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La croissance agricole du Haut Moyen Âge


| Jean-Baptiste Marquette

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Guy Bois
p. 37-52

Texte intégral
1 Partons de deux séries de remarques, sur le champ
d’observation choisi et sur la problématique adoptée.
2 Le champ paraîtra peut-être singulièrement étroit. La
plupart, en effet, des pièces ici produites se rapportent à
une commune mâconnaise, Lournand, qui jouxte celle de
Cluny. Soit environ 1150 hectares de petites collines
calcaires et de vallons où, depuis le Haut Moyen Age,
céréales et vignes occupent la majeure partie du sol et où
s’entremêlent, comme en une charnière, les influences du
Nord et celles du Midi (nous sommes à moins de
10 kilomètres au sud de la frontière linguistique, des limites
séparant le biennal du triennal, les tuiles rondes des tuiles
plates et à la pointe méridionale des zones d’implantation
franque). Le choix d’un échantillon aussi restreint est,
précisons-le, délibéré. Il ne procède pas d’une conversion
subite au genre de la monographie locale dont on a si
souvent et à juste titre souligné les limites et les dangers. Il
s’agit d’un choix de méthode, doublé d’un pari. Convaincu
de notre ignorance à peu près totale des ressorts de la
croissance médiévale ou, si l’on préfère, de la dynamique du
féodalisme européen, j’ai cru devoir adopter, à l’égard d’un
problème aussi complexe, un angle d’attaque nouveau : la
combinaison de la micro-analyse et de l’approche dans la
longue durée, l’une ne pouvant d’ailleurs être conduite sans
l’autre, pour des raisons très évidentes. Le pari résidant
dans l’espoir que l’examen de l’infiniment petit (les cellules
élémentaires du corps social), puisse ouvrir la voie à
certains progrès, comme il l’a fait dans d’autres disciplines
scientifiques. Quant au choix de l’échantillon lui-même, il
tient à la qualité exceptionnelle de la principale source
disponible (le cartulaire de Cluny)1 et au fait que Lournand,

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en raison de sa proximité vis-à-vis du monastère, est le


village pour lequel notre information est la plus riche.
3 S’agissant maintenant de la problématique de la croissance
agricole, on partira d’idées simples. La première consiste à
écarter résolument les explications unilatérales, lesquelles
sont toujours des explications en trompe-l’œil, molles et
paresseuses, même quand elles sont doctement assénées.
La remarque s’applique, à titre d’exemple, à la démographie
que l’on ne cesse, ici et là, avec une consternante
obstination, de placer à l’origine de tout processus de
croissance. Qu’elle en soit le meilleur indicateur n’est
évidemment pas douteux ; qu’elle en soit aussi un facteur,
prenant place dans une chaîne de causalités, ne l’est pas
davantage. Mais décréter a priori qu’elle en est le moteur
est inadmissible sur le plan intellectuel. On remarquera
aussi que le recours à des interprétations unilatérales peut
emprunter des cheminements moins grossiers. Il en va ainsi
fréquemment à propos des rapports entre progrès
technique et types d’exploitations. Il importe certes au plus
haut point d’apprécier le rôle respectif à cet égard du “grand
domaine” et de l’exploitation paysanne. Mais fonder un
schéma explicatif sur une alternative de ce type, en
attribuant à l’un ou à l’autre les mérites de la croissance,
reviendrait à s’enfermer dans le ghetto de la micro-
économie, à ignorer la dimension macro-économique du
problème, à isoler enfin le fonctionnement de ces unités de
production d’un contexte aux facettes multiples (politique,
mentale…). Bref, on ne s’engagera pas dans une telle voie.
4 A l’inverse, posons au départ l’exigence d’une interprétation
plus globale de la croissance du Haut Moyen Age. S’il agit
bien, comme l’exemple étudié le laisse à penser, d’une
tendance lourde, pluriséculaire, touchant à de multiples
aspects de la société, il est dès lors impensable qu’elle ne
soit pas en rapport direct avec les autres tendances lourdes
qui déploient leurs effets tout au long de la période : le

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déclin de la ville, l’affaiblissement de l’Etat, la pénétration


du christianisme, les profondes inflexions sociales (dans la
condition paysanne ou les rapports de parenté). Poser cette
exigence revient à dire qu’aucune interprétation de la
croissance n’est satisfaisante si elle ne rend pas compte des
articulations et corrélations entre ces divers ordres de
phénomènes. C’est aussi refuser toute explication
prématurée et maintenir une délimitation aussi rigoureuse
que possible entre le descriptif et l’explicatif, entre le
comment et le pourquoi. On partira donc d’un simple
diagnostic de la croissance, pour aller plus avant dans
l’examen des conditions sociales de la croissance, rejetant in
fine les tentatives de globalisation.

I. — Le diagnostic
5 La croissance agraire peut revêtir des aspects fort différents
selon qu’elle procède d’une simple extension de l’espace
cultivé (croissance extensive) ou d’amélioration d’ordre
technique (outillage et façons agricoles). La grille de lecture
appliquée à notre documentation retiendra donc
successivement trois critères : l’occupation du sol, le
nombre des hommes, le progrès technique.

A) L’occupation du sol
6 Nos sources ne permettent pas de se faire une idée précise
du degré d’occupation du sol avant le Xe siècle. Par contre,
l’installation des moines à Cluny jette subitement une vive
lumière sur notre terroir. Les transactions foncières, sous
leurs diverses formes (ventes, donations, échanges), se
comptent par centaines et les actes sont en règle générale
d’une grande précision : indication des lieux-dits, superficie
des parcelles, mention des confronts et de la nature des
cultures. Source d’une grande richesse en elle-même donc,
mais dont l’exploitation peut encore être valorisée par le
recours aux sources plus tardives (notamment l’immense

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série d’actes notariés des XVIIe et XVIIIe siècles, fort utiles


pour les repérages toponymiques) et par l’examen des
étapes ultérieures de l’occupation du sol.
7 Le dépouillement de ces sources est sans surprise : il
confirme les conclusions développées par Georges Duby à
l’échelle du Mâconnais2 : une occupation du sol presque
complète, des paysages agraires fort proches de leur état
actuel, un habitat déjà fermement enraciné et qui ne subira
guère de modifications par la suite, y compris dans
l’importance relative des divers hameaux. Il est
parfaitement clair que la mise en valeur des sols cultivables
a été réalisée pour l’essentiel avant 900, si ce n’est pas dès
l’époque romaine. Le pointage des parcelles mentionnées
(chaque fois qu’il est possible de le faire grâce à la mention
d’un lieu-dit ou de tel ou tel élément du paysage) révèle une
remarquable continuité jusqu’à nos jours dans la
physionomie du terroir. L’examen des étapes ultérieures du
défrichement en apporte d’ailleurs une confirmation
supplémentaire :

1. La progression du XIe au XIIIe siècle concerne la seule


fraction du terroir où le cartulaire trahissait une faible
occupation. Il s’agit des hauteurs de la Crâ séparant
Lournand de Cluny : des terres caillouteuses et ingrates
dont une bonne part retourneront à la friche lors de la
grande tourmente de la fin du Moyen Age. Des hommes
cependant s’y étaient fixés, laissant une triple
empreinte : un parcellaire plus régulier, un habitat
dispersé et une chapelle dédiée à saint Claude (fort
honoré au XIIIe dans les deux Bourgognes).
2. La deuxième avancée des cultures se situe dans les
années 1750/1760. Ultime grignotage des bois relevant
des communautés de Lournand et Collonge, dont on
trouve un inventaire précis dans les archives de la
subdélégation de Cluny. Des manouvriers et vignerons

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sont alors autorisés à exploiter des lots de vingt ares


environ dans les communaux : réponse à la brutale
surcharge démographique qui vient alors de se
manifester.

8 Ne surestimons pas pour autant la portée de ces deux


dilatations de l’espace cultivé. Sans qu’il soit possible de la
chiffrer avec précision, on imagine mal une augmentation,
au total, de plus de 10 % des labours. Des conquêtes
marginales et au surplus médiocres. L’essentiel avait été fait
dès avant le Xe siècle. Au cours du Haut Moyen Age ? Ni
l’examen de la toponymie, ni celui du parcellaire ne
permettent d’apporter à cette question de réponse
suffisamment précise. On retiendra donc seulement que le
modèle classique plaçant l’expansion agraire et les grands
défrichements dans la phase centrale ne saurait être
appliqué ici sans précautions particulières. Dans des
régions de peuplement précoce (telle le Mâconnais)
l’occupation du sol avait été poussée assez loin pour que
l’expansion ultérieure ne puisse revêtir une dimension autre
que marginale.

B) La démographie
9 L’approche démographique corrobore ce résultat et permet
en outre de l’affiner. Parler de démographie peut paraître
excessif au regard des sources disponibles. Il n’est pas
inutile cependant de les exploiter avec toutes les
précautions d’usage pour tenter d’apprécier d’une part le
niveau atteint au Xe siècle et d’autre part le mouvement
antérieur.

1. On ne prétendra pas établir, à partir du cartulaire, le


nombre précis d’habitants vivant vers 900 sur le
territoire de l’actuelle commune de Lournand. Tentons
seulement d’évaluer le seuil au-dessus duquel ce
nombre se situe. L’opération est au demeurant fort

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simple : elle consiste à relever entre 915 et 950 (soit une


période de 35 ans, supposée correspondre à l’espérance
de vie) les noms de tous les propriétaires fonciers
figurant dans les actes, soit directement (vendeurs et
donateurs), soit indirectement (mentionnés dans
l’énumération des confronts). La liste ainsi obtenue
comporte soixante-quinze noms, dont soixante-sept
pour les trois principaux hameaux (vingt-neuf à
Lournand, vingt-quatre à Collonge, seize à Chevagny),
le reste s’éparpillant dans des habitats secondaires. Elle
représente un seuil inférieur car on peut
raisonnablement penser que quelques propriétaires
passent entre les mailles du filet tendu par le cartulaire.
Il nous faut tenir compte en outre de ceux qui ne
possèdent rien : des servi d’une part et des dépendants
ou colons travaillant une terre qu’ils ne possèdent pas
et que nous apercevons occasionnellement sans
pouvoir les dénombrer avec précision. L’analyse de la
structure sociale de ce village nous a conduit à évaluer
la place des esclaves à environ 15 % de la population
totale et celle des colons entre 5 et 10 %. Le correctif
nécessaire pour procéder à une évaluation grossière de
la population de Lournand est donc de l’ordre de 20 à
25 %. Sans perdre de vue le caractère approximatif d’un
tel calcul et les inévitables sources d’erreur qu’il
comporte, on parvient ainsi à une estimation de l’ordre
de quatre-vingt-dix familles ; en termes de densité, en
rapportant ces chiffres à la superficie cadastrale, nous
serions autour de quarante habitants au km2 ; densité,
remarquons-le, qui n’aurait rien d’incongru puisque,
pour le nord de la Gaule, les polyptyques nous livrent
des résultats analogues. Nous n’attribuerons
naturellement pas à ce chiffre de 40 h/km2 une valeur
mathématique rigoureuse ; il ne s’agit que d’un ordre
de grandeur, plus significatif, à tout prendre, que de

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vagues impressions. Il indique que les campagnes


mâconnaises sont déjà fortement garnies dès l’an 900.
Il exclut aussi toute hypothèse de doublement (voire
davantage) ultérieur de la population puisque le
sommet, en matière de densité rurale (il sera atteint à
la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle) se situera
aux alentours de 70 h/km2 dans ce même village. Nous
voici, par conséquent, devant un monde, sinon “plein”,
du moins presque plein.
2. Peut-on se faire une idée de ce que fut la croissance
démographique durant l’époque franque, du VIe au
Xe siècle ? Les sources écrites, on l’imagine aisément,
sont d’un faible secours. Le cartulaire de Saint-Vincent
de Mâcon, seul point d’appui pour la période
considérée n’apporte qu’une maigre moisson de
données : quelques mentions d’essarts, des toponymes
dont l’interprétation est toujours hasardeuse ; ici et là,
l’indication du nombre d’enfants vivant dans un
ménage (comment les utiliser quand nous ignorons
tout des conditions dans lesquelles leur présence est
enregistrée ?).

10 Reste l’archéologie, seule susceptible d’apporter quelque


lumière sur le point de départ du VIe siècle. Or, par chance,
nous disposons d’un travail de qualité sur cette même
région, grâce à H. Gaillard de Sémainville3. Ce travail,
consacré aux garnitures de ceinture, a exigé l’établissement
d’un répertoire des sites de cimetières mérovingiens et la
fouille de l’un d’entre eux, à Curtil-sous-Burnand, village
situé à quelque dix kilomètres au nord de Lournand. Du
point de vue démographique, deux résultats de la plus
haute importance s’en dégagent. D’abord, la plupart des
villages ou hameaux actuels ont eu leur cimetière à tombes
sous dalles d’époque mérovingienne. Preuve que le
peuplement présentait dès le VIe siècle l’aspect d’un réseau

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à mailles très serrées et que l’habitat a manifesté par la suite


une remarquable stabilité. L’idée selon laquelle les habitats
ruraux ne se seraient fixés que tardivement, au XIe siècle,
par suite de l’“encellulement des hommes” (Robert Fossier)4
apparaît ici (Mâconnais et Chalonnais) dénuée du moindre
fondement. Mais le résultat le plus important est celui
fourni par la fouille du cimetière de Curtil : sept cents
tombes sur une période de 150 années (début VIe-milieu
VIIe). Par le nombre des morts Gaillard de Sémainville tente
d’approcher celui des vivants. En supposant une espérance
de vie de l’ordre de trente ans et en introduisant le correctif
rendu nécessaire par l’absence de restes d’enfants de moins
de 5 à 6 ans, il attribue à cette localité une population de
cent-cinquante habitants qui, rapportée à la superficie du
finage, nous donnerait une densité d’environ 20 habitants
au km2. Ce résultat fournit un point de comparaison fort
utile. Car non seulement Curtil est très proche de Lournand
mais les deux finages sont en tous points semblables :
même importance relative des bois et des friches, même
distribution du sol, à l’époque moderne, entre céréales,
vignes et prés. Du reste, les densités rurales au sein des
côtes mâconnaise et chalonnaise présentent du XVIIe au
XIXe siècle une grande homogénéité : Curtil atteindra une
densité record identique à celle de Lournand (70 h/km2) au
même moment, sous la Monarchie de Juillet, à l’instar des
campagnes environnantes. Dans ces conditions, on a toute
raison de penser que ce résultat, grosso modo, vaut aussi
pour le Lournand de l’époque mérovingienne. En d’autres
termes, la population du village aurait doublé à l’époque
franque. Il devient difficile dès lors de rejeter d’un simple
revers de main l’hypothèse d’une forte croissance agraire
dans cette période et de tout mettre au crédit du Moyen Age
central. Etant bien entendu que l’on ne saurait généraliser
imprudemment une telle hypothèse : nous sommes ici
devant un petit morceau de la France centrale présentant

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des caractéristiques particulières. L’occupation du sol y fut


précoce ; la présence gauloise et romaine, l’une et l’autre
très marquées ; les invasions germaniques n’y ont pas
revêtu un caractère catastrophique… Autant de conditions
que l’on retrouve sans doute souvent dans la France
méridionale mais de façon moins évidente dans la France
du Nord. Le déplacement vers le nord du centre de gravité
de la vieille Gaule, au cours des siècles suivants pourrait
bien trouver là sa principale explication : dans le Midi, les
possibilités offertes à la croissance agraire ont été épuisées
plus tôt qu’ailleurs. Il va sans dire que ce point de vue n’est
nullement une négation des grands progrès ultérieurs. Il
récuse seulement, et sans la moindre hésitation, le point de
vue selon lequel le démarrage se situerait après l’An Mil et
son corollaire indispensable : le sombre tableau des
campagnes carolingiennes (populations mal fixées dans des
habitats incertains et fragiles, inertie technique…).
11 En définitive, la sous-estimation de la croissance agraire du
Haut Moyen Age pourrait bien procéder d’une triple illusion
d’optique. D’abord, elle se voit moins parce que les sources
sont plus rares qu’elles ne le seront par la suite ; ensuite, il
s’est agi d’une croissance de caractère interne, au sein du
finage, sans l’aspect spectaculaire qui apparaîtra plus tard,
avec la création de terroirs neufs ; enfin le déclin de la ville à
l’époque franque, contrastant avec l’explosion urbaine
ultérieure, a certainement induit des jugements pessimistes
sur l’état des campagnes à partir du postulat implicite (mais
totalement injustifié, comme j’ai essayé de le montrer par
ailleurs5) selon lequel l’activité de la ville refléterait plus ou
moins l’état des campagnes environnantes, ce qui me paraît
être le pire contresens que l’on puisse commettre dans la
mesure où, nous le verrons plus loin, l’étiolement de la ville
purement parasitaire, léguée par l’Antiquité, a été sans
doute l’une des conditions les plus favorables à l’essor des
campagnes. Qu’à ces facteurs objectifs d’erreur s’ajoute

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quelque jugement de valeur mal réprimé sur les


Carolingiens, le dérapage est assuré6…

C) Le progrès technique
12 Il y a, rappelons-le, croissance et croissance. Davantage
d’hommes et de terres cultivées, autrement dit une simple
croissance extensive, n’implique pas nécessairement le
progrès technique ; et, dans ce cas, elle ne saurait être
durable car elle s’accompagne inévitablement d’une
tendance à la baisse de la productivité du travail, ce
qu’aucune société ne peut supporter indéfiniment. Est-ce le
cas ici ? tel est l’enjeu du diagnostic technique, le plus
délicat entre tous à établir.
13 Sur un point au moins, du reste fort important, celui de
l’énergie hydraulique, la réponse est claire : la réseau des
moulins à eau est en place au début du Xe siècle. L’abbaye
de Cluny s’est bornée à les récupérer un à un, non sans
difficultés ni conflits, comme ce fut le cas précisément pour
le moulin de Merzé qui desservait Lournand. Dans le cadre
d’un “grand domaine” la présence de moulins à eau n’aurait
évidemment rien de surprenant. Dans une campagne
reculée, où la structure domaniale est absente, elle est le
signe que la révolution énergétique a déjà fait sentir
profondément ses effets et elle contredit l’hypothèse d’une
stagnation technique.
14 Les données relatives à l’outillage et aux façons culturales
sont bien plus fragiles. En fait, on ne dispose pas d’éléments
précis avant le document de gestion de 1156, établi par
Henri de Winchester à la demande de Pierre le Vénérable,
dans le but d’améliorer les revenus du temporel abbatial7.
La pratique de la rotation triennale y est formellement
attestée, non seulement sur les champs seigneuriaux mais
aussi sur des terres paysannes ; la présence d’un train de
culture lourd, formé de six bœufs, s’en dégage aussi. Autant
d’indices d’une réelle modernité technique. Notre

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information est trop tardive pour en tirer des conclusions


fermes sur la chronologie du progrès technique. Qui a
introduit la rotation triennale ? et quand ? Le mérite en
revient-il aux moines ? ou ceux-ci ont-ils été, comme ce fut
le cas en matière de moulins, les héritiers d’avancées
antérieures ? Le fait que le Mâconnais présente alors, sur le
plan technique, une grande homogénéité accrédite plutôt la
dernière hypothèse. En outre, les densités rurales observées
plus haut impliquaient une intensification dans la mise en
valeur des terroirs et suggèrent l’idée d’un progrès
technique précoce.
15 Au total, en dépit de zones d’ombres difficilement
réductibles, la croissance agricole du Haut Moyen Age est
loin d’être un mythe en Mâconnais. Sous son double aspect
quantitatif et qualitatif, elle pose même un problème
d’ensemble d’une portée considérable. On s’égarerait à n’y
voir qu’un effet de la future révolution féodale, car dans une
large mesure (dont l’étendue reste certes à préciser) elle a
précédé la mise en place des nouvelles structures sociales,
politiques et idéologiques ; et, sans doute même, a-t-elle
pris place dans le processus qui conduisait à la mutation
globale de la société franque. Raison supplémentaire pour
ne pas évacuer ce problème ou le reléguer dans le chapitre
clos d’une histoire économique conçue de manière étroite :
voici bien une question centrale.

II. — Les conditions sociales de la


croissance
16 On abordera l’examen du contexte social en prenant appui
sur le support documentaire le plus solide, le cartulaire de
Cluny. Non pas pour esquisser un tableau d’ensemble de la
société mâconnaise au Xe siècle, mais pour souligner
seulement trois éléments de ce contexte, en raison de leur
incidence directe sur le problème de la croissance agraire.

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A) Une société esclavagiste


17 La société mâconnaise est demeurée profondément
esclavagiste jusqu’au Xe siècle, le tournant véritable (en ce
domaine comme dans bien d’autres) coïncidant avec la
révolution féodale des alentours de l’An Mil. Il s’agit là du
seul point important de désaccord avec les conclusions
développées par Georges Duby dans sa thèse publiée
en 1953. Une brève mise au point s’impose donc ici sur la
condition juridique, l’importance numérique et le rôle
économique du groupe servile.
18 Pas de divergence sur les aspects principaux de la condition
servile : le servus est la propriété de son maître, il est exclu
de la vie publique… Le désaccord porte uniquement sur le
rapport de l’esclave à la terre. Si l’on admet, comme le
pensait Georges Duby, que le servus a le droit d’acquérir
des biens ou qu’il dispose de droits reconnus sur la terre
qu’il cultive, cela signifierait effectivement qu’il ne relève
plus de la condition servile traditionnelle, laquelle a
toujours associé l’exclusion de la propriété et la
non-citoyenneté de l’esclave. Cependant, tel n’est pas le cas,
me semble-t-il. A la veille de l’An Mil, les servi du
Mâconnais, dans leur immense majorité, n’accèdent
toujours pas à la propriété. Ils n’interviennent jamais en
tant qu’acteurs dans les transactions foncières et ne figurent
pas davantage parmi les très nombreux propriétaires
mentionnés dans l’énumération des confronts. A une
exception près, qui peut induire en erreur : les servi de
Saint-Pierre (c’est-à-dire ceux de l’abbaye) possèdent
effectivement des biens. Ceux-ci ne sont plus, à proprement
parler, des esclaves. D’ailleurs, les textes le précisent très
clairement : ils ont été arrachés à l’infamie du lien
personnel envers un autre homme, au nexus de la servitude.
Jalon important dans la dissolution de la servitude antique
mais cette étape n’a pas encore été franchie par les esclaves
dépendants de maîtres privés.

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19 Peu importe, pensera-t-on peut-être, si la réalité sociale de


l’esclavage s’est déjà modifiée et si le servus est devenu un
tenancier héréditaire, engagé dans un “rapport de
production nouveau” vis-à-vis de son maître. N’est-il pas
dès lors plus proche du tenancier libre que de l’esclave
antique ? Rien dans l’exemple étudié ne justifie ce point de
vue et tout laisse même à penser le contraire. La seule chose
que l’on puisse affirmer est que le couple servile vit, avec ses
enfants, sur un petit lot de terre (“manse” ou “courtil”) pour
lequel il doit un “servitium” non défini et probablement
arbitraire. Ceci n’autorise nullement à voir dans l’esclave un
tenancier sauf à extrapoler hâtivement à partir de la
situation que nous connaissons pour les “grands domaines”
carolingiens. Pas la moindre trace de mainmorte, ni d’un
quelconque droit sur la terre, ni d’une transmission
héréditaire de fait de cette terre. Un détail, à cet égard, est
significatif. Dans une vingtaine de cas, nous connaissons de
façon précise la composition de la famille servile quand
celle-ci est donnée par un maître à l’abbaye, avec la terre
qu’elle cultive. Il s’agit d’une famille démographiquement
opulente : trois ou quatre enfants (parfois davantage) sont
chose fréquente. Or, pas une seule fois n’est mentionnée la
présence sur ce même lopin d’un deuxième couple issu du
mariage de l’un des enfants. Une régularité aussi parfaite du
modèle une exploitation/un couple ne peut être obtenue
autrement que par un strict contrôle de la famille servile, les
maîtres ne constituant de nouveaux ménages qu’en fonction
de leurs besoins, c’est-à-dire de la vacance d’un manse. Si
les droits des descendants étaient acquis ne verrait-on pas
ici et là, quand les parents atteignent un âge élevé, l’un des
fils prendre femme et prendre en charge l’exploitation ?
Sans doute certaines de ces familles serviles ont-elles
tendance à s’enraciner (et à enraciner leur descendance)
dans l’exploitation qui leur a été confiée, car tel est l’intérêt
compris de leurs maîtres. Il n’empêche que nous sommes

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en présence d’un groupe d’hommes et de femmes qui sont


propriété d’autres hommes et qui sont dépourvus de tout
droit sur la terre. La présence du mot servus dans les textes
n’est donc pas un simple archaïsme de langage ; elle
exprime un archaïsme social bien réel.
20 Ces esclaves sont-ils nombreux ? L’estimation grossière à
laquelle on est parvenu pour la deuxième moitié du Xe siècle
est d’environ 15 % de la population totale. C’est dire qu’ils
ne travaillaient qu’une faible partie du sol cultivé, la
majeure part restant entre les mains de petits et moyens
alleutiers. La paysannerie libre est par conséquent à la base
de la production agricole. On n’hésitera pas pour autant à
maintenir le concept de société “esclavagiste”. D’abord
parce que le travail servile représente ici la forme
dominante de travail dépendant, le recours, de la part des
maîtres, à une main d’œuvre réputée libre ne revêtant qu’un
caractère marginal ou complémentaire (environ un “colon”
pour trois esclaves). Ensuite parce qu’il s’agit d’un élément
décisif de la structure sociale : l’hégémonie des maîtres
vis-à-vis de la paysannerie libre repose avant tout sur la
possession de ces servi. Enfin, parce qu’il s’agit aussi d’un
élément décisif au niveau des représentations mentales : le
système de valeurs dominant (conception de la vie publique,
du travail et des loisirs, des hiérarchies sociales) reste
profondément esclavagiste. La prégnance du modèle est
telle que l’on peut rencontrer de modestes alleutiers, ne
possédant qu’un seul manse mais le faisant cultiver par une
famille servile malgré l’aberration économique que cette
solution représente.
21 Une première constatation se dégage donc des observations
précédentes : dans le cas étudié, il est exclu d’établir une
corrélation entre croissance agraire et déclin ou disparition
de l’esclavage. Le fait mérite peut-être d’être souligné car
une longue tradition historiographique et même
sociologique (Max Weber) pousse en ce sens, en suggérant

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que le travail servile est par nature peu productif. On ne voit


pas sur quoi se fonde une telle affirmation, sinon sur de
vagues considérations morales, au demeurant fort
respectables. On serait même tenté d’inverser la proposition
et de voir dans le maintien de l’esclavage un facteur du
progrès technique dans les campagnes. Force est de
constater que les esclaves sont alors associés au secteur le
plus dynamique de l’économie rurale, dans le cadre des
petits domaines possédés par les maîtres. Qui donc, sinon
eux, pouvaient avoir construit, entretenu et exploité les
moulins à eau pour le compte de ces derniers ? Quelle autre
solution pour la main d’œuvre servile excédentaire que le
travail artisanal, quand l’accès à la propriété du sol lui est
interdite et quand toutes les autres portes de la vie civile et
religieuse lui étaient fermées ? Pourquoi l’institution
romaine du peculium était-elle toujours présente sinon
pour permettre aux maîtres de tirer profit de ce travail ?
N’étaient-ils pas, tout simplement, les héritiers naturels,
depuis l’Antiquité, d’une tradition “mécanique” dont
l’idéologie dominante leur avait conféré le quasi monopole ?
N’est-ce pas ce rôle technique qui, combiné à l’autonomie
conférée par le chasement sur une terre, a favorisé leur
promotion sociale et ouvert la voie à la fin de l’esclavage ?
N’est-ce pas enfin le glissement de cette main d’œuvre
qualifiée vers les nouveaux noyaux urbains médiévaux, au
lendemain de la révolution féodale, qui a transféré les forces
vives du progrès technique, de la campagne vers la ville ?
Simple questionnement, reposant, je le reconnais
volontiers, sur un faisceau de présomptions plus que sur
des preuves ; invitation, néanmoins, à ne pas trop négliger
le rôle des esclaves dans le problème qui nous concerne.
Etant bien entendu que ce rôle ne saurait être considéré
isolément, c’est-à-dire indépendemment du rôle des
maîtres pour qui ils travaillaient.

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B) Les maîtres
22 La deuxième donnée du contexte social est la prédominance
d’un petit groupe de familles (sept sur le territoire étudié).
Il s’agit de gros alleutiers dont on évoquera brièvement les
caractéristiques sociales avant d’examiner leur rôle sur la
plan économique.
23 Aucune limite précise ou directement visible ne les sépare
alors de la masse des hommes libres. Pas d’appellation
spécifique, pas de solution de continuité dans le spectre des
fortunes foncières. Les deux familles les plus puissantes
peuvent posséder jusqu’à sept ou huit exploitations, les plus
modestes deux ou trois ; mais toutes ont en commun de
vivre du travail de leurs esclaves.
24 Ce groupe se distingue ensuite par de fortes solidarités
familiales parfaitement visibles dans les souscriptions des
actes chaque fois qu’une donation d’une certaine
importance intervient. Les liens de parenté en sont donc le
ciment social principal et lui donnent sa cohésion face aux
communautés paysannes voisines. On notera enfin qu’une
proportion notable (environ le 1/3) de leurs enfants sont
voués à l’état clérical. De toute évidence, les liens unissant
ces familles à Mâcon, spécialement à l’évêque, et les revenus
qu’elles en tirent, entrent pour une bonne part dans la
reproduction sociale de cette élite locale.
25 On les désignera ici par le terme de “maîtres” pour
souligner l’importance que revêt pour eux la possession
d’esclaves et pour éviter le terme de “seigneurs”, s’agissant
d’hommes n’exerçant aucune autorité légitimée sur les
paysans du voisinage. Ce n’est que dans la deuxième moitié
du Xe siècle que nous voyons ces hommes, ou du moins une
partie d’entre eux, se comporter en petits chefs locaux,
imposant des “coutumes” nouvelles, contraignant les
villageois à des corvées, plongeant du même coup le pays
dans une ère de désordres et de violences d’où surgira, au
bout du compte, un ordre social et politique nouveau.

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Réponse au déclassement auquel les condamnaient le


naufrage des armatures carolingiennes et la montée de
pouvoirs locaux nouveaux (ici, celui des moines).
26 Quelle était la place, dans l’activité économique, de ce
groupe social ainsi circonscrit ? Précisons d’abord dans quel
cadre cette activité s’inscrivait. Pas la moindre trace de
régime domanial au sens classique du terme. Pas même de
grande exploitation, à proprement parler, puisque le
patrimoine de ces maîtres est formé d’une addition de
manses ou courtils, confiés le plus souvent à des ménages
serviles et formant autant d’unités d’exploitation distinctes.
Parlons plutôt de “petits domaines” pour désigner ces
modestes nébuleuses (sans cesse remaniées par les hasards
successoraux) placées sous l’autorité d’un maître.
27 Tout laisse à penser que ces petits domaines représentaient
le secteur le plus dynamique de l’économie rurale. La
localisation des biens relevant des maîtres présente en effet
une singularité frappante. Peu nombreux sur les parties
anciennes des terroirs, coteaux calcaires aux terres légères
vouées presque exclusivement au blé et à la vigne, ils se
pressent au contraire dans la dépression de la Grosne où les
prés et les bois sont abondants. Face à l’agriculture
traditionnelle de type romain apparaît ainsi un secteur où
l’activité pastorale a une tout autre dimension et où
l’élevage et les cultures sont plus étroitement associés.
D’autant que les terres lourdes de la vallée exigent des
attelages d’une certaine puissance. Si les progrès techniques
évoqués plus haut (train de culture lourd, rotation
triennale) étaient en œuvre dès le Xe siècle, voire plus tôt,
c’est évidemment dans ce secteur qu’ils se sont frayé un
chemin. Les maîtres ne font-ils pas preuve par ailleurs
d’initiative en matière économique ? Ils manifestent le souci
d’augmenter les surfaces cultivées en négociant avec des
paysans des contrats de complant ; ils tiennent entre leurs
mains le réseau des moulins à eau.

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28 On ne peut donc se les représenter sous les traits de


guerriers plus ou moins indifférents aux réalités
économiques. Ce groupe social a certainement tenu un rôle
actif dans la croissance agraire, spécialement dans sa
dimension technique ; un rôle que, selon Moses Finley, ne
tenaient pas leurs prédécesseurs romains du Bas Empire,
leurs revenus étant alors essentiellement d’origine
politique. D’où venait donc cet intérêt nouveau pour la
sphère de l’économie, au sein de la société dirigeante ? La
réponse à cette question – nous y reviendrons plus loin –
pourrait bien fournir l’une des clés du problème posé par le
démarrage de l’économie occidentale.

C) De vieilles communautés paysannes


29 La majeure partie de la population est constituée de petits
paysans cultivant eux-mêmes la terre qu’ils possèdent.
L’omniprésence de l’alleu paysan au début du Xe siècle ne
fait en effet aucun doute, étant bien entendu que, par la
suite, on assiste à l’entrée continue de petits alleutiers dans
la dépendance de Cluny. Autant dire que, arithmétiquement
parlant, la croissance agricole, ne serait-ce que dans sa
dimension démographique, a d’abord été le fait de ce
groupe. Dans l’examen des conditions sociales de la
croissance, deux données sont ici à retenir :

1. Le rôle de la communauté de village ou de hameau en


tant que structure d’encadrement majeure de la vie
rurale. Affirmer l’existence de ces communautés ne
présente rien de nouveau. De longue date, on a relevé
les fréquentes mentions dans le cartulaire des “terres
des francs” ou des “terres communes”, de même que les
mentions des droits d’usage découlant de la possession
d’un manse ou d’un courtil. Dans l’exemple étudié,
nous sommes en présence de trois communautés
distinctes (Lournand, Collonge, Chevagny) disposant

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chacune de son finage et de terres “communes” propres


(bois ou près). Mais pourquoi insister sur la force et
l’ancienneté de ces structures d’encadrement ? Tout
simplement parce que la consultation des sources
ultérieures (médiévales, modernes et contemporaines)
montre de façon évidente que la régulation de la vie
rurale s’est maintenue dans le cadre de ces cellules de
hameau comme en autant de cadres infrangibles, en
dépit de toutes les modifications intervenues dans les
structures englobantes (seigneurie, paroisse,
commune…). La continuité, en matière de pratiques
communautaires est stupéfiante. La pratique de
l’affouage, encore vivante de nos jours, a toujours pour
cadre le hameau et respecte l’antique distribution des
bois entre les diverses communautés. L’organisation
du pâturage des moutons sur les friches et les jachères,
au siècle dernier, s’effectuait encore au sein de chacun
de ces finages bien qu’ils aient été regroupés en une
même commune. Mieux encore, tel pré sur une rive de
la Grosne, qualifié au Xe siècle de terre commune des
francs de Chevagny, est aujourd’hui propriété de la
commune de Lournand, mais les revenus qu’ils
procurent restent affectés à des dépenses propres au
hameau de Chevagny… Pour que ces formes
d’organisation paysanne aient ainsi perduré avec pareil
acharnement, indifférentes aux divers remaniements
politiques et sociaux intervenus depuis l’an 900, il
fallait bien que leurs racines fussent déjà anciennes et
leur cohésion très tôt affirmée. Sans ouvrir ici le débat,
complexe et obscur, relatif aux origines de ces
communautés, on se bornera à constater que le déclin
de l’autorité publique au cours du Haut Moyen Age n’a
pu que renforcer ces solidarités locales dont l’essor est
une réponse classique à l’acéphalie croissante d’une
société. Et ceci n’expliquerait-il pas que la même

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période ait été décisive en matière d’aménagement des


terroirs : une phase d’intensification dans la mise en
valeur, favorisée précisément par la cohésion
grandissante des communautés ? La force du lien
communautaire expliquerait aussi que l’expansion
agraire se soit alors inscrite dans les limites des
finages, à l’exclusion de tout essaimage extérieur ou
individuel, et qu’elle ait engendré les très fortes
distorsions démographiques observées si souvent d’un
lieu à un autre. Différence de nature avec la croissance
agraire de la période suivante, quand la mise en place
d’une autorité seigneuriale ferme sur un territoire
d’une certaine étendue rendra à nouveau possible une
certaine mobilité de la population et une sorte
d’“aménagement du territoire”. Cette forme seconde du
développement agraire, illustrée par la création de
terroirs neufs, a peut-être fasciné les historiens, comme
la lumière les papillons ; elle n’est cependant que le
simple prolongement de la précédente et repose sur elle
comme sur un socle qui, bien que moins visible, ne
semble pas mériter le dédain ou l’ignorance que
certains lui témoignent encore.
2. Ces communautés paysannes ont connu, du point de
vue de leurs rapports avec la société dominante, un
véritable âge d’or pendant l’époque franque. Certes
ont-elles subi la pression multiforme des maîtres
locaux ; une nouvelle forme d’impôt foncier, la dîme, a
aussi alourdi les charges de la paysannerie. Mais ceci
n’avait rien de comparable à la terrible étreinte fiscale
subie par la paysannerie gallo-romaine, étreinte dans
laquelle on s’accorde généralement à voir la cause
majeure du déclin agraire du Bas Empire. Peut-on
comprendre la croissance agraire du Haut Moyen Age,
au moins dans sa dimension démographique, si l’on
omet de voir qu’une partie importante du produit brut

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de chaque village n’était plus drainée par un appareil


fiscal emporté par la débâcle de l’Etat ? Il s’agit là d’une
donnée majeure, tant en termes macro-économiques
(ratio population rurale/ressources) qu’en termes
micro-économiques (la “reproduction” au sein de
chaque exploitation paysanne est rendue plus facile).

30 Au total, quel que soit le groupe social considéré (esclaves,


maîtres ou paysans) on observe des conditions sociales
favorables à la croissance agraire. Des maîtres dont les
comportements économiques s’affirment quand l’Etat ou la
guerre ne suffisent plus à assurer leurs assises matérielles,
des paysans plus autonomes et dégagés des contraintes les
plus lourdes, des esclaves au seuil de la société des libres et
pour qui le travail est le vecteur principal de la promotion
sociale, tous ces facteurs convergent et participent au
développement économique. Ce faisant, on n’explique rien ;
on décrit seulement quelques modalités sociales de la
croissance. La véritable question est dans le pourquoi de
cette convergence. Peut-on y répondre sans une vision plus
globale des transformations d’ensemble qui affectent alors
la société ? Certainement pas. C’est dans cette direction
qu’il convient de s’engager pour tenter d’esquisser une
problématique de la croissance.

III. — Croissance agraire et système social


31 La problématique proposée s’organise autour de deux axes
principaux :

1. Première proposition : l’économie et la société du Haut


Moyen Age fonctionnent sur les mêmes principes, sur
les mêmes bases que la société antique, à ceci près qu’il
s’agit d’une société antique en voie de désorganisation
dans laquelle les dysfonctionnements s’accumulent.
2. Deuxième proposition : la croissance agraire s’inscrit

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pleinement (effet et cause) dans ce processus de


déstructuration ; elle est l’image inversée de la
contraction de la ville antique et du déclin de l’Etat,
autres aspects du même processus. Ce qui revient à
dire qu’il fallait que la ville de type antique dépérisse
pour qu’un nouvel essor pénètre les campagnes et à
dire aussi que la croissance agraire obéit alors à une
logique foncièrement différente de celle qui
sous-tendra la croissance ultérieure (liée aux nouvelles
structures féodales).

A) Persistance du système antique


32 La notion de système antique est prise ici dans le sens très
précis que lui a donné Moses Finley et dont on trouvera
l’exposé le plus concis et le plus complet dans son Economie
antique8. En un mot, il s’agit d’un ensemble de structures
(sociales, économiques, mentales) animé par une
dynamique originale. Sur le plan des structures, retenons
essentiellement l’esclavage, la séparation rigide entre ville et
campagne (liées par le seul rapport tributaire), le rôle
déterminant de l’Etat dans la vie économique et sociale
(refoulement des mécanismes de marché, régulation des
hiérarchies sociales au sein de la société dominante par la
redistribution des produits du fisc). La dynamique du
changement social est caractérisée par la primauté du
politique avec pour corollaire une sorte d’encastrement de
l’économie : dans cette perspective, le fil directeur de
l’histoire du Bas Empire est le développement ininterrompu
de la bureaucratie conduisant à une hypertrophie
paralysante de l’Etat.
33 L’examen de notre échantillon mâconnais met en évidence
une remarquable continuité structurelle jusqu’au Xe siècle.
On ne reviendra pas sur la question de l’esclavage sinon
pour rappeler que l’idéologie et la charpente sociale
reproduisent encore, au-delà de certaines inflexions, les

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modèles antiques. Il faudra l’idéologie des trois ordres de la


mutation féodale pour qu’une rupture décisive intervienne
en ce domaine. Autre illustration frappante des continuités :
le rapport ville/campagne à l’époque franque est resté un
rapport de type antique, unilatéral et exclusivement
tributaire. Le paysan de l’époque franque n’a pas accès au
marché urbain ; l’échange en milieu rural, demeure de
caractère intra-villageois et repose fondamentalement sur le
troc ; de même, le mécanisme du marché n’intervient que de
façon marginale dans la circulation des produits et dans les
modalités de transmission de la terre. Jusqu’à quand cette
structure, dont on observera la très forte cohérence,
s’est-elle maintenue ? On ne trouvera, me semble-t-il de
meilleur révélateur que dans le mouvement des prix, celui
des prix de la terre notamment (car le moins difficile à
saisir). En Mâconnais, le résultat est spectaculaire : la
décennie 970/980 connaît une véritable explosion des prix
qui semble d’ailleurs avoir largement participé à la
déstabilisation de la société mais qui est surtout le signe des
changements intervenus en profondeur dans les rouages de
l’économie. La suite est mieux connue. On assiste à un
essaimage de bourgs marchands partant à la conquête de
leur environnement rural et nouant avec lui un rapport
bilatéral : la ville produisant, pour la première fois, à
l’intention des campagnes et devenant un marché pour
elles. A-t-on mesuré l’ampleur des effets induits par
l’introduction de ce seul mécanisme ? Il s’agit d’un
bouleversement d’une portée immense. Le paysan est
désormais happé, peu ou prou, par le mécanisme du
marché ; la ville “médiévale” (“féodale” conviendrait sans
doute mieux) est proche de lui, à portée d’un déplacement
journalier ; il doit vendre et donc produire plus, pour être
en mesure d’acheter ; le désenclavement progressif des
campagnes s’amorce ; l’expansion urbaine est-elle alors
autre chose que la montée des activités secondaires et

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tertiaires au fur et à mesure que les paysans sont entraînés


dans cette relation réciproque ? En d’autres termes, avant et
après l’an mil nous sommes en présence de logiques
différentes en matière de développement. Parler de
systèmes sociaux, distinguer un système antique qui
perdure du système féodal qui pointe à l’horizon, ne sont
nullement des professions de foi de nature idéologique,
comme certains seraient tentés de le croire ou de le faire
croire. C’est tout simplement prendre en compte la réalité
des changements intervenus et tenter d’en donner une
traduction conceptuelle. Faute de quoi, on parlerait de la
croissance agraire en termes généraux sans voir qu’elle
s’inscrit dans des contextes radicalement différents et en
mettant en quelque sorte la charrue devant les bœufs.
34 Reste un point capital qui semble a priori contredire la
thèse de la persistance des structures antiques : la brisure et
le déclin de l’Etat. Finley, en effet, attribuait à l’Etat un rôle
décisif dans le fonctionnement du système antique.
Comment dès lors parler de continuité et de primat du
politique ? On notera d’abord que brisure ne signifie pas
disparition. L’Etat subsiste dans les royaumes barbares ou
dans la monarchie carolingienne (vigueur du caractère
public des institutions, maintien des rouages étatiques
locaux que sont les cités). Par contre, sa fonction principale
(la levée de l’impôt foncier) décline rapidement de sorte que
la pièce maîtresse du dispositif est désormais défaillante.
D’où le dysfonctionnement le plus grave du système : la
guerre ou l’activité de conquête deviennent l’inévitable
relais qui permet à l’instance politique de maintenir tant
bien que mal sa capacité distributrice. La politique domine
toujours l’évolution globale de la société, mais de façon
inversée. A une logique dominée par l’hypertrophie
croissante de l’Etat se substitue une logique dominée par
son anémie constante et inexorable, chaque palliatif
suscitant de nouveaux accès de faiblesse. Même système,

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même logique, mais dans une phase de déstructuration.

B) Une croissance nourrie par le processus de


déstructuration
35 Il n’entre pas dans notre propos de suggérer ici une analyse,
même schématique, du processus global de déstructuration
du système antique. Il n’est encore qu’un horizon de
recherche et l’on imagine aisément sa complexité. Il doit
être perçu comme un ensemble de processus affectant une à
une toutes les sphères de l’activité sociale ; des processus
solidaires les uns des autres, mais obéissant en même
temps à des rythmes différents (plus rapides dans l’ordre
politique que dans celui de l’économie, plus lent encore
dans le champ des mentalités) d’où des décalages qui
freinent et parfois bloquent le processus global. De là ces
mouvements de longue durée dont on observe aisément la
continuité entre le Ve et Xe siècles, qu’il s’agisse de la
ruralisation de la société, du déclin du grand commerce et
de la ville, de la question servile, de l’affaiblissement des
institutions publiques ou du renforcement de l’encadrement
clérical. La cohérence entre tous ces phénomènes ne saurait
être perdue de vue. Mais bornons-nous à constater que la
croissance agraire est bénéficiaire de ces processus, par de
multiples canaux.
36 Evoquons quelques-uns d’entre eux comme autant de pistes
à explorer :

Le déclin de la ville antique et de l’Etat (les deux faces


d’un même processus) libère les campagnes du corset
qui les étreignait. Sorte de facteur négatif : il atténue
une charge parasitaire dont la lourdeur était un
obstacle au développement.
L’évolution politique, répétons-le, insuffle un
dynamisme économique nouveau dans chacun des
groupes sociaux. Dans les communautés paysannes,

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plus cohérentes et autonomes, parce que livrées à


elles-mêmes ; parmi les esclaves pour qui ce
dynamisme se confond avec l’aspiration à la liberté
quand les portes de l’intégration dans une
communauté plus large s’entrouvrent pour eux ; parmi
les maîtres qui doivent de plus en plus compter sur
leurs ressources locales quand l’instance politique n’a
plus grand chose à distribuer.
Plus fondamentale, même si on la devine à peine, est la
lente et obscure émergence de comportements
économiques plus individuels et autonomes. Si l’on
veut bien accorder au grand domaine sa véritable place
(une place secondaire, voire marginale) il est clair que
l’économie rurale repose plus que jamais sur la petite
exploitation familiale, y compris dans le secteur
dominé par les maîtres, et que ce phénomène est en
corrélation avec l’affirmation de la cellule conjugale. En
termes économiques, cela signifie une plus grande
mobilisation de la force de travail du groupe familial et
probablement un esprit d’initiative plus prononcé.
Tout ceci est difficilement cernable ou mesurable mais
on ne comprendrait pas la brusque explosion de
l’échange au sein des campagnes à la fin du Xe siècle si
l’on ne prenait en compte la lente maturation
antérieure qui tendait à faire de chacun (ou de chaque
groupe familial) un agent économique à part entière.
L’accès du paysan au marché n’est-il pas, en dernière
analyse, le couronnement d’un processus
d’individualisation croissante de la production ? On
affirmera la même idée d’une façon un peu différente
en voyant dans la période franque le temps de la
naissance de l’économie, en tant qu’activité dotée d’une
relative autonomie : elle se libère peu à peu ce cette
corte d’encastrement dans laquelle elle était placée
vis-à-vis du politique.

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37 En conclusion, je serais tenté de qualifier la croissance


agraire du Haut Moyen Age de phénomène historique
central que l’on ne saurait perdre de vue sans rendre
inintelligible le monde médiéval. Pour deux raisons
principales :

1. Nous sommes devant le moment décisif dans l’essor de


l’Europe : celui où le char est attelé et s’ébranle. Certes,
la croissance restera-t-elle en quelque sorte
“intravertie” pendant longtemps car prisonnière des
conditions sociales qui l’ont rendue possible. Mais la
deuxième phase ou phase “extravertie” du Moyen Age
central (grands défrichements et explosion urbaine) est
inconcevable sans la précédente, sans cette
accumulation primitive de progrès technique,
d’intensification du travail, d’individualisation de la
production. Tout a été préparé par une profonde
inspiration des campagnes, à la fois effet et cause de la
déstructuration du système antique.
2. Ce phénomène est central car il a pesé très lourd sur
l’évolution sociale elle-même. Pourquoi tout
bascule-t-il dans les deux dernières décennies du
Xe siècle au point que l’ordre ancien s’effondre
irrémédiablement et qu’un ordre nouveau (politique,
social et idéologique) s’établit dans la violence ?
Pourquoi, sinon parce que la croissance modifie la
donne sociale et engendre des effets incontrôlables (le
marché, par exemple) ? Sans elle, point de révolution
féodale concevable.

Notes
1. Recueil des chartes de l’abbaye de Cluny, formé par A. BERNARD publ.
par A. BRUEL, 6 vol., Paris, 1876-1903.
2. Georges DUBY, La société aux XIe et XIIe siècles dans la région
mâconnaise, Paris, 1953.

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3. Henri GAILLARD de SEMAINVILLE, “Les cimetières mérovingiens de la


Côte chalonnaise et de la Côte mâconnaise” dans Revue archéologique de
l’Est et du Centre-Est, 1980, 3e supplément.
4. Robert FOSSIER a développé maintes fois cette idée, notamment dans
Enfance de l’Europe. Aspects économiques et sociaux, Paris, 1982.
5. Guy BOIS, La mutation de l’an mil : Lournand, village mâçonnais de
l’Antiquité au féodalisme, Paris, Fayard, 1989.
6. Robert Fossier semblant craindre que l’hypothèse de la croissance
agraire ne procède que d’une volonté d’exalter la dynastie carolingienne,
je précise ici, pour éviter toute confusion, que cette honorable famille n’a
pu peser en aucune manière sur un processus aussi profond et que je ne
me range ni dans le camp des thuriféraires des Carolingiens… ni dans
celui de leurs pourfendeurs, préférant, à l’instar des Kharidjites, “sortir”
d’un débat dont je ne parviens pas à saisir le sens ou l’intérêt.
7. Recueil des chartes de l’abbaye…, V, p. 490-505.
8. Moses I. FINLEY, L’Economie antique, Paris, 1974. Regrettons, en
citant cet ouvrage, qu’il soit aussi systématiquement ignoré par les
médiévistes français.

Auteur

Guy Bois
© Presses universitaires du Midi, 1990

Conditions d’utilisation : http://www.openedition.org/6540

Référence électronique du chapitre


BOIS, Guy. La croissance agricole du haut Moyen Age : le maçonnais au
Xe siècle In : La croissance agricole du Haut Moyen Âge : Chronologie,
modalités, géographie [en ligne]. Toulouse : Presses universitaires du
Midi, 1990 (généré le 11 avril 2020). Disponible sur Internet :
<http://books.openedition.org/pumi/22682>. ISBN : 9782810709144.
DOI : https://doi.org/10.4000/books.pumi.22682.

Référence électronique du livre


MARQUETTE, Jean-Baptiste (dir.). La croissance agricole du Haut
Moyen Âge : Chronologie, modalités, géographie. Nouvelle édition [en
ligne]. Toulouse : Presses universitaires du Midi, 1990 (généré le 11 avril

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2020). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org


/pumi/22647>. ISBN : 9782810709144. DOI : https://doi.org/10.4000
/books.pumi.22647.
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