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le papa

de simon
Guy de Maupassant
et autres pères
Émile Zola Marcel Aymé

corrigés

1
Je
Découvre
page

LEs
J’analyse
98
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réponses
7

prolonge-
ments
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26

2
Je
Découvre

Maupassant raconté par son père spirituel,


Gustave Flaubert 4

Retour dans le passé : le lecteur


contemporain du Papa de Simon 4

Les mots ont une histoire 5

Dernières observations avant l’analyse 6

3
Maupassant raconté par son père spirituel,
Gustave Flaubert (p. 88-89)

Le vrai/faux

• Gustave Flaubert est un ami d’enfance du père de Guy de Maupassant. FAUX.


• Guy de Maupassant n’a jamais eu d’autres plaisirs que l’écriture. FAUX.
• Guy de Maupassant publia tous ses ouvrages sous son vrai nom. FAUX.

Retour dans le passé : le lecteur contemporain


du Papa de Simon (p. 90-91)

Le vrai/faux

• Guy de Maupassant publiait ses nouvelles dans plusieurs journaux. VRAI.


• Les nouvelles de Maupassant abordent toujours le même sujet. FAUX.
• En 1879, il était possible de lire Le Papa de Simon dans un recueil. FAUX.

4
Les mots ont une histoire (p. 96-102)
VRAI OU FAUX ?

1. Vrai. C’est de la tige de cette plante qu’on se servait pour châtier les enfants autrefois. La férule est ensuite
devenue un instrument en bois ou en cuir.
2. Faux. Le mot grec pathos signifie « souffrance » puis « passion ».
3. Vrai.
4. Faux. C’est l’inverse ! Un martyr est une personne qui endure les supplices appelés le martyre.
5. Vrai.

À VOS LOUPES !

1. Les deux termes qui désignent des instruments de torture dans le texte sont « le martinet » et « le nerf de
bœuf », deux sortes de fouet. Ces deux termes se trouvent dans Le Proverbe.
2. Les camarades de Simon sont désignés par les expressions suivantes : « les gamins », « les enfants », « ses
camarades », « les galopins », « ces fils des champs, plus proches des bêtes », « les garnements », « ces
polissons », « ses ennemis », « les sauvages », « ses bourreaux ». On peut constater une gradation dans
ces termes. Plus la cruauté des enfants envers Simon s’accroît, plus le vocabulaire les concernant est
dépréciatif.
3. Dans Le Papa de Simon, le mot « bonhomme » désigne tantôt l’homme qui s’est jeté dans le fleuve et pour
lequel Simon éprouve de la compassion (« le triste bonhomme »), tantôt Simon lui-même, lorsqu’il est
ainsi nommé par Philippe, au moment de leur première rencontre. De fait, la reprise de ce terme participe
à l’association des deux figures tristes de la nouvelle : Simon et le noyé. Employé comme nom commun,
un sens vieilli du terme « bonhomme » désigne un homme d’un certain âge ou un paysan. Paradoxalement
il peut aussi désigner un jeune enfant. Voici un extrait des Misérables de Victor Hugo qui témoigne de la
polysémie du terme : « C’était un bonhomme de cinquante ans qui menait par la main un bonhomme de
six ans. Sans doute le père avec son fils. Le bonhomme de six ans tenait une grosse brioche. » Dans Naïs
Micoulin, le mot est employé comme adjectif qualificatif pour désigner l’air du père Micoulin aux yeux
de Frédéric : « Il avait l’air si bonhomme ». L’emploi de l’adjectif est vieilli et désigne un homme d’un bon
naturel qui se montre favorable et secourable envers autrui.
4. EN/ORGUEILL/IR et EN/HARD/IR. Les deux mots sont composés du préfixe « en- », morphème inchoatif
signifiant « le devenir ». Ainsi, « s’enorgueillir » signifie « se montrer orgueilleux » (adjectif qualificatif) et
« s’enhardir » signifie « devenir plus hardi » (adjectif qualificatif), « prendre de l’assurance ». La racine du
verbe « s’enorgueillir » est « orgueil », celle du verbe « s’enhardir » est « hard- ». Le suffixe « -ir » est la marque
de l’appartenance du mot à la classe grammaticale du verbe.

5 MOTS POUR UN PORTRAIT…

[Expression personnelle.]

DES CHARADES

1. Amazone.
2. Tyrannique.
3. Aversion.

5
Dernières observations avant l’analyse (p. 104-105)

1. Conte ou nouvelle ?

Le Papa de Simon est une nouvelle réaliste. En effet, l’intrigue est resserrée autour de la volonté de Simon
de retrouver un père. Il s’agit d’une quête vraisemblable qui est résolue sans aucune manifestation invrai-
semblable ou merveilleuse. Cependant, certains espaces comme la forge sont décrits comme des univers
presque fantastiques et Philippe se voit attribuer les qualités d’un héros légendaire à la force herculéenne.

2. Réalisme ou naturalisme ?

1. Le chef de file du mouvement naturaliste est Émile Zola, auteur des Rougon-Macquart.
2. [Recherche personnelle.] C’est la question de l’hérédité et du déterminisme, au cœur de la réflexion de
Darwin sur l’évolution des espèces, qui intéresse et inspire les auteurs naturalistes, comme Zola qui
croit en l’influence du milieu sur l’évolution des hommes. Ainsi, la progression des personnages dans la
nouvelle de Zola dépend entièrement des milieux géographiques et sociaux dans lesquels ils ont grandi.
Naïs, par exemple, est condamnée à « passer » à force de vivre en bord de mer : « [c]’est étonnant comme
ces filles, au bord de la mer, passent vite… ». Son mariage avec le bossu la condamne à une forme d’immo-
bilisme, alors que sa relation avec Frédéric aurait conduit à une ascension sociale : « [c]omme cela, rien
ne serait changé à la Blancarde » et annonce même une nouvelle dégénérescence. Frédéric, au contraire,
reprend « tranquillement » sa vie et regagne la ville. L’idylle, qui bouleverse l’ordre social et autorise un
temps la servante à tutoyer le maître, est interrompue et interdite par la mort du père qui renvoie vio-
lemment les amants à leurs différences et pousse Frédéric à faire le terrible constat que « décidément,
les paysannes ne val[ent] pas les filles. »

6
J’analyse

Cherchez l’intrus 8

verbe Au cœur de la phrase 9

La construction du texte 11

Caractérisation des personnages 13

Les intentions de l’auteur du Papa de Simon :


dénoncer le drame du « petit enfant sans
père » 14

Quelle vision de la société


dans Le Papa de Simon ? 16

Résumons ! 17

es
Exercic Exercices 18

Jeu de lettres  25

7
Cherchez l’intrus (p. 108-109)

1. Parce qu’ils refusent de jouer avec un enfant plus jeune qu’eux.


2. Chenapans.
3. Sauvage.
4. Il prend la fuite.
5. Parce qu’il souhaite aller se baigner dans le courant.
6. Un beau colvert.
7. Parce qu’elle est asociale.
8. Parce qu’ils connaissent l’ouvrier et savent que ce n’est pas son père.
9. Gardiens du feu.
10. C ’est la plus belle femme du pays.

8
Au cœur de la phrase (p. 110-115)

1) Les formes en -ant

1.
Participe présent Gérondif Adjectif verbal

« ne sachant pas » « en lui donnant » « abondantes »


« [l]âchant » « en le dévorant » « cuisante »
« [f]rémissant » « menaçant »
« considérant » « dansante »

2. Dans cet extrait, l’emploi des formes en -ant permet au lecteur de mieux ressentir l’excitation de Frédéric
et son implication passionnée dans la pratique de la pêche. Le procédé d’accumulation par lequel sont
rapportées les actions donne aussi à voir l’énergie et l’enthousiasme déployés par le personnage.

2. Les marques de l’oralité

1. La phrase n’est pas correcte sur le plan syntaxique pour plusieurs raisons : d’abord, la phrase principale
est tronquée par l’introduction du pronom relatif « qui » et ne comporte donc pas de verbe. Afin que la
phrase soit correcte, il faudrait supprimer ce pronom relatif. Ainsi, nous aurions une phrase principale
et une proposition subordonnée complétive introduite par « que » : « le gars à la Michaude m’a conté tout
à l’heure que tu n’étais pas mon papa tout à fait. » De plus, l’emploi de la préposition « à » pour introduire
le complément du nom dans l’expression « le gars à la Michaude » est incorrecte : il faut employer la pré-
position « de ».
Cela renforce l’oralité des paroles du petit Simon et crée un effet de réel, Simon étant un enfant et venant
d’un milieu populaire.
2. L’emploi du mot « gars » pour désigner le fils de « la Michaude » et de la préposition « à » pour introduire le
complément du nom renforce l’oralité du texte car ce sont des marqueurs de l’appartenance sociale de
Simon au monde paysan. Il parle un idiolecte qui lui est propre.

3. Des figures de style au service de l’oralité

« – Vous, répondit-il, je vous dis cinq lettres.


La tante Julie béa, les yeux ronds, encore incrédules, et comme il précisait ce qu’il fallait entendre par cinq lettres,
elle tomba évanouie »
1. « – Vous, répondit-il, je vous dis cinq lettres.
La tante Julie béa, les yeux ronds, encore incrédules, et comme il précisait ce qu’il fallait entendre par
cinq lettres, elle tomba évanouie »
2. Les « cinq lettres » que prononce le père Jacotin sont un mot grossier : « merde ».
3. Cette ellipse crée un effet comique car le mot grossier n’est pas rapporté par le narrateur. Ce souci de
bienséance a un effet paradoxal puisqu’il met en relief le mot qui n’est pas dit et incite le lecteur à combler
le manque et à prononcer le mot à la place du personnage et du narrateur.
4. Le passage au discours indirect apparaît plus expressif car il contient en creux ce que le passage au dis-
cours direct ne dit pas. La réaction de la tante Julie ainsi que la reprise de l’ellipse par le biais du discours
indirect qui mentionne le moment où le père Jacotin prononce finalement le mot interdit contribuent à
rendre la scène comique.

9
« – Par ce splendide après-midi d’un dimanche d’été, virgule, quels sont donc ces jolis objets verts à la forme allongée,
virgule, qui frappent nos regards ? »
1. Les indices qui appartiennent aux codes de la langue écrite sont la mention de la ponctuation en toutes
lettres (« virgule ») ainsi que le langage plus soutenu et la recherche d’un vocabulaire riche et varié
contrastant avec les précédents échanges.
2. [Expression personnelle.]

Question bilan

Ces deux extraits révèlent la porosité des frontières entre l’oral et l’écrit : ce n’est que dans les représen-
tations collectives que l’écrit a un ton propre, qui lui est réservé… Le père Jacotin, lui-même victime de ces
représentations, emploie ainsi un insupportable « ton endimanché », qu’il croit devoir adopter à l’écrit ; il en
est tourné en ridicule par l’auteur. Ce dernier semble se plaire à exacerber la frontière entre l’oral et l’écrit
afin de dénoncer le rapport conflictuel du père à la langue. Il s’amuse avec les codes de la langue écrite :
l’écrit surgit par exemple dans l’oral avec la mention de « virgule » et l’expression « je vous dis cinq lettres ».

10
La construction du texte (p. 116-119)

1. La situation initiale

1.
Le Papa de Simon Naïs Micoulin Le Proverbe

Temps « Midi finissait de son- « la saison des fruits » (p. 19). Le soir, « à la fin du dîner »
ner. » (p. 5) (p. 61).

Lieux Devant « [l]a porte de « chez un avoué d’Aix, Dans « la cuisine » de la mai-
l’école » (p. 5). M. Rostand » (p. 19). son (p. 61).

Personnages « Simon, le fils de la « Une petite fille à la peau « M. Jacotin », « la famille »
Blanchotte » ; « les brune », la famille « Ros- (p. 61).
enfants » (p. 5). tand », « M. Frédéric »
(p. 19-20).

Situation Il est midi, les élèves La visite mensuelle d’une Un dîner familial.
sortent de l’école. petite fille qui apporte des
fruits.

Point de vue du « Il avait sept ou huit « Une petite fille […] se pré- Omniscient. Le narrateur
narrateur ans » (p. 6) : narrateur sentait chaque mois » adopte le point de vue interne
externe, omniscient. (p. 19) : narrateur omnis- du père par moments : « il
cient et externe. lui sembla que l’ambiance
n’était pas telle qu’il l’avait
souhaitée pour accueillir
l’heureuse nouvelle. » (p. 61)

Captatio Par exemple : « avec Par exemple : « une énorme Par exemple : « tout aban-
benevolentiae les yeux malins et corbeille d’abricots ou de donné au malheur mena-
cruels des enfants qui pêches, qu’elle avait peine à çant » (p. 62).
méditent un mauvais porter » (p. 19).
coup » (p. 6).

In medias res Oui (« Midi finissait de Oui (« toute la famille, pré- Oui (« M. Jacotin… », alors
sonner ».) venue, descendit. “Ah, c’est qu’on ne le connaît pas
toi, Naïs” »). encore.)

2. Naïs Micoulin et Le Proverbe s’ouvrent toutes deux sur des scènes du quotidien : celle d’une visite mensuelle
aux Rostand et celle d’un dîner familial chez les Jacotin. En revanche, dans Le Papa de Simon, l’entrée dans
la nouvelle se fait de manière plus abrupte par une formule surprenante : « Midi finissait de sonner ».
Ainsi, la narration commence par le signal d’une fin : celle de la matinée à l’école. Le lecteur entre donc
dans la nouvelle in medias res et comme s’il était déjà trop tard. Le récit est cependant relancé d’emblée par
l’annonce d’un bouleversement, introduit par la conjonction de coordination « mais ». Le lecteur ne tarde
pas à être informé de l’arrivée de Simon et des questionnements que ce jeune garçon suscite chez ses
camarades. La nouvelle ne s’ouvre donc pas sur la description du lieu et des personnages mais propulse
le lecteur dans l’action sans s’embarrasser des détails. L’incipit le plus précis reste donc celui de la nou-
velle de Zola, comme en témoignent les nombreuses expansions du nom qui permettent d’apporter des
précisions et des informations sur les lieux et les personnages : « une petite fille, brune de peau, avec des
cheveux noirs embroussaillés », « L’Estaque, le coin du littoral où les Rostand possédaient leur propriété,
la Blancarde, que les Micoulin cultivaient. »

11
2. L’élément perturbateur

1. Dans les deux nouvelles, c’est le père qui s’impose comme « un problème ». Le Proverbe s’ouvre sur une
scène de repas où le père scrute chaque membre de la famille à la recherche d’une proie facile. Dans Naïs
Micoulin, le père devient un danger lorsqu’il soupçonne puis découvre la relation amoureuse entre Frédéric
et sa fille et qu’il fomente le meurtre du jeune homme.
2. Leur réaction est très différente. Lucien semble résigné, voire passif, il fuit et craint l’affrontement avec
son père : « Lucien comprit qu’il ne gagnerait rien à faire traîner les choses et se jeta à l’eau. / – Je n’ai
pas fait mon devoir de français. » Naïs, au contraire, réagit en organisant le meurtre de son père pour
sauver son amant et se venger des coups et des nombreux affronts qu’elle a subis : « Une rancune sombre
la tenait ainsi muette pendant des heures, à rouler des vengeances qu’elle ne pouvait exécuter. »

3. Les péripéties

Les péripéties font rebondir l’action car elles attisent l’intérêt du lecteur, en suscitant notamment son inquié-
tude. Lorsque Simon pense avoir trouvé un père, ses camarades se montrent insatisfaits et réclament un
nom. De la même manière, le père Micoulin entreprend de tuer Frédéric lors d’une partie de pêche au cours
de laquelle le narrateur entretient le suspense en employant notamment une métaphore menaçante qui
annonce une fin tragique : ainsi, chaque fois qu’un panier remonte des profondeurs, Frédéric « éprouv[e] une
émotion pareille à celle du chasseur qui vient d’abattre une pièce de gibier » sans réaliser qu’il est lui-même
la proie du père Micoulin qui fomente sa noyade. L’intrigue est donc relancée à mesure que la résolution du
problème est retardée.

4. L’élément de résolution

[Expression personnelle.]

5. La situation finale

1. Cette phrase met en valeur le rôle central du personnage du père dans la nouvelle par l’emploi du pronom
démonstratif qui tend à ériger le père en modèle : « ce Philippe Remy » et de la formule « c’était […] dont »
qui met en relief le mot « papa ».
2. Frédéric adopte un ton sarcastique car sa remarque contient un double sens que son père, contrairement
au lecteur, n’est pas en mesure de comprendre. En effet, l’idylle entre Naïs et Frédéric n’était connue
que de Toine et du père Micoulin qui est mort. Naïs n’était pour lui qu’une amourette en plein été, un
« déjeuner de soleil » englouti sitôt qu’il a été consommé. Le sarcasme, au sens étymologique cette fois,
tient aussi au fait que Frédéric prononce ces paroles alors qu’il mange un morceau de viande. L’adverbe
« tranquillement » achève de condamner le personnage comme un être cynique dépourvu d’empathie.
3. Lucien n’a pas résolu son problème et cette chute a cela de comique que le jeune homme est pris à son
propre piège. Pensant sauver sa mise en épargnant le père tout en lui faisant croire à un bon résultat au
devoir, il se condamne à revivre éternellement l’expérience : les adverbes « maintenant et désormais »
sonnent comme un couperet et le comique est entretenu par cette fin abrupte qui laisse au lecteur le
soin d’imaginer la réaction de Lucien… Ainsi, cette dernière phrase annonce de nouvelles péripéties qui
privent la nouvelle de sa résolution. La situation finale n’est donc pas le rétablissement d’une stabilité
mais bien l’établissement de cette scène de désordre toujours recommencée.

12
Caractérisation des personnages (p. 120-123)

Philippe Remy

1. Philippe est associé à Héraclès – Hercule de son nom latin –, héros de la mythologie grecque qui dut
accomplir douze travaux sous les ordres d’Eurysthée, roi de l’Argolide, afin de se purifier du meurtre de
ses enfants. On peut citer ce passage : « il se sentit enlevé dans les mains de son ami, et celui-ci, le tenant
au bout de ses bras d’hercule, lui cria : “Tu leur diras, à tes camarades, que ton papa, c’est Philippe Remy,
le forgeron, et qu’il ira tirer les oreilles à tous ceux qui te feront du mal.” »
2. Cette figure de style s’appelle une antonomase, du grec anti (« contre », « à la place de ») et onoma (« le
nom »).

Le père Micoulin

Alors que « l’olivier, au bord de la falaise » protège les amants (« Le vieil olivier, au bois noueux, les couvrait
de son toit de feuilles grises. »), la mort du père Micoulin est provoquée par un éboulement qui entraîne la
chute de l’olivier, sous les coups de pioche de Toine. Le déracinement du vieil arbre marque la fin des amours
de Naïs et Frédéric et devient le signe qu’un nouvel ordre doit s’établir.

Le père Jacotin

1. Les personnages sont décrits au fur et à mesure que les yeux du père se posent sur eux, ce qui montre que
la narration procède du regard du personnage : « son regard fit lentement le tour de la table ». Par ailleurs,
les personnages sont désignés dans le rapport qu’ils entretiennent avec le père, notamment l’épouse et
ses deux filles.
2. Un jugement malveillant émanant du père ponctue chacun des portraits : son épouse qui « lui faisait
si peu d’honneur auprès de ses collègues », la tante Julie qui « avait coûté sûrement plus d’argent qu’on
n’en pouvait attendre de sa succession », ses deux filles qui ne rapportent rien et sont « pourtant vêtues
comme des princesses ». Cela révèle le peu d’empathie du père à l’égard des membres de sa famille pour
lesquels il ne semble éprouver aucune considération.

13
Les intentions de l’auteur du Papa de Simon :
dénoncer le drame du « petit enfant sans père »
(p. 124-126)

1. Une quête identitaire

Le cheminement de Simon est rythmé par des étapes dont chacune est liée à un espace particulier : l’école
est le lieu du harcèlement, la rivière est le lieu de la réflexion sur le suicide mais aussi un lieu de distraction
et de rencontre, la forge est un espace mythique où Simon se construit une identité solide, enfin, la maison
blanche, d’abord un lieu clos et protégé par la figure maternelle qui en restreint l’accès, s’ouvre à Philippe
en même temps que la mère cède à ses avances. L’entrée de Philippe dans la maison met un terme à la quête
identitaire de Simon.

2. Dénoncer la rumeur

1. Bazile emploie d’abord le mot « bruit » puis le mot « calomnie » qui signifie une dénonciation fausse et
injuste.
2. Voici quelques extraits de la nouvelle que l’on peut relever (les mots appartenant au champ lexical de la
parole sont soulignés) :
- « ils s’arrêtèrent à quelques pas, se réunirent par groupes et se mirent à chuchoter. »
- « Tous avaient entendu parler de la Blanchotte dans leurs familles »
- « les mères la traitaient entre elles avec une sorte de compassion un peu méprisante qui avait gagné les
enfants sans qu’ils sussent du tout pourquoi. »
- « c’était avec une certaine joie, mêlée d’un étonnement considérable, qu’ils avaient accueilli et qu’ils
s’étaient répété l’un à l’autre cette parole dite par un gars de quatorze ou quinze ans qui paraissait en
savoir long tant il clignait finement des yeux »
- « le gars qui avait apporté la nouvelle »
- « Le gars lui cria : “On s’appelle Simon quelque chose… c’est pas un nom, ça… Simon.” »
- « il ne pouvait rien trouver pour leur répondre, et démentir cette chose affreuse qu’il n’avait pas de papa. »
- « Un murmure d’approbation courut parmi les garnements »
- « une joie féroce éclata chez ses ennemis »
- « une réputation tombée est si pénible à refaire et demeure toujours si fragile, que, malgré la réserve
ombrageuse de la Blanchotte, on jasait déjà dans le pays. »
On remarque que certains mots employés par Bazile figurent également dans la nouvelle, en particu-
lier dans le récit de la scène de harcèlement qui s’ouvre sur le chuchotement des enfants et se clôt sur
leurs cris. On peut relever les mots suivants : « chuchoter » et « murmure », « accueilli » qui se rapproche
du terme « recueille », le verbe « répéter » qui s’apparente à l’expression « de bouche en bouche », le verbe
« cria » employé à plusieurs reprises, le verbe « éclata ». La description du procédé par lequel la rumeur se
disperse et se propage est le même d’un texte à l’autre.

3. Dénoncer la violence de ce/ceux qui tourne(nt) en boucle

Premier exercice p. 126


Les paroles qui obsèdent la jeune fille sont celles de son père contre Frédéric, comme le prouvent ces pas-
sages du texte :

14
- « Toujours, bourdonnaient aux oreilles de Naïs les mots du père : “Je le tuerai… Je le tuerai…” »
- « ce qui l’épouvantait, c’était qu’elle entendait, du matin au soir, le silence entêté de Micoulin répéter : “Je
le tuerai.” »

Second exercice p. 126


Les enfants se positionnent en rond autour de Simon. Le cercle apparaît comme une figure de l’enferme-
ment. La victime en occupe le centre, ce qui la rend particulièrement vulnérable : l’agression peut venir de
toutes parts. De plus, le cercle est une figure fermée qui symbolise le groupe auquel Simon n’appartient pas.
À ce sujet, les passages les plus éloquents sont les suivant : « ils se prirent par la main et se mirent à danser
en rond autour de lui, en répétant comme un refrain : “Pas de papa ! pas de papa !” » et : « les groupes de ses
camarades, […], l’entourèrent peu à peu et finirent par l’enfermer tout à fait. Il restait là, planté au milieu
d’eux, surpris et embarrassé, sans comprendre ce qu’on allait lui faire. »

15
Quelle vision de la société dans Le Papa de Simon ?
(p. 127-128)

1. Une société patriarcale

1. L’adjectif qualificatif « patriarcal » vient du latin patriarchalis issu de patriarcha qui signifie « le patriarche ».
Dans la Bible, les patriarches sont des chefs de clan, disposant d’une longévité remarquable, considérés
par extension comme les pères de l’humanité. Ce terme est composé de deux mots grecs : pater, « le père »,
et arkho, « commander ». Les noms communs « patriarcat », « patriarchie », « patrie » ou encore l’adjectif
hapax « patrial », employé par Balzac, sont de la même famille.
2. [Expression personnelle.]
Quelques questions pour guider les élèves dans la construction d’une réponse :
– Observez le premier vers de la fable : cette affirmation est-elle justifiée par la lecture des trois nouvelles
de notre corpus ?
– Analysez la manière dont l’agneau s’adresse au loup. Quelle attitude adopte-t-il et pourquoi ?
– Commentez l’emploi des pronoms personnels dans le discours de l’agneau.
– En quoi le comportement du loup semble-t-il cruel et injuste ?
– À votre avis, à quel moment et pourquoi cette fable interroge-t-elle les rapports de filiation et de res-
ponsabilité face à cette filiation ?
– Tentez d’associer les figures du loup et de l’agneau aux différents personnages de nos nouvelles. Que
constatez-vous ?

2. Où sont les femmes ?

Le lecteur sait que Naïs s’est sacrifiée pour sauver Frédéric : « un soir de sombre tristesse, elle se demanda si
elle ne devait pas laisser tuer Frédéric par son père, pour qu’il n’allât pas avec d’autres ; mais la pensée de le
savoir mort, lui si délicat, si blanc, plus demoiselle qu’elle, lui était insupportable ; et sa mauvaise pensée
lui fit horreur. Non, elle le sauverait, il n’en saurait jamais rien, il ne l’aimerait bientôt plus ; seulement, elle
serait heureuse de penser qu’il vivait. »
Naïs est une jeune femme courageuse qui agit pour le bien des autres au détriment de son propre bonheur.
La réussite de son plan demeure secrète et elle la cache aux yeux de Frédéric, lâche coureur de jupons qui
finit par regagner la ville, ignorant ou feignant d’ignorer le sacrifice de Naïs, héroïne tragique et silencieuse.
La scène finale qui présente Frédéric mastiquant « tranquillement » la chair tendre de sa côtelette force le
lecteur à réprouver l’injustice sur laquelle s’achève la nouvelle.

16
Résumons ! (p. 129)

Simon est un enfant de sept ou huit ans. À la sortie de son premier jour d’école, il est raillé par ses camarades
qui le méprisent parce qu’il n’a pas de père. Il subit des moqueries et des coups. Désespéré, il court vers la
rivière car il a résolu de se noyer. Un ouvrier intervient alors, le console et le raccompagne chez sa mère, la
Blanchotte. Cette dernière, victime de sa mauvaise réputation après avoir failli, n’ose plus sortir de chez
elle que pour se rendre à l’église. Simon demande alors à Philippe s’il veut bien devenir son père : ce dernier
accepte. Cependant, les enfants cruels refusent de se contenter du prénom du père et harcèlent de nouveau
Simon, au prétexte que Philippe n’est pas le mari de sa mère. L’enfant décide de se rendre à la forge afin de
se plaindre auprès du forgeron. Sur les conseils de ses compagnons, Philippe se rend le soir même chez la
Blanchotte pour lui demander sa main. Le lendemain, à l’école, Simon n’aura plus d’ennemis.

17
Exercices (p. 130-135)

LE FURET LECTEUR : LE HARCÈLEMENT


(de « Mais au lieu de se disperser rapidement », p. 5 à « ils se débandèrent et s’enfuirent », p. 9)

1. Les enfants s’en prennent à Simon car ils ne le connaissent pas et qu’il constitue une proie facile au vu des
rumeurs selon lesquelles il vivrait seul avec sa mère célibataire : « Quant à Simon, ils ne le connaissaient
pas, car il ne sortait jamais, et il ne galopinait point avec eux dans les rues du village ou sur les bords de
la rivière. Aussi ne l’aimaient-ils guère ».
2. Simon est décrit comme un enfant chétif et maladroit : « Il avait sept ou huit ans. Il était un peu pâlot,
très propre, avec l’air timide, presque gauche. » Les adjectifs qualificatifs employés par le narrateur le
présentent comme un enfant vulnérable, faible en apparence. Par exemple, le mot « pâlot » souligne la
couleur livide, manquant d’éclat, de son visage, qui paraît ainsi peu énergique.
3. L’adjectif qualificatif « cruel » vient du latin crudelis (« qui aime le sang »), dérivé de crudus (« cru », « brut »),
lui-même issu de cruor (« le sang rouge », « le sang qui coule », « la force vitale » mais aussi « le meurtre »,
« le carnage »). De fait, le comportement des enfants est qualifié de « cruel » à juste titre puisqu’il pousse
Simon à songer au suicide. La cruauté du groupe à l’égard du jeune enfant vient de leur acharnement
et de l’oppression qu’ils exercent à plaisir : « le regardant avec les yeux malins et cruels des enfants qui
méditent un mauvais coup » ; « Les galopins se mirent à rire. » ; « une joie féroce éclata chez ses ennemis ».
Cette dernière formule semble relever de l’hyperbole dans l’usage de l’expression presque oxymorique de
« joie féroce » et l’emploi du verbe « éclata » qui accentuent la violence de l’agression. Le narrateur assimile
le comportement des enfants à une sorte d’animosité sauvage, une soif de sang qui les présente comme
des êtres brutaux et hostiles : « Les enfants riaient, très excités ; et ces fils des champs, plus proches des
bêtes, éprouvaient ce besoin cruel qui pousse les poules d’une basse-cour à achever l’une d’entre elles
aussitôt qu’elle est blessée. »
4. Simon apparaît comme « un être hors de la nature » car il est le fils d’une mère célibataire et n’a pas de
père. Or, dans la société du xixe siècle, la famille est soumise à l’autorité du père. Ainsi, Simon est ce
qu’on appelle un enfant naturel, c’est-à-dire un enfant dont le père et la mère n’étaient pas mariés au
moment de sa conception. Son avenir et son rachat aux yeux de ses cruels camarades ne dépendent que
du remariage de sa mère avec le forgeron Philippe. Simon est ainsi considéré comme « hors la loi » par ses
camarades qui se sentent alors en droit de l’agresser : « ces polissons […] se bousculaient en se serrant de
plus en plus, comme si eux, les légitimes, eussent voulu étouffer dans une pression celui qui était hors
la loi. »
5. La société considère la Blanchotte comme une femme qui a failli, c’est-à-dire qui a commis une « faute » en
donnant naissance à un enfant hors mariage. Une grossesse hors mariage est jugée comme une infamie
et la Blanchotte tente de se racheter en ne sortant plus de chez elle et en n’adressant plus la parole aux
hommes : « Une femme se montra, et l’ouvrier cessa brusquement de sourire, car il comprit tout de suite
qu’on ne badinait plus avec cette grande fille pâle qui restait sévère sur sa porte, comme pour défendre
à un homme le seuil de cette maison où elle avait été déjà trahie par un autre. »
6. Le narrateur juge les camarades de Simon et leurs parents avec beaucoup de dureté. Il établit un rap-
port de causalité exemplaire dans la bêtise et dans le comportement bestial qu’ils adoptent à l’égard de
Simon : le narrateur explique que les mères traitent la Blanchotte « avec une sorte de compassion un peu
méprisante qui avait gagné les enfants sans qu’ils sussent du tout pourquoi ». Puis, à propos des cama-
rades de Simon, il ajoute que « ces polissons, dont les pères étaient, pour la plupart, méchants, ivrognes,
voleurs et durs à leurs femmes, se bousculaient en se serrant de plus en plus, comme si eux, les légitimes,
eussent voulu étouffer dans une pression celui qui était hors la loi. » L’énumération dégradante qui dresse
le portrait de pères grossiers et condamnables souligne l’abjection du comportement des enfants. De
fait, le forgeron Philippe est d’autant plus valorisé dans la dernière phrase de la nouvelle qu’il se mesure

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à des pères certes légitimes, mais ni exemplaires ni dignes de fierté : « Cette fois, personne ne rit plus,
car on le connaissait bien ce Philippe Remy, le forgeron, et c’était un papa, celui-là, dont tout le monde
eût été fier. »
7. L’expression « pas de papa » est répétée dix fois au cours de la scène de harcèlement. Cette répétition
donne à lire l’oppression que subit le personnage. Le martèlement de la syllabe « pa » se rapproche des
onomatopées qui signifient un geste violent comme une gifle ou une chute (paf !) ou un coup de fusil
(pan !). C’est aussi une manière de mettre en valeur l’adverbe de négation « pas » qui signifie l’absence.
8. Les reprises nominales qualifiant les enfants sont : « [t]ous », « un gars de quatorze ou quinze ans », « les
groupes de ses camarades », « le gars [qui avait apporté la nouvelle] », « l’autre » (à deux reprises), « le gars »,
« [l]es galopins », « [l]e gars triomphant », « [l]es enfants », « un petit voisin, le fils d’une veuve », « l’enfant »,
« les garnements », « ces polissons »… On remarque que les enfants ne sont pas individualisés, ils forment
un groupe d’êtres quasiment indifférenciés, sans noms.
9. Finalement, c’est le groupe qui est privé de nom propre et d’identité puisque les seuls personnages qui
s’en détachent sont désignés par les expressions suivantes : « le gars » et « un petit voisin, le fils d’une
veuve ». Le fait de ne pas les nommer contribue à les déshumaniser. Cela dévoile la volonté du narrateur
d’assimiler leur comportement à celui de bêtes sauvages, dénuées d’empathie.
10. Le narrateur se positionne en faveur de Simon, comme en témoignent les différents modalisateurs
employés au cours de la narration. Par exemple, la description du « gars » est teintée d’ironie de la part du
narrateur qui emploie le verbe modalisateur « paraître » afin de dévaloriser le « savoir » de ce camarade qui
s’apprête à transmettre la rumeur comme s’il détenait une vérité existentielle et provoque ainsi l’agression :
« un gars de quatorze ou quinze ans qui paraissait en savoir long tant il clignait finement des yeux : “Vous
savez… Simon… eh bien, il n’a pas de papa.” ». De plus, l’adjectif qualificatif « petit » à valeur hypocoristique
est fréquemment employé dans la nouvelle pour caractériser Simon et témoigne de la compassion du nar-
rateur à l’égard du jeune enfant : « sa petite blouse toute sale de poussière » ; « le petit enfant sans père ».

LECTURE À LA LOUPE : LA RIVIÈRE, LE LIEU DE L’IDYLLE


(de « Il arriva tout près de l’eau », p. 9, à « le regardait d’un air bon », p. 10)

1. Dans cet extrait, les verbes sont conjugués à l’imparfait et au passé simple. Certains verbes sont conju-
gués au présent de l’indicatif, notamment dans les passages au discours direct.
2. L’emploi du présent de l’indicatif se justifie car il s’agit de l’intervention du narrateur qui commente et
analyse la violence avec laquelle la pensée de la mort revient à l’esprit du jeune garçon par le biais de
cette comparaison. Le présent de l’indicatif a une valeur de vérité générale.
3. Le mot « manège » est polysémique. Il peut désigner l’art de dresser des chevaux ou encore l’espace circu-
laire où l’on procède à ce dressage. Par analogie (forme circulaire, présence de chevaux), il désigne une
attraction foraine que l’on connaît bien. Au sens figuré, il peut désigner le comportement ingénieux de
quelqu’un pour parvenir à ses fins. C’est ce dernier sens qui est employé dans notre texte pour décrire les
mouvements des poissons happant les mouches. Dans l’imaginaire d’un enfant, le manège est un jeu,
une attraction plaisante qui éloigne le personnage de ses pensées macabres.
4. On peut rapprocher le mot « manège » du mot « joujou ». Ce terme vient du langage enfantin et se construit
sur le mot « jouet » par le redoublement hypocoristique de la syllabe « jou ». Il désigne un jouet de petite
taille. À la lecture de ce terme, le lecteur est tenté d’associer Simon, jouant avec les animaux qui l’en-
tourent comme il jouerait avec un joujou dans sa petite maison blanche, aux enfants pauvres du poème
en prose de Baudelaire intitulé « Le joujou du pauvre » : « ce joujou, que le petit souillon agaçait, agitait
et secouait dans une boîte grillée, c’était un rat vivant ! Les parents, par économie sans doute, avaient
tiré le joujou de la vie elle-même. »
5. Le narrateur semble adopter un point de vue interne puisque le récit s’imprègne de l’univers enfantin de
Simon jusque dans le choix des mots.
6. Sans en avoir conscience, Simon semble reproduire le comportement oppressif de ses camarades à l’en-

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contre de « la petite grenouille verte » : « il la saisit par l’extrémité de ses pattes de derrière et il se mit à
rire en voyant les efforts que faisait la bête pour s’échapper. » Il y a donc dans ce jeu d’enfant une sorte
de cruauté naïve à regarder la grenouille se débattre : « elle battait l’air de ses pattes de devant qui s’agi-
taient comme des mains ». La comparaison des pattes à des mains favorise ainsi cette association grâce
à la personnification.
7. En latin, l’expression de locus amoenus désigne littéralement un lieu agréable. En littérature, ce concept
évoque un lieu commun, souvent hors de la ville, où le printemps règne éternellement, où les fleurs et
les fruits foisonnent. Ainsi, dans Le Papa de Simon, la rivière peut constituer un locus amoenus pour plusieurs
raisons :
– elle se situe loin des espaces civilisés, ce qui permet à Simon de se retrouver seul : « Resté seul, le petit
enfant sans père se mit à courir vers les champs » ;
– la présence d’une nature foisonnante, de l’eau, de l’herbe, du soleil : « Le doux soleil chauffait l’herbe.
L’eau brillait comme un miroir. » ;
– la rencontre avec un personnage bénéfique qui sera l’adjuvant de Simon : « Simon se retourna. Un grand
ouvrier qui avait une barbe et des cheveux noirs tout frisés le regardait d’un air bon. »

LE FURET LECTEUR : PHILIPPE


(texte intégral)

1. L’attitude de l’ouvrier est rassurante puisqu’il regarde l’enfant « d’un air bon ». Sa stature imposante ainsi
que la lourde main qu’il pose sur l’épaule de Simon témoignent de sa volonté de protéger l’enfant.
2. Le pronom indéfini « on » peut désigner une personne ou un groupe de personnes qui ne sont pas définies
précisément. En l’occurrence, ainsi employé, le pronom peut remplacer le « nous » qui inclurait donc
un « je » désignant le forgeron lui-même. La formule est donc proleptique, d’abord par l’emploi du futur
simple de l’indicatif mais aussi parce qu’elle annonce l’importance du rôle de Philippe dans la suite de
l’histoire.
3. Le forgeron trouve un intérêt personnel dans cette rencontre avec Simon puisque, lorsqu’il le reconnaît,
il se souvient de l’histoire de la Blanchotte et pense pouvoir la séduire à son tour : « il n’était pas fâché de
voir cette Blanchotte, qui était, contait-on, une des plus belles filles du pays ; et il se disait peut-être, au
fond de sa pensée, qu’une jeunesse qui avait failli pouvait bien faillir encore. »
4. Plusieurs gestes matérialisent l’adoption de l’enfant par le forgeron. D’abord, il le prend par la main :
« Ils se mirent en route, le grand tenant le petit par la main », puis il le porte dans ses bras et l’embrasse :
« L’ouvrier, l’enlevant de terre, l’embrassa brusquement sur les deux joues », « il se sentit enlevé dans les
mains de son ami, et celui-ci, le tenant au bout de ses bras d’hercule, lui cria : “Tu leur diras, à tes cama-
rades, que ton papa, c’est Philippe Remy, le forgeron […]” ».
5. Philippe apparaît comme le héros de cette histoire car il sauve la réputation de la Blanchotte et met un
terme au harcèlement de Simon par ses cruels camarades qu’il n’hésite pas à menacer, en parfait justi-
cier : « il a promis qu’il tirerait les oreilles à tous ceux qui me feraient du mal. » Enfin, la comparaison de
sa force à celle du héros grec Heraclès (Hercule) l’élève au rang de surhomme. Dans la forge, il se détache
du reste des ouvriers par sa force exceptionnelle : « le marteau de Philippe, dominant le fracas des autres,
s’abattait de seconde en seconde avec un vacarme assourdissant. » C’est dans ce lieu mythique qu’il est
décrit au plus fort de sa virilité.

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LECTURE À LA LOUPE : LA FORGE, UN ESPACE MYTHIQUE
(de « Le petit à la Blanchotte courba la tête et s’en alla rêver du côté de la forge au père Loizon,
où travaillait Philippe », p. 13, à « Et lui, l’œil allumé, forgeait passionnément, debout dans les
étincelles », p. 15)

1. Simon se rend à la forge dans l’espoir d’y trouver Philippe afin qu’il épouse sa mère et devienne son « papa
tout à fait ».
2. La forge est décrite comme un lieu sombre et mystérieux, presque secret, « ensevelie sous des arbres ».
Elle apparaît comme un espace hors du commun où les forces de la nature et celles des hommes sont
décuplées. Ainsi, le foyer qui éclaire l’endroit est « formidable », le « fracas » des marteaux sur les enclumes
est « terrible ». L’atmosphère qui règne dans ce lieu est inquiétante et les forgerons ont l’apparence de
créatures surhumaines : « tout petit entre ces géants, Simon, anxieux, attendait. »
3. La forge évoque l’espace mythique des Enfers et plus particulièrement le Tartare, la prison des Enfers
où les êtres sont torturés et où Zeus enferma les Géants. En effet, les forgerons sont entourés de feu et
comparés à des « démons », torturant le fer comme ils torturaient les criminels envoyés au Tartare. Dans
La Théogonie, Hésiode décrit le Tartare comme un lieu sombre, d’une profondeur inatteignable : « un lieu
aussi éloigné de la terre que la terre l’est du ciel ; une enclume d’airain, en effet, venant du ciel, tomberait
pendant neuf jours et neuf nuits pour atteindre la terre au dixième jour et, pareillement, une enclume
d’airain, venant de la terre, tomberait pendant neuf jours et neuf nuits, pour atteindre le Tartare, au
dixième jour. Autour de ce lieu s’étend une barrière d’airain ; la nuit entoure, d’un triple cercle, son orifice
étroit. » (La Théogonie, Hésiode, trad. de E. BERGOUGNAN, éd. Garnier, p. 48-49). La référence à l’enclume
tombée au fond du lieu après une chute longue de neuf jours contribue à établir un lien étroit entre la
forge et le Tartare.
4. Le pronom personnel « ils » désigne les cinq marteaux des forgerons. Les marteaux sont dotés de qua-
lités humaines : « forts, puissants, joyeux » ce qui est une personnification. On peut aussi déceler dans
cette phrase une métonymie et un hypallage : les marteaux sont la partie par laquelle les ouvriers sont
désignés pour signifier une sorte de fusion entre l’homme et son outil. Les adjectifs qualificatifs « forts,
puissants, joyeux » caractérisent plutôt les ouvriers par un procédé d’hypallage qui consiste à rattacher
syntaxiquement un mot ou groupe de mots à un autre (« les marteaux ») alors qu’ils sont liés sémanti-
quement à un terme extérieur (en l’occurrence, « les forgerons »). Cet hypallage renforce l’atmosphère
mythique et symbolique du lieu.

LE FURET LECTEUR : LA CHUTE


(de « Le ciel était plein d’étoiles », p. 15, à la fin)

1. Le ciel étoilé est le signe que la « tempête » du début de la nouvelle est passée. De fait, le ciel dégagé
devient le présage d’un avenir sûr.
2. La situation initiale est renversée par cette chute car Simon ne trouve pas seulement un père, il trouve
aussi un héros « dont tout le monde eût été fier. » On suppose alors que le mépris des camarades de Simon
pourrait se transformer en une sorte de convoitise puisque la réputation de Philippe n’est plus à faire :
« personne ne rit plus, car on le connaissait bien ce Philippe Remy, le forgeron ».
3. L’alliance entre Philippe et Simon est scellée par la promesse d’épouser la mère et de les protéger : « il a
promis qu’il tirerait les oreilles à tous ceux qui me feraient du mal. » Le verbe « promettre » vient du latin
promittere, de pro- (« en avant ») et mittere (« envoyer », « dédier »). Une promesse est ainsi une garantie, un
engagement par lequel on assure qu’une chose sera.
4. Symboliquement, les rires cessent au moment où le nom du père est prononcé, alors même qu’ils étaient
les premières armes des harceleurs au début de la nouvelle : « Les galopins se mirent à rire. Le gars triom-
phant éleva la voix : “Vous voyez bien qu’il n’a pas de papa.” » Les rires qui cessent sont le signe que Simon
ne sera plus harcelé par ses camarades.

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LE FURET LECTEUR : NAÏS MICOULIN OU LE PARRICIDE (texte intégral)

1. Au fil du premier chapitre, le lecteur voit « une petite fille, brune de peau, avec des cheveux noirs embrous-
saillés » devenir une jeune femme séduisante. Enfant, elle entretient avec Frédéric une relation amicale :
« Il la tutoyait, car il avait joué avec elle tout petit. » Le récit demeure elliptique jusqu’à ce que les jeunes
gens atteignent leurs vingt ans, et leurs retrouvailles ont des allures de coup de foudre romanesque : « Il
s’arrêta net d’étonnement. » Le narrateur entreprend alors une description de la jeune fille à travers le
regard subjugué de Frédéric : « Il ne reconnaissait pas la longue fille mince et déhanchée qu’il avait vue,
l’autre saison, à la Blancarde. Naïs était superbe, avec sa tête brune, sous le casque sombre de ses épais
cheveux noirs ; et elle avait des épaules fortes, une taille ronde, des bras magnifiques dont elle montrait
les poignets nus. En une année, elle venait de pousser comme un jeune arbre. » On remarque l’emploi de
termes hyperboliques et poétiques comme l’adjectif qualificatif « magnifique » (des mots latins magnus,
« grand » et facio, « faire ») ou « superbe » (du latin superbus qui signifie « très beau » mais aussi « fier » voire
« insolent »). La présence de ce terme surprend dans la mesure où il qualifie une jeune servante perçue
par le regard d’un maître, mais on peut penser que le narrateur emploie ce mot à dessein, pour préparer
la chute de la nouvelle. Elle est ainsi décrite comme une guerrière dont la chevelure rappelle une armure.
Dans le deuxième chapitre, au moment où son père choisit de l’émanciper et de l’envoyer travailler à la
tuilerie, elle se libère du joug paternel et se dévoile comme « une belle fille » : « elle riait librement avec
des garçons. Ce fut là, dans ce labeur si rude, qu’elle se développa et devint une belle fille. » Le lecteur
assiste alors à la naissance d’une guerrière légendaire, façonnée dans l’argile et par la dureté du travail.
La description est de tonalité épique : « elle ressemblait à une amazone antique, à quelque terre cuite
puissante, tout à coup animée par la pluie de flammes qui tombait du ciel. »
Dans le troisième chapitre – celui de l’idylle des deux amants – le père Micoulin éprouve des soupçons car
Naïs lui semble différente : « Elle lui semblait changée, il flairait en elle des choses qu’il ne s’expliquait
pas. Un jour, elle osa lui tenir tête. » jusqu’à sa découverte qui précipitera la fin tragique de la nouvelle.
Au cours du quatrième chapitre, jeune femme subit une profonde métamorphose, elle devient « très
sombre », jusqu’à la scène de chasse où Micoulin manque de tuer Frédéric grâce à l’intervention de Naïs :
« La jeune fille se tenait debout, toute blanche, avec des yeux qui jetaient des flammes. »
Le dernier chapitre nous montre Naïs dépérissant. À la force de sa « taille ronde » et « de ses grands yeux
où brûlait un feu sombre » succèdent la maigreur et un regard éteint : « “Qu’a donc Naïs ? disait souvent
Mme Rostand. Elle change tous les jours.” Elle maigrissait en effet, ses joues devenaient creuses. La
flamme de ses regards s’était assombrie. » Enfin, le coup de grâce est donné par Frédéric qui, de l’admi-
ration, passe au mépris : « Il trouvait la paysanne moins belle, depuis que son visage se séchait, et une
satiété de ces amours violentes commençait à lui venir. » Cette remarque au point de vue interne est
d’autant plus terrible que le jeune bourgeois y montre un mépris de classe à l’égard de Naïs qu’il réduit
à son état de « paysanne ». Ainsi, celle qui avait « poussé comme un jeune arbre » chute symboliquement
au terme du récit, en même temps que s’abat sur le père Micoulin le fastueux olivier qui avait abrité
l’amour des jeunes gens : « “Naïs est bien vieillie, bien enlaidie, reprit M. Rostand. Je ne la reconnaissais
pas. C’est étonnant comme ces filles, au bord de la mer, passent vite… Elle était très belle, cette Naïs.” »
2. Dans le propos tenu par M. Rostand, le verbe « passer » signifie « perdre sa beauté, ou bien sa force, sous
l’action du temps ». Il s’emploie surtout à propos de choses périssables : la nourriture, les couleurs, les
fleurs…
Or, la phrase qui ouvre la nouvelle (« À la saison des fruits, une petite fille […] se présentait […] tenant une
énorme corbeille d’abricots ou de pêches, qu’elle avait peine à porter. »), nous montre Naïs enfant portant
de lourdes corbeilles de fruits. Le récit semble n’avoir duré que le temps que ces fruits passent ou que la
jeune fille finisse par crouler sous le poids d’une corbeille de fruits – ou d’un secret – trop lourde pour elle.
3. Ce passage semble être écrit du point de vue du père Micoulin. Le narrateur adopte ce point de vue
interne dans le but de dénoncer les méthodes violentes qu’il emploie à l’égard de sa fille. La négation est

22
renforcée par l’adverbe restrictif « simplement » au sens de « seulement », qui donne à l’expression un tour
euphémique. L’ironie est perceptible et permet au lecteur de saisir la critique sous-jacente.
4. On observe un parallèle entre les conditions météorologiques et le récit amoureux. En effet, le troisième
chapitre (dédié aux scènes d’amour entre les deux personnages) s’ouvre sur une longue description du
temps : « Quel mois adorable ! Il ne plut pas un seul jour. Le ciel, toujours bleu, développait un satin que
pas un nuage ne venait tacher. » Le couple se promène dans le paysage qui apparaît comme un cadre les
protégeant un moment de la fureur du père : « C’est un vaste tableau, un coin entrevu de l’Orient, s’en-
levant dans la vibration aveuglante du jour. » La nature et les amants, au cours de ce chapitre de l’idylle,
ne forment plus qu’un : « Ce fut au travers de cette contrée de flammes que Naïs et Frédéric s’aimèrent
pendant un mois. Il semblait que tout ce feu du ciel était passé dans leur sang. »
5. On sent, tout au long du récit, le mépris de classe de la famille Rostand (et en particulier de Frédéric) à
l’égard de la famille Micoulin. Au début de la nouvelle, les amants se prennent à un jeu de séduction entre
maître et servante : « quand c’était Naïs qui passait, de courtes flammes s’allumaient dans ses yeux de
jeune maître sensuel. Alors, Naïs ralentissait le pas, s’éloignait avec le balancement rythmé de sa taille,
sans jamais jeter un regard sur lui. » Ce jeu de charme ne déplaît pas à la jeune femme qui prend plaisir
à s’y adonner : « La jeune fille grondée baissait les yeux, avec une sournoiserie heureuse, comme pour
jouir de ces fâcheries. » L’antithèse filée au cours de cette scène exacerbe le rapport de force et de classe
existant entre les deux amants et donne à ce jeu érotique un caractère avilissant.
Lorsque leurs sentiments ont été dévoilés, le moment d’idylle du troisième chapitre efface un temps ce
rapport de classe entre les amants comme en témoigne l’usage constant du pronom personnel pluriel
« ils » au cours du récit de leurs rencontres et de leurs promenades.
Enfin, la mort du père Micoulin rappelle les amants à la réalité de leurs différences. Les choses « rentrent
dans l’ordre » : « Naïs épous[e] Toine, le bossu. Comme cela, rien ne serait changé à la Blancarde. On garde-
rait pour méger Toine ». La dernière scène au cours de laquelle Frédéric dévore avec cynisme sa côtelette,
trouvant « l’arrangement » du mariage de Naïs avec le bossu « commode pour tout le monde » achève ce
portrait satirique d’une société bourgeoise égoïste.
6. [Expression personnelle].
7. Une série d’indices sont présents, notamment dans le dernier chapitre de la nouvelle, parmi lesquels on
peut citer les suivants.
• « Elle avait des absences, remuait les lèvres, comme si elle se fût parlé tout bas. Frédéric l’aperçut plu-
sieurs fois debout sur la falaise, ayant l’air d’examiner les arbres autour d’elle, mesurant d’un regard la
profondeur du gouffre. »
• « Il travaillait sur la falaise, à creuser un étroit canal pour mener les eaux au bout du jardin, dans un
potager qu’on tentait d’établir. Parfois, Naïs allait le voir, et ils causaient vivement tous les deux. Il fit
tellement traîner cette besogne, que le père Micoulin finit par le traiter de fainéant […] »
• « Elle balbutiait, elle finit par dire qu’après une pluie comme celle de la veille, la falaise n’était pas sûre.
Et elle ajouta : “L’hiver dernier, un éboulement s’est produit ici près.” »
8. On peut dire du narrateur qu’il est complice du meurtre du père Micoulin car Naïs n’est jamais explicite-
ment désignée comme coupable, en dépit des nombreux indices. De fait, le narrateur semble garder le
secret tout en mettant le lecteur dans la confidence, en éludant complètement la question de la culpabi-
lité de Toine ou de Naïs : « Toine, fiévreux, racontait qu’il avait failli être entraîné ; et tout le pays déclarait
qu’on n’aurait pas dû faire passer un ruisseau là-haut, à cause des infiltrations. »

LE FURET LECTEUR : LE PROVERBE OU DE L’OMNIPOTENCE D’UN IMPOTENT


(texte intégral)

1 Le narrateur adopte régulièrement le point de vue interne des personnages, et notamment celui du père
Jacotin. Il demeure cependant un narrateur omniscient puisqu’il nous fait part de tous les sentiments
des personnages.

23
Exemple d’un passage au point de vue interne : « Il passa ensuite à la tante Julie qui s’était installée au
foyer en faisant valoir son grand âge et plusieurs maladies mortelles et qui, en sept ans, avait coûté
sûrement plus d’argent qu’on n’en pouvait attendre de sa succession. »
Exemple d’un passage au point de vue omniscient : « La conscience profonde qu’il avait de son dévoue-
ment et de son abnégation, un souci étroit de justice domestique, le rendaient en effet injuste et tyran-
nique, et ses explosions d’homme sanguin, toujours imprévisibles, entretenaient à son foyer une atmos-
phère de contrainte qui n’était du reste pas sans l’irriter. »
2. Le ton du narrateur peut-être qualifié de satirique dans la mesure où la nouvelle se présente comme une
double leçon adressée au jeune Lucien : la première, donnée par son père autour du proverbe, la seconde
par la chute comique de la nouvelle qui déjoue le drame par le moyen d’un comique de répétition, comme
en témoignent ces deux extraits : « Lucien fut effrayé par la faiblesse du père et son cœur s’attendrit d’un
sentiment de pitié généreuse. » ; « Du reste, à partir de maintenant et désormais, tous tes devoirs de
français, nous les ferons ensemble. »
Par ailleurs, la figure du père est subtilement moquée par des tournures ironiques tout au long de la
nouvelle. Le regard acerbe du narrateur suscite alors le rire du lecteur : « Fiévreux, il se mit à écrire d’une
plume abondante. Les idées et les mots lui venaient facilement, dans un ordre commode et pourtant
exaltant, qui l’inclinait au lyrisme. »
3. Le narrateur adopte le point de vue interne de l’épouse Jacotin. Cette pensée contribue à mener une
critique acerbe de la figure paternelle dont l’autorité est toujours subrepticement discréditée par les
pensées des autres membres de la famille. L’image dégradante d’un père proche du singe, « à califourchon
sur la plus haute branche d’un cocotier » est un exemple des traits d’humour disséminés dans la nouvelle,
qui désamorcent la violence de la tyrannie exercée par le père.
4. En voici deux exemples :
« [Lucien] comprenait que, depuis de longues années, le pauvre homme vivait sur le sentiment de son
infaillibilité de chef de famille et, qu’en expliquant le proverbe, il avait engagé le principe de son infailli-
bilité dans une aventure dangereuse. »
« Malgré la fermeté de ses opinions, il se laissa effleurer par le regret de n’être pas inféodé à un parti
réactionnaire, ce qui lui eût permis d’exploiter son idée avec l’approbation de sa conscience. »
5. Le narrateur s’impose comme une figure d’autorité car l’ironie du texte est l’arme par laquelle la figure
inquiétante du père est déconstruite. La nouvelle s’achève ainsi sur l’image d’un père dupé par un fils qui
lui ment par pitié : « Lucien fut effrayé par la faiblesse du père et son cœur s’attendrit d’un sentiment de
pitié généreuse. »
6. [Expression personnelle.]

24
Jeu de lettres (p. 136)

B I M S C K N O S J A A P I M B T

X É E Y H E A F E Y T D C I N O V

E Q A O A A M S A O E O O R Y U B

B E X T V N P A S T R E M X W R Y

F O W U I M M P R B R F F E F D S

C A M Q E T D Y E T É D A T E O E

P R I V S N U É E R Y I S P I N I

O U U L B H T D M R S R S K U L X

L E M E L M I K E E D W I E Y X P

I H X P L I Z B O K N B O S A X Q

S Z I Z L R E V E C T N A E E E

S E O X X A E O N D E O I H U R O

O W L A Y D E M Y M E Q S R F L K

N Y N W X H M P E U E U U U J U X

G A L O P I N E R N N Y O W Y B G

L I V I D E S E H U T M L G O C Y

Q L G U P Â L E D O R D D B E U Z

En remettant les lettres grisées dans l’ordre, vous retrouverez un concept qui est au cœur de ces trois
récits : la FILIATION.

25
prolonge-
ments

Groupement de textes : « La relation père-


enfant dans le théâtre contemporain » 27

Histoire des arts 29

26
Groupement de textes : « La relation père-enfant
dans le théâtre contemporain » (p. 150-159)

Littoral
Wajdi Mouawad (version de 2009)

1. Le personnage du « Père adulte » est le père de Wilfrid à un moment précis de sa vie adulte, quand l’en-
fant n’était pas encore né et que la mère n’était pas morte. Le « Père », quant à lui, est une projection de
l’imagination de Wilfrid, le père actuel, avant qu’il ne meure, le père auquel il aimerait parler et poser les
questions qui lui viennent à la lecture des lettres.
2. Dans cette phrase, le mode employé est le conditionnel, au passé. Il sert à exprimer le regret.
3. Le type de phrase le plus employé par Wilfrid est le type interrogatif. En effet, le personnage est assailli
de questions concernant son identité et les raisons pour lesquelles ces lettres n’ont jamais été envoyées.
4. Cette réplique semble très oralisée car elle ne respecte pas la syntaxe de la phrase interrogative qui
impose l’inversion du sujet et du verbe. La bonne syntaxe de cette phrase serait : « Qui étais-je pour toi ?? »
Par ailleurs, le double point d’interrogation renforce l’émotion éprouvée par le personnage.
5. On peut relever une énumération (« de la terre, du pays, de l’enfance […] de la mort, […] de l’amour ») qui
révèle la quantité de lettres que Wilfrid a lues. On peut également relever une épanorthose soulignant
l’émotion du personnage ; en effet, la syntaxe des phrases est entrecoupée par des points-virgules ou
des points de suspension et le personnage se reprend pour se corriger : « toujours la mer, souvent la
mer ». Ce procédé permet aussi de mettre les mots en valeur et de renforcer la puissance poétique de
cette évocation, tout comme la paronomase : « de la mort », « de l’amour » et l’allitération en « r » grâce à
laquelle les mots roulent, se retirent et reviennent, mimant le mouvement des vagues. De plus, le jeu
avec les homophones « mer » et « mère » trouble le sens de cette réplique qui semble refléter la confusion
du personnage.

Papa doit manger


Marie Ndiaye (2003)

1. Ahmed est un prénom d’origine arabe qui signifie « digne d’éloges ». À la lecture de ce monologue, il
semble que le père ne porte pas bien ce prénom car sa fille lui reproche son absence et son manque d’in-
vestissement auprès d’elle. Il n’a pas assumé son rôle de père : « me voilà, moi, Mina, pour tenter de ne
plus rien devoir à mon père, cet homme sans soutien. Mais qu’a-t-il jamais fait pour moi ? »
2. Deux époques s’opposent dans ce monologue et sont caractérisées par l’emploi du passé composé et du
présent ainsi que de deux adverbes : « autrefois » et « maintenant ». Il s’agit de la transformation du père :
celui d’« il y a trente ans » et celui de « maintenant ». Une transformation physique qui affecte aussi l’es-
time de la fille pour un père qui a perdu sa « splendeur ». La déchéance du père est totale, seule la couleur
noire de sa peau demeure comme le signe de sa puissance déchue et ternie : « Mon père a encore la peau
noire. Certes, il a encore la peau noire, mais la couleur de sa peau est devenue terne, douteuse, et qu’il
ait la peau noire semble être maintenant une sorte d’infirmité et non plus l’écrasant apanage du temps
de sa splendeur. »
3. Le blâme est le contraire de l’éloge. Il s’agit d’un discours qui vise à exposer les défauts de quelqu’un.
Dans ce monologue délibératif, Mina s’interroge sur les raisons de sa colère à l’égard de son père. Cette
réflexion la mène à dresser un portrait critique d’Ahmed. Nous pouvons ainsi relever l’usage d’expan-
sions du nom à caractère dépréciatif comme « cet homme sans soutien », « son vieux père indigent »,
« un homme sans âge à la face détruite. », « Il est encore grand, mais voûté. Mon père n’est plus svelte, il
est maigre, d’une maigreur de pauvre, raide, mal répartie, sans élégance. », « l’être insignifiant, morne,

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taciturne et sans manières qui prend place à son côté dans le canapé orange. » Les énumérations d’ad-
jectifs qualificatifs négatifs ont pour fonction d’accabler le père. Il s’agit bien d’un portrait-charge, au
sens propre et figuré, contre le père.
4. Les différentes parties du monologue sont entrecoupées par des pauses signifiées typographiquement
par des points de suspension. Ces fréquentes interruptions du discours semblent révéler l’état d’égare-
ment du personnage qui mène une réflexion existentielle sur ses droits et ses devoirs en tant qu’enfant
délaissé par son père.
5. [Expression personnelle.]

Je marche dans la nuit par un chemin mauvais


Ahmed Madani (2014)

1. Les répliques de cet échange sont courtes et se succèdent rapidement. Il n’y a aucun signe de ponctuation.
2. L’oralité du dialogue est accentuée par l’usage que fait Gus d’un langage familier : « Voir les potes ça me
saoule », « ils ne parlent pas ils gueulent / ils s’engueulent / sur l’écran je trip je massacre une armée de
zombies ». Le grand-père parle dans un langage plus courant mais la syntaxe des phrases n’est pas tou-
jours correcte et certains mots sont retranscrits comme s’ils étaient prononcés entre ses dents : « Sais
pas ce que c’est et veux pas le savoir ».
3. Au début du dialogue, le grand-père s’adresse à sa femme, Marie, qui est morte.
4. Cet échange est un dialogue de sourds car les personnages ne s’écoutent pas. Cela donne l’impression
de deux monologues entremêlés et crée une cacophonie. Cependant, les répliques entrent parfois en
résonance, de manière fortuite, comme dans cet échange :
« GUS. Je dors
PIERRE. Je ne rêvais plus
GUS. Je veux qu’on m’oublie »
Seule la fin de la scène correspond à un véritable dialogue qui ne semble pas pour autant être un échange
de qualité puisque les personnages ne s’entendent pas, au sens figuré de l’expression cette fois.
5. Le rythme saccadé des échanges entre le grand-père et son petit-fils révèle d’une part la résignation et
l’incompréhension, d’autre part la colère et la désinvolture. La relation est conflictuelle et cet échange
vif exacerbe l’écart générationnel entre les deux personnages :
« PIERRE. Une fois j’ai oublié où j’avais garé la voiture
GUS. Je fume je joue »
6. [Expression personnelle.]

28
Histoire des arts (p. 160-165)

Étude de tête d’un vieil ouvrier (1883)


EDVARD MUNCH (1863-1944)

1. Cet ouvrier peut nous rappeler le père Micoulin, le mieux décrit des trois pères de nos récits. En effet,
il est dépeint comme « un dur vieillard à la face noire et creusée », un « vieux sauvage, enfoncé dans les
réflexions de son expérience. » Or, l’ouvrier représenté sur ce tableau a le visage blême, marqué par le
temps et probablement la dureté du travail.
2. Le personnage semble d’humeur maussade. Sa bouche esquisse une grimace de contrariété. Son regard
paraît froid, cerné de rouge. De nombreuses rides d’expression brisent les lignes du portrait et donnent
à l’ouvrier un visage sévère et rigoureux.
3. Si Munch est souvent considéré comme un peintre expressionniste, ce portrait d’ouvrier se rapproche
davantage du courant naturaliste. Le regard de l’artiste se porte ainsi sur le monde paysan et ouvrier. Le
visage de l’homme représenté est marqué par les lignes brisées des rides qui rappellent la force du temps
et la dureté du milieu professionnel et social dans lequel il évolue.
Ce portrait semble structuré par la lumière émanant de la droite du tableau, éclairant le visage légère-
ment tourné de l’ouvrier. Ainsi, une partie de la joue et l’oreille gauche de l’ouvrier sont dans l’ombre.
Ce clair-obscur met en relief les aspérités et la rudesse des traits : les orbites oculaires, les sillons qui
soulignent les joues creuses, les arêtes du nez et les commissures de la bouche.

Portrait de famille ou Michel Gérard, 


membre de l’Assemblée nationale en 1789 et sa famille, vers 1810
ÉCOLE DE JACQUES LOUIS DAVID (1748-1825)

1. Le père occupe le quart entier droit du tableau. Il est imposant et large de carrure. Il se présente assis,
les épaules légèrement tombantes. Il tient son plus jeune enfant d’une main. La lumière porte sur lui et
l’éclaire presque entièrement.
2. La tasse ronde en porcelaine ornée de fleurs dorées, délicatement déposée sur le dessus de la cheminée,
pourrait représenter symboliquement la figure maternelle.
3. Ce tableau transmet la vision d’une famille sérieuse et unie malgré l’adversité (peut-être la mort ou le
divorce). Le père esquisse un sourire et les enfants l’encadrent en signe de soutien. Le fils cadet a d’ailleurs
la main appuyée sur le père, figure massive et immuable du tableau.
4. L’un des aînés et le fils cadet ont le regard tourné vers l’épinette sur laquelle la petite fille, seule figure
féminine du tableau, fait courir ses mains.

Eugène Manet et sa fille dans le jardin de Bougival, 1881


BERTHE MORISOT (1841-1895)

1. [Expression personnelle.]
2. Berthe Morisot peint par touches de couleur qui donnent à la scène représentée une impression de
mouvement. Elle valorise la représentation de formes arrondies et floues qui favorisent l’impulsion des
figures peintes. Elle privilégie ainsi la saisie d’un instant sur le vif, une scène de jeu entre le père et son
enfant.
3. Dans nos textes, de nombreuses scènes pourraient faire l’objet d’un tableau impressionniste. Ainsi,
l’épouse Jacotin et ses filles lavant la vaisselle rappellent Les Repasseuses de Degas, les nombreux paysages

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traversés par les amants au troisième chapitre de Naïs Micoulin font étrangement penser aux tableaux de
Monet et les trois raboteurs de parquet de Caillebotte auraient pu être les cinq forgerons frappant sur
leurs enclumes dans Le Papa de Simon.

Là où vont nos pères, 2015


SHAUN TAN (NÉ EN 1974)

1. L’enfant porte un bonnet à pompon.


2. Le père offre à sa fille un oiseau de papier que l’on retrouve tout au long de l’histoire. Il symbolise le départ,
la migration.
3. L’éloignement du père est signifié par le point de vue adopté. En effet, la dernière vignette de la première
planche présente le père en contre-plongée, vue à travers le regard de la petite fille. Ce point de vue donne
déjà l’impression d’une distance car le visage du père s’éloigne alors qu’il tend la main pour prendre sa
valise. La deuxième et la cinquième vignette de la deuxième planche présentent deux scènes de rap-
prochement, le père enlace son enfant puis son épouse. Ces deux vignettes se construisent de manière
symétrique, montrant le père de face puis de dos comme pour signifier son départ et sa disparition.
4. La première des deux vignettes représente les mains de l’enfant serrées autour de la main du père. Sur
la vignette suivante, les mains s’éloignent et semblent tendues comme pour signifier l’arrachement
contraint par le départ du train. Symboliquement, la main du père est comme un arbre déraciné par la
force du mouvement, les doigts tendus rappelant des racines arrachées de terre.

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