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Le statut de l͛objet aujourd͛hui est ambivalent. Alors que dans l͛art moderne, l͛objet est appréhendé dans le
dépouillement de toute fonction, le design explore la fonctionnalité des objets, mais dans un sens qui ne correspond pas
nécessairement à leur finalité « naturelle » . Qu͛en est-il des rapports entre objet et fonction ? C͛est ce que nous
aborderons dans un premier temps. Mais le statut de l͛objet est inséparable du processus de son élaboration, soit : d͛une
démarche de création. Nous envisagerons, dans un second temps, les différents aspects de cette démarche, depuis la
réflexion de l͛artiste jusqu͛à la perception active de l͛objet. Cependant, le statut de l͛objet n͛a rien à voir avec un état
marqué par la stabilité et la permanence. L͛objet est nécessairement pris dans un devenir, une évolution. Il est le siège de
transformations. Ne pourrait-on pas penser le statut de l͛objet comme un lieu de métamorphoses. Nous analyserons, dans
un dernier temps, les transformations dynamiques que peut connaître l͛objet, dans sa nature, sa forme et ses propriétés
esthétiques.

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Le Bauhaus replace la fonction de l͛objet au centre du processus de création. L͛opposition entre le beau et l͛utile, lieu
commun de l͛histoire récente de l͛art recouvrant grossièrement celle entre art et artisanat est renversée. Rappelons que la
conception kantienne du beau distingue la beauté de l͛objet de ce qu͛il peut y avoir d͛agréable dans sa consommation ou
de la valeur qu͛il peut avoir pour la morale. « Le beau est l͛objet d͛une satisfaction désintéressée » (interesseloses
Wohlgefallen). Pour Kant, la beauté est la « forme de finalité d͛un objet en tant qu͛elle est perçue en celui -ci sans
représentation d͛une fin ». La forme de l͛objet est sa finalité mais elle n͛a pas de fin, c͛est à dire pas de but, ni de fonction.
Le second Bauhaus place la beauté de l͛objet dans sa fonction. Celui-ci n͛est plus un objet de contemplation, il impose une
action, une morale à l͛utilisateur.

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Les premières œuvres de Marcel Duchamp qui ont marqué ont été les ready Made, véritable objet de la
vie quotidienne récupérés, et simplement décontextualisés et élevées au rang d'œuvre d'art. Un porte -bouteille,
une roue de vélo, un bidet. On peut imaginer que par là s'amorce une rupture avec toute définition traditionnelle
de l'art, de l'art conçu comme un objet, un artefact conçu des mains de l'artiste, de l'art comme création. La
récupération amorcée par les Nouveaux Réalistes et dans un forme différente par le pop art laisse imaginer que
tout peut rentrer dans le domaine de l'art, qu'il n'y plus de critère disc riminant pour rejeter une œuvre hors de
l'art.
Des artistes comme Arman, César reprend des éléments de la vie quotidienne dans des compressions,
des réarrangements avec notamment des poubelles, des déchets, des voitures. Le pop art par le biais de Warhol
fait rentrer des boites de conserve, d'emballage dans le domaine de l'art. Aussi, c'est le regard de l'artiste qui fait
d'un objet quelque chose d'artistique, qu'il lui donne une signification. Ainsi n'importe quel objet vu par un
photographe peut devenir artistique, comme chacun selon Warhol peut avoir son quart d'heure de célébrité. Tout
est nivelé, il n'y a plus de supériorité d͛objets sur les autres au risque de l'insignifiance. La distinction entre l'art et
les objets quelconque semble bien mince. Un s imple changement de contexte suffit, mais sinon la différence peut
être imperceptible.



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Ici, le groupe Droog Design a récupéré plusieurs tiroirs po ur leur redonner une nouvelle vie. Par le procédé d͛une
accumulation: (Action de réunir, d'entasser, d'accumuler un même type de matériaux ou un même type d'objet ). Terme qui
est en fait génériquement utilisé et appliqué à certaines œuvres d' Arman(artiste du Nouveau Réalisme). Dans un inventaire
des matériaux, aussi bien du quotidien que du peintre ou de l'artiste en général, celui -ci s'approprie le réel de l'objet pour
en dégager une poétique autre à partir d'un effet de saturation. C'est la transformatio n d'un objet par le nombre. Le
nombre produit un effet de banalisation et de perte de réalité .


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Dans « One and Three Chairs » de Joseph Kosuth, un objet réel, une chaise quelconque, est choisi parmi les objets d͛usag e
courant les plus anonymes. Il est placé contre une cimaise, entre sa photographie, son image reproduite par un procédé
mécanique et sa définition rapportée d͛un dictionnaire. L͛ensemble est la triple représentation d͛une même chose sans
qu͛il y ait une répétition formelle. Ce qui est multiplié d͛une partie à l͛autre de l͛œuvre, ce n͛est pas la chaise réelle, encore
trop particulière malgré sa neutralité, ni la photographie qui ne représente que son image du point de vue du spectateur, ni
enfin sa définition qui envisage tou s les cas répertoriés de l͛emploi du mot "chaise" mais néglige de fait celui de la chaise
réelle et de son image. Il s͛agit dans les trois cas d͛un degré distinct de la réalité de l͛objet. Tous trois désignent, par leur
association, une quatrième chaise, i déale et invisible dont le concept se trouve ainsi suggéré, bien plus que défini. Là où
défaille l͛objet, intervient l͛image, et là où celle -ci à son tour défaille, apparaît le langage, lui -même insuffisant mais déjà
relayé par l͛objet.

L͛art conceptuel est une forme d͛art qui a pour objet de faire passer une idée ou un concept au spectateur, rejetant la
création ou l͛appréciation de l͛objet d͛art traditionnel (peinture, sculpture...) comme étant une futilité précieuse. Les
tenants de l͛art conceptuel affi rment que la production artistique devrait servir la connaissance de l͛art, et que l͛objet d͛art
n͛est pas une fin en soi. L͛art conceptuel étant très centré sur le message qu͛il véhicule, il possède des liens forts avec d e
nombreux autres mouvements du siècle dernier. L'art conceptuel remet principalement en question le statut traditionnel
de l'objet d'art en tant qu'objet unique, de collection ou de marchandise. L͛art conceptuel c͛est ce qui permet à l͛art d͛êtr e
art.

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Prenons la tour Eiffel comme objet patrimonial à l͛étude. C͛est une construction qui a été réalisée pour l͛exposition
universelle de 1900 qui devait être ensuite détruite. Heureusement qu͛elle a été préservée, elle appartient désormais à
notre patrimoine et est considérée aujourd͛hui comme un objet artistique et pas simplement technique.
On peut donc parler d͛elle comme objet industriel et technologique montrant un savoir faire appartenant à l͛architecture
de fer issue de la révolution indus trielle. C͛est un énorme « coup publicitaire » pour son auteur qui l͛a fait connaître dans le
monde.

C͛est devenu une œuvre d͛art, un ouvrage d͛art monumental sans fonction véritable à l͛origine. C͛est une dentelle de
ferraille qui manifeste le prestige de la France dans les domaines de la création, de l͛architecture à l͛artisanat d͛art depuis
Louis XIV.

C͛est un objet issu de la révolution industrielle. Les conséquences matérielles et sociales de ces avancées sont considérables
et ont été exprimées dans la peinture, la musique, la littérature.
C͛est un objet qui a su évoluer avec son époque: tour de guet pendant la guerre, antenne pour la radio puis la télévision,
monument touristique et symbole de Paris, étendard pour mettre en scène les couleurs de l͛Europe avec un éclairage
spécifique lors des journées de célébration. Il possède même un restaurant prestigieux qui met en valeur la gastronomie
française. C͛est un objet peint et il existe une teinte spécifique tour Eiffel.
Il existe des copies de cette to ur dans beaucoup de pays car les œuvres d͛art prestigieuses sont souvent copiées quelque
soit le domaine. Gustave Eiffel est-il alors un ingénieur, un artiste ou un visionnaire ?


 
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L͛œuvre d͛art ne semble pas faite pour autre chose qu͛ elle-même. Elle est inutile -au sens pratique du terme : au sens
moral, elle importe, elle répond à un besoin spirituel, ce qui lui donne un but : nous détourner d͛une préoccupation banale,
quotidienne, pour élever notre âme en provoquant un choc esthétiqu e. Une musique sublime sert à quelque chose : elle
apporte une émotion dont l͛esprit se repaît. L͛œuvre d͛art est donc en ce sens un objet spirituel.

Ce qui semble faire d͛un objet une œuvre d͛art, c͛est dès l͛abord le travail par lequel un objet ne peut p lus être considéré
comme un objet de désir, parce qu͛il ne se consomme ni ne se possède comme un objet quelconque : il ne peut susciter
que des considérations désintéressées. Ce n͛est pas lui qu͛on regarde, c͛est sa forme, sa couleur, ce qui, en lui, nous
trouble. L͛objet en lui-même n͛est rien qu͛un objet : le regard est indispensable, c͛est lui qui reconnaît l͛art. Le spectateur y
retrouve quelque chose de spirituel quand il est pourtant face à un objet matériel : comme devant une glace, qui n͛est que
métal et verre, il se reconnaît lui -même comme spirituel, et via ce subte rfuge, cet objet devient sacré « œuvre » (même s͛il
n͛est l͛œuvre de personne, comme le simple galet ramassé sur une plage) pour avoir forcé le respect de soi -même. Tout est
donc dans l͛attention sur l͛objet, attention bien différente de celle qui promène un regard froid sur les choses. L͛œil fait
l͛œuvre— non l͛inverse quoique ce soit par l͛originalité de son aspect que l͛objet ait dès l͛abord attiré l͛œil. Car l͛objet seul
n͛a aucun sens, c͛est celui qui le contemple qui le lui en décerne. La forme est le support du sens.

Un objet devient une œuvre d'art dès lors qu'on a décidé de « l'exposer » aux yeux et au regard des autres. D'autre part, ce
qui caractérise l' œuvre d'art, c'est ce qui le distingue : sa griffe, la personnalité de l'artiste ; ses joies, ses peines et ses
souffrances, sa fragilité et ses doutes qui transparaissent à travers son œuvre, qui lui donnent sa touche personnelle, sa
singularité qui fait qu'on le reconnait parmi d'autres. C'est aussi l'investissement en temps, en travail, parfois au risque de la
folie d'une idée tout simplement « banale » ou « de génie » qui traverse l'artiste à ce moment et qui l'élève au rang de la
spiritualité. Mais la nature produit auss i tous les jours toutes sortes « d'œuvres d'art » que nous n'appelons pas œuvre d'art
pour autant. Qui ne s'est jamais émerveil lé devant la beauté et la complexité de la nature ou des cristaux de neige par
exemple ?

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