chaque main qui se tend
Sur les saisons fiancées J'écris ton nom
20 J'écris ton nom
Sur la vitre des surprises
Sur tous mes chiffons d'azur Sur les lèvres attendries
Sur l'étang soleil moisi Bien au-dessus du silence
Sur le lac lune vivante 70 J'écris ton nom
J'écris ton nom
Sur mes refuges détruits
25 Sur les champs sur l'horizon Sur mes phares écroulés
Sur les ailes des oiseaux Sur les murs de mon ennui
Et sur le moulin des ombres J'écris ton nom
J'écris ton nom
75 Sur l'absence sans désir
Sur la solitude nue
30 Sur chaque bouffée d'aurore Sur les marches de la mort
Sur la mer sur les bateaux J'écris ton nom
Sur la montagne démente
J'écris ton nom Sur la santé revenue
80 Sur le risque disparu
78 Sur—©la Cned,
mousse des
Français 3e nuages Sur l'espoir sans souvenir
35 Sur les sueurs de l'orage J'écris ton nom
Sur la pluie épaisse et fade
J'écris ton nom Et par le pouvoir d'un mot
J'écris ton nom
75 Sur l'absence sans désir
Sur la solitude nue
30 Sur chaque bouffée d'aurore Sur les marches séance
de la mort
6 — Séquence 3
Sur la mer sur les bateaux J'écris ton nom
Sur la montagne démente
J'écris ton nom Sur la santé revenue
80 Sur le risque disparu
Sur la mousse des nuages Sur l'espoir sans souvenir
35 Sur les sueurs de l'orage J'écris ton nom
Sur la pluie épaisse et fade
J'écris ton nom Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Sur les formes scintillantes 85 Je suis né pour te connaître
Sur les cloches des couleurs Pour te nommer
40 Sur la vérité physique
J'écris ton nom Liberté

Sur les sentiers éveillés


Sur les routes déployées Paul Eluard, Poésies et vérités, (1942)
Sur les places qui débordent © Les Éditions de minuit (2012).
45 J'écris ton nom

A Observer / rechercher
Connecte-toi sur Internet et cherche des renseignements sur cette œuvre et son auteur :

1- Quand ce poème a-t-il été écrit ?

2- Dans quelles circonstances ?

3- Quel lien peux-tu alors faire avec le poème « Courage » étudié en séance 1 ?

B Comprendre
1- Combien de strophes compte ce poème ?

Pour faciliter la suite du travail, numérote-les au crayon à papier.

2- Ce sont des ……………………………….

3- a) Quelles remarques peux-tu faire sur la construction de ces strophes ?

b) Quelle figure de style déjà étudiée retrouves-tu ici ?

4- À qui le poète s’adresse-t-il ?

5- À partir de quel vers le comprend-on ?

6- Quel est l’effet produit ?

C Analyser
1- Quelles strophes évoquent la nature ?

2- À partir de la strophe 12, le déterminant de la première personne revient fréquemment :


surligne-le.

a) Quel univers est alors évoqué ?

b) Quel impact cela peut-il avoir sur le lecteur ?

© Cned, Français 3e — 79
Séquence 3 — séance 6

3- Observe l’image ci-dessous :

Fernand Léger (1881-1955), Liberté © ADAGP/ Centre Pompidou /


MNAM-CCI / Dist. RMN-Grand Palais.

a) Comment le mot « Liberté » est-il mis en valeur ?


b) Quels sont les mots qui sont répétés sur cette image ?
c) Que peux-tu dire sur le choix des couleurs ?
d) Quelle est l’importance du visage représenté ? Comment peux-tu caractériser son
regard ? De qui peut-il s’agir ?
4- Pourquoi Eluard écrit-il ce poème ?
5- Quelle idée développe-t-il ?

Compare tes réponses avec celles du corrigé.

80 — © Cned, Français 3e
séance 7 — Séquence 3

Séance 7
S’engager pour un peuple
Durée : 1h
Prends ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.
Pour connaître l’auteur du poème que tu vas lire ci-dessous, connecte-toi sur Internet au site
suivant : http://www.hommage-cesaire.net/
Clique ensuite sur « Aimé Césaire » et lis la page qui présente sa biographie. Sélectionne les
informations les plus importantes et écris ensuite un court paragraphe de présentation de cet
auteur en mettant en avant les caractéristiques essentielles de son œuvre.
Lis dans le corrigé un exemple de paragraphe qui pouvait être écrit, puis lis le poème suivant tout en
l’écoutant à la piste 7 de ton CD et réponds aux questions :
ô lumière amicale
ô fraîche source de la lumière
ceux qui n'ont inventé ni la poudre ni la boussole
ceux qui n'ont jamais su dompter la vapeur ni l'électricité
5 ceux qui n'ont exploré ni les mers ni le ciel
mais ceux sans qui la terre ne serait pas la terre
gibbosité1 d'autant plus bienfaisante que la terre déserte
davantage la terre
silo où se préserve et mûrit ce que la terre a de plus terre
10 ma négritude n'est pas une pierre, sa surdité ruée contre la clameur du jour
ma négritude n'est pas une taie2 d'eau morte sur l'œil mort de la terre
ma négritude n'est ni une tour ni une cathédrale

15 elle plonge dans la chair rouge du sol


elle plonge dans la chair ardente du ciel
elle troue l'accablement opaque de sa droite patience.

Eia3 pour le Kaïlcédrat 4 royal !


Eia pour ceux qui n'ont jamais rien inventé
20 pour ceux qui n'ont jamais rien exploré
pour ceux qui n'ont jamais rien dompté

mais ils s'abandonnent, saisis, à l'essence de toute chose


ignorants des surfaces mais saisis par le mouvement de toute chose
insoucieux de dompter, mais jouant le jeu du monde

véritablement les fils aînés du monde


25 poreux5 à tous les souffles du monde
aire fraternelle de tous les souffles du monde
lit sans drain6 de toutes les eaux du monde
étincelle du feu sacré du monde
chair de la chair du monde palpitant du mouvement même du monde !
30 Tiède petit matin de vertus ancestrales

Sang ! Sang ! tout notre sang ému par le cœur mâle du soleil
ceux qui savent la féminité de la lune au corps d'huile © Cned, Français 3e — 81
l'exaltation réconciliée de l'antilope et de l'étoile
ceux dont la survie chemine en la germination de l'herbe !
35 Eia parfait cercle du monde et close concordance !
25 poreux5 à tous les souffles du monde
aire fraternelle de tous les souffles du monde
lit sans drain6 de toutes les eaux du monde
Séquence 3 étincelle
— séance 7du feu sacré du monde
chair de la chair du monde palpitant du mouvement même du monde !
30 Tiède petit matin de vertus ancestrales

Sang ! Sang ! tout notre sang ému par le cœur mâle du soleil
ceux qui savent la féminité de la lune au corps d'huile
l'exaltation réconciliée de l'antilope et de l'étoile
ceux dont la survie chemine en la germination de l'herbe !
35 Eia parfait cercle du monde et close concordance !

Écoutez le monde blanc


horriblement las de son effort immense
ses articulations rebelles craquer sous les étoiles dures
ses raideurs d'acier bleu transperçant la chair mystique
40 écoute ses victoires proditoires7 trompeter ses défaites
écoute aux alibis grandioses son piètre trébuchement
Pitié pour nos vainqueurs omniscients et naïfs !

Aimé CÉSAIRE, Cahier d'un retour au pays natal, (1947) © Présence Africaine

Notes :

1. " gibbosité" : bosse.


2. " taie" : tache opaque qui recouvre l'œil et qui constitue une sorte de cicatrice.
3. " Eia" : interjection qui vient du grec ancien, qui signifie "allons".
4. " Kaïlcedrat" : arbre d'Afrique, à la taille et au port grandiose.
5."poreux" : perméable.
6."drain" : conduit souterrain qui sert à évacuer l'eau des sols trop humides.
7."proditoire" : qui a le caractère de la trahison.

A Comprendre le poème
1- Vers 1 à 12 :

a) Quelle remarque peux-tu faire sur les formes de phrases utilisées ?

b) Par quels éléments sont alors définis « ceux » que le poète présente ?

c) Que définit en fait le poète dans ces vers ?

d) Qu’apporte l’anaphore des vers 10, 11 et 12 ? Que met-elle en valeur ?

2- a) Comment le mot « négritude » est-il formé ?

b) Le radical de ce mot a-t-il, dans ce terme, une connotation péjorative ?

c) Quel est le point de vue de l’auteur face à cette négritude ?

3- Vers 23-28.

a) Quel nom est répété dans ce passage du poème, en fin de vers ?

b) Quelle est sa fonction grammaticale à chaque fois ?

c) Que révèlent donc ces vers sur le rapport du peuple africain avec la nature ?

82 — © Cned, Français 3e
séance 7 — Séquence 3

B Le réveil d’un peuple

1- À partir du vers 30 :

a) Quel verbe est répété dans la dernière strophe ?

b) À quel mode est-il conjugué ?

c) À qui le poète s’adresse-t-il ?

2- Quels sentiments le poète exprime-t-il envers « le monde blanc » ? Utilise pour répondre
les différents éléments trouvés dans les réponses précédentes et appuie-toi également sur
le dernier vers.

Compare tes réponses avec celles du corrigé.

© Cned, Français 3e — 83
Séquence 3 — séance 8

Séance 8
Les différentes classes grammaticales de que
Durée : 1h
Dans cette séance, tu vas étudier un petit mot que l’on rencontre souvent, mais qui n’est en réalité
pas toujours le même car il peut avoir plusieurs classes grammaticales différentes.
Prends ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.

A Observer
Lis les phrases suivantes, extraites ou adaptées des poèmes que tu as étudiés et réponds
aux questions :
a) « On me dit que le sang sèche vite en entrant dans l’histoire. »
b) Il est comme un cheval que l’on agace.
c) « Que l’on me dise ce que l’on attend de moi. »
1- Dans la phrase b), quel GN reprend le mot que ?
2- a) Dans la phrase c), à quel mode est conjugué le verbe « dire » ?
b) Réécris cette phrase en donnant l’ordre à un camarade (en le tutoyant) : vas-tu encore
utiliser le mot « que » ?
3- Dans la phrase a), quel est l’unique rôle du mot « que » ? À quelle classe grammaticale
appartient-il alors ?
Vérifie tes réponses dans le corrigé avant de lire et mémoriser le « Je retiens » suivant :

j e retiens Les différentes classes grammaticales du mot que


Le mot QUE peut appartenir à différentes classes grammaticales et avoir différents rôles :
1- QUE pronom relatif* :
Il introduit alors une proposition subordonnée relative. Il a alors un antécédent et sa
fonction est COD du verbe de la proposition subordonnée relative :
Ex. : Il est comme un cheval qu’on agace.
2- QUE conjonction de subordination* :
Il permet alors de relier une proposition subordonnée complétive à une proposition
principale. Il sert de mot de liaison.
Ex. : « On me dit que le sang sèche vite en entrant dans l’histoire ».
3- QUE « béquille » du subjonctif* :
À la troisième personne du singulier et du pluriel, le mode impératif n’existe pas. On
utilise donc le subjonctif précédé du mot que pour exprimer un ordre ou un conseil.
Exemple : « Que l’on me dise ce que l’on attend de moi ».
4- QUE adverbe :
Il peut être un adverbe exclamatif qui va exprimer une intensité :
Ex. : Que de bavardages aujourd’hui !
5- QUE pronom interrogatif :
Il est utilisé pour introduire l’interrogation.
Ex. : Que comptes-tu faire aujourd’hui ?

84 — © Cned, Français 3e
séance 8 — Séquence 3

B Appliquer

1- Dans les phrases suivantes, identifie la classe grammaticale de QUE : béquille du


subjonctif, adverbe, pronom, conjonction de subordination.

a) Que de monde dans ce train !

b) J’aimerais que mon ami me rappelle.

c) Que vas-tu faire pendant les vacances ?

d) Qu’on arrête de nous donner autant de devoirs !

e) Que c’est difficile sans lui !

f) Je pense aux bons moments que nous avons passés ensemble.

2- Écriture :

Tu veux convaincre tes parents d’aller assister à un concert. Écris au moins quatre phrases
différentes en employant :

- un que adverbe exclamatif pour exprimer un souhait

- un que pronom relatif pour décrire le groupe que tu souhaites aller voir

- un que conjonction de subordination pour expliquer ta demande

- un dernier que dont tu choisiras la classe grammaticale.

Compare tes réponses avec celles du corrigé.

© Cned, Français 3e — 85
Séquence 3 — séance 9

Séance 9
Je m’évalue
Durée : 1h

Comme à la fin de chaque séquence, tu vas faire un bilan de ce que tu as appris. Cela te permettra
de faire le point sur ce que tu dois savoir, et ce que tu dois être capable de faire pour le devoir.
Complète maintenant le tableau suivant. Tu peux bien sûr utiliser ton cours si tu as oublié quelque
chose. Quand tu auras fini, prends le corrigé afin de vérifier tes réponses. Il est très important que
ce tableau de synthèse ne comporte pas d’erreur.

Je connais Je suis capable de


 La construction d’un poème :  Repérer les différents éléments de la
construction d’un poème :
Il est composé de …………………….
de plusieurs ……………………. qui Sur mes cahiers d’écolier …….......…
se terminent le plus souvent par des
Sur mon pupitre et les arbres
……………………. .
Sur le sable de neige
Un poème en vers libres est un poème qui
…………………….……………………........... J’écris ton nom
Le poème ……………………............ est un
poème construit en vers libres. Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches …….......….
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom
Paul Éluard
 Des poèmes engagés :  Expliquer pour qui Jean Ferrat a écrit sa
chanson :
……………………………...... d’Aimé Césaire
…………………………………...…………….
……………......................………… d’Eluard
…………………………………...…………….
…………..………............…… de Supervielle
…………………………………...…………….
.….......………. une chanson de Jean Ferrat
…………………………………...…………….
 De dire pour quelle cause s’engage
Supervielle (et Ronsard avant lui) :
…………………………………………..………
…………………………………………..………
……………………………………………..……
……………………………………………..……

86 — © Cned, Français 3e
séance 9 — Séquence 3

 La différence entre adjectif verbal et  De souligner en rouge les participes


participe présent : présents et en vert les adjectifs verbaux.
Le participe présent est ……………………. - Le poète engagé défend sa position dans
un poème convaincant.
Il se termine en ……………………. et
- La balle fusa, sifflant au ras du sol.
quand il est associé à …………………….,
- En écrivant ce texte, il se doutait qu’il
il forme le ……………………. .
s’attirerait des jalousies.
L’adjectif verbal est dérivé du
……………………. . Il …………………….
en genre et en ……………………. avec le
……………………. auquel il se rapporte.
 La construction d’un paragraphe  Indiquer si la phrase suivante présente
argumenté : une thèse, un argument ou un exemple :
Il est composé de trois éléments : La poésie est le meilleur moyen de
manifester son engagement pour une
- …………………….… ou thèse
cause.
- …………………….… : les raisons qui
Cette phrase présente …………….……… .
permettent de soutenir la thèse
- …………………….… : les illustrations
concrètes.

© Cned, Français 3e — 87
Sommaire
Séquence 4
Découvrir comment l’engagement peut se manifester
Durée approximative : 10 h 30

Séance 1 Montrer son engagement

Séance 2 Chanter pour dénoncer et argumenter

Séance 3 La lettre ouverte pour dénoncer…

Séance 4 Le participe passé des verbes pronominaux

Séance 5 Dénoncer le racisme et la discrimination dans les textes et les images

Séance 6
Le participe passé des verbes impersonnels et le participe passé suivi d’un
infinitif

Séance 7 Un discours engagé

Séance 8 Je m’évalue

Socle commun

Durant cette séquence, tu auras l’occasion de développer tes connaissances et de travailler des items
des compétences ci-dessous.

Compétence 1 : La maîtrise de la langue française


- Repérer les informations dans un texte à partir des éléments explicites et des éléments
implicites nécessaires.
- Dégager, par écrit ou oralement, l’essentiel d’un texte lu.
- Écrire lisiblement un texte en respectant l’orthographe et la grammaire.
- Rédiger un texte bref, cohérent et ponctué, en réponse à une question ou à partir d’une
consigne donnée.

88 — © Cned, Français 3e
séance 1 — Séquence 4

Séance 1
Montrer son engagement

Durée : 1 h

Je peux lire aussi


- Maus de Art Spiegelman
- Persépolis de Marjane Satrapi
- Cannibale, Didier Daeninckx

© Cned/ N. Julo

Dans cette nouvelle séquence, tu vas approfondir tes connaissances sur la manière dont peut se
manifester l’engagement. En effet, dans la séquence précédente, tu as lu des poèmes engagés : tu
vas voir que de nombreux autres supports peuvent témoigner d’un engagement pour une cause.
Ainsi tu découvriras dans cette séquence aussi bien des chansons, des discours, des lettres ouvertes
que des publicités.
Pour cette première séance, c’est une tapisserie que nous avons choisi de te faire étudier.
Prends une nouvelle page dans ton cahier. En haut, note le numéro et le titre de la séquence en
rouge. Encadre-les.
Saute deux lignes, puis note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.
Observe l’œuvre ci-dessous et réponds aux questions posées.

© Cned, Français 3e — 89
Séquence 4 — séance 1

Jean Lurçat, Liberté (1942) © Pierre Barbier / Roger-Viollet © ADAGP

Note : cette œuvre est une tapisserie. Elle fut composée et tissée en 1943, clandestinement
dans les ateliers d’Aubusson. Ces ateliers sont des ateliers très réputés de tapisseries.
Jean Lurçat revendique qu’elle peut être « lourde de sens ».

A Observer

1- Décris les différents éléments de cette tapisserie :

a) Quels sont les éléments centraux ?

b) Que peux-tu dire de la forme ? Des couleurs ?

2- Une particularité :
a) Quels éléments remarques-tu à
chaque angle de cette tapisserie ?
b) Quel est ce texte ? À quelle
occasion l’as-tu déjà lu ? Dans quelles
circonstances a-t-il été écrit ?
c) Quel mot du poème est
particulièrement mis en valeur ?

Vérifie tes réponses dans le corrigé avant de passer à la seconde partie.

90 — © Cned, Français 3e
séance 1 — Séquence 4

B Interpréter

1- À quel phénomène les deux astres qui passent l’un devant l‘autre font-ils penser ?

2- Que représentent les motifs tissés à l’intérieur du soleil ? Et ceux sur l’autre astre ?

3- Que peut symboliser le coq en haut de l’image ?

4- Cette tapisserie a-t-elle uniquement une vocation décorative ?

5- En t’aidant du paratexte* et de tes connaissances historiques, explique quel est le


contexte de réalisation de cette œuvre.

C Conclure

En t’aidant des différentes réponses aux questions précédentes, réponds à la question


suivante :

La peinture, la tapisserie ont-elles seulement une fonction décorative ?

Réponds dans un paragraphe argumenté en y donnant arguments et exemples.

© Cned, Français 3e — 91
Séquence 4 — séance 2

Séance 2
Chanter pour dénoncer et argumenter

Durée : 1 h 30

Dans cette séance, tu vas lire et écouter deux chansons qui ont un point commun : l’objectif sera,
après les avoir étudiées, de dégager ce point commun et d’être capable de faire des rapprochements
entre ces textes.

Prends ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.

TEXTE A : LE CHANT DES PARTISANS

Ce texte militant, hymne de la Résistance, a été commandé par un réseau de résistants.

En 1943, une artiste russe, Anne Marly, réfugiée à Londres, compose la musique. Joseph Kessel et
Maurice Druon, écrivains français eux aussi exilés à Londres, composent le texte.

Il est diffusé à la radio, transmis par les parachutistes, chanté par les résistants prisonniers, parfois au
moment de leur exécution.

Le chant des partisans

1 Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?


Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne ?
Ohé, partisans, ouvriers et paysans, c’est l’alarme.
Ce soir l’ennemi connaîtra le prix du sang et les larmes.

5 Montez de la mine, descendez des collines, camarades !


Sortez de la paille les fusils, la mitraille, les grenades.
Ohé, les tueurs à la balle ou au couteau, tuez vite !
Ohé, saboteur, attention à ton fardeau : dynamite...

C’est nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères.
10 La haine à nos trousses et la faim qui nous pousse, la misère.
Il y a des pays où les gens au creux du lit font des rêves.
Ici, nous, vois-tu, nous on marche et nous on tue, nous on crève...

Ici chacun sait ce qu’il veut, ce qu’il fait quand il passe.


Ami, si tu tombes un ami sort de l’ombre à ta place.
15 Demain du sang noir sèchera au grand soleil sur les routes.
Sifflez, compagnons, dans la nuit la Liberté nous écoute...

Ami, entends-tu ces cris sourds du pays qu’on enchaîne ?


Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
Oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh...

Paroles de Joseph Kessel et Maurice Druon, 1943 © Éditions Raoul Breton

92 — © Cned, Français 3e
séance 2 — Séquence 4

A Comprendre
1- Strophe 1 :
a) À quoi font référence « le vol noir » et « les corbeaux » ?
b) Que cherchent à souligner « les cris sourds » ?
c) Comment le pays est-il présenté ?
d) Quel est le terme qui lance la révolte ?
2- Strophe 2 :
a) Quels sont les différents moyens mis en œuvre pour la révolte ?
b) Quel est le mode employé dans ces vers ? Justifie son emploi.
3- Strophe 3 :
a) Relève les termes qui montrent une situation désespérée.
b) Quelle est la situation des Français ?
4- Strophe 4 :
Quels sont les risques encourus par tout résistant ?

Vérifie tes réponses dans le corrigé avant de poursuivre ton travail.


Pour aller plus loin : connecte-toi sur Internet et cherche ce chant… tu y trouveras la version
originale et aussi une autre version adaptée par le groupe Zebda.

B Bilan
Pour répondre à ces questions, appuie-toi sur tes réponses précédentes. La réponse à ces
questions doit te permettre de construire un paragraphe synthétique.

Quel est le but de ce chant ? Que représente-


t-il ?
Que peux-tu dire du rythme de la musique ?
En quoi la jaquette du disque ci-contre
correspond-elle bien aux idées exposées
dans le poème ? (observe bien les différents
éléments dessinés)

Lis ensuite dans le corrigé un exemple de ce qu’il


était possible d’écrire.

Jaquette du disque de 1945


(litho en couleur de René Lefebvre)
© Collection privée / Archives Charmet /
The Bridgeman Art Library

© Cned, Français 3e — 93
Séquence 4 — séance 2

TEXTE B :
Anne, ma sœur Anne

1 Anne, ma sœur Anne,


Si j´ te disais c´ que j´ vois v´nir,
Anne, ma sœur Anne,
J´arrive pas à y croire, c´est comme un cauchemar...
5 Sale cafard!

Anne, ma sœur Anne,


En écrivant ton journal du fond d´ ton placard,
Anne, ma sœur Anne,
Tu pensais qu´on n´oublierait jamais, mais...
10 Mauvaise mémoire!

Elle ressort de sa tanière, la nazi-nostalgie:


Croix gammée, bottes à clous, et toute la panoplie.
Elle a pignon sur rue, des adeptes, un parti...
La voilà revenue, l´historique hystérie!

15 Anne, ma sœur Anne,


Si j´ te disais c´ que j´entends,
Anne, ma sœur Anne,
Les mêmes discours, les mêmes slogans,
Les mêmes aboiements!

20 Anne, ma sœur Anne,


J´aurais tant voulu te dire, p´tite fille martyre:
"Anne, ma sœur Anne,
Tu peux dormir tranquille, elle reviendra plus,
La vermine!"

25 Mais beaucoup d´indifférence, de patience malvenue


Pour ces anciens damnés, beaucoup de déjà-vu,
Beaucoup trop d´indulgence, trop de bonnes manières
Pour cette nazi-nostalgie qui ressort de sa tanière... comme hier!

Anne, ma sœur Anne,


30 Si j´ te disais c´ que j´ vois v´nir,
Anne, ma sœur Anne,
J´arrive pas à y croire, c´est comme un cauchemar...
Sale cafard!

Louis Chédid © Éditions Louis Chedid, Publications Francis Day, 1985.

Écoute si tu peux cette chanson en te connectant par exemple sur Internet : tu seras alors
particulièrement attentif à la partie instrumentale à la fin de la chanson.

le coin des curieux

Anne Frank est une jeune fille juive qui, durant la seconde guerre mondiale a dû entrer dans
la clandestinité pour échapper aux nazis. Le journal qu’elle a tenu a été publié après sa mort.
Pour la connaître mieux, tu peux te connecter sur le site suivant :
http://www.annefrank.org/fr/

94 — © Cned, Français 3e
séance 2 — Séquence 4

A Observer pour comprendre

1- À qui s’adresse le chanteur ?

2- Quels sont les termes qui montrent l’état d’esprit du chanteur ?

3- Que voit-il venir ? Relève tous les termes appartenant au champ lexical à l’appui de ta
réponse.

4- « les mêmes discours, les mêmes slogans, les mêmes aboiements ! » (v. 18-19)

Que peux-tu dire de la construction de cette phrase et sur la succession des termes ?

5- Que regrette le chanteur quand il dit « j’aurais tant voulu te dire …. » ?

6- Comment se caractérise cette « nazi-nostalgie » ? Cite précisément le texte.

Compare tes réponses avec celles du corrigé.

B Bilan

Pour répondre à ces questions, appuie-toi sur tes réponses précédentes. La réponse à ces
questions doit te permettre de construire un paragraphe synthétique.

Quel constat dresse ce texte ? Que cherche-t-il à montrer ?

Quel peut être l’impact d’une telle chanson sur ceux qui l’écoutent ?

Lis ensuite dans le corrigé un exemple de ce qu’il était possible d’écrire avant de poursuivre ton
travail.

© Cned, Français 3e — 95
Séquence 4 — séance 3

Séance 3
La lettre ouverte pour dénoncer…
Durée : 1 h 30
Dans cette séance, tu vas lire deux documents sous forme de lettres. Le premier est un texte
d’Emile Zola, le second un poème de Boris Vian.

L’objectif est de comprendre ce qu’est une lettre « ouverte » et de dégager l’argumentation présente
dans ces textes.

Prends ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.

Pour comprendre ce qu’est l’affaire Dreyfus, lis d’abord le texte suivant :

L’affaire Dreyfus commence comme une banale histoire d‘espionnage militaire, par la découverte
d’un bordereau à l’ambassade allemande. Après une enquête rapide basée sur des rumeurs,
l’antisémitique et une vague ressemblance d’écriture, le capitaine Alfred Dreyfus est condamné et
déporté en 1894 vers la Guyane, accusé à tort d’espionnage.
L’affaire commence réellement en 1898 quand l’article « j’accuse » d’Emile Zola est publié dans
l’Aurore. Il met en accusation le jury militaire du procès et réclame la révision du procès. Par la
suite la France va être déchirée en deux partis :
- Les Dreyfusards : qui prônent les droits de l’homme et la notion de justice.
- Les Antidreyfusards : dont l’importance majeure reste l’honneur de l’armée et le bien-fondé de
l’état. Mais de façon cachée le tout est réalisé sur fond d’antisémitisme.
Ces deux partis s’affronteront sur fond de guerre médiatique, d’article publié et de polémiques.
Cette affaire n’est pas seulement politique mais aussi sociale, morale et religieuse
Enfin le nouveau gouvernement de« défense républicaine » de 1899 ordonnera le rapatriement de
Dreyfus, Il sera rejugé en 1899 suite à cela ; il accepte la grâce présidentielle. Cependant, il n’est
réhabilité qu’en 1906, ainsi que réintégré dans l’armée tout en étant nommé chevalier de la légion
d’honneur.

Texte A : J’accuse de Zola

Cet extrait est la fin de la lettre parue dans le journal l’Aurore.

Si tu veux consulter l’intégralité du document, tu peux consulter le site internet suivant :

http://www.cahiers-naturalistes.com/jaccuse.htm

Lis bien cet extrait avant de répondre aux questions.

96 — © Cned, Français 3e
séance 3 — Séquence 4

LETTRE À M. FELIX FAURE

Président de la République

1 Monsieur le Président,
Me permettez-vous, dans ma gratitude pour le bienveillant accueil que vous m'avez fait un jour,
d'avoir le souci de votre juste gloire et de vous dire que votre étoile, si heureuse jusqu'ici, est
menacée de la plus honteuse, de la plus ineffaçable des taches ?
[…]
5 Mais cette lettre est longue, monsieur le Président, et il est temps de conclure.
J'accuse le lieutenant-colonel du Paty de Clam d'avoir été l'ouvrier diabolique de l'erreur
judiciaire, en inconscient, je veux le croire, et d'avoir ensuite défendu son oeuvre néfaste, depuis
trois ans, par les machinations les plus saugrenues et les plus coupables.
J'accuse le général Mercier de s'être rendu complice, tout au moins par faiblesse d'esprit, d'une
10 des plus grandes iniquités du siècle.
J'accuse le général Billot d'avoir eu entre les mains les preuves certaines de l'innocence de
Dreyfus et de les avoir étouffées, de s'être rendu coupable de ce crime de lèse-humanité et de
lèse-justice, dans un but politique, et pour sauver l'état-major compromis.
J'accuse le général de Boisdeffre et le général Gonse de s'être rendus complices du même
15 crime, l'un sans doute par passion cléricale, l'autre peut-être par cet esprit de corps qui fait des
bureaux de la guerre l'arche sainte, inattaquable.
J'accuse le général de Pellieux et le commandant Ravary d'avoir fait une enquête scélérate,
j'entends par là une enquête de la plus monstrueuse partialité, dont nous avons, dans le rapport du
second, un impérissable monument de naïve audace.
20 J'accuse les trois experts en écritures, les sieurs Belhomme, Varinard et Couard, d'avoir fait des
rapports mensongers et frauduleux, à moins qu'un examen médical ne les déclare atteints d'une
maladie de la vue et du jugement.
J'accuse les bureaux de la guerre d'avoir mené dans la presse, particulièrement dans L'Eclair et
dans L'Echo de Paris, une campagne abominable, pour égarer l'opinion et couvrir leur faute.
25 J'accuse enfin le premier conseil de guerre d'avoir violé le droit, en condamnant un accusé sur
une pièce restée secrète, et j'accuse le second conseil de guerre d'avoir couvert cette illégalité, par
ordre, en commettant à son tour le crime juridique d'acquitter sciemment un coupable.
En portant ces accusations, je n'ignore pas que je me mets sous le coup des articles 30 et 31 de
la loi sur la presse du 29 juillet 1881, qui punit les délits de diffamation. Et c'est volontairement
30 que je m'expose.
Quant aux gens que j'accuse, je ne les connais pas, je ne les ai jamais vus, je n'ai contre eux ni
rancune ni haine. Ils ne sont pour moi que des entités, des esprits de malfaisance sociale. Et l'acte
que j'accomplis ici n'est qu'un moyen révolutionnaire pour hâter l'explosion de la vérité et de la
justice.
35 Je n'ai qu'une passion, celle de la lumière, au nom de l'humanité qui a tant souffert et qui a
droit au bonheur. Ma protestation enflammée n'est que le cri de mon âme. Qu'on ose donc me
traduire en cour d'assises et que l'enquête ait lieu au grand jour !
J'attends.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'assurance de mon profond respect.

Émile Zola

© Cned, Français 3e — 97
Séquence 4 — séance 3

L’Aurore du13 Janvier 1898 © Collection privée / Archives Charmet / The Bridgeman Art Library

A Comprendre
1- En t’aidant du paratexte, réponds aux questions suivantes :

a) À qui cette lettre est-elle adressée ?

b) Cette lettre a-t-elle été envoyée directement à son destinataire ? Explique en détail.

2- De quelle manière le titre même de la lettre est-il repris ?

3- Quelles personnes Émile Zola accuse-t-il ?

4- Comment cette accusation est-elle mise en valeur par les premiers mots de chaque phrase ?

5- Quelle est la figure de style utilisée alors ?

6- Relève le champ lexical du mensonge.

7- « Et l’acte que j’accomplis ici n’est qu’un moyen révolutionnaire pour hâter l’explosion de la
vérité et de la justice. Je n’ai qu’une passion, celle de la lumière, au nom de l’humanité qui a
tant souffert et qui a droit au bonheur. Ma protestation enflammée n’est que le cri de mon âme.
Qu’on ose donc me traduire en cour d’assises et que l’enquête ait lieu au grand jour. »

a) Quel est le but d’Emile Zola en écrivant cette lettre ?

b) Dans les expressions soulignées, quelle est la figure de style utilisée ?

Vérifie tes réponses dans le corrigé avant de poursuivre.

Texte B : Le déserteur, Boris Vian

La chanson de Boris Vian a été écrite à la fin de la guerre d’Indochine (1946-1954) et au début
de la guerre d’Algérie qui a débuté en 1954.
Cette chanson a été censurée jusqu’en 1962 (c’est-à-dire qu’elle a été interdite de diffusion par le
gouvernement).
Au moment de la guerre du Vietnam, elle est reprise aux Etats-Unis par une chanteuse américaine,
Joan Baez.
Elle a également été chantée en France par Mouloudji.

98 — © Cned, Français 3e
séance 3 — Séquence 4

Lis-la bien avant de répondre aux questions.


Le déserteur

1 Monsieur le Président
Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps
5 Je viens de recevoir
Mes papiers militaires
Pour partir à la guerre
Avant mercredi soir
Monsieur le Président
10 Je ne veux pas la faire
Je ne suis pas sur terre
Pour tuer des pauvres gens
C'est pas pour vous fâcher
Il faut que je vous dise
15 Ma décision est prise
Je m'en vais déserter

Depuis que je suis né


J'ai vu mourir mon père
J'ai vu partir mes frères
20 Et pleurer mes enfants
Ma mère a tant souffert
Elle est dedans sa tombe
Et se moque des bombes
Et se moque des vers
25 Quand j'étais prisonnier
On m'a volé ma femme
On m'a volé mon âme
Et tout mon cher passé
Demain de bon matin
30 Je fermerai ma porte
Au nez des années mortes
J'irai sur les chemins

Je mendierai ma vie
Sur les routes de France
35 De Bretagne en Provence
Et je dirai aux gens :
Refusez d'obéir
Refusez de la faire
N'allez pas à la guerre
40 Refusez de partir
S'il faut donner son sang
Allez donner le vôtre
Vous êtes bon apôtre
Monsieur le Président
45 Si vous me poursuivez
Prévenez vos gendarmes
Que je n'aurai pas d'armes
Et qu'ils pourront tirer

Boris Vian © Éditions musicales Djanik, 1954.

© Cned, Français 3e — 99
Séquence 4 — séance 3

1- Cherche dans un dictionnaire le sens du verbe « déserter ».

2- Quelle raison Boris Vian donne-t-il au fait qu’il a l’intention de déserter, dans la première
strophe ?

3- À quel vers apparaît réellement sa décision ?

4- Deuxième strophe :

a) Quelles personnes évoque-t-il ?

b) Quelles autres raisons donne-t-il à sa décision ?

5- Troisième strophe :

a) À quel temps est conjugué le verbe du premier vers ?

b) À quel mode sont conjugués les verbes des vers 37 à 40 ?

c) Qu’a l’intention de faire le poète ?

Connecte-toi sur Internet et écoute cette chanson dans la version de Boris Vian. Si tu souhaites
l’écouter dans une autre version, tu peux chercher avec les mots clefs « déserteur », « Reggiani » ou
« Mouloudji ».

6- Le fait qu’il s’agisse d’une chanson rend-il le texte plus fort ?

j e retiens La lettre ouverte


Une lettre ouverte est un texte qui, bien qu’adressé à une ou plusieurs personnes
en particulier, est diffusée publiquement afin d’être lu par le plus grand nombre de
personnes.
Cette publication permet de diffuser largement le point de vue de son auteur, et de
servir une cause.
Pour cela, c’est le plus souvent la presse qui est utilisée, mais une lettre ouverte
peut également prendre la forme d’une affiche, d’une chanson, d’un tract, ou plus
récemment être mise en ligne sur Internet.

100 — © Cned, Français 3e


séance 4 — Séquence 4

Séance 4
Le participe passé des verbes pronominaux

Durée : 1h30

Dans cette séance, tu vas apprendre les règles particulières d’accord du participe passé des verbes
pronominaux.

Prends ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.

A Qu’est-ce qu’un verbe pronominal ?


1- Choisis la bonne réponse :

a) Il se promène. verbe pronominal vrai  faux


b) Il le promène. verbe pronominal vrai  faux


2- Choisis la bonne réponse :

a) Le verre s’est brisé. Pronom COD  Pronom COI 

b) Il s’est cassé le bras. Pronom COD  Pronom COS 

Vérifie tes réponses dans le corrigé avant d’apprendre le Je retiens qui suit.

j e retiens Les verbes pronominaux


 Un verbe pronominal se forme à l’aide d’un pronom qui renvoie au sujet, appelé
pronom réfléchi :
Ex : je me promène, tu te promènes, il se promène, nous nous promenons, vous vous
promenez, ils se promènent.
 On distingue parmi les verbes pronominaux :
- Les verbes essentiellement pronominaux, qui n’existent pas sous une autre forme.
Ex. : se souvenir (le verbe *souvenir seul n’existe pas).
- Les verbes pronominaux de sens réfléchi quand le sujet fait l’action sur lui-même.
Ex : Il s’est promené. (= Il a promené « lui-même ».)
- Les verbes pronominaux de sens réciproque quand les sujets (toujours au pluriel),
font l’action l’un sur l’autre.
Ex : Georges et Richard se regardent. (= Chaque personne regarde l’autre.)

© Cned, Français 3e — 101


Séquence 4 — séance 4

B Appliquer :
Dans les phrases suivantes, souligne les verbes pronominaux et dis s’ils sont essentiellement
pronominaux, pronominaux de sens réfléchi ou pronominaux de sens réciproque.
a- Les oiseaux se sont enfuis.
b- Nous nous sommes parlé.
c- Ils se sont rencontrés à la plage.
d- Elle s’est inscrite à l’université.

C Comment accorder le participe passé d’un verbe pronominal ?


1- a) Précise la fonction du pronom réfléchi en gras :

COD COI COS


Elles se sont rencontrées à la plage.
Les tempêtes se sont succédé tout l’été.
Ils se sont réunis pour organiser une fête.
Je me suis fixé des objectifs ambitieux.
Ils se sont frotté les mains.

b) Que remarques-tu concernant l’accord du participe passé dans ces phrases ?

Vérifie tes réponses dans le corrigé avant de lire et mémoriser le « Je retiens » suivant.

j e retiens
L’accord du participe passé des verbes pronominaux
 Le participe passé s’accorde avec le sujet si :
- Le verbe est essentiellement pronominal :
Ex. : Elle s’est évanouie. (Ce verbe n’est que pronominal car le verbe « évanouir » n’existe
pas.)
- Le verbe pronominal a un sens passif :
Ex. : Les vendanges se sont faites en Octobre. (= Les vendanges ont été faites en Octobre)
 Le participe passé des verbes pronominaux de sens réciproque et de sens réfléchi
se fait avec le COD si :
- Le pronom réfléchi est le COD :
Ex. : Ils se sont lancés dans cette aventure. (Se = COD)
- Un COD (autre que le pronom réfléchi) est placé avant le verbe :
Ex. : La balle qu’ils se sont lancée est restée dans le jardin.
 Le participe passé des verbes pronominaux de sens réciproque et de sens réfléchi
est invariable si :
- Le pronom réfléchi est COI ou COS et que le COD est placé après le verbe :
Ex. : Ils se sont lancé des plaisanteries. (« des plaisanteries » = COD / Se = COS)

102 — © Cned, Français 3e


séance 4 — Séquence 4

D Appliquer
1- Conjugue les verbes pronominaux des phrases suivantes au passé composé en accordant
chaque participe passé si nécessaire.

a) Ma sœur s’aperçoit de son erreur.

b) Il se tait.

c) Elle se lave les mains.

d) Elles s’évanouissent.

e) Il se prépare au concours.

2- Écris deux phrases dans les lesquelles tu utiliseras :

a) « ils se sont rappelé »

b) « ils se sont rappelés »

© Cned, Français 3e — 103


Séquence 4 — séance 5

Séance 5
Dénoncer le racisme et la discrimination dans
les textes et les images
Durée : 1h30
Dans cette séance, tu vas lire et observer des documents différents : extrait de roman, texte de
chanson, image… afin de dégager la force de persuasion qu’ils dégagent.
Prends ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.
DOCUMENT A
Lis le texte suivant et réponds aux questions :
En 1931, le narrateur et son ami, Badimoin, originaires de Nouvelle-Calédonie, sont emmenés à
Paris pour figurer à l’Exposition coloniale, où ils sont présentés comme des cannibales. Ils
s’échappent et s’enfuient vers Paris.

1 Un grand bâtiment blanc à colonnades occupait toute la droite de l’esplanade de Reuilly ;


Badimoin la traversait en courant, pour se réchauffer, lorsqu’une voiture a surgi de nulle part,
lancée à pleine vitesse. Les pneumatiques ont glissé sur les pavés luisants, l’auto a fait une
embardée pour l’éviter et s’est arrêtée à quelques mètres, près d’une mappemonde où les
5 possessions françaises dessinaient de larges taches rouges. Le chauffeur a fait pivoter un petit
carreau rectangulaire. Il a détaillé Badimoin qui ne se remettait pas encore de sa peur et s’est mis
à hurler :
– Tu ne peux pas faire gaffe, le chimpanzé ! Tu descends de ta liane ou quoi… tu te crois
encore dans ta brousse ?
10 Une femme s’est mise à rire, à l’arrière, puis la voiture a filé vers les fortifications en crachant
des nuages de fumée. J’ai pris Badimoin par l’épaule.
– Tu vois, on fait des progrès : pour lui, nous ne sommes pas des cannibales, mais seulement
des chimpanzés, des mangeurs de cacahuètes. Je suis sûr que, quand nous serons arrivés près des
maisons, là-bas, nous serons devenus des hommes.
15 Nous sommes entrés dans la ville. Une jungle de pierre, de métal, de bruit, de danger. Les
publicités électriques, les lumières des candélabres, des restaurants, les phares des autos
transformaient la nuit en jour. Un véritable fleuve automobile nous séparait encore de Paris, et
nous ne savions comment le franchir sans risquer notre vie. Nous avions failli mourir mille fois
au cours de ces premières heures de liberté. J’ignorais jusqu’à la signification des mots
20 « passages cloutés », « feu tricolore » ! Le fleuve suspendait son cours de manière
incompréhensible, pendant quelques instants, et il suffisait que nous nous décidions à le traverser
pour que les moteurs se remettent à rugir. Cela faisait bien vingt minutes que nous étions rejetés
sur le trottoir, comme des naufragés sur un rivage hostile, quand un groupe de fêtards s’est
annoncé en braillant. Ils étaient trop saouls pour s’enquérir de qui nous étions. Ils ne se sont
25 même pas aperçus que nous avions emprunté leur sillage et ont passé le boulevard en marchant au
pas sur le rythme d’une chanson que les haut-parleurs de l’Exposition ne cessaient de diffuser.

Didier Daeninckx, Cannibale © Editions Verdier, 1998.


Note :
Cannibale : Ce mot est emprunté à l’espagnol. Avec le mot canibal, Christophe Colomb
désignait les indiens des caraïbes qu’il pensait être des mangeurs d’hommes.
Le mot anthropophage est un synonyme d’origine grecque.

104 — © Cned, Français 3e


séance 5 — Séquence 4

A Comprendre

1- Où se trouvent les deux personnages ? (Utilise le paratexte* pour répondre.)

2- Lignes 1 à 7 :

a) Quels sont les éléments de la ville qui surprennent ces personnages?

b) Que ressent Badimoin ?

3- Comment se comporte le chauffeur de la voiture ?

4- a) Quel terme emploie-t-il pour s’adresser à Badimoin ?

b) Pourquoi le tutoie-t-il ?

c) Qu’est-ce que le tutoiement révèle ?

5- Ligne 15 et suivantes :

a) Comment les personnages caractérisent-ils la ville ? Pourquoi ?

b) Relève les deux expressions qui décrivent la ville et son activité (ligne 15 à 17).

c) Quelle est la figure de style utilisée ?

6- « Il suffisait que nous nous décidions à le traverser pour que les moteurs se mettent à
rugir »

a) Quelle est la fonction de la proposition soulignée ?

b) Que cherche-t-elle à montrer ?

7- Explique, en relisant la fin du texte, comment les deux personnages sont considérés.

8- Quel sentiment le narrateur veut-il inspirer au lecteur ?

Vérifie tes réponses dans le corrigé avant de poursuivre.

j e retiens
Pour défendre une idée, l’auteur cherche à toucher le lecteur dans ses sentiments, en
suscitant la pitié, la révolte, la sympathie.
Pour cela, il fait en sorte que le lecteur s’identifie à un ou plusieurs personnages.

B Écrire

Raconte cette scène vue par un passant : il a, par hasard, suivi les « cannibales » et raconte
alors ce qu’il a vu à un ami.

Précise les sentiments qu’il a éprouvés et qu’il éprouve encore pour les deux personnages.

© Cned, Français 3e — 105


Séquence 4 — séance 5

DOCUMENTS B et C

Affiche publicitaire de 1930 © Bibliothèque Forney / Roger-Viollet

1- Comment les slogans publicitaires pour le savon sont-ils mis en valeur ?


2- Qu’arrive-t-il à la main de l’homme quand il se lave ?
3- Qu’est-ce que cela laisse sous-entendre ?
4- Observe le visage de l’homme : que semble-t-il ressentir ?
5- À quel métier est associé cet homme ?

106 — © Cned, Français 3e


séance 5 — Séquence 4

6- L’image ci-dessous est une autre publicité, bien plus récente.

a) Comment comprends-tu le « before » et le « after » ?

b) En quoi sommes-nous assez proches de l’affiche précédente de 1953 ?

© Dove / Unilever

© Cned, Français 3e — 107


Séquence 4 — séance 5

C Écriture

« Avez-vous besoin de cacher votre vraie personnalité pour être accepté ? »

À partir de cette image, des affiches étudiées, du texte de D. Daeninckx, explique ce qu’est
la discrimination et ce qu’elle implique.

Quel est, à ton avis, le moyen le plus efficace pour interpeller la population ? Pourquoi ?

108 — © Cned, Français 3e


séance 6 — Séquence 4

Séance 6
Le participe passé des verbes impersonnels et le participe passé
suivi d’un infinitif
Durée : 1h00
Dans cette séance, tu vas travailler sur des cas particuliers d’accord du participe passé : lorsqu’il est
suivi d’un infinitif, et lorsqu’il s’agit d’un verbe impersonnel.
Prends ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.

A Les verbes impersonnels

j e sais déjà
La forme impersonnelle du verbe

On dit qu’un verbe est employé à la forme impersonnelle quand il a pour sujet le pronom
« il » qui ne reprend aucun nom ou groupe nominal cité dans le texte.

1- Dans les phrases suivantes, souligne les tournures impersonnelles :

- Il a eu ce qu’il méritait.

- Il est tombé des mètres de neige cette année.

- Il est tombé dans la cour de récréation.

- Quelle catastrophe il s’est produit !

- Il lui a plu tout de suite.

- Il a plu la semaine dernière.

2- Que remarques-tu concernant le participe passé de ces verbes à la forme impersonnelle ?

Vérifie tes réponses puis lis et mémorise le « Je retiens » suivant.

j e retiens Le participe passé des verbes impersonnels


Le participe passé des verbes impersonnels est toujours invariable :
il a plu, il s’est produit...
Ex : Après la fuite d’eau qu’il y a eu, nous avons été très vigilants.

© Cned, Français 3e — 109


Séquence 4 — séance 6

B Le participe passé suivi d’un infinitif


Observe les phrases suivantes dans lesquelles des participes passés sont suivis d’un
infinitif.
 Les acteurs jouent la pièce que nous avons entendu répéter.
 Ces fleurs, je les ai vues se faner peu à peu.
 Mon frère a compté les voitures qu’il a vues passer.
1- Quel autre mot de la phrase remplace chacun des pronoms en gras ?
2- Quelle est la fonction grammaticale de chacun de ces pronoms par rapport au verbe à
l’infinitif ?
3- Quel est le seul de ces pronoms qui ne commande pas l’accord du participe passé ?

j e retiens Le participe passé suivi d’un infinitif


 Le participe passé s’accorde avec le sujet du verbe à l’infinitif.
Ex : Les enfants jouent dehors. Nous les avons entendus crier toute la journée.
Explication :
« Nous avons entendu les enfants crier » : « les », pronom mis pour « les enfants » est
sujet de l’infinitif « crier ». Il y a donc accord du participe passé avec « les ».
 Le participe passé est invariable dans tous les autres cas.
Ex. : La chanson que j’ai entendu chanter est magnifique.
Explication :
« J’ai entendu chanter une chanson » : le pronom « que » reprend « chanson » et est
COD du verbe « chanter ». Donc « entendu » ne s’accorde pas.
À noter : le participe passé du verbe faire + infinitif est toujours invariable :
Ex : Nous les avons fait examiner.

C Application
1- Réécris les phrases suivantes en remplaçant le mot en gras par celui donné entre
parenthèses à la fin de la phrase, et en faisant toutes les modifications nécessaires :
a) L’avion passe si haut que nous ne l’avons pas entendu venir. (Les avions)
b) Mon ami était en cours : la CPE l’a envoyé chercher. (Mon amie)
c) Quel effort il a fallu faire pour arriver au sommet ! (Quels efforts)
2- Complète les phrases suivantes avec le participe passé du verbe faire et accorde-le s’il y a
lieu.
a) Quelle bêtise as-tu encore ………………………….. ?
b) La CPE a ………………………….. appeler mon amie.
c) Ces gâteaux ont été ………………………….. par un grand pâtissier.
d) On nous a ………………………….. attendre longtemps.

110 — © Cned, Français 3e


séance 7 — Séquence 4

Séance 7
Un discours engagé
Durée : 1h00
Tu vas découvrir dans cette séance un discours engagé très célèbre qui a eu une conséquence très
importante : l’abolition de la peine de mort en France.

Prends ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.

En 1981, Robert Badinter, ministre de la Justice, est chargé par le président de la République
François Mitterrand, d’œuvrer pour abolir la peine de mort. Le texte qui suit est un extrait de son
discours à l’Assemblée Nationale.

Tu peux écouter ce discours ou le lire en te connectant à Internet sur le site suivant :

http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/badinter.asp
1 Il s'agit bien, en définitive, dans l'abolition, d'un choix fondamental, d'une certaine conception
de l'homme et de la justice. Ceux qui veulent une justice qui tue, ceux-là sont animés par une
double conviction : qu'il existe des hommes totalement coupables, c'est-à-dire des hommes
totalement responsables de leurs actes, et qu'il peut y avoir une justice sûre de son infaillibilité au
5 point de dire que celui-là peut vivre et que celui-là doit mourir.
À cet âge de ma vie, l'une et l'autre affirmations me paraissent également erronées. Aussi
terribles, aussi odieux que soient leurs actes, il n'est point d'hommes en cette terre dont la
culpabilité soit totale et dont il faille pour toujours désespérer totalement. Aussi prudente que soit
la justice, aussi mesurés et angoissés que soient les femmes et les hommes qui jugent, la justice
10 demeure humaine, donc faillible.
Et je ne parle pas seulement de l'erreur judiciaire absolue, quand, après une exécution, il se
révèle, comme cela peut encore arriver, que le condamné à mort était innocent et qu'une société
entière - c'est-à-dire nous tous - au nom de laquelle le verdict a été rendu, devient ainsi
collectivement coupable puisque sa justice rend possible l'injustice suprême. Je parle aussi de
15 l'incertitude et de la contradiction des décisions rendues qui font que les mêmes accusés,
condamnés à mort une première fois, dont la condamnation est cassée pour vice de forme, sont de
nouveau jugés et, bien qu'il s'agisse des mêmes faits, échappent, cette fois-ci, à la mort, comme si,
en justice, la vie d'un homme se jouait au hasard d'une erreur de plume d'un greffier. Ou bien tels
condamnés, pour des crimes moindres, seront exécutés, alors que d'autres. plus coupables,
20 sauveront leur tête à la faveur de la passion de l'audience, du climat ou de l'emportement de tel ou
tel.
Cette sorte de loterie judiciaire, quelle que soit la peine qu'on éprouve à prononcer ce mot quand
il y va de la vie d'une femme ou d'un homme, est intolérable. […]
Le choix qui s'offre à vos consciences est donc clair : ou notre société refuse une justice qui
25 tue et accepte d'assumer, au nom de ses valeurs fondamentales - celles qui l'ont faite grande et
respectée entre toutes - la vie de ceux qui font horreur, déments ou criminels ou les deux à la fois,
et c'est le choix de l'abolition ; ou cette société croit, en dépit de l'expérience des siècles, faire
disparaître le crime avec le criminel, et c'est l'élimination. Cette justice d'élimination, cette justice
d'angoisse et de mort, décidée avec sa marge de hasard, nous la refusons. Nous la refusons parce
30 qu'elle est pour nous l'anti-justice, parce qu'elle est la passion et la peur triomphant de la raison et
de l'humanité.
J'en ai fini avec l'essentiel, avec l'esprit et l'inspiration de cette grande loi. Raymond Forni,
tout à l'heure, en a dégagé les lignes directrices. Elles sont© Cned, simples et — précises.
Français 3e 111
Parce que l'abolition est un choix moral, il faut se prononcer en toute clarté. Le Gouvernement
35 vous demande donc de voter l'abolition de la peine de mort sans l'assortir d'aucune restriction ni
d'aucune réserve.

Robert Badinter, Discours sur l’abolition de la peine de mort à l’Assemblée Nationale, 1981.
il y va de la vie d'une femme ou d'un homme, est intolérable. […]
Le choix qui s'offre à vos consciences est donc clair : ou notre société refuse une justice qui
25 tue et accepte d'assumer, au nom de ses valeurs fondamentales - celles qui l'ont faite grande et
respectée entre toutes - la vie de ceux qui font horreur, déments ou criminels ou les deux à la fois,
et c'est le choix de l'abolition ; ou cette société croit, en dépit de l'expérience des siècles, faire
disparaître
Séquence 4 —leséance
crime7avec le criminel, et c'est l'élimination. Cette justice d'élimination, cette justice
d'angoisse et de mort, décidée avec sa marge de hasard, nous la refusons. Nous la refusons parce
30 qu'elle est pour nous l'anti-justice, parce qu'elle est la passion et la peur triomphant de la raison et
de l'humanité.
J'en ai fini avec l'essentiel, avec l'esprit et l'inspiration de cette grande loi. Raymond Forni,
tout à l'heure, en a dégagé les lignes directrices. Elles sont simples et précises.
Parce que l'abolition est un choix moral, il faut se prononcer en toute clarté. Le Gouvernement
35 vous demande donc de voter l'abolition de la peine de mort sans l'assortir d'aucune restriction ni
d'aucune réserve.

Robert Badinter, Discours sur l’abolition de la peine de mort à l’Assemblée Nationale, 1981.
http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/badinter.asp
http://www.assemblee-national.fr/histoire/badinter.asp

Note : un orateur est la personne qui parle.

1- Que veut obtenir l’orateur ?

2- Ligne 6 : quelle est l’expression qui montre que l’orateur s’implique personnellement ?

3- « Aussi prudente que soit la justice, aussi mesurés et angoissés que soient les femmes et les
hommes qui jugent, la justice demeure humaine, donc faillible. » (l. 8 à 10)

a) Cherche dans le dictionnaire et recopie la définition de « faillible »

b) Quelle idée est exprimée ici ?

4- « Cette sorte de loterie judiciaire, quelle que soit la peine qu’on éprouve à prononcer ce mot
quand il y va de la vie d’une femme ou d’un homme, est intolérable. » (l.22-23)

a) Comment l’orateur caractérise-t-il certains jugements ?

b) Quelle est la force de cette expression ?

5- « Le choix qui s’offre à vos consciences est donc clair. » (l. 24)

a) À qui s’adresse l’orateur ?

b) Pourquoi interpelle-t-il directement son auditoire ?

c) Quel impact cela peut-il avoir ?

112 — © Cned, Français 3e


séance 7 — Séquence 4

6- Observe l’image ci-contre :


L’objet représenté sur cette affiche est
fait en cire.
a) Explique le lien entre cette image et le
texte que tu viens de lire.
b) « La peine de mort est condamnée
à disparaître » : en quoi ce slogan
est-il fort ? Explique particulièrement
l’utilisation du mot « condamnée ».

Affiche de la campagne d’Amnesty International


contre la peine de mort en 2011 © TBWA / Paris

7- Écriture

Tu es journaliste et tu dois écrire un court article pour rendre compte du discours et des
arguments donnés par Robert Badinter dans son discours.

Écris cet article.

Lis dans le livret de corrigés un exemple d’article.

© Cned, Français 3e — 113


Séquence 4 — séance 8

Séance 8
Je m’évalue
Durée : 1h

Comme à la fin de chaque séquence, tu vas faire un bilan de ce que tu as appris. Cela te permettra
de faire le point sur ce que tu dois savoir, et ce que tu dois être capable de faire pour le devoir.
Complète maintenant le tableau suivant. Tu peux bien sûr utiliser ton cours si tu as oublié quelque
chose. Quand tu auras fini, prends le corrigé afin de vérifier tes réponses. Il est très important que
ce tableau de synthèse ne comporte pas d’erreur.

Je connais Je suis capable de


 Une tapisserie qui reprend le poème  Citer l’artiste auteur de cette tapisserie :
intitulé ……………………………...... .
…………………………………...…………….
 Une chanson qui est un ……………………..
 Donner le titre de cette chanson :
à la résistance.
…………………………………...…………….
 Expliquer dans quel contexte elle a été
écrite :
…………………………………...…………….
…………………………………...…………….
…………………………………...…………….
 La lettre d’Émile Zola au président de la  Dire comment on appelle ce type de
lettre :
République. Elle s’appelle ……….………. . Elle
Il s’agit d’une lettre ……………………… .
défend le capitaine ……...………….. .
 Les verbes pronominaux  Indiquer le sens de ces verbes
pronominaux :
Je sais qu’un verbe pronominal peut être
Il s’est promené : …………………..………
de sens ……………………… ou de sens
Ils se regardent : …………….………..……
……………………… .

114 — © Cned, Français 3e


séance 8 — Séquence 4

 Les accords particuliers du participe  Accorder correctement les participes


passés passés des verbes entre parenthèses :
- Le participe passé s’accorde avec le - Elle s’est (enfuir) …………………… de chez
sujet si le verbe est essentiellement ses parents qui la battaient.
…………..…………..........……………………
- Les toits se sont (couvrir)
- Le participe passé des verbes …………………… de neige.
impersonnels est toujours
- Elles se sont (embrasser) ……………………
…………..…………..........……………………
avant de partir.
- L’accord du participe passé des verbes
- Les ouvriers se sont (succéder)
pronominaux de sens réciproque et de
…………………… pour terminer la maison
sens réfléchi se fait si le pronom réfléchi
à temps.
est …………..…………..........……………….
- Les enfants étaient fatigués. Leurs mères
- Le participe passé suivi d’un verbe à
ont (penser) …………………… les garder à
l’infinitif …………………… avec le COD
la maison.
du verbe conjugué si celui-ci est placé
…………………… le verbe et s’il est
…………………… du verbe à l’infinitif.

© Cned, Français 3e — 115


Sommaire
Séquence 5
Lire un récit d’adolescence : L’Ami retrouvé de Fred Uhlman (1)
Durée approximative de la séquence : 9 h 30

Séance 1 Lire les premières pages du livre

Séance 2 Lire une scène de rencontre

Séance 3 Exprimer ses souvenirs d’enfance avec émotion

Séance 4 Épanouissement de l’amitié

Séance 5 Comparer les premières de couverture

Séance 6 Je m’évalue

Socle commun

Durant cette séquence, tu auras l’occasion de développer tes connaissances et de travailler des items
des compétences ci-dessous.

Compétence 1 : La maîtrise de la langue française


- Repérer les informations dans un texte à partir des éléments explicites et des éléments
implicites nécessaires
- Dégager par écrit l’essentiel d’un texte lu
- Écrire lisiblement un texte, spontanément ou sous la dictée, en respectant l’orthographe et
la grammaire
- Rédiger un texte bref, cohérent et ponctué, en réponse à une question ou à partir de
consignes données

Compétence 5 : La culture humaniste


- Établir des liens entre des œuvres littéraires et artistiques pour mieux les comprendre
- Être sensible aux enjeux esthétiques et humains d’un texte littéraire

Compétence 7 : L’autonomie et l’initiative


- Être autonome dans son travail : savoir l’organiser, le planifier, l’anticiper, rechercher et
sélectionner des informations utiles

116 — © Cned, Français 3e


séance 1 — Séquence 5

Séance 1
Lire les premières pages du livre

Durée : 1 h 30

Je peux lire aussi


Si tu as envie de découvrir d’autres histoires d’amitié sur
fond de conflit historique, tu peux lire aussi :
- Silbermann de Jacques de Lacretelle
- Mon ami Frédéric de Hans Peter Richter
- Inconnu à cette adresse de Kressman Taylor
- Si tu veux être mon amie de Mervet Akram Sha’Ban et
Galit Fink
- Les Cerfs-volants de Kaboul de Khaled Hosseini
© Cned/ N. Julo

Tu vas lire le roman de Fred Uhlman, L’Ami retrouvé, en entier et tu étudieras quelques extraits de
manière plus approfondie.

L’objectif de cette première séance est de lire le début du livre et de découvrir les caractéristiques de
l’incipit d’un roman autobiographique.

Prends une nouvelle page. Note le titre de la séquence en rouge.

Saute deux lignes, puis note le titre de la séance en rouge. Fais ensuite le travail demandé.

j e sais déjà
Les premières pages d’un roman s’appellent un incipit (du latin incipere « commencer »).
Elles mettent en place les lieux, les personnages et le cadre spatio-temporel du récit. Elles
doivent également séduire le lecteur pour lui donner envie de lire la suite.

Lis l’extrait ci-dessous, il s’agit du début du livre. Tu peux aussi en écouter le début à la piste 8 de
ton CD. Réponds ensuite aux questions.

© Cned, Français 3e — 117


Séquence 5 — séance 1

1 Il entra dans ma vie en février 1932 pour n’en jamais sortir. Plus d’un quart de
siècle a passé depuis lors, plus de neuf mille journées fastidieuses et décousues 1, que le
sentiment de l’effort ou du travail sans espérance contribuait à rendre vides, des années
et des jours, nombre d’entre eux aussi morts que les feuilles desséchées d’un arbre
5 mort.
Je puis me rappeler le jour et l’heure où, pour la première fois, mon regard se posa
sur ce garçon qui allait devenir la source de mon plus grand bonheur et de mon plus
grand désespoir. C’était deux jours après mon seizième anniversaire, à trois heures de
l’après midi, par une grise et sombre journée d’hiver allemand. J’étais au Karl
10 Alexander Gymnasium à Stuttgart, le lycée le plus renommé du Wurtemberg2, fondé en
1521, l’année ou Luther3 parut devant Charles Quint, empereur du Saint Empire et roi
d’Espagne.
Je me souviens de chaque détail : la salle de classe avec ses tables et bancs massifs,
l’aigre odeur de quarante manteaux d’hiver humides, les mares de neige fondue, les
15 traces jaunâtres sur les murs gris là où, avant la révolution, étaient accrochés les
portraits du Kaiser4 Guillaume et du roi Wurtemberg. En fermant les yeux, je vois
encore le dos de mes camarades de classe, dont un grand nombre périrent plus tard
dans les steppes russes ou dans les sables d’Alamein5. J’entends encore la voix lasse et
désillusionnée de Herr6 Zimmermann qui, condamné à enseigner toute sa vie, avait
20 accepté son sort avec une triste résignation. Il avait le teint jaune et ses cheveux, sa
moustache et sa barbe en pointe étaient teintés de gris. Il regardait le monde à travers
un pince-nez7 posé sur le bout de son nez avec l’expression d’un chien bâtard en quête
de nourriture. Bien qu’il n’eût sans doute pas plus de cinquante ans, il nous paraissait,
à nous, en avoir quatre-vingts. Nous le méprisions parce qu’il était doux et bon et avait
25 l’odeur d’un homme pauvre ; probablement n’y avait-il pas de salle de bains dans son
logement de deux pièces. Durant l’automne et les longs mois d’hiver, il portait un
costume tout rapiécé, verdâtre et luisant (il avait un second costume pour le printemps
et l’été). Nous le traitions avec dédain8 et, de temps à autre, avec cruauté, cette lâche
cruauté qui est celle des garçons bien portants à l’égard des faibles, des vieux et des
30 êtres sans défense.
Le jour s’assombrissait mais il ne faisait pas assez nuit pour éclairer la salle et, à
travers les vitres, je voyais encore clairement l’église de la garnison, une affreuse
construction de la fin du XIXe siècle, pour le moment embellie par la neige recouvrant
ses tours jumelles qui transperçaient le ciel de plomb. Belles aussi étaient les blanches
35 collines qui entouraient ma ville natale, au-delà de laquelle le monde semblait finir et le
mystère commencer. J’étais somnolent, faisant de petits dessins, rêvant, m’arrachant
parfois un cheveu pour me tenir éveillé, lorsqu’on frappa à la porte.

Fred Uhlman, L’Ami retrouvé (1971), traduit par Léo Lack © Éditions Gallimard
« Tous les droits d’auteur de ce texte sont réservés. Sauf autorisation, toute utilisation
de celui-ci autre que la consultation individuelle et privée est interdite » www.gallimard.fr
Notes :
1- « fastidieuses et décousues » (l.2) : ennuyeuses et désordonnées.
2- « Wurtemberg » (l.10) : région du Sud-Ouest de l’Allemagne.
3- « Martin Luther » (l.11) : théologien allemand (1483-1546) dont les idées sont à l’origine de la création du
protestantisme, en réaction à certains principes de l’Église catholique.
4- « Kaiser » (l.16) : mot allemand signifiant « empereur ».
5- « les steppes russes, les sables d’Alamein » (l.18) : allusions aux batailles perdues par Hitler en Russie et en
Égypte en 1942.
6- « Herr » (l.19) : mot allemand signifiant « monsieur ».
7- « un pince-nez » (l.22) : lunettes fixées sur le nez par un ressort, sans montures.
8- « dédain » (l.28) : mépris.

118 — © Cned, Français 3e


séance 1 — Séquence 5

A Les premières pages du roman autobiographique


1- « Je puis me rappeler le jour et l’heure où, pour la première fois, mon regard se posa sur
ce garçon » (l. 6-7) : que dirais-tu du jour et de l’heure où le narrateur rencontre pour la
première fois ce garçon ?
2- Quels événements historiques se déroulent à l’époque citée par le narrateur ? Fais des
recherches dans ton manuel d’histoire ou sur internet.
3- Quel âge donnes-tu au narrateur au moment de l’écriture ? Justifie ta réponse.
4- Classe dans le tableau à trois colonnes, en t’aidant de l’échelle de temps, les expressions
suivantes :
- « en février 1932 »,
- « En fermant les yeux, je vois encore les dos de mes camarades »,
- « pour le moment embellie par la neige »,
- « J’étais somnolent, faisant de petits dessins »,
- « dont un grand nombre périrent plus tard dans les steppes russes ou dans les sables
d’El Alamein ».
- « Je me souviens ».
Le narrateur enfant Le narrateur adulte

5- Le récit te semble-t-il suivre l’ordre chronologique ? Justifie ta réponse par plusieurs


éléments dans le texte.

j ’approfondis
L’ordre du récit
Dans cet incipit*, la chronologie est bouleversée, elle ne suit pas l’ordre chronologique :
le narrateur à la fois anticipe les évènements à venir (on parle alors de prolepse*) et fait
des retours en arrière, des « flash-back » (on parle alors d’analepse*).

B Les sentiments et les perceptions du narrateur


1- À quelle personne est écrit cet extrait ? Fais un relevé précis des pronoms.
2- Quelles remarques peux-tu faire concernant les temps verbaux employés aux lignes 13 à
20 ?
3- En t’aidant de ta réponse précédente et en relevant les verbes de perception aux lignes 13
à 20, explique quel est l’impact des souvenirs dans le présent du narrateur.

© Cned, Français 3e — 119


Séquence 5 — séance 1

4- Que dirais-tu de l’attitude de Hans en classe ? En quoi met-elle en valeur l’événement qui
va se dérouler après cet extrait ?

5- Selon toi, qui frappe à la porte de la classe et que va-t-il se passer ?

Vérifie tes réponses dans le corrigé puis lis et mémorise le « Je retiens » ci-dessous.

j e retiens L’incipit d’un roman autobiographique


L’incipit d’un récit apporte des informations essentielles au lecteur comme l’identité du
narrateur et des personnages.
Dans un récit écrit à la première personne du singulier, le narrateur est aussi un
personnage.
Le narrateur = un personnage
L’emploi de la première personne implique très souvent que les sentiments et les
perceptions du narrateur soient très présents.
On peut distinguer plusieurs formes de récit parmi ceux où le narrateur est un
personnage :
• Si le narrateur-personnage est une invention de l’auteur, il s’agit d’une fiction.
• Si le narrateur-personnage est aussi l’auteur, il s’agit d’une autobiographie.
• Si le narrateur-personnage est quelqu’un de différent de l’auteur mais s’inspire
cependant de sa vie, il s’agit d’un roman autobiographique.
L’autobiographie et le roman autobiographique sont des récits rétrospectifs, c’est-à-
dire que le narrateur s’y remémore des événements passés de sa vie. Les temps du passé
(imparfait/ passé simple) alternent donc avec le présent, le temps de l’écriture. Il faut
alors distinguer le « je » qui vivait dans le passé et le « je » qui écrit dans le présent.
Tu comprendras mieux en quoi L’Ami retrouvé est un roman autobiographique lorsque tu
auras fait connaissance avec son auteur dans la séquence suivante.

C Réécriture

Réécris les lignes 6 à 10 en conjuguant les verbes au présent de l’indicatif et en


remplaçant « je » par « il ». Fais toutes les modifications nécessaires.

« Je puis me rappeler le jour et l’heure où pour la première fois mon regard se posa
sur ce garçon qui allait devenir la source de mon plus grand bonheur et de mon plus
grand désespoir. C’était deux jours après mon seizième anniversaire, à trois heures de
l’après-midi, par une grise et sombre journée d’hiver allemand. J’étais au Karl Alexander
Gymnasium à Stuttgart, le lycée le plus renommé du Wurtemberg […] »

D’après Fred Uhlman L’Ami retrouvé.

Travaille sur ton cahier puis vérifie ce que tu as fait dans le corrigé, et tu pourras lire la suite du
chapitre 1 : tu découvriras qui est le nouvel élève de la classe ! Poursuis ensuite ta lecture jusqu’au
chapitre 4 avant de commencer la séance 2.

120 — © Cned, Français 3e


séance 1 — Séquence 5

le coin des curieux

Si les livres ayant pour thème l’école te tentent, lis pour le plaisir :

- Le Temps des secrets de Marcel Pagnol.

- Chagrin d’école de Daniel Pennac.

Si les films ayant pour thème l’école te tentent, regarde pour le plaisir :

- Les 400 coups de François Truffaut.

- Le Cercle des poètes disparus de Peter Weir.

© Cned, Français 3e — 121


Séquence 5 — séance 2

Séance 2
Lire une scène de rencontre
Durée : 1h30
L’objectif de cette nouvelle séance est de découvrir la violence des sentiments d’adolescents qui se
rencontrent.
Pour cette séance, tu dois avoir lu les chapitres 2 à 4 du livre.
Prends ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.
Lis l’extrait ci-dessous et écoute le début à la piste 9 de ton CD, puis réponds aux questions.
Hans a tenté à plusieurs reprises d’attirer l’attention du nouvel élève Conrad Von Hohenfels. Ses
efforts sont jusqu’alors restés vains.
1 Trois jours plus tard, le 15 mars – je n’oublierai jamais cette date –, je rentrais de l’école par
une douce et fraîche soirée de printemps. Les amandiers étaient en fleur, les crocus 1 avaient fait
leur apparition, le ciel était bleu pastel et vert d’eau, un ciel nordique avec un soupçon de ciel
italien. J’aperçus Hohenfels devant moi. Il semblait hésiter et attendre quelqu’un. Je ralentis le
5 pas – j’avais peur de le dépasser – mais il me fallait continuer mon chemin, car ne pas le faire eût
été ridicule et il eût pu se méprendre2 sur mon hésitation. Quand je l’eus presque rattrapé, il se
retourna et me sourit. Puis, d’un geste étrangement gauche3 et encore indécis, il serra ma main
tremblante. « C’est toi, Hans ! » dit-il, et, tout à coup, je me rendis compte, à ma joie, à mon
soulagement et à ma stupéfaction, qu’il était aussi timide que moi et, autant que moi, avait besoin
10 d’un ami.
Je ne puis guère me rappeler ce que Conrad me dit ce jour-là ni ce que je lui dis. Tout ce que
je sais est que, pendant une heure, nous marchâmes de long en large comme deux jeunes
amoureux, encore nerveux, encore intimidés, mais je savais en quelque sorte que ce n’était là
qu’un commencement et que, dès lors, ma vie ne serait plus morne4 et vide, mais pleine d’espoir
15 et de richesse pour tous deux.
Quand je le quittai enfin, je courus sur tout le chemin du retour. Je riais, je parlais tout seul,
j’avais envie de crier, de chanter, et je trouvai très difficile de ne pas dire à mes parents combien
j’étais heureux, que toute ma vie avait changé et que je n’étais plus un mendiant, mais riche
comme Crésus5. Mes parents étaient, grâce à Dieu, trop absorbés pour observer le changement
20 qui s’était fait en moi. Ils étaient habitués à mes expressions maussades6 et ennuyées, à mes
réponses évasives7 et à mes silences prolongés, qu’ils attribuaient aux troubles de la croissance et
à la mystérieuse transition de l’adolescence à l’âge viril. De temps à autre, ma mère avait essayé
de pénétrer mes défenses et tenté une ou deux fois de me caresser les cheveux, mais elle y avait
depuis longtemps renoncé, découragée par mon obstination et mon manque de réceptivité.
25 Mais, plus tard, une réaction se produisit. Je dormis mal parce que j’appréhendais le
lendemain matin. Peut-être m’avait-il déjà oublié ou regrettait-il sa reddition8 ? Peut-être avais-je
commis une erreur en lui laissant voir à quel point j’avais besoin de son amitié ? Aurais-je dû me
montrer plus prudent, plus réservé ? Peut-être avait-il parlé de moi à ses parents et lui avaient-ils
conseillé de ne pas se lier d’amitié avec un Juif ? Je continuai à me torturer ainsi jusqu’au
30 moment où je tombai enfin dans un sommeil agité.

Fred Uhlman, L’Ami retrouvé (1971), traduit par Léo Lack © Éditions Gallimard
« Tous les droits d’auteur de ce texte sont réservés. Sauf autorisation, toute utilisation
de celui-ci autre que la consultation individuelle et privée est interdite » www.gallimard.fr

Notes
122 : — © Cned, Français 3e
1- « crocus » (l.2) : plante à fleurs.
2- « se méprendre » (l.6) : se tromper.
3- « gauche » (l.7) : maladroit.
montrer plus prudent, plus réservé ? Peut-être avait-il parlé de moi à ses parents et lui avaient-ils
conseillé de ne pas se lier d’amitié avec un Juif ? Je continuai à me torturer ainsi jusqu’au
30 moment où je tombai enfin dans un sommeil agité.

séance 2 — Séquence
Fred Uhlman, L’Ami retrouvé (1971), traduit par Léo Lack © Éditions 5
Gallimard
« Tous les droits d’auteur de ce texte sont réservés. Sauf autorisation, toute utilisation
de celui-ci autre que la consultation individuelle et privée est interdite » www.gallimard.fr

Notes :
1- « crocus » (l.2) : plante à fleurs.
2- « se méprendre » (l.6) : se tromper.
3- « gauche » (l.7) : maladroit.
4- « morne » (l.14) : triste, sans surprise.
5- « riche comme Crésus » (l.19) : sous l’Antiquité, Crésus était connu pour sa fortune. La comparaison est ici
employée au sens figuré : le narrateur fait allusion aux richesses du cœur.
6- « maussades » (l.20) : tristes, sombres.
7- « évasives » (l.21) : vagues, imprécises.
8- « reddition » (l.26) : capitulation, fait de relâcher sa vigilance.

A L’écriture de l’inoubliable
1- « Trois jours plus tard, le 15 mars – je n’oublierai jamais cette date » écrit le narrateur à
la ligne 1. Pourquoi cette date en particulier est-elle restée dans la mémoire de Hans aussi
nettement ?
2- En quoi cette date semble-t-elle favorable à la naissance de sentiments nouveaux ? Aide-
toi de la description des paysages au début du texte.
3- a) En complétant le tableau suivant, compare les émotions de Hans avant, pendant et
après avoir été abordé par Conrad.

Émotions de Hans Émotions de Émotions de Hans


avant la rencontre Hans pendant la après la rencontre
(l. 4 à 8 jusqu’à rencontre (l. 8 à (l. 16 à 19).
« tremblante. ») 15).
Relevé des termes
du texte

b) Rédige maintenant une ou deux phrases pour résumer l’évolution des émotions de
Hans dans ce passage.
4- Quelle phrase dans le premier paragraphe, permet de penser que l’amitié entre les deux
garçons sera possible ?

Vérifie tes réponses dans le livret de corrigés.

j e sais déjà
Quelques figures de style.
Une figure de style est un procédé d’écriture qui donne de l’originalité, de l’expressivité au
texte. Voici quelques figures de style que tu as déjà rencontrées.
La comparaison est une figure de style de ressemblance. Elle rapproche deux éléments
(un comparant et un comparé) à l’aide d’un outil de comparaison (comme, tel
que…). Les éléments peuvent alors entretenir des rapports d’égalité (comme, pareil à),
d’infériorité de l’un envers l’autre (moins que) ou de supériorité de l’un envers l’autre
(plus que).

© Cned, Français 3e — 123


Séquence 5 — séance 2

Ex. : « J’étais riche comme Crésus » (l. 18-19)


Comparé Outil Comparant
L’énumération est une figure de style par répétition. Il s’agit d’une succession de termes
pour renforcer une idée.
Ex. : « Je riais, je parlais tout seul, j’avais envie de crier, de chanter… » (l. 16-17)
L’anaphore est une figure de style par répétition. Il s’agit d’une répétition d’un mot ou
d’une même expression en début de phrase ou de vers.
Ex. : « Peut-être m’avait-il déjà oublié ou regrettait-il sa reddition ? Peut-être avais-je
commis une erreur en lui laissant voir à quel point j’avais besoin de son amitié ? »
(l. 26-27)
5- « Je riais, je parlais tout seul, j’avais envie de crier, de chanter… » (l. 16-17) ?
a) Comment les propositions sont-elles reliées dans cette phrase ?
b) Qu’est-ce que cette construction nous indique sur l’état du personnage ?
6- À qui se compare Hans dans le paragraphe 3 (l. 16 à 24) ? Nomme la figure de style et
explique son sens dans le texte.
7- Aux lignes 19 à 24, Hans évoque sa relation avec ses parents.
a) Comment se comporte habituellement Hans avec ses parents ?
b) De quelle manière les parents de Hans expliquent-ils ce comportement ? Justifie ta
réponse en citant le texte.
c) Hans raconte-t-il à ses parents sa rencontre avec Conrad ? Pourquoi d’après toi ?

B Le doute
1- À quel moment du texte le bonheur de Hans cesse-t-il brutalement ? Précise le
paragraphe concerné.
2- Quelles remarques peux-tu faire sur la construction grammaticale des phrases de ce
paragraphe ? En quoi soulignent-elles l’inquiétude du narrateur ?
3- Quelle révélation ce paragraphe comporte-t-il et en quoi permet-elle au lecteur de mieux
comprendre l’inquiétude de Hans ?
Compare tes réponses avec celles du corrigé puis lis et mémorise le « Je sais déjà » et « Je retiens »
ci-dessous.

j e retiens Les sentiments de l’adolescence


Les récits autobiographiques comportent souvent les thèmes suivants : l’enfance,
l’école, la famille, le premier amour et les amitiés. L’adolescence est un moment
important de la vie et les sentiments ressentis pendant cette période de transition entre
l’âge de l’enfance et l’âge adulte sont souvent très violents et exclusifs.
Dans le passage que tu viens de lire, les sentiments de Hans peuvent paraître exagérés.
Il passe très rapidement de la peur, à l’euphorie puis à l’inquiétude. Les relations
amicales ou amoureuses sont vécues dans l’ivresse, les parents et leurs valeurs sont
contestés, les questions existentielles émergent ainsi que les problèmes d’identification.
C’est souvent par l’opposition au milieu familial et scolaire dans lequel il évolue que
l’adolescent va construire son identité personnelle.

124 — © Cned, Français 3e


séance 2 — Séquence 5

C Dictée préparée

Pour t’entraîner à la dictée, tu vas recopier le texte suivant en accordant correctement les mots
entre parenthèses. [e] = é, ée, és, ées ou er

Si tu as besoin de revoir l’accord des participes passés avec les auxiliaires « être » et « avoir » tu
peux revoir la première séquence de ton livret.
« Mes parents étaient, grâce à Dieu, trop (absorb[e]) pour (observ[e]) le changement
qui s’est fait en moi. Ils étaient (habitu[e]) à mes expressions maussades et (ennuy[e]), à
mes réponses évasives et mes silences (prolong[e]), qu’ils attribuaient aux troubles de la
croissance et à la mystérieuse transition de l’adolescence à l’âge viril. De temps à autre,
ma mère avait (essay[e]) de (pénétr[e]) mes défenses et (tent[e]) une ou deux fois de me
(caress[e]) les cheveux, mais elle y avait depuis longtemps (renonc[e]), (décourag[e]) par
mon manque de réceptivité »

D’après Fred Ulhman, L’Ami retrouvé (1971), lignes 39 à 52.

Maintenant regarde dans le corrigé si tu as bien accordé tous les mots entre parenthèses. Corrige-
toi si besoin et lis bien les explications. Tu es prêt pour faire la dictée ! Écoute-la à la piste 10 de
ton CD.

le coin des curieux

Si les livres ayant pour thème l’adolescence te tentent, lis pour le plaisir :
- L’Élégance du hérisson de Muriel Barbery (tu peux aussi trouver la bande-annonce du film
sur internet)

- Le Grand Meaulnes, d’Alain-Fournier

- Julien Parme de Florian Zeller

- No et moi de Delphine de Vigan

- La couleur de la rage de Jean-Noël Blanc

- Laisse-moi tranquille de Smadja Brigitte ou J’ai hâte de vieillir du même auteur

- Une Éducation sentimentale de Gardam Jane

Sache que L’Élégance du hérisson, Le Grand Meaulnes et No et moi ont été adaptés pour le
cinéma. Va voir les bandes annonces sur Internet et si cela te donne envie regarde le film en
entier !
Pour la séance 4, poursuis ta lecture de L’Ami retrouvé jusqu’au chapitre 6 inclus.

© Cned, Français 3e — 125


Séquence 5 — séance 3

Séance 3
Évoquer ses souvenirs d’enfance avec émotion
Durée : 2h
Dans cette séance, tu vas observer des textes et des images afin de comprendre les différentes
manières d’exprimer les émotions liées à l’évocation de ses souvenirs d’enfance. Cela te permettra
d’enrichir ton vocabulaire.
Prends ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.

Illustration de Sergueï © Le Monde, 24 janvier 1997.

A L’expression de soi
1- Décris cette illustration le plus précisément possible en utilisant les mots suivants : pelote,
aiguilles, fil, tête, tricoter, livre, pensées, ordonner, écrire. (Tu peux conjuguer les verbes).
2- Quel(s) titre(s) donnerais-tu à ce dessin ?
Compare tes réponses avec celles du corrigé.

B Le vocabulaire du souvenir
Lis attentivement le texte suivant, puis réponds aux questions.
Vendredi, 3 heures.
Mes souvenirs sont comme les pistoles dans la bourse du diable : quand on l’ouvrit, on
n’y trouva que des feuilles mortes. […] J’ai beau fouiller le passé je n’en retire plus que
bribes d’images et je ne sais pas très bien ce qu’elles représentent, si ce sont des souvenirs
ou des fictions. […]
Jean-Paul Sartre, La Nausée (1938) © Éditions Gallimard.
Vocabulaire :

Pistoles : ancienne monnaie d’or. Bribes : fragments, morceaux.

126 — © Cned, Français 3e


séance 3 — Séquence 5

1- Surligne le champ lexical du temps et du souvenir dans le passage.


2- Quelle image de ces souvenirs Sartre donne-t-il ? Quelle est la figure de style employée ici ?
3- Écris, toi aussi, une comparaison pour évoquer tes souvenirs d’enfance : « Mes souvenirs
sont comme… ».

Lis maintenant cet autre texte et réponds aux questions qui suivent :
62
Je me souviens des scoubidous.
63
Je me souviens de « Dop Dop Dop, adoptez le shampooing Dop ».
295
Je me souviens de la barbe à papa dans les fêtes foraines
Georges Perec, Je me souviens (1978) © Hachette.
4- Comment est construit cet extrait ? Quelle est la figure de style utilisée ?
5- Évoque toi aussi cinq souvenirs d’enfance (souvenir personnel, publicité, mode, goût
alimentaire…), à l’aide de phrases courtes, en utilisant le même procédé. Tu numéroteras
comme Georges Perec tes souvenirs.

Compare tes réponses avec celles du corrigé avant de passer à la suite.

C Le vocabulaire des émotions


Aide-toi du dictionnaire pour faire les exercices suivants.
1- Relie chacun des mots de gauche à son synonyme.
affliction • • chance
courroux • • tourment
égarement • • chagrin
faveur • • folie
fortune • • rancune
ressentiment • • colère
supplice • • amitié
2- Classe les mots suivants dans le tableau selon le sentiment qu’ils expriment puis souligne
les termes les plus forts dans chacune des listes.
Affection – amertume – aversion – courroux – dédain - dépit – désarroi – détresse – fureur
– gêne – horreur – inclination – indignation – langueur – mépris – passion – répulsion –
ressentiment – scrupules – sympathie.

Rejet Amour Colère Tristesse Confusion Honte

© Cned, Français 3e — 127


Séquence 5 — séance 3

3- Pour chacun des termes suivants, trouve en t’aidant des lettres données, un synonyme
plus fort.
Chagrin " -r- - - - - - - Colère Š f - - - - -
Tourment Š - - u l - - - étonné Š s - - p - - - - -
Triste Š dé - - - - - - - perdu Š dés - - - - - - -

Vérifie tes réponses dans ton livret de corrigés.

D Traduire les émotions en image


Marjane Satrapi est une dessinatrice iranienne née en 1969. Dans une bande dessinée, Persépolis, elle
retrace ses années de jeunesse entre 1979 et 1994. Elle connaît la révolution contre le régime du shah,
l’instauration d’une république islamique répressive et la guerre Iran-Irak. L’adolescente est rebelle et
ses parents décident, pour la protéger, de l’envoyer en Autriche faire ses études.

1 2

4 5

128 — © Cned, Français 3e


séance 3 — Séquence 5

6 8
7

Marjane Satrapi, Persépolis (2003) © L’Association.

1- En quoi cette planche de bande-dessinée est-elle autobiographique ?

2- Comment la colère de l’adolescente est-elle représentée graphiquement dans les vignettes


2 et 3 ?

3- Comment les sentiments et l’expression du visage de Marjane évoluent-ils dans les deux
dernières bandes (vignettes 4 à 8) ?

4- Comment comprends-tu l’expression de Marjane dans la dernière vignette « être intègre à


soi-même » ?

Regarde les réponses dans ton livret de corrigés.

E La découverte de la puissance des émotions.

Le « Haut Mal », c’est le nom qu’on donnait à l’épilepsie au Moyen Âge. L’Ascension du Haut
Mal, c’est l’histoire d’une famille au milieu des années soixante dont le fils aîné, Jean-Christophe,
est atteint par cette maladie à l’âge de sept ans. C’est son frère David qui raconte cette histoire
familiale.

© Cned, Français 3e — 129


Séquence 5 — séance 3

David B., L’Ascension du Haut Mal (2011) © L’Association.

1- Que ressens-tu comme sentiments à la lecture de cette planche ? Explique.

2- Quels changements remarques-tu entre la première et dernière vignette de cette planche ?


Observe notamment la place des personnages dans l’image et l’expression du visage du
petit frère.

3- À ton avis, quel est l’intérêt de l’utilisation du noir et blanc par rapport à la couleur ?

4- Quel jugement David B. porte-t-il sur son comportement lorsqu’il était enfant ?

5- Quelle image de l’enfance David B. donne-t-il ?

Vérifie tes réponses dans ton livret de corrigés.

130 — © Cned, Français 3e


séance 3 — Séquence 5

j e retiens Le vocabulaire de la bande-dessinée


Pour analyser correctement un document extrait d’une bande dessinée, tu dois
connaître quelques mots de vocabulaire.
une planche : page entière de bande dessinée composée de plusieurs bandes.
une bande : (aussi appelée un “strip”) succession horizontale de plusieurs images.
une vignette : (aussi appelée une case) image d’une bande dessinée délimitée par un
cadre.
une bulle : (aussi appelée un phylactère) forme variable qui, dans une vignette, contient
les paroles ou pensées des personnages reproduites au style direct.
un appendice relié au personnage : permet d’identifier le locuteur. Il prend la forme
d’une flèche pour les paroles et de petits ronds pour les pensées.
un cartouche : cadre dans lequel sont exprimés les commentaires du narrateur.

le coin des curieux

Si tu as envie de découvrir des bandes dessinées qui ont pour thème l’enfance et
l’adolescence, tu peux lire :

Persépolis de Marjane Satrapi

Quartier lointain de JirôTaniguchi

Blankets de Craig Tompson

Demalenpis d’Alex Robinson

L’Ascension du Haut Mal de David B.

Tu peux aussi regarder le film d’animation Persépolis de Vincent Paronnaud et Marjane


Satrapi s’inspirant de la bande dessinée.

© Cned, Français 3e — 131


Séquence 5 — séance 4

Séance 4
Épanouissement de l’amitié
Durée : 1h

L’objectif de cette séance est de comprendre que ce passage de L’Ami retrouvé est un point
culminant dans l’amitié des deux jeunes gens et qu’il annonce pourtant des heures plus sombres.

Dans la séance 2, tu as lu un passage de L’Ami retrouvé où Hans et Conrad font connaissance. Tu


as lu ensuite en autonomie les chapitres 5 à 6 du roman.

Prends maintenant ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais
ensuite le travail demandé.

Lis attentivement le texte suivant puis réponds aux questions.


À ce moment du récit, le héros narrateur, Hans Schwarz, jeune juif, s’est lié d’amitié avec Conrad
Von Hohenfels, un jeune noble. Tous les deux parcourent chaque fin de semaine le Wurtemberg. Ces
escapades sont l’occasion pour les deux amis d’échanger sur leurs nombreuses passions communes.
Dans cet extrait, ils partagent leur goût pour la poésie romantique allemande.

1 Les quelques mois qui suivirent furent les plus heureux de ma vie. Avec la venue du
printemps, toute la campagne ne fut qu’une immense floraison, les cerisiers et les pommiers, les
poiriers et les pêchers, tandis que les peupliers prenaient leur couleur argentée et les saules leur
teinte jaune citron. Les collines bleuâtres de la Souabe1, pleines de douceur et de sérénité, étaient
5 couvertes de vignobles et de vergers et couronnées de châteaux. Ces petites villes médiévales
avaient des mairies à hauts pignons et, autour de leurs fontaines, sur des colonnes entourées de
gargouilles crachant de l’eau, se dressaient des ducs et des comtes souabes portant des noms tel
Eberhardt le Bien-aimé ou Ulrich le Terrible, raides, comiques, moustachus, vêtus de lourdes
armures. Et le Neckar coulait lentement autour d’îles plantées de saules. De tout cela émanait un
10 sentiment de paix, de confiance dans le présent et d’espoir en l’avenir.
Le samedi Conrad et moi prenions un train omnibus2 pour aller passer la nuit dans une de ces
nombreuses et vieilles auberges aux lourdes boiseries, où l’on pouvait trouver à bon marché une
chambre propre, une chère3 excellente et du vin de la région. Nous allions parfois dans la Forêt-
Noire, où les sombres bois, qui exhalaient l’odeur des champignons et des larmes ambrées des
15 lentisques4, étaient émaillés de ruisseaux à truites sur les rives desquels se dressaient des scieries.
Il nous arrivait aussi de gagner les sommets montagneux et, dans les bleuâtres lointains, nous
pouvions voir la vallée du Rhin au cours rapide, les Vosges bleu lavande et la flèche de la
cathédrale de Strasbourg. Ou bien le Neckar5 nous tentait avec

ses vents légers hérauts de l’Italie,


20 Et toi et tous tes peupliers, rivière bien-aimée.

Ou le Danube6 avec ses

arbres aux blanches floraisons, aux fleurs roses aussi, ou roussâtres, ses arbres sauvages aux
feuilles d’un vert sombre.

Nous choisissions parfois l’Hegau7, où il y avait sept volcans éteints, ou le lac de Constance, le
25 plus rêveur de tous les lacs. Nous allâmes un jour à Hohenstaufen, au Teck et à Hohenfels. Il ne
subsistait pas la moindre pierre de ces forteresses, pas la moindre piste pour marquer la route que
les Croisés8 avaient suivie jusqu’à Byzance et Jérusalem. Non loin de là, se trouvait Tübingen où
132 Hölderlin-Hypérion,
— © Cned, Français 3e notre poète préféré, avait passé trente-six années de sa vie après avoir
sombré dans la folie, entrückt von den Göttern9, emporté par les dieux. Abaissant notre regard sur
30 la tour, la demeure de Hölderlin, sa douce prison, nous récitions notre poème favori :

Avec ses poiriers aux fruits jaunes,


Ou le Danube6 avec ses

arbres aux blanches floraisons, aux fleurs roses aussi, ou roussâtres, ses arbres sauvages aux
feuilles d’un vert sombre.
séance 4 — Séquence 5
Nous choisissions parfois l’Hegau7, où il y avait sept volcans éteints, ou le lac de Constance, le
25 plus rêveur de tous les lacs. Nous allâmes un jour à Hohenstaufen, au Teck et à Hohenfels. Il ne
subsistait pas la moindre pierre de ces forteresses, pas la moindre piste pour marquer la route que
les Croisés8 avaient suivie jusqu’à Byzance et Jérusalem. Non loin de là, se trouvait Tübingen où
Hölderlin-Hypérion, notre poète préféré, avait passé trente-six années de sa vie après avoir
sombré dans la folie, entrückt von den Göttern9, emporté par les dieux. Abaissant notre regard sur
30 la tour, la demeure de Hölderlin, sa douce prison, nous récitions notre poème favori :

Avec ses poiriers aux fruits jaunes,


Ses innombrables rosiers sauvages,
Le paysage se reflète dans le lac.
O, doux cygnes,
35 Ivres de baisers,
Qui plongez la tête
Dans l’eau calme et sacrée.

Et moi, où puis-je trouver


Les fleurs en hiver,
40 Les fleurs en hiver,
Et là où luit le soleil,
Là où est l’ombre de la terre ?
Les murs se dressent,
Muets et froids, et, dans le vent,
45 Claquent des étendards10 gelés.

Fred Uhlman, L’Ami retrouvé (1971), traduit par Léo Lack © Éditions Gallimard

A Une saison et des lieux symboliques


1- Quels sont les points communs des endroits où vont les deux amis ?

2- À quelle saison les excursions de Hans et Conrad ont-elles lieu ? Justifie ta réponse en
relevant le vocabulaire qui se réfère à cette saison.

3- « De tout cela émanait un sentiment de paix, de confiance dans le présent et d’espoir


en l’avenir » (l. 9-10) Quels liens peux-tu faire entre ce sentiment de légèreté et la saison
évoquée dans le premier paragraphe ?

4- Penses-tu que ce sentiment de légèreté et d’espoir va continuer compte tenu des


événements historiques à cette époque ? Explique ta réponse.

Prends ton livret de corrigés pour vérifier tes réponses.

B Accorder des adjectifs de couleur


1- Observe bien la description des différents lieux visités par les deux amis. Quelles sont les
couleurs utilisées dans cette description ? Pourquoi ?

2- « les Vosges bleu lavande » l. 17 Comment expliques-tu l’accord de l’adjectif de couleur ?

Vérifie tes réponses dans le livret de corrigés avant de lire et mémoriser le « je sais déjà » ci-après :

© Cned, Français 3e — 133


Séquence 5 — séance 4

j e sais déjà
L’accord des adjectifs de couleur
Un adjectif de couleur s’accorde en genre et en nombre avec le nom auquel il se
rapporte comme tous les adjectifs qualificatifs.
Ex. : Des montagnes bleues
Toutefois, il existe des exceptions. L’adjectif de couleur ne s’accorde pas si :
- l’adjectif de couleur est composé de deux adjectifs. Ex. : des montagnes bleu marine.
- l’adjectif de couleur est composé d’un adjectif et d’un nom. Ex. : des montagnes bleu
lavande.
- l’adjectif de couleur provient d’un nom de fruit, de fleur, de matière. Ex. : des nuages ivoire,
des feuilles noisette et orange.
Il y a cependant des cas particuliers : les adjectifs mauve, rose, pourpre, écarlate et fauve
s’accordent en genre et en nombre avec le nom qu’ils qualifient.
3- Accorde correctement les adjectifs de couleur
a. Des perroquets (vert) …………………. et (jaune citron) ………………….
b. Des ailes (bleu) ………………….
c. Une tache (noir) ………………….
d. Des plages de sable (blanc) ………………….
e. Des nuages (gris cendré) ………………….
f. Des fleurs (rose) …………………. et (mauve) ………………….
g. Des collines (verdoyant) ………………….
4- Classe les couleurs de la liste ci-dessous en t’aidant si besoin d’un dictionnaire.
Ivoire – vermillon – mordoré – crème – saumon – nacre – noisette – ébène – jade – rubis –
coquelicot – émeraude – anthracite – olive – grenat – corail – jais
blanc noir rouge orange vert jaune brun gris

Corrige-toi à l’aide de ton livret de corrigés, puis réponds aux questions ci-dessous :

C Le poème de Hölderlin
1- a) À la fin du texte, quel genre littéraire permet aux jeunes gens de traduire leurs
sentiments ?
b) En quoi ce genre littéraire fait-il écho aux paysages qu’ils visitent ?
2- Observe attentivement le poème. Comment est-il composé ?
3- Quelle opposition peux-tu faire entre les deux strophes ?

134 — © Cned, Français 3e


séance 4 — Séquence 5

4- « les murs se dressent, muets et froids, et, dans le vent, claquent des étendards gelés »
(l. 43 à 45). Que peuvent annoncer ces vers pour la suite de l’histoire compte tenu du
contexte historique en Allemagne en 1932 ?

D Écriture

Sujet d’imagination

Comme Hans et Conrad, il y a sûrement des lieux que tu aimes parcourir avec tes
ami(e)s. Décris ces lieux en utilisant au moins six mots de la « boîte à idées » ci-dessous.
Attention : tu accorderas correctement les adjectifs qualificatifs.

Émerveiller, impression, vert foncé, innombrable, écarlate, irréel, pourpre, mauve, ivoire, bleu marine,
bleu des mers du sud, lie de vin, rouge vermillon, idyllique.*

Regarde dans ton livret de corrigés un exemple de ce qu’il était possible d’écrire.

le coin des curieux

Si tu veux lire d’autres livres sur l’amitié, tu peux aussi emprunter au CDI de ton collège ou à
la bibliothèque :
- No et moi, Delphine de Vigan

- Le Grand Meaulnes, Alain-Fournier

- Au rebond, Jean-Philippe Blondel

- Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, Eric-Emmanuel Schmitt

- Ranko Tango de Brigitte Aubert

- L’Eté des mangeurs d’étoiles de Françoise Chaxel (théâtre)

Tu peux aussi regarder les films ci-dessous :


- Jeux interdits de René Clément, film en noir et blanc (1952)

- Mina Tannenbaum de Martine Dugowson (1994)

- Les Cerfs volant de Kaboul de Marc Forste

© Cned, Français 3e — 135


Séquence 5 — séance 5

Séance 5
Découvrir les premières de couverture
Durée : 2h
L’objectif de cette séance est de découvrir les premières de couverture du livre que tu as commencé
à lire. Ainsi, tu retrouveras des éléments de l’histoire que tu connais déjà et cela te donnera des
indices sur la suite.
Prends ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.

A Le titre
1- En t’appuyant sur le titre du roman, comment imagines-tu la suite ?

j e sais déjà
La formation des mots
Dans la séquence 2 séance 6 du livret de 6e tu as déjà travaillé sur la dérivation, c’est-à-
dire sur la formation des mots. Voici les points importants à retenir :
La dérivation : les mots dérivés sont construits à partir d’un radical auquel on rajoute un
préfixe ou un suffixe. Ils forment ainsi une famille de mots.
Le préfixe : élément qui se place avant le radical en modifiant le sens du mot.
Ex : chercher, rechercher.
Voici quelques exemples de préfixes avec leur sens :
- a-, an- : « absence ». Ex. : amoral, anormal.
- anti- : « contre ». Ex. : antigel, antisèche.
- auto- : « soi-même ». Ex. : autobiographie, autodidacte.
- bi-, bis- : « deux ». Ex. : bimensuel, bilatéral.
- en-, em-, in-, im- : « à l’intérieur ». Ex. : emprisonner, importer.
- ex- : « en dehors ». Ex. : exporter, extérieur.
- hyper- : « idée d’intensité, caractère excessif ». Ex. : hypertension, hypersonique.
- hypo- : « insuffisance ». Ex. : hypotension, hypoglycémie.
- in-, im-, il-, ir- : « négatif ». Ex. : inégal, illégal.
Le suffixe : élément qui se place après le radical en modifiant la classe grammaticale du
mot et parfois aussi le sens :
Ex. : retrouver, retrouvailles, retrouvé ; jaune " jaunâtre.

136 — © Cned, Français 3e


séance 5 — Séquence 5

Il peut servir à former des :


a) noms
-er, -ier, -ien, -iste : métier. Ex. : charcutier, chirurgien, dentiste.
-age, -ade, -tion, -ure : action. Ex. : lecture, mariage.
-eau, -on : diminutif. Ex. : chaton, lionceau.
b) adjectifs
-able, -ible : possibilité. Ex. : capable, lisible.
-eux, -ique : caractère. Ex. : colérique, peureux.
c) adverbes
-ment ajouté au féminin de l’adjectif (pleine / pleinement) et parfois au masculin (vrai/
vraiment).
Exceptions : énorme/énormément, gentil/gentiment.

2- Quelles remarques peux-tu faire sur la formation de l’adjectif « retrouvé » ? Quelle


information cela te donne-t-il sur l’histoire ?
3- En t’aidant d’un dictionnaire, trouve trois mots de chaque famille.
Coup de pouce : sers-toi de l’étymologie latine donnée dans l’article du dictionnaire.
Terreur : ………………………….., ………………………….., …………………………..
Cercle : ………………………….., ………………………….., …………………………..
Mère : ………………………….., ………………………….., …………………………..

Vérifie tes réponses dans le livret de corrigés avant de poursuivre.

B Les images
Observe attentivement ces différentes illustrations de L’Ami retrouvé.

Document 1 Document 2

© Cned, Français 3e — 137


Séquence 5 — séance 5

Document 3 Document 4

1- Laquelle de ces images correspond le mieux à ce que tu as déjà lu et à ce que tu imagines


de la suite de l’histoire ? Explique pourquoi.

2- Pour chacun de ces quatre documents, que peux-tu dire de la relation entre les
personnages sur chacune de ces illustrations ? Réponds en complétant le tableau
ci-dessous.

Document 1 Document 2 Document 3 Document 4

3- Comment expliques-tu les différences dans la représentation des deux personnages


d’une édition à l’autre ?

4- Quel est selon toi le contexte historique et le pays dans lequel se déroule cette
histoire ? Explique. Quel élément représenté sur l’arrière-plan de deux de ces premières
de couvertures te permet d’être précis ?

Vérifie tes réponses dans le livret de corrigés avant de lire et mémoriser le « Je retiens » ci-après.

138 — © Cned, Français 3e


séance 5 — Séquence 5

j e retiens Le sens des 1res de couverture


Lien fragile entre le livre et le lecteur, la couverture a un rôle clef. Elle présente les
personnages, le cadre du livre, suggère une atmosphère et met en appétit le lecteur.
Elle a plusieurs fonctions :
 Une fonction informative : elle donne au lecteur un certain nombre d’indications
sur les personnages de ce livre et son contenu. On peut trouver sur la première de
couverture :
- le titre du livre
- le nom de l’auteur
- le nom de l’illustrateur et une illustration
 Une fonction d’incitation à la lecture :
La couverture permet d’établir le contact entre le livre et le lecteur. Elle a une
fonction d’appel et doit donc susciter une curiosité chez le lecteur.
L’illustration a un rôle majeur. Elle doit donner quelques informations sur le
contenu de l’histoire tout en restant mystérieuse, piquant ainsi la curiosité du
lecteur : le but est de donner envie de lire.

C Le doublement des consonnes


1- a) « innombrables » (l.32) est l’adjectif qualificatif avec lequel est décrite la végétation
luxuriante du paysage dans l’extrait de la séance 4. Décompose les éléments de ce
mot.
b) Explique maintenant pourquoi le n est doublé dans ce mot.

Vérifie tes réponses dans le livret de corrigés avant de lire et mémoriser le « Je retiens » ci-dessous.

j e retiens Le doublement des consonnes


Une consonne peut être doublée entre deux voyelles ou entre une voyelle et les
consonnes l ou r.
Ex. : Coller, acclamer.
Quand une consonne est doublée, il n’y a pas d’accent sur la voyelle qui la précède
Ex. : Couette, ficelle mais désuète, fidèle.
Le doublement des consonnes en début de mot
Le contact entre la consonne du préfixe et celle du radical est à l’origine du doublement
des consonnes en début de mot.
- ac- Ex. : accéder, accrocher...
- af- Ex. : affable, affaire…
- al- Ex. : alléger, allonger….
- ap- Ex. : apparaître, appareil…
- ar- Ex. : arrangement, arrière…
- as- Ex. : assainir, assister…
- at- Ex. : attention, attirer…
- col- / com- / cor- Ex. : collage, communication, correspondance
- dif- / -dis- / des- Ex. : difficile, dissiper, dessiner…

© Cned, Français 3e — 139


Séquence 5 — séance 5

- ef- Ex. : effacer, effrayer…


- em- Ex. : emmener, emmitoufler…
- il- / in- / im- / ir- Ex. : illisible, inné, immersion, irrégulier…
- oc- / of- / op- Ex. : occupation, offensive, oppression
- res- Ex. : ressembler, ressort…
- suc- /suf- /souf- / sug- Ex. : succulent, suffisant, souffrance, suggérer…

Le doublement des consonnes en fin de mot


Certains noms, adjectifs ou verbes (souvent formés à l’aide d’un suffixe) doublent leur
consonne en fin de mot :
- en –ienne Ex. : gardienne, chienne…
- en –elle Ex. : manivelle, caravelle…
- en –otte Ex. : hulotte, roulotte…
- en –onner Ex. : sonner, fanfaronner…
- en –otter Ex. : grelotter, flotter…

Les adverbes en –ment


Ils doublent leur consonne quand ils sont formés sur un adjectif en –ant ou –ent.
Ex. : violent / violemment, prudent / prudemment.
2- Trouve et orthographie correctement les antonymes (mots de sens contraire) des
adjectifs qualificatifs ci-dessous en leur ajoutant un préfixe :
a- lisible : ……….........…………. e- logique : ……….........……….......….
b- mature : ……….........………. f- responsable : ………................…....
c- réel : ……….........…………... g- mobile : ……….................………….
d- limité : ……….........……….. h- mortel : ……….........……........…….
3- Une ou deux consonnes ? Complète le texte suivant avec la bonne orthographe.
Son visage me pa……ut encore plus charmant que la vei……e : tout en lui était fin,
inte……igent, et a……rayant. Elle tournait le dos à la fenêtre voi……ée d’un rideau blanc ;
un rai de soleil fi……trait à travers le ti……u et i……ondait de lumière ses cheveux flous
et dorés, son cou i……ocent, l’a……ondi de ses épaules, sa poitrine tendre et serei……e.
Je la con……emplais et qu’elle me deve……ait chère et tendre ! J’avais l’impre……ion de
la co……aître depuis longtemps et de n’avoir jamais su, rien vécu avant de l’avoir vue.
D’après Ivan Tourgueniev, Premier amour (1860), Flammarion.

4- Transforme les mots soulignés par des verbes qui commencent par ag-, al-, an-, ou at-.
a- L’avion se pose à terre : L’avion ………………………………………
b- L’architecte rend plus grande la maison : L’architecte ………………………………………
c- Il rend plus lourd son cartable en ajoutant des livres : Il ………………………………………
d- L’élève écrit des notes sur son cahier : L’élève ………………………………………
e- Il rend plus léger son sac en enlevant ses manuels : Il ………………………………………
Vérifie tes réponses dans le livret de corrigés avant de faire le travail d’écriture ci-dessous.

D Écriture
Dans l’image du document 2, le jeune garçon est seul. Avec les indices que tu as recueillis
pendant cette séance, raconte en quelques lignes pourquoi il n’est pas avec son ami.

Regarde dans ton livret de corrigés un exemple de ce qu’il était possible d’écrire.
140 — © Cned, Français 3e
séance 6 — Séquence 5

Séance 6
Je m’évalue
Durée : 1h30

Comme à la fin de chaque séquence, tu vas faire un bilan de ce que tu as appris. Cela te permettra
de faire le point sur ce que tu dois savoir et ce que tu dois être capable de faire pour le devoir.
Complète maintenant le tableau suivant. Bien sûr, si tu as oublié quelque chose ou si tu n’es pas
sûr de toi, tu peux utiliser ton cours. Lorsque tu auras fini, prends le corrigé et vérifie tes réponses.
Il est très important que ce tableau de synthèse ne comporte pas d’erreurs.

Je connais Je suis capable de


 Les caractéristiques de l’incipit d’un récit  Distinguer le « je » qui vivait dans le
autobiographique passé et le « je » qui écrit dans le présent
dans les deux phrases suivantes :
Un récit autobiographique est souvent
écrit à la …………………… personne. Le 1- Je suis au regret de te dire que je m’en vais.
…………………… est alors un personnage.
« Je » du ……………………
Dans une autobiographie, le narrateur
est également l’…………………… . Dans un 2- Oui, je t’aimais.
roman autobiographique, ce n’est pas le « Je » du ……………………
cas, mais l’auteur s’y inspire cependant de
sa propre vie.
Les récits autobiographiques sont des
récits …………………… : le narrateur s’y
remémore des événements passés de
sa vie. Les temps du ……………………
(imparfait/ passé simple) vont donc
alterner avec le ……………………, le temps
de l’écriture.
 Quelques figures de style  Reconnaître ces quelques figures de style :
La comparaison est une figure de style 1- Elle m’éblouit par la cascade de ses rires
de ressemblance. Elle rapproche deux
……………….........................……………..
éléments (un comparant et un comparé)
à l’aide d’un ………………………………….. 2- La culture ressemblait pour lui à un vieillard au
(comme, tel que…). visage ridé par le soleil.
L’énumération est une figure de style par ……………….........................……………...
répétition. Il s’agit d’une succession de 3- Je mange des poires, des prunes, des bananes.
termes pour renforcer une idée.
……………….........................……………..
L’anaphore est une figure de style par
répétition. Il s’agit d’une répétition 4- Elles se griffent. Elles se bousculent
d’………………………………………... ou Elles s’arrachent les vêtements. Elles ne
d’…………………………. en début de sortiront pas indemnes des soldes.
phrase ou de vers.
……………….........................……………..

© Cned, Français 3e — 141


Séquence 5 — séance 6

 Le vocabulaire de la bande-dessinée  Repérer les éléments d’une page de


bande dessinée :
Je connais quelques mots de vocabulaire.
Une …………..….. Une …………..…...
Une …………………….. : page entière de
bande dessinée composée de plusieurs
bandes.
Une …………………….. : (aussi appelée
un “strip”) succession horizontale de
plusieurs images.
Une …………………….. : (aussi appelée
une case) image d’une bande dessinée
délimitée par un cadre.
Une bulle : (aussi appelée un
……………………..) forme variable qui,
dans une vignette, contient les paroles ou
pensées des personnages reproduites au
style direct.
Un …………………….. relié au personnage
: permet d’identifier le locuteur. Il prend
la forme d’une flèche pour les paroles et
de petits ronds pour les pensées.
Un …………………….. : cadre dans lequel
sont exprimés les commentaires du
narrateur.

Une …………..…..
Un …………..…..
 L’accord des adjectifs de couleur  D’accorder correctement les adjectifs de
couleur :
Un adjectif de couleur s’accorde en
……………………. et en ……………………. Ex. : - des gants orange…
avec le ……………………. auquel il se
- des yeux marron…
rapporte comme tous les adjectifs
qualificatifs. - des yeux bleu… foncé…
Mais il existe des exceptions. L’adjectif de - des jupes rouge...
couleur ne s’accorde pas si : - des jupes rose…
- l’adjectif de couleur est composé de
……………………. .
- l’adjectif de couleur est composé d’un
……………………. et d’un …………………. .
- l’adjectif de couleur provient d’un nom
de ……………………., de …………………….,
de ……………………. .
Il y a cependant des exceptions : les
adjectifs mauve, rose, …………………….,
écarlate et ……………………. s’accordent
en genre et en nombre avec le nom qu’ils
qualifient.

142 — © Cned, Français 3e


séance 6 — Séquence 5

 Le doublement des consonnes  D’orthographier correctement des mots


auxquels j’ajoute un préfixe.
Une consonne peut être doublée entre
deux voyelles ou entre une voyelle et les Ex. : - Régulier / i…gulier
consonnes l ou r.
- Crocher / a…rocher
Quand une consonne est doublée, il n’y a
 D’orthographier correctement des mots
pas d’accent sur la voyelle qui la précède
auxquels j’ajoute un suffixe.
ex. : ………………………
Ex. : - pharmacien / pharmacie…e
Le doublement des consonnes en début
de mot - flot / flo…er
C’est le contact entre la consonne du  D’orthographier correctement un adverbe
préfixe et celle du radical qui est à en –ment.
l’origine du doublement des consonnes Ex. : - gentil / genti…ent
en début de mot.
- vrai / vrai…ment
Le doublement des consonnes en fin de
mot
Certains noms, adjectifs ou verbes,
souvent formés à l’aide d’un suffixe,
doublent leur consonne en fin de mot :
Les adverbes en –ment
Ils doublent leur consonne quand ils sont
formés sur un adjectif en –ant ou –ent.

Te voilà arrivé au terme de cette séquence … mais pas de L’Ami retrouvé ! L’étude de ce roman
va se poursuivre dans la prochaine séquence. Avant de la commencer, poursuis ta lecture jusqu’au
chapitre 14 inclus.

© Cned, Français 3e — 143


Sommaire
Séquence 6
Lire un récit d’adolescence : L’Ami retrouvé de Fred Uhlman (2)
Durée approximative : 11 h 30

Séance 1 Désillusion

Séance 2 Un climat tendu

Séance 3 Histoire des Arts : la propagande nazie

Séance 4 Rencontrer l’auteur

Séance 5 Écrire une lettre

Séance 6 Comprendre le sens du titre L’Ami retrouvé

Séance 7 Je m’évalue

Socle commun
Durant cette séquence, tu auras l’occasion de développer tes connaissances et de travailler des items
des compétences ci-dessous.
Compétence 1 : La maîtrise de la langue française
- Repérer les informations dans un texte à partir des éléments explicites et des éléments
implicites nécessaires
- Dégager par écrit l’essentiel d’un texte lu
- Écrire lisiblement un texte, spontanément ou sous la dictée, en respectant l’orthographe et
la grammaire
- Rédiger un texte bref, cohérent et ponctué, en réponse à une question ou à partir de
consignes données
Compétence 5 : La culture humaniste
- Établir des liens entre des œuvres littéraires et artistiques pour mieux les comprendre
- Être sensible aux enjeux esthétiques et humains d’un texte littéraire
- Avoir des connaissances et des repères relevant du temps: connaître les différentes
périodes de l’histoire de l’humanité, les grands traits de l’histoire (politique, sociale,
économique, littéraire, artistique, culturelle) de la France et de l’Europe
- Faire preuve de sensibilité, d’esprit critique, de curiosité : Manifester sa curiosité pour
l’actualité et pour les activités culturelles ou artistiques
Compétence 7 : L’autonomie et l’initiative
- Être autonome dans son travail : savoir l’organiser, le planifier, l’anticiper, rechercher et
sélectionner des informations utiles

144 — © Cned, Français 3e


séance 1 — Séquence 6

Séance 1
Désillusion

Durée : 2h
Dans la séquence précédente, tu as vu que, malgré leurs différences, Hans et Conrad entretiennent
une amitié forte et sincère. Tu as lu la suite du roman jusqu’au chapitre 14 et sais donc que ces
deux garçons partagent beaucoup de moments ensemble et que rien ne semble pouvoir les séparer.
Ils vont régulièrement l’un chez l’autre, mais Hans souffre de n’avoir jamais rencontré les parents
de son ami. Curieusement, ils sont toujours absents lorsqu’il est invité à entrer dans la magnifique
demeure. Le jeune homme se pose de plus en plus de questions. Que lui cache son meilleur ami ?
Tu vas découvrir dans cette nouvelle séquence le secret de Conrad. L’amitié entre les deux garçons
pourra-t-elle alors continuer ?

Je peux lire aussi


- Si tu as envie de lire d’autres histoires ayant pour
thème l’adolescence, nous te conseillons :
- La Guerre des boutons de Louis Pergaud
- Les Disparus de Saint-Agil de Pierre Véry
- Sa Majesté des mouches de William Golding
- La Révolte des coloriés d’Alexandre Jardin

© Cned/ N. Julo

Dans l’extrait de cette séance, tu verras que Hans avait raison de se poser des questions sur
l’attitude mystérieuse de son meilleur ami. Un événement important aura lieu lors d’une soirée
à l’opéra, ce qui marquera le début de la désillusion du jeune garçon. Cette séance te permettra
également de revoir les phrases complexes comportant des propositions subordonnées.

Prends une nouvelle page dans ton cahier. En haut, note le numéro et le titre de la séquence en
rouge. Encadre-les.

Saute deux lignes, puis note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.

Hans et Conrad sont amis et se rendent l’un chez l’autre régulièrement mais Hans se demande
pourquoi il n’a jamais rencontré les parents de son camarade. Il s’inquiète et s’interroge… Dans
cette scène, Hans va voir les parents de son ami pour la première fois.

Lis attentivement le texte suivant et écoute le début à la piste 12 de ton CD :

© Cned, Français 3e — 145


Séquence 6 — séance 1

1 Mais vint un jour où le doute ne fut plus permis.


Ma mère m’avait pris un billet pour une représentation de Fidélio1, dirigé par Furtwängler2, et
j’étais assis dans un fauteuil d’orchestre3, attendant le lever du rideau. Les violons commencèrent
à s’accorder, puis à jouer en sourdine, et une foule élégante emplit la salle de l’Opéra, l’un des
5 plus beaux d’Europe. Le Président de la République en personne nous honorait de sa présence.
Mais peu de gens le regardaient. Tous les yeux se tournaient vers la porte, près du premier
rang des fauteuils d’orchestre, par laquelle, lentement et majestueusement, les Hohenfels faisaient
leur entrée. Avec un mouvement de surprise et quelque difficulté, je reconnus mon ami, un
étrange et élégant jeune homme en smoking. Il était suivi de la comtesse, en robe noire avec un
10 étincelant diadème4, un collier et des boucles d’oreilles, le tout fait de diamants qui projetaient
une lumière bleuâtre sur sa peau mate. Puis venait le comte, que je voyais maintenant pour la
première fois ; il avait une moustache et des cheveux gris et une étoile incrustée de diamants
brillait sur sa poitrine. Ils se dressaient là, unis, supérieurs, escomptant que 5 les assistants les
contempleraient bouche bée6, hommage que leur conféraient7 neuf siècles d’histoire. Ils se
15 décidèrent enfin à gagner leur place. Le comte ouvrait la marche et la comtesse le suivait, la lueur
irisée que jetaient ses diamants dansant autour de sa jolie tête. Puis venait Conrad qui, avant de
s’asseoir, jeta sur l’auditoire un regard circulaire, s’inclinant lorsqu’il reconnaissait quelqu’un,
aussi sûr de lui que son père. Tout à coup, il m’aperçut, mais sans me donner le moindre signe de
reconnaissance ; puis son regard erra autour des fauteuils d’orchestre, se leva vers les balcons et
20 se rabaissa. Il m’a vu, assurément, me dis-je, car j’étais convaincu que ses yeux, en rencontrant
les miens avaient enregistré ma présence. Puis le rideau se leva et les Hohenfels, ainsi que nous
autres, quantité négligeable8, restâmes plongés dans l’obscurité jusqu’au premier entracte.
Dès que le rideau tomba et sans attendre que les applaudissements se fussent éteints, je me
rendis au foyer, une vaste salle ornée de colonnes de marbre corinthiennes, de lustres de cristal,
25 de glaces aux cadres dorés, de tapis rouge cyclamen et tendue de papier peint couleur de miel. Là,
appuyé contre l’une des colonnes et m’efforçant d’avoir l’air hautain et dédaigneux, j’attendis
l’apparition des Hohenfels. Mais quand je les vis enfin, j’eus envie de m’enfuir. Ne vaudrait-il
pas mieux écarter la pointe de la dague9 qui, je le savais par l’atavique10 intuition d’un enfant juif,
me serait, dans quelques minutes, plongée dans le cœur ? Pourquoi ne pas éviter la souffrance ?
30 Pourquoi risquer de perdre un ami ? Pourquoi demander des preuves au lieu de laisser s’endormir
le soupçon ? Mais je n’eus pas la force de fuir, de sorte que, me raidissant contre la douleur,
appuyé contre la colonne, je me préparai à l’exécution.
Lentement et majestueusement, les Hohenfels se rapprochèrent. Ils marchaient côte à côte, la
comtesse au milieu, faisant des signes de tête à des connaissances en agitant une main couverte de
35 bagues avec un léger mouvement d’éventail, les lueurs que jetaient son collier et son diadème
l’aspergeant de perles lumineuses pareilles à des gouttes d’eau cristallines. Le comte inclina
légèrement la tête à l’adresse de diverses personnes et du Président de la République, qui répondit
par un profond salut. La foule leur faisait place et leur procession11 royale poursuivait son chemin
sans obstacle, superbe et impressionnante.
40 Ils avaient encore une dizaine de mètres à faire avant d’arriver jusqu’à moi, qui voulais
connaître la vérité. Aucune échappatoire n’était possible. Cinq mètres nous séparaient, puis
quatre. Il me vit soudain, sourit, toucha de la main droite le revers de son smoking comme s’il
voulait en faire tomber un grain de poussière… et ils me dépassèrent.

Fred Uhlman, L’Ami retrouvé (1971), traduit par Léo Lack © Éditions Gallimard
« Tous les droits d’auteur de ce texte sont réservés. Sauf autorisation, toute utilisation
de celui-ci autre que la consultation individuelle et privée est interdite » www.gallimard.fr

Notes :
1 - « Fidelio » (l.2) : unique opéra de Ludwig Von Beethoven composé en 1805.
2 - « Furtwängler » (l.2) : Gustav Furtwängler était un chef d'orchestre et compositeur allemand.
3 - « fauteuil d’orchestre » (l.3) : place située au parterre (rez-de-chaussée) d’une salle de théâtre.
4 - « diadème » (l. 10) : couronne.

146 — © Cned, Français 3e


séance 1 — Séquence 6

A La famille Hohenfels, objet de tous les regards


1- Peux-tu dire dans quel lieu se passe cette scène du roman ? Surligne dans le texte les
indices qui t’ont permis de répondre.
2- a) Quel qualificatif est appliqué à la foule entre les l. 3 à 5 ?
b) Hans semble-t-il faire partie de cette foule ? Justifie ta réponse.
3- a) Qui semble, malgré sa fonction, moins important aux yeux du public que les Hohenfels ?
b) Quel est le titre des Hohenfels ?
c) Que peux-tu déduire de tes réponses précédentes sur le milieu social des Hohenfels ?
4- a) Compare le nombre de lignes consacré à la représentation de l’opéra et le nombre de
lignes consacré à la description de l’arrivée des Hohenfels.
b) Que peux-tu en déduire ? Justifie ta réponse.
5- Fidelio est l’unique opéra de Beethoven. Cet opéra n’a peut-être pas été choisi au hasard
par l’auteur. À ton avis, en t’appuyant notamment sur le titre, quels liens peut-il exister
entre l’histoire de cet opéra et le roman de Fred Ulhman ?
Vérifie tes réponses dans ton livret de corrigés avant de poursuivre.

B La désillusion
1- Relève l’expression que le narrateur emploie pour décrire Conrad à son arrivée à l’Opéra.
Pourquoi le jeune homme semble-t-il différent ?

j e retiens La périphrase*
On utilise une périphrase* lorsqu’on remplace un mot par un groupe de mots de
même sens pour mettre en valeur un aspect particulier d’un être ou d’une chose.
Ex : Je reconnus mon ami, un étrange et élégant jeune homme en smoking (l. 8-9)

2- Aux lignes 18 à 21, quelle est l’attitude de Conrad envers Hans ?


3- Pourquoi Hans a-t-il « envie de [s’] enfuir » (l. 27) ?
4- Que ressent Hans à la fin de l’extrait d’après toi ? Pourquoi ?

C Les conjonctions de subordination.


1- « j’étais convaincu que ses yeux en rencontrant les miens avaient enregistré ma présence. »
(l. 20-21)
a) Souligne les verbes conjugués à un mode personnel de cette phrase. Combien de
propositions comporte-t-elle ?
b) Donne la nature de chacune de ces propositions.
c) Quelle proposition est introduite par « que » ? Déduis-en la classe grammaticale de ce
mot.

Compare tes réponses avec celles de ton livret de corrigés, puis lis et mémorise le « Je retiens »
suivant :
© Cned, Français 3e — 147
Séquence 6 — séance 1

j e retiens Les conjonctions de subordination


Les conjonctions de subordination introduisent les propositions subordonnées
conjonctives. Elles sont invariables et n’ont pas de fonction dans la subordonnée ; elles
servent à marquer la dépendance de la subordonnée à la principale.
Les conjonctions de subordination qui sont composées de plusieurs mots sont appelées
des locutions conjonctives. Ex : après que, même si…
 La conjonction QUE
C’est la plus fréquente.
Quand elle est employée seule, elle introduit le plus souvent une proposition
subordonnée complétive et complète souvent un verbe.
Ex : Il sait que Conrad entend la dispute
Subordonnée complétive COD
Elle peut aussi faire partie d’une locution conjonctive introduisant des propositions
subordonnées circonstancielles (pendant que…, pourvu que…, à supposer que…).
 Les conjonctions introduisant les propositions subordonnées circonstancielles
Les conjonctions ou locutions conjonctives introduisent des propositions subordonnées
circonstancielles qui expriment différentes valeurs :
- le temps : après que, avant que, depuis que, alors que, lorsque…
- la cause : parce que, puisque, sous prétexte que…
- le but : afin que, pour que, de peur que…
- la conséquence : si bien que, de sorte que, au point que…
- l’opposition : même si, quoique, bien que…
- l’hypothèse : si, en admettant que, à condition que…

2- Dans les phrases suivantes, entoure la conjonction de subordination et mets la


proposition subordonnée conjonctive entre crochets :

1) Hans croit véritablement que Conrad n’a pas voulu l’humilier.

2) Les deux amis se promettent que cet incident ne se reproduira pas.

3) Hans exige de Conrad qu’il lui dise la vérité.

4) Les garçons constatent qu’ils partagent le goût de la poésie.

5) Conrad se dit qu’il pourra échanger des pièces de monnaie avec son ami.

3- Transforme les deux phrases simples suivantes en une seule phrase complexe. Utilise pour
ce faire une conjonction ou une locution conjonctive exprimant la valeur circonstancielle
entre parenthèses. Attention, tu devras peut-être faire des modifications pour que ta
phrase soit correcte (concernant les verbes notamment).

1) Il est parti. Sa famille est inquiète. (temps)

2) Il a eu une adolescence difficile. Il a bien réussi. (opposition)

3) Il travaille beaucoup. Il a une petite chance d’y parvenir. (hypothèse)

4) Il n’arrête pas de réviser son cours. Ses parents voient qu’il veut avoir son brevet. (but)

5) Ils se disputaient. Conrad était assis. (temps)

148 — © Cned, Français 3e


séance 1 — Séquence 6

Vérifie tes réponses dans ton livret de corrigés avant de relire l’extrait pour répondre aux questions
suivantes :

D Une critique de l’aristocratie allemande


1- a) Quels adverbes sont utilisés plusieurs fois dans l’extrait à propos des Hohenfels ?

b) Quelles informations nous donnent-ils sur l’attitude de cette famille ?

2- « Ils se dressaient là, unis, supérieurs, escomptant que les assistants les contempleraient
bouche bée ». (l. 13-14)

Quelles sont les attentes des Hohenfels dans cette phrase ? Justifie ta réponse.

3- Que font les Hohenfels pendant l’entracte ?

4- Quelle image le narrateur donne-t-il de cette famille aristocratique ? À l’aide de tes


réponses précédentes, donne une réponse argumentée.

E La disgrâce
1- a) Au début de l’entracte, quel type de phrase est employé ?

b) Quel est à ce moment-là l’état d’esprit de Hans ?

2- À ce moment-là de l’extrait, quel est le sentiment ressenti par Hans ? Quelle figure de
style est ici employée pour renforcer ce sentiment ?

3- À la ligne 32, quel terme très fort le narrateur choisit-il d’employer pour faire référence à
l’épreuve qu’il doit endurer ? Explique-le.

4- En quoi cet événement éclaire-t-il la première phrase de l’extrait ? Explique ta réponse.

Compare tes réponses avec celles de ton livret de corrigés avant de continuer.

F Réécriture
« Là, appuyé contre l’une des colonnes et m’efforçant d’avoir l’air hautain et dédaigneux,
j’attendis l’apparition des Hohenfels. Mais quand je les vis enfin, j’eus envie de m’enfuir. »
(l. 25-27)

Réécris ce texte en remplaçant « je » par « nous ». Effectue toutes les modifications


nécessaires.

Prends ton livret de corrigés pour vérifier tes réponses.

Termine de lire le chapitre 15 et lis également le chapitre 16, puis passe à la séance 2.

© Cned, Français 3e — 149


Séquence 6 — séance 2

Séance 2
Un climat tendu

Durée : 2h

Dans cette nouvelle séance, tu découvriras les difficultés que doit surmonter au quotidien Hans.
L’école est pour lui maintenant le lieu de brimades et de menaces et son amitié avec Conrad
se délite encore. Cette séance te permettra aussi de travailler les propositions subordonnées
circonstancielles de condition et le subjonctif.

Prends ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.

C’est dans un contexte politique agité qu’évolue l’amitié de Hans et Conrad mais les violences
n’atteignent pas les deux amis qui considèrent ces événements comme des « incidents mineurs ». Pour
la première fois, Hans va être directement confronté à l’antisémitisme (si tu ne sais plus ce que
signifie ce mot, réfère-toi à ton cours d’histoire) ambiant. Son ami l’aidera-t-il dans cette épreuve ?

Lis attentivement le texte suivant et écoute le début à la piste 13 de ton CD.

1 Jusqu’alors, je ne m’étais jamais heurté à plus d’animosité1 que celle que l’on trouve
généralement parmi des garçons de classes sociales et d’intérêts différents. Personne ne semblait
avoir une opinion bien arrêtée à mon sujet et je n’avais jamais subi d’intolérance religieuse ou
raciale. Mais lorsque j’arrivai au lycée un matin, j’entendis à travers la porte close de ma classe le
5 bruit d’une violente discussion. « Les Juifs, entendis-je, les Juifs. » Ces mots étaient les seuls que
je puisse distinguer, mais ils se répétaient en chœur et l’on ne pouvait se méprendre2 sur la
passion avec laquelle ils étaient proférés3.
J’ouvris la porte et la discussion cessa brusquement. Six ou sept garçons, debout, formaient un
groupe. Ils me regardèrent fixement comme s’ils ne m’avaient jamais vu. Cinq d’entre eux
10 gagnèrent leur place en traînant les pieds, mais deux autres, Bollacher, l’inventeur de « Castor et
Pollack4 », qui me parlait à peine depuis un mois, et Schulz, un rustre5 agressif qui pesait bien
soixante-seize kilos, fils d’un pauvre pasteur de village, destiné à suivre la voie de son père, me
regardèrent droit dans les yeux. Bollacher ricana — cette sorte de ricanement supérieur et stupide
qu’arborent certaines personnes lorsqu’elles voient un babouin au zoo — mais Schulz, se
15 pinçant le nez comme s’il sentait une mauvaise odeur, me dévisagea d’un air provoquant.
J’hésitai un instant. Je pensais avoir une chance sur deux au moins de terrasser6 ce gros lourdaud,
mais je ne voyais pas comment cela pourrait arranger les choses. Une trop grande quantité de
poison s’était déjà infiltrée dans l’atmosphère du lycée. J’allai donc à ma place et fis semblant de
jeter un dernier coup d’œil sur mes devoirs du soir, à l’exemple de Conrad, qui se donnait un air
20 trop occupé pour prêter attention à ce qui se passait.
Or, encouragé par mon indécision à relever le défi de Schulz, Bollacher se précipita vers moi.
« Pourquoi ne retournes-tu pas en Palestine, d’où tu es venu ? » hurla-t-il. Et, tirant de sa poche
un petit bout de papier imprimé, il le lécha et le colla sur mon banc, devant moi. Il y était écrit :
« Les Juifs ont ruiné l’Allemagne. Citoyens, réveillez-vous ! »
25 — Ote-moi ça, dis-je.
150 —— Ote-le
© Cned, toi-même,
Français 3e répondit-il. Mais attention, si tu le fais, je te casse la figure.
C’était le moment critique. La plupart des garçons, y compris Conrad, se levèrent pour voir ce
qui allait se passer. Cette fois, j’avais trop peur pour hésiter. C’était vaincre ou mourir. De toutes
mes forces, je frappai Bollacher au visage. Il chancela, puis revint vers moi. Ni l’un ni l’autre
30 n’avions la moindre expérience de la lutte ; dans ce combat, les règles étaient ignorées… oui,
mais je ne voyais pas comment cela pourrait arranger les choses. Une trop grande quantité de
poison s’était déjà infiltrée dans l’atmosphère du lycée. J’allai donc à ma place et fis semblant de
jeter un dernier coup d’œil sur mes devoirs du soir, à l’exemple de Conrad, qui se donnait un air
20 trop occupé pour prêter attention à ce qui se passait.
Or, encouragé par mon indécision à relever le défi de Schulz, Bollacher se précipita vers moi.
« Pourquoi ne retournes-tu pas en Palestine, d’où tu es venu ? » hurla-t-il. séance — Séquence
Et,2tirant 6
de sa poche
un petit bout de papier imprimé, il le lécha et le colla sur mon banc, devant moi. Il y était écrit :
« Les Juifs ont ruiné l’Allemagne. Citoyens, réveillez-vous ! »
25 — Ote-moi ça, dis-je.
— Ote-le toi-même, répondit-il. Mais attention, si tu le fais, je te casse la figure.
C’était le moment critique. La plupart des garçons, y compris Conrad, se levèrent pour voir ce
qui allait se passer. Cette fois, j’avais trop peur pour hésiter. C’était vaincre ou mourir. De toutes
mes forces, je frappai Bollacher au visage. Il chancela, puis revint vers moi. Ni l’un ni l’autre
30 n’avions la moindre expérience de la lutte ; dans ce combat, les règles étaient ignorées… oui,
mais c’était également nazi contre juif, et je me battais pour la meilleure cause.
Le sentiment passionné qui m’animait alors eût pu ne pas suffire à me tirer de là si Bollacher,
en voulant m’assener7 un coup que j’évitai, n’avait trébuché et ne s’était coincé entre deux
pupitres8 au moment où Pompetzki en personne entrait dans la classe. Bollacher se mit sur pied.
35 Me désignant du doigt tandis que des larmes de mortification9 coulaient sur ses joues, il dit :
— Schwarz m’a attaqué.
Pompetzki me regarda.
— Pourquoi avez-vous attaqué Bollacher ?
— Parce qu’il m’a insulté, dis-je, tremblant de tension et de rage.
40 — Il vous a insulté ? Que vous a-t-il dit ? demanda Pompetzki avec douceur.
— Il m’a dit de retourner en Palestine, répondis-je.
— Oh, je vois, dit Pompetzki avec un sourire, mais ce n’est pas une insulte, mon cher
Schwarz ! C’est plutôt un conseil amical. Asseyez-vous tous les deux. Si vous voulez
vous battre, battez-vous dehors autant que vous voudrez. Mais souvenez-vous Bollacher,
45 qu’il vous faut être patient. Bientôt, tous nos problèmes seront résolus. Et maintenant,
revenons à notre cours d’histoire.

A À l’épreuve de l’antisémitisme
1- Pour quelle raison une dispute éclate-t-elle entre Hans et ses camarades ?
2- « Une trop grande quantité de poison s’était déjà infiltrée dans l’atmosphère du lycée »
(l. 17-18). De quel poison s’agit-il ?

j e sais déjà
L’impératif présent
L’impératif présent n’a pas de sujet exprimé et ne comporte que trois personnes : 2e du
singulier, 1re et 2e du pluriel.
Les terminaisons des verbes du 1er groupe : -e, -ons, -ez
Exemple : mange, mangeons, mangez.
Attention : certains verbes du 3e groupe se conjuguent sur le même modèle.
Exemples : cueille, cueillons, cueillez / souffre, souffrons, souffrez…
Les terminaisons des autres verbes : -s, -ons, -ez
Exemple : finis, finissons, finissez.
Attention : la 2e personne du singulier prend un –s devant en et y
Exemple : Ils vendent des oranges au marché, vas-y et rapportes-en.

© Cned, Français 3e — 151


Séquence 6 — séance 2

3- « Les juifs ont ruiné l’Allemagne. Citoyens, réveillez-vous » (l. 24)


a) Quels sont le temps et le mode du verbe souligné ? Quelle est la valeur de ce mode ?
b) Explique le sens de ce slogan à la lumière de tes réponses précédentes.
c) Transpose le verbe souligné à la troisième personne en commençant la phrase par :
Que le citoyen … Quel mode as-tu employé ?
d) Des lignes 32 à 34, trouve le verbe conjugué au subjonctif plus-que-parfait. Quelle est
sa valeur ?

j e sais déjà
Le subjonctif
1- La conjugaison du subjonctif
Le mode subjonctif comprend quatre formes : présent, passé, imparfait et plus-que-
parfait.
 Le subjonctif présent
Les terminaisons sont toujours les mêmes quel que soit le groupe du verbe :
-e, -es, -e, -ions, -iez, -ent sauf pour « être » et « avoir » qui ont au singulier -s, -s-, -t
Attention : Quelques verbes du 3e groupe sont irréguliers !
Ex. : aller : que j’aille ; faire : que je fasse ; falloir : qu’il faille ; pouvoir : que je puisse ; savoir : que je
sache, vouloir : que je veuille.
 Le subjonctif passé
C’est le temps composé qui correspond au subjonctif présent ; il se forme au moyen de
l’auxiliaire « être » ou « avoir » conjugué au subjonctif présent suivi du participe passé.
Ex. : que je sois sorti, que j’aie frappé.
 Le subjonctif imparfait
Il est assez rare et ne se rencontre que dans un niveau de langue soutenu, le plus souvent
à la 3e personne du singulier.
Il est formé sur le radical du passé simple suivi des terminaisons :
-sse, -sses, - ^t, -ssions, -ssiez, -ssent.
Ex. : il fallait qu’il le crût, il fallait que je réussisse.
 Le subjonctif plus-que-parfait
C’est le temps composé qui correspond au subjonctif imparfait. Il se forme au moyen de
l’auxiliaire « être » ou « avoir » conjugué au subjonctif imparfait suivi du participe passé.
Ex : que je fusse tombé, que vous eussiez réussi.
2- Les valeurs et les emplois du subjonctif
Le subjonctif exprime des actions possibles, incertaines liées à des sentiments ou à des
volontés.
Il peut s’employer soit dans des propositions indépendantes ou principales soit dans des
propositions subordonnées.

152 — © Cned, Français 3e


séance 2 — Séquence 6

 Le subjonctif employé dans les propositions indépendantes ou principales

Il peut exprimer :

- L’ordre, l’interdiction : Ex : Qu’il cesse immédiatement ce comportement abject !

- Le souhait : Pourvu que Conrad intervienne !

- La condition : Qui l’eût cru qu’ils en arriveraient à de tels agissements !

- La concession : Dussé-je me faire casser la figure, je ne baisserai pas les bras.

 Le subjonctif employé dans les propositions subordonnées conjonctives

Il est employé après les verbes exprimant :

- une volonté Ex : Je veux que tu lui viennes en aide.

- un sentiment Ex : Je crains qu’il n’intervienne trop tard.

- un jugement Ex : Je crois qu’ils agissent mal.

Il peut aussi être employé après des verbes d’opinion dans les phrases à la forme négative
ou interrogative. Dans ce cas, on peut hésiter entre les modes indicatif et subjonctif.
L’indicatif va exprimer une plus grande certitude que le subjonctif.

- Le mode indicatif Ex : Je ne crois pas qu’il intervient pour défendre son ami.

- Le mode subjonctif Ex : Je ne crois pas qu’il intervienne pour défendre son ami.

4- Souligne les verbes conjugués au subjonctif présent et transpose-les au subjonctif passé


sans changer de personne.

1) Que personne ne sorte de la salle de classe.

2) Il est regrettable que tu accordes foi à ces inepties.

3) Dommage que tu arrives après la dispute, tu aurais pu intervenir.

4) Il faut absolument que Bollacher réfléchisse avant d’agir.

5) Qu’il soit influencé par des idées racistes n’étonne personne.

5- Recopie les phrases en conjuguant les verbes entre parenthèses à l’imparfait du


subjonctif.

1) Il n’était pas nécessaire qu’il (faire) justice lui-même.

2) J’aurais voulu que Conrad (intervenir) dans la dispute.

3) Il fallait absolument qu’il (défendre) ses idées.

4) Il était impossible pour lui qu’il (gagne) le combat.

5) Le professeur voulait qu’ils (cesser) la dispute.

© Cned, Français 3e — 153


Séquence 6 — séance 2

6- Transforme les groupes nominaux complément d’objets en propositions subordonnées


conjonctives complétives. Attention au mode des verbes de ces subordonnées.

1) Il souhaite le retour des beaux jours.

2) Il ne veut pas la mort de ses ennemis.

3) J’attends la fin du livre pour comprendre.

4) Tu crains les bagarres.

5) Je m’étonne de la venue de ses ennemis ici.

7- Sur quels arguments repose l’antisémitisme dans la bouche des élèves ?

B La confrontation entre les élèves

1- Au cours de la dispute, Hans éprouve des sentiments différents. Relève trois expressions
qui décrivent son état d’esprit et analyse l’évolution de ses sentiments.

2- Bollacher menace ainsi Hans aux lignes 26 : « Mais attention, si tu le fais, je te casse la
figure ». Comment analyses-tu la proposition incise, entre virgules ?

M éthodologie
Comment analyser une proposition ?

Une phrase peut comporter une ou plusieurs propositions. Une proposition est un
groupe de mots organisés autour d’un verbe conjugué. La phrase contient donc autant
de propositions que de verbes conjugués.

Ex : Il faut que Hans se défende.  deux verbes, deux propositions.

V1 V2

La proposition principale et la proposition indépendante n’ont pas de fonction, on ne


connaît donc que leur nature.

Une proposition subordonnée peut être analysée sur le plan de sa nature et de sa


fonction.

" [Il faut] : proposition principale

" [que Hans se défende.] : proposition subordonnée conjonctive, complément d’objet


direct du verbe de la principale « falloir ».

154 — © Cned, Français 3e


séance 2 — Séquence 6

j e retiens Les propositions subordonnées circonstancielles de condition


Dans le système hypothétique, les faits exprimés par la principale et la subordonnée
sont liés : pour que le fait exprimé dans la principale se réalise, il faut que la condition
exprimée dans la subordonnée se réalise.
Ex : Si tu ôtes le papier, je te casse la figure.
Le plus souvent, la subordonnée est introduite par si et est au mode indicatif.
Le temps de la subordonnée introduite par si peut varier selon que la condition est
envisagée comme réalisable, irréalisable ou non réalisée.
" Si + présent de l’indicatif : condition considérée comme réalisable.
Ex. : Si tu ôtes le papier, je te casse la figure.
" Si + imparfait de l’indicatif : condition considérée comme irréalisable ou réalisable
dans l’avenir
Ex. : Si Conrad était courageux, il serait intervenu.
" Si + plus-que-parfait : condition non réalisée dans le passé
Ex : Si Conrad avait été courageux, il aurait pu défendre son ami.
Mais la subordonnée peut aussi être introduite par une locution conjonctive : son verbe
est alors soit au conditionnel soit au subjonctif.
Ex. : - Au cas où Conrad serait courageux, il défendrait son ami.
Conditionnel
- Pour peu qu’il soit courageux, il défendrait Hans.
Subjonctif

3- Souligne les propositions subordonnées de condition et entoure le subordonnant :


1) Ses parents ont accepté de le recevoir à condition qu’il ne parle pas de religion.
2) Si vous voulez continuer à vous voir, il faudra ne pas parler de religion.
3) Pour peu que le professeur adhère à ses idées, il pourra continuer ses brimades.
4) Je t’ai apporté le tract, au cas où tu ne l’aurais jamais lu.
5) Dès lors que vous aurez frappé un camarade, vous serez sanctionné.
4- Recopie les phrases en conjuguant le verbe de la subordonnée aux temps et mode qui
conviennent :
1) Il viendra avec plaisir en classe, pour peu que vous (savoir) être corrects.
2) Si c’(être) possible, Hans aurait préféré ne pas se battre.
3) Au cas où Hans (rencontrer) le groupe d’élèves, il serait préférable de les éviter.
4) Conrad l’aurait aidé si Hans le lui (demander).
5) Il vous laissera entrer dans la classe à condition que vous (respecter) les autres élèves.

C Les réactions des personnes extérieures


1- a) Le professeur d’histoire donne-t-il raison à Hans ou à Bollacher ?
b) lignes 44-45 : « Mais souvenez-vous, Bollacher, qu’il vous faut être patient. Bientôt,
tous nos problèmes seront résolus ». Selon toi, quels sont les problèmes évoqués de
façon insidieuse par le professeur ?

© Cned, Français 3e — 155


Séquence 6 — séance 2

2- a) Quel est le comportement de Conrad pendant la dispute ?

b) Hans trouve-t-il de l’aide autour de lui ? En quoi cela rend-il encore plus difficile cette
confrontation ?

c) À ton avis, que va-t-il se passer après cet épisode ? Hans osera-t-il revenir à l’école ?
Que peut-on craindre ?

Poursuis ta lecture au moins jusqu’au chapitre 17 pour la séance 4.

D Expression écrite

Imagine que le professeur intervienne différemment : il sermonne les garçons et prend


la défense de Hans. Tu utiliseras des verbes au subjonctif pour exprimer l’ordre,
l’interdiction, la volonté ou encore l’indignation.

Après avoir terminé ton travail, lis dans ton livret de corrigés un exemple de ce qu’il était possible
d’écrire.

156 — © Cned, Français 3e


séance 3 — Séquence 6

Séance 3
Histoire des Arts : la propagande nazie

Durée : 1h30

L’objectif de cette séance est de te préparer à l’épreuve d’histoire des arts. Tu étudieras des affiches
de propagande nazie afin de mieux comprendre l’Allemagne dans laquelle se déroule l’histoire de
L’Ami retrouvé.

Lors de l’épreuve d’Histoire des Arts, tu pourras être interrogé sur des œuvres aux

supports variés. Tu dois être capable d'identifier la nature de celles-ci. Voici un petit

lexique des arts, il te donnera une petite idée de ce qui t’attend. Tu peux être par exemple

interrogé sur :

- Une affiche publicitaire : elle associe le plus souvent du texte et de l’image. Elle est

destinée à vanter un produit ou à inciter à adhérer à une cause (comme dans une affiche

de propagande).

- Une œuvre architecturale : construction d’édifices (cathédrale, châteaux…) et

agencement de jardins (jardins à la française de Versailles conçus par Le Nôtre).

- La bande-dessinée : tu peux te référer à la séance 3 de la séquence 5 pour réviser le

vocabulaire de cet art.

- Le cinéma : un extrait de film, une bande-annonce…

- La peinture, la photographie, la sculpture…

- La musique (chanson, opéra, comédie musicale…)

Prends ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.

© Cned, Français 3e — 157


Séquence 6 — séance 3

A Savoir lire et analyser une affiche de propagande


Observe attentivement l’affiche suivante puis réponds aux questions.

Vive l’Allemagne, affiche (v.1935), collection privée


© Peter Newark Pictures / The Bridgeman Art Library.

1- Quel personnage historique reconnais-tu sur cette affiche ? Décris-le précisément


(vêtements, décorations militaires, objets tenus dans les mains, attitude…).
2- Selon toi, quel est le contexte historique lié à cette image ? Qu’est-ce qui te permet de
répondre ?
3- Que peux-tu dire de la place que prend ce personnage dans l’image ?
4- Que distingues-tu à l’arrière-plan en bas ?
5- Qu’est-ce qui est représenté en haut à l’arrière-plan ?
6- Observe attentivement la composition de l’affiche.
a) Comment sont représentées les personnes qui sont à l’arrière-plan ?
b) Comment au contraire est représenté l’objet tenu par le personnage ?
c) Selon toi, pourquoi les lignes sont-elles opposées ? Que symbolisent-elles ?
d) Quel élément à l’arrière plan peut alors symboliser l’ordre et la stabilité retrouvés ?
Justifie ta réponse.

158 — © Cned, Français 3e


séance 3 — Séquence 6

j e retiens Savoir analyser une image


Il existe des techniques pour analyser une image. Voici quelques exemples d’éléments
que tu peux commenter pour arriver à une interprétation de l’œuvre.
- La composition : lignes qui structurent l’espace (diagonales, horizontales,
circulaires…) et qui guident la direction du regard.
- Les plans : ils organisent les éléments dans l’espace (premier plan, second plan,
arrière-plan). Ils créent des effets de profondeur et de perspectives
- L’angle de vue : il désigne l’endroit d’où est vue la scène. Il faut faire la différence
entre la vue de face (même niveau que le sujet regardé), en plongée (vue d’en
haut, le spectateur domine la scène) et en contre-plongée (vue d’en bas, le
spectateur est dominé).
- Les couleurs : distinguer les couleurs chaudes (orange, rouge, jaune…) et les
couleurs froides (bleu, gris, vert…)
- La lumière : qui permet de mettre en valeur un élément de l’œuvre.
- Le cadrage : c’est un peu le zoom au cinéma. On peut avoir une vue d’ensemble
(panorama d’un lieu), un plan général (personnage vu en entier), le plan
américain (personnage vu jusqu’à mi-cuisse), le plan rapproché (buste du
personnage), le gros plan (visage du personnage) et le très gros plan (détail sur le
personnage)

7- à ton avis, quels sentiments traduisent le visage et la position des mains du personnage
principal ?

8- Selon toi, quelles peuvent être les émotions ressenties par les personnes qui à l’époque
regardent l’affiche ?

9- En utilisant toutes tes réponses précédentes, explique le titre de l’affiche.

Vérifie tes réponses dans ton livret de corrigés. Maintenant, lis et mémorise le « Je retiens »
suivant.

j e retiens L’affiche de propagande


On appelle propagande une stratégie de communication, qui tend à inculquer à
grande vitesse des idées à une vaste population. L’affiche de propagande est toujours
liée à un contexte historique précis. Elle utilise des procédés qui accrochent le regard :
une composition, des lignes de force bien marquées. Le message peut s’appuyer sur
des symboles, comme ici la croix gammée, la croix de fer ou des slogans efficaces.
Placardée sur les murs l’affiche est un support publicitaire de premier ordre mais aussi
un excellent moyen de mener une campagne politique.

© Cned, Français 3e — 159


Séquence 6 — séance 3

B Alimenter le culte de la personnalité

Un peuple, un empire, un chef, affiche (1938), collection privée


© Archives Charmet / The Bridgeman Art Library.

1- Quelle est la nature du document ?


2- Quel personnage reconnais-tu ? Où se trouve ce personnage dans l’image ?
3- Dans quelle direction son regard est-il dirigé ? Que signifie cette orientation donnée à
son regard d’après toi ?
4- Quels sont les autres symboles qui construisent cette image ?
5- Quelle importance semble être donnée au personnage ? Pour répondre, appuie-toi sur le
titre de l’affiche.
Après avoir vérifié tes réponses dans ton livret de corrigés, lis et mémorise le « Je retiens » suivant.

j e retiens Le culte de la personnalité dans les régimes totalitaires


Les totalitarismes sont des systèmes où un homme, ou un parti, imposent une
idéologie officielle par des moyens répressifs et une très forte propagande. Le
peuple est recadré dans tous les domaines : politiques, sociaux, culturels, familiaux,
intellectuels et spirituels. Il doit vouer un véritable culte à la personnalité du leader.

160 — © Cned, Français 3e


séance 3 — Séquence 6

C Forger la jeunesse

La jeunesse sert le Führer, collection privée


© Peter Newark Historical Pictures / The Bridgeman Art Library.

1- Quelle est la nature du document ?

2- Commente la composition de l’affiche en t’appuyant par exemple sur les couleurs, les
tailles, l’orientation des visages et regards…

3- Quel est le but de cette affiche ?

Vérifie tes réponses dans ton livret de corrigés. Maintenant, lis et mémorise le « Je retiens »
suivant.

j e retiens La jeunesse hitlérienne


Le parti nazi fondait ses espoirs sur la jeunesse hitlérienne. En effet, un des objectifs
des nazis était d’embrigader les plus jeunes dans l’antisémitisme et dans la xénophobie
en les conditionnant aux modes de pensées nazis par l’intermédiaire des écoles et de
l’organisation appelée « Jeunesse hitlérienne ». C’est ce que nous montre cette affiche
sur laquelle nous voyons le portrait d’Hitler, ainsi qu’un enfant regardant dans la même
direction que lui.

© Cned, Français 3e — 161


Séquence 6 — séance 3

le coin des curieux

La propagande nazie a beaucoup utilisé les affiches pour servir son idéologie mais il y avait

aussi d’autres moyens : la sculpture, la littérature, la musique et le cinéma par exemple.

Tu peux visionner les premières minutes du film Le Triomphe de la volonté de Leni Riefenstahl,

réalisé en 1935 pour comprendre cela. Le réalisateur utilise le langage cinématographique

pour glorifier et mythifier le régime et Hitler. La séquence d’ouverture fait d’Hitler un dieu

descendu des cieux pour sauver le peuple allemand.

Si le sujet t’intéresse, tu peux également faire des recherches sur la dictature Nord-Coréenne.

Les affiches de propagande y sont encore d’actualité, elles glorifient le pays et ses dirigeants.

162 — © Cned, Français 3e


séance 4 — Séquence 6

Séance 4
Rencontrer l’auteur
Durée : 1h30

Cette séance va te permettre de faire la connaissance de l’auteur, Fred Uhlman. Cet homme a eu
un parcours atypique - c’est-à-dire hors du commun - et tu découvriras au fil des séances qu’il s’est
inspiré des événements politiques qui ont marqué sa vie pour raconter l’histoire de L’Ami retrouvé.

Prends une nouvelle page. Note le titre de la séquence en rouge.

Saute deux lignes, puis note le titre de la séance en rouge. Fais ensuite le travail demandé.

Nous te proposons de rencontrer Fred Ulhman par le biais d’une interview imaginaire : lis-la bien
avant de répondre aux questions.
Interview imaginaire de Fred Ulhman
 Fred Ulhman, pouvez-vous vous présenter ?
Je suis né le 19 janvier 1901 à Stuttgart en Allemagne. Ma famille, juive mais peu
pratiquante, était installée depuis deux siècles dans ce pays. J’ai fait mes études dans un
prestigieux lycée de ma ville natale, puis j’ai effectué des études de droit à l’université
pour devenir avocat. Très vite, je me suis engagé en politique et ai adhéré au Parti
social-démocrate, adversaire du Parti nazi. Mais après la victoire d’Hitler aux élections
législatives de 1932, j’ai échappé de peu à la déportation et ai fui l’Allemagne.
 Dans quel pays vous êtes-vous réfugié ?
Je me suis exilé dès 1933 en France. Je me suis installé à Paris et j’ai fréquenté les milieux
artistiques et en particulier le monde de la peinture. Je me suis moi-même mis à peindre
et ai connu un certain succès.
 C’est votre portrait ici ?

Kurt Schwitters, Portrait de Fred Uhlman, 1940


© ADAGP/ The Bridgeman Art Library

© Cned, Français 3e — 163


Séquence 6 — séance 4

Oui, c’est un portrait de moi réalisé par Kurt Schwitters dans les années 1940. Lui aussi
devra quitter l’Allemagne après l’arrivée du parti nazi au pouvoir. Ses tableaux seront
décrochés des murs des musées allemands et ses œuvres figureront à l’exposition de
l’ « art dégénéré » à Munich.

 Pourriez-vous nous expliquer ce qu’était l’ « art dégénéré » ?

C’est l’expression employée par les nazis pour qualifier les œuvres artistiques qui ne
correspondaient pas à l’art officiel qui servait le parti. À cette exposition, les visiteurs
étaient invités à confronter les productions de malades mentaux et celles de représentants
de l’avant-garde…

Êtes-vous resté à Paris ?


Non, je suis parti en Espagne où j’ai rencontré Diana, fille d’un parlementaire anglais.
Nous nous sommes alors installés en Angleterre. J’ai essayé d’y faire venir mes parents
restés en Allemagne mais ils ont refusé. Ils sont morts en déportation. Ma sœur
également a connu un sort funeste, elle s’est jetée sous le train qui devait les mener, elle
et son bébé, au camp d’Auschwitz.

Quelle vie avez-vous menée en Angleterre ?


J’ai appris rapidement l’anglais et n’ai plus jamais parlé ma langue natale. J’ai renié
totalement mes origines. Nous avons été recueillis par un groupe d’intellectuels refugiés
eux-aussi et nous avons imaginé des moyens de combattre les nazis. Nous avons créé
ensemble la Ligue allemande libre pour la culture. En 1940, j’ai été arrêté par le gouvernement
britannique qui me suspectait d’être un espion parce que j’étais allemand. J’ai passé six
mois sur l’île de Man, située en mer d’Irlande.

Quand avez-vous commencé à écrire ?


J’ai commencé tardivement ma carrière d’écrivain ou plutôt d’autobiographe. En réalité,


je me suis beaucoup inspiré de ma vie pour écrire. En 1960, j’avais déjà 59 ans, mes
souvenirs ont été publiés sous le titre Il fait beau aujourd’hui. Après quelques difficultés, j’ai
publié ensuite en 1971 Reunion, une autobiographie romancée écrite en anglais et traduite
en français en 1978 sous le titre L’Ami retrouvé. Le récit est écrit à la première personne
mais le narrateur ne porte pas mon prénom. Hans est évidement un personnage qui
a beaucoup de points communs avec moi. J’ai écrit une suite à ce roman, La Lettre de
Conrad, mais je ne voulais pas que cette œuvre soit publiée avant ma mort.

Vous avez beaucoup voyagé au cours de votre vie, quelle est votre nationalité de cœur ?

Avant 1933, je me sentais allemand avant d’être juif, je suis maintenant européen.

164 — © Cned, Français 3e


séance 4 — Séquence 6

1- Fred Ulhman nous a raconté brièvement sa vie et celle de ses parents, mais as-tu bien lu ?
Pour vérifier ta compréhension, entoure dans la grille ci-après les mots correspondant
aux définitions proposées.

Horizontalement

a- Camp où devait être emmenée la sœur de Fred Ulhman

b- Comme Hans, Fred Ulhman est : _ _ _ _ .

c- Prénom de l’auteur

d- Pays d’Europe où il a vécu adulte

e- Pays d’origine de Fred Uhlman

f- Fait de regrouper dans un camp un groupe de personnes pour les exterminer

Verticalement

a- Ville d’origine de Fred Ulhman

b- Titre anglais de L’Ami retrouvé

c- Fait de quitter son pays

2- Selon toi, pourquoi Fred Ulhman n’a-t-il pas écrit l’histoire de L’Ami retrouvé dans sa
langue maternelle mais en anglais ?

3- Pourquoi Fred Uhlman a-t-il souhaité, selon-toi, publier cette histoire personnelle et
douloureuse ?

4- Cherche la définition du mot « autobiographie » dans un dictionnaire. Peut-on dire que


L’Ami Retrouvé est une autobiographie ? Justifie ta réponse.

© Cned, Français 3e — 165


Séquence 6 — séance 4

j e retiens Les caractéristiques de l’écriture autobiographique


L’autobiographie*
Le mot « autobiographie » est formé de plusieurs éléments provenant du grec ancien
que l’on peut décomposer ainsi :
- Auto (du grec au\tov, « soi-même »)
- bio (du grec bi/ov, « vie »)
- graphie (du grec grafei=n, « écrire »)
Il s’agit donc d’écrire soi-même sa propre vie.
L’auteur écrit le plus souvent à la première personne du singulier et affirme qu’il
s’efforcera d’être sincère. Il passe avec son lecteur un pacte de confiance que l’on peut
aussi appeler un pacte autobiographique.
L’auteur, le narrateur et le personnage sont donc une et même personne.
Le roman autobiographique*
Un écrivain peut faire le choix de raconter sa vie derrière un double, un personnage
fictif. C’est le cas dans L’Ami retrouvé : Fred Ulhman choisit de raconter une partie de sa
vie en se dissimulant derrière le personnage de Hans.
Il ne faut pas confondre ces récits avec une biographie* qui est l’écriture de la vie d’une
autre personne que soi.

le coin des curieux

Si tu as envie de connaître davantage la vie de Fred Ulhman, nous te conseillons de lire son
autobiographie Il fait beau à Paris aujourd’hui. Il y raconte notamment son départ précipité de
son pays natal. En voici quelques lignes :

« Le 23 mars, Pazaurek me téléphona. Il avait vu Dill, un juge avec lequel j’avais toujours été
en bons termes et qui, je fus choqué de le découvrir, se révéla être un vieux membre du parti nazi.
Dill lui avait dit : « Si vous voyez Uhlmännle (le petit Uhlman), dites-lui qu’il fait beau à Paris
aujourd’hui. Dites-lui bien aujourd’hui ».

J’avais compris. Je rassemblai quelques vêtements, pris un peu d’argent et, sans pouvoir
même dire au revoir à mes parents, sautai dans ma voiture et partis.

C’est ainsi que je quittai ma patrie, la ville où j’avais passé trente-deux ans de ma vie… »

Fred Uhlman, Il fait beau à Paris aujourd’hui, Éditions Stock, 2001, p.194.

166 — © Cned, Français 3e


séance 4 — Séquence 6

Tu peux également t’intéresser aux peintres qui ont été classés par les nazis dans l’ « art
dégénéré » : Picasso, Otto Dix, Max Ernst, Marc Chagall…

Otto Dix, Portrait de la journaliste Sylvia von Harden, 1926


© ADAGP / Giraudon / The Bridgeman Art Library.

© Cned, Français 3e — 167


Séquence 6 — séance 5

Séance 5
Écrire une lettre
Durée : 1h30
L’objectif de cette séance est de réviser les codes de la lettre et de travailler l’argumentation.
Prends ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.
L’amitié entre les deux garçons est de plus en plus difficile à cause du contexte politique en
Allemagne. Ils s’éloignent progressivement et Hans, suite à la décision de ses parents, va quitter son
pays pour se réfugier aux Etats-Unis. Au chapitre 17, comme tu l’as déjà lu par toi-même, Conrad
lui écrit une lettre avant son départ.
Relis-la attentivement ci-dessous et écoute-la à la piste 14 de ton CD :
1 Mon cher Hans,
C’est là une lettre difficile. Laisse-moi d’abord te dire combien je suis triste de te voir partir
pour l’Amérique. Il ne peut être aisé pour toi, qui aimes l’Allemagne, de commencer une vie
nouvelle en Amérique, pays avec lequel toi et moi n’avons rien en commun, et j’imagine ton
1
5 amertume et ton chagrin. D’autre part, c’est probablement la chose la plus sensée que tu puisses
faire. L’Allemagne de demain sera différente de celle que nous avons connue. Ce sera une
Allemagne nouvelle sous la conduite de l’homme qui va décider de notre destin et de celui du
monde entier pour des siècles à venir. Tu seras scandalisé si je te dis que je crois en cet homme.
Lui seul peut préserver notre pays bien-aimé du matérialisme2 et du bolchevisme3 ; c’est grâce à
10 lui seul que l’Allemagne regagnera l’ascendant moral4 qu’elle a perdu par sa propre folie. Tu n’en
conviendras pas, mais je ne vois pas d’autre espoir pour l’Allemagne. Il nous faut choisir entre
5
Staline et Hitler, et je préfère Hitler. Sa personnalité et sa sincérité m’ont impressionné plus que
je ne l’eusse cru possible. J’ai fait récemment sa connaissance alors que je me trouvais à Munich
avec ma mère. Extérieurement, c’est un petit homme quelconque, mais, dès qu’on l’écoute, on est
15 entraîné par sa force de conviction, sa volonté de fer, sa violence inspirée et sa perspicacité
prophétique6. En sortant, ma mère était en larmes et ne cessait de répéter : « C’est Dieu qui nous
l’a envoyé. » Je suis plus fâché que je ne saurais dire de ce que, pour un certain temps — peut-
être un an ou deux — il n’y aura pas place pour toi dans cette Nouvelle Allemagne. Mais je ne
vois pas pourquoi tu ne reviendrais pas plus tard. L’Allemagne a besoin de gens comme toi et je
20 suis convaincu que le Führer est parfaitement capable et désireux de choisir, parmi les éléments
juifs, entre les bons et les indésirables.

Car celui qui vit près de son lieu d’origine


Répugne à le quitter.

Je suis heureux que tes parents aient décidé de rester. Bien entendu, personne ne les molestera7
25 et ils pourront vivre et mourir ici en paix et en sécurité.
Peut-être, un jour, nos chemins se croiseront-ils de nouveau. Je me souviendrai toujours de toi,
cher Hans ! Tu as eu sur moi une grande influence. Tu m’as appris à penser, et à douter, et, grâce
au doute, à trouver Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ.
Bien à toi,
Conrad v. H.

Fred Uhlman, L’Ami retrouvé (1971), traduit par Léo Lack © Éditions Gallimard
« Tous les droits d’auteur de ce texte sont réservés. Sauf autorisation, toute
utilisation de celui-ci autre que la consultation individuelle et privée est interdit www.gallimard.fr

Notes
168 : — © Cned, Français 3e
1 - « amertume » (l.5) : rancœur, déception.
2 - « matérialisme » (l.9) : attitude qui consiste à s’attacher à la jouissance de biens matériels.
3 - « bolchevisme » (l.9) : communisme russe. Les Nazis détestent les communistes qui sont pour eux
responsables, comme les Juifs, des malheurs de l’Allemagne.
4 - « ascendant moral (l.10) : grandeur, pouvoir.
cher Hans ! Tu as eu sur moi une grande influence. Tu m’as appris à penser, et à douter, et, grâce
au doute, à trouver Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ.
Bien à toi,
Conrad v. H.
séance 5 — Séquence 6
Fred Uhlman, L’Ami retrouvé (1971), traduit par Léo Lack © Éditions Gallimard
« Tous les droits d’auteur de ce texte sont réservés. Sauf autorisation, toute
utilisation de celui-ci autre que la consultation individuelle et privée est interdite » www.gallimard.fr

Notes :
1 - « amertume » (l.5) : rancœur, déception.
2 - « matérialisme » (l.9) : attitude qui consiste à s’attacher à la jouissance de biens matériels.
3 - « bolchevisme » (l.9) : communisme russe. Les Nazis détestent les communistes qui sont pour eux
responsables, comme les Juifs, des malheurs de l’Allemagne.
4 - « ascendant moral (l.10) : grandeur, pouvoir.
5 - « Staline » (l.12) : Joseph Staline, homme politique russe qui arrive au pouvoir en 1924 après la mort de
Lénine. Il impose rapidement un régime totalitaire.
6 - « perspicacité prophétique » (l. 16) : lucidité, clairvoyance quant à l’avenir.
7 - « molestera » (l. 24) : violentera, persécutera.

A Le genre de la lettre

j e sais déjà
Les codes de la lettre

Dans une lettre, on peut lire différentes informations :

- Le nom de la personne qui écrit la lettre dans la signature : c’est l’auteur.

- Le nom de la personne qui reçoit la lettre dans la formule d’appel : c’est le destinataire.

- La date à laquelle la lettre a été écrite.

- Des nouvelles de la personne qui écrit.

1- Surligne dans l’extrait tous les indices qui prouvent qu’il s’agit d’une lettre puis complète
le tableau ci-dessous.

Formule d’appel ...............................................................


Formule d’introduction ...............................................................
Formule de politesse ...............................................................
Signature ...............................................................

Vérifie dans ton livret de corrigés que tu as correctement complété le tableau.

© Cned, Français 3e — 169


Séquence 6 — séance 5

2- Voici une lettre à trous. Tu dois remettre à la bonne place les expressions ci-dessous.

Bien à toi Le 28 mars 1933 Mon cher Hans Ton fidèle ami

Je t’écris cette courte lettre pour te demander de tes nouvelles. Tu n’es pas venu hier au
collège et je m’inquiète pour toi. As-tu besoin d’aide ?

Vérifie tes réponses dans ton livret de corrigés avant de poursuivre.

B L’expression des sentiments


1- Quelles sont les raisons qui poussent Conrad à écrire cette lettre ?
2- Quels sont les différents sentiments de Conrad envers son ami lorsqu’il lui écrit ?
3- En t’aidant de tes réponses précédentes, explique en quoi les propos de Conrad sont
contradictoires et ambigus.
4- En quoi pourrait-on dire que Conrad a été largement influencé par la propagande du
régime nazi ?

C Les indices de la subjectivité


1- Relève des expressions qui montrent l’optimisme de Conrad quant au retour de Hans dans
son pays natal.

170 — © Cned, Français 3e


séance 5 — Séquence 6

2- « je ne vois pas pourquoi » (l. 19), « je suis convaincu » (l. 20)

a) À quelle personne sont conjugués les verbes de ces deux phrases ?

b) Qu’expriment-ils tous deux ?

3- « Je suis heureux que tes parents aient décidé de rester. Bien entendu, personne ne les
molestera et ils pourront vivre et mourir ici en paix et en sécurité » (l. 24-25).

Conrad rassure son ami mais a-t-il raison d’être aussi confiant en l’avenir ? Qu’en penses-
tu ?

Compare tes réponses avec celles de ton livret de corrigés.

D Travail d’écriture
À la réception de la lettre de son ami, Hans décide de lui répondre. En une trentaine de
lignes, il exprimera son incompréhension face à l’adhésion de Conrad aux idées d’Hitler,
sa tristesse de s’éloigner de ses parents et son regret de quitter son pays et son ami.

Pour réussir cet exercice tu dois :

- Imaginer la réponse de Hans à la lettre de Conrad

- Exprimer l’incompréhension de Hans face à l’adhésion de Conrad aux idées d’Hitler

- Exprimer la tristesse de Hans de s’éloigner de ses parents

- Exprimer son regret de quitter son pays et son ami

- Respecter les codes de présentation d’une lettre

- Vérifier l’orthographe, les accords sujet/verbe et la ponctuation.

Fais d’abord cet exercice sur ta feuille de brouillon. Vérifie ensuite que tu as bien respecté les
consignes en complétant le tableau ci-dessous.

Je vérifie que… Fait


J’ai imaginé la réponse de Hans à la lettre de Conrad.
J’ai exprimé l’incompréhension de Hans face à l’adhésion de Conrad
aux idées d’Hitler.
J’ai exprimé la tristesse de Hans de s’éloigner de ses parents.
J’ai exprimé son regret de quitter son pays et son ami.
J’ai respecté les codes de présentation d’une lettre.
J’ai vérifié l’orthographe, les accords sujet/verbe et la ponctuation.

Si toutes les consignes ont été respectées, recopie ta lettre sur ton cahier. Lis ensuite dans le corrigé
un exemple de ce qu’il était possible d’écrire.

© Cned, Français 3e — 171


Séquence 6 — séance 5

le coin des curieux

Si tu as envie de découvrir des romans construits par lettres, tu peux lire aussi :

- Inconnu à cette adresse de K. Taylor.

- Le cercle littéraire des amateurs des épluchures de patates de Mary Ann Shaffer et Annie
Barrows.

- Une bouteille dans la mer de Gaza de V. Zénatti.

- L’enfant d’Hiroshima d’Isoko et Ichiro Hatano.

- Lettres à une disparue de V. Massenot

- Lettres de l’intérieur, J. Marsden

- La lettre de Conrad, F. Uhlman

Pour la séance suivante, termine de lire L’Ami retrouvé si ce n’est déjà fait !

172 — © Cned, Français 3e


séance 6 — Séquence 6

Séance 6
Comprendre le sens du titre L’Ami retrouvé
Durée : 1h30
Souviens-toi : au début de la séquence 5, tu t’es interrogé(e) sur le sens du titre l’Ami retrouvé.
Nous arrivons au terme du roman et de notre étude et la question reste en suspens. Sois rassuré(e) :
c’est dans cette ultime séance, consacrée à la fin du roman, qu’enfin ta curiosité va être satisfaite.
Prends ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.
1 Je continuai à parcourir toute la liste, sauf les noms commençant par « H », et, quand j’eus
fini, je vis que vingt-six garçons de ma classe, sur quarante-six, étaient morts pour « das 1000-
jährige Reich.1 »
Je reposai la liste… et attendis.
5 J’attendis dix minutes, une demi-heure, sans quitter du regard ces pages imprimées qui
émanaient2 de l’enfer de mon passé antédiluvien3 et avaient fait irruption pour me troubler l’esprit
et me rappeler quelque chose que je m’étais tant efforcé d’oublier.
Je travaillai un peu, donnai quelques coups de téléphone et dictai quelques lettres. Et je ne
pouvais encore ni délaisser cet appel, ni me forcer à chercher le nom qui m’obsédait.
10 Je décidai finalement de détruire cette chose atroce. Avais-je vraiment envie ou besoin de
savoir ? S’il était mort ou vivant, quelle différence cela ferait-il pour moi, puisque, de toute façon,
je ne le reverrais jamais ?
Mais en étais-je bien certain ? Était-il absolument hors de question que la porte pût s’ouvrir
pour lui laisser passage ? Et n’étais-je pas, en cet instant même, en train de prêter l’oreille4 pour
15 entendre son pas ?
Je saisis le fascicule et j’étais sur le point de le mettre en pièces lorsque, au dernier moment, je
retins ma main. M’armant de courage, tremblant, je l’ouvris à la lettre « H » et lus :
« VON HOHENFELS, Conrad, impliqué dans le complot contre Hitler. Exécuté. »

Fred Uhlman, L’Ami retrouvé (1971), traduit par Léo Lack © Éditions Gallimard
« Tous les droits d’auteur de ce texte sont réservés. Sauf autorisation, toute
utilisation de celui-ci autre que la consultation individuelle et privée est interdite » www.gallimard.fr
Notes :
1 - « das 1000-jährige Reich » (l.3) : l’empire de mille ans. Expression nazie qui désigne l’Allemagne créée par
Hitler.
2 - « émanaient » (l.6) : sortaient, provenaient.
3 - « antédiluvien » (l.6) : très lointain. Au sens propre, qui date d’avant le Déluge.
4 - « prêter l’oreille » (l.14) : tendre l’oreille, écouter attentivement.

Hans a quitté l’Allemagne depuis de nombreuses années et vit maintenant aux États Unis. Il
a épousé une américaine, dont il a eu un enfant, et a mené une brillante carrière d’avocat.
Cependant, malgré sa réussite matérielle, le narrateur ne semble pas heureux. Un jour, il reçoit
une lettre de son ancien lycée qui va le marquer pour toujours.

© Cned, Français 3e — 173


Séquence 6 — séance 6

A Les doutes de Hans


1- « S’il était mort ou vivant, quelle différence cela ferait-il pour moi, puisque, de toute
façon, je ne le reverrais jamais ? » (l. 11-12)
a) À qui se réfère le pronom personnel souligné ?
b) Hans te semble-t-il certain de ne jamais le revoir ? Justifie ta réponse en t’appuyant sur
cette phrase.
2- Relève une phrase dans le texte qui montre au contraire qu’il s’attend à le revoir.

B Le poids des souvenirs


1- Montre en citant le texte que le narrateur est plongé dans le passé.
2- Est-il nostalgique de cette période de sa vie ?

C L’effet de surprise
1- Hans parcourt la liste par ordre alphabétique en évitant soigneusement une lettre. Pour
quelles raisons ?
2- a) Qu’apprends-tu à la dernière phrase du roman ?
b) Qu’en déduis-tu sur l’évolution idéologique de Conrad après le départ de Hans pour
l’Amérique ?
3- Commente la mise en forme et la construction de cette phrase par rapport à celles qui
concernent les autres élèves (reporte-toi à ton exemplaire du roman). Que peux-tu en
déduire ?
4- Fais le lien avec le titre de l’œuvre.

j e sais déjà
Un récit à chute
Les récits à chute suscitent la surprise du lecteur à la fin de l’histoire. Un élément vient
éclairer l’intrigue et permet le basculement des événements

j 'approfondis
Les fonctions d’un titre de roman.
Le titre d’un roman peut avoir plusieurs fonctions. D’abord, il permet souvent d’identifier
son contenu : L’Ami retrouvé implique qu’il s’agisse d’une histoire d’amitié. Ensuite, il peut
attiser la curiosité du lecteur par sa formulation. Ici, le mot « retrouvé » incite le lecteur
à s’interroger : « si cet « ami » est « retrouvé », c’est donc qu’il a été perdu. Pourquoi ?
Comment ? »
En commençant sa lecture du roman, le lecteur s’attend donc à avoir les réponses à ses
questions : on parle alors d’horizon attente. Dans le récit de Fred Uhlman que tu viens
de lire, ce n’est qu’à la dernière phrase que le titre prend tout son sens : c’est la chute qui
donne enfin au lecteur la réponse à ses interrogations initiales.

174 — © Cned, Français 3e


séance 6 — Séquence 6

D Expression écrite

Traite l’un des deux sujets au choix :

1- Sujet d’imagination : Imagine les sentiments de Hans lorsqu’il découvre que Conrad a été
exécuté pour avoir mené le complot contre Hitler. Tu écriras la suite du passage étudié
dans cette séance. Ton récit commencera par cette phrase : « Je reposai la lettre sur mon
bureau, me levai pour regarder à la fenêtre et pensai à mon amitié passée avec Conrad… »

Fais d’abord cet exercice sur ta feuille de brouillon. Vérifie ensuite que tu as bien respecté les
consignes en complétant le tableau ci-dessous.

Je vérifie que… Fait


Mon récit est cohérent et est la suite immédiate de l’extrait étudié.
Le point de vue du narrateur est conservé.
Les temps verbaux sont ceux du passé (imparfait et passé simple)
Le vocabulaire des sentiments (regret, nostalgies respect…) et du
souvenir est employé.

Si toutes les consignes ont été respectées, recopie ton texte sur ton cahier. Lis ensuite dans le corrigé
un exemple de ce qu’il était possible d’écrire.

2- Sujet de réflexion : Selon toi, peut-on tout pardonner par amitié ? écris cinq phrases en
utilisant des propositions subordonnées de condition. Veille à varier les conjonctions ou
locutions conjonctives et à conjuguer aux temps et modes appropriés.

 Coup de pouce : tu peux commencer ainsi : Je pourrais pardonner à un ami à condition…


Après avoir travaillé au brouillon, recopie tes phrases dans ton cahier. Lis ensuite dans le corrigé un
exemple de ce qu’il était possible d’écrire.

le coin des curieux

Si tu as envie d’être surpris(e) à la fin d’un récit, tu peux lire d’autres récits à chute :
- « Pauvre petit garçon » de Dino Buzzati

- « Iceberg » de Fred Kassak

- « La parure » de Guy de Maupassant

© Cned, Français 3e — 175


Séquence 6 — séance 7

Séance 7
Je m’évalue

Durée : 1h30

Comme à la fin de chaque séquence, tu vas faire un bilan de ce que tu as appris. Cela te permettra

de faire le point sur ce que tu dois savoir et ce que tu dois être capable de faire pour le devoir.

Complète maintenant le tableau suivant. Bien sûr, si tu as oublié quelque chose ou si tu n’es

pas sûr(e) de toi, tu peux utiliser ton cours. Lorsque tu auras fini, prends le corrigé et vérifie tes

réponses. Il est très important que ce tableau de synthèse ne comporte pas d’erreurs.

Je connais Je suis capable de


 Les conjonctions de subordination  Entourer la conjonction de subordination
et délimiter par des crochets la
• Je sais que les conjonctions de
proposition subordonnée qu’elle
subordination introduisent les
introduit dans les phrases suivantes :
propositions .............................. .
La conjonction de subordination • Je sais qu’il ne pardonnera pas à son ami.
la plus fréquente est la conjonction • Dès lors qu’il quittera son pays, il
.............................. . Je sais qu’il existe tournera la page.
aussi des locutions conjonctives comme
.............................., ..............................  Reconnaître les différentes valeurs
des propositions subordonnées
ou .............................. .
circonstancielles
• Je sais que les propositions subordonnées
Ex. : Même s’il a quitté son pays, il se souvient du
circonstancielles peuvent exprimer
passé.
différentes valeurs :
Subordonnée circonstancielle d'
- le t...............................
.................................................................
- la c.............................. Ex. : Il niera ses origines au point qu’il ne parlera
- le b.............................. plus allemand.
- la c.............................. Subordonnée circonstancielle de
.................................................................
- l’o................................
- l’h................................

176 — © Cned, Français 3e


séance 7 — Séquence 6

 Les propositions subordonnées  Conjuguer les verbes des subordonnées


circonstancielles de condition circonstancielles de condition au mode et
au temps qui conviennent.
• Je sais que le temps des propositions
subordonnées circonstancielles de 1- Si des écrivains ne s’.................... pas
condition introduites par « si » peut .................... (s’engager), ils n’auraient
varier. pas défendu la liberté.
" Si + présent de l’indicatif : condition 2- Si Pablo Néruda (ne pas témoigner) ...
considérée comme .................................. ..................................... en faveur des
" Si + imparfait de l’indicatif : condition mineurs, ils auraient été oubliés de tous.
considérée comme .................................. 3- Si tous les enfants .................... (accéder)
ou réalisable dans l’avenir. au savoir, la vie serait meilleure.
" Si + .................................. de l’indicatif : 4- Si je le (pouvoir) ...................., j’irais
condition non réalisée dans le passé. alphabétiser des enfants qui en ont
• Mais la subordonnée peut aussi être besoin.
introduite par des locutions conjonctives : 5- Si on .................... (cesser) de recruter
elle est alors soit au conditionnel soit au des enfants soldats, ceux-ci accèderaient
subjonctif. à une vie digne et heureuse.
Ex. : - Au cas où je serais courageux, je chausserais
mes bottes et affronterais les intempéries.
Mode ..................................
- Pour peu qu’il soit courageux, il coupera lui-
même le sapin pour Noël.
Mode ..................................
 Les techniques pour analyser un  Tracer les lignes de force sur l’image
document iconographique : affiche, ci-dessous :
peinture…
• La composition : les lignes qui
structurent l’espace (diagonales,
horizontales, circulaires…).
• Les plans : ils organisent les éléments
dans l’espace (.................... plan,
.................... plan, arrière-plan).
• L’angle de vue : il désigne l’endroit d’où
est vue la scène. Il faut faire la différence
entre la vue de face, en plongée et en
........................................
• Les couleurs : distinguer les couleurs
chaudes et les couleurs froides.
• La lumière : qui permet de mettre en
valeur un élément de l’œuvre.
• Le cadrage : c’est un peu le zoom
au cinéma. On peut avoir une vue
d’ensemble, un plan général, le plan
...................., le plan ...................., le gros
plan et le très gros plan.

© Cned, Français 3e — 177


Sommaire
Séquence 7
Lire Antigone de Jean Anouilh (1)
Durée approximative : 9h00

Séance 1 Étudier le prologue d’Antigone


 Découvrir les personnages
 La mise en place du tragique moderne
 Les périphrases verbales
Séance 2 Analyser l’invention d’un nouveau personnage : la nourrice
 Un nouveau personnage : la nourrice
 La notion d’implicite
 Le conditionnel (1) : formes et valeurs du conditionnel simple
Séance 3 Étudier l’opposition de deux personnages : Antigone et Ismène
 Deux caractères opposés
 Étude de l’image
Séance 4 Comprendre l’enjeu d’une scène : les adieux à Hémon
 Analyser l’affirmation de l’héroïne tragique
 Le conditionnel (2) : formes et valeurs du conditionnel composé
 Les mots qui prennent sens dans la situation d’énonciation : les embrayeurs
Séance 5 Étude de l’image : comparaison de différentes mises en scène
 Comparer différentes mises en scène d’Antigone.
Séance 6 Je m’évalue

Socle commun
Durant cette séquence, tu auras l’occasion de développer tes connaissances et de travailler des items
des compétences ci-dessous.
Compétence 1 : La maîtrise de la langue française
- Repérer les informations dans un texte à partir des éléments explicites et des éléments
implicites nécessaires.
- Dégager, par écrit ou oralement, l’essentiel d’un texte lu.
- Écrire lisiblement un texte en respectant l’orthographe et la grammaire.
- Rédiger un texte bref, cohérent et ponctué, en réponse à une question ou à partir d’une
consigne donnée.
Compétence 5 : La culture humaniste
- Établir des liens entre les œuvres (littéraires, artistiques) pour mieux les comprendre.

4 — © Cned, Français 3e
séance 1 — Séquence 7

Séance 1
Étudier le prologue

Je peux lire aussi… Dans le cadre de cette séquence, tu peux lire aussi en
lecture cursive les œuvres suivantes :
- Sophocle : Antigone
- Jean Anouilh : Œdipe ou le Roi boiteux
- Jean Cocteau : La Machine infernale
- Jean Giraudoux : La Guerre de Troie n’aura pas lieu
- M.-T. Davidson : Rebelle Antigone (collection Histoires
noires de la mythologie, éditions Nathan)

Durée approximative : 2h
Dans cette séquence, tu vas découvrir une pièce de Jean Anouilh, Antigone, écrite en 1942,
et jouée pour la première fois en 1944, sous l’Occupation. Tu dois avoir en ta possession un
exemplaire de la pièce dans son intégralité pour pouvoir la lire au fil de cette séquence et de la
suivante. Cette œuvre s’inspire de la pièce de l’auteur grec Sophocle (Ve siècle av J.-C.) et s’inscrit
dans ce courant du théâtre français du XXe siècle qui a actualisé les mythes et les tragédies antiques.
Malgré le contexte historique de l’Occupation, la pièce de Jean Anouilh a rencontré un grand succès
et a suscité de nombreuses interprétations.
Prends une nouvelle page dans ton cahier. En haut, note le numéro et le titre de la séquence en
rouge. Encadre-les.
Saute deux lignes, puis note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.
Pour étudier cette séquence et la suivante, tu dois te procurer le texte intégral d’Antigone
d’Anouilh, dans l’édition de la Table Ronde.
Tu numéroteras les lignes des extraits étudiés, au crayon de papier, de 5 en 5, à partir de la ligne 1
pour chaque extrait.
Bien sûr, et c’est valable pour tous les textes, tu ne compteras pas :

- les lignes correspondant aux noms des personnages (« LE PROLOGUE » est une ligne que tu
ne compteras pas) ;
- les autres didascalies (elles sont en italique), sauf si celles-ci se trouvent dans une réplique.
Dans le tableau page suivante, la numérotation des lignes a été faite dans le texte d’avril 2012
(ISBN 978-2-7103-3040-0). Tu peux utiliser un exemplaire plus ancien, mais la pagination et la
numérotation des lignes pourraient varier un peu.

© Cned, Français 3e — 5
Séquence 7 — séance 1

Extraits étudiés Pages Début Fin Notes


La didascalie pp. 9 à 13 « Un décor neutre. » « […] « Prologue » :
initiale et le (l. 1) impitoyablement début introduction
Prologue puni de mort. » dans un ouvrage
(l. 118) littéraire ; ici,
personnage chargé
d’introduire les
personnages et
l’intrigue.
- « noiraude » : au
teint mat.
- « un office
sordide » : une
fonction ignoble et
répugnante.
- « frustes » :
grossiers.
- « sépulture » :
tombe.
Antigone et sa pp. 16 à 20 « D’où viens-tu, « Et il ne faut pas - « t’attifer » :
nourrice mauvaise ? » (l. 1) que je sois petite t’habiller de
ce matin ». (l. 92) manière ridicule.
- « des laits de
poule » : boissons
à base de lait, de
crème, de sucre et
de jaune d’oeuf.
Antigone et pp. 23 à 30 « J’ai bien pensé « […] Hémon « pondérée » :
Ismène toute la nuit. Tu es sera tout à calme, réfléchie.
folle ». (l. 1) l’heure une
affaire réglée ».
(l. 121)
Antigone et pp. 38 à 44 « Ne ris pas ce « […] C’est fini
Ismène matin. Sois grave ». pour Hémon,
(l. 1) Antigone ».
(l. 118)

Dans cette première séance, tu vas lire le prologue de la pièce. Tu étudieras le tragique moderne
selon Jean Anouilh et tu découvriras un point de langue : les périphrases verbales.
Avant de commencer ton travail, complète le « Je vérifie mes connaissances ».

j e vérifie mes connaissances


 Traditionnellement une pièce de théâtre classique est divisée en A _ _ _ _ (notés I, II,
III…), eux-mêmes divisés en S _ _ _ _ _ (notées 1, 2, 3…). La pièce Antigone, de Jean
Anouilh, ne présente pas ces divisions, mais on pourrait les retrouver en s’appuyant
sur l’E_ _ _ _ _ et la S _ _ _ _ _ des personnages.
 Les indications de mise en scène, toujours écrites en italique, se nomment des
D _ _ _ _ _ _ _ _ _ _.
Vérifie tes réponses en consultant le livret de corrigé puis réponds aux questions qui suivent.
6 — © Cned, Français 3e
séance 1 — Séquence 7

A Découvrir les personnages

1- a) Par qui apprenons-nous les informations essentielles à la compréhension de la pièce ?

b) Le discours du Prologue permet-il d’entretenir le suspense sur la fin de la pièce ?

Justifie ta réponse.

c) Est-ce un début habituel pour une pièce de théâtre ?

2- a) Qui sont les différents personnages présentés par le Prologue ?

b) Selon toi, pourquoi les personnages sont-ils présentés dans cet ordre ?

c) En t’appuyant sur les informations données par le Prologue, complète l’arbre

généalogique d’Antigone.

d) Rends à chacun des personnages du tableau suivant ses caractéristiques.

blonde – noiraude – robuste – renfermée – belle – fatigué – heureuse – aux cheveux blancs –

petite maigre

Antigone Ismène Créon


- - -
- - -
- - -

© Cned, Français 3e — 7
Séquence 7 — séance 1

e) D’après les indications données par le Prologue, identifie les différents personnages
sur la photographie suivante.

Antigone, mise en scène d’André Barsacq, théâtre de l’Atelier, février 1944


© Studio Lipnitzki/Roger-Viollet.

f) Deux personnages mentionnés dans le dernier paragraphe du prologue (l.99 à 118) ne


peuvent être présents sur la scène : lesquels ? Quelle est la raison de leur absence ?

Vérifie tes réponses dans le corrigé puis recopie et mémorise le « Je retiens… » qui suit.

j e retiens Le mythe d’Antigone


Antigone est la fille d’Œdipe, le roi de Thèbes, et de Jocaste. Après la mort d’Œdipe,
les deux frères d’Antigone, Étéocle et Polynice se sont entretués car Polynice voulait
s’emparer du pouvoir qu’Étéocle ne voulait pas partager. Créon, l’oncle d’Antigone,
a rendu à Étéocle les honneurs funèbres mais a interdit, sous peine de mort, que l’on
enterre la dépouille de Polynice. Antigone désobéit et tente d’enterrer son frère, au prix
de sa vie.

8 — © Cned, Français 3e
séance 1 — Séquence 7

B La mise en place du tragique moderne

1- a) À qui s’adresse le personnage du Prologue par l’emploi du pronom « vous » ?

b) Dans le passage « de nous qui n’avons pas à mourir ce soir » (l. 24-25), qui le pronom
« nous » désigne-t-il ?

c) Selon toi, le personnage du Prologue fait-il partie des personnages de la pièce ou des
spectateurs ? Justifie ta réponse.

d) Relève dans les lignes 6 à 25 (de « Voilà. Ces personnages vont vous jouer » à « de
nous qui n’avons pas à mourir ce soir. ») les mots ou expressions appartenant au
champ lexical du théâtre.

e) Le spectateur peut-il oublier qu’il assiste à une représentation théâtrale ? Justifie ta


réponse.

2- a) Quel adjectif qualificatif, employé deux fois à la ligne 14, « se dresser seule en face du
monde, seule en face de Créon » met en valeur la solitude d’Antigone ?

b) Quel verbe, employé aux lignes 8 et 12, annonce le destin d’Antigone ?

c) Quels sont les deux autres personnages qui subiront le même sort ? Souligne dans le
discours du Prologue les expressions qui l’annoncent.

d) D’après toi, Antigone peut-elle échapper à son destin ? Relève une phrase du prologue
qui le montre.

e) Puisque le spectateur connaît déjà la fin tragique d’Antigone, quel est l’intérêt de cette
pièce ?

3- a) On appelle « anachronisme » le fait de placer à une époque un élément qui appartient


à une autre époque. Relève un anachronisme* dans la didascalie* initiale (l. 1 à 5).

b) Repère un autre exemple d’anachronisme dans le discours du Prologue.

c) Que veut montrer l’auteur en introduisant ces anachronismes ?

d) Dans la didascalie* initiale, on apprend que les personnages « bavardent, tricotent, jouent
aux cartes ». Ces attitudes te semblent-elles nobles ou familières ?

Tu peux maintenant vérifier tes réponses dans le corrigé avant de poursuivre ton travail.

© Cned, Français 3e — 9
Séquence 7 — séance 1

4- Voici le prologue de la pièce de Sophocle, constitué des premières répliques. Lis-le


attentivement puis réponds aux questions qui suivent.
ANTIGONE
ANTIGONE
1 1 Ô tête d’Ismène,
Ô tête d’Ismène, issue de lademême
issue la mêmefamille et d’un
famille sangsang
et d’un fraternel,
fraternel,
DesDes
maux légués
maux par par
légués Œdipe,
Œdipe,
En connais-tu
En connais-tu quequeZeusZeus
1
ne1nous
ne nousépargne pas,pas,
épargne à nous qui qui
à nous vivons encore
vivons ? […]
encore ? […]
Et maintenant, quelle est, dit-on, cette nouvelle proclamation
Et maintenant, quelle est, dit-on, cette nouvelle proclamation
5 5 QueQue
le chef a imposée
le chef a imposéerécemment
récemment à l’ensemble de ladecité
à l’ensemble ? ?
la cité
En sais-tu quelque
En sais-tu quelquechose et l’as-tu
chose entendue
et l’as-tu ? Ou? Ou
entendue bienbien
t’échappe-t-il
t’échappe-t-il
QueQue
les maux
les mauxportés par par
portés nos nos
ennemis vontvont
ennemis atteindre ceuxceux
atteindre queque
nousnous
aimons ? ?
aimons

ISMÈNE
ISMÈNE
À moi, Antigone, aucun propos ne m’est parvenu
À moi, Antigone, aucun propos ne m’est parvenu sur sur ceuxceux
qui qui
nousnous
sontsont
chers
chers
Ni d’apaisant ni de douloureux,
Ni d’apaisant ni de douloureux,
10 10 Depuis queque
Depuis toutes deux
toutes avons
deux été privées
avons de nos
été privées deux
de nos frères
deux frères
Morts en un
Morts en seul jourjour
un seul d’une main
d’une réciproque.
main réciproque.
Et puisque l’armée
Et puisque des des
l’armée Argiens 2
Argiensest2 partie cettecette
est partie nuitnuit
même, je nejesais
même, rienrien
ne sais de plus,
de plus,
Ni qui me me
Ni qui rende plusplus
rende heureuse ni qui
heureuse m’afflige
ni qui davantage.
m’afflige davantage.

ANTIGONE
ANTIGONE
Je leJesavais bien,
le savais et c’est
bien, pourquoi
et c’est je t’ai
pourquoi entraînée
je t’ai horshors
entraînée des des
portes du palais,
portes du palais,
15 15 AfinAfin
queque
tu sois seule
tu sois à m’entendre.
seule à m’entendre.

ISMÈNE
ISMÈNE
Qu’y a-t-il ? Car, à l’évidence, tu médites quelque projet.
Qu’y a-t-il ? Car, à l’évidence, tu médites quelque projet.

ANTIGONE
ANTIGONE
CréonCréonn’a-t-il pas,pas,
n’a-t-il de nos deux
de nos frères,
deux frères,
JugéJugél’unl’un
digne, et l’autre
digne, indigne
et l’autre des des
indigne honneurs
honneurs de ladesépulture ? ?
la sépulture
PourPourÉtéocle, à ceàqu’on
Étéocle, ce qu’ondit, dit,
20 20 Il a Ilvoulu fairefaire
a voulu preuve
preuvede justice
de justiceet deetrespect de ladecoutume,
de respect la coutume,
Et ilEtl’ail fait ensevelir pour qu’il reçoive les honneurs
l’a fait ensevelir pour qu’il reçoive les honneurs du monde
du monded’end’en
bas.bas.
En revanche,
En revanche, pourpour
le cadavre
le cadavrede Polynice
de Polynice mortmort
misérablement,
misérablement,
On Ondit qu’il a fait
dit qu’il proclamer
a fait proclamer
De neDepas l’enterrer
ne pas dansdans
l’enterrer uneunetombetombeni que quelqu’un
ni que quelqu’un le pleure, […][…]
le pleure,
25 25 Et ilEtneilprend pas pas
ne prend cettecette
affaire à laàlégère
affaire : quiconque
la légère : quiconque commettra
commettral’unl’un
de ces actes
de ces actes
SeraSeracondamné
condamnéà mort par par
à mort lapidation 3
lapidation de3ladecité.
la cité.

Sophocle, Antigone,
Sophocle, versvers
Antigone, 1 à 38,
1 à 441 av. J.-C.,
38, 441 traduit
av. J.-C., du grec
traduit par É.
du grec parBallanfat © Magnard
É. Ballanfat 2011.
© Magnard 2011.

NOTES
NOTES: :
1- «1-
Zeus » : roi
« Zeus » : des dieux
roi des dansdans
dieux la mythologie grecque.
la mythologie grecque.
2- «2-
l’armée des des
« l’armée Argiens » : les
Argiens » : sept princes
les sept grecs
princes venus
grecs aideraider
venus Polynice à prendre
Polynice le trône
à prendre de Thèbes.
le trône de Thèbes.
3- «3-
par« par
lapidation » : à»coups
lapidation de pierres.
: à coups de pierres.

a) Par qui apprenons-nous les informations sur l’histoire de la pièce dans le prologue de
Sophocle ?
b) À quel paragraphe du prologue de Jean Anouilh ces informations correspondent-elles ?
c) Dans la tragédie de Sophocle, qui impose le destin aux hommes ? Souligne, dans la
première réplique d’Antigone, l’expression qui t’a permis de répondre.

Vérifie maintenant tes réponses dans le livret de corrigés, puis recopie et apprends le « Je retiens… »
qui suit.
10 — © Cned, Français 3e
séance 1 — Séquence 7

j e retiens Le tragique moderne dans Antigone


• La tragédie met en scène des héros marqués par le malheur, luttant contre des forces qui
les dépassent. Le destin (la fatalité) les précipite vers leur mort de manière inexorable.
• Dans Antigone, Jean Anouilh met en place un tragique moderne qui se caractérise par :
 La personnification du prologue : Jean Anouilh personnifie son texte d’introduction sous
la forme d’un personnage intermédiaire entre les spectateurs et les personnages de la
pièce. Son discours a une fonction informative. Il correspond à la scène d’exposition des
pièces classiques.
 La rupture avec l’illusion théâtrale : le Prologue s’adresse directement aux spectateurs en
présentant des comédiens qui vont jouer un rôle.
 L’accent est mis, non plus sur le destin des personnages, leur mort annoncée étant connue
de tous, mais sur la manière dont le piège va se refermer sur eux.
 Une rupture avec le contexte antique : la familiarité des attitudes, les anachronismes
donnent une dimension contemporaine à la pièce. L’aspect religieux est évacué : les dieux
de Sophocle n’apparaissent plus.

C Les périphrases verbales


1- « Ces personnages vont vous jouer l’histoire d’Antigone. »
« elle va surgir soudain de la maigre jeune fille noiraude […] »
« il va falloir qu’elle joue son rôle jusqu’au bout… »
a) De quels éléments sont composés les groupes de mots soulignés dans ces trois extraits ?
b) Par quelle formule peut être remplacée l’expression « elle va surgir » ?
 elle surgira.
 elle a surgi.
 elle veut surgir.

Vérifie tes réponses dans le corrigé puis recopie et mémorise le « Je retiens… » qui suit.

j e retiens Les périphrases verbales


Une périphrase verbale est une forme verbale composée d’un verbe conjugué suivi d’un
verbe à l’infinitif.
Le verbe conjugué est souvent un semi-auxiliaire (aller, commencer, venir de, pouvoir…) qui
apporte des précisions sur l’action contenue dans le verbe à l’infinitif.
On distingue :
1- Les périphrases temporelles : elles situent l’action du verbe dans le temps.
• Aller (+ inf.) et être sur le point de (+ inf.) expriment le futur proche : Antigone va mourir tout
à l’heure.
• Venir de (+ inf.) exprime le passé proche : Le rideau vient de se lever.

© Cned, Français 3e — 11
Séquence 7 — séance 1

2- Les périphrases aspectuelles : elles présentent l’action dans son déroulement.


• Commencer à (+ inf.) indique que l’action vient de débuter :
Ex : Antigone commence à désobéir.
• Etre en train de (+ inf.) indique que l’action est en cours :
Ex : Ismène est en train de bavarder.
• Continuer à (+ inf.) traduit la durée de l’action :
Ex : Le Prologue continue à parler.
3- Les périphrases modales : elles précisent le point de vue du locuteur sur ce qu’il dit.
• Pouvoir (+ inf.) exprime la possibilité, la permission ou la capacité :
Ex : Antigone ne peut échapper à son destin.
• Devoir (+ inf.) exprime l’obligation :
Ex : Antigone doit enterrer son frère.
• Faire (+ inf.) et laisser (+ inf.) indiquent que le sujet du verbe n’est pas celui qui fait
réellement l’action du verbe à l’infinitif :
Ex : Créon a fait enterrer Étéocle. (= Il ne l’enterre pas de ses propres mains.)

Entraîne-toi en effectuant le petit exercice qui suit.


2- Dans chacune des phrases suivantes, encadre la périphrase verbale et précise à la fin si
cette périphrase est temporelle (T), aspectuelle (A) ou modale (M).
a) Le Prologue nous fait comprendre qu’Hémon mourra. ___
b) Créon vient d’accéder au trône de Thèbes. ___
c) Les trois gardes sont en train de jouer aux cartes. ___
d) La belle Ismène continue de rire avec Hémon. ___
e) Le Prologue va sortir. ___
f) Jamais Antigone ne laissera passer l’occasion de rendre hommage à son frère. ___

le coin des curieux

Le mythe d’Œdipe
Abandonné à sa naissance par ses parents, après qu’un oracle leur a prédit qu’il tuerait son
père et épouserait sa mère, Œdipe est recueilli par le roi et la reine de Corinthe et reçoit une
éducation de prince. Plus tard, il les quitte et se querelle à un carrefour avec un inconnu
qu’il tue. Il délivre ensuite le royaume de Thèbes du sphinx qui terrorisait la région. Œdipe
devient roi de Thèbes en épousant Jocaste dont il a quatre enfants. Mais il découvre un jour
la vérité sur ses parents. L’inconnu qu’il avait tué était son père, Laïos, et Jocaste, sa femme,
est en réalité sa mère. Jocaste se suicide et Œdipe se crève les yeux. Il est alors chassé de
Thèbes par ses fils qui s’entre-tuent pour régner.
Pour préparer la séance suivante, lis attentivement la rencontre entre Antigone et sa nourrice, qui
constitue la première scène de la pièce, aux pages 13 à 20, de la réplique de la nourrice « D’où
viens-tu ? » à la didascalie « Entre Ismène ».

12 — © Cned, Français 3e
séance 2 — Séquence 7

Séance 2
Analyser l’invention d’un nouveau personnage : la nourrice

Durée approximative : 2h

Dans cette deuxième séance, tu vas étudier la rencontre entre Antigone et sa nourrice. Cela
constitue la première scène de la pièce. Le personnage de la nourrice n’apparaît pas dans la pièce
de Sophocle, c’est donc un nouveau personnage que Jean Anouilh met en scène. Tu découvriras
la notion d’implicite et tu travailleras sur le conditionnel. Après le discours du Prologue, les
personnages sont sortis, et l’éclairage s’est modifié. La scène se déroule à l’aube. Antigone rentre
au palais, ses souliers à la main, lorsque la nourrice surgit.

Prends ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.

Numérote le texte, pages 16 à 20, de « D’où viens-tu, mauvaise ? » (qui sera la ligne 1) jusqu’à
« Et il ne faut pas que je sois petite ce matin. » Ensuite, relis cet extrait.

Pour vérifier ta bonne compréhension de la scène, réponds maintenant aux questions qui suivent.

A Un nouveau personnage : la nourrice


1- a) Quelles sont les deux apostrophes* employées par la nourrice entre les lignes 1 et 26
(jusqu’à « fanfaronne », p. 17), pour s’adresser à Antigone ? Sont-elles mélioratives ou
péjoratives ?

b) De quoi accuse-t-elle Antigone ?

c) Quel est le niveau de langage employé par la nourrice ? Souligne deux exemples dans
ses répliques.

2- a) Relis la réplique de la nourrice, page 17, de « Ah ! C’est du joli ! » (l. 9) à « Réponds


donc, fanfaronne ! » (l. 26). Quel type de phrase domine ?

b) Quel sentiment exprime ce type de phrase ?

c) Quelle menace formule la nourrice aux lignes 33 à 34 (p. 18) « mais ton oncle, ton
oncle Créon saura. Je te le promets ! »

3- a) De qui la nourrice rapporte-t-elle les propos dans les lignes 50 à 59, de « Vieille bête
[…] » à « […] le lit est froid ! » (p. 19)

b) Dans la longue réplique de la ligne 9 (« Ah ! C’est du joli ! ») à 26 « Réponds donc,


fanfaronne ! » (p. 17), quelle période de la vie d’Antigone évoque-t-elle ?

c) Que permet donc l’invention de ce personnage de la nourrice selon toi ?

Vérifie maintenant tes réponses en consultant le livret de corrigé puis poursuis ton travail.
© Cned, Français 3e — 13
Séquence 7 — séance 2

B La petite Antigone
1- a) La nourrice évoque les différences entre les deux jeunes filles qu’étaient Antigone et
Ismène. Associe à chaque personnage les caractéristiques qui lui correspondaient.

Douce • • Antigone
Mauvais caractère •
Pas assez coquette • • Ismène
Bouclettes et rubans •
b) Laquelle des deux sœurs la nourrice préférait-elle ? Pour quelle raison ?
2- Relis attentivement la dernière réplique de l’extrait, page 20, de « Ne pleure plus […] »
(l. 79) à « […] que je sois petite ce matin. » (l. 92).
a) Relève les expressions employées par Antigone pour s’adresser à sa nourrice.
b) Quel sentiment traduisent ces expressions ?
c) Souligne maintenant la didascalie* qui le confirme.
d) Pourquoi les larmes de la nourrice perturbent-elles tant Antigone ?
e) Cette scène met-elle en valeur la force ou la fragilité du personnage d’Antigone selon
toi ? Justifie ta réponse.

Tu peux maintenant comparer tes réponses avec celles du corrigé. Ensuite, recopie et apprends le
« Je retiens… » qui suit.

j e retiens La nourrice : l’invention d’un personnage


Dans sa réécriture du mythe d’Antigone, Jean Anouilh introduit un nouveau
personnage : la nourrice. Elle est présentée comme une vieille servante un peu bourrue,
coléreuse, mais pleine de cœur. Ce personnage, au langage légèrement familier,
contraste avec la grandeur et la noblesse de l’univers tragique, tel qu’on le rencontre
dans l’Antiquité ou au XVIIe siècle.
Il présente cependant un réel intérêt : il permet d’apporter un éclairage sur l’enfance
d’Antigone et nous révèle sa fragilité.

C Le quiproquo et l’implicite

Rappel : Un quiproquo* est un malentendu qui fait que l’on prend une personne pour
une autre ou une chose pour une autre. Il est souvent employé au théâtre.
1- a) Cette nuit-là, qu’est allée faire Antigone en dehors de la ville ? Appuie-toi sur les
« Je retiens » de la séance 1.
b) Que comprend la nourrice lorsqu’Antigone lui dit : « J’avais un rendez-vous » (l. 5,
page 16) ?
c) Relève deux autres phrases de la nourrice qui montrent clairement que le quiproquo
s’est installé.

14 — © Cned, Français 3e
séance 2 — Séquence 7

2- a) Antigone ment-elle lorsque déclare qu’elle avait un rendez-vous et lorsqu’elle affirme


qu’elle a un amoureux ?
b) Dit-elle toute la vérité ?
c) Que pourrait ajouter Antigone à la phrase suivante : « Tu ne devrais pas être trop
méchante ce matin. » ?
 « Je vais mourir aujourd’hui. »
 « Je suis un peu malade ce matin. »
 « Tu m’as élevée, tu ne dois pas être méchante avec moi. »
d) Que sous-entend Antigone quand elle emploie l’expression « le pauvre » pour qualifier
son amoureux ?
e) Pourquoi cette discussion avec la nourrice renforce-t-elle un peu plus encore la
solitude d’Antigone ?

Compare maintenant tes réponses avec celles contenues dans le corrigé, puis recopie et apprends le
« Je retiens… » qui suit.

j e retiens La notion d’implicite


On appelle énoncé implicite un énoncé incomplet : certaines informations ne sont
pas exprimées, mais seulement suggérées. Le destinataire de l’énoncé doit donc les
retrouver.
L’implicite peut prendre deux formes : le présupposé et le sous-entendu.
• Un présupposé est une information supposée vraie et connue, contenue dans la
phrase sans y être exprimée clairement :
« Tu sais ce que je devrais faire ? Te battre comme lorsque tu étais petite. » (l. 43-44, p. 18)
(pré-supposé : la nourrice battait Antigone quand elle était petite.)
• Un sous-entendu n’est pas contenu dans la phrase, le destinataire doit le deviner :
« Et il ne faut pas que je sois petite ce matin. » (l. 92, p. 20) (sous-entendu : ce matin, je
dois être forte et courageuse pour accomplir mon destin.)
C’est parfois le lien logique entre deux propositions qui n’est pas exprimé et est donc
implicite :
« Garde tes larmes ; tu en auras peut-être besoin encore, nounou. » (l. 88-90, p. 20)
On peut remplacer le point-virgule par « car » ou « parce que » exprimant un lien
logique de cause.
(Garde tes larmes car tu en auras peut-être besoin encore, nounou.)

Effectue les deux exercices qui suivent pour t’entraîner.


3- Retrouve et formule le présupposé des mots soulignés dans les phrases suivantes.
a) Antigone tentera à nouveau d’enterrer son frère.
b) Contrairement à sa sœur, Antigone n’accepte pas la décision de Créon.
c) La nourrice est le seul personnage de la pièce inventé par Jean Anouilh.

© Cned, Français 3e — 15
Séquence 7 — séance 2

4- Réécris les phrases suivantes en formulant le lien logique implicite qui lie les deux
propositions juxtaposées.
a) Antigone doit mourir ; elle aime la vie.
b) Hémon est désespéré : Antigone vient de lui annoncer qu’elle ne l’épousera pas.
c) La nourrice est en colère ; Antigone n’était pas dans son lit.

Tu peux vérifier tes réponses et poursuivre ton travail.

D Le conditionnel (1) : formes et valeurs du conditionnel simple


1- Lis attentivement les phrases suivantes.
Phrase 1 : « J’ai promis à sa mère que j’en ferais une honnête fille. »
Phrase 2 : « Tu ne devrais pas trop crier. »
Phrase 3 : « Qu’est-ce qu’elle me dirait si elle était là ? »
a) Recopie les verbes soulignés et sépare le radical de la terminaison par un trait vertical.
À quel temps te font penser les terminaisons que tu as isolées ?
b) « ferais » : à quel temps cette forme verbale ressemble-t-elle ?
c) Dans quelle phrase le verbe souligné désigne-t-il une action soumise à une condition ?
d) Dans quelle phrase le verbe souligné exprime-t-il un futur dans le passé ?

Vérifie tes réponses dans le livret de corrigés puis mémorise le « Je retiens… » qui suit.

j e retiens Le conditionnel (1) : formes et valeurs du conditionnel simple


• Il existe une forme simple du conditionnel, et une forme composée : j’aimerais (con-
ditionnel simple) – j’aurais aimé (conditionnel composé)
• On forme le conditionnel simple à partir du radical du futur auquel on ajoute les
terminaisons de l’imparfait : je voudrai (futur) -> je voudrais (conditionnel simple)
1- Le conditionnel à valeur temporelle
Le conditionnel est parfois employé comme un temps appelé futur dans le passé :
 La nourrice avait dit à Jocaste qu’elle s’occuperait bien d’Antigone.
Cet emploi est fréquent dans le discours indirect. L’action de s’occuper d’Antigone
se situe dans le futur par rapport au moment où la nourrice a dit à Jocaste qu’elle le
ferait.
2- Le conditionnel à valeur modale
Le conditionnel simple est parfois employé comme un mode. Il permet d’exprimer :
• Un ordre, un conseil, ou une demande polie : Tu ne devrais pas trop crier.
• Un souhait : Antigone aimerait enterrer son frère.
• Une possibilité ou une hypothèse : Elle pourrait se faire surprendre.

16 — © Cned, Français 3e
séance 2 — Séquence 7

 Dans un système hypothétique (composé d’une proposition principale et d’une


proposition subordonnée de condition introduite par la conjonction si), il est employé
avec l’imparfait pour exprimer :
• Le potentiel (événement présenté comme étant possible dans le présent) :
Si Antigone disait la vérité, la nourrice se fâcherait sans doute.
• L’irréel du présent (hypothèse qui ne peut pas se réaliser dans le présent) :
Si Créon était vraiment un homme juste, Antigone n’aurait pas à mourir.

Entraîne-toi en effectuant l’exercice suivant.

2- Dans les phrases suivantes, conjugue au conditionnel simple le verbe entre parenthèses
puis précise sa valeur : futur dans le passé / ordre ou demande / souhait / potentiel /
irréel du présent.

a) Si Jocaste était là, elle (approuver) ........................... Antigone.

Valeur : ...........................

b) Je t’avais dit que j’ (arriver) ........................... en retard au spectacle.

Valeur : ...........................

c) Hémon (être) ........................... déçu s’il apprenait le projet d’Antigone.

Valeur : ...........................

d) La nourrice (aimer) ........................... qu’Antigone se recouche.

Valeur : ...........................

E Expression écrite

Pour conclure cette séance, tu vas faire un petit exercice d’écriture.

À la ligne 76 (p. 20), la nourrice déclare : « Si tu m’aimais tu m’aurais dit la vérité. »


Imagine le dialogue qu’auraient pu avoir les deux personnages si Antigone avait dit la
vérité, en écrivant une petite scène d’une vingtaine de lignes.

Pour réussir cet exercice tu dois :

- Imaginer les paroles d’Antigone

- Rapporter les différentes réactions de la nourrice

- Respecter le caractère des deux personnages

- Adopter la présentation d’un texte théâtral

- Proposer quelques didascalies en italique (portant sur le ton et l’attitude des personnages)

- Vérifier l’orthographe, les accords sujet/verbe et la ponctuation.

© Cned, Français 3e — 17
Séquence 7 — séance 2

Fais d’abord cet exercice sur ta feuille de brouillon. Vérifie ensuite que tu as bien respecté les
consignes en complétant le tableau ci-dessous.

Je vérifie que … Fait


J’ai imaginé les paroles d’Antigone.
J’ai rapporté les différentes réactions de la nourrice.
J’ai respecté le caractère des deux personnages.
J’ai adopté la présentation du texte théâtral.
J’ai proposé quelques didascalies en italique (portant sur le
ton et l’attitude des personnages).
J’ai vérifié l’orthographe, les accords sujet/verbe et la
ponctuation.

Si toutes les consignes ont été respectées, recopie ton dialogue de théâtre sur ton cahier. Lis ensuite
dans le corrigé un exemple de ce qu’il était possible d’écrire.

Pour préparer la séance suivante, lis la scène qui réunit Antigone et sa sœur Ismène, aux pages
21 à 31.

18 — © Cned, Français 3e
séance 3 — Séquence 7

Séance 3
Étudier l’opposition de deux personnages : Antigone et Ismène
Durée approximative : 1h30
Dans cette séance, tu vas faire connaissance avec Ismène, la sœur d’Antigone, et tu pourras mesurer
ce qui les oppose. Tu travailleras également sur une image.
Prends ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.
Ismène vient d’entrer sur scène ; la nourrice se retire et va préparer un peu de café pour Antigone.
Numérote les lignes de 5 en 5 de la réplique d’Ismène : « J’ai bien pensé toute la nuit, tu es folle »
(p. 23) à celle d’Antigone : « […] Hémon sera tout à l’heure une affaire réglée » (p. 30). Ensuite
relis cet extrait.

Pour vérifier ta compréhension du texte, réponds aux questions qui suivent.

A L’opposition de deux caractères


1- Relis attentivement les lignes 1 à 11.
a) Laquelle de ses qualités Ismène met-elle en avant ? Relève une expression qui t’a
permis de répondre.
b) Souligne le verbe, répété trois fois par Ismène, qui illustre cette qualité.
c) Selon Ismène, Antigone possède-t-elle ce trait de caractère ? Pour répondre, appuie-toi
sur une citation du texte.
2- a) L’opposition entre les deux sœurs se traduit dans l’enchaînement des répliques.
Complète le tableau suivant en recopiant les réponses d’Antigone aux répliques d’Ismène.

Ismène Antigone
« Moi je suis plus pondérée. Je réfléchis. »
(l. 16-17, p. 24)
« Je comprends un peu notre oncle. » (l. 21,
p. 24)
« Il est le roi, il faut qu’il donne l’exemple. »
(l. 23)
« J’ai raison plus souvent que toi. » (l. 32-33,
p. 25)
b) À quelle forme (positive / négative) sont les phrases prononcées par Ismène ? À quelle
forme sont les phrases que tu as recopiées ?
c) Quel trait de caractère cela traduit-il chez Antigone ?
d) Relis la réplique d’Antigone, page 25, aux lignes 24 à 29 de « Moi, je ne suis pas le roi. »
à « Elle n’avait qu’à ne pas désobéir ! ». Relève les expressions par lesquelles l’héroïne
se désigne elle-même. Laquelle de ces expressions te semble correspondre le mieux à la
jeune fille ?

© Cned, Français 3e — 19
Séquence 7 — séance 3

e) Quel verbe est répété sept fois dans la réplique d’Antigone, lignes 36 (« Comprendre… »)
à 52 (pp. 25-26) ? Quel est l’effet produit par cette répétition ?

3- Concentre-toi sur les didascalies* présentes dans cette scène.

a) Relève les didascalies du début de l’extrait (p. 23) jusqu’à la ligne 94 « Ma petite
sœur…. » (p. 28). À qui se rapportent principalement ces didascalies ?

b) Que traduisent ces didascalies* concernant ce personnage ?

c) Dans la suite de l’extrait, quelle didascalie* montre un changement radical dans


l’attitude de ce personnage ? Comment s’explique ce changement ?

d) Observe, dans la dernière partie de l’extrait de la page 28 à « Hémon sera tout


à l’heure une affaire réglée. » (p. 30), les didascalies* concernant Ismène. Que
montrent-elles de ses sentiments ?

Tu peux maintenant comparer tes réponses avec celles contenues dans le corrigé.

B L’argumentation d’Ismène
1- Quel sentiment empêche Ismène de se joindre à Antigone pour enterrer leur frère

Polynice ? Relève une phrase qui t’a permis de répondre.

2- a) Pour tenter de convaincre Antigone, Ismène emploie plusieurs arguments : repère ceux
qui font appel à la raison et ceux qui font appel aux sentiments.

Créon nous ferait mourir. •


Je suis l’aînée. • • La raison
Créon est le roi, il faut qu’il donne
l’exemple •
• Les sentiments
Créon est plus fort que nous. •
Ton bonheur est là devant toi. •

b) À qui Ismène fait-elle allusion lorsqu’elle parle du bonheur d’Antigone ?

c) Selon toi, Ismène a-t-elle réussi à convaincre sa sœur ? Justifie ta réponse.

Vérifie maintenant tes réponses dans le corrigé.

C L’expression du tragique chez Antigone


1- a) Quelle période de sa vie Antigone évoque-t-elle dans ses répliques des lignes 36 à 52,
p. 28 (« Comprendre …. […] Pas maintenant. ») et des lignes 84 à 93 (« Pas
envie de vivre … […] qu’on ne pouvait pas tous les prendre ? ») ?

b) En quoi l’évocation de cette période est-elle touchante ?

c) Dans les lignes 36 à 52 (pp. 25-26), contre quoi s’élève la jeune femme ?

d) Quel désir affirme Antigone en employant l’expression « juste quand on en a envie » ?

20 — © Cned, Français 3e
séance 3 — Séquence 7

2- Relis les lignes 6 à 10 (p. 24).

« Bien sûr. À chacun son rôle. Lui, il doit nous faire mourir, et nous, nous devons aller
enterrer notre frère. C’est comme cela que ç’a été distribué. Qu’est-ce que tu veux que
nous y fassions ? »

a) Encadre les termes appartenant au champ lexical du théâtre.

b) En quoi cette réplique te rappelle-t-elle le texte du Prologue ?

c) « Lui, il doit nous faire mourir, et nous, nous devons aller enterrer notre frère. »

Que traduit l’emploi du verbe « devoir » ?

Compare tes réponses avec celles du corrigé puis recopie et apprends le « Je retiens… » ci-dessous.

j e retiens Antigone et Ismène : deux caractères opposés


Au-delà des différences physiques, les deux sœurs s’opposent aussi par leur caractère.
• Ismène se montre raisonnable : il faut obéir aux lois de la cité, mais son argumenta-
tion est motivée par la peur de la mort.
• Antigone n’obéit qu’à sa conscience : elle transgresse l’ordre de Créon par devoir
fraternel. Mais ses propos sur son enfance montrent aussi qu’elle a toujours été rebelle
à toute forme d’autorité.

© Cned, Français 3e — 21
Séquence 7 — séance 3

D Étude de l’image

Voici la photographie d’une mise en scène d’Antigone correspondant à la confrontation entre


Ismène et Antigone. Observe-la attentivement puis réponds aux questions.

Antigone, mise en scène de Nicole Anouilh, Théâtre des Mathurins, Paris, 1975
© M. Enguerrand CDDS.

1- Identifie les deux personnages en écrivant leur nom à l’endroit qui convient.

2- Comment l’opposition entre les deux sœurs est-elle traduite dans leur apparence
physique ?

3- De quelle manière l’entêtement d’Antigone et son refus d’écouter Ismène se manifestent-


ils dans son attitude ?

Pour préparer la séance suivante, lis la scène des adieux entre Antigone et Hémon, aux pages 37 à
44, de « Pardon, Hémon, pour notre dispute […] » à « […] C’est fini pour Hémon, Antigone ».

22 — © Cned, Français 3e
séance 4 — Séquence 7

Séance 4
Comprendre l’enjeu d’une scène : les adieux à Hémon

Durée approximative : 1h30

Dans cette séance, tu vas lire et analyser une scène d’adieu. Tu travailleras également sur le
conditionnel passé ainsi que sur les mots de la situation d’énonciation. Ismène est sortie de la
scène, la nourrice est venue apporter du café à Antigone. C’est à ce moment-là qu’Hémon fait son
apparition.

Prends ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais en-suite le
travail demandé.

Numérote les lignes du texte, des pages 38 à 44, de « Ne ris pas ce matin. Sois grave » à
« […] C’est fini pour Hémon, Antigone ». Ensuite relis cet extrait.
As-tu bien compris cette scène ? Pour le vérifier, réponds aux questions qui suivent.

A Antigone : une femme amoureuse

1- a) Comment se traduit l’amour que les personnages éprouvent l’un pour l’autre, à la fois
dans les gestes et dans les paroles ?

b) Pourquoi Antigone demande-t-elle à Hémon de la serrer dans ses bras ?

2- a) Quel aspect du personnage d’Antigone l’évocation du petit garçon met-elle en valeur ?

b) Lors de sa visite à Hémon, la veille, Antigone avait sur elle trois éléments liés à la
féminité. Retrouve-les dans le texte et souligne-les.

c) Pour quelle raison les portait-elle ? Justifie ta réponse par un élément du texte.

B L’affirmation de l’héroïne tragique

1- a) Observe la longueur des répliques : qui mène le dialogue ? Justifie ta réponse.

b) Pourquoi Antigone demande-t-elle à Hémon de ne pas la questionner et de sortir sans


rien dire ?

c) Quels sont les deux projets importants auxquels Antigone renonce en faisant ses
adieux à Hémon ?

© Cned, Français 3e — 23
Séquence 7 — séance 4

2- a) Antigone est déchirée entre sa fragilité de jeune femme et le rôle de l’héroïne tragique
qu’elle doit jouer. Observe les didascalies* qui suivent et classe-les dans le tableau.

« Elle s’est détachée de lui, elle a pris un autre ton. » (l. 61-62)

« […] avec son pauvre visage bouleversé. » (l. 72)

« […] se détournant, dure. » (l. 95)

« […] avec un tel désespoir … » (l .110).

La jeune femme fragile L’héroïne tragique


• •
• •

b) « C’est fini pour Hémon, Antigone. » (l. 116-117, p. 44). Dans cette phrase, à qui
s’adresse Antigone ?

c) Quel est l’effet produit ?

3- Comment la tension se manifeste-t-elle dans la dernière réplique, à la fois dans les


paroles et dans les didascalies* de la ligne 85 (« Oui. Et tu as ri … ») à la ligne 117, pages
43-44 ?

Vérifie tes réponses dans le livret de corrigé puis poursuis ton travail.

C Le conditionnel (2) : formes et valeurs du conditionnel composé

1- « Je l’aurais serré si fort qu’il n’aurait jamais eu peur. » (l. 17-18)

« J’aurais été très fière d’être ta femme, ta vraie femme, sur qui tu aurais posé ta main. »
(l. 58-59)

a) Dans les phrases que tu viens de lire, de quels éléments sont composées les formes
verbales soulignées ?

b) Selon toi, les actions exprimées pourront-elles se réaliser un jour ?

c) Quel sentiment ces formes verbales traduisent-elles ?

 l’envie

 le regret

 la colère

Compare tes réponses avec celles du corrigé puis lis et apprends le « Je retiens… » suivant.

24 — © Cned, Français 3e
séance 4 — Séquence 7

j e retiens Le conditionnel (2) : le conditionnel composé


• On forme le conditionnel composé à l’aide de l’auxiliaire être ou avoir, conjugué au
conditionnel présent, suivi du participe passé du verbe :
 Tu aurais posé
Aux. P. passé
• Le conditionnel composé peut avoir une valeur temporelle.
 Il marque l’antériorité par rapport au conditionnel simple :
Antigone savait qu’elle se sentirait mieux quand elle aurait tout dit à Hémon.
L’action de tout dire a lieu avant le fait de se sentir mieux.
 Il peut aussi montrer une action comme accomplie dans l’avenir par rapport à un
temps du passé :
En enterrant Polynice, Antigone savait qu’elle aurait perdu la vie avant le soir.
• Le conditionnel composé a une valeur modale : il est employé comme mode. Il permet
d’exprimer :
 Le regret : Antigone aurait aimé avoir un enfant.
 Le doute : Antigone aurait décidé de désobéir à Créon ?
• Dans un système hypothétique, le conditionnel composé est employé avec le plus-que-
parfait pour exprimer l’irréel du passé, c’est-à-dire une hypothèse qui ne s’est jamais
réalisée :
Si Antigone n’avait pas voulu enterrer son frère, elle aurait pu épouser Hémon.

Effectue le petit exercice suivant pour t’entraîner.


2- Complète les phrases qui suivent en conjuguant le verbe entre parenthèses au
conditionnel composé.
a) Antigone (être) ............................ fière d’être la femme d’Hémon.
b) Si Ismène avait réussi à convaincre sa sœur, Antigone (échapper) ............................ à
la mort.
c) Hémon (aimer) ............................ avoir un enfant avec Antigone.
d) Avec un peu de chance, vous (arriver) ............................ à temps pour le début de la
représentation.
e) Si j’avais lu la pièce attentivement, j’ (comprendre) ............................ qu’Antigone
allait mourir.

Vérifie tes réponses puis poursuis le travail.

D Les mots qui prennent sens dans la situation d’énonciation

Rappel : On appelle situation d’énonciation*, la situation dans laquelle est produit un


énoncé (oral ou écrit). Définir la situation d’énonciation c’est répondre aux questions
suivantes : qui (locuteur) s’adresse à qui (destinataire), où et quand ?

© Cned, Français 3e — 25
Séquence 7 — séance 4

1- a) Complète le tableau suivant en relevant les mots dans les phrases 1 et 2.

1. « Si tu parles, si tu fais un seul pas vers moi, je me jette par cette fenêtre. »

2. Antigone menaça Hémon de se jeter par la fenêtre de la salle, s’il parlait ou faisait un
pas vers elle.

Phrase 1 Phrase 2
Pronoms personnels
Déterminants
X
démonstratifs
Indicateurs de lieu
Temps des verbes

b) Laquelle de ces deux phrases ne peut se comprendre que si on connaît la situation


d’énonciation* ?

Vérifie maintenant tes réponses avant de lire et de mémoriser le « Je retiens… » qui suit.

j e retiens Les mots qui prennent sens dans la situation d’énonciation


1. Certains énoncés ne peuvent être compris que si l’on connaît la situation
d’énonciation. On dit qu’ils sont rattachés à la situation d’énonciation :
 Hier, je suis venu te voir, ici même.
Pour comprendre les mots surlignés, on a besoin de savoir qui parle à qui, quand et à
quel endroit.
Les indices de ce type d’énoncés sont appelés des embrayeurs, ce sont les :
 Pronoms personnels des 1re et 2e personnes : je, tu, toi, nous, vous…
 Déterminants et pronoms démonstratifs : ce, cette, celui-ci, celle-ci… et déterminants et
pronoms possessifs des 1re et 2e personnes : mon, ton, le mien…
 Adverbes de temps et de lieu : hier, aujourd’hui, demain, maintenant, ici, là-bas…
 Terminaisons verbales du présent, passé composé et futur.
Les énoncés rattachés à la situation d’énonciation se trouvent à l’oral, et dans les
lettres, ou dans les dialogues à l’écrit.
2. Certains énoncés sont détachés de la situation d’énonciation : on les trouve
essentiellement dans les récits au passé et à la 3e personne.

2- Encadre, dans les phrases suivantes, les mots qui renvoient à la situation d’énonciation*.

a) Ce matin, je suis venu ici pour te parler.

b) Mon frère et moi comptons vous rendre visite la semaine prochaine.

c) Nous y retournerons demain.

d) Tu n’as pas vu mon livre ? Je l’ai posé là ce matin !

Tu peux maintenant vérifier tes réponses ; la séance touche à sa fin.

26 — © Cned, Français 3e
séance 5 — Séquence 7

Séance 5
Étude de l’image : comparaison de différentes mises en scène
Durée approximative : 1h
Pour terminer cette première séquence sur la pièce de Jean Anouilh, tu vas travailler sur différentes
mises en scène d’Antigone.
Prends ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.
Observe bien les documents qui suivent puis réponds aux questions.

A Le décor de la pièce
Voici un dessin du décor qu’André Barsacq avait réalisé pour la création d’Antigone, en 1944. Tu
as pu observer dans la séance 1, une photographie de ce décor avec les personnages.
Document A

Décor d’André Barsacq pour la création d’Antigone au théâtre de l’Atelier, février 1944 © akg-images.

1- Dans la didascalie* initiale de la pièce, on peut lire : « un décor neutre ».


a) À quoi correspond selon toi l’expression « un décor neutre » ?
b) Quels sont les différents éléments qui composent le décor sur ce dessin ?
c) Que permet de mettre en valeur un tel décor ?

© Cned, Français 3e — 27
Séquence 7 — séance 5

2- a) Si les anachronismes du texte donnent à la pièce une dimension moderne, est-ce le cas
de ce décor ?

b) Dans ce décor, sur quoi sont assis les personnages du fond ?

c) Si les personnages sur la scène sont bien les acteurs de la pièce, dans quelle attitude
sont-ils également, assis de cette manière ?

d) En quoi cet élément du décor peut-il rappeler le contexte antique de la pièce ?

Compare tes réponses avec celles du corrigé.

B Comparer deux mises en scène

Observe maintenant les documents B et C puis réponds aux questions. La statue que tu aperçois à
l’arrière-plan, sur le document B, est la reproduction d’une statue grecque antique : la Victoire de
Samothrace (tu peux l’admirer à Paris, au musée du Louvre).

Document B

Mise en scène moderne d’Antigone

1- a) Quels éléments de la mise en scène renvoient à l’époque moderne ?

b) Quels éléments font référence au contexte antique de la pièce ?

2- a) À quel jeu te fait penser le dallage (le sol) de la scène où se tiennent les personnages ?

b) De quoi peut-il être le symbole ?

28 — © Cned, Français 3e
séance 5 — Séquence 7

Document C

Antigone par la compagnie Les Treize au Théâtre de poche, mars 2009 © Marc Robitaille

1- a) Peux-tu repérer ici des références à l’Antiquité comme dans le document B ?

b) Comment est vêtu le personnage de Créon (assis au premier plan) ?

c) Comment est vêtue Antigone (à gauche) ?

d) Le metteur en scène, Jean-François Hamel, a déclaré : « Il ne s’agit pas de dicter aux


spectateurs quoi penser, mais de leur suggérer les choses. Ils ne seront pas transportés
vers Thèbes l’antique ; ils vont être confrontés aux réalités politique et économique de
notre époque.»

Quels sont les éléments qui projettent la pièce de Jean Anouilh en 2009 ?

e) Quelle dimension une mise en scène aussi moderne donne-t-elle au mythe d’Antigone ?

2- Dans un petit paragraphe argumenté, explique quelle mise en scène tu préfères et pour
quelles raisons.

© Cned, Français 3e — 29
Séquence 7 — séance 6

Séance 6
Je m’évalue

Durée approximative : 1h

Comme à la fin de chaque séquence, tu vas faire un bilan de ce que tu as appris. Cela te permettra

de faire le point sur ce que tu dois savoir, et ce que tu dois être capable de faire pour le devoir.

Complète maintenant le tableau suivant. Tu peux bien sûr utiliser ton cours si tu as oublié quelque

chose. Quand tu auras fini, prends le corrigé afin de vérifier tes réponses. Il est très important que

ce tableau de synthèse ne comporte pas d’erreur.

Je connais Je suis capable de


 Les différents personnages de la pièce  Identifier les différents personnages et les
rapports entre eux.
 Antigone est la fille d’......................
et de ...................... . Elle est fiancée à
......................, fils de ......................,
roi de Thèbes. Sa sœur se nomme
...................... et ses deux frères
.................... et ................... sont morts.
 Le prologue de la pièce  Citer les trois personnages qui vont
mourir à la fin de cette pièce :
Il est pris en charge par un personnage
chargé de nous apporter les - ............................................
I _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ nécessaires à la - ............................................
compréhension de l’intrigue. Mais il brise
- ............................................
le S _ _ _ _ _ _ _ en nous annonçant la
M _ _ _ de trois personnages.
 Les périphrases verbales qui sont de 3  Souligner les périphrases verbales dans
types : les phrases suivantes :
• T _ _ _ _ _ _ _ _ _ S • Antigone vient de rentrer au palais.
• A _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ S • Ismène va tenter de dissuader sa sœur
d’enterrer Polynice.
• M _ _ _ _ _ S
• Antigone commence à expliquer à
Hémon qu’elle ne l’épousera pas.
• Hémon laisse parler Antigone sans
l’interrompre.
• Antigone fait pleurer sa nourrice.

30 — © Cned, Français 3e
séance 6 — Séquence 7

 La notion d’implicite qui peut prendre  Formuler le sous-entendu contenu dans


deux formes dans les énoncés : les mots soulignés :
- le .......................................... et - Étéocle, contrairement à son frère, a eu
droit à des funérailles religieuses.
- le ..........................................
..............................................................
 Le lien logique qui peut être implicite
..............................................................
entre deux P_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _
 Retrouver le lien logique implicite dans
une phrase complexe :
- Antigone doit être forte ce matin ; elle va
af-fronter la colère de Créon.
Lien = ..........................................
 Les formes et les valeurs du conditionnel  Conjuguer correctement des verbes au
conditionnel présent et passé :
 Le conditionnel simple peut avoir une
valeur ...................... ou ...................... . - Devoir (cond. simple, 1re pers. pl.) :
..........................................
Il peut exprimer :
- Pouvoir (cond. composé, 3e pers. sg.) :
- Le F _ _ _ _ dans le P _ _ _ _
..........................................
- un O _ _ _ _
- Savoir (cond. simple, 2e pers. sg.) :
- un S _ _ _ _ _ _ ..........................................
- une P _ _ _ _ _ _ _ _ _É - être (cond. composé, 1re pers. sg.) :
 Le conditionnel composé exprime le plus ..........................................
souvent le R _ _ _ _ _.
 Les mots qui prennent sens dans la  Encadrer dans une phrase les mots
situation d’énonciation que l’on appelle renvoyant à la situation d’énonciation.
aussi des E _ _ _ _ _ _ _ _ S.
- Je te donne rendez-vous ici même,
demain.
- Nous préférons cette robe-ci à celle-là.
- Apporte-moi ça tout de suite !

Poursuis ta lecture au moins jusqu’à la didascalie de la page 65 : « Un silence. Ils se regardent. »

© Cned, Français 3e — 31
Sommaire
Séquence 8
Lire Antigone de Jean Anouilh (2)
Durée approximative : 11 h 30
Séance 1 Étudier la justification religieuse d’Antigone : Antigone face à Créon (1)
La loi et l’interdit
Analyser l’argumentation d’Antigone
Vocabulaire : autour du mot loi et de l’idée d’obligation
Séance 2 Identifier une stratégie argumentative : Antigone face à Créon (2)
Identifier la stratégie argumentative de Créon
Liberté et politique
Vocabulaire : autour du mot politique
Séance 3 Repérer un tournant dans la pièce : Antigone face à Créon (3)
Étudier un point de bascule dans la pièce
Deux conceptions opposées du bonheur
Comprendre le rôle des didascalies
Orthographe : distinguer Quel(le)(s) et Qu’elle(s)
Séance 4 Analyser la relation Créon / Hémon
Analyser la relation père/fils
Exercice de réécriture
Séance 5 Comprendre l’enjeu d’une scène : Antigone et le garde
Étudier le pathétique du personnage d’Antigone
Le tragique moderne : l’art des contrastes
Les modalisateurs
Séance 6 Étudier une fin pathétique
Étudier le dénouement de la pièce
Le rôle du chœur
Vocabulaire : autour du mot « chœur »
Séance 7 Analyser les caractéristiques de la tragédie selon Jean Anouilh
Un discours moderne sur la tragédie
Vocabulaire : autour du mot fatalité
Séance 8 Je m’évalue
Socle commun
Durant cette séquence, tu auras l’occasion de développer tes connaissances et de travailler des items
des compétences ci-dessous.
Compétence 1 : La maîtrise de la langue française
- Repérer les informations dans un texte à partir des éléments explicites et des éléments
implicites nécessaires.
- Dégager, par écrit ou oralement, l’essentiel d’un texte lu.
- Écrire lisiblement un texte en respectant l’orthographe et la grammaire.
- Rédiger un texte bref, cohérent et ponctué, en réponse à une question ou à partir d’une
consigne donnée.
Compétence 5 : La culture humaniste
- Établir des liens entre les œuvres (littéraires, artistiques) pour mieux les comprendre.
32 — © Cned, Français 3e
séance 1 — Séquence 8

Séance 1
Étudier la justification religieuse d’Antigone
Antigone face à Créon (1)

Durée approximative : 1h30

Dans cette séquence, tu vas poursuivre la lecture de la pièce de Jean Anouilh, Antigone. Dans la
séquence précédente, tu as étudié la façon dont Antigone s’efforce de rompre un à un les liens qui
l’unissaient à ses proches. Cela explique l’importance des dialogues avec sa nourrice, avec Ismène
et avec Hémon qui sont en réalité des scènes d’adieu. Son destin est scellé puisqu’elle tentera à
nouveau d’enterrer son frère Polynice. Dans la seconde partie de la pièce, la jeune femme se trouve
confrontée à Créon, son oncle, au cours d’un duel très éprouvant pour les deux personnages.

Dans l’extrait reproduit ci-dessous, Antigone vient d’être arrêtée par les gardes et se retrouve face à
Créon qui tente de comprendre les raisons de son acte. Tu étudieras les notions de loi et d’interdit
et tu analyseras la justification religieuse mise en avant par Antigone pour expliquer son geste.

Prends une nouvelle page dans ton cahier. En haut, note le numéro et le titre de la séquence en
rouge. Encadre-les.

Saute deux lignes, puis note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.

À présent, lis deux fois le texte et écoute le début à la piste 17 de ton CD.

Pour des raisons liées au respect du droit d’auteur, le texte n’est pas reproduit ici. Il s’agit des pages
65 à 74 de la pièce Antigone de Jean Anouilh (Éditions de la Table Ronde, 1946), de « Pourquoi
as-tu tenté d’enterrer ton frère ? » à « Vous pouvez seulement me faire mourir ».

Pour vérifier ta bonne compréhension de la scène, réponds maintenant aux questions qui suivent.

A La loi et l’interdit

1- Relis les répliques de Créon aux lignes 1, 11 et 14.

a) Quel type de phrase emploie-t-il ?

b) Que cherche-t-il à comprendre dans sa première réplique?

c) Que veut-il vérifier dans ses répliques aux lignes 11 et 14 ?

© Cned, Français 3e — 33
Séquence 8 — séance 1

2- a) Comment l’interdit énoncé par Créon est-il communiqué au peuple de Thèbes ?


(Deux éléments de réponse sont attendus.)

b) Antigone connaissait-elle les risques qu’elle prenait en accomplissant son geste ?


Relève une phrase qui le montre.

c) Que signifie l’expression de Créon : « la loi est d’abord faite pour les filles des rois »
(l. 20) ?

d) Aux lignes 17 et 18, comment Créon tente-t-il d’expliquer la désobéissance


d’Antigone ?

Tu peux vérifier tes réponses dans le livret de corrigés, avant de poursuivre ton travail.

B L’argumentation d’Antigone
1- a) Quel verbe Antigone répète-t-elle aux lignes 2 et 4 ?

b) Quelle idée ce verbe exprime-t-il ?

c) Quelle justification Antigone donne-t-elle, à partir de la ligne 4, pour expliquer son


geste ?

d) Souligne, dans les lignes 4 à 33, tous les termes appartenant au champ lexical de la
mort.

2- Relis attentivement la réplique de Créon aux lignes 20 à 25.

a) Quels sont les deux actes auxquels Créon réduit le déroulement d’un « enterrement
dans les règles ».

b) Relève l’expression employée par Créon pour caractériser les prêtres de Thèbes.

c) L’image qu’il donne des prêtres est-elle méliorative* ou péjorative* ? Justifie ta


réponse.

d) « écourtant », « avalant », « bâclant », « prendre » (l. 24-25) : que nous apprennent


ces verbes sur la manière dont les prêtres rendent les honneurs funèbres ?

e) Dans la réplique de la ligne 31, relève trois expressions employées par Créon pour
désigner la cérémonie des honneurs funèbres.

f) Quelle figure de style est employée dans ces expressions ? Quel effet produit-elle ?

3- a) Antigone est-elle convaincue par le discours de Créon sur l’enterrement rituel ?

b) Relève une phrase qui le montre.

c) Pour qui fait-elle donc ce geste, si ce n’est pas pour son frère ? Que cherche-t-elle alors
à affirmer ?

d) À la fin de l’extrait, Créon a-t-il réussi à convaincre Antigone de l’absurdité de son


geste ? Justifie ta réponse.

Tu peux maintenant comparer tes réponses avec celles proposées dans le corrigé. Puis, poursuis ton
travail.

34 — © Cned, Français 3e
séance 1 — Séquence 8

C Expression écrite
Tu vas maintenant faire un petit travail d’expression écrite.
Sujet : Comment Créon parvient-il à détruire l’argument religieux utilisé par Antigone ?
Rédige sur ton cahier de brouillon un paragraphe argumenté de quelques lignes. Ton
paragraphe comprendra les mots clés suivants : rites funéraires – absurde – dénoncer –
péjoratif – prêtres – comédie – cérémonie – comparer.

Comment structurer sa réponse argumentée ?


On attend une réponse claire et synthétique. La réponse comporte :
- Une brève introduction qui est une réponse claire à la question. Cette réponse
reprend les éléments de la question.
Ex : À quel genre littéraire appartient le texte étudié ?  -> Le texte étudié appartient au genre théâtral.
- Un développement composé de justifications qui sont des arguments.
Les arguments sont des éléments qui justifient un point de vue. Dans un texte
littéraire, les arguments peuvent être des procédés littéraires et linguistiques ou
des thèmes.
Quand il y a plusieurs arguments, il est nécessaire de les introduire par des
connecteurs (mots de liaison) tels que « d’abord », « ensuite », « enfin »… :
Ex : Le texte étudié appartient au genre théâtral (réponse / point de vue.) D’abord, le paratexte
nous donne les indications de scène et d’acte (argument 1). Ensuite, le texte est constitué de répliques
échangées entre deux personnages, et d’indications en italique appelées didascalies (argument 2).

Compare maintenant ton paragraphe argumenté avec celui proposé dans le corrigé, puis recopie-le
sous la forme d’un « Je retiens ».

D Vocabulaire : autour du mot loi et de l’idée d’obligation


1- a) Que signifie l’expression « être au-dessus de la loi » (l. 18) ?

b) Quel synonyme du mot loi est employé dans la première partie de l’extrait ?

c) Propose au moins deux autres synonymes que tu connais pour ce mot.

2- Le mot loi vient du latin lex, legis. Complète les phrases suivantes avec ces mots formés sur
les radicaux loi (loy-) ou leg- : légal, illicite, loyal, loyauté, légitime, légiférer. Tu peux consulter un
dictionnaire pour t’aider.

a) Ton inquiétude est __________, la situation est grave.

b) La vente d’objets contrefaits est un acte ____________.

c) Jamais il n’agira en traître, c’est un ami ______.

d) Les députés sont élus pour _____________ à l’assemblée nationale.

e) Mon adversaire aurait pu profiter de sa supériorité mais il a fait preuve de __________.

f) L’âge ________ pour voter en France est de 18 ans.

© Cned, Français 3e — 35
Séquence 8 — séance 1

3- Complète le tableau suivant sur le vocabulaire de l’obligation et l’interdit.

Nom Verbe Adjectif


obligatoire
interdire
soumission
contraignant

La séance touche à sa fin. Vérifie tes réponses aux exercices précédents en consultant le livret de
corrigés, puis lis le coin des curieux ci-dessous.

Le coin des curieux


Les rites funéraires
Dans la Grèce antique, les rites funéraires étaient très importants. Pour les Grecs, les
morts ne pouvaient pas trouver le repos éternel si ces rites n’étaient pas accomplis. Le
premier rite était la toilette du mort. Ensuite venait l’exposition du défunt sur un lit, la
tête tournée vers l’extérieur, les pieds dirigés vers le seuil de la maison. Les pleureuses se
tiraient les cheveux en pleurant et se griffaient le visage. Enfin avait lieu le cortège funèbre.

Pour préparer la séance suivante, lis attentivement la suite du duel entre Créon et Antigone aux
pages 74 à 89 jusqu’à la fin de la réplique de Créon « […] Et je t’assure que cela m’est égal. »

36 — © Cned, Français 3e
séance 2 — Séquence 8

Séance 2
Identifier une stratégie argumentative
Antigone face à Créon (2)
Durée approximative : 2h

Comme pour la séquence précédente, tu numéroteras dans ton livre les lignes des extraits étudiés,
au crayon de papier, de 5 en 5, à partir de la ligne 1 pour chaque extrait.

Bien sûr, et c’est valable pour tous les textes, tu ne compteras pas :

- les lignes correspondant aux noms des personnages ;

- les autres didascalies (elles sont en italique), sauf si celles-ci se trouvent dans une réplique.

© Cned, Français 3e — 37
Séquence 8 — séance 2

Séances Pages Début de l’extrait Fin de l’extrait Notes


Séance 2 pp. 76 à 87 « Vous serrez trop, « Oui, c’est vrai. »
maintenant […] » (l. 1) (l. 237)
Séance 3 pp. 90 à 99 « Pourquoi m’avez-vous « Enfin, Créon ! » « lambeau » :
raconté cela ? » (l. 170) morceau.
(l. 1)
Séance 4 pp. 100 à « Père ! » (l. 1) « Antigone ! « étreinte » :
105 Antigone ! Au action
secours ! » (l. 72) d’embrasser, de
presser dans ses
bras.
Séance 5 pp. 110 à « Tu crois qu’on a mal « Oui, c’est tout. » - « l’avancement » :
116 pour mourir ? » (l. 1) (l. 88) la progression
dans la carrière
militaire du garde.

- « une chique » :
tabac ayant subi
une préparation
spéciale et que
l’on mâche.

- « nuptial » :
qui se rapporte
aux noces, au
mariage.

- « Ô tombeau !
Ô lit nuptial !
Ô ma demeure
souterraine … » :
ce passage est
une citation de la
pièce Antigone de
Sophocle.
Séance 6 pp. 117 à « Là ! C’est fini pour jusqu’au milieu
123 Antigone. » (l. 1) de la réplique du
chœur «  […] Morts
pareils, tous, bien
raides, bien inutiles,
bien pourris  […] ».
(l. 107)

Après avoir reconnu l’absurdité des rites funéraires, Antigone persiste dans son intention d’enterrer
le cadavre de Polynice. L’affrontement se poursuit entre Créon et sa nièce. Dans cette séance, tu
apprendras à identifier une stratégie argumentative et tu travailleras également le vocabulaire
autour du mot politique.

Prends maintenant ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais
ensuite le travail demandé.

38 — © Cned, Français 3e
séance 2 — Séquence 8

Numérote de 5 en 5 les lignes des pages 76 à 87, de « Vous serrez trop, maintenant […]  » (qui
sera la ligne 1) à « Oui, c’est vrai. » Lis ensuite attentivement cet extrait.

Pour vérifier ta compréhension du texte, réponds aux questions qui suivent.

A Identifier la stratégie argumentative de Créon


1- Relis la première réplique de Créon (l. 3 à 32).
a) Pourquoi prend-il le temps de justifier sa conduite ?
b) À quoi se réduit, selon lui, toute cette histoire ?
c) Quel argument donne-t-il à Antigone pour justifier le traitement imposé à Polynice ?
d) Par quelle image désigne-t-il son cadavre ?
e) Quelle réaction provoque-t-il chez Antigone ?
2- a) Dans les lignes 89 à 93 (pp. 80-81), à quels sentiments d’Antigone Créon fait-il appel ?
b) En quoi sa stratégie a-t-elle changé ? Parvient-il à convaincre Antigone ?
c) Comment se traduit ensuite l’énervement de Créon, au début de sa réplique suivante ?
3- Relis attentivement la tirade de Créon aux lignes 96 à 129 (pp. 81-82).
a) Quelle figure de style permet d’expliquer l’art de gouverner les hommes et la cité ?
b) Relève dans les quinze premières lignes de la tirade des termes qui développent cette
figure de style.
c) Quel verbe, utilisé au début et à la fin de cette tirade, montre la volonté qu’a Créon de
convaincre sa nièce ?
d) Antigone se laisse-t-elle désarmer par le discours de Créon ? Justifie ta réponse en
citant le texte.
4- a) À partir de la réplique de Créon lignes 214-215 (p. 86) : « Pauvre Antigone, avec
ta fleur de cotillon ! Sais-tu qui était ton frère ? » que va faire Créon pour convaincre
Antigone de l’inutilité de son geste ?
b) Relève trois expressions par lesquelles le roi désigne Polynice.
c) Comment Antigone réagit-elle aux révélations de Créon ?
5- Recopie dans l’ordre les arguments employés par Créon face à Antigone, reformulés
ci-dessous.
a) Hémon aime Antigone, Créon a déjà payé suffisamment.
b) Le cadavre de Polynice ne doit pas être enterré pour que le peuple comprenne ce qui
arrive aux traîtres.
c) Polynice était en réalité un mauvais fils, indigne du sacrifice qu’Antigone s’apprête à
faire pour lui.
d) Faire régner l’ordre dans la cité exige des sacrifices.

Tu peux maintenant comparer tes réponses avec celles contenues dans le livret de corrigés. Ensuite,
recopie et mémorise le « Je retiens »  qui suit.

© Cned, Français 3e — 39
Séquence 8 — séance 2

j e retiens L’argumentation dans le texte théâtral.


• Les scènes d’affrontement au théâtre adoptent souvent une forme argumentative. On
peut alors analyser la stratégie argumentative de chaque personnage. Les arguments
employés sont de deux types.
è Pour convaincre son interlocuteur, on fait appel à sa raison et l’argumentation s’appuie
sur la rigueur d’un raisonnement logique :
Ex : « Mais pour que les brutes que je gouverne comprennent, il faut que cela pue le cadavre de
Polynice [...] »
è Pour le persuader, on fait appel à ses sentiments et on cherche à l’émouvoir :
Ex : « Mon fils t’aime. Ne m’oblige pas à payer avec toi encore. »
• Le développement d’une argumentation s’appuie sur des mots de liaisons (des
connecteurs) marquant les relations logiques comme :
è L’opposition : « Cela me soulève le cœur. Pourtant, je ne vais même pas fermer ma
fenêtre. »
è La cause : « Parce que ton Polynice, [...] ce n’est qu’une histoire de politique. »
è La conséquence : « Alors, aie pitié de moi [...] . »
è Le but : « [...] pour que les brutes que je gouverne comprennent  [...] »

B Le vocabulaire de l’argumentation

Complète le texte ci-dessous à l’aide des mots suivants : dénoncer – justifier – réfuter
– convaincre – raisonnement – démontrer – adhérer – persuader. (N’hésite pas à te servir
d’un dictionnaire et n’oublie pas de conjuguer les verbes ni de faire les accords).
Créon tente de faire comprendre son ______________ à Antigone afin de la faire
__________ à son point de vue. Il commence par ___________ l’argument religieux
de la jeune fille, en lui ___________ l’absurdité des rites funéraires. Puis il essaie
de la _________ et ___________ sa décision par des raisons politiques. Enfin, il
cherche à la ___________ en ____________ le comportement indigne de son frère.
Vérifie tes réponses et poursuis ton travail.

C Une scène de conflit : liberté et politique


1- a) Créon avait-il envie d’être roi ? Pourquoi a-t-il accepté cette fonction ?
b) Relis les lignes 34, 44, 45. Quelle image donne-t-il de son rôle de roi ?
c) « […]  j’ai peur d’être obligé de te faire tuer si tu t’obstines. Et je ne le voudrais pas. »
(l. 72 à 74, p. 79)
Quelle contradiction cette réplique souligne-t-elle chez Créon ?
d) De quoi sa fonction de roi le prive-t-elle ?
e) Créon est-il satisfait de son rôle ? Justifie ta réponse par une citation entre les lignes
158 et 174 (page 84).
2- a) « Moi, je peux dire « non » encore à tout ce que je n’aime pas […] » (l. 50-51 p. 78) :
qu’affirme Antigone dans ce passage ?
b) Relève dans la suite du texte (p. 79-80) une autre expression qui montre que la jeune
femme n’est pas soumise aux mêmes contraintes que Créon.

40 — © Cned, Français 3e
séance 2 — Séquence 8

c) Relis les lignes 46 à 55 (p. 78) et 85 à 88 (p. 80). Quel sens a le mot « avec » dans ces
deux répliques d’Antigone ?
Complète maintenant le tableau suivant :

Créon Antigone
- votre couronne - mes ongles cassés
- -
- -
è « vous pouvez seulement me faire mourir » è « moi, je suis reine »
d) En quoi ces images sont-elles paradoxales (= contraires à ce que l’on attend) ?
e) Dans les paroles d’Antigone « Vous avez dit «oui». » (l. 94, p. 81) et « Je suis là pour
vous dire non […] » (l. 132, p. 82), que signifient les expressions soulignées ?
f) Selon toi, Antigone domine-t-elle Créon ? Comment se comporte-t-elle avec lui ?
Justifie ta réponse.

Consulte maintenant le livret des corrigés afin de vérifier tes réponses. Tu continueras ton travail
ensuite.

D Vocabulaire : autour du mot politique


1- - « Qu’est-ce que vous voulez que cela me fasse, à moi, votre politique […] ? »
- Créon est devenu, sans l’avoir voulu, un homme politique.
a) Quelle est la classe grammaticale du mot politique dans ces deux phrases ?
b) Quel adverbe de manière peut-on former à partir du mot politique ?
2- Le mot politique vient du grec polis qui signifie « cité ». Associe chacun des mots suivants
formés sur la racine grecque poli/pole à la définition qui lui correspond : politicien –
nécropole – métropole – politique – mégalopole
a) Très grande agglomération urbaine : _______________
b) Vaste cimetière dans l’Antiquité : ________________
c) Art et pratique du gouvernement des sociétés humaines : _______________
d) Personne qui exerce une activité politique : _______________
e) État considéré par rapport à ses colonies, à ses territoires extérieurs : ____________

Compare tes réponses avec celles contenues dans le corrigé avant de terminer le travail de la séance.

E Expression écrite
Pour conclure cette séance, tu vas faire un petit exercice d’écriture.
Imagine qu’Eurydice, cachée dans un coin de la pièce, a entendu la conversation entre
Créon et Antigone. Une fois seule avec son mari, elle tente de le convaincre de sauver
Antigone en employant différents types d’arguments. Écris ce dialogue sous la forme d’un
texte théâtral d’une quinzaine de lignes.

© Cned, Français 3e — 41
Séquence 8 — séance 2

Pour réussir cet exercice tu dois :


- Proposer des arguments logiques pour convaincre Créon
- Proposer des arguments qui s’adressent aux sentiments pour émouvoir Créon
- Faire appel à ta connaissance des personnages et de leur situation
- Adopter la présentation d’un texte théâtral
- Proposer quelques didascalies que tu souligneras (portant sur le ton des paroles et
l’attitude des personnages)
Vérifier l’orthographe, les accords sujet/verbe et la ponctuation.

Fais d’abord cet exercice sur ta feuille de brouillon. Vérifie ensuite que tu as bien respecté les
consignes en complétant le tableau ci-dessous.

Je vérifie que … Fait


J’ai proposé des arguments logiques pour convaincre Créon.
J’ai proposé des arguments qui font appel aux sentiments, pour
émouvoir Créon.
J‘ai utilisé ma connaissance des personnages et de leur situation.
J’ai adopté la présentation d’un texte théâtral.
J’ai écrit quelques didascalies (portant sur le ton des paroles et
l’attitude des personnages).
J’ai vérifié l’orthographe, les accords sujet/verbe et la ponctuation.

Si toutes les consignes ont été respectées, recopie ton dialogue de théâtre sur ton cahier. Lis ensuite
dans le corrigé un exemple de ce qu’il était possible d’écrire.

42 — © Cned, Français 3e
séance 3 — Séquence 8

Séance 3
Repérer un tournant dans la pièce
Antigone face à Créon (3)
Durée approximative : 1h30

Créon vient de raconter à Antigone la véritable histoire d’Étéocle et de Polynice. Polynice n’était
qu’un petit voyou qui avait levé le poing sur son père. De plus, leurs cadavres étaient tellement
méconnaissables que Créon est incapable de dire lequel des deux a eu droit à un tombeau de
marbre. Cette fois, Antigone est ébranlée. Pour la première fois depuis le début de sa confrontation
à Créon, elle semble prête à renoncer à son projet. Dans cette séance, tu verras comment la pièce
peut basculer à partir d’un simple mot. Tu étudieras également deux conceptions opposées du
bonheur et de la vie.

Prends maintenant ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les.
Fais ensuite le travail demandé.

Numérote et lis le texte des pages 90 à 99, de la réplique d’Antigone « Pourquoi m’avez-vous
raconté cela ? » (qui sera la ligne 1) à « Enfin, Créon ! » (qui sera la ligne 170).
Ensuite réponds aux questions.

A Étudier un tournant dans la pièce


1- a) Dans la première partie de l’extrait, quels conseils Créon donne-t-il à Antigone ?
b) Antigone paraît-elle désormais convaincue par son oncle ? Justifie ta réponse en
étudiant la longueur et le contenu de ses répliques dans les treize premières lignes de
l’extrait (pp. 90-91, avant la longue réplique de Créon).
c) Dans quel état est-elle désormais ?
2- a) Dans la réplique des lignes 14 à 40 (pp. 91-92) qui commence par « Rien d’autre ne
compte. », quel mot de Créon va faire réagir Antigone ? Tu indiqueras le numéro de la
ligne dans laquelle ce mot apparaît pour la première fois.
b) À partir de la ligne 43 (p. 92), qui dirige le dialogue ? Tu justifieras ta réponse en
observant la longueur des répliques des deux personnages.
c) Relis les didascalies se rapportant à Créon à partir de la ligne 50. Comment se traduit
son impuissance face à l’attitude d’Antigone ?
d) Dans la réplique d’Antigone des lignes 72 à 81 (p. 94), qui commence par « Si, je sais
ce que je dis […] », quel changement intervient dans la façon dont Antigone s’adresse
à Créon ? (Observe les pronoms personnels employés.) Que traduit ce changement ?
e) Quel sentiment exprime les dernières phrases d’Antigone ? (l. 76 à 81, p. 94).
Relève une didascalie qui le confirme.

Tu peux maintenant vérifier tes réponses dans le livret de corrigés.

© Cned, Français 3e — 43
Séquence 8 — séance 3

B Deux conceptions opposées du bonheur et de la vie


1- a) Dans les lignes 32 à 40, page 92, (« Rien n’est vrai […] le bonheur ! »), relève les
images employées par Créon pour décrire la vie.

b) Quel type de phrase Antigone utilise-t-elle dans la réplique des lignes 43 à 50, page 92 ?

c) Quel sentiment traduit l’emploi de ce type de phrase ?

d) Dans cette réplique, à quelle personne Antigone parle-t-elle d’elle-même ?


Comment peux-tu expliquer ce choix ?

e) Donne quatre exemples de « pauvretés » qu’Antigone se refuse à faire pour assurer son
bonheur. Tu trouveras les réponses entre les lignes 43 et 50.

f) Quel synonyme pourrait-on proposer pour le mot « pauvretés » ?

2- a) D’après sa réplique des lignes 59 à 70 (p. 93), quelles sont les quatre qualités
qu’Antigone attend d’Hémon ?

b) Quel changement craint-elle chez son fiancé ?

c) Dans la réplique des lignes 72 à 81 (p. 94), de quel « royaume » Antigone parle-t-elle ?

d) Selon la jeune fille, par quels signes se traduit la vieillesse de Créon ?

e) En t’appuyant sur tes réponses précédentes, montre que le conflit entre Créon et
Antigone est aussi un conflit de générations (la jeunesse contre la vieillesse).

3- « tu es en train de défendre ton bonheur […] comme un os » (l. 87-88)

« On dirait des chiens qui lèchent tout ce qu’ils trouvent. » (l. 92-93)

a) Comment se nomme la figure de style employée dans ces deux expressions ?

b) Quel sentiment d’Antigone pour Créon ces images traduisent-elles ?

c) Antigone peut-elle se contenter du bonheur tel que le conçoit Créon ?


Justifie ta réponse en citant une phrase prise dans la réplique de la ligne 90 à 101
(« Vous me dégoûtez […] ou mourir. »), pp. 94-95.

d) Quels traits de caractère les propos d’Antigone révèlent-ils ?

Compare maintenant tes réponses avec celles contenues dans le livret de corrigés puis lis et
mémorise le « Je retiens » qui suit.

j e retiens Deux conceptions opposées du bonheur et de la vie.


Il aura suffi à Créon de prononcer le mot « bonheur » pour rendre à Antigone sa
détermination. Deux conceptions du bonheur et de la vie s’opposent ici. Le bonheur que
propose Créon se construit sur un fond d’égoïsme, de mensonges et de compromissions.
Antigone aspire à un idéal de pureté et d’absolu. Elle rejette le bonheur dérisoire que lui
propose Créon. Mais c’est aussi la vieillesse et le changement qu’elle refuse.

44 — © Cned, Français 3e
séance 3 — Séquence 8

C Comprendre le rôle des didascalies


1- a) Relève les didascalies de la ligne 40 (p. 92) à la ligne 171 (p. 99) et classe-les dans le
tableau suivant que tu recopieras.

Intonation / voix Attitude Geste Déplacement

b) Parmi les didascalies que tu as relevées, quelles sont celles qui nous renseignent sur les
sentiments éprouvés par les personnages ?
c) Comment les didascalies permettent-elles d’identifier les différentes scènes de la
pièce ?
2- Observe l’attitude de Créon dans l’image ci-dessous et écris une didascalie qui lui
correspond.

Antigone, 1944, théâtre de l’Atelier, Paris


© Studio Lipnitzki / Roger-Viollet

Vérifie tes réponses dans le corrigé puis lis et mémorise le « Je retiens » ci-dessous.

j e retiens Le rôle des didascalies.


Les didascalies sont des indications scéniques portant sur le nom des personnages qui
parlent, le décor et les costumes, le ton des répliques, les gestes des comédiens et leurs
attitudes. Elles ne sont pas destinées à être dites et sont généralement en italique.
è Dans une pièce qui n’est pas divisée en actes et en scènes, les didascalies indiquant
l’entrée et la sortie des personnages sur la scène permettent de retrouver ces divisions
classiques. C’est le cas dans cette pièce de Jean Anouilh.

© Cned, Français 3e — 45
Séquence 8 — séance 3

D Orthographe : distinguer qu’elle(s) et quel(le)(s)


1- « Quel sera-t-il, mon bonheur ? Quelle femme heureuse deviendra-t-elle, la petite
Antigone ? Quelles pauvretés faudra-t-il qu’elle fasse elle aussi ? »
a) Parmi les homophones grammaticaux soulignés, quel est l’intrus ? Pourquoi ?
b) Encadre le nom auquel se rapporte chacun des trois premiers mots soulignés. Que
remarques-tu ?
c) Dans quel type de phrase ces homophones sont-ils employés ici ?

Compare tes réponses avec celles du corrigé puis lis et recopie le « Je retiens » qui suit afin de le
mémoriser.

j e retiens Qu’elle(s) et quel(le)(s).


• Quel(le)(s) : déterminant interrogatif ou exclamatif / pronom interrogatif qui s’accorde
en genre et en nombre avec le nom auquel il se rapporte :
Ex : Quel personnage préfères-tu ?
• Qu’elle(s) : contraction de la conjonction de subordination que ou du pronom relatif
que + elle(s) :
Ex : Antigone sait qu’elle va bientôt mourir.

Entraîne-toi en effectuant l’exercice suivant.


2- Complète les phrases suivantes par quel(le)(s) ou qu’elle(s) en accordant si nécessaire.
a) Créon ne sait plus _____ argument utiliser.
b) Antigone, ________ femme courageuse !
c) Ismène voudrait ________ renonce à son projet.
d) Dans __________ souffrances la mort de sa sœur va la précipiter !
e) ____ est le personnage le plus sympathique de la pièce ?

Vérifie maintenant tes réponses avant de passer à la séance 4.

Tu liras dans ton édition d’Antigone les pages 99 à 105, jusqu’à la didascalie « Il est sorti en
courant. », afin de préparer la séance suivante.

46 — © Cned, Français 3e
séance 4 — Séquence 8

Séance 4
Analyser la relation Créon / Hémon

Durée approximative : 1h

À la fin de la confrontation entre Créon et Antigone, Ismène entre sur scène et annonce qu’elle
veut partager le sort de sa sœur. Antigone refuse. Poussé à bout et insulté, Créon appelle ses gardes
qui emmènent Antigone. Le personnage du chœur, dont tu analyseras le rôle dans la séance 6,
entre alors sur scène. Il vient faire des reproches à Créon, lorsque surgit Hémon. Dans cette séance,
tu analyseras la relation complexe qu’entretiennent Créon et son fils.

Prends maintenant ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les.
Fais ensuite le travail demandé.

Numérote de 5 en 5 et lis le texte des pages 100 à 105, de la réplique de Hémon « Père ! »
(qui sera la ligne 1) à la réplique de Hémon « Antigone ! Antigone ! Au secours ! ».

Réponds aux questions suivantes afin de vérifier que tu as bien compris ce texte.

A L’expression de l’impuissance tragique


1- a) Que vient demander Hémon à son père ?

b) « J’ai tout essayé pour la sauver […] » (l. 4, p. 101) : es-tu d’accord avec cette
déclaration de Créon ? Justifie ta réponse.

c) En quoi, selon Créon, Antigone est-elle responsable de cet échec ?

d) Relève, dans les lignes 10 à 22 (pp. 101-102), trois raisons invoquées par Créon pour
ne pas sauver Antigone.

e) Dans la phrase de Créon « Ils diront que ce n’est pas vrai. » (l. 16), à qui renvoie le
pronom personnel « ils » ?

f) Quelle influence ces personnages ont-ils sur la décision de Créon ?

2- a) Dans l’échange entre Créon et le chœur (l.14 à 22), relève l’expression qui est répétée
par Créon.

b) Quel effet produit cette répétition ?

c) « Je suis le maître avant la loi. Plus après. » (l. 24, p. 102) : que veut dire Créon par ces
phrases ?

Vérifie tes réponses dans le livret de corrigés avant de poursuivre ton travail.

© Cned, Français 3e — 47
Séquence 8 — séance 4

B Analyser la relation père-fils


1- a) Observe les verbes employés dans les trois premières répliques (lignes 1 à 7).
Quel mode verbal traduit la tension entre Hémon et Créon ?

b) Classe les didascalies suivantes dans le tableau, selon qu’elles se rapportent à Créon
ou à Hémon : court à lui, l’embrasse / le détache de lui / le tient plus fort / se jetant dans ses
bras /s’arrache de ses bras / crie, tentant de s’arracher à son étreinte.

Début de l’extrait Fin de l’extrait


Créon • •

Hémon • •

c) Quelle évolution peux-tu remarquer dans l’attitude des deux personnages, entre le
début et la fin de l’extrait ?

2- a) À la fin de l’extrait, quelle représentation Hémon se fait-il du pouvoir de son père ?


Relève une expression à l’appui de ta réponse.

b) Relève, dans la réplique des lignes 48 à 53, pp. 103-104 (« Cette grande force […] tu
crois ? »), les expressions employées par Hémon pour désigner son père.

c) Dans la réplique des lignes 60 à 67, p. 104 (« Père, ce n’est pas vrai ! […] si je ne peux
plus t’admirer. »), quel sentiment Hémon souhaite-t-il continuer à ressentir pour son
père ?

3- a) Relève les expressions par lesquelles Créon désigne Hémon aux lignes 2 et 41.
Que révèlent-elles sur la manière dont Créon considère encore Hémon ?

b) Relis la réplique de Créon lignes 27 à 29 (p. 102) : de quelle qualité Hémon doit-il
maintenant faire preuve selon son père ?

c) En quoi consiste pour Créon le fait de « devenir un homme » (l. 70, p. 105) ?

d) Selon toi, Hémon se montre-t-il courageux à la fin de cette scène ? Justifie ta réponse
en t’appuyant notamment sur sa dernière réplique (l. 72, p. 105).

Tu peux maintenant comparer tes réponses avec celles contenues dans le corrigé.

D Exercice de réécriture
Réécris le passage « Et te voilà, devant moi avec ces larmes… » à « ce sera fini. » (l. 39 à
44, page 103) en remplaçant la 2e personne du singulier par la 2e personne du pluriel.

Vérifie tes réponses avant de passer à la séance suivante.

Pour préparer la séance 5, prends ton édition d’Antigone et lis les pages 105 à 117, jusqu’à la
didascalie se terminant par « Ils sortent tous. »

48 — © Cned, Français 3e
séance 5 — Séquence 8

Séance 5
Comprendre l’enjeu d’une scène : Antigone et le garde

Durée approximative : 2h

Aux reproches du chœur et aux supplications de son fils, Créon a répondu qu’il n’y avait rien à
faire et qu’Antigone voulait mourir. Antigone se retrouve seule avec le garde, en attendant son
châtiment. Cette rencontre, qui n’existe pas chez Sophocle, a été inventée par Jean Anouilh.
Dans cette séance, tu découvriras l’enjeu de cette scène en étudiant le pathétique du personnage
d’Antigone, et un aspect du tragique moderne : l’art des contrastes. Tu travailleras également sur
les modalisateurs.

Prends maintenant ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les.
Fais ensuite le travail demandé.

Numérote de 5 en 5 et relis attentivement le texte des pages 110 à 116, de « Tu crois qu’on a mal
pour mourir ? » jusqu’à « Oui, c’est tout ».

Pour vérifier ta bonne compréhension de la scène, réponds maintenant aux questions qui suivent.

A Un face à face inhabituel


1- a) En quoi le garde est-il un interlocuteur différent des autres pour Antigone ?
b) Relis les deux premières répliques d’Antigone (lignes 1 et 6). Quel sentiment
traduisent-elles ?
c) Relis les deux premières répliques du garde (l. 2 à 5 et l. 7 à 9). Est-il touché par la
situation d’Antigone ? Justifie ta réponse.
2- a) Quel service Antigone lui demande-t-elle (pp. 112-113) ?
b) Le garde accepte-t-il immédiatement ? Pourquoi ?
c) Comment parvient-elle à le convaincre ?
d) Quelle condition le garde met-il avant d’accepter de lui rendre ce service ?
e) À partir de la page 114, pourquoi certaines répliques du garde sont-elles entre
guillemets ?
3- a) Concentre-toi sur les répliques du garde, aux lignes 2 à 5 (p. 111), 40 (p. 113) et 42 à
48 (p. 113). Quelles sont ses préoccupations ?
b) À quelle activité se livre-t-il au début de la scène ? Relève la didascalie qui l’indique.
c) Cette activité te semble-t-elle familière ou noble ?
d) Voici une série d’adjectifs qualificatifs. Encadre ceux qui peuvent caractériser le
personnage du garde.
Amical – indifférent – égoïste – serviable – sensible – avide – grossier – courageux – peureux.

© Cned, Français 3e — 49
Séquence 8 — séance 5

Vérifie maintenant tes réponses en consultant le livret de corrigés puis poursuis ton travail.

B Antigone : un personnage pathétique


1- a) « Elle est toute petite au milieu de la grande pièce nue. On dirait qu’elle a un peu froid.
Elle s’entoure de ses bras. Elle murmure. » (l. 13 à 15, p. 111). Quels aspects du personnage
d’Antigone cette didascalie met-elle en valeur ?
b) « Ô lit nuptial ! » (l. 12) : quelle figure de style est employée dans cette expression
pour désigner le lieu où Antigone sera enterrée vivante ? À quoi la mort d’Antigone est-
elle ainsi associée ?
c) Quelle dimension la citation de Sophocle, aux lignes 12-13, donne-t-elle au
personnage ?
d) Comment peut-on expliquer l’expression qu’Antigone emploie aux lignes 49-50
(p. 114) : « C’est trop laid, tout cela, tout est trop laid. » ?
2- Concentre-toi sur le contenu de la lettre d’Antigone (pp. 114-116).
a) Relie à chaque sentiment exprimé l’expression qui lui convient.

La peur • • « Je t’aime … »


« Je le comprends seulement maintenant
Le doute • •
combien c’était simple de vivre … »
L’amour • • « Je ne sais plus pourquoi je meurs. »
Le regret • • « c’est terrible maintenant […] J’ai peur … »

b) Lequel de ces sentiments Antigone fait-elle disparaître dans la version définitive de la


lettre ?
c) Selon toi, pourquoi n’exprime-t-elle pas ce sentiment ?
d) Antigone est-elle toujours aussi certaine d’avoir fait le bon choix ? Relève deux
expressions qui le montrent.
e) Quelle impression cette lettre peut-elle produire sur le spectateur ? Justifie ta réponse.

Tu peux maintenant comparer tes réponses avec celles du corrigé. Ensuite, recopie et apprends le
« Je retiens » qui suit.

j e retiens Le pathétique du héros tragique.


Le pathétique est l’expression de ce qui est propre à émouvoir vivement, à susciter la pitié
ou la compassion.
Le héros tragique est un être marqué par le malheur. Luttant contre des forces qui le
dépassent, il doit inspirer au spectateur de la terreur et de la pitié. Le héros tragique est
déchiré par une décision qu’il doit prendre et qui le conduit vers sa perte. La situation
exceptionnelle dans laquelle il se trouve le place dans une solitude radicale. Le monde qui
l’entoure ne le comprend pas.
C’est bien le cas ici de la figure d’Antigone qui suscite la compassion du spectateur, dans
une scène qui met en évidence l’isolement de l’héroïne à l’heure de sa mort.

50 — © Cned, Français 3e
séance 5 — Séquence 8

C Le tragique moderne : l’art des contrastes


1- a) « Un silence. Le Garde se fait une chique. » (p. 111). Dans cette didascalie, quel effet
produit le rapprochement de ces deux énoncés ?
b) Relis les répliques du garde aux lignes 55 (p. 114), 67-69 et 71-72 (p. 115).
Ces répliques te semblent-elles appropriées à la gravité de la situation d’Antigone ?
Justifie ta réponse.
c) D’après tes réponses précédentes, pourquoi peut-on dire que la solitude d’Antigone
est accentuée par cette scène ?
2- Observe les didascalies se rapportant au garde de la ligne 51 à la fin de l’extrait.
a) Quel adjectif est employé pour qualifier sa voix lorsqu’il relit ce qu’il a écrit ?
b) Cette voix correspond-elle au message d’Antigone qu’il répète ?
c) Quels gestes ou attitudes du garde évoquent un élève pendant une dictée ?
d) À quel genre théâtral ce personnage du garde pourrait-il appartenir ?

Vérifie tes réponses dans le corrigé, puis recopie et mémorise le « Je retiens » qui suit.

j e retiens Le tragique moderne : l’art des contrastes.


Le tragique moderne se caractérise par le mélange des registres. Le personnage burlesque
du garde, sorti tout droit de la comédie, avec sa grossièreté et sa lourdeur, offre un
contrepoint comique au pathétique de la situation. Sa présence renforce par contraste la
solitude tragique du personnage d’Antigone.

D Les modalisateurs
1- Phrase 1 : « Je crois que j’ai entendu dire […] qu’ils allaient vous murer dans un trou. »
Phrase 2 : « C’est trop laid, tout cela, tout est trop laid. »
Phrase 3 : « J’ai peur que nous n’ayons plus le temps… »
a) Dans quelle phrase le locuteur exprime-t-il un jugement de valeur, un doute,
un sentiment ?
b) Souligne dans chaque phrase les indices qui t’ont permis de répondre.

Compare tes réponses avec celles contenues dans le livret de corrigés puis lis et recopie le
« Je retiens » suivant afin de le mémoriser.

© Cned, Français 3e — 51
Séquence 8 — séance 5

j e retiens La modalisation.
• Un énoncé peut être objectif (neutre) et faire un simple constat, ou subjectif et traduire
un point de vue :
Ex. : Antigone est une jeune femme. (constat objectif)
Antigone est une jeune femme admirablement courageuse. (point de vue subjectif)
• La modalisation consiste à introduire une part de subjectivité dans ce que l’on dit en
exprimant un sentiment de doute ou de certitude par rapport à ce que l’on dit, ou un
jugement de valeur. Pour cela, on utilise des modalisateurs.
è Le doute peut être exprimé par des adverbes (peut-être, sans doute…), des verbes comme
sembler, paraître, devoir, par le conditionnel.
Ex. : Antigone aurait été arrêtée par les gardes. Elle sera sans doute conduite devant Créon.
è La certitude peut être exprimée par des adverbes (certainement…), des verbes comme
assurer, certifier.
Ex. : Je vous assure qu’Antigone a été arrêtée par les gardes.
è Le jugement de valeur peut être :
- un jugement péjoratif : exprimé par un lexique péjoratif, des adverbes, ou des figures de
style.
Ex. : « C’est trop laid, tout cela. »
- Un jugement mélioratif : exprimé par un lexique mélioratif, des adjectifs au superlatif,
des adverbes, ou des figures de style qui mettent en valeur une personne ou une action.
Ex. : Antigone est la meilleure pièce de Jean Anouilh.

Entraîne-toi en effectuant l’exercice qui suit.

2- Souligne les modalisateurs dans les phrases suivantes.

a) Malheureusement, Antigone n’a pas échappé à son destin.

b) Il est possible que Créon regrette à tout jamais sa décision.

c) Le garde est un personnage égoïste et grossier.

d) Antigone est une héroïne très attachante.

e) Je peux vous assurer que j’ai lu d’une traite cette pièce passionnante.

Vérifie maintenant tes réponses avant de poursuivre ton travail.

E Expression écrite

Pour conclure cette séance, tu vas faire un petit exercice d’écriture.


Tu vas réécrire cette scène d’un autre point de vue. Le garde rentre chez lui le soir et
raconte à sa femme la scène à laquelle il a assisté. Il expliquera par exemple comment
Antigone lui a dicté une lettre. Tu écriras cette scène sous la forme d’un texte théâtral
d’une quinzaine de lignes, en utilisant des didascalies.

52 — © Cned, Français 3e
séance 5 — Séquence 8

Pour réussir cet exercice tu dois :


- Inventer les répliques du garde rapportant la scène avec Antigone
- Imaginer les réactions de la femme du garde
- Adopter la présentation d’un texte théâtral
- Respecter ce que tu sais du caractère du garde (exemple : son indifférence)
- Proposer quelques didascalies que tu souligneras (portant sur le ton des paroles et
l’attitude des personnages)
- Vérifier l’orthographe, les accords sujet/verbe et la ponctuation.
Fais d’abord cet exercice sur ta feuille de brouillon. Vérifie ensuite que tu as bien respecté les
consignes en complétant le tableau ci-dessous.

Je vérifie que … Fait


J’ai inventé les répliques du garde rapportant la scène avec Antigone.
J’ai imaginé les réactions de la femme du garde.
J’ai adopté la présentation d’un texte théâtral.
J’ai respecté ce que je sais du caractère du garde.
J’ai proposé quelques didascalies (portant sur le ton des paroles et
l’attitude des personnages).
J’ai vérifié l’orthographe, les accords sujet/verbe et la ponctuation.
Si toutes les consignes ont été respectées, recopie ton dialogue de théâtre sur ton cahier. Lis ensuite
dans le corrigé un exemple de ce qu’il était possible d’écrire.

Pour préparer la prochaine séance, achève ta lecture de la pièce.

© Cned, Français 3e — 53
Séquence 8 — séance 6

Séance 6
Étudier une fin pathétique

Durée approximative : 1h30

Après avoir dicté sa lettre d’adieu à Hémon, Antigone a été emmenée par les autres gardes. Nous
ne la verrons plus. C’est alors qu’arrivent le chœur et le messager. Le piège s’est refermé sur tous
les personnages et l’annonce du Prologue se réalise. Dans cette séance, tu étudieras le dénouement
pathétique de la pièce à travers le récit du messager et les interventions du chœur.

Prends maintenant ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les.
Fais ensuite le travail demandé.

Relis maintenant le texte, de la page 117 « Le Chœur entre soudain. Là ! C’est fini pour
Antigone. » jusqu’à la page 123, au milieu de la réplique du chœur « […] Morts pareils, tous,
bien raides, bien inutiles, bien pourris  […] ». Numérote bien les lignes de 5 en 5.

Maintenant que tu as bien lu ce texte, réponds aux questions ci-dessous.

A Une fin pathétique


1- a) Trois personnages meurent à la fin de la pièce. Qui annonce leur mort ?

• Mort d’Antigone
Le chœur •
• Mort de Hémon
Le messager •
• Mort d’Eurydice

b) Comment sont morts ces trois personnages ?

Antigone • • En se coupant la gorge


Hémon • • En se pendant
Eurydice • • En se plongeant une épée dans le
ventre

c) Quel est le point commun à ces trois morts ?

d) Relève dans l’extrait que tu as numéroté deux expressions désignant le sang répandu
près des victimes.

e) Pourquoi ces trois morts ne sont-elles pas représentées sur la scène de théâtre ?

54 — © Cned, Français 3e
séance 6 — Séquence 8

2- a) Quel objet Antigone a-t-elle utilisé pour mourir ?


b) En quoi cet objet évoque-t-il la part d’Antigone liée au monde de l’enfance ?
c) Dans la réplique du messager, lignes 30 à 38 p. 119 (« Hémon ne l’entend pas […]
comme la lame. »), relève deux expressions qui soulignent l’aspect enfantin d’Hémon. 
d) Selon toi, pourquoi l’auteur emploie-t-il ces références à l’enfance pour présenter les
deux personnages ? Quel sentiment cherche-t-il à provoquer chez le spectateur ?
3- a) Relis la réplique de Créon des lignes 44 à 48 (p. 119). Dans quelle attitude les deux
amants sont-ils désormais, ainsi « reposés », « si calmes » ?
b) À la fin de la réplique du chœur (l. 58 à 73), quelle impression donne Eurydice,
couchée dans son lit ?
c) Précise maintenant à quoi est comparée la mort à la fin de cette pièce. Relève dans
une des répliques de Créon (p. 121) deux expressions à l’appui de ta réponse.
d) Quel est l’effet produit sur le spectateur (et le lecteur) par cette comparaison ?
4- a) Relis la dernière réplique du chœur (l. 77). Dans quelle situation se trouve Créon ?
b) Comment peux-tu expliquer la phrase que le roi adresse à son page : « Il faudrait ne
jamais devenir grand. » (l. 91-92)
c) D’après tes réponses précédentes, quels sont les deux points communs entre Créon et
Antigone à la fin de la pièce ?

Tu peux maintenant vérifier toutes tes réponses dans le corrigé avant de lire et de mémoriser le
« Je retiens » suivant.

j e retiens Une fin pathétique.


La pièce se termine par l’annonce des trois morts prévues dès le discours du Prologue.
Plusieurs éléments construisent le pathétique de ce dénouement : les trois morts sont
des suicides, Antigone et Hémon sont présentés comme liés au monde de l’enfance,
ce qui rend plus cruelle encore leur disparition. Créon se retrouve désormais seul,
mais étonnamment calme. L’image du sommeil employée pour décrire la mort traduit
l’apaisement qui suit l’accomplissement – prévu, de la tragédie.

B Le récit du messager
1- a) Délimite le récit du messager en indiquant les numéros des lignes.
b) Quelle particularité grammaticale possède la première phrase de ce récit ?
Quel effet cela produit-il ?
c) À quel temps sont conjugués la plupart des verbes employés pour raconter les faits ?
Quelle est ici la valeur de ce temps ?
d) Qu’apporte l’emploi de ce temps au récit du messager ?

© Cned, Français 3e — 55
Séquence 8 — séance 6

2- a) Observe l’enchaînement des actions et le rythme du récit. Ce rythme te semble-t-il lent


ou rapide ? Justifie ta réponse.
b) Comment la présence d’Hémon dans le tombeau se manifeste-t-elle d’abord ?
c) Pendant la confrontation entre Créon et Hémon, les deux personnages parlent-ils ?
Justifie ta réponse.
d) Montre l’importance du regard à ce moment-là en relevant tous les termes qui s’y
rapportent.
3- Relis les lignes 39 à 43, p. 119. Pourquoi peut-on dire que le récit du messager permet
l’accomplissement du dénouement ?

Vérifie maintenant tes réponses.

C Le rôle du chœur
1- a) Quel est le rôle de l’intervention du chœur dans la réplique des lignes 58 à 73, p. 120 ?
b) Dans les répliques des lignes 77 et 98 (pp. 121-122), à qui s’adresse le chœur ?
2- a) Le chœur fait-il partie des personnages de la pièce ? Comment peux-tu le montrer ?
b) En quoi possède-t-il un statut particulier ?

Consulte maintenant les réponses dans le livret de corrigés puis lis et mémorise le « Je retiens » qui
suit.

j e retiens Le chœur dans la tragédie.


Dans l’Antiquité grecque, le chœur est un personnage collectif constitué de quinze
choristes qui chantent et dansent. Présent dès le début de la pièce, le chœur s’adresse au
public pour présenter les personnages de la tragédie. Il intervient ensuite pour commenter
l’action. Le personnage du Prologue, rencontré au début de la pièce, est aussi l’un des
visages du chœur.
Dans la tragédie contemporaine, il devient un personnage unique et singulier. Il reste le fil
conducteur qui présente les personnages, questionne, commente l’action ou porte des
jugements.

D Vocabulaire : autour du mot chœur


Le mot chœur vient du grec khoros qui désigne la danse et le lieu où l’on danse. Complète
les phrases qui suivent à l’aide des mots issus du radical khor- : choriste – chorégraphe –
chorale – chorégraphie.
1- Je me suis inscrit pour chanter dans la ____________ de mon établissement.
2- Pour régler la précision de ce ballet, le _______________ a fait un travail remarquable.
3- Depuis que sa voix a changé, il n’est plus un aussi bon ____________.
4- Dans ce spectacle de danse, les costumes et la _______________ sont éblouissants.

Tu peux vérifier tes réponses dans le livret de corrigé, avant de poursuivre ton travail.

56 — © Cned, Français 3e
séance 6 — Séquence 8

E Exercice de réécriture
Réécris la fin du récit du messager « Puis soudain il se dresse […] l’embrassant dans une
immense flaque rouge. » (l. 30 à 43, p. 119) en conjuguant les verbes au passé simple
comme temps dominant.
Compare maintenant tes réponses avec celles du corrigé.

© Cned, Français 3e — 57
Séquence 8 — séance 7

Séance 7
Analyser les caractéristiques de la tragédie selon Jean Anouilh

Durée approximative : 1h

Pour terminer cette séquence consacrée à Antigone, tu vas analyser les caractéristiques de la
tragédie selon Jean Anouilh. Tu vas lire un monologue prononcé par le chœur au milieu de la
pièce et qui constitue un discours sur la tragédie. Tu travailleras également sur le vocabulaire lié à
l’univers tragique.

Prends maintenant ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les.
Fais ensuite le travail demandé.

Lis attentivement le texte, et écoutes-en le début à la piste 18 de ton CD.

Pour des raisons liées au respect du droit d’auteur, le texte n’est pas reproduit ici. Il s’agit des pages
53 à 54 de la pièce Antigone de Jean Anouilh (Éditions de la Table Ronde, 1946), de « Et voilà.
Maintenant le ressort est bandé » à « Et il n’y a plus rien à tenter, enfin ! ».

A Un discours moderne sur la tragédie

1- Retrouve dans ton édition d’Antigone ce passage situé aux pages 53 à 55.

a) Dans quelle situation se trouve Antigone à ce moment-là ? Tu peux t’appuyer sur la


didascalie qui suit immédiatement le monologue du chœur : Antigone est entrée, poussée
par les Gardes. (p. 55)

b) Pendant cette intervention du chœur, l’action s’arrête-t-elle ou continue-t-elle ? Justifie


ta réponse.

c) Pourquoi peut-on dire que ce discours du chœur intervient à un moment stratégique


de la pièce ?

2- a) Repère un anachronisme* dans le premier paragraphe du monologue.

b) « le petit coup de pouce », « Cela roule tout seul », « à gueuler » : à quel niveau de
langage appartiennent ces expressions ? 

c) De qui le chœur se fait-il le porte-parole ?

3- a) Relève dans le premier paragraphe du monologue les expressions qui assimilent le


fonctionnement de la tragédie à un mécanisme implacable.

b) Relève les trois adjectifs employés au début du second paragraphe pour qualifier la
tragédie.

58 — © Cned, Français 3e
séance 7 — Séquence 8

c) Le chœur distingue la tragédie du drame. Attribue à chaque genre ses caractéristiques


en reliant les éléments suivants.

Déroulement implacable •
Coups de théâtre* • • Drame
Gratuit •
Utilitaire •
Présence d’espoir • • Tragédie
Absence d’espoir •

d) Quelles images expriment la solitude du héros tragique ?

e) « on n’a plus qu’à crier […] à gueuler à pleine voix ce qu’on avait à dire, qu’on n’avait
jamais dit et qu’on ne savait peut-être même pas encore » (l. 21-22) En quoi cette
particularité du héros tragique peut-elle s’appliquer à Antigone ? Tu développeras
ta réponse dans un petit paragraphe de quelques lignes et tu t’appuieras sur des
exemples précis.

Tu peux maintenant vérifier tes réponses avant de recopier et de mémoriser le « Je retiens » qui
suit.

j e retiens Le chœur dans la tragédie.


Le chœur est ici le porte-parole de l’auteur. La tragédie est présentée à l’aide d’images
empruntées au domaine mécanique : elle possède la simplicité et la nécessité d’un
mécanisme bien huilé, qu’un petit rien suffit à enclencher.
La tragédie est pure parce qu’elle est fatale. À la différence du drame, où l’on peut
espérer des rebondissements, la tragédie ne présente aucun espoir. C’est pourquoi elle est
« tranquille ». Les personnages n’ont plus qu’à découvrir leur vérité et à l’affirmer par des
actes qui les précipitent vers leur perte.

B Vocabulaire : autour du mot fatalité

Utilise le dictionnaire pour faire les exercices suivants :

1- Le nom fatalité vient du latin fatum, qui signifie « destin ». Complète les phrases ci-dessous
par les mots de la même famille proposés : fatalement – fatidique – fatal – fataliste.

a) La date ____________ de l’examen approche à grands pas.

b) Cet homme n’essaie même plus de réagir face aux difficultés, il est _______________.

c) L’alpiniste n’avait pas vérifié son harnais de sécurité ; cet oubli lui a été __________.

d) Sa conduite était de plus en plus dangereuse ; l’accident devait ____________ se


produire.

2- Encadre l’intrus dans la liste des adjectifs qualificatifs suivants :

Inéluctable – inévitable – salutaire - fatidique – implacable – inexorable

© Cned, Français 3e — 59
Séquence 8 — séance 7

3- Dans les phrases suivantes, remplace l’adjectif fatal par un des synonymes proposés :

inévitable – mortel – nuisible – décisif

a) À l’heure de l’instant fatal ( _________ ), tu ne peux plus te dérober, il faut agir !

b) Cette légère condamnation en justice pourrait être fatale ( ________ ) à sa carrière.

c) Malgré toute son expérience, il n’a pu survivre à sa chute fatale ( ________ ).

d) La fonte des glaces polaires est la conséquence fatale ( ____________ ) du

réchauffement climatique.

60 — © Cned, Français 3e
séance 8 — Séquence 8

Séance 8
Je m’évalue
Durée approximative : 1h

Comme à la fin de chaque séquence, tu vas faire un bilan de ce que tu as appris. Cela te permettra
de faire le point sur ce que tu dois savoir, et ce que tu dois être capable de faire pour le devoir.
Complète maintenant le tableau suivant. Tu peux bien sûr utiliser ton cours si tu as oublié quelque
chose. Quand tu auras fini, prends le corrigé afin de vérifier tes réponses. Il est très important que
ce tableau de synthèse ne comporte pas d’erreur.

Je connais Je suis capable de


 Les différents types d’arguments :  Citer quelques-uns des arguments employés
- Ceux qui s’adressent à la R__________ par Créon pour dissuader Antigone
et qui ont pour but de C__________. d’enterrer son frère :
- Ceux qui font appel aux S__________ et - ________________________________
qui ont pour but de P__________. - ________________________________
 Les homophones Quel(le)(s) et  Compléter les phrases suivantes par quel(le)
Qu’elle(s) (s) ou qu’elle(s) en accordant si nécessaire.
• _________ histoire terrible !
• Je sais _______ finira par comprendre
_______ sont ses erreurs.
• _______ version d’Antigone as-tu préférée ?
• J’ignore ce _______ avait en tête réellement.
 La modalisation qui consiste à  Souligner les modalisateurs dans les énoncés
introduire une part de S_____________ suivants :
dans un énoncé.
a) Antigone sera probablement murée dans un
On peut exprimer trou.
• un sentiment de : b) Vous devriez lire cette pièce passionnante.
- D__________ : peut-être c) Heureusement, tout cela n’est qu’une fiction.
- C___________ : je suis sûr d) Je suppose que la nourrice ne survivra pas à
la mort d’Antigone.
• Un jugement de V________ e) Créon est assurément un roi malheureux.
en employant des termes péjoratifs ou
M_____________.
 Les rôles du chœur dans la tragédie :  Proposer au moins trois mots de la même
P___________ les personnages famille que chœur :
C___________ l’action -
-
-
 Le vocabulaire autour des mots :  Citer des mots de la famille de loi, formés sur
les radicaux leg- ou loy- :
• Loi _______________________________________
_________________________
• Fatalité • Citer des mots de la famille de fatalité :
________________________________
 Les caractéristiques de la tragédie  Encadrer les adjectifs qui la définissent :
selon Jean Anouilh, telles qu’elles sont
exposées par le ________. Propre – pleine d’espoir – reposante
– utilitaire – minutieuse – mécanique –
hasardeuse- implacable

© Cned, Français 3e — 61
Sommaire
Séquence 9
Femme et société : représentations dans l’art
Durée approximative : 6 h 30

Séance 1 Images traditionnelles de la femme

Séance 2 Vent de révolte

Séance 3 Représentations de la femme et publicité

Séance 4 Femme et société de consommation

Séance 5 Je m’évalue

Socle commun
Durant cette séquence, tu auras l’occasion de développer tes connaissances et de travailler des items
des compétences ci-dessous.
Compétence 1 : La maîtrise de la langue française
- Rédiger un texte bref, cohérent et ponctué, en réponse à une question ou à partir de
consignes données.
- Procéder à des allers et retours dans un document ou dans un texte.
- Circuler du texte à l’image (relier une image avec un slogan, un message publicitaire ou un
texte).
- Exprimer, en un propos raisonné, un avis personnel face à une œuvre d’art.
Compétence 5 : La culture humaniste
- Établir des liens entre les œuvres littéraires et artistiques pour mieux les comprendre.
- Être sensible aux enjeux esthétiques et humains d’un texte littéraire.
- Avoir des connaissances et des repères relevant du temps : connaître les différentes
périodes de l’histoire de l’humanité, les grands traits de l’histoire (politique, sociale,
économique, littéraire, artistique, culturelle) de la France et de l’Europe.
- Faire preuve de sensibilité, d’esprit critique, de curiosité : Manifester sa curiosité pour
l’actualité et pour les activités culturelles ou artistiques.
- Comprendre l’importance du respect mutuel et accepter toutes les différences
(Reconnaître les situations de discrimination et lutter contre toutes ses formes : sexe,
origine, orientation sexuelle, apparence physique, handicap, convictions religieuses…).
Compétence 7 : L’autonomie et l’initiative
- Être autonome dans son travail : savoir l’organiser, le planifier, l’anticiper, rechercher et
sélectionner des informations utiles.

64 — © Cned, Français 3e
séance 1 — Séquence 9

Séance 1
Images traditionnelles de la femme
Durée : 1h30

Je peux lire, écouter et voir aussi

Si le thème t’intéresse tu peux compléter tes connaissances


en consultant les œuvres suivantes :
Films
Saint Cyr de Patricia Mazui
Coco Chanel d’Anne Fontaine
La Source des femmes De Radu Mihaileanu
Livres
Une jeune femme en colère de Taslima Nasreen
© Cned/ N. Julo
Si on me donne la parole : la vie d’une femme de la mine bolivienne
de Domitila Barrios de Chungara
La femme gelée d’Annie Ernaux
Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir
Les Femmes savantes de Molière
Chansons
La complainte du progrès de Boris Vian
La femme est l’avenir de l’homme de Jean Ferrat d’après un
poème d’Aragon

En fin d’année, tu auras une épreuve écrite d’histoire des arts. Dans cette séquence, nous te
proposons de t’entraîner autour du thème suivant : Femme et société : représentations dans
l’art. Tu étudieras en plus de textes littéraires des supports variés comme des tableaux, des affiches
publicitaires et des planches de bande-dessinée. Cette séquence te permettra ainsi de développer tes
compétences d’analyse et d’interprétation d’œuvres artistiques.

Dans cette séance, tu vas étudier les représentations traditionnelles de la femme.

Prends une nouvelle page dans ton cahier. En haut, note le numéro et le titre de la séquence en
rouge. Encadre-les.

Saute deux lignes, puis note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.

A Femme et maternité
1- Observe attentivement le tableau suivant. Puis, sans tenir compte du titre du tableau, dis
quelle est ta première impression face à l’œuvre de Pablo Picasso. Exprime brièvement ce
que cette œuvre évoque pour toi.

© Cned, Français 3e — 65
Séquence 9 — séance 1

Pablo Picasso, La maternité (1905).


© Succession Picasso

2- Comment les moyens techniques employés par le peintre participent-ils à l’émotion qui se
dégage de ce tableau ?
3- Compare cette œuvre avec celle de Georges de La Tour ci-dessous.

Georges de La Tour, Le Nouveau-né (vers 1645-1648)


© Musée des Beaux-Arts, Rennes, France / Giraudon / The Bridgeman Art Library.

66 — © Cned, Français 3e
séance 1 — Séquence 9

4- Quelles remarques peux-tu faire sur le traitement de la lumière dans ce tableau ?


5- Au regard des deux tableaux, quelle est l’image donnée de la femme ?

Tu peux maintenant vérifier toutes tes réponses dans le corrigé avant de lire et de mémoriser le
« Je retiens » suivant.

j e retiens Le traitement des couleurs et de la lumière dans un tableau.


Pour l’analyse d’une œuvre picturale, il est nécessaire de s’intéresser au traitement de :
- la couleur : préciser la palette, c’est-à-dire l’ensemble des couleurs employées et celles
qui dominent. Qualifier la tonalité de l’ensemble (tons chauds : rouge, orangé, jaune
ou froids : bleu, vert, violet) et la répartition des couleurs (choix de dominantes, de
complémentaires, de juxtaposition).
- la lumière : déterminer les zones d’ombres et de lumières, la mise en évidence d’un
personnage… On appelle clair-obscur la technique consistant à moduler la lumière sur
un fond d’ombre, en créant des contrastes propres à suggérer le relief et la profondeur.
De cette façon, les figures ou objets représentés sur une surface plane donnent l’illusion
du relief en jouant des passages subtils de la lumière à l’ombre pour modeler les formes.
Léonard de Vinci a été un des précurseurs de ce procédé développé notamment par
Georges de la Tour.

B Éducation des filles


1- Observe le document suivant avec attention puis indique sa nature. Justifie ta réponse
par plusieurs éléments de l’image.

Affiche de P. Prud’hon du 9 mars 1944


© Private Collection / Giraudon / The Bridgeman Art Library

© Cned, Français 3e — 67
Séquence 9 — séance 1

2- En quoi ce document peut-il être classé parmi les œuvres de propagande ?


3- Relève la date de production du tableau.
a) Quelle éducation donnait-on aux filles à cette époque ? Justifie ta réponse.
b) Quel événement historique explique l’emploi du mot « mission » ?

Tu peux maintenant vérifier toutes tes réponses dans le corrigé avant de lire et de mémoriser le
« Je retiens » suivant.

j e retiens L’affiche politique.


Afficher, c’est exposer une image et des mots. L’affiche politique, placardée dans les rues,
est destinée à toucher le plus grand nombre. Arme de communication, d’incitation, de
persuasion, elle est utilisée par les pouvoirs et les organisations pour penser ou agir.

4- Lis le texte suivant et écoute-le à la piste 20 de ton CD, puis fais des liens avec le
document précédent.
Venons maintenant au détail des choses dont une femme doit être instruite. Quels sont
ses emplois ? Elle est chargée de l’éducation de ses enfants ; des garçons jusqu’à un certain
âge, des filles jusqu’à ce qu’elles se marient ou se fassent religieuses ; de la conduite des
domestiques, de leurs mœurs, de leur service ; du détail de la dépense, des moyens de faire
tout avec économie, et honorablement : d’ordinaire même, de faire les fermes, et de recevoir
les revenus.
La science des femmes, comme celle des hommes, doit se borner à s’instruire par
rapport à leurs fonctions ; la différence de leurs emplois doit faire celle de leurs études. Il
faut donc borner l’instruction des femmes aux choses que nous venons de dire. Mais une
femme curieuse trouvera que c’est donner des bornes bien étroites à sa curiosité : elle se
trompe ; c’est qu’elle ne connaît pas l’importance et l’étendue des choses dont je lui propose
de s’instruire.
Fénelon, Traité de l’éducation des filles (1687).

Compare tes réponses avec celles du corrigé avant de passer à la séance 2.

68 — © Cned, Français 3e
séance 2 — Séquence 9

Séance 2
Vent de révolte

Durée : 2h

Dans la séance précédente, tu as travaillé sur des œuvres qui donnaient une image traditionnelle
de la femme. Néanmoins, certains auteurs et artistes ont refusé cette image et ont revendiqué un
statut différent ou du moins la liberté de faire des choix.

Prends ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.

Lis le texte suivant et écoute-le à la piste 21 de ton CD, puis réponds aux questions.

Pour des raisons liées au respect du droit d’auteur, le texte n’est pas reproduit ici. Il s’agit d’un
extrait du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir (publié aux Éditions Gallimard en 1949), qui
commence par « Ainsi, la passivité qui caractérisera essentiellement la femme féminine » et se
termine par « On la traite comme une poupée vivante et on lui refuse la liberté ».

A Revendications féministes

1- « La femme-féminine » (l. 1) Comment comprends-tu cette expression mise entre guillemets ?

2- Quelles éducations Simone de Beauvoir oppose-t-elle ?

3- « On la traite comme une poupée vivante » (l. 18-19)

a) Quelle est la figure de style ici employée ? Quel est l’effet produit ?

b) Quelle activité future de la petite fille est ainsi suggérée ?

4- Résume brièvement la thèse de Simone de Beauvoir.

5- Ce texte te semble-t-il encore d’actualité ? Justifie ta réponse.

Vérifie tes réponses dans le corrigé avant de poursuivre ton travail.

© Cned, Français 3e — 69
Séquence 9 — séance 2

B Femme et oppression politique


Dans Persépolis, bande-dessinée autobiographique, Marjane Satrapi raconte son enfance iranienne au
moment de la révolution islamique.

Marjane Satrapi, Persépolis (2003) © L’Association.

70 — © Cned, Français 3e
séance 2 — Séquence 9

1- À quelle époque se situe l’histoire ?


2- Quels sont les « sujets de subversions » évoqués par cette planche* ?
3- Que dénonce ici Marjane Satrapi ?
4- Quelles remarques peux-tu faire sur le graphisme de l’auteur (couleurs, traits, lien entre le
dessin et l’écriture …) ?

Tu peux maintenant vérifier toutes tes réponses dans le corrigé avant de lire le « J’approfondis »
suivant.

j ’approfondis
Le traitement du temps dans la bande-dessinée
Dans une séquence précédente sur l’autobiographie, tu as eu l’occasion de travailler sur des
planches de bandes-dessinées et ainsi d’apprendre le vocabulaire de cet art. Pour analyser une
planche de bande-dessinée, tu peux aussi utiliser le vocabulaire du cinéma ou de l’art pictural
que tu as déjà travaillé également dans une séquence précédente : les plans et les angles de
vue. Tu peux enfin être attentif au traitement du temps, il y a parfois des ellipses temporelles.
- L’ellipse : procédé qui consiste à abréger le déroulement d’une action en supprimant
certaines étapes, c’est du temps occulté. L’ellipse permet à l’auteur de ne montrer que ce
qui est nécessaire à la compréhension de l’action. Elle permet aussi de donner du rythme au
récit.
- Le flash-back : « retour en arrière » : On l’utilise en général pour représenter le souvenir d’un
personnage, ou pour raconter une action s’étant déroulée avant la scène que l’on est en train
de lire. C’est le cas dans la planche de Persépolis. La vignette 2 évoque les manifestations qui
ont eut lieu dans les années 1980 alors que le récit se passe dix ans plus tard.

C Écriture
Selon toi, le jeu et le jouet préparent-ils l’enfant au rôle que la société lui réserve ?
Réponds à cette question en un paragraphe argumenté et en t’appuyant sur des exemples
précis.
Lis ensuite dans le corrigé un exemple de ce qu’il était possible d’écrire.

© Cned, Français 3e — 71
Séquence 9 — séance 3

Séance 3
Représentations de la femme et publicité
Durée : 1h

Dans cette séance, tu travailleras sur la représentation de la femme et l’analyse des affiches
publicitaires.

A Femme dominatrice

© Nina Ricci

1- Quelle est la nature de ce document ? Justifie ta réponse par plusieurs éléments de


l’image.
2- Commente la composition de l’image.
3- Quelle est l’image de la femme donnée dans cette illustration ? Justifie ta réponse par des
éléments précis de l’image.

72 — © Cned, Français 3e
séance 3 — Séquence 9

B Ironie* publicitaire

© Eram

1- Quelle est la nature de ce document ? Justifie ta réponse par plusieurs éléments de


l’image.
2- Quelle est selon toi la tonalité du titre de cette illustration ? Justifie ta réponse.
3- Quel est le public ciblé ? Justifie ta réponse.
4- Que penses-tu de cette image ? Développe ta réponse.

Tu peux maintenant vérifier toutes tes réponses dans le corrigé avant de lire et de mémoriser le
« Je retiens » suivant.

j e retiens L’analyse d’une affiche publicitaire.


Tu peux avoir une affiche à analyser le jour de l’épreuve. Voici quelques pistes pour t’aider.
Pour réussir, tu dois voir les points suivants :
- Nature du support : Type d’affiche (politique, publicité, sport…), date de création et
lieu d’affichage.
- Commanditaire de la publicité : Qui a fait réaliser cette affiche ? Un gouvernement, un
syndicat, un parti politique…
- Destinataire : À qui s’adresse cette affiche ? Au grand-public, aux travailleurs…
- Contexte : À quelle occasion l’affiche est-elle réalisée ? Élections, Célébration,
Manifestation sportive…
- Description de l’image : Les personnages présents, les décors, les symboles et leur sens.
- Composition de l’affiche : Taille et disposition des éléments, lignes de construction,
couleurs.
- Message de l’affiche publicitaire : Quelle est la tonalité employée ?

© Cned, Français 3e — 73
Séquence 9 — séance 4

Séance 4
Femme et société de consommation
Durée : 1h

Dans cette séance, tu verras que la représentation de la femme est aussi l’occasion de faire la
critique de la société de son temps. C’est le cas notamment dans les années soixante aux États-Unis
où est né un courant artistique important : le pop art.

Prends ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.

j ’approfondis
Si ce thème t’intéresse, tu peux lire et regarder aussi
- Les choses de Georges Perec
- Marcovaldo d’Italo Calvino,
- Nature morte n°30 de Tom Wesselmann et toutes les œuvres d’Andy Warhol.

A Allégorie de la société de consommation

Duane Hanson, Supermarket Shopper, fibre de verre, polyester, environ 166 sur 70 sur 70 cm (1969).
© Ludwig Collection, Aachen, Germany / The Bridgeman Art Library

74 — © Cned, Français 3e
séance 4 — Séquence 9

1- Quelle est la nature de l’œuvre « Supermarket Shopper » ?


2- Décris précisément ce que tu vois.
3- Quels liens peux-tu faire entre la femme et le caddie ? Pour répondre, pense à te référer
au titre de l’œuvre.
4- Selon toi, quel est le message de cette œuvre ? Aide-toi pour répondre de la date de
création.
5- Quel regard porte Duane Hanson sur la femme et la société de son temps ?

j e retiens Le pop art.


Ce courant artistique naît dans les années 1950 en Grande Bretagne, puis rencontre
à partir de 1960 un énorme succès auprès des artistes américains. Comme son nom
l’indique, l’art « pop » s’inspire de la culture populaire et Andy Warhol, en tant que chef
de file, a souvent été considéré comme « The Pope of the Pop », le pape du Pop Art.
De façon ironique, cynique et provocante, les artistes Pop Art questionnent leur propre
société de consommation, utilisent le pouvoir des images et remettent en question la place
de l’œuvre d’art : elle est désormais consommable, éphémère et reproductible. D’un point
de vue technique, les artistes se servent des objets de la vie quotidienne et des images
existantes comme les photos, font parfois des collages pour réaliser leurs œuvres, tout en
continuant à utiliser la peinture.

B Une société destructrice

Death by Hamburger David LaChapelle (2001).

1- Décris précisément l’image ci-dessus.


2- Quels liens peux-tu faire avec « Supermarket Shopper » ?
3- Selon toi, ces deux images représentent-elles des œuvres d’art ? Justifie ta réponse.

Vérifie tes réponses dans le corrigé avant de poursuivre ton travail.


© Cned, Français 3e — 75
Séquence 9 — séance 5

Séance 5
Je m’évalue

Durée : 1h

Cette dernière séance te permet de vérifier si tu as bien compris cette séquence sur l’histoire des
arts.

Je connais Je suis capable de/d’


 Le traitement des couleurs et de la  Analyser les couleurs employées et le traitement
lumière dans un tableau de la lumière dans ce tableau.
Pour l’analyse d’une œuvre ……………………………………………………………
picturale, il est nécessaire de Indiquer quelles significations cela peut
s’intéresser au traitement de : apporter à la lecture de l’œuvre.
- la couleur : tons chauds : ……………………………………………………………
……………………………. ou
froids ……………………
- la lumière : les zones d’ombres
et de lumières. On appelle
c……………………….. la technique
consistant à moduler la lumière
sur un fond d’ombre, en créant des
contrastes propres à suggérer le
relief et la profondeur.

Georges de La Tour, Le Nouveau-né.


 Le traitement du temps en bande  Dire quel est le traitement du temps entre les
dessinée. deux premières cases de cette bande dessinée :
Le traitement du temps en bande ………………………………………………………………
dessinée est le même que dans un
roman. Pour donner du rythme à
l’histoire, on a parfois recours aux
ellipses temporelles ou au retour en
arrière (« flash-back »).

Marjane Satrapi, Persépolis.

76 — © Cned, Français 3e
séance 5 — Séquence 9

 Un mouvement artistique des  Expliquer pourquoi cette œuvre est représentative


années 50 de ce mouvement artistique
Le ………………… est un mouvement
artistique anglo-saxon né dans les
années 50. Le pop art conteste
les traditions en affirmant que
l’utilisation d’éléments visuels de la
culture populaire produits en série
est contiguë avec la perspective des
beaux-arts. Le …………….. vise à
utiliser des images populaires par
opposition à la culture élitiste dans
l’art. Les maîtres incontestés de ce
mouvement artistiques sont Andy
Warhol, Roy Lichtenstein et Richard
Hamilton

Duane Hanson, « Supermarket Shopper » fibre de verre


- …………………………………………......................
- …………………………………………......................
- …………………………………………......................
 Les éléments à analyser dans les  Commenter une affiche publicitaire
affiches publicitaires
Les affiches publicitaires sont à
analyser comme un tableau. Je dois
être attentif à :
- sa nature
- Son commanditaire
- Son destinataire
- Le contexte
- Sa composition
- Le message

© LG
Cette affiche publicitaire n’utilise pas l’image
de la femme. Qu’est-ce qui te paraît intéressant
dans cette publicité ?
……………………………………………………………
……………………………………………………………
……………………………………………………………

© Cned, Français 3e — 77
Sommaire
Séquence 10
Lire un apologue : La Ferme des animaux de George Orwell
Durée approximative : 15 h 30

Séance 1 Lire une péroraison revolutionnaire

Séance 2 Le soulèvement

Séance 3 Le subjonctif : conjugaison et emploi

Séance 4 Comprendre une dénonciation de la tyrannie

Séance 5 Savoir utiliser les outils de l’argumentation

Séance 6 Comprendre une satire politique

Séance 7 Lire un récit en boucle

Séance 8 Une fable aux résonances historiques

Séance 9 Je m’évalue

Socle commun
Durant cette séquence, tu auras l’occasion de développer tes connaissances et de travailler des items
des compétences ci-dessous.
Compétence 1 : La maîtrise de la langue française
- Repérer les informations dans un texte à partir des éléments explicites et des éléments
implicites nécessaires.
- Dégager, par écrit ou oralement, l’essentiel d’un texte lu.
- Écrire lisiblement un texte en respectant l’orthographe et la grammaire.
- Rédiger un texte bref, cohérent et ponctué, en réponse à une question ou à partir d’une
consigne donnée.
- Utiliser ses capacités de raisonnement, ses connaissances sur la langue, savoir faire appel à
des outils variés pour améliorer son texte.
- Adapter sa prise de parole à la situation de communication
Compétence 5 : La culture humaniste
- Être sensible aux enjeux esthétiques et humains d’un texte littéraire.
Compétence 7 : L’autonomie et l’initiative
- Être autonome dans son travail : savoir l’organiser, le planifier, l’anticiper, rechercher et
sélectionner des informations utiles.

78 — © Cned, Français 3e
séance 1 — Séquence 10

Séance 1
Lire une péroraison révolutionnaire
Durée : 2h

Je peux lire aussi

Si tu as envie de découvrir d’autres histoires dont les


personnages sont des animaux doués de raison, tu peux lire
aussi :
- Fables de Jean de La Fontaine
- « Le singe de science », Fables, de Robert Louis Stevenson
- Voyages de Gulliver de Jonathan Swift
Nous te conseillons également la bande-dessinée de Art
Spiegelman, Maus
© Cned/ N. Julo

Dans cette nouvelle séquence, tu vas étudier un roman du XXe siècle, La Ferme des animaux de
George Orwell.

Pour réussir la séance 1 tu dois avoir lu le premier chapitre en entier. L’extrait que tu vas découvrir
maintenant est un discours tenu par un personnage important de l’histoire, Sage l’Ancien.

Prends une nouvelle page. Note le titre de la séquence en rouge.

Saute deux lignes, puis note le titre de la séance en rouge. Fais ensuite le travail demandé.

Lis attentivement l’extrait ci-dessous. Tu peux aussi en écouter le début à la piste 22 de ton CD.
Dans La Ferme des animaux, George Orwell met en scène des animaux : au début du roman, un cochon
âgé qui fait figure de sage s’adresse aux animaux de la ferme.

1 Tous les animaux étaient maintenant au rendez-vous — sauf Moïse, un corbeau apprivoisé qui
sommeillait sur un perchoir, près de la porte de derrière — et les voyant à l’aise et bien attentifs,
Sage l’Ancien se racla la gorge puis commença en ces termes :
« Camarades, vous avez déjà entendu parler du rêve étrange qui m’est venu la nuit dernière.
5 Mais j’y reviendrai tout à l’heure. J’ai d’abord quelque chose d’autre à vous dire. Je ne compte
pas, camarades, passer encore de longs mois parmi vous. Mais avant de mourir je voudrais
m’acquitter1 d’un devoir, car je désire vous faire profiter de la sagesse qu’il m’a été donné
d’acquérir. Au cours de ma longue existence, j’ai eu, dans le calme de la porcherie, tout loisir de
méditer. Je crois être en mesure de l’affirmer : j’ai, sur la nature de la vie en ce monde, autant de
10 lumières que tout autre animal. C’est de quoi je désire vous parler.
Quelle est donc, camarades, la nature de notre existence ? Regardons les choses en face : nous
avons une vie de labeur2, une vie de misère, une vie trop brève. Une fois au monde, il nous est
tout juste donné de quoi survivre, et ceux d’entre nous qui ont la force voulue sont astreints au 3
travail jusqu’à ce qu’ils rendent l’âme. Et dans l’instant que nous cessons d’être utiles, voici
15 qu’on nous égorge avec une cruauté inqualifiable. Passée notre première année sur cette terre, il
n’y pas un seul animal qui entrevoie ce que signifient des mots comme loisir ou bonheur. Et
quand le malheur l’accable4, ou la servitude, pas un animal qui soit libre. Telle est la simple
vérité. © Cned, Français 3e — 79
Camarades, est-ce que ce n’est pas clair comme de l’eau de roche ? Tous les maux de notre vie
20 sont dus à l’Homme, notre tyran. Débarrassons-nous de l’Homme, et nôtre sera le produit de
notre travail. C’est presque du jour au lendemain que nous pourrions devenir libres et riches. Á
« Camarades, vous avez déjà entendu parler du rêve étrange qui m’est venu la nuit dernière.
5 Mais j’y reviendrai tout à l’heure. J’ai d’abord quelque chose d’autre à vous dire. Je ne compte
pas, camarades, passer encore de longs mois parmi vous. Mais avant de mourir je voudrais
1
m’acquitter
Séquence d’un 1devoir, car je désire vous faire profiter de la sagesse qu’il m’a été donné
10 — séance
d’acquérir. Au cours de ma longue existence, j’ai eu, dans le calme de la porcherie, tout loisir de
méditer. Je crois être en mesure de l’affirmer : j’ai, sur la nature de la vie en ce monde, autant de
10 lumières que tout autre animal. C’est de quoi je désire vous parler.
Quelle est donc, camarades, la nature de notre existence ? Regardons les choses en face : nous
avons une vie de labeur2, une vie de misère, une vie trop brève. Une fois au monde, il nous est
tout juste donné de quoi survivre, et ceux d’entre nous qui ont la force voulue sont astreints au 3
travail jusqu’à ce qu’ils rendent l’âme. Et dans l’instant que nous cessons d’être utiles, voici
15 qu’on nous égorge avec une cruauté inqualifiable. Passée notre première année sur cette terre, il
n’y pas un seul animal qui entrevoie ce que signifient des mots comme loisir ou bonheur. Et
quand le malheur l’accable4, ou la servitude, pas un animal qui soit libre. Telle est la simple
vérité.
Camarades, est-ce que ce n’est pas clair comme de l’eau de roche ? Tous les maux de notre vie
20 sont dus à l’Homme, notre tyran. Débarrassons-nous de l’Homme, et nôtre sera le produit de
notre travail. C’est presque du jour au lendemain que nous pourrions devenir libres et riches. Á
cette fin, que faut-il ? Eh bien, travailler de jour et de nuit, corps et âme, à renverser la race des
hommes. C’est là mon message, camarades. Soulevons-nous ! Quand aura lieu le soulèvement,
cela je l’ignore : dans une semaine peut-être ou dans un siècle. Mais, aussi vrai que sous moi je
25 sens de la paille, tôt ou tard justice sera faite. Ne perdez pas de vue l’objectif, camarades, dans le
temps compté qui vous reste à vivre. Mais avant tout, faites part de mes convictions à ceux qui
viendront après vous, afin que les générations à venir mènent la lutte jusqu’à la victoire finale.
Et souvenez-vous-en, camarades : votre résolution ne doit jamais se relâcher. Nul argument ne
vous fera prendre des vessies pour des lanternes. Ne prêtez pas l’oreille à ceux selon qui
30 l’Homme et les animaux ont des intérêts communs, à croire vraiment que de la prospérité de l’un
dépend celle des autres ? Ce ne sont que des mensonges. L’Homme ne connaît pas d’autres
intérêts que les siens. Que donc prévalent, entre les animaux, au fil de la lutte, l’unité parfaite et
la camaraderie sans faille. Tous les hommes sont des ennemis. Les animaux entre eux sont tous
camarades. »
35 « J’ai peu à ajouter. Je m’en tiendrai à redire que vous avez à montrer en toutes circonstances
votre hostilité envers l’Homme et ses façons de faire. L’ennemi est tout deuxpattes, l’ami tout
quatrepattes ou tout volatile. Ne perdez pas de vue non plus que la lutte elle-même ne doit pas
nous changer à la ressemblance de l’ennemi. Même après l’avoir vaincu, gardons-nous de ses
vices. Jamais animal n’habitera une maison, ne dormira dans un lit, ne portera de vêtements, ne
40 touchera à l’alcool ou au tabac, ni à l’argent, ni ne fera négoce 5. Toutes les mœurs de l’Homme
sont de mauvaises meurs. Mais surtout, jamais un animal n’en tyrannisera un autre. Quand tous
sont frères, peu importe le fort ou le faible, l’esprit profond ou simplet. Nul animal jamais ne
tuera un autre animal. Tous les animaux sont égaux.

George Orwell, La Ferme des animaux, 1945. Traduit de l’anglais par Jean Queval.
© Éditions Champ Libre / Ivrea, Paris, 1981 et 2009. www.editions-ivrea.fr

Vocabulaire :
- « acquitter » (l. 7) : Satisfaire à une obligation, la remplir.
- « labeur » (l. 12) : travail.
- « sont astreints au » (l. 13) : être contraint, obligé de.
- « l’accable » (l. 17) : oppresse, anéantit.
- « négoce » (l. 40) : commerce.

80 — © Cned, Français 3e
séance 1 — Séquence 10

Réponds sur ton cahier aux questions suivantes par des phrases complètes.

A Analyser le genre du texte


1- Retrouve la ligne où Sage l’ancien prend la parole pour la première fois. Qu’est-ce qui t’a
permis de répondre ?

2- À qui s’adresse-t-il ?

3- De quelle sorte de discours réels peux-tu rapprocher ces propos de Sage l’Ancien ?
En quelle occasion peut-on les entendre ?

B Sage, un orateur
1- Quelle image le cochon donne-t-il de lui dans le deuxième paragraphe de l’extrait
(l. 4 à 10) ?

2- Pourquoi, selon toi, ce personnage est-il plus en mesure d’être écouté que les autres ?

3- Dans ce paragraphe, Sage l’Ancien cherche-t-il à persuader ou à convaincre ?


Justifie ta réponse.

C Les arguments de Sage l’Ancien


1- Pourquoi peut-on dire que dès le troisième paragraphe (l. 11 à 18) le cochon se livre à un
raisonnement, c’est-à-dire qu’il met en place une stratégie argumentative ?

2- Quel est le constat de départ ? Appuie ta réponse sur un champ lexical que tu relèveras.

3- Qui est désigné comme responsable de la condition des animaux ? Quelle image l’orateur
donne-t-il du responsable ?

4- À quelle conclusion le cochon arrive-t-il quant au responsable ? Appuie-toi sur le mode


verbal.

D Un discours politique
1- Quel terme Sage l’ancien emploie-t-il pour désigner ses auditeurs ?

2- À quel courant idéologique apparu à la fin du XIXe s. suite à la révolution industrielle ce


terme fait-il référence ? En quoi peut-on dire qu’il est ici critiqué ?

3- Quel type de phrase ouvre les troisième et quatrième paragraphes ? Quel est l’effet
produit par leur emploi ?

4- Énumère les procédés et figures de style que le cochon utilise pour captiver son auditoire.

5- « Est-ce que ce n’est pas clair comme de l’eau de roche ? » (l. 19 à 21) et « Nul argument
ne vous fera prendre des vessies pour des lanternes. » (l. 28-29). Commente ces deux
phrases, en observant notamment leurs forme et type.

6- En quoi ce récit illustre-t-il ce que l’on appelle historiquement la lutte des classes ?

© Cned, Français 3e — 81
Séquence 10 — séance 1

Compare tes réponses avec celles du corrigé puis lis et mémorise le « Je retiens » ci-dessous.

j e retiens Le vocabulaire de l’éloquence.


Dans la séquence 8 sur la pièce Antigone d’Anouilh, tu as déjà travaillé sur la différence
entre convaincre et persuader.
La rhétorique (du grec rhetor, « orateur ») désigne la manière de bien construire un
discours (convaincre) et de savoir faire adhérer un auditoire à son opinion (persuader).
L’éloquence est l’art du discours et l’orateur est celui qui prononce un discours. Sage
l’ancien est dans cet extrait un orateur qui maîtrise l’art du discours.
Les discours obéissent le plus souvent à une construction stricte :
- L’exorde : partie initiale du discours qui vise notamment à attirer l’attention de
l’auditoire (ce qu’on appelle en latin « captatio benevolentiae », fait d’attirer la
bienveillance de l’auditoire, est une technique oratoire qui permet d’attirer l’attention
de son interlocuteur). L’orateur peut utiliser par exemple des questions oratoires. Les
questions oratoires sont des questions qui n’appellent pas de réponses.
- La péroraison : partie finale d’un discours où l’orateur conclut sa démonstration et
appelle le public à adhérer à sa thèse. L’orateur incite l’auditoire à agir, il l’exhorte par
exemple par des phrases injonctives.

E Enrichir son vocabulaire


1- Voici une liste de mots évoquant l’esclavage ou la liberté. À toi de les classer correctement
dans le tableau suivant.
Autonomie, contrainte, domination, émancipation, entrave, indépendance, insubordination, mainmise,
rébellion, soulèvement, soumission, tutelle, tyrannie

Liberté Esclavage

2- Choisis-en deux par colonne et emploie-les dans des phrases qui mettent en évidence leur
signification.
3- Recopie les phrases suivantes en les complétant avec les mots proposés. Utilise le
dictionnaire si tu as un doute !
Acquiescer, clamer, contredire, élocution, émettre, interrompre, orateur, palabrer, plaidoyer, proférer,
propos, rallier, réfuter.
a) Les… si véhéments du chef ennemi semblaient terrifier les troupes et personne n’osa …
la moindre remarque.
b) Les militaires apprécièrent l’…si claire du dernier… Aussi n’hésitaient-ils pas à … tout
ce qu’il disait.
c) Grâce à un…poignant l’avocat obtint la grâce de l’accusé. Il réussit même le tour de
force de… à sa cause les journalistes présents.
d) Enthousiaste comme il est, il aime…pendant des heures ; n’hésitez pas à l’…

82 — © Cned, Français 3e
séance 1 — Séquence 10

e) Le malheureux garçon avait beau…qu’il n’avait jamais trahi, il était facile pour ses
opposants de…chacun de ses arguments.
f) Le traître ne cessait de… des mensonges. Il fut facile pour ses ennemis de le …

Compare tes réponses avec celles du corrigé.

F Prononcer un discours
Entraîne-toi à prononcer le discours de Sage l’Ancien en employant un ton éloquent.
Tu mettras en valeur :
- les apostrophes
- les questions oratoires
- le ton injonctif

© Cned, Français 3e — 83
Séquence 10 — séance 2

Séance 2
Le soulèvement
Durée : 2h

Avant de commencer cette séance, tu dois avoir lu le chapitre 2 du roman. Dans cette séance, tu
apprendras à quel genre littéraire appartient La Ferme des animaux.

Prends une nouvelle page. Note le titre de la séquence en rouge.

Saute deux lignes, puis note le titre de la séance en rouge. Fais ensuite le travail demandé.

Lis attentivement l’extrait ci-dessous. Tu peux en écouter le début à la piste 23 de ton CD.
Les animaux, ayant réussi à expulser Mr Jones, prennent possession de la ferme et instaurent les Sept
Commandements inscrits en gros caractères blancs sur le mur de la ferme. Les animaux s’organisent pour leur
nouvelle vie.
1 Rênes, licous1, œillères, muselières humiliantes furent jetés au tas d’ordures qui brûlaient dans
la cour. Ainsi des fouets, et, voyant les fouets flamber, les animaux, joyeusement, se prirent à
gambader. Boule de Neige livra aussi aux flammes ces rubans dont on pare2 la crinière et la queue
des chevaux les jours de marché.
5 « Les rubans déclara-t-il, sont assimilés aux habits. Et ceux-ci montrent la marque de
l’homme. Tous les animaux doivent aller nus. »
Entendant ces paroles, Malabar s’en fut chercher le petit galurin3 de paille qu’il portait l’été
pour se protéger des mouches, et le flanqua au feu, avec le reste.
Bientôt les animaux eurent détruit tout ce qui pouvait leur rappeler Mr. Jones. Alors Napoléon
10 les ramena à la resserre4, et il distribua, à chacun double picotin5 de blé, plus deux biscuits par
chien. Et ensuite les animaux chantèrent Bêtes d’Angleterre, du commencement à la fin, sept fois
de suite. Après quoi, s’étant bien installés pour la nuit, ils dormirent comme jamais encore.
Ils prirent le petit déjeuner, puis Boule de Neige et Napoléon les réunirent en séance plénière6.
« Camarades, dit Boule de Neige, il est six heures et demie, et nous avons une longue journée
15 devant nous. Nous allons faire les foins sans plus attendre, mais il y a une question dont nous
avons à décider tout d’abord.
Les cochons révélèrent qu’ils avaient appris à lire et à écrire, au cours des trois derniers mois,
dans un vieil abécédaire des enfants Jones (ceux-ci l’avaient jeté sur un tas d’ordures, et c’est là
que les cochons l’avaient récupéré). Ensuite, Napoléon demanda qu’on lui amène des pots de
20 peinture blanche et noire, et il entraîna les animaux jusqu’à la clôture aux cinq barreaux. Là,
Boule de Neige (car c’était lui le plus doué pour écrire) fixa un pinceau à sa patte et passa sur le
barreau supérieur une couche de peinture qui recouvrit les mots : Ferme du Manoir. Puis à la
place, il calligraphia : Ferme des Animaux. Car dorénavant tel serait le nom de l’exploitation
agricole. Cette opération terminée, tout le monde regagna les dépendances. Napoléon et Boule de
25 Neige firent alors venir une échelle qu’on dressa contre le mur de la grange. Ils expliquèrent
qu’au terme de leurs trois mois d’études les cochons étaient parvenus à réduire les principes de
l’Animalisme à Sept Commandements. Le moment était venu d’inscrire les Sept
Commandements sur le mur. Ils constitueraient la loi imprescriptible7 de la vie de tous sur le
territoire de la Ferme des Animaux. Non sans quelque mal (vu que pour un cochon, se tenir en
30 équilibre sur une échelle n’est pas commode), Boule de Neige escalada les barreaux et se mit au
travail ; Brille-Babil, quelques degrés plus bas, lui tendait le pot de peinture. Et c’est de la sorte
que furent promulgués les Sept Commandements, en gros caractères blancs, sur le mur
goudronné. On pouvait les lire à trente mètres de là. Voici leur énoncé :

1. Tout deuxpattes est un ennemi.


84
35 2. Tout quatrepattes ou tout volatile, un ami.
— © Cned, Français 3e

3. Nul animal ne portera de vêtements.


4. Nul animal ne dormira dans un lit.
Commandements sur le mur. Ils constitueraient la loi imprescriptible7 de la vie de tous sur le
territoire de la Ferme des Animaux. Non sans quelque mal (vu que pour un cochon, se tenir en
30 équilibre sur une échelle n’est pas commode), Boule de Neige escalada les barreaux et se mit au
travail ; Brille-Babil, quelques degrés plus bas, lui tendait le pot de peinture.
séance 2 Et
— c’est de la 10
Séquence sorte
que furent promulgués les Sept Commandements, en gros caractères blancs, sur le mur
goudronné. On pouvait les lire à trente mètres de là. Voici leur énoncé :

1. Tout deuxpattes est un ennemi.


35 2. Tout quatrepattes ou tout volatile, un ami.
3. Nul animal ne portera de vêtements.
4. Nul animal ne dormira dans un lit.
5. Nul animal ne boira d’alcool.
6. Nul animal ne tuera un autre animal.
40 7. Tous les animaux sont égaux.

C’était tout à fait bien calligraphié, si ce n’est que volatile était devenu vole-t-il, et aussi à un s
près, formé à l’envers. Boule de Neige donna lecture des Sept Commandements, à l’usage des
animaux qui n’avaient pas appris à lire. Et tous donnèrent leur assentiment8 d’un signe de tête, et
les esprits les plus éveillés commencèrent aussitôt à apprendre les Sept Commandements par
45 cœur.
« Et maintenant, camarades, aux foins ! s’écria Boule de Neige. Il y va de notre honneur
d’engranger la récolte plus vite que ne le feraient Jones et ses acolytes. »

George Orwell, La Ferme des animaux, 1945. Traduit de l’anglais par Jean Queval.
© Éditions Champ Libre / Ivrea, Paris, 1981 et 2009. www.editions-ivrea.fr

Vocabulaire :
1- « licou » (l.1) : lien mis autour du cou des bêtes de somme.
2- « pare » (l.3) : décore, orne.
3- « galurin » (l.7) : (populaire) chapeau.
4- « resserre » (l.10) : lieu où l’on resserre différents objets, remise.
5- « picotin » (l.10) : Mesure dont on se servait pour l’avoine que l’on donne aux chevaux et qui valait
environ deux litres et demi.
6- « séance plénière » (l.11) : réunion.
7- « imprescriptible » (l.28) : qui ne peut être annulé, supprimé.
8- « assentiment » (l.38) : accord.

Le coin des curieux


Si tu veux découvrir d’autres apologues, tu peux lire :
- 1984 de George Orwell
- « Les Souris », L’écroulement de la Baliverna, de Dino Buzzati
- Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley
- La planète des singes de Pierre Boulle
Nous te conseillons aussi de visionner les adaptations filmiques de La Ferme des animaux par
John Halas et Joy Batchelor en 1954 et par John Stephenson en 1999.
Écoute pour le plaisir les chansons Animals des Pink Floyd et Imagine de John Lennon.
Réponds sur ton cahier par des phrases complètes.

© Cned, Français 3e — 85
Séquence 10 — séance 2

A L’animalisme et son application


1- Que brûlent les animaux lors de leur libération et pourquoi ? Pour répondre, commente
la construction de la première phrase de l’extrait.
2- Comment le nouvel état s’appelle-t-il ? Comment se nomme son hymne national ainsi
que ses lois fondatrices ?
3- Explique l’expression de la ligne 26/27 « les principes de l’animalisme ». À quoi le suffixe
« isme » renvoie-t-il ?
4- Quels sont les temps et modes employés dans les Sept Commandements ? Quelles sont
leurs valeurs ?

B La transposition des personnages


1- Quels personnages ont élaboré l’animalisme ? Penses-tu qu’ils seront capables de
respecter le septième commandement « tous les animaux sont égaux » ? Explique ta
réponse.
2- Qu’est-ce qui les rend supérieurs aux autres animaux ?
3- Les Sept commandements constituent la « loi imprescriptible de la vie de tous sur le
territoire de la Ferme des animaux » (l. 28-29). Commente la formation et la nature
grammaticale du mot souligné.
4- À quel texte fondateur le mot « commandement » fait-il allusion ? Pourquoi à ton avis ?
5- Quel est le comportement des autres animaux ?
6- Relève des interventions du narrateur. Que penses-tu du ton employé ?
7- À ce stade du récit, dirais-tu que la révolte des animaux a eu des conséquences positives
ou négatives ? Pourquoi ?

86 — © Cned, Français 3e
séance 2 — Séquence 10

Compare tes réponses avec celles du corrigé puis lis et mémorise le « Je retiens » ci-dessous.

j e retiens L’apologue*.
Les apologues sont de courts récits à visée didactique, c’est-à-dire qu’ils sont destinés
à délivrer un enseignement, une leçon de façon explicite ou implicite. Leur message
permet de réfléchir à des problèmes humains, d’ordre historique, politique ou social. Les
apologues peuvent prendre des formes variées :
- La fable : elle comporte une leçon exprimée dans une morale. Cette leçon est illustrée
par un court récit dont les personnages sont souvent des animaux qui représentent les
êtres humains. Les fables les plus célèbres sont celles de Jean de La Fontaine.
- Le conte : il comporte également une leçon exprimée dans une morale explicite
ou implicite. En classe de 6e, tu as découvert les fameux contes de Grimm ou de
Perrault. Tu te souviens peut-être que la moralité des contes apporte une leçon sur les
comportements humains, les qualités et défauts des hommes.
- L’utopie : c’est une histoire sur des mondes nouveaux insérée dans un récit plus long.
Elle représente à travers une fiction une société idéale pour mieux critiquer le monde tel
qu’il est. Les plus célèbres sont l’Abbaye de Thélème de François Rabelais dans son livre
Gargantua ou encore l’Eldorado de Voltaire dans son conte philosophique Candide.
- La contre-utopie : C’est également un récit sur des mondes nouveaux mais qui décrit un
univers déshumanisé sous l’emprise de la technologie ou de régimes totalitaires contre
lesquels l’auteur met en garde le lecteur. La Ferme des animaux est par exemple une
contre-utopie. À ce sujet, tu peux lire aussi 1984 de George Orwell ou encore Le meilleur
des mondes d’Aldous Huxley.

C Réécriture
Récris le passage suivant au discours direct en faisant toutes les modifications nécessaires.
Les cochons révélèrent qu’ils avaient appris à lire et à écrire, au cours des trois derniers
mois, dans un vieil abécédaire des enfants Jones (…) Ensuite, Napoléon demanda qu’on lui
amène des pots de peinture blanche et noire (…) Ils expliquèrent qu’au terme de leurs trois
mois d’étude les cochons étaient parvenus à réduire les principes de l’Animalisme à Sept
Commandements.
D’après George Orwell, La Ferme des animaux (1945).

Compare tes réponses avec celles du corrigé.

D Expression écrite
Lis les chapitres 3 et 4 et fais le résumé en une dizaine de lignes des événements qui
surviennent dans ces chapitres.

© Cned, Français 3e — 87
Séquence 10 — séance 3

Séance 3
Le subjonctif  dans les propositions relatives et circonstancielles
Durée : 1h

L’objectif de cette séance est pour toi d’approfondir ta connaissance du mode subjonctif, en
étudiant son emploi dans les propositions subordonnées relatives et circonstancielles.

Tu as déjà révisé la conjugaison du subjonctif dans la séance 2 de la séquence 6 sur L’Ami retrouvé,
n’hésite pas à t’y reporter si besoin. Tu peux aussi consulter les tableaux de conjugaison en annexe.

A Le subjonctif dans les propositions conjonctives COD et les relatives


1- Observe les deux phrases suivantes extraites de La Ferme des animaux.
- « Le spectacle le plus émouvant que j’aie jamais vu », déclara-t-il de la patte s’essuyant une larme.
- Vraiment, c’était à ne pas croire qu’il y eût des animaux aussi bêtes.
a) Souligne les verbes qui sont conjugués au mode subjonctif.
b) Indique pour chacun d’eux leur temps verbal.
c) Analyse les propositions dans lesquelles se trouvent ces verbes.
2- Dans les phrases suivantes, souligne les propositions subordonnées et indique s’il s’agit
d’une conjonctive (elle complète un verbe) ou d’une relative (elle complète un groupe
nominal).
Je crains qu’ils ne baissent les bras.
Nous souhaiterions une ferme où les animaux soient libres et égaux.
Cette ferme nécessite un responsable qui soit juste et impartial.
Il arrive que le pouvoir monte à la tête des dirigeants.
3- Observe les phrases suivantes.
Je crois qu’il n’est pas nécessaire d’ajouter d’autres commandements.
Je doute qu’il soit assez courageux pour lui tenir tête.
Je me réjouis à l’idée que Napoléon soit bientôt destitué.
Je crains qu’il ne soit trop tard.
a) Mets entre crochets les propositions qui composent ces phrases.
b) Indique leurs natures.
c) Quelles remarques peux-tu faire quant aux verbes des propositions principales ?

88 — © Cned, Français 3e
séance 3 — Séquence 10

j e sais déjà
L’emploi du subjonctif dans les propositions conjonctives COD
Dans les propositions subordonnées conjonctives COD, on utilise le subjonctif après :
- un verbe exprimant un souhait, une volonté, un doute, un ordre, un sentiment.
Ex. : Je veux que Napoléon abdique, je doute qu’il écoute mes souhaits.
- un verbe de pensée employé à la forme interrogative ou négative.
Ex. : Je ne pense pas que ce soit aussi simple, Pensez-vous que ce le soit ?

4- Observe les phrases suivantes.

Connaissez-vous un cochon qui sache écrire?

Il leur faut un chef qui fasse preuve de magnanimité.

Auriez-vous une solution qui puisse tout arranger ?

a) Mets en crochets les propositions qui composent ces phrases.

b) Indique leurs natures.

c) Qu’expriment ces différentes phrases ?

j e retiens L’emploi du subjonctif dans les propositions relatives.


Le verbe de la subordonnée relative est conjugué au subjonctif pour exprimer notamment :
- L’incertitude (attention le déterminant de l’antécédent est alors un indéfini)
Ex. : Connaissiez-vous un homme qui soit sincère ?
- Le but, l’intention, le désir.
Ex. : Il leur faut un chef qui soit compréhensif.

B Le subjonctif dans les propositions subordonnées circonstancielles


1- Observe les phrases suivantes.

- Les animaux sont réunis dans la grange afin qu’ils écoutent le discours de Napoléon.

- À condition que Sage l’Ancien s’entraîne, le chant révolutionnaire sonnera juste.

- Les animaux gardent courage quoiqu’ils aient le moral bien bas.

a) Mets entre crochets les propositions subordonnées.

b) Entoure la conjonction de subordination ou locution conjonctive de ces propositions


subordonnées.

c) À quel mode sont conjugués les verbes de ces subordonnées ?

d) Quelle est dans chaque proposition entre crochets la circonstance exprimée ?

© Cned, Français 3e — 89
Séquence 10 — séance 3

j e retiens L’emploi du subjonctif dans les propositions subordonnées circonstancielles.


Le mode subjonctif s’emploie dans certaines propositions subordonnées circonstancielles
après certaines conjonctions ou locutions conjonctives de subordination.
Propositions subordonnées Conjonctions ou locutions Exemples
circonstancielles de conjonctives
But Pour que, afin que, de peur Ex. : Ils s’encouragent les uns
que, de crainte que et les autres afin que se rebeller
soit plus facile.
Concession Bien que, quoique, sans Bien qu’ils soient courageux, ils
Opposition que ne sont pas téméraires.
Tout, quelque, si + adjectif Tout volontaire qu’il soit, il
ou adverbe + que n’est pas intervenu.
Pronoms qui, quoi + que Quoi qu’ils fassent, le mal est
déjà fait.
Déterminant quel + que, Quelle que soit sa force de
quelque + GN + que conviction, il ne parviendra à
obtenir leur adhésion.
Temps Avant que, jusqu’à ce que Il prend la parole avant qu’il ne
soit banni.
Condition À condition que, pourvu En supposant qu’il soit
que, en supposant que, à courageux, il faudra convaincre
moins que, pour peu que, les autres.
soit que…soit que…
Conséquence Trop (assez)…pour que L’orateur est trop persuasif pour
qu’ils aient la force d’intervenir.

2- Observe les phrases suivantes.

- Les animaux se calment jusqu’à ce que le silence (être) complet.

- Avant que les cochons (s’assoir), les autres animaux parlent entre eux.

- Jusqu’à ce que M. Jones (partir) du manoir, les animaux travaillent avec acharnement.

- Avant que le bruit des sabots de Malabar (s’éteindre) dans le fourgon, les animaux lui
crient de s’enfuir.

- La jument apprend les sept commandements jusqu’à ce qu’elle les (retenir).

a) Souligne les propositions subordonnées circonstancielles.

b) Entoure la conjonction ou locution conjonctive qui introduit cette subordonnée.

c) Conjugue les verbes au présent du mode qui convient.

d) Indique la circonstance exprimée dans ces subordonnées.

90 — © Cned, Français 3e
séance 3 — Séquence 10

3- Remplace dans les phrases suivantes les groupes nominaux compléments circonstanciels
en italique par des propositions circonstancielles au subjonctif.
- Avant l’arrivée de Napoléon, les animaux menaient bon train leur conversation.
- Ils lisent attentivement les sept commandements jusqu’à la tombée de la nuit.
- Malgré tous ses efforts, il n’arrive pas à retenir tous les commandements.
- Malgré sa crainte de parler en public, il intervient dans le débat.
- En dépit de sa force physique, il ne parvient plus à labourer les champs.

C Écriture
Napoléon exhorte les animaux de la ferme avant qu’ils ne le rejoignent dans son camp.
Rédige en une dizaine de lignes le discours qu’il leur adresse. Tu commenceras ton texte
par : Mes amis les animaux, il faut que…
Tu emploieras des verbes conjugués au subjonctif.

© Cned, Français 3e — 91
Séquence 10 — séance 4

Séance 4
Comprendre une dénonciation de la tyrannie
Durée : 2h
Dans cette séance tu vas découvrir comment George Orwell écrit une dénonciation implicite du pouvoir.
Pour cette séance, tu dois avoir lu les chapitres 3 et 4 du livre.
Prends une nouvelle page. Note le titre de la séquence en rouge.
Saute deux lignes, puis note le titre de la séance en rouge. Fais ensuite le travail demandé.
Lis l’extrait ci-dessous puis réponds aux questions, et écoute le début à la piste 24 de ton CD.
La révolte lancée par Sage l’Ancien a mis fin à la domination humaine. Les animaux travaillent pour leur
propre bénéfice et non pour enrichir un humain. Les cochons ont appris à lire et sont devenus les leaders du
groupe. Parmi eux, Boule-de-Neige et Napoléon se disputent le rôle de chef. Un jour, alors que Boule-de-
Neige parvient à convaincre son auditoire par des arguments solides, Napoléon fait venir neuf molosses qui
effraient son adversaire et le chassent. Il prend ainsi le pouvoir sur la Ferme des animaux. L’extrait que tu vas
lire fait suite au coup d’état.
1 En silence, terrifiés, les animaux regagnaient la grange. Bientôt les chiens revenaient, et
toujours au pas accéléré. Tout d’abord, personne ne soupçonna d’où ces créatures pouvaient bien
venir, mais on fut vite fixé : car c’étaient là les neuf chiots que Napoléon avait ravis1 à leurs
mères et élevés en secret. Pas encore tout à fait adultes, déjà c’étaient des bêtes énormes, avec
5 l’air féroce des loups. Ces molosses2 se tenaient aux côtés de Napoléon, et l’on remarqua qu’ils
frétillaient de la queue à son intention, comme ils avaient l’habitude de faire avec Jones.
Napoléon, suivi de ses molosses, escaladait maintenant l’aire surélevée du plancher d’où
Sage l’Ancien, naguère3, avait prononcé son discours. Il annonça que dorénavant il ne se tiendrait
plus d’assemblées du dimanche matin. Elles ne servaient à rien, déclara-t-il. — pure perte de
10 temps. Á l’avenir, toutes questions relatives à4 la gestion de la ferme seraient tranchées5 par un
comité de cochons, sous sa propre présidence. Le comité6 se réunirait en séances privées, après
quoi les décisions seraient communiquées aux autres animaux. On continuerait de se rassembler
le dimanche matin pour le salut au drapeau, chanter Bêtes d’Angleterre et recevoir les consignes
de la semaine. Mais les débats publics étaient abolis7.
15 Encore sous le choc de l’expulsion de Boule de Neige, entendant ces décisions les animaux
furent consternés. Plusieurs d’entre eux auraient protesté si des raisons probantes leur étaient
venues à l’esprit. Même Malabar était désemparé, à sa façon confuse. Les oreilles rabattues et sa
mèche lui fouettant le visage, il essayait bien de rassembler ses pensées, mais rien ne lui venait.
Toutefois, il se produisit des remous8 dans le clan même des cochons, chez ceux d’esprit délié9.
20 Au premier rang, quatre jeunes gorets10 piaillèrent leurs protestations, et, dressés sur leurs pattes
de derrière, incontinent11 ils se donnèrent la parole. Soudain, menaçants et sinistres, les chiens
assis autour de Napoléon se prirent à grogner, et les porcelets se turent et se rassirent. Puis ce fut
le bêlement formidable du chœur des moutons : Quatrepattes, oui ! Deuxpattes, non ! qui se
prolongea presque un quart d’heure, ruinant toute chance de discussion.
25 Par la suite, Brille-Babil fut chargé d’expliquer aux animaux les dispositions nouvelles.
« Camarades, disait-il, je suis sûr que chaque animal apprécie à sa juste valeur le sacrifice
consenti par le camarade Napoléon à qui va incomber12 une tâche supplémentaire. N’allez pas
imaginer, camarades, que gouverner est une partie de plaisir ! Au contraire, c’est une lourde, une
écrasante responsabilité. De l’égalité de tous les animaux, nul n’est plus fermement convaincu
30 que le camarade Napoléon. Il ne serait que trop heureux de s’en remettre à vous de toutes
décisions. Mais il pourrait vous arriver de prendre des décisions erronées 13, et où cela mènerait-il
alors ?
George Orwell, La Ferme des animaux, 1945. Traduit de l’anglais par Jean Queval.
© Éditions Champ Libre / Ivrea, Paris, 1981 et 2009. www.editions-ivrea.fr

92 — © Cned, Français 3e
séance 4 — Séquence 10

Vocabulaire :
1- « Avaient ravis » (l. 3) : avaient enlevés.
2- « Molosses » (l. 5) : gros chiens.
3- « Naguère » (l. 8) : autrefois.
4- « Relatives à » (l. 10) concernant.
5- « Seraient tranchées » (l. 10) : seraient décidées.
6- « Comité » (l. 11) : rassemblement, assemblée.
7- « Abolis » (l. 14) : supprimés.
8- « Remous » (l. 19) : agitation, confusion.
9- « Esprit délié » (l. 19) : finesse d’esprit, à la compréhension facile.
10- « Gorets » (l. 20) : cochons.
11- « Incontinent » (l. 21) : qui a tendance à trop parler, sans modération.
12- « Incomber » (l. 27) : revenir à.
13- « Erronées » (l. 31) : qui sont dans l’erreur, fausses.

A Une prise de pouvoir

Réponds sur ton cahier par des phrases complètes.


1- Quelles modifications importantes Napoléon apporte-t-il au fonctionnement politique
de la ferme ?
2- Relève les indices de temps : quel aspect de l’action mettent-ils en avant ?
3- À quoi voit-on que Napoléon a préparé de longue date sa prise de pouvoir ?
4- Quelle fonction assurent les molosses ?
5- Quel autre personnage soutient Napoléon ?
6- Quel est son utilité pour Napoléon ? Pour répondre appuie-toi sur le nom de ce
personnage.

B La manipulation des animaux


1- Quelles sont les différentes raisons qui empêchent les animaux d’exprimer leur
désaccord ?
2- Recherche dans un dictionnaire le sens des adjectifs suivants : « consternés » (l. 16) et
« désemparé » (l. 17). Emploie chacun d’eux dans une phrase qui mettra leur sens en
valeur.
3- Quel rôle les moutons jouent-ils tout au long du texte ?
4- Dans quel lieu précis Napoléon a-t-il choisi de prononcer son discours ? En quoi peut-on
dire que ce lieu est symbolique ?
5- Comment Brille-Babil justifie-t-il la suppression des débats publics ?

© Cned, Français 3e — 93
Séquence 10 — séance 4

C Un récit porteur de sens


1- De quel genre littéraire pourrait-on rapprocher ce texte ? Pourquoi ?
Aide-toi de la séance 1 pour répondre.
2- Ce genre littéraire a-t-il pour seul objectif de divertir ? Quel est son objectif ici ?
3- En t’aidant du contexte politique en URSS à partir de 1926, que dénonce George
Orwell ?
4- Selon toi, quel régime politique est instauré après le coup d’état de Napoléon ?
Justifie ta réponse.
5- « Les molosses (…) frétillaient de la queue à son intention, comme ils avaient l’habitude
de faire avec Jones » (l. 5-6). Commente la construction et la signification de la figure de
style soulignée.

Compare tes réponses avec celles du corrigé puis lis et mémorise le « Je retiens » ci-dessous.

D Écriture
«  Au premier rang, quatre jeunes gorets piaillèrent leurs protestations et, dressés sur leurs
pattes de derrière, incontinent, ils se donnèrent la parole ». (l. 20-21)
En une dizaine de phrases, rédige le discours qu’auraient pu prononcer l’un de ces
animaux en utilisant des arguments illustrés par des mises en relief et des formules pour
interpeller l’auditoire.
Lis ensuite dans le livret de corrigés un exemple de ce qu’il était possible d’écrire.

94 — © Cned, Français 3e
séance 5 — Séquence 10

Séance 5
Savoir utiliser les outils de l’argumentation
Durée : 2h

Dans les séances précédentes, tu as découvert en lisant les différents extraits de la Ferme des
animaux que les personnages qui maîtrisaient la parole, et donc le discours, détenaient le pouvoir.
Il est important, pour te former au sujet de réflexion notamment, que tu sois à l’aise avec les
techniques et le vocabulaire de l’argumentation. L’objectif de cette séance est de te préparer à
répondre de manière argumentée afin de pouvoir convaincre ton lecteur ou ton auditoire.

Prends une nouvelle page. Note le titre de la séquence en rouge.

Saute deux lignes, puis note le titre de la séance en rouge. Fais ensuite le travail demandé.

A Le vocabulaire de l’opinion et du jugement


1- Voici une liste de verbes de jugement : Désavouer – dénigrer – louer – blâmer – réprouver –
estimer – condamner – apprécier
a) Classe ces verbes de jugement, selon qu’il s’agit d’un jugement positif ou négatif.
b) Trouve le nom correspondant à chacun de ces verbes.

j e retiens Les dérivés des mots en –ion.


Tous les mots formés à partir d’un nom en –ion sont appelés dérivés. Ils sont d’une nature
(ou classe grammaticale) différente.
Ex. : le nom région a pour dérivés régional (adjectif), régionalement (adverbe) et régionaliser
(verbe).
Les dérivés des noms en -ion doublent le plus souvent le « n » du suffixe -ion.
attention è attentionné
audition è auditionner
illusion è illusionniste, illusionner
action è actionner, actionnable
réaction è réactionnel
abstention è abstentionniste
déviation è déviationniste
émotion è émotionnel
Toutefois certains dérivés s’écrivent avec un seul « n ».
nation è nationalisme, nationalité, nationalisation, nationaliser, nationalement
ration è rationalisme, rationalité, rationaliser, rationalisation, mais rationnellement

2- Voici une liste de noms en –ion. Trouve leur(s) dérivé(s).


Passion, réception, action, convention, occasion, station

© Cned, Français 3e — 95
Séquence 10 — séance 5

3- Pour former un mot exprimant un jugement péjoratif, transforme les mots en gras à
l’aide d’un des suffixes suivants : -âtre, -ot(te), -aud(e), -ailler, -ard, -asse, -asser.

a) Arrête de discuter.

b) Cette robe est un peu vieille.

c) Ce chauffeur a eu une amende.

d) Je trouve ses résultats faibles.

e) Ma soupe est fade.

f) Une eau noire coule dans le caniveau.

g) Elle a une démarche lourde.

h) Je le trouve pâle.

4- Relie chaque verbe à son antonyme*. N’hésite pas à utiliser ton dictionnaire si tu as un
doute sur les significations des verbes suivants.

attaquer • • louer

accuser • • complimenter

dénoncer • • cacher

critiquer • • défendre

blâmer • • célébrer

fustiger • • innocenter

5- Classe les mots suivants selon qu’ils expriment l’accord ou l’opposition :

rival – malentendu – adhérer – connivence – contrecarrer – différend – hostile – ennemi –


intransigeant – brouiller – solidaire – querelle.

B Le vocabulaire de l’argumentation

1- Le nom « argumentation » vient du latin « montrer, dévoiler, prouver ». Sa famille de


mots est large, tu trouveras par exemple : arguer, argutie, argumentatif, argumentateur,
argumentaire. Consulte ton dictionnaire si tu ne connais pas leur définition puis utilise
chacun de ces mots dans une phrase qui explique son sens.

2- Dans une argumentation, tu peux soit convaincre* soit persuader*.

a) Indique pour chacun de ces deux mots, convaincre et persuader, au moins deux
termes de la même famille.

b) Que remarques-tu quant à leur radical ?

96 — © Cned, Français 3e
séance 5 — Séquence 10

j e retiens Les familles de mots irrégulières.


Une famille de mots est constituée de mots dérivés formés sur le même radical.
Ex. : forme, former, formation, reformulation
Une famille de mots irrégulière peut englober des mots dont le radical prend des formes
différentes.
Ex. : cœur, courageux, cardiaque, cordial
Une famille de mots irrégulière peut aussi englober des mots dont certains présentent une
consonne double et d’autres une consonne simple.
Ex. : homme, bonhomme, bonhomie, homicide

3- Complète les phrases suivantes à l’aide d’un de ces mots : convaincant, conviction,
persuasif, persuasion.
a) Le ton de cet orateur est particulièrement ...
b) Le développement de son raisonnement m’a paru ...
c) Dans notre monde où l’image d’une personne publique est essentielle, chacun travaille
l’art d’être ... avant les grands rendez-vous médiatiques.
d) L’essentiel est le pouvoir de ... d’un discours sérieux et rigoureux.
e) L’art de la … nécessite une diction et une gestuelle appropriées.
4- En t’aidant d’un dictionnaire si nécessaire, complète les phrases suivantes avec le
verbe qui convient : alléguer, délibérer, développer, illustrer, défendre, étayer et fonder.
Attention : tu devras le conjuguer correctement.
a) La thèse que ... cet avocat dans sa plaidoirie est l’innocence de l’accusé.
b) Sa thèse se ... sur plusieurs arguments qu’il ... largement devant l’assemblée.
c) Pour qu’on le croit, il veille à … ses arguments par des exemples qui ... son propos.
d) À la fin du procès, le jury se retire pour ...
e) Il ... un argument qui ne semble pas vraiment fondé.
5- Classe dans le tableau les mots ou expressions suivants :
C’est-à-dire, c’est le cas de, il en va de même, en outre, comme, de surcroît, en d’autres
termes.

Mots ou expressions qui permettent


D’insister sur une idée
D’introduire un exemple
D’introduire une comparaison
De reformuler une idée

© Cned, Français 3e — 97
Séquence 10 — séance 5

j ’approfondis
L’argumentation
Argumenter c’est s’exprimer par écrit, par oral ou par l’image :
- pour justifier ou dénoncer un fait, une idée
- pour convaincre ou persuader un destinataire
On recourt à l’argumentation dans les domaines politiques et médiatiques, dans les
procès, dans la publicité, dans la vie professionnelle mais aussi personnelle
Une thèse* est une opinion que l’on émet et qui s’appuie sur plusieurs arguments
et exemples. On peut également réfuter une thèse adverse en utilisant des contre-
arguments illustrés de contre-exemples.
Les arguments peuvent par exemple se fonder sur :
- un raisonnement logique. Ex. : Le triangle ABC présente deux côtés d’égale longueur or un
triangle comportant deux côtés de longueur égale est un triangle isocèle donc le triangle ABC est
isocèle.
- une expérience personnelle. Ex. : J’ai vécu moi-même une expérience similaire, c’est donc en
toute connaissance de cause que je maintiens ma position.
- Un propos de personne qualifiée, on parle alors d’argument d’autorité Ex. : Selon
l’ONU, les écosystèmes marins ont diminué de 30% en 40 ans.
Lorsque l’on argumente, on emploie des indices de jugements (des modalisateurs*)
pour nuancer ou au contraire affirmer (termes péjoratifs* ou mélioratifs*, questions
rhétoriques*, emploi du conditionnel…).
Pour que l’argumentation soit efficace elle doit être rigoureusement construite à l’aide
notamment de liens ou connecteurs logiques.

Liens logiques Exemples de connecteurs


Hiérarchisation des idées En premier lieu, tout d’abord, ensuite,
enfin, d’une part… d’autre part…
Addition d’arguments En outre, de surcroît, de plus, mais encore,
par ailleurs
Introduction d’exemples Ainsi, c’est le cas de, par exemple
Reformulation C’est-à-dire, en d’autres termes, autrement
dit
Explication Car, en effet, parce que
Conséquence C’est pourquoi, donc, ainsi
Concession Certes, il est vrai, bien que, même si
Opposition Mais, en revanche, alors que, tandis que
6- Choisis parmi les thèmes suivants celui que t’intéresse le plus :
Le téléphone portable, les réseaux sociaux, la scolarisation jusqu’à 16 ans, la ceinture au
volant, les transports en communs, le tri sélectif, les produits BIO.
a) Exprime clairement ta thèse autour du thème choisi
b) Énumère trois arguments pour défendre ta thèse, chacun accompagné d’un exemple.
c) Rédige ton texte en développant tes arguments illustrés par des exemples (un
argument et un exemple = un paragraphe) et en les reliant avec les connecteurs
logiques appropriés.

Lis ensuite dans le livret de corrigés un exemple de ce qu’il était possible d’écrire.

98 — © Cned, Français 3e
séance 5 — Séquence 10

C L’expression de la condition, concession et opposition


1- Observe attentivement les deux phrases suivantes. Quelle nuance remarques-tu ?
a) Si tu te perds dans les rues de New York, tu en découvriras des aspects insolites.
b) Bien que tu aies découvert des aspects insolites dans les rues de New York en te
perdant, tu as ressenti de l’angoisse.

j e retiens L’expression de la condition, de la concession et de l’opposition.


Pour exprimer la condition, la concession et l’opposition, on peut employer des groupes
nominaux circonstanciels ou des propositions subordonnées.
Les groupes nominaux circonstanciels
- de condition : ils indiquent que la réalisation d’une action ou d’un fait qui dépend de la
réalisation d’une autre action ou d’un autre fait. Ex. : En cas de forte chaleur, il faudra bien
s’hydrater.
- de concession et d’opposition : ils permettent de souligner une opposition entre deux
faits. Ex. : Malgré ses difficultés, il parvient à se maintenir à niveau. À part la soprano, tous les
chanteurs chantaient juste.
Les subordonnées
- de condition (ou d’hypothèse) : Elles expriment un fait soumis à une condition.
Reporte-toi à la séance 2 de la séquence 6, et aux séances 2 et 4 de la séquence 7 si
tu ne te souviens plus des différents types de conditions, qui ont une influence sur
le temps et le mode de la subordonnée. La subordonnée est souvent introduite par
la conjonction si, mais peut également être introduites par d’autres conjonctions ou
locutions conjonctives de condition : au cas où, à condition que, à moins que, en supposant que…
+ subjonctif.
- d’opposition et de concession : Elles mettent en relation deux faits opposés. Elles
peuvent être introduites par les locutions conjonctives tandis que, même si (+ indicatif) ou
bien que, quoique (+ subjonctif).
Différence de sens entre l’opposition et la concession :
- Dans la concession, une conséquence attendue ne s’est pas réalisée.  Ex : Alors qu’elle
chante très faux, cette chanteuse a beaucoup de succès è a priori une mauvaise chanteuse ne
devrait pas avoir beaucoup de succès.
- Dans l’opposition en revanche, il n’y a pas de conséquence attendue. Ex : Mon frère
préfère les maths, mais moi je préfère le français.

2- Souligne dans les phrases suivantes les groupes nominaux circonstanciels et indique s’ils
expriment la condition, la concession ou l’opposition.
a) Malgré son impatience, il reste très calme.
b) Pour un chanteur, il fait beaucoup de fausses notes.
c) En cas de maladie, le voyage sera remboursé.
d) Sans autorisation de sortie, tu ne pourras pas participer au voyage.
3- Complète les phrases suivantes à l’aide de groupes nominaux circonstanciels en tenant
compte des indications données entre parenthèses :
a) (GN CC de concession), elle est allée au travail.
b) (GN CC d’opposition), il acheté des fraises.
c) Tu ne pourras pas venir avec nous, (GN CC d’opposition).

© Cned, Français 3e — 99
Séquence 10 — séance 5

4- Souligne dans les phrases suivantes les subordonnées puis indique si elles expriment
l’opposition ou la condition.
a) Bien qu’elle soit timide, elle s’est présentée à l’élection des délégués.
b) S’il neigeait, je ne pourrais pas sortir la voiture du garage.
c) Si vous êtes trop impatient, vous aurez du mal à attendre votre tour.
5- Conjugue les verbes des subordonnées circonstancielles d’opposition au temps et au
mode qui conviennent.
a) Alors qu’il (aimer) la musique, Henri ne peut jamais en écouter.
b) Quels que (être) les avantages de ce poste, je décline l’offre.
c) Bien qu’elle (comprendre) l’anglais, elle le parlait difficilement.
d) Quoi que vous (dire), elle vous contredira toujours.

D Rédaction « guidée » (pas à pas)


Sujet d’imagination :
Imagine une suite à l’extrait que tu as travaillé dans cette séance. Boule-de-Neige revient en secret dans
la ferme et encourage les autres animaux à une nouvelle révolte. Tu raconteras les circonstances de ce
retour et développeras le discours qu’il leur tient.
Avant de te précipiter sur ta copie, il est important de lire très attentivement le sujet car
il te donne des informations essentielles pour réussir. En l’analysant, tu découvriras qu’il
t’apporte des pistes pour ce que tu dois écrire.
Relis une fois attentivement le sujet proposé.
Si tu es attentif, tu remarques qu’il y a pour réussir trois points importants à ne pas négliger.
Voici le sujet analysé :
Imagine une suite à l’extrait que tu as travaillé dans cette séance. Boule-de-Neige revient
en secret dans la ferme et encourage les autres animaux à une nouvelle révolte. Tu
raconteras les circonstances de ce retour et développeras le discours qu’il leur tient.
Le premier est Imagine une suite : tu ne peux pas imaginer tout ce que tu veux. Tu dois
tenir compte des événements passés juste avant cet éventuel retour de Boule-de-Neige. Il
faut mobiliser tes connaissances de l’intrigue et des personnages.
Le deuxième est Boule-de-Neige revient en secret dans la ferme et Tu raconteras les
circonstances de ce retour. Ton devoir devra comporter une partie narrative : il faudra
raconter les conditions de vie des animaux, l’intrusion de Boule-de Neige dans la ferme
dont il a été chassé quelques temps auparavant. Il est important aussi d’imaginer
comment les animaux vont réagir à son retour (joie, peur, rejet…)
Le troisième est encourage les autres animaux à une nouvelle révolte et développeras le
discours qu’il leur tient. Ton devoir devra également comporter une partie argumentative.
Il te faut réfléchir aux procédés que le cochon va utiliser pour interpeller et intéresser
les autres animaux. Tu dois également penser aux arguments qu’il avancera pour les
convaincre de se révolter à nouveau et aux liens logiques qui lui permettront de construire
son discours. Enfin, pour être persuasive, cette partie argumentative devra faire appel aux
émotions. Pense aux modalisateurs ou marques de subjectivité.
Maintenant que le sujet est bien détaillé, à ton stylo !
N’oublie pas ensuite de te relire pour ne pas laisser d’erreurs de sens ou d’orthographe !
Lis ensuite dans le livret de corrigés un exemple de ce qu’il était possible d’écrire.

100 — © Cned, Français 3e


séance 6 — Séquence 10

Séance 6
Comprendre une satire politique.
Durée : 2h.
Par l’étude de cet extrait, tu pourras te rendre compte que le régime politique instauré par
Napoléon est un régime de terreur qui arrive à son point culminant. Tu auras également l’occasion
de réviser les paroles rapportées.
Pour cette séance, tu dois avoir lu les chapitres 5 et 6 du livre.
Prends une nouvelle page. Note le titre de la séquence en rouge.
Saute deux lignes, puis note le titre de la séance en rouge. Fais ensuite le travail demandé.
Lis attentivement le texte ci-dessous, et écoute le début, lu à la piste 25 de ton CD.
1 Napoléon donna ordre à tous les animaux de se rassembler dans la cour. Quand ils furent tous
réunis, il sortit de la maison de la ferme, portant deux décorations (car récemment il s’était
attribué les médailles de Héros-Animal, Première Classe et Deuxième Classe). Il était entouré de
ses neufs molosses qui grondaient : les animaux en avaient froid dans le dos, et chacun se tenait
5 tapi en silence, comme en attente de quelque événement terrible.
Napoléon jeta sur l’assistance un regard dur, puis émit un cri suraigu. Immédiatement les
chiens bondirent en avant, saisissant quatre cochons par l’oreille et les traînant, glapissants et
terrorisés, aux pieds de Napoléon. Les oreilles des cochons saignaient. Et, quelques instants, les
molosses ivres de sang, parurent saisis d’une rage démente. Á la stupeur de tous, trois d’entre eux
10 se jetèrent sur Malabar. Prévenant leur attaque, le cheval frappa l’un d’eux en plein bond et de
son sabot le cloua au sol. Le chien hurlait miséricorde. Cependant, ses deux congénères, la queue
entre les jambes, avaient filé bon train. Malabar interrogeait Napoléon des yeux. Devait-il en finir
avec le chien ou lui laisser la vie sauve ? Napoléon parut prendre une expression autre, et d’un
ton bref il lui commanda de laisser aller le chien, sur quoi Malabar leva son sabot. Le chien
15 détala, meurtri et hurlant de douleur.
Aussitôt le tumulte s’apaisa. Les quatre cochons restaient sidérés et tremblants, et on lisait sur
leurs traits le sentiment d’une faute. Napoléon les invita à confesser leurs crimes. C’étaient là les
cochons qui avaient protesté quand Napoléon avait aboli l’assemblée du dimanche. Sans autre
forme de procès, ils avouèrent. Oui, ils avaient entretenu des relations secrètes avec Boule de
20 Neige depuis son expulsion. Oui, ils avaient collaboré avec lui à l’effondrement du moulin à vent.
Et oui, ils avaient été de connivence pour livrer la Ferme des Animaux à Mr. Frederick. Ils firent
encore état de confidences du traître : depuis des années, il était bien l’agent secret de Jones. Leur
confession achevée, les chiens, sur–le-champ, les égorgèrent. Alors, d’une voix terrifiante,
Napoléon demanda si nul autre animal n’avait à faire des aveux.
25 Les trois poulets qui avaient mené la sédition dans l’affaire des œufs s’avancèrent, disant que
Boule de Neige leur était apparu en rêve. Il les avait incités à désobéir aux ordres de Napoléon.
Eux aussi furent massacrés. Puis une oie se présenta : elle avait dérobé six épis de blé à la
moisson de l’année précédente et les avait mangés de nuit. Un mouton avait, lui, uriné dans
l’abreuvoir — sur les instances de Boule de Neige —, et deux autres moutons avouèrent le
30 meurtre d’un vieux bélier, particulièrement dévoué à Napoléon : alors qu’il avait un rhume de
cerveau, ils l’avaient pris en chasse autour d’un feu de bois. Tous furent mis à mort sur-le-champ.
Et de cette façon, aveux et exécutions se poursuivirent : à la fin ce fut, aux pieds de Napoléon, un
amoncellement de cadavres, et l’air était lourd d’une odeur de sang inconnue depuis le
bannissement de Jones.
35 Quand on en eut fini, le reste des animaux, cochons et chiens exceptés, s’éloigna en foule
furtive. Ils frissonnaient d’horreur.

George Orwell, La Ferme des animaux, 1945. Traduit de l’anglais par Jean Queval.
© Éditions Champ Libre / Ivrea, Paris, 1981 et 2009. www.editions-ivrea.fr

© Cned, Français 3e — 101


Séquence 10 — séance 6

Vocabulaire
- « se tenait tapi » (l. 8) : se cacher, se dissimuler.
- « glapissant » (l. 13) : poussant de petits cris.
- « démente » (l. 15) : folle, hystérique.
- « hurlait miséricorde » (l. 18) : demandait grâce, réclamait la vie sauve.
- «  congénères » (l. 19) : qui sont de la même espèce, semblables.
- « sidérés » (l. 27) : stupéfaits, figés par la peur.
- « sédition » (l. 41) : Émeute, révolte, soulèvement.

A La description d’un régime de terreur


1- Quelles impressions la lecture de cet extrait te laisse-t-elle ?
2- Quel personnage te semble diriger la ferme ? Justifie ta réponse par plusieurs éléments
dans le texte.
3- À quel champ lexical appartiennent les mots « stupeur » et «  sidérés » (l. 15-16). Quelle
nuance fais-tu entre ces deux mots ?
4- Que peux-tu dire alors des sentiments ressentis par les animaux de l’assemblée ?
5- Quelle figure de style est employée lors des aveux des cochons (l. 19 à 21)? Que dénonce-
t-elle ?
6- Quels autres animaux passent aussi en procès ? Quelle en est l’issue pour chacun d’entre
eux ? Explique ta réponse en commentant l’enchaînement des phrases dans les deux
derniers paragraphes.
7- Que penses-tu du fonctionnement de ce procès ?
8- Quel genre de dirigeant Napoléon incarne-t-il ici ? Justifie ta réponse en t’appuyant
notamment sur son entrée en scène dans le premier paragraphe.
9- En quoi peut-on dire que ce passage est une satire politique ?

B Les paroles rapportées

j e sais déjà
Le discours rapporté
En cinquième, tu as étudié le discours direct et en quatrième, le discours indirect.
Tu connais donc déjà deux façons de rapporter les paroles d’un personnage.
- Le discours direct : façon de rapporter directement les paroles ou les pensées telles
qu’elles ont été exprimées. Le dialogue ou monologue est inséré dans le récit par des
verbes de parole et par une ponctuation particulière : deux-points, guillemets et tirets.
Ex. : Napoléon annonça aux animaux sidérés :
« Je suis votre nouveau chef, soumettez-vous ! »
- Le discours indirect : rapporte indirectement les paroles du personnage en les
transformant pour les intégrer au récit à l’aide de propositions subordonnées.
Ex. : Napoléon annonça aux animaux sidérés qu’il était leur nouveau chef et qu’il exigeait qu’ils se
soumettent.
Attention : les pronoms personnels sont modifiés, ainsi que les temps verbaux. Pour
transformer, dans un récit au passé, le discours direct en discours indirect, il faut respecter
la concordance des temps.

102 — © Cned, Français 3e


séance 6 — Séquence 10

Discours direct Discours indirect


Le verbe de parole est au Présent Imparfait
passé.
Imparfait Plus-que-parfait
Futur simple Conditionnel présent
Passé composé Plus-que-parfait
1- « Oui, ils avaient entretenu des relations secrètes avec Boule-de Neige depuis son
expulsion. Oui, ils avaient collaboré avec lui à l’effondrement du moulin à vent. Oui, ils
avaient été de connivence pour livrer la Ferme des animaux à Mr. Frederick ». (l. 19 à 21)
Peux-tu classer ce passage des aveux des cochons dans l’un des discours mentionnés dans
le « Je sais déjà » ?

j e retiens Le discours indirect libre et le discours narrativisé.


Il y a deux autres façons de rapporter les paroles d’un personnage :
- Le discours indirect libre : intègre comme le discours indirect les paroles au récit, mais
garde certaines caractéristiques du discours direct. C’est un intermédiaire qui crée une
continuité avec le récit et conserve le caractère vivant du discours.
Ex. : Napoléon annonçait aux animaux sidérés ses nouvelles intentions, il était leur nouveau chef et il
exigeait qu’ils se soumettent !
- Le discours narrativisé : suggère les paroles à l’intérieur d’une phrase de récit, sans
réellement les rapporter. Il fait partie de la narration et le temps qui exprime les paroles
est conjugué au temps du récit.
Ex. : Quand Napoléon entra dans la grange, les animaux l’accueillirent avec effroi et ils l’invitèrent à
déclamer son discours. Puis, ils n’osèrent l’interroger.

2- Transforme les phrases en employant le discours indirect. Fais attention aux indicateurs
de temps.
a) Napoléon déclara aux animaux : « Ce matin, je vais vous réciter les sept
commandements. »
b) Il ajouta : « Demain, vous appliquerez ces nouvelles règles. »
c) Il ordonna à ses molosses : « Surveillez-les de près ! »
d) Un des molosses lui demanda : « Quand pourrons-nous les attaquer ? »
3- Identifie les types de discours utilisé pour chacune des phrases suivantes.
a) Dans la grange, Napoléon présenta sa dernière loi.
b) Malabar demanda à Moïse s’il avait compris la fin du discours.
c) M. Jones interrogea Napoléon sur la marche à suivre.
d) « N’oublie pas de suivre les sept commandements » lui recommandé Brille-Babil.

C Expression écrite
Imagine les pensées des animaux après cette scène. Tu commenceras par « Ils n’auraient
pas su dire ce qui les bouleversait le plus… » Tu poursuivras en veillant à ce que ton récit
soit au discours indirect libre.
Lis ensuite dans le livret de corrigés un exemple de ce qu’il était possible d’écrire.
© Cned, Français 3e — 103
Séquence 10 — séance 7

Séance 7
Lire un récit en boucle
Durée : 1h

L’objectif de cette séance est de comprendre la construction du roman.

Pour cette séance, tu dois avoir lu les chapitres 8 et 9 du livre.

Prends une nouvelle page. Note le titre de la séquence en rouge.

Saute deux lignes, puis note le titre de la séance en rouge. Fais ensuite le travail demandé.

Lis l’extrait ci-dessous et écoute-le à la piste 26 de ton CD, puis réponds aux questions.
Voici les dernières lignes du roman : des fermiers des alentours ont été invités à visiter la ferme. À la suite de
cette visite, ils festoient en compagnie des cochons. Les animaux, surpris, observent la scène par la fenêtre.
Napoléon prend la parole et porte un toast.

1 Messieurs, conclut Napoléon, je vais porter le même toast que tout à l’heure, mais autrement
formulé. Que chacun remplisse sa chope à ras bord. Messieurs, je bois à la prospérité de la Ferme
du Manoir ! »
Ce furent encore des acclamations chaleureuses, et les chopes furent vidées avec entrain. Mais
5 alors que les animaux observaient la scène du dehors, il leur parut que quelque chose de bizarre
était en train de se passer. Pour quelle raison les traits des cochons n’étaient-ils plus tout à fait les
mêmes ? Les yeux fatigués de Douce glissaient d’un visage à l’autre. Certains avaient un
quintuple menton, d’autres avaient le menton quadruple et d’autres triple. Mais qu’est-ce que
c’était qui avait l’air de se dissoudre, de s’effondrer, de se métamorphoser ? Les
10 applaudissements s’étaient tus. Les convives reprirent la partie de cartes interrompue, et les
animaux silencieux filèrent en catimini1.
Ils n’avaient pas fait vingt mètres qu’ils furent cloués sur place. Des vociférations 2 partaient
de la maison. Ils se hâtèrent de revenir mettre le nez à la fenêtre. Et, de fait, une querelle violente
était en cours. Ce n’étaient que cris, coups assenés sur la table, regards aigus et soupçonneux,
15 dénégations furibondes3. La cause du charivari4 semblait due au fait que Napoléon et Mr.
Pilkington avaient abattu un as de pique en même temps.
Douze voix coléreuses criaient et elles étaient toutes les mêmes. Il n’y avait plus maintenant à
se faire de questions sur les traits altérés des cochons. Dehors, les yeux des animaux allaient du
cochon à l’homme et de l’homme au cochon, et de nouveau du cochon à l’homme ; mais déjà il
20 était impossible de distinguer l’un de l’autre.

George Orwell, La Ferme des animaux, 1945. Traduit de l’anglais par Jean Queval.
© Éditions Champ Libre / Ivrea, Paris, 1981 et 2009. www.editions-ivrea.fr

104 — © Cned, Français 3e


séance 7 — Séquence 10

Vocabulaire
1- « en catimini » (l. 11) : discrètement.
2- « vociférations » (l. 12) : cris de colère, de protestation.
3- dénégations furibondes » (l. 15) : refus violent d’admettre la vérité.
4- « charivari » (l. 15) : vacarme, tumulte.

Réponds sur ton cahier par des phrases complètes.

A Un récit en abyme*
1- Quels sont les différents personnages en présence dans cet extrait ?
2- Quels sont les personnages qui découvrent la scène en même temps que les lecteurs ?
3- Pourquoi peut-on dire qu’ils sont spectateurs ? Justifie ta réponse en relevant au moins
deux éléments dans le texte.
4- Relève dans le texte des expressions (détails physiques, activités, comportements…) qui
montrent que les cochons et les autres animaux de la ferme ont des conditions de vie
bien opposées ?

Les cochons Les autres animaux de la ferme

5- En t’aidant de ton relevé à la question précédente, montre que Napoléon et les cochons
ont mis en place un régime de terreur qui asservit les autres animaux.

B La disparition de l’animalisme
1- « Les yeux fatigués de Douce glissaient d’un visage à l’autre » (l. 7). Quel événement
étonnant remarque-t-il en observant la scène par la fenêtre ?
2- Quel est le type de phrase utilisé pour marquer la surprise ?
3- Quel événement fantastique se produit à la fin du récit ?
4- En quoi peut-on dire que cet événement marque la fin de l’animalisme ?

C Une construction du récit en boucle


1- Dans la séance 2 tu as vu que le roman commençait par le discours de Sage l’Ancien. 
Quelle remarque peux-tu faire sur la fin du roman ?
2- Compare le discours du cochon qui ouvre le roman au discours final de Napoléon : que
peux-tu conclure de cette comparaison ?
3- Compare la situation de la ferme au début et à la fin du roman : que constates-tu ?
4- Ligne 2 et 3, Napoléon boit « à la prospérité de La Ferme du manoir », quelle remarque
fais-tu sur le nom de la ferme ?
5- Complète le schéma ci-dessous qui reprend les différentes étapes du récit.

© Cned, Français 3e — 105


Séquence 10 — séance 7

Situation initiale en déséquilibre : La rébellion : Le régime de la Ferme


des animaux est appelé :
Misère physique et morale des Les …………..…
…………………….
……………………. sous la domination de è chassent les è
……………………. …………………

État final en déséquilibre : Progressivement, les


lois égalitaires sont
Misère physique et morale ç …………………….…
des ……………………. sous la
par ceux qui dirigent :
domination de ……………………
…………………….

6- En reprenant tes réponses précédentes, en quoi peut-on dire que La Ferme des animaux est
un récit en boucle ?

Compare tes réponses avec celles du corrigé.

D Dictée

Écoute la piste 27 de ton CD audio.

106 — © Cned, Français 3e


séance 8 — Séquence 10

Séance 8
Une fable aux résonances historiques
Durée : 2h

En lisant intégralement le roman de Georges Orwell, tu as vu qu’il s’agissait d’une œuvre engagée
sur le plan politique. Dans cette séance, il est question de te donner toutes les clés pour comprendre
l’arrière plan historique.

A Découvrir l’auteur
Lis attentivement cette biographie de Georges Orwell puis coche la bonne réponse parmi
les questions qui suivent (une seule bonne réponse possible) :
George Orwell, né en 1903 à Motihari (Inde britannique, actuelle Inde), est un écrivain
anglais et journaliste du XXe siècle. Son vrai nom est Eric Arthur Blair.
À dix-neuf ans, George Orwell entre dans la police impériale birmane. Il y restera jusqu’en
1927. Cette période l’a inspiré pour écrire Une histoire birmane (1934), récit critiquant
le colonialisme anglais. Il exerce ensuite plusieurs métiers (maître d’école, employé de
librairie...) pour pouvoir vivre.
En 1936, après sa participation à la guerre civile espagnole dans les rangs du P.O.U.M
(Parti Ouvrier d’Unification Marxiste), Orwell se dresse contre le totalitarisme nazi et
soviétique. Après avoir observé et partagé les conditions d’existence des classes ouvrières
à Londres et à Paris, il décide de se battre pour plus de justice sociale et adhère au
socialisme.
George Orwell publie La Ferme des animaux en 1945 où il se moque de la politique
stalinienne. En 1949, il publie son plus célèbre roman, 1984. Ce dernier est un roman
de science-fiction dans lequel Orwell décrit une contre-utopie totalitaire en Grande-
Bretagne. Big Brother, un personnage de fiction dans le roman, est devenu une figure
métaphorique du régime policier et totalitaire et de la réduction des libertés.
George Orwell meurt en 1950 à Londres de la tuberculose.
1- Georges Orwell est un pseudonyme, son vrai nom est :
o Tony Blair
o Eric Arthur Blair
o Georges Blair
2- La nationalité de cet auteur est :
o Birmane
o Anglaise
o Espagnole
3- Pendant la guerre civile espagnole, Georges Orwell a participé :
o À la BOUM (Bolchévique organisation unie et menaçante)
o Au POUM (Parti Ouvrier D’Unification Marxiste)
o Au POUM (Parti organisé dans l’urgence mondiale)

© Cned, Français 3e — 107


Séquence 10 — séance 8

4- Georges Orwell a écrit :


o En 1984, un livre intitulé 1949
o En 1984, un livre intitulé 1936
o En 1949, un livre intitulé 1984
5- Le personnage principal de ce roman s’appelle :
o Small Brother
o Big Sister
o Big Brother

B Lecture d’images
Observe attentivement les différentes images :

1 2 3

4 5 6

108 — © Cned, Français 3e


séance 8 — Séquence 10

1- Laquelle de ces six images représente le mieux selon toi le roman que tu viens de lire ?
Justifie ta réponse.
2- Lesquelles de ces six images proposent un travestissement des animaux ? Explique
comment ils sont humanisés.
3- Lesquelles de ces six images ne proposent pas la lecture des animaux travestis en
homme ? Explique ta réponse.
4- Les images 4 et 5 font particulièrement appel à la symbolique des couleurs, qu’est-il
évoqué à travers celles-ci ?

C La symbolique des noms propres


1- Georges Orwell transpose dans son roman La Ferme des animaux des événements politiques
de son temps. Chacun des personnages représentent une figure historique réelle. Dans
le tableau suivant, écris en face des personnages du roman, les figures ou institutions
historiques de la liste suivante (aide-toi d’un dictionnaire des noms propres ou de ton
manuel d’histoire si tu ne connais pas ces personnes historiques).
Le tsar Nicolas II, Karl Marx, Staline, Trotski, Hitler, la Pravda, Stakhanov

Personnages du roman Personnes historiques


Sage l’Ancien
M. Frederick
Brille-Babil
Boule-de-Neige
M. Jones
Napoléon
Malabar
2- Les masses anonymes représentent des institutions historiques, mais lesquelles ? Relie la
colonne de gauche avec les institutions de la colonne de droite.
Les cochons • • la police politique
Les chiens • • la classe patronale et les capitalistes
Les chevaux • • les masses
Les hommes • • le prolétariat ouvrier et militant
Les pigeons • • la direction du Parti
La chatte • • les hédonistes
3- Les lieux aussi sont symboliques. Mais que symbolisent-ils ? Relie la colonne de gauche
avec les lieux historiques réels de la colonne de droite.
La Ferme des animaux • • l’empire russe
La maison de Jones • • l’Empire Britannique
Pinchfield • • l’Allemagne
La Ferme du Manoir • • le Kremlin
Foxwood • • l’URSS

© Cned, Français 3e — 109


Séquence 10 — séance 8

Vérifie maintenant tes réponses dans ton livret de corrigés.

D Écriture
Selon toi est-il plus efficace de dénoncer de façon implicite comme l’a fait Georges Orwell
dans La Ferme des animaux ou de façon explicite ?
Réponds à cette question de façon argumentée et en quelques phrases en t’appuyant sur
des expériences que tu as pu vivre à l’école par exemple et éventuellement sur des œuvres
littéraires que tu connais.

110 — © Cned, Français 3e


séance 9 — Séquence 10

Séance 9
Je m’évalue

Durée : 1h30.

Comme à la fin de chaque séquence, tu vas faire un bilan de ce que tu as appris. Cela te permettra
de faire le point sur ce que tu dois savoir et ce que tu dois être capable de faire pour le devoir.
Complète maintenant le tableau suivant. Si tu as oublié quelque chose ou si tu n’es pas sûr de toi,
tu peux utiliser ton cours. Lorsque tu auras fini, prends le corrigé et vérifie tes réponses. Il est très
important que ce tableau de synthèse ne comporte pas d’erreurs.

Je connais Je suis capable de


 L’histoire de La Ferme des animaux.  Remettre dans l’ordre les événements
importants de l’histoire.
(A) Le soulèvement, (B) Le meeting de
Sage L’ancien, (C) Frédérick tente de
s’emparer de la ferme, (D) L’organisation
du nouveau régime, (E) Le retour à
l’ancien ordre social, (F) Le régime tourne
à la dictature, (G) L’offensive des fermiers
voisins, (H) Débats stratégiques sur les
moyens de consolider la révolution, (I)
Napoléon décide une nouvelle politique,
(J) Une société de plus en plus inégalitaire
L’ordre exact est : ……………………………
 L’emploi du subjonctif dans les  Souligner dans les phrases suivantes les
propositions subordonnées relatives propositions subordonnées relatives et
conjuguer les verbes entre parenthèse au
J’ai approfondi ma connaissance du mode subjonctif.
subjonctif. Je sais qu’il peut s’employer - Je cherche des animaux qui (être)
dans les propositions subordonnées …….…….. gentils.
relatives. - Malabar est le seul animal de la ferme qui
(pouvoir) ……………….... se défendre.
- Je voudrais un animal qui (prendre)
…………..…….. peu de place.
 L’emploi du subjonctif dans les proposi-  Indiquer la valeur de chaque proposition
tions subordonnées circonstancielles de : subordonnée circonstancielle soulignée.
- B_t Quoiqu’il l’affirme, il ne leur pardonnera
- C__ce__ion jamais. ………………………………
- T____s Il prend la parole jusqu’à ce qu’il ne soit plus
- C__di__on écouté. ………………………………
- Con____en_e Pourvu qu’il soit beau et fort mon prince
charmant !
………………………………

© Cned, Français 3e — 111


Séquence 10 — séance 9

 Les dérivés des mots en –ion  Trouver des mots de la même famille que
Les mots en –ion peuvent servir à les noms féminins en –ion ci-dessous, et
former d’autres mots qu’on appelle des doubler le « n » du suffixe si besoin.
…………... Il faut souvent doubler le « n » Proportion è ………………………….
du suffixe -ion Raison è ………………………….
Passion è ………………………….
Nation è ………………………….
 Les familles de mots irrégulières  Donner au moins trois mots pour former
Une famille de mots irrégulière peut la famille de :
englober des mots dont le radical prend - mer : ……………………………..……………
des formes …………… - donner : ………………………………………
Ex. : ………………………………….
 Le vocabulaire de l’éloquence  Répondre aux questions suivantes :
L’éloquence (ou ……………………) est 1) Le nom éloquence est-il synonyme
l’art de bien construire un discours. La ou antonyme de rhétorique ?
partie initiale d’un discours s’appelle …………………………………………
l’e……………………… et sa partie finale 2) Quel adjectif qualificatif peut-on utiliser
s’appelle la p……………………………. pour parler d’un orateur qui parle bien ?
………………….………
3) Quel nom est formé sur le verbe
exhorter ? ………………….………
 L’argumentation est l’art de c……………….  Surligner les connecteurs logiques du
par des arguments solidement construits texte suivant :
ou de p……………. son auditoire en M. Jones se dépêcha d’abord de fuir car il
faisant appel à ses sentiments (colère, savait que les animaux s’étaient soulevés
pitié…) pendant la nuit. Il se refugia ensuite dans une
Pour que l’argumentation soit efficace, ferme avoisinante et se dit qu’il prendrait sa
elle doit être rigoureusement construite, à revanche. Même s’il était terrorisé, il était
l’aide notamment de liens ou connecteurs certain de faire son retour mais il ne savait
logiques. Le lien logique qui existe entre pas encore quand.
deux idées peut exprimer plusieurs
……………………

112 — © Cned, Français 3e


Séquence 10 — séance 9

 L’expression de la condition, de la  Souligner dans les phrases suivantes


concession et de l’opposition les propositions subordonnées
Pour exprimer la condition, la concession circonstancielles et indiquer les
et l’opposition, on peut employer des circonstances qu’elles expriment.
groupes nominaux ……………………….. ou 1) Soit que tu viennes en train, soit que tes
des propositions ……………………………. parents te ………………………………………
conduisent en voiture, ton voyage sera
long.
………………………………………………………
2) En supposant que vous ayez envie de lire
ce …………………………………………………
roman, je vous le prête volontiers.
……………………………………………………
3) Les parents de Côme acceptent que leur
fils ………………………………………………
organise une fête à condition qu’un
adulte soit présent.
………………………………………………………

113 — © Cned, Français 3e


Sommaire
Séquence 11
Les poètes : voyageurs de la modernité
Durée approximative : 7 h 30

Séance 1 « La Petite Auto », Guillaume Apollinaire


Analyser le contexte historique du poème
Découvrir une forme poétique nouvelle : le calligramme
Orthographe et accord de leur

Séance 2 « Ode », Valéry Larbaud


Étudier un poème en vers libres
L’écriture poétique du voyage

Séance 3 « Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France », Blaise Cendrars


Analyser un poème de la modernité
Orthographe et accord de tout

Séance 4 « Pensée en mer », Paul Claudel


Comprendre l’exil intérieur du voyageur
Étudier un poème en prose

Séance 5 « New York », Léopold Sédar Senghor


Découvrir le regard du poète sur une ville moderne

Séance 6 Je m’évalue

Socle commun
Durant cette séquence, tu auras l’occasion de développer tes connaissances et de travailler des items
des compétences ci-dessous.
Compétence 1 : La maîtrise de la langue française
- Repérer les informations dans un texte à partir des éléments explicites et des éléments
implicites nécessaires.
- Dégager, par écrit ou oralement, l’essentiel d’un texte lu.
- Écrire lisiblement un texte en respectant l’orthographe et la grammaire.
- Rédiger un texte bref, cohérent et ponctué, en réponse à une question ou à partir d’une
consigne donnée.
Compétence 5 : La culture humaniste
- Établir des liens entre les œuvres (littéraires, artistiques) pour mieux les comprendre.

114 — © Cned, Français 3e


séance 1 — Séquence 11

Séance 1
Découvrir une forme poétique nouvelle : le calligramme
« La Petite Auto », Guillaume Apollinaire
Durée approximative : 1h
Dans cette séquence, tu vas partir en voyage et parcourir le monde, de Montmartre à New York,
en passant par la Sibérie. Tu voyageras en train, en auto ou en bateau, mais toujours en compagnie
de poètes. Au XXe siècle, les progrès techniques ont considérablement modifié le rapport que les
hommes entretiennent avec l’espace. Les poètes que tu vas découvrir ont su capter et fixer dans
leurs textes les particularités du voyage moderne. Pour cela, ils ont dû renouveler les formes
poétiques traditionnelles et en forger d’autres, plus souples, plus libres, capables de recueillir et
de transcrire les vibrations, parfois les soubresauts, d’un monde en pleine mutation. C’est donc
également à un voyage à travers la modernité poétique que cette séquence t’invite maintenant.
La première séance t’emmène dans une « petite auto », aux côtés de Guillaume Apollinaire, au
moment où la première guerre mondiale éclate. Tu découvriras une forme poétique originale, le
calligramme et travailleras sur l’orthographe et l’accord de leur.
Prends une nouvelle page dans ton cahier. En haut, note le numéro et le titre de la séquence en
rouge. Encadre-les.
Saute deux lignes, puis note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais ensuite le
travail demandé.
À présent, lis deux fois le texte qui suit.
LA PETITE AUTO

1 Le 31 du mois d’Août 1914


Je partis de Deauville un peu avant minuit
Dans la petite auto de Rouveyre

Avec son chauffeur nous étions trois

5 Nous dîmes adieu à toute une époque


Des géants furieux se dressaient sur l’Europe
Les aigles quittaient leur aire attendant le soleil
Les poissons voraces montaient des abîmes
Les peuples accouraient pour se connaître à fond
10 Les morts tremblaient de peur dans leurs sombres demeures

Les chiens aboyaient vers là-bas où étaient les frontières


Je m’en allais portant en moi toutes ces armées qui se battaient
Je les sentais monter en moi et s’étaler les contrées où elles serpentaient
Avec les forêts les villages heureux de la Belgique
15 Francorchamps avec l’Eau Rouge et les pouhons
Région par où se font toujours les invasions
Artères ferroviaires où ceux qui s’en allaient mourir
Saluaient encore une fois la vie colorée
Océans profonds où remuaient les monstres
20 Dans les vieilles carcasses naufragées
Hauteurs inimaginables où l’homme combat
Plus haut que l’aigle ne plane
L’homme y combat contre l’homme
Et descend tout à coup comme une étoile filante
25 Je sentais en moi des êtres neufs pleins de dextérité © Cned, Français 3e — 115
Bâtir et aussi agencer un univers nouveau
Un marchand d’une opulence inouïe et d’une taille prodigieuse
Disposait un étalage extraordinaire
Océans profonds où remuaient les monstres
20 Dans les vieilles carcasses naufragées
Hauteurs inimaginables où l’homme combat
Plus haut
Séquence 11 que l’aigle1 ne plane
— séance
L’homme y combat contre l’homme
Et descend tout à coup comme une étoile filante
25 Je sentais en moi des êtres neufs pleins de dextérité
Bâtir et aussi agencer un univers nouveau
Un marchand d’une opulence inouïe et d’une taille prodigieuse
Disposait un étalage extraordinaire
Et des bergers gigantesques menaient
30 De grands troupeaux muets qui broutaient les paroles
Et contre lesquels aboyaient tous les chiens sur la route

35 Et quand après avoir passé l’après-midi


Par Fontainebleau
Nous arrivâmes à Paris
Au moment où l’on affichait la mobilisation
Nous comprîmes mon camarade et moi
40 Que la petite auto nous avait conduits dans une époque
Nouvelle
Et bien qu’étant déjà tous deux des hommes mûrs
Nous venions cependant de naître

Guillaume Apollinaire, « La Petite Auto », in Calligrammes, 1918 © Éditions Gallimard (1967)


« Tous les droits d’auteur de ce texte sont réservés. Sauf autorisation, toute utilisation de celui-ci autre que la consultation
individuelle et privée est interdite » www.gallimard.fr
NOTES :
1- « Rouveyre » : ami d’Apollinaire, journaliste et dessinateur.
2- « aire » : nid des grands oiseaux de proie, comme l’aigle.
3- « Francorchamps » : village belge appartenant à la commune de Stavelot où Apollinaire séjourna à
l’âge de 19 ans.
4- « l’Eau Rouge » : rivière belge.
5- « pouhon » : source minérale ferrugineuse, c’est-à-dire qui contient du fer.
6- « dextérité » : habileté, adresse.
7- « opulence » : richesse.
8- « mobilisation » : mise sur le pied de guerre des forces militaires d’un pays par le rappel dans les
armées de tous ceux qui sont désignés pour y servir en temps de paix.

116 — © Cned, Français 3e


Séquence 11 — séance 1

Pour vérifier ta bonne compréhension du poème, réponds maintenant aux questions qui suivent.

A Analyser le contexte historique du poème


1- a) Quelle est la date exacte du voyage fait par le poète dans la petite auto?

b) Quel événement historique la France s’apprête-t-elle à vivre ?

c) Relève dans la fin du poème un terme qui le confirme.

d) Par quelle région les armées adverses arrivent-elles ? Cite le texte à l’appui de ta
réponse.

2- a) Que désigne l’expression « des géants furieux » employée au vers 6 ?

b) Dans les vers 6 à 9, quels verbes de mouvement expriment les préparatifs de la guerre ?

c) Souligne, dans les vers 11 à 24, les termes se rapportant au combat.

d) Le poète emploie le champ lexical des animaux pour parler des forces qui vont
s’affronter : relèves-en trois exemples.

e) Quel effet produit l’utilisation de ce champ lexical ?

Tu peux vérifier tes réponses dans le corrigé et poursuivre ton travail.

B L’entrée dans une époque nouvelle


1- a) Le poète a conscience qu’une période est en train de s’achever. Quel vers, situé au
début du poème, l’exprime clairement ?

b) Relève, entre les vers 11 et 19, deux groupes nominaux traduisant le bonheur de
l’avant-guerre.

2- a) Le poète ressent d’une manière très intime les événements historiques qui se profilent.
Retrouve trois expressions qui le montrent.

b) Relève les trois termes appartenant au champ lexical de la nouveauté.

c) « Nous venions […] de naître » (v.40) : que cherche à exprimer Apollinaire par cette
expression ?

3- D’après tes réponses aux questions précédentes, explique en quoi ce voyage en voiture est
aussi un voyage dans le temps.

C Le calligramme : une forme poétique nouvelle


1- a) Un dessin est intercalé dans le poème, entre les vers 31 et 32. Que représente-t-il ?

b) Quels indices, contenus dans le poème, peuvent en faciliter l’identification ?

c) De quoi sont formés les différents éléments du dessin ?

117 — © Cned, Français 3e


séance 1 — Séquence 11

2- Voici, sous sa forme versifiée traditionnelle, le texte formant le dessin :


Je n’oublierai jamais ce voyage nocturne où nul de nous ne dit un mot.
Ô départ sombre où mouraient nos 3 phares
Ô nuit tendre d’avant la guerre
Ô villages où se hâtaient
Maréchaux-ferrants rappelés
Entre minuit et une heure du matin
Vers Lisieux la très bleue
Ou bien
Versailles d’or
Et 3 fois nous nous arrêtâmes pour changer un pneu qui avait éclaté.
a) Ce texte correspond-il au thème développé dans le poème ? Justifie ta réponse en
t’appuyant sur des exemples précis.
b) Relève deux termes qui expriment l’opposition entre le bonheur d’avant-guerre et le
malheur qui s’installe.
c) Quel effet produit la présence d’un tel dessin au milieu d’un poème consacré à la
déclaration de guerre ?

Tu peux maintenant vérifier toutes tes réponses dans le corrigé avant de lire et de mémoriser le « Je
retiens » suivant.

j e retiens Une forme poétique moderne : le calligramme.


Au début du XX siècle, les peintres cubistes comme Picasso introduisent des lettres et des
e

collages dans leurs dessins. Apollinaire intègre à son tour le dessin à sa poésie par l’emploi
du calligramme. Un calligramme est un poème dont les vers sont disposés de manière à
figurer un objet en rapport avec le poème. Il incarne un nouveau mode d’expression qui
donne à la poésie un aspect visuel et suggère une autre manière de lire.

D Orthographe et accord de leur


1- « Les aigles quittaient leur aire attendant le soleil »
« Les morts tremblaient de peur dans leurs sombres demeures »
Apollinaire évoque les hommes qui vont combattre et leur consacre un poème.
a) Observe l’orthographe des mots en gras. Que peux-tu en conclure ?
b) Ces mots appartiennent-ils toujours à la même classe grammaticale ?

Tu peux maintenant vérifier tes réponses avant de recopier le « Je retiens » qui suit afin de le
mémoriser.

© Cned, Français 3e — 118


Séquence 11 — séance 1

j e retiens Orthographe et accord de leur.


Employé comme déterminant possessif et placé devant un nom, leur s’accorde en fonction
du nombre d’objets possédés :
Les villages ont perdu leur tranquillité. / Les hommes abandonnent leurs habitudes.
Employé comme pronom personnel complément, et placé devant un verbe, leur est
invariable.
Les affiches de mobilisation leur apprennent l’entrée en guerre.

Effectue l’exercice suivant pour t’entraîner.


2- a) Complète les phrases suivantes avec leur ou leurs.
- Les soldats partiront défendre ______ patrie.
- Certains ne se relèveront pas de _________ blessures.
- Les calligrammes intégrés dans les poèmes _______ donnent une dimension visuelle.
- Les poètes empruntent aux peintres certaines de _______ techniques.
b) Parmi ces phrases, quelles sont celles dans lesquelles « leur » est employé comme
pronom ?

119 — © Cned, Français 3e


séance 1 — Séquence 11

Séance 2
Étudier un poème en vers libres
« Ode », Valéry Larbaud

Durée approximative : 1h30

Dans cette séance, tu vas monter à bord des trains de luxe, en compagnie de Valéry Larbaud. Sous
le pseudonyme de A. O. Barnabooth, le poète, disposant d’une immense fortune personnelle,
nous fait partager ses voyages dans les paquebots et les trains de luxe. Cette séance sera pour toi
l’occasion d’étudier une autre forme poétique moderne, le vers libre.

Prends maintenant ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais
ensuite le travail demandé.

Lis attentivement le texte qui suit. Tu peux aussi l’écouter à la piste 29 de ton CD.

ODE

1 Prête-moi ton grand bruit, ta grande allure si douce,


Ton glissement nocturne à travers l’Europe illuminée,
Ô train de luxe ! et l’angoissante musique
Qui bruit le long de tes couloirs de cuir doré,
5 Tandis que derrière les portes laquées, aux loquets de cuivre lourd,
Dorment les millionnaires.
Je parcours en chantonnant tes couloirs
Et je suis ta course vers Vienne et Budapesth,
Mêlant ma voix à tes cent mille voix,
10 Ô Harmonika-Zug !

J’ai senti pour la première fois toute la douceur de vivre,


Dans une cabine du Nord-Express, entre Wirballen et Pskow.
On glissait à travers des prairies où des bergers,
Au pied de groupes de grands arbres pareils à des collines,
15 Étaient vêtus de peaux de moutons crues et sales…
(Huit heures du matin en automne, et la belle cantatrice
Aux yeux violets chantait dans la cabine à côté.)
Et vous, grandes places à travers lesquelles j’ai vu passer la Sibérie et les monts du Samnium,
La Castille âpre et sans fleurs, et la mer de Marmara sous une pluie tiède !

20 Prêtez-moi, Ô Orient-Express, Sud-Brenner-Bahn, prêtez-moi


Vos miraculeux bruits sourds et
Vos vibrantes voix de chanterelle ;
Prêtez-moi la respiration légère et facile
Des locomotives hautes et minces, aux mouvements
25 Si aisés, les locomotives des rapides,
Précédant sans effort quatre wagons jaunes à lettres d’or
Dans les solitudes montagnardes de la Serbie,
Et, plus loin, à travers la Bulgarie pleine de roses…

Ah ! il faut que ces bruits et que ce mouvement


30 Entrent dans mes poèmes et disent © Cned, Français 3e — 120
Pour moi ma vie indicible, ma vie
D’enfant qui ne veut rien savoir, sinon
Prêtez-moi la respiration légère et facile
Des locomotives hautes et minces, aux mouvements
25 Si aisés, les locomotives des rapides,
Précédant
Séquence 11 sans effort2 quatre wagons jaunes à lettres d’or
— séance
Dans les solitudes montagnardes de la Serbie,
Et, plus loin, à travers la Bulgarie pleine de roses…

Ah ! il faut que ces bruits et que ce mouvement


30 Entrent dans mes poèmes et disent
Pour moi ma vie indicible, ma vie
D’enfant qui ne veut rien savoir, sinon
Espérer éternellement des choses vagues.

Valéry Larbaud, « Ode », in Les Poésies de A.O. Barnabooth, 1913 © Éditions Gallimard (1966)
« Tous les droits d’auteur de ce texte sont réservés. Sauf autorisation, toute utilisation de celui-ci autre que la consultation
individuelle et privée est interdite » www.gallimard.fr

NOTES :
1- « ode » : poème lyrique destiné à célébrer des événements importants ou de grands personnages.
2- « bruit » : (du verbe bruire) fait du bruit.
3- « loquets » : sorte de verrou.
4- « Harmonika-Zug» : mot allemand signifiant « train harmonica ». L’Harmonika-Zug était un célèbre
train de nuit au début du XXe siècle en Allemagne.  
5- « Nord-Express » : train, créé en 1896, qui relie les grandes capitales d’Europe.
6- « Wirballen et Pskow» : villes de Lituanie et de Biélorussie.
7- « Samnium » : région montagneuse de l’Italie.
8- « Castille » : région du centre de l’Espagne.
9- « mer de Marmara » : mer qui relie la mer Noire à la mer Égée.
10- « Orient-Express » : train de luxe, créé en 1883, qui relie Paris à Istanbul, en passant par Vienne.
11- « Sud-Brenner-Bahn » : train du sud de l’Autriche.
12- « chanterelle » : corde la plus fine, ayant le son le plus aigu, dans un instrument à corde.

Vérifie ta bonne compréhension du texte en répondant aux questions qui suivent.

A Une « ode » aux trains de luxe


1- a) À qui s’adresse le poète dès le premier vers ?
b) Comment s’appelle le procédé par lequel un auteur interpelle un destinataire présent
ou absent ?
c) Souligne dans l’ensemble du texte les mots appartenant au champ lexical du train.
d) « Prêtez-moi la respiration légère et facile
Des locomotives hautes et minces » (v. 23-24)
Quelle figure de style est employée dans ces deux vers pour décrire les locomotives ?
2- « Ô train de luxe ! »
a) Quels sont les quatre trains de luxe présents dans le poème ?
b) Relève dans l’ensemble du poème les détails qui traduisent l’aspect luxueux de ces
trains.
c) À quel genre de passagers ces trains sont-ils destinés ? Cite deux exemples de ces
passagers pris dans le texte.
3- a) De manière générale, le lexique employé pour décrire les trains est-il mélioratif ou
péjoratif ?
b) En t’appuyant sur l’ensemble de tes réponses précédentes, explique quelle image le
poète veut donner de ces trains.

121 — © Cned, Français 3e


séance 2 — Séquence 11

Vérifie maintenant tes réponses dans le livret de corrigé avant de poursuivre ton travail.

B L’écriture poétique du voyage


1- a) Le poème juxtapose de nombreuses références géographiques. Classe les noms de lieux
dans le tableau qui suit selon ce qu’ils désignent : Vienne – Samnium – Castille – Sibérie –
Marmara – Serbie – Bulgarie – Wirballen – Budapesth.

villes régions pays mer


- - - -
- - -
- -
b) Certains de ces lieux sont associés à une caractéristique précise. Retrouve-les en reliant
les propositions suivantes.

pleine de roses • • Entre Wirballen et Pskow


âpre et sans fleur • • La Castille
des bergers vêtus de peau • • Mer de Marmara
une pluie tiède • • Bulgarie

c) Pourquoi l’évocation de ces différents lieux peut-elle provoquer chez le lecteur un


sentiment de dépaysement ?

2- a) Dans la première strophe, quelles expressions désignent le mouvement du train ?

b) « On glissait » (v. 13) : quelle impression suggère l’emploi du verbe « glisser » ?

c) Dans les vers 23 à 28, relève les termes qui confirment et développent cette
impression.

3- a) Relève et classe dans le tableau suivant les termes évoquant le bruit et la musique.

Le bruit La musique

b) Quel vers exprime une harmonie entre la voix du poète et les bruits du train ?

c) En quoi l’expression « Harmonika-Zug » associe-t-elle une sensation visuelle et une


sensation auditive au train ?

4- a) Quel nom, employé au vers 11, traduit le plaisir ressenti par le poète lors de ses
voyages en train ?

b) Retrouve dans le début du poème un adjectif de la même famille.

c) Comment pourrais-tu résumer en quelques mots l’impression générale ressentie par le


poète lors de ses voyages à bord des trains de luxe ?

© Cned, Français 3e — 122


Séquence 11 — séance 2

Compare tes réponses avec celles du corrigé puis lis et mémorise le « Je retiens » qui suit.

j e retiens L’écriture poétique du voyage.


L’évocation du voyage dans la poésie s’appuie sur l’emploi des procédés suivants :
- La présence de termes géographiques connotant l’exotisme et suscitant le rêve.
- Le champ lexical du mouvement, ainsi que celui du train (ou du bateau)
- Le lexique des sensations (couleurs, bruits…) et des sentiments

C Comprendre l’emploi du vers libre


1- a) Le poète veut emprunter aux trains certaines de leurs caractéristiques : souligne les
vers qui résument ce projet à la fin du poème.
b) Associe les expressions suivantes pour comprendre ce que le poète cherche à traduire
dans son écriture.
« ta grande allure » • • « ces bruits »
« vos vibrantes voix » • • « ce mouvement »
« ton glissement » •
« vos miraculeux bruits sourds » •

c) « […] et disent
Pour moi ma vie indicible […] » (v. 31-32)
Souligne dans cette expression deux termes qui s’opposent. Que traduit leur
rapprochement ?
2- a) Les vers employés sont-ils de longueur régulière ?
b) Le poème comporte-t-il des rimes ?
c) Observe les différentes strophes. Quelle remarque peux-tu faire sur leur taille ?
d) En quoi ces choix permettent-ils au poète de faire entrer dans son écriture le
« mouvement » des trains ?
3- a) « ton grand bruit » (v. 1) - « l’angoissante musique qui bruit » (v. 4)
Les mots en gras appartiennent-ils à la même classe grammaticale ? Justifie ta réponse.
b) « tandis que derrière les portes laquées, aux loquets de cuivre lourd » (v. 4)
Souligne dans ce vers deux paronymes (mots dont la prononciation est très proche).
c) « Et je suis ta course » (v. 8)
Quelles sont les deux interprétations possibles du verbe en gras ?

123 — © Cned, Français 3e


séance 2 — Séquence 11

j e sais déjà
Assonance et allitération
L’assonance est la répétition d’un même son vocalique (= voyelle).
L’allitération est la répétition d’un même son consonantique (= consonne).
4- a) « Vos vibrantes voix de chanterelle » (v. 22)
Observe les éléments surlignés. Quel son consonantique est répété ? Quel effet cette
allitération peut-elle traduire ?
b) « Qui bruit le long de tes couloirs de cuir doré,
Tandis que derrière les portes laquées, aux loquets de cuivre lourd » (v. 4-5)
Surligne dans ces deux vers les sons consonantiques et vocaliques qui sont répétés.

Vérifie tes réponses dans le livret de corrigé puis lis et apprends le « Je retiens » suivant.

j e retiens Le poème en vers libres.


Un poème en vers libres se caractérise par un retour à la ligne qui crée des vers de
longueur irrégulière et par l’abandon des rimes. La musicalité du poème est assurée
par l’utilisation régulière d’assonances et d’allitérations. Les rimes traditionnelles sont
remplacées par des jeux d’homonymie et de paronymie dont le poète exploite habilement
les ressources. Plus souple que le poème à forme fixe, le poème en vers libres permet une
grande variété d’effets. Ainsi, dans ce poème, Valéry Larbaud fait le choix de la forme libre
pour faire entendre dans son écriture même la musique particulière des trains.

© Cned, Français 3e — 124


Séquence 11 — séance 2

D Expression écrite – étude de l’image


Pour conclure cette séance, tu vas faire un petit exercice d’écriture.
Voici une affiche publicitaire pour l’Orient Express, réalisée en 1889. Observe-la attentivement.

Affiche publicitaire pour l’Orient Express, anonyme, 1889, lithographie.

Étudie les différents moyens par lesquels cette affiche publicitaire peut donner envie de
voyager. Rédige, en quelques lignes, un petit paragraphe argumenté.
Pour réussir cet exercice tu dois :
- Identifier les éléments visuels présents sur l’affiche
- Étudier la typographie utilisée (taille et forme des lettres imprimées, mise en page du texte).
Fais d’abord cet exercice sur ta feuille de brouillon. Vérifie ensuite que tu as bien respecté les
consignes en complétant le tableau ci-dessous.

Je vérifie que … Fait


J’ai identifié les éléments visuels présents sur l’affiche.
J’ai étudié la typographie utilisée.

125 — © Cned, Français 3e


séance 2 — Séquence 11

Si toutes les consignes ont été respectées, recopie ton paragraphe argumenté sur ton cahier. Lis
ensuite dans le corrigé un exemple de ce qu’il était possible d’écrire.

Le coin des curieux


Les trains de luxe
À la fin du XIXe siècle, l’attrait pour les voyages est favorisé par le développement des
chemins de fer et l’apparition de grands paquebots qui permettent de traverser le monde.
Des trains de luxe, aux noms évocateurs, parcourent les continents, laissant dans leur
sillage un parfum de mystère et d’exotisme :
• le Nord-Express (1896) relie les grandes capitales européennes.
• l’Orient-Express (1883) assure la liaison entre Paris, Vienne et Istanbul.
• le Transsibérien (à partir de 1891) relie Moscou à Pékin ou Vladivostok (sur la côte
pacifique).
La littérature exploitera abondamment l’imaginaire associé à ces trains de luxe (tu peux
lire un célèbre roman policier : Le Crime de l’Orient Express, Agatha Christie).

© Cned, Français 3e — 126


Séquence 11 — séance 2

Séance 3
Analyser un poème de la modernité
« La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France »,
Blaise Cendrars
Durée approximative : 1h

La séance suivante t’emmène sur les traces de Blaise Cendrars, pour un voyage en Sibérie. Au
début du XXe siècle, alors qu’il n’a que 16 ans, le jeune Blaise Cendrars prend le Transsibérien
pour la Russie où il a trouvé un emploi. Il est accompagné par une jeune fille, Jeanne. Le trajet
dure une dizaine de jours, à travers la Russie alors en guerre contre le Japon. Quelques années plus
tard, il rapporte cette expérience dans un long poème novateur, Prose du Transsibérien et de la
petite Jehanne de France, dont tu vas lire un extrait. Tu étudieras également l’orthographe et
l’accord de tout.

Prends maintenant ton cahier. Note le numéro et le titre de la séance en rouge. Souligne-les. Fais
ensuite le travail demandé.

Lis attentivement le texte qui suit. Tu peux en écouter le début à la piste 30 de ton CD.

PROSE DU TRANSSIBÉRIEN ET DE LA PETITE JEHANNE DE FRANCE

1 […]J’ai passé mon enfance dans les jardins suspendus de Babylone


Et l’école buissonnière, dans les gares devant les trains en partance
Maintenant, j’ai fait courir tous les trains derrière moi :
Bâle-Tombouctou
5 J’ai aussi joué aux courses à Auteuil et à Longchamp
Paris-New York
Maintenant, j’ai fait courir tous les trains tout le long de ma vie
Madrid-Stockholm
Et j’ai perdu tous mes paris
10 Il n’y a plus que la Patagonie, la Patagonie, qui convienne à mon immense tristesse, la Patagonie,
Et un voyage dans les mers du Sud
Je suis en route
J’ai toujours été en route
Je suis en route avec la petite Jehanne de France,
Le train fait un saut périlleux et retombe sur toutes ses roues
15 Le train retombe sur ses roues
Le train retombe toujours sur toutes ses roues

« Blaise, dis, sommes-nous bien loin de Montmartre ?

Nous sommes loin, Jeanne, tu roules depuis sept jours


Tu es loin de Montmartre, de la Butte qui t’a nourrie du Sacré-Cœur contre lequel tu t’es blottie
20 Paris a disparu et son énorme flambée
Il n’y a plus que les cendres continues
La pluie qui tombe
La tourbe qui se gonfle
La Sibérie qui tourne
25 Les lourdes nappes de neige qui remontent
127 Et —le©grelot
Cned, Français
de la 3e folie qui grelotte comme un dernier désir dans l’air bleui
Le train palpite au cœur des horizons plombés
Et ton chagrin ricane…
Je suis en route avec la petite Jehanne de France,
Le train fait un saut périlleux et retombe sur toutes ses roues
15 Le train retombe sur ses roues
Le train retombe toujours sur toutes ses roues séance 3 — Séquence 11
« Blaise, dis, sommes-nous bien loin de Montmartre ?

Nous sommes loin, Jeanne, tu roules depuis sept jours


Tu es loin de Montmartre, de la Butte qui t’a nourrie du Sacré-Cœur contre lequel tu t’es blottie
20 Paris a disparu et son énorme flambée
Il n’y a plus que les cendres continues
La pluie qui tombe
La tourbe qui se gonfle
La Sibérie qui tourne
25 Les lourdes nappes de neige qui remontent
Et le grelot de la folie qui grelotte comme un dernier désir dans l’air bleui
Le train palpite au cœur des horizons plombés
Et ton chagrin ricane…

« Dis, Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre ? »

30 Les inquiétudes
Oublie les inquiétudes
Toutes les gares lézardées obliques sur la route
Les fils télégraphiques auxquels elles pendent
Les poteaux grimaçants qui gesticulent et les étranglent
Le monde s’étire s’allonge et se retire comme un accordéon qu’une main sadique tourmente
35 Dans les déchirures du ciel, les locomotives en furie
S’enfuient
Et dans les trous,
Les roues vertigineuses les bouches les voix
Et les chiens du malheur qui aboient à nos trousses
40 Les démons sont déchaînés
Ferrailles
Tout est un faux accord
Le broun-roun-roun des roues
Chocs
45 Rebondissements
Nous sommes un orage sous le crâne d’un sourd…

Blaise Cendrars, « Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France »,


in Du Monde entier, 1913 © Éditions Denoël

NOTES :

1- « Bâle » : ville suisse.

2- « Tombouctou » : ville du Mali, en Afrique.

3- « Patagonie » : région située au sud du Chili et de l’Argentine.

4- « Montmartre » : colline et quartier de Paris, sur laquelle se trouve la basilique du Sacré-Cœur.

5- « tourbe » : terre constituée de végétaux décomposés.

6- « lézardées » : fissurées.

7- « sadique » : qui prend plaisir à faire souffrir.

Tu peux maintenant répondre aux questions suivantes pour vérifier ta bonne compréhension du
texte.

© Cned, Français 3e — 128


Séquence 11 — séance 3

A Comprendre la situation d’énonciation


1- a) Que nous apprennent les vers 1 et 2 sur le caractère du poète lorsqu’il était enfant ?

b) Le poète a-t-il beaucoup voyagé ? Tu répondras en citant le texte.

c) Quels indices montrent que ce poème retrace une expérience vécue par le poète ?

2- a) À qui le poète s’adresse-t-il à partir du vers 18 ?

b) « Dis, Blaise, som