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L’émergence de nouveaux acteurs a profondément changé le monde des relations

internationales. Domaine autrefois exclusif aux relations interétatiques, les relations


internationales ont vu apparaître quantité de nouveaux acteurs. Ce changement a
profondément questionné le rôle de l’État dans les relations internationales. Dans ce texte,
nous tenterons de définir l’État et de cerner sa position dans les relations internationales en
fonction des nouveaux acteurs.

Les auteurs définissent l’État comme étant « l’instance qui détient le monopole de la
violence légitime » (Aron 1969 : 238). Voyons maintenant la place qu’il occupe dans les
relations internationales.

Smouts prétend que bien que l’État n’ait pas disparu, son rôle a profondément changé.
Les acteurs non-étatiques ont gagné en nombre et en importance, au point d’occuper des
fonctions autrefois réservées à l’État. Celui-ci a perdu le monopole du territoire et de la guerre
et l’économie est maintenant, en partie, l’affaire du privé. David attribue cette perte du
monopole à la mondialisation. Celui-ci maintient que la mondialisation « relativise l’emprise
de l’État sur le jeu international » (David 2000 : 655). Selon lui, cette diminution du pouvoir
de l’État dans les relations internationales annonce une nouvelle forme de violence, celle des
nouveaux acteurs, qui mènerait à l’augmentation des conflits. Somme toute, l’État a toujours
une influence sur les relations internationales, mais sa capacité d’action est grandement
réduite au profit d’autres acteurs.

Cohen se permet de nuancer cette prise de position. Selon lui, bien qu’il ait perdu le
« monopole des relations extérieures » au profit de nouveaux acteurs, l’État constitue toujours
l’un des acteurs les plus importants et les plus influents des relations internationales (Cohen
2005 : 415). Cohen maintient que les ONG internationales, les acteurs transnationaux ou les
entreprises ne contribuent pas à l’érosion de l’État. Selon lui, l’influence des ONG n’est que
limitée puisque peu d’entre elles sont en mesure d’exercer une influence réelle sur les États.
De plus, les États n’adoptent leurs recommandations que lorsqu’ils sont certains qu’ils
n’auront rien à perdre. Il apparaît alors évident que les ONG « n’ont d’autre poids que celui
que les États veulent bien leur concéder » (Cohen 2005 : 417). Quant aux acteurs
transnationaux, comme le terrorisme, ils contribuent à fortifier l’État. L’État doit
nécessairement réagir à ces menaces et les actions qu’il entreprend contribuent à le
consolider. Finalement, les entreprises multinationales, symbole par excellence de
l’affaiblissement de l’État par la mondialisation, ne mineraient pas non plus son rôle. Au
contraire, l’État d’origine et l’entreprise entretiennent un rapport de « dépendance réciproque
et de connivence » (Cohen 2005 : 419). Pour l’État, l’implantation d’une grande entreprise
signifie sur son territoire signifie une création d’emploi non négligeable. Par ailleurs, l’État et
ses diplomates sont des partenaires indispensables de l’entreprise pour s’ouvrir à de nouveaux
marchés. Somme toute, malgré la multiplication d’acteurs non-étatiques qui, à première vue,
laisserait supposer la faillite de l’État, Cohen maintient que celui-ci a conservé une place
prédominante dans les relations internationales

Si certains croient que l’État a perdu sa vigueur, l’universalisation de la forme étatique


prouve le contraire. La multiplication du nombre d’États suite à la décolonisation massive de
l’entre-deux guerres montre bien que l’État est en demande (David 2000 : 652). En effet,
l’État est « l’une des formes d’organisation politique les plus demandées » (Cohen 2005 :
418). Bien rares sont les manifestations qui visent à enrayer l’État. Selon Cohen, les
revendications des militants alter-mondialistes ou des groupes séparatistes ont comme objectif
soit une plus grande intervention de l’État, soit un État qui réponde mieux à leurs besoins. On
peut donc affirmer que si l’État n’a plus le monopole qu’il détenait autrefois, il a encore une
grande influence dans les relations internationales et que l’État semble être la forme
d’organisation politique qui réponde le mieux aux besoins des populations.

L’augmentation des acteurs non-étatiques et l’affaiblissement des frontières par la


mondialisation pose toutefois un problème majeur. L’apparition de nouvelles menaces change
la donne en ce qui concerne la sécurité. L’État doit-il redéfinir son rôle? Smouts prétend que
sa fonction n’est plus « d’incarner une collectivité mais de servir une communauté humaine
mondialisée et interdépendante » (Smouts 1998 : 24). Cette transformation ne se fera pas du
jour au lendemain. Pour représenter une communauté mondialisée, encore faut-il un État qui
soit au-dessus de tous les autres, un État universel, qui assure la sécurité de l’ensemble de ses
membres sans distinction aucune. Cet État universel est-il réalisable?

Selon Aron, les obstacles rencontrés rendraient la création d’un État universel
impossible. En effet, l’attachement des États à leur souveraineté est indéniable. Voilà
pourquoi « il y a toujours eu des sociétés, non une société » (Aron 1969 : 242). Comme les
États désirent conserver leur pouvoir à tout prix, l’établissement d’un État universel
nécessiterait une certaine violence afin de soumettre les États réticents. Cet État universel ne

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serait valable que s’il conservait le monopole de la violence légitime, c’est-à-dire qu’il devrait
supplanter les armées de tous les États. Comme aucun État ne détient le monopole de la
violence légitime, les relations internationales ont toujours été anarchiques. L’impossibilité de
créer un État universel laisse supposer qu’il en demeurera ainsi.

En conclusion, la position de l’État dans les relations internationales n’est pas


immuable. Celui-ci, autrefois détenteur du monopole des relations extérieures, doit, suite à la
mondialisation, conjuguer avec l’apparition de nouveaux acteurs, dont l’influence a été
précédemment discutée. La communauté humaine mondiale et mondialisée aura-t-elle un jour
l’État universel dont elle aurait besoin afin de faire de la sécurité une responsabilité
commune? Rien n’est moins sûr. Aron, en 1969, prédisait que non. Près de quarante ans plus
tard, les États sont-ils maintenant prêts à laisser leur souveraineté au profit de la sécurité
collective? Nous nous permettons d’émettre un doute. L’augmentation des échanges par la
mondialisation contribue à renforcer la similitude des hommes et à augmenter l’adoption
d’habitudes communes. Paradoxalement, les revendications nationalistes semblent proliférer
alors que les individus se ressemblent plus que jamais (Dieckhoff 2000 : 26). Oui, les États
tiennent à leur souveraineté. La bataille pour l’implantation de l’État universel risque d’être
ardue.

3
Bibliographie

ARON, Raymond. «L’ordre anarchique de la puissance». In Les désillusions du progrès :


Essai sur la dialectique de la modernité. p. 238-264. Paris : Calmann-Lévy, 1969.

COHEN, Samy. « Les États face aux ‘nouveaux acteurs’», Politique internationale, no. 107
(printemps 2005), p. 109-424.

DAVID, Dominique. «La guerre dans le siècle», Politique étrangère, no. 3-4 (2000), p. 645-
658.

DIECKHOFF, Alain. La nation dans tous ses États : Les identités nationales en mouvement.
Paris : Flammarion, 2000, 354 p.

SMOUTS, Marie-Claude, «La mutation d’une discipline», In SMOUTS, Marie-Claude (dir.).


Les nouvelles relations internationales : Pratiques et théories, Paris: Sciences Po,
1998, p. 11-33.