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INTRODUCTION

SENOUFO, un exonyme attribué par les Malinkés, est un groupe


ethnique estimé à des millions d’individu reparti sur un territoire
s’étendant sur trois pays (Nord de la COTE D’IVOIRE, sud du Mali et sud-
ouest du BURKINA FASO). Mythiquement les senoufo disent qu’ils sont
l’œuvre créationniste de KA TYELEO et de son parèdre KA TYOLO. Ainsi la
combinaison des deux donna le nom KULO TYELEO. Ces deux démiurges,
crées le monde en deux étapes dont la deuxième consacre l’apparition du
premier SIENA à savoir WULO TO et WULO NO. En côte d’ivoire, les
senoufo sont estimé à environ 700000 LOCUTEURS .Ils se nomment eux
même SENABELE (SE : champ ; NA : homme ; BELE : marqueur du pluriel.)
LES SENABELE sont de grands cultivateurs, des hommes des champs. En
tant que langues le senoufo n’existe pas. Ce qui existe, se sont de
nombreux parlers senoufo notamment les TIEMBARA, les FODONON, les
NAFARA autochtone de la région du PORO. Dans cette localité le peuple
pratique une certaine tradition appelé le matriarcat, il désigne un système
parenté matrilinéaire (c’est-à-dire ne prenant en compte que l’ascendance
maternelle pour la transmission de la propriété, des noms de famille et
titres), fréquemment rencontré chez les peuples primitifs du fait que seule
la filiation maternelle pouvait être prouvée. Il a été utilisée pour désigner
un régime social ou la femme joue un rôle prépondérant et détient une
grande autorité, par symétrie avec le patriarcat. DE CE FAIT, QUEL EST
L’ORIGINE ET LES CARACTERISTIQUES DU MATRIACAT CHEZ LES SENOUFO
DE LA REGION DU PORO ? Nous présenterons à la suite de notre travail
L’ORIGINE ET L’ORGANISATION DU MATRIACAT DANS LA REGION DU
PORO (I) et L’INTERETS ET LA PARTICULARITE DU MATRIACT DANS LA
REGION DU PORO (II).
I- L’ORIGINE ET L’ORGANISATION DU MATRIACAT DANS LA
REGION DU PORO
Nous verrons l’origine du matriarcat dans la région du PORO (A) ainsi
que leur organisation (B).

A- L’ origine du matriarcat dans la région du Poro


Le matriarcat est un mot formé du latin « mater » qui signifie mère et
du grec « arkhê » qui signifie pouvoir. C’est en Egypte qu’avait été adopté
le système du matriarcat. En effet, le système matrilinéaire est l’identité et
la parenté qui se fait par le biais de la lignée maternelle. Ce système s’est
étendu sur plusieurs pays notamment la COTE D’IVOIRE. Dans ce pays
plusieurs ethnies pratiquent le matriarcat dont les Senoufo de la région du
PORO. A l’origine, les Senoufo donnait en sacrifice les enfants de leur sœur
en vue de sacrifice humain pour les fétiches afin d’acquérir plus de
richesse et de notoriété. En plus, dans les sectes de sorcelleries, la règle
voulait que l’enfant de la sœur soit donné en sacrifice, cette règle était
connue et acceptée de tous. Mais, avec l’abolition du sacrifice humain afin
de pérenniser cette importance qu’on accordait à l’enfant de la sœur et
pour la reconnaissance à ce dernier, l’on lui accorde le pouvoir de
succéder à son oncle sur tous les plans.
Comment se présentera alors l’organisation du matriarcat dans la
région du PORO (B) ?

B- L’organisation du matriarcat dans la région du Poro

L’organisation du matriarcat dans la région du PORO se présente


sous deux formes : d’une part l’organisation politique (1) et d’autre part
l’organisation sociale (2).
1- L’organisation politique

Pour être chef de terre, il faut appartenir à la ligné matrilinéaire. C’est le


système matriarcat qui est en cour dans la société senoufo. Seuls les
neveux succèdent à leur oncle. Plus précisément, c’est l’ainé de la sœur la
plus âge qui peut prétendre à la succession du chef (chef de terre : le
TAFOLO ou chef du village : le KAFOLO). Les neveux sont considérés
comme de propres fils par l’oncle. Les neveux considèrent aussi l’oncle
comme étant leur père. Ce système matrilinéaire en matière de
succession trouve sa place dans l’adage suivant « on est toujours certain
de la maternité de l’enfant, mais on peut douter de sa paternité ». Cet
adage dont les gens ont du mal à retrace son contexte, repose sur le
postulat selon lequel le cordon ombilical constitue l’argument le plus
pertinent pour établir l’appartenance de la personne à la lignée. Les
senoufos rappellent aussi souvent qu’ « on n’a pas le droit de se rebeller
contre son oncle maternel » pour marquer l’importance de la lignée
maternelle en matière de succession d’une part et la proximité entre les
neveux et l’oncle d’autre part. Avec l’institution du système matrilinéaire,
l’enfant qui est potentiellement promu à la succession est recueilli
généralement au bas âge par l’oncle qui l’installe dans sa cour. Il initie aux
aspects mystiques de la société et à la gestion des affaires du village. Il est
associé à la prise de décision en tant qu’observateur. Ce qui lui permet de
suivre de plus près les opérations de gestion foncières, c’est lui qui gère
presque les affaires de l’oncle. Il s’occupe de l’exploitation des champs ;
et comme il est suffisamment informé, il peut même représenter le chef
dans certaines circonstances comme (les réunions ou les cérémonies) .le
neveux joue ainsi un rôle de chef de terre adjoint. L’avantage de ce
système d’association est qu’il permet au futur héritier d’être informer de
toutes les opérations effectuées par son oncle de son vivant. Par contre les
neveux qui ont grandi en dehors de la cour du chef et du village même,
sont confrontée à des problèmes d’informations dès qu’ils seront appelés
à prendre le pourvoi, du simple fait qu’ils risquent d’ignorer la situation
générale des terres (par exemple, les parcelles qui sont détenues par des
personnes n’appartenant pas au lignage et qui disposent donc
uniquement des droits d’usages, les limites des parcelles). Si le neveu n’a
pas grandi dans le village il lui faut donc une remise à niveau, ce qui est
souvent la mission des anciens du village qui jouent un rôle de cadastre
ambulant parce qu’ils connaissant toute l’histoire des terres.
L’instruction du système matrilinéaire exclu la femme de l’héritage car la
femme est déjà privilégier par le fait que c’est toujours ses enfants qui ont
le droit à l’héritage, donc elle ne peut prétendre à l’héritage en même
temps qu’eux.
Ce régime s’étend également au plan social.

2- L’organisation sociale

Le mariage traditionnel en pays Sénoufo est un phénomène social un


peu particulier. En vérité, au sens occidental du terme, il n’y a pas de
mariage en pays Sénoufo. La femme qui devient votre épouse, ne quitte
jamais ses parents pour suivre son mari. Dans les saintes écritures, on dit :
vous quitterez votre père, votre mère, vous suivrez votre femme, pour
fonder un foyer etc., en pays Sénoufo, la femme ne quitte pas sa famille
d’origine. Pour ce qui concerne les différentes étapes qui conduisent au
mariage, elle débute par les fiançailles avant d’aboutir à la formation d’un
mariage senoufo proprement dit. D’abord, la jeune fille est souvent
repérée très jeune, entre dix et quinze ans. Lorsqu’elle est repérée dans tel
village, généralement c’est un village proche de celui du futur mari. Lorsque
la fillette est repérée, c’est soit un ami de la famille du futur mari, soit un
de ses parents, son cousin ou quelqu’un de la famille qui commencent les
démarches auprès des parents de la jeune fille. Il peut leur dire par
exemple : nous avons un jeune homme, il a dix-huit ans, il est intéressé,
nous souhaiterions qu’il soit le mari de votre fille. À partir de cet âge-là,
admettons, entre dix et quinze ans, les parents de la jeune fille (la maman,
l’oncle etc.) se concertent et acceptent qu’ils soient fiancés. Le projet de
mariage est communiqué à la famille du mari et à partir de cette
communication, il sait que sa future femme pourrait être la jeune fille dont
on lui a parlée. À partir de ce moment-là, chaque année, il doit réunir les
jeunes gens en âge, de son village pour aller cultiver une fois par an le
champ de l’oncle. On insiste sur le mot oncle parce que chez nous les
senoufo, c’est l’oncle qui est le pivot de toute l’opération. C’est comme le
matriarcat en pays Akan. Il faut donc cultiver son champ, il faut cultiver
celui du père. Tout cela se passe du côté de la femme. Ils doivent
commencer à cultiver. Cela va durer près de cinq ans, la fille atteindra alors
dix-huit ou vingt ans. À partir de la cinquième année la jeune fille peut être
considérée comme mariable, elle a l’âge d’être femme parce que dans ce
pays, à quinze ans, seize ans, dix-huit ans, on était déjà sur cette voie-là. Il
n’y a pas un âge précis à partir duquel l’on peut dire, c’est à vingt ans ou
vingt-deux ans, mais on peut être marié entre quinze et vingt ans. Pendant
la période de fiançailles, les mêmes cultures doivent se faire chez les deux
ou trois membres de la famille de la jeune fille. Pendant ce temps
également, lorsque le jeune homme veut rendre visite à son futur beau-
père (au cours des funérailles et des évènements importants, etc.), la fille
se cache, elle ne doit pas être vue par son futur époux. Elle est prévenue et
dès que le garçon se pointe à l’horizon. On ne veut pas qu’il soit en contact
avec la fille tant qu’ils ne sont pas mariés. Cela veut dire que le temps des
fiançailles, ils ne sortent pas ensemble, ils ne se voient pas. Il peut
l’apercevoir sur un marché ou quelque part, il la connait quand même de
loin, mais s’il rend visite à la famille, elle est cachée, cela se poursuit ainsi et
l’on arrive au mariage. L’année du mariage, les parents (l’oncle, les amis)
vont maintenant aller officiellement demander la main. Pour demander la
main, le jeune homme doit apporter pour l’oncle de la jeune fille, un fagot
de bois. En pays Sénoufo et dans les régions de savane, il y’a des
problèmes de bois. Il n’y a pas de forêt et le bois est un élément important.
Un fagot de bois ou un gros morceau d’arbre ou de bois sec. La famille
fournit également des poulets, le nombre dépend de la situation sociale du
jeune homme ou de ses parents. Il y a également des tissus indigènes ou
traditionnels de coton qu’on offre à l’oncle et à la mère. Après cette
opération, on décide qu’à partir de telle date, c’est sa femme. Il n’y a pas
de cérémonie particulière de mariage. On ne va pas devant des autorités
traditionnelles ou devant le chef du PORO. Le jeune homme est autorisé à
prendre pour épouse la jeune fille et ce n’est là où se trouve que la
particularité de ce mariage est perçue en ce sens que, le marié et la mariée
n’habitent pas ensemble. La mariée reste dans sa famille d’origine. Chez le
peuple Sénoufo, la cellule familiale est très forte. Dans la famille d’origine
ce qui est sûr c’est votre mère. Le père est pratiquement perçu comme un
géniteur. Le sang sûr, c’est le sang de la maman et la fille ne quitte pas son
village et sa famille pour aller vivre dans le village et dans la famille du mari.
C’est le mari qui tous les soirs, à partir de dix-huit, dix-neuf heures, prend la
route du village de sa jeune femme. Jadis il n’y avait ni vélo, ni voiture, etc.,
il marchait. Cela a un nom en Sénoufo. Se rendre de son village rejoindre le
village de sa femme tous les soirs ou presque tous les soirs, c’est aller
Kékourougou. Kékourougou c’est aller de village en village. Vous quittez
votre village vous empruntez le sentier du village de votre femme, vous
allez à Kékourougou. À partir de dix-huit heures, dix-neuf heures vous
pouvez voir des sortes de « lucioles » tout le long des sentiers. Il n’y a avait
pas de vélos et le mari a une petite lampe tempête pour s’éclairer. On voit
des lumières tout le long des sentiers, cela veut dire que les gens se
rendent chez leur épouse. C’est un spectacle assez curieux. Aujourd’hui
cela se pratique encore, mais de moins en moins. Maintenant ils ont
évidemment des bicyclettes ou des cyclomoteurs, mais c’est la même
chose, on voit les mêmes lumières, sauf qu’elles sont plus rapide. Quand
est-il des spécificités et des intérêts du matriarcat en pays sénoufo ?

II- LES SPECIFICITES ET LES INTERETS DU MATRIARCAT EN PAYS


SENOUFO

A- Les spécificités du matriarcat en pays Senoufo

1- Chez les Senoufo de Côte d’Ivoire : les NANFARAS

Chez les Senoufo de la région du PORO, celui qui avait des sœurs était
considéré comme un homme riche du fait de ses neveux. En effet, lorsque
les sœurs de celui-ci mettaient au monde des enfants, L’on venait les
récupérés à leur bas âge et leur père ne pouvait pas s’y opposer. Le père
se contentait de donner seulement son patronyme à ses enfants. De plus,
le mariage était matrilocal. En effet, la femme qui devient votre épouse,
ne quitte jamais ses parents pour suivre son mari.
2- Chez les Senoufo du Burkina Faso : les LOBIS

La société LOBI est essentiellement matrilinéaire, la femme est le noyau


de la famille, elle attribut son nom à ses enfants organisés en grande
lignage matrilinéaire. Les LOBIS sont unis par des mariages Patrilocaux
c’est-à-dire, après le mariage, la femme quitte le domicile de ses parents
pour aller chez son mari.

B- L’intérêt du matriarcat chez les Senoufo de la région du Poro

1- Au plan du mariage
Ces règles matrilinéaires se proposent uniquement
d’interdire certaines unions. La sphère des mariages impossibles est
délimité par les règles de double exogamies qui interdit à tout senoufo de
prendre une femme aussi bien dans le lignage de son père (LOSSOMBI)
que dans celui de sa mère (NERBAG). Cette sphère s’étant également aux
mariages dans la même concession, même s’il n’existe pas de lien de
parenté. Par contre le mariage entre cousin croisé est autorisé. Ainsi, EGO
peut se marie avec la fille de son oncle utérin ou avec la fille de sa tante
augustine. Ceci ne contredit pas la règle de double exogamie. Ces règles
exogamiques fondent des relations matrilinéaires réciproques entre
lignage. Autrefois cette réciprocité était assurée par le fait que un NERBAG
receveur d’une femme devrait en donné une au NERBERG donneur de
même afin de favorise les échanges de femme entre village proche et de
resserrer ainsi les liens, les unissant ; une mère ne peut marier plus de
deux fille dans un même village.
2- Au plan communautaire
Le matriarcat en pays Senoufo dégage un intérêt
communautaire. Car tenant compte du régime matriarcat, les Senoufo
organisent leur vie quotidienne en fonctions des règles renfermant ce
régime. Ainsi, va-t-il statuer sur la transmission du pouvoir, des biens avec
pour fondement la lignée maternelle. Donc, dans la communauté Senoufo
de la région du PORO, la mère étant l’élément sacré du foyer familial,
reçoit par exemple les dots du mariage.

CONCLUSION

En pays senoufo la femme assure l’unité et la pérennité des


matrilignages par sa fonction de contrôle de respect des règles d’alliances
et par le fait qu’elle se présente comme le garant de la ligne matrilinéaire,
tout en fournissant des devins.