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ANTHROPOLOGIE 2019

Quelques notions :

Anthropologie = étude des spécificités du mammifère humain qui vise à une connaissance
globale de l’Homme. Cette discipline est divisée en champs de recherches fondés sur une
répartition géographique (africanistes, océanistes, américanistes...). Elle a initialement
émergé comme étude des populations colonisées par les Européens : son champ de
recherche fut longtemps focalisé sur des sociétés dites « traditionnelles », qui n’auraient pas
encore été transformées au contact des blancs (ce n’est plus le cas aujourd’hui ; les
recherches actuelles portent aussi bien sur des populations rurales et urbaines dans des
régions éloignées de celle du chercheur, que dans des populations proches de celui-ci). La
fin du colonialisme modifia fondamentalement le statut de l’anthropologue et de son travail
dans les sociétés coloniales.

Anthropologie physique = étude des caractéristiques morphologiques du corps humain

Anthropologie sociale et culturelle = étude de l’humain en tant qu’être social

Ethnographie = étude d’une ethnie dans toutes ses composantes (religion, économie,
politique, parenté, etc.)

Ethnologie = étude qui compare entre elles différentes ethnies d’une même région

Observation participante = travail de terrain ethnographique par lequel le chercheur prend


part « active » dans la vie du groupe étudié. Le terme d’observation participante a été
introduit dans les années 1930 par les sociologues de l’École de Chicago. Malinowski,
premier à théoriser cette méthode de recueil d’information, recommande l’intégration du
chercheur dans le groupe social qu’il étudie : l’anthropologue doit momentanément couper
les liens avec ses relations préalables et en tisser de nouvelles avec ses interlocuteurs.
L’anthropologue est invité à tisser des liens affectifs, mais cette affection est instrumentalisée
comme un outil méthodologique permettant de produire des données : cette ambiguïté
pointe un problème éthique majeur concernant les relations qu’il noue avec les gens de son
terrain.

Ouvrage « Writing Culture » : les participants à cet ouvrage interrogent la nature du texte
anthropologique et sa prétention à décrire une culture. Ils dénoncent les rapports de force
épistémologiques et politiques qui traversent la production anthropologique depuis le terrain
jusqu'à l’écriture. Les auteurs invitent à donner une place majeure aux interlocuteurs.
L’anthropologue ne doit pas s’en tenir à rendre compte de leurs discours et expériences. Ils
suggèrent de dévoiler non seulement leur identité et leur place dans la société, mais aussi
leurs expériences pratiques, leurs doutes, et leurs contradictions.
Les auteurs de Writing Culture appellent les anthropologues à faire preuve de réflexivité : ils
doivent interroger leur propre intervention dans la production ethnographique. Ils insistent sur
la nécessité de rendre l’anthropologue présent dans son texte en rendant compte de sa
place dans l’enquête et des relations qu’il entretient avec ses interlocuteurs. Le collectif
recommande des textes polyphoniques (multiple voicing) qui rendent compte de différents
points de vue, des différentes appréhensions du social. Plutôt que de chercher à produire
une cohérence sociale, ils suggèrent de donner voix à la multiplicité des discours et leurs
contradictions potentielles.
Native’s point of view = par ces séjours prolongés, impliquant l’apprentissage de la langue
et une participation aux activités quotidiennes du groupe étudié, l’anthropologue parviendra à
saisir le point de vue des natifs du lieu. En adoptant ce point de vue, il pourra rendre compte
de la vie sociale telle que ses interlocuteurs en font l’expérience.
Le point de vue inverse est qualifié d’ethno-centré et est reconnu comme contraire à la
démarche ethnographique.

Courant postmoderniste = courant qui remet cause les éléments constitutifs de la


« modernité » considérés comme allant de soi par la société occidentale contemporaine :
l’individualisme, le développement technologique, l’état-nation, le capitalisme, etc. Dans son
ensemble, le postmodernisme critique le rationalisme et l’universalisme qui se trouvent au
cœur des ambitions scientifiques de la société occidentale. Cette posture suscite le
déploiement de pratiques telles que les spiritualités alternatives, les économies locales et les
collectifs de résistance politique remettant ces discours en cause.

Relativisme culturel = étude des pratiques et des institutions à la lumière des valeurs
propres à la culture en question, et non pas à la lumière des critères du chercheur. Le
relativisme culturel se fonde sur le double postulat d’une diversité des pratiques humaines
résultant essentiellement des diversités culturelles (ni biologique, ni écologique) et d’une
diversité culturelle devant être examinée sans préjugés moraux, puisque toute pratique
mérite d’être comprise depuis le système culturel dans lequel elle s’inscrit.
Le relativisme culturel ne doit pas mener à une forme de nihilisme moral selon lequel tout se
vaut, mais à savoir pratiquer l’écoute. Il est une invitation au décentrement. Il est ce qui
fonde l’approche anthropologique de la culture, laquelle invite à se déprendre de ses a priori,
à faire l’effort du détour par d’autres manières de pensée, à résister aux jugements moraux à
l’emporte-pièce et aux disqualifications hâtives.

Anthropologie appliquée = les anthropologues appliqués travaillent au service d’institutions


étatiques, d’ONG, d’institutions transnationales (Unesco, Banque mondiale, Nation Unies,
etc.). Ils traitent de problèmes sociaux liés à la santé, la pauvreté, l’instabilité écologique,
l’organisation politique ou la transmission culturelle. Certains sont aussi employés dans le
secteur privé ; dans ce cas, ils réalisent des études commanditées par une institution à but
lucratif.

Nostalgie = ce terme fut introduit par Johannes Hofer au 17ème; il associait les symptômes
de jeunes gens hospitalisés avec la migration imposée par leur cursus universitaire. Ces
malades avaient en commun un désir insoutenable de retour vers leur patrie, terre de leur
enfance et ancrage du lien maternel ; il diagnostiquait ce faisant les pathologies provoquées
par les manifestations sévères du « mal du pays ».
Au 19ème, le terme est progressivement associé à une idée plus large de privation,
d’absence, et en vient à être associé à l’enfance : la nostalgie pointe alors également vers
une temporalité biographique.
Durant la seconde moitié du 20ème siècle, la nostalgie perdit progressivement sa connotation
médicale en faveur d’une sensibilité affective et cognitive pour un espace-temps révolu.
C’est alors que la dimension spatiale capturée par le diagnostic d’Hofer glissa vers une
connotation temporelle.

Ostalgie = nostalgie à la suite de l’effondrement des états socialistes des pays de l’Est et
des bouleversements qui s’en suivirent (contexte postsocialiste)
Paradigme = conceptions théoriques fondamentales partagées par une école scientifique,
posant le cadre des questions et analyses considérées dans cette perspective. En
anthropologie, les paradigmes se distinguent essentiellement par leur approche de la culture,
notion constituant la pierre de touche de la discipline.

Principaux paradigmes de l’anthropologie :

(1) L’évolutionnisme = ce courant présuppose l’existence d’un ordre immanent à l’histoire


de l’humanité en vertu duquel la civilisation européenne est reconnue comme la plus
avancée. Bien que l’exactitude de cette perspective soit empiriquement récusée (aucun
anthropologue ne se revendique plus de ce paradigme, ils s’attachent plutôt à en dénoncer
les fondements racistes et impérialistes), elle se trouve au fondement de la constitution de la
discipline.

L’évolutionnisme social = ce courant défend l’existence de facteurs sociaux et écologiques


déterminant l’avancée technologique d’une population donnée. Également réfuté
empiriquement, l’évolutionnisme social suppose l’existence d’un déterminisme historique
aboutissant à la civilisation occidentale positionnée comme accomplissement idéal.
Avides de découvrir les différents stades aboutissant à la civilisation occidentale, les
partisans de ce paradigme reconnaissaient les sociétés dites « primitives ».

Le diffusionnisme (n’est pas un paradigme à part entière) = la théorie diffusionniste


démontre qu’il existe des foyers d’innovation à partir desquels les nouvelles pratiques se
diffusent. En documentant des processus de diffusion et d’emprunt, le paradigme
diffusionniste récuse la posture évolutionniste qui identifiait l’inventivité comme vecteur
principal du progrès culturel et économique. De ce fait, aucune hiérarchisation des sociétés
ne peut être établie sur base d’un avancement sur la trajectoire du progrès technique.

(2) Le culturalisme = ce courant s’inspire de la notion allemande de volkgeist (esprit, génie


du peuple). Ses partisans considèrent que les groupes sociaux se distinguent par un
ensemble de représentations et croyances relativement homogènes et stables à travers le
temps. Cette posture reconnait une multiplicité de cultures et isole cette diversité de
considérations de race. Par ce terme, on identifie une identité nationale non plus fondée sur
des avancées technologiques, mais plutôt sur des représentations, des valeurs et un sens
esthétique.
Ici, la culture c’est l’espace de l’acquis : un ensemble de représentations (idées, valeurs) et
de pratiques (comportements, actions) transmises de génération en génération. Cette
perspective insiste également sur la capacité de la culture à engendrer des représentations
et des pratiques au sein d’un groupe humain. Elle insiste également sur le caractère pluriel
de la culture, ainsi que sur sa cohérence et stabilité à travers le temps.

Le culturalisme fut critiqué pour ne pas tenir compte du caractère dynamique des
configurations culturelles et la pluralité interne des collectivités : « on manque la vie sociale
elle-même dans toute son épaisseur, sa singularité circonstancielle et sa charge affective ».

Il fut également utilisé à des fins politiques : de nombreux discours nationalistes sont
empreints de culturalisme ; cette perspective peut être utilisée au service de politiques
discriminantes et violentes, comme ce fut le cas de l’Apartheid en Afrique du Sud. La
justification prétendue annonçait que cette ségrégation conditionnait la possibilité qu’ils
conservent leur culture sans que celle-ci ne soit altérée par la promiscuité avec les Blancs.
(3) Le fonctionnalisme = ce courant s’intéresse aux fonctions que remplissent différentes
pratiques et institutions au service de la cohésion sociale. Ces propositions s’articulent
autour de la notion d’utilité comme principe fondamental de la vie en collectivité.
Dans son application aux sociétés humaines, le concept de fonction se fonde sur une
analogie entre la vie sociale et la vie organique (métaphore organiciste). Les institutions
sociales ont un rôle à remplir pour assurer la reproduction de la société, de la même manière
que les différents organes ont une fonction à remplir pour assurer la reproduction du corps
biologique. Dans cette perspective, la nature et l’articulation des faits sociaux tient au rôle
qu’ils assurent dans la reproduction d’un tout social. La mission de l’anthropologue
fonctionnaliste est de mettre en lumière le rôle des institutions pour assurer le maintien de la
collectivité dans un équilibre dynamique.

Le fonctionnalisme suppose une vision positiviste, c’est-à-dire que l’on peut découvrir des
lois universelles de la vie sociale, inspirées du modèle positiviste et déterministe (=les
événements sont liés et déterminés par la chaîne des événements antérieurs) des sciences
de la nature.
Le fonctionnalisme suppose également une vision holistique qui pose la primauté explicative
du tout sur les parties.

Ici, la culture constitue un vaste appareil mettant l'Homme dans une meilleure position pour
affronter les problèmes concrets particuliers qui se dressent devant lui dans son adaptation à
son environnement pour donner cours à la satisfaction de ses besoins.
Les pratiques et faits culturels exercent une fonction contribuant à la cohésion sociale.

Le fonctionnalisme ne permet cependant pas d’appréhender l’instabilité et le changement qui


sont également constitutifs de la vie sociale : selon ce paradigme, le dysfonctionnement
d’une institution provoque le déclin de la société, or le dysfonctionnement d’un élément dans
une société n’entraine pas sa disparition.
De plus, Lévi-Strauss qualifie le fonctionnalisme d’empirisme naïf : « Malinowski se demande
seulement à quoi [ces phénomènes] servent pour leur chercher une justification. Cette
position du problème anéantit tous les progrès antérieurs, puisqu’elle réintroduit un appareil
de postulats sans valeur scientifique. »

(4) Le structuralisme = ce courant s’inspire de la théorie des phonèmes selon laquelle le


phonème (unité fondamentale de la linguistique) est un son dépourvu de sens mais qui,
combiné à d’autres sons, permet de produire des unités de niveau supérieur qui elles
transmettent du sens.
Tout comme les phonèmes, les phénomènes culturels n’ont de sens que replacés dans le
faisceau de relations qui leur confèrent leur position et leur vertu distinctive.
Le structuralisme insiste sur le caractère crucial des relations : ce sont les relations entre
faits qui sont pertinentes, non pas les faits eux-mêmes car ils forment un système, une
structure. La structure est une configuration basée sur un principe d’interconnections :
l’identité d’un élément se définit dans sa relation avec les autres éléments.

Ici, la culture se fonde sur la reconnaissance arbitraire d’écarts significatifs entre éléments
composant un binôme : la culture se compose par la reconnaissance d’écarts multiples et
dynamiques qui se créent dans la communication et l’échange entre les individus.
Lévi-Strauss défend l’idée d’une origine symbolique de la culture, elle-même permettant le
déploiement de la vie en société. Ainsi, la culture résulte in fine des contraintes du
fonctionnement neuronal.
(5) L’anthropologie du changement social = ce courant est soucieux de rendre compte
des innovations, des syncrétismes, des incorporations et des flux constitutifs de toute
formation culturelle. Cette approche s’inaugure par la prise en considération de l’histoire des
sociétés, et de la capacité de changement de la culture et d’un groupe social. Cela implique
la reconnaissance de l’histoire et du changement dans les sociétés qualifiées de
« traditionnelles ». Cela implique également la reconnaissance de la participation de ces
sociétés à l’histoire coloniale.
Les partisans de cette approche situent les questions politiques au cœur de leurs
recherches : pour appréhender la vie sociale dans une perspective dynamique, il est
nécessaire d’examiner les tensions et conflits qui suscitent le changement, ainsi que les
rapports de pouvoir tels qu’ils se manifestent entre les individus à travers les stratégies et les
alliances.

Ici, la culture est reconnue comme un processus dynamique impliquant des mouvements
d’influence, d’adaptation, de transformation et de recomposition. Par ailleurs, cette approche
insiste sur des jeux de tensions et les stratégies politiques dans lesquels s’inscrivent les
configurations culturelles :
« La culture est l’espace des pratiques signifiantes, le terrain sémantique sur lequel les êtres
humains cherchent à se construire et à se représenter eux-mêmes et les autres – et, à partir
de là, la société et l’histoire. Elle a une forme aussi bien qu’un contenu, fait naître des
actions aussi bien que des pensées, est un produit de la créativité humaine autant qu’elle est
mimesis (imitations pratiques), et par-dessus tout, elle est traversée par du pouvoir. »

La prise en considération du changement social représente aujourd’hui une tendance


générale.
Individu Courant + Description
Œuvres
Loïc Wacquant - a pratiqué la participation observante : pour écrire son livre Body
(20-21ème) and Soul, il s’est mis à pratiquer la boxe 3 soirs par semaine
Ouvrage : pendant 13 mois.
- Body and Soul

Colloredo Mansfled - a utilisé le dessin pour rendre compte de situations, d’objets, de


(20-21ème) paysages, mais aussi pour engager des interactions avec les gens
du village dans lequel il s’était installé dans les Andes d’Équateur

Michel Leiris - dénonce cette situation de connivence implicite entre les


(20ème) anthropologues et les colons dans sa conférence « L’ethnologue
devant le colonialisme » ; il prône que les anthropologues ont leur
part de responsabilité dans les actes de l’administration coloniale

- pense qu’il revient aux anthropologues d'être comme les avocats


naturels des colonisés vis-à-vis de la nation colonisatrice à
laquelle ils appartiennent
=> ils dénoncent depuis lors les abus impérialistes à travers le
monde

Charles Darwin Evolutionniste - défend l’idée d’une évolution des espèces en vertu de la survie
(19ème) des individus « les plus aptes » dans chaque espèce ; cette survie
Ouvrages : assurant la transmission des aptitudes aux générations suivantes.
- The Origin of
Species ð ce processus évolutif se fonde sur la capacité d’adaptation
- The Descent of des individus aux changement de leur environnement
Man

Lewis Henri Morgan Evolutionniste - pense que le critère majeur sur lequel repose l’évolution de
(19ème) sociétés réside dans le progrès technique et l’élaboration de la
Ouvrage : culture matérielle
- Ancient Society
- ce sont les transformations dans le mode de subsistance qui
suscitent le passage d’un stade de civilisation à un autre ; il existe
3 stades de société :
Ø état sauvage (cueillette, pêche, chasse)
Ø état barbare (poterie, élevage, agriculture)
Ø état de civilisation (maîtrise de l’écriture)

- pense que les terminologies de parenté fournissent des


indications sur des modes d’organisation passés de ces sociétés :
Morgan découvre que les Iroquois ont une terminologie de
parenté qui assimile le père et les frères du père, lesquels sont
tous désignés par le même terme, et qui désigne mêmement les
sœurs de la mère du même nom que la mère
à il croit pouvoir conclure de cela que cette terminologie de
parenté reflète encore un état passé, antérieur de la société
iroquoise, qui aurait été caractérisé par une forme de promiscuité
sexuelle primitive

- pense que les systèmes matrilinéaires constituent une forme


plus « primitive » de système de parenté que les systèmes
patrilinéaires (au sein desquels les formes de mariage
polygynique (caractérisés par l’union d’un homme à plus d’une
femme) étaient eux-mêmes moins « civilisés » que l’union
monogamique en vigueur dans la société américaine du 19ème)

- envisage les liens de parenté résultant de cette promiscuité


comme l’institution fondamentale assurant l’ordre politique dans
les sociétés qu’il reconnaît comme primitives, tandis que la
cohésion des sociétés à état ne repose plus sur des liens de
parenté mais sur un contrat volontaire entre les individus qui
partagent un territoire
à distinction entre société sans et société avec État,
correspondant au passage d’une société fondée sur des liens de
parenté à une société fondée sur une relation au territoire,
impliquant l’émergence de notions de propriété et de contrat
individuel

Edward Burnett Tylor Evolutionniste - avance une théorie évolutionniste basée sur la religion ; il existe
(19ème) 3 stades dans l’évolution de la pensée religieuse :
Ouvrage : Ø l’animisme
- Primitive Culture Ø le polythéisme
Ø le monothéisme (qui mène à la science)

- définit la culture : « La culture, ou la civilisation, prise dans son


sens ethnographique le plus large, est ce tout complexe qui
comprend les connaissances, les croyances, l’art, la morale, le
droit, la coutume, et toutes les autres capacités et habitudes
acquises par l’homme en tant que membre de la société »
à c’est donc l’ensemble de ce qui est transmis et acquis par
l’Homme en tant qu’être social

ð conception universaliste (ou humaniste) de la culture

- insiste sur l’unité psychique de l’humanité et sur la continuité


entre culture primitive et culture civilisée
à distingue des formes +/- évoluées de la culture

ð conception hiérarchique de la culture : la culture est une


spécificité propre aux humains, bien que certain en «
possèdent moins que d’autres »

- prône que la religion ne découle pas d’une forme de révélation


mais des efforts des hommes pour comprendre le monde
à approche intellectualiste

- ancre le phénomène religieux dans l’erreur : le sens de


l’évolution culturelle va vers un rétrécissement de la
compréhension religieuse au bénéfice d’une compréhension
scientifique de celui-ci.

- le critère minimal sur lequel repose une religion est la croyance


en des êtres spirituels

- l’animisme = forme la plus primitive de la religion = théologie qui


attribue une âme à l’ensemble des êtres vivants et qui trouve son
origine dans l’expérience du retour des morts dans les rêves
à il existe une âme distincte du corps
Franz Boas Culturaliste - était un intellectuel engagé : ses recherches anthropologiques
(19-20ème) s’inscrivent dans une lutte contre le racisme.
à dénonce les théories de l’évolutionnisme biologique, réfutant
toute corrélation entre des traits physiques et des capacités
mentales et hiérarchisation de cultures

- développe l’idée du relativisme culturel (mais pas le terme en


soi) à fin du 19ème
- son approche est particulariste : c’est depuis la perspective de
la culture locale que l’anthropologue peut dégager le sens et la
logique des faits qu’il observe
à singularité des cultures et chacune d’entre elle doit être
appréhendée dans sa spécificité
à dimension plurielle de la culture ; il en existe une multitude qui
ne sauraient être hiérarchisées

- étudie le potlatch = pratique cérémonielle de don et de contre


don, composés essentiellement de couvertures et de cuivres.
Cette distribution se caractérise par sa dimension compétitive car
il faut toujours rendre plus que ce qu’on a reçu sous peine d’être
humilié. Le potlatch implique donc une dimension de défi : un chef
de lignée met au défi un autre chef d’être aussi généreux que lui
en rendant une quantité de biens non seulement équivalente mais
supérieure à celle qui lui a été offerte.
à ce système de dons se présente comme une distribution de
biens destinée à asseoir le pouvoir et le prestige du donneur.

- les différents groupes y participant s’inscrivaient dans un modèle


d’organisation totémique : les membres des groupes de parenté
étaient placés sous l’autorité d’un chef, qui détenait un blason
orné de représentations symbolisant le nom associé à un ancêtre
lignager et à son double totémique
à la transmission du nom incarnée par le chef donnait lieu à des
cérémonies importantes lors desquelles se pratiquaient le potlatch

- dans la 2ème moitié du 19ème, le commerce entre les populations


locales et les colons s’intensifie : attisés par l’acquisition des
richesses dans l’économie coloniale, les potlatchs prennent une
ampleur inédite, impliquant des quantités de biens énormes
- en 1884, le potlatch est interdit sous l’influence des
missionnaires qui se justifient par l’idéologie du progrès : le
potlatch est condamné comme forme de dilapidation des
richesses manifestant une irrationalité économique
à les acteurs ayant provoqué l’hyperinflation des échanges en
viennent ainsi à les proscrire

à la pratique se poursuit alors de manière clandestine, devenant


associée à la résistance

ð Boas est contre la disqualification du potlatch et pense que


cette pratique prend tout son sens dès lors que l’on
parvient à la resituer dans l’ensemble culturel dans lequel
elle s’inscrit : dans cette société, le potlatch ne constitue
en aucun cas une pratique irrationnelle ou dilapidatrice
- établit une analogie entre la circulation des richesses dans le
potlatch et les systèmes de prêts à intérêt des banquiers de
l’économie capitaliste : « Le système économique du potlatch
est basé sur le crédit, tout comme celui des sociétés civilisées »

(+) malgré ses bonnes intentions, ce raisonnement est erroné et


constitue une analyse ethnocentrée.

Ruth Benedict Culturaliste - développe le courant culture et personnalité : il envisage le


(19-20ème) groupe culturel comme un ensemble d’individus partageant des
Ouvrage : tendances psychologiques fondamentales. Ces traits
- Patterns of psychologiques partagés organisent la vie collective et assurent la
Culture cohésion de la culture en question

- distingue 2 types de configuration culturelles, donc 2 types


d’idéaux qui se différencient par des tempéraments spécifiques :
Ø les apolloniens : rationnels, prudents et ordonnés,
conformistes, respectueux, harmonieux, sobres et
pacifistes à comportements marqués par la modération et
la dignité
Ä incarnés par les Zuñi

Ø les dionysiaques : irrationnels, laissant libre court à leur


instinct et à leurs émotions, produisant ainsi le chaos, en
constante compétition, violents et avides de prestige
Ä incarnés par les Kwakiutl

Margaret Mead Culturaliste - mobilisa son étude sur la sexualité polynésienne, qu’elle décrit
(19-20ème) libérée et épanouissante pour les jeunes filles, pour intervenir
Ouvrage : dans le débat public américain lors de la révolution sexuelle des
- Coming of Age in années 60
Samoa
- considère que chaque culture induit des styles de comportement
en façonnant les personnalités individuelles
à s’intéresse aux pratiques concrètes et aux méthodes
pédagogiques par lesquelles les styles culturels sont transmis
- introduit le terme d’enculturation = processus de transmission
trans-générationnel du schème culturel

- démontre que les différences de tempérament entre les hommes


et les femmes ne sont pas déterminées biologiquement mais
plutôt façonnées par la culture en étudiant 3 sociétés :
Ø les Arapesh : où l’homme doux et sensible est marié à une
femme également douce et sensible
Ø les Mundugumor : où l’homme violent et agressif est marié
à une femme tout aussi violente et agressive
Ø les Chambuli : où la femme y est le partenaire dominant ;
elle a la tête froide, et c’est elle qui mène la barque et
l’homme est, des deux, le moins capable et le plus émotif

ð nous n’avons plus aucune raison de croire que les


attitudes soient irrévocablement déterminées par le sexe
de l’individu
Emile Durkheim Naturaliste - reprend l’analogie entre corps biologique et corps social : estime
(19-20ème) que les faits sociaux sont en interrelation, et qu’ils contribuent tous
Ouvrages : au bon fonctionnement de « l’organisme social »
- De la division du à perspective de la société comme entité supérieure à la
travail social reproduction de laquelle les pratiques sociales doivent servir

- Les règles de la - établit une distinction entre la solidarité mécanique et la solidarité


méthode organique comme principes de cohésion sociale :
sociologique Ø La solidarité mécanique ; prévaut dans les sociétés
« primitives », dans lesquelles tous les éléments se
- Les formes ressemblent et travaillent de concert à des tâches
élémentaires de la identiques. Leur cohésion se fonde sur la similitude des
vie religieuse activités et fonctions des individus partageant des valeurs
communes, pour lesquels la conscience collective prime
sur la conscience individuelle.

Ø La solidarité organique ; implique une distribution du


travail différenciée : les éléments sont spécialisés dans
des tâches qui assurent chacune une fonction donnée
dans la reproduction du corps collectif. Ainsi, chaque
institution remplit un rôle vital dans le bon fonctionnement
de la collectivité. Les institutions ont chacune un rôle tels
les organes qui remplissent chacun un rôle dans le corps
humain. La cohésion sociale se fonde sur la
complémentarité des activités et des fonctions des
individus qui sont impliqués dans une relation de
collaboration. Ceux-ci portent des valeurs distinctes faisant
place au déploiement de la conscience individuelle. Sur
base de cette individuation, ce n’est plus l’identité mais la
complémentarité qui unit les individus. Les membres d’une
société dépendent désormais les uns des autres et c’est
cette dépendance qui assure la cohésion sociale.

- envisage la sociologie comme des « faits sociaux »


= réalités externes aux individus, répondant à des lois propres et
pouvant être appréhendées comme des choses. La fonction d’un
fait social est la correspondance entre ce fait social et les besoins
de l’organisme social.

- construit une théorie sociale de la religion comme élément


fondamental et universel de la socialité ; il ne discrédite pas la
religion comme pensée erronée (>< Tylor) et s’attache plutôt à en
dévoiler la réalité sociale

- considère la religion comme fait social, qui repose sur la


reconnaissance du sacré par opposition au profane :
« ce qui est caractéristique du phénomène religieux, c’est qu’il
suppose toujours une division bipartite en deux genres qui
comprennent tout ce qui existe, mais qui s’excluent radicalement.
Les choses sacrées sont celles que les interdits protègent et
isolent ; les choses profanes, celles auxquelles ces interdits
s’appliquent et qui doivent rester à distance des premières »
- considère également la religion comme vecteur de lien et de
communauté : en rendant hommage au culte religieux, c’est en
fait à elle-même que la société rend hommage

ð s’oppose aux interprétations qui prévalaient à son époque


et envisageaient la religion comme un ensemble de
croyances logées dans les espaces cognitifs individuels

- affirme que les émotions sont aussi des faits sociaux (et pas
que des faits personnels) : les émotions sont exprimées
collectivement dans plusieurs situations (ex : le deuil)

- estime que l’effervescence émotionnelle caractéristique des


cultes religieux constitue l’essence même de la collectivité : en
renouvelant périodiquement l’effervescence sociale autour des
rites religieux, c’est la cohésion de la société que les participants
cherchent à entretenir

Bronislaw Malinowski Fonctionnaliste - premier à avoir systématisé et posé l’observation participante


(19-20ème) comme condition de production des données anthropologiques.
Ouvrage :
- Les Argonautes - s’inspire du positivisme : il prend les sciences de la nature pour
du Pacifique modèle des sciences humaines, estimant qu’il est possible de
Occidental dégager des lois du social de portée générale.
- adopte une perspective anhistorique : Il estime que le
panorama social présent peut être saisi par l’observation directe.
Sa démarche est donc empirique
- considère qu’un élément ne peut s’étudier isolément, il faut
l’appréhender en relation avec les autres traits constitutifs du tout
social auquel il appartient pour en comprendre la fonction : c’est à
l’ensemble des éléments et de leurs interrelations que
l’anthropologue doit s’intéresser

- développe un fonctionnalisme biopsychologique : il envisage


le rôle des institutions sociales comme étant ultimement destiné à
assurer la satisfaction des besoins humains (alimentation,
sécurité, affectivité…)
à perspective utilitariste

- étudie la kula = système d’échanges cérémoniels de sulavas


(colliers) et de mwalis (brassards). Ces objets circulent d’îles en
îles, dans des sens opposés, et n’ont aucune valeur d’usage. Ils
ne composent la propriété permanente d’un homme. Ils doivent
être mis en circulation de manière périodique, soit dans un réseau
d’échange localisé, soit dans le cas des biens les plus prisés, à
travers des expéditions maritimes. Tous les mouvements de ces
articles Kula sont fixés et réglés par un ensemble de conventions
et de principes traditionnels, et certaines phases de la Kula
s’accompagnent de cérémonies rituelles et publiques très
compliquées. Au fil de leur parcours, les biens acquièrent une
valeur unique, indissociable de la valeur des Hommes qui les ont
détenus
ð ces cérémonies sont vitales au bon fonctionnement de
cette société et contribuent à la cohésion social et à
l’instauration d’une hiérarchie : la Kula est la charpente de
l’organisation sociale.

à ces pratiques à première vue irrationnelles depuis la


perspective occidentale sont décrites et interprétées de telle
manière que l’on peut en comprendre la logique et l’importance
pour la société en question : il reconnaît l’échange de dons
comme le geste fondamental dans cette société.
Il généralise ses observations en identifiant une propension de
l’homme « à créer des liens sociaux grâce à des échanges de
présents ». C’est ainsi qu’il introduit la problématique du don en
anthropologie.

- gimwali = échange direct s’apparentant au troc


- mapula = don purement altruiste

- démontre qu’il existe d’importants systèmes de commerce qui ne


répondent pas aux principes du marché fondé sur la loi de l’offre
et de la demande
- remet en question le point de vue des économistes qui
envisageaient les économies des sociétés « primitives » comme
incapables de produire des surplus et de ce fait comme des
sociétés sans échange

Alfred Reginald Fonctionnaliste - reprend l’idée durkheimienne d’une solidarité organique entre les
Radcliffe-Brown différentes institutions d’une société, comparant cette solidarité à
(19-20ème) la manière dont les différents organes d’un corps s’articulent pour
en assurer la cohésion. Ainsi, les différentes institutions
remplissent une fonction spécifique permettant le bon
fonctionnement de la collectivité
à adopte une posture positiviste et envisage l’anthropologie
comme la science naturelle des structures sociales

- accepte qu’une structure sociale peut évoluer au fil de temps


sans que la société ne soit mise en péril

- conçoit la fonction comme une correspondance entre une


institution et les « conditions nécessaires d’existence » de
l’organisme social
- tout comportement aurait une fonction sociale et toute
institution contribuerait à la reproduction de la structure sociale
- étudie la plaisanterie dans le cadre de relations spécifiques :
« La ‘parenté à plaisanteries’ est une relation entre deux
personnes dans laquelle l’une est autorisée par la coutume, et
dans certains cas, obligée, de taquiner l’autre ou de s’en moquer ;
l’autre, de son côté, ne doit pas en prendre ombrage »

à la plaisanterie est interprétée comme un mécanisme social


visant à résorber des divergences inhérentes aux systèmes
d’alliance matrimoniale qui unissent des individus issus de
lignages distincts. Elle permet d’écarter les oppositions d’intérêt
par une codification de l’interaction, amenant la complicité par le
rire
Edward Evan Evans- Fonctionnaliste - applique la perspective structuro-fonctionnaliste
Pritchard
(20ème) Ouvrage : - est engagé par le gouvernement britannique pour investiguer les
- The Nuer. A modes d’organisation politique de populations (les Nuer) que les
Description of colons ne parvenaient pas à pacifier à il fut donc associé à l’élite
Modes of coloniale
Livelihood and - met en évidence un système politique complexe chez les Nuer
Political Institutions de scissions et fusions de factions qui s’opère à des niveaux
of a Nilotic People divers selon l’unité sociale engagée dans le conflit (il n’y a pas de
chef unanimement reconnu) : ils vivent dans une anarchie
ordonnée.
- distingue 2 niveaux dans l’organisation sociale des Nuer :
Ø l’occupation territoriale : divisée en tribus, elles même
subdivisées en sections (primaire, secondaire, tertiaire)

Ø les structures de parenté : divisée en clans eux-mêmes


divisés en subdivisés en lignages (maximaux, majeurs,
mineurs, minimaux). Ces clans, dispersés, ne
correspondent pas à un territoire, mais se fondent sur la
filiation.

ð La cohésion sociale se fonde sur une dynamique


contingente de fissions et de fusions qui s’instaurent à
différents niveaux de la structure sociale

- définit le clan comme un ensemble de lignages dont les


membres se reconnaissent comme apparentés sans avoir
nécessairement une conscience claire de la façon dont ils le sont
(ce lien de parenté pouvant être purement idéologique).
C’est dans les clans dominants qu’on trouve les connaissances
généalogiques les plus développées.

- il existe un fort recouvrement entre tribus et rhétorique de la


parenté

- dans sa perspective fonctionnaliste, Evans-Pritchard était


soucieux avant tout de mettre en évidence la stabilité et
l’intégration des sociétés (et leur caractère « fonctionnel ») : chez
les Nuer, la parenté fournit la clef à partir de laquelle on peut
comprendre l’organisation sociale et politique des groupes, la
stabilité et le « fonctionnement » de la société

- étudie également la sorcellerie dans les populations Azande et


montre que la croyance à la sorcellerie n’est pas incompatible
avec la reconnaissance d’autres formes de causalité, chaque type
de causalité permettant de rendre compte d’aspects différents
d’un événement à la sorcellerie permet de répondre à la question
du « pourquoi » tel événement se produit
Marcel Mauss Sociologue - réunit dans l’étude du social les mobiles subjectifs et les forces
(19-20ème) collectives : la liberté individuelle, la dimension subjective et les
significations des pratiques doivent également être traités par la
Ouvrage : théorie anthropologique
- Essai sur le don :
forme et raison de - notion du fait social total (= fait social de Durkheim mais
l’échange dans les incluant la dimension subjective) ; caractérisé par 3 facteurs :
sociétés primitives
1. les acteurs des faits sociaux totaux représentent le groupe
social auquel ils appartiennent et n’interviennent pas en
leur nom propre
2. les faits sociaux totaux mettent en branle de nombreuses
institutions de la société
3. les faits sociaux totaux relèvent de la liberté individuelle
(circonscrite par des normes sociales)

ð le fait social total requiert une appréhension au plus


proches des acteurs afin de comprendre le sens qu’ils
donnent à leurs pratiques et d’en extraire ensuite les
dimensions collectives.

- étudie le don : il l’identifie comme un geste fondamentalement


libre et néanmoins prescrit socialement (contraint et intéressé). Le
fait de donner, recevoir et rendre constitue l’armature sur laquelle
se fonde la vie sociale, l’économie moderne, et la séparation entre
les personnes et les choses

- conceptualise le don comme étant composé de la triple


obligation :
1. donner
2. recevoir
3. rendre : qui se trouve au cœur de son Essai

- utilise le concept de hau (= esprit de la chose) comme concept


fondamental : il justifie le devoir de rendre par la propension du
hau qui habite la chose donnée à retourner vers son propriétaire
initial ; c’est ainsi qu’un objet reste lié à son détenteur original.
à le bien demeure lié à son premier propriétaire, même après que
ce dernier l’ai remis à quelqu’un d’autre en cadeau

- affirme que, dans les sociétés traditionnelles, les biens circulent


par des prestations mêlant les dimensions généreuses et
intéressées et ce n’est que dans notre société que ces aspects
ont été séparés en deux circuits distincts : celui des
marchandises impersonnelles et intéressées et celui des dons
personnels et désintéressés
Claude Levi-Strauss Structuraliste - figure fondamentale de l’anthropologie française
(20ème )
Ouvrages : - développe l’idée que les faits culturels ne doivent pas être
- Race et Histoire étudiés isolément : ils doivent être appréhendés par la relation
- Anthropologie qu’ils entretiennent avec d’autres faits culturels
structurale à le structuralisme insiste sur le caractère crucial des relations :
- Les structures ce sont les relations entre faits qui sont pertinentes, non pas les
élémentaires de la faits eux-mêmes car ils forment un système, une structure.
parenté ð caractère relationnel du réel

- cherche à identifier les modules élémentaires de la vie sociale :


l’infinie diversité du réel pourrait être réduite à une série de
modules élémentaires manifestant des oppositions
fondamentales.
à il faut révéler les structures universelles qui résultent du
fonctionnement binaire de l’esprit humain

- identifie des oppositions binaires exprimées dans de nombreux


contextes culturels : nature/culture, bas/haut, femme/homme,
humide/sec ou chaud/froid

- identifie une homologie entre la circulation des biens, celle des


signes et celles des femmes

- reconnaît les mythes comme l’expression de la structure


inconsciente de la société qui les produits

- développe une structure cognitive en tant que schème de la


pensée humaine : le structuralisme de Lévi-Strauss concerne
avant tout la manière dont le cerveau humain et la pensée sont
organisés.
Les structures lévi-straussiennes présentent 3 caractéristiques :
1. elles sont inconscientes
2. elles sont organisées de façon binaire
3. elles sont limitées en nombre et peuvent être combinées

- opposition nature/culture : là où il y a un universel, il faut voir la


marque de la Nature, de l’infrastructure biologique de l’Homme, de
son animalité. Par contre, là où il y a norme ou règle, il faut voir la
marque de la Culture, et de la singularité historique

- insiste sur le caractère universel de l’existence des interdits


sexuels portant sur certaines catégories de (souvent proches)
parents dans toutes les sociétés
à reconnaît l’interdit de l’inceste comme étant une norme
universelle : elle est la seule règle sociale qui possède en même
temps un caractère d’universalité !
L’interdit de l’inceste est donc le critère de l’humanisation de
l’humanité (on ne croit plus ça ajd, d’autres critères comme les
pratiques funéraires et artistiques rendent compte de la
progressive humanisation)

- démontre que l’interdit de l’inceste présente d’importantes


variations culturelles : dans certaines sociétés, le domaine des
parents avec lesquels l’union sexuelle est interdite est très large,
tandis que dans d’autres, les relations sexuelles ne sont interdites
qu’au sein de la famille nucléaire
à l’interdit n’existe pas partout avec la même vigueur, mais il n’est
pas de société où toutes les unions soient autorisées et
considérées comme légitimes et non incestueuses

- pense que l’obligation de l’alliance et l’interdit de l’inceste


naissent dans un même mouvement : selon Levi-Strauss, les
systèmes de mariage et de parenté sont avant tout des systèmes
d’échange par lesquels les groupes humains s’échangent des
femmes à le tabou de l’inceste fonde l’obligation de s’engager
dans un système d’échange ; et il reconnaît ce système
d’échange comme le fondement de la vie en société

- établit le module fondamental de la parenté : l’atome de


parenté = capsule minimale qui comprend
Ø un mari
Ø sa femme
Ø un représentant masculin du groupe de la femme l’ayant
donnée à l’homme (généralement son frère)
Ø un enfant

ð cet atome fonde donc 3 relations qui sont au fondement de


la société :
1. l’alliance
2. la descendance
3. la consanguinité

- décrit les structures élémentaires : systèmes de parenté et à


d’alliances qui ne se bornent pas à interdire un certain nombre de
conjoints à Ego, mais qui en prescrivent aussi positivement, c’est-
à-dire qui comprennent aussi une dimension d’injonction ou tout
au moins d’orientation vers certaines catégories de partenaires, et
en particulier certaines catégories de parentes, vers lesquelles un
ego masculin est encouragé positivement à se tourner pour choisir
sa conjointe (ex : mariage avec la cousine croisée)

- décrit ce qu’il appelle les systèmes complexes : les systèmes


de parenté, de mariage et d’alliance qui se bornent à interdire un
certain nombre de catégories de parentes à ego (avec lesquelles
l’union serait donc jugée incestueuse) sans orienter positivement
ego vers certaines autres catégories.

Philippe Descola Structuraliste - décrit l’objet de l’anthropologie comme « la diversité culturelle


(20ème) sur fond de l’universalité naturelle »

- déploie une ambition structuraliste questionnant le module


dualiste entre nature et culture : ce module n’a rien d’universel et
ne serai que le produit de la pensée occidentale.
Cette conception de la polarité nature/culture comme allant de soi
compromet l’entendement de la manière dont d’autres sociétés
conceptualisent et réalisent les relations entre humains et non-
humains.
- distingue 4 systèmes ontologiques de rapport au monde :

i. l’animisme : dans lequel les êtres humains ne se


distinguent pas fondamentalement des autres formes du
vivant
à ressemblance des intériorités et différence des
physicalités : leur physicalité se différencie corporellement
et biologiquement, tous les êtres partagent des qualités
tenant à leur subjectivité, à leur conscience et leur
intentionnalité

ii. le totémisme : dans lequel les être se rassemblent en


collectifs composés d’humains et de non-humains
à double ressemblance d’intériorité et de physicalité

iii. l’analogisme : dans lequel les êtres sont situés dans une
discontinuité psychique et physique ; le monde est
constitué d’une multitude de d’entités singulières
à double différence d’intériorité et de physicalité

iv. le naturalisme : considère que le psychisme humain est


distinct, contrairement au corps qui est biologiquement
identique à tous ceux qui composent une entité vivante
à différence des intériorités et ressemblance des
physicalités

Max Gluckman Anthropologue du - est un des pionniers d’une anthropologie intégrant les rapports
(20ème) changement social coloniaux dans son champ d’étude.

Ouvrages : - insiste sur la nécessité de tenir compte de l’historicité pour


- The Bridge comprendre les configurations sociales présentes : les interactions
qui composent une situation sociale doivent être situées dans leur
- Social Change contexte historique et social
in Modern Africa
- introduit un outil méthodologique qui tient à déployer un vaste
panorama ethnographique à partir d’une situation concrète
(= situation sociale, ici l’inauguration d’un pont en Afrique) choisie
pour sa capacité à dévoiler les mailles d’un tissu sociale plus
large : « c’est à partir de l’attention à des détails en apparence
insignifiants que l’on peut restituer le sens des interactions »

- prône une modalité d’interdépendance conflictuelle dans les


zones colonisées : plutôt que de considérer l’administration
coloniale et les communautés Zoulou (colonisées) comme deux
entités sociales autonomes, il insiste sur leur interdépendance
à ces acteurs s’influencent mutuellement et composent ensemble
une entité sociale partagée, en dépit des violents conflits qui les
opposent

- le tribalisme persiste dans les zones rurales et urbaines (malgré


la révolution industrielle) car le groupe d’affiliation ethnique
fonctionne de deux manières différentes (en ville et au village) et
une même personne peut participer aux deux registres, tout en les
maintenant séparés
Georges Balandier Anthropologue du - introduit l’idée du post-colonialisme
(20-21ème) changement social - est persuadé que la fin de la colonisation ne signifie pas la fin
des relations coloniales : son champ d’étude porte sur la
Ouvrage : persistance des interactions coloniales après que l’administration
- Sociologie coloniale ait été démantelée
Actuelle de
l’Afrique Noire - reconnait l’examen des faits sociaux totaux, et parmi ceux-ci les
crises, comme porte d’entrée méthodologique opportune pour
saisir les dynamiques sociales totales : la crise est un fait social
total révélateur des dynamiques sociales (la société oscille entre
des moments d’ordre et de désordre)
à elle engage l’ensemble de la société et de ses institutions,
révélant leur articulation par leur mise en tension

- établit un lien entre phénomènes sociaux totaux et dynamiques


sociales à partir de l’étude de deux systèmes de dons :

Ø le bilaba des Fang : luttes d’injures, échange de cadeaux


et réjouissance caractérisés par des danses et des
distribuons abondantes de nourriture et de vin

Ø le malaki des Ba-Kongo : fête des lignages et des alliances


qui engage des groupes sociaux ; ce regroupement des
parents réactive des solidarités entre les hommes en
reconnaissant leurs liens partagés avec des ancêtres
sacrés et, par cela, réduit l’éclosion de conflits.

ð ces systèmes peuvent être examinés en tant que


« révélateurs » de dynamiques plus générales ayant trait
aux champs économiques, sociaux et politiques. Balandier
leur reconnaît un potentiel de conciliation entre des
éléments traditionnels et les modernes

Melville Herskovits Anthropologue du - étudie la créolisation et la transmission de cultes africains par-


(20ème) changement social delà la traite des esclaves

Pierre Bourdieu Sociologue - consacre une part importante de sa carrière à la question de la


(20ème) poststructuraliste reproduction des inégalités sociales et économiques

Ouvrage : - est attaché à dégager des structures générales de la société tout


- Le couturier et sa en reconnaissant la liberté et l’initiative individuelle
griffe à poststructuralisme

- critique la notion de règle utilisée par Levi-Strauss : selon


Bourdieu, dans l’anthropologie levi-straussienne, le terme de règle
intervient dans des sens divers (parfois il signifie la norme, parfois
un modèle inconscient) et est donc mal utilisé
à montre la polysémie de la notion

- selon Bourdieu, la règle c’est ce qui apparaît quand quelque


chose ne va plus de soi, et la pratique n’est pas le produit du
respect des règles (ex : parler, qui n’est pas suivre les règles de la
grammaire)
- montre que les stratégies matrimoniales poursuivies par les
agents sociaux doivent, dans une série de cas, être remises en
perspective par rapport aux stratégies plus globales de
reproduction sociale et économique pour pouvoir être
véritablement comprises : il nous parle du nombre élevé de
célibataires qui existe parmi les jeunes hommes en charge des
entreprises agricoles de la région à cause du développement de
l’émigration vers les villes, qui produit un élargissement du marché
matrimonial à ce marché autrefois contrôlé par les familles est
désormais ouvert à la concurrence

- démontre l’importance majeure de la croyance collective dans le


fonctionnement du champ de la mode : l’économie de la mode
repose sur la vente de "nom" produits grâce à la mobilisation de
relations publiques
« La griffe*, simple "mot collé sur un produit" est sans doute avec
la signature du peintre consacré, un des mots les plus puissants
économiquement et symboliquement parmi ceux qui ont cours
aujourd’hui. »
à la mode est donc un champ fondé sur la croyance et sur la
capacité à perpétuer la foi

*le pouvoir symbolique et économique de la griffe ne réside pas


dans la griffe en tant que telle, ce pouvoir n’est pas encapsulé
dans ce mot : il résulte de la croyance collective en la valeur de
ce mot, croyance qui requiert une méconnaissance de l’arbitraire
de la création de valeur
ð « Le pouvoir des mots ne réside pas dans les mots mais
dans les conditions qui donnent pouvoir aux mots en
produisant la croyance collective »

David Schneider Culturaliste - affirme que la parenté est une construction culturelle et non
(20ème) pas un ensemble de faits biologiques : c’est en tant que symbole
Ouvrage : que ses interlocuteurs mettent en avant des critères biologiques
- A Critique of the pour expliquer leurs liens de parentés
Study of Kinship à les réseaux de parenté occidentaux ne se fondent pas sur base
de critères biogénétiques objectifs mais bien sur un code
socialement défini

- établit une distinction entre 2 mécanismes de cristallisation de


lien de parenté
Ø la substance : qui relève de l’ordre biologique inscrit dans
la nature

Ø le code : qui relève de l’ordre social inscrit dans la


législation

- affirme que les conceptions de parenté varient de manière


significative d’une société à l’autre ; si l’on entend par parenté un
« système de relations assignant des positionnements fixes aux
individus en fonction de relations de procréation », ce terme n’est
pas approprié pour décrire les liens qui unissent les humains dans
la plupart des sociétés
Janet Carsten - examine les multiples expressions et variations de la parenté
(20-21ème) selon le contexte culturel :
« Je considère comme évident que le sens de la ‘parenté’ ne peut
être assumé à priori. J’utilise le terme d’apparentement
(relatedness) pour indiquer des manières indigènes de mettre en
pratique et de conceptualiser des relations entre personnes »

à son étude sur l’île de Langkawi remet en question la distinction


entre le domaine du social et celui du biologique

- pose la notion de substance au cœur des processus


d’apparentement. Ici, la substance (≠ de celle de Schneider)
signifie :
« une sorte de terme fourre-tout qui peut être utilisé pour tracer
des transformations corporelles de nourriture en sang, fluides
sexuels, transpiration, et salive, et pour analyser comment ceux-ci
passent de personne à personne en mangeant ensemble, en
habitant des maisons, en ayant des relations sexuelles et en
réalisant des échanges rituels »

ð la parenté est une question de degré et pas de nature : on


devient « parents » en partageant de la nourriture et des
activités quotidiennes
ð non seulement l’identité sociale n’est pas fixe, mais aussi
l’identité physique, la substance d’une personne, est
continuellement acquise et altérable.
à l’identité et la substance sont susceptibles de mutation,
fluides, et étroitement associées

Sarah Franklin - démontre à quel point les occidentaux se sont attachés à


(20-21ème) Ouvrage : maitriser, façonner et commercialiser les processus de
- Dolly régénération vitale au cours des dernières décennies
à dès lors que la régénération biologique est suscitée et
contrôlée par le scientifique, nous ne pouvons plus prendre pour
acquis qu’elle relève de la nature par opposition à la culture.

Clifford Geertz Anthropologie - permet la remise en question de la capacité de l’ethnographie à


(20ème) interprétative produire un savoir sur la réalité : il questionne la capacité du
discours anthropologique à produire des vérités sur l’autre
Ouvrages : à caractère partiel et partial de la vérité ethnographique, qui est
- The Interpretation toujours subjectivement engagée et incomplète.
of Culture
- définit la culture comme « des systèmes organisés de symboles
- Religion as a signifiants » : il estime que les expériences, pratiques et émotions
Cultural System humaines sont guidées par ce système symbolique acquis par la
socialisation
à le rôle de l’anthropologue est de dévoiler ces systèmes de
significations
ð phrase célèbre de son ouvrage sur la culture :
« L’homme est animal suspendu à une toile de signification
qu’il a lui-même tissées »

- définit la religion comme : « Un système de symboles qui agit


de manière à établir des états affectifs et des motivations
puissants, profonds et durables en formulant des conceptions d’un
ordre général sur l’existence et en revêtant ces conceptions d’une
telle aura de factualité que les états affectifs et les motivations
semblent singulièrement réalistes »
- indique que l’expérience religieuse se déploie sur 3 registres :
1. cognitif : représentations de l’ordre du monde et de
l’ordre "cosmique"
2. moral : normes intériorisées
3. affectif : sensibilité et dispositions émotionnelles

ð ces 3 registres forment une boucle de renforcement mutuel

à met en lien le style de vie et la vision du monde : un style de vie


est en quelque sorte placé en perspective métaphysique et
encouragé par des croyances religieuses qui le supportent, tout
en étant elles-mêmes renforcées par des dispositions morales à
l’égard du monde

à la stabilité et la pérennité des religions découle du fait que les


religions qui « réussissent » parviennent à établir une dynamique
de renforcement mutuel entre une compréhension générale du
monde d’une part, et des normes et une sensibilité morale d’autre
part : les "évidences" religieuses d’une époque coexistent toujours
parallèlement à d’autres formes de savoirs et de connaissances
ð il existe un raisonnement entre le sens commun et la
religion

Dan Sperber Cognitiviste - établit une distinction entre


(20ème) Ø la croyance spontanée : qui ne fait l’objet d’aucune
réflexion
Ø la croyance réflexive : lorsqu’on considère la croyance en
même temps que les raisons qu’on a de l’accepter
Lorsqu’on accepte une croyance réflexive, cela peut être
pour…
Ä des raisons internes : qui portent sur le contenu de
la croyance
Ä des raisons externes : qui portent sur la source de
la croyance

(+) le degré de confiance en une croyance est influencé


par le biais de confirmation (= tendance à privilégier les
éléments qui confirment nos croyances plutôt que ceux qui
les infirment)
ð charité interprétative

- décrit l’effet gourou = le fait nous nous attendons à ce que


l’effort requis pour comprendre un énoncé soit proportionnel à la
complexité du message qu’il transmet. Cet effet fonctionne de
manière semblable en ce qui concerne les croyances religieuses
et scientifiques

Marisol de la Cadena - s’intéresse aux modes d’existence non-humaines composant les


(20-21ème) sociétés
à ex : la montagne Ausangate à Cuzco, connue pour être un
puissant Apu (= ancêtre incarné par l’environnement). Les Apus
ont pour rôle d’être distributeur de vie et de mort, de richesse et
de misère.
Menacée par le développement de l’exploitation minière à son
sommet montagneux, les habitants ont manifesté contre par
crainte de la colère de la montagne, qui prendrait des vies
humaines en représailles.
Vinciane Despret - souligne le caractère exceptionnel de notre conception des morts
(20-21ème) comme étant voués à n’exister que sous forme de souvenir :
cette conception s’étant développée au 19ème, contre le pouvoir du
clergé et les croyances paysannes et en faveur de la science

à « Cette conception officielle est donc devenue "la" conception


dominante ou plutôt, devrait-on dire, la conception dominatrice
dans la mesure où elle écrase les autres. Symptôme de cette
domination, la théorie du deuil est devenue une véritable
prescription : On doit faire le travail du deuil. »

- introduit la notion de psychopouvoir = intention politique de


façonner les psychés

- distingue 3 modalités par lesquelles des personnes, refusant de


faire leur deuil, décident d’entretenir une relation avec leur défunt :

1. Les vivants s’attachent à assurer une permanence aux


morts à travers des actions, des paroles, des rituels,
des manifestations de reconnaissance

2. Les vivants instaurent de nouveaux régimes


d’obligations envers leurs morts : ils agissent de telle
manière à répondre à ce que les défunts attendent
d’eux

3. Les vivants offrent aux morts un surplus de biographie


expérimenté sur le mode du doute, de l’hésitation, de la
possibilité : ils s’opposent à la théorie dominante qui
affirme que les âmes n’existent pas dans notre monde

- pense que les émotions ne sont pas plus biologiques ou


physiologiques que ne le sont la pensée ou la conscience

- identifie le fondement de la conceptualisation occidentale des


émotions dans la philosophie de Platon : c’est à lui que l’on
attribue la construction d’un concept de passion (pathos) comme
inverse de la raison et comme menace pour l’ordre social
à la connaissance objective tiendrait à la capacité à s’extraire de
ses émotions pour percevoir la réalité

- plaide pour la fertilité de l’ethnopsychologie = l’anthropologie


qui s’intéresse à l’âme

- insiste sur le caractère indéterminé des émotions : loin de se


présenter comme réaction prévisible face à un contexte social, les
émotions contribuent à la création de ce contexte et des acteurs
qui y prennent part. Alors que nous fabriquons nos émotions, les
émotions nous fabriquent à leur tour. Dans cette veine, elle définit
l’émotion comme : « une manière par laquelle nous négocions
notre rapport à nous-mêmes, au monde, et aux autres »
Chris Gregory - poursuit un double objectif :
(20ème) Ouvrage : Ø distinguer les sociétés capitalistes et les sociétés non
- Gift and capitalistes
Commodities Ø identifier l’impact de l’introduction de la monnaie étatique
sur les réseaux de dons traditionnels

- distingue 2 relations d’échange, qui peuvent coexister dans une


même société :
Ø les relations d’échange marchand : relations objectives,
établies par l’échange d’objets aliénés entre des acteurs
indépendants
à établit une relation d’équivalence entre les choses

Ø les relations d’échange de don : relations personnelles,


établies par l’échange d’objets inaliénables entre des
acteurs apparentés
à établit une relation d’inégalité entre les partenaires

Annette Weiner - découvre que les distributions de dons et contre-dons qui


(20ème) Ouvrage : fascinaient ses prédécesseurs ne constituent pas l’entièreté de
- Inalienable l’armature de la vie sociale : dans toutes ces sociétés, il y a des
Possessions biens que l’on donne et d’autres que l’on garde ; ce sont les
propriétés précieuses qui assurent l’identité du groupe

- introduit le concept de keeping-while-giving (garder-en-


donnant) : certains objets sont mis en circulation en tant que
substituts d’autres objets qui sont pour leur part gardés. Elle
affirme que, pour qu’un réseau de dons perdure, certains objets
doivent être extraits des échanges

- définit les possessions inaliénables comme « des dépôts


symboliques de généalogies et d’évènements historiques, leur
identité unique, leur donne une valeur absolue, les plaçant au-delà
de la possibilité d’échange d’une chose pour une autre ».
à ces possessions symbolisent l’inaliénabilité du groupe, la
réputation croissante et l’immortalité potentielle d’un chef

Ø donner et garder sont donc 2 composantes nécessaires au


système d’échange

Igor Kopytoff - envisage la marchandisation comme un processus qui s’inscrit


(20ème) Ouvrage : dans la vie sociale des choses, une vie sociale également
- The Social Life of composée de phases de singularisation
Things à perspective dynamique

- propose d’envisager la biographie des marchandises comme


nous étudierons la biographie des personnes (il utilise l’exemple
des esclaves)

- définit la marchandise : être une marchandise, c’est être


échangeable, ce qui requiert de pouvoir être comparé à d’autres
objets et être évalués à leur lumière. Il faut donc être commun, par
opposition aux choses singulières, uniques et incommensurables
qui ne sont pas échangeables
- exemple du doudou qui, avec le temps, se détériore, perd des
accessoires, absorbe des humeurs et des odeurs. Loin de réduire
la valeur de la peluche, ce processus de délabrement le rend
d’autant plus précieux aux yeux de son propriétaire. Pourtant, il ne
pourra plus jamais retourner sur le marché, tandis qu’une peluche
inutilisée (qui n’a donc pas de valeur aux yeux de l’enfant) aura
toute ses chances d’être revendue un jour

Anna Tsing - étudie le matsutake (= champignon le plus cher au monde) : au


(20ème) Ouvrage : Japon, il est apprécié comme don, champignon capable de forger
- The Mushroom at des relations personnelles impliquant un engagement mutuel
the End of the
World - veut montrer que le capitalisme se nourrit de valeurs produites
dans des sphères qui se déploient hors de son contrôle
à ces sphères composent le péricapitalisme, qui assure le
fonctionnement du système économique mondial : c’est là
qu’émerge l’accumulation sauvage

- distingue l’accumulation de l’accumulation sauvage :


Ø l’accumulation est le principe de base du capitalisme : il
consiste précisément à vendre des biens à un prix
supérieur à leur coût de production de manière à dégager
un profit. L’accumulation des bénéfices permet la
concentration de richesse et ainsi la réalisation de
nouveaux investissements

Ø l’accumulation sauvage est le processus par lequel des


entreprises amassent du capital sans contrôler les
conditions dans lesquelles les marchandises sont
produites : les matières premières et la vie humaine qui
permet l’exploitation capitaliste du travail

Karen Ho - rend compte de l’enchâssement des pratiques financières dans


(20-21ème) des réseaux sociaux, des législations et des normes économiques
qui sont situés localement et culturellement définis : la finance
est communément reconnue comme une sphère régie par les
principes de rationalité, d’efficacité, d’intérêt et dès lors, comme
étant autonomes des rapports sociaux et des considérations
culturelles alors que pas du tout

à les réseaux et relations sociales sont fondamentaux dans le


fonctionnement du capitalisme financier globalisé : ces réseaux se
constituent autours de normes et sociabilités articulées localement

Jean Briggs - étudie l’expression des sentiments et les interactions entre les
(20-21ème) membres Uktu, communauté située sur la côte arctique du
Canada

- centre son étude sur la colère : sentiment réprouvé par les Uktu.
Lorsqu’elle exprima de la colère, elle fut ostracisée pendant
plusieurs mois
à oriente alors sa recherche vers la manière dont les émotions
sont exprimées, contrôlées, classifiées et transmises. Elle rend
compte d’un système de sanctions informelles en cas
d’expression affective non appropriée : les Uktu doivent faire
preuve de retenue et ne jamais exprimer de déception ou de
requête frontale ; la socialisation des émotions commence à 3
ans, âge à partir duquel les colères des enfants sont ignorées ou
réprimées si elles perdurent
Ø liens entre les émotions et un ensemble de
significations et d’institutions culturelles

Lila Abu-Lughod - vécut dans une communauté de Bédouins en Egypte où elle est
(20ème) intégrée comme fille adoptive dans une maisonnée polygame ; en
Ouvrage : s’intégrant dans la communauté féminine, elle perd accès à la
- Veiled sociabilité masculine
Sentiments. Honor
and Poetry in a - identifie l’honneur comme principe fondamental autours duquel
Bedouin Society s’organise la morale et la sociabilité des bédouins : elle distingue
néanmoins différentes pratiques, correspondant à différents
statuts sociaux, qui permettent d’atteindre cet idéal :
Ø pour les hommes prospères, l’honneur s’acquiert
fondamentalement en faisant preuve d’indépendance, tant
matérielle qu’affective.

Ø pour les hommes précaires, et les femmes qui sont de fait


reconnues comme dépendantes de la protection des
hommes, l’honneur s’acquiert en faisant preuve de respect
envers les autres
- explique que les sentiments amoureux constituent une menace
pour l’organisation sociale, basée sur des alliances matrimoniales,
et de ce fait, une menace pour la reproduction de l’ordre social
fondé sur l’autorité des hommes à les attachements amoureux ne
doivent pas s’exprimer pas dans les interactions quotidiennes.

- remarque que les gens chantent régulièrement ou ponctuent


leurs discussions de ghinnawas (= vers) : les poésies permettent
aux hommes d’exprimer des sentiments réprouvés dans
l’idéologie d’honneur à laquelle ils sont soumis
à l’expression des émotions peut être le lieu d’une remise en
question des valeurs mises en avant par la collectivité

Sara Ahmed - étudie le bonheur : elle remarque un « happiness turn » qui se


(20-21ème) marque par une multiplication des publications sur le sujet, aussi
bien dans les médias que dans le monde académique
à dans la société occidentale, tout le monde s’accorde sur le fait
qu’il s’agit de l’aspiration humaine ultime. À quoi s’accorde-t-on
concrètement lorsque l’on s’accorde sur l’impératif du bonheur ?

- conceptualise les « happy objects » = objets comme étant


socialement construit comme porteur d’une promesse de bonheur.
Ils peuvent être
Ä matériels : avoir une belle voiture
Ä immatériels : se marier, avoir des enfants, un travail stable

ð le bonheur est une promesse faite à ceux qui acceptent


d’orienter leurs choix de vie vers les objets que la société
distingue comme étant prometteur de bonheur
à dimension politique de ces promesses

(+) insiste sur le caractère dynamique de ces happy


objects : ils peuvent être en vogue à une certaine époque
et puis plus à une autre (ex : la viande)
- s’inspire de la pensée de Spinoza : il reconnaît l’affect comme
une capacité à affecter et à être affecter. Il distingue 3 affects
fondamentaux :
1. la joie : comme capacité à agir
2. la tristesse : comme portant atteinte à la capacité d’agir
3. le désir

Olivia Angé - étudie la place de la pomme de terre dans les sociétés des
à professeure hautes terres de Cuzco : elle est une composante fondamentale
de l’économie domestique de ces sociétés

- découvre que les habitants des hautes terres et les pommes de


terre natives se constituent mutuellement en s’engageant dans
des relations de dépendances réciproques et de
nourrissement mutuel par lesquelles les humains et les plantes
ont besoin l’un de l’autre pour prospérer

- la pdt et les humains composent ensemble un collectif au sein


duquel ils sont apparentés comme mère et enfant :
Ä puisqu’elle nourrit les humains, et que ceux-ci lui doivent la
vie, la pomme de terre est une mère pour eux.
Ä parce qu’elle est soignée par eux quotidiennement, la
pomme de terre est aussi un enfant pour le cultivateur

- les pdt sont investies d’un esprit qualifié d’espiritu en espagnol


ou animú en quechua : elles peuvent être joyeuses, ou pas ; leur
bien-être fluctue en fonction
Ø des contextes écologiques et économiques
Ø de la bonne humeur des cultivateurs : ils doivent travailler
dans leur champ dans la bonne humeur s’ils veulent que
les plants de pomme de terre prospèrent. Travailler dans la
mauvaise humeur est reconnu comme un manque de
respect pour les plantes qui peuvent alors refuser de
produire le précieux tubercule

ð la joie circule d’un organisme à l’autre : lorsque les


pommes de terre prospèrent, les cultivateurs se
réjouissent ; lorsqu’elles souffrent, les paysans sont
anxieux
Ä certaine correspondance avec l’étude de Carsten sur
les flux entre les corps

ð les agriculteurs insistent donc sur le concept d’alegria


(= joie) comme concept fondamental : c’est une ressource
vitale qui fortifie les végétaux au même titre que les
nutriments absorbés dans le sol.
Les cultivateurs engagent donc des interactions destinées
à réjouir les pommes de terre (ex : le Papa T’inkay)

Fred Davis - révèle le rôle crucial de la nostalgie pour « construire, entretenir


(20ème) Ouvrage : et reconstruire nos identités »
- Yearling for
Yesterday - identifie une « orgie nostalgique » dans les années 70 : les
réactions nostalgiques émergent face à la perception d’une
menace dans la continuité des identités sociales
Renato Ronaldo - identifie un type particulier de lamentations : la nostalgie
impérialiste = type de nostalgie selon laquelle les gens sont
endeuillés par la disparition de ce qu’ils ont eux-mêmes
transformé ; quelqu’un altère délibérément une manière de vivre
et regrette que les choses ne soient pas restées comme elles
l’étaient avant son intervention

à nous suscitons les innovations, nous imposons des


technologies et puis nous regrettons le changement de manière à
établie une certaine innocence

David Berliner - réflexion à propos du rôle de la nostalgie comme « posture


cognitive et émotionnelle ayant façonné la production de
connaissances anthropologiques dans le monde académique. La
nostalgie pour des ‘pays-inconnus’ en voie de disparition, une
figure d’exo-nostalgie, a joué un rôle majeur dans l’histoire de
notre discipline »

- exo-nostalgie = le locuteur n’a pas fait personnellement


l’expérience de ce dont il regrette la perte

- endo-nostalgie = les regrets portent sur une époque


personnellement vécue

- la nostalgie des anthropologues existe encore : apologie des


petites sociétés sans écriture qui faisaient l’objets des premières
recherches anthropologiques, fascination pour l’hétérogénéité
culturelle et les particularités locales, par opposition à l’uniformité
culturelle associée à la modernité,…

- insiste sur le fait que l’étiquette « nostalgie » couvre une variété


de regrets caractérisés par des engagements affectifs et cognitifs
divers : certaines expressions nostalgiques sont vides d’émotion,
tandis que d’autres sont emprises de sentiments intenses,
certains sont agréables tandis que d’autres sont pénibles, certains
s’articulent sur des expériences personnelles tandis que d’autres
se fondent sur des expériences relatées par d’autres

- définit la nostalgie : « la nostalgie peut être envisagée comme


une posture spécifique vis-à-vis du passé reconnu comme
irréversible, une série de discours, pratiques et émotions affichés
publiquement dans lesquels l’ancien est, d’une certaine manière,
glorifié et considéré comme définitivement perdu, sans
nécessairement impliquer des souvenirs personnels »
Michael Herzfeld - introduit le terme de nostalgie structurelle =
Ouvrages : « représentation collective d’un temps d’avant le temps dans
- Cultural Intimacy lequel l’équilibre parfait des relations sociales n’a pas encore
souffert de la dégénérescence qui affecte tout ce qui est humain »

à 2 traits de cette nostalgie :

1. sa reproductibilité dans la succession des générations : les


jeunes de chaque cohorte renâclent lorsque leurs parents
évoquent un temps où tout était mieux. En retour, chaque
cohorte reproduit le même regret mélancolique quelques
années ou quelques décennies plus tard

2. son objet : cet objet prend la forme d’une réciprocité


endommagée ; la vertu que l’on dit avoir dépéri implique
toujours une certaine dose de mutualité, mutualité qui a
été, peut-être de manière irréversible, rompue par
l’égoïsme des temps modernes

à plutôt que de tendre vers la reproduction identique de la


structure sociale regrettée, la nostalgie structurelle permet de
tisser de nouvelles interactions et mobiliser stratégiquement la
représentation de structures sociales idéalisées comme argument
moral au profit des situations présentes