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Ouverture de ce recueil

« Le style est l'homme même », répète-t-on sans y voir de


malice, ni s'inquiéter de ce que l'homme ne soit plus référence
si certaine. Au reste l'image du linge parant Buffon en train
d'écrire, est là pour soutenir l'inattention.

Une réédition du Voyage à Montbar (publié an IX chez


Solvet, posthume) de la plume d'Hérault de Séchelles, titre
qui reprend une Visite à Monsieur de Buffon de 1785, serait
propice à plus de réflexion. Non pas seulement de ce qu'on
y goûte un autre style qui préfigure le meilleur de nos repor-
tages bouffonnants, mais de rendre le propos lui-même à un
contexte d'impertinence où l'hôte ne le cède en rien à son
visiteur.

Car l'homme agité en l'adage déjà classique à cette date


d'être extrait d'un discours à l'Académie, s'avère en ce crayon
être un fantasme du grand homme, qui l'ordonne en scénario
pour y prendre sa maison entière. Rien ici qui relève du naturel,
Voltaire là-dessus, on s'en souvient, généralise méchamment.

Le style c'est l'homme, en rallierons-nous la formule, à


seulement la rallonger : l'homme à qui l'on s'adresse ?

Ce serait simplement satisfaire à ce principe par nous


promu : que dans le langage notre message nous vient de
l'Autre, et pour l'énoncer jusqu'au bout : sous une forme
inversée. (Et rappelons que ce principe s'est appliqué à sa
propre énonciation, puisqu'à avoir été émis par nous, c'est
d'un autre, interlocuteur éminent, qu'il a reçu sa meilleure
frappe.)

Mais si l'homme se réduisait à n'être rien que le lieu de


retour de notre discours, la question ne nous en reviendrait-
elle pas d'à quoi bon le lui adresser ?

C'est bien la question que nous pose ce lecteur nouveau


dont on nous fait argument pour rassembler ces écrits.

Nous lui ménageons un palier dans notre style, en donnant


à la Lettre volée le privilège d'ouvrir leur suite en dépit de la
diachronie de celle-ci.