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Analyse de projet : Alvar Aalto, chaise paimio 1931 

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Auteur
Alvar Aalto est un architecte designer finlandais né à la toute fin du XIXe siècle. Il compte
parmi les architectes les plus célèbres du monde. Son travail mêle toutes ses passions que
sont l’architecture, le design, le dessin et l’urbanisme. Très jeune il adopte le fonctionnalisme
international dans ses productions dont il affirme le style moderne dans la conception de
nombreux bâtiments. Le fonctionnalisme est un principe selon lequel la forme des bâtiments
doit être exclusivement l’expression de leur usage. L’héritage d’Aalto est fortement marqué
par son travail de designer. En plus des bâtiments Aalto concevait également le mobilier et
l’une de ses oeuvres les plus marquantes et la chaise paimio. Grâce à ce projet il a
réintroduit l’utilisation du bois dans le design moderne. En 1935 il fonde avec sa conjointe sa
société Artek pour répondre à la demande grandissante. Dans sa pratique,il mène de
nombreuses expérimentations matérielles et formelles pour trouver des solutions innovantes
pour son architecture ou encore son mobilier. Le style d’Alvar Aalto dirige le design
scandinave d'après guerre vers une pensée plus humaniste, inspirée par la relation entre
l’homme et la nature. Il se refuse à utiliser des formes géométriques rigides à l’instar du
rationalisme. Le rationalisme de définit par une volonté de ne pas tomber dans un style
international dont Alvar Aalto fait figure. Ce style préconise de se trouver une individualité et
de garder vivace l’esprit du Bauhaus. Le travail de Aalto peut être approché à celui de Frank
Lloyd Wright, architecte américain travaillant sur ces thèmes à la même époque.

Esthétique
Alvar Aalto fonctionne suivant un système de création qui commence par une phase
d’expression libre pour permettre à une idée abstraite de se dégager. Ainsi la forme ondulée
de Paimio a donc près bien pu être inspirée par la forme d’une vague ou encore d’un S
allongé. Nouveauté pour l’époque, ce fauteuil aux lignes aériennes rompt avec l’usage et
l’esthétique alors très répandu et se démarque de l’acier tubulaire. Grâce à l’utilisation du
contreplaqué, l’assise est moulée en une seule et unique pièce. C’est d’ailleurs ce qui lui
procure une ligne graphique. Alto vient suspendre ici une ligne ondulatoire dans le vide.
Quatres entailles à peine visibles sont ajoutées au niveau du dossier. Généralement blanche
ou noire, l’assise est vissée à deux cadres en bois cintré qui forme à la fois le piètement et
les accoudoirs. Le tout se caractérise par un aspect lisse et par son absence d’angle. Une
troisième barre viendra s’ajouter sur les modèles plus récents pour ajouter de la solidité au
fauteuil. Le tout mesure une hauteur de 64 cm pour une largeur de 60 cm et une profondeur
de 80 cm pour un poid total de 10 kg.
Fabrication
Les accoudoirs et le piètement sont réalisés en placage bouleau multipli naturel laqué.
L’assise est quant à elle faite à partir de bouleau contreplaqué laqué en blanc ou noir.
La conception du fauteuil fut le fruit de plusieurs années de recherche sur les possibilités du
bois lamellé collé avec la collaboration du menuisier Otto Korhonen. Bénéficiant de
l’apparition d’une nouvelle colle chimique, la caséine, ils repoussent petit à petit les limites
du lamellé collé cintré en évitant la casse. Alvar Aalto réussit alors à mettre au point un
procédé innovant permettant d’obtenir une courbe de plus de 90° dans le bois, en insérant
des lamelles de contreplaqué dans les rainures longitudinales tracées sur la partie à plier,
avant le collage. La technique joue sur l’épaisseur des feuilles en fonction de la courbure et
de la résistance souhaitée du siège et permet d'obtenir la forme ondulatoire reliant l’assise et
le dossier du Paimio dans une seule et même pièce de contreplaqué cintré.. La résistance
et la souplesse ainsi apportées au bois, permet également au designer de créer les pieds
parfaitement recourbés du fauteuil Paimio. Une fois la pièce obtenue elle doit sécher 24
heures avant d’être démoulée puis divisée en deux côtés égaux. L’assemblage et les
finitions du fauteuil sont effectués à la main.

Fonctionnel
Aalto imagine également le mobilier qu’il va placer au sein d’un sanatorium. Il nécessite du
mobilier léger, souple et hygiénique. Ce fauteuil réunit donc toutes ces qualités. Il appartient
à une gamme de sièges qui décline une variété d’assises en contreplaqué cintré. L’objet est
donc au service d’un projet plus vaste, souvent considéré comme accessoire (ou pas dans
un sens péjoratif) d’une architecture. La volonté de Aalto dans ce projet est de comprendre
le souhait du malade. L’angle entre le dossier et l’assise du fauteuil Paimio offre une position
idéale pour respirer. La dureté du fauteuil serait quant à elle nécessaire pour maintenir le
patient éveillé et ne pas en faire un siège de repos mais bien de détente. Son absence
d’angle est également au service de l’hygiène que nécessite le sanatorium, plus facile à
nettoyer.

Usage
Paimio s’adresse donc initialement aux patients du sanatorium pour lequel l’objet est
destiné. Seulement, petit à petit Paimio s’émancipe de l’établissement. C’est après une
exposition à Londres où Aalto dévoile pour à la première fois à l’étranger tous ses modèles
de mobilier en bois lamellé-collé que les exportations du siège décolle à travers le monde.
La production se fait alors en grande série et l’usage n’est plus alors réservé au milieu
médical mais s’exporte au mobilier d’habitation classique.

Communication
L’objet original est principalement communiqué par la société Artek. Les images du Paimo
sont très simples. Une première vue de côté, quasiment en coupe, permet de souligner la
ligne courbe qui compose le fauteuil. Celui ci est disposé sur un fond blanc pour accentuer
le côté aérien du fauteuil. Une deuxième vue isométrique est proposée avec l’assise dans
une autre couleur et permet de mieux se rendre compte du volume global de l’objet. Le fond
reste blanc. Les deux photos sont accompagnées par une en mise en plan cotée.
Le site Artek propose également des photographies de mise en situation ainsi que la
possibilité de télécharger des modèles 3D.

Commercialisation
Grâce à la société Artek fondé par Aalto lui même, encore 150 exemplaires de Paimio sont
élaborés chaque année et exportés à travers le monde. Le prix s’élève à 3200 euros pour un
modèle.

Ouvertures critiques
Outre l’utilisation novatrice de la technique de cintrage, à travers cette création Aalto
véhicule l’image de son pays la Finlande, de ses paysages et de sa culture notamment
autour du bois. Aalto fait partie de ceux qui pensent que la modernité n’est pas en opposition
avec la tradition et que la démocratisation du design doit aider à désenclaver l’art moderne.
Avec Paimio il propose une vision du modernisme plus accessible. Les courbes et le
matériaux choisis contribuent à faire accepter ce courant, en se rapprochant du
biomorphisme. Cet assouplissement va dans le sens de l’humanisme et dans la prise en
compte de la nature, des formes biologiques et des rythmes de vie. Aalto par cet objet est
devenu un des précurseur du design organique et place l’être humain au coeur de ses
préoccupations et se soucie donc particulièrement de son bien être. On peut donc dire que
fauteuil Paimio 41 est à l’image de la pensée de son créateur : pour l’humain et proche de la
nature.

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