Vous êtes sur la page 1sur 8

Introduction :

Jules BORDET montre que la lyse des globules rouges ou des bactéries nécessite la conjonction de
deux facteurs du sérum : Un thermorésistant apparaissant après immunisation + et un
thermosensible présent dans le sérum avant

Définition :

Il s’agit d’un ensemble biologique complexe regroupant plus d’une quarantaine de protéines et qui
intervient Dans la défense innée contre les agents infectieux. Ce sont des protéines sériques
circulantes à l’état inactif, il leur faut un activateur, sauf le facteur D du complément qui est une
sérine protéase circulant à l’état activé. L’activation en cascade d’une partie de ses composants a un
triple résultat:

-lésions irréversibles des membranes cellulaires

-apparition de produits biologiquement actifs dans l’inflammation

-stimulation du processus de coagulation.

Cette activation se fait selon trois voies : Classique, Alterne et Voie des lectines qui convergent,
toutes trois, vers un point commun : le C3 pour aboutir à un tronc commun terminal (C5-C9) appelé
complexe d’attaque membranaire (MAC) ou complexe lytique.

Nb : Toutes les voies passent par les étapes suivantes :

1. Etape d’initiation,

2. Formation des convertases (la C3 convertase et la C5 convertase)

3. Formation du complexe d’attaque membranaire (CAM) .

Nomenclature :

Chacun des composants de la voie classique et de la voie effectrice commune est noté par la lettre C
suivie d'un chiffre (ex. C1, C2 ...C9).

Les composants de la voie alterne sont appelés facteurs et désignés par une lettre majuscule (ex.
facteur B, facteur D, properdine « P »).

Les protéines de régulation sont appelées par leur nom et désignées par les abréviations suivantes:
inhibiteur de la Cl-estérase (Cl-inh), C4-binding-protein (C4-bp), facteur I, facteur H, protéine S,
deccay accelerating factor (DAF), membrane cofactor protein (MCP), homologous restriction factor
(HRF). Les fragments de clivage enzymatique sont représentés par des lettres minuscules (ex. C4a,
C4b, C4c, C4d).

Les formes actives des composants sont représentées recouvertes par une barre horizontale.

La lettre i désigne une molécule inactive, ex. C3bi.

Les récepteurs du complément sont désignés :

- selon la nature de leurs ligands : Récepteur de C5a,

- selon un système de numérotation : CRI à CR4

- selon le système de CD : 55
CR1 / CD35 CR2 / CD21 CR3 / CD11b CD18 CR4 / CD11c CD18 MCP : CD46 DAF : CD55
HRF/CD59

II-Les différents composants du complément :

Soit retrouvées libres dans le plasma : cas de la majorité des composants (qui représentent 10 % de
globulines sériques), Soit localisées à la surface des cellules.

Sur le plan fonctionnel il s’agit soit de protéines d’activation soit de protéines de régulation :

Voie Activation Régulation

Le Taux de renouvellement de ces composants est élevé : demi-vie = 24 à 48 heures. Leur synthèse
est assurée par 4 types cellulaires (c est pas montionne dans le c.o) :

III-Mécanismes d’activation du complément :

Le système du complément est activé suite à l’interaction en cascade de protéines plasmatiques via
une série de réactions enzymatiques (l’activation des protéines du complément se fait par clivage).

1-La voie classique :

activateurs :

-Les complexes antigène-anticorps (dans 80% des cas, il faut qu’il y ait ici intervention de l’immunité
adaptative auparavant) : seules les IgM et les IgG (1,2 et 3) sont capables de stimuler le complément
par la voie classique.

-Certains agents pathogènes (certaines bactéries gram-et certains virus) ;

-Autres structures comme : L’ADN, La protéine C réactive (CRP), le Serum Amyloid P component
(SAP), Les corps apoptotiques…

Etape d initiation :

Activation du C1 : Le C1 circule dans le sang sous forme de complexe multimérique : pentamère (C1r-
C1s)*2 + C1q. Le C1q possède la structure la plus complexe : avec 6 têtes globulaires, chaque tête fait
émaner trois chaînes polypeptidiques collagen-like en bouquet de tulipes, les chaines connectent les
têtes à une région centrale. Un site de fixation à l’activateur est présent sur chacune des 6 têtes
globulaires (6 site de fixation) (Tous les activateurs de la voie classique sont reconnus par le C1q). En
présence d’un complexe immun >> engagement des têtes globulaires avec les fragments Fc (région c
ter) de deux molécules d’IgG 1, 2 ou 3, ou plus (au moins deux IgG sont nécessaires à l’activation du
C1q) ou bien avec les fragments Fc d’une molécule d’IgM ou plus >> changement conformationnel
du C1q >> auto activation du C1r (sérine protéase) >> C1r activé clive le C1s >> C1s clivé devient actif
et porte l’activité C1 estérase. C1s est l’unité fonctionnelle du complexe C1.

Activation du C4 :

Le C1s activé clive le composant C4 libérant 2 fragments :

Un petit fragment = C4a (anaphylatoxine) qui est libérée et un grand fragment = C4b qui va se lier de
façon covalente à la surface de l’activateur (membrane d’une bactérie sensibilisée par des Ac par ex).

Formation des convertases :

C-Activation du C2 :

Le C4b fixé à l’activateur devient un accepteur du C2 pour former un complexe C4b-C2. Le C2 fixé
devient la cible du C1s qui le clive en : C2b qui est libéré + C2a qui reste fixé au C4b. Le complexe
C4bC2a constitue la C3 convertase de la voie classique ( porte une activité enzymatique sérine
protéase).

D- activation du C3 :

La C3 convertase clive le composant C3 et libère 2 fragments : Un petit fragment : C3a


(anaphylatoxine) qui est libérée et un grand fragment : C3b qui se fixe à la C3 convertase.

Le complexe trimoléculaire C4bC2aC3b constitue la C5 convertase de la voie classique.

formation du complexe d’attaque membranaire :

Activation de c5 c6 c7 :

La C5 convertase clive le composant C5 libérant : L’anaphylatoxine C5a qui est libérée + le C5b qui se
fixe sur l’activateur dans un endroit proche de la c5 convertase qui reste fixée elle aussi sur
l’activateur. Le fragment C5b interagit avec le composant C6 pour former un dimère stable C5b-C6
qui va interagir avec le C7 pour former un trimère C5b-C6-C7. La formation de ce complexe induit le
passage d’un état hydrophile de ces protéines à un état hydrophobe lui permettant de se fixer aux
lipides membranaires.

Activation de c7 c8 c9 :

Le complexe C5b-C6-C7 fixé aux lipides membranaires, capte le C8 et forme un complexe


tétramérique : C5b-C6-C7-C8 qui sert de récepteur au C9. Plusieurs molécules de C9 ( environ 16 )
viennent se fixer au complexe tetramérique permettant la formation du complexe d’attaque
membranaire qui s’insère dans la bicouche lipidique et forme un canal transmembranaire
responsable de la lyse cellulaire par osmose.

2.voie des lectines :

Activation :

Par la liaison du mannan-binding-lectin = MBL + les ficolines (c est des lectines calcium dependantes)
aux sucres terminaux des glycoprotéines ( mannose, N-acetylglucosamine, N-acetylmannosamine, L-
fucose, glucose et autres) exprimées à la surface d’une grande variété de micro-organismes
(bactéries, virus, parasites champignons et levures).
La MBL: structure apparentée au C1q, avec 4 à 6 domaines lectines reliés à un corps central par des
bras de structure Collagen-like. Elle circule en association avec des enzymes de type sérine protéase
apparentées à C1r et C1s nommées MASP-1et MASP-2.

Etapes :

Suite à sa liaison à la surface d’un micro-organisme, la MBL subit un changement conformationnel


qui induit l’activation des MASPs. La sérine protéase MASP-2 clive le C4 et le C2 (comme le C1s)
entraînant la formation du complexe C4b2a, qui constitue une C3 convertase similaire à celle de la
voie classique.

L’activation de la cascade suit alors le même cheminement que celui observé dans la voie classique.

Cette voie présente donc deux différences par rapport à celle classique : son activation par les sucres
et non par les complexes immuns + le remplacement du complexe C1 par le complexe MBL-MASP1-
MASP2.

3-La voie alterne :

Elle est moins efficace que la voie classique. Elle ne requiert pas la présence d’Anticorps = donc elle
est un élément de l’immunité innée.

Activateur :

Principalement des pathogènes et des particules d’origine microbienne : les Lipopolysaccharides des
bactéries Gram- et l acide teichoïque des bactéries Gram+(comme le pneumocoque), Parois
cellulaires des champignons et levures.

-Certains parasites (protozoaires comme les trypanosomes), Certains virus et cellules infectées par un
virus ;

-Certaines cellules tumorales ;

-Ag agrégées ;

-Erythrocytes hétérologues (lapin, souris, poulet) ;

-Polymères anioniques : sulfate de dextran.

Mécanismes d’activation de la voie alterne :

A-Formation de la c3 convertase d’initiation de la voie alterne :

La voie alterne commence par Le C3 du Complément qui contient un groupement thiol-ester en son
centre qui maintient sa conformation, il n’est pas complètement stable. Il est hydrolysé lentement
dans la circulation pour donner le iC3 ou C3(H2O) ce processus est appele «C3 Tickover » donc on
peut dire que les phénomènes initiaux de l'activation de la VA se produisent spontanément (en
absence d'activateur). L’iC3 se lie au facteur B pour former le complexe iC3-B (attention cela se passe
dans la circulation). Cette liaison expose un site du facteur B qui sert de substrat au facteur D qui est
une sérine protéase circulant à l’état activé. La protéolyse du facteur B libère un petit fragment Ba et
un fragment Bb qui donne le complexe iC3Bb appelé C3 convertase d’initiation de la voie alterne
(toujours dans la circulation). Au contact de la surface activatrice, la C3 convertase clive le C3 en C3a
(anaphylatoxine) qui est liberé et en C3b qui se lie à la surface activatrice.

B-Formation de la c3 convertase d’amplification de la voie alterne :


Le C3b fixé interagit avec le facteur B, ce dernier est clivé par le facteur D en Ba et Bb >> formation
du complexe C3bBb. Le complexe C3bBb formé (possédant une activité C3 convertase de courte
demi-vie, 3min seulement) est stabilisé par la Properdine P et est appelé C3 convertase
d’amplification (demi-vie=20min).

C-Formation de la c5 convertase de la voie alterne :

La C3 convertase d’amplification engendre une protéolyse de plusieurs autres C3 = ce phénomène


est connu sous le nom de "boucle d'amplification" ou "amplification loop". Cette amplification de la
déposition de C3b mène à la formation de la C5 convertase de la voie alterne (C3b)nBbP où n ≥ 2

Nb : Donc : Si n = 1 >> C3 convertase alterne, Si n = 2 ou plus >> C5 convertase alterne.

On dira que la voie alterne démarre et finit par le c3b.

D-Formation du complexe d’attaque membranaire :

La cascade poursuit son évolution vers la déposition des composantes C5b et C6 jusqu’à C9, de façon
similaire à l’activation de la voie classique.

Nb : Les fragments du complément ne peuvent exercer leurs fonctions biologiques qu’après liaison à

des récepteurs spécifiques exprimés sur une grande variété de cellules (lors de l opsonisation les
recepteurs se trouve a la fois sur les cellules specialisees et sur la cible : bacterie, virus … ). Le même
fragment peut avoir plusieurs recépteurs à la fois, de même qu’un même récepteur peut lier
différents ligands à la fois.

IV-Contrôle de l’activation de la voie du complément :

Les mécanismes de contrôle :

Bien que le complément soit efficace dans l’élimination d’agents étrangers, son activation doit être
régulée afin d’éviter son emballement pouvant engendrer des dommages aux cellules de l’hôte. Deux
types de molécules visent à bloquer les effets indésirables de cette activation en intervenant à
différents niveaux : Des protéines plasmatiques + des récepteurs membranaires.
Les protéines solubles :

Le C1 inhibiteur est une protéine qui inhibe C1s (inhibiteur de C1 estérase). Il sépare aussi C1r et C1s
de C1q : dissociation du complexe C1.

Les récepteurs membranaires :

CR1 dissocie egalement les c5 convertases.

V-Rôles du complément :
4 rôles majeurs :

Défense contre l’infection (lyse cellulaire ; opsonisation).

Elimination de complexes immuns et de corps apoptotiques.

Rôle dans la réaction inflammatoire.

Rôle d’interface entre l’immunité innée et l’immunité acquise.

1-Défense contre l’infection :

Le complément assure une défense anti-infectieuse par deux mécanismes :

Lyse cellulaire: L’action lytique du complément est due à la formation du complexe d’attaque
membranaire, capable de lyser un large spectre de micro-organismes (bactéries gram (-) notamment,
ex : Neisseria).

Opsonisation : le dépôt des fractions C3b, C4b, iC3b, et C3dg (appelées opsonines) à la surface des
micro-organismes (bactéries, virus, champignons, levures et certains protozoaires) suite à l’activation
du complément, entraîne l’intensification de leur phagocytose par les cellules phagocytaires (PN, Mo
et Macrophages) exprimant les récepteurs du complément CR1, CR3 et CR4.

Nb : Une molécule de C3b peut en effet être inactivée en un fragment inactif, C3bi puis en C3dg, par
protéolyse par une enzyme, le facteur I. Cette protéolyse nécessite que C3b interagisse avec des
protéines qui serviront de cofacteurs. Il s’agit d’une protéine circulante, le facteur H, et de deux
protéines membranaires, MCP (Membrane Cofactor Protein ou CD46) et CR1 (Complement Receptor
1 ou CD35). Le fragment C3dg peut être protéolysé par des enzymes tissulaires en C3d.

2-Elimination des complexes immuns et des corps apoptotiques :

Elimination des complexes immuns :

Les agents étrangers reconnus par les Ig spécifiques ou non spécifiques forment des complexes
immuns qui fixent le complément. Cette activation entraîne la solubilisation des complexes immuns
en empêchant les interactions entre les fragments Fc. Les fragments Fc ne se fixeront pas les uns sur
les autres et il n y aura pas de formation gros complexes insolubles qui peuvent se déposer dans les
tissus. Les complexes immuns deviennent alors circulants (CIC) et sont captés par les érythrocytes par
interaction entre le CR1 et les fragments C3b, C4b, iC3b >> ils sont acheminés vers le système
réticulo-endothélial pour y être éliminés.

Elimination des corps apoptotiques :

La voie classique du complément, de même la voie des lectines, peuvent être directement

activées à la surface des cellules mortes, entrainant ainsi le dépôt des fractions C1q, MBL et

iC3b, qui jouent le rôle de «bridging molecules» en interagissant avec leur récepteurs spécifiques

(C1q-R, CR1, CR3 et CR4) exprimés à la surface des cellules phagocytaires, favorisant ainsi une

élimination rapide des cellules apoptotiques

3-Rôle dans la réaction inflammatoire :

La fonction pro-inflammatoire du complément, est essentiellement due aux anaphylatoxines C5a,


C3a et C4a libérées lors de l’activation du complément. Ces anaphylatoxines entraînent :
Le recrutement des leucocytes qui expriment les récepteurs C5aR et C3aR (PN, PE, PB et Mo) au foyer
de l’activation du complément (chimiotactisme).

-La contraction des muscles lisses et l’augmentation de la perméabilité vasculaire.

-La dégranulation des mastocytes et des basophiles entraînant la libération de l’histamine et d’autres
médiateurs pharmacologiquement actifs.

Nb : Le C5a est l’anaphylatoxine la plus puissante.

-L’activité des anaphylatoxines est régulée par une protéase sérique appelée carboxypeptidase N.

4-Rôle d’interface entre immunité innée et adaptative :

Le complément contribue dans le développement d’anticorps spécifiques à divers antigènes T-


dépendants et T indépendants.

Les composants C4 et C3 et les récepteurs CR1 et CR2, sont importants dans la génération et le
maintien d’une réponse immune efficace.

Un antigène portant des fragments issus du C3 engendre un développement d’anticorps spécifiques


énormément plus élevé qu’en leur absence. Pour chaque ajout d’une molécule de C3d à un antigène,
le niveau d’anticorps spécifique développé suite à une immunisation est de 10 fois supérieur.

L’expression des récepteurs CR1 et CR2 sur les LB et les cellules dendritiques folliculaires (cellules
présentatrices d’antigène)augmente la réponse lymphocytaire B et permet la rétention d’antigènes
dans les centres germinaux d’organes lymphoïdes, pour assurer le maintien de la mémoire immune.