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Dossier : Procédés innovants

Traitements & Matériaux 419 Décembre 2012 | 33

Détermination des caractéristiques


mécaniques des produits plats en acier
par mesures de dureté
Fabrice Chassard, ingénieur matériaux, laboratoires matériaux, PSA Belchamp
Steeve Nazal, élève ingénieur à l’ENSMM, Besançon

Une méthode de caractérisation simple et rapide basée sur l’essai standard de dureté par
pénétration a été développée par PSA. Les aciers étudiés sont des nuances monophasées
à dispersoïdes, biphasées et triphasées.

L
e secteur automobile conçoit, Les aciers étudiés sont des nuances monopha-
fabrique et expertise des pièces sées à dispersoïdes, biphasées et triphasées
de carrosserie et de liaisons au sol employées pour la réalisation des pièces de
à partir d’acier sous forme de pro- liaisons au sol. Chaque nuance possède une struc-
duits plats. À l’instar des autres ture avec des phases métallographiques intrin-
domaines industriels, les laboratoires maté- sèques. La proportion et la dureté de chaque a
riaux PSA sont en quête de pistes d’amélio- phase déterminent la résistance mécanique et
ration et d’efficacité opérationnelle. L’étude donc la dureté des nuances d’acier étudiées.
présentée propose le développement d’une
méthode simple d’estimation des caracté- Principe physique de l’essai de
ristiques de traction uni-axiale (résistance dureté par pénétration
maximale à la traction et limite élastique) Une charge constante est appliquée sur un
à partir de mesures de duretés. La mise en pénétrateur indéformable sphérique, conique
œuvre des essais de traction est longue et ou pyramidal. L’effort appliqué (F) déforme
coûteuse. De plus, sur pièces, le prélèvement élastiquement et plastiquement le métal
des éprouvettes n’est pas toujours possible, au droit du contact. La dureté s’exprime b
soit pour des problématiques de surfaces de par le rapport :
prélèvement insuffisantes, soit vis-à-vis de FiGuRe 1 : Exemple de microstructures pour un acier
la complexité de la géométrie des pièces. H= F triphasé (A) et un acier biphasé (B).
empreinte
Fort de ces inconvénients, PSA a souhaité
développer une méthode de caractérisa-
tion simple et rapide basée sur l’essai stan-
dard de dureté par pénétration. Nous pro-
posons d’explorer sur un métal déformé ou
non déformé :
• Les relations analytiques reliant la dureté
aux caractéristiques mécaniques de traction
et les incertitudes associées.
• L’établissement d’un modèle de loi élasto-
plastique à partir des caractéristiques de trac-
tion calculées.

La méthodologie s’appuie sur la réalisation d’es-


sais de duretés et de traction sur une même FiGuRe 2 : Schéma des zones de déformation sous un pénétrateur de type Vickers.
éprouvette.

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La méthode retenue ici est la dureté Vickers


pour laquelle le pénétrateur est une pyramide
de diamant à base carré avec un angle entre
deux faces opposées de 136 degrés. Le diamant
présente l’avantage de ne pas se déformer lors
de l’indentation du métal. L’empreinte laissée
par le diamant est carrée et l’opérateur vient
mesurer la moyenne des deux diagonales. La
dureté Vickers HV est calculée par un rapport
de la charge de l’essai F sur l’aire de l’empreinte
de diagonale moyenne d.

HV = 0,1891 F2 FiGuRe 3 : Carte expérimentale des déformations plastiques obtenues sur un alliage de cuivre et sur un acier après essai
d
de dureté.

Principe physique de l’essai


de traction Nota : S0 et L0 sont normalisées suivant l’acier partir de la résistance maximale du matériau
L’essai de traction consiste à appliquer un et l’épaisseur. (point B), les déformations deviennent loca-
effort uni-axial sur une éprouvette plate ou lisées et le métal s’amincit localement : il y a
cylindrique. Différents capteurs mesurent Pour le diagramme rationnel, on a : apparition de la striction jusqu’à rupture de
la force appliquée à l’objet ainsi que l’allon- F l’éprouvette (point C).
•σ= avec S la section vraie
gement qu’il subit. Ceci permet de tracer la S Par convention, la limite élastique des aciers
courbe élastoplastique du matériau. en utilisant la conservation du volume, on a : (Rp0,2) est la contrainte à 0,2 % d’allonge-
Le tracé des diagrammes effort/allongement S0 S0 ment (point A). L’allongement relatif à la
S0L0 = SL = S (L0 + ΔL) ↔ S = =
est exprimé de deux façons : le diagramme (1+ΔL/L0) (1 + e) contrainte maximum est nommé Ag % (point
rationnel représente la contrainte vraie σ en On obtient B) et celui atteignant à la rupture A % avec
fonction de la déformation vraie ε, alors que F Rm correspondant à la résistance maximale
σ= (1 + e) = R (1 + e)
le diagramme conventionnel représente l’évo- S0 à la traction.
lution de la contrainte R en fonction du taux
d’allongement e (voir diagramme figure 4). L dL L L + ΔL Principes généraux
• Et ε = ∫ L0 L = ln = ln ( 0 L )= ln (1 + e)
Pour le diagramme conventionnel, on a : L0 0 des relations « dureté /Rm »
et « dureté/Rp »
L - L0 avec L0 la longueur initiale Au cours de l’essai de traction plusieurs phases Notre propos n’est pas la démonstration des
•e=
L0 de l’éprouvette sont observées. La première définit le domaine modèles analytiques des domaines élastoplas-
élastique à déformation réversible (de O à A), tiques des matériaux métalliques (sans objet
F avec S0 la section initiale la seconde phase correspond aux déforma- pour cette étude) mais de présenter les che-
•R=
S0 de l’éprouvette tions plastiques irréversibles (de A à B). À minements théoriques des lois expérimen-
tales les plus répandues [1].

Relation dureté / Rm
Au contact d’une bille sur un bloc plan, la
répartition des contraintes et des déforma-
tions, si la limite d’élasticité n’est pas dépas-
sée, est donnée par Hertz. Si la bille de dia-
mètre « D » est soumise à une charge F, le
diamètre « d » de l’aire de contact équivaut à :

1 + ν21 1 - ν22 1/3


d=( ) 1/3
E1 + E2 • (3FD) (1)

Avec ν1, ν2, E1 et E2 coefficients de Poisson


et modules de Young de la bille (indice 1) et
du bloc testé (indice 2) et l’effort appliqué au
pénétrateur.
FiGuRe 4 : Diagramme conventionnel d’un essai de traction. La contrainte moyenne sur l’aire de contact vaut :
σmoy = -4F/πd2

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Caractérisation
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On suppose [2] que le comportement plastique Relations étudiées


obéit à la loi empirique : Préambule
Différents types de relations sont proposés
n
e dans la bibliographie pour relier la dureté
σ = Rm ( )ε
n
n (2) (Vickers, Brinell, Rockwell) aux caractéris-
Avec : tiques mécaniques statiques de traction (résis-
• σ et ε respectivement contrainte et déforma- tance maximale à la traction et résistance
tion rationnelles équivalentes (obtenues lors élastique), mais les conditions expérimen-
d’un essai de traction uni-axiale). tales et les nuances d’acier ne sont pas pré-
• e : base des logarithmes népériens. cisées dans ces ouvrages. Notre première
• n : exposant d’écrouissage. démarche a été de les tester sur les nuances
• Rm : résistance maximum à la traction. à notre disposition.
Les relations bibliographiques sont de deux types :
Dans le cas des matériaux à écrouissage • Les lois linéaires du type y = ax + b où a et b
linéaire (n = 1), le matériau à un comporte- sont des constantes et x et y représentent res-
ment à tendance élastique, en négligeant pectivement une caractéristique mécanique
1/E1 de la bille devant E2 du bloc testé et en pre- (Rm ou Rp) et la dureté (HB, HR ou HV). Les
nant ν2 = ½ dans l’équation (1), nous obtenons : résultats expérimentaux comparés au modèle
d mettent en évidence une corrélation insuffi-
σmoy = ste *Rm D (3) sante pour retenir cette formulation.
• Les lois polynomiales du second degré,
Plus généralement, on s’attend à ce que la y = ax2 + bx + c où a, b et c sont des constantes
contrainte équivalente sous le pénétrateur propres à chaque nuance d’acier, y correspond
soit proportionnelle à σmoy et que la défor- à Rm ou Rp et x à la dureté Vickers HV. Cette
mation équivalente soit proportionnelle à formulation présente des coefficients de corré-
d/D. Si la loi de consolidation correspond lation R² d’environ 0,9 suffisant pour répondre
à la forme (2), l’équation (3) se généralise aux besoins de notre étude.
sous la forme :
n n Résultats obtenus avec la formulation
σmoy = Cte.Rm - ( ne ) ( Dd ) (4) polynomiale
Deux exemples de résultats obtenus :
Nota : résultat effectivement trouvé expéri- • Courbes reliant la dureté HV à Rm et Rp sur
mentalement par Tabor. un acier HR (haute résistance biphasé). La
courbe (1) représente Rm en fonction de HV
Relation Rp /H et la courbe (2) Rp en fonction de HV. Ce prin-
Hertz a proposé de définir une dureté abso- cipe a été répété de façon à connaître les rela-
lue « Hh » pour une déformation à la limite tions spécifiques à chaque nuance.
d’élasticité (indice p) :

Hh = I σmoy Ip = (πd4F )p
2 (5)

Nota : Avec des unités arbitraires.


(1)
L’équation (1) montre que le diamètre d de
l’empreinte doit varier comme F1/3 tant que
les déformations restent élastiques.
L’expérience montre que sur un diagramme
(ln (F) /, ln(d)), la pente change au passage
(2)
de la limite élastique Rp, ce qui permet de
déterminer la dureté absolue de Hertz Hh.
D’après la formule (1), en considérant que
les modules d’élasticité de la bille et du bloc
à tester sont équivalents ainsi que ν1 ≈ ν2 ≈
ν ≈ ν0,3 on obtient :
FpE2 1/3 FiGuRe 5 : Portion de diagramme Rm et Rp en fonction de la dureté Vickers pour la nuance HR (haute résistance).
H = Cste (D ) 2

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• Résultats comparatifs entre l’expérimental et


le calculé (même nuance que précédemment).
Dans ce cas de figure, nous avons identifié des
incertitudes de ± 15 MPa sur le Rm calculé (± 6 MPa
sur le Rm expérimental) et de ± 18 MPa sur le
Rp théorique (± 5 MPa sur le Rp expérimental).

Calcul d’incertitude inhérent


à ces modèles
Le calcul s’appuie sur la méthode de GUM (appli-
quée chez PSA). Ainsi par exemple, l’incerti-
tude-type composée de Rm est donnée par :

δf 2
uc (Rm) = (δHV ) • u2 (HV)

Avec
uc l’incertitude - type composée
FiGuRe 6 : Comparaison entre les résultats expérimentaux et ceux calculés. Rm = f (HV) = a (HV)2 + bHV + C
u(HV) l’incertitude - type sur la mesure de
dureté

On en déduit une incertitude élargie : U = k • uc


où k est en général égal à 2. Cette dernière
permet d’encadrer les résultats : Rm = x ± U.
On obtient pour nos nuances, une incertitude
élargie aux alentours de 15 MPa.

Recherche d’un modèle de courbe


élastoplastique
Dans ce chapitre, nous proposons la détermi-
nation d’un modèle mathématique permet-
tant de tracer une courbe élastoplastique en
traction uni-axiale. Le point de départ est la
détermination de Rp et Rm en fonction de HV
pour les différentes nuances utilisées. À partir
de ces valeurs, l’étude s’appuie sur les formu-
FiGuRe 7 : Exemple de diagramme rationneld’un acier Dual Phase.
lations de Ludwik, Hollomon, Voce et Swift.
La modélisation de Swift est celle que nous
avons retenue car elle répondait mieux à nos
attentes, en terme de justesse et d’exploitaion.
La limite élastique et la limite maximale à
la traction sont déterminées à partir de la
dureté et servent à calculer les coefficients
de la modélisation. Connaissant les valeurs de
Rm et Rp, nous déduisons n et K de la forme
logarithmique de la loi de Swift.

Comparaison des modélisations


Nous avons comparé les différentes modélisa-
tions sur chaque nuance d’acier. Les modèles
d’Hollomon est Swift suivent les formulations
suivantes :
Hollomon : σ = K.εn
FiGuRe 8 : Comparaison entre la courbe réelle de traction (en noir) et la modélisation de Swift (en rouge) pour un diagramme Swift : σ = K.(ε+ε0)n
conventionnel. Où n, K et ε0 sont des constantes liées à chaque
nuance.

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Caractérisation
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FIGURE 9 : Principe de l’exploitation.

FIGURE 10 : Synoptique méthodologique.

Comparaison des types diagrammes risques potentielles d’apparition de stric-


de traction tion d’une pièce emboutie.
Nous avons à la figure 8 la comparaison entre
la courbe réelle de traction (en noir) et la Conclusion
modélisation de Swift (en rouge) pour un dia- Améliorer les méthodes d’analyse des maté-
gramme conventionnel. riaux est en lien direct avec la réduction des
délais de développement des véhicules. À
Exploitation de courbes ce titre, les laboratoires matériaux PSA pro-
La dernière partie de cette étude a pour objec- posent une étude sur les correspondances
tif de faire une approximation de l’état de entre la dureté et les propriétés de trac-
déformation du matériau sous un chargement tion uni-axiale (Rp et Rm). Cette métho-
de traction à partir de mesures de duretés. La dologie réduit considérablement en temps
finalité industrielle serait d’identifier sur pièce et en coût le domaine des expertises des
déformée les zones critiques (proche du Rm). aciers sous forme de produits plats. Elles
Pour ce faire, des éprouvettes sont trac- permettent sur des états métallurgiques
tionnées à différents allongements (0,2 % non déformés d’estimer Rp et Rm avec leurs
à Ag %). En mesurant la dureté du métal incertitudes et de tracer les courbes élasto- Bibliographie
déformé de chaque éprouvette, nous avons plastiques associées (applicable potentiel-
[1] Article M4160, Techniques de l’ingénieur.
déterminé une relation entre la dureté et lement au cas de lot de tôle avant mise en
l’allongement, en se reportant à la modélisa- forme) ou d’apprécier l’état de déformation [2] Article M 120, Détermination des lois de
tion de Swift, nous déterminons la contrainte d’une pièce emboutie pressenti sous char- comportement, Techniques de l’ingénieur.
subie par le matériau afin d’estimer les gement de traction.

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