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PROCEDURE PENALE

Introduction
La réaction de la société face à la délinquance n’est pas instinctive et arbitraire ; elle est réfléchie,
réglementée, essentiellement judiciaire. Entre l’infraction commise et la peine, se situe un procès. La
procédure pénale a donc pour objet la réglementation du procès pénal. Elle détermine tout d’abord
l’organisation et la compétence des différentes juridictions appelées à trancher les procès répressifs.
Elle fixe aussi les règles qui doivent être suivies et les formes qui doivent être respectées pour la
recherche, la constatation et la poursuite des infractions, pour l’établissement des preuves et le
jugement du délinquant à l’audience. Elle réglemente enfin l’autorité et les effets des jugements
répressifs et les voies de recours susceptibles d’être exercées. L’ensemble de la matière est
réglementé par le nouveau code de procédure pénale (loi n°01-22) en vigueur depuis le 1 er octobre
2003.

Ch1 : L’objet du procès pénal et les parties au procès pénal :


Section1 : l’action publique et l’action civile :
L’action publique est l’action répressive mise en mouvement et exercée par les magistrats ou par les
fonctionnaires auxquels elle est confiée par la loi, au nom de la société, contre l’auteur de
l’infraction, et tendant à le faire condamner à une peine.
L’action civile est l’action en dommage-intérêts introduite par tous ceux qui ont personnellement
souffert du dommage directement causé par l’infraction afin d’obtenir de l’auteur de l’infraction la
réparation du préjudice causé par l’infraction.
L’objet du procès pénal est essentiellement l’action publique, l’action civile peut constituer l’objet
secondaire du procès pénal. Celle-ci peut être exercée en même temps que l’action publique et
devant la même juridiction.
 Comparaison entre A.P et A.C :
Ce sont surtout les différences qui apparaissent au premier abord :

1) Différence de but (l’AP tend à la réparation du trouble social, à la sanction de la violation de la loi,
l’AC tend à la réparation du préjudice individuel),
2) Différence de fondement (l’AP repose toujours sur un texte précis de la loi pénale, celui posant la
norme qui a été enfreinte, l’AC est toujours fondée sur l’art 77 du DOC),
3) Différence de nature (l’AP est d’ordre public l’AC est dans le patrimoine privé de la victime),
4) Différence de sanction (l’AP a pour sanction une peine infligée à l’individu, proportionnée à la
faute qu’il a commise, l’AC a pour aboutissement une réparation proportionnée au dommage subi),
5) Différence portant sur les parties à l’action (les demandeurs à l’AP et à l’AC sont respectivement le
ministère public et la victime, les défendeurs sont exclusivement les coupables pour l’AP et outre
les présumés coupables les héritiers de ceux-ci ou les personnes civilement responsables pour
l’AC.
Il y a, également, de nombreux rapports entre les deux actions :

L’AC et l’AP sont nées du même fait > les agissements poursuivis ont à la fois réalisé l’infraction
et causé le dommage individuel. Il est à noter que certaines infractions ne causent pas de préjudice
individuel mais seulement un trouble social, et ne donnent alors naisse qu’à l’AP.

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Un même élément moral (la faute) est la base de l’une et de l’autre.

Le législateur a établi entre les deux actions, une solidarité qui se manifeste à plusieurs points de vue :
-les deux actions peuvent être portées ensemble devant les mêmes juges (les juges répressifs) –Si la
victime porte son action civile devant le juge répressif, son initiative a pour effet de déclencher
automatiquement l’action publique.
 Causes d’extinction communes à l’AP et l’AC :

1er alinéa de l’art 14 : l’AC se prescrit selon les règles du code civil. Toutefois, si cette action ne peut
plus être engagée devant la juridiction répressive après l’expiration du délai de prescription de l’AP.
c’est-à-dire que l’expiration de délai de prescription de la ‘action publique n’éteint pas l’AC, elle
oblige simplement la victime à porter son action en réparation devant le juge civil.
La seule cause vraiment commune d’extinction de l’AC est de l’AP est aujourd’hui l’autorité de la
chose jugée. Il y a chose jugée au pénal lorsque les faits reprochés ont donné lieu à une poursuite qui
a été terminée par une décision définitive sur le fond. Les décisions rendues par les juridictions de
jugement ont autorité de la chose jugée. Les décisions des juridictions d’instruction n’ont pas cette
autorité. La décision qui a autorité de la chose jugée au pénal éteint l’action publique, désormais
aucune poursuite pénale ne peut être intentée à raison des mêmes faits, même sous une qualification
différente. La décision pénale qui a acquis l’autorité de la chose jugée a une influence capitale sur
l’action civile, c’est ce qu’on appelle le principe de l’autorité de la chose jugée au pénal sur le civil
> ainsi, si le jugement rendu sur l’AP est une condamnation, l’AC sera admise. Par contre, une
décision d’acquittement entraîne automatiquement l’insuccès de l’AC.
 Causes d’extinctions propres à l’AP :
1) La prescription : le délai de la prescription de l’AP est de 15 ans pour les crimes, 4 ans pour les
délits et 1 an pour les contraventions (art 5 et 6 du CPP). LE délai court du moment où l’infraction
a été commise. Cependant, lorsqu’il s’agit d’une infraction continue, le point de départ se situe
seulement au moment où l’état délictueux a cessé. En cas de crime commis contre un mineur, le
délai de prescription ne commence à courir qu’à partir de la majorité de celui-ci. En matière
d’homicide par imprudence, qu’à partir de la survenance du décès de la victime.
2) Décès du délinquant, dissolution d’une personne morale.
3) Amnistie, elle éteint l’AP mais non l’AC. Celle-ci reste possible mais ne peut être portée que
devant les tribunaux civils.
4) Abrogation de la loi pénale : le fait n’est plus une infraction, il n’est plus incriminé pour l’avenir,
il ne l’est plus également pour le passé en vertu de l’effet immédiat (rétroactif) des lois pénales
plus douces.
5) Transaction : dans certaines matières (infraction fiscales, infractions douanières), la loi dispose
qu’une transaction peut mettre fin aux poursuites, cette possibilité est exceptionnelle.
6) Retrait de plainte lorsque celle-ci est une condition nécessaire à la poursuite.

 Causes d’extinction propres à l’AC :


1) Prescription de l’AC selon les règles du code civil.
2) Autres causes : toutes les causes d’extinction des obligations en droit civil peuvent s’appliquer à
l’AC.

Section 2 : les parties au procès pénal :


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1- La personne pénalement poursuivie
Le prévenu > devant le TPI - L’accusé > devant la chambre criminelle de la Cour d’Appel - L’inculpé
> Au cours de l’instruction préparatoire.
2- Le ministère public
Rôle : Le ministère public est demandeur à l’AP au nom de la société, il est présent dans toutes les
affaires répressives comme partie principale. Il déclenche et exerce l’AP et requiert l’application de la
loi. Il fait rechercher et constater les infractions par les services mis à sa disposition à cette fin (la
police judiciaire). En tant que partie demanderesse, il prendra des réquisitions et exercera au besoin
des voies de recours contre les décisions judiciaires. Enfin, c’est à lui qu’il appartiendra de faire
exécuter la décision lorsque celle-ci sera définitive. Il intervient donc dans tous les secteurs de
l’activité répressive.
Composition : les magistrats du ministère public sont appelés magistrats debout ou magistrats du
parquet. Auprès du TPI, le ministère public est composé du procureur du roi qui est assisté par un ou
plusieurs substituts du procureur du roi (parquet du TPI). Auprès de la Cour d’Appel : procureur
général du Roi assisté par un ou plusieurs substituts généraux du procureur général du Roi (Parquet
général). Auprès de la Cour de Cassation : le procureur général du Roi auprès de la CC. Devant les
juridictions de mineurs, les fonctions du ministère public sont exercées par un membre du parquet du
TPI et devant la CA par un membre du parquet général chargé spécialement des affaires concernant
les mineurs.
Caractère du ministère public : Principe de l’unité ou l’indivisibilité du ministère publique.

Hiérarchie du ministère publique : le chef du parquet du TPI est le procureur du roi. L’ensemble
du parquet du TPI, par l’intermédiaire de son chef, est subordonné au procureur général du roi et à
ceux qui agissent en son nom. Les parquets généraux eux-mêmes sont soumis à l’autorité
hiérarchique du ministre de la Justice, garde des Sceaux. * les magistrats debout qui n’exécutent pas
les ordres reçus s’exposent à des sanctions disciplinaires pouvant aller jusqu’à la révocation,
l’obligation d’exécuter des ordres n’empêche pas le magistrat d’agir selon sa conscience, il
développe librement les observations orales qu’il croit convenables au bien de la justice (art 38)
consécration du vieil adage « la plume est serve mais la parole est libre ».
Irresponsabilité du ministère public : les magistrats du ministère public ne sont responsables que
de leurs fautes personnelles et cette responsabilité ne peut être engagée que sur l’action récursoire de
l’Etat.
3- La partie civile
Il s’agit de la partie lésée dans ses intérêts par l’infraction commise. Les conditions nécessaires pour
se porter partie civile : pour pouvoir se porter partie civile il faut que le préjudice subit soit actuel,
personnel et direct > Le préjudice actuel est un préjudice dont l’existence est certaine, indubitable.
Le préjudice est personnel s’il s’agit bien d’un dommage individuel. Le préjudice direct est la
conséquence immédiate de l’infraction.
L’option ouverte à la personne lésée : selon l’art 9 du CPP, la victime peut –à son choix- porter son
action en réparation du dommage qu’elle a subi, soit devant la juridiction répressive, soit devant la
juridiction civile. L’avantage quant au choix de la voie répressive est celui de la rapidité et de
l’économie (plus rapide et moins couteuse que la justice civile). Il faut également noter que la preuve

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est libre en pénal, alors qu’elle est réglementée en civil. De plus, la décision qui interviendra au
procès pénal sera opposable à l’auteur des faits incriminés par l’autorité de la chose jugée au pénal
sur le civil. Toutefois, le choix de la voie répressive présente certains inconvénients. Si, par exemple,
la victime échoue dans sa demande en réparation, elle engage sa responsabilité par son action
téméraire.
Limite de l’option : la constitution de partie civile n’est pas possible devant toutes les juridictions >
elle est ouverte devant les juridictions d’instructions, les juridictions de jugement de droit commun et
les juridictions de mineurs. Elle n’est pas possible, en principe, devant les juridictions d’exceptions.
La victime qui veut se porter partie civile doit le faire dès le premier degré de juridiction.
Effet de l’option : l’action une fois exercée est en principe irrévocable. Exceptionnellement, dans
certaines circonstances, la victime qui avait choisi la voie répressive peut l’abandonner pour saisir la
juridiction civile. Si elle avait choisi au contraire la voie civile, elle pourra l’abandonner pour aller
devant la juridiction répressive si celle-ci a été saisie par le ministère public avant qu’un jugement
sur le fond n’ait été rendu par la juridiction civile. Si la victime a choisi la voie civile, le procès
engagé par elle risque d’être suspendu si l’action publique est exercée par le ministère public, de
façon à sauvegarder l’autorité de la chose jugée au pénal sur le civil. (Le criminel tient le civil en
état).

CH 2 : la recherche et la poursuite des infractions


Section 1 : la recherche et la constatation des infractions :
 Les autorités et les agents chargés d’assurer la police judiciaire :

Art 16 et 17 du CPP. La police judiciaire est exercée sous la direction du procureur du roi et sous la
surveillance du procureur général et sous le contrôle de la chambre correctionnelle de ladite cour.
Les officiers de police judiciaire (art 19 CPP) : procureur général du roi, procureur du roi et leurs
substituts et le juge d’instruction. Les officiers de police judiciaires. Les OPJ chargés des mineurs.
Les agents de police judiciaire ainsi que certains fonctionnaires auxquels la loi confère cette qualité.
L’art 20 donne la liste des personnes ayant cette qualité : Directeur général de la sûreté nationale, les
préfets de police, les contrôleurs généraux de police, les commissaires de police, les officiers de
police et le directeur général de l’administration de la surveillance du territoire national, les officiers
de la gendarmerie royale, les pachas et les caïds, les inspecteurs de la police après 3ans d’exercice et
les gendarmes ayant 3ans d’ancienneté.
 Les attributions de la police judiciaire :

Art 18. La PJ a pour mission générale : de rechercher les infractions, de les constater, d’en
rassembler les preuves, d’en identifier les auteurs, de présenter ceux-ci à la justice.
Elle est soumise à certaines obligations : recevoir les plaintes et dénonciations, porter à la
connaissance du procureur du roi les infractions qui lui paraissent avoir été commises afin de lui
permettre de mettre en mouvement l’action publique et observer le secret de l’enquête.
Tant qu’une information n’est pas ouverte, la PJ est sous la direction du procureur du roi. A partir du
moment ou une information est ouverte c’est le juge d’instruction qui est investi du pouvoir de
direction.

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L’enquête préliminaire : la police judiciaire procède à une enquête réglementée par le CPP dans les
arts 78 et suivants sous le nom d’enquête préliminaire. Soit spontanément, soit sur demande du
ministère public. Dans le cadre de cette enquête la PJ peut recueillir des renseignements d’ordre très
divers et employer pour cela des moyens très variés :
- Les auditions : la PJ entend toutes les personnes qui lui paraîtront susceptibles d’apporter des
renseignements intéressant, y compris le plaignant et le suspect.
- Constatations matérielles : elles doivent être réalisées sans coercition. L’OPJ peut avoir recours à
des personnes qualifiées.
- Perquisitions, visites domiciliaires et saisies : elles sont subordonnées au consentement expresse et
écrit de la personne chez qui elles ont lieu (art 79). Les heures légales doivent être respectées (6h à
21h, art 62). L’alinéa 2 de cet art prévoit des dérogations au droit commun quand il s’agit
d’infraction entrant dans le champs d’application de la loi relative à la lutte contre le terrorisme, ou
d’atteintes à la sûreté de l’Etat, les perquisitions peuvent avoir lieu en dehors des heures légales.
De même, lorsque la demande émane du chef de maison ou d’un appel venant de l’intérieur, ainsi
que dans les locaux de travail nocturne.
Art 59 al 4 : les perquisitions dans le cabinet d’un avocat ou à son domicile ne peuvent être
effectuées que par un magistrat du parquet et en présence du bâtonnier ou son délégué.
De même pour perquisitions dans le cabinet d’un médecin, d’un notaire ou d’un huissier (magistrat
+ personne responsable de l’ordre ou de l’organisation professionnelle à laquelle appartient
l’intéressé)
L’enquête en cas de crime ou délit flagrant : Les pouvoirs de la PJ sont alors plus étendus et
présentent un caractère coercitif. L’infraction est flagrante dans les cas suivants : l’infraction se
commet actuellement, l’infraction vient de se commettre, la personne soupçonnée est –dans un temps
très voisin de l’action- poursuivie par la clameur publique, la personne soupçonnée est –dans un
temps très voisin de l’action trouvée en possession d’objets ou présente des traces ou indices laissant
penser qu’elle a participé à l’infraction.
Lorsque l’infraction flagrante est un crime ou un délit punissable d’une peine d’emprisonnement, la
police dispose de pouvoirs qu’elle exerce de façon coercitive, ses obligations peuvent être résumées
comme suit : avis immédiat au ministère public & transport sans délai sur les lieux.
Les pouvoirs de la PJ :

1) Les constatations : relevé de toutes les traces et indices utiles à l’enquête.


2) Les perquisitions et saisies : elles peuvent avoir lieu coercitivement chez les personnes qui
paraissent détenir des pièces ou objets relatifs aux faits incriminés. Les objets et documents
intéressants sont saisis et placés immédiatement sous scellés. (Entre 6h et 21h sauf exceptions
prévues par la loi : trafic illicite des stupéfiants ou en matière de terrorisme). La perquisition doit
avoir lieu en présence de la personne chez qui on perquisitionne ou en présence de son
mandataire ou de deux témoins.
3) Les arrestations : la police peut procéder à l’arrestation de l’auteur présumé.
4) La garde à vue : l’opj peut être amenée à garder à sa disposition une ou plusieurs personnes visées
à l’art 65. C’est une mesure de rétention qui doit être motivée par les nécessités de l’enquête et
contrôlée par le ministère public. Cette mesure ne peut excéder 48 heures. Une prolongation de la
garde à vue de 24h au plus peut être accordée par le ministère public (art 66 al 2).

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Les droits de la personne placées en garde à vue (art 66 et 67) : 1) le gardé à vue a le droit de
demander de faire prévenir un proche parent. 2) l’intéressé peut à tout moment demander à être
examiné par un médecin. 3) elle peut désigner un avocat ou demander la désignation d’office dans le
cadre de l’aide juridictionnelle.
Le législateur a assorti la mesure de garde à vue d’un strict formalisme prévu par les arts 66 et 67.
L’OPJ doit mentionner le PV d’audition de la personne gardée à vue, la notification des droits à
l’intéressé, le jour et l’heure à partir desquels elle a été placée en garde à vue, le jour et l’heure à
partir desquels elle a été soit libérée soit amenée devant le magistrat compétent.
Un registre de garde à vue doit être tenu dans tout local susceptible de recevoir des personnes
gardées à vue, il doit être présenté au procureur du roi, au moins une fois par mois.
Des régimes de garde à vue dérogatoires ont été installés par le législateur : a) en matière d’atteinte à
la sûreté intérieure, ou extérieur de l’Etat, la durée de le garde à vue est de 96h qui peut être
prolongée une seule fois. b) en matière de terrorisme, 96h susceptibles de prolongation 2 fois pour
une durée de 96h sur autorisation écrite de ministère public.
Section 2 : la poursuite des infractions :
La poursuite se matérialise par le déclenchement de l’action publique. Le soin de l’exercer est confié
en principe au ministère public.
 Autorité qui prend les décisions relatives à la poursuite :

Tous les renseignements concernant des faits paraissant contraire à la loi pénale doivent être dirigés
dans un délai bref vers le procureur du roi dans la circonscription duquel ils ont été recueillis. Il faut
souligner que le ministère public n’est pas toujours seul à pouvoir prendre une décision de poursuite
et déclencher l’action civile, cette décision peut être également prise par la partie lésée si cette
dernière porte son action civile en réparation devant le juge répressif alors que le ministère public
s’était abstenu d’intenter l’AP, celle-ci se trouve automatiquement mise en mouvement. En matière
militaire, le procureur du roi ne déclenche l’AP que sur la dénonciation des faits par l’autorité
militaire.
 Les conditions dans lesquelles sont prises les décisions relatives à la poursuite :
Le procureur du roi doit apprécier si une poursuite est légalement possible et si elle paraît opportune.
Il se décide en principe à la suite de cette double appréciation avec une entière liberté mais cette
liberté comporte toutefois certaines limites et certaines exceptions.
Appréciation de la légalité de la poursuite :cette appréciation porte sur 2 points : il doit s’assurer
que les éléments constitutifs d’une infraction déterminée paraissent effectivement réunis (le
problème du bien- fondé de l’AP), il doit donc trouver la qualification pénale adéquate ; vérifier que
les éléments matériels et psychologiques requis par cette qualification existent bien en l’espèce ;
examiner si aucune cause d’impunité ne se présente ; et déterminer quelles sont les personnes à
poursuivre.
Le procureur doit également s’assurer qu’aucun obstacle de forme ne s’oppose au déclenchement de
la poursuite (le problème de la recevabilité de l’AP). La recevabilité suppose la vérification de la
compétence de la juridiction d’instruction ou le jugement saisie en fonction de la qualification
retenue, et la recherche des causes d’extinction possibles de l’AP.

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Le Procureur examinera également s’il ne s’agit de l’une de ces infractions pour lesquelles la
poursuite ne peut avoir lieu (exceptionnellement) que sur plainte de la victime ou dénonciation ou
autorisation d’une administration.
Appréciation de l’opportunité de la poursuite : Si le préjudice social est peu important, si l’objet de
l’infraction est insignifiant, si le coupable a été mû par des mobiles particulièrement excusables…,
etc. il arrive que le ministère public estime que la poursuite est inopportune. L’art 40 du CPP dispose
que le procureur apprécie la suite à donner aux plaintes et dénonciations, ce pouvoir comporte un
risque d’arbitraire ou partialité. Toutefois, cette décision est soumise au contrôle hiérarchique de ses
chefs et que d’autre part la victime peut mettre elle-même l’AP en mouvement en se constituant
partiecivile. Le risque subsiste lorsque l’infraction n’a pas causé de préjudice individuel.
La liberté de décision du procureur du roi et ses limites : En principe, le procureur prend sa
décision relative à la poursuite avec un entière liberté. Ce principe est tempéré par la subordination
hiérarchique, le procureur doit exécuter les ordres reçus mais peut toutefois prononcer oralement un
réquisitoire contraire aux ordres reçus et aux conclusions qu’il a déposées par écrit. Dans certains cas
(exceptions), il ne peut intenter une poursuite qu’il estime souhaitable : lorsque la loi subordonne la
recevabilité des poursuites à une plainte ou une dénonciation préalable, lorsque la loi subordonne la
recevabilité des poursuites à une autorisation préalable (ce fut le cas de l’immunité parlementaire).
 Le contenu et l’exécution des décisions prises sur la poursuite :

La décision du procureur peut être une décision de classement ou une décision de poursuite. :

Décision de classement s’il pense que les poursuites sont irrecevables, s’il pense que l’AP serait mal
fondée, ou simplement s’il estime que les poursuites sont inopportunes. Le classement sans suite
n’est pas un jugement, mais une décision administrative, il n’est pas susceptible d’un recours
juridictionnel. Cette décision n’a pas l’autorité de la chose jugée et il est toujours possible de revenir
sur cette décision tant que la prescription n’est pas acquise.
Décision de poursuite : elle est irrévocable, la mise en mouvement de l’AP présente un caractère
irréversible. Le procureur peut soit saisir le juge d’instruction par un réquisitoire afin d’informer, soit
user de la citation directe, soit mettre en œuvre la procédure de comparution immédiate.
Le procédé de l’information : s’impose pour les crimes, lorsque la peine prévue est la mort, la
réclusion perpétuelle ou lorsque la peine maximale est de 30 ans de réclusion, pour les crimes
commis par les mineurs et pour les délits en vertu d’une disposition spéciale de la loi. C’est le seul
moyen de mettre en mouvement l’AP lorsque l’auteur de l’infraction est inconnu. Ce procédé a pour
effet de saisir le juge d’instruction, il sera appelé à se prononcer sur la suffisance des charges après
s’être livré à une enquête (l’information). Le procureur adresse un réquisitoire au juge d’instruction
qui décrit les faits reprochés, l’identité des personnes poursuivies (il peut être délivré contre X). La
partie lésée peut également adresser au juge d’instruction une plainte exposant les faits et précisant
qu’elle entend se constituer partie civile.
Les procédés de la citation directe : consiste à saisir directement la juridiction de jugement, elle se
présente sous la forme d’un exploit d’huissier délivré à la requête du procureur et citant le prévenu à
comparaître devant la juridiction de jugement pour s’entendre condamner aux peines prévues par la
loi.
CH 3 : L’instruction préparatoire :

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L’instruction préparatoire est obligatoire en matière criminelle. Le juge d’instruction auprès du TPI
est désigné pour une durée de 3 ans susceptible de renouvellement par arrêté du ministre de la
justice. Le juge d’instruction auprès de la Cour d’Appel est désigné parmi les conseillers de ladite
cour pour une durée de 3 ans.
Le juge d’instruction doit toujours être assisté d’un greffier. La procédure de l’instruction
préparatoire est organisée, en principe, sur le mode inquisitoire. C à d, qu’elle est écrite, secrète et
non contradictoire.
Section 1 : la saisine du juge d’instruction :
Il est saisi soit par un réquisitoire émanant du procureur, soit par une plainte avec constitution de
partie civile de la victime.
Les effets de la saisine : il instruit sur les faits portés au réquisitoire (ou à la plainte), il peut alors
inculper toutes personnes apparaissant avoir pris part aux faits, il peut également ouvrir simplement
une information contre X.
Il n’est saisi que de ces faits s’il vient à découvrir au cours de l’information d’autres faits délictueux,
il ne peut informer à ce sujet, faute d’en être régulièrement saisi par un réquisitoire complémentaire
ou supplétif.
Il n’est pas lié par la qualification que le procureur avait provisoirement donnée aux faits.

Section 2 : les pouvoirs d’instruction du juge d’instruction :


Objet des pouvoirs d’instruction : l’instruction a pour but de parvenir à la manifestation de la vérité,
elle porte sur les circonstances exactes dans lesquelles l’infraction a été commise, les conditions dans
lesquelles les diverses personnes compromises y ont participé. Elle porte également sur la
personnalité du délinquant (examen de personnalité, enquête sociale, examen médico-
psychologique). Le juge instruit aussi bien à charge qu’à décharge.
La recherche des preuves : Pour conduire son information, le juge a recours aux divers moyens de
preuves admis par le droit pénal. Il procède à des constatations matérielles, il entend comme témoins
toutes les personnes dont la déposition lui paraît utile (les témoins sont entendus séparément et hors
de la présence de la personne inculpée, leur déposition est transcrite par le greffier sous la dictée du
juge, ils la relisent avant de la signer), enfin le juge d’instruction interroge l’inculpé. Il entendra par
la suite, s’il échet, la partie civile et il procédera par commissions rogatoire à des investigations, à
des auditions, à des perquisitions et à des saisies.
Cet interrogatoire fait l’objet d’une réglementation très stricte (art 134 et ss). Lors de la première
comparution, le juge doit d’abord s’assurer de l’identité du comparant et lui connaître les faits qui lui
sont imputés. Ensuite, il avertit l’inculpé qu’il est libre de ne pas faire de déclaration pour l’instant,
s’il veut user de son droit de ne parler qu’en présence de son avocat. Le juge lui demande s’il choisit
un avocat : l’inculpé peut demander qu’un avocat lui soit désigné d’office comme il peut renoncer à
l’assistance d’un avocat. Cette renonciation n’est jamais définitive, elle n’est d’ailleurs pas possible
s’il s’agit d’un mineur. Si l’intéressé veut faire des déclarations sans attendre, le juge les recevra. Si
cette personne reste en liberté, elle doit informer la justice de tous ses changements de résidence.
Les interrogations ultérieures ne peuvent avoir lieu qu’après que l’avocat ait été convoqué par lettre
recommandée ou par un avis qui lui est remis avec récépissé au plus tard 2 jours avant
l’interrogatoire. Le procureur du roi est également invité à cet interrogatoire s’il le souhaite.

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Section 3 : les pouvoirs de juridictions du juge d’instruction :
Le juge d’instruction constitue la juridiction d’instruction du 1 er degré, il est chargé de prendre des
décisions au cours de la phase de l’instruction préparatoire et prendre parti sur la suffisance des
charges à la clôture de l’information.
Les pouvoirs de juridiction du juge d’instruction :

Ordonnances d’ouverture d’information : lorsqu’il est saisi d’un réquisitoire, le juge peut rendre
une ordonnance de refus d’informer (si l’AP est déjà éteinte). De même, lorsqu’il est saisi d’une
plainte irrecevable. Si, par contre, il l’admet, il peut rendre une ordonnance de soit informé le
montant de la consignation à effectuer. Il peut également rendre une ordonnance d’incompétence
qui le dessaisit s’il n’est pas compétent matériellement ou territorialement.

Ordonnances rendues au cours de l’information :

 Ordonnance de soit communiqué


 Ordonnance de refus d’exécuter d’instruction
 Ordonnance de dessaisissement au profit d’une autre juridiction également compétente
 Ordonnance nommant des experts
 Ordonnance de placement sous contrôle judiciaire ou donnant mainlevée de celui-ci
 Ordonnance de mise en détention provisoire ou prolongeant la durée
 Ordonnances accordant ou refusant la restitution des objets et documents saisis
 Ordonnance portant non-lieu partiel ou renvoi partiel
 Ordonnance infligeant une amende à l’encontre des témoins récalcitrants

Ordonnances de clôture : à la fin de l’information, le juge d’instruction prend parti sur la suite à
donner aux poursuites. Il fait connaître aux parties la clôture éventuelle de son information. Ensuite il
communique le dossier au parquet qui doit lui faire parvenir ses réquisitions définitives en fixant un
délai. Passé ce délai, le juge d’instruction peut rendre son ordonnance de règlement du dossier sans
attendre les réquisitions du parquet.
L’ordonnance de règlement, dite aussi de « clôture » doit être motivée. Elle décide soit la cessation
des poursuites : ordonnance de non-lieu. Soit leur continuation devant la juridiction de jugement :
ordonnance devant la juridiction de jugement. Elle peut également prononcer un non-lieu partiel
(non-lieu pour certains faits et personnes et renvoi pour d’autres).
L’ordonnance de non-lieu arrête l’AP, l’inculpé est alors remis en liberté. Elle peut être fondée sur
des motifs de droit (pas de qualification pénale, existence de faits justificatifs ou cause de non-
imputabilité, ou AP éteinte par décès, prescription, amnistie…) ou sur des motifs de faits (charges
insuffisantes, coupable non identifié).
L’ordonnance de continuation de poursuite = ordonnance de renvoi devant la juridiction de jugement
indique, de façon précise, les motifs pour lesquels il existe des charges suffisantes.

CH 4 : le jugement :
La phase de jugement suit normalement la phase d’instruction, mais il est possible qu’elle soit
abordée directement si l’affaire ne paraissait pas exiger des investigations particulières.

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Section 1 : la saisine de la juridiction de jugement :
Caractère généraux de la procédure à l’audience : la procédure devant la juridiction est une
procédure de type accusatoire, elle est publique, orale et contradictoire.
 La publicité des débats : c’est un principe fondamental, il ne peut y être dérogé que dans certains
cas prévus par la loi (art 300, 302 CPP) : danger pour les mœurs, pour la sécurité. Les débats des
juridictions de mineurs ont lieu avec une publicité restreinte (art 479).
 Les débats : les débats ont lieu oralement, la lecture de pièces écrites est exceptionnelle et le
greffier se contente de noter sommairement le déroulement de l’audience.
 Le principe du contradictoire : les débats sont contradictoires, les parties discutent à un pied
d’égalité sous le contrôle et la direction du président de la juridiction. Si le prévenu est absent, il
sera jugé par défaut et son défenseur ne pourra être entendu, si la citation adressée à celui-ci avait
été livrée à sa personne ou s’il est établi qu’il en avait eu la connaissance.

Le déroulement des débats: les débats à l’audience comportent une instruction dite définitive, c’est
un examen et un affrontement des preuves et l’inculpé est interrogé. Les témoins sont écartés de
l’audience jusqu’à ce qu’ils aient été entendus. La juridiction de jugement peut, au cours de
l’instruction définitive, ordonner des mesures d’instructions nouvelles (supplément d’information).
Après l’instruction définitive, l’avocat de la partie civile présente la demande de celle-ci, puis le
ministère public prononce un réquisitoire. Enfin, le défenseur expose sa plaidoirie (l’accusé ou le
prévenu doit toujours avoir la parole en dernier).
Section 2 : la décision :
La délibération sur la décision : toutes les décisions prises par une juridiction de jugement doivent
être délibérée. La délibération est secrète et ses détails ne doivent pas être révélés.
Formes de la décision : la décision est rendue soit à l’audience ou les débats ont eu lieu soit à une
audience ultérieure. Elle doit être motivée, elle doit énoncer les infractions, les peines prononcées et
les textes de loi dont il est fait application.
Sens et effets de la décision :

Les décisions avant dire droit : elles ne tranchent pas le procès mais préparent la solution de celui-
ci (supplément d’information).
Les décisions sur d’incompétence : elles dessaisissent la juridiction qui les a rendues.
Les décisions sur le fond:
- Décision de relaxe ou d’acquittement
- Décision d’absolution dites désormais d’exemption de peine: elle reconnaît la culpabilité du
prévenu mais ne prononce pas de peine contre lui (existence d’une excuse absolutoire), la
personne échappe alors à toute peine principale mais sa responsabilité civile subsiste.
- Décision de condamnation : prononce une peine ou une mesure sûreté. Si le condamné était en
détention provisoire et est condamné à une peine ferme privative de liberté, il reste incarcéré.
S’il n’est condamné qu’à une amende ou s’il bénéficie du sursis, il est libéré. S’il était en liberté,
la juridiction qui le condamne peut décerner contre lui un mandat de dépôt ou d’arrêt. S’il y a
une partie civile, la condamnation du prévenu démontre la faute qu’il avait commise, le
jugement déclarera l’AC bien fondée et fixera le montant des dommages-intérêts.

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