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Chapitre 5 : La théorie de l’intégration de

Riemann

1 Topologie des intervalles compacts


On appelle intervalle compact de R un intervalle fermé et borné du type [a,b] avec a ≤ b
deux réels. Le mot ≪ compact ≫ fait référence à la propriété suivante qui pourra être vérifiée
pour d’autres ensembles que les intervalles de R.

Théorème 5.1. Soit (xn )n∈N une suite de l’intervalle compact [a,b] ⊂ R. Alors il existe
une fonction strictement croissante ϕ : N −→ N telle que la suite extraite (xϕ(n) ) ait une
limite ℓ ∈ [a,b].

Démonstration : On peut utiliser le procédé suivant. On coupe [a,b] en son milieu en


deux intervalles [a,(a + b)/2] et [(a + b)/2,b]. Comme la suite (xn ) contient un nombre infini
de points (éventuellement confondus), il y a au moins un des deux segments qui contient
un nombre infini d’éléments de (xn ). On pose xϕ(0) comme étant le premier d’entre eux
et on ne regarde maintenant plus que ce qui se passe dans le segment moitié. On recoupe
ce segment en deux et on sélectionne de nouveau la moitié dans laquelle il y a un nombre
infini de xn . On pose xϕ(1) comme le premier tel que ϕ(1) > ϕ(0) et on continue. Au fur
et à mesure, les éléments de la suite extraite se retrouvent confinés dans des intervalles
de longueurs de plus en plus petites. C’est exactement dire que la suite extraite vérifie le
critère de Cauchy et donc elle converge vers une limite ℓ ∈ R. En outre, comme a ≤ xn ≤ b
pour tout n, on a forcément ℓ ∈ [a,b]. 

Ce résultat est associé aux théorèmes du nom de Bolzano-Weierstrass et de Borel-


Lebesgue

• Bernard Bolzano (1781-1848, Prague)

• Karl Weierstrass (1815-1897, Allemagne)

• Émile Borel (1871-1956, France)

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La théorie de l’intégration de Riemann

• Henri Lebesgue (1875-1941, France)

Dans ce cours, ce résultat nous sera surtout utile pour montrer l’uniforme continuité.

Définition 5.2. Une fonction f : I ⊂ R −→ C est uniformément continue sur I si

∀ε > 0 , ∃δ > 0 , ∀x,y ∈ I , |x − y| ≤ δ ⇒ |f (x) − f (y)| ≤ ε .

Attention de ne pas confondre l’uniforme continuité avec la continuité tout


! court. Cette dernière s’écrit

∀ε > 0 , ∀x ∈ I , ∃δ > 0 , ∀y ∈ I , |x − y| ≤ δ ⇒ |f (x) − f (y)| ≤ ε .

Donc pour la continuité, la marge δ ne donnant pas une erreur plus grande que
ε pour les images peut dépendre de x. Ce n’est pas le cas quand on demande
que la continuité soit uniforme. Une fonction uniformément continue est donc
forcément continue, mais la fonction f : x ∈ R 7−→ x2 ∈ R est continue sans
être uniformément continue.

Le théorème suivant est attribué à Eduard Heine (1821-1881, Allemagne).

Théorème 5.3. Soit [a,b] un intervalle compact de R et soit f : [a,b] 7−→ C une fonction
continue. Alors f est aussi uniformément continue.

Démonstration : Raisonnons par l’absurde et supposons que f est continue mais pas
uniformément continue. Il existe ε > 0 tel que pour tout n, il existe xn et yn avec |xn −yn | ≤
1
n
mais |f (xn ) − f (yn )| > ε. Par compacité, il existe une sous-suite (xϕ(n) ) extraite de la
suite (xn ) qui converge vers une limite ℓ ∈ [a,b]. Par continuité, on a f (xϕ(n) ) qui tend vers
f (ℓ). Mais on a aussi yϕ(n) qui tend vers ℓ donc f (yϕ(n) ) tend aussi vers f (ℓ). Mais alors en
passant à la limite dans |f (xϕ(n) ) − f (yϕ(n) )| > ε, on aurait 0 ≥ ε ce qui est absurde. Donc
f est forcément uniformément continue. 

On rappelle aussi le résultat suivant.

Théorème 5.4. Soit [a,b] un intervalle compact de R et soit f : [a,b] 7−→ C une fonction
continue. Alors f est bornée et atteint ses bornes sur [a,b].

2 Définition de l’intégrale de Riemann


Nous allons définir l’intégrale d’une fonction comme l’aire entre l’axe horizontal et
sa courbe comptée algébriquement (positivement si la courbe est au-dessus de l’axe et
négativement en-dessous). Le problème revient à définir proprement ce qu’est une aire

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La théorie de l’intégration de Riemann

d’une forme géométrique. Par définition, on peut supposer que l’aire des rectangles vaut
longueur fois largeur. Puis par découpages et recollages, on peut définir l’aire des triangles et
de tout polygone. Comment faire dans le cas d’une courbe ? Nous allons essayer d’encadrer
la courbe avec des aires de polygones et voir si on peut obtenir une aire limite en faisant
en encadrement de plus en plus précis. C’est déjà ainsi que les anciens ont calculé l’aire
du disque et donc π : Archimède (IIIème siècle avant J.C., Syracuse) donne π ≃ 3,14 par
des polygones à 96 côtés, Liu Hui (IIIème siècle après J.C., Chine) trouve une méthode
itérative plus rapide et avec aussi 96 côtés donne π ≃ 3,1416. Deux siècles plus tard, Zu
Chongzhi reprend l’algorithme pour obtenir π au millionième près avec l’équivalent d’un
polygone a 12 288 côtés.
L’histoire de l’intégration d’un point de vue plus analyste remonte à Bonaventura Cava-
lieri (1598-1647, Italie) puis à Gottfried Wilhelm Leibniz (1646-1716, Allemagne). Bernhard
Riemann (1826-1866, Allemagne) est un des premiers à formaliser proprement la théorie.
Il existe plusieurs façons de définir et construire l’intégrale de Riemann. Elles sont toutes
grosso-modo équivalentes. Nous allons voir ici une présentation allégée proche de celle de
Gaston Darboux (1842-1917, France).
Définition 5.5. Soit I = [a,b] un intervalle compact de R. Une fonction f est dite en
escalier ou constante par morceaux sur I s’il existe un nombre fini de points a = x0 <
x2 < . . . < xp = b tels que f est constante sur chaque intervalle ]xi ,xi+1 [. Les points xi
forment une subdivision de I.
Notons que cette définition ne dit rien sur les valeurs ponctuelles en xi qui peuvent être
différente des constantes. L’intégrale d’une fonction en escalier se définit naturellement par
la formule d’aire des rectangles.
f (x1 )
f1
f0 f3

a = x0 x1 x2 x3 x4 = b

f2
Définition 5.6. Soit f une fonction en escalier sur un intervalle [a,b] qui est constante
égale à fi sur chaque intervalle ]xi ,xi+1 [ d’une subdivision a = x0 < x2 < . . . < xp = b.
Alors on appelle intégrale de f sur [a,b] le nombre
Z b p−1
X
f (x) dx = (xi+1 − xi ) × fi .
a i=0

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La théorie de l’intégration de Riemann

Par exemple, on a que


Z 3
E(x) dx = (1 − 0) × 0 + (2 − 1) × 1 + (3 − 2) × 2 = 3 .
0

Pour définir l’intégrale dans un cas plus complexe, nous allons introduire des fonctions en
escalier encadrant la valeur de l’intégrale.
Définition 5.7. Soit [a,b] une intervalle compact de R et f : [a,b] → R une fonction. On
dit que f est intégrable au sens de Riemann si pour tout ε > 0, il existe deux fonctions en
escalier fε et fε telles que

∀x ∈ [a,b] , fε (x) ≤ f (x) ≤ fε (x)

et Z b Z b


f ε (x) dx − f ε (x) dx ≤ ε.

a a

Proposition 5.8. Si f est intégrable au sens de Riemann sur [a,b] ⊂ R, alors pour tout
choix des familles de fonctions (fε ) et (fε ), on a existence et égalités des limites
Z b Z b
lim fε (x) dx = lim fε (x) dx .
ε→0 a ε→0 a

En outre, cette limite est indépendante du choix des familles de fonctions en escalier. Cette
limite est appelée intégrale de f sur [a,b] au sens de Riemann et est notée
Z b
f (x) dx .
a

Démonstration : On ne va pas détailler la preuve complète, mais l’argument principal


est le suivant. On considère fε et fε′ deux fonctions en escalier sous f . On a forcément
fε′ ≤ f ≤ fε et donc
Z b Z b Z b Z b Z b Z b
fε′ (x) dx − fε (x) dx = fε′ (x) dx − fε (x) dx + fε (x) dx − fε (x) dx ≤ ε .
a a a a a a

Mais avec l’argument symétrique, on a


Z b Z b
fε (x) dx − fε′ (x) dx ≤ ε′ .
a a

Donc Z b Z b


f ε (x) dx − f ε ′ (x) dx ≤ max(ε,ε ) .

a a

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La théorie de l’intégration de Riemann

Le papier original de Riemann de 1867 (posthume mais présentant des travaux de 1854).
Son but principal est de commenter les écrits de Joseph Fourier. Il a déjà écrit une
quinzaine d’intégrales
R bdans l’article en question, quand il pose soudainement la question
≪ Qu’entend-on par f (x) dx ? ≫. Cela fait pourtant 250 ans que les gens écrivent pour
a
des intégrales !

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La théorie de l’intégration de Riemann

Ceci montre par exemple que les familles d’intégrales des fonctions en escalier vérifie le
critère de Cauchy et donc converge. En prenant deux fonctions qui marchent pour le même
ε, c’est aussi ainsi que l’on voit que l’écart entre les deux valeurs obtenues pour approcher
l’intégrale devient négligeable. 

Exemple : On considère la fonction f : [0,1] → R telle que f (x) = 1 si x ∈ Q et 0


sinon. Une fonction constante par morceaux sous f sera forcément négative et une fonction
constante par morceaux au-dessus de f sera forcément plus grande que 1. L’écart entre les
intégrales sera donc au moins 1 et f n’est pas intégrable au sens de Riemann : ce n’est pas
la bonne méthode pour donner un sens à l’intégrale de cette fonction.

Après avoir vu un contre-exemple, voyons notre principal exemple qui marche : les
fonctions continues.
Théorème 5.9. Soit [a,b] un intervalle compact et f ∈ C 0 ([a,b],R) une fonction continue.
Alors f est intégrable au sens de Riemann. En outre, on a
n−1 Z b
X b−a b − a
f a+k −−−−−−−→ f (x) dx .
k=0
n n n−→+∞ a

La dernière partie montre que l’intégrale peut s’approcher par la méthode des rectangles
à gauche en pratiquant une subdivision régulière.
On découpe [a,b] en n intervalles de lar-
geur b−a
n
. La somme
n−1
X b−a b − a
f a+k
k=0
n n

est appelée somme de Riemann et cor-


respond à l’aire des rectangles verts
dont la hauteur est prise comme la va-
leur de f à gauche de l’intervalle.
Démonstration : Soit ε > 0 fixé. Divisons [a,b] en n intervalles, posons h = (b − a)/n le
pas de la subdivision et notons xi = a + i × h la subdivision avec i = 0, . . . ,n. On définit f
et f comme des fonctions en escaliers qui sont constantes sur chaque [xi ,xi+1 [ et vérifient
∀x ∈ [xi ,xi+1 [ , f (x) = min f (ξ) et f (x) = max f (ξ) .
ξ∈[xi ,xi+1 ] ξ∈[xi ,xi+1 ]

On rappelle que les minimums et maximums sont bien définis car f est continue sur
[xi ,xi+1 ]. On décide aussi que f (b) = f (b) = f (b). Par construction, f et f sont bien

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La théorie de l’intégration de Riemann

des fonctions continues par morceaux qui encadrent f . Par ailleurs, leur différence est au
pire de l’écart entre f (x) et f (y) pour x et y dans le même intervalle [xi ,xi+1 ]. Par conti-
nuité uniforme, on peut trouver h assez petit tel que cet écart est plus petit que ε/(b − a).
On a alors que
Z b Z b
X ε
f (x) dx − f (x) dx ≤ (xi+1 − xi ) =ε.

a a
b−a
Ceci montre que f est bien Riemann-intégrable. La convergence de la somme de Riemann
découle simplement du fait que cette somme est encadrée par les deux intégrales de f et
f. 

Exemples :
• La fonction x 7→ ex est donc intégrable au sens de Riemann sur [0,1]. En outre, quand
n tend vers +∞, on a
n−1
X 1 k 1 1−e 1−e e−1
en = . 1/n
= 1 1 = .
k=0
n n 1 − e n(1 − 1 − n
+ o( n
)) 1 + o(1)

Donc, on faisant tendre n vers +∞, on obtient


Z 1
ex dx = e − 1 .
0

• La fonction x 7→ x + 1 est continue donc intégrable au sens de Riemann sur [0,1]. En


outre,
n−1 n−1
X 1 k 1 X 1 (n − 1)n 1 3
( + 1) = 1 + 2 k =1+ 2 × −−−−−−−→ 1 + =
k=0
n n n k=0 n 2 n−→+∞ 2 2

où on a utilisé la formule nk=1 k = n(n+1)


P
2
que l’on peut démontrer par récurrence.
On note que le résultat obtenu pour l’aire sous la courbe de x 7→ x + 1 est bien
cohérent avec la formule d’aire d’un trapèze de hauteur 1 et de petite et grande bases
1 et 2.

Faisons un petit point sur les notations. La convergence


n−1 b
b−a b − a
X Z
f a+k −−−−−−−→ f (x) dx .
k=0
n n n−→+∞ a

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La théorie de l’intégration de Riemann

donne une correspondance entre les éléments de la somme de Riemann (méthode Rdes rec-
tangles) et l’écriture intégrale. On peut commencer par remarquer que le symbole est un
≪ S ≫ allongé. Il a été introduit par Leibniz et fait donc bien référence à l’intégrale comme

une sorte de somme. L’autre point à remarquer, c’est que l’élément d’intégration dx cor-
respond à la limite de la petite distance h = b−an
(symbole qu’on retrouve logiquement dans
d
la dérivation dx par passage à la limite de la pente de la corde). C’est donc un élément qui
fait partie de la somme de l’intégrale et non un symbole servant juste à fermer l’intégrale
(ce sera clair au moment des changements de variables).
En recollant plusieurs intervalles où on applique le résultat précédent, on peut généraliser
ce théorème aux fonctions continues par morceaux.
Définition 5.10. Soit I = [a,b] un intervalle compact de R. Une fonction f est dite
continue par morceaux sur I s’il existe un nombre fini de points a = x0 < x2 < . . . < xp = b
tels que f est continue sur chaque intervalle ]xi ,xi+1 [ et que les limites à droite et à gauche
de chaque intervalle existent et sont finies. L’ensemble des fonctions continue par morceaux
0
sur [a,b] est noté Cpm ([a,b],R).

une fonction continue par morceaux une fonction non continue par morceaux une fonction non continue par morceaux
car la limite à gauche n’existe pas car il y a un nombre infini de discontinuités
au point central

0
Théorème 5.11. Soit [a,b] un intervalle compact et f ∈ Cpm ([a,b],R) une fonction continue
par morceaux. Alors f est intégrable au sens de Riemann. En outre, on a
n−1 b
b−a b − a
X Z
f a+k −−−−−−−→ f (x) dx .
k=0
n n n−→+∞ a

De plus, les valeurs de f aux points de discontinuités ne change pas la valeur de l’intégrale.
Démonstration : Il suffit de recoller les arguments de la démonstration précédente ap-
pliquée sur chaque morceau. Pour la convergence de la somme de Riemann, l’argument
est aussi le même. Il y a juste le problème des valeurs aux points de discontinuités mais
celles-ci sont en nombre fini et leur influence disparaı̂t au fur et à mesure que n tend vers
+∞. 

On peut aussi facilement gérer les fonctions à valeurs complexes.

45
La théorie de l’intégration de Riemann

Définition 5.12. Une fonction f : [a,b] −→ C est intégrable au sens de Riemann si ses
parties réelle et imaginaire le sont. On pose alors
Z b Z b Z b
f (x) dx = Re(f (x)) dx + i Im(f (x)) dx .
a a a

Nous allons admettre toutes les propriétés élémentaires de l’intégrale de Riemann, même
si elles se démontrent assez facilement en partant de la définition.

Proposition 5.13. Linéarité


Soient f et g deux fonctions intégrables au sens de Riemann sur un segment [a,b] et soit
λ ∈ C, alors f + λg est intégrable au sens de Riemann et
Z b Z b Z b
(f + λg)(x) dx = f (x) dx + λ g(x) dx .
a a a

Proposition 5.14. Monotonie


Soient f et g deux fonctions intégrables au sens de Riemann sur un segment [a,b] et à
valeurs réelles. Si pour tout x ∈ [a,b], on a f (x) ≤ g(x), alors
Z b Z b
f (x) dx ≤ g(x) dx .
a a

On note que la valeur en un nombre fini de points n’influence pas la valeur de l’intégrale,
donc on peut aussi supposer que f (x) ≤ g(x) sauf en un nombre fini de points.

Proposition 5.15. Relation de Chasles


Soit f une fonction intégrable au sens de Riemann sur [a,c] et soit b ∈]a,c[, alors
Z b Z c Z c
f (x) dx + f (x) dx = f (x) dx .
a b a

Cette relation nous pousse à prendre comme convention que


Z a Z a Z b
f (x) dx = 0 et f (x) dx = − f (x) dx .
a b a

Notons que la première convention est aussi cohérente avec la limite b → a.

Proposition 5.16. Inégalité triangulaire


Soit f une fonction intégrable au sens de Riemann sur [a,b], alors
Z b Z b


f (x) dx ≤
|f (x)| dx .
a a

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La théorie de l’intégration de Riemann

Proposition 5.17. Stricte positivité


Soit f ∈ C 0 ([a,b],R+ ) une fonction continue et positive. Alors s’il existe x0 ∈ [a,b] tel que
f (x0 ) > 0, on a
Z b
f (x) dx > 0 .
a

En conséquent, si f est positive continue et d’intégrale nulle sur [a,b], alors f est identi-
quement nulle sur [a,b].

3 Lien avec la dérivation


Le théorème fondamentale de l’analyse est le lien a priori inattendu entre l’intégration
et la dérivation.
0
Théorème 5.18. Soit [a,b] un intervalle compact de R et soit f ∈ Cpm ([a,b],C) un fonction
continue par morceaux. Alors
Z ξ
ξ ∈ [a,b] 7−→ f (x) dx
a

est une fonction continue de x.


Si en outre f ∈ C 0 ([a,b],C) est de plus continue sur [a,b] alors
Z ξ
ξ ∈ [a,b] 7−→ f (x) dx
a

est une fonction dérivable et sa dérivée vaut


ξ
d
Z
f (x) dx = f (ξ) .
dξ a


En conséquence, ξ ∈ [a,b] 7−→ a
f (x) dx est l’unique primitive de f sur [a,b] qui s’annule
en a.

Démonstration : Par la relation de Chasles, on a


Z ξ+h Z ξ Z ξ+h
f (x) dx − f (x) dx = f (x) dx .
a a ξ

Si f est continue par morceaux, alors elle est bornée et l’aire sous la courbe entre ξ et ξ + h
est bornée par un rectangle de largeur h et de hauteur constante. Donc quand h tend vers
0, on obtient bien la continuité de l’intégrale par rapport à sa borne.

47
La théorie de l’intégration de Riemann

max f (x)
x∈[ξ,ξ+h]

min f (x)
x∈[ξ,ξ+h]

a ξ ξ+h

Affinons les choses en supposant que f est continue. Par monotonie de l’intégrale, on a
Z ξ+h
h min f (x) ≤ f (x) dx ≤ h max f (x) .
x∈[ξ,ξ+h] ξ x∈[ξ,ξ+h]

Or, par continuité, minx∈[ξ,ξ+h] f (x) comme maxx∈[ξ,ξ+h] f (x) tendent vers f (ξ) quand h
tend vers 0. On obtient donc par encadrement que
Z ξ+h Z ξ 
1
f (x) dx − f (x) dx −−−−−→ f (ξ)
h a a h−→0

ce qui donne par définition la dérivée recherchée. La dernière assertion vient de l’unicité
de la primitive modulo les constantes. 

Le théorème montre aussi que toute fonction continue admet une primitive (et donc une
infinité en y ajoutant une constante). Si la fonction f est seulement continue par morceaux,
on peut obtenir une sorte de primitive mais qui ne sera dérivable qu’à droite et à gauche
aux points de discontinuité de f .
Corollaire 5.19. Soit f ∈ C 0 ([a,b],R) une fonction continue et soit F ∈ C 1 ([a,b],R) une
primitive de f sur [a,b]. Alors
Z b
f (x) dx = F (b) − F (a) := [F (x)]ba .
a

Démonstration : On pose F̃ (ξ) = a
f (x) dx . On sait que F = F̃ + C avec C une
constante. On a alors
Z b
F (b) − F (a) = (F̃ (b) + C) − (F̃ (a) + C) = F̃ (b) − F̃ (a) = f (x) dx − 0 .
a

48
Chapitre 6 : Des techniques d’intégration

Le but de ce chapitreR est de présenter quelques techniques d’intégration permettant


b
d’exprimer une intégrale a f (x) dx en une expression composée des fonctions usuelles (et
sans le signe intégral). Le plus souvent, cela revient à trouver une primitive à f mais cette
opération est parfois difficile sans opérer des transformations de l’intégrale. Le but est donc
de :

• connaı̂tre les transformations possibles,

• savoir dans quelle situation les utiliser pour simplifier le calcul.

Dans ce contexte, on pourra se souvenir qu’il n’est pas toujours possible d’avoir une expres-
sion de la primitive. Joseph Liouville (1809-1882, France) a ainsi montré que la primitive
2
de e−x ne peut s’exprimer en fonctions des fonctions usuelles. Même si on donne le nom
≪ Erf ≫ à cette primitive, on aura encore des primitives non exprimables etc. Nous allons

donc essayer de faire au mieux, mais une méthode générale ne sera pas possible.

1 Intégration par parties


La formule de l’intégration par parties correspond à la formule de dérivation du produit.
Si F et g sont deux fonctions dérivables sur [a,b] de dérivées f et g ′ , alors

d
(F g(x)) = f (x)g(x) + F (x)g ′ (x) .
dx
On en déduit donc le résultat suivant.

Théorème 6.1. Soit a < b. Soit f une fonction continue sur [a,b] et soit g une fonction
de classe C 1 sur [a,b], alors
Z b Z b
f (x)g(x) dx = [F (x)g(x)]ba − F (x)g ′ (x) dx
a a

où F est une primitive de f sur [a,b].

49
Des techniques d’intégration

Démonstration : On a
Z b Z b Z b

f (x)g(x) dx + F (x)g (x) dx = (F ′ (x)g(x) + F (x)g ′ (x)) dx
a a a
Z b
= (F (x)g(x))′ dx
a
= [F (x)g(x)]ba .

On n’utilisera l’intégration par partie que si on identifie deux parties dans l’intégrande
et qu’au moins une partie a une primitive connue. En outre, cette intégration par parties
doit nous simplifier la tâche, c’est-à-dire aboutir à un intégrande plus simple. Nous allons
voir quelques situations classiques.

Le cas polynôme contre exponentielle.


Si l’intégrande est du type P (x)ex avec P un polynôme, alors une intégration par partie
permet de dériver le polynôme et intégrer l’exponentielle. Intégrer l’exponentielle n’est pas
coûteux et dériver le polynôme fait baisser son degré. En réitérant le processus, on finit
par se ramener à P =constante et on peut conclure. Cette idée fonctionne aussi pour les
cas du type P (x) sin x, P (x) cos x. . . .
Z 1 Z 1
x 1
x
xe dx = [xe ]0 − ex dx = e − [ex ]10 = e − (e − 1) = 1 .
0 0

Mais aussi
π  π π
21
Z Z
2
x cos(2x) dx = x sin(2x) − x sin(2x) dx
0 2 0 0

1 π

(−1)
Z
=− x cos(2x) − cos(2x) dx
2 0 2 0
π 1
= − [sin(2x)]π0
2 4
π
= .
2

Le cas ln ou arctan.
Quand une intégrale fait apparaı̂tre un log ou une arctangente, l’idée est d’essayer de faire
une intégration par parties pour dériver ces fonctions. En effet, leur dérivées sont de type
≪ fractions rationnelles ≫, c’est-à-dire quotient de deux polynômes, et on sait intégrer toutes

les fonctions de cette famille (voir ci-dessous).

50
Des techniques d’intégration

Nous allons voir comment calculer une primitive du log. Pour cela, nous allonsR x introduire
une notation qui n’est pas universelle Rmais bien pratique. On sait que 1 ln t dt est la
x
primitive du log qui s’annule en 1, mais 2 ln t dt est aussi une primitive du log etc. En fait,
la borne inférieure n’est pas importante puisque dans tous les calculs, elle ne donnera que
des constantes et la primitive est définie à une constante près. Plutôt que de s’encombrer
des nombres qui viendront de cette borne inférieure, nous allons l’ignorer, ce qui donnera
en quelque sorte la primitive la plus simple à écrire, c’est-à-dire la partie qui dépend de x
avec les fonctions usuelles. Par ailleurs, l’astuce est de faire une intégration par partie en
dérivant le log. A priori, il n’y a rien à intégrer. . . sauf que l’on peut dire que le log est
multiplier par 1 et intégrer cette constante.
x x x
1
Z Z Z
x
ln t dt = 1 × ln t dt = [t ln t] − t× dt
t
Z x
= x ln x − dt

= x ln x − x

Proposition 6.2. Une primitive de ln sur ]0, + ∞[ est x 7−→ x ln x − x.

On procède de même pour l’arctangente.


x x
1 1 x 2t
Z Z Z
x
arctan t dt = [t arctan t] − t dt = x arctan x − dt
1 + t2 2 1 + t2
1 x 1
= x arctan x − ln |1 + t2 | = x arctan x − ln(1 + x2 )
2 2

L’astuce marche pour d’autres cas.

2  2 Z 2
1 2 2 ln x
Z
2
x ln x dx = x ln x − x2 dx
1 2 1 1 x
Z 2 2
1 2 21

1 2
Z
2 2
= 2 ln 2 − x ln x dx = 2 ln 2 − x ln x + x dx
1 2 1 2 1 x
1 2
= 2 ln2 2 − 2 ln 2 + x2 1
 
4
2 3
= 2 ln 2 − 2 ln 2 + .
4

L’astuce de la double intégration.


Terminons par un calcul astucieux classique qui nécessite une double intégration par par-

51
Des techniques d’intégration

ties.
Z π Z π
x
cos xe dx = [cos xex ]π0sin xex dx
+
0 0
Z π
π x π
= −e − 1 + [sin xe ]0 − cos xex dx
0
Z π
π x
=e −1− cos xe dx
0

On a l’impression de tourner en rond car la dernière intégrale est celle de départ. Mais le
signe nous sauve miraculeusement et on peut faire passer l’intégrale de l’autre côté pour
obtenir Z π
1 + eπ
cos xex dx = − .
0 2

2 Décomposition en éléments simples


Le but de cette partie est d’intégrer toutes les fractions rationnelles, c’est-à-dire tous les
quotients de deux polynômes. L’idée de la méthode peut se voir sur cet exemple élémentaire.
1
On souhaite intégrer la fonction f (x) = 1−x 2 . On constate que

 
1 1 1 1
f (x) = = +
(1 − x)(1 + x) 2 1+x 1−x
et donc une primitive de f est
1
F (x) = (ln |1 + x| + ln |1 − x|)
2
(on lèvera les valeurs absolues en fonction de l’intervalle où la primitive est considérée). On
voit ici le point central de la méthode : décomposer la fraction en ≪ éléments simples ≫ que
l’on sait facilement intégrer.
P (x)
Les éléments simples : soit f (x) = Q(x) une fraction rationnelle où P et Q sont deux
polynômes à coefficients réels. Le polynôme Q(x) peut se factoriser sous la forme

Q(x) = C(x − x1 )k1 (x − x2 )k2 . . . (x − xp )kp (x2 + a1 x + b1 )l1 . . . (x2 + aq x + bq )lq

où xi sont des racines réelles distinctes, ki et li des puissances entières et (x2 + ai x + bi ) des
facteurs irréductibles réels. Alors la fraction P/Q peut se décomposer sous la forme d’une
somme d’éléments de cette liste
• Un polynôme réel de degré égal à celui de P moins celui de Q. Si Q est de degré plus
grand que P , il n’y a pas de tel terme.

52
Des techniques d’intégration

• Pour chaque racine xi une somme de termes


α1 α2 α ki
+ 2
+ ... + .
(x − xi ) (x − xi ) (x − xi )ki
• Pour chaque facteur irréductible (x2 + ai x + bi ), une somme de termes
α1 x + β1 α2 x + β2 αl x + βli
+ 2 + ... + 2 i .
(x2+ ai x + bi ) (x + ai x + bi ) 2 (x + ai x + bi )li
Voyons un exemple : si on considère la fonction
x5
f (x) =
(x + 1)2 (x2 + x + 1)
alors on sait que l’on pourra écrire
c d gx + h
f (x) = ax + b + + 2
+ 2 .
x + 1 (x + 1) x +x+1

Méthodes de décomposition : il faut bien sûr commencer par factoriser Q pour trouver
quels sont les éléments simples qui vont intervenir. Une fois les éléments connus, la méthode
la plus basique consiste à tout réduire au même dénominateur et identifier termes à termes.
Par exemple, on écrit
x+2 x+2 a b a(x − 2) + b(x − 1)
f (x) = = = + =
x2
− 3x + 2 (x − 1)(x − 2) x−1 x−2 (x − 1)(x − 2)
(a + b)x − (2a + b)
= .
(x − 1)(x − 2)
Par identification, on trouve que (a + b) = 1 et (2a + b) = −2. La résolution du système
donne que a = −3 et b = 4 et donc
x+2 −3 4
f (x) = 2 = + .
x − 3x + 2 x−1 x−2
Il existe parfois astuces pour aller plus vite. Par exemple, le polynôme peut se trouver
par division euclidienne. Si on n’a qu’un seul facteur simple sous la fraction, la division
euclidienne permet d’avoir tous les termes. Par exemple,
x3 x+1
−x3 −x2 x2 − x + 1
−x2
x2 +x
x
−x −1
−1

53
Des techniques d’intégration

Ce qui montre que


x3 1
= x2 − x + 1 − .
x+1 x+1
ai
Une autre astuce quand on n’a que des facteurs simples du type x−xi
à trouver est la
suivante. Prenons par exemple le cas de la fraction

2x + 3 a b
f (x) = = + .
(x + 1)(x − 1) x+1 x−1

Pour trouver a, on va tout multiplier par x + 1 pour obtenir pour x 6= −1

2x + 3 x+1
=a+b
x−1 x−1
on prend maintenant la limite x → −1. En fait, on peut prolonger l’expression par conti-
nuité et cette limite revient à regarder la valeur en x = −1 qui donne a = −1/2. On voit
que cette astuce permet de trouver a en neutralisant b dans un premier temps. Pour trouver
b, on procède de même en multipliant l’expression de départ par (x − 1) et en prenant la
valeur en x = 1 (ou plus rigoureusement en faisant la limite x → 1 dans l’expression). On
trouve ainsi
2x + 3 x−1
=a +b
x+1 x+1
puis b = 5/2. On conclut donc que
 
2x + 3 1 −1 5
f (x) = = + .
(x + 1)(x − 1) 2 x+1 x−1

Intégrations : il ne reste plus qu’à intégrer les différents ≪ éléments simples ≫. Evidem-
ment, l’éventuelle partie polynomiale est facile, de même que les termes 1/(x − xi )ki . Par
exemple, avec les décompositions déjà effectuées, on obtient
Z 3
1 3
Z  
2x + 3 −1 5 1
dx = + dx = [− ln(1 + x) + 5 ln(x − 1)]32
2 (x + 1)(x − 1) 2 2 x+1 x−1 2
1 1
= (− ln 4 + 5 ln 2 + ln 3 − 5 ln 1) = ln(24) .
2 2
L’intégration des termes correspondant à des facteurs irréductibles de degré deux est plus
délicate. Nous n’allons voir que le cas des fractions du type (αx + β)/(x2 + ax + b). Cette
intégration est basée sur deux primitives usuelles :
Z x Z x
dt 2t + a
2
= arctan x et 2
dt = ln |t2 + at + b| .
t +1 t + at + b

54
Des techniques d’intégration

Prenons un exemple concret. On souhaite intégrer


x
f (x) = .
x2 + 2x + 2

Commençons par éliminer le terme en x du dessus en repérant le début de la dérivée du


terme du dessous :
1 2x + 2 1
f (x) = 2
− 2 .
2 x + 2x + 2 x + 2x + 2
Le premier terme est sous la bonne forme pour être intégrer avec un log. Le deuxième
terme se met sous la bonne forme pour être intégrer avec une arctangente en repérant le
début d’un carré : x2 + 2x + 2 = (x + 1)2 + 1. On a alors
x
1 x 2t + 2
Z x
t dt
Z Z
2
dt = 2
dt −
t + 2t + 2 2 t + 2t + 2 (t + 1)2 + 1)
1
= ln(x2 + 2x + 2) − arctan(x + 1) .
2

Nous n’avons pas vu l’intégration de tous les types de termes ni toutes les astuces qui
servent à avoir rapidement la décomposition. Mais elles sont très bien implémentées dans
les logiciels de calcul formel et nous ne faisons aujourd’hui à la main que les cas simples.
On pourrait vouloir passer aux complexes pour factoriser complètement le
! dénominateur et n’avoir que des éléments simples faciles à intégrer. La
décomposition est parfaitement possible ainsi et permet parfois d’aller plus
vite. Mais attention au moment de l’intégration, il faut revenir aux nombres
réels ou être très prudent. En effet, si on se retrouve avec des nombres comme
ln(1 + i), il va falloir se poser la question du log des nombres complexes, ce
qui est délicat. Par exemple, on voit que ln 1 = ln(e2iπ ) = 2iπ 6= 0 signifie qu’a
priori log et nombres complexes ne font pas bon ménage.

Exemple : Reprenons la méthode entière dans un dernier exemple. On veut intégrer


2 −x+1
f (x) = x3x3 −x 2 +x . Faisons la décomposition en éléments simples. Tout d’abord, il n’y a pas

de partie polynomiale car le degré du dénominateur est strictement plus grand que celui
du numérateur. On factorise le dénominateur en x3 − x2 + x = x(x2 − x + 1). On sait donc
que
3x2 − x + 1 a bx + c
f (x) = 3 2
= + 2 .
x −x +x x x −x+1
En multipliant tout par x et en prenant x = 0, on obtient a = 1. Il suffit ensuite de calculer

1 3x2 − x + 1 1 2x
f (x) − = 3 − = .
x x − x2 + x x x2 − x + 1

55
Des techniques d’intégration

et donc
1 2x
f (x) = + 2 .
x x −x+1
Pour intégrer le deuxième terme, on écrit

2x 2x − 1 1 2x − 1 4 1
= + = +
x2 − x + 1 x2 − x + 1 x2 − x + 1 x2 − x + 1 3 ( √3 (x − 12 ))2 + 1
2

d’où  
2 2 1
Z
2
f (x) dx = ln |x| + ln |x − x + 1| + √ arctan √ (x − ) .
3 3 2

3 Linéarisation des polynômes trigonométriques


Parmi les familles de primitives que l’on peut faire systématiquement, il y a les po-
lynômes trigonométriques, c’est-à-dire les combinaisons linéaires de puissances du type
sinp (x) cosq (x). Il y a plusieurs façons de faire. Par exemple les cas sinp (x) cos(x) se font
facilement en voyant qu’une primitive est donnée par p+1 1
sinp+1 (x). Si q est impair, tout
facteur sinp (x) cosq (x) peut se ramener au cas précédent en utilisant les formules trigo-
nométriques. Par exemple,
Z π/2 Z π/2
3 3
sin (x) cos (x) dx = sin3 (x)(1 − sin2 (x)) cos(x) dx
0 0
 π/2
1 4 1 1 1
= sin (x) − sin6 (x) = −
4 6 0 4 6
1
=
12
On n’oubliera pas aussi qu’il y a beaucoup de symétries dans les fonctions trigonométriques
qui peuvent être utilisées. Ainsi,
Z π
sin3 (x) cos3 (x) dx = 0
0

car l’intégrande est impaire par rapport à π/2.


Comment faire le cas général ? Il suffit de linéariser le polynôme c’est-à-dire transformer
les puissances sinp (x) cosq (x) en combinaisons linéaires de sin(kx) et cos(lx). Pour ce faire,
on utilise soit les formules trigonométriques, soit les formules d’Euler.

56
Des techniques d’intégration

R 2π
Exemple : On veut calculer 0 cos2 (x) dx. On a la formule trigonométrique cos2 (x) =
1+cos(2x)
2
et donc
Z 2π
1 2π
Z
2
cos (x) dx = (1 + cos(2x)) dx = π .
0 2 0
où on a utilisé que l’intégrale de cos(2x) sur un nombre entier de périodes (ici la période
est π et l’intervalle de longueur 2π) est nul.

Exemple : On veut calculer 0
sin3 (x) dx. On a
 ix 3
3 e − e−ix
sin (x) =
2i
−1 3ix
e − 3eix + 3e−ix − e−3ix

=
8i 
−1 ei3x − e−3ix eix − e−ix

= −3
4 2i 2i
1 3
= − sin(3x) + sin(x)
4 4
Au passage on note que ce calcul ne fait intervenir les nombres complexes que pour les
calculs intermédiaires : la fonction de départ est réelle et donc le résultat final l’est aussi.
C’est l’utilisation initiale des ≪ nombres imaginaires ≫ qui n’avait qu’une existence formelle
en tant que facilitateurs de calculs.
On obtient au final que
Z π
1 π
Z
3
sin (x) dx = 3 sin(x) − sin(3x) dx
0 4 0
 π
1 1
= −3 cos(x) + cos(3x)
4 3 0
 
1 1 1
= 3− +3−
4 3 3
4
=
3

On notera qu’il y a des façons de contrôler le calcul linéarisant sinp (x) cosq (x)
! en combinaisons linéaires de sin(kx) et cos(lx). Tout d’abord, le plus grand
k ou l correspond à la puissance p + q. Par ailleurs, si le terme de départ est
impair (p impair) alors on n’aura un développement que sur les sin(kx) et
inversement s’il est pair, on n’aura un développement que sur les cos(lx). Par
ailleurs, à cause de l’autre symétrie x 7→ π − x, les fréquences k ou l sautent
de deux en deux.

57
Des techniques d’intégration

4 Changement de variable
Quand on intégre une fonction sur un segment, la formule du changement de variable
s’énonce simplement.

Proposition 6.3. Soit [a,b] ⊂ R un segment compact, soit f ∈ C 0 ([a,b],C) et soit ϕ ∈


C 1 ([a,b],C), on a
Z b Z ϕ(b)

f (ϕ(x))ϕ (x) dx = f (u) du .
a ϕ(a)

Démonstration : On note F une primitive de f , alors F ◦ ϕ est une primitive de f ϕ′ et


donc Z b Z ϕ(b)

f (ϕ(x))ϕ (x) dx = F (ϕ(b)) − F (ϕ(a)) = f (u) du .
a ϕ(a)

Ce n’est donc qu’une façon de repérer les formes du type (f ◦ ϕ)ϕ′ qui se primitivent
facilement. Mais en pratique le changement se fait sans repérer cette forme. Il passe par
plusieurs étapes :

1. poser la nouvelle variable u = ϕ(x).


du
2. calculer le nouvel élément d’intégration du = ϕ′ (x) dx, formule cohérente avec dx
=
ϕ′ (x).

3. voir si on peut transformer tout l’intégrande de l’intégrale d’origine en remplaçant x


par u, y compris le dx par du.

4. changer les bornes par la méthode ≪ quand x valait a, alors u vaut ϕ(a) ≫.

5. effectuer toutes ces transformations dans l’intégrale.

Exemple : On considère un débit f (t) d’une turbine en m3 /h qui dépend R1 du temps t


exprimé en heures. Le volume d’eau passée en une heure est V = 0 f (t) dt. On veut
regarder maintenant le temps exprimé en minutes. On pose τ = 60t. On a dτ = 60 dt. Puis
Z 1 Z 60
τ  dτ
V = f (t) dt = f .
0 0 60 60
1 τ
est le débit minute par minute, en m3 /min. Le but de cet exemple

On note bien que 60 f ( 60
est de bien mettre en valeur l’importance du terme dt ou dτ qui intervient dans le calcul
et donne l’unité d’intégration.

58
Des techniques d’intégration

Exemple : Faisons un exemple plus complexe. On veut calculer


Z 1
1
I= x
dx .
0 1+e

Pour cela, on va poser u = ex . On a du = ex dx. Le terme ex n’apparaı̂t pas dans


l’intégrande d’origine, nous allons donc le rajouter.
Z 1 Z 1 Z e
1 1 x 1
x
dx = x x
e dx = du
0 1+e 0 e (1 + e ) 1 u(1 + u)

Nous pouvons maintenant utiliser notre connaissance de la décomposition en éléments


simples.
Z e 
1 1
I= − du = [ln |u| − ln(|1 + u|]e1 = 1 − ln(1 + e) + ln 2
1 u 1 + u

Ce dernier exemple illustre une généralité : toute fraction rationnelle d’exponentielles


sous la forme P (ex )/Q(ex ) peut s’intégrer en posant u = ex puis en utilisant la décomposition
en éléments simples.
Parmi les changements de variables classiques, on peut aussi s’attaquer aux fractions
rationnelles de fonctions trigonométriques P (cos x, sin x)/Q(cos x, sin x) par des change-
ments de variables. Pour nous guider, Charles Bioche (1859-1949, France) proposa la règle
suivante. On regarde le terme intégré f (x) dx dans son ensemble.
• s’il est invariant par x 7→ −x, alors on pose u = cos x,
• s’il est invariant par x 7→ π − x, alors on pose u = sin x,
• s’il est invariant par x 7→ π + x, alors on pose u = tan x,
• dans tous les cas u = tan(x/2) est un changement qui marchera, mais est très labo-
rieux.
R x dt
Exemple : Cherchons une primitive de f (x) = sin1 x , c’est-à-dire F (x) = sin t
. On voit
dt
que sin t est invariant par t 7→ −t. On pose donc u = cos t. On a du = − sin(t) dt et donc
Z x Z cos x Z cos x  
dt − du 1 1 1
= = − du
sin t 1 − u2 2 u−1 u+1
1
= [ln |u − 1| − ln |u + 1|]cos x
2
1 cos x − 1 1 sin2 (x/2)

= ln = ln
2 cos x + 1 2 cos2 (x/2)
x 
= ln tan

2

59
Des techniques d’intégration

1
Exemple : Cherchons une primitive de f (x) = 1+sin x
. On n’a aucun invariant intéressant.
On va donc poser u = tan(x/2). Dans ce cas, il est utile de connaı̂tre les formules

1 − u2 2u 2 du
cos x = sin x = dx = .
1 + u2 1 + u2 1 + u2

On trouve donc

X tan(X/2)
1 1 2 du
Z Z
dx = 2u
1 + sin x 1+ 1+u2
1 + u2
tan(X/2) tan(X/2)
1 1
Z Z
=2 du = 2 du
1 + u2 + 2u (1 + u)2
2
=−
1 + tan(X/2)

Exemple : Finissons sur un exemple d’intégration d’un des éléments simples que nous
avons mis de côté. On veut calculer
1
1
Z
I= dx .
0 (1 + x2 )2

Une astuce consiste à poser x = tan t. On a dx = (1 + x2 ) dt et donc

π/4 π/4 π/4


dt cos2 t
Z Z Z
I= = dt = cos2 t dt .
0 1 + tan2 t 0 cos2 t + sin2 t 0

En utilisant les méthodes vues sur les polynômes trigonométriques, on obtient

 π/4
1 1 π 1
I= t + sin(2t) = + .
2 2 0 8 4

60
Des techniques d’intégration

5 Des exemples concrets


5.1 Aire d’un morceau de disque
On veut créer une jauge dans une cuve cylindrique.
Le but est donc de connaı̂tre la surface grisée de la
figure ci-contre en fonction de la profondeur h. On h
note R le rayon de la cuve. En utilisant le théorème
de Pythagore, on trouve que l’aire vaut
Z R √
A(h) = 2 R2 − x2 dx .
h
Pour faire disparaı̂tre la racine carrée, une astuce consiste à paramétrer selon l’angle au
centre, c’est-à-dire poser x = R sin θ, soit donc θ = arcsin(x/R) et dx = R cos θ dθ.
Z π/2
A(h) = 2 R2 cos2 θ dθ
arcsin(h/R)
Z π/2
= R2 1 + cos(2θ) dθ
arcsin(h/R)
 π/2
2 1
=R θ + sin(2θ)
2 arcsin(h/R)
2 2
πR h R h
= − R2 arcsin( ) − sin(2 arcsin( ))
2 R 2 R
On utilise alors que
q √
sin(2 arcsin(a)) = 2 cos(arcsin a) sin(arcsin a) = 2a 1 − sin2 (arcsin a) = 2a 1 − a2

en faisant bien attention qu’on se situe dans le cadre a ∈ [0,π/2]. On trouve au final que

πR2 h √
A(h) = − R2 arcsin( ) − h R2 − h2 .
2 R
On peut vérifier au passage que le résultat est cohérent quand h = 0 ou h = R. Notons
finalement que ce cas simple peut aussi se faire avec un peu de géométrie élémentaire en
considérant qu’on regarde une portion du disque moins un triangle.

5.2 Réchauffement d’un objet


Un objet est placé dans un milieu dont la température augmente de façon homogène :
par exemple un four ou une pièce où l’air est bien brassé. A t = 0, on suppose le tout à

61
Des techniques d’intégration

température nulle (quitte à changer d’échelle de température). La température extérieure


sera supposée augmenter de façon constante selon la loi Text (t) = αt. L’objet se réchauffe
de façon homogène en suivant la loi de Joseph Fourier (1768-1830, France) :
T (0) = 0 T ′ (t) = λ(Text (t) − T (t))
où λ > 0 est un coefficient dépendant de la géométrie et de la matière de l’objet. On veut
connaı̂tre T (t). Pour cela, on utilise la méthode de la variation de la constante pour trouver
que Z t Z t
T (t) = λ e−λ(t−s) Text (s) ds = λe−λt eλs Text (s) ds .
0 0
On peut en effet dériver cette formule et vérifier qu’elle satisfait l’équation différentielle.
Calculons T (t).
Z t Z t
−λ(t−s)
T (t) = λ e Text (s) ds = αλ se−λ(t−s) ds
0 0
Z t
 −λ(t−s) t
= α se 0
−α e−λ(t−s) ds
0
 t
1 −λ(t−s)
= αt − α e
λ 0
α −λt

= αt − 1−e .
λ
On trouve donc que pour t assez grand, la différence de température entre le milieu extérieur
et l’objet reste quasiment constant égal à α/λ.

5.3 Evolution d’une population animale


Soit p(t) une population animale adulte évoluant au cours du temps. Un modèle sim-
pliste d’évolution de population est celui de Thomas Robert Malthus (1766-1834, Angle-
terre). Il s’agit de considérer que
p′ (t) = αp(t) − βp(t)
où α > 0 est le taux de reproduction et β > 0 le taux de mortalité. On obtient comme
solution p(t) = p(0)e(α−β)t ce qui donne une croissance exponentielle ou une extinction sui-
vant que α > β ou pas. Ce modèle est par exemple raisonnable pour la population humaine
durant les dernières décennies. Il n’est par contre pas raisonnable pour une population qui
a des contraintes d’environnement. Pour modéliser cela, Pierre François Verhulst (1804-
1849, Belgique) propose de rajouter un terme −γp(t)2 qui est petit pour une population
petite mais ajoute de la surmortalité si p(t) devient trop grand. On trouve donc l’équation
différentielle
p′ (t) = αp(t) − βp(t) − γp(t)2 .

62
Des techniques d’intégration

On la résoud par séparation des variables. Si p(t) = 0 a un moment, alors p(t) = 0 pour
tout t car p(t) ≡ 0 est une solution constante. De même, p(t) ≡ α−β γ
= κ est une autre
solution constante. Supposons que p(t) est différent de ces deux valeurs, on peut alors écrire
p′ (t)
=1. (6.1)
(α − β)p(t) − γp(t)2
Pour intégrer cette équation, il nous faut une primitive de
1 1
f (p) = 2
= .
(α − β)p − γp γp(κ − p)
On utilise la décomposition en éléments simple
1 A b
f (p) = = + .
γp(κ − p) p κ−p
Par notre méthode préférée, on obtient au final que
   
1 1 1 1 1 1 1
f (p) = = + = + .
γp(κ − p) γκ p κ − p α−β p κ−p
D’où p  
1 1 p
Z
f (s) ds = (ln |p| − ln |κ − p|) = ln .
α−β α−β |κ − p|
En revenant à (6.1), on obtient donc que
 
1 p(t)
ln = t + cte
α−β |κ − p(t)|
et donc que
p(t)
= Ce(α−β)t .
|κ − p(t)|
Il ne reste plus qu’à résoudre cette équation. Par exemple si p(0) ∈]0,κ[, alors p(t) reste
dans cet intervalle et
p(t) = Ce(α−β)t (κ − p(t))
implique que
Ce(α−β)t
p(t) = κ
1 + Ce(α−β)t
et donc que
κp(0)
p(t) = .
p(0) + (κ − p(0))e−(α−β)t
Il se trouve que l’expression est la même si p(0) > κ, mais aussi si p(0) = 0 ou p(0) = κ.
A part pour p(0) = 0, la population converge vers l’équilibre κ avec une vitesse e−(α−β)t .

63

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