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La thérapie humaniste

Isabelle Pitre
La thérapie humaniste

ISBN : format numérique


978-2-7640-3267-1
© 2012, Les Éditions Québecor
Une société de Québecor Média
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Dépôt légal : 2012


Bibliothèque et Archives nationales du Québec

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du Canada pour nos activités d’édition.
La terre est bleue comme une orange.
Paul Éluard
Introduction
On franchit un grand pas quand on est capable d’exister
indépendamment du regard des autres et de chercher son salut dans
sa propre analyse. Focaliser sur soi, ses buts, sur ce qu’on sait
faire, ses qualités, ses talents et donner l’exemple. Rester soi-même
et, surtout, s’apprécier.
François Ducasse

Exister indépendamment du regard des autres est en soi un énorme pas, je le


concède. Cela indique qu’il y a eu, à un moment de la vie, un engagement
envers soi-même à découvrir ce que l’on est vraiment. Cette exploration est
pour chacun le résultat des leçons qu’il a apprises de la vie à travers ses
expériences. Mis bout à bout, ces apprentissages dessinent ce que l’on
appelle communément notre chemin de vie.
Mais avant que ce chemin se transforme en une belle ligne droite où
chaque pas nous fait avancer vers plus de progrès, il nous faut, en général,
grimper quelques collines, braver des tempêtes, esquiver quelques revers en
procédant par essais et erreurs. Nous sommes prêts à tout lorsqu’il s’agit de
trouver ce qui nous anime, ce qui nous rend heureux ; et pourtant,
considérant notre lot d’efforts, il y a peu de résultats.
C’est une compréhension qu’il nous importe de faire peut-être
différemment, avec au mieux moins de heurts, plus de facilité et plus
d’avancement. C’est un peu le but de ce livre, je dirais. Nous avons une
expérience à vivre ensemble, et, d’une certaine façon, c’est comme si vous
et moi conversions par l’esprit.
Les mots résonnent dans notre tête, les idées aussi. Ils ont tous une
vibration spéciale, unique. Alors, peut-être qu’une idée ou un mot viendra
faire le lien qui permettra de réunir tous ces petits bouts de vie séparés sur
une même tangente. Je nous le souhaite sincèrement. Je souhaite tout ça et,
bien sûr, tout ce qu’il faut pour donner un sens, une vision plus humaine à
notre chère existence.
Nous découvrirons donc, par cette lecture, une autre manière de
construire le monde, de cocréer notre réalité selon l’image que nous
entretenons de l’intérieur. Tout cela est possible, oui, séparément ou
simultanément. Cela dépend de chacun. Mais une chose est certaine, il n’y
aura plus de doute sur ce dont nous sommes faits en tant qu’êtres sensibles
et vivants. Comment fonctionne la machine, cet assortiment de corps et
d’esprits dans lequel nous évoluons ? Comment est-il, ce moi, même quand
nous pensons tout savoir de nous ?
Dans ce dessein, nous éplucherons les différents plans de l’être, couche
après couche, jusqu’à ce que nous en trouvions le centre, le pépin. Cette
essence dont nous sommes tous porteurs et qui influence vraisemblablement
l’interrelation que nous avons les uns avec les autres. Puisque nous ne
pouvons concevoir un bonheur individuel sans devenir les naufragés de
notre propre aventure, et qu’au départ nous portons tous la vie en nous
également, nous apprendrons à nous aimer, à nous donner et à nous
recevoir.
Tout en occupant la place qui nous revient, nous mettrons la vérité à nu
pour nous libérer des conditionnements mentaux qui nous maintiennent à
l’intérieur de limites inconscientes. Ainsi, le cœur léger, nous pourrons
développer une plus belle qualité d’être, un raffinement des sens suffisant
pour nous aider à communiquer directement avec nos forces cachées. Nous
passerons de l’infiniment petit à l’infiniment grand, pour qu’entre les deux
nous puissions atteindre des potentialités toujours plus étendues. Nous
apprendrons à parler autrement, à soigner autrement, et à guérir
intérieurement.
Parce que nous saurons de quels matériaux nos blessures sont faites, nous
irons à la rencontre de tout ce qui fait obstacle à nos rêves – tantôt en jouant
avec nos polarités, tantôt en transformant ces épreuves en éléments de
progrès. Puis, de fil en aiguille, grâce à cette marche à suivre, chacun
reprendra son pouvoir de gouverner sa propre vie.
Que ce soit dans l’avant ou l’après, plus rien d’autre ici ne nous importe
que l’instant présent, alors que nos deux consciences s’unissent. Pour ces
quelques mots qui suivent, souvenons-nous de garder notre esprit ouvert.
Ce choix, comme tous les autres choix, vous appartient maintenant.
Pour commencer...

La paix dans le monde est-elle une utopie ?


La question, nous nous la posons d’une manière épisodique depuis déjà
trop longtemps. Elle se présente, entre autres, quand nous avons
connaissance d’événements particuliers : les situations vécues dans les pays
en développement, par exemple, ou lors de guerres. Le genre d’événements
qui nous prennent vraiment par surprise lorsqu’ils adviennent. Tellement,
des fois, qu’on a peine à croire que de telles choses existent.
Pareille question se pose aussi dans notre propre cour lorsque, devant nos
yeux, des générations s’entre-déchirent pour des riens. Un toit pour vivre,
des aliments pour manger sont des éléments de base dans nos sociétés,
tandis que pour d’autres, ces simples besoins représentent un combat pour
la vie. On dit que nous sommes maintenant sept milliards d’êtres humains
sur la terre – ça fait beaucoup ! De ce nombre, combien se questionnent sur
ce que signifie la paix ?
Plus près de nous, les événements d’intimidation, de violence et de haine
se succèdent et s’entremêlent. Cela forge ce qu’on appelle le côté sombre de
la vie. Nous échangeons parfois entre nous des informations très dures sur
l’actualité, et nous le faisons comme si nous énumérions les ingrédients
d’une recette de pâté chinois. Cela fait partie d’une culture et d’une attitude
qui nous sont propres. Une réalité dans laquelle nous avons parfois
l’impression de ne pas être totalement présents.
Peu de ces événements nous affectent personnellement. On a
l’impression que, malgré les mauvaises nouvelles, rien ne change. Notre
routine de travail reste la même, notre horaire est identique, nos loisirs
semblables d’une semaine à l’autre. Nous sommes choqués, peinés de ce
qui arrive aux autres, c’est vrai. Mais en quoi cela vient-il influencer notre
vie ?
Les scénarios se répètent pourtant. Ils sont près de nous, sinon peut-être
existent-ils plus loin. Peu importe, car ils déteignent quand même dans l’eau
du bain. Par les médias, nous apprenons comment la terre réagit à la
pollution, et dans nos relations, nous reproduisons des circonstances
similaires à celles que nous observons tant nos cœurs sont embourbés.
Ces événements, nous les gardons présents dans nos pensées, dans nos
images mentales, dans nos mots. De sorte que ce qui se passe à l’extérieur
de nous se recrée en nous d’une semblable manière – ou peut-être est-ce
l’inverse ? Par voisinage, nous reflétons la terre entière, en plus petit, dans
nos états internes. Cela nous fait penser que, d’une certaine façon, tout est
relié et que notre vie est toujours pareille, qu’on soit ici ou à Tombouctou.
On peut se dire que tout cela n’arrive qu’aux autres – c’est notre
impression. Mais ces autres-là, qui sont-ils exactement ?

La course au bonheur
Nous aspirons à la paix. Fondamentalement, nous recherchons tous une
certaine forme de bien-être, un état de satisfaction. Que ce soit à l’intérieur
de notre esprit, de notre corps ou dans un confort plutôt matériel, cette
aspiration vers la paix nous est commune. Personne ne cherche le contraire,
c’est bien certain.
En fait, personne n’aime le mal-être, les pertes ou la maladie. Personne
n’est venu ici pour vivre des choses comme celles-là. En tout cas, pas de
façon volontaire, j’imagine. Que nous vivions de beaux moments ou que
nous soyons confrontés à des périodes plus difficiles, nous savons que nous
avons droit au bonheur. Quelque chose en nous le sait.
Fort heureusement, d’ailleurs, puisque ce droit vaut également pour tous.
Partout où il y a la vie, il y a cette aspiration à être, ce droit à la plénitude et
à l’épanouissement. Par conséquent, si le bonheur naît de la vie, c’est que la
vie n’est rien d’autre que le bonheur. Alors, pourquoi vouloir envisager
notre existence sans lui ?
Nous passons notre vie à le chercher. Nous recherchons ici et là des
réponses sur la façon d’atteindre cette complétude. Remplir le vide en
attendant de trouver : voilà en quelque sorte comment nous occupons notre
temps.
Notre quête réelle ne se situe pas tant sur le plan d’un état d’être,
puisque, ironiquement, nous tentons par tous les moyens d’en camoufler
l’existence. Plus nous cherchons à combler ce qui nous manque, plus nous
l’alimentons. Plus nous courons après le temps, plus le temps nous échappe.
Et plus nous entretenons des attentes, plus nous attendons. À l’évidence,
nous nageons à contre-courant.
Les humains sont tous égaux, il faut le reconnaître. Chacun de nous a la
même importance vu que nous connaissons tous la même quête. La
définition du bonheur pour l’un est peut-être différente de celle d’un autre ;
mais, sans me tromper, je peux affirmer que le bonheur, pour tous, se
résume à être heureux. Maintenant, ce qui nous rend heureux est encore une
fois bien personnel, et là aussi nous pourrions en débattre. Toutefois,
comment pouvons-nous le faire sans créer un fossé entre le bonheur et
nous ?
Nous séparons au lieu d’assembler. Nous décortiquons au lieu de réunir.
Nous divisons au lieu de multiplier. Pourquoi passons-nous notre vie à
chercher un état qui est déjà là ? Cela essouffle à la longue, il me semble.
Cela me fait penser à un jeune chat qui court après sa queue. Il le fait pour
jouer, évidemment, jusqu’à ce qu’il se rende compte que cette chose qui
bouge à l’autre bout fait partie de lui. Cette queue qu’il croyait être celle
d’un autre, c’est la sienne !
Nous faisons de même avec le bonheur. Nous cherchons ailleurs ce qui
se trouve en dedans de nous. Le bonheur, c’est aussi cette partie de nous.
Peut-être est-ce difficile à concevoir pour certains, et je comprends. Nous
doutons de cette présence, car si le bonheur est déjà là, comment se fait-il
que nous ne soyons pas toujours heureux ?
Comme le disait un ami : « Pourquoi persister à chercher uniquement
dans cet endroit alors qu’il en existe plein d’autres ? » Changeons nos
lunettes pour changer notre façon de voir les choses : il y en a de toutes les
sortes.
Prenons conscience autrement de ce que nous sommes, uniquement en
regardant la vie à partir d’une autre position. Votre position ou la mienne,
pourquoi pas ? Elles sont toutes bonnes. Comprenons diversement ce que
veut dire le mot « comprendre » parmi plusieurs autres choix de mots.
Peut-être qu’aujourd’hui est un bon moment pour faire un arrêt et
s’interroger intérieurement sur cette fameuse question de la paix. Comment
est-ce que je peux personnellement contribuer à faire de mon monde un
monde meilleur, un monde où, quel que soit l’endroit où je regarde, règne
plus de paix ?

Peser le tout dans la balance


Nous sommes partagés face à nous-mêmes, je l’avoue. Une partie d’entre
nous a le sentiment que les gens et les événements se présentent dans nos
vies comme des acteurs et des décors de film. Nous déterminons le contexte
du film, puis les conditions dans lesquelles les personnages y évoluent,
selon ce contexte, sans jamais avoir occupé notre siège de producteur.
Pour nous, rien de tout cela ne nous appartient. Il ne s’agit pas de nous, il
s’agit d’eux. Alors, si le film ne nous plaît pas, nous quittons la salle sans
autre préambule.
Dans notre esprit, nous pouvons toujours continuer de vaquer à nos
occupations ou d’être absorbés par nos préoccupations du moment sans
nous soucier ni des acteurs ni des décors. Conflits et guerres se déroulent à
des kilomètres de notre cour. Nous pouvons ainsi faire des choses, nous
sentir en toute sécurité chez nous, et espérer que rien ne touche notre
équilibre intérieur.
Une autre partie de nous, quant à elle, semble prête à s’ouvrir à plus
d’altruisme, à la gentillesse, à la générosité. C’est ce qui se passe lorsque
nous envisageons la vie de l’autre comme si elle était la nôtre. Il y a des
moments où je te vois avec mon cœur en faisant abstraction de mes yeux. Il
y a des moments où je t’entends sans que tu aies à parler, où je te sens près
de moi même quand tu es loin, où je te comprends comme si j’étais toi.
Dans ces moments-là, d’un point de vue plus holistique, nous nous
reconnaissons tous au-delà du soi. Au croisement de nos consciences,
chaque intention devient alors plus essentielle ; car là où la vie devient la
nôtre, parce que nous nous sommes bien associés en elle, notre histoire
devient commune. Vous et moi savons pertinemment que les fluctuations
arrivent à nous autrement. Quoi qu’il advienne, elles sont bel et bien là, et
quoi qu’il advienne, elles influencent notre équilibre. Les événements ne
cessent pas d’exister parce que nous les ignorons.
Nous sommes tous unis quand, ensemble, nous fermons nos yeux. Nous
transcendons alors nos différences, ces illusions qui tentent parfois de nous
séparer. Ce que nous souhaitons faire de notre action pour la paix
demeurera personnel à chacun. Mais avant, cessons de tourner notre
attention ailleurs. Conflits et guerres se vivent constamment en nous, et la
différence ne s’évalue pas.
À l’intérieur de chacun de nous, il y a un monde plus petit. Un monde
semblable à celui que nous expérimentons à l’extérieur. Et c’est là avant
tout que la paix demande à s’installer.
Les différents plans de l’être

La communication à divers paliers


C’est drôle de constater à quel point nous aimons les histoires. Notre
communication est souvent très symbolique. Nous décrivons des moments
de notre vie de façon très imagée parfois, en utilisant des expressions
loufoques telles que « J’ai le ventre par-dessus le dos » ou bien « Ma tête va
exploser », comme si tout ça était possible ! Nous nous comprenons
pourtant.
Pour renchérir et pour nous donner plus de crédibilité, nous
accompagnons même nos mots de gestes ou de mimiques qui amplifient de
belle façon toutes ces aventures. Nous communiquons les uns avec les
autres dans nos relations ; que ce soit au bureau ou en famille, par
téléphone, par Internet ou autrement, partout nous communiquons.
Nous développons la communication depuis toujours, en fait. Certains
s’en tiennent à un simple regard, sans qu’il y ait de paroles, comme si les
yeux voulaient tout dire. D’autres grognent simplement ou tapent du pied,
et là encore cela suffit à provoquer la réaction souhaitée chez l’autre. Toute
expression est en quelque sorte une forme de transmission. Nous
transmettons ce que nous sommes, ce qui nous identifie ; nous transmettons
à d’autres qui reçoivent notre message. Nous sommes tantôt l’émetteur,
tantôt le récepteur.
Comme un ordinateur, nous traitons les données que nous recevons à une
vitesse si rapide qu’au téléphone, par exemple, nous n’avons pas besoin
d’avoir devant nous notre interlocuteur pour deviner le fond de sa pensée.
En effet, il est facile de deviner par l’intonation de sa voix s’il est en
détresse ou en colère. La différence est frappante, qu’il s’agisse d’un ami ou
d’un parfait étranger.
On dit même que certaines personnes plus habituées à ce genre d’écoute
parviennent à déchiffrer un message dans des moments de silence. Selon
elles, le silence comporte une quantité infinie de variantes.
Nous communiquons aussi lorsque nous sommes seuls. Par exemple,
grâce à la musique, nous pouvons changer instantanément notre état
intérieur et passer de la mélancolie à la joie. Paroles et sons s’associent
alors pour inciter l’émergence d’une mémoire passée ; nous vivons ainsi en
boucle le petit bout de notre vie qui s’y rattache. Nous passons de la grande
peine d’amour sur une chanson de Céline Dion – On s’est aimé malgré... –
à une musique enivrante qui nous invite immédiatement à la fête. Et hop !
nous revoilà de nouveau sur pied.
Nous aimons les histoires, celles qu’on nous raconte mais aussi celles qui
se déroulent dans notre tête. Les histoires drôles et les plus tristes. Sous
forme d’images, ces aventures défilent sporadiquement dans notre esprit.
Elles illustrent parfois notre réalité présente. Je dis bien « parfois ». Parce
que, plus souvent qu’autrement, ces scénarios nous font voyager entre les
images issues du passé et celles du futur qui sont anticipées.
Toutes ces représentations mentales, tous ces symboles, tous ces outils
d’expression sont bien rangés, et toujours prêts à être utilisés. Chaque
instant nous procure la toile qu’il nous plaît de peindre, la chanson
correspondant à notre goût du jour ou le geste que nous inspire notre corps.
Cela se fait un peu au gré des événements ; qu’il y ait des jours sombres ou
des jours pleins de lumière, ce n’est pas important, car même en dormant,
nous interagissons avec le monde. Mais où se situe réellement le niveau de
notre communication ? Est-ce dans nos pensées, dans nos mots, dans nos
gestes, dans nos expressions ?
En fait, l’échange se fait partout. L’un est tributaire de l’autre. Parfois on
est à même de comprendre un message sans qu’il soit nécessaire de voir,
alors que d’autres fois on peut regarder, sans entendre, et comprendre tout
autant. Et on ressent aussi. On ressent les choses. On ressent quand tout va
trop vite. On ressent quand on aime ou qu’on n’aime pas. On ressent qu’on
a fait la bonne chose. On ressent la faim qui nous tenaille. On ressent tout le
temps quand on prend le temps de s’arrêter à ces sensations. Que nous en
soyons conscients ou pas, l’échange se fait tout le temps et partout. Nos
cinq sens additionnés s’expriment à la fois.
Oui ou non ?
C’est amusant de noter que parfois nos messages sont équivoques. Les
niveaux de la communication ne sont pas toujours bien alignés. L’autre jour,
j’écoutais deux dames discuter dans une aire de bureau. L’une offrait
généreusement ses conseils à son amiee : « Il serait bon pour toi de tenir ton
cou plus droit. De cette façon, tu te sentirais bien mieux pour travailler »,
disait-elle en faisant mine de se redresser tout du long. Par contre, en même
temps qu’elle faisait cette recommandation, sa tête hochait de droite à
gauche, sans arrêt, comme pour dire un non à la fois soutenu et catégorique.
Les mots et les gestes de la femme n’étaient pas en relation. Les paroles
disaient « Oui, c’est positif », alors que la tête disait « Non, ne fais pas ça ».
Finalement, son interlocutrice était si confuse que, sans le savoir, elle
détourna la conversation. Ainsi, le message envoyé, qui se voulait à la base
une pensée bienveillante, s’est détruit immédiatement en raison de son côté
ambigu. La communication se brise quand il n’y a pas de lien entre ce que
l’on dit et ce que l’on fait.
Nous rencontrons souvent ce genre de fausseté qui laisse en nous une
impression étrange. Nous pouvons alors spéculer quant au véritable sens du
message parce qu’entre le langage verbal et le non-verbal lequel nous faut-il
comprendre ? Dans le doute, aucune information ne semble valable, et toute
information tend à se perdre en raison de son étrangeté. Regardons
maintenant ensemble comment la communication se manifeste dans notre
corps ainsi que le rôle qu’exercent l’inconscient, le conscient et le super-
conscient dans la communication.
Pour qu’une note de musique soit bien reçue, l’instrument doit être bien
accordé.
Le corps
Tout comme la communication, l’être humain est composé de différents
niveaux, de divers plans. D’abord, il y a le corps que nous connaissons bien.
Le corps qui est étudié depuis le début des temps par les sciences – la
médecine, la biologie, la chimie, la physique – et qui représente l’aspect
physiologique et organique de ce que nous sommes. Le corps qui nous
véhicule et nous permet de bouger, d’agir et d’expérimenter à notre guise
les divers événements de la vie.
Constitué d’eau à soixante-dix pour cent, notre corps réagit à toutes
sortes de sensations, prodigieuses ou anodines, telles que celles décrites par
le Dr Masaru Emoto, un illustre chercheur dont les découvertes sur la
cristallisation de l’eau révolutionnent notre façon d’aborder la vie. Le
Dr Emoto nous révèle dans Les messages cachés de l’eau la transformation
soudaine d’une simple goutte d’eau soumise tantôt à une musique de
Chopin ou à une pensée exprimant l’appréciation et l’amour, tantôt à un
sentiment de haine ou à une musique troublante.
Il a découvert que l’eau exposée à des pensées positives se cristallise
comme des flocons de neige en des formes brillantes, bien définies, très
belles ; tandis que, exposée à des pensées ayant subi des influences
négatives, l’eau se présentait en des motifs incomplets, ternes et
asymétriques. Comme quoi l’impact que nous pouvons avoir sur nous-
mêmes et sur le monde est méconnu.
Notre corps se compare aux flocons de neige. Il influence, il réagit. C’est
une machine hautement perfectionnée que plusieurs auteurs ont décrite
comme un miracle. Le corps nous ouvre des possibilités ou nous restreint
dans nos actions en s’exprimant à sa façon. Comme si lui aussi avait sa
manière de dire les choses, que nous soyons d’accord ou pas.
Des nouvelles fraîches
Dans l’infiniment petit, il y a ce qu’on appelle les échanges intercellulaires.
Par l’intermédiaire d’un réseau semblable à celui de l’hydroélectricité, nos
cellules communiquent entre elles. Elles se voisinent, se parlent, s’unissent
ou se séparent, et présentent les mêmes genres de relations que les nôtres.
Chaque seconde, un flux important d’informations nouvelles est capté et
traité. De cette manière, tout comme l’eau, les nouvelles fraîches traversent
des barrages qui semblent érigés afin d’en filtrer les impuretés.
Les renseignements alors sélectionnés sont transformés et redistribués
ailleurs. Tout se passe selon une structure organisationnelle bien précise.
Chacune de nos cellules reçoit son lot d’informations et veille à faire son
travail de son mieux, comme le font des abeilles à l’intérieur de la ruche.
Si nous pouvions explorer notre corps en nous réduisant à l’échelle de ce
petit monde microscopique, nous verrions que tout ce qui nous entoure est
constitué d’atomes. Nous constaterions que chaque atome est composé d’un
noyau autour duquel gravitent des électrons. Un noyau unique entouré
d’une onde qui tourne et tourne indéfiniment autour de lui. Cela ressemble à
notre Univers !
Qui prend le relais ?
L’étude du corps a toujours éveillé un très grand intérêt, majoritairement
pour sa complexité physiologique, mais aussi en raison du fait qu’il semble
fonctionner de lui-même. Nous pensons avoir un certain contrôle sur
l’ensemble de notre système nerveux, mais si nous considérons le simple
fait que lorsque nous dormons nos activités organiques continuent, nous
pouvons facilement conclure qu’elles sont régies par d’autres genres de
phénomènes. Si, une fois endormis, nous n’avons plus du tout conscience
de ce qui se passe, les tâches se font d’elles-mêmes les unes à la suite des
autres, quand ce n’est pas simultanément. En tout cas, on le présume
puisqu’au réveil nous sommes encore entiers.
Lorsque nous dormons, notre esprit conscient ralentit ses activités afin de
prendre le temps nécessaire pour se ressourcer. Notre tête a besoin de repos.
À ce stade, c’est une autre partie de notre cerveau qui prend le relais. Il
prend en charge nos fonctions vitales en procédant à la vérification
systémique de tous les automatismes du corps.
La respiration, par exemple, se fait toute seule sans qu’on ait besoin de se
dire qu’il faut respirer ; il en est de même pour le cœur et les organes. Juste
avant de tomber dans cet état de sommeil que nous connaissons bien, nous
passons par un état entre les deux, où la détente se définit en termes d’ondes
bienveillantes.
Les ondes alpha et thêta sont longues et profondes. Lorsque nous
respirons calmement, longuement, ces ondes favorisent la réception. Elles
présentent une grande capacité d’absorption en fonction de ce que nous
désirons recevoir et nous offrent surtout la possibilité de mettre fin
momentanément au trafic mental qui nous distrait. Entre veille et sommeil,
il y a ce moment privilégié où toutes les portes s’ouvrent. Elles nous
donnent accès aux trésors enfouis en nous. De plus, une bande mémoire
enregistre l’ensemble de nos activités nocturnes de sorte que, si nous avons
besoin d’une information précise, il nous est toujours possible d’y accéder.

L’inconscient
Pour définir l’inconscient, cette partie située en dessous de notre
conscience, comparons-le à une superbe banque de mémoire qui
s’apparente à la sauvegarde d’un ordinateur. Tout y est, du plus lointain
souvenir au plus récent. Parfois, nous avons l’impression que certains
souvenirs, surtout les plus anciens datant de notre très jeune âge, sont
impossibles à se remémorer. Les gens disent que ça ne sert à rien de
chercher une information datant de plus de deux ans, par exemple, parce
qu’ils ne se la rappellent plus. C’est oublier que l’inconscient, lui, se
souvient.
La sauvegarde qu’il élabore grave des renseignements avant qu’ils soient
passés à la conscience. L’avant et l’après y sont, parce que l’inconscient
réenregistre les événements chaque fois qu’on se les rappelle. Les bons
coups sont là, mais eux, généralement, on s’en souvient... Quand certains
souvenirs refont leur apparition dans notre conscience, c’est qu’en quelque
sorte nous l’avons demandé. De temps à autre, le passé revient, comme ça !
Parfois, c’est captivant parce qu’on peut vérifier ses impressions avec les
gens présents à l’époque ; d’autres fois, c’est un peu moins drôle.
Oui, les erreurs sont possibles aussi. Dès lors que nous croyons avoir
éradiqué de notre mémoire un épisode ou tout un pan de notre vie, voilà que
l’inconscient nous le ramène en plein visage. Les informations se
promènent ainsi d’une rive à l’autre. De l’inconscient, où l’on ne sait pas
que l’on sait, à la conscience, là où l’on pense que l’on sait.
Nous sommes inconscients de notre inconscient
Pour avancer librement dans notre lecture, il est bon d’avoir certaines
notions de ce qu’est cette partie de notre entendement. Car, dans plusieurs
situations, cette connaissance peut nous épargner bien des maux et des
misères. L’inconscient est présent partout. C’est lui qui faisait dire non à la
femme de tout à l’heure alors qu’elle tentait de donner ses conseils. Il se
voit physiquement de toutes sortes de manières. Il s’observe dans les
micros-indices, des détails comme la couleur de la peau qui change, la
respiration ou les mouvements oculaires. Toutes sortes de signes qu’il nous
est possible de discerner lorsque nous étudions plus à fond ce genre de
langage.
Sa caractéristique première réside dans le fait que nous ne connaissons
pas son importance. Nous en sommes effectivement bien inconscients. Et le
mot est faible quand on sait, par exemple, qu’il réagit avant notre esprit
conscient. En d’autres termes, cette partie de notre esprit accomplit une
foule de tâches bien avant que nous en ayons conscience, comme celle de
classer les informations par catégories.
Notre esprit conscient demande un temps d’assimilation de l’information
beaucoup plus long. Ainsi, beaucoup d’informations demeurent
complètement inconnues de nous. Ces renseignements sont enregistrés dans
l’inconscient avant même qu’on en aperçoive une parcelle d’existence. « Ça
s’est passé juste avant que j’en aie connaissance. » Allez dire ça à
quelqu’un qui vous questionne ! Donc, qu’il s’agisse de bruits, des
mouvements que fait un chat, de l’éclairage extérieur ou de la régulation de
notre température interne lorsque nous dormons, tout cela est également
enregistré, formaté. On ne tombe pas dans un trou noir juste parce qu’on a
fermé ses yeux.
La trinité intérieure
Notre cerveau se divise en trois niveaux, qui correspondent à leur âge
respectif dans l’évolution de l’homme. C’est ce que certains thérapeutes
nomment notre trinité intérieure. Comprenons que ces trois parties ne sont
pas réellement séparées, mais pour vous faciliter la compréhension,
j’énumérerai quelques-unes de leurs propriétés distinctes.
Le cerveau reptilien d’abord, comme son nom l’indique, réfère à la partie
la plus ancienne, là où se loge notre instinct de survie. Cette partie régit,
entre autres, la coordination de toutes nos fonctions biologiques. Le
reptilien gère efficacement le corps et ses automatismes, et nous n’avons
pas idée de l’étendue de sa tâche. Pouvons-nous imaginer avoir à penser
faire battre notre cœur conformément à nos besoins ? Ce serait une tâche de
chaque instant qui impliquerait une attention constante. Alors, il vaut mieux
lui laisser ce travail.
Le cerveau limbique accueille les émotions. C’est le siège de
l’intelligence émotionnelle. Un espace, comme on l’a deviné, qui favorise la
rencontre des stimulus qui nous permettent d’avoir des réactions humaines.
C’est le lieu où nous entreposons les processus de nos apprentissages, nos
stratégies mentales et les mémoires du passé. C’est un peu la raison pour
laquelle nous revivons parfois les mêmes émotions, jusqu’à ce que nous en
comprenions le sens. Stimulus et stratégies partagent, comme un couple, la
même chambre.
Donc, le premier niveau pour la survie et le deuxième pour les émotions
qui nous fournissent des références nettes sur ce que nous considérons
comme dangereux ou risqué comparativement au reste.
Le troisième niveau est le néocortex. Cette partie de notre cerveau est la
plus récente. C’est en principe ce qui nous distingue des animaux et de
l’homme des cavernes. Le néocortex héberge notre intellect. C’est là que se
jouent le maniement des idées, le discernement, la volonté d’agir, pour ne
nommer que ces fonctions. Composé d’éléments extrêmement raffinés,
notre mental est sélectif et performe d’une manière incroyable. Nous y
expérimentons, entre autres, le temps et la distance, la théorie de la
relativité. Grâce au néocortex, nous bâtissons notre modèle du monde, notre
réalité. Il demeure peut-être à la base de l’ensemble de la programmation
neuronale, mais il est aussi notre personnalité intrinsèque. C’est à la
confluence de ce niveau finalement et de notre âme qu’il nous est permis
d’évoluer.
Des milliers, des millions, des milliards, des trillions
L’inconscient, dans le fond, est un amalgame de toutes les informations
dont nous n’avons pas conscience. Tout ce dont nous ne connaissons pas
l’existence habite là. C’est la partie de notre esprit qui se situe sous l’eau, si
on utilise l’image d’un iceberg. C’est comme chercher une aiguille dans une
botte de foin, l’aiguille, dans le cas qui nous intéresse, représentant en
proportion notre partie consciente.
On peut difficilement comprendre que la plus grande part de ce qui nous
constitue est totalement ignorée de notre conscience. Dans cette
gigantesque banque d’informations et de potentialités, nous avons déposé
consciemment des sons, des images, des odeurs et des sensations associés
aux événements vécus. Mais combien de ces stimulus y ont été entreposés
inconsciemment ?
On dit qu’en moyenne un homme d’une trentaine d’années a déjà
emmagasiné trois trillions de souvenirs dans son inconscient. Et ça
continue, chaque seconde de sa vie. On peut donc croire que quelques
souvenirs lui ont sûrement échappé ! Quatre cents milliards de sensations à
la seconde sont captées et stockées sous forme de mémoire – ça fait
beaucoup de zéros. Lorsqu’on réalise que l’humain ne garde dans sa
conscience qu’un infime pourcentage de ces expériences, on est porté à
croire qu’il nous en manque des bouts.
En conséquence, c’est peut-être avec raison que nos proches s’amusent à
rire de nos manies. Qui n’a pas vu au moins une femme s’ouvrir
automatiquement la bouche lorsqu’elle applique son mascara ? Comme s’il
y avait un lien entre les deux actions. Mais trêve de plaisanteries ! Car dans
bien des conditions, cette partie qu’on ne connaît pas nous éloigne de nos
aspirations. Nos désirs vont dans une direction, alors que nos gestes en
choisissent une autre.
L’intention est bonne
On a beau vouloir beaucoup, on a beau souhaiter très fort, ça ne marche pas
toujours comme on le veut. Prenons, par exemple, la fois où nous avons
décidé de changer une ou des habitudes alimentaires. Moins de sel, moins
de calories, plus d’exercices, nous prenons fréquemment des résolutions
qui, sur le coup, semblent définitives. « Cette fois-ci, je vous le jure que
c’est bien vrai ! » L’intention est là. Elle est vraiment bonne.
Nous sommes vraiment ennuyés par un comportement particulier, mais
au moment de faire la première action, nous ne sommes plus certains et
préférons attendre au lendemain. Nous reculons de deux pas avant d’en
faire un seul vers l’avant. Après coup, dirons-nous, ça s’annonçait mal, ce
n’était pas le bon moment. Ça ne l’est jamais, en fait, parce que l’harmonie
interne est tributaire de plusieurs facteurs.
Cet insuccès est peut-être dû au moment choisi ou à la mauvaise
organisation des priorités, pour certains. Intérieurement, d’autres personnes
se voient comme des paresseux ou des lâches. Ou est-ce une valeur plus
profonde qui est touchée et qui nous met des bâtons dans les roues ? Dans
tous les cas, on est soit déçu, soit fâché, parce que rien n’explique
véritablement ce qui s’est passé entre le désir et l’échec essuyé. Nous
mettons le tout sur le dos de la mauvaise fortune et, dans le pire des
scénarios, mieux vaut ne plus rien essayer, car notre estime est en baisse.
Rassurons-nous, ce type de situation, nous le vivons fréquemment. Notre
réaction fait partie des nombreux mécanismes inconscients. Pourquoi nous
en vouloir puisque ce qui nous semble être un échec nous indique l’exacte
faille à revoir dans notre stratégie. La majeure partie du temps, notre
inconscient possède les solutions à nos problèmes, c’est sa façon de nous
les communiquer qui est peut-être mal perçue.
Pour nous aider à voir plus clair dans tout cela, nous devons unir ce qui
est séparé, créer un pont entre tout le savoir de l’inconscient et notre
conscience. De sorte que nous intégrerons notre plein potentiel. L’un
ressemble à la partie submergée d’un iceberg, l’autre à celle qui
expérimente la lumière. L’intérieur et l’extérieur de l’eau. Alors,
considérons-nous comme complets si nous fusionnons ces deux parties en
une seule.
Sachant cela, nous pourrons permettre l’émergence de cette portion
cachée et nous prévaloir de son aide précieuse uniquement en
communiquant plus abondamment avec elle. Autrement, nous pourrions
penser être complets et rester dans l’ombre de ce que nous sommes.
Le confort des vieux souliers
L’étude des caractéristiques spécifiques de notre inconscient pourrait
représenter une encyclopédie à elle seule. Ce qui nous intéresse surtout,
c’est le fait qu’il n’aime pas le changement. Le reptilien gère très bien le
corps, et pour lui, tout changement est synonyme de stress potentiel ; il est à
l’aise dans ses souliers et préfère y rester.
Voilà qu’un homme qui présente un surplus de poids fait le choix
d’entreprendre un régime. Il décide de couper un de ses trois repas
quotidiens, tout simplement Au début, tout semble fonctionner, et l’homme
se sent bien dans sa décision. De plus, il n’a pas eu à changer ses habitudes
alimentaires, comme certains le lui suggéraient. Puis, après peu de temps, il
constate que son poids cesse de diminuer, il se stabilise.
En effet, notre homme a de plus en plus de difficulté à se rassasier. Si
bien qu’il mange plus qu’à l’accoutumée et ressent la faim plus souvent. Il
prend ses deux repas par jour et grignote tout autant. Finalement, au lieu de
perdre du poids, il en gagne.
C’est un exemple simple qui explique comment réagit notre inconscient
face au changement. En vérité, l’inconscient favorise toujours ce qui est
connu et sécuritaire. Il établit le déroulement de la journée d’aujourd’hui et,
si tout va bien, il refait la même chose le lendemain. Il adore la routine.
Pour lui, le changement est toujours source de stress. Il va vers l’inconnu et
sa mission dans le corps est beaucoup trop importante pour qu’il baisse la
garde.
Dans le cas précédent, l’inconscient démontre un énorme pouvoir
décisionnel. Il stabilise le poids malgré les efforts de l’homme. Conscient et
inconscient se bagarrent à savoir qui aura le dernier mot ; généralement, s’il
n’est pas consulté, c’est l’inconscient qui gagne. Forcément, car c’est lui
qui fait fonctionner nos organes. Pouvons-nous imaginer tout le travail qu’il
effectue afin de nous permettre de réfléchir ou de rêvasser ?
La négation au bord du précipice
En plus de ne pas aimer le changement, l’inconscient déteste le vide. Mieux
vaut toujours avoir un plan de rechange lorsqu’on désire se débarrasser
d’une habitude, qu’elle soit bonne ou mauvaise. Par exemple, pour cesser
l’usage de la cigarette, il est coutumier de remplacer celle-ci par un verre
d’eau, une paille ou un cure-dent, ou encore par un plan d’action complet
pour contrer l’habitude et la dépendance physiologique.
Nous pouvons facilement nommer les éléments dont nous ne voulons
plus la présence dans notre vie, mais il est important de savoir ce que nous
souhaitons mettre en place ou à la place. Normalement, nous remplaçons ce
qui incarne le négatif par du positif. Un meilleur choix est le mot d’ordre.
Cette mauvaise chose que j’enlève doit être remplacée par une bonne,
autrement le vide se remplit de lui-même.
L’inconscient est créatif. Il prendra en charge de façon autonome cet
espace que nous avons laissé vide. Or, est-ce que son choix représentera ce
que nous souhaitons ? Ce n’est pas sûr. Il choisira ce qu’il connaît, et le plus
facile évidemment sera de remettre la même chose qu’avant. Alors, notre
attention doit travailler à générer le ou les éléments que nous voulons avoir
en place, et nous devons en être conscients. De cette manière, nous
pourrons remplir le vide en visitant plutôt le côté de nous qui bénéficie de la
lumière.
Un autre point particulier à considérer est que l’inconscient ne comprend
pas la négation. Lorsque nous recevons la consigne de ne pas imaginer un
flamant rose avec des pois jaunes, par exemple, notre première action
intellectuelle est de rechercher l’information dans la mémoire ou de la créer.
Nous allons chercher l’image dans notre esprit et, une fois qu’elle est
trouvée, nous songeons qu’il ne le fallait pas. En faisant cela, nous
inversons le processus de la pensée. À une chose dont nous ne voulons
absolument pas l’existence nous donnons la vie.
En fait, plus nous utilisons un langage négatif, plus nous alimentons le
négatif en nous. Pour l’inconscient, tout est réel, même les choses lancées à
la blague. Les paroles et les pensées mauvaises s’impriment de la même
façon que les bonnes. « Je ne veux pas être seul » se traduit par : « Je veux
être seul. » Pour lui, la compréhension ne se fait pas. Dès lors, il mettra tout
en branle pour répondre à notre souhait d’une manière presque parfaite. La
notion d’humour n’existe pas dans l’inconscient, ni le concept de faire
semblant. Tout comme il ignore les raisons pour lesquelles être seuls n’est
pas bon pour nous. Tout est capté, au détail près, et c’est à nous de prendre
conscience de l’importance de ces éléments infimes.
Je croise un homme d’une quarantaine d’années qui répète à qui veut
bien l’entendre qu’il ne passera pas le cap des 60 ans. « Rendu là, dit-il en
riant, il n’y a plus rien de bien intéressant. » Eh bien, vingt ans plus tard,
voilà qu’en lisant la rubrique nécrologique j’apprends son décès...
Mon meilleur ami, c’est moi
L’inconscient est particulier. Comme une machine, il exécute
admirablement bien ses fonctions. Mais si nous ne savions pas qu’il faut
jouer notre rôle de commandant, maintenant nous le savons. C’est à nous de
mieux diriger cette machine pour réussir à nous en faire un allié lors de nos
éventuels changements. Mon meilleur ami, c’est moi : nous connaissons
cette phrase ; or, nous sommes pareillement notre pire ennemi.
La première action à faire pour instaurer un climat d’harmonie dans notre
esprit est de le garder ouvert. Ouvert à croire que tout ça a peut-être du bon
sang, après tout. Nous avons tendance à réagir devant l’inconnu en nous
fermant les yeux. Tout de suite nous installons nos barricades, comme s’il
s’agissait d’un ennemi, ou alors nous prenons la fuite. Et normalement,
nous le faisons assez rapidement.
Ce qui représente un danger n’est pas le danger en soi. L’inconnu que
nous identifions comme un ennemi, c’est nous. Si nous prenions le temps
de le connaître, nous serions surpris des secrets que cette face cachée recèle.
L’inconscient nous est personnel, il est l’intériorisation de ce que nous
sommes depuis le tout début. Cela vaut peut-être le coup de partir à sa
découverte.
Parce qu’il est présent à chaque petit instant de notre vie, l’inconscient
les connaît tous, ces secrets, bien mieux que nous-mêmes. Il participe à tous
ces moments tout en privilégiant trois éléments : la survie du corps, le
plaisir et la facilité. Tous nos choix sont donc fonction de ces critères. C’est
l’évidence puisque tous nos comportements sont influencés par
l’inconscient. Il est là de jour comme de nuit.
Nous verrons plus tard quelle est la meilleure façon de partir à la
découverte de notre inconscient. Pour l’instant, nous devinons que cet
examen ne s’effectuera pas n’importe comment. C’est un peu comme un
enfant qui explore un nouveau monde qu’il nous faudra agir. En toute
simplicité, ouvert à la vérité qui se présente à nous, comme l’enfant qui
apprend à marcher. Sans juger de l’expérience, il tombe parfois, et se
relève. Il ne condamne pas son erreur, il apprend d’elle.
Mais si pour cet enfant qui s’abandonne naturellement à la vie toute
expérimentation favorise un apprentissage, chez nous par contre, qui avons
déjà quelques notions de ce qu’est la douleur, la résistance s’installe
rapidement et nous fait vivre tantôt l’inquiétude, tantôt la peur.
Une chute de cheval
Une jeune femme vient à la ferme pour suivre des cours d’équitation. Selon
l’histoire qu’elle raconte, elle a subi une chute de cheval, et c’est une
mauvaise expérience qu’elle voudrait oublier. Une fois en selle, son corps
devient si raide que j’ai l’impression qu’elle a cessé de respirer. Je lui
demande alors comment elle se sent. Le visage rouge, elle me répond : « Je
ne suis plus en mesure de bouger et je ne sais pas pourquoi. Plus j’essaie,
moins je suis capable. » Puis elle insiste pour que je l’aide à descendre.
Avouons-le, la résistance est bien légitime. La peur nous paralyse bien
souvent. Cette pauvre femme s’en est bien tirée ce jour-là, car j’ai promené
son cheval en laisse jusqu’à ce qu’elle parvienne à se détendre.
L’apprentissage de ce que nous sommes, est-ce une quête qui n’appartient
qu’aux plus courageux d’entre nous ? Je ne crois pas. Peut-être aux plus
persévérants.
Être conscient des automatismes de l’inconscient demande de
l’entraînement. C’est ce qu’on appelle l’alchimie de notre chemin intérieur.
Comprenons que, par cette quête, nous sommes appelés à franchir des
limites insoupçonnées, mais ce sont les nôtres. Tantôt nous posons nos
pieds à des endroits où nous ne voyons pas ce qu’il y a dessous, tantôt nous
fréquentons des zones tellement sombres de nous-mêmes que nous avons
l’impression d’avancer à tâtons ; mais partout il y a la lumière au bout du
tunnel. À nous d’en apercevoir à tout le moins une lueur.
« Notre existence se trouve entre deux éternités. Nous vivons dans un
reflet. » Nous vivons à la confluence de deux mondes séparés, à l’intérieur
d’un filtre. Cette belle citation que l’on trouve dans le Timée de Platon nous
renvoie à la notion que nous avons de l’ego et des limites qu’il érige entre
notre conscience et son plein éveil. Regardons ensemble en quoi cela est
possible.

Le conscient et l’éveil
L’esprit conscient est une partie de notre cerveau que nous connaissons
beaucoup mieux que l’inconscient. En fait, nous avons l’impression qu’il
est notre cerveau dans son entier, puisqu’il représente tout ce dont nous
sommes conscients. Nous sommes conscients de ce que nous connaissons
de nous, c’est bien logique, et nous sommes conscients que d’autres
personnes connaissent d’autres aspects de nous.
Dans l’analogie de l’iceberg, le conscient est la partie située hors de
l’eau. Nous pouvons aisément nous décrire en tant que personne physique
ou morale parce que nous possédons cette connaissance sur nous-mêmes.
Nous pouvons décrire notre personnage, dire « Je suis un homme (ou une
femme) », définir notre culture, notre rôle social ou encore nos qualités et
nos défauts. Par comparaison, il nous est impossible de fournir une
définition quelconque de ce qu’est notre inconscient.
Nous savons qu’il existe parce qu’il s’observe quand nous nous y
attendons le moins, qu’il s’entend lors de lapsus et qu’il se ressent.
L’inconscient s’ajoute donc à notre personnalité comme un élément non
défini, la plupart du temps insaisissable.
Inconscient et conscient ne sont pourtant pas opposés puisqu’ils
interagissent. Une relation subsiste entre les deux. Leur méconnaissance
respective favorise malheureusement une succession de conflits que nous
vivons de l’intérieur. Toute désharmonie physique a, de ce fait, son origine
dans notre esprit. Conséquemment, tout conflit qui perdure entre notre
esprit conscient et notre inconscient nous conduit inévitablement au mal-
être.
Quelque part vit l’inconscient, encore lui !
Parce que l’inconscient est autonome, il gère ses opérations lui-même, selon
les commandes qu’il reçoit de notre esprit conscient ; plus précisément,
selon les pensées que nous entretenons sur nous-mêmes ou sur la vie, selon
nos paroles et nos gestes. Nous avons beau laisser croire aux autres que la
peur du noir, c’est dorénavant terminé pour nous, si nous réagissons encore
au moment où nous sommes pris dans une ruelle sombre, c’est que, quelque
part, cette crainte existe encore.
Ce « quelque part », nous commençons déjà à en avoir une petite idée,
notre esprit conscient est très sélectif. Depuis le début de cette lecture,
l’esprit conscient a choisi les informations qui lui semblent importantes et a
rejeté toutes les autres. Celles qui sont évacuées par lui ne sont pas détruites
pour autant, n’allons pas croire que ce soit si simple. Elles descendent
directement dans la grande banque de l’inconscient. Tout est là ; que ce soit
très ou peu important, cela reste du domaine des possibilités. Toute
information transite ainsi en nous.
Lors de séances d’hypnose, nous retrouvons les contenus inconscients
rejetés par notre partie consciente, car ils émergent momentanément au
niveau de notre esprit. Les personnes sous hypnose parviennent à revoir des
événements de leur jeune âge très surprenants parfois, allant de la
décoration détaillée de leur chambre aux sentiments liés à ces éléments
d’aménagement, ou encore à un surnom oublié qui les a marquées au fer
rouge. Même les peluches préférées, les textures, les odeurs reviennent
provisoirement à notre conscience.
Notre esprit conscient connaît son frère
Quand nous sommes éveillés, notre inconscient s’exprime tout autant, et
spontanément. Quelquefois, il le fait sous forme d’idées de génie qui nous
effleurent l’esprit l’espace d’une seconde alors qu’on en avait fait la
demande auparavant, et d’autres fois quand, enfin, nous retrouvons ce mot
que nous avions sur le bout de la langue. Une fois exprimés, ces contenus
disparaissent à nouveau dans l’inconscient, sans toutefois cesser d’exister.
Une crainte consciente subsiste à l’égard de cette partie dont nous ne
savons rien, à savoir que l’inconscient pourrait receler des contenus sur
nous totalement inimaginables ou terrifiants. Comme si nous pouvions
avoir vécu des choses horribles sans en pressentir les indices. Peut-être est-
ce ce pressentiment qui engendre cette crainte, cette peur de l’inconnu, de
nous-mêmes. C’est possible. Toutefois, il s’agit là d’un mécanisme de
défense qui nous est propre et qui s’apparente à l’instinct de survie des
autres espèces animales. Les animaux ont ce qu’on appelle un instinct ;
nous avons l’intuition, mais rares sont les personnes qui l’écoutent
vraiment.
Nous utilisons souvent cette peur de l’inconnu pour nous retrancher loin
de ce que nous croyons être des dangers. Cependant, comment pouvons-
nous savoir ce qu’il en est véritablement si nous reculons devant la
complexité qui semble nous constituer ? Comment vivre en harmonie
sachant que nous avons peur d’une partie de nous-mêmes ?
Nous avons tout ce qu’il faut
Notre esprit conscient a ce qu’il faut pour faire le pont et unir les éléments
de la dualité qui sont présents en chacun de nous. La pratique de l’attention
construit ce pont d’unité vers l’inconscient. L’attention constitue une façon
particulière d’observer toute chose. Elle demande un moment d’arrêt, une
introspection, une volonté d’action.
Chaque fois que, consciemment, je porte mon attention sur le processus
de mes pensées, par exemple, je favorise un échange. À quoi est-ce que je
pense en ce moment précis ? est une question simple qui me pousse à
diriger mon attention sur cette pensée particulière. Dès lors, je mobilise
mon esprit conscient qui part à la recherche de l’information jusqu’à ce
qu’il la trouve et l’isole. Une fois isolée, l’information se prête à une
analyse objective et plus soutenue. Ce que j’en fais dépend alors de mes
besoins du moment. Je peux m’amuser, comme ça, à concentrer mon
attention intentionnellement sur une pensée à la fois.
Sans cette action volontaire, ma pensée passe comme n’importe quelle
autre dans le courant des pensées qui rejoignent l’inconscient. Par la
question précédente et grâce à mon attention délibérée, je parviens à assurer
le passage de l’idée de l’inconscient à ma conscience. Je me permets
d’apprendre quelque chose de nouveau sur moi-même et, ainsi, d’évoluer.
Mon discernement m’offre la possibilité d’apprécier avec justesse cette
information nouvelle et de reconquérir petit à petit qui je suis
essentiellement.
Je m’éveille à plus grand
L’éveil de la conscience semble être un bien grand concept vu qu’il nous
conduit à penser que seuls les initiés y ont droit. Or, lorsque nous prenons
l’initiative de changer notre niveau de conscience, il faut toujours nous en
remettre à notre esprit conscient, celui qui sait.
Il n’est nullement question de niveau autrement que lorsqu’on se réfère à
celui de l’eau. Grandir en conscience consiste à laisser émerger une partie
cachée de l’iceberg. Nous évoluons chaque fois que passe une information
de l’inconscient à la conscience. De la sorte, notre conscient devient plus
éveillé parce qu’il a pris conscience d’un processus inconnu de lui, un
processus inconscient.
Subséquemment, nous prenons le temps de nous découvrir d’une façon
plus complète, c’est-à-dire en tant qu’êtres et plus seulement en tant
qu’individus. Lorsque conscient et inconscient s’unissent, nous assistons à
une plus grande sérénité. Le drapeau blanc se lève enfin. Cette trêve devient
un moment magique pour quelques-uns, une sorte de tremplin. Parce qu’il
n’y a plus de combats, le terrain nous accorde assez de vision pour passer à
un plan supérieur, à une vitesse supérieure.

Le super-conscient, ou l’âme
Le super-conscient définit ce qui est au-dessus de notre conscience, ce qui
est plus vaste encore. L’âme, ou la psyché, nous ramène au mot latin anima,
ce qui nous anime, ce qui nous donne la vie. L’âme, c’est le plan des idées
parfaites, selon Platon, là où se retrouve notre idéal d’être, la plus belle
représentation de ce que nous sommes. Âme est un mot qui me plaît bien et
que j’aime employer pour exprimer ce que j’ai à exprimer. Mais cela reste
un choix personnel à chacun.
Pour faire un peu de lumière sur ce plan parfait, nous pouvons comparer
notre idéal d’être à la vision que nous avons de nous-mêmes. Une belle
vision du futur où nos rêves se construisent, ou sont peut-être entièrement
échafaudés d’avance. Parfois, cet idéal se manifeste à nous par un
pressentiment. Un quelque chose qui nous dit que nous sommes destinés à
autre chose de meilleur. D’autres fois, c’est plutôt une clairvoyance, une
image très nette de nous-mêmes projetée dans le futur.
Certains disent : « Je me suis vu dans cinq ans faisant ceci et cela.
Comme un flash de moi, en mieux. » Quand nous prenons en compte nos
claires visions, nous pouvons en donner une excellente description.
Certaines personnes qui ont déjà expérimenté cet élan qui les appelle à agir
se sont largement dépassées elles-mêmes. Peut-être l’ont-elles fait
secrètement de peur de paraître ridicules aux yeux des autres. Peu importe,
car dans tous les cas l’important n’est pas d’en parler aux autres mais à soi.
Ça nous permet de nous valider en nous-mêmes. Tout cela devient vrai.
Il y a en dedans de nous un petit moteur qui nous pousse à avancer dans
une direction précise. Ça nous surprend. Quand nous sommes sur le bon
chemin, nous nous exaltons, nous frémissons de bonheur. Alors là, nous
savons que ce que nous faisons nous rend heureux. Nous nous égarons un
moment ? Ce n’est pas grave puisque notre chemin réapparaît avec le
temps, il revient plusieurs fois même. Notre conviction est forte et sa force
nous dirige. Elle nous laisse voir de nouveau cet idéal de nous-mêmes qui
semble a priori trop beau pour être vrai et qui l’est en réalité. Nous
l’expérimentons chaque fois que nous allons jusqu’au bout de nos rêves.
Polir ses pierres
L’âme n’est peut-être pas directement la vie qui nous anime puisqu’elle-
même est nourrie par un champ d’énergie plus vaste encore. Mais par elle
se transmet la vie qui nourrit notre corps. En fait, dans l’étude que nous en
faisons ici, l’âme peint la représentation parfaite de ce que nous sommes
inconsciemment. En d’autres mots, l’âme est le reflet de l’inconscient, son
rayonnement subtil. Comprenons que « subtilité » a ici le sens de
raffinement. Plus on polit un grain de sable, plus il devient fin.
Je connais un vieil homme qui utilise une machine pour polir les pierres.
Un jour, il décide de la tester sur des pierres brutes ramassées sur le bord
d’un chemin de campagne, des cailloux pas très beaux, d’un genre que
jamais nous n’exposerions dans nos jardins. Il en place donc une poignée
dans l’appareil et le remplit d’eau. Ensuite, il ferme le tout hermétiquement.
Pendant des années, je n’entends pas parler de la machine, ni de son
contenu. Puis je repense à cette expérience passée et à son résultat possible.
Je questionne l’homme à ce sujet, qui me répond : « Eh bien, allons voir
ensemble, car moi-même j’ai oublié tout ça depuis longtemps. » Nous
trouvons l’engin toujours branché à l’électricité de la maison. Il fait tourner
un barillet dans lequel les roches se frottent continuellement entre elles,
dans l’eau. C’est de cette façon qu’elles se raffinent.
L’homme ouvre le couvercle et vide le tout sur une serviette. Oh !
splendeur ! Le résultat est si incroyable que nous en sommes tous deux
éblouis. Les cailloux sont devenus des pierres si belles que nous avons de la
difficulté à trouver les mots pour les qualifier. Elles affichent des tons
contrastants, allant du beige au gris ; elles sont rainurées selon des courbes
harmonieuses, tantôt noires, tantôt rosées, et même blanches. Et la
perfection finale se palpe sous nos doigts. La douceur qu’offrent ces pierres
devenues tellement lisses, sans aucune aspérité, est tout simplement
incroyable.
« Cela fait dix ans », affirme l’homme.
Dix ans, ça peut paraître long, mais dans ce cas-ci c’est très court.
L’âme est donc le raffinement des informations contenues dans notre
inconscient. Un raffinement d’idées projetées alors qu’elles sont déjà polies
et améliorées. Entre les deux, il y a un processus nommé le temps, qui varie
selon le système de croyances de chacun. Ce procédé, additionné aux
facettes positives et négatives de l’inconscient, influe sur la réalisation ou la
non-réalisation du plan parfait.
L’âme a besoin de conscience
Nous pouvons imaginer l’inconscient comme ce qui contient
l’intériorisation de notre être, tandis que l’âme symbolise ce vaste champ
d’informations qui gravite autour de nous. L’un est le reflet de l’autre, et
tous deux nous appartiennent, dans le sens où ils nous suivent toute notre
vie. Malgré le fait que l’âme soit immortelle comparativement à
l’inconscient, au-delà de la mort elle reste chargée du vécu de la personne.
Tant et aussi longtemps qu’il y aura quelqu’un pour s’y intéresser, l’âme et
son histoire de vie se manifesteront.
Sachant que mon attention est issue de ma partie consciente et que par
celle-ci se crée toute chose, si je porte mon attention sur un concept, alors
celui-ci existe à l’intérieur de ma réalité. Or, pour exister au-delà de la mort,
l’âme a besoin qu’on lui donne la même attention. Elle a besoin de
conscience, de notre conscience. Celle-là même qui nous permet d’établir
une communication avec ce qui nous identifie à l’intérieur.
C’est comme si, finalement, cette pleine conscience représentait le lien
entre tous les plans, ce lien qui nous met en correspondance de phases
depuis l’inconscient jusqu’à l’âme. Tous les deux possèdent leur langage
distinct, ainsi que leur moyen propre de communiquer. L’un se situe au
niveau de la cause et l’autre, la plupart du temps, de l’effet.
Dans bien des circonstances, nous considérons l’inconscient comme
notre côté sombre, alors qu’il n’en est rien. Les informations qu’il contient
sont autant d’éléments pour progresser vers notre idéal. Ce sont les
messages de notre âme qui se traduisent en lui ; et bien souvent nous ne
comprenons ce qu’elle veut réellement nous dire que lorsque nous
abandonnons le contrôle de notre ego.
Nous sommes la ligne qui sépare deux plans
Nous vivons à la confluence de ces deux plans, dans cet ego dont nous parle
Eckhart Tolle et qui nous garde enfermés comme dans un hologramme. Ce
qui se situe à l’intérieur comme ce qui se trouve à l’extérieur constitue une
seule et même chose. Tout cela n’est qu’une question de point de vue.
Quand nous sommes dans l’ego, c’est comme si la partie de l’iceberg située
sous l’eau et celle émergeant de l’eau nous étaient toutes deux également
inconnues. Nous sommes la ligne qui sépare ces deux plans. Nous pouvons
regarder soit vers le haut, soit vers le bas, mais jamais dans les deux
directions à la fois.
Pour qu’il y ait la paix à l’extérieur, il doit avant tout y avoir la paix à
l’intérieur. Les différents plans de l’être, ça reste nous. C’est comme si nous
superposions parfaitement plusieurs feuilles de papier, puis que nous
faisions, en plein centre, un trou avec une poinçonneuse. Le même trou
traverse alors dans toutes les feuilles, et un crayon peut y passer librement.
Par contre, si nous décalons une seule de ces feuilles d’un millimètre, nous
brisons le cercle initial et le crayon ne passe plus sans créer de heurts.
Nous savons que tous les endroits sombres qui nous constituent peuvent
un jour ou l’autre bénéficier de lumière. L’alignement de nos différents
plans le permet. Il n’en tient qu’à nous de réaligner les feuilles pour qu’à
nouveau passe le crayon. De même, il n’en tient qu’à nous d’éclairer toute
partie inconnue ou ignorée de notre être pour qu’elle soit à nouveau baignée
de lumière.
Mon âme, c’est ma bulle
Donc, les plans s’influencent systématiquement. Que ce soit la pensée ou le
corps, l’idée qui vient d’ailleurs ou nos impressions personnelles, ou même
communes, tout cela est lié ensemble dans un champ de conscience unifié
beaucoup plus vaste. Notre conscience d’être évolue grâce à l’union, tout
comme nous évoluons grâce à nos relations. Si l’âme gravite autour de
nous, cela implique que nous sommes dedans. C’est notre bulle à nous.
Nous ne sommes pas une âme dans un corps, comme nous sommes
habitués mentalement de le percevoir, mais bel et bien un corps à l’intérieur
d’une âme. C’est notre enveloppe subtile, l’onde qui gravite autour de nous.
Cette même bulle qui, quelquefois, nous fait ressentir que les autres
empiètent sur notre terrain. Il est entré dans ma bulle. Comme si nous
avions un champ d’énergie qui délimiterait notre espace propre.
Cette limite, elle existe. Elle peut être matérielle, bien sûr ; il peut s’agir
de notre chambre ou d’un autre lieu, et pour nous, il y a interdiction
d’entrer. Il peut s’agir aussi de limites physiques ou morales que l’autre ne
doit pas franchir. Par exemple, si je suis une personne qui aime la
tranquillité et qu’on arrive chez moi sans crier gare, il y a de bonnes
chances pour que je n’apprécie pas. Ce sont des limites invisibles, mais
elles sont tout de même là, car lorsqu’elles ne sont pas respectées, nous
sentons un malaise à l’intérieur de nous. À l’opposé, lorsqu’il nous est
possible de nous affranchir de nos limites personnelles, d’aller vers plus de
progrès, nous agrandissons toujours un peu plus notre bulle ; tout ça avec
une certaine fierté d’avoir enfin fait ce qu’il fallait.
Par exemple, après plusieurs années à travailler au même endroit, une
femme prend la décision de quitter son emploi et de démarrer sa propre
entreprise. Elle compose de petits textes intéressants, des souhaits qu’elle
veut imprimer et distribuer elle-même. Sa raison lui assure que tout cela est
inconcevable. Elle a une sécurité d’emploi, après tout. Elle risque gros
comparativement à ce qui se présente à elle dans l’avenir. Mais elle n’est
pas bien. Son travail lui pèse et ne la satisfait plus.
Cette histoire de cartes de souhaits, c’est son rêve. Elle y songe depuis
longtemps et remet toujours son projet au lendemain. Sachant que sa
décision plaira à certaines personnes alors que pas du tout à d’autres, elle
fait le pas. Sur le coup, elle a peur. La femme a l’impression de perdre la
raison et les gens abondent dans le même sens qu’elle. Mais quelque chose
est plus fort. Cela ressemble à deux petites mains qui se tapent, comme pour
s’applaudir, et partout en dedans son corps exprime sa joie de vivre.
C’est de cette fierté que nous sommes tous porteurs sur le plan de notre
âme. Nous pouvons nous amuser à imaginer une nouvelle version de nous-
mêmes, améliorée. Une version qui a les deux pieds déjà dans son rêve.
Resplendissante de bonheur, elle est là, à notre porte, et vient nous visiter
afin de nous expliquer en détail les étapes par lesquelles il nous a fallu
passer pour nous y rendre. Cette version de nous, c’est le désir de notre
âme, le meilleur de nous-mêmes qui s’exprime à notre conscience. Nous
souhaitons être en lien avec ce plan comme avec tous les plans ? Nous
savons comment faire. L’âme nous le communique.
Polir ses apprentissages comme l’amour
Il existe un plan parfait pour chacun de nous. Le modèle parfait dont parle
Platon. Il existe de ce modèle une image idéale, imprimée dans le plan de
notre âme. Tout comme la pierre que nous polissons sans cesse, nous
pouvons raffiner ce par quoi nous expérimentons la vie.
Nous expérimentons l’amour en tant qu’enfants. Puis, à l’adolescence, ce
sentiment revêt un nouveau nom. Les amours d’adolescence sont tellement
intenses que chaque fois on a l’impression de mourir un peu. On croit que
jamais plus on aimera autant, mais on vieillit et on aime encore. À 25 ans,
nous aimons à nouveau, mais différemment. Nous avons appris un peu
comment faire, et les images que nous connaissons de l’amour sont
dorénavant des images de fusion ou de déchirure, de hauts et de bas, comme
si l’amour était une vague qui se soulève sous l’influence du vent.
Nous aimons à 30 ans. Mieux établis cette fois, nous le faisons tout en
construisant autre chose ailleurs. Ni le cœur ni les pensées ne se suivent ;
toutefois, nous aimons un peu plus de nous-mêmes. Puis, à 40 ans, les
remises en question surviennent, ainsi que les leçons que nous avons
apprises de l’amour, l’amour de soi qui prime de plus en plus sur l’amour
de l’autre.
Et ainsi va la vie vers la cinquantaine, là où ce sentiment prend encore un
nouveau sens. L’amour de soi et celui des petits-enfants qui nous ramènent
aux amours passés qu’il est temps maintenant de dépasser. Et chaque fois, à
chaque âge, c’est de l’amour qu’il s’agit. À 60, 70 et 80 ans, on aime
encore. À chaque halte, on s’est dit : « Enfin, je comprends ce que c’est
l’amour, j’ai appris la leçon. » Pourtant, à chaque nouvelle arrivée, nous
comprenons encore, mais d’une façon plus subtile, plus fine.
L’amour grandit en raffinement dans notre conscience, étape par étape,
parce que notre conscience s’ouvre doucement et permet cette ascension.
C’est lors d’une pause, d’un moment de réflexion que nous pouvons
prendre conscience de notre évolution, de ce qu’il y a derrière et du chemin
que nous avons parcouru. Lorsque nous vivons l’amour, nous
l’expérimentons sans l’analyser.
L’amour est un apprentissage et dans tout apprentissage, il y a des étapes.
Si nous essayons de lire un livre russe sans avoir d’abord appris à en
décortiquer l’alphabet, nous resterons bloqués dès la page couverture.
Ainsi, nous pouvons croire que nous savons tout des choses et n’avoir
effleuré que ce qui en paraît à la surface. Nous rejetons de cette manière un
bon nombre d’enseignements.
Notre destinée, ou l’épanouissement de l’être
Tout ce qui existe peut être vécu soit en surface, soit en profondeur. Mais
pour atteindre le plan parfait, ce haut idéal d’être, nous avons à développer
plus de raffinement. Nous ne pourrons entendre les messages de notre âme
sans avoir au préalable découvert cette façon d’écouter. Nos sens
s’épanouissent à l’infini. Le goût, l’odorat, l’ouïe, la vue, le toucher, tous
nos sens se développent et se raffinent. Ne vivons pas dans l’ignorance de
notre véritable destinée juste parce que nous ne l’acceptons pas.
Une fleur d’oranger désire ardemment fleurir sous la forme d’un lys.
Pour elle, rien n’est plus beau qu’un magnifique lys blanc. Elle est pourtant
fleur d’oranger, et en raison de son attitude ses désirs ne sont pas comblés.
Elle est une fleur d’oranger qui se hait parce qu’elle ne reconnaît pas sa
propre beauté.
La destinée est l’épanouissement de cette beauté présente à l’intérieur de
nous. Nous pouvons nous aussi passer à côté. Nous avons déjà notre beauté
imprimée dans le plan de notre âme. Celle qui demande à fleurir dans toute
sa splendeur mais aussi dans le respect de sa nature propre. Pour parvenir à
nous épanouir complètement, l’acceptation de notre propre rayonnement
demeure donc essentielle.
« La conscience pure, c’est l’état de conscience humain le plus simple.
Un état de conscience sans limites, silencieux et profondément établi, où
l’esprit s’identifie au champ unifié de toutes les lois de la nature et le
ressent intimement. » (John Hagelin, Ph. D.)

La Conscience, matrice de tout


Il est difficile de définir ce qu’est vraiment la Conscience. Tout d’abord,
faisons la différence entre notre esprit conscient et la Conscience, et pour
distinguer les deux, j’utiliserai une lettre majuscule pour illustrer la
grandeur de ce qu’est cette dernière. L’esprit conscient est celui qui
s’éveille et qui grandit en conscience. Pour ce faire, il s’ouvre et doit
demeurer réceptif, attentif à ce qu’il expérimente. L’ego est l’hologramme
de notre esprit conscient. C’est là que sont nos filtres de la pensée, densifiés
sous forme d’énergie. C’est la ligne qui délimite l’eau.
L’unité de nos deux cerveaux représente la clé qui en favorise
l’ouverture, l’éveil. Une petite brèche se crée dans cette union pour laisser
passer une partie de la pureté de l’expérience, dans l’instant présent. Une
simple partie, car nous ne sommes pas habitués à vivre une intensité
expérimentale si grande. En Conscience, la qualité de l’expérience se
définit par un raffinement conscient.
D’ailleurs, les gens qui ont connu une expérience de mort imminente,
dont nous entendons souvent parler, éprouvent tous de la difficulté à trouver
les mots pour bien la traduire. « Il n’y a pas de mots pour décrire ça, pour
exprimer ce que j’ai vécu. » Voilà comment ils parlent de leur expérience.
Vivre globalement
Après coup, nous aussi, lorsque nous expérimentons un apprentissage
nouveau, nous observons, nous analysons nos sensations. Nous comparons
notre analyse avec celle des autres et nous réalisons que ce qui se passe en
nous est différent. Nous vivons toujours selon nos filtres de la pensée.
L’observation que je raconte concernant ce que j’ai vécu dans ma
personnalité est différente de la tienne. Cela va de soi. Même si nous avons
vécu tous les deux la même chose, tu es toi aussi dans ta personnalité.
Nous ne pouvons donc pas relater une histoire semblable en restant l’un
et l’autre dans nos personnalités propres. Cependant, sur un autre plan,
notre histoire comporte des similitudes. Elle nous renvoie presque toujours
à une conscience plus large où se joue alors une infinité d’autres
possibilités. Dans la Conscience, je comprends mieux ton histoire parce que
le plan où je suis est plus vaste. C’est comme si nous la regardions de plus
haut.
Pour toi comme pour moi, la compréhension, les messages ou les images
qui résultent de cette position se ressemblent de plus en plus. Ils restent
parfaits quand ils se situent au niveau de ma personnalité, mais ils le sont
tout autant quand nous nous élevons dans une conscience commune qui
nous montre toute la pureté qui est passée à travers nous. Toute expérience
provient de la Conscience unifiée qui, elle, ne grandit pas, n’évolue pas. La
Conscience est, tout simplement.
Évoluer en conscience
Nous connaissons l’existence de plusieurs états de conscience différents :
l’état du sommeil et du rêve, puis, évidemment, celui de l’éveil. Au matin,
je passe à un état d’éveil où j’ai conscience que je suis présent dans ma vie.
Certains érudits ont fait la lumière sur sept états de conscience supérieurs
à ceux que nous connaissons maintenant. Plus nous évoluons en conscience,
plus l’expérience se bonifie en termes de beauté, de pureté et de vérité.
Le langage de la Conscience est tantôt fort, tantôt subtil. Nous le
rencontrons dans notre quotidien sans toujours y prêter attention. Il se
compose d’impressions, d’intuitions, de coïncidences ou de beauté, et
touche tous les plans de notre être à la fois. Ce langage génère en nous
l’émotion, mais une émotion différente de celles vécues habituellement, un
sentiment plus intense et plus vrai.
Conceptualiser la Conscience ou la matrice, alors que les deux expriment
une seule et même chose, est ardu. On l’identifie, en physique quantique, à
un flot infini de possibilités. Un océan où chaque goutte d’eau est soit
séparée, soit unifiée, selon la densité des champs d’énergie. Tout comme
l’océan, nous sommes à la fois une partie de la Conscience qui se manifeste
et la Conscience elle-même.
Elle est matrice dans le sens où elle crée toutes choses ; toute idée qui se
manifeste provient d’elle et toute idée non manifestée retourne en elle. Elle
est Conscience dans le sens où sa capacité d’engendrer l’idée est
proportionnelle encore une fois à notre raffinement conscient. Lorsque notre
compréhension des choses et des événements de la vie élève notre pensée, il
s’agit de l’aspiration de la Conscience.
Qu’est-ce qui s’adresse à moi ?
Il y a une énorme différence entre l’expression de la Conscience et le
langage de l’inconscient. L’inconscient nous renvoie presque toujours à des
images issues de notre passé, des images mentales qui demandent à être
conscientisées. Il peut s’agir néanmoins d’une image partiellement
consciente, parce que nous en connaissons l’histoire de vie, de notre point
de vue. Mais, tant et aussi longtemps que le message ou la leçon de vie relié
à un événement n’a pas été appris, cela persiste au niveau de l’inconscient.
Un homme éprouve un inconfort en ce qui a trait à sa digestion. Il se
nourrit très bien, mais malgré cela les problèmes s’aggravent et en viennent
à créer un blocage quasi permanent qui lui cause des nausées et des maux
de tête. Traité sous hypnose, il retrouve une histoire de sa vie passée dont il
n’avait pas soupçonné qu’elle puisse avoir sur lui un impact si important. Il
revoit ce pan de vie et comprend ce qu’il a établi comme règle de conduite à
partir de ce moment-là.
À la suite de cette prise de conscience, l’homme entreprend une
démarche de pardon, adressé à lui-même en grande partie, et recouvre
rapidement la santé. L’inconscient est coopératif, l’homme a su s’en faire un
allié. Le message lié à l’événement lui a permis, dans ce cas-ci, de grandir
en conscience.
Un événement classé au niveau de l’inconscient est passé par l’attention
de son esprit conscient. Nous comprenons ici le principe de fusion. Cette
union, dans l’exemple cité précédemment, donne à l’homme une seconde
chance de comprendre un message plus subtil, ce que l’expérience ne lui a
pas permis de faire au moment où elle a eu lieu. L’émergence de cette
nouvelle prise de conscience fait grandir l’esprit conscient de l’homme vers
plus de conscience. Le message qui était là provient de la Conscience elle-
même. Parce qu’elle est amour, elle nous pousse à évoluer vers ce que nous
sommes.
Lorsque la Conscience s’adresse à nous, elle le fait sous forme de beauté,
d’amour, de vérités ou de sentiments nobles. Lorsque l’inconscient
s’adresse à nous, tantôt il le fait sous forme d’événements remémorés ou de
rêves, tantôt il nous renvoie des ancrages positifs aussi. Lorsque notre âme
s’adresse à nous, elle nous montre toujours notre destinée d’incarnation.
Lorsque notre esprit conscient s’adresse à nous, il rend grâce à ce que la vie
lui donne de plus beau ou, s’il ne s’est pas encore accepté tel qu’il est, il
peine à vivre dans une vie qui n’est pas la sienne.
Tous les plans de l’être communiquent en même temps. Ce qu’il importe
de retenir, c’est qu’ils s’adressent à nous en premier lieu, et pas au voisin.
C’est toujours de nous qu’il est question.
Notre trinité intérieure n’est rien d’autre que l’union des niveaux de notre
esprit. La nature de notre cerveau est ainsi trois en un. Une partie régit le
corps tandis que l’autre accueille l’intelligence émotionnelle, et finalement
l’intellect évolue vers ce qu’il a toujours été. Comme une graine semée sous
la terre, nous passons notre vie à grandir, parce que notre désir d’aller vers
la lumière reste celui de toute vie.
Quand nous sommes nous-mêmes en état d’éveil, nous comprenons que,
dans cette trinité intérieure, la paix et l’harmonie doivent régner. Cela
implique que nous soyons plus conscients des frontières de notre
inconscient. Cela implique que, par cette compréhension, nous devenions
maîtres à bord, faisant de nos ennemis nos alliés, et que par cette unité nous
puissions aisément marcher vers le chemin qui s’ouvrira devant nous.
Quand nous sommes nous-mêmes en état d’éveil, nous devinons ce que
représentent l’avant et l’après, parce que nous les avons franchis. Nous
savons aussi que personne ne nous a offensés ou brusqués pour que nous
traversions ce pont, de la noirceur à la lumière. Respectons donc aussi les
autres dans leur évolution. Même avec les meilleures intentions du monde,
si nous arrosons trop le potager, au lieu de pousser plus vite les plans vont
se noyer.
Humaniste : comme dans « tous reliés »

Notre terre
Les différents plans de l’être font penser à la façon dont la terre, notre terre,
est constituée. Comme nous, la terre possède une partie intérieure, très
dynamique, où la vie profonde bouillonne et se traduit, entre autres, par des
mètres cubes de pétrole, d’échanges gazeux ou de minerais précieux.
Notre terre comporte d’énormes quantités de richesses naturelles – tous
les jours nous en sommes informés. Elle a aussi ses failles, les petits
manques qui semblent être à l’origine d’événements tels les tremblements
de terre par lesquels nous sommes fréquemment interpellés ces temps-ci.
Cela dépend peut-être du lieu où l’on habite, mais curieusement ces
manifestations de la nature nous informent, tout comme le fait notre corps,
de l’existence d’un quelconque déséquilibre.
Les séismes n’arrivent jamais sans raison. Il y a toujours une ou des
actions que nous, les habitants de la terre, aurions dû faire pour éviter ce
genre de choses, ou du moins pour les prévenir. Cependant, comme dans
bien d’autres cas, nous ne prenons conscience de ces actions que longtemps
après.
Agir ou réagir
Oui, nous réagissons ainsi. Nous prenons conscience d’un message au
moment où il explose. Nous lui offrons alors toute notre attention, lorsque
nous n’avons plus d’autres choix. Peut-être aurait-il mieux valu comprendre
avant qu’il arrive quoi que ce soit, comme certains l’avaient pourtant
suggéré ; mais, généralement, nous ne bougeons pas lorsqu’il n’y a pas
d’urgence. Nous sommes réactifs, tout comme l’est notre inconscient. Pour
atteindre la conscience d’une personne, un événement doit être majeur.
Si, pour que nous comprenions les messages de notre corps, nos cellules
doivent crier à tue-tête, nous devinons l’importance que doit prendre un
événement pour parvenir à ébranler une population entière et la pousser à
agir.
Le langage de la terre est en lien avec sa taille, avec sa durée de vie aussi
peut-être, tout comme l’est son évolution. Il aura fallu des milliards
d’années pour que se développe la croûte terrestre. La formation de
l’atmosphère et des océans a ensuite exigé autant de temps. L’oxygène
apparaît plus tard et participe à l’arrivée d’organismes vivants qui
bénéficient de la photosynthèse nécessaire à la croissance et à la
reproduction. Notre terre représente une force naturelle composée de toutes
sortes de vies, à l’intérieur comme à l’extérieur.
L’atome, semblable à la terre
Il est amusant de constater qu’en nous tout comme sur la terre les
organismes pullulent, à plus petite échelle évidemment. Et comme nous
sommes, en tant qu’humains, une partie de l’ensemble des organismes
vivant sur la planète, nous pouvons imaginer que, à l’intérieur d’une seule
de nos cellules épithéliales, un nombre incalculable de microorganismes
échangent eux aussi, à leur façon, sur la raison de leur existence. Peut-être
que pour eux le temps va beaucoup plus vite.
Les densités terrestres vont de la matière compactée, comme le roc, à la
fluidité de l’eau ou à la subtilité de certains gaz encore plus légers que l’air.
Au-delà de la croûte terrestre, on trouve les couches externes, son
enveloppe en fait. Comme dans le cas des états de conscience supérieurs
discutés précédemment, la science répertorie la présence de plusieurs
couches autour de la terre : l’atmosphère, la troposphère, la stratosphère, la
mésosphère, puis la thermosphère et l’exosphère dont les densités se
mesurent en kilomètres et en altitude. Encore une fois, l’analogie parle
d’elle-même puisque, en plus petit, on observe des informations identiques
en ce qui concerne la composition de l’atome.
Climat, température de surface, radiation, composantes gazeuses, tout
cela appartient assurément au vocabulaire spécialisé des géologues.
Pourtant, si nous passons une heure de trop en maillot sous un soleil
tropical, sans avoir appliqué de crème solaire, nous expérimentons les
mêmes données, mais d’une façon plus directe. Nous ne sommes pas
géologues pour autant !

Tout est relié


L’interdépendance est un principe universel. Tout est relié dans un même
système. La systémique se définit comme une approche holistique. Une
approche qui étudie non pas les composantes individuelles d’un système,
mais plutôt l’ensemble de ce qui le compose. La systémique existe depuis
toujours. Toujours il y a eu une certaine sagesse à comprendre. Une forme
de langage plus global qu’on utilise pour rassembler, une manière de voir
les choses de plus haut qui font de notre regard un regard plus enveloppant.
Nous devenons l’observateur observé.
C’est ce qui nous fait concevoir qu’un homme se découvre à la fois
comme un humain complet, une personnalité unique et une entité propre. Il
est un corps composé de la tête, du cou et des épaules, des bras, des mains
ainsi que de tous les petits détails qui le forment. Chacun de nous est une
enveloppe, un contenant rempli d’éléments vivants plus petits. Ces derniers
se divisent à leur tour, car en eux la vie se fragmente encore.
Nous sommes pareillement des éléments qui vivent dans un ensemble
plus grand. Notre terre fait partie d’un système de planètes qui gravitent à
l’intérieur d’une galaxie. De l’infiniment petit à l’infiniment grand, la
systémique demeure la même. Nous sommes toujours à la fois le plus petit
système comme le plus grand.
Un petit élément influe sur tout le système
Le livreur de journaux dépose l’hebdo chaque samedi. Il a 13 ans. Il est le
dernier de trois enfants d’une famille reconstituée. Il a de ce fait deux pères
mais une seule mère, car son père biologique vit seul. Ça lui fait aussi trois
grands-pères et autant de grands-mères. Il fréquente la polyvalente du
quartier, une école multiethnique qui accueille environ deux cent cinquante
élèves. Dans le réseau scolaire de la ville, c’est le seul établissement parmi
les treize qui enseigne plusieurs langues.
Ce samedi est pour lui le dernier jour où il livrera le journal. On lui a fait
part d’une anomalie congénitale au niveau d’un chromosome présent dans
son ADN. Cela a pour conséquence la prise d’un médicament nouveau et,
pour l’heure, son médecin lui recommande du repos.
Cette anecdote met en lumière la relation qu’un seul élément peut
entretenir avec les autres. Dans tous les systèmes dont il est un élément, le
petit livreur a une influence. D’abord, personne ne recevra plus le journal à
la même heure. Ensuite, lorsqu’il cessera de fréquenter l’école, le nombre
d’élèves changera. Cela pourrait avoir un impact positif ou négatif sur
l’enseignement offert, car si, par exemple, le cours d’espagnol demande un
minimum de quinze étudiants et qu’il y en a maintenant quatorze, il risque
d’être retiré de l’horaire.
Et ainsi de suite, notre petit élément produit un effet domino sur tous les
éléments qui composent les systèmes autour de lui. Comme une goutte de
colorant à l’intérieur d’un verre d’eau, il influence non seulement l’espace
qu’il occupe en tant qu’enfant de ses parents, que frère par rapport à ses
sœurs et qu’étudiants en lien avec l’école, mais tout cela à la fois. Sous
forme de goutte dans l’eau, le colorant influence la totalité du liquide.
Il y a toujours plus grand et plus petit que soi en même temps ; et tout
cela se multiplie à l’infini, dans un sens comme dans l’autre. Jusqu’ici la
science n’est pas parvenue à mesurer l’étendue de la Conscience. Il faut
comprendre que dans cette notion d’infinité il n’y a pas de sens. Le système
se conçoit de lui-même, n’a ni début ni fin. Une seule chose reste présente,
et c’est elle qui unit entre eux tous les systèmes. C’est cette conscience
d’être, cette chose qu’on nomme le vivant et qui fait de toutes choses une
seule et même chose.
L’interrelation de la vie unit les êtres dans un même esprit. Pour la vie, il
n’y a pas de contenant ni de système ; il n’y a que l’essence, que ça. Cela
nous amène à une compréhension qui assemble au lieu de séparer. Là où la
somme de toutes les parties forme un même tout.
Lorsque nous prenons conscience que nous sommes tous reliés dans un
même esprit, nous développons un sens différent de la notion de
responsabilité. À l’égard de nous-mêmes, bien sûr, mais aussi à l’égard du
bien-être des autres.
L’histoire du pamplemousse
Ce matin, j’ai coupé un pamplemousse en deux pour m’en servir une
moitié. À première vue, c’est un simple pamplemousse parmi ceux que j’ai
achetés lors de mon épicerie hebdomadaire. Je le mange sans autres pensées
que celle de me nourrir d’un aliment que j’aime, et c’est bien correct.
Surtout que, compte tenu de la qualité de l’alimentation dont les médias
font la promotion, cela s’avère un excellent choix.
Pourtant, cette pensée me ramène à moi uniquement. Comme si, grâce à
ce bon choix, mon alimentation et ma santé s’en trouvaient améliorées.
Selon mon cheminement de pensée, j’ai raison ; mais quelque chose en moi
sait bien que ce pamplemousse n’est pas arrivé dans mon assiette comme
par magie. Mentalement, je peux retourner au tout début du processus.
J’imagine les gens, sans savoir nécessairement qui ils sont, qui ont
d’abord labouré la terre pour la préparer à accueillir la graine de l’arbre.
Puis je pense à ceux qui ont planté cette graine pour plus tard en prendre
soin, et à d’autres aussi qui ont ensuite rassemblé les éléments utiles à la
croissance du fruit, comme l’eau lors des périodes plus sèches ou encore les
nutriments pour engraisser la terre selon ses besoins, sans oublier les divers
produits dont on a arrosé le sol, selon les saisons.
Ensuite, j’imagine les producteurs qui ont embauché des employés pour
voir à la récolte des fruits, à l’emballage et au transport. Des caisses
remplies ont traversé les pays d’ouest en est et du sud au nord pour être
achetées et distribuées dans divers centres d’alimentation. On a inspecté,
choisi et classé les fruits par catégories, puis on les a placés sur les tablettes,
pour ne nommer que ces actions. Plusieurs personnes les ont faites. Mon
pamplemousse a vécu un nombre de manipulations si incroyable qu’il paraît
difficile de pouvoir les imaginer toutes. Ce fruit a interagi directement avec
nombre de gens. S’il pouvait raconter son histoire de vie, de combien de
personnes impliquées au total nous parlerait-il ?
Dans mon petit univers, qui se limite au pamplemousse que j’ai coupé et
placé dans mon assiette, je pense à moi. Je pense à me nourrir avant d’aller
faire mes activités. Je ne pense pas à tous ces gens qui ont fait chacun leur
part pour que le fruit arrive jusqu’à moi, ni à ceux qui permettent que tous
les jours, sur ma table, il y ait de la nourriture.
J’ai payé le produit et pour moi, cela suffit. Je ne pense pas aux gens qui
ont fabriqué la tasse dans laquelle je bois mon café ou la table sur laquelle
je mange, ni au constructeur de ma maison. Je pense au produit fini que je
consomme. Je pense que tout ce qui existe sur terre me revient, en
définitive, parce que j’ai payé.
Notre propre bien-être n’existe pas sans celui des autres. Si, dans la
chaîne que j’ai décrite, un élément fait défaut ou se brise, c’est la chaîne
complète qui s’interrompt. Le résultat influence toujours mon choix et, au
bout du compte, tous les résultats s’influencent. Ainsi, toutes les choses
s’influencent partout. Toutes les personnes, tous les organismes vivants
participent à notre bonheur, d’une façon ou d’une autre.
Sans le savoir, sans se connaître, à des kilomètres de distance, ces
personnes ont chacune un apport unique et majeur dans notre vie, de près
ou de loin. Également, nous influons certainement nous aussi sur la vie de
nombreuses gens, même en restant chez nous. Que ce soit nous, le notaire
ou le producteur maraîcher, nul n’est moins important dans l’harmonie d’un
système, nul n’est plus apprécié qu’un autre. Tout un chacun a sa juste
place.
Dans la même vision, on imagine que souhaiter le bien-être ou la santé à
celui qui sème la graine consiste somme toute à accomplir notre bonheur
propre. Car c’est encore nous qui profiterons de la récolte.
L’interrelation existe plus haut
Dans le plan physique, celui de la matière, nous n’avons pas d’interrelation
directe avec les gens qui habitent à des kilomètres de nous. Cet homme qui
a planté la graine de pamplemousse, nous avons peu de chances de le
croiser en réalité au cours de notre vie. Pourtant, il est là. Il a procédé à la
mise en terre de la semence de l’arbre qui a produit ce que nous mangeons
aujourd’hui. Il fait donc partie de notre vie à travers le pamplemousse. Sans
lui, voilà qu’il serait impossible d’avoir accès au même produit. Nous
pourrions avoir son équivalent, mais jamais la même chose. Bénissons son
action.
Les relations virtuelles, les courriels et la messagerie texte ressemblent à
l’interrelation entre le semeur de pamplemoussiers et nous. Cette relation se
vit au niveau de la pensée, du dialogue intérieur et de l’intuition, parfois.
Cela se passe sur un plan différent peut-être, et malgré les distances, les
gens communiquent et échangent ensemble ce qui les identifie. Nous
pouvons maintenant avoir des amis de tous les pays du monde sans faire
d’efforts. Un simple clic, et nos vies se rapprochent.
Virtuellement parlant, nous n’avons peut-être pas de relation physique
directe. Par contre, nous savons tous qu’un rapport existe. C’est indéniable.
Partant d’une photo, nous nous construisons des images mentales :
J’imagine l’autre comme ceci ; j’imagine sa voix, ses gestes, son rire, son
sourire. Parce qu’il utilise les mêmes mots que nous, qu’il a les mêmes
pensées, nous avons automatiquement des affinités et, de fil en aiguille, les
symboles nous identifient : Moi, j’écoute telle musique, je fais ce genre
d’activités, je corresponds à ce type de caractéristiques.
Inlassablement, nous comparons l’autre, là où il se situe, par rapport à
nous. Ce qui est pareil à nous et ce qui est différent de nous. Puis, dans
notre tête, nous imaginons comment est la personne selon ce que nous en
avons interprété. Cela reste une interprétation très personnelle, bien sûr, une
perception très limitée de ce qu’est la réalité. Pourtant, quoi qu’on dise,
quelque chose semble vrai dans tout cela, et ce quelque chose, finalement,
c’est nous-mêmes.
L’interrelation prend vie dans notre esprit et prend fin de la même
manière. Comme si nous avions imaginé cet ami. Un ami imaginaire en
somme. Peut-être avons-nous aussi joué ce rôle à notre tour. Peut-être
avons-nous été l’ami imaginé de l’autre. Tout est possible.
Ce qui importe, c’est que l’interrelation se manifeste pareillement dans
toutes les directions, dans toutes les réalités. Dans la réalité de l’homme qui
fait son travail et manipule le pamplemousse tout comme dans la réalité de
celui dont nous recevons l’invitation à nous connecter. Tous les deux sont
des êtres physiques, tous les deux sont réels et vivent dans une réalité
distincte. Une réalité qui se situe ailleurs.
Perceptions physiques et impressions
Quand nous sommes physiquement entourés d’amis, de gens, nous savons
comment nous comporter, comment interagir avec les autres. Nous
connaissons ce genre de lien, c’est facile. La communication est directe,
franche. Nous conversons de vive voix, nous échangeons une poignée de
main, une accolade, nous rions ensemble. Nous ne nous demandons pas à
quoi l’autre fait référence lorsqu’il parle de la grandeur de ses mains : on les
voit. Ni si c’est vrai qu’il est blond naturel ou teint. Les autres sont en lien
direct avec nous.
Dans le virtuel, ce n’est pas pareil. Quand nous entretenons une
conversation avec un ami, nous dialoguons dans notre tête en recevant des
mots sur un écran. C’est notre propre voix que nous entendons, pas celle de
l’autre. Savons-nous à quel point nos pensées, nos paroles, nos actions
influent sur nous-mêmes beaucoup plus que sur la personne qui clavarde
avec nous à l’autre bout de la terre ? Elle aussi dialogue avec elle-même.
Elle se pose des questions et y répond. Sur les milliards de gens qui
conversent virtuellement autour de nous, sur les milliards de cellules qui
vivent en nous. De l’intérieur comme de l’extérieur, les relations subissent
un certain pouvoir d’attraction.
Pour attirer, il faut s’ouvrir
L’interdépendance signifie que je dépends de toi en quelque sorte. Je
dépends de ce qui est autre que moi. Ma santé dépend de l’équilibre
planétaire et de l’air que je respire. Que cet air soit respirable dépend de
l’ensemble des habitants de la terre. Ma santé dépend aussi de ce qui
constitue organiquement mon corps physique, des aliments que je
consomme, du mode de vie que je choisis et qui m’amène à interagir avec
plein de gens, de mon environnement immédiat, de ceux que j’aime et de
ceux que je n’aime pas.
Ma santé dépend d’une gamme étendue d’individus. De la même
manière, nous dépendons tous les uns des autres. Tout ce que je consomme
ou utilise, finalement, je le dois à d’autres.
Si j’aspire à un quelconque bonheur, cela semble absurde de fonctionner
comme si mon bonheur était individuel. Tant que j’entretiens des pensées
individuelles, je me sépare des autres. Je suis dans une position
égocentrique, une position de fermeture. Je ferme mon rayon à
l’interrelation qui existe avec les autres. Lorsque je crois que je peux
dépendre uniquement de moi-même, ce que j’attire à moi n’est rien de plus
que moi-même, et je me sens alors très seul.
J’ai connu un millionnaire un peu grippe-sou qui calculait tout ce qu’il
dépensait autrement que pour lui-même. Il thésaurisait constamment. Il
avait tellement peur d‘être manipulé pour son argent qu’il ne fréquentait
jamais personne. Il n’avait pas d’amis proches et ses rapports avec les
autres se résumaient à des relations d’affaires très strictes mais très
lucratives. Il dormait avec la clé de son coffre sous l’oreiller et durant la
majeure partie de ses nuits, il ne dormait pas. Il est mort seul et son argent a
été redistribué au gré des compagnies qu’il gérait.
L’humanité souffre des méfaits de ce genre d’attitude fermée où l’ego
nous conduit à utiliser les autres pour notre propre bien-être. J’ai mentionné
l’anecdote du millionnaire, mais l’argent n’a rien à voir avec ce qui cause
ces malfaisances. Le bonheur ne s’acquiert tout simplement pas au
détriment des autres. Que ce soit le fils qui abuse de la bonne volonté de sa
mère ou la jeune femme qui utilise ses amies pour se donner plus
d’importance, les actes que nous faisons pour nourrir notre ego nous
éloignent de cet état de complétude. Notre ego nous sépare de ce que nous
sommes véritablement. Plus nous le nourrissons, plus nous nous isolons à
l’intérieur de nos propres murs.

Nous sommes tous le même être


Au plus haut niveau de notre être, nous sommes un. Dans l’esprit, dans la
pensée, les relations se rejoignent. Tous ces gens qui ont participé à la
croissance du pamplemousse ont assurément un point en commun. Tous se
rejoignent en conscience, car consciemment ils ont fait une action dans le
temps qui a permis ce résultat précis. La conscience les a réunis et l’action a
créé le fruit. L’action commune.
L’action isolée de chaque homme est comme une graine que l’on garde
dans sa main. Jamais elle ne germera si on ne lui offre pas tous les éléments
nécessaires à sa croissance. Si nous mettons cette semence en terre en
l’absence d’eau ou de soleil, nous savons que jamais nous n’obtiendrons un
résultat optimal. Nous avons besoin de l’apport de chacun pour en arriver à
la pleine transformation de la graine en fruit. L’absence de n’importe quel
élément influencera la chaîne et altérera indubitablement le résultat. De
même, nous ne pouvons réaliser notre plein potentiel en tant qu’humains
que si tous les éléments sont présents pour nous.
En conséquence, si nous aspirons à être heureux, nous devons savoir que
ce que nous faisons aux autres, nous le faisons à nous-mêmes. Peut-être pas
de façon directe mais globalement, quand je ne prends pas soin de l’autre,
quand je le rejette, quand je le hais, c’est moi que je rejette et c’est moi que
je hais. À l’inverse, quand je prends soin de toi, c’est aussi de moi dont je
prends soin puisqu’en conscience nous sommes tous unis.
Je ne fais pas aux autres ce que je ne veux pas qu’on me fasse, et je fais à
l’autre ce que je veux qu’on me fasse. Je souhaite le bonheur autour de moi
lorsque je désire être heureux. Je respecte l’autre comme je veux être
respecté. Je reçois mes amis de la manière dont je veux être reçu. J’aime
comme je veux être aimé, dans l’exacte mesure où je m’aime, moi.
La vie ressemble à cela : on récolte ce que l’on sème. Si nous semons la
terreur par notre agressivité, nous récoltons la terreur, car notre monde est à
l’image de la peur. Si nous volons, nous craignons d’être volés en retour. Si
nous appréhendons des catastrophes dans l’avenir, l’avenir viendra à nous
de la façon dont nous l’avons appréhendé. Si nous semons une graine
d’orange, ne soyons pas surpris de récolter des oranges. Une semence
d’orange produit des oranges, et un grain de riz produit du riz.
La bonté, la bienveillance, la paix et l’harmonie sont des dénominateurs
communs d’une santé globale épanouie. Nous aspirons à la santé holistique
sur la terre, alors pratiquons la bienveillance envers les autres. Il est faux de
penser que, seuls, nous ne pouvons pas participer à cette santé. Comme la
goutte de colorant qui altère tout le verre d’eau, nous pouvons nous
transformer nous aussi. Nous influençons ainsi notre environnement
immédiat pour qu’à son tour il influence d’autres environnements. Tout se
propage très rapidement.

Quand je prends soin de moi...


Ce que j’entends autour de moi, ce sont les gens qui réclament l’amour
qu’ils n’ont pas reçu. Ils ne l’ont pas eu et ils ne savent pas non plus
comment le donner. Et c’est explicable, car les quelques fois où l’amour
s’est présenté chez eux, il a été mis à la porte. On ne l’a pas reconnu.
On ne naît pas avec la connaissance absolue. Elle est là, mais nous
devons au minimum nous ouvrir à elle. Comme la graine en terre qui a
poussé sans soins, les gens sont laissés à eux-mêmes. On a oublié le plant
en plein soleil des journées entières, puis on l’a abandonné lors de grandes
pluies. Il a vécu tantôt la sécheresse, tantôt le froid, par manque de temps,
par manque d’amour. Il a tout de même poussé jusqu’à sa pleine maturité,
mais c’est sans compter toute la misère qu’il a vécue, tout le mal qu’il s’est
donné pour en arriver là.
La vie est un éternel apprentissage
Oui, nous apprenons. Toute notre vie, nous apprenons. Les leçons sont
parfois difficiles. Apprendre comment aimer – comment s’aimer soi-même
avant tout – représente déjà le travail de toute une vie. À travers cet amour
de soi, nous apprenons comment aimer les autres. De cette manière, nous
pouvons découvrir un tas de choses : comment être bienveillants avec nous-
mêmes, comment être attentionnés envers nos propres besoins, comment les
reconnaître.
L’apprentissage de la bienveillance nous montre quelle bienveillance
adopter envers les autres, et l’apprentissage de l’attention celle qu’il nous
faut leur porter. Nous pouvons apprendre tout ce que nous souhaitons vivre
intérieurement en commençant à l’appliquer à nous-mêmes. En ce sens, si
je m’aime, je deviens apte à aimer l’autre. Si je me respecte, j’ai la
connaissance de ce qu’est le respect et suis mieux placé pour respecter les
autres. En revanche, si je ne m’aime pas, pourquoi espérerais-je qu’un autre
m’aime à ma place ? Si je ne me respecte pas, pourquoi est-ce que je
m’attends à ce qu’on me le fasse en retour ?
Lorsque je ne me donne pas ce dont j’ai besoin, je m’abandonne moi
aussi, et je deviens la responsabilité des autres. Comme si, symboliquement
parlant, je retenais mon souffle pour empêcher toute vie de passer, et que je
demeurais ainsi jusqu’à ce qu’on me dise : « Hé ! vas-y, respire ! » Combien
de temps est-ce que je peux rester comme ça, sans air ? Assez longtemps, je
dirais, pour certains. Trop longtemps probablement. Malgré ce constat, ce
n’est qu’au moment où nous choisissons de cesser le blocage de notre
respiration que l’ouverture se crée pour permettre à l’air de passer à
nouveau.
La conscience de soi
La part de responsabilité de chacun dans la conscience est d’être conscient
de soi. De soi d’abord et avant tout. Cependant, nous prenons soin de nous-
mêmes dans un esprit qui nous unit aux autres. Parce qu’aimer ne veut pas
dire que nous faisons cette action au détriment de qui que ce soit. Nous
l’apprenons dans le dessein de rayonner, d’influencer peut-être
l’environnement de l’autre afin qu’il rayonne à son tour.
Quand nous apprenons à nous aimer, nous savons de quoi il en retourne.
Nous découvrons comment grâce à l’apport des autres dans notre vie. Si
personne n’interagit avec nous, comment pouvons-nous simplement donner
un sens au mot « amour » ?
Seuls à l’intérieur de notre petite bulle, nous n’apprenons rien d’autre
que ce qu’on nous inculque à l’école ou dans les livres. Or, pour un même
sujet, il y a autant de différences qu’il y a d’auteurs. Qui peut enseigner
l’amour en écrivant un livre ? L’expérience est toujours propre à chacun.
Nous apprenons réellement les choses lorsque nous les vivons de l’intérieur.
Voilà pourquoi nous ne sommes responsables que de nous-mêmes. Il n’y
a que par nous que l’apprentissage se fait. Nous sommes responsables de
donner l’exemple et de devenir des professeurs de vie pour les autres. Dans
ce que nous faisons de mieux, il y a toujours quelqu’un de prêt à apprendre.
Nous inspirons les autres à évoluer pour qu’à leur tour ils en inspirent
d’autres. Mais pour cela, nous avons la responsabilité de devenir cette
inspiration en premier. Nous devons nous convaincre nous-mêmes. Tout
part de soi.

Donner et recevoir
Comment faire pour que notre rayonnement inspire l’autre ? Comme dans
n’importe quoi, il y a des étapes. Des étapes qui vont de la reconnaissance
du moi qui habite le corps à l’accomplissement de ce moi à travers le corps.
Nous avons tous la connaissance d’avoir deux pieds ou deux yeux. Ce sont
des parties qui nous constituent. Notre pied ou notre œil isolément, ce n’est
pas nous. Nous sommes l’ensemble de toutes ces parties réunies, pas
seulement l’une d’elles. Mais nous sommes aussi plus que cela.
Habiter son corps
Dans ce corps qui est le nôtre, il est bon de savoir ce que représente la
notion d’habitation. En tant qu’humains, nous n’avons pas encore
développé l’habileté nécessaire pour effectuer des transferts de corps afin
d’en essayer d’autres, comme le font les guerriers de La porte des étoiles.
Notre corps nous véhicule, cependant il n’est pas une voiture que nous
échangeons quand l’usure nous indique de le faire. Non, nous n’en avons
qu’un seul. C’est le nôtre et c’est à nous d’en prendre soin.
Pour les autres, nous ne pouvons qu’imaginer. Nous imaginons ce qu’est
pour l’autre de vivre dans son corps en nous basant sur nos expériences
personnelles. Toutefois, cela reste toujours du domaine des impressions.
Rien ne peut être jugé qui ne nous appartienne déjà. Le reste n’est
qu’analyses, suppositions, comparaisons.
C’est pourquoi il est bon d’ouvrir notre conscience au-delà de notre
simple perception individuelle et de nous intéresser aux autres dans leur
modèle du monde, dans leur réalité apparente, car eux aussi vivent à
l’intérieur d’un corps. Il s’agit d’enveloppes semblables à la nôtre à
première vue, mais pourtant elles sont toutes très différentes de par leur
contenu.
Ce moi qui vit à l’intérieur représente notre part de conscience. Notre
conscience d’être ce que nous sommes. Je suis un homme, je suis peintre, je
suis en santé, je suis propriétaire. Je suis tout ça par rapport à d’autres
choses. Par rapport à l’autre, donc, ma conscience d’être demeure ce que je
suis par rapport à ce que tu es. Maintenant, par rapport à nous-mêmes,
quelle est cette conscience d’être exactement ?
Si nous ne sommes jamais en rapport avec les autres, la définition de
notre conscience d’être nous ramène alors immédiatement à l’intérieur du
corps. Je suis ici, je suis bien, je suis heureux, maintenant. Nous ne sommes
pas heureux par rapport à quelqu’un d’autre, car cela impliquerait que nous
ayons des biens ou des acquis en plus ou en moins. Ce raisonnement nous
situe, en tant qu’êtres, dans une dimension beaucoup plus matérielle, une
dimension à l’extérieur du soi.
L’expérience de l’ici et du maintenant, quant à elle, nous ramène
immédiatement dans cette conscience d’être dedans notre corps. Elle nous
fait en même temps oublier que nous sommes chez nous. C’est naturel, et
tout ce qui est naturel est notre nature propre. À l’intérieur, là où je me sens
bien, j’expérimente un bien-être qui m’est propre. C’est moi. J’expérimente
aussi un vaste espace où je prends conscience de moi, et des autres. Dans
cet endroit où je pensais me sentir le plus seul, voilà que je me sens le plus
accompagné. Ici, dans mes rapports avec les autres, l’énergie passe plus
librement.
Notre conscience d’être évolue selon que nous gardons l’esprit ouvert.
Ouvert à la présence des autres dans notre même champ d’énergie. Ouvert à
comprendre que ce que nous savons se limite à notre seule expertise, à nos
uniques expériences et à ce qui est bon pour nous. Ouvert à pressentir que
les autres ont aussi leurs analyses propres, leurs expériences et l’idée de ce
qu’est le bien-être pour eux.
Même si nous ne pouvons jamais échanger notre corps, nous pouvons par
contre deviner que nos amis expérimentent eux aussi les mêmes rapports,
mais selon une façon qui leur est propre. Sans ce regard, nous restons
cloîtrés dans une enceinte, loin du monde qui nous entoure.
L’exploration des réalités
Heureusement, l’évolution nous pousse toujours à regarder un peu plus loin.
Si notre esprit explore et découvre la réalité des autres – comment leur
réalité s’avère intéressante pour eux, par rapport à eux évidemment – juste
pour le plaisir d’un apprentissage nouveau, nous avons bien des chances de
préserver notre santé mentale durant longtemps.
Et de fil en aiguille, curieusement, ce que nous découvrons nous attire, et
rien ne dit que nous ne voudrons pas un jour l’intégrer dans notre quotidien.
Éloignons-nous du jugement. Il est aisé de médire sur la façon dont vivent
les gens, ou de la critiquer. Nous jugeons toujours sans connaître, car jamais
nous ne pourrons savoir d’une façon exacte ce que c’est que de vivre dans
cette réalité-là. Nous avons peine parfois à décrire de quoi est faite la nôtre,
alors épargnons les autres de notre jugement.
Dans mon quotidien, je rencontre tellement de gens qui n’habitent tout
simplement pas leur corps ! Ceux-ci préfèrent vivre dans des
représentations mentales qu’ils se font de leur vie ou d’eux-mêmes. Il y a
une différence notoire entre le fait de créer sa vie en modifiant
volontairement ses pensées – comme dans le processus des idées qui créent
que nous verrons plus loin – et celui d’habiter dans un ailleurs incertain.
Dans le premier cas, il est question de discipline mentale et de maturité
face à soi-même ; quant au second cas, il fait allusion à une mauvaise façon
de se percevoir soi-même. On se perçoit au travers des rêves qui demeurent
à l’état de rêves et qui sont utilisés comme autant d’échappatoires à la
réalité que sont les excès en tout genre.
On ne se connaît pas
Les gens vivent donc à l’extérieur d’eux-mêmes, pour la plupart, dans un
monde imaginaire, dans les rêves et les espoirs. D’autres sont perdus dans
le tourbillon du temps. Ils courent tellement qu’ils ont presque oublié de
vivre ; ceux-là, jamais on ne les rattrape. Plusieurs autres ne rêvent plus. Ils
n’ont presque plus d’espoir. C’est alors qu’on les regarde s’engourdir
mentalement dans l’alcool, la drogue ou d’autres types d’abus.
Tranquillement, ils descendent dans un espace en eux beaucoup plus
sombre, et c’est triste. La raison en est bien simple : être dans le corps est
trop douloureux, ça fait mal.
Rappelons-nous qu’au départ nous sommes arrivés ici avec une
perfection d’être, une pureté, une volonté d’amour ; avec les vertus et les
qualités profondes de notre être comme bagage et l’innocence d’un
nouveau-né, un idéal à atteindre. Nous avons cheminé, appris, selon le
modèle des autres. Nous avons vécu selon leurs attentes, leurs jugements,
leurs croyances.
Puis nous nous sommes jugés nous-mêmes. Nous avons pris le relais du
parent critique et joué son rôle à l’égard de nous-mêmes. Nous l’avons
incarné chaque fois que nous n’arrivions pas à atteindre les idéaux des
autres. Nous avons pris nos responsabilités envers ces protagonistes en
jouant toutes sortes de rôles que l’on s’attendait à nous voir endosser ; ceux
d’enfants, d’adolescents, de jeunes adultes face à l’avenir ; ceux que la
société, la moralité ou la religion nous dictaient de remplir, jusqu’à ne plus
nous reconnaître parmi tous ces personnages. La majorité d’entre nous
n’avons pas écouté ce précieux conseiller intérieur lorsqu’il nous parlait de
notre propre chemin. Au-delà des signes, nous tentions par tous les moyens
d’atteindre les idéaux que les gens avaient pour nous. Peut-être était-ce
difficile à concevoir pour certains. Sans que nous prenions réellement le
temps d’établir si ces idéaux respectaient les fondements de notre être, « Tu
es ceci, tu es cela ; comme lui, comme elle. Nous, on te connaît, pas toi »
sont des phrases auxquelles nous avons cru.
Métaphoriquement, nous avons dépensé ainsi temps et énergie à essayer
de faire entrer un triangle dans une forme carrée, à faire un métier qui ne
nous convenait pas, à marier le meilleur choix de nos amis. Et, à la suite de
ces vains efforts, on nous a dit que nous ne nous conformions toujours pas
aux exigences.
Imaginons le choc quand on entend ces mots après tant de luttes. Nous
nous sommes pendant des années culpabilisés, diminués ; nous avons été
déçus de nos échecs répétés. Nous l’avons cru jusqu’à ce que quelqu’un,
quelque part, se rende compte que nous étions un formidable rond après
tout, un rond tout rond, et que notre place parfaite n’était pas ici, avec les
rectangles et les carrés, mais plutôt là-bas, avec d’autres beaux ronds pareils
à nous. C’est pathétique, mais combien remarquable dans notre vie actuelle.
En quoi est-ce si demandant de reconnaître notre véritable nature ? C’est
dommage que nous ayons besoin des autres pour le faire.
Sans les autres, jamais une telle confusion, une telle erreur
n’arriverait. C’est certain. Il ne faut pas s’en vouloir, ni à soi ni à personne
en fait, mais il ne faut pas se leurrer non plus. Les quelques fois où nous
avons l’impression que les autres en savent plus sur nous que nous-mêmes
sont celles où la confiance s’est absentée. L’erreur, c’est nous qui la
commettons, et nous le faisons en toute connaissance de cause. Par
exemple, lorsque nous choisissons de rester dans cet emploi qui ne convient
pas, car les avantages sociaux sont importants ; quand nous demeurons avec
ce conjoint que nous n’aimons plus, car son apport financier représente la
moitié des paiements. Nous abandonnons nos rêves pour ne pas bousculer
la vie des autres de peur d’être abandonnés.
Il ne faut pas non plus en vouloir à quiconque, ni aux parents ni aux gens
qui sont intervenus dans nos vies pour nous venir en aide, car chacun fait de
son mieux. Les réalités divergent. Comprenons toutefois que chaque fois
que nous avons négligé nos messages pour écouter ceux des autres, nous
nous sommes trahis un peu nous-mêmes. Nous avons créé l’éloignement
avec notre moi profond.
Un caillou dans ma chaussure
Pour qu’une personne s’ouvre à ce moi profond, elle doit avoir habité son
corps ; et pour ce faire, elle doit s’aimer complètement. Quand on vit
dedans, on peut décrire comment c’est, comme on décrit sa maison, ses
chaussures. Or, si mes chaussures sont pleines de cailloux, je ne veux tout
simplement pas les porter. Même si je sais que c’est l’unique paire que
j’aurai dans ma vie. Elles sont inconfortables, elles me blessent lorsque je
les mets dans mes pieds. J’ai envie de les jeter par-dessus bord ou de les
échanger. Je ne le peux pas, toutefois.
Tout comme mon corps, ces chaussures représentent le moyen par lequel
je me véhicule d’un point à un autre. Il n’y en a pas d’autres pour moi. Ou
bien je saute dedans, ou bien je fais sans et je demeure sur place. Je me
retrouve alors avec l’impression de marcher à côté de ma vie.
Le corps est lui aussi rempli de cailloux qui obstruent la circulation de la
vie. Ces interférences se sont accumulées au cours de notre histoire,
d’événement en événement, si bien qu’à un moment donné certains ne
veulent tout simplement plus être dedans. Comme pour les chaussures, ces
personnes préfèrent s’arrêter et ne plus évoluer plutôt que de souffrir
encore.
L’ouverture, comme première étape, nous fait prendre conscience du
nombre de cailloux présents dans nos souliers. Souvent inattendue, cette
nouvelle nous bouleverse. Comment une telle situation peut-elle se produire
sans qu’on se rende compte de rien ?
Nous sommes à un carrefour où la crainte n’a plus sa raison d’être. Soit
nous tournons le dos à ce que nous sommes, soit nous y faisons face. Au
diable les regrets ! Prenons le temps de nous rencontrer véritablement.
Personne n’a dit que nous avions à transporter ces cailloux toute la vie.
Alors, consolons-nous, car peut-être est-ce notre chance de laisser aller
plusieurs vieilles choses en signe de notre conscience qui s’éveille.

Tout part de soi


Tout cheminement personnel effectué dans cette perspective indique que
l’on fait un premier pas vers soi. On se fait le cadeau à soi-même. C’est une
drôle d’image, mais ça veut dire en quelque sorte que nous prenons un
moment de pause pour visiter le moi qui se manifeste à l’intérieur du corps.
Nous connaissons déjà certaines parties de son histoire, car il s’agit de
nous en fait. Pourtant, bien d’autres bouts nous échappent, et c’est par eux
que nous parviendrons à nous connaître davantage, plus entièrement. Peut-
être qu’au début nous irons vers les autres pour recevoir de l’aide. Divers
moyens existent pour cela. Des moyens qui nous permettent de nettoyer
l’intérieur, d’enlever les interférences qui font que la vie se passe un peu
moins bien.
Faire le ménage
Il peut s’agir de thérapies brèves ou d’autres approches ; toutes sont autant
de moyens pour parvenir à une fin. L’important, c’est que plus tard nous
serons à même de le faire avec beaucoup plus d’autonomie. Nettoyer
permet de créer plus d’espace à l’intérieur et de l’organiser différemment
pour nous préparer à recevoir.
Lorsque nous faisons le ménage de la maison avant l’arrivée de parents
ou d’amis, nous préparons la place pour faire en sorte qu’ils puissent
d’abord entrer, puis s’installer du mieux qu’ils peuvent. Si notre demeure
ressemble à un fouillis, les invités ne se sentent pas les bienvenus. Ils sont
mal à l’aise, gênés, et ça nous gêne nous aussi. Si des caisses de détritus
jonchent le sol, les chances sont que les visiteurs restent sur le perron à
regarder brièvement ce qu’il y a à l’intérieur, avant de rebrousser chemin.
Il en est de même pour notre maison intérieure. Certaines personnes ne
savent pas qui est l’hôte de leur propre maison – il y a de quoi se poser des
questions. D’autres, lorsqu’on leur parle d’elles-mêmes, ont comme
première réaction le désintéressement, voire la fuite. Elles répondent :
« Ah ! moi, ce n’est pas important. Je ne désire pas me connaître. » C’est
comme si, avant même de nous avoir donné leur adresse, elles s’étaient
sauvées à toutes jambes. D’autres encore se cachent derrière un masque. Ce
qu’elles font et ce qu’elles disent ne semble pas concorder. Comme si elles
nous décrivaient la maison de quelqu’un d’autre.
Dans toutes les situations, ces interférences que nous gardons en nous-
mêmes, volontairement ou non, bloquent notre vitalité. La vie doit circuler
librement en nous. Pour être en harmonie, il est préférable de vivre et
d’évoluer dans une maison libre, à aire ouverte. Si certains se plaignent
d’avoir passé leur vie à faire le ménage dans les maisons voisines et à se
fendre en quatre pour répondre aux besoins des autres en oubliant les leurs,
alors ce n’est pas dans un esprit d’union. Aider les autres est louable, bien
entendu, mais jamais au détriment de qui que ce soit, incluant nous-mêmes.
Pour aider adéquatement les autres, nous devons préalablement prendre
soin de nous aider nous-mêmes.
Être bien chez soi
C’est une chose qui arrive fréquemment : les gens connaissent mieux la
maison des autres que leur propre maison. Et la raison en est simple : ce
n’est pas agréable, cette histoire de grand ménage. Qui aime ça ? Pour être
honnête, c’est peu attirant, c’est vrai. Ça demande un effort.
Pourtant, lorsque le ménage est terminé, on se sent bien chez soi. On se
sent tellement bien, en fait, qu’on le crie à qui veut bien l’entendre. Par ce
nouveau bien-être retrouvé, nous rayonnons comme un lever de soleil, et ce
rayonnement attire les autres comme si nous semions le bien-être et la
vitalité partout autour de nous. C’est alors que nous commençons à nous
donner aux autres.
Nous donnons l’amour que nous nous sommes d’abord donné. Nous
donnons l’attention, la reconnaissance que nous nous sommes d’abord
données. Nous donnons de notre temps, parce que nous savons combien le
temps est bon. C’est fabuleux de se donner du temps. Nous donnons
l’exemple, en fait. Pareillement, nous donnons le goût aux autres d’agir
avec le même intérêt envers eux, la même intention, la même attention. Plus
nous invitons les autres à aspirer au même bien-être, plus ces derniers
deviennent à leur tour rayonnants. Et ce rayonnement, on s’en doute, nous
revient. Nous recevons de ce que nous avons donné.
Le « donner et recevoir » est une formule magique. Tout part de soi, et de
là, tout revient comme un boomerang. Quand je prends soin de mon propre
jardin, je sème les fleurs que je préfère, les fruits que j’aime. Je le soigne, je
le nourris, je l’aime. Je le désherbe avec minutie et après je m’y promène.
J’admire la beauté des fleurs, je sens les parfums, je touche leur douceur. Je
mange les meilleurs fruits et je me laisse emplir de toutes ces splendeurs
parce que je suis bien dedans. Je me suis donné et je me reçois.

L’engagement, la discipline
Ce n’est pas en accordant la paix aux autres qu’on favorise la paix dans le
monde. En se disant qu’à rester peinard, seul de son côté, on ne dérange
personne. C’est plutôt en se l’offrant à soi-même. S’offrir ce cadeau
intérieurement, se souhaiter le bonheur ou la paix, parce que nous avons à
cœur notre propre bonheur ou notre paix, représente une bonne première
étape.
Un ami m’envoie une invitation à participer à une méditation de groupe,
une méditation planétaire pour la paix. Tous les gens de la terre méditeront
le 11 novembre 2011, à 11 h précises, écrit-il. Je le remercie poliment de
son invitation tout en lui répondant que, malheureusement, je ne pourrai pas
me joindre à eux. Cet ami s’en trouve alors très choqué ; il réitère sa
demande en me signifiant que ma réponse lui paraît très égoïste et que, peu
importe les raisons, c’est inconcevable. Je lui assure que la paix dans le
monde commence par soi, et lui suggère de prendre ce temps accordé à la
méditation pour retrouver la paix en lui.
C’est facile de regarder dans le jardin du voisin et de nous dire que nous
n’avons pas eu les mêmes chances, par exemple. C’est toujours plus beau.
« Celui-ci n’a pas vécu la même vie que moi, se plaint l’un. J’ai souffert et
lui non. Il est chanceux et je suis malchanceux. » « Quand c’est mon tour, il
ne reste jamais rien, dit l’autre. Il n’est pas passé par où je suis passé. Ma
vie est un enfer. » Et de fil en aiguille, la liste des revendications est longue.
Nous savons que personne n’est venu ici sur terre pour cohabiter avec le
mal, ni pour souffrir. Deux situations ne peuvent être évaluées l’une par
rapport à l’autre. Une existe dans la réalité d’un individu et autre chose
existe dans une autre. Peut-être y a-t-il un lien qui unit deux situations
discordantes, même quand elles sont vécues dans deux réalités séparées.
C’est possible, car les deux situations proviennent d’un état discordant chez
la personne qui avoue la subir.
Ce que nous vivons à l’intérieur se reflète à l’extérieur de nous, de nos
états internes à notre réalité externe. Par nos actions ou nos paroles, nous
façonnons le monde dans lequel nous vivons. Le temps que l’on perd à
regarder et à convoiter ce que possèdent les autres est un précieux temps
que l’on s’enlève à soi-même. L’herbe pousse alors dans notre jardin. Plus
elle pousse, moins on a envie d’y aller. Moins on a envie d’y aller, plus les
mauvaises herbes s’accumulent, et plus on croit qu’en définitive c’est
mieux ailleurs.
Il n’y a pas de possibilité d’être ailleurs. Du moins, pas tant et aussi
longtemps que le grand ménage n’est pas entièrement fait chez soi. Le
jardin qu’on n’entretient pas ne sera pas entretenu par les autres. C’est le
nôtre et il nous appartient. Nous en sommes responsables comme nous
sommes responsables de polluer les environnements autour lorsque nous
abandonnons toute action en ce sens. Il ne faut pas se surprendre de subir
des représailles.
Notre part de responsabilité
Nous sommes responsables uniquement de ce qui nous appartient, et de rien
d’autre. Cela peut sembler égoïste, voire égocentrique, et ça l’est. Être
centré sur soi-même et répondre à ses propres besoins est une attitude juste
que tous, nous avons à développer. Nos actions doivent être posées pour
nous-mêmes, avec amour.
S’aimer soi-même d’un amour véritable paraît simple, mais ça ne l’est
pas. La majorité des gens qui ont un problème de dépendance vous le
diront. Malgré la conscience qu’ils ont des méfaits qu’engendre leur
accoutumance, ils préfèrent continuer. On en entend certains se défendre en
parlant du tabac, que c’est leur seul défaut, qu’il faut bien mourir de
quelque chose. D’autres avouent aimer l’alcool plus qu’eux-mêmes, alors
qu’il les détruit.
La drogue et l’anorexie sont aussi des manières de mourir à petit feu.
Avoir un excès de poids est néfaste pour la santé. Encore là, nous avons
conscience d’agir à l’encontre de nous-mêmes, mais nous sommes
incapables de passer à côté d’un « stand à frites » sans dévorer une poutine
ou autre chose du même acabit. Toujours des actions faites dans un but
trompeur, celui d’obtenir un plaisir éphémère. Comme si nous savions déjà
quel était le prix à payer.
Or, l’amour véritable n’a pas de prix. Il part d’une intention de
bienveillance envers soi. Il se développe à partir d’un engagement profond.
Un engagement à collaborer consciemment à son propre bonheur, à sa
santé, à son succès, entre autres choses. Nos actions témoignent de cet
amour lorsqu’elles ont comme motivation profonde l’engagement que nous
avons pris envers nous-mêmes. Ces gestes bien dirigés qui nous font
grandir de l’intérieur. Ces gestes qui, à plus grande échelle, influencent les
environnements voisins et nous rapprochent de l’essence même de la vie.
Ainsi, si chacun de nous rend plus beau son jardin, alors partout où nous
marchons règne la beauté.
Cet engagement à s’aimer soi-même passe indubitablement par la
discipline. Une discipline de vie qui se définit sous un angle permissif, et
non pas comme l’encadrement restrictif que l’on connaît. Ce que nous
enseignons aujourd’hui à nos enfants en tant que parents ou éducateurs
représente les mêmes restrictions qu’on nous a imposées en tant qu’enfants.
Nous enseignons ce que nous connaissons.
La conduite que l’on adopte est de donner des conséquences. Or, pour
l’avoir expérimenté à un moment ou à un autre de notre vie, nous savons
pour la plupart que cela ne fonctionne pas. Ou nous faisons face à plus de
résistance, donc à plus de fermeture, ou nous abandonnons, et alors la
conséquence devient une récompense. La fois d’après, le problème prend de
l’ampleur, si bien que la conséquence ne satisfait plus celui qui l’impose.
Nous montons d’un cran dans l’échelle de la sévérité jusqu’à ce que,
démunis, nous abandonnions encore, mais cette fois en insistant pour avoir
de l’aide extérieure. Notre problème devient celui d’un autre, et ainsi de
suite ; nous souhaitons que quelqu’un en vienne à bout.
La discipline est à des lieues de cette façon de penser et d’agir, cependant
nous ne l’appliquons pas. Elle est méconnue de nous et gagnerait à être
connue. Surtout parce que nous vivons à une époque qui préconise les
plaisirs faciles, rapides et jetables. Nous consommons et nous jetons dans
presque tous les domaines de nos vies. J’aime, je garde. Je n’aime plus, je
jette. Nous consommons continuellement, soit pour obtenir un plaisir
solitaire, soit pour faire plaisir à d’autres.
Nous faisons de même avec nos relations, avec nos parents, notre famille
et nos enfants comme avec nos amis. Je ne veux plus de toi dans ma vie,
alors je t’ignore ou je te rejette. Puis, lorsque nous vivons un peu plus de
solitude, l’introspection nous fait réaliser qu’il vaut mieux approfondir nos
relations, entretenir nos biens, apprendre à aimer ce que nous avons. Nous
sommes tantôt celui qui jette, tantôt celui qui est jeté.
La discipline, c’est la liberté
Pratiquer une discipline de vie demeure pour chacun un moyen d’accéder à
sa liberté d’être. Une liberté dans l’effort qui donne toutefois des
permissions. Là où certains faux plaisirs nous maintiennent dans le rejet et
dans l’ignorance, la discipline nous ouvre les portes de notre cœur, de notre
vérité, de notre chemin.
D’abord, elle responsabilise. Dans l’engagement envers soi-même, la
discipline canalise la vie pour la diriger du côté de la lumière plutôt que de
celui de l’ombre. Elle implique une présence consciente au niveau de la
pensée comme elle suppose les désirs du cœur. Elle se vit dans l’attention
alors que j’ai à cœur d’être heureux dans ma vie et que je prends les
meilleures décisions pour y arriver, peut-être pas les plus faciles, mais elles
le deviendront possiblement en cours de route.
La discipline est flexible. Elle change et devient un plaisir, une joie, une
belle présence dans notre vie. Si nous restons vigilants et conscients de ce
que notre cœur désire, la discipline représente un acte d’amour envers nous
et le monde.
La vigilance suppose de maintenir une attention soutenue sur les
mécanismes du corps, sur nos besoins. Dans un état d’éveil, présents dans le
moment, nous restons lucides, éveillés à ce qui se passe dans le corps de
même que dans l’esprit, éveillés à nous-mêmes, car la plupart des messages
profonds ne se contrôlent pas, ils viennent d’eux-mêmes lorsque nous leur
donnons suffisamment de place pour pouvoir s’exprimer.
La discipline sous-entend une nourriture saine, naturelle et vivante ; nous
le savons tous très bien. Elle implique aussi un équilibre entre le travail, le
repos, la vie familiale ainsi que les activités physiques et intellectuelles. Un
juste milieu, des proportions égales partout. Elle se vit dans le respect de soi
et dans celui des autres ; dans la joie, dans l’accueil de ce que nous sommes,
comme dans la flexibilité.
La discipline est quelque chose qui évolue. Elle nous garde ouverts et
permet des prises de conscience relatives à ce que nous vivons, au moment
exact où nous le vivons. Elle permet l’harmonisation de toutes nos parties et
notre propre dépassement.
Nous avons besoin d’amour-propre pour pratiquer une bonne discipline
de vie. Indéniablement, il faut nous aimer beaucoup, nous aimer d’un
amour humain qui implique que, grâce à notre amour, nous occupons la
juste place qui nous revient. Et si la place parfaite qui a été prévue pour
nous rend heureux, chacun de nous aura à cœur le bonheur des autres.
Évidemment, la discipline se pratique également au niveau des pensées
et de la parole. Elle conduit à la paix de l’esprit, à la gratitude, au succès, et
suggère le développement des qualités du cœur. La discipline n’est jamais
restrictive quand nous adoptons une meilleure attitude face à la vie.
Elle donne une clarté d’esprit et suffisamment de guidance pour avancer.
Elle crée une attitude de succès et d’amour puisqu’elle commence par un
engagement envers soi-même à s’aimer comme on l’a toujours voulu.
N’est-ce pas là notre ultime but, d’atteindre notre plénitude d’être ? Alors,
c’est à nous maintenant de changer les règles, nos règles. Dorénavant, au
lieu de mettre tous nos efforts pour éviter ce qui nous perturbe, efforçons-
nous de nous épanouir dans notre vie. Évitons les déceptions et créons en
nous une attitude de succès.

Les paramètres de contrôle


Un paramètre de contrôle, ça ressemble à quoi ? Ce que nous contrôlons est
bien peu de chose comparativement à ce que nous ne contrôlons pas. Nous
ne contrôlons pas l’heure à laquelle l’autobus passe, par exemple, pas plus
que la température qu’il fait en voyage. Nous ne contrôlons pas l’humeur du
patron, ni celle de personne en fait. Tout ce qui est extérieur à soi fait partie
des choses sur lesquelles nous n’avons pas de contrôle.
Nous ne pouvons prendre d’engagement personnel concernant des gens
ou des choses qui ne dépendent pas de nous. Ce qui ne relève pas de nous
nous place automatiquement dans l’attente de ce qu’un résultat parvienne
d’autre part. Ainsi, nous devenons ceux qui subissent les événements, nous
subissons la vie.
Ce que nous contrôlons, par contre, ce sont les éléments qui dépendent
de nous. Cela fait référence à tout ce que nous vivons de l’intérieur, tout ce
qui part de nous. Notre attitude dépend de l’intérieur. Par exemple, notre
attitude face à la température nous fait dire, en voyage, que le séjour est
magnifique ou plutôt ennuyeux.
La santé dépend de nous ; la santé physique, mentale et spirituelle
comme la santé financière ou relationnelle dépendent de nous. Les choix
que nous faisons en lien avec notre santé dépendent également de nous. Nos
expériences, notre qualité de vie, ce que nous cultivons comme valeurs et
comme talents font aussi partie de ce qui dépend de nous.
Victime de ses choix
Une dame me raconte qu’elle n’a jamais une minute pour elle. Elle travaille
à plein temps, traverse les ponts deux fois par jour pour se rendre au boulot.
De retour chez elle, il y a les enfants, les devoirs, les repas. Puis, les week-
ends, elle reprend le retard qu’elle a accumulé partout. Comment en arriver
à équilibrer le tout et à trouver du temps pour elle ? me demande-t-elle.
Nous établissons ensemble ses priorités et je lui renvoie sa question : où est
l’équilibre et où est le temps ?
Elle se rend compte que, malgré le fait qu’ils soient deux parents, la
responsabilité des enfants lui incombe. Selon ses dires, son conjoint ne
démontre pas assez de patience. Puis, en continuant de chercher, elle avoue
discuter au téléphone presque tous les soirs, car sa mère inquiète a besoin
d’être rassurée pour un oui ou pour un non. Elle court sans cesse au-devant
des autres alors qu’ils ne réclament rien, juste au cas où. Et comme bien
d’autres personnes, elle a la fâcheuse habitude d’accepter presque tout ce
qu’on lui propose de consommer. Elle veut tout, mais n’a de temps pour
rien, et finalement elle est victime de ses propres choix.
Nous avons le contrôle de nous-mêmes, de notre mission de vie ; et celle-
ci se précise lorsqu’on se permet d’être heureux. Pensées et croyances
peuvent se transformer au gré de ce choix que nous avons en ce qui nous
concerne. Cependant, ce choix unique nous incombe. Puisqu’il nous est
impossible de nous engager personnellement pour autrui lorsqu’il s’agit du
chemin intérieur, sachons que, temporairement ou à longue échéance,
personne ne peut s’engager non plus à notre place. Personne n’attend qu’on
sacrifie sa vie pour lui. Nous avons la responsabilité d’occuper la nôtre.
Être nous-mêmes nous libère donc des liens qui nous enchaînent ailleurs.
Ces liens qui nous éloignent du processus essentiel qu’est notre évolution.
La vie est une marche vers l’avant, et notre héritage représente le droit de
faire le premier pas. La vie nous a donné ce pouvoir ainsi que celui de faire
tous ceux qui suivront. Notre façon d’avancer et l’endroit où nous allons
importent peu pour autant que nous marchions droit devant. Pour être en
mesure d’exister pour soi et par soi, et non pas de survivre à travers les
autres, c’est de soi qu’il faut se préoccuper avant tout.
Développer son rayonnement propre
Notre âme nous invite à l’accomplissement de ce que nous sommes de plus
beau. Au-delà de nous-mêmes, cette part de lumière s’extériorise également
pour chacun. Ignorer notre responsabilité de développer notre rayonnement
propre revient à nous abandonner nous-mêmes sur un banc de parc. L’ami
qui croise notre chemin pour nous venir en aide nous dit simplement, par
son geste, de reprendre notre destinée en main.
La responsabilité qui nous incombe ici est de rayonner assez fort pour
inspirer les autres et, de là, endosser une responsabilité plus grande encore,
une responsabilité universelle : celle d’être utiles aux autres de par notre
rayonnement.
Jamais dans le passé une lumière n’a contrevenu à celle d’une autre ;
c’est le cas également dans le présent et ce le sera dans l’avenir. Au
contraire, elles s’influencent et se motivent les unes les autres pour éclairer
comme lors d’un grand réveillon. Grâce à notre lumière, nous enveloppons
l’autre qui s’éveille. Nous illuminons ainsi un plus grand nombre de gens.
Notre intention en est alors une qui nourrit le cœur, qui nous demande
d’aimer notre prochain comme nous-mêmes.
Quand nous prenons soin les uns des autres, nous prenons soin de nous-
mêmes. Cette attitude implique au préalable une conscience d’être qui ne
peut être acquise que par la réceptivité, la disponibilité et la compassion. Ce
sont trois qualités du cœur qui font de nous des êtres sensibles.
La réceptivité nous invite à l’accueil : Je te vois, je t’entends, je te reçois.
La disponibilité offre un peu de notre être : Je suis là pour toi. Et la
compassion participe à la joie, à la peine et à la découverte de notre
vibration commune : Je te ressens. La compassion implique nécessairement
l’amour du prochain, et l’amour du prochain implique nécessairement
l’amour de soi.
Abandonner l’illusion

Tout est vrai et rien n’est vrai


La vérité, qui la détient somme toute ? Tout le monde et personne. Une
bonne façon de comprendre ce concept du réel consiste à éplucher la vérité
comme on le fait avec un oignon, couche après couche, de façon à la mettre
complètement à nu.
Pour un même mot, nous notons autant de perceptions différentes qu’il y
a d’individus sur terre. Pour un habitant du Canada, le mot « arbre » signifie
sapin, érable, pommier, épinette, bouleau ou tremble ; alors que dans le Parc
national de Yellowstone dans le Wyoming, un arbre ressemble davantage à
un gigantesque séquoia. Pour ceux qui n’en ont jamais vu en réalité, toute
description reste futile.
Compte tenu de l’immense quantité d’arbres répertoriés partout dans le
monde, les chances pour que deux hommes aient une réponse identique à
une question telle que Quel est ton arbre préféré ? sont nulles. Même si les
choix s’apparentent, les qualificatifs utilisés pour définir une image mentale
diffèrent d’un individu à un autre.
Donc, si la représentation que j’ai d’un érable est un arbre dont les
feuilles sont rouges et orangées, ai-je raison ou ai-je tort ? J’ai raison dans la
mesure où je suis à l’extérieur du pays durant certains mois de l’année, et
j’ai tort car un érable est comme cela selon bien des facteurs, et il est bien
d’autres choses en même temps. Simultanément, les vérités se chevauchent,
si bien qu’en précisant notre pensée nous croyons avoir plus de possibilités
d’être compris. Les gens perçoivent les chevauchements qui se produisent
d’une réalité à l’autre, mais soyons conscients que seulement quelques
petites parties de notre expérience seront comprises.
Définir notre raisonnement
Nous avons des choix pour exprimer notre réalité autrement que pour nous-
mêmes. L’un d’eux consiste à fragmenter l’information en utilisant des
qualificatifs toujours plus précis. Beaucoup d’informations exigent la
description de l’image que nous avons à l’esprit. Nous énumérons alors une
série de caractéristiques plus détaillées et plus nombreuses pour définir
notre raisonnement. Nous offrons à l’autre la possibilité de joindre bout à
bout l’ensemble des éléments décrits. C’est comme si nous lui donnions
tous les morceaux de l’expérience en espérant qu’il les replace tous au bon
endroit. C’est oublier que l’autre ne priorise pas nécessairement les mêmes
choix que nous.
Si nous plaçons deux enfants devant deux jeux de Lego comportant
chacun le même nombre de petits blocs et dont les pièces sont de couleurs
et de grosseurs identiques, nous remarquerons que chacun construit une
réalité différente. Donc, nos explications ont peu de succès dans la
construction de la réalité de l’autre. Malgré notre désir de comprendre
intellectuellement l’idée qu’on nous décrit, chaque cerveau humain
construit différemment les choses.
Voilà globalement la logique du langage verbal. De ce point de vue, nous
parlons un peu pour nous entendre à travers nos relations. Nous avons peut-
être une vague idée du stockage des informations contenues au niveau de
notre inconscient, mais pas de celui de l’autre, assurément. Or, quand des
idées émergent spontanément dans notre communication, passant de
souvenirs refoulés à des impressions de génie – tantôt les nôtres, tantôt
celles de notre interlocuteur –, on imagine facilement comment la confusion
s’installe entre deux personnes.
Notre esprit conscient en demeure souvent le premier surpris. Alors,
lorsqu’un individu précise sa pensée grâce à sa parole, il favorise presque
toujours l’émergence d’une partie cachée. C’est pourquoi il est bon de
surveiller les mots qu’on dit à son entourage car ceux-ci décrivent
exactement notre réalité interne. Le langage a pour but premier l’expression
de ce que l’on garde intérieurement.
Les vérités se chevauchent
En matière d’expression, certains aspects font référence à la dimension
systémique. Si toutes les vérités se chevauchent, cela semble vouloir dire
que, d’une certaine façon, elles sont peut-être toutes vraies. Toutes les
vérités individuelles deviennent une seule et même vérité à l’endroit précis
où elles se rejoignent.
Ici-bas, ma vérité n’est pas plus valable que la tienne. Elle paraît
totalement vraie pour moi parce qu’elle provient de mes repères, de mes
points d’ancrage, de ceux qui me dirigent pour le mieux dans ma vie. Mais
cela reste ma vérité. Cela m’amène à me questionner sur cette vérité que je
croyais bonne pour tout être humain, mais qui, en fait, n’est valable que
pour moi. Ma vérité n’est peut-être pas acceptable pour quelqu’un d’autre.
Je me dirige dans la vie selon des repères qui me sont propres, selon mes
vérités. Les vérités de l’un sont vraisemblables pour lui sans nécessairement
l’être pour quelqu’un d’autre. Ce qui est vrai pour l’un est peut-être faux
pour l’autre et, dans le même sens, aucune vérité n’est vraie pour qui que ce
soit, en fin de compte. Pourquoi la sienne plutôt que celle de l’autre ?
Pourquoi toi, ou lui, ou elle ?
Sans prétendre que nous vivons tous dans le mensonge, nous pouvons
cependant affirmer qu’aucun de nous ne détient la vérité. De même, si nous
épluchons une par une chaque vérité vraie et fausse à la fois pour en arriver
à une absence complète de toute vérité individuelle, cela revient à dire que
nous soustrayons tous les éléments pour mettre la vérité à nu. Nous
enlevons toute vérité pour obtenir une somme correspondant à zéro, au
vide. Un vide qui, au niveau des molécules, évoque un magnifique espace
d’énergie où l’on peut interagir.
Nous n’avons pas le pouvoir d’entrer dans l’esprit de l’autre, pas de
manière individuelle en tout cas. La vérité que cette personne croit vraie la
ramène toujours à elle-même, à sa personnalité. Parce que nous bénéficions
tous d’une sensorialité distincte, de croyances personnelles et sociales, d’un
bagage génétique, de filtres de la pensée et de conditionnements mentaux,
aucun de nous ne peut prétendre détenir la vérité. Ce que nous possédons se
résume toujours à un point de vue strictement personnel qui nous sépare du
principe de l’interrelation. Là où nous sommes tous reliés, toutes les vérités
épluchées se rejoignent nécessairement.

Le classement de l’information
L’énorme quantité d’informations recueillie par nos sens dépasse de loin les
frontières de notre esprit conscient. C’est pourquoi, comme dans un
entonnoir, les actualités qui y entrent régulièrement doivent être filtrées : il
y en a trop. Le néocortex supervise le traitement d’environ sept données en
simultané. Ce qui entre en contact avec notre esprit suit un processus
sélectif, comme dans une chaîne de montage. L’information passe à travers
divers filtres de la pensée.
Ces filtres correspondent aux étapes où notre cerveau choisit les éléments
qu’il désire garder et ceux qu’il ne conservera pas. Au fur et à mesure,
l’information est traitée en conséquence. Une infime partie demeure bien en
place dans la chaîne et continue à avancer, alors que beaucoup d’éléments
sont jetés. Disons que même si certains renseignements gardés se placent
immédiatement dans notre système de classement, un nombre indéfini
d’autres informations atteignent le domaine de l’inconscient, d’où elles ne
referont jamais surface. Pour nous, elles n’existent pas et n’ont jamais
existé.
L’observation limitée de la réalité
Plusieurs ont certainement vécu un jour le genre d’expérience suivante.
Prenons l’exemple d’une voiture que nous désirons acheter. Cela fait
quelques semaines que nous en rêvons. À ce moment, le véhicule est
seulement imaginé, c’est une prévision. Il est dans notre tête sous forme
d’image.
Avant, nous croisions généralement peu souvent ce modèle sur notre
chemin, ou pas du tout. Puis nous nous mettons à en parler, et plus nous le
faisons, plus nous en observons. Comme si notre rêve demandait à être
réalisé. Enfin, quand nous achetons l’automobile et que le tout est bien réel,
nous avons l’impression qu’il y a de ces voitures partout et que jamais
auparavant nous n’en avions remarqué autant. Tout le monde a ce modèle,
ou presque. C’en est quasiment choquant.
En fait, l’information a tout simplement été sélectionnée différemment
pendant le laps de temps où nous la jugions moins importante. Et cela,
jusqu’à ce que les filtres de la pensée laissent passer suffisamment de bribes
d’information pour que le rêve devienne une réalité. La voiture a toujours
été là, seulement nous n’en avions pas conscience. Tous ces véhicules
passaient devant nous, mais avant de posséder le nôtre, nous ne les voyions
pas.
La programmation neurolinguistique (PNL) nous enseigne, dans un tour
d’horizon complexe, la manière dont s’organisent nos filtres de la pensée. Il
faut d’abord concevoir que pour chacun de nous ce tour d’horizon reste
particulier.
Le cerveau conscient ignore naturellement un grand nombre
d’informations. De cette façon, il nous épargne le temps de traiter chacune
d’entre elles consciemment, puis d’en distinguer le sens. Beaucoup de
matière est ainsi enlevée pour éviter que la programmation neuronale ne se
court-circuite. Sur les milliards d’éléments captés chaque seconde au niveau
de l’inconscient, l’omission d’une grande partie s’avère donc nécessaire.
Ce tri permet aussi d’effectuer une bonne première sélection. Dans le
même ordre d’idées, un établissement qui procède à la mise en marché de
produits maraîchers fait une première sélection des carottes qui présentent
une forme intéressante pour la consommation. Toutes les autres, qu’elles
soient bonnes à consommer ou non, sont alors immédiatement rejetées. Les
légumes sélectionnés passeront ensuite par plusieurs autres types de triage.
De même, le cerveau généralise et transporte des histoires complètement
étrangères les unes aux autres dans des départements souvent non
appropriés, juste parce qu’elles présentent une nature semblable. Si une
expérience vécue dans un contexte donné, à une époque précise, selon le
besoin du moment, l’environnement ou l’état interne d’alors cause au corps
un traumatisme, elle est classée dans un dossier qui lui est propre.
La généralisation permet, par exemple, de ranger dans le même dossier
une expérience de vie qui s’apparente à d’autres, sans le contexte, sans le
besoin, sans l’environnement – où tout diffère finalement. Faute de place ou
de temps, le cerveau réduit son plan d’action et place le tout dans le même
fichier.
Pour cette raison, nous réagissons la plupart du temps à des processus
mentaux qui proviennent d’une autre époque. Là où l’expérience originelle
démontre sa raison d’être, la généralisation vient d’emblée coller une autre
expérience qui ne s’y apparente que très peu. Au fil des années, nous
superposons sur une même charge émotionnelle un nombre de situations
irraisonnées, si bien que nos conditionnements deviennent tellement
intenses que nous réagissons immédiatement sans prendre le temps
d’analyser.
Puis, il nous arrive aussi de déformer la réalité. Quelquefois, nous
escamotons volontairement des informations conscientes parce qu’elles
semblent nuire. Comme nous n’acceptons pas seulement ce que nous
vivons, nous tentons d’imaginer autre chose. Cela revient à envoyer la
poussière sous le tapis et à s’imaginer que tout est propre.
Même si nous nous appliquons à ne pas regarder de ce côté, nous savons.
Et le fait de savoir amplifie la présence de ce que nous désirons ignorer. Au
bout d’un certain temps, c’est un véritable pan de notre existence que nous
essayons d’escamoter et, évidemment, cela influence notre perception
globale de la vie. Cela s’apparente à des œillères que nous nous serions
nous-mêmes installées pour simuler un certain confort.
D’une manière analogue, nous devinons les pensées de l’autre. Nous
pratiquons aisément la divination sans toutefois en avoir reçu le don. Nous
imaginons ce que les autres pensent de nous, ce qu’ils disent en notre
absence. Beaucoup de faussetés sont corrigées lorsque nous prenons le
temps d’aller chercher les informations à la source. Ironiquement, nous ne
le faisons pas, sachant déjà ce que les autres penseront ou diront.
Croyances et valeurs
Les filtres de l’inconscient nous aident à faire des choix dans le lot de
sensations perçues. Ils tranchent et rejettent d’étonnants fragments de
données en fonction de notre système de croyances et de valeurs. Il ne
s’agit pas ici de croyances religieuses, mais d’un système où l’inconscient
agit de lui-même. À la base, nous avons « acheté » ce que nous appelons
nos croyances.
Les croyances sont des idées préconçues issues en grande partie de notre
éducation. L’inconscient crée dans notre réalité l’exact reflet de ces idées.
Neuf fois sur dix, c’est lui qui choisit notre environnement, notre travail,
nos relations, nos revenus. Les croyances et les valeurs font de nous des
gens riches ou pauvres, en santé ou malades.
À dire vrai, ce que nous vivons comme réalité de tous les jours est le
reflet des croyances inconscientes que nous avons sur nous-mêmes et sur la
vie. Une croyance peut avoir toutes sortes d’origines. Elle peut être de
nature générationnelle (Toutes les femmes de la famille ont marié un homme
infidèle), sociale (Nous sommes nés pour un petit pain), ou encore acquise
(Chaque mois de février, mon conjoint attrape un virus – et l’autre de
renchérir que c’est vrai). Une croyance se résume à quelque chose dans
lequel on croit, quelque chose qu’on valide soi-même ou par l’entremise
des autres. La validation est primordiale parce que, comme son nom
l’indique, une croyance doit être vraie, nous devons pouvoir nous en
assurer.
L’inconscient dirige très bien, pour ne pas dire parfaitement, notre
système de croyances. Selon ce que l’on croit, il ferme l’accès sensoriel à
toute forme d’idées qui vient contrecarrer la croyance. Par opposition, il
ouvrira toutes les portes nous permettant de valider combien nous avons
raison de penser ou d’agir de telle ou telle manière.
Un fait à souligner dans ce processus sélectif de l’information est que les
éléments rejetés ne deviennent pas inexistants, ni ne disparaissent. Ils sont
perdus pour notre conscience et le resteront, parce que l’inconscient en
bloque l’accès, mais ils sont là quelque part au fond de nous.
Le centre de la vision
Dans le film Que sait-on vraiment de la réalité ! ?, les auteurs nous
expliquent d’une façon particulièrement intéressante comment se comporte
notre cerveau. Selon eux, ce dernier ne fait pas la différence entre ce qui est
imaginé au niveau de la pensée et ce que nous expérimentons les yeux
ouverts.
De plus, lorsque nous prenons le temps d’analyser plus longuement le
fonctionnement du processus de la vision, nous comprenons qu’en vérité
nos yeux agissent en fait comme des lentilles. La lumière qui entre en
contact avec l’œil se transforme rapidement en signaux électriques envoyés
dans le centre de la vision, situé à l’arrière de notre cerveau. Là, les signaux
sont traités. Voir est donc un processus qui s’expérimente à l’intérieur d’une
partie minuscule du cerveau où aucune lumière ne pénètre jamais. Dans cet
endroit complètement coupé de toute lumière, nous parvenons à définir
toutes les couleurs de l’arc-en-ciel !
Il en est de même pour le centre de l’ouïe. Nos oreilles agissent comme
des antennes et nous parvenons à entendre les sons dans un espace de notre
cerveau d’à peine quelques centimètres cubes, un espace totalement isolé du
bruit !
Curieusement, tous nos sens fonctionnent de la même manière. Nous
percevons la réalité à l’aide de signaux électriques échangés et traités à
l’intérieur de notre cerveau. Ainsi, le goût et l’odorat, par l’intermédiaire de
récepteurs perfectionnés, transmettent eux aussi des signaux qui seront
perçus par nous comme un goût ou une odeur qui, s’ils sont répertoriés
selon une croyance bien précise, seront immédiatement traités comme tels
par le cerveau. Prenons l’exemple d’un citron ; juste à y penser, nos papilles
réagissent.
Si nous voyons grâce à un endroit où le noir est total et entendons par
l’entremise d’un centre où règne le silence, la compréhension de ce que les
scientifiques interrogés nous expliquent dans Que sait-on vraiment de la
réalité ! ? devient plus aisée. Selon eux, le cerveau a la capacité de ne
capter que ce qu’il est habilité à croire.
Les croyances déterminent donc ce que tout individu est. Si je crois en
ma réussite scolaire, je réussirai à l’école. Si je crois qu’un objectif n’est
pas réaliste, il ne se réalisera pas. Quant à l’inconscient, il capte une infinité
d’autres informations dont jamais nous n’avons conscience, pour la plupart.
Ces éléments rejetés demeureront ignorés de nous suivant nos priorités et
nos choix, et ne feront jamais équipe avec nos croyances.
Tout ce qui peut être imaginé au niveau de la pensée – si toutefois cela
correspond aux désirs de notre cœur ainsi qu’à ce que nous sommes
habilités à croire de nous – peut être manifesté dans notre réalité. La vie que
nous imaginons les yeux fermés a autant de sens pour le cerveau que celle
que nous voyons les yeux ouverts ; cela stimule le même centre.
Vivre à travers tellement de filtres nous oblige à remettre plusieurs
aspects de nos vies en question. Ainsi, nombre de perceptions sont faussées
par ce que nous savons de la réalité. Et mis à part celles dont nous avons un
mince aperçu, il y en a bien d’autres.

La trilogie des mémoires cellulaires


Nous ne voyons que ce que nous croyons. Voilà le modèle sur lequel nous
sommes construits. Nous sommes conçus et conditionnés pour voir
uniquement ce que nous croyons possible. C’est ce que nous avons appris.
Les croyances que nous avons achetées sont tantôt sociales, tantôt
générationnelles, tantôt acquises. Comme les mémoires cellulaires, elles
traversent le temps et nous poursuivent jusqu’à ce qu’un individu ou un
groupe apporte dans le système un élément nouveau. Un élément qui fait
suffisamment pencher la balance pour favoriser le changement.
Si tu veux voir, alors crois
Nos cellules renferment une intelligence qui leur est propre, comme il en
existe une pour chaque chose si on se réfère à la notion de système. Puisque
nous ne pouvons tout comprendre simultanément à l’aide de notre esprit
conscient, nous pouvons faire abstraction de cette volonté de contrôler les
choses en rétablissant l’ordre naturel qui habite au fond de nous. Nos
cellules comprennent ce pourquoi la nature les a créées. Laissons donc le
mental de côté lorsqu’il est temps de comprendre avec elles.
Les mémoires acquises ont été reconnues comme telles parce
qu’achetées à partir du jour un de notre conscience d’être. Elles sont
majoritairement issues de nos conditionnements familiaux mais aussi des
conditionnements sociaux et culturels qui constituent notre identité propre.
Donc, ambitions du père ou de la mère, désirs, angoisses, peurs ou
inquiétudes sont souvent à l’origine de nos malaises, voire de nos maladies.
Pour une femme dont la dentition se détériore alors que son alimentation est
exemplaire, une explication est plausible : sa mère, affligée d’une gingivite
chronique, n’a cessé de se plaindre de son haleine fétide. Dans son jeune
âge, on a dit et répété à cette femme combien elle ressemblait en tous points
à sa mère. Cet élément précis fait donc office de croyance pour elle.
Les mémoires qui sont acquises dans cette existence nous donnent une
vision très fragmentée des choses, une vision linéaire, comme une image en
deux dimensions en fait. Fondamentalement, elles ne nous donnent accès
qu’à un fragment de l’information tout en nous empêchant de voir les
autres. Ce modèle linéaire implique que les cellules qui nous composent
sont isolées les unes des autres, alors qu’en vérité il n’en est rien. Encore
une fois, il s’agit là d’un conditionnement dont l’issue se situe au-delà de la
mémoire acquise. Un conditionnement qui affirme sur la foi que la vie est
contenue à l’intérieur d’un contenant.
Les mémoires innées, elles, prennent beaucoup de place à l’intérieur de
nos vies. L’histoire du monde gravite ainsi dans nos cellules et elle y était
bien avant notre conception. Une histoire qui provoque maints
conditionnements hérités des différents stades évolutifs de la vie. Ces
paliers d’évolution ont construit les assises de notre instinct de survie, entre
autres, ou l’attrait que nous avons pour la nouveauté. Ces conditionnements
innés sont à l’origine de nos nombreux talents, de tous ces dons que nous
croyons nôtres.
Les talents et les dons
Nous croyons que notre patrimoine de talents est quelque chose qui jaillit
de nous à la naissance. Comme si de petites fées avaient laissé pour nous,
lors de leur passage au berceau, une qualité ou un don particulier et
fantastique. Nous croyons en être les seuls porteurs, mais il est faux de
croire que nous puissions être à l’origine de quoi que ce soit alors que tout
est là déjà.
Ces dons et ces talents nous ont été légués par nos parents ou nos
ancêtres. Ils existent en nous comme une graine que l’on a plantée, il y a de
cela des années. Nos choix de vie déterminent ceux qui seront développés
ou alimentés au détriment des autres.
Les talents, les qualités et les forces que nous tenons pour acquis sont des
héritages du passé que nous avons clairement priorisés. Nous avons accordé
plus d’attention à ces éléments, et ce, souvent grâce aux renforcements
positifs et répétés. Cela semble simpliste, mais l’esprit recherche d’abord ce
qui représente pour lui un rapport agréable, et par la répétition, par
l’application, toute chose devient plus facile.
Nous sommes tous porteurs de toutes les qualités et de tous les défauts
que l’on peut nommer. Nous sommes tous ce joueur étoile, cette belle voix
ou cette personne qui manifeste un don d’empathie. De même, nous
sommes tous destinés au succès dès le premier jour. Lorsque nous pensons
être privés des qualités de nos parents ou de celles des générations qui nous
ont précédés, notre raisonnement déraisonne. Nous sommes toujours ce que
nous sommes prêts à croire ou à accueillir dans nos vies. Nous sommes la
continuité de ce qui était là avant nous.
Voilà qui éclaire peut-être singulièrement les raisons pour lesquelles bon
nombre de superstitions cohabitent encore avec nous aujourd’hui. Les
mémoires innées demeurent nôtres, mais elles présentent aussi des
distorsions exagérées. Dans un sens comme dans l’autre, ces distorsions
nous éloignent souvent de la véritable histoire ; cette version reste pourtant
la seule à représenter la vérité. Chacun de nous porte la représentation
entière de l’histoire de l’humanité en miniature. Sans le savoir, nous
sommes tous porteurs de ce trésor caché à la fois inestimable et
empoisonné.
Inestimable puisqu’il constitue un fait extraordinaire pour quiconque
réalise cette évidence. Il nous invite à explorer davantage l’endroit d’où
nous venons et celui où nous allons en tant que globalité, car chaque
élément détermine et influence la mémoire innée qui, elle-même, évolue
collectivement. Empoisonné quand nous développons un certain fatalisme à
l’égard de nos croyances, sans accepter de voir la solution de rechange qui
nous pousse indubitablement vers le changement. Chaque individu reste
alors dans son ego à remuer sans cesse la même vieille énergie. Cela
devient malsain, tant pour lui que pour la collectivité.
La mémoire originelle
Lorsque nous parvenons à nous libérer de nos conditionnements acquis
dans cette vie, de ceux hérités des générations passées ou encore de ceux
qui sont devenus innés lors des périodes d’évolution précédentes, nous
atteignons la mémoire originelle. En nous oubliant nous-mêmes en tant que
personnalité, en nous dépouillant de cette identité qui est la nôtre, nous
atteignons la mémoire originelle, l’ordre des choses établi, invisible et
indivisible ; ce qui nous unit tous dans le même courant.
Pour accéder à cette mémoire originelle, nous devons préalablement
procéder au nettoyage de ce qui crée des interférences au niveau des
mémoires cellulaires que nous avons acquises dans nos vies. De cette
manière, nous ouvrons l’accès aux voies des mémoires innées.
Sans cette action, nous ne pouvons développer notre plein potentiel et
nous sommes limités à l’intérieur d’un cadre où croyances et
conditionnements nous maintiennent prisonniers. Nos gestes, et surtout nos
pensées dont la genèse définit de quoi sera fait demain, sont délimités dans
cet espace fragmenté. Il n’y a plus de lien entre ce qui est présent à l’état de
germe et la lumière qui permet à cette chose de grandir. Ce lien, nous
l’avons deviné, correspond au mouvement, à la vie.
De là découle une seconde action de même nature que la première
entreprise envers ces mémoires qui n’ont plus lieu d’être au présent dans
nos vies puisqu’elles appartiennent au passé. La transmutation de la
seconde couche des mémoires innées engendre le raffinement de conscience
nécessaire pour pouvoir communiquer avec la source de vie. Somme toute,
le but de notre vie n’est-il pas d’en trouver l’origine ?
Le retour chez nous, dans cette mémoire qui nous a conçus, nous fait
songer à la goutte d’eau qui reprend sa pleine essence dans l’océan. Là où
l’esprit a placé ses bornes pour s’orienter en tant que personne, l’esprit
reprend toute expansion en relâchant la saisie qu’il s’est lui-même infligée.
L’être humain se compare à un récepteur-émetteur-transformateur
d’information. Il capte dans ses canaux un stimulus de nature énergétique,
sensorielle ou encore verbale, par exemple. Chaque stimulus s’agence à une
fréquence ou à une vibration spécifique qui ressemble à celle d’un poste de
radio. Lorsque la fréquence entre en synergie avec une autre semblable, en
raison de la reconnaissance de ce qu’elle est, il se produit alors une
résonance instantanée.
Sur un poste de radio, leur attraction nous fournit un accès immédiat à la
musique. De même pour nous, cette résonance obtenue grâce au pouvoir de
l’attraction ouvre l’accès aux engrammes codés originellement et nous offre
peut-être le moment propice pour transformer l’information erronée. Nous
pouvons de cette manière procéder à l’élimination de toute interférence qui
nuit à l’épanouissement de l’être.
Plusieurs moyens permettent à une personne d’entrer en résonance avec
ces mémoires ; néanmoins, n’oublions pas qu’elles sont inaccessibles au
mental ou à la conscience ordinaire. PNListes, hypnologues, praticiens en
approche corporelle ou en toucher quantique, pour ne nommer que ceux-là,
connaissent le langage des mémoires acquises, ces programmes encodés
leur sont familiers.
Par l’entremise d’un langage multiniveaux, ou par un toucher, ces
spécialistes éveillent une émotion porteuse d’un virus qui a créé une
interférence dans le programme originel. Ils travaillent comme s’ils
entretenaient un dialogue direct avec la mémoire d’une cellule précise, celle
qui a enregistré le premier traumatisme.
En collaboration avec notre inconscient, nous avons la possibilité de
nettoyer ce qui empêche l’information de bien passer. Le désir le plus
ancien de notre cœur n’est pas d’aller à l’encontre de quelque partie de
nous, mais plutôt d’harmoniser l’ensemble des éléments qui nous
constituent en tant qu’êtres. Par analogie, si nous démantelons nos barrages
hydroélectriques, l’eau va se remettre à couler dans le lit des rivières. C’est
un peu ce qui se passe en nous lorsqu’on nous libère de nos blocages.
Déprogrammer et reprogrammer
L’humain figure en tête de liste des très bons sujets lorsqu’il est temps de se
conditionner, et inversement il possède le pouvoir de reprogrammer son
propre cerveau. C’est-à-dire qu’il a ce qu’il faut pour remplacer l’ancien par
du nouveau.
À chaque petit pas fait en ce sens, nous assurons la traversée de
l’inconscient vers la conscience. Chaque pas favorise l’union ; nous
devenons alors toujours plus conscients de notre pouvoir distinct. Nous
devons à notre esprit conscient le succès de toute notre évolution
personnelle dans la mesure où il cesse de prétendre tout savoir sur lui-même
ou sur la vie, dans la mesure où il cesse de vouloir tout contrôler. Dès lors,
il ouvre les barrages pour laisser à l’inconscient sa liberté d’expression.
Nous ne pouvons être complets qu’en libérant toutes nos parties.

Nous vivons dans un hologramme


Physicien quantique et excellent vulgarisateur, Jean-Jacques Crèvecœur
nous explique dans une conférence intitulée Le cerveau holographique le
modèle que l’homme se fait du vivant. Composé d’une centaine de
milliards de neurones (qui selon des recherches récentes ont démontré leur
capacité à se régénérer), d’axones, de dendrites et d’autant de synapses, le
cerveau représente seulement deux pour cent de notre masse corporelle.
C’est très peu. Ce réseau neuronal baigne dans ce qu’on appelle la glie, un
ensemble de cellules qui soutient les neurones et transporte les matériaux
nécessaires à la régénération.
La physique quantique étudie ce qui se mesure à l’échelle atomique, un
monde infiniment petit, le monde des molécules. Au fil de leurs
observations, les physiciens ont conclu que les atomes contenus à l’intérieur
de ces cellules sont constitués essentiellement de vide. Nous pouvons avoir
la même impression lorsque nous agrandissons une photographie des
centaines de fois. Apparaît alors un ensemble de points blancs entourés
d’espace, de vide. Puis, si on agrandit encore de très nombreuses fois la
même photo, les points blancs se fragmentent, présentant le même
ensemble de points blancs entourés de vide.
Toutes proportions gardées, si le cœur d’un atome mesurait 2 cm de
diamètre, le vide qui gravite autour aurait quant à lui une circonférence de
2 km. Donc, 99,99999999999999999999999999999999999999 % des
300 milliards de cellules qui nous composent est constitué de vide,
comparativement aux éléments dits réels, la matière, qui représentent
0,000000000000000000000000000000000000001 %.
La réalité solide que nous percevons chaque jour est presque
exclusivement constituée de vide. En physique quantique, notre réalité est
une illusion de l’esprit. C’est notre cerveau qui, constamment, nous permet
de voir la réalité grâce à une opération mathématique nommée
« transformée de Fourier » qui inverse le processus. Le cerveau n’aime pas
le vide. Selon les signaux électriques qu’il perçoit en tant que récepteur,
selon les figures d’ondes et les interférences qu’il reconnaît et qui se
croisent, il reconstruit une image. Ce qu’il perçoit alors comme du vide
devient pour nous la réalité.
Comme un hologramme, le cerveau additionne des milliers de points de
vue en deux dimensions pour nous donner l’illusion de vivre en trois
dimensions. Nous sommes donc formatés pour voir l’illusion des choses en
3D !
Probabilité de présence
Parmi tous les phénomènes explorés par la science, la physique quantique
nous fait part d’une autre théorie intéressante, à savoir que tout observateur
influence le système qu’il observe. En d’autres mots, le réel se comporte
selon ce que nous attendons de lui. De plus, les objets, d’un point de vue
quantique, sont délocalisés, dans le sens où ils ne répondent pas à une
notion précise de localisation. Un même objet peut être partout ou nulle part
à la fois. Tout devient alors de l’ordre des probabilités. Voilà ce que les
physiciens appellent l’onde de probabilité de présence.
Pour l’observateur, tous les états possibles s’effondrent, à l’exception
d’un seul : celui qu’il détermine comme l’unique possible. Cette onde de
probabilité de présence provient de la configuration des conditionnements,
des croyances distinctes et des innombrables filtres de la pensée de celui qui
observe.
Ainsi, nous pouvons nous questionner sur les fondements de notre réalité
propre parce que science et spiritualité, aujourd’hui, se rejoignent de plus en
plus. D’autre part, si cette remise en question nous conduit à redéfinir les
balises sur lesquelles nous avons construit notre réalité jusqu’ici, nous
pouvons imaginer que tous les possibles peuvent à leur tour transformer
cette réalité en une autre.
L’homme est un récepteur, l’homme reçoit. Il transite dans un univers
composé de plusieurs niveaux toujours plus subtils d’énergie, d’ondes et de
fréquences. Ce qui nous est familier aujourd’hui peut changer demain. Cela
ne représente qu’une infime partie de tous les champs d’énergie.
Lorsque nous explorons la plénitude de l’Univers, c’est que, d’une
certaine façon, notre esprit lui-même aspire à devenir beaucoup plus vaste.
Alors, ne commettons pas l’erreur de considérer le réel comme ce qui est
optiquement observable, comme ce qui est logiquement possible, alors que
toute observation résulte directement d’une simple création de l’esprit
parmi une infinité d’autres possibilités.

La vie, partout
Les créateurs de la solution HeartMath, Doc Childre et Howard Martin,
mentionnent un fait surprenant dans leur livre intitulé L’intelligence
intuitive du cœur. Selon leurs recherches effectuées sur plusieurs fœtus
humains, le cœur se met à battre bien avant qu’on puisse enregistrer des
activités au niveau cérébral.
Nous le voyons palpiter lorsque nous assistons à la première
échographie. Comme si la vie s’était mise en place à l’intérieur du fœtus
avant que celui-ci développe une conscience d’être. On peut croire que
l’intellect dirige les mécanismes du corps, mais le cœur, lui, fonctionne de
lui-même. C’est intéressant, cette intelligence qui lui est propre.
La vie s’installe dans un corps qui se compose déjà des mémoires des
générations passées, entre autres les mémoires généalogiques appartenant
au père et à la mère ainsi qu’aux générations antérieures. La vie entre dans
ce petit moule, dans ce contenant déjà unique par sa composition, par sa
différence, et elle-même transporte dans son essence toute la mémoire
originelle.
D’un coup de baguette magique, la vie fait battre le cœur. La vie aime et,
par son amour, elle démarre l’amour en nous, comme un petit moteur.
L’amour de la vie est la première chose que nous expérimentons par le
cœur ; c’est une expérience que tous les êtres vivants, sans exception, ont
vécue à ce moment-là.
Profondément, nous savons ce que transporte la vie, car elle est en nous.
Nous la ressentons, nous l’éprouvons. Cependant, devant un savoir si
grand, les balises de notre esprit se referment. Cela explique peut-être
pourquoi nous avons cette impression fausse que le contenant, c’est-à-dire
notre corps, se referme au moment de notre naissance.
Notre corps a reçu la vie quand le cœur s’est mis à battre. Ce dernier
nous démontre sans cesse sa vitalité. Il reste ouvert. Il a simplement
accueilli en lui la vie, par résonance avec l’amour, et tant que l’amour est
présent à l’intérieur de l’être, l’amour plein comme l’amour espoir, la vie
continue de s’alimenter. Le petit moteur fonctionne pour autant que l’amour
soit là et reste intact jusqu’à ce que le corps s’éteigne. Il vibre à tout ce qui
représente l’amour. Je me reconnais à travers toi, alors je vibre. Voilà un
peu ce que le cœur ressent : il vibre parce que c’est sa nature de vibrer à
l’amour.
Nous sommes toute la vie
Nous avons l’impression que la vie est à l’intérieur de nous, que notre corps
contient la vie. Nous croyons que notre corps renferme ce talent que nous
avons développé dans un domaine ou dans un autre. Nous avons le
sentiment qu’il incombe à notre personnalité de trouver la solution miracle
à notre problème.
Nous imaginons également que si nous donnons trop d’amour à
quelqu’un, nos réserves vont s’épuiser. De même, nous croyons que ce
qu’on donne aux autres, on se l’enlève à soi. Et cette impression est validée
si, de surcroît, nous ne recevons rien en retour. Comme si nous étions un pot
de confiture et que chaque cuillerée qui en est retirée nous rapprochait de la
fin.
La vie est amour. Elle s’est effectivement présentée à nous de cette
façon, de l’intérieur. Pour continuer d’être alimentés par elle, nous devons
enlever le couvercle et rester ouverts, comme le cœur l’a fait au tout début.
Le bocal, notre contenant, est plein de vide, et c’est dans le vide que se
promène la vie, semblable à l’air. Elle est là et elle est partout.
Il est inconcevable d’épuiser nos réserves d’amour puisqu’il est infini.
Lorsque nous restons ouverts, nous permettons non pas à un bout de
vie, mais à la vie tout entière d’entrer et de circuler en nous. Un petit peu de
cette confiture d’amour fait le tour avant de ressortir, si c’est à cela que
notre cœur aspire.
Si nous prenons cette part comme la nôtre, cela revient par analogie à
refermer notre couvercle. Nous nous séparons ainsi de l’abondance et de la
vie ; nos impressions demeurent fausses. Rien ne nous appartient en propre.
Ni à toi ni à moi. Il n’y a pas de part, mais tout pour nous tous.
C’est nous qui sommes infinis. C’est nous qui sommes la vie. C’est nous
qui la créons par notre amour, par la façon dont nous l’exprimons. Notre
conscience de la vie fait de nous des goûteurs, des observateurs, des
testeurs, des écouteurs de ce que la vie nous apporte à chaque petit instant
par la façon dont nous l’avons façonnée. Chaque seconde nous montre à
quel point la vie est différente de ce qu’elle était l’instant d’avant, et celui
d’après.
Elle est amour puisque le cœur vibre en nous, fier d’exister. Le cœur qui
nous propose le développement de qualités plus grandes et plus nobles
encore. Nous les possédons, ces qualités, comme nous avons la possibilité
d’épanouir notre sensorialité plus subtilement encore. Alors, sachons
accueillir ces qualités en nous. Faisons-le tout simplement, en restant
ouverts.

Dans le vide, il y a...


Dans ce vide présent partout, dans ce vide qui donne le vertige, il y a
beaucoup plus grand qu’il nous est possible d’imaginer. Lorsque l’homme
cherche une direction, à retrouver son chemin, il le demande. On lui indique
alors les étapes de la route qu’il lui faut emprunter.
La vie nous offre les mêmes directives. Par les synchronicités et les
coïncidences, par un langage très subtil, la conscience qui est amour entre
en communication directe avec les désirs de notre cœur. Ensemble, ils
aspirent à vibrer à l’unisson. Un seul son. Un son unique qui existe à la
confluence de tous les autres sons. C’est à nous alors d’être à l’écoute. Et
pour bien entendre toute la finesse de cet échange, nous devons entrer nous
aussi dans cet espace intérieur, dans ce vide.
Faire de l’introspection peut sembler une porte d’entrée idéale dans l’état
de vacuité que l’on recherche, alors qu’il n’en est rien. C’est de la relation
avec soi-même qu’il faut se vider, de sa personnalité, de son ego. Par
l’introspection, nous nous détachons certes de l’idée que nous avons de
nous-mêmes, mais ce n’est pas assez.
Nous devenons parfois l’observateur d’un produit fini, du produit que
nous créons par la pensée, mais encore là ce n’est pas assez. Pour faire le
vide, il faut oublier le contenant, oublier son existence propre et même
l’idée que cette existence ait pu un jour exister, et devenir le contenu.
Enlever les limites, pratiquer la transparence, devenir l’océan. Il n’y a plus
d’importance pour une goutte d’eau d’exister de façon individuelle lorsqu’à
nouveau elle redevient l’océan. De même pour nous, la vacuité est ce
phénomène qui nous permet d’être tous unis dans notre conscience, dans un
soi unifié.
La crispation de l’esprit
Nous saisissons, nous séparons, nous divisons sans cesse. Nous le faisons
parce que ces concepts de l’esprit sont imprégnés dans la structure profonde
de l’histoire de l’homme. Nous pouvons comparer cela à une crispation de
l’esprit. C’est un peu le même effet que lorsque, pour un temps, nous
retenons notre respiration. Dans les deux cas, nous ne prenons conscience
de l’emprise que nous avons sur les choses qu’au moment où nous la
relâchons. Nous réalisons que nous ne respirons plus au moment précis où
nous cessons de retenir l’air. Le bien-être est alors assuré. Et, avant même
de reprendre le processus qui permet à l’air de passer, nous comprenons
momentanément la signification des mots « lâcher prise ». Un état que nous
devons constamment favoriser partout dans le corps et dans l’esprit.
Cela semble difficile pour nous d’imaginer autrement la réalité, car notre
conscience d’être se base sur une idée de contenance, d’appartenance et de
sentiment de soi. Il n’y a pas d’ennui à avoir un soi, un ego. C’est notre
façon de construire la réalité dans laquelle nous vivons. Notre ego est ce qui
nous identifie, ce qui fait de nous quelqu’un d’unique, de spécial ; et cela
n’est pas problématique. Ça le devient lorsque, par la pensée, nous le
séparons de sa notion d’ensemble. L’individu est unique tout en étant
l’ensemble, et pas exclusivement une fraction de celui-ci. L’individu doit
ressentir qu’il est tout l’ensemble à la fois.
Nous vivons ce sentiment de séparation et celui-ci nous pousse presque
tous vers une quête semblable : nous cherchons un sens à la vie, alors qu’en
vérité elle est en nous et l’a toujours été. Il nous suffit d’oublier ce que nous
sommes pour devenir ce que nous avons toujours été.
Avoir un ego devient problématique lorsque nous le séparons du corps ou
des émotions, ou de toute relation que nous entretenons avec l’autre. Olivier
Manitara nous dit : « Nous sommes tous le même être, qui se rencontre et se
dit bonjour », et toute relation n’existe qu’avec un conditionnement de
l’esprit qui fait que l’homme ramène tout à soi. Constamment nous faisons
un effort mental afin de retenir les choses pour nous et en nous. Nous le
faisons par la pensée, prioritairement, car notre aperçu de la réalité se
trouve fragmenté non seulement dans le temps et la distance, mais aussi
dans une sorte d’entonnoir inversé qui de plus en plus se referme.
Nous pouvons regarder le monde, nous regarder nous-mêmes, et avoir
l’impression que nous sommes un processus plutôt qu’un ensemble
d’individus. Nous pouvons envisager toute vie qui circule en nous comme
un processus d’évolution, comme une vague en surface ou comme l’océan,
lorsque nous sommes en profondeur. Nous pouvons clairement devenir un
mouvement, une onde, un champ d’énergie, car nous sommes tout cela à la
fois. Alors que, fragmentés, nous sommes aussi chacun et chacune une
partie de l’autre.
À l’intérieur du corps, nos 300 milliards de cellules peuvent à leur tour se
comporter comme nous, de façon individuelle. Pareillement, elles peuvent
s’unir et devenir le miracle que chacun de nous incarne. Que sommes-nous
donc sur la terre, dans notre système solaire ou dans la galaxie ? C’est ce
que je tenterai d’expliquer en exposant notre façon de bâtir le monde.
Un raffinement conscient

Notre système de représentation


sensorielle
Nous entrons en communication avec le monde qui nous entoure par
l’entremise de nos cinq sens. Notre système de représentation sensorielle
nous permet d’entrer en contact non seulement avec les autres, mais avec
tout ce qui nous environne.
C’est par nos sens que s’encodent dans notre cerveau les informations
d’une expérience : le visuel pour les yeux, l’auditif pour les oreilles, le
kinesthésique qui concerne à la fois nos sensations tactiles et celles que
nous ressentons à l’intérieur et qui nous permettent de faire des liens
émotionnels avec les autres, le gustatif pour le goût et, enfin, l’olfactif pour
l’odorat.
Donc, deux yeux, deux oreilles, un nez, une langue, deux mains pour
appréhender les choses, mais toute la peau lorsqu’il s’agit du toucher. C’est
avec ces parties du corps que nous captons les informations nécessaires à la
création de notre réalité. Parmi ces cinq sens, chacun de nous en privilégie
un plus particulièrement, qui recueille les informations bien avant les
autres. Il s’agit de notre sens dominant.
En fait, ce n’est pas tant que nous naissons avec une prédominance à être
plus auditifs ou plus kinesthésiques. C’est plutôt que l’un de nos sens nous
apparaît plus intéressant que les autres dès notre jeune âge et qu’alors nous
l’utilisons plus largement.
Avant même que les informations subissent une première transformation
en passant par nos filtres de la pensée et deviennent des mots, elles auront
été captées sous forme d’ondes magnétiques et d’énergie. Dans ce qu’on
appelle, en PNL, la structure profonde d’une expérience, se retrouve le
véritable langage de ce vécu. La représentation mentale qui y est enregistrée
se présente de façon beaucoup plus riche, plus précise. On y trouve, entre
autres, les images, les sons, les sensations physiques, les émotions ainsi que
les goûts et les odeurs associés à l’expérience.
L’information chemine selon un ordre séquentiel précis pour chacun de
nous. Celui-ci varie évidemment selon le mode sensoriel que nous
priorisons. Un ordre séquentiel peut ressembler à ceci : une information
entre, par exemple, par le mode visuel (Je vois) ; cette information est
immédiatement évaluée par le kinesthésique, par les sentiments (Ce que je
vois est-il quelque chose d’agréable ou de désagréable pour moi ?) ; puis
s’ajoutent tour à tour la mémoire auditive et olfactive, et le goût quand il y a
lieu. Lorsqu’on dispose ces éléments côte à côte, voici le résultat : V + K +
A + O (G).
Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, mais ce qu’il importe de
comprendre ici, c’est que, chaque fois que nous vivons une expérience,
nous utilisons une séquence semblable pour faire entrer l’information à
traiter.
Les mots que nous utilisons ne sont qu’une façon d’exprimer très
superficiellement une expérience. À ce niveau, le langage véritable passera
de la structure profonde, là où toutes les informations sensorielles sont
enregistrées par l’inconscient, à la structure de surface, là d’où émergent les
mots. Entre les deux, se retrouvent tous les filtres de la pensée que nous
avons vus précédemment.
Peut-être n’avons-nous pas prêté attention jusqu’à présent à cette
possibilité que nous avons de mieux interagir avec l’extérieur. Notre acuité
sensorielle présente un haut degré de finesse des perceptions. Le savions-
nous ?
Peu d’entre nous sont au courant que chacun privilégie un sens différent
dans sa communication avec l’extérieur. Et c’est correct, car beaucoup de
choses comptent plus que celle-là. Pourtant, lorsque nous expérimentons
des échecs répétés dans nos relations, quand nous sommes constamment
accusés de ne rien comprendre, peut-être alors nous importe-t-il de mieux
savoir pourquoi.
L’acuité sensorielle
Avoir une idée de comment en arriver à développer notre acuité sensorielle
pour mieux communiquer est important, car cela nous aide à comprendre le
fonctionnement non seulement de nos propres processus mentaux, mais
aussi de ceux des autres. Nous ne prêtons habituellement pas attention à la
façon dont cela s’organise dans notre tête, alors encore moins dans celle des
autres.
Notre acuité sensorielle est, entre autres, notre capacité à être attentifs,
réceptifs et sensibles aux messages non verbaux livrés par une personne.
Une étude publiée en 1974 par des chercheurs de l’Université de
Pennsylvanie met en lumière le fait que seulement 7 % de notre
communication se traduit dans les mots que nous prononçons. C’est
vraiment peu. Donc, 93 % de la vraie communication qui existe entre deux
personnes se produit dans le langage non verbal, c’est-à-dire dans tout ce
qui n’est pas du domaine de la linguistique.
Dans cette forte part de langage non verbal, 38 % passe par l’audition : le
ton et le timbre de la voix, le débit ainsi que le volume. Parlons-nous très
fort ou est-ce que nous chuchotons ? Plusieurs petits indices qui révèlent
bien plus que ne le font les mots.
En outre, 55 % de la communication non verbale passe par des signes
tout aussi observables quand on prend le temps de s’y attarder. Par exemple,
la respiration de quelqu’un qui est calme se situe davantage au niveau du
ventre, alors que celle d’une personne qui arrive en trombe devant nous
sous l’effet de la panique sera probablement courte et entrecoupée de
hoquets. La tension musculaire ainsi que la couleur et l’humidité de la peau
sont d’autres indices, car nous savons combien nous avons très chaud quand
des événements nous mettent dans tous nos états. De plus, les gestes que
nous faisons appuient le discours que nous tenons, mais trahissent parfois
des états plus profonds. Qui n’a pas déjà vu quelqu’un afficher une certaine
indifférence alors qu’il mourait d’envie de passer du temps avec nous. Ces
choses se voient dans les gestes, dans les attitudes, les mimiques ou le
mouvement des yeux. Le non-verbal se distingue partout.
Il faut comprendre que même si aucun son ne sort de notre bouche, ça ne
veut pas dire que notre corps ne s’exprime pas à sa façon. Ne serait-ce que
pour dire que nous ne désirons pas parler avec des mots. Dans cet esprit,
nous pouvons investir dans le développement de notre acuité sensorielle de
manière à observer dans le discours de l’autre les petits détails beaucoup
plus nombreux, en fait, et plus précis que les mots. Nous pouvons
rassembler ainsi beaucoup plus d’informations quant à la description qu’il a
de sa réalité propre et nous pouvons avoir une meilleure idée de ce qu’il
veut dire en réalité.
Par l’entraînement, nous pouvons même être plus conscients de nos
propres gestes, des différents tons de voix que nous utilisons selon que nous
parlons à notre conjoint, à notre mère ou à un étranger. De même, nous
pouvons devenir plus conscients des réponses inconscientes de l’autre, et
ainsi être plus habiles à détecter ses états internes, ses émotions.
Cette détection nous rend plus aptes à ne pas nous approprier
l’expérience de l’autre et à écouter de manière plus détachée. Les états
internes vécus par une personne nous permettent de saisir véritablement le
message enregistré dans la structure profonde de son expérience ; c’est là
que se trouve sa vérité.
Notre façon de percevoir le monde
Certaines personnes ont une aptitude évidente à observer tous les détails de
l’environnement ou des gens qu’elles côtoient ; c’est pour elles une seconde
nature. D’autres se souviennent plutôt des phrases dites, des numéros de
téléphone, des mélodies, et sont des imitateurs hors pair. Alors que d’autres
encore sont à l’aise immédiatement au contact d’une nouvelle danse ou
d’un nouveau sport.
Avec tous ces gens différents, nous tentons d’établir une communication.
Il est intéressant de constater autant de diversité. Nous réalisons que chacun
de nous encode et organise ses informations sensorielles selon sa propre
séquence. Ajoutons à cela les filtres de la pensée et nous pouvons nous
douter que nos proches ne possèdent pas la même description de la réalité
que nous.
Chez un visuel qui assiste à une pièce de théâtre, les décors et les
costumes attirent davantage son attention. L’auditif mémorise des phrases et
sursaute au coup de gong. Quant au kinesthésique, il réagit lorsque les
personnages bougent, lorsque les émotions sont sollicitées ; il rit et il pleure.
Quand, à la fin de la pièce, ces trois personnes en font un résumé, on a
l’impression qu’elles n’ont vraisemblablement pas assisté à la même
représentation. Toutes les versions doivent donc être également prises en
compte.
Dans la vie quotidienne, lorsque nous voulons comprendre notre
interlocuteur, il nous faut aussi comprendre sa réalité ou, du moins, partir
avec l’idée que ce qu’il vit suit une structure qui lui est personnelle et que
sa façon de communiquer son expérience est fonction de cette structure, de
ses filtres, et non de l’expérience elle-même.
Cela nous oblige à regarder les choses de son point de vue, à les entendre
et à les comprendre selon ses paramètres, et à les ressentir comme l’autre
nous les décrit, ni plus ni moins. Et même si nous partageons une
expérience simultanément, sachons que nos sens captent des portions
différentes de la même expérience. Tout le monde a raison tout le temps, et
personne n’a tort.
Peu importe qu’au départ nous préférions un mode sensoriel plutôt qu’un
autre, cela ne veut pas dire que nous sommes dans l’obligation de continuer
sur cette même voie. Même si nous sommes handicapés d’un de ces
précieux modes, nous pouvons accroître tous nos sens grâce à un
entraînement et à notre bon vouloir. La flexibilité nous permet de mieux
comprendre le monde des autres, et cette compréhension améliore nos
relations. C’est en nous exerçant, en nous mettant en phase avec des
milieux différents que nous serons à même de progresser.
La congruence
J’ai donné au début de ce livre l’exemple d’une dame dont le discours
invitait son amie à changer sa posture physique afin de mieux se porter. Sa
tête, pourtant, hochait de droite à gauche comme si elle exprimait un non.
C’est un cas qui montre que notre système est parfois déphasé, ce que la
PNL nomme l’incongruence.
La congruence en PNL, selon l’enseignement de base donné chez
Coaching-Québec inc., c’est l’alignement de tous les canaux de
communication sur un message identique et cohérent. C’est lorsque le
verbal et le non-verbal nous disent la même chose. Quand ce n’est pas le
cas, comme dans l’exemple précédent, il y a incongruence à l’intérieur du
message.
En tenant compte de l’importance du langage non verbal, comme nous
l’avons vu précédemment, on peut dire que, dans le cas qui nous intéresse,
c’est le langage non verbal qui prédomine. Cela revient à affirmer qu’il ne
faut pas écouter les recommandations de cette femme !
D’autres genres d’incongruences sont répertoriés en PNL, comme
l’incongruence séquentielle. Nous la rencontrons plus particulièrement
quand une personne nous déclare vouloir faire quelque chose pour
améliorer son état, sa vie, et qu’elle se trouve toutes sortes d’excuses ou de
justifications pour ne pas le faire. Le véritable message est qu’elle
n’entreprendra rien.
La congruence se compare à ces moments où on se sent vraiment bien
dans sa peau, dans ses projets, dans sa vie, et où tout ce que l’on fait semble
être bien aligné. On dirait alors que le futur nous a ouvert toutes grandes ses
portes, que plus rien ne nous dérange et que, finalement, nous pouvons
avancer. Nous devenons cohérents, dans le sens où nos paroles et nos gestes
expriment le même message, et où nos mots rejoignent les espérances
encodées dans notre structure profonde.
Pour construire des relations enrichissantes avec les autres, nous devons
nous mettre en phase avec eux d’une semblable manière. Nous devons
d’abord nous accorder à ce qu’ils sont après avoir patiemment écouté,
observé et ressenti.
Je sais, ce n’est pas facile. Surtout que j’entends les gens me dire :
« C’est toujours moi qui écoute, et pas lui » ou « J’ai fait les premiers pas
alors qu’elle ne fait rien ». Mais qu’avons-nous fait pour ne jamais être
écoutés ? Peut-être est-ce nous en réalité qui n’écoutons pas. Avant d’être
écouté et reconnu, il est bon de donner cette écoute et cette reconnaissance
à l’autre. C’est l’entraînement qui fait de nous de meilleurs
communicateurs.

Mondes visible et invisible


Voilà une appellation plutôt étrange. À quoi fait-on référence exactement
lorsqu’on utilise le terme « invisible » ? S’agit-il de la cape d’invisibilité
d’Harry Potter, le célèbre magicien de J. K. Rowling ? Pas vraiment.
Métaphoriquement, c’est vrai, la magie est en lien avec ce que nous
qualifions d’invisible. Pour nous, c’est une façon d’englober un maximum
de choses dont on ne connaît pas bien le fonctionnement et qui ne peuvent
être prouvées mathématiquement avec les moyens que nous connaissons à
l’heure actuelle. Nous mettons le tout dans une grande généralisation.
Comme le dit Gregg Braden, dans son livre La guérison spontanée des
croyances, tout au long de son évolution, l’homme est parvenu à découvrir
des aspects encore inconnus de la composition de l’Univers grâce à de
nouveaux appareils de mesure. Comme si chaque apprentissage nouveau
apportait l’appareillage nécessaire à son étude.
Il y a deux mondes dont nous avons conscience d’être. D’abord, le
monde visible, celui que nous expérimentons tous les jours dans la matière.
Les meubles de la maison, l’automobile, les biens et les objets que nous
pouvons voir, toucher, entendre ou sentir en font partie ; notre famille aussi,
ainsi que nos voisins et tous les gens que nous croisons avec nos yeux.
Déjà, au téléphone, notre conscience change. Nous parlons à une voix tout
en tenant un récepteur dans notre main et en imaginant la personne qui
répond à l’autre bout. Pas de preuve absolue que tout cela n’est pas le fruit
de notre imagination. Tout le monde le fait, n’est-ce pas ?
Le monde visible est celui avec lequel nous avons une interaction
visuelle avant tout, et en même temps celui dans lequel nous croyons
qu’objets et choses sont vrais. Prenons l’exemple de gens qui voyagent et
qui reviennent au pays avec plein d’histoires à raconter et une multitude de
photos à montrer. Nous les écoutons attentivement et regardons les
photographies en tentant de faire correspondre les récits et les lieux. Sans
que nous y soyons nous-mêmes allés, nous arrivons à concevoir ce qu’ils
disent. Il ne nous vient pas à l’esprit qu’il peut s’agir d’une machination
collective pour mousser les ventes d’une compagnie d’aviation. Pourtant,
quelqu’un a bien dit un jour que la terre était plate !
Le monde invisible est tout aussi présent. Peut-être sommes-nous un peu
sceptiques quant à cette appellation, ou peut-être est-ce uniquement de la
méconnaissance. S’il est invisible, cela implique que nous ne le voyons pas,
mais, comme pour le téléphone et les voyages, ne pas voir ne veut pas dire
que rien n’existe. Prenons l’exemple de nos sentiments.
L’amour, à divers degrés, semble être une expérience que nous avons
tous vécue. Pourtant, l’amour ne se voit pas, il se ressent. L’amour n’est pas
un cœur rose et bleu sur une carte, ni une boîte de chocolats. C’est le cœur
qui devient fou lorsqu’on voit celui qu’on aime, les papillons dans le ventre
ou les frissons d’engourdissement, selon celui qui l’expérimente. L’amour
existe, nous le savons.
Il en est de même pour la fierté, l’espièglerie, la colère ou l’empathie,
pour ne nommer que ces états-là. Tous sont réels, pourtant ils n’ont pas de
forme explicite que l’on connaisse, pas de couleur précise non plus : ils sont
et c’est tout.
L’empathie est cette belle faculté de se mettre à la place de l’autre. Par là,
nous tentons d’imaginer son histoire, le déroulement des événements selon
ce qu’il nous dit. Nous imitons un sentiment qui s’apparente à ce que la
personne ressent afin qu’elle se sente comprise, épaulée. Nous espérons
même mieux pour elle. En dedans de nous, nous souhaiterions sincèrement
que tout cela ne soit jamais arrivé parce que nous en sommes tout aussi
bouleversés. Nous pouvons imaginer comment elle se sent. Bien sûr, tout
cela demeure toujours très hypothétique, mais nous avons quand même
l’impression que ce que nous faisons en pratiquant l’empathie fonctionne,
car la personne s’en retourne chez elle dans de bien meilleures dispositions.
Le monde invisible, voilà un peu ce que c’est. C’est un monde où la
sensorialité est différente. C’est le petit doigt qui nous dit quelque chose.
C’est l’empathie, c’est l’amour. Scientifiquement, l’invisible se mesure et
se calcule. Ce sont des ondes, des fréquences que nous ressentons et qui ont
le même impact sur les choses que les choses elles-mêmes. Quand nous
rougissons devant un compliment, quand notre cœur fait un bond à
l’annonce d’une heureuse nouvelle, ces réactions, nous les vivons très bien
dans le corps. Le monde invisible est le monde qui se vit comme ça, de
l’intérieur.
Les facultés du cerveau droit
Nous ne mettons pas beaucoup l’accent sur les facultés de l’esprit.
L’imagination, la création, l’intuition ne font pas partie des facultés dont on
nous a fait mention quand nous étions enfants. L’éducation et l’école
valorisent les qualités relatives au cerveau gauche. La logique, l’esprit
scientifique et mathématique, le langage, l’analyse sont des facultés
mentales très prisées parce que nous les associons directement à une
certaine qualité de vie.
Socialement, l’homme de science possède un plus brillant avenir qu’un
artiste peintre, et c’est dommage, car les deux contribuent pareillement à
faire avancer le monde. Ce qui fait en sorte que les qualités associées au
cerveau droit – sentiments, ressentis ainsi que connaissances non verbales
du domaine de la pensée et de l’idée – sont reléguées plus souvent
qu’autrement aux oubliettes. Nous n’écoutons pas notre petite voix, ni
l’idée qu’elle nous soumet. C’est ce qu’on nous a appris à faire, autrement
nous étions considérés comme de fortes têtes. Bref, ce sont nos croyances.
L’être humain possède une sensorialité propre à son espèce. Les chiens
ont un flair beaucoup plus puissant que le nôtre. Les éléphants réussissent à
dénicher un point d’eau à des jours de marche de distance. Les ours
trouvent toujours le meilleur endroit pour se nourrir de baies. La liste est
longue lorsque nous décrivons l’instinct des animaux.
Comme eux, nous avons l’intuition, mais peu d’entre nous l’écoutent.
Pourtant, notre intuition est une faculté de l’esprit à valoriser autant que de
savoir compter. Ce n’est pas un quelconque message de l’au-delà ; c’est un
message qui vient de nous-mêmes. L’intuition se présente en nous, par notre
ressenti. Elle prend vie ainsi et nous signale les choses de la même manière
que l’instinct le fait pour les animaux.
Notre sensorialité est assez fine pour repérer un point d’eau dans le
désert : elle n’a pas de limites. Les limites, nous nous les imposons nous-
mêmes, parce que nous préférons croire ce que nous dicte la logique des
autres plutôt que ce que nous envoient nos propres impressions. J’ai le
sentiment que cette route-là est la bonne, mais je vais choisir l’autre parce
qu’on me l’a dit.Les idées de génie viennent au monde grâce aux gens qui
ont su croire à leur intuition.

Intuition et intention, comment s’en


sortir ?
L’intuition est un peu comme un GPS interne. Plus sophistiquée certes que
la machine, elle se manifeste à l’intérieur de nous par l’entremise d’une
émotion. Cette dernière est agréable quand, par exemple, nous avons une
indication précise qui nous permet de raccourcir le temps de recherche d’un
endroit en particulier. Je le savais, nous dirons-nous intérieurement. Elle
s’avère désagréable quand une petite cloche sonne pour nous dicter de ne
pas faire telle action ou de rencontrer telle personne. C’est drôle à vivre,
nous le savons. Cette manifestation de l’intuition n’est pas tellement une
question de hasard puisque, si nous ne l’écoutons pas, les circonstances font
qu’ultérieurement nous nous répéterons ces mots : J’aurais donc dû écouter
ma première idée !
Lorsque l’émotion se présente, nous pouvons deviner qu’il s’agit de
notre intuition. Tantôt soudaine, nous associons alors cette impression, ce
ressenti avec l’expérience qui se déroule au présent. J’ai ressenti un froid
quand je suis entré dans la pièce, comme si quelqu’un y était encore.
L’intuition nous apparaît quand nous nous posons des questions bien
précises puis que nous les oublions. Elle vient nous souffler des réponses,
subrepticement.
L’intuition reste tout de même du domaine de l’inconscient et des
engrammes que lui seul a enregistrés dans ses canaux profonds. Il sait les
choses beaucoup plus que la conscience que nous avons de ces choses et
nous apporte ses connaissances au moyen d’éclairs de génie, de rêves la
nuit ou encore de coïncidences le jour.
Dans l’intuition, il y a aussi ce petit quelque chose qui vient du cœur,
comme une certitude, une conviction profonde. C’est fait pour nous. Nous
le savons. Par contre, quand l’intuition est analysée par notre esprit
conscient, elle perd immédiatement de sa force. L’héritage intuitif dérive
alors dans le rationnel, où les doutes, les inquiétudes, les peurs prennent le
relais.
De cette manière, nous transportons un élément complètement pur et
beau dans nos filtres de la pensée. Un peu de la même manière que l’on
raffine le sucre, nous réussissons parfois à éliminer les doutes envahissants,
à bonifier cet élément pour lui permettre d’arriver encore sain dans notre
conscience ; mais la plupart du temps nous détruisons son essence. Bien
évidemment, nous validons ces choix de vie plus rationnels. Lorsque le
mental fait fi de l’intuition, les messages filtrés qui parviennent de
l’inconscient sont ceux qui s’accordent parfaitement avec nos choix. Et
ainsi, nous nous perdons, nous nous embourbons dans nos propres
mensonges.
Un mystérieux guide
L’intuition revêt un costume de mystère parce qu’elle est méconnue. Elle
utilise un langage tellement différent de celui que nous sommes habitués
d’entendre que nous préférons penser être un peu fous. C’est parfois très
attirant, comme une force d’attraction, comme l’élan qui pousse l’oisillon
en bas du nid. Nous effectuons alors cette chute folle tout en espérant que
nos ailes s’ouvriront en temps voulu. Ça demande beaucoup de courage,
une grande foi.
Pourtant, l’intuition agit pour nous comme un guide. Elle nous évite bien
des problèmes, nous dirige mieux. Elle nous montre notre chemin, car elle
sait de quoi sont faites nos aspirations les plus belles. C’est à nous
d’apprendre à écouter les coïncidences de la vie, de les appliquer lorsqu’il
s’agit de nous uniquement, car l’intuition nous est propre, elle ne s’adresse
qu’à nous.
Lorsqu’il s’agit des autres, les impressions que nous avons à leur sujet ne
s’accompagnent généralement pas de leurs sentiments propres. Mieux vaut
alors s’abstenir de révéler quoi que ce soit qui pourrait contrevenir à
l’essence même de l’être. En d’autres termes, il ne nous appartient pas de
gérer ou de connaître la vie ou le futur des autres. Tout ce qui nous importe,
c’est de comprendre et d’aimer la nôtre, et pour ce faire, il faut d’abord en
avoir l’intention.
L’intention fait des miracles
Le Dr Wayne Dyer écrit dans Le pouvoir de l’intention une phrase
importante : « Devenez à l’image de l’intention et vous pourrez créer tout ce
que vous contemplez. » Ne plus faire qu’un avec ce pouvoir nous aide donc
à transcender les filtres de l’ego pour devenir un esprit créateur.
L’intention n’est pas un don magique que certains ont reçu, et en même
temps c’en est un, car cette simple chose peut faire bien des miracles. Or,
nous possédons tous ce pouvoir. Il représente un acte de la volonté, donc
une action issue de notre esprit conscient. Lorsque nous voulons ou que
nous désirons profondément quelque chose, l’intention nous invite à faire
un effort, à instaurer une discipline, à le vouloir vraiment, à le désirer
profondément. L’intention suppose une action, ou des actions. C’est un
engagement à faire cette action en vue d’obtenir l’objet de notre désir.
On donne forme à une intention par la volonté. J’ai l’intention de faire
ceci ou cela aujourd’hui implique immédiatement une action dans notre
esprit, mais pas obligatoirement un geste ; il peut, par exemple, s’agir d’une
pensée positive à envoyer intentionnellement à quelqu’un. Il est bon
d’énoncer une intention pour chacune des choses que nous souhaitons faire
quotidiennement, cela en augmente toujours la valeur.
Si je veux quelque chose et que je formule mon désir en utilisant ces
mots : Je veux ceci ou cela, le message que j’envoie alors dans le grand
entendement de ma conscience en est un qui m’informe que ce désir réside
à l’extérieur de moi. Or, comment pouvons-nous être l’instigateur d’un
désir du cœur, par exemple, et songer que ce désir vit quelque part à
l’extérieur de nous, qu’il existe ailleurs, dans une bulle séparée ? Cela
revient à dire que rien ne nous relie alors à ce désir. Nous imaginons
pouvoir l’attraper au vol peut-être, lorsque les conditions seront plus
propices, tout en ignorant que ces mêmes conditions, c’est nous qui devrons
les créer. Même si nous lançons un appât, comme à la pêche, faibles sont les
chances d’attraper notre désir, puisqu’il est en nous.
L’action, notre action, représente ce qui nous relie au désir et le pouvoir
de le rendre matériel. C’est le petit moteur qui part de nous et nous met en
mouvement. Pour aller vers ce que notre esprit attire, il fait en sorte que le
mariage de deux fréquences crée une association parfaite. Car c’est d’une
association qu’il est question. Je veux ceci ou cela définit une motivation
externe.
Uniquement par la formulation que j’emploie, je me sépare de mon désir.
Par exemple, Je veux être riche suppose que je ne le suis pas. Et plus je
souhaite l’être, plus je reste au même endroit, c’est-à-dire dans l’attente de
le devenir. Un jour, dans notre mental, est une représentation inaccessible,
puisque ce jour n’est pas précisé, ni dans la durée ni dans l’action.
Comment alors faire en sorte de devenir ce que nous désirons être ?
Eh bien, en nous associant à cette richesse, par exemple, en changeant les
croyances qui nous séparent de cette unique fusion. La fortune est là déjà
pour quiconque enlève les filtres qui le séparent de sa claire vision. Ce que
l’on saisit et garde pour soi suppose, sans l’ombre d’un doute, qu’il n’y en a
pas pour tout le monde. Encore une fois, par ces pensées, nous créons le
manque. Donc, vouloir quelque chose que l’on a déjà est aberrant, car notre
propre volonté nous sépare de la chose.
Tout ce qui existe est ici pour évoluer. Et l’évolution de la vie est une
marche vers l’avant, un cycle éternel. Intentionnellement, ce pouvoir nous
invite à faire prospérer les choses. Il nous invite à réaliser le mouvement, à
comprendre l’impermanence des choses et à en promouvoir la
multiplication. Dans l’esprit, le billet de dix dollars que j’offre à quelqu’un
n’est pas un montant que j’ai en moins, c’est plutôt un investissement pour
faire naître la prospérité chez l’autre et participer activement à son
avancement. Par un simple geste comme celui-ci, nous entretenons dans
notre esprit des pensées d’abondance.
Nous pouvons soit regarder le train passer, soit monter dedans. Dans un
cas, nous nous dissocions de ce que nous sommes véritablement ; dans
l’autre, nous nous y associons pleinement. Nous ne possédons rien des
choses autrement que par l’esprit. Rien n’est permanent, tout change. Nous
avons peut-être l’impression que les possessions matérielles nous
enrichissent. Pourtant, avec un peu de recul, nous réalisons que tout ce que
nous possédons se détériore, suivant un cycle de nouveauté, de croissance,
de déclin et de mort.
En fin de compte, l’argent circule toujours sans que jamais nous
puissions l’arrêter. Plus on le garde, moins on en obtient. C’est comme
nager à contre-courant. Plus on laisse aller le courant des choses sans
vouloir le contrôler, plus on laisse les choses être, et plus on se trouve à
donner. Et plus on donne, évidemment, plus on reçoit, car nous engendrons
dans notre esprit une association pleine et infinie qui implique qu’il y en a
encore et encore.
Notre intention doit être formulée en tenant compte de cela. Ce qu’il
nous incombe de faire, c’est de laisser la vie suivre son cours et de nager
dans le même sens qu’elle, dedans.

Le raffinement des sens


J’ai passé plusieurs années sur une ferme équestre à observer les chevaux et
à tenter de comprendre leur langage. Comme nous le savons, ils utilisent
plusieurs sons, qui vont de l’ébrouement au hennissement en passant par les
cris aigus de colère ou de détresse.
Le sens des sons qu’ils emploient diffère selon l’intonation, l’intensité, le
contexte, le sens de la communication ou le message qu’ils veulent
transmettre. Par exemple, un hennissement peut tantôt vouloir dire : Où es-
tu ? – Enfin, te voilà ! – Qu’est-ce que tu fabriquais ? – Attention, les amis,
j’arrive ! Sauvons-nous, il y a du danger là-bas, ainsi qu’une panoplie
d’autres messages selon qu’ils soient exprimés par un poulain, une mère, un
étalon ou toute la horde en même temps.
Les chevaux ont un langage précis, finement élaboré, et dont
l’interprétation ne doit se faire que selon la perspective de l’animal, c’est-à-
dire en oubliant notre propre modèle du monde. Pour parler cheval, nous
devons vivre comme lui, selon sa nature propre, son mode de
fonctionnement, son instinct, son histoire de vie. C’est alors que nous
parvenons à déchiffrer véritablement la richesse de son langage. Sans cela,
nous interprétons ce que nous entendons selon nos références mentales
humaines.
Les chevaux sont cependant beaucoup plus à l’aise avec l’expression du
corps. Un très petit mouvement d’oreille suffit pour avertir le groupe entier
qu’un bruit étranger a été repéré au loin. Cette facilité qu’ils démontrent à
observer les détails du corps favorise la relation que nous développons avec
eux. Ils reconnaissent nos intonations de voix et les associent à des états
d’être. Ils comprennent nos attitudes, nos intentions, nos intuitions grâce à
notre langage non verbal. Leur sensorialité fait en sorte que, par la simple
pensée, ils devinent le moment exact où nous désirons passer au galop.
Leur écoute est extrêmement précise, leur vision phénoménale, leur
odorat assez raffiné pour sentir que notre corps dégage des odeurs
chimiques associées tantôt à la peur, tantôt à la joie. Enfin, ils captent la
variation des températures au niveau des champs énergétiques. Quand une
mouche vole à une vingtaine de centimètres de la robe d’un cheval,
immédiatement elle est ressentie et chassée.
Ainsi, dans un groupe de chevaux broutant tranquillement de l’herbe,
l’harmonie qui existe entre eux est presque perceptible. Ils vivent selon une
hiérarchie où chaque animal a sa juste place, allant du plus responsable au
plus souple. Ils passent de ce fait par quatre grandes catégories, et la place
allouée à chacun est bien acceptée de tous. Voilà peut-être le secret de leur
belle harmonie.
Un élément nouveau
L’arrivée d’un nouvel animal perturbe instantanément l’ensemble du
groupe. Cette perturbation perdure jusqu’à ce que le rang du nouveau venu
soit bien établi. Pendant ce temps, on remarque aisément à quel point la
horde est affectée. Tous les chevaux sont affolés et courent dans tous les
sens. Le système équin se défait complètement et la hiérarchie se réorganise
juste parce qu’un nouvel élément s’intègre au groupe.
Pour certains animaux, le stress vécu alors est si intense qu’il engendre
des conséquences notoires sur l’équilibre interne. Nous pouvons voir ces
bêtes, au bout de quelques heures, étendues au sol, fourbues, incapables de
se relever. Nous avons tendance à considérer ces chevaux comme des
faibles, un peu comme nous le faisons pour les humains. Ils sont tout de
suite trop anxieux, trop nerveux, alors que quand la hiérarchie est bien
établie, tous les membres vivent paisiblement le bonheur que chacun
espère.
Ce qui leur importe en fait n’est pas tant le rang qu’ils occupent que
l’harmonie qui doit exister dans l’ensemble. Pour cette raison, nous verrons
souvent un cheval, autrefois dominant, céder sa place à un autre afin que
l’entente règne à nouveau au sein de la horde. Pour eux, dont le raffinement
sensoriel priorise un équilibre global sur le plan énergétique, le
synchronisme est vital. Et chacun est prêt à investir de sa propre énergie
pour assurer la survie de tous.
La synchronisation, une sagesse de l’ensemble
Il est curieux de constater à quel point les animaux que nous qualifions
d’inférieurs à nous semblent avoir compris ce qu’est le sens du bonheur et
de la paix. Des concepts comme le don de soi, l’amour inconditionnel, le
moment présent et le respect des aînés, pour ne nommer que ceux-là,
s’avèrent souvent mieux intégrés chez eux que chez nous. Est-ce à dire que
la sensorialité dont ils font preuve les place à un rang bien supérieur ? Peut-
être.
Le raffinement des sens dont les animaux témoignent représente pour
nous un enseignement de vie considérable. Il est bon de nous en soucier. Ils
sont là pour nous montrer qu’il y a autre chose plus loin que le bout de
notre nez. En vérité, les animaux n’ont rien à apprendre de nous. Ce qu’ils
sont fondamentalement correspond à leur véritable nature. Un constat qu’ils
ont déjà accepté. Un chien de chasse a les attributs nécessaires pour la
poursuite du gibier, alors qu’un chat domestique possède l’agilité et les
ressources nécessaires pour se débrouiller été comme hiver.
Partout autour de nous se trouvent des merveilles, et à chaque
apprentissage la découverte s’amplifie à l’infini. En réalité, notre système
sensoriel, c’est notre lien avec l’extérieur. Pouvons-nous imaginer explorer
la jungle comme le fait une hyène, un éléphant ou un zèbre ? Pouvons-nous
nous représenter la vie dans la peau d’un ver ? Qu’est-ce qui peut constituer
une difficulté et que signifie le temps lorsqu’on est une pivoine ou un
cactus ?
Les sens pour nous sont autant de recettes pour comprendre. Le
raffinement de ces canaux se produit quand, par synchronisme, nous
parvenons à déchiffrer le monde de l’autre exactement comme il est. Nous
le faisons inconsciemment dans la vie courante, mais la conscience de cet
état d’être apporte une valeur ajoutée à la notion d’interrelation et d’unité.
La synchronisation, à première vue, semble une forme d’empathie et de
mimétisme. Certains la définissent comme une manière de se mettre dans la
peau de l’autre. Pour appuyer cela, un proverbe chinois nous suggère de
marcher cent kilomètres dans les chaussures de quelqu’un afin de découvrir
qui il est, et ce n’est pas bête.
Parce que pour apprendre à apprécier tout ce qui vit et la vie en tant que
telle, nous devons le faire sans juger, et cela demande avant tout de mettre
de côté l’ensemble de notre personnalité. Apprécier n’est pas rechercher la
beauté par rapport à soi, ni analyser ni comprendre en lien avec ses
références internes ; c’est le faire par rapport à rien d’autre que ce qui est là
devant soi.
Pour apprécier l’autre complètement, nous devons vivre comme lui,
selon sa nature propre, son mode de fonctionnement, ses intuitions, son
histoire de vie. Nous simulons une pleine incarnation de ce qu’il est juste
pour expérimenter le monde à sa façon. Donc, pour apprécier la vie, nous
devons, de la même manière, l’incarner complètement. C’est alors que nous
parvenons à déchiffrer véritablement la richesse et la beauté qui existent en
toute chose.
Ce qui nous différencie des animaux est ce mental, cet intellectuel
précieux qui nous permet certes d’évoluer en tant qu’espèce, mais qui nous
impose aussi quantité de limites quant à notre vision de l’au-delà. J’utilise
ce terme qui peut-être ramène certains d’entre nous à une dimension
spirituelle ; pourtant, l’au-delà n’est que ce qui existe après que les mêmes
limites ont été dépassées.
Les animaux regorgent de leçons de vie, comme tout ce qui existe
d’ailleurs. Prenons exemple sur eux. Ouvrons-nous à la perfection de
l’univers qui nous entoure et recherchons-y la perfection, par le raffinement
de nos sens.
Une autre façon de communiquer

La causalité corps-esprit
« Il est vrai, sans mensonge, certain et très véritable : ce qui est en bas est
comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas,
et par ces choses se fait le miracle d’une seule chose. » Voilà ce qu’il y a
plus de deux mille ans déjà écrivait Hermès Trismégiste, auteur de la très
célèbre mais très controversée Table d’Émeraude.
Dans ces mots nébuleux, peut-être difficiles à comprendre pour nous
aujourd’hui, il nous explique sans équivoque le rapport de causalité corps-
esprit, le rapport simple de la cause et de l’effet. L’un des sept principes
hermétiques, la causalité est appelée le principe de correspondance. Cela
implique qu’il existe toujours un lien qui relie entre eux les phénomènes
dans les différents plans de l’être.
Toute cause a son effet, et tout effet a sa cause. Cette affirmation suppose
que le hasard n’existe pas. Rien n’est fortuit, en vérité. Ce qui arrive à
chacun de nous dans la vie est lié étroitement à ce principe de
correspondance. Tout est le fruit de ce que nous avons voulu ou souhaité à
un moment ou à un autre de notre vie.
L’homme n’exploite que dix pour cent de son potentiel réel, dit-on. Je me
souviens que la première fois où j’ai entendu cette phrase, j’ai tenté
d’imaginer ce que serait la vie si nous étions fonctionnels à cent pour cent :
de la véritable magie ! Pour moi, nul ne connaît de réponse à cela. Mais
c’était sans savoir que ces mots qui traversent les époques ont eux aussi une
histoire qui les unit.
Il est dit qu’en éveillant notre esprit, en nous élevant au-dessus du niveau
de conscience ordinaire, nous pouvons devenir la cause au lieu de l’effet, et
bénéficier ainsi de ce que nous avons créé nous-mêmes de plus beau. Grâce
à notre conscience d’être, cette possibilité nous permet de travailler
directement à la transformation de la matière, à ce qui est présent dans notre
corps, dans nos vies.
Nous avons le choix de nous laisser porter par nos croyances, par nos
conditionnements, par nos mémoires cellulaires. En utilisant notre libre
arbitre, nous choisissons soit de créer notre réalité, soit d’agir comme des
pions sur un échiquier. Lorsque nous prenons conscience du pouvoir
intrinsèque que nous avons sur nos propres vies, sur les événements et sur
les choses, comment pouvons-nous continuer à vivre tout en laissant notre
inconscient demeurer aux commandes ?
Rhonda Byrne dit : « Tout votre pouvoir de créer se situe dans la
conscience que vous avez de ce pouvoir... et dans votre capacité à en
demeurer conscient. » L’éveil de l’homme est l’éveil de sa propre
conscience. C’est là l’appel de son être. Cette évolution l’invite à devenir
toujours plus conscient des informations cachées ou ignorées contenues
dans son inconscient, toujours plus conscient qu’il doit faire confiance à
cette partie de lui dont il ne sait rien.
La conscience est un état que nous pouvons accueillir en nous grâce à un
entraînement. C’est un effort au début et un engagement à maintenir cet
effort par la suite. Nous ne sommes peut-être pas habilités à rendre
conscient tout ce qu’il y a dans l’inconscient, mais le fait de savoir que nous
ne savons pas tout des choses est suffisant pour nous pousser à poursuivre
notre quête. En développant notre foi, notre acuité, nous commandons
consciemment ce que nous désirons recevoir dans la vie. Nous le
demandons à cette partie de nous qui manifeste les quatre-vingt-dix autres
pour cent de nos potentialités.
L’épopée d’Ulysse
Nous savons que ceux d’entre nous qui choisissent le plus facile des
chemins répondent ainsi à l’instinct de survie des générations passées.
Comme dans le voyage d’Ulysse, l’homme fuit et se complaît sur l’île des
plaisirs et de la facilité. Puis, ivre de tous ces plaisirs, il se rend compte de
l’ampleur de ses chaînes. Alors qu’il se croyait libre de faire des choix, il en
devient vite l’esclave. Sa chute le place dans une position de survivant et
l’emprisonne toujours davantage. Une triste fatalité, mais le choix de
personne.
Heureusement, l’homme évolue. Ce qu’il est aujourd’hui se présente à
nous différemment. Nous évoluons, laissant notre passé là où il doit être.
Notre cerveau change, notre corps change, notre environnement change, et
tout cela ne cesse d’évoluer vers plus de subtilité, même si nous avons
l’impression que c’était mieux hier.
Chaque époque a son lot de misères et son lot de joies. Pour alléger la
souffrance du monde, idéalement il nous faudrait arrêter de nous plaindre au
sujet du voisin et de ce qu’il n’a pas fait et commencer dès maintenant à
faire notre part. L’appui des milliards d’humains qui habitent sur la terre
avec nous est nécessaire, mais nous n’avons le contrôle que sur nos propres
paramètres.
N’attendons pas que les autres agissent. Nous avons tous en nous la
faculté de maîtriser nos vies. L’éveil de l’homme d’aujourd’hui nous élève à
un niveau de conscience supérieur où nous pouvons atteindre la pleine
maîtrise de notre ego et de notre personnalité. Au lieu de réagir devant les
événements de la vie, nous devenons enfin celui qui crée. Nous dominons la
causalité plutôt que d’en être le jouet, l’effet.
Plus qu’une équation
Par définition, la causalité est la loi de cause à effet. La cause est la graine ;
l’effet est le fruit issu de cette graine. Plus subtilement, la cause est la
pensée qu’on entretient envers une personne ou un événement, ou encore
une image de soi-même ; l’effet est le résultat de cette pensée : une bonne
ou une mauvaise estime de soi, un événement heureux ou une catastrophe.
Cause et effet sont deux états consécutifs. Ils dépendent l’un de l’autre,
bien sûr, et sont également complémentaires. Donc, s’il n’y a pas de cause,
il n’y a pas d’effet non plus. S’il n’y a pas d’effet, c’est qu’il n’y a jamais
eu de cause au départ. Mathématiquement parlant, nous pouvons expliquer
que A, la cause, égale B, l’effet.
La causalité présente des caractéristiques plutôt élémentaires. Il est dit
que telle cause produit tel effet. Encore une fois, A = B de par leurs natures.
Par exemple, si nous plantons un grain d’avoine, c’est de l’avoine que nous
récolterons. Les deux sont évidemment de nature semblable. De la même
manière, un grain de millet donne du millet. Finalement, si on change la
cause, on change l’effet.
Il est aussi intéressant de constater qu’une cause ne peut pas produire un
effet à elle seule. Si, par exemple, nous disons que le grain d’avoine donne
de l’avoine, nous simplifions le raisonnement. Dans la réalité, le grain à lui
seul ne produit rien du tout. Pour produire son effet, la cause a besoin de
divers éléments. Sans terre, sans eau, sans soleil, sans soins, rien n’arrive,
tout simplement. Le grain d’avoine dans notre main n’a aucune chance de
devenir autre chose qu’un grain d’avoine.
De même, nous pouvons comprendre qu’une pensée non exprimée, sans
alimentation ni réceptacle, demeure au niveau de l’idée, comme le font le
désir, l’intention, la parole ou l’action lorsqu’on veut faire naître un rêve.
Sous forme d’opération mathématique, nous pouvons formuler ceci : A +
(x, y, z) = B. La cause additionnée à divers éléments produisent ensemble
l’effet. Les lettres x, y et z décrivent ce qu’il faut pour permettre la
réalisation dans la matière de ce que nous avons imaginé de la cause. Un
enchaînement d’éléments, comme dans le cas du pamplemousse. Cet
enchaînement, nous le définissons comme une mouvance, un mouvement
partant de la cause pour aller vers l’effet. Ce qui nous amène à simplifier
l’équation ainsi : A + mouvement = B.
Le mouvement, c’est la vie/
Toujours, dans la cause il y a l’effet. Au présent, nous reconnaissons dans
une cause les potentialités futures. Il s’agit de potentialités, car selon la
mouvance qu’il y a entre les deux, soit la cause reste la cause, soit elle se
transforme en effet. À l’inverse, dans l’effet, nous pouvons présupposer la
cause.
Nous pouvons imaginer qu’il y a eu le grain au début, comme nous
imaginons les éléments qui ont favorisé la création du grain. Ainsi, toute
chose est considérée comme la cause par rapport au futur, ou l’effet par
rapport au passé. Les choses se succèdent de cette manière, indéfiniment.
Tout est relatif aussi par rapport à ce qu’elles complètent.
L’évolution de la cause est tantôt rapide, tantôt lente selon le plan où elle
se trouve, le point de vue d’où l’on regarde ou le rapport qu’on en fait. Cela
peut être immédiat, comme une écorchure qu’on subit en tombant, ou
prendre un temps plus ou moins long : le grain devenant le fruit, par
exemple. On peut même parler d’années ou de siècles lorsqu’on pense à la
guerre de Cent ans, à la Révolution tranquille ou à la libération de tout un
peuple.
Le principe de correspondance nous ramène aux liens qui existent entre
le corps et l’esprit. Dans le corps, nous trouvons l’expression, l’effet de la
cause qui se situe au niveau de la pensée passée. L’abattement ressenti à la
suite d’un échec à un examen, par exemple, produit sur un ensemble de
cellules définies des brisures. Ces dernières sont l’effet exprimé des pensées
que nous avons entretenues sur les événements comme sur nous-mêmes.
L’abattement ressenti en symbolise seulement le mouvement.
Selon la Dre Lilianne Reuter, les émotions sont le point de rencontre
entre la cause et l’effet. Du latin emovere, qui signifie « se mettre en
mouvement », l’émotion est la résultante directe d’une cause, mais elle n’en
est pas l’effet. En vérité, l’émotion illustre bien le lien qui existe entre le
point de rencontre et le mouvement : A + mouvement = B.
Elle se compare à un petit drapeau qui marque l’endroit précis où le
corps a reçu l’information afin de produire son effet. À l’annonce d’une
situation heureuse, les émotions observées en raison de nos ressentis –
sourire, éclats de rire, yeux pétillants, papillons dans le ventre – sont autant
de manifestations qui produisent un effet dans l’ensemble du corps. Le
bouton de rose, grâce à l’eau qui l’alimente, s’épanouit et nous montre toute
sa beauté. Voilà ce qui se passe dans notre corps : selon les événements,
selon l’émotion, il fleurit ou se dessèche.
L’émotion se manifeste à nous par l’expérience du ressenti au niveau du
corps. Ce ressenti nous annonce uniquement le point de départ de la
mouvance qui ira dans un sens ou dans un autre. C’est aussi une sensation
réactionnelle à la cause, très impulsive, qui contient cette même cause. Elle
a donc en elle beaucoup d’informations.
L’effet varie, à partir de ce point, selon la conscience que nous
développerons de cette émotion. Et cette conscience, nous le savons, ne
retient en priorité qu’une partie de l’information puisque nos
conditionnements et nos croyances limitent la capacité d’absorption de nos
canaux sensoriels. L’émotion influe sur le corps. Elle produit son effet et
reste une expérience strictement personnelle.
Elle ne se compare à aucune autre parce qu’elle découle d’un contexte
toujours très précis. Chaque émotion que nous vivons nous parle, chacune
est particulière. Par contre, pour chacun de nous, le résultat de son langage
est le même. Une émotion est soit agréable, neutre ou désagréable, rien
d’autre. Ni bien ni mal, elle est.

Les blessures interfèrent


Une blessure physique externe est facilement identifiable à l’œil nu. À la
suite d’une coupure, par exemple, notre raison nous invite à lui offrir les
meilleurs soins possible. Nous connaissons la façon de faire pour avoir
peut-être déjà vécu ce type d’événement. Il y a d’abord une prise de
conscience de la douleur, puis le nettoyage, la désinfection et les
pansements. Généralement, en faisant ces actions, on fait au mieux.
Les blessures intérieures, elles, sont imperceptibles. On ne les voit pas.
Ce que nous savons d’elles, sans contredit, c’est qu’elles n’ont pas reçu le
même traitement puisque lors d’événements ciblés elles refont surface et
explosent en nous comme des bombes. Ce qu’une coupure bien cicatrisée et
bien guérie ne fait pas. Peut-être ne connaissons-nous pas encore les
meilleurs soins pour ce type de blessures. Une chose est sûre, elles ont des
besoins.
Certaines personnes développent la capacité de lire le corps. Par les traits
du visage, les rides, la posture, elles peuvent déjà avoir un aperçu de ce que
le corps contient comme histoire de vie, comme messages qu’il transporte
profondément en lui. Ce qui est à l’intérieur se reflète à l’extérieur par
l’entremise d’indices très visibles. Nous trouvons dans chacun des plans de
l’être une trace de la blessure initiale qui se laisse découvrir par des signes.
On peut comparer notre système neurologique à un moyen de
communication liant les organes, les tissus et les cellules entre eux. La
perfection de cette communication nous échappe, cependant. Évidemment,
ce vaste réseau est directement relié au cerveau, comme le sont les
terminaux d’un grand ordinateur. De même, notre cerveau gouverne et
enregistre toutes les informations qui circulent partout dans le corps,
jusqu’aux plus petits échanges cellulaires. Il enregistre tant les messages
externes captés par notre sensorialité que ceux venant de l’intérieur. Une
part se dirige vers notre esprit conscient, comme nous le savons ; une autre
part, beaucoup plus grande, plonge alors dans l’inconscient.
Il y a également une trace qui termine sa course dans notre âme. Sa
manifestation est si raffinée qu’elle se dérobe à notre conscience, comme un
savon qu’on tente d’attraper. Elle communique à sa manière, habilement,
mais peut-être trop finement pour ce à quoi nous sommes habitués. Nous
devons, pour l’entendre, adopter une attitude plus juste, plus nette. Une
attitude qui permettra d’en libérer l’expression. L’âme a sa place aussi dans
ce que nous sommes, et par la proximité créée par une même expérience,
des liens en nous se créent. Tout est vécu partout à la fois.
Le stress engendre des perturbations
Nous partons du principe que nous naissons tous parfaits. Parfaits dans le
sens où nos cellules, à la naissance, ne contiennent pas d’altérations liées à
la maladie. Les cellules peuvent présenter des malformations, certes, mais
ces dernières restent tout de même saines. Être malade implique qu’à la
base il y avait la santé.
Quand, à l’intérieur de nos fines structures cellulaires, s’imposent
violemment des éléments étrangers, le stress par exemple, des impressions
désagréables s’installent. Nos structures, dans leur raffinement, réagissent
immédiatement à cette information étrangère en en limitant le libre passage.
Cette limitation devient alors le lieu exact où apparaît une
communication organique perturbée, puisqu’à partir de là l’information se
trouve détournée de son objectif premier. Après une expérience vécue, nous
constaterons parfois la formation de bris, de nœuds ou de lésions cellulaires,
selon l’étendue du choc. Dans le fond, plus le choc initial est intense, plus
les sillons laissés en nous sont profonds.
Dans le même ordre d’idées, le processus de réactivation associé à un
choc très intense adopte une expression toujours physique, toujours plus
violente. Plus la charge émotionnelle a une grande amplitude, plus nous en
sommes perturbés.
Les blessures intérieures conditionnent ainsi nos comportements.
Prenons un exemple pour illustrer cela, celui de quelqu’un qui boite
temporairement. Volontairement, celui-ci évite au début de déposer son pied
à terre par crainte de revivre la douleur. Et il en est ainsi jusqu’à ce que la
guérison fasse son travail et prouve à la personne qu’elle peut recommencer
à marcher normalement.
Nous agissons généralement en bon père de famille envers nous-mêmes
ou les autres, afin d’encourager la guérison. Dans le cas d’un pied, nous
prenons le temps de le soigner. Par contre, nous omettons de remplir nos
devoirs lorsqu’il s’agit de blessures intérieures. Ce qui fait qu’à partir d’un
événement isolé, d’une empreinte, nous décalquons sans cesse l’événement,
comme un copier-coller.
Une blessure au pied nécessite des soins de base. Elle reviendra ensuite
nous visiter dans le temps, épisodiquement, pour signifier qu’elle attend
toujours. Lorsque les manifestations de la blessure augmentent trop en
intensité – émotionnellement parlant bien sûr –, par instinct de survie nous
enfouissons bien profondément ces informations parasites. Toutefois, nous
oublions que, dans ce site d’enfouissement, ce que nous considérons
comme un virus ou un parasite contamine notre système en entier.
À l’intérieur de nous, une partie du système souffre. Nos forces sont
rapidement hypothéquées uniquement en raison d’un manque de soins. La
communication neuronale manifeste alors ce qu’on appelle, du point de vue
quantique, des interférences. L’information passe par des canaux altérés,
quand ils ne sont pas tout simplement obstrués.

La naissance d’une blessure et


l’environnement
Dans son livre Guérir ses blessures intérieures, Daniel Maurin nous
explique que la création d’une blessure intérieure résulte de la collision
entre deux éléments bien définis : un agent externe et une histoire de vie.
Comparons l’humain à un aquarium. L’aquarium représente le corps,
c’est le contenant qui délimite l’endroit où notre personne commence et là
où elle finit. L’eau symbolise la vie, l’énergie qui coule en nous d’une façon
libre et fluide. Coraux, rochers, maisonnettes et autres décorations diverses
sont autant de représentations des éléments qui composent notre histoire de
vie. C’est ce qui fait que chacun de nous construit son aquarium à son
image.
Imaginons le scénario idéal : les décorations sont à leur place, l’eau coule
librement et occupe bien l’espace qui lui est alloué, et les vitres de
l’aquarium sont nettes. Tout est beau, tout est parfait, c’est agréable.
Imaginons maintenant l’introduction d’un agent externe : un poisson, par
exemple. Même si celui-ci modifie à première vue le milieu idéal de
l’aquarium, il apprivoise l’environnement et l’environnement l’apprivoise.
Le poisson étranger sait nager entre les rochers, entrer et sortir des
maisonnettes et se mouvoir dans l’eau avec aisance. Il ne représente pas un
élément agressant pour l’aquarium. Il est donc bien accepté.
Si nous lançons dans l’eau un bouchon de liège, tout se passe
relativement bien encore une fois. L’objet flotte et n’influence pas
négativement les éléments qui composent l’environnement. Par contre, si
nous y projetons une bille de métal, dense et lourde, et que celle-ci entre en
contact au passage avec la branche fragile d’un corail, il y a alors un point
d’impact, un choc.
Ce choc provoque bien sûr une douleur immédiate ainsi qu’une brisure.
C’est la cicatrice de cette brisure qui reste à jamais présente en nous,
comme s’il s’agissait d’une étiquette. D’ailleurs, on peut y lire, comme dans
un musée : Ici, le 9 juillet 1972, à 22 h précises, s’est produit tel événement
qui a provoqué ce que nous pouvons voir maintenant. Le point d’impact est
le point d’éclatement de la blessure, la création de celle-ci.
N’eût été de l’histoire de vie – le corail, dans ce cas-ci –, l’agent externe
– la bille – aurait poursuivi sa route sans heurter quoi que ce soit. C’est ce
qui fait que chacun de nous vit les événements de façon différente. Notre
histoire de vie comporte des éléments placés ici et là issus de nos croyances
ainsi que de nos mémoires acquises ou innées.
On comprend qu’au point d’impact de ces deux éléments, il y a la
douleur. Celle-ci, comme n’importe quelle autre douleur, apparaît au
moment de l’impact. À ce moment précis, le cerveau enregistre
l’information douloureuse dans nos mémoires et en même temps l’envoie
partout dans le corps. En fait, il est question d’un instant uniquement, pas
de toute une vie, et c’est là que le bât blesse. Nous rejouons sans cesse
l’événement tout en souhaitant qu’il disparaisse.
Ce à quoi on fait face s’efface
Accidents, événements traumatisants, stress, handicaps, pertes, échecs,
rejets, trahisons et injustices sont de l’ordre des blessures intérieures. Il
s’agit toujours d’une composante externe qui entre dans un milieu qui n’est
pas prêt à s’adapter à elle. Cette composante crée, au moment du choc, une
empreinte.
Agent externe et histoire de vie additionnés ont pour somme ce troisième
élément, qui est illusoire en fait. Parce que l’empreinte doit être perçue
comme une étiquette qui détermine un endroit, pas comme l’expérience
elle-même. Pourquoi avons-nous l’impression de trimballer des blessures
toute notre vie ? C’est que l’empreinte laissée par le choc initial résonne en
nous lors de chaque événement présentant des similitudes avec celui
d’origine. Comme pour une coupure sur la main, la cicatrice garde l’histoire
en elle, mais la douleur, une fois guérie, n’est plus.
Nous remarquons souvent, lorsque nous nous blessons physiquement,
que pendant un temps nous protégeons notre blessure des agressions
extérieures qui peuvent provoquer de nouveau la douleur. Par exemple,
nous éloignons notre main pour éviter de serrer celle de quelqu’un. Cette
réaction d’éloignement devient un réflexe instantané. Nos mémoires se
souviennent. Pourtant, jamais un événement ne se produit pareillement deux
fois. Les chances sont plutôt nulles.
Dans le cas de blessures intérieures, les phénomènes de résonance en
sont la raison. Ces phénomènes font référence à des échos qui retentissent
dans le corps, comme celui que notre voix produit sur un rocher. Ce sont
toujours les effets de la cause.
Pour expliquer la résonance, prenons la relation qui existe entre deux
violons : un premier avec lequel nous jouons et un second placé simplement
à côté, sur un crochet. À première vue, il n’y a pas de relation. Pourtant,
lorsqu’ils sont accordés au même diapason, le son du premier instrument
l’unit à l’autre. Leur accord parfait parvient à faire vibrer la corde du
second violon alors que c’est sur le premier que nous jouons de l’archet. Si
nous cessons de jouer, la note du second continue de résonner d’elle-même
sans que nous y ayons jamais touché. L’exactitude du son reconnu en
accroît la durée. Nous expérimentons la même chose dans une salle de
concert lorsqu’on accorde tous les instruments en début de spectacle. Ce
son unique emplit la salle longtemps après que tous les instruments se sont
tus.
Le même phénomène est observé lorsqu’il s’agit de la résonance interne.
Notre corps est semblable à une cage de résonance qui amplifie une
vibration. Un simple mot parfois suffit pour provoquer ce phénomène et
réveiller la blessure. Étant donné qu’il ne s’agit pas du choc à l’origine de la
blessure, la résonance se crée à partir de l’empreinte, de l’illusion de la
blessure passée, en fait, que mentalement nous faisons durer nous-mêmes.
Dans cet esprit, Krishnamurti nous invite à être plus conscients de
chaque pensée qui habite en nous, de chaque sentiment. Il nous suggère
aussi de ne pas les juger, ni en bien ni en mal, mais de les observer
simplement afin de nous mouvoir avec eux. Dans cet état d’observation, dit-
il, nous commençons à comprendre tout le mouvement qui unit la pensée et
le ressenti. Le lien du corps et de l’esprit peut alors se dénouer.
Précisons en passant que les poisons de l’âme, tels que la culpabilité, la
peur, la colère, la haine, la jalousie, le ressentiment, l’amertume et la honte,
ne proviennent pas d’agents externes, mais plutôt d’éléments résidents issus
de nos croyances, qui prennent place en nous comme des modèles qui
perdurent de génération en génération. Jacques Salomé en parle
abondamment lors de séminaires sur la méthode E.S.P.E.R.E. qu’il a lui-
même créée. « Papa, maman, dit-il, je prends un peu de ta peine et de ta
tristesse pour que ce soit moins lourd à transporter pour toi. Je prends ta
souffrance, je prends ta colère parce que j’ai l’impression de bien faire et de
pouvoir t’aider ainsi. »
Ce sont des décisions que nous prenons, déjà enfants, des choix de vie
que nous faisons, sans savoir qu’ils nous habitent encore des années plus
tard. Les éléments résidents sont aussi des généralisations, des principes de
moralité issus de la religion ou de la société et que nous avons acquis dès
notre jeune âge, par mimétisme souvent, ou par la répétition. Tous ces
modèles construits dans l’enfance, nous le savons, ont force de loi en nous
sans que nous en ayons vraiment conscience. Ils représentent nos stratégies
mentales, notre mode de fonctionnement, notre réalité. Une réalité qui
parfois est tout à fait excellente, et d’autres fois plutôt mauvaise.

Les étapes de la guérison


Peu importe le reflet que nous avons devant nous, que ce soit le nôtre que
nous apercevons dans un miroir ou celui que nous observons dans les
comportements de notre enfant, c’est toujours de nous qu’il est question.
Dans la vie, nous avons l’impression quelquefois que tous les événements
sont extérieurs à nous. Ce que nous apprenons par les médias nous choque,
nous interpelle. La résonance fait écho, et c’est en nous que nous la vivons.
Ce que nous percevons chez l’autre nous dérange, mais au fond qu’est-ce
que l’autre a provoqué ? Rien qui ne soit déjà là. Mais nous avons peine à
nous reconnaître objectivement dans les autres.
Nous nous disons : Ce n’est pas moi qui fais ça ! Mais c’est nous que ça
dérange, et nous ne pouvons pas accepter ce qui résonne en nous de cette
manière. Nous ne pouvons admettre que nous transportons la même
souffrance que l’autre, parce que ça nous amène à penser que peut-être,
dans des conditions semblables, nous aurions réagi aussi désespérément.
Nous refoulons nos douleurs, nos émotions. Elles nous font peur. Nous
projetons alors systématiquement tout ce qui nous hante et nous fait peur
sur l’ami présent devant nous, alors qu’en vérité il ne fait que nous renvoyer
notre réalité intérieure.
Chaque image de l’autre qui nous heurte de cette manière est un peu le
reflet de nous-mêmes. C’est ce qui fait qu’on se sent bien ou mal avec
quelqu’un. Chaque ressenti dans le corps réagit à sa propre réflexion, tout
comme l’ombre qui nous suit derrière. Toute personne qui se présente à
nous active ainsi une semblable réflexion.
Nous ne savons jamais de quoi il s’agit jusqu’à ce que notre ressenti nous
informe que cette chose nous dérange. L’autre personnifie en quelque sorte
ce que nous reconnaissons de nous en lui. Est-ce notre part d’ombre ou
notre part de lumière ? Indéniablement, c’est l’une ou l’autre, et lorsque
c’est de l’ombre qu’il s’agit, nous renvoyons le tout à bon port. Bien sûr
que ce n’est pas nous, cet autre. Par contre, c’est en nous que résonne la
blessure, et c’est nous qui la ressentons. C’est donc là qu’il nous faut
chercher.
Prendre le temps de regarder dans le miroir intérieur, même si ce que
nous apercevons nous semble repoussant ou trop douloureux, devient
libérateur. Nous ne le faisons pas avec l’intention d’apprendre comment
haïr cette partie de nous, mais afin de comprendre que derrière chaque
souffrance il y a eu, à la base, un besoin qui n’a pas été entendu.
Faire un arrêt dans le temps
« La vie trouve toujours son chemin. » Voilà une citation tirée du film Le
Parc Jurassique qui exprime bien le pont qui existe entre notre esprit
conscient et l’inconscient. Lorsque notre attention dirigée vers quelque
chose diminue, nous refoulons tranquillement des éléments de notre
conscience. Or, les choses qui nous perturbent, qu’elles soient à petite ou à
grande échelle, empruntent souvent ce même chemin. C’est un réflexe que
nous utilisons régulièrement, un mécanisme de défense qui nous aide à
combattre les émotions négatives qui surgissent dans notre conscience.
Devant ces émotions indésirables, nous avons pour habitude de détourner
notre attention. Nous ignorons ce qui nous dérange tout en dirigeant notre
concentration sur autre chose. De cette façon, nous facilitons le passage de
l’indésirable de la conscience vers l’inconscient. L’attention nous sert donc
à faire un choix délibéré quant à ce que nous désirons garder en conscience
et ce dont nous ne voulons plus être conscients.
Nous croyons cependant que, par cette action, l’émotion qui est passée
d’une rive à l’autre s’est totalement dissipée. Vraisemblablement, nous
n’avons fait qu’ignorer une partie vivante qui demande à s’exprimer. Nous
comprenons que toute émotion a besoin que nous lui portions une attention
particulière au moment où elle se présente à nous, comme une écorchure sur
la peau. Or, omettre de le faire et refouler cette émotion l’amène à refaire
surface à travers nos comportements au quotidien.
Ainsi, chaque petit signe ignoré tend à se manifester toujours plus
fortement. Or, il arrive un moment où l’inconscient ne parvient plus du tout
à en contenir les messages. C’est là que la souffrance apparaît, quand ce
n’est plus tolérable. Et quand elle se manifeste enfin, elle est là pour nous
indiquer la nécessité d’y prêter attention.
Prenons l’exemple d’un bébé naissant dont les pleurs annoncent un
besoin. Quel que soit celui exprimé – affection, sécurité, nourriture, chaleur,
présence ou attention –, nous savons que les pleurs du poupon cessent
lorsque le besoin est comblé. Il en est de même pour nos blessures : elles
expriment un besoin. C’est à nous de reconnaître lequel et d’y répondre de
façon autonome. Il n’y a que nous qui savons comment combler le mieux
nos besoins, mais par où commencer ?
La guérison de nos blessures intérieures suit un schéma constitué de
plusieurs étapes : de celle où nous prenons conscience que quelque chose se
passe en nous, à la réharmonisation de tout le système. D’abord,
commençons par nous arrêter. La prise de conscience d’un état qui nous
perturbe commande l’arrêt. Pour entamer une compréhension de cet état
interne, il est bon de favoriser un climat de détente partout dans le corps, de
relâcher un peu tout, d’abandonner la résistance et de détendre notre mental.
Arrêter veut dire s’asseoir un moment et prendre quelques bonnes et
grandes respirations de manière à stopper le tourbillon interne. Cela veut
dire également fermer les yeux et prendre ce moment pour soi, pour se
retrouver soi-même à l’intérieur. Arrêter devient un acte que l’on pose
volontairement parce qu’il nous prépare à faire un premier pas dans la
bonne direction.
Avec la détente et le calme dans le corps, nous préparons la place pour
nous accueillir nous-mêmes dans ce que nous vivons. Nous faisons le vide
en dedans pour inviter ce besoin, cette émotion à nous visiter. Nous ouvrons
toute grande la porte à notre esprit inconscient afin que les messages se
libèrent et que l’information émerge au niveau de la conscience.
N’oublions pas qu’il s’agit de cette partie de nous que nous avons
ignorée, niée, haïe, refoulée maintes fois. Il ne faut pas s’attendre à ce que
tout soit effacé d’un coup de baguette magique. C’est de notre attention que
cette partie a besoin avant tout, alors demandons-lui en toute humilité
d’avoir l’obligeance de se présenter à nous avec courage. Soyons
suffisamment sincères dans notre cœur pour lui offrir cet accueil.
La reconnaissance demande un peu d’humilité
Après l’arrêt et l’accueil, la prochaine étape consiste à reconnaître la peur,
la souffrance ou l’émotion telle qu’elle se présente à nous, à en faire le tour
mentalement comme d’une chose séparée de nous et à l’égard de laquelle
nous pouvons être objectifs et détachés.
Cette étape n’est pas des plus faciles, car elle nous connecte directement
avec l’empreinte de la blessure initiale et la douleur qui y est associée.
S’ensuit alors un torrent d’injustices, d’amertume, de tristesse concernant la
vie en général et qui nous pousse à demander : Pourquoi est-ce arrivé à
moi ? Le pourquoi n’est pas tant ce qui nous intéresse ici que le comment.
Comment faire en sorte que cesse définitivement cette souffrance ?
Le détachement nous aide alors à observer ce qui est là. Cela revient à
exprimer ce que nous reconnaissons. Je reconnais la souffrance qui est là,
ce que je ressens, et je la nomme. Par contre, je ne suis pas cette souffrance
que je reconnais. Elle fait partie de moi, mais elle n’est pas moi.
On peut observer la douleur comme on regarde une blessure sur la peau.
Ce n’est pas beau, à première vue. C’est douloureux. Pourtant, notre
observation nous donne les informations nécessaires afin de lui apporter les
meilleurs soins possible. Est-ce infecté ? Y a-t-il un corps étranger dans la
blessure ? En observant cette dernière avec attention, nous la reconnaissons
exactement comme elle est, sans artifices.
Avec un regard plus soutenu encore, nous prenons conscience des
caractéristiques qui la composent, elle, ainsi que son existence propre.
Comment est-elle arrivée dans notre vie ? Quel est son âge ? J’ai cette
image de moi à 2 ans dans mon parc d’enfant. Je ne sais pas pourquoi ce
souvenir me vient à l’esprit, je ne comprends pas.
S’accepter comme on est
Nous avons abordé l’expérience avec ouverture d’esprit, nous avons pris le
temps de nous rendre accueillants et d’examiner avec attention et
bienveillance ce qui se présente à nous concernant les frontières de
l’inconscient. Maintenant, il nous importe d’entrer dans une période
d’acceptation.
Accepter, alors que ce que nous souhaitions de la vie au départ était
différent. Accepter qu’il y ait dorénavant une écorchure sur notre belle
carrosserie – cela n’a pourtant jamais été notre intention. Accepter le
langage de la douleur, cette façon bien particulière qu’elle a de
communiquer avec nous.
Reconnaître notre responsabilité à l’égard de nous-mêmes et nous
éloigner de l’envie de rendre les autres responsables de tout ce que nous
vivons. Ce que nous n’acceptons pas dans l’histoire de la blessure
représente ce que nous ne sommes pas prêts à accepter de nous-mêmes.
Pourquoi choisir de nous séparer de l’amour ? Est-ce parce que nous
avons été ignorés ou rejetés ? Pourquoi choisir de nous séparer de la paix ?
Est-ce parce que nous avons été maltraités ou battus ? Oui, ces choses, ces
événements se sont produits dans nos vies, mais doivent-ils régir l’ensemble
de notre existence ?
Je me suis mis en colère contre toi. Pourtant, cette colère vient de moi,
elle m’appartient. Toi, en quelque sorte, tu n’as été que le reflet dans lequel
cette fois-ci je me suis regardé. J’y ai alors aperçu ma colère et j’ai cru
faussement que c’était toi. J’ai voulu t’enlever de ma vie pour ne plus
jamais te voir à nouveau. Mais c’est revenu encore à travers un autre, puis
un autre jusqu’à ce que je me rende compte que ce que je trouvais laid en
toi, c’était moi.Voilà ce que nous enseigne Paul Ferrini dans son livre Les
douze étapes du pardon.
Plus nous jugeons les autres, plus nous nous jugeons nous-mêmes
inconsciemment. Tout chemin sombre conduit indubitablement vers la
lumière selon la direction que nous choisissons. Nous devons accepter que
c’est notre choix, cette direction, même si au départ nous ne croyions pas
d’autres chemins possibles.
Acceptons de reconnaître nos erreurs avec humilité. Elles ne sont que des
besoins ignorés, des réponses mal comprises, des balises pour nous remettre
sur le droit chemin. Lorsque nous refusons d’admettre nos erreurs et
d’apprendre d’elles, la culpabilité occupe alors plus d’espace dans nos vies.
Ce que nous projetons sur les autres – les fautes, la rancune, le
ressentiment – nous revient, car en vérité tous ces états n’ont jamais
traversé au-delà des limites de notre âme. Nous ne pouvons tout simplement
pas attaquer les autres sans nous sentir responsables de l’attaque que nous
avons dirigée contre eux. Voilà ce qu’est la culpabilité : un petit drapeau
rouge qui cache la faute – la nôtre – que nous tentons de nous cacher.
Comprendre la leçon pour évoluer davantage
Il y a une leçon de vie derrière tout apprentissage. Les épreuves que nous
recevons de la vie sont à la mesure de notre capacité à les traverser. D’une
certaine façon, c’est nous qui les avons créées, elles naissent de notre esprit.
Les épreuves nous ouvrent l’accès à une compréhension toujours plus vaste,
plus profonde, plus évolutive, à notre demande. Notre principe de vie, c’est
d’évoluer.
Les leçons doivent être des moyens de s’éveiller à plus grand, et non des
restrictions ou des punitions, et encore moins une fatalité qu’il nous faut
subir. Tant que nous pensons de cette manière, nous nous coupons de
l’évolution et de la vie. Oui, nous savons ce que c’est qu’être punis ; mais
une fois adultes, n’est-il pas temps de cesser cette autodestruction ?
Nous continuons de nous punir sans avoir commis de faute. Ce n’est pas
l’erreur que nous commettons qui cache la faute, ni ses conséquences en
fait : c’est le refus d’apprendre de cette erreur qui, ainsi, lui permet de se
perpétuer. La transformation de cette erreur en expérience positive élève
l’esprit.
Chacun de nous traverse ses propres événements, chacun de nous évolue
grâce aux leçons qu’il apprend de la vie. Il n’y a pas de mauvaises ou de
meilleures leçons, ni de mauvaises ou de meilleures vies. Il n’y a que de
meilleures perceptions, de meilleures attitudes à l’égard de ce qui nous fait
cheminer.
Comme une occasion unique, la guérison des blessures nous permet de
considérer à nouveau une partie de notre histoire. Nous sommes habitués de
vivre sans ce fragment historique ; du reste, nous n’en avons peut-être pas
conscience. Il importe maintenant de revisiter toutes nos parties : les
oubliées et les autres. Uniquement pour en faire un inventaire complet et
savoir quels éléments en définitive nous composent.
Pourquoi est-ce donc important ? Tout simplement parce que l’amour de
soi implique que l’on s’aime complètement, sans condition. Aime ton
prochain comme toi-même. Nous ne pouvons le faire que dans la mesure où
nous nous aimons complètement.
Nous pouvons prendre le temps de remercier cette partie de notre histoire
qui émerge de l’inconscience et, ainsi, garder la porte ouverte pour la
guérison des autres à venir. Car il y en aura d’autres. Afin d’assurer
l’harmonie en nous, cultivons la gratitude à l’égard de ces apparitions
futures. Remercions toutes ces choses qui se manifesteront en nous
uniquement pour être considérées à leur tour. Rendons grâce à l’action que
nous poserons à leur égard, car elle présuppose pour nous le retour à la
pleine santé.
La libération par la parole
La parole est libératrice. C’est déjà une grande libération que de nommer le
mal-être qui nous habite. Nous nous efforçons de libérer quelques
souffrances en les partageant avec notre entourage, nos amis ; et
généralement leur écoute, leur empathie nous réconfortent. C’est un début
vers plus de bien-être. C’est une première forme d’expression, qui reste
toutefois dans l’optique très limitée de la personne et de la perception
qu’elle a de sa blessure. C’est son point de vue personnel. Ce n’est pas
l’expression exacte de la blessure elle-même. Cette première libération par
la parole permet cependant de remettre au monde une empreinte du passé,
une empreinte oubliée où la vie circulait difficilement.
Un boyau est par terre, l’eau y coule librement jusqu’à sa sortie. Si nous
mettons le pied dessus, l’eau cesse de s’écouler. Imaginons que le boyau
enfle encore et encore, comme dans les bandes dessinées. Peut-être va-t-il
éclater, et peut-être pas. Mais une chose est sûre, il se détériorera de
l’intérieur, parce que l’eau, elle, se corrompra de plus en plus. Guérir une
blessure intérieure revient à enlever le pied du boyau pour permettre à la vie
de circuler à nouveau. La vie qui irrigue tous les endroits où elle coule
normalement.
La parole crée. Grâce à elle, nous faisons remonter à la conscience les
blessures refoulées dans l’inconscient. Une fois nommées, ces blessures
qu’on croyait épouvantables se révèlent à nous comme des appels à
l’amour. Voilà souvent ce dont elles ont le plus besoin : d’amour. Quand
nous apprenons comment discuter avec elles, nous apprenons comment
parler d’amour.
Répondre aux besoins
Pour guérir, il faut préalablement avoir donné les soins nécessaires. Cela
suppose de répondre aux besoins de la blessure. Nous lui avons permis de
s’exprimer par la parole. Grâce à ce droit d’expression, nous avons entendu,
observé, ressenti de quelle façon cette partie de nous souffrait. À partir de
là, nous pouvons consciemment faire de meilleurs choix et réparer ce qui a
été brisé. Les ressources sont présentes déjà au niveau de notre pensée ou
des sentiments.
L’amour, la reconnaissance, la tendresse, l’attention, la joie, la confiance
représentent des ressources internes dont nous avons fait l’expérience à un
moment ou à un autre de notre vie et qu’il nous faut offrir généreusement.
Si nous n’avons pas l’impression d’avoir en nous ces ressources, nous en
avons tout de même une vague idée.
Tout est là en nous. Dans nos vécus, dans nos pensées, dans notre
visualisation ou dans nos impressions, toutes les ressources sont là. Nous
sommes devant un vaste choix de possibilités que notre imagination à elle
seule contient difficilement. Il s’agit de répondre aux besoins exprimés, de
donner à cette partie l’amour qu’elle demande, par exemple.
Il faut soigner au mieux de notre conscience, avec toute notre attention,
avec notre intention de guérir et de recouvrer la santé. Le faire
consciemment, car cela nous permet de réaliser la façon dont notre réalité
change. Et le faire en adoptant un comportement plus aimant envers nous-
mêmes. C’est de cette manière que nous aimons le monde.
Pardonner permet à l’amour de circuler à nouveau
Le pardon est difficile à comprendre. Comment peut-on pardonner la faute
d’autrui alors qu’on n’a rien fait, rien demander qui ressemble à cela ?
Comment peut-on oublier une offense si grande ? Comment pardonner à
celui qui nous a offensés ? Ce n’est pas simple.
Le processus du pardon commence dans notre propre cœur.
Généralement, l’ego s’interpose entre les désirs véritables du cœur et le
pardon. Le cœur, lui, a été conçu pour aimer, c’est sa nature véritable ;
quant à l’ego, son action nous évite simplement de souffrir à nouveau. C’est
légitime. Nous devons comprendre par contre que l’essentiel du mal-être
vécu a son origine dans un événement passé pour lequel le pardon demande
à être accordé. Si le cœur et l’ego ne s’associent pas ensemble dans cette
même action, il n’y a pas de chance pour que le pardon agisse.
Le pardon est un processus inconditionnel, un engagement personnel à
ne plus revenir en arrière, à tourner la page définitivement. C’est ici que
nous avons l’impression que pardonner se compare à oublier. Or, nous ne
pouvons pas oublier autrement qu’en étant amnésiques. L’événement est et
il sera toujours. Cependant, si nous désirons nettoyer complètement toute
trace de ressentiment, d’amertume, de haine, de honte ou de colère dans
notre cœur, dans notre âme, dans notre corps ou dans notre esprit, le pardon
devient un mouvement libérateur.
Si nous croyons que pardonner, c’est faire plaisir à l’autre, nous
comprenons mal la libération qu’implique cet acte. Notre pied sur le boyau
empêche l’eau de passer. C’est de notre pied qu’il s’agit après tout, pas de
celui de l’autre. Le message que nous exprimons par ce geste ressemble à
celui-ci : J’ai mal juste ici. C’est ici que tu m’as fait mal. Je garde mon pied
dessus pour me souvenir de l’endroit exact où tu m’as fait mal et te montrer
en même temps que tu m’as fait mal ici. C’est important que je le sache et
que je m’en souvienne, et c’est important que tu t’en souviennes aussi.
C’est un peu simple comme exemple, pourtant c’est ce que nous exprimons.
De plus, en ne pardonnant pas, nous avons l’impression de gagner
l’attention de l’autre, de l’obliger à rester dans notre vie. En raison de cette
faute, l’un des deux pense gagner et l’autre, étonnamment, perd. Mais qui
gagne et qui perd dans le fond ? Personne, il faut relâcher la prise.
La démarche du pardon doit donc être entreprise pour nous-mêmes en
premier lieu. C’est nous qui voulons guérir. Toute chose que nous gardons
en nous, à la longue, nous intoxique. Nous nous empoisonnons par le non-
pardon. C’est en partie la raison pour laquelle nous continuons à souffrir à
travers le temps. Cela reste présent dans tous les plans de notre être.
Nous ne pouvons pas pardonner « à condition que... », comme le
mentionne Paul Ferrini. Le pardon est inconditionnel, tout comme l’amour.
C’est grâce à lui que le dénouement se produit. Et le mal que nous
ressentons lorsque nous pardonnons provient d’un orgueil mal placé qui
veut toujours notre bien.
L’ego a mal lorsqu’il s’aperçoit qu’il se trompe ou qu’il a commis une
faute grave. Se fermer à l’amour toute sa vie parce qu’on a manqué
d’amour un jour est une faute plus grave qu’il incombe de se pardonner à
soi. L’ego doit ici faire preuve de beaucoup d’humilité. Alors, quand il y
arrive, sachons le lui rendre en l’aimant lui aussi en retour. Nous devons
aimer notre ego et l’encourager lorsqu’il accomplit son devoir avec tant
d’honneur.
En second lieu, nous sommes appelés à pardonner à l’autre, autrement le
non-pardon relie l’offenseur et l’offensé dans la même empreinte.
Symboliquement, en pardonnant à l’autre, nous dénouons ce lien, l’émotion
se libère, ainsi que la personne que nous gardions prisonnière dans notre vie
par la pensée. Nous aspirons de cette manière à un plus grand détachement
de l’événement. Nous nettoyons ainsi notre monde et remettons à l’autre ce
qui lui appartient.
Dans le processus du pardon, toute action que nous avons mise en branle
se continue d’elle-même. Dans le même esprit, tout geste de pardon
véritable suffit. C’est pourquoi cette étape dans la guérison des blessures
intérieures se veut si importante. Elle l’est pour nous comme pour la vie, car
nous avons l’habitude de pester contre elle. Nous perdons la foi.
Finalement, la vie ne nous a jamais abandonnés, comme nous l’avions cru,
puisqu’elle est là en nous. Alors, pardonnons-lui aussi, car en général, c’est
nous qui abandonnons trop facilement.
Célébrer l’harmonie et la paix
Nous en sommes maintenant presque à la fin de cette grande guérison
intérieure. Elle se présente de la même façon qu’une fracture maintenue par
un plâtre et dont le médecin nous délivre. Dans tous les plans de l’être, nous
observons le même genre d’expression. La guérison se fait partout.
Comprenons que c’est toujours de l’équilibre intérieur qu’il est question.
Celui-ci a momentanément été perturbé. Ce moment a peut-être duré des
années pour certains, mais rien toutefois n’est brisé à jamais ; tout se répare,
tout se transforme en mieux. L’harmonie en nous se reconstruit d’elle-
même par cette forme d’attention. Surtout quand nous agissons envers nous
de façon aimante. Nous en valons la peine. À vrai dire, nous méritons
mieux. Nous méritons tous d’être heureux. Nous avons tous ce même droit.
La réconciliation représente l’avant-dernière étape de la guérison, car la
toute dernière s’effectue de façon autonome. Renaître à sa vie, voilà ce
qu’elle est en réalité. Renaître à un nouveau soi, avec une vision différente,
plus grande. Mais avant, il est bon de vérifier si notre travail, si nos soins
ont vraiment porté leurs fruits.
La réconciliation sert bien cette forme de validation. Imaginons, par
exemple, qu’après avoir pardonné à l’autre ses offenses, il nous faille en
plus prendre rendez-vous et nous asseoir avec lui dans un restaurant. Celui
qu’on considérait jusque alors comme un ennemi est en face de nous à
discuter de choses et d’autres.
Envisageons mentalement passer un moment avec lui pour partager
ensemble, pour l’écouter, le comprendre, pour l’aimer aussi, comme nous le
faisons pour un ami. Ce n’est pas quelque chose de facile à faire, n’est-ce
pas ? Il nous faut lâcher un gros morceau.
Si cela s’avère impossible ou encore que nous le faisons à reculons, c’est
que le pardon n’est pas tout à fait complet. C’est l’évidence. Or, pour guérir
totalement et nous libérer des fardeaux de la blessure, il nous faut pardonner
entièrement ; le faire ou ne pas le faire se résume à être ou ne pas être.
Nous devons permettre à l’énergie de vie de circuler à nouveau dans
cette partie du corps qui en a été privée. L’amour doit passer partout en
nous de façon égale. Lorsqu’une partie de nous est blessée, immédiatement
nous la considérons comme un ennemi, comme une entrave à ce que nous
avions planifié de faire dans la journée.
Par la réconciliation, nous prouvons la sincérité de nos paroles. Avons-
nous pardonné vraiment ? Aimons-nous réellement cette partie de nous, ou
est-ce uniquement pour nous débarrasser du message désagréable qu’elle
transporte ? Lorsque nous nous parlons à nous-mêmes, nous devons
idéalement le faire de façon intègre, dans la vérité. Cette communication se
fait d’abord avec des mots, bien sûr, mais qui résonnent profondément dans
notre être. Cela doit avoir un sens pour nous, une direction. Autrement, ce
chemin ne nous mène nulle part.
C’est d’abord au niveau du corps que nous ressentons notre guérison. Le
bien-être s’installe doucement, puis la liberté et la paix. La vie semble
éternelle. Quand nous faisons le choix de transmuter nos mémoires
cellulaires et ainsi de guérir, nous choisissons de vivre plus entièrement.
De plus, nous soignons la vie en nous, celle-là même qui circule partout
dans notre être, et pareillement chez notre prochain. Se guérir soi-même
revient à guérir la conscience tout entière. Souvent, par cette action, nous
mettons fin à une stratégie perdante qui perdurait depuis des générations
dans une même famille. Guérir est donc un processus merveilleux, le retour
à la santé, son unique aboutissement.

Aller vers la douleur, complètement


Pour gérer adéquatement une douleur, nous ne devons pas en détourner
notre regard. D’habitude, nous fuyons la source de la souffrance ou du
souci. C’est une réaction automatique. Nous combattons la douleur en la
refusant complètement. Nous restons dans une crispation émotive qui, sur le
coup, semble plutôt bien fonctionner.
Dans notre esprit, nous croyons que résister de cette façon ou éviter
d’avoir un contact avec ce que nous vivons nous garantit une rémission
rapide. Et encore une fois, dans notre esprit, cela semble fonctionner. De
plus, nous avons l’impression d’être les plus forts pour l’avoir ainsi
vaincue.
À court terme, c’est une impression qui peut laisser croire en effet que
l’ennemi est reparti ; mais à long terme, c’est exactement le contraire qui est
vrai. Une blessure sur la peau ne s’efface pas parce qu’on regarde ailleurs.
En essayant de détourner notre regard de la douleur, nous faisons d’elle
l’unique préoccupation de notre esprit. Nous lui donnons alors beaucoup
plus d’importance qu’elle n’en a dans la réalité.
En revanche, lorsque nous allons vers elle, en lui portant une attention
toute spéciale, nous sommes à même d’être plus conscients de ce qu’elle est
vraiment, voire plus objectifs. Nous exerçons alors un mode d’attention très
étroit semblable à celui que nous portons à un seul trèfle au milieu d’un
champ entier.
Entrer ainsi dans la douleur nous permet d’être attentifs à nos sensations.
Nous observons, écoutons, ressentons et nous interrogeons sur cette chose
d’une façon très particulière et délibérée. Nous sommes là à la regarder,
sans juger, par pure curiosité, comme un objet séparé. Nous engageons une
action dans le présent et la maintenons au niveau de l’esprit conscient. Nous
l’entretenons dans la conscience tant que nous lui portons attention.
D’ailleurs, toute attention particulière nourrit une prise de conscience
plus pointue, plus fine de ce qu’est la douleur. Cela nous ouvre à une plus
grande lucidité d’esprit. Grâce à ce discernement, notre vision se raffine.
Nous observons les petits détails, les ramifications, et enfin le cœur de la
blessure, son ultime point d’impact.
La lucidité vient d’un effort délibéré de l’esprit, d’une décision
volontaire d’explorer une chose pour mieux la connaître. Cela peut
s’apparenter au premier pas de l’homme sur la Lune alors que des milliards
d’yeux guettaient le téléviseur à la moindre image nouvelle, chacun de nous
à l’affût du moindre détail.
L’attention a tout à voir avec l’éveil de la conscience. L’exercice intitulé
La porte du corps intérieur d’Eckhart Tolle, que l’on trouve abondamment
sur Internet, nous donne la chance d’expérimenter ce genre d’attention
volontaire. Il nous invite à prendre conscience de notre propre corps mais
de façon plus précise, en accordant notre attention, à tour de rôle, à la
vitalité d’une main, puis de l’autre, d’un pied puis de l’autre, jusqu’à sentir
la vitalité partout dans notre corps de manière plus diffuse.
Par ce simple exercice, nous pouvons passer d’une sensation à l’autre en
un court laps de temps, grâce à l’attention. Pourquoi ne pas faire un petit
test ? Portez attention à un unique mot, et non plus à cette page qui en
contient des dizaines d’autres. En une fraction de seconde, nous pouvons
passer d’une attention étroite à une attention diffuse, globale, et nous
amuser à voyager de l’une à l’autre tout le temps en étant toujours
conscients du processus.
Cet état de conscience plus large, nous pouvons le développer autour du
centre de la douleur. Nous pouvons entrer dans son cœur, pratiquer une
vision plus étroite pour décortiquer de plus petits détails et recourir à
l’observation dans un mode plus diffus de l’espace qui existe autour ; puis
accentuer mentalement la présence de ces détails et laisser la douleur
envahir toutes nos sphères sensorielles. Du plus petit au plus grand – du
trèfle au champ de trèfle, de la goutte d’eau à l’océan –, nous changeons
notre centre d’intérêt jusqu’à en diluer l’essence même dans le tout unifié.
En conscience, la douleur devient une petite partie d’un état de
conscience plus vaste, plus étendu. Elle peut ainsi se fondre plus facilement
dans l’ensemble et redevenir ce qu’elle était au départ, occuper sa juste
place. Quand nous en développons une vision plus vaste, cela nous permet
de relativiser les choses. Nous abandonner complètement à la douleur,
devenir elle, entièrement, nous offre l’occasion d’en connaître le véritable
message. Quand la douleur a exprimé ses besoins, elle n’a plus de but, elle
n’est là que pour parler.
Comment faire prospérer les choses
Laissons couler la source. Laissons aller les choses. Laissons-les nous
traverser simplement en pratiquant la transparence. Laissons l’air entrer et
sortir aussi, sans le retenir. Laissons couler la vie librement, d’une façon
détachée, sans lui mettre aucune barrière. Soyons conscients.
Quand nous cherchons à saisir et à retenir quoi que ce soit dans ce flot de
vie, nous en immobilisons le courant naturel, le sens. Si bien que, sans le
savoir, nous nous séparons de ce courant bienfaiteur et aimant. Nous
engendrons la mort lorsque nous agissons ainsi, comme quand on extrait
une racine de la terre. Le courant doit passer, alors laissons-le être.
Laissons-le aller et détendons notre corps, détendons notre esprit afin de
laisser les choses voyager deça, delà selon ce qui doit être.
Devenons un canal, pourquoi pas ? En ce sens que nous demeurerons
simplement ouverts, l’esprit et le corps ouverts à ce qui est. Nous n’avons
qu’à être, cela est suffisant.
L’amour est là, partout, déjà, tout comme la santé ou l’abondance. Nous
le laissons entrer et aller pour que d’autres courants d’énergie entrent
encore. Notre conscience représente un canal pour l’amour, et non son point
d’origine. Rien n’est généré ici, puisque tout est là déjà.
Nous ne pouvons rien garder, encore moins contrôler. Toute puissance
qui passe en nous ne peut être qu’expérimentée. Fermons nos yeux et
laissons-la vivre, prenons le temps de la ressentir. Ainsi, en expérimentant
toute chose de cette façon, en restant ouverts et réceptifs, nous permettons à
ces choses de voyager et de prospérer en même temps.

J’apprends à parler autrement


La communication autrement que par le langage verbal est un domaine
moins exploité. Nous avons quand même une petite idée de ce que peut
représenter le langage non verbal, appelé aussi le langage du corps. De
nombreux ouvrages traitent de ce sujet et, grâce aux micro-indices d’accès,
la programmation neurolinguistique permet de déchiffrer les messages de
l’inconscient qui se traduisent dans le corps. Toutefois, l’inconscient
s’exprime aussi de bien d’autres façons.
Quand je demande à quelqu’un de me décrire ce qu’il a mangé pour le
petit-déjeuner, il s’exécute sur-le-champ. Œufs, muffins, céréales, rien ne
s’interpose entre ce souvenir encore frais et la description qu’il m’en fait.
Parfois, je pousse un peu ma curiosité et demande de préciser certaines
choses. Par exemple, de quel genre de muffin s’agissait-il ? De quoi était-il
fait ? Comment étaient les œufs ? Dans quoi mange-t-il son repas ? Dans
quelle pièce ? Comment est-elle décorée ? C’est curieux de constater à quel
point les gens décrivent leurs expériences avec précision, sans pour autant
avoir toutes ces choses sous les yeux.
Ensuite, je leur explique que le cerveau est comme ça. Il recherche une
information dans le système et, bien que nous ne la voyions pas, nous
pouvons facilement procéder à un portrait complet de tout l’événement. Les
yeux de la personne se promènent de droite à gauche ou de haut en bas
jusqu’à ce que le cerveau retrouve l’image désirée.
Puis, tout à coup, le processus s’arrête. Les yeux ne bougent plus. La
personne regarde plus fixement un point, et c’est là. Tout ça se fait très vite.
Elle décrit alors les caractéristiques d’une représentation mentale qu’elle ne
voit pas, qui est entreposée quelque part, mais que nous savons exacte.
La même chose se produit quand on imagine. Si je demande à la même
personne d’imaginer quelles seront ses prochaines vacances, tout de suite
elle me répond. Sans avoir encore rien vu ni vécu, elle raconte dans les
grandes lignes ce qu’elle projette, comme ça, dans sa tête. Peut-être est-ce
plus ardu pour certains de décrire plus en détail les décors ou le contenu
d’une journée, car il s’agit d’un événement futur ; mais c’est uniquement
parce qu’ils ne s’en donnent pas le droit.
L’imagination permet la visualisation d’un tas de choses. Même si nous
ne voyons pas la vie comme un film, les yeux fermés, nous pouvons
toutefois en avoir l’impression. Faire comme si on y était. D’ailleurs, les
endroits imaginaires que nous entretenons ressemblent en tous points à des
rêves conscients. Et, somme toute, nous sommes en mesure de les décrire
comme les rêves.
C’est comme se fermer les yeux pour penser à la plus belle maison qui
existe et passer toutes les pièces en revue mentalement. Nous savons que les
images ne défilent pas comme au cinéma ; pourtant, nous pouvons aisément
décrire les caractéristiques de la maison, la grandeur des pièces, surtout
celle de notre pièce préférée, au besoin.
Nous pouvons également nous adonner à cet exercice les yeux ouverts ;
c’est la même chose puisque, quelque part dans notre cerveau, la même
mémoire s’active. Tout cela n’est qu’un jeu, essentiellement. Un jeu qui
produit le même genre de stimulus dans le cerveau et engendre le même
échange sur le plan neurologique que lorsqu’on vit réellement des
expériences.
Cette impression de voir et d’entendre et le fait de faire comme si
provoquent le même état en nous parce cela provient tout droit de notre
inconscient. Tout ce qui est imaginé vient de nous. Cette impression de
connaître les choses est issue de notre grande bibliothèque. Ce que nous
croyons étonnamment avoir inventé est là depuis longtemps et émerge par
l’entremise de notre imagination. Ces impressions sont les messages exacts
dont notre esprit conscient a besoin pour avancer, pour résoudre le
problème inhérent à la situation présente.
J’envoie tout ça dans l’Univers
Nous sommes toujours surpris des bribes étranges qui apparaissent
spontanément à notre conscience à notre propre demande. Nous sommes si
confondus, en fait, que notre esprit conscient rationalise cette information,
l’analyse et la rejette presque aussitôt. Ce n’est pas logique et nous ne
sommes pas à l’aise avec ce type de langage. Et c’est fort dommage, car il
recèle toutes les réponses dont nous avons besoin.
Plus jeune, j’entendais souvent dire : « Si tu veux avoir une réponse,
demande-la puis envoie tout ça dans l’Univers. Au bout de trois jours,
quelqu’un viendra te donner la réponse, si tu écoutes bien. » Et ça marche !
Pas surprenant, car cet Univers-là est en nous-mêmes, et ce quelqu’un est
précisément notre cher inconscient qui ouvre les canaux pour nous
permettre de capter l’information par le biais d’une conversation anodine.
En effet, n’importe quel mot qui se dit durant ces trois jours peut donner un
sens à notre requête puisque nous écoutons les signes plus attentivement et
que nous les interprétons selon notre demande. Ce sont nos propres signes,
en fait.
Parler avec notre inconscient est quelque chose qui s’apprend. Cela
ressemble beaucoup aux jeux de notre enfance qui nous permettaient
d’imaginer une foule de choses, de nous amuser à changer de rôle, de nous
déguiser pour agir comme un autre personnage, d’imiter nos semblables, de
transformer notre voix, de faire comme si. Tous ces jeux contrevenaient
peut-être aux règles de convenance de la maison, mais développaient notre
pouvoir de création.
Or, aujourd’hui, c’est de ce pouvoir qu’il est question dans les livres à
succès de nos librairies. Sur toutes les chaînes télévisées, à un moment ou à
un autre, on parle de ce pouvoir que nous avions déjà, enfants. C’est fou
quand on y pense ! Laissons tomber la logique lorsque nous conversons
avec l’inconscient, car son message a la spontanéité et la naïveté d’un tout-
petit.
La langue des symboles
Notre âme dialogue avec nous également. Peut-être est-ce plus étonnant
encore que les manifestations de notre inconscient, mais de l’un découle
l’autre, comme un reflet en plus raffiné, en plus beau. Notre âme représente
notre plus belle partie. Il ne faut pas nous surprendre que les informations
qui en proviennent soient beaucoup plus belles, plus pures. Voyons
ensemble quel peut être un des points de départ de cette conversation
nouvelle.
Toute douleur ressentie au niveau du corps se manifeste également dans
tous les plans de l’être. Nous pouvons utiliser cette expression physique
comme un indicateur de travail, un endroit dont nous pouvons nous inspirer
pour établir la relation. La représentation corporelle que nous avons d’un
ressenti ressemble étrangement aux expressions beaucoup plus fines que
nous trouvons quand nous dialoguons avec l’âme.
Dans ce plan, chaque impression physique se traduit sous une forme très
symbolique. Images, sons, couleurs, sensations, toute description a son
importance. Et un peu comme pour l’interprétation des rêves, le symbole a
comme signification celle qui a du sens dans l’esprit de la personne à ce
moment précis. Ce sens lui fournit la compréhension nécessaire pour faire
évoluer son esprit conscient.
Pour l’esprit conscient, cette forme de communication subtile n’est pas
tellement valable, pas plus que celle avec l’inconscient d’ailleurs. L’intellect
rejette d’emblée ces expressions. Il s’agit pour lui d’élucubrations de
l’esprit, quand ce n’est pas tout simplement de la démence. Et qui de nous
veut se faire interner ?
Rien de ce soi-disant échange ne peut être mesuré ni vérifié. Nous
n’avons pas de preuves de la véracité de ces symboles. Du reste, c’est
illogique, alors l’accès est refusé.
Nous n’avons pas de preuves du contraire non plus quand nous en
sommes à notre première expérience. Alors, pourquoi ne pas expérimenter
cet échange juste pour le plaisir ? Converser avec l’âme s’apparente
beaucoup à ce même état, à ce même jeu d’innocence et de pureté de
l’information.
L’information reste pure lorsqu’elle n’est pas traitée par notre esprit
conscient qui retranche et filtre. Elle reste pure aussi lorsqu’elle n’est pas
sous le joug de l’inconscience où sommeillent d’autres genres de filtres et
des croyances. Elle reste pure enfin lorsqu’on se connecte directement à sa
source, dans l’instant présent.
Pour bavarder avec l’âme, on utilise une méthode qui permet d’ouvrir les
filtres de la conscience, de s’éveiller à plus grand que soi, afin de parler
autrement. Indépendamment du procédé dont on se sert – la méditation, les
inductions hypnotiques humanistes, la détente ou tout autre procédé –,
l’intellect doit lâcher prise sur son propre contrôle.
L’être s’ouvre alors à ce qu’il est fondamentalement, en dehors de sa
personnalité. L’attention dans le moment permet cette présence de corps et
de l’esprit. Comme un enfant qui ne réfléchit pas systématiquement à toutes
les choses, notre esprit devient spontané, ouvert à capter et à explorer
davantage ce qui est là, dans l’instant. C’est alors que nous pouvons
dialoguer avec la représentation symbolique de notre ressenti, guéri.
Le processus des idées qui créent
Tout pouvoir nous a été donné par la pensée juste de réaliser sa vie,
son ciel sur terre. La pensée devrait atteindre la perfection d’un art.
Celui qui atteint cette maîtrise de sa vie devient une toile, un
tableau magistral d’une telle perfection que rien, ni les épreuves ni
le temps ou les intempéries, ne peut altérer.
Marie-Josée Beaulieu

La gouverne de l’esprit conscient


L’inconscient a besoin d’être orienté par la conscience pour évoluer,
autrement il fait n’importe quoi. C’est un peu comme un enfant ; la vision
du monde chez lui demeure restreinte, très égocentrique, puisqu’elle tourne
exclusivement autour de ses besoins immédiats. Il ne voit pas au-delà de sa
personne, car il est constamment dans l’attente de réponses. Il ne connaît
pas la vie au-delà de lui-même, ni les obligations qui généralement
régissent notre temps, par exemple, alors il dépend de nous. Il attend ce
pour quoi il a lancé un appel. Dès lors, c’est nous qui allons vers lui, pas
l’inverse.
D’une certaine façon, le parent sait ce qui est bon pour l’enfant, ou ce qui
ne l’est pas ; boire trop de lait d’un seul coup ne l’est pas, par exemple.
Outre les besoins fondamentaux de nourriture et de repos, les besoins de
l’enfant ressemblent en tous points aux nôtres : l’amour, la sécurité, la
reconnaissance, l’accompagnement – il est en plein apprentissage. C’est à
nous, parents, de bien doser nos actions pour combler également l’ensemble
de ses besoins tout en lui permettant de grandir et de s’épanouir. Tout cela
afin de maintenir un bon équilibre holistique.
Notre inconscient réagit un peu de cette manière. Comme l’enfant qui
pleure pour appeler le parent, l’inconscient lance un signal à sa façon. C’est
un appel à répondre. Son langage nous informe généralement des
dysfonctions ou des désharmonies internes du système qu’il régit. Comme
chez l’enfant, l’appel exprime un besoin auquel nous devons répondre, mais
il passe souvent à côté de notre entendement.
Pourtant, l’inconscient ne dépend pas de notre esprit conscient comme le
nouveau-né par rapport à son parent. Il n’est pas dans l’attente, nous le
savons, il est autonome. Ce qui fait qu’il répondra à ses propres besoins s’il
n’est pas bien dirigé. Un peu comme un enfant plus âgé qu’on laisse sans
surveillance dans un magasin de bonbons, l’inconscient peut abuser parfois
et se comporter comme un goinfre, comme il peut refuser de se nourrir et
entreprendre une grève de la faim.
Le conscient et l’inconscient sont deux entités qui assurément marchent
ensemble. Toutefois, leurs fonctions et la gestion propre de ces fonctions
sont très différentes. Nous pouvons avoir en tête une décision bien précise
sur un aspect de notre vie et n’avoir pour réponse de notre inconscient que
des blocages ou des refus d’avancer.
Ce n’est pas tant une forme de révolte de sa part qu’une méconnaissance
de notre part de ce qu’il est véritablement. En fait, l’esprit conscient pense
posséder tous les savoirs, alors que, comme on l’a vu, il n’en connaît que
très peu sur les choses. Nous sommes conscients de cinq à sept informations
à la fois, comparativement aux milliards sans cesse enregistrées dans
l’inconscient. Notre vision de la vie est fragmentée en fonction de l’infime
quantité de perceptions présentes au niveau de notre hologramme conscient.
C’est tellement peu !
Notre inconscient, lui, regorge de potentialités. Il vit hors des limites de
notre petite conscience. On le compare à la mémoire d’un ordinateur
gigantesque qui emmagasine une multitude d’informations chaque seconde.
Tout ce qu’il enregistre est classé dans notre bibliothèque virtuelle. Il y a
tant de choses là-dedans, nous n’en avons pas idée ! Probablement qu’une
vie ne suffirait pas pour prendre connaissance de tout ce qui s’y trouve.
En quelque sorte, il est le gardien de ce que nous sommes. Tous les
trésors amassés ou inconnus y logent, tous nos démons aussi, dans un seul
et même endroit. Il n’est pas la Conscience élargie, la Conscience
universelle avec un grand C. L’inconscient représente cette portion
d’informations captées depuis notre naissance. C’est aussi la portion
provenant des générations passées. Que ça. Donc, mémoires cellulaires
acquises et innées cogitent à l’intérieur de cet espace.
Par exemple, si une personne ne connaît pas l’amour parce qu’elle n’en a
jamais reçu, ni de ses parents, ni de son entourage, ni à travers ses
expériences, cela implique peut-être que l’information portant sur l’amour
ne circule pas dans ses représentations mentales, dans la vision qu’elle se
crée de son monde.
Mais ce n’est pas que l’amour n’existe pas, puisqu’il existe pour
d’autres. Seulement, il n’a ni forme, ni couleur, ni odeur dans la tête de
cette personne. Pour elle, aucune sensation n’est directement reliée à ce
concept. Elle a des impressions qui viennent d’ailleurs, parce qu’on lui a dit
des choses, mais sans jamais avoir personnellement vécu ce sentiment.
Aller chercher la ressource à sa source
Au-delà de ce que nous avons mis dans notre inconscient et qui nous est
bien personnel, chacun de nous possède aussi l’infinité des possibilités qui
font que la source des sources existe. À quel moment en prenons-nous
réellement conscience ? À quand une totale fusion ?
Cela varie d’une personne à une autre, il me semble, et d’un instant à un
autre aussi. Lorsque nous grandissons sur cette route, comment faisons-
nous pour maintenir cette conscience d’être sachant que nous ne pouvons
traiter que quelques informations simultanément ? Ce n’est pas aisé.
Tout garder dans l’esprit conscient risque de provoquer à tout moment la
surchauffe des neurones. Il nous faut alors oublier, nous n’avons pas le
choix, pour faire de la place à de nouvelles informations. Oublier
consciemment, par contre, dans la confiance, tout en sachant que notre allié,
lui, toujours se souvient.
Nous savons qu’il s’agit là d’un travail de tous les jours et que, comme si
nous avions plusieurs dossiers ouverts dans notre tête, nous pouvons être
efficaces dans tous à la fois si nous savons comment gérer notre inconscient
et lui commander. Il faut se faire confiance.
Parce que nous sommes ici-bas dans la matière, notre rôle nous pousse
sans cesse à évoluer hors de celle-ci. Parce que nous sommes une
personnalité dans un corps, en tant que vie nous vivons. Nous avons chacun
cette conscience d’être en vie et d’être la vie en même temps. Sans cette
conscience, la vie quitterait le corps.
Toutefois, la vie reste toujours la vie. Elle ne meurt pas. La source
retourne simplement à sa source. Par conséquent, si nous devions nous
souvenir d’une seule chose, rappelons-nous que notre inconscient sait
tellement de choses et que nous en savons si peu. Souvenons-nous de
toujours le consulter.
La personne qui ne connaît pas l’amour a quand même la possibilité de
se connecter à l’amour qui lui convient, et de l’expérimenter enfin. Elle doit
pour cela dépasser ses propres filtres, ses limites, puis dépasser encore les
filtres et les limites imposés par les générations avant elle, et ensuite
retrouver la source des sources au-delà de toutes limites. Dès lors, elle
pourra choisir la formulation qui conviendra à son cœur à elle et définir
l’amour selon ce qu’elle vivra.
Une invitation à changer son mot de passe
Lorsque l’inconscient refuse de collaborer à un projet de vie qui nous tient à
cœur, par exemple, en réalité son refus n’exprime que le fait qu’un accès est
temporairement fermé. Soit que le mot de passe n’est pas le bon, soit que la
porte qu’on croyait être la seule à devoir franchir n’en est qu’une parmi tant
d’autres, soit que le gardien de cette porte a des besoins particuliers qu’il
nous faut cibler. Peu importe, car la plupart du temps, nous sommes
l’instigateur de cette fermeture et nous en avons perdu toute souvenance.
Or, nous sommes placés devant des choix. Notre première idée logique,
selon la compréhension que nous avons de la situation, est de trouver
comment contourner, supprimer, anéantir cette barrière que nous croyons
externe, mais qui vraisemblablement émerge de notre esprit.
Nous cherchons évidemment selon nos propres stratégies mentales, alors
que celles-ci comportent certainement les failles qui provoquent ce refus de
collaborer. L’inconscient nous indique encore une fois l’endroit où il nous
faut investiguer pour pallier les manquements ignorés. Quand nous
continuons de les négliger, ils nous conduisent tout droit à l’insuccès.
L’inconscient n’est pas celui qui nous met des bâtons dans les roues,
comme nous sommes habitués à le percevoir, il est celui qui nous explique
que dans ce lieu se trouve le barrage qu’il nous faut démanteler. Il nous dit
que si nous procédons de cette manière, nos chances de réussir s’en
trouveront décuplées.
Imaginons un porte-clés qui contient une centaine de clés identiques, à
première vue. Combien de fois nous faut-il essayer chacune avant de
tomber sur la bonne ? Si notre motivation est très forte, nous ferons
plusieurs fois le tour jusqu’à trouver. Si notre motivation se situe dans la
moyenne, peut-être quelques tentatives suffiront-elles, après quoi nous
essaierons d’ouvrir la porte par d’autres moyens. Et si notre motivation est
faible, nous abandonnerons rapidement notre idée.
Lorsque nous agissons de sorte à ignorer ou à rejeter les
recommandations qu’exprime notre inconscient, les obstacles deviennent
les nôtres et nous nous surprenons alors de la naissance de conflits
intérieurs. Nous avons presque toujours l’impression que ces conflits
viennent d’ailleurs, mais en vérité ils sont en nous.
La raison en est bien simple : nous avons omis de consulter nos propres
archives. Si nous avions tellement besoin de cette clé, nous aurions peut-
être pu la demander. Cela aurait été beaucoup plus simple que d’essayer de
démolir la porte au risque de se mettre dans un plus grand embarras. Oui,
nous avons la réponse en dedans de nous, mais encore faut-il que nous le
demandions.
Les automatismes de l’inconscient
Le bébé pleure parce qu’il a faim. Au bout d’un temps, le parent répond et
le besoin est comblé. Si malgré les pleurs le poupon n’obtient pas de
réponse favorable, une qui ressemble à ce qu’il connaît, alors une certaine
forme de stress apparaît. Et ce n’est pas tant le stress qui importe ici que la
manière dont cette réaction se manifeste au niveau de son ressenti et dans sa
pensée.
Si au moment où l’enfant s’étouffe dans ses pleurs la mère arrive, on est
tenté de croire que le mécanisme est immédiatement enregistré. La
répétition de ce même stimulus-réponse en fait automatiquement un
ancrage. C’est ce qu’on appelle un automatisme, et l’inconscient en
regorge.
C’est ainsi que plusieurs années plus tard on verra quelqu’un réagir à un
besoin d’amour par une manifestation cutanée aiguë, par exemple. Ou
encore, une personne dont l’éducation a été trop sévère dans l’enfance
tombera dans toutes sortes d’exagérations au moment où elle décidera de
prendre sa vie en main. Dans ces deux exemples, la perte de contrôle du
mental semble évidente. Le parent a quitté son poste et l’enfant se retrouve
seul devant des choix qu’il ne lui incombe pas de faire.
Pour que l’harmonie existe en nous, conscient et inconscient doivent
s’unir dans un même esprit. C’est comme une relation d’amour, un désir
commun et complet, qui à la base part de notre cœur. Si on ne veut pas les
choses véritablement et profondément, aucune ne se révélera à nous.
Le simple fait de mentionner une fois ou deux à voix haute que l’on
souhaite devenir un chanteur rock ne nous assure pas de vivre le quotidien
de celui-ci. Il y a des étapes à franchir, des pas à faire et un désir qui doit
être présent et dont la source doit être dans le cœur, pas dans l’esprit. Il faut
aimer pour obtenir quelque chose, le désirer très fort. L’imagination, la
visualisation nous aident à faire des plans dans notre tête, certes ; mais pour
que l’image fixe devienne animée, il faut passer à l’action. Elle a besoin
d’un moteur pour avancer.
L’accord interne est indispensable
La motivation part de notre cœur, c’est notre noble partie. C’est notre
intention de poursuivre ce que nous avons entamé pour aller vers la
satisfaction d’un désir. Pas à pas, nous avançons, nous faisons un geste, puis
un autre, nous agissons. Nous réunissons dans un seul processus toutes nos
parties. Elles s’unissent dans une vision commune.
Le cœur, l’esprit conscient et l’inconscient ont été réunis sur un chemin
unique, et quand toutes ces parties sont en correspondance de phase, bien
accordées, nous avançons alors rapidement, gaiement, facilement, vers ce
que nous désirons. Nous sommes, comme on dit, dans le sens du courant.
Nous sommes au bon endroit, au bon moment, à notre juste place puisque la
vie elle-même nous porte.
Cet accord demeure primordial dans le processus des idées qui créent.
L’harmonie interne est indispensable tout le temps. Un simple instant de
doute ou de discorde ralentit ou stoppe immédiatement le mouvement entre
la cause et l’effet. Ainsi, ce que nous entretenons dans nos pensées, dans
nos paroles ou dans nos actions doit se situer du côté de la vie plutôt que de
celui de la discorde. Lorsque nous désirons créer, nous faisons appel au
mouvement. C’est que nous appelons la vie.
Je simplifie le processus en disant ceci : la seule manière de créer la vie
est de travailler sur ses états internes. Travailler à faire en sorte que
l’harmonie règne en soi, toujours. Il n’y a rien d’autre à faire que de
conserver un accord parfait à l’intérieur de soi, car la vie viendra se
manifester là où on est prêt à la recevoir.
Pour ce faire, commençons par nous accueillir complètement, dans
chacune de nos parties, celles qui sont en accord et celles qui ne le sont pas,
les négatives et les positives – nos polarités. Asseyons-nous ensemble à une
même table, comme des chevaliers. Je sais, encore une fois c’est une image
qui semble curieuse, mais consultons nos polarités pour tenir compte de
leur avis, de ce qu’elles pensent du projet ou des imprévus qui sont peut-
être à considérer lorsque nous regardons mieux nos archives.
Connaître ce qu’il y a en soi, c’est avancer comme un être accompli,
dans la conscience de ce que l’on est. C’est apprendre comment construire
un accord interne pour cocréer sa vie, selon sa propre recette. Toute chose
se réalise selon le même procédé.
À partir de là, après avoir reconnu nos polarités, il devient plus aisé de
les accorder comme des cordes de violon pour qu’elles vibrent de concert.
À la lumière de ce que nous avons découvert sur nous-mêmes, c’est
également plus facile de trouver les bons outils pour nous aider à
transformer nos obstacles en éléments de progrès.
Peut-être le ferons-nous uniquement en répondant aux besoins réels de
chacun, car la vie n’est-elle pas un mouvement perpétuel, une marche qui
nous pousse vers l’avant ? N’est-ce pas ce que nous avons appris
intuitivement dès notre jeune âge, à nous lever et à marcher vers ce que
nous voulions ?
Marchons main dans la main
Conscient et inconscient travaillent peut-être en même temps, mais il
importe qu’ils marchent aussi sur le même chemin. Les deux ont pris
connaissance des désirs de notre cœur. Chacun a ses forces et ses faiblesses,
chacun régit son petit monde ; mais fondamentalement, c’est à l’esprit
conscient de piloter le corps. C’est lui le cerveau, après tout.
Si nous laissons toute latitude à l’inconscient, qui sait où cela nous
mènera ? Peut-être n’importe où, comme une poule à qui on a coupé la tête
et qui court dans toutes les directions sous l’impulsion de réflexes
conditionnés.
L’esprit conscient gouverne toute conséquence dans son royaume, il en a
la maîtrise. Comme le maître qui enseigne à l’élève, l’esprit conscient tient
compte de tous les avis de l’inconscient, de ses émotions, de ses
automatismes, de ses mécanismes de défense, de son style d’apprentissage.
Mais en fin de compte, lorsqu’il connaît bien celui à qui il enseigne, le
maître s’adapte à son élève et prend alors les meilleurs moyens pour lui
transmettre la matière.
La tête commande au corps, car sans elle le corps se perd. La tête
gouverne le corps en tenant compte de ce qu’il est, car si le corps
l’abandonne faute d’être reconnu, elle ne règne plus sur rien. Tout doit
toujours être fait d’un commun accord.
On dit que notre intuition dispose d’un champ beaucoup plus vaste que
celui de la raison. C’est vrai. D’emblée, nous devons entraîner notre esprit
conscient à faire ses demandes directement à cette partie de nous-mêmes.
Nous pouvons l’exercer à recevoir les inspirations spontanées de
l’inconscient sans y faire obstacle. Mais il faut alors observer au pied de la
lettre les directives que nous recevons, sinon à quoi bon demander ? Soyons
attentifs aux petits signes, car dès que la demande est formulée, notre voie
de réalisation est déjà tracée.
Le doute s’interpose entre nous et le désir de notre cœur
La vie est un don que nous avons tous reçu également au moment de la
naissance. Elle nous alimente continuellement de tout ce qui existe de plus
beau, pourvu que nous développions le regard et l’attitude qu’il convient
d’avoir face à elle. Elle nous alimente de nous-mêmes et des autres, ainsi
que d’innombrables belles manifestations et créations.
Les conflits et les guerres ne se déroulent pas toujours aux endroits où
l’on pense. Ils occupent la place, la juste place que nous leur accordons
dans notre esprit. Conflits et guerres ont leur origine à l’intérieur de nous,
dans le désaccord et la désharmonie de nos représentations internes. Rien ne
s’interpose entre nous et nos objectifs, que le doute et la crainte issus de
notre insécurité.
La vie attend de nous que nous exercions notre pleine maîtrise sur les
choses comme sur les circonstances qu’elles engendrent autour de nous et
en nous. Commençons par celles que nous rencontrons à l’intérieur de nous,
cela va de soi.
Effaçons du mental les doutes, les inquiétudes et les peurs, et imprimons
dans notre inconscient des programmes nouveaux où seul le bien a l’aplomb
qu’il faut pour rester solide et droit. Au lieu de fuir les problèmes et de les
maintenir ainsi bien en vie, faisons-leur face avec toute notre confiance et
avec foi : ils disparaîtront d’eux-mêmes.
S’il est vrai que s’observer demande un brin d’humilité, beaucoup
d’amour-propre et une part d’objectivité, eh bien, prenons le temps de le
faire. Le temps de nous observer objectivement en changeant notre point de
vue sur nous-mêmes, pour nous offrir la même chance, le même
accompagnement que celui que nous accordons aux autres quand nous leur
offrons des conseils. Pour accueillir la vie en nous et bénéficier de ses plus
belles grâces, préparons la place et ouvrons-lui toute grande notre porte.

La projection, le plan des idées


Dans la Conscience d’où émerge l’infinité de possibilités, il y a tout. La
Conscience est constituée de grands champs d’énergie qui voyagent sous
l’influence de diverses fréquences ondulatoires. Elle correspond donc à un
matériau brut prêt à être dirigé dans nos canaux internes.
Elle se transforme selon les fréquences que nous émettons. Ce vaste
champ d’énergie pure varie selon nos états d’être et est influencé par tout ce
qui est à l’intérieur comme à l’extérieur de nous. Dans tous les plans de
l’être, que ce soit dans le monde visible ou invisible, la Conscience agit.
Tout est là, prêt à participer à notre propre création.
Nous sommes les créateurs de notre réalité. Dans le processus des idées
qui créent, l’aboutissement de la première étape, que je nomme la
projection, nous convie à préparer le terrain. Nous ne pouvons être que ce
que nous nous voyons être. Il doit y avoir une image mentale de ce que
nous voulons. Antérieurement à la vision, nous avons eu un désir. Celui-ci
représente un appel du cœur. Le sentiment précède sa manifestation.
Cet appel, lorsqu’il est cultivé et désiré par le cœur, produit une
fréquence particulière qu’il nous incombe d’entretenir par notre foi (j’utilise
ce mot ici pour signifier toute chose dans laquelle nous croyons vraiment).
Nous préparons le terrain en cultivant en nous l’état désiré, comme si déjà
nous recevions ce que nous avons invité. Nous préparons ainsi notre cœur à
capter la fréquence vibratoire jumelle à laquelle il a fait appel.
Pour ce faire, cette fréquence doit passer de la Conscience à l’âme, à
l’esprit puis au corps, jusqu’à se rendre dans le cœur d’où part tout amour.
C’est notre petit moteur, on s’en souvient. Dans chacun de ces plans
préalablement nettoyés des interférences, l’onde laisse une trace, comme les
effluves d’un parfum qui continuent d’alimenter nos mémoires une fois
passés.
La Conscience est la vie qui nous alimente, et la vie nous aime, ne
l’oublions pas. L’amour vibre à l’amour. C’est par l’amour qu’ils se
rejoignent l’un et l’autre, par résonance d’un appel, et c’est ainsi que se crée
toute chose.
Cela se traduit pour nous en termes d’impressions. Une intuition, une
idée survient tout à coup au niveau de l’esprit. Évidemment, des tonnes
d’idées nous traversent l’esprit à chaque instant. Tellement que ça peut
ressembler parfois à un trafic mental dans lequel il nous faut constamment
faire le tri. Un grand ménage s’impose pour plusieurs s’ils veulent
permettre à la pureté d’une telle onde de franchir les différents niveaux et
de se connecter à leur cœur.
Le calme mental devient alors impératif. Trions surtout les doutes et les
inquiétudes qui naissent dans notre esprit en les accueillant un par un avec
bienveillance. Ces états d’esprit, on le sait, viennent de nous. Nous les
créons, ils proviennent de nos stratégies mentales passées.
De la même manière, nous créons tous les obstacles qui nous séparent de
nos plus chers désirs. Pour que l’onde passe, la vie n’exige pas une
longueur de temps déterminée. Elle parvient jusqu’au cœur ou n’y parvient
pas. Cela se fait instantanément. Son besoin ultime est qu’aucune
interférence ne vienne bloquer le canal. Émetteur et récepteur nécessitent un
alignement parfait afin de bien se connecter ensemble.
Que vient faire le cœur dans tout cela ?
Pour bien comprendre le mécanisme de validation d’une idée en nous, à
savoir si elle est bonne ou mauvaise, il faut souligner le rôle qu’occupe le
cœur dans ce processus. Un désir du cœur se définit comme une chose que
l’on veut vraiment, profondément.
Lorsque dans notre esprit s’esquisse enfin l’image ou la vision qu’on se
fait d’un désir, c’est qu’il y a eu un déclic. Un lien s’est tissé entre la
Conscience et le cœur qui agit dès lors dans tous les plans de l’être.
Immédiatement, le cœur envoie l’image qui demande à être reconnue. Est-
ce cela que tu veux ? semble être la question qu’il nous pose.
Si l’esprit réagit favorablement, il fait vibrer le cœur aussitôt, et celui-ci,
plus motivé encore par son désir, alimente en retour la pensée. Cela crée
une boucle, un mouvement infini qui unifie l’être dans tous ses plans, avec
l’assurance que ce qu’il désire est en route.
Parce que, dès la naissance du ressenti au niveau du cœur, nous obtenons
l’indication la plus certaine que ce que nous souhaitons nous est déjà donné.
Un lien s’est créé entre la Conscience et le cœur, et le sentir en nous prouve
indéniablement que la réalisation est en chemin. Elle se trouve déjà au
niveau de la cause puisque nous en ressentons les effets dans le cœur.
En fait, lorsque notre esprit conscient ignore l’appel que lui lance le
cœur, il agit franchement à contre-courant. Ce qui se produit souvent, c’est
que nous avons fait notre demande avec foi, mais d’une certaine façon nous
planifions la manière dont les choses vont se présenter à nous.
Or, comme j’en ai fait mention précédemment, la seule chose que nous
pouvons contrôler mentalement est le parfait accord qui existe en nous. La
manière dont la vie incarnera notre désir est impossible à contrôler. Cela ne
nous appartient pas de savoir. C’est ici que le mot « foi » prend un sens
considérable, parce que nous ne sommes pas habitués à lâcher prise, ni à
faire confiance à nulle autre partie qu’à celle qui contrôle tout.
Un ego qui se ferme parce qu’il croit avoir échoué place l’homme dans le
sens contraire de sa nature propre, et cela entraîne alors les conséquences et
les difficultés reliées à ce genre d’action. On essaie, on échoue, et on le fait
juste parce qu’on ne sait pas écouter. Sans le lien entre Conscience et cœur,
la projection n’a pas de raison d’être. Une projection issue de l’esprit a
besoin du cœur pour être désirée. Autrement, comme plusieurs l’ont
sûrement expérimenté, les idées passent et meurent.
Dans la pensée, il n’y a rien d’autre qu’un mince filet de rêve, une idée
que les caprices des mécanismes inconscients ont tôt fait de détruire. Pour
vivre, toute chose a besoin d’un cœur. Voilà pourquoi dans cette première
étape se retrouve la connexion du cœur avec l’esprit. Et cette connexion,
nous le devinons, atteint aussi le corps et l’âme ; puis le pouvoir de
l’intention qui en découle multipliera les choses.
L’attention, la vigilance, l’objectivité, la distinction
La guidance de l’esprit conscient nous indique l’importance qu’a sa place
dans tous les plans de l’être dans la réalisation d’un objectif d’évolution.
C’est par l’esprit que toute communication passe. Par son écoute active, il
perçoit les signaux du corps, les désirs du cœur, les aspirations de l’âme et
les coïncidences de la vie.
L’esprit est cette écoute, ce point central. Il possède le pouvoir de choisir
et de réaliser ou non les messages qu’il intercepte. Il ordonne au corps de se
mettre en action et alimente la vision dans la pensée. Il se soustrait aux
distractions qui se créent dans ce même lieu.
Le libre arbitre nous donne le droit de choisir de quel côté penchera la
balance aujourd’hui et de vérifier si demain notre élan restera toujours le
même au niveau du cœur. De quoi sont faits les besoins du moment ? C’est
chaque jour qu’il faut le déterminer.
L’esprit favorise l’entente entre toutes les parties et agit en tant que
médiateur pour qu’elles s’unissent d’un commun accord ; c’est exactement
ce que nous recherchons. L’esprit conscient est le roi qui règne au château
et sur son royaume. Il ne peut être à la fois celui qui commande assis sur le
trône et celui qui part à la découverte du royaume.
Il a des chevaliers sous ses ordres, des guides, des conseillers qui
remplissent chacun leurs fonctions et en qui il a pleinement confiance. Pour
faire de son mieux et parvenir à la gloire, le souverain consulte tout ce beau
monde et lui alloue les meilleurs rôles. Lorsque les chevaliers partent en
mission sous ses ordres, le roi ne connaît ni les chemins ni les obstacles que
ceux-ci rencontreront avant leur retour. Il pourra prendre conscience du
récit des chevaliers, analyser les pour et les contre et mieux les diriger selon
ce qu’ils auront affronté.
Inversement, quand le cœur désire et que la raison ne consent pas à ce
désir intrinsèque, son attitude de fermeté engendre une révolte interne qui
nous sépare de notre vision profonde. La non-acceptation, la non-
reconnaissance de toutes nos parties brisent automatiquement l’harmonie
interne et enferme de plus en plus l’ego dans sa propre prison.
Il y a une différence importante entre le fait d’être raisonnable et celui
d’être conscient. La première attitude implique que nous soyons à
l’intérieur des limites de notre esprit conscient ; et quand on parle de
limites, on parle de restrictions, de fermeture, de filtres, de tout ce qui nous
sépare de la vérité, en fin de compte. La seconde définit notre conscience
d’être comme un état, une fonction qui permet de rester ouverts à toute
possibilité.
Cela implique que l’on ne sait jamais rien des choses, car sans cesse elles
se renouvellent. Nos facultés d’observation, d’analyse et de créativité sont
des facultés au sens large dans le moment présent. Elles le demeurent sans
nous ramener automatiquement au soi, ni à la comparaison de notre modèle
du monde.
Notre système sensoriel représente tout ce que nous sommes au présent
pour décoder la vie d’instant en instant, car le mouvement entraîne avec lui
l’impermanence des choses. Comme l’amour du parent envers l’enfant, la
raison a besoin du cœur pour évoluer.
Déroulons les plans
La seconde étape dans le plan des idées qui créent se présente à nous tout
simplement. Il s’agit d’un procédé que nous connaissons tous : agir au
niveau de l’esprit afin d’élaborer des plans. Tous, nous avons des idées
particulières en tête, des idées auxquelles nous rêvassons, ne serait-ce que
de faire les préparatifs mentaux pour une sortie au restaurant. Nous passons
beaucoup de temps à imaginer des scénarios de cette manière. Quelques-uns
sont utiles, d’autres indéniablement moins.
Avant même de verbaliser notre désir dans l’entourage immédiat, il
importe de prendre le temps d’en analyser plus à fond la réalisation. D’une
manière plus personnelle, commençons par mettre à jour les avantages et
les désavantages, les bienfaits et les inconvénients, pour nous et pour les
autres aussi.
Puis faisons un grand tour d’horizon, juste pour le plaisir d’imaginer ou
de mettre en contexte le rêve, pour voir si c’est un bon moment pour le
manipuler et le rendre vivant. Si le moment ne convient pas, alors quand
est-ce que ce sera possible ?
Enfin, questionnons-nous à savoir à quel point ce désir, cet objectif nous
importe. Quel sera le pire scénario si jamais nous ne faisons rien pour le
réaliser ? Ou encore, que nous manque-t-il donc pour pouvoir
l’atteindre ? Quelles sont les choses qui nous en séparent ?
L’idée est une force libérée de l’énergie de vie. Comme quand on cueille
une rose dans un immense jardin fleuri, l’idée que nous saisissons est
séparée de ses semblables. Elle évolue en une force plus rassemblée, plus
dense et déjà plus réelle. Aussitôt captée par l’esprit, l’idée devient plus
particulière, car elle mobilise notre attention.
Elle présente des caractéristiques toujours plus claires pour nous, et plus
nous focalisons sur elle, sur ce qui la caractérise, plus nous sommes à même
de définir cette projection de notre conscience. L’idée nous paraît alors plus
vivante, plus réalisable ; et quand, en plus, le cœur nous renvoie un message
de bonheur à son contact, il faut comprendre que nous sommes assurément
sur la bonne voie.
Nous pouvons alors faire grandir cette idée au niveau de la pensée et
réaliser que d’autres pensées connexes se joignent à elle. Du coup, ce que
nous avons séparé de la source et reconnu comme une part de cette même
source attire déjà à lui tous les éléments importants à sa future création.
Le pouvoir d’attraction se décuple, car plus l’idée prend de l’expansion
dans l’esprit conscient, plus les idées semblables abondent de toutes parts.
Toutes ces idées deviennent alors très importantes, comme si elles voulaient
toutes participer au projet, et ainsi la structure se dessine conséquemment,
au fur et à mesure.
Être plus structuré
Nous avons besoin de structures pour manifester notre idée. Dans cette
composition, nous pouvons également jouer avec les pensées nouvelles et
essayer d’autres agencements. Il s’agit de placer l’idée directrice à
l’intérieur d’environnements différents, par exemple, ou d’en modifier une
composante et de vérifier chaque fois, au niveau du ressenti, quelles sont
nos impressions.
Est-ce que le résultat paraît mieux avec ou sans l’élément nouveau ?
Existe-t-il d’autres possibilités ? Et si oui, lesquelles ? Changer de cadre au
niveau de la pensée n’implique rien d’autre, en fait, que de comparer des
aboutissements les uns avec les autres. Pour chaque élément changé dans la
séquence, nous imaginons mentalement une fin différente. Laquelle de ces
fins heureuses semble être celle que notre cœur désire vraiment ? À nous de
le comprendre selon notre ressenti.
Par cette façon d’effectuer des vérifications, nous renforçons au
maximum notre conviction profonde, sinon cela nous donne l’occasion
d’améliorer et de clarifier nos choix, le cas échéant. La vérification nous
permet d’être plus autonomes et de ne pas laisser les autres infiltrer ou
influencer nos choix de vie. D’ailleurs, en quoi sont-ils mieux placés que
nous pour choisir ce qui nous convient vraiment ? Plus nous avons les outils
adéquats pour nous valider nous-mêmes, plus nous augmentons notre
confiance en nous et nos chances d’être heureux.
À la fin de cette étape, il nous faut un peu jouer au jardinier. Nous avons
semé la graine dans une bonne terre. Or, avant que la petite pousse soit
visible à l’œil nu, les racines doivent bien se développer. C’est ce qui en
assure les fondements. Plus il y aura des racines profondes et fortes, plus
notre plan pourra s’alimenter pleinement.
Ce moment d’attente met à l’épreuve notre foi. Je sais, parfois il n’est
pas aisé de vivre cela. Quand nous sommes dans le doute, nous aimerions
peut-être gratter un peu la terre pour voir avec nos yeux si les racines se
propagent comme elles sont censées le faire.
Nous savons pourtant que nous ne pouvons pas explorer le sol sans briser
les racines ; il nous faut être patients et avoir confiance dans ce que nous
avons semé. C’est un processus qui demande notre respect. La nature est la
nature, cessons de vouloir tout contrôler.
Dans le meilleur des cas, notre imagination peut nous faire voyager de
l’instant présent à un futur lointain ou plus rapproché. Cela représente une
façon intéressante de questionner l’avenir et de lui demander des conseils
pour agir dans le présent. En imaginant ainsi le résultat final, le scénario
que nous nous faisons de cet objectif de vie atteint, nous visualisons des
gestes, des décors, des bruits, des sons et des sentiments, ne serait-ce que
l’euphorie qui naît du travail accompli.
Nous pouvons alors cultiver cette vision, comme si tout cela était réel, et
même passer en revue les effets à venir. Nous incarnons notre vision en
esprit ainsi que la complète démonstration que cette vision provoque dans
notre corps. Nous incarnons la joie, le bonheur, la liberté ou toute autre
ressource interne suivant notre désir premier. Il nous importe de bien vivre
tout cela en faisant confiance au processus, sans toutefois être dans
l’attente.
À un moment donné, on s’en doute, nous aurons à nous assurer de
l’exacte manifestation de notre désir, mais pour l’heure, toute cette étape se
prépare mentalement. Plus nous sommes précis à cette étape dans la
projection du résultat final, plus nos pensées se forment en fonction de ce
résultat. La projection et la structure des idées suivent alors d’elles-mêmes,
comme nous l’avons vu. L’extérieur se conforme toujours à l’intérieur.
Quand nous transformons notre pensée, nous changeons pareillement la
direction que prennent nos actions.

Vers une réalisation dans la matière


C’est maintenant un tout autre effort que nous avons à faire. Passer du plan
des idées au plan de la matière, de l’invisible au visible, fait peur. Nous ne
savons pas comment notre rêve sera perçu, ni par nous-mêmes ni par les
autres. Nous ne l’avons qu’imaginé. En fait, tant que nous n’avons pas
réalisé notre plan concrètement, nous gardons un doute quant à la réussite
de sa création.
Métaphoriquement, cela me fait penser à un travail d’écriture effectué sur
ordinateur. Nous écrivons les pages une à la fois et celles-ci défilent sans
que jamais nous ayons une vue d’ensemble. Il nous faut pointer la souris sur
la flèche du haut ou du bas pour parcourir le texte des yeux, revenir en
arrière ou aller de l’avant tout en sachant que ce qui est là peut disparaître
en une fraction de seconde. Rien ne nous en assure la sauvegarde si nous ne
l’effectuons pas nous-mêmes plusieurs fois, et encore.
Le plan des idées ressemble à cette image fragmentée qui suppose le
reste, mais dont jamais nous n’avons la preuve. Nous sauvegardons
fréquemment tout un contenu sur la foi d’une seule pièce sans savoir si ce
geste est le bon.
Puis, lorsqu’il est temps d’imprimer le texte et qu’alors nous regardons
les pages s’amonceler les unes par-dessus les autres, nous nous détendons.
Les inquiétudes quittent enfin le domaine de l’esprit et nous réalisons que
ce que nous avions imaginé depuis la toute première phrase se trouve
maintenant en entier dans nos mains. Ce n’est plus un rêve, c’est la mise au
monde de l’idée.
Comme lors d’un accouchement, il y a toujours un moment où on a
l’impression d’attendre. Toutefois, le bébé est bel et bien en route, il vaut
mieux s’y préparer. De même, le projet, le désir s’en vient, pourvu que nous
le sauvegardions par quelques clics.
La parole passe à l’action
Oui, entretenir la vision dans la pensée est primordial, mais les mots, il faut
les écrire un à un. Les particules de Conscience se densifient peu à peu.
Elles passent de l’idée aux pensées agglomérées, et c’est la parole qui
mettra au monde toutes ces pensées qui demandent à s’exprimer. La parole
rend vivant. Toute conversation, qu’elle soit superficielle ou profonde, a des
répercussions sur la vision que nous entretenons.
Tout ce que nous disons a un impact sur cette réalisation parce que nos
mots établissent des lois, bonnes ou mauvaises. Rien n’est anodin pour
l’inconscient, on s’en souvient. Alors, prenons garde à la puissance de notre
communication et de nos pensées.
Notre parole joue un rôle de création dans la matière. Elle s’adresse à
nous d’abord, mais aussi à nos proches. Nous cherchons en eux la
validation, comme dans le cas de nos croyances. Comment est accueilli ce
que nous avons à dire ? Quels sont les mots que nous utilisons pour parler
de nos projets ?
Avant même que nous nous risquions à parler de notre objectif devant les
autres, plusieurs d’entre nous élaborent des scénarios destructeurs : Pour
qui te prends-tu ? Où as-tu la tête ? Qu’est-ce que c’est, ces idées de fous ?
Déjà, nous prévoyons l’adversité et, la plupart du temps, nous la créons à
cette étape. Somme toute, ces lectures de pensées chez les autres sont de
pures inventions de l’esprit. Mais si nous avons une mauvaise impression
quant à la façon dont sera reçu notre message, pourquoi ne pas choisir les
gens à qui en parler ?
Les étapes sont parfois des escales nécessaires qui impliquent de trouver
des ressources matérielles ou externes. C’est l’impression qui ressort le plus
souvent dans la mise au monde de l’idée. Pourtant, partant du fait que
l’extérieur est le reflet de l’intérieur, nous pouvons faire appel à des
ressources davantage internes que nous trouverons grâce à ces moments de
pause.
Ce que nous attendons de l’extérieur provient du fait que nous l’avons
créé intérieurement. Rien ne vient autrement que par nous. Aide-toi et le
ciel t’aidera, nous rappelle l’évidence de l’autonomie de l’être dans sa
propre vie et le processus de la vie elle-même. De l’alliance des deux naît la
réalisation de notre désir.
La parole implique toujours le mouvement pour être en concordance. En
d’autres mots, il faut appliquer dans la vie ce que nous sommes en train de
dire, faire l’action que commande la voix ; autrement, pas de mouvement,
pas d’effet. Si nos actions et nos paroles ne sont pas concordantes, c’est la
situation à laquelle nous nous préparons que nous obtiendrons. Nous devons
être prêts à recevoir ce que nous avons demandé, et rien d’autre.
Par exemple, une femme rêve de vacances à l’étranger depuis quelques
années. Travailleuse autonome, elle décide que c’est le moment ou jamais
de planifier son séjour à l’étranger lors d’une période où l’affluence des
contrats est plus faible. Elle arrête son choix précisément sur le mois de juin
et commence la préparation de son voyage. En regardant sur Internet, elle
repère des endroits qu’elle désire visiter, des attractions qui semblent
captivantes, des forfaits hôteliers très attirants.
Les mois passent, elle oublie un peu le temps. Puis un jour, au téléphone,
un client lui propose un contrat intéressant, qu’elle accepte. En prenant son
agenda pour l’y inscrire, elle se rend compte qu’elle a accepté de travailler
durant sa semaine de congé. Ce qu’elle a préparé, c’est le travail, et non les
vacances.
Créer le mouvement
Pas de mouvement, pas d’effet. Nous avons pris conscience de ce principe
dans le chapitre qui traite de la causalité. Il y a la cause en Conscience,
l’effet de la cause que nous ressentons dans le cœur et le moteur de l’action,
mais encore faut-il maintenant que nous créions ce mouvement qui fait se
manifester notre désir. Le plan des idées qui créent ne sous-entend pas de
rester à ne rien faire. Nous devons bien préparer l’arrivée du bébé.
C’est ici que la foi prend tout son sens, car il importe de planifier la
venue d’une chose que nous n’avons pas encore, avant même que nous
ayons reçu la nouvelle qui confirme sa présence. Et pour l’esprit logique,
tout ça est vraiment absurde. Cela revient à faire les choses à l’envers, à
commencer presque par l’étape finale ; et c’est beaucoup trop risqué.
Malgré cela, notre foi, notre conviction profonde que cette chose est pour
nous est essentielle. C’est à nous de l’entretenir. C’est à nous de croire que
cette chose que nous désirons est non seulement possible, mais qu’elle l’est
précisément pour nous.
Nous devons alimenter notre foi en ce que nous avons demandé, tout
comme notre conscience d’être. Quitte à paraître vraiment étranges devant
nos semblables, préparons-nous à recevoir activement sur le plan visible ce
que nous avons d’abord désiré. Il y aura des signes que notre désir est en
route, tout comme pour le bébé que porte la femme.
S’associer à ses désirs
« Je pense, donc je suis. » Cette phrase célèbre de Descartes définit bien le
processus des idées qui créent. Quand je suis une enseignante, mes pensées
ressemblent à celles d’une enseignante. Je planifie mes cours, je prépare
mes documents, je révise mentalement les points à enseigner et la méthode,
j’anticipe les éventuelles questions des élèves. Bref, tout ce qu’il est utile de
faire mentalement, les choses auxquelles une enseignante est confrontée.
Quand je suis enseignante, je parle avec des amis des jours où j’enseigne
et de ceux où je n’enseigne pas, je discute avec mes collègues des
interactions que j’ai avec les élèves, je commande des livres. En résumé,
mes paroles vont dans le même sens que mes pensées. Je ne suis pas en
train de me demander si des élèves se présenteront à mes cours. Quand
j’enseigne, mes gestes sont ceux qui me permettent d’être à mon aise.
J’imagine les espaces et les gens qui les occupent, les places disponibles,
les commodités. Je planifie des dates, mes déplacements, je prépare les
choses. Cela va de soi, c’est dans ma nature d’enseignante de penser, de
parler et d’agir de cette façon.
Je suis toujours en face d’un état d’être, un état qui fait de moi ce que je
veux. Quand je veux être heureux, je ne parle pas de malheur. J’incarne le
bonheur, tout de suite. Je pense comme quelqu’un qui est heureux
maintenant, et non après avoir reçu ceci ou cela. Toutes mes pensées
deviennent des façons nouvelles de vivre mon bonheur. Et si je me
questionne sur la façon dont quelqu’un d’heureux fait les choses, je me dis
qu’il les fait probablement sans se questionner.
Regardons les gens heureux autour de nous. Comment parle quelqu’un
dont le bonheur irradie ? Il en parle tout le temps, j’imagine. Il est heureux,
cela va de soi. À quoi pense cette personne qui vit en plein bonheur ? À
profiter pleinement de cet état merveilleux. Voilà, c’est simple.
Pourquoi dans la vie cela se passe-t-il autrement ? Les gens malheureux
ne peuvent pas concevoir de penser, de parler ou d’agir comme quelqu’un
d’heureux, puisqu’ils ne le sont pas. C’est une réalité. C’est une réalité pour
eux ainsi que pour leur entourage. Leur attitude les empêche d’incarner le
bonheur maintenant, mais ils entrevoient qu’un jour, oui, un jour peut-être,
il y aura autre chose de mieux.
Que font les gens heureux pour le rester ? Ils ne propagent certes pas le
malheur autour d’eux. « Les gens heureux n’ont pas d’histoires », dit-on. Ce
n’est pas que jamais rien ne leur arrive, mais leur attention se porte sur les
moments heureux qu’ils ont vécus. Qu’ont-ils eu comme vie
antérieurement ? Une vie heureuse. Qu’ont-ils fait de différent pour être
heureux et pas nous ? Ils ont simplement incarné le bonheur. Qu’est-ce qui
nous sépare de ce que nous voulons être ? Eh bien, seule notre attitude nous
en sépare.
La création suppose un engagement envers soi. Cela ramène à soi, à
l’autonomie de l’être, à la responsabilité que nous avons face à nous-mêmes
dans la poursuite du bonheur. Nous avons tous été un bébé qui attendait.
Certains d’entre nous ont eu des besoins comblés, d’autres partiellement,
d’autres encore pas du tout.
Toutefois, aujourd’hui nous avons pris de la maturité, et voilà que
quelque chose semble nous dire qu’il y a peut-être mieux. Certains de nos
standards demandent maintenant à être dépassés, justement parce que leur
déclin annonce un épanouissement nouveau. La puissance d’un désir est
l’un des plus grands pouvoirs qui nous mènent vers ce progrès. Alors,
comment s’engager dans cette voie d’achèvement ?
L’affirmation de son accomplissement
Nous accompagner nous-mêmes implique l’éloignement des doutes et des
inquiétudes qui peuvent surgir quant à la réalisation du désir et l’affirmation
haut et fort de notre accomplissement. Les mécanismes de l’inconscient ont
besoin d’entendre nos paroles, notre conviction profonde, pour collaborer.
Pour nous libérer des discours qui parviennent à notre conscience par le
biais d’un dialogue intérieur, pour éviter des comportements incohérents qui
entravent la mise en action ou qui, parfois, nous freinent, notre foi en ce
désir doit être plus grande encore.
Tout est possible et tout est vrai, à la condition d’y croire vraiment. Nous
avons vu antérieurement de quelle manière les croyances façonnent notre
réalité. Alors, si avant notre conscience subissait la vie sans se douter du
pouvoir qui est le sien, pourquoi maintenant, en agissant en accord avec
tout notre être et dans une conscience éveillée du système que nous
sommes, ne choisirions-nous pas une réalité plus heureuse parmi toutes les
possibilités qui s’offrent à nous ?

La foi passe par le cœur


Pourquoi ne pas affirmer notre foi en la réalisation de nos désirs et
l’affirmer encore plus fort devant chaque doute que notre esprit crée ? Étant
donné que chacun de nous a l’avantage de choisir ce en quoi il a envie de
croire, la foi est notre plus grand moyen de communiquer avec l’énergie qui
nous compose.
Elle agit en tant que structure dans notre esprit. Tantôt elle nous offre
plus de latitude pour observer les signaux de la vie, tantôt elle peut réduire
la capacité de perception de tous nos canaux sensoriels. Lorsqu’elle est bien
utilisée, la foi canalise la puissance du cœur en un faisceau unique et
multiplie ainsi le champ magnétique qu’il émet.
Selon l’Institut HeartMath, le champ magnétique émis par le cœur
représente une intensité 5 000 fois plus élevée que celui produit par le
cerveau. C’est un pouvoir grandiose, largement méconnu. Pouvons-nous
imaginer la puissance que peut atteindre une idée qu’on envoie au niveau
du cœur ?
Grâce à la force de l’intention, cette idée bénéficie d’un champ de
rayonnement beaucoup plus intense, capable de transformer à lui seul les
atomes qui cohabitent dans notre corps et tout autour. La foi nous donne la
permission de croire au-delà de tout ce que nous estimons possible.
Croire est un pouvoir très personnel. Soit une croyance est issue des
conditionnements passés, soit elle illustre cette chose dans laquelle nous
avons cru par la suite. Toute vérité fait office de croyance, de la plus
simpliste à la plus complexe. Quelquefois, nous croyons parce que nous
avons vu. D’autres fois, nous croyons parce que nous avons vécu. Et
certaines fois, nous avons seulement une impression de véracité. C’est
suffisant, car une croyance ne comporte pas un degré qu’on peut inscrire à
l’intérieur d’un graphique. Elle a par contre force de loi.
Toute croyance demeure une expérience personnelle, même si elle
provient d’un système générationnel, car chaque personne la vit
différemment dans son corps comme dans tout son être. Les croyances sont-
elles bonnes ou mauvaises pour les individus ? Je dirais ni l’un ni l’autre.
Elles font partie intégrante d’un style de vie que nous avons l’habitude
d’adopter.
Par analogie, cela ressemble aux potions magiques, épées, armes
diverses, amulettes et pierres miraculeuses qu’on trouve dans les magasins
spécialisés de jeux virtuels et qui procurent au héros les atouts nécessaires
pour combattre ses démons et mener sa quête. Nous achetons ainsi toutes
sortes de croyances qui, pensons-nous, nous aident à passer à travers les
difficultés de la vie. Nous les amassons sans savoir si elles nous sont utiles,
par prévention ou par tradition. Le contexte est-il précis pour nous au
moment de l’achat ? Peut-être ou peut-être pas, mais notre erreur est de les
garder trop longtemps.
Une croyance dure le temps dont nous en avons besoin. Après, nous
pouvons toujours nous en libérer. Il est erroné de considérer les croyances
comme immuables, comme il est faux de croire qu’elles sont toujours
vraies. Elles peuvent aisément passer de bonnes à mauvaises, car certaines,
nous nous en doutons, sont plus restrictives que permissives. Elles nous
enferment au lieu de nous libérer. Elles imposent des limites plutôt que
d’ouvrir à d’autres possibilités. Donc, n’est-il pas mieux de vivre selon la
croyance qui nous permet d’être totalement libres de choisir en tout temps ?
Gregg Braden définit une croyance comme une certitude intérieure. Une
certitude qui provient de l’acceptation absolue que ce que nous pensons
dans notre esprit de même que ce que nous sentons dans notre cœur est vrai.
Dans sa façon de nous expliquer comment transformer nos croyances, il
nous informe de l’importance de conjuguer le plan du cœur et celui de
l’esprit.
En fait, une croyance née de l’esprit qui s’accompagne d’une charge
émotionnelle crée des ondes qui transcendent le corps et bien au-delà. C’est
très fort. Il existe alors une certaine cohésion entre ces plans, un accord
parfait, dit-il, que nous ressentons intérieurement. La foi, selon lui, c’est
croire dans cette chose vraie qui s’accorde parfaitement bien avec nous et
nous laisse une impression de validation et de certitude. En résumé, c’est
croire en nous.
Notre génération s’éveille et suit une évolution à l’échelle
générationnelle. Nous sommes aussi des êtres qui s’éveillent de plus en plus
à cette part de pouvoir que nous avons sur la matière. Aujourd’hui, nous
pouvons penser qu’une transformation mineure à l’intérieur de nous, par
exemple le recadrage d’une croyance, influence d’emblée l’environnement
autour de nous.
Si tout changement éprouvé à l’échelle atomique a des répercussions
partout sur un grand système semblable à celui de toute une génération, le
changement d’un seul être se mesure à celui d’un seul atome. Partant de ce
constat, force est de croire que lorsque nous procédons à des changements
sur le plan de nos croyances, une modification de l’énergie transforme
proportionnellement les atomes.
Comme un grand enveloppement, sans que nous réalisions complètement
ce qui circule partout, nous pouvons avoir l’impression que l’énergie
atomique influe tant sur ce qu’il y a à l’intérieur que sur ce qu’il y a à
l’extérieur. Nous ne savons pas de quoi il en retourne exactement, mais
nous avons tout de même cette impression.
Comment se vit le changement pour un atome ou un ensemble
d’atomes ? Nous n’en avons aucune idée. Ça doit être comme pour nous. De
là le pressentiment que nous éprouvons, même si tout cela est trop petit
pour être mesuré quantitativement. Nous ne voyons pas non plus comment
les champs magnétiques évoluent autour de nous, ils sont trop diffus. Nous
savons toutefois que ces énergies existent puisque l’impact que nous avons
sur les gens semble influencer leur humeur.
Le courage de vivre
Je connais un homme dont le courage de vivre est exemplaire. Il suit
dorénavant tous les désirs de son cœur. Pour lui, pensée et cœur marchent
sur un même chemin, celui qui le mène vers sa destinée propre. À la suite
d’un appel du cœur, notre homme se laisse diriger par les messages de son
guide intérieur, par les effluves de son âme et par la Conscience elle-même,
qui converse de subtilité à subtilité.
Tout est intuition, impression et conviction profonde. « De tout petits
messages à peine perceptibles, très fins », me raconte-t-il. Des messages
qu’il suit à la lettre sans savoir d’avance où ça le mènera. Depuis un bon
bout de temps, il se laisse guider ainsi, et plus il avance, plus il comprend
où il va. « C’est ce que j’ai toujours souhaité profondément, je me rends à
l’évidence, dit-il, ému. J’ai suivi ce que me dictait mon cœur. »
Rien n’est analysé, car l’intuition n’a pas de logique au moment où elle
se présente. Plus tard, nous en comprenons le sens. Beaucoup plus tard,
nous constatons, comme cet homme, qu’il s’agit du parfait chemin pour
nous rendre à notre juste place. La vie pour lui est devenue un symbole de
perfection, même quand il ne sait pas du tout où il va. Il sait par contre que
c’est sa meilleure façon d’être heureux. Son courage de vivre a à cœur son
bonheur.

Silence, on tourne !
Des créateurs de réalité, voilà ce que nous sommes, rien de moins. Nous
sommes modelés selon l’image que nous entretenons de nous-mêmes et de
la vie. Tout est intéressant, tout est ravissant, car chacun de nous s’exprime
à sa manière. Chacun de nous comprend la vie selon son propre modèle du
monde. Chacun occupe sa place, a la même importance.
Chacun offre son cadeau particulier à la vie, et toute réalité existe tant
qu’il y a quelqu’un pour y croire. L’addition des réalités fait cette terre sur
laquelle nous vivons, celle que nous partageons tous ensemble. Nos réalités
additionnées construisent l’avenir où nous allons, le chemin où nous
marchons. Conséquemment, chacun fait de son mieux.
Créer favorise l’interaction. Quand je me permets d’exprimer mes plus
belles parties, je permets les plus belles expressions des autres autour de
moi. Quand je réalise la beauté des autres et l’importance de cette
expression dans la vie, je réalise idéalement la mienne.
Oui, nous pouvons nous servir des autres pour valider notre propre
avancement. Les rencontres que nous faisons dans notre vie sont gages de
notre évolution personnelle. Elles agissent comme des miroirs pour nous
éveiller à notre plus belle image. Plus nous nous permettons d’exprimer
notre beauté en faisant les choses que nous savons le mieux faire, plus nous
nous reconnaissons comme tels, et plus la vie devient simplement une
éclosion vers davantage de bonheur.
La vie se déroule comme une bobine de film qui avance dans le temps et,
heureusement pour nous, chacun semble avoir sa propre bobine. Les
rencontres que nous faisons sont autant de reflets de nous-mêmes, et par
tous les gens qui interagissent dans nos vies, nous pouvons nous
reconnaître.
« Connais-toi toi-même », dit la célèbre injonction de Socrate qui nous
invite à faire ce travail moral. Ce travail que, finalement, nous
accomplissons tous les jours sans pour autant en être toujours conscients.
La résonance, dont nous avons brièvement parlé dans l’exemple des
cordes de violons, est un phénomène qui touche les systèmes sensibles à
certaines fréquences. Or, tout être vivant extériorise sa sensibilité dans la
façon dont il s’ouvre à la vie. Nous sommes systémiquement sensibles à
diverses fréquences. Ainsi, lorsqu’un de nos semblables entre en résonance
avec nous de la même manière que le font nos deux cordes de violons, il se
produit ce qu’on appelle une fréquence de résonance. La qualité que je
perçois chez toi résonne avec celle qui est déjà en moi. Voilà pourquoi je la
reconnais. Tu es mon miroir, mon beau miroir.
En fait, la résonance se manifeste comme une énergie qui s’ajoute à celle
qui existe déjà en nous. La fréquence devient graduellement en
correspondance de phase avec l’autre. Tranquillement, nous l’apprivoisons.
Cela se passe par étapes. Au tout début, nous ressentons une forme
d’excitation interne devant cette reconnaissance de nous à travers l’autre.
Nous sentons alors une forte attirance vers celui qui occasionne cette
euphorie en nous. Notre système vibratoire fluctue alors selon des
oscillations beaucoup plus rapides, et que nous reconnaissions en l’autre
une qualité ou un défaut, nous sommes également attirés.
C’est moi dans la qualité, mais peut-être suis-je trop éloigné de moi-
même pour me reconnaître. C’est moi aussi dans le défaut, et celui-là je
n’ai généralement pas envie que ce soit moi. Comme des aimants, nous
sommes tous les deux porteurs de la polarité inverse d’une même chose.
La pacification des genres
Deux polarités nous composent ; c’est ainsi pour toute chose selon le
principe des genres : le masculin et le féminin de la tradition orientale. Nous
sommes porteurs de toutes les potentialités. Ce qui veut aussi dire que dès
la naissance reposent en nous, à l’état de germe, toutes les qualités et leurs
contraires.
Deux ondes se reconnaissent comme deux amies, deux jumelles. Elles
décident alors d’osciller ensemble quitte à laisser aller la stabilité première.
L’état grandit de plus en plus en nous, et chez l’autre aussi peut-être.
Cependant, rien ne dit qu’il éprouve au même moment la même résonance.
Ça lui appartient.
En vérité, si l’autre personne ne ressent pas le même élan que nous, c’est
que, comme pour les blessures intérieures, la guérison pour lui est
complète. Ce sera pour cet autre une façon de réaliser sa propre guérison.
Puis, par la suite, lorsque les phases correspondent vraiment ensemble,
lorsque les deux ondes communient, voilà qu’elles produisent une troisième
fréquence d’une grande pureté qui ramène aussitôt plus d’harmonie dans
notre corps.
La vibration première évolue en nous et se traduit par plus d’expression,
d’où cet état euphorique. N’avons-nous pas déjà expérimenté une telle force
dans l’amour quand, avec l’autre, nous nous sommes sentis plus grands,
plus beaux, plus en sécurité que seuls avec nous-mêmes ? Ce petit plus,
c’est ce que deux polarités qui s’accordent créent ensemble.
Les oscillations de deux sentiments contraires se reconnaissent
pareillement en nous. Elles sont des amies, des jumelles. Par cette
rencontre, elles désirent s’accorder ensemble. Comprenons que l’addition
du mépris en nous, par exemple, ne nous rendra pas plus méprisants
encore ; toutefois, sa reconnaissance, on le souhaite, nous démontrera notre
propre laideur.
Chacun de nous a la responsabilité de son propre rayonnement, et
l’harmonisation de nos polarités représente notre salut. Le mal que nous
reconnaissons chez l’autre fait partie de notre réalité d’individu, autrement
nous ne verrions que les plus belles parties des autres.
Alors, avec cette onde unique qui part de nous à la rencontre de l’autre se
produit le parfait accord, si nous acceptons la part d’ombre en nous comme
une chose bonne. Les défauts ne sont qu’une polarité contraire. Ils ont aussi
une raison d’être.
Cela part d’une bonne intention de préserver adéquatement l’équilibre
interne, selon le contexte. Par nos jugements, nous nous condamnons pour
l’éternité, alors que nous aurions dû recadrer notre comportement ou notre
action selon le choix du moment. Ainsi, ce qui nous semble être un tort, en
raison de notre méconnaissance, devient notre salut lorsqu’on le reconnaît.
Il n’existe en fait qu’une seule puissance, et c’est celle du bien.
Chaque être qui passe dans nos vies fait vibrer une partie de nous. Nous
pouvons alors traduire autant de fois tous nos états internes en fonction de
ce que ces gens arrivent à faire vibrer en nous. Celui avec qui j’aime être,
celle avec qui je me sens bien représentent cette qualité de moi que
j’affectionne ; et celui que je déteste, celle que je repousse sont ce défaut
que je n’ai pas accepté de reconnaître en moi. Il ou elle reflète ce bout de
ma vie qui me montre le travail que j’ai exécuté déjà et celui qu’il me reste
à faire pour évoluer encore. Tous ces gens ont une importance capitale dans
mon évolution.
« La gentillesse n’est pas un luxe mais une nécessité. C’est en nous
traitant mieux les uns les autres, en traitant mieux la planète que nous
pouvons espérer survivre », écrit Piero Ferrucci. Oui, les aimer tous, les
accepter tous, ces gens qui passent dans nos vies, car ils sont nous en
quelque sorte. Ils sont nous et eux aussi. Ils sont tous une partie de nous qui
résonne quelque part. Parfois, j’en conviens, ce n’est pas très agréable à
vivre, mais tout de même, nous savons que ce bout qui résonne n’appartient
qu’à nous. Soyons toujours heureux de nous découvrir ainsi à travers les
autres. C’est une pratique qui s’avère très enrichissante pour tous.
Aimons-nous les uns les autres
La compréhension de ces phénomènes nous amène directement à la notion
d’amour inconditionnel. Incontestablement, ce que nous comprenons de
nous à travers les autres, ce sont nos propres souffrances, nos joies, nos
peurs, nos aspirations, tous ces états qui résonnent en nous et qui font partie
de ces gens de la même manière.
Or, la bonne nouvelle, c’est que nous pouvons toujours nous guérir de la
douleur que nous avons découverte. Comment arriverons-nous à le faire ?
Par eux, certainement, en les aimant complètement comme nous avons
toujours voulu être aimés.
Pour développer cet amour, il importe de nous exercer à regarder tous les
êtres vivants avec les yeux de l’amour, avec une position de compassion.
De sorte que nous agissions pour soulager la souffrance de l’autre en
l’acceptant telle qu’elle se présente à nous. Nous acceptons enfin d’aimer
cette partie de nous en lui redonnant une seconde chance. N’avons-nous pas
souhaité qu’on nous offre cette possibilité à notre tour ?
L’amour, nous le savons, est un état qui se vit dans le cœur d’abord, et
ensuite dans l’esprit, parce que l’amour véritable a besoin de
compréhension. Une compréhension de ce que l’autre exprime en tant
qu’être et de ce qui lui permet de s’épanouir selon cette expression. La
compassion, elle, est un état d’esprit qui part d’une intention. Une intention
qui désire formellement alléger la souffrance de l’autre.
L’amour inconditionnel mélange l’amour et la compassion dans de justes
proportions. Il représente l’essence bienfaitrice d’où émane la
compréhension, ainsi que la capacité de reconnaître l’autre dans ce qu’il vit,
dans ses souffrances physiques, matérielles ou psychologiques.
Nous pouvons comprendre que la méchanceté n’a d’égale que la
souffrance qui se cache derrière, et que quiconque fait souffrir son prochain
souffre lui-même, indubitablement. C’est dans notre vie quotidienne que
nous pouvons commencer à appliquer l’amour, dans le contact réel que
nous avons avec les autres, dans nos relations avec nos proches.
L’amour devient perceptible dans nos comportements, dans nos gestes,
dans une parole ou une pensée. Ainsi, nous pouvons participer à réduire la
souffrance autour de nous dans un esprit d’unité. Comme un seul atome
influe assurément sur tout notre être, une simple parole, un petit mot qui
exprime l’amour peut apporter le réconfort ou la sécurité. Cela peut éviter
une erreur pour certains, ou résoudre un problème pour d’autres. Un geste
peut devenir un moyen de relâcher la tension devant le stress, une marque
de confiance pour un individu, qui sait ? Et une pensée bien orientée
entoure toujours les autres d’un halo de bonnes grâces.
Plus souvent qu’autrement, l’amour que nous offrons de cette manière
fait autant d’effet en nous qu’il en fait autour de nous. Les mots
bienfaisants, nous les disons un peu pour nous-mêmes également. Les
gestes de gentillesse que nous faisons représentent ceux que nous aimons
recevoir. Et les pensées positives inondent notre esprit à nous puisqu’elles
émanent de nous.
En fait, toutes ces bonnes actions et intentions découlent de nous et nous
alimentent tout autant qu’elles nourrissent les autres. Tout ce qu’il y a de
plus beau ou de meilleur en nous, répandons-le autour de nous.

Les polarités ne sont qu’une seule


puissance
Toute chose a un genre ; tout relève d’un principe où se marient le masculin
et le féminin. D’ailleurs, comment peut-on imaginer une création, qu’elle
soit du domaine physique, mental ou spirituel, sans qu’à la base il y ait ces
deux éléments ? Pour tout élément mâle, nous connaissons un élément
femelle, et vice versa.
L’équilibre de la systémique corps-esprit se conçoit de cette façon grâce
à l’union des énergies masculines et féminines. C’est pourquoi nous devons
contrebalancer nos polarités selon ce principe des pôles puisque tout
déséquilibre invite son opposé, par compensation.
Si nous croyons en deux pouvoirs plutôt qu’en un seul, encore une fois
nous séparons les choses. C’est une déviation de l’esprit, une fausse loi qui
divise les choses à l’intérieur d’un espace linéaire. Croyons-nous que le
bien et le mal sont deux choses distinctes ? Que rien ne les relie ?
Nous avons une semblable attitude en ce qui concerne le haut et le bas ou
encore la gauche et la droite. Pourtant, chaque paire est une seule et même
chose : la lumière existe grâce à la noirceur, la vitesse grâce à la lenteur, le
gros grâce au petit. Il n’y a pas de point central, de juste milieu préétabli qui
fait qu’à ce point on retrouve le parfait équilibre. Toute expérience possède
tellement de variables que nous ne connaissons vraisemblablement chaque
équilibre qu’en le vivant. Par ailleurs, si les polarités sont à égalité,
généralement rien ne fonctionne. Le bien existe toujours par rapport à
quelque chose, de même pour le mal. Ce qui est considéré comme mal pour
l’un ne l’est pas nécessairement pour un autre. Peut-être l’est-il aujourd’hui
et pas demain ; toujours c’est l’impermanence, le mouvement.
Équilibre ne veut pas dire une égale quantité des polarités dans toutes les
situations. Nous avons besoin de ces deux énergies, et dans les faits, elles
doivent se soutenir et collaborer, comme le vent qui s’amuse à faire danser
les feuilles. La mouvance crée la vie alors que, séparées, elles n’ont plus
d’existence propre. Comment la lumière peut-elle s’expérimenter si l’ombre
n’existe pas ?
Les définitions de la réalité varient tellement selon notre modèle du
monde que sans cesse nous avons à nous ajuster. Peut-être pouvons-nous
imaginer mentalement notre propre console de son et lumière, où chaque
curseur augmente ou diminue le son des instruments comme l’intensité des
couleurs. Le bien et le mal pour nous s’installent sur une même tangente, où
seul un curseur crée l’équilibre et trouve le juste milieu en tout, et s’ajuste à
chaque instant.
Le bien ne pourrait être connu de nous si son contraire n’existait pas.
Même chose pour l’amour qui, quelque part à l’autre bout, est aussi la
haine. Chaque énergie positive rencontre un jour son opposé, la négative ;
autrement, comment peut-elle s’accomplir ?
L’harmonie des polarités et des genres se développe, tout comme celle
des rythmes, des vibrations, du principe de correspondance ou de la pensée.
L’harmonie se voit, s’entend et se ressent, car nous sommes des êtres
sensibles. Elle se traduit pour nous, selon notre reconnaissance, par un bien-
être immédiat, lorsque nous rencontrons l’être aimé par exemple. Et si nous
ne sommes pas déjà complets par nous-mêmes, sachons que nous attirerons
à nous la personne parfaite qui entrera en correspondance avec notre plus
grande blessure.
Dans les relations amoureuses, nous expérimentons le principe des
genres. Or, ce principe existe déjà en nous puisqu’il existe en toute chose.
Nous sommes des êtres conscients et sensibles et nous nous sommes heurtés
quelquefois, nous avons connu la douleur.
Nous avons compris dans la nature des blessures que d’un événement
originel subsiste une trace que l’on nomme cicatrice. Si nous n’avons pas
donné les soins nécessaires alors qu’il y avait une demande en ce sens, nous
continuerons de revivre l’écho de cette douleur notre vie durant. Et cette
douleur demeurera présente en nous jusqu’à sa pleine guérison.
Guérir signifie que nous permettons à l’harmonie de s’installer à nouveau
en nous. Pour la vie, la santé représente le seul aboutissement qui soit, elle
demande la guérison à sa manière chaque fois que nous vivons la maladie.
Selon cette genèse, nous rencontrons un amoureux qui reflète exactement ce
qu’il nous faut pour guérir notre blessure.
Doucement sa présence nous apporte un grand bien, un soulagement
certain, sans que ce soit nécessairement l’addition de deux êtres ; car
lorsqu’il quitte notre espace, nous expérimentons subitement un manque, un
ennui, un besoin. Plusieurs croient qu’il s’agit là de l’amour, mais aucun
amour comme je l’ai décrit plus tôt ne ressort véritablement de ce besoin.
C’est viscéral, peut-être égoïste à la limite, et malsain.
Effectivement, nous pensons que l’autre est notre moitié et qu’ensemble
deux personnes se fusionnent en une seule. Alors, qu’en est-il lorsqu’elles
sont séparées ? Elles se manquent indubitablement, l’une et l’autre devenant
une moitié d’elles-mêmes. Le manque est automatiquement comblé de
nouveau en présence de l’autre, et il en va de même pour le reste de la vie.
Nous devons avant d’aimer avoir expérimenté l’amour à notre égard,
nous aimer nous-mêmes en d’autres mots, ou apprendre à nous guérir avant
de demander à l’autre de le faire par sa simple présence. Parce que c’est ce
qui arrive, en fin de compte. L’autre personne agit en tant que pansement
sur la blessure qui nous fait mal. Sa présence nous soulage aussitôt, car elle
nous montre ce que nous pouvons atteindre en tant qu’être quand nous
sommes complets. Mais, tant et aussi longtemps que nous ne l’aurons pas
guérie nous-mêmes, cette blessure restera béante et assoiffée des mêmes
besoins. Nous utilisons l’autre pour nous guérir alors qu’il nous incombe de
le faire. L’amour n’est pas un besoin, il est un don de soi.
Le principe des genres s’expérimente aussi à des niveaux plus élevés,
dans les influences énergétiques que nous échangeons sans cesse avec tout
ce qui vit. Tout ce qui vibre a ses polarités. Tout est mouvement et tout
vibre. Plus grande est la vibration, plus rapide est le rythme, et plus haute
est sa position dans l’échelle, toujours plus intense, plus puissante.
Les polarités créent le mouvement, et le mouvement, c’est la vie. Ces
deux énergies doivent à la base être complètes avant de s’unir, car leur
union sous-entend évidemment la création d’une troisième chose : une
énergie nouvelle qui se distingue de son père, qui a en lui deux polarités
distinctes, ou de sa mère, qui présente la même complétude. Avant ce
mélange nouveau, rien de cette énergie n’existait, non, rien du tout. Sans
père ou sans mère, il n’y a pas d’enfant, nous le savons.
La troisième énergie est donc le résultat de l’équation suivante : une
chose et son contraire égalent la puissance du mouvement qu’ils engendrent
entre eux.
L’équilibre est garant de l’harmonie interne
Dans le processus des idées qui créent, comprenons l’importance que
prennent nos polarités. Sur le plan vibratoire, l’équilibre est garant de
l’harmonie interne, tandis que celle-ci est garante de la réception. Si nous
sommes toujours en train de colmater les trous et les manques, nous ne
pouvons pas créer cette chose nouvelle qui demande d’abord l’équilibre en
nous. C’est donc toujours en nous qu’il nous faut travailler pour permettre
la manifestation de toutes choses.
Les polarités sont présentes dans nos cerveaux droit et gauche et font
partie intégrante de ce que nous sommes, neurologiquement parlant. Nous
savons que dans chaque hémisphère se développent des particularités que la
science associe soit aux énergies masculines, soit aux énergies féminines.
Nous avons vu précédemment des exemples de ces particularités.
Donc, de prime abord, si nous naissons garçon, cela ne veut pas
nécessairement dire que nos polarités internes penchent plus d’un côté que
de l’autre. Nous avons toutes les potentialités déjà. Naître mâle implique
seulement une combinaison génétique d’ADN qui fait que l’addition des
chromosomes prend un sens plutôt qu’un autre à la conception. Nos
capacités et nos ressources, elles, se développent en priorité à partir de nos
modèles familiaux.
Toute déstabilisation dans le système, tout ce qui nous perturbe a sa
cause dans le dérèglement de nos polarités. Leur harmonisation est donc un
travail qu’il nous faut penser à inclure dans chaque décision, dans chaque
nouveau départ, dans chaque relation, dans chaque mouvement en fait.
Nous sommes toujours confrontés à ce principe, et constamment notre être
recherche l’harmonie souhaitée, l’équilibre.
Et après...
Ici convergent tous les temps. Maintenant contient tous les lieux.
Il n’y a rien à attendre ni rien à atteindre. Nous y sommes.
Nous y sommes déjà. Nous y sommes depuis toujours.
Pierre Lévy

Quelques mots sur le temps


Le passé n’est pas, il était et il sera toujours. Il n’est pas plus derrière nous,
car il n’a jamais existé, en fait. Tout ce qui existe pour nous se situe dans
cette part de conscience que nous avons de vivre l’instant présent. Une
conscience d’être très peu développée.
Nous avons, par nos pensées, l’impression de vivre à la fois dans le futur,
quand nous anticipons, et dans le passé, quand nous le racontons. Alors
qu’au présent nous effectuons des actions, conscientes ou inconscientes, nos
pensées se promènent comme ça, d’avant en arrière. Tantôt elles
échafaudent des scénarios d’avenir, des pensées axées sur les autres, sur les
événements ou sur nous-mêmes ; tantôt elles modifient le passé, se
complaisent ou non à ressasser.
Dans la vision habituelle que nous entretenons du monde, le temps
s’écoule à l’intérieur d’un cadre : ce qu’on appelle communément notre
espace-temps. C’est une façon comme une autre de cerner le temps dans un
espace linéaire, comme l’est notre manière d’aborder la vie d’ailleurs. Cette
approche nous offre évidemment plus de sécurité pour avancer dans la vie,
même si cette notion d’avancement demeure nébuleuse. Cependant, il
semble être utile pour nous de placer nos repères, d’avoir un sens, une
direction.
Dans cette vision linéaire, il y a toujours un départ qui nécessairement
représente le début de notre vie, notre naissance. Ce point se trouve au tout
début de la ligne, dans le passé. Nous pouvons aisément nous imaginer une
ligne dans le temps qui symbolise notre temps à nous et qui relie ensemble
le passé, le présent et l’avenir. Une belle ligne droite.
Nonobstant l’endroit où nous croyons être sur cette ligne, nous avons
l’impression d’être à même de regarder derrière, à l’autre bout, comme
devant. Nous avons une position d’observateur de notre propre vie. Nous
pouvons ainsi nous transporter à travers le temps et revivre par la pensée
certaines bribes de notre vie passée comme nous pouvons nous imaginer de
quoi sera constitué notre avenir.
La réalité se présente plutôt différemment. Dans notre esprit, elle peut
être cyclique ou linéaire, peu importe, mais les événements réels surgissent
et disparaissent à tour de rôle, sans avoir de début ni de fin. Rien ne
s’additionne. Un calendrier se fragmente en jours, puis en heures, en
minutes et enfin en secondes. Il contient une année qui, elle, fait partie
d’une décennie, d’un siècle, d’une époque, d’une ère.
Nous aimons bien classer les événements à l’intérieur de limites de
temps, alors que vraisemblablement, si on y songe bien, aucun jour ni
aucune minute ne s’additionnent – aucun temps en réalité. Comment
pouvons-nous additionner des choses qui n’existent pas en même temps ?
Comment est-ce possible de penser avoir deux « en même temps » ? Ce sont
de petits nombres, certes, mais qui ne s’accordent pourtant pas au pluriel.
Certains prétendent qu’il vaut mieux s’exprimer en fonction de
potentialités et de manifestations. Potentiellement, toute chose peut se
manifester dans l’ici et maintenant. Lorsqu’on gravite dans l’instant présent,
on ne peut avoir de notion de ce qui était avant ni de ce qui sera après, car
rien n’existe d’autre que ce qui est au présent. Le passé n’a jamais été, et le
futur reste un leurre. Tout est potentiel ou manifesté. Ça l’est,
spontanément, et ça ne l’est plus.
Nos cinq sens nous relient à l’instant présent
Il est clair que tous nos sens, eux, sont reliés au présent. Nous ne pouvons
pas respirer dans le passé ou bouger notre pied dans le futur. Nous pouvons
par contre voyager par la pensée et nous rappeler un scénario passé, ou
encore nous souvenir de l’air d’une chanson et avoir l’impression de revivre
par l’esprit tout un bout de notre histoire grâce à la musique. Et cela, sans
pour autant stopper l’enregistrement inconscient de nouvelles sensations
dans le présent.
Nous ne ramenons pas l’expérience, jamais. Tout ce que nous voyons,
entendons, ressentons et touchons se vit uniquement au présent et est
constamment renouvelé d’instant en instant. Le souvenir de la seconde qui
précède ne peut être ramené puisqu’elle a déjà disparu, et toute la vie se
passe ainsi, comme si nous ne bougions jamais. En fait, nous sommes au
début et à la fin en même temps. Nulle part et partout.
L’addition des sensations que nous ramenons à nous par la mémoire est
un concept qui nous permet de mettre bout à bout des chaînes d’images.
Ressemblant à des moments filmés, celles-ci nous donnent l’impression
d’avoir accès au passé.
À chaque moment vécu, nous créons un duplicata qui sera sauvegardé
dans notre mémoire, et c’est cette copie qui toujours défile dans notre esprit
conscient comme si c’était vrai. Une expérience ne s’additionne pas à une
autre. Elle ne se garde pas non plus. Nous ne pouvons pas la saisir.
Comprenons que le temps nous fournit le livre idéal pour étaler nos
souvenirs et nos photos et les feuilleter à notre guise de page en page,
comme si nous avions le pouvoir de l’arrêter.
Lorsque nous avons l’impression que notre vie s’inscrit à l’intérieur d’un
livre et que ses pages sont numérotées comme si toutes ces choses avaient
une durée définie, nous quittons le domaine de la réalité : le temps ne peut
être figé.
Tout ce qui est perçu dans un espace de durée est inventé. Lorsque nous
vivons dans la durée, nous vivons dans l’imaginaire. Peut-être que cette
réalité-là se rapproche étrangement de la réalité de l’ici, et peut-être pas. La
durée reste toutefois une fiction.
Par exemple, si au déjeuner je pense m’asseoir pour manger durant
quinze minutes, je suis complètement dans l’imaginaire. Il m’est impossible
de manger pendant un quart d’heure, même si cette période de temps n’est
pas longue. Je ne peux le faire qu’un instant à la fois, chacun se suffisant à
lui-même, car chaque instant nous surprend de par sa nouveauté.
Le temps est aussi un filtre
Réaliser ce fait est important, car si j’inscris mon déjeuner en termes de
durée, je conserve constamment dans mon esprit un filtre qui me sépare de
ma conscience, de ma présence au moment et de l’expérience elle-même.
Au lieu d’être pleinement dans le moment, je suis à l’intérieur du filtre.
Nous avons tendance à vivre beaucoup de moments ainsi, à l’intérieur
d’un filtre inconscient. Combien d’entre nous, par exemple, prennent leur
repas en écoutant la télévision, faisant de l’action de manger un acte
complètement inconscient ? Notre qualité de présence à ce moment est
tellement faible que ce repas dont nous avons rêvé presque toute la journée,
pour certains, est englouti en dehors de notre propre conscience.
Nous ne sommes pas habitués à vivre au présent parce que le temps
semble toujours se bousculer et s’additionner dans notre tête. De même,
nous traînons tellement de souvenirs dans notre esprit que la vie devient
lourde dans toutes les circonstances.
Tant que nous vivons dans ce concept d’espace-temps, l’atteinte de la
plénitude est impossible. Comme toute conception de l’esprit, le temps est
une fragmentation. C’est quelque chose que l’on a sorti d’un tout pour le
diviser, le séparer et le créer selon nos représentations mentales.
Quand nous vivons dans la durée, une partie de nous vit dans le passé,
une deuxième est au présent et une troisième envisage l’avenir. Le moi qui
nous constitue se trouve alors fragmenté en trois parties distinctes. Il
devient donc plus ardu de nous associer totalement à la plénitude d’un
instant puisque nos parties qui gravitent dans le passé ou le futur ont pour
canevas une toile fictive de l’esprit, et que la partie qui vit dans le présent
établit sa présence dans un filtre de l’inconscient.
Le temps représente donc une conceptualisation de la part de l’esprit.
Peut-être est-il important d’interpréter notre vie en termes de durée tant que
cela nous paraît utile. Cependant, lorsque nous désirons vivre la plénitude,
c’est que, d’une certaine façon, nous avons accepté de nous dépouiller de
cette notion de temps. C’est alors que nous faisons les choses en ne nous
souvenant de rien.
Et après... qu’y a-t-il après ?

Je me suis longtemps demandé en quoi le message que je voulais


transmettre en tant qu’élément d’un système beaucoup plus grand que moi
était différent des autres messages du même acabit. En définitive, presque
tous les messages contiennent la même chose ; il n’y a que le point de vue
qui change. Or, ici, il s’agit du mien.
Au-delà de ce moi que je suis, comme nous le sommes tous, ce que je
vois de la vie est semblable à ce que je vois quand je ferme mes yeux. En
vérité, je nous ressens tous également. Lorsque je respire profondément, je
sens la vie en moi, je me sens vaste et vivante, et je sais que chacun de vous
vit en moi de la même manière. C’est puissant, émouvant, sécurisant, et
c’est bon.
Quelquefois, ce que j’expérimente, c’est un visage, une impression. Peut-
être est-ce le tien ou celui d’un autre là-bas, peu importe. Je ressens leurs
inquiétudes, leurs peurs et leur mal-être qui font écho en moi comme si ces
gens, je les connaissais tous. Comme si tous ces êtres, c’était moi, d’une
certaine façon.
J’expérimente ces choses parce que je les connais, parce que je suis moi
aussi passée par ce chemin ; autrement, je n’aurais pas su quoi en dire.
Néanmoins, aujourd’hui j’observe différemment ces inquiétudes, ces peurs
et ce mal-être. Je sais qu’il ne s’agit plus de moi parce que je les conçois
plutôt comme des avenues nouvelles, des réponses à des questions, des
occasions et même des trésors pour les personnes qui les vivent. Et en
chacune de ces choses, je trouve la lumière. Alors, je me dis que le chemin
que je vous ai raconté dans mes mots reste tout de même mon chemin. Je
réalise qu’il m’a conduit exactement à la bonne place, et que vous tous avez
pareillement votre propre voie.
Quand je comprends d’où je viens, quand je comprends où je vais, j’ai la
certitude qu’entre les deux nous sommes tous également sensibles et que la
conscience de cette sensibilité fera de nous des êtres plus beaux.
Grâce à elle, nous pourrons vivre dans le corps et dans le cœur et trouver,
à chaque instant, notre parfait équilibre. Nous encouragerons la
manifestation de cette partie sensible chaque fois que nous nous
accueillerons nous-mêmes comme nous sommes, avec amour. Chacun de
nous ressentira l’autre et notre bonheur sera aussi présent que le sien.
Il est vrai qu’il ne faut pas se leurrer. Nous ne sommes responsables que
de notre propre rayonnement après tout. Nous sommes seuls à choisir nos
vies, seuls dans notre réalité d’individu. Nous ne pouvons contrôler que nos
états internes, et cela afin d’apprendre comment nous aimer nous-mêmes
davantage.
C’est aussi notre responsabilité d’occuper notre place, notre juste place,
celle qui nous est destinée. Car nous ne pouvons nous exiler ailleurs sans
obliger les autres à combler le manque qu’a créé notre absence, et nous
bouleversons ainsi tout le système en occupant une place qui n’est pas la
nôtre, ne l’oublions pas.
Nous sommes responsables de tout cela, oui, mais toujours dans un but
humaniste qui implique que l’amour de soi est en fait l’amour de tous les
autres. Un but humain qui nous demande de remplir notre mission de vie
parce que c’est par elle que notre accomplissement rend possible
l’accomplissement de chacun.
Nous sommes ici pour faire de notre mieux, en prenant soin de donner
tout leur sens à ces quelques mots. L’humanisme englobe certainement
toutes les réalités distinctes qui nous séparent lorsque nous les plaçons à
l’intérieur d’un espace limité. Nous pouvons les faire disparaître hors du
temps quand nous savourons l’instant présent, et dès lors, plus rien n’a
jamais existé qu’on ne désire vraiment.
Quand nous sommes ensemble dans un même esprit, plus rien n’est
séparé. Quand nous sommes un dans l’être, tout ce qui nous importe, c’est
la vie.
Je vous invite à suivre votre chemin, à faire la découverte de qui vous
êtes, à réaliser comment la vie se manifeste à travers vous, à vivre votre
complétude. La terre est l’endroit où nous souhaitons la paix ; pour la créer
ensemble, commençons dès maintenant à valoriser toute l’importance de
notre contribution dans ce merveilleux processus de paix.
Nous avons besoin d’une terre pour vivre. Une bonne terre qui symbolise
notre place à chacun. La place qui nous est donnée dans l’ici et maintenant
pour nous enraciner bien profondément et nous épanouir.
Indubitablement, nous avons besoin de racines fortes pour grandir dans
l’esprit, comme l’arbre a besoin des siennes pour apercevoir le ciel. Une
moitié de nous reste invisible, celle où tous ensemble nous nous
rejoignons ; tandis que l’autre moitié, tout aussi importante, est cette autre
partie que nous voyons avec nos yeux.
« On reconnaît l’arbre à ses fruits », dit le proverbe, car c’est du fruit que
l’arbre naît.
Encore une fois, je nous renvoie à l’intérieur.
Références

Arntz, William, Betsy Chasse et Mark Vicente. Que sait-on vraiment de la


réalité ?. Éditions Ariane.
Braden, Gregg. La guérison spontanée des croyances. Éditions Ariane.
Childre, Doc et Howard Martin. L’intelligence intuitive du cœur. Éditions
Ariane.
Coaching-Québec inc., Cahier de formation de base en PNL. Éditions
Coaching-Québec inc.
Crève-cœur, Jean-Jacques. Le cerveau holographique. Vidéoconférence.
Production : La Voie du Cœur inc.
Ducasse, François et Makis Chamalidis. Champion dans la tête. Éditions de
l’Homme.
Emoto, Masaru. Les messages cachés de l’eau. Guy Trédaniel Éditeur.
Ferrini, Paul. Les douze étapes du pardon. Éditions AdA.
LeBon, Gustave, La psychologie des foules. Éditions Félix Alcan.
Linssen, Robert. La spiritualité quantique. Éditions de Mortagne.
Lockert, Olivier. Hypnose humaniste : voie de guérison et d’éveil. Éditions
IFHE.

Magazine Vivre, « L’intuition », vol. 6, no 6.


Maurin, Daniel. Guérir ses blessures intérieures. Éditions Jouvence.
Ready, Romilla et Kate Burton. La PNL pour les nuls. Éditions France
Loisirs.
Reuter, Liliane. Votre esprit est votre meilleur médecin. Éditions Robert
Laffont.
Schmidt, Karl Otto. Le hasard n’existe pas. Éditions Astra.

Liens Internet
André Perrin, L’âme et le corps, Philo pour tous.
Genjo-Koan, La loi réalisée de l’Univers, BuddhaLine.
isabellepitre.blogspot.com
Lama Denys, Interdépendance et responsabilité, Buddhaline.
Le Kybalion, Étude sur la philosophie hermétique, Wikipédia.
Thich Huyen-Vi, La loi de causalité, BuddhaLine.
Thich Huyen-Vi, La loi de la non-permanence et du changement perpétuel,
BuddhaLine.
Tripod, Rupert Sheldrake, Champs morphiques et causalité formative.
Remerciements

J’aime écrire cette partie d’un livre peut-être encore plus que les autres, car
il est vrai que sans vous tous, mes amis, qui avez cru en moi, jamais je
n’aurais fait de gestes en ce sens. C’est d’abord et avant tout par vous que
cet ouvrage existe et il vous appartient de le multiplier.
D’abord, merci à mon éditeur pour ce nouveau mariage heureux. Je nous
souhaite des années de bonheur et d’accomplissement.
Merci également à mes collègues et amis de chez Coaching-Québec inc.,
Nicolas Beffort et Maryse Bergeron, qui m’ont généreusement tendu la
main et accordé pleine confiance au sein de leur merveilleuse équipe.
Merci à Joanne Riou, du Centre PNL, qui m’a offert la reconnaissance
d’âme que tout humain s’attend à recevoir lors de sa venue sur terre. Merci
pour ton accompagnement lors de mes premiers pas dans cette nouvelle
mission. Parfois, quelques mots bien placés suffisent, alors merci pour ces
mots.
Merci aussi aux membres de ma famille proche pour leur disponibilité,
leur soutien et leur droiture. Vous êtes et serez toujours un bon exemple
pour moi.
Merci à toutes les belles personnes qui traversent ma vie
quotidiennement et qui partagent avec moi un petit peu de leurs émotions et
de leur évolution. Je suis choyée de vous accompagner, vraiment.
Merci à tous mes amis et amies Facebook ainsi qu’à mes connaissances
des médias sociaux pour leur chaleureuse présence et leur intérêt envers
mon travail, pour leur couleur et pour leurs nombreuses marques d’attention
à mon endroit. Je vous aime.
Merci à la vie qui a permis au départ que mon cœur vibre à l’amour et
merci à l’amour qui s’exprime encore à travers moi.
Enfin, un grand merci à mon inconscient, ce précieux collaborateur sur
qui je peux vraiment compter.

***

Pour joindre l’auteure :


isabellepitre.blogspot.com
www.isabellepitrecoaching.com
Table des matières

Introduction

Pour commencer...
La course au bonheur
Peser le tout dans la balance

Chapitre 1 : Les différents plans de l’être


La communication à divers paliers
Le corps
L’inconscient
Le conscient et l’éveil
Le super-conscient, ou l’âme
La Conscience, matrice de tout

Chapitre 2 : Humaniste: comme dans «tous reliés»


Notre terre
Tout est relié
Nous sommes tous le même être
Quand je prends soin de moi...
Donner et recevoir
Tout part de soi
L’engagement, la discipline
Les paramètres de contrôle

Chapitre 3 : Abandonner l’illusion


Tout est vrai et rien n’est vrai
Le classement de l’information
La trilogie des mémoires cellulaires
Nous vivons dans un hologramme
La vie, partout
Dans le vide, il y a...

Chapitre 4 : Un raffinement conscient


Notre système de représentation sensorielle
Mondes visible et invisible
Intuition et intention, comment s’en sortir ?
Le raffinement des sens

Chapitre 5 : Une autre façon de communiquer


La causalité corps-esprit
Les blessures interfèrent
La naissance d’une blessure et l’environnement
Les étapes de la guérison
Aller vers la douleur, complètement
J’apprends à parler autrement

Chapitre 6 : Le processus des idées qui créent


La gouverne de l’esprit conscient
La projection, le plan des idées
Vers une réalisation dans la matière
La foi passe par le cœur
Silence, on tourne !
Les polarités ne sont qu’une seule puissance

Et après...
Quelques mots sur le temps

Et après... qu’y a-t-il après ?


Références

Remerciements