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Revue de l'histoire des religions

Pierre Abélard-Pierre le Vénérable. Les courants philosophiques,


littéraires et artistiques en Occident au milieu du XIIe siècle
Jean Jolivet

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Jolivet Jean. Pierre Abélard-Pierre le Vénérable. Les courants philosophiques, littéraires et artistiques en Occident au milieu du
XIIe siècle. In: Revue de l'histoire des religions, tome 192, n°2, 1977. pp. 228-230;

https://www.persee.fr/doc/rhr_0035-1423_1977_num_192_2_6640

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White publiait trois feuillets coptes du récit d'Agathon qui


proviennent d'un même manuscrit du xe siècle. Puis, en 1971, Jules
Leroy, qui eut le privilège d'être admis à la bibliothèque d'Abû
Maqâr pour y chercher une pièce dont il avait besoin pour ses études
sur l'art copte, remarqua un autre manuscrit, copte-arabe, du
xive siècle, qui contient le récit d'Agathon au complet. R.-G. Coquin
édite ici conjointement ce manuscrit, que les moines ont accepté
exceptionnellement de laisser photographier, et une autre version
arabe inédite du même récit d'Agathon. Dans son introduction, il
présente et compare avec beaucoup de soins ces différents témoins et
dégage les renseignements que le texte fournit pour la connaissance
de l'Egypte chrétienne au vne siècle et pour l'histoire de la liturgie
copte. Un point que R.-G. Coquin ne précise pas mais qui me paraît
extrêmement probable, c'est que le ms. copte-arabe du xive siècle
d'Abû Maqâr et la traduction arabe inédite (dont deux exemplaires
sur trois sont eux-mêmes à Abu Maqâr) dérivent l'un et l'autre du ms.
du xe siècle dont E. White a publié trois feuillets et qui se trouvait
également à Abu Maqâr, puisque c'est là que Tischendorf, en 1844,
s'est procuré deux des trois feuillets. Où est le reste du ms. du
xe siècle ? Peut-être encore à Abu Maqâr, mais on ne le saura que
lorsque les moines ouvriront plus largement leur bibliothèque aux
chercheurs.
P. Nautin.

Pierre Abélard - Pierre le Vénérable. Les courants philosophiques,


littéraires et artistiques en Occident au milieu du XIIe siècle (abbaye
de Cluny, 2 au 9 juillet 1972) , Paris, Editions du Centre national de la
Recherche scientifique, 1975, in-8°, 782 p., 34 pi. dont 2 en couleurs. —
Ce volume constitue les Actes d'un Colloque international du cnrs,
tenu au lieu et dans le temps qu'indique la page de titre. Centré
sur deux figures majeures du xne siècle, personnellement réunies
quand l'abbé de Cluny recueille le condamné du Concile de Sens (1140),
il a pour arrière-plan deux institutions dont l'une commençait de
décliner alors que l'autre montait : l'ordre de Cluny, la couche sociale
nouvelle des maîtres des écoles. C'est dire qu'il éveillera de l'intérêt
dans plusieurs secteurs des recherches médiévistes. Avant d'en aborder
le contenu, notons d'abord la belle présentation, la richesse des
illustrations, la cinquantaine de pages consacrées aux « éphémérides du
Colloque » (ce qui permet au lecteur d'en suivre le déroulement et de
lire des allocutions et exposés qui eussent été, sinon, perdus), la
présence en liminaire de la lettre écrite par Pierre le Vénérable à
Héloïse pour lui annoncer la mort ď Abélard, suivie de la traduction
française attribuée à Jean de Meung, éditée pour la première fois par
Michel Zink : tout cela est plein d'intérêt et relève avec originalité
la qualité de l'ensemble. Les communications se répartissent en sept
sections, qui étudient respectivement « la personnalité et l'action de
NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES 229

Pierre le Vénérable », les « relations entre Pierre le Vénérable et Pierre


Abélard », « Abélard : l'homme », « Pierre Abélard : l'écrivain »,
« Abélard : le philosophe et le théologien », et proposent des « aperçus
sur les idées et les mœurs au xne siècle » et des « aperçus sur
l'architecture religieuse au xne siècle ». Donc, une seule section consacrée
à Pierre le Vénérable seul, trois à Abélard seul ; comme les
organisateurs du Colloque ont laissé aux conférenciers sollicités le soin de
choisir chacun son sujet, il faut bien constater que cette sorte de
sondage dans le milieu médiéviste donne une cote meilleure au Péri-
patéticien du Pallet (et à l'amant d'Héloïse) qu'à l'abbé de Gluny. —
II n'est pas question de résumer cette masse de données ; on donnera
seulement quelques indications sur les grandes catégories entre
lesquelles on peut les grouper selon leur matière. A l'histoire
religieuse ressortissent toutes les communications de la section 1, dues
à A. Bredero (« Commencements de l'abbatiat de P. le V... »), G.
Constable (« Politique monastique de P. le V... »), R. Folz (« P. le V... et
la liturgie »), J. Châtillon (« P. le V... et les Pétrobrussiens »),
J.-P.-V. Patin et J. Le Goff (« Typologie des miracles dans le De mira-
culis de P. le V... »), D. Lohrmann (« P. le V... et Henri Ie»"
d'Angleterre ») ; deux de la section 2 : celles de J. Kritzeck (« P. A..., P. le V...
et l'Islam ») et de L. K. Little (« Formation intellectuelle et attitudes
à l'égard de la réforme ») ; une de la section 3, celle de D. E. Luscombe
(« P. A... et le monachisme ») ; une de la section 5, celle de R. Pepper-
muller (« Influence sur l'exégèse médiévale du commentaire de P. A...
sur l'Epître aux Romains ») ; trois de la section 6 : celles de Dom
Anselme Dimier (« Outrances et roueries de saint Bernard »), de Dom
Jean Leclercq (« Le thème de la jonglerie dans les relations entre
saint Bernard, Abélard et P. le V... »), de P. Riche (« L'enfant dans la
société monastique au xne siècle »). L'histoire intellectuelle et des
idées est représentée par les exposés de Mary McLaughlin (« Abélard
et le féminisme », sect. 3), A. Vernet (« La tradition manuscrite et la
diffusion des ouvrages d'Abélard », sect. 4), J.-C. Payen (« Pensée
d'Abélard et textes romans du xne siècle », sect. 4), M. T. d'Alverny
(« Abélard et l'astrologie », sect. 5), M. T. Fumagalli Beonio Brocchieri
(« Ratio, sensus et auctoritas chez Abélard de Bath », sect. 6), A. Gra-
boys (« Tolérance intellectuelle dans le Dialogue d'Abélard et le
Kuzari d'Yehudah Halevi », sect. 6), E. Jeauneau (« La bibliothèque
de Cluny et les œuvres de l'Erigène », sect. 6). L'histoire de l'art est
concernée par la section 7 entière (K. J. Conant, « Edifices marquants
dans l'ambiance de P. le V... et de P. A... ») ; M. L. Thérel (« P. le V...
et la création iconographique au xne siècle ») ; M. Vieillard-Troiékou-
roff (« L'église Sainte-Geneviève de Paris du temps d'Abélard »),
plus deux de la section 3 (L. Grodecki, « Abélard et Suger » et
J. Vanuxem, « La mort et la sépulture d'Abélard à Saint-Marcel-lez-
Chalon »), sans oublier, dans les Ephémérides, les exposés de G. Cha-
chuat sur le Musée Ochier à Cluny, de M. Bouillot sur le vieux Cluny,
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de K. J. Conant sur l'abbaye et de M. Magnien sur Berzé-la-Ville.


La philosophie d'Abélard est étudiée (sect. 5) par P. Vignaux (« Nomi-
nalisme d'Abélard »), J. Jolivet (« Lexicographie abélardienne »),
L. M. de Rijk (« Le dictum propositionis »), T. Gregory (« Ratio et
nátura »), M. de Gandillac (« Intention et loi dans l'éthique
d'Abélard »). Son histoire personnelle fait l'objet de deux communications
de la section 2, celles de Mgr P. Zerbi (« A partir de Г Epištola 98 de
P. le V... ») et de R. Thomas (« Personnalité d'Abélard d'après son
Dialogue et d'après les lettres de P. le V... ») et, par le biais d'un
problème particulier mais capital, de trois de la section 3 consacrées à
l'authenticité de la correspondance avec Héloïse : celles de J. Monfrin,
qui pose le problème ; de P. von Moos, qui en étudie certaines
interprétations modernes ; de J. F. Benton, qui n'y voit que « fraude,
fiction et emprunt ». Notons enfin un copieux article de référence,
dû au P. N. M. Hâring, qui traite des manuscrits contenant des
œuvres d'Abélard et énumère les éditions imprimées depuis 1616
(sect. 3). — Si l'on a ainsi redistribué la matière de ce volume, ce
n'est pas pour le malin et vain plaisir de démembrer le plan
parfaitement raisonnable que les organisateurs du Colloque et éditeurs des
Actes lui ont donné : c'est uniquement pour mieux en montrer la
riche multiplicité, abordable de plusieurs façons. Les analyses
particulières y sont assez nombreuses et variées pour que d'elles-mêmes
les perspectives se dégagent et se meublent, se peuplent même
d'innombrables détails (un simple indice : l'index des noms de personnes
en compte près de 1 500). On ne voit guère de spécialiste du xne siècle
qui ne trouve l'occasion, voire qui n'éprouve le besoin, de se reporter
un jour ou l'autre à ce recueil, et n'y trouve alors plus encore qu'il n'y
cherchait.
Jean Jolivet.

Joseph Szôvérffy. — Peter Abelard's Hymnarius Paraclitensis,


An Annotated Edition with Introduction : IL The Hymnarius
Paraclitensis, Text and Notes, Albany, N. Y., Brooklin, Mass., 1975, in-8°,
292 p. (« Classical Folia Editions »). — On a déjà présenté aux lecteurs
de cette Revue la première partie de cette importante publication
(cf. RHR, juillet 1977, p. 116-118) : voici maintenant la seconde ; à
vrai dire, malgré leur répartition en deux volumes et leurs paginations
séparées, elles ne sont pas séparables l'une de l'autre (ni du reste
vendues séparément). L' Hymnarius Paraclitensis se divise en trois
parties, où se groupent respectivement les hymni nocturnales et
diurni, les hymni feslorum, les hymni sanctorum. Chacune de ces
parties est précédée d'une préface ; dans chacune d'elles Abélard
rappelle que c'est à la demande ď Héloïse et de ses religieuses qu'il a
composé ces hymnes. La première n'est pas sans affinités avec la
préface du Sic et non : Abélard, reprenant une remarque faite par
Héloïse, y soulève la question de l'authenticité des hymnes chantées