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M1 ST Généralités sur le mélange et la multiplication de fréquence

Généralités sur le mélange et la multiplication de


fréquence
I- Introduction

Lorsqu’un signal sinusoïdal attaque un circuit linéaire, le signal de sortie possède la même
fréquence unique que celui présent à l’entrée ; alors que, lorsque ce même signal sinusoïdal est
appliqué à un circuit non linéaire, les harmoniques de cette onde sinusoïdale apparaissent à la sortie.
Lorsque deux signaux sinusoïdaux sont appliqués à un circuit non linéaire, on obtient alors, en sortie
de ce dernier, les harmoniques de ces signaux ainsi que d’autres fréquences, de valeurs différentes des
fréquences harmoniques de l’un ou l’autre des signaux d’entrée.
Les notions de mélange et de multiplication de fréquence sont obligatoirement associées aux
notions de non linéarité et l’amplitude du signal. Nous examinerons donc, dans ce chapitre, les effets
de non linéarité et de comportement grand signal – petit signal, puis nous définirons ensuite la
fonction mélange et nous exposerons quelques types de mélangeurs.

II- La non linéarité – Les Comportements Petit Signal et Grand Signal

Considérons la caractéristique de transfert Vs= F(Ve) d’un circuit quadripolaire quelconque


(figure 1). La direction vers laquelle est orientée la concavité de la caractéristique n’influe en rien sur
le raisonnement utilisé, notons qu’elle est réaliste.
Si le signal appliqué impose sur la caractéristique Vs= F(Ve) une excursion faible autour du point de
fonctionnement, l’arc A1 B1 décrit par celui-ci est quasiment linéaire et la valeur de la tension de sortie
se déduit linéairement de celle de la tension d’entrée par la relation :
VS  A.Ve (1)

Où A est en première approximation la valeur du coefficient directeur de la tangente à la courbe au


point de repos. Ce comportement est un comportement petit signal et A est le gain en tension faible
signal.
Vs
Tangente à la courbe au point de fonctionnement

A2
A1
Zone de
fonctionnement Zone de fonctionnement
A0
quadratique B1 linéaire
B2

Ve
Figure 1. Caractéristique de transfert non linéaire

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Lorsque l'amplitude de la tension d'entrée augmente (fig.1), la caractéristique décrite par le point de
fonctionnement au cours d'un cycle dévie très fortement de la tangente à la caractéristique de transfert,
au point de repos.
Un moyen commode de décrire cette caractéristique de transfert consiste à faire appel à une série de
puissance.
VS  AVe  BVe2  CVe3  DVe4  .... (2)

Le terme A est le terme linéaire (gain en petit signal).


Le terme B est le terme quadratique (production d'harmonique 2, comme nous le verrons
ultérieurement)
Le terme C est le terme cubique (production d'harmonique 3).
Au fur et à mesure que l'amplitude de la tension Ve augmente, le nombre de termes de la série de
puissance à prendre en considération s'accroît. Ainsi, si l'arc de courbe décrit est inférieur à la portion
A2 B2 ou si la caractéristique est quadratique, seuls les harmoniques 1 (fe) et 2 (2fe) sont générés car
seuls A et B sont à utiliser dans la relation ci-dessus. Ainsi, on voit apparaître le phénomène de
multiplication de fréquence (ici doublement). Le fonctionnement qui est décrit ici, est alors le
fonctionnement grand signal.
Lorsque deux signaux sinusoïdaux V1 et V2 d'amplitudes fortes et de fréquences respectives f1
et f2 sont appliqués à un tel circuit non linéaire, on obtient alors, en sortie, une tension dont
l'expression est constituée de nombreux termes. En effet, si l'on pose:
Ve  V1  V2 (3)

alors :

VS  AV1  V2   B V1  V2   C V1  V2   ....


2 3
(4)

Ceci devient :

V S  AV 1  BV 1 2  CV 1 3  ...  K m V 1 m  AV   2  BV 2
2
 CV 2
3

 ....  K m V 2m 
2 BV 1V 2  3 CV 1 2 V 2  3 CV 1V 22  ...  KV 1 m V 2n 
(5)
La première série de termes entre crochets représente la tension de sortie que l'on obtiendrait si, seul,
le signal V1 attaquait le circuit non linéaire; on montre, en utilisant des formules trigonométriques, que
chaque terme en V1m génère l'harmonique mf1. Un raisonnement identique peut être appliqué à la
deuxième série de terme pour la génération des fréquences mf2, à partir de V2 (f2). La troisième
quantité entre crochets est la somme des produits croisés obtenus à partir du développement de chaque
puissance de la somme V1+V2. On montre que chaque terme k V1m V2n génère deux fréquences,
appelées fréquence somme, fréquence différence et notées:
Fréquence somme : mf1 + nf2 (6)
Fréquence différence : mf1 - nf2 (7)

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(m et n entiers quelconques)
On constate donc qu'une caractéristique de transfert très non linéaire génère une multitude de
fréquences lorsqu'on l'attaque avec deux signaux sinusoïdaux. C'est le comportement typique grand
signal : on obtient alors, en sortie, les deux sinusoïdes amplifiées, leurs harmoniques et toutes les
sommes et différences de toutes les fréquences ci-avant citées; heureusement leur amplitude décroît
lorsque m et n croissent. On appelle les fréquences somme et différence les produits d'intermodulation.
Les deux premiers termes entre crochets correspondent à la distorsion harmonique alors que le
troisième terme entre crochets correspond à la distorsion d'inter- modulation. Notons, qu'accroître les
deux types de distorsion revient à disperser de la puissance et donc à en perdre à la fréquence d'intérêt.

III- Le Mélange ou le Changement de Fréquence

Le mélange ou le changement de fréquence est une opération non linéaire qui transfère les
caractéristiques d'une onde de fréquence FA à une onde de fréquence FB généralement plus basse. Dans
la plupart des cas cette opération est réalisée pour profiter des bonnes conditions de propagation à
fréquence haute, utiliser les larges possibilités de traitement de signal disponibles aux fréquences
basses et bénéficier de leur moindre coût. Parfois, ceci est aussi utilisé pour éviter les interférences
entre les signaux émission et réception, dans les liaisons entre antennes. Notons, en outre, qu'un
mélangeur s'appelle également une hétérodyne et que la fréquence différence s'appelle aussi fréquence
de battement ou fréquence intermédiaire. En résumé, il est possible de dire que la fonction d'un
mélangeur est de générer de nouvelles fréquences.
III.1. Principe
Deux signaux sinusoïdaux sont appliqués à un circuit non linéaire (figure.2). On obtient alors,
en sortie, toutes les fréquences harmoniques et d’intermodulation possibles. Un filtre passe-bande
laisse passer uniquement la fréquence désirée, généralement issue d'un produit d'intermodulation et
pratiquement égale à la fréquence différence. (La fréquence somme est parfois utilisée à l’émission).

V1=v1sin1t Circuit Filtre


non linéaire Passe bande V3=k.sin(1-2)t
V2=v2sin2t

avec v1  v2

Figure 2. Schéma de principe d’un mélangeur

Dans la plupart des cas, un des signaux (ici V1) sera bien plus grand que l'autre pour assurer un
fonctionnement grand signal, faire parcourir au point de fonctionnement une grande partie de la
caractéristique non linéaire et obtenir des signaux d'intermodulation. On appelle généralement le
signal V1 le signal local ou pompe et le signal V2 le signal RF. Le signal V3 est le signal fréquence

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intermédiaire. Le signal V2 est faible, car il est souvent issu d'une antenne de réception; ceci se justifie
aussi par le fait que pour f2 les produits d'intermodulation à indices élevés seront ainsi très faibles.
III.2. Signaux parasites et circuit associés
De nombreuses fréquences différences sont générées lors d'un fonctionnement très non linéaire
d'un circuit électronique: leurs valeurs s'expriment par: mf1 – nf2 (m et n algébriques). Il est donc
possible d'obtenir des valeurs de m et de n qui produisent des valeurs de fréquence différence proches
de f1 – f2.
Alors ces fréquences indésirables peuvent traverser le filtre passe bande placé en sortie. Celui-ci doit
donc être à bande étroite. En outre le point de fonctionnement de repos et l'excursion sur la
caractéristique non linéaire (c'est-à-dire le niveau de pompe ou oscillateur local OL) doivent être tels
que les produits croisés supérieur à l'ordre 2 soient négligeable. Remarquons que ces fréquences
parasites sont générées pour des valeurs élevées de m et de n et possèdent donc une amplitude faible.
Un autre type de fréquence indésirable, à l'entrée cette fois-ci, est constitué par la fréquence
image fi, définie par:

f i  f1  f FI  f 2  2 f FI (8)

f différence  f i  f OL  f FI (9)

Un signal à la fréquence fi peut donc être signal d'entrée du mélangeur; c'est pourquoi tous les
mélangeurs possèdent ou doivent posséder sur leur entrée un filtre de réjection de fréquence image.
De plus, le mélangeur, outre les circuits ci-avant décrits, comporte à l'entrée un circuit de
couplage pour les signaux RF et pompe qui permet de les combiner correctement avant de les
appliquer au composant actif non linéaire. On utilise alors, soit un coupleur directionnel, un
transformateur aux fréquences relativement basses, ou un coupleur hybride aux fréquences plus
élevées, afin de les combiner mais aussi de les isoler l'un de l'autre.
III.3. Le multiplicateur de fréquences
Pourquoi multiplier les fréquences ? Vous vous doutez bien que cela correspond à un besoin.
Prenons un exemple simple. Pour réaliser un émetteur récepteur 432 MHz, nous avons besoin d'un
oscillateur stable sur 288 MHz qui sera mélangé avec du 144MHz.
Plusieurs possibilités de construction sont envisageables :
 oscillation directe, inconcevable, la stabilité ne sera pas assurée ;
 à quartz direct, pas possible, les quartzs ne montent pas à cette fréquence ;
 à PLL (synthèse de fréquence), bien mais trop complexe pour produire une seule fréquence ;
 à quartz + chaîne multiplicatrice, c'est la bonne option.
Le principe est simple, on démarre par un oscillateur à quartz, son oscillation sera très stable, on
applique ensuite cette oscillation à des éléments non linéaires (FETs) qui vont générer des
harmoniques (multiples entiers de la fréquence originelle).

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Grâce à des circuits accordés, nous récupérerons l'harmonique dont le rang nous intéresse, nous
utiliserons un ou plusieurs étages et il nous restera à amplifier le résultat et à lui procurer par un étage
intermédiaire l'isolation voulue.
Ces chaînes multiplicatrices sont très utilisées par les radioamateurs, plus particulièrement quand il
s'agit d'émetteurs et récepteurs fonctionnant en UHF, SHF ou EHF.

Figure 3. Chaine multiplicatrice

La figure 3 illustre un exemple de chaîne multiplicatrice. On utilise un quartz de 24 MHz et l'on


récupère l'harmonique 3 ce qui nous donne du 72 MHz. Le 72 MHz est mis en évidence par un circuit
accordé dans le collecteur du transistor amplificateur.
L'énergie prélevée par un enroulement de couplage sur ce circuit accordé est ensuite transmise à un
étage doubleur qui est lui aussi constitué d'un transistor. Pour mettre en évidence l'harmonique 2, on
place dans son collecteur un circuit accordé sur la fréquence de H2, à savoir 144 MHz. L'énergie est de
nouveau prélevée par un enroulement secondaire couplé magnétiquement au circuit accordé et
envoyée vers un autre doubleur de fréquence qui constituera le dernier étage de cette chaîne
multiplicatrice. Comme pour les autres étages, on placera un circuit accordé sur H2 soit 288 MHz qui
permettra de sélectionner l'harmonique du rang voulu.
III.4. Le mélangeur
Tout circuit non linéaire auquel on applique deux signaux sinusoïdaux F1 et F2 fournit en sortie
le spectre suivant :
F1 , 2F1 , 3F1 , ... nF1
F2 , 2F2 , 3F2 , ... nF2
F1 + F2
F1 - F2
et les produits d'intermodulation comme 2F1 - F2 et 2F2 - F1 pour le 3ème ordre,
et 3F1 - 2F2 et 3F2 - 2F1 pour le 5ème ordre etc.
Donc le principe général sera le suivant, un élément actif ou pas sera utilisé, on lui injectera les
deux fréquences à mélanger et on positionnera un filtre en sortie pour éliminer la composante somme
ou différence et mettre en évidence celle qui nous intéresse.

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Quelques explications concernant ceci :


On retrouve en sortie les harmoniques de rang 1, 2, 3, n des deux fréquences présentes à l'entrée. Le
rang et l'amplitude sont dépendants du montage utilisé.
Plus intéressant pour nous, nous retrouvons une fréquence somme et une fréquence différence et c'est
justement ce couple de fréquences qui nous intéresse.
Exemple pratique
Nous polarisons de manière idoine un transistor et lui appliquons une fréquence F1 de 14 MHz
et une fréquence F2 de 5 MHz. Que retrouvons-nous en sortie ?
On retrouve F1, F2 les harmoniques liés à F1 et F2 et du 19 MHz (14+5) et du 9 MHz (14-5) (figure
4).

Figure 4. Sortie du mélangeur de deux signaux

Pourquoi mélanger ?
Car nous avons sérieusement besoin du mélange. Dans tous les émetteurs-récepteurs, à de rares
exceptions près, il y a au moins un mélange de fréquence. Le concept superhétérodyne des récepteurs
depuis au moins 1935 utilise un mélangeur, certaines modulations ne sont possibles que grâce au
mélangeur, la détection des mêmes signaux ne se fait que parce qu'on utilise un mélangeur. C'est un
élément indispensable.
Technologie des mélangeurs à diodes
Le mélangeur que nous venons d'étudier est un double mélangeur équilibré. Il contient
essentiellement quatre diodes de commutation rapides à bas niveau de seuil (Schottky) et deux
transformateurs à point milieu (figure 5). Leurs rôles consistent à déphaser de 180° les deux signaux à
mélanger.
Ce type de mélangeur est certainement ce qui se fait de mieux, en revanche, il est affecté de
quelques petits défauts.
1 - le facteur de bruit; ce type de mélangeur à diodes introduit une perte du signal de 8 à 10 dB qu'il
faudra compenser par de l'amplification.
2 - pour obtenir les meilleures caractéristiques, il faut lui fournir un signal OL (oscillation locale)
puissant, typiquement 10 dBm et plus pour le modèle haut niveau. 10 dBm représentent 10 mW.

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3 - pour offrir les meilleures performances, ces mélangeurs demandent d'être chargés par les
impédances définies par le constructeur à savoir 50, ce qui n'est pas toujours simple à réaliser.

Figure 5. Schéma interne du mélangeur à diodes

Les mélangeurs à transistors


On peut réaliser un mélangeur en utilisant seulement un transistor. C'est tout à fait applicable
pour un émetteur ou un récepteur mais pas n'importe où car ce type de mélangeur a des
caractéristiques d'intermodulation fortement dégradées par rapport au mélangeur à diodes. En clair
ceci signifie que l'on retrouvera en sortie les signaux F1, F2, F1 + F2, F1 - F2, 2F1-F2 et 2F2 - F1.
La figure 6 suivante illustre un exemple de mélangeur à FET. Le signal F1 est envoyé sur la grille
tandis que le signal F2 est injecté sur la source. On retrouve toutes nos fréquences (celles que l'on veut
et les autres...) sur le drain qui comporte un circuit accordé. Ce schéma est transposable naturellement
aux transistors bipolaires.

Figure 6. Mélangeur à base du FET

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