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Ouvrage réalisé sous la direction de

Hélène Potelet
3 e

Michelle Busseron-Coupel Claire Pelissier-Folcolini


Agrégée de lettres classiques, Agrégée de lettres modernes
Paris (75) Collège Georges-Brassens,
Marignane (13)
Jean-François Dru
Certifié de lettres classiques Hélène Potelet
Collège Hoche, Versailles (78) Agrégée de lettres classiques,
Paris (75)
Claudine Grossir
Agrégée de lettres modernes Dorine Samé-Tuquet
Maître de conférences Certifiée de lettres modernes et FLS
ESPE Paris-Sorbonne (75) Collège Victor-Duruy, Paris (75)

Annie Lomné Monia Snoussi


Certifiée de lettres classiques, Certifiée de lettres modernes et FLS
Levallois (92) Collège Paul-Éluard,
Garges-lès-Gonesse (95)
ÉDITION : Laurence Péchiné-Gautré, Bérénice Catin--Poix et Florence de Boissieu
CORRECTION : Monika Gabbay et Alice Coutant
CONCEPTION GRAPHIQUE : Sabine Beauvallet, Sophie Duclos
MISE EN PAGES : Sabine Beauvallet

© Hatier, Paris, 2017 ISBN : 978-2-401-00073-5


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Sommaire
PARTIE I Textes et images

Se raconter
1 L’écriture de soi 2 Enfance, de Nathalie Sarraute
Groupement de textes Œuvre intégrale
• J.-J. Rousseau, Les Confessions ................... 13 • La maison natale ........................................... 25
• V. Hugo, Correspondance .............................. 14 • Départ de Russie ........................................... 25
• G. Sand, Histoire de ma vie ............................ 15 • Entre le père et la mère .................................. 26
• M. Onfray, Le Désir d’être un volcan ............... 16 • La découverte de l’amitié............................... 27
• Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe ....... 17 • Le plaisir de la réussite scolaire ...................... 27
• H. Berr, Journal .............................................. 18 • L’évasion par la lecture .................................. 28
Lecture accompagnée • La fin de l’enfance ......................................... 29
• A. Nothomb, Stupeur et tremblements ........... 19 Activités vocabulaire et écriture ..................... 29
Histoire des arts Activités histoire des arts ............................... 30
• L’autoportrait ................................................. 19 Je construis le bilan ....................................... 30
Outils pour lire et s’exprimer .......................... 20 Entraînement au brevet
Je construis le bilan ....................................... 22 • Une expérience désagréable ......................... 31
Entraînement au brevet
• A. Nothomb, Stupeur et tremblements ........... 22

Visions poétiques du monde


3 Paysages lyriques Entraînement au brevet
• V. Hugo, « Demain, dès l’aube... » ................. 45
Groupement de textes et d’œuvres d’art
• A. de Lamartine, « L’isolement » .................... 33
• A. Rimbaud, « Sensation » ............................. 34 4 Objets familiers, objets poétiques
• P. Verlaine, « Chanson d’automne » ............... 35 • V. Hugo, « Fenêtres ouvertes » ...................... 47
• C. Baudelaire, « Un hémisphère dans • A. de Musset, « Le rideau de ma voisine » .... 48
une chevelure » ............................................... 36 • C. Sauvage, « La corbeille » ; Y. Bonnefoy,
• G. Apollinaire, « La chanson du mal-aimé ».... 38 « Les pommes » .............................................. 49
• P. Éluard, « La courbe de tes yeux » .............. 39 • F. Coppée, « Vieux soulier » .......................... 50
• J. Gracq, « Aubrac » ; Y. Bonnefoy, • P. Éluard, « La terre est bleue… » .................. 51
« Que ce monde demeure ! »............................ 40 • A. Breton, « Poème-objet » ........................... 51
Histoire des arts • F. Ponge, « Le pain » ..................................... 51
• Fenêtres sur le monde ................................... 42 Histoire des arts
Outils pour lire et s’exprimer .......................... 43 • La vanité : l’art de l’objet ................................ 52
Je construis le bilan ....................................... 44

3
Dénoncer les travers de la société
5 La critique de la société, Activités vocabulaire et écriture ..................... 69
du Moyen Âge au XVIIIe siècle Activités histoire des arts ............................... 70
Groupement de textes Je construis le bilan ....................................... 71
• Roman de Renart ........................................... 53 Entraînement au brevet
• F. Rabelais, Gargantua ................................... 54 • Voltaire, Candide ou l’Optimisme .................... 71
• J. de La Fontaine, « Les obsèques
de la Lionne » ................................................... 55
• J. de La Bruyère, Les Caractères ................... 57
7 La presse satirique et les
• Montesquieu, Lettres persanes ...................... 59
humoristes du XIXe au XXIe siècle
Histoire des arts Groupement de textes et d’images
• Ridicule, de P. Leconte................................... 60 • Le Gorafi, « Son GPS en panne, il se repère
uniquement en regardant le nom des rues » .... 73
Outils pour lire et s’exprimer .......................... 61
• Fary, « #Hashtag » ........................................ 75
Atelier expression orale ................................. 62 • La modernité vue par Sempé et Pawel
Je construis le bilan ....................................... 63 Kuczynski ......................................................... 76
Entraînement au brevet • Le pouvoir de l’argent vu par Daumier,
• J. de La Fontaine, « Le Loup et l’Agneau » ... 63 Plantu et Les Guignols de l’info ....................... 78
• Cabu et Phosphore, « Peut-on rire de tout ? » 79
6 Jeannot et Colin, de Voltaire Lecture accompagnée
• M. Satrapi, Persepolis .................................... 80
Œuvre intégrale
Outils pour lire et s’exprimer .......................... 80
• Deux amis ..................................................... 65
• L’éducation de Jeannot ................................. 66 Je construis le bilan ....................................... 81
• Les aléas de la vie ......................................... 67 Entraînement au brevet
• Retrouvailles .................................................. 68 • Le Gorafi, « Il réussit à s’évader du labyrinthe
Parcours culturel imprimé au dos de son paquet de céréales » ... 81
• Les combats de Voltaire ................................ 69

Individu et pouvoir
8 Rhinocéros, d’Eugène Ionesco 9 Se battre pour la paix
Œuvre intégrale Groupement de textes
• Un rhinocéros dans la ville (acte I) ................. 83 • E. M. Remarque, À l’Ouest rien de nouveau ... 95
• Des symptômes inquiétants (acte II) ............. 85 • R. Martin du Gard, Les Thibault ..................... 96
• Les valeurs humaines en question (acte II) .... 86 • L.-F. Céline, Voyage au bout de la nuit ............ 97
• Des métamorphoses à répétition (acte III) ..... 87 • Vercors, Le Silence de la mer ......................... 98
• Rester un homme (acte III) ............................ 88 • J. Kessel, L’Armée des ombres ...................... 99
Lecture accompagnée Lecture accompagnée
• T. Strasser, La Vague...................................... 89 • J.-C. Rufin, Le Collier rouge ......................... 100
Histoire des arts Histoire des arts
• La mise en scène de la métamorphose ......... 90 • P. Picasso, La Guerre et la Paix .................... 101
Outils pour lire et s’exprimer .......................... 91 Outils pour lire et s’exprimer ........................ 102
Je construis le bilan ....................................... 92 Atelier expression orale ............................... 103
Entraînement au brevet Je construis le bilan ..................................... 104
• L’humanisme en danger (acte III) .................. 93 Entraînement au brevet
• J.-C. Rufin, Le Collier rouge ......................... 104

4
10 La poésie, cri de révolte • D. Diop, « Afrique » ; A. Césaire, Cahier
et chant d’espoir d’un retour au pays natal ................................. 111

Groupement de textes Histoire des arts


• P. Éluard, « Liberté » ................................... 107 • L’adaptation cinématographique :
• M. Druon et J. Kessel, L’Armée des ombres, de Jean-Pierre Melville .. 112
« Le chant des partisans » ............................. 108 Activités vocabulaire et écriture ................... 112
• C. Delbo, « Une plaine couverte de marais » Je construis le bilan ..................................... 112
et « Vous qui savez » ..................................... 109 Entraînement au brevet
• B. Vian, « À tous les enfants » ..................... 110 • R. Desnos, « Ce cœur qui haïssait la guerre » 113

Progrès et rêves scientifiques


11 L’homme, objet scientifique 12 Des fleurs pour Algernon,
de Daniel Keyes
Groupement de textes
• M. Shelley, Frankenstein ou le Prométhée Œuvre intégrale
moderne ......................................................... 115 • Une opération à haut risque......................... 125
• M. de Kerangal, Réparer les vivants ............. 117 • Un problème moral ...................................... 126
• Le Monde, article sur les cellules souches • Plus intelligent qu’Algernon.......................... 126
embryonnaires humaines créées par clonage .. 118 • La solitude ................................................... 127
• A. Huxley, Le Meilleur des mondes ............... 118 • Un cruel désenchantement .......................... 128
• B. Werber, Troisième Humanité ..................... 119 • Les sentiments plus forts que la science...... 129
Lecture accompagnée • Une double personnalité ............................. 130
• J.-C. Mourlevat, Terrienne ............................ 120 Activités vocabulaire et écriture ................... 130
Histoire des arts Activités histoire des arts ............................. 131
• La manipulation génétique dans la bande Je construis le bilan ..................................... 132
dessinée ........................................................ 121
Entraînement au brevet
Outils pour lire et s’exprimer ........................ 121 • Le bilan de l’expérience ............................... 132
Je construis le bilan ..................................... 123
Entraînement au brevet
• H. G. Wells, L’Île du docteur Moreau ............ 123

5
PARTIE II Étude de la langue

LE VERBE, LA PHRASE, LES PROPOSITIONS L’ÉNONCIATION ET L’ORGANISATION DU TEXTE


1. Le verbe et ses constructions .................... 137 26. La situation d’énonciation ......................... 172
2. La phrase simple et la phrase complexe .... 138 27. Les paroles rapportées : discours direct,
3. Les propositions subordonnées ................. 139 indirect et indirect libre .............................. 173
4. Les types et les formes de phrases ........... 140 28. Les reprises nominales et pronominales ... 175
BILAN Le verbe, la phrase, les propositions ... 142 29. Les progressions thématiques .................. 176
30. La forme emphatique ............................... 177
LES FONCTIONS GRAMMATICALES 31. La modalisation – L’explicite et l’implicite ... 179
5. Le sujet et l’attribut du sujet ....................... 143 32. L’argumentation et les connecteurs
6. Les compléments du verbe ....................... 144 logiques.................................................... 180
7. Les compléments de phrase (1) : lieu, BILAN L’énonciation et l’organisation
temps, manière, moyen, accompagnement 145 du texte ............................................................181
8. Les compléments de phrase (2) : cause,
conséquence, but, comparaison ............... 146 LE VOCABULAIRE
9. Les compléments de phrase (3) : 33. L’origine et la formation des mots ............. 182
condition, opposition, concession.............. 147 34. Les synonymes et les antonymes ............. 184
10. Les expansions du nom (1) : l’épithète, 35. Les homonymes et les paronymes ........... 184
le complément du nom, l’apposition ......... 148 36. Le champ sémantique et la polysémie ...... 185
11. Les expansions du nom (2) : 37. Le champ lexical, les mots génériques
la proposition subordonnée relative .......... 149 et spécifiques ........................................... 186
12. Les accords dans le groupe nominal ........ 151 BILAN Le vocabulaire .................................... 187
BILAN Les fonctions grammaticales .............. 152
OUTILS
LES CLASSES GRAMMATICALES • Les registres littéraires ................................. 189
13. Le verbe, le nom et l’adjectif ..................... 153 • Les figures de style ...................................... 190
14. Les déterminants et les pronoms.............. 154 • La versification ............................................. 191
15. L’accord des indéfinis ............................... 156
16. Les mots invariables ................................. 157 SE PRÉPARER AU BREVET
BILAN Les classes grammaticales ................. 158 • Sujet de Brevet complet .............................. 192
• MÉTHODE 1 Justifier ses impressions
LA CONJUGAISON ET LA VALEUR DES TEMPS de lecture .................................................... 193
17. Les temps simples de l’indicatif : • MÉTHODE 2 Comparer l’image et le texte .... 195
les valeurs ................................................ 160 • MÉTHODE 3 Analyser et commenter
18. Les temps composés de l’indicatif : des choix stylistiques ................................... 197
conjugaison et valeurs ............................. 161 • MÉTHODE 4 Analyser le vocabulaire ............. 198
19. L’impératif et le subjonctif : conjugaison • MÉTHODE 5 Maîtriser les principales règles
et valeurs .................................................. 162 d’orthographe.............................................. 200
20. Le conditionnel : conjugaison et valeurs ... 163 • MÉTHODE 6 Réussir le sujet d’imagination ... 200
21. La forme passive et la forme • MÉTHODE 7 Réussir le sujet de réflexion ...... 202
impersonnelle ........................................... 165
22. Les verbes pronominaux .......................... 166
23. L’accord du participe passé...................... 167
24. Les modes impersonnels : formation
et valeurs .................................................. 168
25. Le participe présent et l’adjectif verbal ...... 169
BILAN La conjugaison et la valeur des temps 171

6
Avant-propos
Vous trouverez dans ce livre du professeur les • Les textes sont questionnés avec les objec-
réponses complètes à toutes les questions et exer- tifs suivants :
cices des parties « Textes et images », « Étude de – formuler à l’oral des impressions de lecture
la langue » et « Se préparer au Brevet » ainsi que (Échanger et comprendre) ;
la liste des ressources en ligne (manuel numé- – conduire l’élève à construire le sens (Analyser) ;
rique interactif et hatier-clic).
– lui apprendre à construire un bilan de sa lec-
ture (Bilan) ;
Les compétences de lecture
– l’engager à une réflexion sur les valeurs et sur
• Les compétences de lecture attendues en cycle l’actualité des textes lus, en lui montrant que
4 sont les suivantes : ces textes sont propres à le toucher (Le coin du
– lire des images, des documentaires com- philosophe).
posites (y compris numériques) et des textes Le questionnement est progressif. Un parcours
non littéraires ; différencié (parcours A et B) est régulièrement
– lire des œuvres littéraires, fréquenter des proposé.
œuvres d’art ;
– élaborer une interprétation des textes litté-
Les compétences d’écriture
raires.
• Les compétences à atteindre sont les suivantes :
• Vous trouverez ainsi dans votre manuel des – utiliser l’écrit pour penser et pour apprendre ;
textes de tous genres et de toutes époques, choi- – adopter des stratégies et des procédés d’écri-
sis pour leurs qualités littéraires, journalistiques ture efficaces ;
ou documentaires, leur dimension culturelle et – exploiter des lectures pour enrichir son écrit.
patrimoniale, les valeurs qu’ils véhiculent.
• Dans cette perspective, le manuel propose des
• Vous pourrez étudier avec vos élèves : travaux d’écriture nombreux et variés, et ce,
– des groupements de textes autour d’un genre, dans une démarche de progressivité. Vous trou-
d’un thème et d’une problématique  : auto- verez au fil des chapitres :
biographie (L’écriture de soi, chapitre 1) ; récit – des exercices d’écritures courtes ou de réécri-
satirique (La critique de la société, chapitre 5) ; tures après les textes étudiés ;
roman (Se battre pour la paix, chapitre 9) ; poé-
– un atelier d’expression écrite qui fournit à l’élève
sie (Objets familiers, objets poétiques, chapitre 4 ;
un guidage méthodique pour rédiger son devoir.
La poésie, cri de révolte et d’espoir, chapitre 10) ;
presse (La presse satirique, chapitre 7) ; récit et • Le chapitre 4 est en outre consacré à l’écriture
presse (L’homme, objet scientifique, chapitre 11) ; de poèmes.
– un groupement de textes et d’images : Pay-
sages lyriques (chapitre 3) ; Les compétences d’oral
– l’étude d’œuvres données dans leur texte • Les compétences d’oral attendues sont les
intégral (Jeannot et Colin de Voltaire, chapitre 6) suivantes :
ou par extraits, dans la perspective d’une lec- – comprendre et interpréter des messages et
ture intégrale (Enfance de Sarraute, chapitre 2 ; des discours complexes ;
Rhinocéros de Ionesco, chapitre 8  ; Des fleurs – s’exprimer de façon maîtrisée en s’adressant
pour Algernon de Keyes, chapitre 12) ; à un auditoire ;
– des propositions de lectures accompagnées, – participer de façon constructive à des
assorties d’activités diverses. échanges oraux ;
– exploiter les ressources expressives et créa-
tives de la parole.

7
• Dans le manuel, les exercices d’expression – au moyen de fiches bilans qui permettent de
orale sont proposés de façon régulière, en liaison procéder à des évaluations régulières et de vérifier
avec les textes. Ils permettent de développer les que l’élève a acquis les compétences du socle.
compétences de mémorisation et d’expressivité
• Le professeur a ainsi toute liberté pour construire
(récitation, activités de jeu théâtral), de commu-
sa progression, élaborer des séances de remé-
nication (lecture à voix haute, compte rendu oral
diation ou de consolidation.
de lecture, exposés) et d’échanges oraux (nom-
breux débats, jeux de rôle…).
La culture littéraire et artistique
Les compétences de langue • Les compétences à acquérir sont les suivantes :
• Les compétences de langue sont axées sur la – mobiliser des références culturelles pour
compréhension du fonctionnement de la langue. interpréter les textes et les productions artis-
tiques et littéraires et pour enrichir son expres-
• La langue, dans la partie « Textes et images », sion personnelle ;
est traitée : – établir des liens entre des productions lit-
– au fil des textes : suite aux questionnaires de téraires et artistiques issues de cultures et
lecture figure un exercice de langue (grammaire, d’époques diverses.
vocabulaire, orthographe, conjugaison), en lien
• Le manuel permet de développer les compé-
avec le texte ;
tences culturelles de façon solide : des repères
– dans les pages Outils et Activités en fin de littéraires et culturels sont régulièrement mis en
chapitre, où sont proposés des exercices de place. Quant à l’Histoire des arts, elle est traitée
grammaire et de vocabulaire en relation avec le au fil des chapitres : en général, deux pages lui
thème du chapitre. sont consacrées dans chaque chapitre, renvoyant
• La langue, dans la partie « Étude de la langue », à différents arts et supports, styles et périodes.
est traitée : Chaque sujet de Brevet propose en outre une
– de façon systématique sous forme de fiches image en relation avec le texte. Le manuel inte-
synthétiques ; ractif et les hatier-clic fournissent également de
nombreuses ressources (liste des ressources
– au moyen d’exercices qui se déclinent en dif-
numériques page 9).
férentes rubriques : Identifier (reconnaître et nom-
mer), Manipuler (remplacer, déplacer, complé-
ter…), Interpréter (analyser la notion à partir d’un Les auteurs
texte), S’exprimer (écrire pour réinvestir la notion) ;

8
Les ressources en ligne

Nombreuses sont les ressources du manuel interactif pour enrichir vos cours
ou pour favoriser le travail en autonomie de vos élèves.

Des études d’images animées


• Arman, Autoportrait robot (1992)
• Pablo Picasso, Maya à la poupée (1938)
• Juan Gris, Nature morte avec carafe d’eau, bouteille et coupe de fruits (1915)
• Robert Delaunay, Une fenêtre (1912)
• Henri Matisse, La Fenêtre (1905)
• Les obsèques de la lionne, gravure de Grandville (v. 1868)
• Pietro Longhi, La Leçon de géographie (1752)
• Dessin de Sempé, tiré de Sempé à New York
• Rhinocéros, mise en scène de Gábor Tompa
• Illustration de Tardi tirée de Putain de guerre !
• Pablo Picasso, La Guerre et la Paix, La Guerre (1952)
• Photographie de Marc Riboud

Des extraits vidéos


• Interview de Michel Onfray
• Stupeur et tremblements d’Alain Corneau (2003)
• Interview de Nathalie Sarraute
• Ridicule de Patrice Leconte (1996)
• Le Traité sur la tolérance de Voltaire toujours d’actualité
• « # Hashtag », sketch de Fary
• Rhinocéros, mise en scène de Demarcy-Mota (2011)
• Interview d’Emmanuel Demarcy-Mota
• Le Silence de la mer, de Jean-Pierre Melville (1949)
• Le Silence de la mer, adapté au théâtre
• Comment le poème « Liberté » (de Paul Éluard) a échappé à la censure
• L’Armée du crime, de Robert Guédiguian (2009)
• Charlotte Delbo et les déportés du 24 janvier 1943
• « À tous les enfants » interprétés par Joan Baez
• La nanomédecine pour vivre plus longtemps
• Lucy de Luc Besson (2014)
• Des fleurs pour Algernon, adaptation théâtrale
• Des fleurs pour Algernon, d’Yves Angelo (2013)

9
Et accessibles aux professeurs et aux élèves via les hatier-clic :
• Marie-Antoinette de Sofia Coppola (2006)
• Le Dictateur de Charlie Chaplin (1940)
• La Cantatrice chauve, Le Roi se meurt
• Le Silence de la mer, téléfilm de Pierre Boutron (2004)
• L’Armée des ombres, de Jean-Pierre Melville (1969)
• Frankenstein de James Whale (1931)
• Bienvenue à Gattaca d’Andrew Niccol (1997)
• Limitless de Neil Burger (2011)

Des textes complémentaires à lire en classe ou à la maison :


• Jean-Jacques Rousseau, « Le ruban volé », Les Confessions (1782)
• Victor Hugo, « Stella » (1853)
• Anna de Noailles, « Le cœur » (1901)
• Sully Prudhomme, « Le vase brisé » (1865)
• Arthur Rimbaud, « Le balai » (vers 1871)
• La Fontaine, « Les animaux malades de la peste » (1678)
• Voltaire, Micromégas, extrait sur la guerre (1782)
• Jean Giono, Refus d’obéissance (1937)
• Arthur Rimbaud, « Le dormeur du val » (1870)
• Villiers de l’Isle-Adam, L’Ève future (1886)
• R. L. Stevenson, L’Étrange Cas du docteur Jekyll et M. Hyde

Des textes du manuel lus par un comédien, à écouter ensemble


en classe ou seul à la maison :
• Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe (p. 22)
• Nathalie Sarraute, Enfance (p. 48)
• Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris « Un hémisphère dans
une chevelure » (p. 68)
• Francis Ponge, « Le Pain » (p. 98)
• François Rabelais, Gargantua, chapitre XXV (p. 106)
• Voltaire, Jeannot et Colin (p. 134)
• Eugène Ionesco, Rhinocéros, extrait de l’acte III (p. 182)
• E. M. Remarque, À l’Ouest rien de nouveau (p. 198)
• David Diop, « Afrique » (p. 230)
• Maylis de Kerangal, Réparer les vivants (p. 248)
• Daniel Keyes, Des fleurs pour Algernon (p. 272)

Des quiz ludiques pour s’évaluer et établir son score.

10
PARTIE I

Textes et images
Chapitre 1
L’écriture de soi Livre de l’élève p. 12

Ouverture du chapitre p. 12


Réponses aux questions 2e encadré
• Sur cette toile, le peintre américain Norman
1er encadré
Rockwell s’est représenté trois fois : au premier
Doc. 1 : Montaigne s’adresse au lecteur pour l’aver- plan, de dos en train de peindre  ; au deuxième
tir qu’il va parler de lui dans son livre : moi-même. plan, de face sur la toile qu’il peint ; au troisième
Doc. 2 : Georges Perec fait le récit de sa naissance plan, de face et reflété dans le miroir. Le titre est
à la 1re personne. ainsi justifié : Triple autoportrait.
• Une autobiographie est le récit qu’un auteur fait
• Pistes de réflexion :
de sa propre vie.
– comparer les différentes façons dont Norman
• Réponse ouverte.
Rockwell s’est représenté dans son tableau : se
montre-t-il identique, différent ? Pourquoi ?
– réfléchir à la difficulté d’être objectif quand on se
peint ou quand on parle de soi…

Le peigne cassé p. 14


(Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions)
> L’autobiographie est-elle un moyen de rétablir la vérité sur soi ?
Réponses aux questions 3.
Échanger et comprendre Champ lexical Champ lexical
renvoyant aux renvoyant à l’enfant
• Le narrateur enfant est accusé d’avoir cassé adultes (l. 5-19) (l. 5-19)
un peigne mis à sécher dans la cuisine, près
de la chambre où il étudiait. Ce sont les adultes m’interroge ; je nie ; je persiste avec
chargés de son éducation qui l’accusent : M. et se réunissent ; opiniâtreté ; toutes
m’exhortent ; mes protestations ;
Mlle Lambercier.
me pressent ; l’état le plus affreux ;
• Réponse ouverte. me menacent ; la inébranlable ; J’aurais
conviction ; dignes de souffert la mort,
Analyser punition ; autre délit ; et j’y étais résolu ;
1. Le récit est mené à la 1re personne : J’étudiais exécution […] terrible ; entêtement ; constance ;
arracher l’aveu ; cruelle épreuve ; en
un jour seul (l. 1). Le pronom je représente à la fois
la force pièces, mais triomphant.
le narrateur et le personnage, mais également l’au-
teur qui a intitulé son œuvre Les Confessions. Le Les adultes sont présentés comme des juges et
récit est autobiographique. des bourreaux : ils instruisent un procès à charge
2. a. J’étudiais un jour seul (l. 1) : le pronom je ren- sans preuve et accusent l’enfant de tous les vices ;
voie au narrateur enfant ; l’imparfait correspond au ils le punissent d’une manière terrible.
moment du souvenir. L’enfant, sûr de son innocence, reste sur sa position,
je n’ai pas peur d’être aujourd’hui puni (l. 20-21) : le même dans la souffrance d’une cruelle épreuve. Il
pronom je renvoie au narrateur adulte ; le présent se présente comme victime d’une injustice.
correspond au moment de l’écriture. 4. Le narrateur adulte, cinquante ans plus tard, n’a
b. Le présent (l. 5-6) renvoie au moment du sou- pas changé sa version des faits : eh bien, je déclare
venir : c’est un présent de narration. à la face du Ciel que j’en étais innocent (l. 21-22).

13 Chapitre 1
5. À la suite de cet événement, Rousseau ne fut plus • Rousseau rapporte ce souvenir pour rétablir
jamais le même ; tout son être en fut bouleversé, la vérité sur lui-même : enfant, il a été accusé et
comme l’attestent les phrases de type exclama- puni pour un méfait qu’il n’avait pas commis ; il
tif : quel renversement d’idées ! quel désordre de n’a pu rétablir alors la vérité et tout son être en a
sentiments ! quel bouleversement dans son cœur, été à jamais bouleversé. Sensible aux attaques et
dans sa cervelle, dans tout son petit être intelligent aux injustices, il ressentira le besoin de se justifier
et moral ! (l. 32-34). à la fin de sa vie : c’est l’origine des Confessions.
6. Rousseau ne fait pas ici de « confession » au
Grammaire pour lire
sens strict, puisqu’il n’a pas de faute à avouer ;
mais il rétablit la vérité bafouée dans son enfance Les temps dans le récit autobiographique
par les adultes. a. Je déclare : présent d’énonciation qui renvoie
au moment de l’écriture ; j’en étais : imparfait qui
Bilan renvoie au moment du souvenir. b. avait mis : plus-
• Une autobiographie est un récit rétrospectif que-parfait qui renvoie au moment du souvenir.
qu’une personne réelle fait de sa propre vie. Le c. pressent, menacent : présent de narration qui
pronom je représente à la fois le personnage, le renvoie au moment du souvenir. d. écrivit, vint  :
narrateur et la personne réelle qu’est l’auteur. passé simple qui renvoie au moment du souvenir.

La douleur d’un père p. 16


(Victor Hugo, Correspondance)
> Comment la lettre fait-elle entrer le lecteur au cœur de l’intime ?
Réponses aux questions dans une énumération : elle avait tout, la beauté,
Échanger et comprendre l’esprit, la jeunesse, l’amour (l. 14).
b. Il exprime sa souffrance et son amour pour elle
• Le poète écrit à son amie Louise Bertin. Il lui écrit avec des mots qui émeuvent par leur caractère
quelques jours après la mort de sa fille Léopoldine extrême : je souffre, j’ai le cœur brisé (l. 3) ; la moi-
qui s’est noyée avec son jeune époux dans la Seine. tié de ma vie et de mon cœur était morte (l. 9-10) ;
• Les émotions ressenties peuvent être de la com- J’aimais cette pauvre enfant plus que les mots ne
passion, de la tristesse… peuvent le dire (l. 11) ; désespoir (l. 19) ; je souffre
(l. 21, 27).
• Réponse ouverte. Le poète utilise des phrases exclamatives pour
souligner l’intensité de son chagrin : Ô mon Dieu,
Analyser
que vous ai-je fait ! (l. 13) ; Oh ! mon pauvre ange,
1. a. Le poète a appris la mort de sa fille d’une dire que je ne la verrai plus ! (l. 17-18).
manière brutale ; il était en voyage et s’est arrêté 3. Victor Hugo associe Louise Bertin à sa douleur
dans un café pour se désaltérer : On m’apporte de dès les premières lignes  : Chère mademoiselle
la bière et un journal, Le siècle. J’ai lu. C’est ainsi Louise (l. 2) ; J’ai besoin de vous écrire (l. 3-4). Il
que j’ai appris que la moitié de ma vie et de mon évoque l’amitié qui les unit pour se confier : Moi, je
cœur était morte (l. 8-10). vous aime du fond du cœur, et quand je souffre je
b. Le récit qu’il en fait est rétrospectif  : Hier, je vais à vous (l. 20-21) ; Pardonnez-moi, je vous écris
venais de faire une grande course à pied (l. 6). Le dans le désespoir. Mais cela me soulage (l. 18-19) ;
verbe venais est à un temps du passé, l’imparfait ; vous me comprendrez, n’est-ce pas ? (l. 20).
l’événement s’est passé la veille de la rédaction
4. Le poète a choisi de se confier à cette amie, car
de la lettre : Hier.
elle connaissait et aimait sa fille : vous qui l’aimiez
2. a. Victor Hugo dresse un portrait élogieux et comme une autre mère (l. 4). Louise Bertin peut
affectueux de sa fille. Les termes qui la caracté- donc partager sa douleur.
risent sont valorisants : charmante (l. 12) ; la plus Enfin Louise Bertin a de précieuses qualités morales
douce et la plus gracieuse femme (l. 12-13) ; mon qui en font une confidente de choix : Vous êtes si
pauvre ange (l. 18) ; certains sont mis en valeur bonne, vous avez l’âme si haute (l. 19-20).

14
Bilan Vocabulaire
La lettre privée permet à son auteur de livrer à son L’expression des sentiments
correspondant des confidences intimes. Elle par-
ticipe de l’expression de soi. La lettre que Victor a. la tristesse. b. la joie intense. c. l’angoisse.
d. la contrariété.
Hugo adresse à son amie Louise Bertin après la
mort de sa fille lui permet d’exprimer ses émotions
et sentiments. Elle lui offre l’occasion d’un partage
qui lui apporte une forme de consolation.

Querelle enfantine p. 18


(George Sand, Histoire de ma vie)
> Comment George Sand se construit-elle suite à une querelle enfantine ?
Réponses aux questions affaire […] assez chaude (l.  12)  ; des marques
Échanger et comprendre (l. 12) ; quelques petites gouttes de sang (l. 16-17).
Mais l’heure du dîner étant arrivée et devant la
• George Sand raconte le souvenir d’une bagarre peur de la punition, elles se réconcilient : la ran-
avec une amie d’enfance, Ursule. cune s’était effacée (l. 20) ; nous réconcilier (l. 20) ;
• Réponse ouverte. nous embrasser […] de bon cœur (l. 21). Une com-
paraison amusante – si l’on considère l’âge de la
Analyser
narratrice et d’Ursule – réunit les deux champs
1. a. Le récit est mené à la 1re personne et au passé lexicaux : nous embrasser […] comme deux vieux
simple : je voulus (l. 7). La narratrice est aussi le soldats après une affaire d’honneur (l. 21-22).
personnage principal. b. Redoutant d’être punies, elles effacent les traces
b. L’œuvre s’intitule Histoire de ma vie : la narra- de lutte et se rendent service mutuellement : égale-
trice est donc à la fois auteure et personnage. Le ment (l. 14) ; l’une à l’autre (l. 17 et l. 19) ; de l’obli-
récit est autobiographique. geance mutuelle (l. 18). Les verbes pronominaux
2. Ursule n’appartient pas au milieu social de la sont de sens réciproque : nous nous arrangeâmes
narratrice : elle est la nièce d’une servante de la (l. 17) ; nous demandant (l. 19).
maison, alors que la narratrice est la petite-fille de 5. Cette réconciliation scelle la naissance d’une
la propriétaire du château de Nohant. amitié sur le pied de l’égalité (l. 24) qui se révèle
profonde  : nous nous aimions tant que nous ne
3. a. La narratrice fait le portrait d’une fillette gaie
pouvions vivre un instant séparées (l.  24-25). La
et intelligente : d’humeur enjouée, active (l. 1-2) ;
narratrice enfant s’est ouverte à l’amitié ; élevée
de l’esprit (l. 3) ; ses longs discours faisaient sou-
dans un cadre aristocratique, elle a découvert la
vent rire ma grand-mère (l. 4). Ursule a également
notion d’égalité par-delà les différences sociales.
du caractère : têtue (l. 6) ; et c’est une incorrigible
babillarde (l. 2). Bilan
b. Les deux fillettes sont entrées en conflit car elles Dans son autobiographie, George Sand raconte
ont toutes les deux une forte personnalité. le souvenir d’une querelle avec une fillette qui sait
La narratrice est certainement gâtée et autoritaire lui résister. Après une altercation très vive, elles se
puisque son entourage redoutait que la petite réconcilient et deviennent amies.
Ursule ne se laissât tyranniser (l. 5). Mais la per- Le conflit avec Ursule lui permet de découvrir l’ami-
sonnalité d’Ursule est suffisamment forte : Ursule tié et la notion d’égalité.
ne se laissa point asservir (l. 1).
Vocabulaire
4. a. Un beau jour les deux fillettes se défient et
règlent leur différend d’une manière violente comme Le champ lexical du conflit
en atteste le champ lexical : une formidable bataille a. BAGARRE. b. BATAILLE. c. QUERELLE.
(l. 8-9) ; une querelle sérieuse à vider (l. 10) ; céder d. SE DISPUTER. e. RELATION CONFLICTUELLE.
ni l’une ni l’autre (l.  10-11)  ; nous battre (l.  11)  ; f. UN DIFFÉREND.

15 Chapitre 1
Le portrait du père p. 20
(Michel Onfray, Le Désir d’être un volcan)
> Comment l’auteur se raconte-t-il à travers le portrait de son père ?
Réponses aux questions donnée (l. 26-27). Il met un point d’honneur à tenir
Échanger et comprendre ses promesses : il les a toutes tenues (l. 28).
• Les deux personnages sont le narrateur enfant et 4. Le père a les gestes et l’attitude d’un travail-
son père ; ils travaillent dans les champs ensemble, leur manuel expérimenté : ses jambes sont raides
ils plantent des pommes de terre. et tendues, droites (l. 11) ; son buste fait un angle
• Réponse ouverte. parfait (l. 12) avec ses jambes ; le geste de ses
bras est précis et efficace (l. 12-13) ; ses pas et
Analyser sa progression sont réguliers (l. 17).
1. a. Le récit est fait à la 1re personne : je l’aidais Le narrateur enfant a les maladresses brouillonnes
(l. 1). Le narrateur en est donc le personnage prin- de son âge : il est tout tordu (l. 10) ; ses pas et sa
cipal. Le narrateur est à la fois l’auteur et le person- progression sont désordonnés (l. 18) ; et sans doute
nage : le titre, Le Corps de mon père, indique que est-il déjà plus intellectuel que manuel.
Michel Onfray évoque son père dans cette œuvre. Ce sont les adjectifs caractérisant le père qui sont
b. Le temps principalement utilisé est l’imparfait : il valorisants : c’est lui qui est mis en valeur par son
ne cessait de me demander (l. 4). C’est un imparfait fils, le narrateur.
de répétition qui renvoie aux habitudes de travail 5. Le narrateur éprouve un sentiment d’admiration
du père et du fils. Il permet aussi d’évoquer dans pour ce père si différent de lui, si adroit manuel-
leur durée les sentiments du narrateur pour son lement : J’admirais (l. 10). Il le respecte pour ses
père : J’admirais (l. 10), ou bien de le décrire : ses qualités morales : Mon père ne me fit pas beau-
pas étaient réguliers (l. 17). coup de promesses dans mon existence d’enfant,
2. À travers le portrait de son père, c’est aussi mais il les a toutes tenues (l. 27-28).
le sien que Michel Onfray dresse par opposition.
Bilan
Champ lexical Champ lexical
Dans son récit autobiographique, Michel Onfray
du silence de la parole
(le père) (le narrateur enfant) rend hommage à son père : ouvrier agricole expéri-
menté, c’était également un homme taciturne dont
Il ne cessait de me Je ne cessais de lui poser la parole rare avait de la valeur. Par opposition,
demander d’être un des questions (l. 3-4) l’auteur dresse aussi son propre portrait : enfant,
peu silencieux (l. 4-5) Je l’interrogeais (l. 6) déjà il se montrait curieux et à l’aise avec les mots ;
il éludait au mieux (l. 8) je le pressais de mais il n’apprenait pas facilement le geste exact
Lui, silencieux (l. 18-19) questions (l. 7-8) et efficace du cultivateur.
il parlait peu (l. 22) moi, étourdissant de
paroles (l. 19) Vocabulaire
3. La parole du père, même si elle est rare, est Les antonymes
fiable : mon père disait ce qu’il faisait et faisait ce a. malveillante. b. imprécis et inefficace. c. irrégu-
qu’il disait (l. 22) ; il s’agit de respecter la parole lier. d. irrespectueux.

16
La bataille de Waterloo p. 22
(François-René de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe)
> Comment rendre compte de l’Histoire en racontant sa propre histoire ?
Réponses aux questions 4. Le lexique de la guerre appartient au registre
Comprendre épique  : la mêlée, le péril, le feu, la cohue de la
mort, combat, succès ou revers, armée.
• Chateaubriand se trouve dans la campagne près
La dimension épique de l’événement nous apparaît
de la ville belge de Gand.
également dans l’expression hyperbolique, formi-
• Il est le témoin de la bataille de Waterloo qui se dable arrêt des destinées (l. 21).
déroule à une vingtaine de kilomètres de Bruxelles ; Dans des phrases de type interrogatif, Cha-
mais il ne la perçoit que par l’ouïe et ne peut la voir teaubriand nous livre ses réflexions inquiètes
car il en est trop éloigné. (l. 25-29). L’enjeu, liberté ou esclavage (l. 29), lui
Analyser semble planétaire : c’est le sort du monde (l. 26)
qui est en balance comme la robe du Christ (l. 27).
1. Le narrateur est le personnage principal car le
récit est mené à la 1re personne : je sortis (l. 1). Le 5. Le narrateur fait un parallèle entre les coups de
narrateur est aussi l’auteur si l’on se réfère au titre canon et les battements de son cœur : chaque coup
Mémoires d’outre-tombe. de canon […] doublait le battement de mon cœur.
Témoin impuissant et aveugle de cette bataille, il
2. Le narrateur, trop éloigné de Waterloo, identi-
ressent une certaine frustration et assurément une
fie l’événement par les bruits qui lui parviennent.
grande anxiété.
– Je cheminai lentement…  : le narrateur perçoit
un roulement sourd (l. 4-5) qui pourrait être celui Bilan
d’un orage (l. 7). • Le titre de l’œuvre, Mémoires d’outre-tombe,
– Je poursuivis ma route… : cette fois c’est un rou- signifie qu’elle ne sera publiée qu’après la mort
lement […] tantôt bref, tantôt long et à intervalles de l’auteur selon sa volonté.
inégaux (l. 9-10), une trépidation de l’air (l. 11) ; le
narrateur remarque des détonations moins vastes, • Cet épisode relève à la fois de la vie privée et de
moins onduleuses, moins liées ensemble que celles la vie publique : simple promeneur dans la cam-
de la foudre (l. 12-13). Il commence à songer que pagne belge, Chateaubriand, qui s’est opposé
ces sons pourraient être ceux d’un combat (l. 14). à Napoléon, assiste par hasard à la bataille de
Waterloo qui scelle le destin de la France et celui
– Je traversai le chemin… : il entend alors distinc-
de l’empereur.
tement le bruit de l’artillerie (l.  17). Il n’a plus de
doute  : c’est une bataille (l.  18) dont les échos
(l. 18) lui parviennent.
Histoire des arts
Découvrir la peinture historique
3. Le narrateur retarde la révélation de l’événe-
ment jusqu’à la fin d’une longue phrase (l. 17-20). a. L’auteur est le peintre John Lewis Brown. Son
Pour ce faire, il amplifie le groupe nominal sujet par tableau qui s’intitule 17  juin 1815, 7  heures du
des extensions de plus en plus longues : l’adjectif soir est daté de 1869. La technique utilisée est
grande, épithète du nom bataille, puis le groupe l’huile sur toile.
nominal complément, encore sans nom, enfin deux b. La scène représentée est le champ de bataille
subordonnées relatives très développées, dont de Waterloo, au soir des combats  : au premier
j’écoutais les échos au pied d’un peuplier, et dont plan, nous voyons, de dos ou de trois quarts, des
une horloge de village venait de sonner les funé- officiers à cheval ; à terre, des soldats blessés ou
railles inconnues. Au contraire, il réduit le groupe morts ; et au second plan, l’empereur Napoléon
verbal au verbe était et à l’attribut du sujet, la à cheval, de profil. À l’arrière-plan, on devine des
bataille de Waterloo. armées dans la plaine sous la fumée des canons
Il dramatise encore l’événement par le choix d’une et des nuages sombres au-dessus des collines.
phrase de type exclamatif, l’adjectif grande qui c. Le personnage de Napoléon est placé sur une
caractérise la bataille et la référence à la mort, hauteur, seul à cheval ; il est à la pointe du triangle
funérailles inconnues. formé par les officiers à cheval qui se tournent

17 Chapitre 1
vers lui. Mais lui ne regarde que les armées dans tableau, et l’uniforme rouge de l’un d’eux symbo-
la plaine, perdu dans ses pensées. lise le sang de la bataille. Tout annonce la défaite
d. L’ambiance est crépusculaire et sinistre, la de l’empereur.
lumière n’éclaire que les cadavres au centre du

L’étoile jaune p. 24


(Hélène Berr, Journal)
> Comment le journal intime permet-il de témoigner de l’Histoire au quotidien ?
Réponses aux questions Je ne voulais pas porter l’étoile, mais j’ai fini par le
Échanger faire, trouvant lâche ma résistance (l. 28-30). Elle
résiste de toutes ses forces à la tentation de pleu-
• Réponses possibles : garder une trace d’évé-
rer (l. 23-24, l. 36-37).
nements personnels, de sentiments intimes ; se
comprendre et s’analyser  ; témoigner d’événe- 4. La narratrice éprouve le besoin de tenir son jour-
ments importants au jour le jour… nal pour témoigner de ce qu’elle endure et de la
situation terrible vécue par les juifs dans la France
• Réponse ouverte.
occupée par les nazis : brimades, arrestations, port
Analyser de l’étoile jaune imposé par les lois du 7 juin 1942.
1. Hélène Berr rédige son Journal à la 1re personne : je La tenue d’un journal, écrit pour elle-même, lui per-
ne croyais pas (l. 2). Elle inscrit les dates et les moments met de s’exprimer sans être inquiétée.
de la journée : Lundi soir (l. 1) ; Mardi 9 juin (l. 20). Bilan
Le temps de référence est le présent d’énonciation • Un journal intime permet à son auteur d’exprimer
(ou d’actualité) : Je suis éreintée (l. 22) ; les évé- ses pensées et ses sentiments les plus secrets au
nements passés sont au passé composé : J’ai eu jour le jour. En ce sens il se rattache à l’autobio-
(l. 3), ou à l’imparfait : Le métro arrivait (l. 34). Les graphie, sans toutefois être rétrospectif. Le journal
adverbes de temps utilisés renvoient au moment intime est en général daté, l’auteur s’y exprime à
de l’énonciation (Aujourd’hui, l. 21 ; Ce matin, l. 25 ; la première personne et ancre son énoncé dans le
cet après-midi, l. 27). présent de l’énonciation : le présent est le temps
2. En voyant l’étoile jaune portée par la narra- de référence, les adverbes de temps sont en rap-
trice, les gens ont des réactions variées et sou- port avec le moment de l’énonciation (aujourd’hui,
vent ambiguës. La majorité ne regarde pas (l. 6). ce matin, cet après-midi).
Certains la montrent du doigt, et font parfois une • La narratrice du Journal, Hélène Berr, fut confron-
remarque désagréable : « Hein ? T’as vu ? Juif » tée aux humiliations et dangers d’être juive en 1942.
(l. 8-9) ; d’autres la dévisagent, comme ce mon- Elle confie à son journal intime sa souffrance et sa
sieur chic (l.  18), sans qu’elle puisse interpré- révolte ; elle mourra en déportation en 1945.
ter son attitude  : je ne pouvais pas deviner le •  Le Journal d’Hélène Berr permet au lecteur
sens de ce regard (l. 18-19). Mais ces réactions d’aujourd’hui d’apprendre comment on vivait au
ne sont pas toutes hostiles  : une femme s’est quotidien durant la Seconde Guerre mondiale ; il
retournée plusieurs fois pour sourire (l.  17-18). y puisera une leçon de courage et d’humanité en
3. a. Lors de ses promenades dans Paris, la nar- lisant ces lignes écrites par une jeune fille juive.
ratrice souffre de devoir porter l’étoile jaune  : si
dur (l. 2) ; c’est dur (l. 4-5) ; le plus pénible (l. 6) ; Vocabulaire
encore pire qu’hier (l. 21) ; éreintée (l. 22). Elle a Dans le texte, le mot résistance signifie « opposi-
des crises de larmes qui se mêlent à un sentiment tion (à une loi), refus d’obéir ou de se soumettre ».
d’injustice : des larmes qui jaillissaient (l. 23-24) ; Ainsi la narratrice a la tentation de ne pas porter
des larmes de douleur et de révolte (l. 36). l’étoile obligatoire pour les juifs en 1942.
b. Cependant, elle fait face à l’adversité avec fierté Le mot Résistance avec une majuscule désigne les
et courage (l. 3) : J’ai porté la tête haute (l. 3) ; je groupes organisés qui luttaient contre les occu-
l’ai regardé fièrement (l. 19). Elle ressent aussi la pants allemands et le gouvernement de Vichy,
tentation du découragement, mais n’y cède pas : pendant cette même période.

18
Lecture accompagnée p. 26
Stupeur et tremblements d’Amélie Nothomb

Découvrir le roman Elle intervient maladroitement pour soutenir Fubuki,


• L’ordre donné à Amélie est absurde, il est impos- humiliée par M. Omochi. Fubuki se venge en l’af-
sible de ne plus comprendre le japonais (l. 15) lors- fectant à l’entretien des toilettes.
qu’on connaît cette langue, cela d’autant plus que •  Passages et citations qui témoignent de
la narratrice a été engagée comme stagiaire en l’humour de la narratrice  (Le Livre de Poche,
raison de cette compétence (l. 13-14). éd. 2016) :
• Réponse ouverte. – il m’introduisit ensuite dans le bureau où siégeait
son supérieur, monsieur Omochi, qui était énorme
Lire le roman et partager sa lecture et effrayant, ce qui prouvait qu’il était le vice-pré-
• Les personnages sident (p. 9) ;
La narratrice est stagiaire dans la compagnie Yumi- – Monsieur Saito me manda à son bureau. J’eus
moto. Elle travaille dans la section Import-Export droit à un savon mérité : je m’étais rendue coupable
dont le président est M. Haneda, et le vice-pré- du grave crime d’initiative (p. 29) ;
sident, M. Omochi. M. Saito, qui dirige le service – Amélie prend l’initiative de changer les dates
Comptabilité, la place sous les ordres d’une jeune des calendriers sur les bureaux (p. 30-31), tâche
femme, Fubuki Mori. M. Tenshi est directeur de la dérisoire que la narratrice présente avec humour
section Produits laitiers. afin de mettre en avant le rôle humiliant qui lui est
M. Haneda, qu’elle rencontre deux fois, se montre assigné au sein de l’entreprise.
humain et compréhensif envers la narratrice  ; • Synthèse
M. Tenshi lui confie un projet intéressant et la féli-
cite pour son travail. La rigidité de la hiérarchie dans l’entreprise au
M. Omochi lui est hostile et la terrorise. M. Saito Japon et l’aveugle soumission à un idéal de tra-
l’affecte à des tâches inintéressantes, sans jamais vail restent incompréhensibles à la narratrice dotée
lui donner sa chance ni la soutenir. d’une personnalité originale et d’un sens de l’au-
Fubuki Mori, jalouse, la dénonce auprès de son todérision ravageur. Amélie, embauchée comme
supérieur lorsqu’elle travaille dans un autre ser- interprète, va connaître une véritable descente aux
vice. Elle lui fera vivre un véritable enfer. enfers, passant d’emploi inutile en poste inadapté,
pour finir à l’entretien des toilettes. Cette expérience
• Les activités de la narratrice dans l’entreprise s’avère cependant formatrice et enrichissante
La narratrice doit d’abord rédiger une lettre en puisqu’elle en tire la matière de son premier livre.
anglais, puis faire des photocopies, distribuer le L’explication du titre vient à la fin du roman, lorsque
courrier, servir les boissons. la narratrice donne sa démission à Fubuki et lui
M. Tenshi lui confie un rapport sur un beurre allégé fournit, non sans un malin plaisir, l’occasion de
innovant. Amélie mène à bien ce projet, ce qui lui l’humilier une nouvelle fois : Dans l’ancien protocole
vaut les foudres de ses supérieurs. impérial nippon, il est stipulé que l’on s’adressera à
Dessaisie de cette tâche, elle est affectée par l’Empereur avec « stupeur et tremblements ». […]
Fubuki à des tâches de comptabilité pour les- Je pris donc le masque de la stupeur et je com-
quelles elle est incompétente. mençai à trembler (p. 171).

Histoire des arts p. 28


L’autoportrait

Analyser trois autoportraits Doc 3  : Arman est un peintre et sculpteur fran-


Docs 1, 2 et 3 çais du XXe siècle.
1. Doc 1  : l’auteur est Nicolas Poussin, peintre 2. Doc 1 : la technique utilisée est l’huile sur toile.
français du XVIIe  siècle. Doc 2  : l’œuvre est de Doc 2  : il s’agit d’une photographie en noir et
Willy Ronis, photographe français du XXe siècle. blanc. Doc 3  : l’œuvre en trois dimensions est

19 Chapitre 1
composée d’objets collés sur un fond et recou- Doc 2 : l’artiste donne de lui l’image d’un homme
verts d’un plexiglas. espiègle qui joue sur les codes de la notoriété artis-
tique, en se couronnant de palmes.
Docs 1 et 2
Doc 3
3. a. Doc 1 : le peintre Nicolas Poussin s’est repré-
senté assis, le buste de profil droit, la tête de face ; 6. Sur la composition d’Arman, on peut voir des
sa main droite est refermée sur un carton à des- objets représentant le travail de l’artiste : des pin-
sin ; il est drapé dans un tissu noir. À l’arrière-plan, ceaux, une revue consacrée à l’art, Art and Society.
contre un mur gris sont posés des tableaux : sur D’autres objets évoquent des goûts ou des loi-
celui de gauche, est représentée, de profil, une sirs : un masque africain, un masque de plongée,
femme coiffée d’un diadème, en costume antique ; une raquette de ping-pong, un violon, différentes
sur celui de droite, on peut lire, en latin, son nom, revues et livres. On remarque aussi un téléphone,
son âge (56 ans), son lieu d’origine (Les Andelys). une bouteille de vin, des boîtes de médicaments…
Doc 2 : le photographe Willy Ronis s’est représenté Cette œuvre est un autoportrait en cela qu’elle
de face, coiffé d’un bob ; son visage est celui d’un révèle ses centres d’intérêt et ses occupations.
homme âgé à la moustache blanche ; il porte des 7. La composition de l’image se lit verticalement.
lunettes. Sa tête semble auréolée de palmes car Malgré la profusion d’objets, des lignes verticales
elle se découpe sur un ciel clair, devant un palmier. structurent l’œuvre : les pinceaux et le téléphone
b. Doc 1 : le visage de Nicolas Poussin est grave en bas à gauche, le violon au centre, la raquette
et sévère, marqué par des rides d’expression ; il à droite. Elles se croisent sur le violon avec des
nous regarde, les sourcils froncés. Seuls le côté lignes obliques constituées par les revues en haut
droit de son visage et sa main droite sont éclairés à gauche, l’archet à droite, les boîtes de médica-
dans un tableau assez sombre. ments en bas. Le violon et le masque sont sombres,
Doc 2 : le visage de Willy Ronis affiche sa joie de alors que le rouge, le bleu et le blanc donnent de
vivre en un large sourire qui laisse voir ses dents ; la luminosité à l’ensemble : le bleu et le rouge sont
ses yeux plissés par le soleil regardent le spectateur plutôt en haut de la composition ; le blanc et le
comme pour lui communiquer sa bonne humeur. rouge plutôt en bas.

4. Doc 1 : le peintre s’est représenté en plan amé- Docs 1, 2, et 3


ricain (ou plan rapproché), de face. 8. Réponse ouverte.
Doc 2 : seule la tête de Willy Ronis est photogra-
phiée, en gros plan et en contre-plongée  : ces Faire le point
procédés lui permettent de créer l’illusion d’une 1. Un autoportrait est un portrait que l’artiste fait
couronne de palmes et agrandissent son sourire. de lui-même.
5. Doc 1 : Nicolas Poussin donne de lui l’image 2. Il choisit les procédés techniques (cadrage,
d’un homme sérieux, qui maîtrise son art avec éclairage, couleurs, décor, présence d’objets signi-
assurance ; la bague à sa main droite et les toiles fiants…) selon l’image qu’il veut donner de lui-
attestent de sa réussite sociale et artistique. même.

Outils pour lire et s’exprimer p. 30


Exprimer des émotions

Vocabulaire 2.
La La
1. 1. frissonner de peur. 2. sauter de joie. 3. avoir La joie La colère
tristesse surprise
la gorge serrée par l’angoisse. 4. rester bouche
bée d’étonnement. 5. s’évanouir de terreur. 6. être content accablé médusé furieux
enchanté désespéré étonné énervé
rongé de remords. 7. trépigner de colère. 8. rougir
enthousiaste peiné stupéfait irrité
de honte. 9. être vert de jalousie.

20
3. b. Marguerite Duras constate sur son visage Métaphore  : il poursuit la comparaison par une
qu’elle a vieilli, alors qu’elle n’a que dix-huit ans : métaphore pour évoquer le passé  (les hauteurs
vieilli ; vieillissement […] brutal ; changer ; les yeux silencieuses du souvenir).
plus grands ; le regard plus triste ; la bouche plus 2. Énumération : Albert Cohen utilise la figure de
définitive ; marquer le front de cassures profondes ; l’énumération pour recréer l’ambiance de sa petite
vieillissement. enfance (Ô mon enfance, gelées de coings, bougies
c. Ce vieillissement ne l’attriste pas, elle n’en est roses, journaux illustrés du jeudi, ours en peluche).
pas effrayée ; elle l’observe avec intérêt, comme s’il 3. Métaphore : Chateaubriand se compare impli-
ne la concernait pas, elle compare l’intérêt qu’elle citement au navigateur qui va quitter le rivage
éprouve à celui que l’on prend à une lecture. enchanté de la jeunesse et cherche à fixer ses sou-
4. Réponses ouvertes. venirs au fur et à mesure que la terre […] s’éloigne
pour toujours.
Figures de style
5. a. 1. Comparaison  : Marcel Proust s’imagine
comme un aviateur […] décollant, lorsqu’il remonte
dans le passé pour retrouver ses souvenirs.

Outils pour lire et s’exprimer p. 31


Évoquer un souvenir

Grammaire 2. Les phrases de type exclamatif expriment la joie


6. 1. Je n’ai même pas  : présent qui renvoie au éprouvée par le narrateur enfant.
moment de l’écriture. Ai-je déjà commencé : passé 3. La phrase de type interrogatif n’appelle pas de
composé qui renvoie au moment de l’écriture. réponse (question oratoire) : la narratrice s’adresse
Finirai-je : futur simple qui renvoie au moment de au lecteur pour lui faire partager le bonheur d’ai-
l’écriture. mer et de profiter du beau temps.
2. Je fus, je subis, qui consista : passé simple qui 4. Ô choses de mon enfance, quelle impression
renvoie au moment du souvenir. Je veux dire : pré- vous m’avez laissée ! La phrase de type exclama-
sent qui renvoie au moment de l’écriture. tif exprime la nostalgie du narrateur adulte pour
3. J’avais, j’allais : imparfait qui renvoie au moment son enfance.
du souvenir. Je déambulerais  : conditionnel pré- Il me semble que c’est hier ce voyage sur le Rhône.
sent à valeur de futur dans le passé qui renvoie La phrase de type déclaratif permet au narrateur
au moment du souvenir. de constater la fuite inexorable du temps.
7. 1. J’ai  : présent de description. 2. J’écris  :
Conjugaison
présent d’énonciation (ou d’actualité). 3. Je me
retourne : présent de narration. Je le revois : pré- 9. Présent : 1. Je me rappelle. 2. je la ressens.
sent d’énonciation (ou d’actualité). 4. est : présent 3. Je me souviens.
de vérité générale. Je crois : présent d’énonciation Passé simple : 1. Je lus. 2. Le professeur appela.
(ou d’actualité). 3. Nous arrivâmes. 4. Mon amie et moi eûmes.
8. 1. C’est ainsi que […] France. La phrase de type Imparfait : 1. maman me faisait. 2. Mes cousins
déclaratif met en place la situation : le narrateur est n’habitaient pas… nous nous voyions. 3.  nous
un jeune Africain qui part pour la France. faisions.
Oh ! ce fut un affreux déchirement ! La phrase de 10. Conditionnel présent
type exclamatif exprime la souffrance de la sépa- 1.  il faudrait. 2.  qui viendrait. 3.  je continuerais.
ration et du départ vers l’inconnu. 4. ce que je ferais.

21 Chapitre 1
Je construis le bilan p. 34
1  Je sais identifier les auteurs et les genres 3  Je reconnais un texte autobiographique
de l’autobiographie a. Un texte est autobiographique quand l’auteur
Titres Auteurs Genres
est à la fois auteur, narrateur et personnage : le
récit est fait à la 1re personne. Le paratexte peut
Les Jean-Jacques autobiographie évoquer des faits de la vie de l’auteur, son intention
Confessions Rousseau de rédiger ses souvenirs… ; le titre fait référence
aux souvenirs (Histoire de ma vie) ou à la visée de
Correspondance Victor Hugo lettre
l’auteur (Les Confessions, Mémoires d’outre-tombe).
Histoire de ma George Sand autobiographie b. Le « pacte autobiographique » est noué entre
vie l’auteur et son lecteur : l’écrivain s’engage à retrans-
Le Désir d’être Michel Onfray autobiographie
crire le plus fidèlement possible ses souvenirs. C’est
un volcan un pacte d’authenticité que le narrateur ne trahira
pas, consciemment en tout cas, la mémoire pou-
Mémoires François- mémoires vant être lacunaire.
d’outre-tombe René de
Chateaubriand 4  Je connais les motivations d’un texte auto-
biographique
Journal Hélène Berr journal intime
Mieux se connaître en revivant son enfance  :
Stupeur et Amélie roman George Sand.
tremblements Nothomb autobiographique Rendre hommage à un proche : Michel Onfray.
Témoigner de son quotidien, marqué par l’His-
2  Je situe chaque auteur dans son siècle toire : Hélène Berr.
Mettre à distance ses souvenirs par l’humour  :
XVIIIe siècle XIXe siècle XXe siècle Amélie Nothomb.
• Jean- • François- • Hélène Berr Partager avec autrui une expérience douloureuse :
Jacques René de Victor Hugo.
• Michel Onfray
Rousseau Chateaubriand Se justifier aux yeux des hommes : Jean-Jacques
• Amélie Rousseau.
• Victor Hugo Nothomb
Raconter un fait historique  : François-René de
• George Sand
Chateaubriand.

Entraînement au brevet p. 36


Entrée dans le monde du travail

PREMIÈRE PARTIE dans les autres : par exemple la subordonnée qui


Questions sur le texte littéraire était le supérieur de monsieur Saito complète l’an-
técédent monsieur Omochi ; ainsi chaque employé
1. La narratrice raconte un épisode de sa jeunesse :
se trouve en dépendance de l’employé cité pré-
un premier emploi d’interprète au Japon, dans la
cédemment.
compagnie Yumimoto (l. 11).
c. La narratrice apparaît dans la dernière subor-
2. a. Le récit est mené à la 1re personne : je n’étais donnée relative  mademoiselle Mori, qui était ma
(l. 4). La narratrice est donc le personnage principal. supérieure (l. 3-4), elle est donc tout en bas de la
b. Les deux temps principaux utilisés sont l’im- hiérarchie, comme elle le constate dans la phrase
parfait : Monsieur Haneda était (l. 1), et le passé suivante : Et moi, je n’étais la supérieure de per-
simple : Je ne songeai même pas (l. 18). sonne (l. 4-5).
3. a. Les propositions introduites par qui sont des 4. La subordonnée relative qui était énorme et
propositions subordonnées relatives. effrayant a une valeur causale abusive  : le fait
b. La phrase est composée d’une succession de d’être énorme et effrayant n’a pas pour consé-
subordonnées relatives qui s’emboîtent les unes quence logique d’être vice-président. Ce raison-

22
nement absurde et étrange est un trait d’humour monsieur Saito me demanda si j’aimais les défis.
de la narratrice. Il était clair que je n’avais pas le droit de répondre
5. a. Le mot innombrables est formé d’un préfixe par la négative (l. 54-56).
in-, d’un radical -nombr- et d’un suffixe -able. Le
Questions sur le texte et l’image
préfixe in- confère au mot un sens négatif ; le suffixe
-able indique la possibilité. L’adjectif innombrables 7. Les employés de l’entreprise Yumimoto travaillent
signifie donc « que l’on ne peut pas compter ». dans une salle gigantesque (l. 47) ; ils sont très nom-
b. Les trois termes qui indiquent également la breux : une quarantaine de personnes (l. 48-49).
grande taille de l’entreprise sont  : immenses L’image du film de Jacques Tati présente une vue
(l. 35-36), des hordes (l. 36-37), gigantesque (l. 47). en plongée sur une immense salle où des employés
6. a. Au cours de cette première visite, la narra- travaillent dans des boxes. Le personnage du film
trice reste passive et désorientée. Elle est impres- surplombe les bureaux qui se profilent à l’infini et
sionnée par l’immeuble de l’entreprise et oublie semble dérouté par leur nombre et leur similitude,
de se présenter à la réception. Elle reste muette tout comme le personnage d’Amélie (l. 35-38).
quand monsieur Saito le lui fait remarquer : je ne 8. Réponse ouverte.
trouvai rien à répondre (l. 28) ; elle se sent en faute
Réécriture
dès les premiers instants : j’avais déjà produit une
mauvaise impression (l. 31-32). Elle le suit mécani- Elle ne trouva rien à répondre et ne répondit rien.
quement, perdue dans le dédale des salles, inca- Elle inclina la tête et les épaules, constatant qu’en
pable de retenir les noms des gens (l. 35-38). Elle une dizaine de minutes, sans avoir prononcé un
semble terrorisée par son chef, monsieur Omochi, seul mot, elle avait déjà produit une mauvaise
qui lui apparaît comme une sorte d’ogre énorme impression, le jour de son entrée dans la compa-
et effrayant (l. 41). gnie Yumimoto.
b. On peut se demander si son expérience au L’homme lui dit qu’il s’appelait monsieur Saito. Il
sein de cette entreprise sera réussie : sa première la conduisit à travers d’innombrables et immenses
visite a été déstabilisante et plutôt pénible. De plus, salles, dans lesquelles il la présenta à des hordes
dans une telle entreprise, l’employé soumis à une de gens, dont elle oubliait les noms au fur et à
hiérarchie très stricte doit obéir et se surpasser : mesure qu’il les énonçait.

23 Chapitre 1
Chapitre 2
Enfance de Nathalie Sarraute Livre de l’élève p. 38

Ouverture du chapitre p. 38


Réponses aux questions peux rien, ça me tente, je ne sais pas pourquoi…)
• Le lecteur s’attend à lire une autobiographie : la en réponse à une mystérieuse interlocutrice qui
couverture du livre est illustrée d’une photographie demande  : Alors, tu vas vraiment faire ça  ? La
de petite fille ; le titre Enfance et l’incipit annoncent deuxième voix semble être si intime avec la nar-
très clairement l’intention de Nathalie Sarraute  : ratrice qu’on peut supposer qu’elle dialogue avec
« Évoquer tes souvenirs d’enfance ». elle-même (Comme ces mots te gênent, tu ne les
• Dans le dialogue de l’incipit, deux voix se font aimes pas).
entendre, celle de la narratrice qui écrit (Oui, je n’y • Réponse ouverte.

La maison natale p. 40


> Comment la narratrice analyse-t-elle les images qui surgissent de sa petite
enfance ?
Réponses aux questions 3. a. La voix qui s’adresse à la narratrice est celle
1. La maison d’Ivanovo est la maison natale (l. 7-8) de son double intérieur.
de la narratrice. Les souvenirs d’Ivanono remontent b. Elle dialogue avec elle-même pour cerner le
donc à sa petite enfance. passé sans le trahir, pour trouver les mots justes.
c. Le souvenir d’Ivanovo ne mérite pas d’être rangé
2. a. La narratrice garde une image féerique de
parmi « les beaux souvenirs d’enfance » (l. 9-10)
cette maison : Une vraie maison de conte de Noël
car il est associé à la souffrance ressentie lors de
(l.  7). Une hyperbole en souligne l’importance  :
la séparation de ses parents : c’est l’absence de
Aucune maison au monde ne m’a jamais paru plus
ma mère (l. 11).
belle que cette maison (l. 6-7).
C’est une maison de campagne russe caractéris- 4. Dans son travail de remémoration, la narratrice
tique : une longue maison de bois (l. 2). Ses fenêtres se heurte à une sorte de blocage : Rien n’est resté
sont surmontées, comme de bordures de dentelle, de ce qui a précédé mon départ d’Ivanovo, à l’âge
de petits auvents de bois ciselé (l.  3-4). Elle est de deux ans (l. 12-13). Cette absence de souve-
éclatante sous le soleil hivernal : les énormes sta- nirs peut s’expliquer par son très jeune âge et par
lactites de glace qui pendent en grappes de son le chagrin ressenti alors.
toit étincellent au soleil (l. 4-5) ; elle est couverte 5. Cependant la narratrice peut fournir des informa-
de neige (l. 5). tions sur cette période de son enfance, sans doute
b. Les points de suspension donnent au lecteur transmises par les adultes de son entourage : elle
l’impression que la narratrice se perd dans la brume a quitté Ivanovo à l’âge de deux ans (l. 13) ; elle
de ses souvenirs, comme si elle essayait de les est partie avec sa mère et Kolia, son beau-père,
préciser ou même de les revivre. à Genève d’abord, puis à Paris (l. 15).

Départ de Russie p. 41


> Comment la narratrice parvient-elle à restituer un moment d’émotion intense ?
Réponses aux questions la fenêtre, son geste quand étendant le bras elle
1. a. La narratrice ne garde qu’une image de ce essuie avec son mouchoir déjà trempé mon visage
voyage  : maman assise en face de moi près de ruisselant de larmes (l. 5-7).

25 Chapitre 2
b. Elle ne décrit pas précisément les paysages qui mon chéri, […] mon petit enfant, mon petit chat »
défilent sous ses yeux parce qu’ils se confondent (l. 7-8).
avec tant d’autres images semblables (l. 3-4). 4. a. La narratrice enfant joue à un jeu qu’elle qua-
Elle évoque malgré tout un paysage typiquement lifie d’abrutissant (l.  16)  : elle répète toujours les
russe qu’il lui est facile d’imaginer (l. 1) : les plaines mêmes deux mots […] le mot français soleil et le
toutes blanches […], les isbas de bois, les troncs même mot russe solntze (l. 10-12).
blancs des bouleaux, les sapins sous la neige (l. 1-3). b. Les deux langues utilisées lors du jeu sont le
2. a. Le pronom je sujet du verbe voyais renvoie à russe et le français  : le russe qu’elle parle dans
la narratrice adulte. Le pronom je sujet du verbe son pays natal où elle vit avec sa mère, et le fran-
m’endors renvoie à la narratrice enfant. çais qu’elle pratique à Paris avec son père. Le jeu
b. Le temps majoritairement utilisé pour le récit symbolise donc la séparation d’avec la mère et la
du souvenir (l. 4-17) est le présent de narration : profonde déchirure affective qui s’ensuit.
il donne l’impression que la narratrice est encore
cette enfant secouée de sanglots. Grammaire pour lire
3. La narratrice enfant vit douloureusement la Les valeurs du présent
séparation prochaine d’avec sa mère, comme le a. et b. Le verbe se confondent est au présent
montre le champ lexical du chagrin : mon visage d’énonciation (ou d’actualité) : il renvoie au moment
ruisselant de larmes (l. 6-7) ; ma détresse (l. 9) ; de l’écriture.
les larmes coulent (l. 17). Elle reste insensible aux Le verbe m’amuse est au présent de narration : il
paroles de consolation de sa mère : « Il ne faut pas, renvoie au moment du souvenir.

Entre le père et la mère p. 42


> Comment la narratrice évoque-t-elle le moment où ses relations
avec ses parents ont changé ?
Réponses aux questions confier à elle. Jamais plus je ne pourrai me confier
1. La narratrice enfant vit chez son père et sa belle- à personne (l. 23-24).
mère à Paris. 3. Devant ce désespoir, son père sort de sa réserve
2. a. Elle communique par lettres avec sa mère qui (l.  25) habituelle  : mon père […] me serre dans
vit en Russie. Elle souffre d’être séparée d’elle : ses bras (l. 26-27) ; il essuie avec une maladresse
Mes soirées […] étaient consacrées à maman, à tendre, comme tremblante, mes larmes (l. 28-29).
pleurer (l. 1-2). Lui aussi est au bord des larmes : il me semble voir
b. En raison de son chagrin, la narratrice enfant a des larmes dans ses yeux (l. 29).
établi une sorte de code avec sa mère : elle devait 4. Cette attitude exceptionnelle fait comprendre à
écrire « Ici je suis très heureuse » (l. 6) si elle l’était la fillette l’affection indestructible de son père pour
vraiment, et « Je suis heureuse » (l. 7) si elle était elle. Elle exprime le lien qui s’est créé entre eux
malheureuse. C’est donc dans une grande détresse dans la dernière phrase : À ce moment-là, et pour
qu’elle lui a adressé ce message : « Je suis heu- toujours, envers et contre toutes les apparences,
reuse ici » (l. 10) ; et cela dans l’espoir que sa mère un lien invisible que rien n’a pu détruire nous a atta-
vienne enfin la chercher : je n’avais plus la force chés l’un à l’autre… (l. 33-35).
d’attendre […] qu’elle vienne me reprendre (l. 8-9).
c. En apprenant que sa mère a écrit à son père, Du latin au français
elle est d’abord stupéfaite (l. 17) car elle pensait
Autour du mot trahison
leur correspondance secrète. Quand elle apprend
que sa mère ne viendra pas la chercher, elle est a. On se sent trahi quand l’autre n’est pas fidèle à
désespérée : atterrée, accablée sous le coup d’une la parole donnée ou à une solidarité, lorsqu’il vous
pareille trahison (l. 20) ; un si total, si profond déses- abandonne ou vous trompe.
poir (l. 24-25) ; mes larmes (l. 28-29). Le lien de b. Ceux et celles qui trahissent sont des traîtres
confiance entre elles est rompu, comme le sou- et des traîtresses.
ligne cette répétition : Jamais plus je ne pourrai me c. L’antonyme du nom trahison est fidélité.

26
La découverte de l’amitié p. 44
> Comment la narratrice fait-elle revivre les jeux et amitiés de son enfance ?
Réponses aux questions jeux : nous allons dans le parc, près de l’entrée,
1. a. La narratrice dresse un portrait physique nous sautons à la corde […], nous essayons de
plutôt flatteur de son amie Lucienne. Le vocabu- jongler (l. 34-37).
laire de la description est mélioratif : mince visage 4. La narratrice rend la scène dans le café très
[…] très gai  ; yeux […] légèrement bridés  ; deux vivante en la racontant au présent de narration, et
grosses nattes dorées qui lui descendent plus bas elle intègre dans le récit un dialogue au discours
que la taille (l. 4-6). direct sans guillemets ou tirets : elle choisit entre
b. Les deux fillettes ont des points communs : le nos mains tendues, elle écarte celles-ci… Non, cette
même âge […] à deux mois près ; la même taille fois, ce n’est pas à toi… elle dispose le verre ou
(l. 3-4). Mais Lucienne a une belle chevelure alors la tasse convoités entre celles-là… Tiens, porte-la,
que la narratrice n’a que deux « queues de rat » c’est ton tour… (l. 27-29). Les points de suspen-
(l. 7) en guise de tresses. sion seuls séparent les parties narratives des par-
2. a. Les deux amies jouent dans le café des ties dialoguées, comme si les paroles émergeaient
parents de Lucienne ; c’est un cadre agréable que du souvenir.
la narratrice apprécie : j’aime ce petit café très clair, 5. La dernière phrase présente une définition des
bien astiqué (l. 14). Elles jouent « à la serveuse » : amitiés enfantines. Ainsi les échanges passent plus
elles servent les clients et s’adressent à eux sur le par le jeu que par les paroles : Nous ne nous par-
ton d’une vraie serveuse (l. 19-20). lons pas beaucoup ; le lien est une évidence qui
b. La narratrice est heureuse car elle aime beau- ne s’explique pas : je ne sais pas ce qui fait ; la
coup ce jeu : ce que je préfère, c’est poser sur les réciprocité des sentiments est mise en évidence
petites tables, devant les clients, un verre de vin par le jeu des pronoms : je […] avec elle, ni elle
ou une tasse de café (l. 18-19) ; elle communique […] avec moi.
même son zèle et son amusement (l. 23) à son amie.
3. a. La mère de Lucienne ne fait aucune diffé- Réécrire au passé
rence entre sa fille et la narratrice ; elle intervient
en cas de dispute pour décider à qui c’est le tour • Le mercredi après-midi, en sortant de l’école,
de servir : Tiens, porte-la, c’est ton tour… Et toi tu puisqu’il n’y avait pas de devoirs à faire pour le
le feras la prochaine fois (l. 29-30). Elle se com- lendemain, j’allais parfois jouer avec Lucienne Pan-
porte comme une mère avec ses deux enfants. hard, une fille de ma classe. Elle avait le même
b. Le pronom nous apparaît pour désigner les deux âge que moi à deux mois près et la même taille,
fillettes comme deux sœurs  qui partagent leurs son mince visage était très gai, ses yeux étaient
jeux et leurs goûters : elle nous laisse choisir sous légèrement bridés.
la cloche de verre un croissant ou une brioche ou • Le temps utilisé est l’imparfait : les verbes avait et
une madeleine (l. 30-31). Leur amitié semble forte allais sont à l’imparfait d’habitude ; les verbes avait,
et profonde et se traduit par une succession de était et étaient sont à l’imparfait de description.

Le plaisir de la réussite scolaire p. 46


> Quel regard la narratrice adulte porte-t-elle sur l’écolière qu’elle était ?
Réponses aux questions il se rend disponible : il abandonne aussitôt ce qu’il
1. La narratrice évoque un souvenir lié à l’école, est en train de faire (l. 11) ; comme il est réservé
lorsqu’elle lisait à son père ses devoirs de français (l. 15), elle devine son avis à son air (l. 16) et n’a
réussis : Vraiment ce devoir mérite que je le montre pas besoin qu’il la complimente.
à mon père (l. 1). b. La narratrice n’a pas de relations affectueuses
2. a. La narratrice enfant entretient avec son père avec sa belle-mère qui est jalouse de ses bons
une tendre complicité : lorsqu’elle vient le trouver, résultats scolaires  : elle présente son carnet de

27 Chapitre 2
notes à signer à son père en l’absence de Véra. Histoire des arts
Celle-ci laisse paraître des vaguelettes de mécon- Analyser un tableau
tentement, d’hostilité (l. 9) lorsque le port de la croix
atteste des succès de l’enfant. a. La scène représente une fillette qui fait ses
devoirs : elle est vêtue d’une robe noire à col blanc,
3. a. Le pronom je renvoie à la narratrice enfant. ses cheveux châtains sont bien coiffés. Elle est
b. Le présent renvoie au moment du souvenir. assise à une table couverte de livres et de cahiers,
4. a. La seconde voix qui intervient est celle du sans doute dans sa chambre ; on voit un mur orné
double intérieur de la narratrice. de cadres et d’une étagère à l’arrière-plan.
b. Elle lui pose la question : En es-tu sûre ? lorsque b. L’image donnée est celle d’une bonne élève :
la narratrice affirme que ses bonnes notes en appliquée et concentrée, elle écrit avec un stylo sur
rédaction n’ont jamais été associées ni par elle ni un cahier, tout en lisant la leçon ou les consignes
par son père à l’idée de « dons d’écrivain » (l. 20). dans un livre placé devant elle.
La réponse ne laisse place à aucun doute : Abso- c. On imagine sans peine la narratrice enfant tra-
lument (l.  23). Étant donné l’œuvre laissée par vaillant ainsi à son bureau ; elle attache en effet
Nathalie Sarraute, il peut paraître étonnant que la beaucoup d’importance à la réussite scolaire : il
narratrice enfant n’ait jamais envisagé cette car- faut absolument pour que soit confirmée ma réus-
rière : Non, ce que j’aimerais, c’est d’être institu- site que le devoir soit en tête de la liste ! (l. 36-37) ;
trice (l. 32). elle porte souvent la croix qui en est le symbole.

L’évasion par la lecture p. 48


> Comment la narratrice analyse-t-elle sa passion d’enfant pour la lecture ?
Réponses aux questions dépêche de retrouver ces grandes pages gondolées
1. a. La narratrice enfant découvre les romans de (l. 22-23).
Ponson du Terrail, et son héros Rocambole. 4. a. La narratrice est emportée par la lecture
b. Cette découverte ressemble à celle d’un trésor. comme par un torrent : je m’y jette, je tombe (l. 29) ;
Elle se fait par hasard dans une vieille commode elle emploie d’ailleurs la métaphore de l’eau : un
achetée chez un brocanteur (l.  2-3). Un mystère courant invisible m’entraîne (l. 31). Sa passion pour
semble l’entourer ainsi qu’une forte odeur de ren- la lecture l’entraîne sans pause ni répit, à l’image
fermé, de moisi (l. 6-7). de cette longue phrase qui se déroule de la ligne
2. Le père de la narratrice porte sur le romancier 28 à la ligne 41 ; les points de suspension sou-
un regard impitoyable : « C’est de la camelote, ce lignent le suspense haletant du récit.
n’est pas un écrivain  » (l.  14-15). Il l’accable de b. La narratrice finit par s’identifier à ses héros et
sarcasmes (l. 14), l’accuse de confondre ses per- emploie la première personne du pluriel : un cou-
sonnages et d’écrire des histoires incohérentes rage insensé, la noblesse, l’intelligence parviennent
(l. 17-21). Il lui reproche d’écrire des phrases gro- juste à temps à nous sauver (l. 40-41).
tesques (l. 16). c. La lecture lui procure un sentiment de bonheur
3. a. Il se dégage un charme suranné et mystérieux intense (l. 42).
de ces pages gondolées […], un peu humides, par- 5. Dans le monde de la fiction, on relève le champ
semées de taches verdâtres (l. 23-24). La narratrice lexical de l’héroïsme  : perfection, bonté, beauté,
leur trouve quelque chose d’intime, de secret… une grâce, noblesse (2 fois), pureté, courage (2 fois),
douceur (l. 24-25). Elle les compare à une maison intelligence  ; et celui de l’aventure extrême  :
de province, vétuste, mal aérée, où il y avait par- désastres, atroces dangers, précipices, coups de
tout des petits escaliers, des portes dérobées, des poignard, séquestrée, maltraitée, perdue à jamais.
passages, des recoins sombres (l. 25-27). Dans le monde de la réalité, on relève le champ
b. Elle fait entendre la voix de son père au style lexical de l’imperfection et de la petitesse : mon
direct, en rapportant ses paroles entre guillemets être imparfait ; ces gens petits, raisonnables, pru-
(l. 14-21). dents ; si étriqué, mesquin, parcimonieux.
Ses paroles n’ont aucune influence sur elle  : Le jugement porté sur la fiction est mélioratif ; et
Rien n’y fait… dès que j’ai un moment libre je me celui porté sur la réalité, péjoratif.

28
Figures de style de précipices, recevoir dans le dos des coups de
poignard, être séquestrée, maltraitée (l. 34-36).
La figure de l’énumération b. Réponse ouverte.
a. Énumération de noms abstraits  : la bonté, la
beauté, la grâce, la noblesse, la pureté, le cou- Vocabulaire
rage (l. 33-34). Autour du nom Rocambole
Énumération de verbes à l’infinitif  : affronter des L’adjectif dérivé de ce nom est rocambolesque ; il signi-
désastres, courir d’atroces dangers, lutter au bord fie « extravagant, plein de péripéties extraordinaires ».

La fin de l’enfance p. 50


> Comment la narratrice met-elle fin au récit de son enfance ?
Réponses aux questions 3. a. La narratrice fait le récit de son entrée en
1. a. La narratrice enfant passe ses vacances dans sixième (l. 19-30), plus précisément du trajet mati-
les Alpes : des montagnes jusqu’à l’Isère (l. 2). nal vers le lycée.
b. Les vacances sont une véritable fête des sens b. Elle est encore rattachée au monde de l’enfance.
pour elle. En effet, Véra, sa belle-mère, l’accompagne jusqu’à
l’arrêt du tramway et la recommande au contrô-
Sensations parsemée de petites fleurs ; scintille ; leur : « Soyez gentil, c’est la première fois » (l. 22) ;
visuelles eau transparente ; je regarde le ciel. elle parle d’elle en l’appelant ‘la petite’ (l. 22) ; elle
Sensations je l’écoute couler. lui fait des recommandations : elle me dit encore
auditives une fois de faire bien attention (l. 24).
c. Mais cette scène marque également une rupture
Sensations je respire l’odeur de bois mouillé. avec l’enfance. En effet la narratrice fait le trajet
olfactives
toute seule jusqu’au lycée et assume la situation :
Sensations en me roulant dans l’herbe ; je je la rassure d’un geste (l. 25). Elle est impatiente
tactiles trempe mes mains ; j’en humecte d’aborder sa nouvelle vie : je me retiens de bondir
mon visage ; je colle mon dos, à chaque instant (l. 27-28) ; c’est agaçant que le
mes bras en croix ; les sèves me tramway s’attarde (l. 29). Tout sera nouveau pour
pénètrent, […] se répandent dans elle à l’image de son matériel scolaire : l’adjectif
tout mon corps ; je me fonds en lui, neuf est répété deux fois (l. 26).
je n’ai pas de limites, pas de fin.
4. a. Le récit s’interrompt brusquement à la ligne
2. La narratrice ressent de la tristesse à l’idée de 30, à la surprise du lecteur.
la fin des vacances : douloureuse (l. 13). Mais l’air b. La narratrice l’annonce à son double intérieur à la
vivifiant des montagnes lui permet de la surmonter ligne 31 : Rassure-toi, j’ai fini, je ne t’entraînerai pas
(l. 12-15) et de se tourner avec impatience (l. 14-15) plus loin. Et la voix de son double s’en étonne et
vers la rentrée, cette « nouvelle vie » au lycée Féne- lui en demande la raison (l. 32-33).
lon (l. 15-16). Elle doit en effet entrer en sixième. c. La narratrice explique sa décision à la ligne 36 :
Tout va changer et elle éprouve malgré tout une l’entrée en sixième marque pour elle la fin de son
certaine appréhension : les premiers temps risquent enfance. Il est donc logique qu’elle arrête là le récit
d’être difficiles (l. 17-18). autobiographique intitulé Enfance.

Activités : vocabulaire et écriture p. 52


1. Le vocabulaire des sensations b. Texte 1. Sensations visuelles  : délicieuse à
a. Texte 1. Le thème est le portrait de la mère de regarder ; ses traits fins, légers, comme fondus ;
la narratrice. sa peau dorée.
Texte 2. Le thème est la confiture de fraises sus- Sensations tactiles : sa peau […] douce et soyeuse
pecte. au toucher, plus soyeuse que la soie, plus tiède et
tendre que les plumes d’un oiselet, que son duvet.

29 Chapitre 2
Texte 2. Sensations gustatives : un goût affreux ; 2. Les figures de style
sa bonne saveur. b. Texte 1. On relève une énumération de verbes
Sensations visuelles : j’examine ; mince couche de d’action dont le sujet est le pronom il mis pour mon
confiture ; un peu plus pâles, moins rouges ou rose père : il se détend, il s’anime, il parle beaucoup, il
foncé ; de louches traînées blanchâtres. discute, il évoque des souvenirs, il raconte des anec-
c. Texte 1. La narratrice enfant éprouve de l’amour dotes, il s’amuse et il aime s’amuser. Cette figure
pour sa mère et de l’admiration pour sa beauté ; la de style met en évidence la transformation du père
narratrice adulte s’en souvient avec attendrissement. lorsqu’il est au milieu de ses amis.
Texte 2. La narratrice enfant est écœurée et dégoû- Texte 2. On relève une métaphore qui assimile
tée par cette confiture où se cache un médica- l’indifférence de la mère pour la narratrice enfant
ment : quelque chose de répugnant s’y dissimule ; à une vague géante qui la submerge : elle déferle
mal au cœur. sur moi avec une telle puissance, elle me roule, elle
d. Texte 1. Elle se plonge dans le passé et laisse me rejette là-bas. Cette figure de style souligne
ses impressions surgir de la brume des souvenirs ; le douloureux sentiment d’abandon de la fillette.
elle cherche le mot juste pour les traduire fidèle- Texte 3. La figure de style est la comparaison : la
ment, comme l’indiquent les points de suspension : narratrice compare l’émergence du souvenir à une
comme fondus… je ne trouve pas d’autre mot… éclaircie. Cette comparaison s’accompagne d’une
sous sa peau dorée. métaphore qui présente le souvenir comme enfoui
Texte 2. Elle examine avec soin la confiture ; les dans une brume d’argent. La comparaison montre le
points de suspension indiquent ses hésitations et travail de la mémoire de la narratrice adulte qui laisse
observations face à ce problème. émerger les images de ses souvenirs d’Ivanovo.

Activités : histoire des arts p. 53


La peinture cubiste et le jupon sont blancs. Ses chaussures sont noires
1. Décrire un tableau cubiste et ses chaussettes rayées de rouge et bleu. Sa
1. a. Pablo Picasso a peint ce tableau ; il est l’un poupée porte un costume de marin violet et un
des fondateurs du cubisme. béret à pompon.
b. L’enfant représentée est Maya, la fille du peintre Les couleurs sont gaies et tranchées.
et de Marie-Thérèse Walter. 4. a. Le visage de l’enfant est peint sous toutes les
2. Le tableau mesure 73 cm par 60 cm ; il est daté faces à la fois : le côté droit nous fait face, mais
de 1938 ; c’est une huile sur toile. le côté gauche est vu de trois quarts ; les doigts
3. La petite fille est une très jeune enfant ; elle est de la main sont de simples bâtons en éventail ; sa
assise par terre, avec sa poupée sur les genoux. jambe gauche présente un angle bizarre.
Elle est vue de face, en plan moyen  : le sol est On note l’absence de perspective.
marron, le mur du fond, blanc. b. Cependant le corps de l’enfant ne se réduit
Deux nattes jaune-vert ornées de rubans rouges pas à des formes géométriques : sa bouche est
encadrent son visage à l’ovale arrondi ; ses yeux pulpeuse, ses joues et son menton arrondis ; son
sont noisette. Elle porte une robe bleu roi avec des expression est douce et enfantine. Sa poupée est
motifs rouges sur le corsage ; le col, les manches représentée de manière traditionnelle.

Je construis le bilan p. 54


1  Je connais les joies et les peines de Nathalie 2  Je retrouve les mots clés du parcours de
enfant la narratrice
Sources de bonheur : l’amour de son père ; l’ami- a. A. Lucienne. B. écrivain. C. Paris. D. Fénelon.
tié de Lucienne ; la réussite scolaire ; la lecture. E. Rocambole. F. Véra. G. soleil.
Sources de tristesse : la séparation d’avec sa mère ; b. Mot à trouver : Ivanovo. Ce mot est important
la trahison de sa mère ; l’hostilité de sa belle-mère. pour la narratrice car c’est le lieu dans lequel elle
a passé sa petite enfance en Russie.

30
3  Je comprends l’originalité d’Enfance Son écriture est originale parce qu’elle repose sur
un échange entre la narratrice et son double inté-
a. La seconde voix est celle du double intérieur rieur, qui contribue à faire émerger les souvenirs
de la narratrice. et à les préciser. Le temps employé est souvent le
b. Son rôle est d’aider la narratrice à se souvenir. présent de narration. L’usage des points de sus-
4  Je rédige un bilan de lecture pension traduit le travail de la mémoire.
• Enfance est un récit autobiographique parce • La narratrice enfant a souffert de l’abandon de
que l’auteure est aussi la narratrice et le person- sa mère ; elle a eu du mal à trouver sa place dans
nage principal. C’est un récit rétrospectif : Nathalie le nouveau foyer de son père. Mais l’amour de
Sarraute raconte son enfance jusqu’à son entrée son père, la découverte de l’amitié, la lecture et la
en sixième. réussite scolaire lui ont permis de se construire.

Entraînement au brevet p. 56


Une expérience désagréable

PREMIÈRE PARTIE 6. En rapportant ce souvenir, la narratrice montre


Questions sur le texte littéraire son intérêt précoce pour l’écriture, mais elle révèle
aussi que la critique sévère de son roman n’a pas
1. Les trois personnages présents sont la narra-
tari son inspiration à jamais.
trice enfant, sa mère et un Monsieur (l. 2) en visite.
2. La voix qui intervient est celle du double inté- Questions sur le texte et l’image
rieur de la narratrice. 7. a. L’auteur du tableau est Pierre Bonnard  ;
3. va chercher ton roman (ou ton cahier), viens l’œuvre est une huile sur toile datée de 1908.
montrer ton roman (ou ton cahier). b. La scène représente, à droite, une fillette vue
de profil, penchée sur une table recouverte d’une
4. La narratrice est gênée par la présence du visi- nappe rouge. Vêtue d’une robe noire, elle écrit
teur à qui elle doit montrer son roman : son silence sur des papiers blancs disséminés sur la nappe.
attentif, son attente pèsent sur moi, me poussent Le décor est celui d’une salle de séjour classique
(l. 3). Elle est tentée de céder à cette attente et, en éclairée par la lumière du jour venant d’une fenêtre
même temps, elle sent intuitivement qu’elle ne le à l’arrière-plan : la lumière est douce, tamisée par
doit pas : je sais que je ne dois pas le faire (l. 3-4) ; des voilages.
elle s’efforce de résister (l. 4). Toutefois, la pression
de sa mère est trop forte ; elle montre son roman à 8. a. Réponse ouverte.
« l’oncle » (l. 11) qui le juge de manière impitoyable b. La fillette pourrait être la narratrice absorbée par
(l. 13-14). Ses débuts d’écrivain s’arrêtent là : je l’écriture de son roman.
n’ai plus écrit une ligne (l. 15-16). Réécriture
5. a. Les verbes presse, gronde sont au présent « l’oncle » ouvrit le cahier à la première page…
de narration, ils renvoient au moment du souvenir. les lettres à l’encre rouge étaient très gauche-
Le verbe sais est au présent d’énonciation (d’ac- ment tracées, les lignes montaient et descen-
tualité), il renvoie au moment de l’écriture. daient… il les parcourut rapidement, feuilleta
b. Les points de suspension sont fréquemment plus loin, s’arrêta de temps en temps… il avait
utilisés pour souligner le travail de remémoration l’air étonné… il avait l’air mécontent… Il referma
de la narratrice. le cahier, il me le rendit.

31 Chapitre 2
Chapitre 3
Paysages lyriques Livre de l’élève p. 62

Ouverture du chapitre p. 62


Réponses aux questions
• Le peintre et le poète expriment tous deux la Hundertwasser représente le visage de sa maî-
fusion entre la femme aimée et le paysage. tresse bulgare, Irina, comme fondu dans un village
René Guy Cadou voit par la pensée sa femme, des Balkans, les lignes courbes qui dessinent son
Hélène, à travers les prairies et les matins de gel. visage se prolongeant dans le ciel, les routes, la
Il associe les vergers à la peau de celle-ci, son plaine verte au premier plan.
épaule à un oiseau qui fait son nid. • Réponse ouverte.

« L’isolement » p. 64
(poème d’Alphonse de Lamartine)
> Comment Lamartine exprime-t-il le manque de l’être aimé ?
Réponses aux questions mulation de phrases négatives (n’éprouve […] ni
Comprendre charme ni transports, v. 10 ; n’échauffe plus, v. 12 ;
« Nulle part le bonheur ne m’attend », v. 16). L’em-
Le poète s’installe sur la montagne, à l’ombre du
ploi de l’adjectif vains (v. 18) et de l’adverbe en vain
vieux chêne, le soir au coucher du soleil, dans les
(v. 13) renforce cette idée.
paysages qui entourent son village d’enfance, Milly.
Il est triste (tristement je m’assieds, v. 2). b. Le poète se compare à une ombre errante
(v. 11) que le soleil n’échauffe plus (v. 12) : il se sent
Analyser presque mort. Plus loin, il déclame avec déses-
1. a. Les strophes sont des quatrains ; le mètre, poir : « Nulle part le bonheur ne m’attend » (v. 16).
l’alexandrin. Les rimes sont disposées de façon 5. Dans le dernier vers, Lamartine nous éclaire sur
croisée. Ce sont donc des vers réguliers. l’origine de son mal : Un seul être vous manque,
b. Les alexandrins, vers longs, donnent une tona- et tout est dépeuplé ! (v. 20). L’être unique, c’est
lité grave et solennelle au poème. Julie Charles, sa bien-aimée décédée. Depuis sa
2. Ce poème est lyrique car Lamartine parle de lui disparition, le monde lui semble vide, tout lui paraît
à la première personne (je, mes, mon, ma…) et y vain. Toute la densité lyrique s’exprime dans l’op-
exprime sa tristesse (tristement, v. 2). Le poème position un seul/tout.
est aussi élégiaque car le poète emploie un ton Bilan
plaintif et mélancolique (« Nulle part le bonheur ne
m’attend », v. 16). Lamartine se sent seul au monde depuis la mort
de sa bien-aimée, Julie Charles. Il s’est réfugié
3. C’est un paysage varié, constitué de montagne dans une nature d’une grande beauté à laquelle
(v. 1), de plaine (v. 3), de fleuve qui serpente (v. 5-6) il reste insensible. Désormais, où qu’il aille, quoi
et de lac immobile (v. 7). Lamartine voit des élé- qu’il contemple, nulle part le bonheur ne l’attend.
ments réels de la campagne aux alentours de Milly
mais en imagine d’autres : c’est sa vision poétique Vocabulaire
du monde.
Autour du mot vain
4. a. Le poète reste insensible au spectacle de
la nature. Le connecteur d’opposition mais (v. 9) 1. en vain : adverbe ; vains : adjectif.
souligne le caractère inattendu de l’état du poète. 2. a. La vanité est un défaut. b. Lamartine essaie
Lamartine insiste sur son incapacité à ressentir des en vain/vainement d’oublier son chagrin. c. Il est
émotions face à la beauté du paysage par l’accu- vain de chercher le bonheur quand on est acca-

33 Chapitre 3
blé de tristesse. d. Une vanité est un tableau qui l’encre brune) diluée dans de l’eau pour obtenir
rappelle le caractère éphémère de la vie. e. Quel différentes intensités. Le dessinateur réalise ainsi
homme vaniteux ! Il tire gloire de sa naissance et des nuances monochromatiques pour figurer un
de ses biens. paysage sombre.
b. Hugo et Lamartine sont tous deux des artistes
Histoire des arts du mouvement romantique. Hugo représente un
paysage de collines se jetant dans un lac, ce qui
Étudier une encre romantique
rappelle la montagne et le lac immobile du poème
a. Une « encre » est une technique plastique réa- de Lamartine. Le paysage à l’encre est sombre
lisée à l’encre brune ou à l’encre de Chine sur du et empreint d’une certaine mélancolie. À noter
papier (ici du papier au grain très fin, de la qualité dans l’encre d’Hugo, la présence de la tour en
du vélin, qui était du parchemin obtenu à partir ruine (dont le nom, la Tour des rats, appuie l’idée
de la peau de veaux mort-nés). On parle aussi de d’abandon par les hommes) et le bateau, deux
« lavis » : c’est l’utilisation d’une seule couleur (ici motifs du romantisme.

« Sensation » p. 66
(poème d’Arthur Rimbaud)
> Comment Rimbaud exprime-t-il son exaltation adolescente ?
Réponses aux questions celui de se sentir libre, sans retenue ni barrières,
Comprendre comme un bohémien (v. 7), à qui toutes les routes
Arthur Rimbaud s’imagine dans un paysage cham- sont ouvertes.
pêtre (blés, herbe, v. 2), en été, le soir (v. 1). 4. a. Dans les deux derniers vers, Rimbaud per-
sonnifie la nature en lui attribuant une majuscule.
Analyser
Il la compare à une femme  : il est en présence
1. C’est un poème régulier composé de deux qua- de la nature, comme avec une femme aimée. Il
trains (4 vers). Les vers sont des alexandrins (12 est donc amoureux de la nature et de la liberté
syllabes) et les rimes sont croisées (abab). qu’elle lui offre.
2. Le poète emploie le futur simple : il fait le projet b. Le mot Nature est doublement mis en valeur :
d’une escapade dans la nature. il est au sein d’un rejet, et on est obligé de faire
3. a. Dans le premier quatrain, la sensation domi- une pause (marquée par la virgule et le tiret) après
nante est le toucher : picoté par les blés (v. 2) ; fou- le mot. On s’attarde donc nettement sur lui à la
ler l’herbe menue (v. 2) ; la fraîcheur à mes pieds lecture.
(v. 3) ; le vent baigner ma tête nue (v. 4). Il est aussi
Bilan
question de la vue, sollicitée par les couleurs : les
soirs bleus (v. 1) et, indirectement, le jaune des blés • « Sensation » est un hymne à la nature ; c’est
et le vert de l’herbe. un poème lyrique dans lequel le poète évoque son
b. Le poète est alors envahi par un sentiment amour pour cette nature estivale qu’il personnifie
amoureux souligné par une allitération en M : Mais et compare à la femme aimée.
l’amour infini me montera dans l’âme (v. 6) dont la • Rimbaud y exprime son exaltation adolescente,
sonorité douce fait écho au mot amour. Il est heu- qui passe à la fois par des sensations physiques
reux (v. 8), apaisé (Je ne parlerai pas, je ne penserai concrètes (le toucher) et un double sentiment de
rien, v. 5). Un autre sentiment découle du premier : plénitude amoureuse et de liberté sans limites.

34
« Chanson d’automne » p. 67
(poème de Paul Verlaine)
> Comment Verlaine exprime-t-il sa mélancolie ?
Réponses aux questions – Le poète y fait alterner des vers très courts, pairs
Échanger et impairs, selon un schéma original : deux tétrasyl-
labes puis un trisyllabe. Cet enchaînement régulier
Proposition de correction : Traditionnellement, l’au- de vers irréguliers donne un rythme saccadé au
tomne signe la fin d’une période gaie, glorieuse, luxu- poème quand on l’oralise, rythme qui n’est pas
riante, l’été. Cette période de déclin de la lumino- sans rappeler celui du sanglot.
sité et des récoltes peut donc susciter une certaine – La disposition des rimes suit ce rythme saccadé.
tristesse, une nostalgie, le sentiment que les beaux Dans chaque sizain, on relève le schéma suivant :
jours sont derrière nous et qu’on les regrette déjà. aabccb, un mélange de rimes suivies et embras-
Mais, l’automne c’est encore le temps de certaines sées, là aussi original.
récoltes : vendanges, récolte des fruits et légumes – Enfin, pour renforcer cette musicalité, on peut
tardifs et nourrissants comme les noix, les courges. noter plusieurs jeux de sonorités à l’intérieur des
C’est donc encore une saison généreuse. De plus, vers : vers 1 à 3, la combinaison d’une assonance
la nature prend alors des teintes colorées, rouge et en O et d’une allitération en L (Les sanglots longs
or, qui peuvent ravir l’œil, et rendre les cœurs gais ! / des violons / de l’automne) qui semble imiter le
Analyser sanglot ; vers 13 à 14, une allitération en V qui, elle,
fait entendre le vent (Et je m’en vais / Au vent mau-
1. Verlaine est mélancolique comme le révèle le vais) et peut-être aussi le nom du poète lui-même.
champ lexical de la tristesse : les sanglots (v. 1) ;
blessent mon cœur (v.  4)  ; langueur / Monotone Bilan
(v. 5-6) ; suffocant (v. 7) ; blême (v. 8) ; je pleure (v. 12). Dans «  Chanson d’automne  », Verlaine exprime
2. L’automne est personnifié car le poète le fait sa mélancolie et sa nostalgie du temps passé. Il
sangloter (Les sanglots longs / Des violons / De établit une correspondance entre son état d’âme
l’automne). La saison, comme le poète, pleure et l’automne. Sa chanson fait entendre des sono-
(v.  12). Son état d’âme épouse le paysage, il le rités tristes qui imitent le sanglot saccadé et le
teinte de sa mélancolie. vent mauvais. Pour Verlaine, en effet, lyrisme rime
avec musicalité : De la musique avant toute chose,
3. a. Aux vers 7 à 9, il est triste à l’idée que quelque intime-t-il dans son « Art poétique » (recueil Jadis
chose s’achève. et Naguère).
b. Cette tristesse prend la forme de la nostal-
gie quand il se souvient des jours anciens. L’au- Histoire des arts
tomne vient en effet après l’été, la saison des jours Étudier une peinture romantique
chauds et ensoleillés où la nature est productive.
L’automne, c’est le temps d’après, le temps de la a. Arnold Böcklin a peint quelques feuilles rou-
nostalgie du printemps et de l’été, le temps où la geoyantes, tombées au sol ou sur le cours d’eau.
nature se meurt après avoir été à son zénith. On est au début de l’automne car le vert domine
encore.
4. Verlaine se compare à la feuille morte (v. 18), au b. La jeune femme, de dos, incline pensivement
moyen de l’outil de comparaison pareil à. Le point sa tête vers le ruisseau ; peut-être contemple-t-
commun entre lui et la feuille réside dans le fait elle son reflet et songe-t-elle à elle, à sa vie, à ses
d’être emport[é] deçà, delà, par le vent mauvais. espoirs ou ses désespoirs. Pour renforcer cette
Bien qu’il n’ait que vingt-deux ans quand il publie idée, elle paraît avoir les mains jointes, dans une
ce poème, il s’y décrit comme mourant, morale- posture de prière ou de supplique.
ment desséché comme la feuille d’automne. Il se c. On pourrait y associer les vers 10 à 12 : Je me
sent sans espoir, sans avenir. souviens / Des jours anciens  / Et je pleure, car
5. Ce poème s’intitule « Chanson d’automne » : elle est pensive et solitaire ; elle peut regretter un
il revêt une musicalité particulièrement travaillée, passé plus animé et heureux, un passé à deux
chère à Verlaine. par exemple.

35 Chapitre 3
« Un hémisphère dans une chevelure » p. 68
(poème de Charles Baudelaire)
> Comment Baudelaire associe-t-il la femme aimée au rêve d’un ailleurs ?
Réponses aux questions Toucher plonger tout mon visage (l. 2) ; les
Comprendre moussons (l. 9) ; l’éternelle chaleur
(l. 15) ; dans les caresses de ta
• Il s’agit ici d’un poème en prose qui n’est donc chevelure (l. 16) ; bercées par le roulis
pas disposé en vers. On n’identifie pas de strophes imperceptible du port (l. 17-18) ; les
mais des paragraphes de 3 ou 4 lignes. gargoulettes rafraîchissantes (l. 18-19) ;
• Baudelaire s’adresse à Jeanne Duval, il met à sur les rivages duvetés de ta chevelure
l’honneur sa chevelure. (l. 22)
Goût eau d’une source (l. 2-3) ; mordre […] tes
PARCOURS A
tresses (l. 24) ; je mordille tes cheveux
1. a. Ce poème est constitué de 7 paragraphes. élastiques et rebelles (l. 24-25) ; je mange
b. Il adopte une structure circulaire car le premier et des souvenirs (l. 25-26)
le dernier paragraphe se font écho par l’anaphore b. Les champs lexicaux :
Laisse-moi (respirer)  / Laisse-moi (mordre). On
repère une autre anaphore qui débute trois autres Exotisme Voyage
paragraphes : Dans l’océan de ta chevelure (l. 12) / tout un rêve (l. 8) ; mon âme voyage (l. 6) ;
Dans les caresses de ta chevelure (l. 16) / Dans l’ar- les moussons (l. 9) ; voilures et mâtures
dent foyer de ta chevelure (l. 20). de charmants climats (l. 8) ; de grandes mers
2. a. Le vocabulaire des sensations liées à la che- (l. 10) ; l’atmosphère (l. 9) ; l’espace est plus
est parfumée par les bleu et plus profond
velure de la jeune femme :
fruits… (l. 10-11) ; (l. 10) ; l’océan (l. 12) ;
Vue tout ce que je vois (l. 5) ; l’espace l’éternelle chaleur un port (l. 12) ; navires
est plus bleu (l. 10) ; j’entrevois un (l. 15) ; gargoulettes de toutes formes
port (l. 12) ; navires de toutes formes (l. 18-19) ; odeur du (l. 13-14) ; la chambre
découpant leurs architectures fines tabac mêlé à l’opium d’un beau navire (l. 17)
et compliquées sur un ciel immense et au sucre (l. 20-21) ;
(l. 13-15) ; un beau navire (l. 17) ; l’azur tropical (l. 22) ;
dans la nuit de ta chevelure (l. 21) ; je odeurs combinées du
vois resplendir l’infini de l’azur tropical goudron, du musc et de
(l. 21-22) ; tes tresses […] noires (l. 24) l’huile de coco (l. 23)

Odorat respirer longtemps, longtemps, l’odeur 3. Ce texte en prose partage certains points com-
de tes cheveux (l. 1) ; un mouchoir muns avec un poème :
odorant (l. 3) ; tout ce que je sens – des images : dans le premier paragraphe, Bau-
(l. 5) ; sur le parfum (l. 6) ; parfumée delaire compare les cheveux de Jeanne à l’eau
par les fruits, par les feuilles et par la d’une source qui le désaltérerait, puis à un mou-
peau humaine (l. 11) ; je respire l’odeur
choir odorant qui laisserait des souvenirs dans l’air.
du tabac mêlé à l’opium et au sucre
(l. 20-21) ; je m’enivre des odeurs Plusieurs métaphores jalonnent le poème, notam-
combinées du goudron, du musc et de ment l’océan de ta chevelure (l. 12), l’ardent foyer
l’huile de coco (l. 22-23) de ta chevelure (l. 20), la nuit de ta chevelure (l. 21) ;
– des jeux de sonorités : dans le 3e paragraphe, on
Ouïe tout ce que j’entends (l. 5-6) ; sur la relève une allitération en M (de grandes mers dont
musique (l. 7) ; fourmillant de chants les moussons me portent vers de charmants cli-
mélancoliques (l. 12-13)
mats, l. 9-10), une allitération en F (où l’atmosphère
est parfumée par les fruits, par les feuilles, l. 10-11),
une rime intérieure (voilures et mâtures, l. 8) ;
– des répétitions rythmiques  : tout le 3e para-
graphe repose sur des répétitions (contiennent…
contiennent… ; où l’espace… où l’atmosphère… ;

36
par les fruits, par les feuilles et par la peau humaine). 3 à 4 lignes. Cette régularité, au lieu de s’entendre
Une cadence s’installe, comme à la lecture de en fin de vers par les rimes, se perçoit au début
vers réguliers. des paragraphes par des anaphores très nettes.
D’autre part, on relève des comparaisons très
PARCOURS B
construites, comme dans le premier paragraphe
1. Voir le tableau de la réponse 2. a. (parcours A). où Baudelaire compare les cheveux de Jeanne à
On constate une nette prédominance du vocabu- l’eau d’une source qui le désaltérerait, puis à un
laire de l’odorat, du toucher et de la vue. Dans son mouchoir odorant qui laisserait des souvenirs dans
propos, l’odorat apparaît comme essentiel dans l’air. Plusieurs métaphores jalonnent le poème,
le processus d’imagination puisqu’il commence notamment l’océan de ta chevelure (l. 12), l’ardent
par  : Laisse-moi respirer longtemps, longtemps, foyer de ta chevelure (l. 20), la nuit de ta chevelure
l’odeur de tes cheveux (l. 1), puis énonce : Mon (l. 21). Les images poétiques sont constantes dans
âme voyage sur le parfum comme l’âme des autres cette prose qui prend ainsi un caractère poétique.
hommes sur la musique (l. 6-7).
Bilan
2. Au contact de la chevelure de Jeanne, Baude-
• Pour Baudelaire, la chevelure de Jeanne symbo-
laire se trouve plongé dans un ailleurs exotique
lise l’ailleurs et l’invite à un voyage imaginaire dans
qu’évoquent les moussons (l. 9), de charmants climats
des contrées lointaines et exotiques, en lien avec
(l. 10), l’atmosphère […] parfumée par les fruits, par
les origines de celle-ci. Il y retrouve les parfums,
les feuilles et par la peau humaine (l. 10-11), l’éternelle
les couleurs, les sensations physiques qu’il a pu
chaleur (l. 15), les gargoulettes (l. 18-19), le tabac,
connaître dans sa jeunesse. La chevelure est un
l’opium, le sucre (l. 20-21), l’azur tropical (l. 22), les
déclencheur de souvenirs.
odeurs combinées du goudron, du musc et de l’huile
• Il intitule son poème en prose « Un hémisphère
de coco (l. 23). Il voyage par l’esprit dans un décor
dans une chevelure » car cette partie du corps fémi-
tropical où dominent le bleu de l’océan, les navires,
nin synthétise à elle seule, dans l’esprit du poète,
la chaleur, l’odeur de denrées rares pour le Parisien.
un hémisphère tout entier, un ailleurs, une autre
3. Ce texte en prose adopte la musicalité d’un partie du globe, bien loin de Paris, une part de
poème classique. rêve qui se réveille à chaque contact avec elle. Les
On le remarque tout particulièrement dans le cheveux de Jeanne font rêver Baudelaire, qui est
3e paragraphe avec : comme un voyageur passionné devant une carte.
– une allitération en M (de grandes mers dont les
moussons me portent vers de charmants climats, Histoire des arts
l. 9-10) ; Étudier un tableau d’inspiration exotique
– deux allitérations en P et en F, qui s’entremêlent : a. Réponse ouverte.
l’espace est plus bleu et plus profond, où l’atmos- b. Le personnage est une Tahitienne, vêtue d’un
phère est parfumée par les fruits, par les feuilles paréo rouge à fleurs blanches et d’un chemisier
et par la peau humaine (l. 10-11) ; blanc sans manches. Elle est de trois quarts dos,
– une rime intérieure avec voilures et mâtures (l. 8) ; le visage de profil, laissant apparaître sa chevelure
– la structure de tout le paragraphe, qui repose noire nouée par un ruban jaune et ornée d’une
sur des répétitions qui le rythment tantôt de façon fleur blanche. Elle est assise sur une plage, la mer
binaire (contiennent… contiennent…), tantôt de apparaissant en arrière-plan.
façon ternaire (dont les moussons… où l’espace… c. Le dessin est naïf, les parties du corps ne sont
où l’atmosphère… ; par les fruits, par les feuilles pas toujours proportionnées. Les couleurs sont
et par la peau humaine). Une cadence s’installe, vives, tranchées. C’est le style reconnaissable de
comme à la lecture de vers réguliers. Paul Gauguin.
Le poème est construit de façon circulaire car le d. On peut voir un lien entre cette Tahitienne et
premier et le dernier paragraphe se font écho par Jeanne Duval dont on ignore l’origine réelle, mais
l’anaphore Laisse-moi (respirer) / Laisse-moi (mordre). qui serait probablement originaire de La Réunion.
On repère une autre anaphore qui débute trois Sur la toile, comme dans le poème de Baudelaire,
autres paragraphes : Dans l’océan de ta chevelure la chevelure est mise à l’honneur. On a l’impres-
(l. 12) / Dans les caresses de ta chevelure (l. 16) / Dans sion de sentir cette chevelure aux odeurs combi-
l’ardent foyer de ta chevelure (l. 20). Une régularité nées du goudron, du musc et de l’huile de coco
structure tout ce poème constitué de 7 strophes de dont parle le poète.

37 Chapitre 3
« La chanson du mal-aimé » p. 70
(poème de Guillaume Apollinaire)
> Comment Apollinaire allie-t-il tradition lyrique et modernité ?
Réponses aux questions Perception gaie de Paris
Échanger et comprendre mélodieux (délire) (v. 3) ; mon beau Paris (v. 4) ;
• Dans cette partie de son long poème, Apolli- sans avoir le cœur d’y mourir (v. 5) ; les fleurs
naire déambule à Paris, dans un paysage urbain. aux balcons de Paris (v. 9) ; ivres du gin (v. 11) ;
• Il est triste car sa bien-aimée, Annie Playden, flambant de l’électricité (v. 12) ; les tramways
[…] musiquent (v. 13-14) ; leur folie de machines
l’a éconduit.
(v. 15) ; les cafés […] crient tout l’amour
Analyser (v. 16-17) ; leurs garçons vêtus d’un pagne (v. 19)

1. Cet extrait de poème est constitué de cinq quin- b. L’ambiance festive de la ville semble consoler
tils (strophes de 5 vers). Les vers sont tous des le poète, le faire glisser progressivement de la tris-
octosyllabes (8 syllabes). Sa forme régulière paraît tesse à une gaîté communicative.
très classique à première vue. Mais on remarque 4. a. Dans la 3e strophe, on note deux métaphores
une absence totale de ponctuation, ce qui est très étonnantes. Aux vers 11-12, il compare l’électricité
novateur en 1913. Cela trouble le sens de certains de la ville (qui commence à se répandre en 1913
vers, par exemple des deux premiers, dans les- et qui émerveille la population de l’époque) à du
quels on pourrait la rétablir ainsi : gin, un alcool qui flambe et qui enivre. Vers 14-15, il
Juin, ton soleil, ardente lyre, compare les rails des tramways à des portées musi-
Brûle mes doigts endoloris. cales, formant tous deux des lignes parallèles. On
L’absence de ponctuation laisse le lecteur plus libre, remarque que le poète insiste sur la dimension musi-
plus actif dans la construction du sens du poème. cale de la poésie en citant la lyre (v. 1), des portées
(v. 14) et en inventant le néologisme musiquent au
2. a. Les mots brûle, endoloris, triste évoquent la
vers 14. Cette dimension est à l’origine de la poé-
douleur physique et morale d’Apollinaire. Cepen-
sie lyrique, traditionnellement chantée et accom-
dant, les adjectifs mélodieux et beau et l’expres-
pagnée par un instrument de musique.
sion sans avoir le cœur d’y mourir montrent qu’il
commence à s’apaiser. b. On peut relever :
– plusieurs personnifications, qui attribuent une
b. Il compare le soleil à une ardente lyre (v.  1),
action humaine ou un caractère humain à des
expression qui serait mise en apposition à soleil si
choses, des lieux : les orgues de Barbarie […] san-
la ponctuation était rétablie. Le poète fait référence
glotent (v. 7-8) ; les soirs de Paris sont ivres (v. 11) ;
ici aux attributs d’Apollon (le soleil et son instrument
les machines sont atteintes de folie (v. 15) ; les cafés
de musique, la lyre), qui est le dieu gréco-romain
[…] crient tout l’amour (v. 16-17) ; les siphons des
de la lumière, de la beauté, de la musique et sur-
bouteilles d’eau gazeuse sont enrhumés (v. 18) ;
tout de la poésie.
– une animalisation : les tramways ont une échine
Remarque : Cette référence à Apollon peut être
(v. 13).
vue comme un clin d’œil à lui-même, puisqu’il s’est
choisi comme nom de plume Apollinaire, son vrai 5. Au vers 20, le poète exprime l’intensité de son
nom étant Wilhelm Apollinaris de Kostrowitzky. amour par l’emploi de l’adverbe tant, mais annonce
en même temps, par l’emploi du passé composé,
3. a. Sa perception de Paris est double.
que cet amour est passé, définitivement achevé.
Perception triste de Paris Remarque  : Il est intéressant de noter le paral-
lèle et l’écart entre le vers 20 (évoquant toi, l’être
triste (délire) (v. 3) ; les dimanches s’y éternisent aimé) et le vers 21 (évoquant moi, le poète). Par
(v. 6) ; les orgues […] y sanglotent dans les cours cette disposition des pronoms personnels, Apolli-
grises (v. 7-8) ; les fleurs […] penchent comme la
naire marque la distance qui s’amorce entre cette
tour de Pise (v. 9-10)
femme, reléguée dans le dernier vers, donc dans
le passé, et lui, dans le premier vers de la strophe
suivante, tourné vers l’avenir.

38
6. Dans la dernière strophe, le poète énumère les Histoire des arts
chants qu’il sait écrire. Ce sont des chants d’es- Étudier un tableau cubiste
poir ou d’amours tragiques qui ont pu conduire à
la mort (c’est le cas avec les esclaves aux murènes, a. et b. Cette nature morte représente une table
les sirènes). Il les place sur le même plan que son (couleur «  bois  ») dans un café au carrelage en
histoire d’amour douloureuse avec Annie Playden. damier taupe et blanc. Dessus, on identifie, grâce
au titre de la toile, une bouteille de vin et un morceau
7. Après cette errance à travers Paris, Apollinaire
d’une coupe de fruits (des raisins) en transparence,
semble avoir retrouvé l’inspiration et l’envie d’écrire,
une carafe d’eau (verte, au centre). On reconnaît
de transformer cet amour déceptif en poème
également, un journal, un verre à pied, une pipe.
lyrique. Il annonce, dans cette dernière strophe,
La représentation de ces éléments obéit aux prin-
son intention de prendre la plume pour écrire la
cipes cubistes : la perspective est gommée, les
romance du mal-aimé.
objets sont figurés à plat et de façon fragmentaire
Bilan (par exemple, la coupe de fruits est synthétisée par
Apollinaire s’inscrit ici dans la tradition lyrique de un bout de raisin). Les formes dominantes sont
la plainte amoureuse, l’expression élégiaque de géométriques (le damier), anguleuses (la table, le
la souffrance face à un amour à sens unique. Le journal) ou cylindriques (le verre, la bouteille).
paysage qu’il traverse, son beau Paris, prend alors Pablo Picasso, Georges Braque et Juan Gris, les
une teinte triste et douloureuse. Mais il renouvelle principaux représentants de ce mouvement pictu-
l’écriture de la plainte en choisissant un paysage ral, aimaient peindre les tables de cafés parisiens
urbain aux éléments résolument modernes (électri- et leur contenu.
cité, machines), des métaphores et des personni- c. Ce tableau peut être rapproché des vers 16 à
fications étonnantes dont la compréhension n’est 19 du poème d’Apollinaire, où ce dernier évoque
pas toujours immédiatement accessible, et en l’atmosphère des cafés parisiens.
proposant une lecture du poème très libre, sans
ponctuation.

« La courbe de tes yeux » p. 72


(poème de Paul Éluard)
> Quels paysages sa muse inspire-t-elle à Éluard ?
Réponses aux questions – les rimes sont aléatoires, de moins en moins pré-
Échanger sentes au fil du poème, et ne suivent donc pas une
des trois dispositions traditionnelles.
Proposition : Les yeux, le regard, jouent un rôle
C’est donc un poème en vers libres, ou presque.
décisif dans la rencontre amoureuse : le contact
entre deux regards signe l’amorce d’un intérêt 2. Le vers 1 est essentiel  : il résume l’idée du
réciproque. Plus tard, c’est dans le regard de poème. La forme de l’œil de Gala épouse celle du
l’autre que le lien amoureux grandit, se maintient cœur d’Éluard : ces deux parties du corps sont
ou se délite. ovales. Gala et Éluard sont ainsi en connexion.
3. a. On relève les mots courbe, tour, cœur, rond,
Analyser auréole, berceau. Cela donne une impression de
1. À première vue, le poème paraît régulier avec protection, de sécurité, qu’apporte ici la femme
trois quintils et des vers qui semblent de même aimée.
longueur. On note certaines rimes (cœur / dou- b. À partir du mot c-ou-r-be, Éluard décline :
ceur, v. 1-2 ; vécu / vu, v. 4-5 ; rosée / parfumés, – une assonance en OU : tour, douceur, toujours,
v. 6-7…). Mais, après une lecture plus attentive, jour, mousse, sourires, couvrant, sources, couleurs,
on constate que : couvées, toujours, jour, tout, coule ;
– les vers de la première strophe sont irréguliers – une allitération en R : tour, cœur, rond, douceur,
(12-8-12-12-10 syllabes), alors que les vers des auréole, berceau nocturne, sûr, toujours, jour, rosée,
deux autres strophes sont des décasyllabes ; roseaux, sourires parfumés, couvrant, lumière,

39 Chapitre 3
chargés, mer, chasseurs, bruits, sources, couleurs, renaître au monde, le lui fait voir, sentir, entendre
parfums, aurores, toujours, sur, astres, jour, purs, autrement, poétiquement. Le poète reprend un
leurs regards. motif classique de la poésie lyrique  : la femme
La répétition de ces deux sonorités crée un effet muse. Mais, ici, Gala lui donne accès à de nou-
de rimes intérieures, en écho au mot pilier courbe, veaux paysages, surréalistes.
et établit une forte régularité sonore.
4. a. Plusieurs termes se réfèrent à la naissance : Histoire des arts
berceau (v. 3) ; sources (v. 10) ; éclos (v. 11) ; cou- Étudier une photographie surréaliste
vée (v. 11).
a. La photographie de Man Ray intitulée Les Larmes
b. Pour le poète, les yeux de la femme aimée sont peut être mise en rapport avec le vers 1 du poème
à l’origine du monde. d’Éluard  : La courbe de tes yeux fait le tour de
– Ils donnent naissance aux quatre éléments : l’air mon cœur. En effet, on y découvre un œil dont les
(jour ; vent ; ciel ; aurores), la terre (feuilles ; mousse ; courbes sont mises en valeur par un mascara qui
roseaux ; paille), l’eau (rosée ; mer), le feu (lumière). recourbe à l’excès ses cils. L’iris, la paupière, les
– Ils éveillent les sens humains : la vue (un rond contours de l’œil, les cils maquillés, le sourcil épilé,
de danse ; lumière ; couleurs), l’odorat (parfumés ; les larmes elles-mêmes sont courbes.
parfums), l’ouïe (chasseurs de bruits), le toucher
b. On identifie clairement un œil ouvert – dont l’iris
(douceur ; rosée ; vent).
est dirigé vers le haut – aux cils maquillés, sur-
Elle est la figure maternelle qui engendre le monde. monté d’un sourcil. Deux larmes perlent en des-
Remarque : Sous la plume d’Éluard, le monde se sous. Ces éléments correspondent à une repré-
transforme en paysages et en éléments surréalistes, sentation réaliste.
tels qu’une couvée d’aurores qui gît sur la paille des
c. La rondeur des larmes n’est pas naturelle, ces
astres, des bateaux chargés du ciel et de la mer…
larmes ressemblent à des perles ou à des billes de
5. a. Au vers 15, le poète énonce tout mon sang verre. Elles semblent figées, ne coulent pas, défient
coule dans leurs regards. Il puise son sang, sa vie, donc les lois de la gravité. Le mascara, appliqué de
son énergie vitale dans les yeux de la femme aimée. façon exagérée, forme comme une corolle autour
b. La femme a donc pouvoir de vie… et de mort de l’œil qui le fait ressembler davantage à une fleur
sur le poète. L’amour de la femme le nourrit, le exotique ou à une pieuvre. L’œil devient un objet
fait vivre ; s’il s’arrête, le poète risque de mourir étrange et fascinant, un peu hypnotique.
symboliquement, de perdre l’accès au monde. Il d. Man Ray a choisi de cadrer un seul œil, en gros
a conscience de cette dangereuse dépendance : plan : il crée ainsi une nouvelle réalité puisque nor-
Le monde entier dépend de tes yeux purs (v. 14). malement les yeux vont par paire.
Éluard révèle ainsi au lecteur ce qui fait sa force Remarque : Cette photographie artistique est le
et sa fragilité. fruit d’un recadrage a posteriori d’une photogra-
Bilan phie publicitaire que Man Ray avait réalisée pour
Pour Éluard, la femme aimée est le médium entre une marque de cosmétiques.
lui et le monde. Elle fait battre son cœur, le fait

« Aubrac » et « Que ce monde demeure ! » p. 74-75


(poèmes de Julien Gracq et Yves Bonnefoy)
> Comment Gracq et Bonnefoy entrent-ils en osmose avec la nature ?
Réponses aux questions même chapitre. « Que ce monde demeure ! » est
Échanger un poème en vers libres (pas de rimes, vers iné-
gaux) mais constitué de trois quatrains ; en cela,
Réponse ouverte.
il synthétise la tradition et la modernité de la poé-
Analyser sie lyrique.
1. «  Aubrac  » est un poème en prose, dans la 2. Ces deux poèmes ne sont pas centrés sur
lignée du poème de Baudelaire, étudié dans ce le « moi » lyrique comme à l’accoutumée. Dans

40
« Aubrac », on relève un seul pronom de première partage sa vie, sa route et son amour de la nature.
personne, qui est complément (me, l. 12). Une plus On peut imaginer aussi qu’il s’agit d’une personni-
grande place est faite à la deuxième personne avec fication de la nature ou de l’Aubrac qui lui tendrait
ta main, citée trois fois (l. 11-12). Mais le point de une main pour lui offrir le bruit plus clair du torrent
vue adopté est surtout général avec deux pronoms et des colchiques de l’automne.
impersonnels il (l. 1 et 2) et les indéfinis on (l. 6) et Dans le poème de Bonnefoy, l’olive grise serait
tout (l. 7). Dans « Que ce monde demeure ! », un le symbole de l’espoir : la vie continue sur cette
seul je ouvre le poème. Le message des poètes branche qui s’est rompue, car de ce fruit germera
vise plutôt l’universel que leur propre état d’âme. un nouvel arbre. Il en va ainsi du cycle de la vie.
3. Les deux poètes cherchent à rendre compte Bilan
de la beauté du monde. Gracq fait une descrip-
tion en mouvement du paysage qui l’entoure, son Gracq et Bonnefoy trouvent un sens à leur vie au
Aubrac bien-aimé. Son regard se promène, glisse contact de la nature, en s’y plongeant, en prenant
de droite à gauche, de la banquette où l’herbe noir- le temps de l’observer, de la soigner. Ils en retirent
cit sous les châtaigniers (l. 2-3) à la Viadène (l. 3) ; une force universelle.
puis il atteint la route rose qui serpente entre soleil
et ombre d’un bois de sapins (l. 10-11). Le poète Histoire des arts
est un passeur de sensations (surtout visuelles) Étudier une photographie de land art
transmises par son œil gorgé (l. 10) des bienfaits a. Nils-Udo a photographié une prairie donnant
de la nature. Bonnefoy, lui, fait une description plus sur un lac sombre au second plan. Au milieu de
statique, au pied d’un arbre dont la branche s’est la prairie se dresse un seul arbre, un pommier
rompue. Mais à partir de cet élément naturel d’une dénudé : c’est l’hiver. À l’arrière-plan, on voit un
grande valeur symbolique, son esprit s’évade vers ciel aussi sombre que le lac. Le cadrage est serré
d’autres éléments aux mesures infinies, comme le sur l’arbre qui occupe le centre de la photo. Une
ciel, les chemins, un fleuve. chaude lumière dorée, de fin de journée, met en
4. Yves Bonnefoy, économe, dit des choses essen- valeur la prairie et les boules de neige suspendues
tielles en peu de mots, par exemple : Serrée contre artificiellement aux branches. Il s’agit d’une instal-
la branche / L’olive grise (l. 11-12). Cette formule lation végétale éphémère.
n’est pas sans rappeler le haïku. À ses yeux, cette b. Nils-Udo utilise la nature comme support de
olive synthétise le monde à elle seule. Elle n’est rien, départ et intervient pour créer une réalité nou-
elle est tout. Julien Gracq, lui, développe sa pen- velle  : des boules de neige qui ornent un pom-
sée au moyen de phrases fleuves qui s’étendent mier. Les fruits de cet arbre ont donc changé de
sur plusieurs lignes. Il paraît emporté dans son nature le temps d’une photographie qui recom-
élan lyrique. Toutefois, le poète change parfois de pose le monde.
rythme et, comme Bonnefoy, économise les mots : Comme Bonnefoy redresse une branche qui s’est
À mi-pente, la journée respire (l. 4). rompue, Nils-Udo cherche à redonner vie à ce
5. La main évoquée à la fin du poème de Julien pommier en hiver. Et comme dans le poème, le
Gracq peut être celle de sa compagne, celle qui ciel est lourd d’eau et d’ombre.

41 Chapitre 3
Histoire des arts p. 76
Fenêtres sur le monde
Comparer plusieurs représentations de fenêtres
1.
Description
Manet Dufy Delaunay
de la toile
Fenêtre vue de l’intérieur de l’extérieur de l’intérieur de l’intérieur
ou de l’extérieur ?
Type de paysage un jardin la mer, une ville la tour Eiffel et la Grande
extérieur à Rueil (la baie de Nice) Roue de 1900
à Paris
Couleurs dominantes le vert de la végétation, le bleu violet, le rouge, l’orangé, le vert, le rose
le beige de la façade et l’orangé fuchsia, le bleu
le bleu pâle des volets
Lumière douce vive vive

2. La toile de Robert Delaunay n’est pas figurative. Baudelaire explicite ainsi le mystère qui se dégage
On identifie grâce au titre un détail de la tour Eiffel du tableau de Manet. La fenêtre entrouverte en
sur la partie haute du tableau et le mouvement de bas à gauche est le point d’entrée vers un autre
la Grande Roue à gauche. Les couleurs vives et monde, qui titille l’imagination de tout spectateur :
les formes géométriques recomposent la vision du qu’y a-t-il de l’autre côté du mur ? Que s’y passe-
peintre sur ces deux monuments, depuis sa fenêtre. t-il ? La fenêtre c’est à la fois l’ouverture… et la fer-
3. La forme rectangulaire d’une fenêtre épouse meture, donc le mystère. On comprend ce jeu-là
le cadre d’un tableau : le peintre peut voir dans aussi dans le tableau de Hopper, p. 90.
la fenêtre un cadre naturel pour circonscrire son Apollinaire relaie son ami Delaunay dans son poème
objet d’étude. « Les Fenêtres » :
Quand on observe le tableau de Dufy, il est amu- Du rouge au vert tout le jaune se meurt
sant de constater que la fenêtre de droite donne Paris Vancouver Hyères Maintenon New York et
à voir la ville, celle de gauche, la mer ; Dufy laisse les Antilles
notre imagination combler le reste de la baie cachée La fenêtre s’ouvre comme une orange
par le mur. À cet endroit précis, non occupé par Le beau fruit de la lumière (Calligrammes, 1918)
une fenêtre, il nous révèle sa chambre par l’inter-
La fenêtre s’ouvre sur le monde, elle laisse entrer
médiaire d’un autre cadre : celui du miroir, qui est
sa lumière et toutes ses couleurs. Elle permet l’éva-
en quelque sorte une troisième fenêtre vers l’inté-
sion à celui qui se sent captif entre quatre murs et
rieur. Il y a là un jeu sur les multiples cadres, sur
excite son imagination : on se figure Rimbaud à sa
ce qu’ils donnent à voir.
fenêtre pour écrire « Sensation ».
Chez Delaunay, le bord du cadre du tableau est le
cadre de sa fenêtre.
Faire le point
4. Les artistes ont souvent peint, photographié ou
décrit des fenêtres (voir et lire le poème de Bau- 1. La fenêtre, c’est à la fois le mystère (qu’y a-t-il
delaire p. 81 ; la toile de Matisse p. 89 ; celle de derrière ?) et l’évasion, l’ouverture sur l’extérieur.
Hopper p. 90). 2. Pour ces trois artistes des XIXe et XXe siècles, la
Baudelaire écrit dans « Les fenêtres » : Il n’est pas lumière et les couleurs jouent un rôle essentiel. Manet,
d’objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, pré-impressionniste, diffuse une lumière douce et des
plus ténébreux, plus éblouissant qu’une fenêtre éclai- couleurs tendres sur le jardin. Dufy, dans la veine fau-
rée d’une chandelle. Ce qu’on peut voir au soleil est viste, joue sur les couleurs très vives et une lumière
toujours moins intéressant que ce qui se passe der- intense. Delaunay emploie sa technique simultanéiste
rière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, pour poser côte à côte des formes géométriques
rêve la vie, souffre la vie (Le Spleen de Paris, 1869). colorées et des reflets de lumière.

42
Outils pour lire et s’exprimer p. 78
Maîtriser la versification
Versification Le rythme est régulier, puis il y a rupture de rythme
1. a. b. c. dans le dernier vers qui tourne court, mettant en
Extrait 1 relief le mot souvenir, suivi d’un long silence.
Il s’agit d’un quatrain avec 4 vers réguliers octo- 2. Extrait 1. Contre-rejet qui met en valeur comme
syllabiques. avant.
Que/ me/ veux/-tu/, chè/re/ fleu/rett(e), Extrait 2. Rejet qui met en valeur le soleil.
Ai/ma/bl(e) et/ char/mant/ sou/ve/nir ?
De/mi/-mor/t(e) et/ de/mi/-co/quett(e), 3. a. Mon cœur tendu de lierre odorant et de
Jus/qu’à/ moi/ qui/ te/ fait/ ve/nir. treilles,
Vous êtes un jardin où les quatre saisons
Extrait 2
Tenant du buis nouveau, des grappes de groseilles
Il s’agit d’un sizain avec deux pentasyllabes (mètres
courts), un heptasyllabe (mètre plus long), deux Et des pommes de pin, dansent sur le gazon.
pentasyllabes, un heptasyllabe. b. Ces rimes sont croisées, suivant le schéma
Mon/ en/fant/, ma/ sœur, ABAB.
Son/g(e) à/ la/ dou/ceur 4. a. pleurs / douceur / bonheur
D’a/ller/ là/-bas/ vi/vr(e) en/sembl(e) ! monotone / automne
Ai/mer/ à/ loi/sir bleu / cieux / yeux
Ai/mer/ et/ mou/rir cruel(le) / immortel(le)
Au/ pa/ys/ qui/ te/ res/sembl(e) ! désir / plaisir
Le rythme est cadencé : deux fois deux vers rapides gris / s’enfuie / mélancolie / ennui / pluie
suivis d’un vers plus lent. or / aurore
Extrait 3 naufrage / orage
Il s’agit d’un quatrain avec trois alexandrins (mètres vermeille / ensoleille
longs) et un hexasyllabe (mètre court). lentement / tourment
Ô/ lac/ ! ro/chers/ mu/ets/ ! grot/tes/ ! fo/rêt /ob/ divague / vague
scur(e) ! b. Proposition de correction :
Vous/, que/ le/ temps/ é/par/gn(e) ou/ qu’il/ peut/ Après les heures tristes et le temps gris
ra/jeu/nir, Qui apporte au cœur sa mélancolie
Gar/dez/ de/ cet/te/ nuit/, gar/dez/, bel/le/ na/tur(e), Reviennent les belles couleurs vermeilles
Au/ moins/ le/ sou/ve/nir ! Qui, un bref instant, le cœur ensoleillent.

Outils pour lire et s’exprimer p. 79


Établir des correspondances poétiques
Vocabulaire
5. a. et b.

État d’âme heureux État d’âme malheureux


sérénité ➞ serein lassitude ➞ las
euphorie ➞ euphorique affliction ➞ affligé
enchantement ➞ enchanté peine ➞ peiné
joie ➞ joyeux accablement ➞ accablé
exaltation ➞ exalté tourment ➞ tourmenté
consolation ➞ consolateur désespoir ➞ désespéré
réjouissance ➞ réjouissant abattement ➞ abattu
allégresse ➞ allègre nostalgie ➞ nostalgique
réconfort ➞ réconfortant mélancolie ➞ mélancolique
insouciance ➞ insouciant découragement ➞ découragé

43 Chapitre 3
6.
La vue L’ouïe L’odorat Le toucher Le goût
– le miroitement – une cloche qui sonne – l’air embaumé – l’air tiède – le goût âcre de
de l’eau au loin – les pins odorants – un froid cinglant l’eau salée
– des vapeurs – le clapotement des – la saveur exquise
roses vagues d’une framboise
– le gémissement du vent cueillie en chemin

7.
La vue L’ouïe L’odorat Le toucher
– rouge, brumeux (extrait 1) – murmure argentin – de l’odeur du foin – un vent frais
– je vis l’étoile du matin (extrait 3) (extrait 2) vert à loisir on s’enivre (extrait 3)
– l’aurore […] en robe rose et – l’on s’écoute vivre (extrait 5) – grelottante (extrait 4)
verte (extrait 4) (extrait 5) – respire […] les petits – on se couche dans
– la Seine déserte (extrait 4) orangers (extrait 6) l’herbe (extrait 5)
– on regarde les cieux (extrait 5) – le soir vivant et – fraîcheur (extrait 6)
– au jour qui baisse (extrait 6) parfumé (extrait 6)
– lassé des feux du jour (extrait 6)
– mon cœur s’emplit d’ombre
(extrait 6)

Figures de style
8. a.
Comparé Comparant Outil
un palmier un panache vert comme
les colombes un collier comme
l’âme du poète l’arbre x
folles visions de blancs essaims x
Les deux premières occurrences sont des compa- folles du poète aux colombes, est filée : de blancs
raisons, les deux dernières, des métaphores car essaims ; tombent des cieux ; en palpitant des ailes ;
l’outil de comparaison n’est pas exprimé. pour s’envoler dès les premiers rayons.
b. On relève une personnification dans la pre-
9. Proposition de correction :
mière strophe : le palmier dresse sa tête, telle une
personne. La pluie réjouit mon oreille et lave ma peine.
c. Dans la troisième strophe, on note que la méta- Au matin d’un été sans nuages, tous les espoirs
phore, qui rapproche les visions nocturnes et sont permis.

Je construis le bilan p. 82

1  J’associe les paysages aux poètes lyriques 2   J’associe les paysages aux sentiments
la campagne en été : Rimbaud éprouvés
les rues de Paris : Apollinaire – Sentiment de bonheur : Baudelaire, Rimbaud,
la région de l’Aubrac : Gracq Éluard, Gracq, Bonnefoy.
la chevelure féminine : Baudelaire – Sentiment de mélancolie : Lamartine, Verlaine,
la montagne, le lac, le fleuve : Lamartine Apollinaire.
les yeux de la femme aimée : Éluard 3  Je reconnais les mouvements artistiques
la branche d’olivier : Bonnefoy • Il date de la fin du XIXe siècle, il accorde une place
la feuille d’automne emportée par le vent : Verlaine centrale aux symboles et aux réalités cachées : le
symbolisme.

44
• Il date du début du XXe  siècle, il se libère des 4  Je définis le lyrisme
contraintes, explore toutes les possibilités du lan-
gage et renouvelle l’image poétique : le surréalisme. Le lyrisme, c’est l’expression du « moi » exalté, des
sentiments heureux ou malheureux, des émotions,
• Il date du début du XIXe  siècle, il donne la pri-
de l’éventail des sensations physiques (liées aux
mauté à l’expression des sentiments personnels :
cinq sens). Les marques de 1re, parfois de 2e per-
le romantisme.
sonne quand il y a dialogue amoureux, sont donc
souvent présentes dans les textes lyriques.

Entraînement au brevet p. 84


« Demain, dès l’aube… »
PREMIÈRE PARTIE Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe / ni les
Questions sur le texte littéraire voiles au loin descendant vers Harfleur (v.  9-10).
Cette indifférence est exprimée par l’emploi de
1. Le poète semble avoir un rendez-vous (Vois-tu,
tournures négatives variées. Cependant, parallè-
je sais que tu m’attends, v. 2). En réalité, il annonce
lement, il décrit ce paysage avec des détails qui
qu’il va se rendre sur la tombe de sa fille Léopol-
démontrent son intérêt : il perçoit l’aube, à l’heure
dine, morte quatre ans auparavant (Et quand j’ar-
où blanchit la campagne (v. 1) ; le soleil couchant
riverai, je mettrai sur ta tombe, v. 11).
(l’or du soir, v. 9) ; la Seine où évoluent les voiles au
2. Le poète apparaît déterminé dans son projet loin descendant vers Harfleur (v. 10) ; les différents
comme le montre l’emploi de plusieurs verbes de types de paysages traversés (la campagne, v. 1 ;
mouvement (je partirai, v. 2 ; j’irai, v. 3 ; je marche- la forêt, v. 3 ; la montagne, v. 3). Il reste un poète
rai, v. 5) conjugués, qui plus est, au futur simple, lyrique, sensible au monde qui l’entoure.
temps qui marque l’engagement, la certitude dans
6. Le poète dépose sur la tombe de sa fille un
l’accomplissement d’une action future. L’enjam-
bouquet de houx vert et de bruyère en fleur (v. 12),
bement du vers 1 au vers 2 souligne son élan,
plantes sauvages et vivaces qui ne craignent pas
sa volonté de partir et de marcher vers la tombe.
le gel, et repoussent chaque année. Elles sont le
3. Les deux alexandrins (vers 3 et 4) traduisent le symbole de la vie perpétuelle, qui demeure par-
rythme régulier de la marche du poète. D’abord, delà la mort apparente.
plus lent (6//6), son pas s’accélère mais conserve sa
7. À la lecture de ce poème, on ne peut que parta-
régularité (3/3//3/3). Le parallélisme entre les hémis-
ger l’immense désespoir du père se rendant sur la
tiches du vers 3, créé par la répétition de l’expres-
tombe de sa fille, disparue trop tôt. On comprend
sion J’irai par, appuie cette régularité rythmique.
les répétitions de mots, les accumulations pour
4. a. Les attitudes du poète traduisent sa tris- décrire son attitude fermée dans la 2e strophe : le
tesse : il marche les yeux fixés sur [s]es pensées, poète est définitivement marqué par la perte de
c’est-à-dire dans le vide, le dos courbé, les mains l’être aimé, le deuil, le sentiment du manque incom-
croisées. Il est comme enfermé sur lui-même et mensurable. Le récit de cette longue marche, tel
prisonnier de sa peine. un pèlerinage, prend un caractère sacré : ce n’est
b. À la lecture de la deuxième strophe, on s’arrête pas une simple visite au cimetière, c’est une prière
sur le mot Triste qui constitue un rejet du vers pré- à l’attention de sa fille qu’il exprime tout au long
cédent. La virgule et la conjonction de coordination de son parcours.
et qui séparent le mot du reste du vers permettent Écrire de la poésie permet de mettre des mots sur
d’insister encore davantage sur l’idée de tristesse. des sentiments confus, ou qu’on préfère enfouir
La comparaison qui suit renforce aussi ce senti- car trop douloureux. C’est une démarche salva-
ment : et le jour pour moi sera comme la nuit. Le trice pour l’écrivain. C’est aussi un beau moyen de
poète est si triste que le jour prend la teinte de la rendre hommage à l’être cher disparu. Par l’écri-
nuit : il perçoit tout ce qui l’entoure, tous les pay- ture de ce poème poignant, Hugo a réussi à rendre
sages, sous un voile sombre et noir. sa fille immortelle. Depuis 1847, des générations
5. Hugo répète qu’il restera indifférent au paysage ont été touchées par ce poème et l’ont appris.
qu’il traversera : Je marcherai […] sans rien voir Encore aujourd’hui, on connaît Léopoldine, la fille
au dehors, sans entendre aucun bruit (v.  5-6)  ; de Victor Hugo.

45 Chapitre 3
Questions sur le texte et l’image campagne, moment encore sombre de la journée.
8. Victor Hugo a réalisé un lavis : cette technique Le paysage est celui d’une campagne et d’une
emploie une seule couleur et une seule matière, petite forêt, comme celui évoqué dans le poème.
ici de l’encre brune, qu’on dilue pour exprimer les Il est intéressant de relever que cette encre a été
différentes nuances recherchées. réalisée par Victor Hugo lui-même, à la même
époque que celle où il a rédigé «  Demain, dès
Ce qui se dégage immédiatement de cette image
l’aube… », en 1847. Il nous livre ainsi sa vision du
est la noirceur du paysage représenté. Tout est
monde à cette époque de sa vie, tourmentée par le
sombre : le premier plan herbeux, le second plan,
décès récent de sa fille. L’artiste, le peintre comme
plus obscur encore, constitué d’arbres épars et
le poète, sensible à la nature qui l’entoure, continue
de la silhouette d’une église. Le ciel est plus clair
à s’exprimer, mais toutes ses œuvres sont alors
mais plombé. On peut penser qu’il s’agit d’un pay-
empreintes d’une grande mélancolie.
sage d’hiver ou d’automne, une campagne d’où
émergent des arbres lugubres, le clocher d’une Réécriture
église inquiétante. Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la cam-
9. Cette encre rappelle le vers 8 du poème : et le pagne,
jour pour moi sera comme la nuit. Sur ce paysage, Nous partirons. Voyez-vous, nous savons que
le dessinateur semble avoir jeté un voile noir. On voit vous nous attendez.
que c’est le jour car la luminosité du soleil trans- Nous irons par la forêt, nous irons par la mon-
paraît dans l’angle en haut à gauche de l’image, tagne.
et pourtant, on dirait la nuit. Il peut avoir cherché Nous ne pouvons demeurer loin de vous plus
à représenter aussi l’aube, à l’heure où blanchit la longtemps.

46
Chapitre 4
Objets familiers, objets poétiques Livre de l’élève p. 86

Ouverture du chapitre p. 86


Réponses aux questions
1er encadré Placez dessus
• Pour réaliser sa « recette » d’un paysage réussi, Une grande nappe de grand-mère
Guillevic choisit les trois éléments suivants : un toit Blanche à motifs rouges
de vieilles tuiles un peu après midi ; un tilleul déjà Mettez au dessus d’elle
grand remué par le vent ; un ciel de bleu, lavé par Un panier de cerises écarlates, accompagné
des nuages blancs. D’une vieille soupière en faïence
Laissez-les faire
2e encadré Regardez-les.
Proposition de correction :
Prenez une table de jardin
Un peu après midi

Écrire un poème construit sur une sensation p. 88


Je comprends le poème de Victor Hugo 2. a. Ce doit être le matin et le poète doit être
1. Le poème d’Hugo n’est pas structuré en couché dans son lit, comme le suggèrent le titre
strophes. du poème, « Le matin – en dormant », et les bruits
Les vers sont réguliers : ils comptent tous 12 syl- matinaux (une cloche  ; les oiseaux gazouillent  ;
labes (ce sont des alexandrins) et comportent des chant des coqs).
rimes plates. b. Son ouïe est en éveil.

3. a.
Humains Animaux Objets
• des voix (v. 1) • Les oiseaux gazouillent (v. 4) • Une cloche est en branle (v. 2)
• Cris des baigneurs (v. 3) • Chant des coqs (v. 5) • Une truelle racle un toit (v. 5-6)
• Jeanne aussi. Georges l’appelle • Des chevaux passent dans la • Grincement d’une faux qui
(v. 4-5) ruelle (v. 6) coupe le gazon (v. 7)
• Rumeurs (v. 8) • chanter mon rouge-gorge (v. 13) • Chocs (v. 8)
• Des couvreurs marchent sur la • Sifflement des machines
maison (v. 8) chauffées (v. 9)
• Bruits du port (v. 9) • Vacarme de marteaux lointains
• Musique militaire (v. 10) (v. 14)
• Brouhaha sur le quai (v. 11)
• Voix françaises. Merci. Bonjour.
Adieu. (v. 11-12)

b. De son lit, le poète perçoit : – des sons proches de lui : Les oiseaux gazouillent,
– des sons lointains : Rumeurs (v. 8) ; Musique mili- Jeanne aussi. Georges l’appelle (v. 4-5) ; Des cou-
taire arrivant par bouffées (v. 10) ; Brouhaha sur le vreurs marchent sur la maison (v. 8) ; Voix françaises.
quai (v. 11) ; Vacarme de marteaux lointains dans Merci. Bonjour. Adieu (v. 11-12) ; voici que vient tout
une forge (v. 14) ; près de moi chanter mon rouge-gorge (v. 12-13).

47 Chapitre 4
4. Ces sons ne sont pas tous agréables à l’oreille : 2. Proposition de correction :
Une truelle racle un toit (v. 5-6) ; Grincement d’une Rimes suivies en -one et en -age
faux (v. 7) ; Chocs (v. 8) ; Sifflement des machines Dans la rue résonne
(v. 9) ; Brouhaha (v. 11) ; Vacarme de marteaux (v. 14). Un concert de klaxons
Mais ces sons font partie de la vie et semblent avoir Comme un bruit d’orage
un charme à l’oreille du poète dans ce contexte.
Dehors, quel tapage !
5. Les phrases sont très courtes, parfois nomi-
Rimes croisées en -one et en -age
nales. Ce mode d’écriture reflète la situation du
poète qui récolte ces sonorités, les unes après Un concert résonne
les autres, dans un demi-sommeil, les paupières Comme un bruit d’orage
fermées (Lueurs à travers ma paupière, v. 1). Son Ce sont des klaxons
but n’est pas de rédiger de façon très construite Dehors, quel tapage !
mais de rendre compte des sons perçus dans Rimes embrassées en -one et en -age
l’instant présent. Un concert résonne
Je m’entraîne à écrire des rimes Comme un bruit d’orage
Dehors quel tapage !
1. sifflement / vent / raclement / aboiement / cla-
quement ; Ce sont des klaxons.
rumeur / clameur ;
oreille / appareil ; J’écris un poème à partir de sensations
éclat / fracas ;
auditives
récréation / vibration ; Pour aller plus loin
assourdissant / strident / lancinant ; Comme Victor Hugo, l’auteur du haïku emploie le
électrique / mécanique ; vocabulaire des sonorités : cloche ; se tait ; en écho,
klaxon / résonne ; mais il y mêle des senteurs : les fleurs ; parfument.
orage / tapage ; Les deux poèmes rendent compte de la percep-
cri / sonnerie / cliquetis ; tion du monde par le poète à un instant précis, le
pétarade / cavalcade. matin pour Hugo, le soir pour Bashô.

Évoquer le pouvoir imaginatif d’un objet p. 90

Je comprends le poème de Musset 4. C’est l’imagination du poète qui est à l’œuvre


1. a. Le poème de Musset comporte trois strophes. ici : Elle va, je l’imagine, prendre l’air un moment ;
Ce sont des quatrains. Elle veut savoir peut-être / Si je suis à guetter. Il
b. Le poète emploie principalement des heptasyl- prête à sa voisine des intentions amoureuses qu’il
labes (vers de 7 syllabes). Un alinéa, au 4e vers de a lui-même pour elle. C’est un jeu de miroir.
chaque strophe, signale un mètre différent : il s’agit 5. Dans la dernière strophe, le poète révèle sa
d’un hexasyllabe, vers de 6 syllabes. déception : Mais, hélas ! ce n’est qu’un rêve (v. 9).
2. Le poète, qu’on devine derrière sa propre fenêtre, Il a compris que la jeune femme en aime un autre,
observe le rideau de sa voisine, vraisemblablement qu’il taxe de lourdaud (v. 10) par dépit ; il s’est fait
de l’autre côté de la rue. des idées et en fait amèrement le constat (Et c’est
3. Ce rideau symbolise l’intérêt caché de la voi- le vent qui soulève / Le coin de son rideau, v. 11-12).
sine pour le poète : il imagine qu’elle le regarde en On peut voir, dans la rédaction de ce poème, une
cachette. On comprend, dans la 2e strophe, que forme d’autodérision de la part de Musset, qui
lui-même ressent un intérêt amoureux pour elle (Je s’est enflammé un peu trop rapidement et s’en
sens mon cœur palpiter, v. 6). amuse a posteriori.

48
Je m’entraîne à écrire des vers réguliers
1. a. Geor/ges/ l’ap/pel/le/. Chant/ des/ coqs./ U/ne/ tru/elle (12 syllabes ➞ alexandrin)
b. Miss/ El/len/, ver/sez/-moi/ le/ Thé
Dans/ la/ bel/le/ tas/se/ chi/noise (8 syllabes ➞ octosyllabes)
c. Tris/te /co/mme u/ne/ tom/be/ ou/ jo/yeux /co/mme un/ nid,
C’est/ là/ que/ l’hom/me/ naît,/ se/ re/po/se et/ s’u/nit (12 syllabes ➞ alexandrins)
d. Et /que/ faut/-il/ pen/ser (6 syllabes ➞ hexasyllabe)
De/ ces/ pom/mes /jaunes ? (5 syllabes ➞ pentasyllabe)

2. Proposition de correction : J’écris un poème sur un objet porteur


Un hexasyllabe : Mon/ sty/lo/ tour/ne / et/ vire d’un espoir amoureux
Un alexandrin : Sur/ la/ pa/ge/ blan/che/, mon/ Pour aller plus loin
sty/lo/ tour/ne et/ vire Le poème « Îles» est écrit en vers libres : ce sont des
vers de longueur variable et sans rimes contraintes
(cf. définition p. 88). Blaise Cendrars évoque ses
chaussures. Ces « objets » représentent le poète
lui-même : il les lance par-dessus bord pour tenter
de gagner symboliquement la côte de ces îles où
il ne descendra jamais.

Écrire une nature morte poétique p. 92


Je comprends le poème de Cécile Sauvage 5. Ce texte peut être considéré comme une nature
1. Cécile Sauvage décrit une corbeille de fruits. morte poétique car il décrit un ensemble de fruits
dans une corbeille, comme la toile de Claude
2. Elle utilise des alexandrins.
Monet p. 93.
3. Cette corbeille contient une poire, du raisin, du Remarque : Il est intéressant de noter que les fruits
cassis, une pêche, une prune bleue. choisis par la poétesse ne sont pas décrits au
4. Les sens sollicités sont le goût (un goût d’abeille, meilleur de leur maturité, de façon appétissante.
v. 2) ; la vue (le flanc doré, creusé jusqu’à moitié, Ils sont tous gâtés, ils commencent à s’abîmer, à
v. 3 ; une voûte blanche, v. 4 ; qu’une poussière sécher, à moisir. C’est ce qui fait l’originalité de la
voile, v. 5 ; bleue allongeant sous l’ombrage, v. 9) ; nature morte.
le toucher (un grain régulier, v. 4 ; desséché, v. 7 ;
un velours ébréché, v. 8).

J’identifie le vocabulaire des cinq sens

La vue Le toucher L’ouïe L’odorat Le goût


turquoise gluant crépitement embaumer sucré
coquelicot fraîcheur doux fumet fraîcheur
brillant doux aboiement effluves doux
argenté râpeux murmure parfum épicé
glacé tictac glacé
sifflement acidulé
aromatisé
parfum

49 Chapitre 4
Je comprends le poème d’Yves Bonnefoy Je m’entraîne à écrire une personnification
1. Ce poème est constitué de deux quatrains. Les 1. Proposition de correction : Le soleil joue à cache-
vers sont irréguliers, il n’y a pas de rimes : ce sont cache avec les nuages.
des vers libres. À l’automne, les branches se dénudent : elles nous
offrent un strip-tease étonnant.
2. Les pommes sont personnifiées avec l’emploi La cafetière chante à tue-tête sur le feu.
du verbe attendre, de l’adjectif nues et du groupe Le bonhomme de neige grelotte, seul en plein vent.
nominal leurs épaules. Elles sont comparées à
2. a. Les soldats entrèrent dans la ville avec leurs
des corps humains qui se livrent à un jeu d’habil-
canons à la gueule écumante.
lage-déshabillage.
b. C’est la tempête : on entend les volets capri-
3. Yves Bonnefoy donne une image sensuelle cieux claquer.
de ces fruits : leurs « corps » ont des formes qui c. Paul faisait fonctionner son joyeux train élec-
étonn[ent] puis charment l’œil du spectateur. Elles trique à vive allure.
semblent s’être livrées à un strip-tease (attendre
ainsi, nues / Après la chute des feuilles), puis elles
se rhabillent sensuellement d’un ourlet de neige.

Imaginer l’histoire d’un objet trouvé p. 94


Je comprends le poème de François Coppée Histoire des arts
1. François Coppée se promène sur le gazon de Comparer un tableau et une photographie
la berge fleurie. Il est probablement à Paris, sur les
berges de la Seine car ce poète vivait à Paris et a a. Vincent Van Gogh présente une peinture réa-
souvent évoqué cette ville dans ses poèmes. Il y liste des souliers d’un miséreux de son temps : la
trouve un vieux soulier. semelle bâille à l’avant, le cuir est avachi et cou-
vert de terre, les lacets sont cassés. Ces souliers
2. Pour raconter son aventure et le passé du sou-
sont une parfaite illustration du soulier décrit par
lier, il emploie le passé simple : j’aperçus (v. 3) ; qui
Coppée. Il est à noter que le poème (1874) et la
jadis fut sans doute usé (v. 10) ; fut […] vendu (v. 12).
toile (1886) datent de la même époque.
Pour décrire, il emploie l’imparfait : criblaient (v. 2) ;
c’était (v. 7). Ce sont les temps classiques du récit. b. Robert Doisneau photographie un objet en piteux
3. Le soulier est décrit comme vieux, sale, ignoble, état (v. 11), une voiture « fondue », brûlée en 1944
effrayant, éculé du talon, bâillant de la semelle, laid, lors de la libération de Paris. Cet objet n’est pas un
sinistre, usé par un soldat (v. 7-10). Cette série d’ad- objet d’apitoiement, mais un terrain de jeu pour les
jectifs ne le met pas en valeur ; au contraire, elle enfants, heureux de s’en emparer. Un objet n’a pas
le dévalorise, met en avant son aspect pitoyable. qu’une vie, qu’un seul usage. Faire d’une épave
un espace de jeu, voilà une vraie démarche poé-
4. Dans bâillant de la semelle, on identifie une tique, dont les enfants sont capables !
personnification du soulier qui bâille comme un
être vivant. c. L’œuvre de Van Gogh revêt une tonalité pathé-
tique : on s’apitoie sur le sort du propriétaire de ces
5. Le poète tente de retracer l’histoire du soulier souliers. Au contraire, la photographie de Doisneau
qui termine son parcours, abandonné sur une met en scène un jeu amusant et communique cette
berge dans un piteux état. Il imagine qu’il a appar- gaieté à son spectateur.
tenu à un soldat, a été racheté par un savetier, a
été revendu à un rôdeur qui a fait le tour d’Europe
avec puis l’a perdu.
6. François Coppée dénonce la misère de son
temps à travers cet objet abandonné. Il évoque
les conditions de vie des pauvres gens, contraints
de faire la guerre, de migrer vers d’autres pays à
la recherche d’un travail.

50
Je m’entraîne à décrire de manière péjorative ou méliorative
Valeur péjorative Valeur méliorative
strident mélodieux
dépouillé, vide, miséreux luxueux
rugueux doux, lisse, soyeux
repoussant de saleté, immonde impeccable de propreté
d’une laideur incomparable d’une beauté exceptionnelle
inquiétant, effrayant rassurant
sinistre joyeux, lumineux
terne, lugubre étincelant
bariolé fade, triste, sombre
qui laisse indifférent, qui ne présente aucun intérêt qui impressionne

Écrire un poème surréaliste sur un objet p. 96


Je comprends la comparaison surréaliste
1. Une orange n’est pas bleue.
2. La terre est bleue comme la mer. La terre est ronde comme une orange.

Créer un poème-objet p. 97


Je comprends le poème de Breton 3. Le mot lune est placé tout en haut de l’œuvre.
1. Pour Breton, un poème-objet est une œuvre Cet emplacement est logique si l’on considère
plastique où sont aussi inscrits les vers d’un bref l’espace de l’œuvre comme un paysage : la lune
poème. L’œuvre plastique présentée ici est un est alors dans le ciel noir.
support en bois sur lequel sont fixés divers objets 4. Breton formule une métaphore surréaliste dont
réemployés : des gants de boxe, une photo, une le sens reste énigmatique.
boîte en bois, un morceau de bois sculpté en forme Le sens global de ce poème-objet reste obscur :
de buste d’homme. c’est le propre de la démarche surréaliste, qui
2. Sous les gants de boxe, on peut lire le mot s’affranchit de toute contrainte de sens, associe
vaincu. Il y a ici un lien de sens évident : lors d’un des mots et des images en toute liberté créative.
combat de boxe, on peut être vaincu.

Rendre poétique un texte informatif sur un objet p. 98


Je comprends le poème de Ponge Taurus ou la Cordillère des Andes, l. 3-4), à des val-
1. « Le pain » est un poème en prose. Il ne com- lées, crêtes, ondulations, crevasses (l. 7). Il effectue
porte ni vers, ni rimes. Le poème n’est pas disposé un rapprochement entre la croûte dure, brune et
en strophes, mais en paragraphes. craquelée du pain et la croûte terrestre.
2. a. Le poète utilise une métaphore géologique Il compare la mie du pain au lâche et froid sous-sol
pour décrire la croûte du pain. La croûte est com- de cette montagne. Les cellules de la mie ont une
parée à des chaînes de montagnes (les Alpes, le texture semblable à celles des éponges (son tissu

51 Chapitre 4
pareil à celui des éponges, l. 11-12) et elles ont la Je m’entraîne à écrire des assonances
forme de feuilles ou fleurs (l. 12) soudées (l. 13) les et des allitérations
unes aux autres. 1. a. dans le four stellaire, où durcissant elle s’est
b. Ponge relie la cuisson du pain au cosmos par façonnée : allitération en [s].
l’expression le four stellaire (l.  6). En effet, stel- b. Lorsque le pain rassit ces fleurs fanent et se
laire désigne ce qui appartient aux étoiles. Le four rétrécissent : allitération en [s] et en [f].
dans lequel est préparé le pain est donc celui du
monde, c’est l’univers, le cosmos qui ouvre ses 2. Proposition de correction :
entrailles pour cuire la masse informe et lui donner a. L’eau chaude du lavabo arrose le chapeau du
son apparence finale. Le poète compare la cuis- matelot pâlot. (assonances en [o] et [a])
son du pain à la formation du cosmos. La croûte b. Ce matin, sous le sapin, un lapin brun a parlé
d’un pain rond, c’est pour lui la croûte terrestre. latin. (assonances en [in] et [a])
3. On entend une allitération en [s] dans l’expres- 3. a. en B : bébé, biberon, babiller, bob, barbo-
sion des sœurs siamoises soudées. ter, barbouiller
b. en D : dindon, dodu, dodeliner, dandiner, Didier
4. Dans le dernier paragraphe, Ponge invite le lec-
teur à consommer, à déguster le pain. Cet objet c. en K : kaki, cacatoès, cocotier, crocodile, cari-
retrouve alors sa fonction première : celle de susten- caturer
ter l’homme, après avoir été un support de rêve d. en M et R : murmure, amer, marmelade, mari-
pour le poète. On peut dire que le poème se clôt ner, myrtille, marotte
sur la disparition de l’objet car brisons-la (l.  16) Le cacatoès kaki critique le crocodile.
signifie à la fois « arrêtons ici le poème », cessons
la célébration poétique du pain, et rompons le pain Je m’entraîne à écrire des métaphores
pour le consommer. Le pain cesse donc d’exister 4. a. Une dentelle de pierre.
à travers les mots, en même temps qu’il disparaît b. La forêt des parapluies.
dans notre bouche (l. 16). c. La mie de pain est une éponge.

Histoire des arts p. 100


La vanité : l’art de l’objet

Étudier des vanités 4. La vanité est le défaut qui consiste à se penser


1. a. Dans la vanité de Pierre Letellier, on identi- au-dessus de tout, à se sentir satisfait de soi-même,
fie un crâne humain, une partition de musique, un voire ivre de puissance. L’homme en oublie alors
coquillage, un coffre à bijoux, un livre, une bougie, le caractère éphémère de sa propre vie.
des roses en fleurs, le manche d’un violon et un 5. Ces natures mortes qu’on appelle « vanités »
globe terrestre à l’arrière-plan. contiennent un message philosophique : elles sont
Dans Vanité moderne, on identifie un crâne humain, là pour nous rappeler que tout ce qui fait notre
un téléphone portable, une manette de jeux vidéo, existence, nos divertissements, notre gloire, est
les clés d’une voiture de luxe, une montre qu’on illusoire et éphémère. Quels que soient l’époque
imagine de marque renommée. et les objets qui la caractérisent (les bijoux, les
b. La première œuvre date du XVIIe siècle, la deu- téléphones portables…), les vanités nous aver-
xième est contemporaine. tissent que l’homme finit toujours par être réduit
2. La bougie et les fleurs symbolisent le temps à ce misérable crâne. La vanité picturale a donc
qui passe et qui conduit la bougie à s’éteindre, pour but de remettre l’homme sur la voie de la
les fleurs à se faner. sagesse et de l’humilité.
3. Le crâne représente l’idée de la mort de l’homme,
son destin fatal. Il est porteur de ce message philo-
sophique : voilà comment toi, spectateur, tu finiras.

52
Chapitre 5
La critique de la société, du Moyen Âge
au XVIIIe siècle Livre de l’élève p. 102
Ouverture du chapitre p. 102
Réponses aux questions pis. L’un d’entre eux, à gauche, est une véritable
• Les personnages représentés sont des juges caricature avec son nez et sa bouche en forme de
au tribunal, dans l’exercice de leurs fonctions, et groin. Le dessinateur fait la satire des tribunaux et
le public qui assiste au procès. Ce dessin est une des personnages qui les composent, présentés
caricature : les personnages, d’un grand âge, sont comme peu impliqués et négligeant leur tâche.
physiquement dégradés (rides, barbes et cheveux • À travers le portrait de Cliton (doc. 1), La Bruyère
blancs, nez pointus…). critique les personnes qui trouvent un attrait exces-
Au premier plan, le procureur général, lorgnon sur sif à la nourriture, au point de n’avoir d’autres inté-
le nez, plume et carnet à la main, a un air grave et rêts dans la vie que de manger. Il s’attaque ensuite
compassé, il se prend très au sérieux, mais est-il à la sottise humaine (doc. 2). Puis il fustige ceux qui
très efficace ? Au second plan, un des juges lit, les se prennent trop au sérieux (doc. 3), alors que le
deux autres dorment. À l’arrière-plan, les person- sérieux ou la gravité ne peuvent être que naturels.
nages sont occupés à tout autre chose qu’au pro- Ce dernier extrait pourrait accompagner la gravure
cès : ils parlent entre eux, s’amusent, sont assou- qui met l’accent sur le sérieux affecté des juges.

Renart gracié p. 104


(Roman de Renart)
> Comment le Roman de Renart tourne-t-il en dérision la justice royale
médiévale ?
Erratum : Le participe passé gracié s’écrit sans prend l’autre dans ses bras, l. 35). La seule nota-
accent circonflexe sur le a. tion renvoyant au monde animal serait : sautillant
de contentement (l. 30).
Réponses aux questions
3. Renart est condamné à la pendaison (l. 1).
Échanger et comprendre
4. a. Il est secouru par sa femme qui arrive avec
• Au début de l’extrait, Renart est condamné à ses fils.
mort pour ses méfaits. Accusé par tous les barons b. La femme de Renart ainsi que ses fils manifestent
assemblés, il semble définitivement perdu. À la fin un grand désespoir (extrême chagrin, l. 7 ; une très
de l’extrait, le roi le libère, il a la vie sauve : sa femme grande peine, l. 8-9). Ce désespoir se traduit par
Hermeline est intervenue en sa faveur. des marques extérieures : Ils tirent et s’arrachent
• Réponse ouverte. les cheveux, déchirent leurs vêtements et les cris
qu’ils poussent portent à plus d’une lieue (l. 9-10).
Analyser L’outrance du comportement fait sourire.
1. L’action se déroule à la campagne, avec ses 5. a. Pour justifier la condamnation de Renart, le
champs (à travers champs, l. 6-7) et ses plaines roi Noble avance les arguments suivants :
(dans la plaine, l. 4). – Renart a fait du mal à ses vassaux ;
2. Les animaux sont personnifiés  : ils parlent, – il s’est obstiné dans ses crimes ;
montent à cheval (C’était la femme de Renart qui – tous les barons sont d’avis de l’envoyer à la
arrivait à bride abattue, l. 6), s’arrachent les che- potence ;
veux, déchirent leurs vêtements (l. 9-10) tant leur – lui faire grâce constituerait un manquement à
douleur est grande, s’embrassent (Il embrasse l’un, sa parole.

53 Chapitre 5
Les relations de cause à conséquence sont mar- maître qui lui manque, l. 17-18), il revient immédia-
quées par les connecteurs logiques C’est pour- tement, de façon comique, sur sa décision et cède
quoi (conséquence, l. 20) et comme (cause, l. 21). à la tentation en dépit de sa parole accordée aux
L’adverbe franchement (l. 19) et la locution adver- barons. Il accepte donc la proposition de dame
biale en vérité (l. 22-23) sont des marques d’énon- Renart et pardonne à l’accusé. Le revirement du
ciation destinées à renforcer le discours argu- roi s’explique par sa cupidité : il est faible et se
mentatif. laisse corrompre. Le motif invoqué par le roi Noble
est fallacieux et comique  : reprenant les termes
b. La femme de Renart utilise un argument de
utilisés par la femme de Renart (Seigneur, grâce
poids : elle a amené avec elle une rançon considé-
pour mon mari, pour l’amour de Dieu, notre Père et
rable (ils amenaient avec eux un cheval tout chargé
notre Créateur, l. 14-15), il invoque lui aussi Dieu
d’or, l. 11-12). Elle promet toutes ces richesses au
(Pour l’amour de Dieu, l. 26) et prétend vouloir être
roi s’il consent à gracier son mari (Je vous donnerai
agréable (l. 26-27) à dame Renart, ce qui dénote
tout cet or si vous voulez avoir pitié de lui, l. 15-16).
un comportement totalement hypocrite.
c. La femme de Renart obtient satisfaction après
7. Renart, à sa libération, sautille de joie et embrasse
deux supplications (Seigneur, grâce pour mon mari,
sa famille. Malgré les déclarations de Renart (Dieu
pour l’amour de Dieu, notre Père et notre Créateur,
me garde d’en venir là à nouveau !, l. 33), on peut
l. 14-15 ; Seigneur, au nom de Dieu en qui vous
parier qu’il n’a pas retenu la leçon, car Renart est
croyez, pardonnez-lui pour cette fois, l. 24-25). Je
incorrigible !
lui pardonne ce coup-ci (l. 26), déclare le roi.
6. Dans un premier temps, le roi Noble refuse Bilan
au nom de la justice. Mais, impressionné par la À travers cet extrait, on peut voir que le Roman de
quantité d’or et d’argent qui lui est offerte (Le roi Renart fait la satire de la royauté et de la justice
Noble regarde devant lui le trésor composé d’or médiévale : le roi Noble se laisse corrompre par
et d’argent, et ce n’est pas l’envie de s’en rendre l’argent au mépris de tout respect de la justice.

Le combat de Frère Jean p. 106


(François Rabelais, Gargantua)
> Comment Rabelais fait-il la satire de la guerre et du monde religieux ?
Réponses aux questions Jean, sans égal pour écourter les messes (l. 3-4), a
Échanger et comprendre une piété trop expéditive pour être pris au sérieux en
tant que moine. La suite cacophonique constituée
• L’affrontement a lieu entre les troupes du roi d’un jeu de mots sur moine (l. 4-5) et d’allitérations
Picrochole qui ont assailli l’abbaye et pillent les en [m] et [n] exprime l’irrévérence du narrateur à
vignes et le moine Frère Jean. Frère Jean défend l’égard du monde monacal. Le verbe moiner et le
ses vignes ; il sort vainqueur du combat. substantif moinerie sont des néologismes dégra-
• L’action menée par ce seul moine contre les dants et moqueurs.
assaillants, racontée sur le mode épique, prête – Face aux assaillants, et tandis que le clos est
à sourire. pillé, les moines n’agissent pas  : ils demeurent
Analyser dans l’église et continuent de chanter en trem-
blant. L’aller-retour de Frère Jean entre l’église et
1. Les qualités qui peuvent faire de Frère Jean
la vigne et le constat qu’il fait des dégâts opérés
un héros sont sa hardiesse (brave, hardi, aventu-
par les envahisseurs soulignent l’inopportunité,
reux), sa détermination (décidé), sa vivacité d’es-
en la circonstance, des dévotions des moines. Le
prit (astucieux).
décalage ironique entre les paroles chantées (ne
2. Rabelais fait la satire des moines et de la vie craignez pas l’assaut des ennemis, l. 10-11) et la
monacale. passivité des moines renforce la satire. Rabelais
– À travers le personnage de Frère Jean, Rabelais dénonce ensuite l’autorité mal placée du prieur
rejoint les plaisanteries médiévales qui présentaient (Que fait cet ivrogne ici  ? Qu’on me le mène en
les moines comme de bons vivants. Ainsi, Frère prison, l. 17).

54
– La motivation qui pousse Frère Jean à combattre Un abondant lexique du corps associé au lexique
est non moins amusante : il se plaît à mettre en de la violence renvoie au savoir médical de Rabe-
concurrence le service divin avec le service du vin lais. On s’éloigne ainsi du pathétique de la mort,
(l. 19) et opte quant à lui pour le service du vin et pour ne s’intéresser qu’à ses aspects cliniques.
la préservation de la vigne. Il rappelle malicieuse- 4. a. et b. Rabelais mêle, sur le mode comique, la
ment au prieur qu’il apprécie autant que lui les plai- satire de la guerre et de la religion par l’utilisation
sirs terrestres : car vous-même, monsieur le prieur, d’un chiasme amusant qui présente une carica-
aimez boire, et du meilleur, comme tout homme de ture de la mort (Les uns mouraient sans parler, les
bien. Jamais homme noble ne hait le bon vin, c’est autres parlaient sans mourir. Les uns mouraient en
une maxime monacale (l. 20-22). parlant, les autres parlaient en mourant, l. 34-36)
3. mais aussi en montrant le comportement de Frère
Lieu du combat le clos de la vigne
Jean qui n’hésite pas à assommer les assaillants
qui se sont confessés, sous le prétexte qu’ils s’en
Enjeu du préserver la vigne et assurer la vont tout droit au Paradis (l. 50).
combat production du vin
Bilan
Arme utilisée une grande croix en bois
par Frère Jean (détournement de fonction d’un • Les actions de Frère Jean et le massacre mis
objet religieux) en scène sont présentés sur un mode comique et
parodique : Rabelais parodie les combats épiques
Disproportion treize mille six cent vingt-deux et merveilleux des chansons de geste et des
des forces en assaillants face à Frère Jean
romans de chevalerie.
présence
• Le texte mêle la satire des moines et la satire de
Verbes d’action frappa (l. 24) ; fonça (l. 25) ; la guerre. Rabelais critique la vie monacale médié-
guerrière renversa, frappant (l. 26) ; vale (amour de la bonne chère, nombreuses heures
écrabouillait, rompait (l. 26-27) ; passées à la dévotion au détriment de l’action) tout
déboîtait, disloquait, faisait
en offrant une vision d’horreur par le biais d’un
tomber (l. 27-28) ; pochait,
décrochait, enfonçait (l. 29) ; combat fantaisiste dans sa démesure.
défonçait, meurtrissait,
désarticulait (l. 30) ; transperçait Vocabulaire
(l. 32) Les préfixes de négation
Champ lexical cervelle, bras et jambes (l. 27) ; 1. a. Il déboîtait ➞ dé-boîter ➞ sortir de sa boîte,
du corps vertèbres du cou, reins (l. 28) ; ôter de sa place un objet encastré dans un autre.
nez, yeux, mâchoires, dents b. Il disloquait ➞ du latin dis-locare, de locus,
(l. 29) ; omoplates, jambes « lieu » ➞ écarter du lieu.
(l. 30) ; poitrine, poumon, cœur c. Il décrochait ➞ dé-crocher ➞ enlever d’un cro-
(l. 33) chet.
L’accumulation des verbes exprimant la violence d. Il désarticulait ➞ dés-articuler ➞ faire sortir de
des actions parodie les combats merveilleux des l’articulation.
chansons de geste ou des romans de chevalerie. 2. a. décembre. b. discuter.

« Les obsèques de la Lionne » p. 109


(La Fontaine, Fables)
> Comment La Fontaine fait-il la satire du roi et des courtisans ?
Réponses aux questions
Échanger
• Le roi est naïf, les courtisans sont hypocrites, le Cerf est rusé.
• Réponse ouverte.

55 Chapitre 5
Analyser
1.
Structure de la fable
• Récit
– étape 1 – vers 1-16 : lamentations de la cour, suite au décès de la reine.
– étape 2 – vers 24-32 : attitude du Cerf condamnée par le Lion.
– étape 3 – vers 39-49 : discours du Cerf.
– étape 4 (dénouement) – vers 49-51 : renversement de situation : le Cerf est sauvé.

• Commentaire du • vers 11 : le lecteur est pris à témoin de la servilité des courtisans.
fabuliste à l’intérieur • vers 17-23 : le fabuliste définit la cour et les courtisans.
du récit, adresses au
• vers 24-27 : le fabuliste explique l’attitude du Cerf.
lecteur

• Morale • vers 52-55

Paroles rapportées : – vers 33-38 : le roi au Cerf


qui parle ? – vers 39-50 : le Cerf au roi
– vers 44-49 : discours fictif de la Lionne au Cerf
– v. 50 : la cour

Types de mètres octosyllabes (v. 1-3 ; 5-7 ; 9-15 ; 20 ; 24 ; 27 ; 29 ; 36-38 ; 42-43 ; 52) et
utilisés alexandrins (v. 4 ; 8 ; 16-19 ; 21-23 ; 25-26 ; 28 ; 30-35 ; 39-41 ; 44-51 ; 53-55)

Disposition des rimes plates (v. 1-2 ; 7-34 ; 49-50), croisées (v. 39-42), embrassées (v. 3-6 ; 35-38 ;
v. 44-47 ; v. 51-54)

2. Les personnages sont des animaux personni- 4. La critique du roi se fait à plusieurs niveaux.
fiés : le Lion représente le roi ; le Cerf est un per- – Il est présenté comme un roi violent, à la colère
sonnage de la cour ainsi que les Loups, cités au terrible qui condamne sur une simple délation : Un
vers 36. Les traits d’anthropomorphisme des ani- flatteur l’alla dire (v. 28).
maux sont nombreux : il est question de la femme – La raison de la condamnation est mince : le Cerf
et du fils du Cerf (v. 27) ; la Lionne est désignée n’a pas pleuré, comme l’ont fait tous les autres
par les expressions La femme du Lion (v.  1), la courtisans.
Reine (v. 37), Votre digne moitié (v. 41). En même – Le châtiment est cruel : ce sont les Loups qui
temps, La Fontaine rappelle malicieusement qu’il se chargeront d’immoler le Cerf pour venger la
s’agit bien d’animaux, comme en témoignent les Lionne (v. 35 à 38).
deux termes antre (Et tout son antre en résonna, – Son revirement sonne comme une critique : le
v. 13) et le verbe rugir (v. 16). roi apparaît comme crédule, avide de flatterie et
3. La Fontaine fait la satire des courtisans  : ce récompensant ceux qui s’y livrent (v. 51). Il est en
sont des flatteurs, prêts à tout pour plaire au roi. effet dupe d’une mystification brillamment orches-
On les voit changer d’attitude avec facilité au gré trée par le Cerf  : celui-ci s’est présenté comme
de son caprice, ainsi que le suggèrent l’antithèse un interlocuteur privilégié d’une reine déifiée qui
Tristes / gais (v. 18), le chiasme prêts à tout, à tout lui aurait elle-même commandé de ne pas pleu-
indifférents (v. 18) et la double métaphore animale rer  : elle l’a appelé Ami (v.  44), elle goûte mille
Peuple caméléon, peuple singe du maître (v. 21). Le charmes [a]ux champs Élysiens et se trouve parmi
caméléon est un animal capable de s’adapter à son les saints (v. 47).
environnement afin d’échapper à son prédateur. Le 5. La morale de la fable, désabusée et cynique,
singe a la faculté d’imiter les gestes de l’homme. désacralise définitivement le personnage du roi :
Les courtisans ne sont jamais eux-mêmes, ce que les rois sont des êtres vaniteux, sensibles à la flat-
souligne la rime antithétique être / paraître (v. 19-20). terie et qui se font aisément duper par les fables
(celle racontée par le Cerf), présentées comme
des instruments destinés à démythifier le pouvoir.

56
6. Le narrateur implique le lecteur : d. Le roi et sa cour se rendent à une chasse à
– par des verbes à l’impératif et à la deuxième courre.
personne du pluriel (Jugez, v. 11 ; Amusez, v. 52 ; e. Le manteau du roi est trop court.
Flattez-les, v. 53) ; f. Les cours ont repris depuis lundi.
– par l’utilisation du déterminant de la première g. Les joueurs courent vite sur le court de tennis.
personne du pluriel destinée à susciter son intérêt h. Il faut que je coure plus vite.
pour l’histoire (Pour revenir à notre affaire, v. 24).
Bilan Histoire des arts
La femme du Lion est morte. Tous les sujets de Analyser une gravure
Sa Majesté accourent pour les obsèques. Le roi a. L’idée de cour est rendue par la position des
se lamente, les courtisans font de même, car ils personnages : tous entourent le roi Lion.
imitent le prince. Seul le Cerf, dont la Lionne a tué b. On distingue un lion, un chien, un singe, une
la femme et le fils, ne pleure pas. Il est dénoncé, grenouille, un perroquet, un chat, un lynx, un tigre,
le Lion réclame sa mort. Le Cerf justifie son atti- un loup, un cerf, un ours, un vautour.
tude en révélant que la reine lui est apparue en Les animaux sont personnifiés  : ils portent en
majesté parmi les saints et allant au paradis : elle général des vêtements de cour, des accessoires
lui a demandé de ne pas pleurer. Le roi, flatté, croit humains (ruban noir, chapeau, vestes à basque,
en ce discours et épargne le Cerf. cape à l’encolure en hermine) et ont des expres-
À travers les personnages animaux, héros de la sions humaines. Le roi Lion est en deuil, on le voit
fable (le Lion, la Lionne, le Cerf), La Fontaine fait la à sa cape noire tachetée de blanc et au ruban noir
satire du roi, à la fois crédule et naïf, et des cour- qui entoure sa tête.
tisans qui apparaissent comme de vils flatteurs. c. et d. Les animaux ont l’air attristés mais leur
tristesse semble exagérée  : certains, comme le
Orthographe chien, pleurent ouvertement, la gorge déployée,
Les homonymes du mot cour d’autres se frottent les yeux avec un mouchoir, le
a. Il ne marche pas, il court. lynx lève les pattes au ciel. Cet effet de dramati-
b. Le loup et l’agneau se rencontrent près d’un sation contribue à donner une vision satirique du
cours d’eau. roi et de ses courtisans.
c. Le lion et les courtisans sont réunis en cour e. Les vers 11 à 16 pourraient tenir lieu de légende
de justice. à cette gravure.

« Voilà de sots animaux » p. 112


(La Bruyère, Les Caractères)
> Comment La Bruyère met-il l’ironie au service de la satire de la guerre ?
Réponses aux questions l.  11  ; ne ririez-vous pas, l.  13-14), orientant la
Comprendre réponse du lecteur vers une réponse affirmative ;
– par la présence d’un dialogue fictif avec le lec-
La Bruyère dénonce l’invention d’armes de plus
teur, au cours duquel ce dernier désapprouve le
en plus meurtrières mais il feint de s’en féliciter :
comportement belliqueux prêté aux animaux. Cette
il faut comprendre que le texte repose sur l’anti-
situation d’énonciation originale donne force à la
phrase, figure maîtresse de l’ironie.
polémique du texte.
Analyser
2. Le texte progresse en deux temps.
1. La Bruyère implique constamment le lecteur : La première partie (l. 1 à 14) est consacrée aux
– par l’usage du pronom de la deuxième personne : atrocités que pourraient commettre des animaux
si vous voyez […] vous dites (l. 1-2) ; vous prenez violents, la seconde partie (l. 14 à 32) est consa-
un bâton (l. 2-3) ; si l’on vous disait (l. 3) ; crée aux atrocités commises par les hommes. La
– par l’usage de la modalité interrogative ou inter- Bruyère établit une analogie entre le comporte-
ro-négative (ne diriez-vous pas, l. 8 ; concluriez-vous, ment supposé des animaux et celui des humains.

57 Chapitre 5
de plus en plus meurtrières. Étrange supériorité
Partie 1 Partie 2
mise au service de la barbarie…
Personnages animaux hommes b. Les petits globes désignent les balles et les
évoqués globes plus pesants et plus massifs désignent les
• Nature de – situation – situation réelle
boulets de canon. Ces périphrases sont ironiques
la situation hypothétique car il y a un effet de décalage entre la légèreté du
(hypothétique / ton utilisé pour les désigner et le caractère dan-
– mode – mode indicatif
réelle) conditionnel gereux de ces armes. Elles sont en effet présen-
• Mode verbal tées comme anodines, alors qu’elles sont en réa-
dominant lité agents de mort et de destruction comme en
(conditionnel / témoigne le champ lexical de la violence qui suit :
indicatif) tuent (l. 25), coupent en deux parts (l. 27), éventrent
(l. 28), enfoncent les planchers (l. 28-29), enlevant
Armes utilisées dents, griffes, lances, piques,
les voûtes (l. 29), font sauter en l’air (l. 29-30).
ongles dards, sabres,
cimeterres, balles 5. L’emploi du mot gloire se trouve disqualifié par
et boulets de son association avec le verbe gésir qui renvoie à la
canon (petits mort, et notamment à la mort d’innocents (femmes
globes) qui sont en couche, l’enfant et la nourrice, l. 30-31).
La Bruyère dénonce les discours militaristes van-
3. a. La Bruyère transpose la guerre dans le monde tant la gloire des combats.
des animaux en ayant recours au lexique de la
violence et à une gradation ascendante, cela afin Bilan
de frapper les esprits : s’aboient, s’affrontent, se Dans ce texte, La Bruyère dénonce la guerre en
mordent et se déchirent (l. 1-2). transposant la violence guerrière dans le monde
Pour mettre en relief la cruauté et l’absurdité d’un animal par le biais d’une analogie et en usant de
tel combat entre animaux, il a recours à l’hyper- l’ironie lorsqu’il feint de considérer les hommes
bole qui met en avant le nombre impressionnant comme des êtres raisonnables, supérieurs aux
de morts : par milliers (l. 4), neuf à dix mille chats animaux : belle supériorité qui consiste à s’exter-
(l. 7), à dix lieues (l. 8). miner avec des moyens sophistiqués, et cela au
b. Les hommes s’indigneraient s’ils assistaient nom d’une prétendue gloire totalement disquali-
à un tel spectacle. La Bruyère prépare le lecteur fiée à la fin de l’extrait.
à la suite : les hommes sont choqués, alors que
leur violence dépasse celle des animaux, comme Grammaire pour lire
on le verra… Les propositions subordonnées
4. a. La seconde partie du texte (l.  14-32) est a. Les propositions introduites par que après un
construite sur l’ironie et l’antiphrase. La Bruyère verbe de déclaration (dire) sont des propositions
feint d’abord de partager la bonne opinion que les subordonnées conjonctives complétives, COD du
hommes ont d’eux-mêmes : Vous avez déjà, en verbe disait. Il y a trois propositions (que tous les
animaux raisonnables (l. 14-15), puis il félicite les chats d’un grand pays ; et qu’après avoir miaulé
hommes de leur inventivité dans le domaine de l’ar- tout leur soûl ; que de cette mêlée…).
mement : ils ont fort judicieusement (l. 17) inventé b. Il y a quatre propositions introduites par si : si
de nombreuses armes qui constituent autant d’ins- vous voyez (l. 1) ; si l’on vous disait (l. 3) ; si les
truments commodes (l.  20-21) pour l’extermina- loups (l. 9) ; si les uns ou les autres (l. 10-11). Ce
tion de leurs prochains, comme en témoignent les sont des propositions subordonnées conjonctives,
expressions vous faire réciproquement de larges compléments de phrase exprimant la condition.
plaies (l. 21), couler votre sang (l. 22). La formule
qui clôt la phrase, sans que vous puissiez craindre
Conjugaison
d’en échapper (l. 22-23), est particulièrement iro-
nique et absurde  : peut-on en effet craindre de L’indicatif imparfait et le conditionnel
sauver sa vie ? présent
La supériorité des hommes sur les animaux réside Si je voyais un tel spectacle, que penserais-je ?
finalement dans leur capacité à inventer des armes Si tu voyais un tel spectacle, que penserais-tu ?

58
S’il/si elle voyait un tel spectacle, que penserait-il/ Si vous voyiez un tel spectacle, que pense-
elle ? riez-vous ?
Si nous voyions un tel spectacle, que pense- S’ils/Si elles voyaient un tel spectacle, que pen-
rions-nous ? seraient-ils/elles ?

Les caprices de la mode p. 114


(Montesquieu, Lettres persanes)
> Comment Montesquieu fait-il une satire mordante de la société française ?
Réponses aux questions témoigne l’énumération des verbes hausser, baisser,
Échanger et comprendre élargir, s’appliquant aux portes des maisons (l. 20).
• Rica (émetteur de la lettre) écrit à Rhédi (destina- b. Les femmes apparaissent complètement défor-
taire de la lettre). Ce sont des personnages fictifs. mées par la mode. Tout se trouve grossi et exagéré
On pourra ajouter que la lettre a été écrite de Paris (principe même de la caricature). Par suite de la
et que le lieu de destination est Venise. On pourra hauteur des coiffures, la femme a le visage […] au
remarquer également que le véritable auteur des milieu d’elle-même (l. 17) ; par suite de la hauteur
lettres est Montesquieu et le véritable destinataire des talons, c’étaient les pieds qui occupaient cette
en est le lecteur (principe de la double énonciation). place (l. 18) ; Autrefois, les femmes avaient de la
• Réponse ouverte, sachant que le sujet d’éton- taille et des dents ; aujourd’hui il n’en est pas ques-
nement des Persans est l’attitude capricieuse des tion (l. 24-25) : l’étrangeté de la formule pousse la
Français dans le domaine de la mode. caricature jusqu’au monstrueux. L’ensemble prête
à sourire : Rica s’efforce de mettre en relief, avec
PARCOURS A
humour et fantaisie, tout ce que la mode a de ridi-
1. La rapidité du changement de mode est mise en cule et de grotesque.
relief par des notations temporelles nombreuses,
qui montrent que les modifications interviennent très 4. a. b. et c. La satire de la mode n’est qu’une façon
vite et se succèdent dans un laps de temps réduit : plaisante d’aborder un problème plus général sou-
cet été / cet hiver (l. 3-4) ; avant que tu eusses reçu levé à la fin du texte. La soumission des Français à
ma lettre (l. 8) ; six mois / trente ans (l. 10- 11) ; Il a la mode vestimentaire renvoie à l’asservissement
été un temps / Dans un autre (l. 16-17) ; quelque- des sujets à leur monarque. Ainsi, la métaphore
fois (l. 15, 22) ; tout à coup (l. 16) ; souvent (l. 20) ; de la dernière phrase assimile irrévérencieusement
le lendemain (l.  23-24)  ; Autrefois et aujourd’hui l’âme du souverain à un moule qui donne la forme
(l. 24). Par ailleurs, de nombreux termes expriment à toutes les autres, ce qui signifie que le roi déter-
l’idée de changement : caprices (l. 1 et 22) ; mode mine la façon de penser et de vivre de ses sujets.
nouvelle (l. 7) ; changé (l. 9) ; une révolution (l. 15) ; Cela étant, le roi comme ses sujets sont critiqués
changement (l. 21) ; changeante nation (l. 25). à parts égales  : les Français sont si légers qu’il
2. Les éléments de la toilette particulièrement sou- est presque impossible de rendre la nation grave
mis à la mode sont les coiffures (l. 15), les chaus- (l. 29), c’est-à-dire sérieuse et raisonnable. Seul le
sures (l. 18), les mouches sur le visage (l. 23), la monarque le pourrait mais Montesquieu lui reproche
forme des robes (l. 24), la dentition (l. 24). de ne pas l’avoir entrepris.
3. a. Les caprices de la mode ont des consé- PARCOURS B
quences directes :
– sur le corps des femmes qui subit de véritables 1. Les indications temporelles soulignent l’ex-
métamorphoses suite à la variation de la hauteur trême rapidité des variations de la mode  : l’op-
des coiffures, des talons des chaussures, de la position été / hiver (l. 3-4) ; la précision avant que
largeur des vêtements ; tu eusses reçu ma lettre (l. 8) qui fait allusion aux
– sur leur visage dont l’aspect est modifié par la quelques semaines nécessaires à l’acheminement
présence ou l’absence de mouches, le port ou d’une lettre à Venise ; l’opposition hyperbolique six
non de fausses dents ; mois / trente ans (l. 10 et 11) ; le parallélisme Il a
– sur l’architecture des maisons qui doit être modi- été un temps / Dans un autre (l. 16-17) ; la succes-
fiée en fonction de ces changements, comme en sion d’adverbes ou de locutions à valeur adver-

59 Chapitre 5
biale : tout à coup (l. 16), souvent (l. 20), le lende- la mode est le reflet extérieur de leur soumission
main (l. 23-24), Autrefois et aujourd’hui (l. 27-28). au roi, à savoir Louis XIV. La métaphore de la der-
Par ailleurs, de nombreux termes expriment l’idée nière phrase assimile irrévérencieusement l’âme du
de changement : caprices (l. 1 et 22) ; mode nouvelle souverain à un moule qui donne la forme à toutes
(l. 7) ; changé (l. 9) ; une révolution (l. 15) ; change- les autres. La construction de la phrase selon une
ment (l. 21) ; changeante nation (l. 25). progression linéaire (prince, Cour, Ville, provinces) et
l’utilisation d’un champ lexical spécifique (imprime,
2. La dépendance à la mode a des conséquences donne la forme) soulignent cette emprise du roi.
économiques : changer si souvent de vêtements Ainsi, le monarque, qui devrait être un modèle et
conduit à des dépenses exorbitantes (on ne saurait donner l’exemple, utilise au contraire son statut
croire combien il en coûte à un mari pour mettre sa et son pouvoir pour mettre en œuvre l’asservis-
femme à la mode, l. 4-5). Elle affecte le physique sement de ses sujets.
des femmes : leur visage (présence ou absence Sujets et monarque se trouvent ainsi réunis dans
de mouches), leurs dents, leur taille changent sans une critique sévère qui reproche aux premiers
cesse au gré de la mode. Elle conduit à modifier leur passivité et au second son inconséquence :
l’environnement architectural : il convient de haus- Le monarque pourrait même parvenir à rendre la
ser, baisser, élargir les portes des maisons (l. 20) nation grave, s’il l’avait entrepris (l. 28-29), mais il
pour s’adapter à la hauteur des coiffures, à la lar- ne l’a pas fait.
geur des robes. Toutes ces transformations contre-
disent les liens naturels au sein des familles : le fils Bilan
ne reconnaît pas sa mère (l. 11-12), la fille ne res- • Les Lettres persanes, roman par lettres, sont
semble pas à sa mère (l. 26). fondées sur la double énonciation : l’auteur, Mon-
tesquieu, délègue la narration aux personnages
3. L’épistolier décrit avec humour la modification
épistoliers. C’est donc le Persan Rica, personnage
des formes et des silhouettes en grossissant et
fictif, qui est l’auteur de la lettre.
en exagérant les traits, ce qui est le propre de la
• Le destinataire de la lettre est un autre Persan,
caricature. On voit des femmes devenues mons-
Rhédi. Le véritable destinataire est le lecteur.
trueuses dans leur extravagance (visage d’une
• La lettre aborde un sujet apparemment futile :
femme au milieu d’elle-même, l.  17) à cause de
l’attitude capricieuse des Français dans le domaine
l’extraordinaire hauteur des coiffures ou de la hau-
de la mode vestimentaire. Mais le propos est plus
teur des talons de leurs chaussures (les talons fai-
sérieux qu’il n’y paraît : la lettre a une visée argu-
saient un piédestal qui les tenait en l’air, l. 18-19).
mentative. La description de la mode recouvre en
4. Sous le couvert d’un échange épistolaire fictif réalité une critique sévère des Français et de leur
et fantaisiste qui présente une joyeuse satire des roi, en l’occurrence Louis XIV : les uns se laissent
extravagances de la mode française, Montesquieu, trop facilement asservir par leur monarque, l’autre
véritable auteur de la lettre, se livre à une critique use de son pouvoir pour modeler à sa guise l’es-
sévère des Français : leur soumission trop facile à prit de ses sujets.

Histoire des arts p. 116


Ridicule de Patrice Leconte

Analyser la scène (photogramme  3), et les invités commentent sa


1. Le spectateur ne croit pas à l’amabilité de la chute de façon ironique en le surnommant mar-
comtesse : il sait qu’elle en veut au baron de l’avoir quis des Antipodes car il danse la tête en bas (pho-
quittée pour une autre femme (Repères, point 2). togramme 4).
2. Les propos échangés par les invités à l’arrivée 4. Le point de vue adopté dans le photogramme 4
du baron indiquent qu’un complot se prépare. Le est celui du baron à terre : c’est une contre-plongée
baron est identifié sous son masque : « C’est le (de bas en haut). Celui du photogramme suivant
bec rouge » (chapeau). est une plongée (du haut vers le bas), il restitue le
3. Le baron est ridiculisé de deux façons : un croc- point de vue des invités : il permet de voir le baron
en-jambe le fait chuter au milieu des danseurs à terre sous les quolibets des invités.

60
5. Le regard du baron est effaré, car il comprend Faire le point
que sa chute n’est en rien accidentelle et qu’il s’agit
d’une vengeance de la comtesse. 1. La construction de la scène montre comment
la comtesse attire le baron dans un piège en l’in-
6. a. Les conséquences de cette chute seront dra-
vitant à danser (photogramme  1) et en s’étant
matiques pour les paysans du domaine du baron
assurée de la complicité des autres invités pour le
(des enfants de chez moi vont mourir) : obligé de quit-
faire chuter : la caméra suit notamment un couple
ter la cour, il ne pourra recevoir du roi les subsides
filmé en gros plan qui chuchote pour se passer le
dont il a besoin pour assainir les marais de sa région.
mot, avant d’exécuter le projet (Le croc-en-jambe,
b. Le baron dénonce le mauvais usage que la cour maintenant).
fait de l’esprit. La cour apparaît dénuée d’empathie
pour les projets au service du peuple, fait preuve 2. Le baron sort grandi de l’incident aux yeux du
d’égoïsme et de petitesse dans ses ressentiments. spectateur : ridiculisé aux yeux de la cour, il par-
La cour se réclame de l’esprit de Voltaire, mais le vient cependant, par son discours, à reprendre
baron souligne que Voltaire aurait pris la défense le dessus en exprimant tout haut sa condamna-
des opprimés comme lui, au lieu d’exercer son tion des pratiques de la cour, nuisibles au peuple
esprit à ses dépens et donc aux leurs. qu’il défend.

Outils pour lire et s’exprimer p. 118


Utiliser le vocabulaire de la satire et du jugement
Vocabulaire 6. a. l’orgueil : haute opinion de soi
1. l’hypocrisie  : dissimulation de son caractère, de
ses intentions
Qui est pointu
Qui décape l’insolence : manque de respect
ou piquant
la fourberie : tromperie
corrosive – caustique mordante – incisive la cupidité : amour du gain
2. a. l’arrogance : manières hautaines et méprisantes
la grossièreté : manières impolies
Jugement positif Jugement négatif
l’intolérance  : refus d’admettre des opinions
approuver – louer – blâmer – réprouver – contraires aux siennes
apprécier – condamner – b. orgueilleux, hypocrite, insolent, fourbe, cupide,
s’enthousiasmer – désavouer – dénigrer arrogant, grossier, intolérant
adhérer
7.
b. approuver : approbation – louer : louange – blâ- Portrait
Portrait moral
mer : blâme – réprouver : réprobation – condamner : physique
condamnation – apprécier : appréciation – s’en- Description teint frais ; visage enjoué ; grand
thousiasmer : enthousiasme – désavouer : désa- plein ; les joues rieur ; impatient ;
veu – adhérer : adhésion – dénigrer : dénigrement pendantes ; l’œil présomptueux ;
3. un rire qui se moque : un rire moqueur fixe et assuré ; les colère ; libertin ;
épaules larges ; politique ;
un rire qui nargue : un rire narquois
l’estomac haut ; mystérieux ; il se
un rire qui raille : un rire railleur la démarche croit du talent et
un rire qui relève du sarcasme : un rire sarcastique ferme et délibérée de l’esprit
4. déraisonnable – insensé – irrationnel – illogique
Termes visage plein ; impatient ;
– incohérent – irréfléchi – indéfendable – défavo- péjoratifs joues pendantes ; présomptueux ;
rable – inacceptable l’œil fixe ; colère ; libertin ;
5. infâme : infamie l’estomac haut politique ; il se
abject : abjection croit
excentrique : excentricité Le portrait est péjoratif. À travers le personnage
ostentatoire : ostentation de Giton, c’est le comportement des riches qui
sectaire : sectarisme est visé.

61 Chapitre 5
8. coq : comportement fanfaron, arrogance – pie : – porc : vulgarité – linotte : étourderie – requin :
bavardage – pou : orgueil – dinde : sottise – âne : cupidité – ours : comportement asocial – vipère :
ignorance – mule : entêtement – mouton : gréga- médisance (langue de vipère)
risme (fait de suivre les autres sans discernement)

Outils pour lire et s’exprimer p. 119


Comprendre les procédés de la satire

Lecture 12. a. Le personnage que le Persan va rencon-


10. La Bruyère dénonce la propension des hommes trer lui est présenté comme respectable (je vous
à se faire la guerre pour des motifs futiles. Les pro- mène à présent chez un grand seigneur, qui est un
cédés utilisés sont l’énumération de termes appar- des hommes du royaume qui représente le mieux,
tenant au champ lexical de la violence (se dépouil- l. 3-5). En réalité, il ne l’est pas du tout : il témoigne
ler, se brûler, se tuer, s’égorger les uns les autres), d’un comportement sans gêne, des plus vulgaires.
le recours à l’ironie et à l’antiphrase (pour le faire b. Procédés de la satire :
plus ingénieusement et avec plus de sûreté, ils ont – lexique péjoratif : fier, hauteur, impitoyablement,
inventé de belles règles qu’on appelle l’art militaire). offensante, renforcé par les adverbes d’intensité :
11. a. Les personnages cibles de la satire sont les si (fier), tant (de hauteur), si (impitoyablement), tant
Grands qui ne vivent que d’apparence. (de flegme), si (offensante) ;
b. C’est le Renard qui juge le mieux ces person- – énumération verbale : il prit (une prise de tabac),
nages : alors que l’Âne ne juge que d’après ce qu’il se moucha, il cracha, il caressa.
voit, le Renart, lui, jauge, examine et démasque ce c. Usbek est étonné (je ne pouvais me lasser de
qui se cache derrière les apparences. l’admirer). Il se dit qu’en Perse un tel comporte-
c. Les objets de la satire, c’est-à-dire les Grands, ment serait considéré comme celui d’un grand sot.
sont comparés à des masques de théâtre (v. 1). 13. a. Le personnage établit une relation directe
d. Les fables sont de courts récits à visée pédago- entre le bonheur, le respect et la possession de
gique qui prennent souvent le masque animal pour richesse, autrement dit, le fait d’avoir de l’argent
illustrer une vérité morale. Le genre se prête bien assure l’estime et le respect de tous.
à la satire car, en mettant en scène des animaux, b.  Les personnages visés par la satire sont les
le fabuliste critique les comportements humains riches arrogants qui n’ont pour valeur que l’argent.
sur un mode amusant.

Atelier expression orale p. 121


Méthode pour comprendre le texte vous taire  ? vous dis-je (phrase interrogative à
• Selon Lisette, les médecins ne soignent pas mais valeur injonctive).
font mourir (Sganarelle. – Est-ce que les médecins • Sganarelle est très inquiet à l’idée que les méde-
font mourir ? Lisette. – Sans doute). cins qui vont arriver puissent entendre les cri-
• Avec l’anecdote du chat, Lisette veut montrer que tiques de Lisette au sujet de la médecine. Il s’agit
l’on peut guérir sans avoir recours aux médecins d’un comique de situation reposant sur la peur
qui ne font qu’aggraver le cas de leurs patients en de Sganarelle.
les saignant et en les purgeant. • Lisette n’est pas impressionnée par son maître :
• L’autorité de Sganarelle se manifeste par ses elle lui tient tête tout au long du passage, d’où les
injonctions : Taisez-vous ; n’offensez pas ces mes- rappels à l’ordre de Sganarelle (sans effet) qui la
sieurs-là (phrases de type injonctif) ; Voulez-vous qualifie d’impertinente.

62
Je construis le bilan p. 122

1  Je sais identifier l’objet de la satire selon les auteurs et les époques
Auteur Titre de l’œuvre Siècle Objet de la satire
La Bruyère Les Caractères XVII e
la guerre
Montesquieu Lettres persanes XVIIIe la mode, l’inconstance
Anonyme Roman de Renart Moyen Âge la justice royale
médiévale
Rabelais Gargantua XVIe le monde religieux
La Fontaine Fables XVIIe les courtisans

2  Je sais reconnaître le genre des œuvres 3  Je sais définir les modalités de la satire
satiriques a. Affirmation du contraire de ce que l’on veut faire
a. Amusez les rois par des songes, comprendre : ironie.
Flattez-les, payez-les d’agréables mensonges. b. Critique, dénonciation par la moquerie : satire.
La Fontaine, «  Les obsèques de la Lionne  », c. Imitation pour se moquer : parodie.
fable.
b. Les uns mouraient sans parler, les autres par-
4  Je connais la valeur des figures de style
caractéristiques de la satire
laient sans mourir. Les uns mouraient en parlant,
les autres parlaient en mourant. opposition : antithèse
Rabelais, Gargantua, roman. exagération : hyperbole
c. Il en est des manières et de la façon de vivre ironie : antiphrase
comme des modes  : les Français changent de analogie  : comparaison, métaphore, personnifi-
mœurs selon l’âge de leur roi. cation d’animaux
Montesquieu, Lettres persanes, roman épis- insistance : répétition, énumération
tolaire.

Entraînement au brevet p. 124


« Le Loup et l’Agneau »

PREMIÈRE PARTIE bête cruelle, v. 18), est le prédateur de l’Agneau.


Questions sur le texte littéraire L’Agneau s’oppose à lui par sa douceur et son
innocence. Par ailleurs, l’Agneau est tout jeune, ce
1. Un certain nombre d’indices montrent que les qui l’oppose au Loup adulte. Une autre raison de
personnages sont des animaux : l’Agneau boit à cette différence peut résider dans leur rapport aux
la rivière, le Loup est à la recherche de nourriture humains (animal domestique vs animal sauvage).
et dévore l’Agneau. Il est également fait allusion b. Cette différence se manifeste dans la façon
aux bergers et aux chiens qui gardent les trou- dont chacun s’adresse à l’autre : le Loup tutoie
peaux. Mais il s’agit d’animaux personnifiés : en l’Agneau, tandis que l’Agneau vouvoie le Loup
témoignent leur capacité à parler, à argumenter et (que votre Majesté, v. 10), s’adresse à lui à la 3e
la façon dont ils se désignent : Sire (v. 10) ; votre personne du singulier, signe de respect (que votre
Majesté (v. 10) ; ton frère (v. 22). La figure utilisée Majesté / Ne se mettre pas en colère ; / Mais plutôt
est la personnification. qu’elle considère... v. 10-12), et le désigne par les
2. a. Le fort est le Loup, le faible, l’Agneau. termes de Sire, votre Majesté, autant de marques
Les raisons de cette différence sont inhérentes de soumission.
à la nature de chacune des espèces  : le Loup, 3. a. Le Loup formule quatre reproches à l’en-
violent et cruel (cet animal plein de rage, v. 8 ; cette contre de l’Agneau :

63 Chapitre 5
– l’Agneau trouble son breuvage ; c. La Fontaine fait la satire des puissants qui
– l’Agneau a dit du mal de lui ; imposent leurs lois aux plus faibles.
– son frère ou l’un des siens a dit du mal de lui ;
Questions sur le texte et l’image
– il n’est guère épargné par les bergers ni par les
chiens. 8. a. L’illustrateur a montré l’opposition et le rap-
b. Hardi signifie « audacieux ». Le nom correspon- port de force entre les deux personnages :
dant est hardiesse. Dans le texte, un synonyme de – par la composition et la taille des personnages :
ce nom est témérité (v. 9). le Loup, avec son épée, occupe les trois quarts
de l’espace. Alors qu’il est en arrière-plan, il est
4. a. Que votre Majesté ne se mette pas en colère :
beaucoup plus grand que l’Agneau, qui apparaît
le mode utilisé est le subjonctif, ici à valeur de
minuscule au premier plan. Les rapports de taille
supplication.
et de perspective sont donc inversés ;
b. L’Agneau est totalement dans son droit : il était
– par les couleurs : l’Agneau est blanc, symbole
le premier sur les lieux, tranquillement occupé à
de pureté et d’innocence ; le Loup est gris et vêtu
boire dans le ruisseau, et ne peut avoir souillé l’eau
de sombre (opposition blanc/noir) ;
du Loup en amont. Il répond, autant qu’il le peut,
– par les expressions : le Loup a un regard mena-
aux attaques du Loup, avec logique et rigueur :
çant, fixé sur l’Agneau ; l’Agneau bêle innocemment ;
– il est plus bas dans le courant et ne peut trou-
– par les accessoires  : le Loup est inquiétant, il
bler l’eau en amont ;
porte des gants, il a une épée effilée à la main
– il n’était pas né pour médire l’an passé ;
ainsi qu’une lanière.
– il n’a pas de frère qui pourrait nuire au Loup.
b. L’épée symbolise le couperet de la guillotine,
5. Les arguments du Loup ne sont pas recevables : la mort annoncée pour l’Agneau. Elle est mise en
il fait fi des lois de la physique car l’eau ne remonte valeur par sa forme et par sa longueur : elle occupe
pas le courant, et de fait, l’Agneau ne peut la trou- une grande part de l’espace droit et déborde même
bler. Sa parole est motivée par la mauvaise foi mais du cadre de l’image. Elle permet de scinder l’image
il a pour lui l’argument de la force, le seul tort de en deux parties : une partie supérieure gauche et
l’Agneau étant sa faiblesse. une partie inférieure droite.
6. On a affaire à une parodie de justice : dès que 9. Cette illustration est satirique parce qu’elle est à
le Loup voit l’Agneau, il entame son procès mais le la fois amusante par la facture du dessin (animaux
condamne d’emblée en énonçant la sentence : Tu personnifiés, expression du Loup) et critique : elle
seras châtié de ta témérité (v. 9). Ce n’est qu’ensuite invite à réagir face à la cruauté des puissants (le
qu’il justifie cette condamnation et donc le meurtre. Loup, par ses vêtements et son épée, est présenté
7. a. La morale de la fable, au présent de vérité comme tel) qui consiste à s’attaquer à des faibles et
générale, consiste à dire que la raison (c’est-à-dire des innocents et à ne leur laisser aucune chance.
le raisonnement) du plus fort est la meilleure et ne 10. Réponse ouverte.
peut donc être contredite.
b. Le fabuliste énonce un constat désabusé : rien Réécriture
ne sert d’avoir raison sur le plan du droit, celui qui Qui vous rend si hardis de troubler notre breu-
a la force de son côté l’emporte toujours. Le fabu- vage ?
liste invite le lecteur à réagir, à se révolter contre Dirent ces animaux pleins de rage :
un tel état de fait. Vous serez châtiés de votre témérité.

64
Chapitre 6
Jeannot et Colin de Voltaire Livre de l’élève p. 126

Ouverture du chapitre p. 126


Réponses aux questions
• Voltaire se bat pour la fraternité (doc. 1) ; l’égalité ture, la guerre, certaines formes d’esclavage ou
et l’abolition de l’esclavage (doc. 2) ; la paix, la jus- le fanatisme religieux.
tice et la tolérance (bulle : un homme de combat) ; • Le doc. 2 peut illustrer les combats de Voltaire
l’accès à l’éducation et aux « lumières » (bulle : un dans la mesure où la scène représentée est un
philosophe du XVIIIe siècle). exemple frappant de la domination et de la violence
• Ces valeurs n’ont pas encore triomphé partout : que les hommes exercent entre eux, alors qu’ils
de nombreux pays connaissent encore la dicta- devraient se souvenir qu’ils sont frères.

Deux amis p. 128


> Comment Voltaire met-il en place les éléments du conte philosophique ?
Réponses aux questions pour Jeannot et, loin d’être jaloux de l’ascension de
1. a. Jeannot et Colin sont originaires de la ville son ami, il demeure toujours tendre (l. 41) envers
d’Issoire, en Auvergne (l. 2). lui et écrit une lettre de compliments à son ancien
b. Les parents de Jeannot sont de condition camarade (l. 41-42).
modeste : son père est marchand de mulets (l. 3-4) ; b. Voltaire fait la satire des nouveaux riches ou par-
le père de Colin est un brave laboureur (l. 4) qui venus qui écrasent de leur prétention leurs anciens
n’est pas puissamment riche (l. 7). amis : un air de supériorité (l. 16) ; un sourire de
2. L’élément perturbateur est l’arrivée d’un tail- protection assez noble (l. 21).
leur qui apporta à Jeannot un habit de velours à 5. La ville d’Issoire est présentée ironiquement par la
trois couleurs (l. 13) de la part de son père ; il est figure de l’antiphrase : ville fameuse dans tout l’uni-
annoncé par le connecteur temporel quand (l. 12) vers par son collège et par ses chaudrons (l. 2-3) ;
et le passage au passé simple : apporta (l. 13). la ville n’est pas véritablement connue, et les motifs
3. Le père de Jeannot n’est d’abord qu’un mar- de sa prétendue renommée sont dérisoires.
chand de mulets (l. 3-4) qui vit en Auvergne. Avec Les Jeannot sont devenus très riches en très peu
le bel habit, Jeannot reçoit de son père une lettre de temps et le narrateur explique ironiquement
adressée à monsieur de La Jeannotière (l. 14-15), leurs succès comme un effet de la chance : C’est
puis une autre adressée à monsieur le marquis de parce qu’on est heureux (l. 25-26) ; la fortune qui
La Jeannotière (l. 18-19), car le père de Jeannot a élève et qui abaisse les hommes à son gré (l. 28).
acheté un marquisat (l. 39). Introduit dans le monde L’entrepreneur des hôpitaux des armées est un
des affaires par un entrepreneur des hôpitaux des homme d’un grand talent (l. 29-30) : ce compliment
armées (l.  29), il a gravi tous les échelons de la n’en est pas un lorsqu’on découvre qu’il peut se
société du XVIIIe siècle en six mois (l. 39). vanter d’avoir tué plus de soldats en un an que le
4. a. Cette ascension modifie les sentiments de canon n’en fait périr en dix (l. 30-31).
Jeannot envers Colin. Tout d’abord, il devient 6. La chance joue un rôle minime dans un enri-
méprisant et prend un air de supériorité (l.  16) chissement aussi rapide ; sous couvert de hasard,
envers Colin ; ensuite il part dans toute la pompe le narrateur sous-entend les compromissions du
de sa gloire (l. 22), et l’oublie complètement : il ne monde des affaires : Dès qu’on est dans le fil de
répond même pas à sa lettre de compliments (l. 41). l’eau, il n’y a qu’à se laisser aller ; on fait sans peine
En revanche, Colin a gardé les mêmes sentiments une fortune immense (l. 33-34).

65 Chapitre 6
Vocabulaire
Autour du mot fortune
1. Le mot fortune (l. 28) est employé dans le sens 2. a. sa fortune : sa richesse. b. mauvaise fortune :
de « chance, hasard » ; à la ligne 34, il signifie « la malchance. c. la fortune : la chance. d. leur for-
richesse, les biens ». tune : leurs biens.

L’éducation de Jeannot p. 130


> Comment Voltaire utilise-t-il la question de l’éducation pour critiquer
la société du XVIIIe siècle ?
Réponses aux questions Histoire des des
connaissances connaissances
1. Les parents de Jeannot ne sont pas du même
inutiles (l. 52) trop anciennes et
avis à propos de l’enseignement du latin : Mon- confuses, inutiles
sieur voulait que son fils apprît le latin, madame ne (l. 45-50)
le voulait pas (l. 3-4).
Géométrie une science une science
2. a. Assez peu cultivés de par leurs origines, les absurde et inutile pour
parents de Jeannot vont donc consulter deux ridicule (l. 53-58) réussir dans la
personnages au sujet de l’éducation de Jeannot : une étude bonne société
un gouverneur (l. 1) et un auteur qui était célèbre qui dessèche (l. 88-93)
alors (l. 4-5). inutilement
b. Le gouverneur est caractérisé par les expres- l’esprit (l. 61-67)
sions qui était un homme du bel air et qui ne savait Blason une science
rien (l. 2). Il a de bonnes manières mais est ignorant, intéressante
ce qui est un comble pour un professeur particu- mais démodée
lier : il ne put rien enseigner à son pupille (l. 2-3). et trop commune
(l. 106-113)
L’auteur est désigné par les expressions le bel esprit
(l. 8-9) ; le gracieux ignorant (l. 41) ; l’aimable igno- 4. L’absurdité des arguments discrédite le débat
rant (l. 88). Lui aussi allie les succès mondains et et laisse percer l’ironie voltairienne.
l’ignorance, ce qui ne lui donne aucune compé- a. Le lien de cause à effet établi dans cette phrase
tence en matière d’éducation. (l. 12-13) ne respecte pas la logique : la cause de
3. Le gouverneur et le bel esprit font la critique des la supériorité des femmes ne réside pas dans leur
disciplines scolaires enseignées à cette époque. ignorance du latin.
b. La géométrie est une science rigoureuse et exi-
Arguments Arguments geante, tout le contraire d’une mauvaise plaisante-
Disciplines
du gouverneur du bel esprit rie : dans cette phrase, le narrateur dit le contraire
de ce qu’il pense, tout en faisant comprendre le
Latin un handicap
pour bien parler sérieux de la géométrie.
français (l. 8-13) c. Le narrateur présente la géométrie comme
une science absurde qui étouffe l’intelligence. Les
Géographie une science superlatifs permettent au narrateur d’exagérer
inutile pour cette critique ironique et renforcent l’antiphrase :
voyager en de toutes les sciences la plus absurde  ; la plus
France (l. 22-27)
capable d’étouffer toute espèce de génie.
Astronomie une science 5. a. Cette délibération aboutit à l’inutilité d’étudier :
inutile si on il fut décidé que monsieur le marquis apprendrait
possède un à danser (l.  114-115). Ce long débat n’a abouti
almanach
qu’à critiquer tout effort intellectuel et la chute
(l. 30-34)
finale est comique.

66
b. Les sciences envisagées dans ce débat ne pré- Figures de style
sentent aucun atout pour réussir dans la bonne
Les questions oratoires
société, et c’est là leur principal défaut : si Jean-
not sait les moyens de plaire, il saura tout (l. 38-39). a. La phrase Que faudra t-il donc apprendre à mon
Voltaire condamne la futilité et la vanité de la haute fils ? (l. 36-37) est une vraie question. La phrase
société de son époque. De bonne foi, est-ce par les sciences qu’on obtient
Sa critique vise aussi les riches qui croient pouvoir ce succès ? (l. 91-92) est une question oratoire.
tout acheter, même le savoir : les gens de qualité b. Derrière la question oratoire se cache l’affirma-
(j’entends ceux qui sont très riches) savent tout tion que les sciences ne permettent pas d’obtenir
sans avoir rien appris, parce qu’en effet ils savent le succès dans le beau monde.
à la longue juger de toutes les choses qu’ils com-
mandent et qu’ils payent (l. 82-87).

Les aléas de la vie p. 134


> Comment le destin de Jeannot révèle-t-il les travers de la société
du XVIIIe siècle ?
Réponses aux questions mettre en sûreté (l. 22) la fortune de Jeannot, car le
1. a. Jeannot possède un talent très apprécié dans terme en se les appropriant (l. 23) ne laisse aucun
la haute société : chanter agréablement des vaude- doute sur ses intentions.
villes (l. 2-3). Le narrateur présente ironiquement c. Sa stratégie pour épouser Jeannot est mise
ce talent mineur comme un don supérieur (l. 3) qui en évidence par la figure de la gradation (énumé-
lui vaut un succès prodigieux (l. 2) : Jeannot qui ration de termes de plus en plus forts) : elle l’at-
n’a rien appris d’utile et de sérieux devient donc tira, se laissa aimer, lui fit entrevoir, le conduisit par
un jeune homme de la plus grande espérance (l. 4) degrés, l’enchanta, le subjugua (l. 24-26). Elle sait
qui se pique d’écrire des chansons. Ces expres- aussi séduire les parents : elle devint la meilleure
sions hyperboliques sont des antiphrases puisqu’il amie du père et de la mère (l. 27).
pill[e] (l. 6) les œuvres des autres et paye pour faire 3. La famille de La Jeannotière dépense sans
corriger ses vers (l. 8-10). compter pour « paraître » : Jeannot dépensa beau-
b. Le succès factice monte à la tête de Jeannot coup, pendant que ses parents s’épuisaient encore
(l. 13) ; sa mère le considère dès lors comme un bel davantage à vivre en grands seigneurs (l. 19-20).
esprit (l. 12). Le narrateur souligne sa vanité et sa 4. a. Jeannot apprend la catastrophe alors que l’on
fatuité en rapprochant ironiquement des termes de fait déjà les préparatifs de la noce (l. 30-32). Ce
sens contraire (figure de l’oxymore) : il acquit l’art jour-là il était même aux genoux (l. 33) de la jeune
de parler sans s’entendre, et se perfectionna veuve, occupé à de tendres entretiens et aux pro-
dans l’habitude de n’être propre à rien (l. 14-15). jets d’une vie délicieuse (l. 36).
Ses parents le croient promis à un destin extraor- b. Les conséquences de la catastrophe financière
dinaire (l. 17-19). sont terribles pour Jeannot et sa famille : son père
2. a. Jeannot, dont les parents ont acheté le titre est emprisonné (l. 44), les domestiques ont fui en
de marquis, n’est pas noble de naissance. S’il les volant, sa mère est seule, sans secours, sans
épouse une femme de qualité, il sera reçu dans consolation, noyée dans les larmes (l. 46-47) ; ils
tous les salons et pourra être présenté à la cour : sont complètement ruinés (l. 47).
éblouis de la splendeur de cette alliance (l. 28-29). 5. a. Jeannot sollicite de l’aide auprès de sa bien-ai-
b. De son côté, la jeune veuve de qualité (l. 21) n’a mée, de son gouverneur, du confesseur de sa
qu’une fortune médiocre (l. 21-22) et trouve son mère, enfin auprès de tous ses amis.
intérêt dans cette mésalliance. b. Sa fiancée l’a déjà remplacé par un jeune offi-
Le narrateur présente ce mariage d’intérêt avec cier fort aimable (l. 53) ; elle propose avec condes-
une certaine ironie  : l’expression voulut bien se cendance une place de femme de chambre (l. 56)
résoudre cache un réel et nécessaire empresse- à sa mère  ; le jeune officier veut bien engager
ment de la jeune veuve ; il est sûr qu’elle saura Jeannot comme simple soldat dans son régiment

67 Chapitre 6
(l. 56-58). Il est reçu avec mépris et désinvolture Grammaire pour lire
par tous les autres qui ne lui offrent aucune aide, Discours direct, discours indirect
ni morale ni pécuniaire.
a. Celui-ci lui proposa : « Faites-vous, comme moi,
6. a. Son gouverneur lui suggère de devenir gou- gouverneur d’enfants. »
verneur d’enfants (l. 61). b. Il lui répondit qu’il ne savait rien, qu’il ne lui
b. Le théatin justifie la ruine de la famille par la pro- avait rien appris, et qu’il était la première cause
vidence divine qui veille au salut des âmes : Mon de son malheur.
fils, voilà où Dieu vous voulait (l. 72) ; les richesses
ne servent qu’à corrompre le cœur (l. 72-73). Vocabulaire
c. Le gouverneur a beau jeu de proposer à Jeannot
Autour du mot monde
de devenir gouverneur, lui qui ne lui a rien appris
(l. 62) : le conseil est d’une ironie cruelle. Le théatin a. Le mot monde signifie « sur terre » pour dans ce
feint de trouver que la ruine de la famille est une monde (l. 75-76), « les hommes » pour le monde
véritable bénédiction pour elle, comme le soulignent (l. 78-80), et « la haute société » pour le beau monde
ironiquement ces antiphrases : Dieu a donc fait la (p. 129, l. 40).
grâce à votre mère de la réduire à la mendicité ? b. venir au monde : naître, venir sur terre – vivre
[…] Tant mieux, elle est sûre de son salut (l. 73-74). dans son monde : vivre dans un univers imagi-
naire – se moquer du monde : se moquer des
7. Jeannot comprend finalement qu’aucune per-
gens – Que de monde ! que de gens ! – n’être
sonne de son entourage ne l’aimait réellement,
plus de ce monde : être parti dans l’autre monde,
que tous en voulaient à son argent : il apprit mieux
être mort – être du même monde : appartenir à
à connaître le monde (l. 79) ; et la brutalité de la
la même classe sociale, la haute société – avoir
catastrophe a révélé leur vrai visage dans une jour-
du monde à dîner : recevoir un certain nombre
née (l. 79).
de gens – une femme du monde : une femme de
la haute société – faire le tour du monde : faire
le tour de la terre.

Retrouvailles p. 138
> En quoi le dénouement du conte philosophique illustre-t-il une morale ?
Réponses aux questions la douceur et la gaieté ; petite ; brune ; agréable
1. Au début de ce passage, Jeannot se trouve (l. 5-6). Le narrateur présente Colin et sa femme
dans l’état le plus pitoyable : dans l’accablement comme des provinciaux plaisants et sympathiques.
du désespoir (l. 1) ; abîmé dans sa douleur (l. 8). b. Les valeurs sur lesquelles repose le bonheur
2. a. En voyant son ancien ami ruiné, Colin se porte de Colin sont le travail : nous travaillons beaucoup
spontanément vers lui et lui témoigne son affec- (l. 22) ; la modestie : nous n’avons point changé
tion : Le petit homme rebondi ne fait qu’un saut, et d’état (l. 23) ; et la fidélité en amitié : nous aiderons
court embrasser son ancien camarade. La scène notre ami Jeannot (l. 23-24).
relatée au présent de narration est ainsi rendue 4. a. Colin propose à son ami une généreuse asso-
vivante. ciation : Tu reviendras avec moi au pays, je t’appren-
b. Jeannot éprouve de la honte (l. 12) devant son drai le métier, il n’est pas bien difficile ; je te mettrai
ancien ami qu’il a traité avec mépris : en tendant de part (l. 25-26) ; il soldera les dettes de la famille
la main à Colin avec un sourire de protection assez de Jeannot et tirera son père de prison (l. 34-36).
noble (p. 128, l. 20-21) ; Le petit marquis ne lui fit b. Jeannot réalise combien la fidélité de Colin a
point de réponse (p. 129, l. 42-43). de prix face aux faux-semblants du beau monde :
3. a. Les vêtements et les manières du couple Tous mes amis du bel air m’ont trahi, et Colin, que
montrent leur origine sociale : grossièrement vêtu j’ai méprisé, vient seul à mon secours. Quelle ins-
(l. 4) ; assez grossièrement agréable (l. 6). Les termes truction ! (l. 29-31).
qui les caractérisent témoignent de leur simplicité c. Devant l’attitude noble et généreuse de Colin,
et de leur joie de vivre : rond et frais qui respirait Jeannot est capable de faire un retour sur lui-

68
même : partagé entre la douleur et la joie, la ten- b. La morale du conte est formulée à la fin du
dresse et la honte (l. 28-29) ; c’est bien la preuve conte : le bonheur n’est pas dans la vanité (l. 40-41).
qu’il garde en son cœur le germe du bon naturel, Le conte en est la parfaite illustration : Jeannot et
que le monde n’avait pas encore étouffé (l. 32). sa famille ont renié leurs origines et, pris par la folie
5. a. Le dénouement du conte est heureux. Jean- des grandeurs, ils ont gaspillé une fortune pour
not travaille avec Colin et se trouve heureux en « paraître » dans le monde ; Jeannot s’est laissé
ménage depuis qu’il a épousé la sœur de Colin, de abuser par les flatteries d’un entourage corrompu
même humeur que le frère (l. 39) ; ses parents ont qui l’a trahi dès les premiers signes du malheur. En
retrouvé leur première profession (l. 38) et savent quittant le beau monde, il retrouve de vraies valeurs
s’en contenter. et le bonheur, grâce à l’amitié de Colin.

Parcours culturel p. 140


Les combats de Voltaire
• Le fanatisme est une foi aveugle et sectaire en abus de l’esclavage  : quand nous voulons nous
une religion ou une doctrine qui conduit les hommes enfuir, on nous coupe la jambe (l. 10-11).
aux pires atrocités  ; ainsi les juges d’Abbeville Le deuxième texte est un extrait d’un article du
ont fait condamner le chevalier de La Barre sur le Dictionnaire philosophique qui combat le fanatisme
simple soupçon d’irrespect envers la religion. Le et la torture ; Voltaire évoque le cas du chevalier
fanatisme, c’est une pensée unique et intolérante. de La Barre : les juges […] ordonnèrent, […] qu’on
La tolérance, c’est se souvenir que tous les hommes lui arrachât la langue, qu’on lui coupât la main, et
sont frères (texte 4, l. 7) ; c’est accepter que les qu’on brûlât son corps à petit feu (l. 5-7).
croyances et coutumes soient différentes d’un Le troisième texte est un extrait d’un essai philo-
pays à l’autre, et que Dieu soit honoré de diverses sophique, Traité sur la tolérance, que Voltaire écrit
façons  : que ceux qui allument des cierges en pour obtenir la réhabilitation de Calas, un protestant
plein midi pour te célébrer supportent ceux qui se accusé à tort et exécuté par haine de sa religion.
contentent de la lumière de ton soleil (texte 4, l. 5-6). Le quatrième texte est un extrait du même essai ;
• Au nom de la tolérance et de la fraternité, Voltaire dans ce passage, il adresse une prière au Dieu
condamne l’esclavage (texte 1), la torture (texte 2), universel pour combattre haine et fanatisme et
la persécution et l’injustice (texte 3), la haine et les inciter les hommes à la tolérance et à la fraternité.
guerres (texte 4). • Voltaire veut susciter l’indignation et la compas-
Le premier texte est un extrait d’un conte philo- sion des hommes pour tous ceux qui sont persé-
sophique, Candide ou l’Optimisme, qui montre les cutés et les encourager au respect et à la tolérance.

Activités : vocabulaire et écriture p. 142


1. Le lexique évaluatif Le doute  : probablement  ; sans doute  ; peut-
être ; il paraît.
Termes mélioratifs Termes péjoratifs • Un degré fort : trop ; extrêmement ; moyen :
assez ; passablement ; faible : guère ; peu.
efficace ; plaisant ; inacceptable ; • Une nuance : généralement ; souvent ; la plupart
séduisant ; fascinant ; détestable ; ennuyeux ;
du temps ; quelquefois ; une déclaration catégo-
passionnant ; lamentable ;
enthousiasmant ; incohérent ;
rique : jamais ; toujours ; aucunement ; absolument.
pertinent ; parfait. incompréhensible ; 3. Jouer avec les rapports logiques
stupide ; scandaleux. 1. a. Le connecteur car exprime un lien logique
de cause  ; le connecteur par là exprime un lien
2. Nuancer ou affirmer logique de conséquence.
a. La certitude : indéniablement ; assurément ; il b. Dans la première phrase, la cause est expri-
est évident que ; j’affirme que. mée par la deuxième proposition indépendante :

69 Chapitre 6
car son château avait une porte et des fenêtres ; château ou une certaine corpulence. Ils sont juste
la conséquence est exprimée par la première pro- ridicules.
position indépendante : M. le baron était un des 4. Les figures de style au service de l’ironie
plus puissants seigneurs de Westphalie. a. Voltaire utilise la figure de l’antiphrase pour faire
Dans la deuxième phrase, la cause est exprimée la satire de la guerre. Dans le texte 1, les termes
par la proposition relative : qui pesait environ trois qui s’opposent à harmonie sont canons, enfer  ;
cent cinquante livres ; la conséquence est expri- dans le texte 2, le terme qui s’oppose à héroïque
mée par la proposition principale : Mme la baronne est boucherie ; dans le texte 3, les termes qui s’op-
[…] s’attirait par là une très grande considération. posent à très bel art sont désole, détruit, fait périr.
c. La logique n’est pas respectée : le fait d’avoir b. Le champ lexical des termes relevés est celui
une porte et des fenêtres n’entraîne pas la puis- de la guerre dont Voltaire fait la satire dans ces
sance du propriétaire du château  ; le fait d’être trois textes : armées (texte 1) ; boucherie (texte 2) ;
obèse n’entraîne aucun respect particulier pour désole, détruit, fait périr (texte 3).
la personne affligée de surpoids. c. Dans le texte 2, on peut relever l’oxymore : une
2. Voltaire fait la satire des aristocrates prétentieux boucherie héroïque.
qui assoient leur pouvoir sur les apparences : un

Activités : histoire des arts et expression orale p. 143

Décrire une scène de genre 4. a. La jeune fille est vêtue d’une robe décolle-
1. a. Ce tableau a été peint par Pietro Longhi qui a tée bleu clair ; ses cheveux poudrés sont relevés
vécu au XVIIIe siècle (1701-1785), à Venise en Italie. élégamment, son teint est pâle et sa bouche far-
b. Le titre du tableau est La leçon de géographie. dée de rouge.
La technique utilisée est l’huile sur toile. Par contraste, la robe des servantes est d’une cou-
2. a. Au centre du tableau, une jeune fille assise leur taupe plutôt terne ; l’homme assis porte un
tient un globe terrestre posé sur une petite table costume marron et des bas gris comme ses che-
ronde. À gauche, au premier plan, un homme veux ; l’homme debout est en costume gris bleuté.
assis tient un atlas ouvert ; debout près de la jeune Ces coloris feutrés et harmonieux dépeignent
fille, un autre homme se penche vers le globe. À une société raffinée, préoccupée par les choses
droite et à l’arrière-plan entrent deux servantes, de l’esprit.
l’une apporte des tasses sur un plateau, l’autre b. La lumière se fixe sur la jeune fille valorisant son
apporte une théière. teint de porcelaine et son maintien digne, sur le
Outre le globe et l’atlas que tient l’homme de globe posé sur une nappe jaune clair, et sur l’at-
gauche, on voit au premier plan un atlas ouvert sur las ouvert au sol.
le sol, et à l’arrière-plan de nombreux livres sous
La composition et la lumière mettent en valeur la
une tenture. Ces objets attestent que la jeune fille
jeune élève et les objets liés au savoir, témoignant
prend une leçon de géographie.
de l’importance des « lumières » au XVIIIe siècle et
b. Cette scène nous montre une jeune fille studieuse valorisant la connaissance.
et réfléchie, se consacrant à sa leçon avec ses
professeurs, alors que le conte de Voltaire met en 5. a. Cette scène représente une jeune fille d’un
scène un jeune homme étourdi et léger, qui n’ap- milieu aisé qui bénéficie de l’enseignement de
prendra qu’à danser (extrait p. 130). professeurs particuliers. C’est une scène de la
3. Tous les regards convergent vers le globe et la vie quotidienne.
jeune fille qui regarde le spectateur. Celle-ci se tient b. Elle nous fournit de précieux renseignements
au croisement de deux lignes médianes, celle qui sur la condition des femmes de la haute société :
va de l’homme assis aux deux servantes, et celle certaines recevaient une instruction soignée, même
qui va de l’homme debout à l’atlas au sol. si cela n’était pas encore la norme.

70
Je construis le bilan p. 144
1  Je connais l’auteur de Jeannot et Colin et caractères simplifiés et suivent un parcours d’ap-
ses combats prentissage.
• L’auteur se nomme : François Marie Arouet ; Jeannot et Colin est un conte philosophique parce
Voltaire est son pseudonyme. que Voltaire utilise les armes de l’ironie pour criti-
• Dans Jeannot et Colin, l’auteur combat : les gens quer la haute société de son époque, les pièges
d’Église et la vanité. de l’argent facile et de l’apparence  ; le conte a
• L’auteur a vécu : au XVIIIe siècle. une dimension morale  : Voltaire valorise l’amitié
• L’auteur a pris la défense : de Calas et du che- et le travail.
valier de La Barre. b. On peut tirer la morale suivante : l’argent ne fait
pas le bonheur, pas plus que la vanité.
2   Je connais la structure du conte Jeannot
c. Cette phrase est une antiphrase : l’expression
et Colin
d’un grand talent s’oppose à qui pouvait se vanter
L’ordre est : g – b – f – j – d – h – c – a – i – e. d’avoir tué plus de soldats ; le lecteur comprend
3  Je sais attribuer à chaque personnage ses que Voltaire ne trouve à cet homme aucun talent.
caractéristiques • Sur les combats de Voltaire
•  Jeannot  : vaniteux  ; méprisant  ; superficiel  ; a. Voltaire combat la torture, l’esclavage, la guerre,
paresseux ; égoïste. le fanatisme. Il mène ces combats dans des textes
• Colin : généreux ; travailleur ; gai ; doux ; honnête. narratifs (le conte philosophique) et des textes
argumentatifs (dictionnaire philosophique, essais).
4  Je rédige un bilan de lecture b. La valeur de tolérance consiste dans le res-
• Sur Jeannot et Colin pect de l’autre et de ses croyances et valeurs  ;
a. Jeannot et Colin est un conte car il s’agit d’un elle s’oppose au fanatisme, source de guerres et
court récit fictif ; les personnages jeunes ont des d’injustices.

Entraînement au brevet p. 146


Un spectacle choquant

PREMIÈRE PARTIE vaut (l.  6)  ; Voltaire feint de considérer la guerre


Questions sur le texte littéraire comme un art : cette belle guerre (l. 6).
1. a. Candide et Martin portent un jugement sévère 3. a. Candide et Martin sont témoins de l’exécu-
sur l’Angleterre et la France qui sont en guerre ; on tion d’un amiral à Portsmouth ; c’est une allusion
peut relever le champ lexical de la folie : Quelque à celle de l’amiral anglais Byng en 1757.
chose de bien fou et de bien abominable (l.  2)  ; b. Cet événement est présenté par le narrateur
aussi fou qu’en France (l. 3) ; une autre espèce de comme un spectacle, une cérémonie (l. 14). Ainsi
folie (l. 3) ; plus de gens à lier (l. 7). les spectateurs sont sur le rivage : une multitude
b. L’expression mes faibles lumières signifie « mes de peuple […] regardait attentivement (l. 9-10) ; la
faibles compétences et connaissances » ; c’est une scène se joue sur le tillac d’un des vaisseaux de la
référence au siècle des Lumières : les philosophes flotte (l. 10-11) ; le personnage principal est l’ami-
du XVIIIe siècle ont développé l’esprit critique et le ral qu’exécutent quatre soldats  : un assez gros
débat d’idées. homme qui était à genoux, les yeux bandés (l. 10).
2. Voltaire fait la satire de la guerre par le procédé c. L’ironie du narrateur souligne l’absence de
de l’ironie ; ainsi il souligne le caractère dérisoire compassion des soldats qui tirent sur l’amiral le
de l’enjeu du conflit entre l’Angleterre et la France : plus paisiblement du monde (l. 11-12), comme de
quelques arpents de neige vers le Canada (l. 5-6) ; la foule qui s’en va extrêmement satisfaite (l. 12)
il utilise la figure de l’hyperbole pour renforcer l’an- après la mise à mort.
tiphrase : ces deux nations dépensent pour cette 4. Candide qui cherche à comprendre la scène
belle guerre beaucoup plus que tout le Canada ne utilise des phrases de type interrogatif : Qu’est-ce

71 Chapitre 6
donc que tout ceci ? (l. 12-13). Il marque son indi- Questions sur le texte et l’image
gnation pour une telle injustice, par une phrase de 8. La scène représentée est une illustration de l’ex-
type exclamatif  : Mais, […] l’amiral français était trait de Candide : au premier plan, sur le pont du
aussi loin de l’amiral anglais que celui-ci l’était de navire, quatre soldats de dos tirent sur l’amiral à
l’autre ! (l. 16-17). genoux, les yeux bandés, face au spectateur ; à
5. Les raisons invoquées pour justifier l’exécution l’arrière-plan à gauche, la foule esquissée sur fond
de l’amiral sont scandaleuses : il n’a pas fait tuer jaune regarde l’exécution, et au milieu on voit un
assez de monde (l. 15) ; ou absurdes : il était trop bateau sur fond bleu.
loin de l’amiral français (l. 15-17) ; ou injustes : il Les vestes d’uniforme des soldats sont rouges,
faut faire un exemple en tuant de temps en temps tandis que celle de l’amiral est bleu clair : le rouge
un amiral pour encourager les autres (l. 18). symbolise le sang qu’ils vont verser. Les fusils
pointés sur le condamné à mort guident le regard.
6. Candide est si étourdi et si choqué […] qu’il ne
voulut pas seulement mettre pied à terre, et qu’il 9. L’image est une illustration intéressante du texte :
fit son marché avec le patron hollandais (l. 19-20). les lignes sont nettes et les couleurs franches,
L’outil de subordination est si… que ; le lien logique comme un dessin d’enfant naïf et candide. Elle
exprimé est la conséquence, la cause étant consti- met en valeur la critique de Voltaire en rapprochant
tuée de la proposition principale. Candide est le spectateur de la victime d’un système absurde.
indigné et ne souhaite pas connaître l’Angleterre. Réécriture
7. a. Dans ce texte, Voltaire critique la guerre coû- Candide et Pangloss furent si étourdis et si cho-
teuse en hommes et en argent, souvent entreprise qués de ce qu’ils voyaient et de ce qu’ils enten-
sans raison valable. Il dénonce aussi les exécutions daient, qu’ils ne voulurent pas seulement mettre
arbitraires et barbares : quel démon exerce partout pied à terre, et qu’ils firent leur marché avec le
son empire ? (l. 13). patron hollandais […], pour les conduire sans
b. Réponse ouverte. délai à Venise.

72
Chapitre 7
La presse satirique et les humoristes
du XIXe au XXIe siècle Livre de l’élève p. 148
Ouverture du chapitre p. 148
Réponses aux questions
• L’humour, si l’on se réfère au dessin de Charb observés chez des personnages emblématiques
pour la couverture de Charlie Hebdo (doc.  1), (personnes âgées issues d’un milieu bourgeois),
consiste à « mettre de l’huile sur le feu ». À partir dont il dépeint la vie quotidienne.
d’une expression imagée et d’un dessin caricatural • Les quatre documents sont issus d’époques
(on sait que l’huile attise le feu), le journal donne différentes, allant de l’Antiquité (Aristophane) à
ainsi la définition de l’humour qu’il pratique : un l’époque contemporaine : le rire traverse ainsi les
humour subversif. Cette expression laisse entendre siècles. Le dessin de Charb (doc. 1) montre que
qu’aujourd’hui rire de certains sujets est devenu le besoin de rire est né avec l’homme, puisque la
impossible car la matière est décrétée inflammable. naissance du rire apparaît contemporaine de l’in-
La citation de Charlie Chaplin (doc. 4) associe l’hu- vention du feu. Le besoin de rire ne disparaît pas
mour à l’exagération. Le traitement humoristique non plus lorsque les humains avancent en âge
grossit les traits de l’objet de façon à faire naître puisque son absence au sein du vieux couple mis
le sentiment de l’absurde (donc du ridicule) chez en scène par Jacques Faizant justifie le ressenti-
le lecteur, le spectateur, l’auditeur. ment de la femme à l’égard de son époux et la
Aristophane (doc. 3) définit, quant à lui, la satire par demande qu’elle lui adresse : Fais-moi rire ! Le rire
son intention moralisatrice, comme en témoigne la apparaîtrait ainsi comme une nécessité au sein du
référence aux valeurs de sagesse (homme sage) et couple, un élément essentiel à partager pour que
de vertu : la cible en est les méchants. la vie commune (et la vie tout court) ait un sens.
Chez Jacques Faizant (doc. 2), la satire est plu- Erratum : Il manque la légende au dessin de Fai-
tôt tendre : elle consiste à s’amuser des travers zant : Fais-moi rire ! dit la vieille dame à son mari.

La dépendance aux nouvelles technologies p. 150


(article du Gorafi)
> Comment se moquer de notre dépendance à la technologie moderne ?
Réponses aux questions 2. a. Loïc découvre que les passants ne connaissent
Échanger pas leur quartier, mais aussi qu’ils sont serviables
Réponse ouverte. et souhaitent malgré tout l’aider ; d’autres souffrent
d’une grande solitude car ils éprouvent le besoin
Analyser d’engager la conversation, de parler d’eux-mêmes
1. Situation de départ (l. 4) : présentation du per- et de leurs soucis (l. 7-9). Il découvre également
sonnage (Loïc, 19 ans), du lieu (la région parisienne), que l’aménagement urbain offre des ressources
du moment (vers 20 h). insoupçonnées : le nom des rues figure sur des
Élément perturbateur (l. 5) : Loïc perd le signal de plaques à chaque carrefour, et la ville met des plans
son GPS. à la disposition du public, notamment aux arrêts
Péripéties (l. 6-16) : Loïc interroge des passants de bus (l. 14-16).
puis cherche à se repérer seul. b. Loïc juge que les passants lui font perdre du
Élément de résolution (l. 17) : Loïc finit par retrou- temps (l. 10). Quant aux aménagements urbains,
ver le chemin du domicile de ses parents. Loïc les considère comme très astucieux (l. 15).

73 Chapitre 7
c. Loïc se montre patient avec les passants même – il comporte un titre, un chapeau (l. 1-3) en carac-
s’il s’aperçoit rapidement de l’inefficacité de leurs tères gras qui donne la teneur de l’article et a pour
indications. Son étonnement devant les aménage- fonction de capter l’attention du lecteur, des para-
ments urbains est comique : il montre que Loïc n’a graphes qui suivent la progression chronologique
jamais prêté attention au paysage réel, se fiant tou- de l’aventure.
jours à son GPS pour circuler en voiture ou à pied. b. Il s’agit d’une parodie d’article pour plusieurs
raisons :
3. a. Loïc apparaît comme un jeune homme très
– l’article est publié dans Le Gorafi, journal paro-
dépendant des nouvelles technologies, qui a perdu
dique ;
le sens des réalités (il a oublié le numéro de la rue
– l’aventure racontée est un non-événement, dont
où habitent ses parents, l. 19 ; il n’a pas mémorisé
l’importance est artificiellement construite, notam-
un trajet qu’il emprunte chaque semaine, l. 12) et
ment à l’aide des hyperboles et des adjectifs
passablement ignorant des usages de la vie quo-
mélioratifs ;
tidienne : il ne sait pas faire la relation entre l’image
du monde renvoyée par ses écrans et le monde – l’article repose sur des faits inventés et un témoi-
lui-même. Mais il apparaît aussi comme quelqu’un gnage fictif ;
d’assez sociable et débrouillard : quand le GPS lui – l’article cherche à dénoncer un comportement
fait défaut, il se montre capable d’initiative (sang- social par le rire.
froid extraordinaire ; esprit d’initiative hors du com- Bilan
mun, l. 2-3 ; n’a […] pas cédé à la panique, l. 6 ; • L’article fait la satire de notre dépendance aux
une décision radicale, l. 10) et trouve des stratégies nouvelles technologies  en mettant en scène un
pour sortir de la situation. personnage qui ne sait pas se repérer sans GPS
b. Ce portrait est ironique car il présente cet incident sur un trajet qu’il emprunte chaque semaine. Il
telle une véritable épopée, comme en témoigne présente avec humour, en grossissant le trait, les
l’emploi des qualificatifs extraordinaire, hors du stratégies utilisées par le personnage pour sor-
commun, et Loïc comme un héros, justifiant ainsi tir de cette situation et parvenir à destination, et
la fierté (l.  18) qu’il éprouve au terme de cette dresse du personnage un portrait héroï-comique.
aventure. L’ironie est renforcée par la conclusion • L’article se présente comme une parodie d’article
de l’article qui montre les limites de la réussite de de fait de société en respectant les codes du genre
Loïc, qui doit tout de même avoir recours à son (choix du sujet, recours au témoignage, composi-
téléphone et au secours de son père pour rejoindre tion de l’article) mais en les détournant (fiction des
le domicile de ses parents. faits et du témoignage, ton exagérément admiratif).
c. Ce portrait permet de dénoncer les risques
que comporte le fait de s’en remettre aux seules
Grammaire pour lire
nouvelles technologies, toujours susceptibles de La fonction des propositions subordon-
tomber en panne et de générer des situations nées conjonctives
difficiles auxquelles, faute d’entraînement, on ne a. Alors qu’il était attendu vers 20 heures en banlieue
sait pas faire face. Il permet de dénoncer surtout parisienne : proposition subordonnée conjonctive
le risque, si l’on n’appréhende plus la réalité qu’à introduite par la conjonction alors que, complé-
travers les représentations que les technologies en ment de phrase.
proposent, d’oublier ou d’ignorer comment fonc- b. qu’il y avait des panneaux au début des rues :
tionne le monde réel. proposition subordonnée conjonctive introduite
par la conjonction que, complément du verbe ai
4. a. Cet article est conforme au genre journalis-
remarqué.
tique à plusieurs titres :
c. que je finirais par reconnaître : proposition subor-
– son sujet le classe dans les faits divers (incident ou donnée conjonctive introduite par la conjonction
accident révélateur d’un phénomène de société) ; que, complément du verbe suis dit.
– il repose sur un témoignage et des paroles rap- d. pour qu’il vienne me chercher : proposition subor-
portées au discours direct signalées par les guil- donnée conjonctive introduite par la conjonction
lemets et les caractères italiques ; pour que, complément de phrase.

74
La mode des nouvelles technologies p. 152
(Fary, « # Hashtag »)
> Comment la satire se donne-t-elle en spectacle ?
Réponses aux questions grande échelle sur les réseaux sociaux (l. 23) afin
Échanger de recueillir des commentaires favorables sous
Réponse ouverte. forme d’émoticons (on veut que les gens like, l. 23).
b. La photographie (notamment le selfie) permet
Analyser de s’exposer soi-même, devient un substitut de
1. a. L’humoriste critique le phénomène de société soi, permet de raconter sa vie sans la moindre
que représentent la mode et la consommation des distance temporelle : la photographie n’alimente
téléphones portables dernier cri. plus le souvenir, mais devient le témoin en temps
b. L’humoriste développe plusieurs arguments pour réel d’une vie racontée au jour le jour ; elle permet
dissuader son public de se procurer l’iPhone  6, de réaliser un journal qui n’a plus rien d’intime, car
dernier né de la gamme Apple au moment du il est destiné aux autres plus qu’à soi. Diffusée
sketch. Il dénonce : par les réseaux sociaux, elle devient l’expression
– la dictature de la mode et les moqueries dont d’une demande d’amour. Mais cet amour ne peut
ceux qui résistent comme lui font l’objet (j’ai pas se manifester que par le biais de signes conven-
vu que t’étais dans le passé, l. 10) ; tionnels et à distance, perdant aussi, du fait de sa
– le coût exorbitant de l’appareil (800 € pour un démultiplication, sa vraie valeur d’élection.
téléphone c’est forcément cher, l. 19) ; c. L’humoriste s’étonne (Super bizarre, l.  25) et
– la qualité discutable du produit (c’est possible s’indigne de cette évolution (c’est une photo, une
que le téléphone il bug, l. 14) ; p… de photo !, l. 25). Il remet la photographie à
– l’attitude désobligeante du service après-vente et sa juste place : pour lui, une photographie se pré-
son incompétence (Vous avez essayé de l’éteindre sente sous format papier et permet de se souve-
et de le rallumer ?, l. 15-16 ; À 800 €, tu dois l’ou- nir (Tu t’rappelles des vraies photos ? Des photos
vrir devant moi, l. 16-17) ; papier  ?, l. 26). Elle n’a donc de sens que pour
– notre dépendance au téléphone portable devenu ceux qui ont partagé le moment représenté ou
le prolongement de notre main (l.  21-22) et son les proches du sujet représenté. L’humoriste se
utilisation pour enregistrer toute notre vie par des moque de l’habitude de commenter les photo-
photos (On veut prendre des photos tout le temps, graphies en incitant le public à se saisir du stylo
l. 22-23) que l’on fait partager à tout le monde via pour écrire un commentaire sur cette photo papier
les réseaux sociaux, abolissant la frontière entre de lui (T’aimes ? Tu veux écrire un commentaire ?,
vie privée et vie publique (on veut que les gens l. 28). Cette proposition souligne l’incongruité de
like, l. 23). la situation : pourquoi un tiers étranger ferait-il un
2. a. Le responsable de ce phénomène aux yeux commentaire au dos d’une photographie qui relève
de l’humoriste est d’abord l’entreprise Apple, fus- de la vie privée et intime ?
tigée pour sa politique commerciale. Mais c’est 4. Fary entretient une relation de proximité et de
aussi le public lui-même, qui ne sait pas résister à complicité avec son public  : il s’inclut lui-même
la tentation et voit dans cette inflation de photogra- dans sa critique en utilisant les pronoms nous (nous
phies partagées un moyen d’exister et d’être aimé. mettre dans le crâne, l. 13 ; c’est devenu normal
b. L’humoriste se présente comme un résistant à pour nous, l. 21) ou on, plus familier (on est tous
la société de consommation, refusant de perdre loin dans la société de consommation, l. 2-3 ; On
tout sens de la valeur de l’argent (800 € c’est cher l’a tout le temps dans les mains, l. 22). Il tutoie le
pour tout le monde, l. 17-18). public : Tu t’rappelles des vraies photos ? (l. 26) ;
Il se montre également attaché à la valeur des pho- T’as vu ? (l. 27) ; T’aimes ? Tu veux écrire un com-
tographies comme souvenir personnel (et comme mentaire ? (l. 28). Il dialogue avec le public, l’in-
objet de papier) et non comme substitut de soi et terpelle en lui posant des questions (l. 26-29) qui
de sa vie (l. 26-27). utilisent la tournure la plus familière (en conservant
3. a. Le téléphone portable permet de prendre l’ordre des mots de la phrase déclarative).
des photos tout le temps (l. 23) et de les diffuser à

75 Chapitre 7
5. a. Être engagé (l. 6) signifie que l’on se mobilise b. L’engagement de Fary est à deux niveaux : il
en faveur d’une cause, que l’on adopte un com- refuse de dépenser 800 € pour le dernier iPhone
portement conforme à ses opinions et que l’on et conserve aux photographies leur format papier
cherche à les faire partager. Ici, Fary se dit engagé et leur usage privé ; son engagement se lit aussi
contre la société de consommation : Moi, j’essaie dans son travail d’artiste, le sketch constituant
de me battre contre ça (l. 3-4). d’une certaine façon un acte militant par sa por-
tée argumentative et critique.

Bilan
le téléphone portable devenu
indispensable
thèmes la société de consommation
la durée de vie des objets
de la satire
valeurs le prix des téléphones portables
la modération en matière
de dépenses défendues l’exposition de la vie privée sur
les réseaux sociaux
la vie privée (la photographie
comme souvenir personnel)
sketch de Fary
« Hashtag »
adresse directe : questions
proximité, complicité :
moyens pour tutoiement
convaincre le public
répétitions
mise en scène de soi

Réécrire
Vous savez, comme tout le monde, je vais très loin moi : est-ce que tu peux appeler l’iPhone 6 avec
dans la société de consommation. J’essaie de lutter l’iPhone 5 ? Est-ce que c’est possible ? »
contre cette tendance, par exemple, cette année, – Suppressions des reprises, des répétitions, des
j’ai refusé d’acheter l’iPhone 6. Je suis engagé. élisions, des interjections (OK, ouais).
Tout le monde autour de moi l’achète. Moi, je – Transformations : passage du tu au vous ; utili-
m’y refuse. Voyez comme ils sont fiers les gens sation de synonymes plus concis ou précis (dire
qui ont acheté l’iPhone 6, comme ils toisent ceux non ➞ refuser ; être dans le passé ➞ vivre dans
qui ne l’ont pas. « Ah ! tu as l’iPhone 5 ? Désolé, le passé)  ; utilisation de termes appartenant au
je ne savais pas que tu vivais dans le passé. Dis- niveau de langue courant (se la raconter ➞ être fier).

La modernité à l’épreuve du dessin d’humour p. 154


(Dessin de Sempé et dessin de Pawel Kuczynski)
> Quel regard le dessin d’humour porte-t-il sur le monde moderne ?
Réponses aux questions Analyser
Échanger 1. a. Le dessin de Sempé représente une petite
• Réponse ouverte. fille qui saute à la corde sur le toit en terrasse d’un
• À la différence de la bande dessinée, le dessin immeuble new-yorkais. Tout autour d’elle, se des-
d’humour ne comporte qu’une seule image : il est sinent d’autres toits hérissés de cheminées, de
donc moins narratif et plus synthétique. Il ne com- conduites d’eau. En arrière-plan, on observe un
prend pas toujours de texte (c’est le cas des deux réservoir d’eau et de hautes façades de gratte-ciel
dessins de ces pages), ce qui est assez rare dans aux multiples fenêtres. Le dessin de Pawel Kuc-
la bande dessinée. zynski représente une série de téléphones portables

76
qui semblent flotter sur un fond bleu. Chaque écran couleurs chaudes qui rappellent les couleurs natu-
bleu porte en son centre une île faite d’un tas de relles de la terre et du soleil.
sable surmonté d’un palmier au pied duquel est Le dessin de Kuczynski privilégie le bleu pour le
assis un personnage en train de téléphoner. fond du dessin et les écrans de téléphone, ton froid
b. Les éléments de la vie moderne présents dans le rehaussé par les bordures noires des appareils.
dessin de Sempé sont les immeubles de la ville de Le sable des îles posées sur les écrans de télé-
New York. Dans le second dessin, la vie moderne phone ne parvient pas à réchauffer l’atmosphère
est représentée par les téléphones portables. car le jaune est teinté de vert, de gris et de bleu. La
2. Dans le dessin de Sempé, la petite fille montre lumière est pâle, diffuse, atténuant les contrastes
beaucoup d’entrain à sauter à la corde. Le dessin à mesure que l’on avance dans la perspective.
du saut témoigne de dynamisme et de rapidité. Les deux dessins montrent donc deux utilisations
L’enfant semble très heureuse de disposer de cet tout à fait contraires de la couleur et de la lumière,
espace où elle est à la fois dans la ville et préservée participant ainsi à la construction de deux discours
de son oppression. Le saut à la corde semble la différents sur la modernité.
libérer de son environnement en même temps que 5. a. Le dessin de Sempé montre qu’en dépit de
de la pesanteur. Dans le dessin de Kuczynski, les conditions de vie qui ne laissent que peu de place
personnages sont isolés chacun sur leur île, mais à l’imagination, à l’humain et au jeu, une enfant
en communication téléphonique avec quelqu’un, parvient à s’exprimer et à grandir au sein de cet
ils ne semblent pas se rendre compte de leur soli- univers déshumanisé. La petite fille est un sym-
tude. On peut aussi imaginer que chacune de ces bole de résistance de l’humanité à ce qui tendrait
communications est un appel au secours. à vouloir l’étouffer. Les toits de la ville trouvent ainsi
3. Le dessin de Sempé est de format rectangulaire, une nouvelle fonction et deviennent le lieu de l’in-
pris dans la hauteur, de manière à restituer la verti- souciance et du plaisir. Le dessin de Kuczynski
calité qui domine dans la ville. Le dessin ne com- dénonce l’isolement dans lequel nous enferment
porte que peu de lignes horizontales : elles sont paradoxalement les nouvelles technologies de com-
principalement utilisées pour la terrasse où joue munication. Chaque personnage est seul sur son
l’enfant, témoignant ainsi de son besoin d’équi- portable-île et ne parvient à communiquer que par
libre et établissant un contraste avec le saut à la téléphone. Le portable remet en même temps en
corde qui s’inscrit dans la verticalité, comme si, question le concept d’île déserte puisque, grâce
avec ce saut, l’enfant s’échappait par le haut de au téléphone, le sujet n’est jamais perdu, isolé.
cet univers confiné. L’espace des toits est carac- Cependant, il l’empêche de prendre conscience
térisé par des obliques qui donnent de la ville une de sa situation réelle d’isolement, figurée ici par
image un peu anarchique où les espaces s’enche- les îles-téléphones.
vêtrent, bouchant la perspective, mais où le jeu et b. L’absence de texte n’est pas gênante mais
l’enfance peuvent encore exister. demande d’interpréter le dessin, faisant de la place
Le dessin de Kuczynski, de format carré, dispose à la polysémie de l’image. Rien n’interdit au spec-
les téléphones portables de façon apparemment tateur de faire parler les personnages, de légender
aléatoire, comme s’ils dérivaient sur l’eau. Cette les dessins. D’autre part, les dessins comportent
disposition repose sur la multiplication des lignes une part d’explicite suffisamment importante pour
obliques qui accentuent cet aspect désordonné. que cette absence de texte ne nuise pas à la com-
Le dessin respecte la perspective, les téléphones préhension.
devenant de plus en plus petits à mesure que l’on 6. Réponse ouverte.
s’éloigne du premier plan. Le fait que ces télé- On peut attendre deux types de réponse : le des-
phones soient coupés sur les bords du dessin sin de Sempé joue sur l’empathie avec l’enfant
suggère l’idée que celui-ci ne donne qu’une vue (procédé d’identification, auquel même un adulte
de détail d’un ensemble beaucoup plus vaste et peut adhérer) et suscite des réactions émotives.
que l’univers entier est composé d’une multitude Il amuse et persuade donc plus qu’il ne cherche
de téléphones dérivant sur une mer infinie. à convaincre, jouant sur le registre poétique : sa
4. Le dessin de Sempé privilégie les tons bruns. Au portée critique est atténuée par la complicité qui
centre, partant de la trouée de ciel bleu, une large s’établit entre le dessinateur et l’enfant et entre le
tache jaune illumine la terrasse où joue l’enfant. À spectateur et l’enfant. Plaidoyer pour l’humanité
l’exception du ciel, les couleurs utilisées sont des et l’enfance, il montre la capacité de ces dernières

77 Chapitre 7
à s’accommoder de toute situation avec inventi- le portable n’isole pas, au contraire, il permet de
vité, créativité. rester en contact avec les autres en permanence.
Le dessin de Kuczynski est plus complexe à saisir
Bilan
dans la mesure où le motif de l’île déserte est à la
fois démultiplié et bousculé par le téléphone por- • Le dessin d’humour traite, de façon à la fois précise
table, qui introduit ainsi une véritable révolution dans et synthétique, de phénomènes de société (l’urba-
notre représentation et appréhension du monde. nisation galopante, la multiplication des téléphones
Il comporte une double argumentation que seul le portables et ses effets). Le dessin d’humour est por-
dessin peut livrer simultanément. teur d’un discours critique, insistant sur le fait que
Les deux représentations du monde moderne ne le monde moderne, censé répondre aux besoins
se situent pas à la même époque : la seconde, humains, aboutit en réalité à une déshumanisation.
plus récente, risque de toucher et de faire réflé- • Les moyens mis en œuvre par le dessin, dans les
chir davantage les collégiens, déjà habitués de deux cas, sont le format, la composition, la couleur,
longue date à une urbanisation (thème du dessin qui revêtent toujours un sens symbolique. Dans les
de Sempé) qui constitue, pour la majorité d’entre deux cas, la présence d’êtres humains permet de
eux, leur environnement quotidien. Elle peut sti- mettre l’accent sur le message du dessin.
muler chez eux des réactions de défense : non,

Le pouvoir de l’argent à l’épreuve de la caricature p. 156


(Dessin de Daumier, marionnette des Guignols de l’info et dessin de Plantu)
> Caricaturer le réel permet-il de mieux le comprendre ?
Réponses aux questions le nord et le sud de la Terre (doc. 3). Cette ques-
tion est souvent traitée par les médias parce qu’elle
Échanger et comprendre
est au cœur des inégalités entre humains. Dans
• Les trois documents traitent de la question de les trois documents, le thème est traité par le rire.
l’argent, à travers la figure du banquier (docs. 1 et 2) • Réponse ouverte.
et à travers l’inégale répartition des richesses entre
Analyser
1. a.
Caricature de Daumier Marionnette des Guignols de l’info
Caractéristiques – personnage de banquier
communes – assurance du personnage : imposant par sa prestance ou son discours
– personnage bien habillé (costume, cravate)
– personnage d’un certain âge au visage empâté
Différences – personnage du XIXe siècle (costume) – personnage assis devant une vue de
– debout, ventre proéminent, il compte son Paris qu’il semble dominer
argent qu’il serre contre lui – doué de parole : en posture de
– lèvres serrées, bouche fermée, il tourne convaincre son auditoire, il fait face au
le dos aux autres personnages public

Support dessin pour un journal satirique (papier) marionnette réalisée par modelage pour un
journal télévisé satirique

b. Le banquier de Daumier apparaît comme un d’en commander la marche et de mettre les autres
personnage très sûr de lui, au contentement de en mesure d’exécuter ses ordres.
soi très excessif, qui thésaurise, aime l’argent plus Pour le banquier de Daumier, l’argent est une fin
qu’il ne le fait fructifier. Il n’est pas très éloigné de en soi, pour le banquier des Guignols, l’argent est
la figure de l’avare. un moyen de disposer d’un pouvoir sur les autres
Le banquier des Guignols de l’info est un homme de et le monde.
pouvoir : l’argent lui permet de dominer le monde,

78
2. a. L’opposition géographique entre le Nord et inégalités Nord-Sud à travers des personnages
le Sud est rendue graphiquement par la ligne de types que tout oppose : statut social, couleur de
l’équateur qui sépare les deux hémisphères sur peau, activité.
le globe utilisé par Plantu pour figurer le monde. d. Le dessin s’adresse aux lecteurs du journal Le
L’opposition est aussi économique : au nord, deux Monde, lectorat assez bien informé et donc capable
personnages attablés chantent et boivent du cham- de saisir la moquerie de Plantu. Le dessin cherche
pagne, menant joyeuse vie ; dans la partie sud, un à amuser mais aussi à éveiller l’esprit critique du
personnage noir, en pyjama, tape au plafond avec lecteur, le mettant en mesure de saisir que ces iné-
un manche à balai pour faire taire les fêtards qui le galités le concernent directement et sont vécues
dérangent dans son sommeil. La nudité de l’es- à sa porte. On peut même envisager que Plantu
pace du sud contraste avec la scène qui occupe cherche à culpabiliser ses lecteurs, plus proches
la partie nord. des joyeux convives du dessus que du personnage
b. L’humour du dessin vient de ce que le globe noir du dessous, en leur montrant le rôle de leur
figure un immeuble en coupe où les deux hémis- insouciance dans la perpétuation de ces inégalités.
phères correspondent à deux appartements occu-
pés par des personnages aux modes de vie bien Bilan
distincts et très contrastés : en haut, la richesse, • La caricature comme le dessin d’actualité pro-
l’oisiveté ; en bas, le dénuement, une vie de travail. cèdent par exagération et simplification du trait et
Le dessin montre ainsi que les inégalités Nord-Sud des situations, de façon à créer des personnages
sont à notre porte, elles sont figurées à l’échelle emblématiques.
du quotidien du lecteur de journal occidental, à • La visée des caricatures et des dessins d’actua-
travers une situation banale de tapage nocturne. lité est d’éveiller l’esprit critique des lecteurs ou
c. Le dessin est caricatural dans la mesure où il des spectateurs en leur montrant un réel déformé
simplifie une situation complexe et représente les et simplifié, propre à les faire réagir.

Peut-on rire de tout ? p. 158


(Dessin de Cabu et article de Phosphore)
> Comment défendre la liberté d’expression ?
Réponses aux questions 3. La réponse sur la banderole ne reflète pas du
Échanger tout le point de vue de l’auteur, partisan de la liberté
d’expression. Pour lui, l’humour […] est au service
Réponse ouverte.
de la liberté d’expression : si l’on refuse de (ou se
Analyser refuse à) traiter certains sujets, on exerce une cen-
sure ou on pratique l’autocensure, contraires à la
Dessin de Cabu
liberté d’expression, nécessaire à une démocratie.
1. L’adverbe ajouté à la question Peut-on rire de
Article de Phosphore
tout  ? est encore. Cet ajout sous-entend que la
société est de moins en moins tolérante à l’égard 4. Les limites légales de la liberté d’expression
de l’humour et de la caricature. Certains sujets sont l’injure, la diffamation ou l’incitation à la haine
sont devenus tabous. raciale et à la discrimination.
2. La réponse donnée dans le dessin est non, 5. Garder de la distance et de la dérision, y com-
réponse attendue compte tenu de la question cor- pris vis-à-vis de soi-même, ne jamais manifester de
rigée. Elle est portée comme une banderole par les mépris à l’égard de sa cible sont les règles morales
manifestants dessinés par Cabu, parmi lesquels essentielles qu’observent les humoristes de talent.
figurent nombre de personnages qui sont souvent 6. Les humoristes prennent en compte la situation
la cible des caricaturistes : évêque, ayatollah, rab- d’énonciation et le public : pour ne pas blesser ou bra-
bin (figures religieuses), policier, militaire, gardien quer l’auditeur ou le lecteur (ou leur propre employeur),
de prison (garants de l’ordre), mais aussi cuisinier, il leur arrive de pratiquer l’autocensure ou d’édulcorer
scaphandrier, ouvrier de chantier… leur propos, perdant ainsi de leur pouvoir critique.

79 Chapitre 7
7. Réponse ouverte. Bilan
8. La position du journal vis-à-vis de la question Les arguments en faveur de la liberté d’expression :
Peut-on rire de tout ? est positive à quelques pré- – lutte contre l’intolérance ;
cautions près : il s’agit de se situer dans le cadre – pratique essentielle de l’esprit critique qui permet
de la loi, de respecter une certaine éthique, mais de prendre de la distance avec les événements et
sans s’interdire aucun sujet. Les limitations qui les courants de pensée ;
seraient imposées restreindraient la liberté d’ex- – ne s’interdire aucun sujet.
pression à laquelle le journal est attaché. Toutes Les précautions à respecter pour l’exercer :
les fois que le journal met en évidence des res- – respect des limites imposées par la loi (ni injure,
trictions (colonne de gauche), il affirme en regard ni diffamation, ni incitation à la haine raciale ou à
(colonne de droite) la nécessité de laisser la plus la discrimination) ;
grande latitude aux humoristes, dans le respect – principes moraux : absence de mépris ; distance
des personnes. et dérision vis-à-vis de l’objet moqué ; souci de
ne pas blesser le lecteur ou l’auditeur inutilement.

Lecture accompagnée p. 160


Persepolis de Marjane Satrapi

Découvrir la bande dessinée ter. Elle tire de cette expérience une leçon qu’elle
• Cette visite constitue pour Marjane une leçon de exprime dans la dernière vignette sur le mode d’une
vie dans la mesure où elle rencontre un ami dont vérité générale, au présent.
le sort est pire que le sien, puisqu’il est mutilé de • Le paradoxe que souligne Marjane est que plus le
guerre et qu’en dépit de son malheur, ils passent malheur est grand, plus il est nécessaire d’en rire,
ensemble un moment chaleureux, à rire et plaisan- car c’est la seule façon de le rendre soutenable.

Outils pour lire et s’exprimer p. 162


Humour et caricature

Vocabulaire Le pot de fiel : paronymie (fiel/miel)


1. a. Des maux de travers  : homophonie (mots/ Je ne suis pas sûre que ça va hypermarché : paro-
maux) nymie (hypermarché/hyper marcher)
Les bistrots trinquent : polysémie (trinquent = boire b. Réponse ouverte.
à la santé de/souffrir)
Hosto blouse : homophonie (blouse/blues) Figures de style
Des coups et des couleurs  : paronymie (coups/ 2. a. Énoncé 1 : humour absurde.
goûts) Énoncé 2 : caricature.
Épuisée par la réduction du temps de travail : oxy- Énoncé 3 : caricature.
more (épuisée/réduction du temps de travail) b. Métaphore dans l’énoncé 2 : le nez est assimilé
Réforme du collège  : pour faire lâcher les élèves à un roc, un pic, un cap, une péninsule.
qui s’accrochent : oxymore (lâcher/s’accrochent) Hyperboles dans l’énoncé 1 : tendait la main à un
Ce n’est pas une réforme du collège, mais une ami qui était déjà passé depuis dix minutes ; dans
réforme du collage : paronymie (collège/collage) l’énoncé 3  : le plus sombre de tous les grands
Le net encore plus net : homophonie (net = réseau/ hommes graves.
net = clair) Oxymore dans l’énoncé 3  : la réflexion sombre
Avant le haut débit, il faudrait le grand débat : paro- peut seule éclaircir.
nymie (débit/débat)
Chiasme dans l’énoncé 3 : question grave, réflexions
Arrêter des tragédies en arrêtant des trajets de
sombres/réflexion sombre, question grave.
balles : paronymie (tragédies/trajets de balles)
c. Réponse ouverte.
Où est l’éthique  ? Dans l’étiquette  : paronymie
(éthique/étiquette)

80
Je construis le bilan p. 166

1  Je connais les journaux satiriques 5  Je sais reconnaître les figures de style de
Journaux appartenant à la presse satirique  : Le la satire
Gorafi ; Charlie Hebdo ; Le Canard enchaîné. a. hyperbole. b. répétition. c. métaphore. d. oxy-
2  Je connais les artistes du chapitre more. e. opposition (antithèse).

Honoré Daumier : caricaturiste ; Marjane Satrapi : 6  Je rédige le bilan du chapitre


auteur de BD ; Raymond Devos : auteur de sketch ; Le rôle de la presse satirique et des humoristes
Sempé : dessinateur d’humour. dans la société est de porter un regard critique sur
3  Je sais identifier les arguments de la satire les comportements sociaux par le biais de l’humour
et de la caricature, de façon à faire rire et réagir le
Dépendance : Le Gorafi, Fary
lecteur, l’auditeur, le téléspectateur.
Isolement : Pawel Kuczynski
Coût excessif : Fary Les cibles de la satire peuvent être les nouvelles
Perte du savoir-vivre : Stahler technologies, la vie moderne, le pouvoir de l’argent,
Perte de perception de la réalité : Le Gorafi, Fary, les inégalités sociales, mais aussi la religion, toutes
Pawel Kuczynski les formes d’intolérance, le handicap, en fonction
souvent de l’actualité. L’humour et la caricature ne
4  Je connais les procédés de la satire s’interdisent en principe aucun sujet.
a. ironie. b. humour. c. caricature. d. parodie

Entraînement au brevet p. 168


Il réussit à s’évader du labyrinthe imprimé au dos de son paquet de céréales

PREMIÈRE PARTIE 5. a. Certaines expressions exagèrent le danger :


Questions sur le texte littéraire Mais très vite l’aventure vire au cauchemar (l. 14) ;
1. Bafien, un jeune contrôleur de gestion, fait l’ex- d’autres exagèrent les émotions ressenties par le
périence éprouvante de s’engager dans le laby- personnage  : les nerfs du jeune homme lâchent
rinthe qui figure au dos de son paquet de céréales (l. 16) ; avant d’exploser en sanglots (l. 17).
et, après plusieurs tentatives infructueuses, par- b. Pourtant (l. 10) et mais (l. 14 et 15) sont deux
vient, épuisé, à retrouver la sortie. connecteurs d’opposition.
c. Ça parlait d’aventures, d’une jungle aux mille
2. Les événements sont racontés en commençant
saveurs et d’un trésor délicieux (l.  12) constitue
par la fin : le premier paragraphe montre Bafien
une énumération à trois termes.
secouru par le service des urgences.
d. Ce récit constitue une parodie de récit d’aven-
3. Le journaliste recueille le témoignage du héros tures.
de l’aventure, Bafien, mais aussi du médecin des
urgences qui l’a pris en charge et apporte un point 6. a. Le Gorafi imite un récit de catastrophe néces-
de vue médical. sitant un sauvetage. Plusieurs expressions en
témoignent : Enveloppé dans une couverture ther-
4. a. Cette aventure est présentée comme un
mique, les mains encore tremblantes (l. 5) ; « Bafien a
exploit : C’est un exploit dont peu de Français ose-
eu de la chance, beaucoup de chance », commente
raient seulement rêver (l. 1).
le médecin urgentiste (l. 19) ; le rescapé (l. 20).
b. Cette qualification ne convient guère à l’aven-
b. On peut parler de parodie, parce que le modèle
ture en question, des plus banales, puisqu’il s’agit
imité est reconnaissable, mais déformé par l’exagé-
d’un jeu de labyrinthe publicitaire.
ration ; le décalage entre le traitement de l’informa-
c. L’article mobilise ici le registre héroï-comique et
tion et l’information elle-même est caractéristique
utilise un tour grandiloquent qui parodie les faits
de la parodie, qui présente de façon sérieuse un
divers relatant des catastrophes ou le style des
fait anodin et ridicule.
romans d’heroic fantasy, cela en vue de produire
un effet parodique.

81 Chapitre 7
7. Bafien a été victime d’une addiction au jeu. Il l’esprit puisqu’il n’abandonne pas pour autant son
n’est pas parvenu à s’arrêter avant d’avoir terminé jeu. Il change de lieu mais pas d’activité.
le jeu : je n’ai pas su résister (l. 12-13). b. Le dessinateur souligne ainsi la dépendance du
8. a. L’article semble dénoncer l’addiction au jeu, garçon au jeu vidéo.
qui conduit le personnage à perdre son travail 11. Le dessin joue sur l’interprétation de la consigne
(l. 24-25). de l’adulte et montre les stratégies des adolescents
b. L’article dénonce en réalité une société de pour contourner les ordres qui leur sont donnés.
consommation qui attire le client non par le pro- L’article pousse une situation banale au paroxysme
duit lui-même, mais par son emballage. de l’absurde et développe un humour plus radical
Questions sur le texte et l’image que le dessin. Le dessin vise à faire sourire, l’article
déclenche plutôt le rire.
9. Un jeune garçon joue dans sa chambre à un
jeu vidéo. Sa mère entre dans la chambre et lui Réécriture
demande d’aller jouer dehors pour profiter du beau Enveloppés dans des couvertures thermiques,
temps. Dans la seconde vignette, on voit le gar- les mains encore tremblantes, serrées autour
çon continuer de jouer à son jeu vidéo depuis le d’un gobelet de café fumant, Bafien et son ami
jardin, le fil qui relie la console de jeu à l’écran de retrouvent peu à peu leurs esprits : « Nous n’y
télévision passant par la fenêtre de la chambre. croyions plus  » racontent-ils aux journalistes.
10. a. L’humour de ces deux vignettes vient de ce « Nous étions épuisés. Physiquement. Mentale-
que le garçon semble se montrer obéissant et sort ment. Nous étions prêts à abandonner. C’est alors
effectivement de sa chambre : il exécute l’ordre qui que nous avons aperçu la cascade chocolatée du
lui est donné à la lettre, mais il n’en respecte pas Roi Coco », racontent-ils encore sous le choc.

82
Chapitre 8
Rhinocéros d’Eugène Ionesco Livre de l’élève p. 170

Ouverture du chapitre p. 170


Réponses aux questions
• Le personnage s’est métamorphosé en rhino- le sujet peut paraître comique, le mot fanatisme,
céros. le fait que cela ait été inspiré à Ionesco lors de la
• La pièce semble traiter de la métamorphose montée du nazisme en Roumanie, et le fait qu’il
d’humains en rhinocéros. Cette transformation évoque la perte de personnalité orientent la pièce
est aussi bien physique que psychologique. Si vers le genre tragique.

Un rhinocéros dans la ville p. 172


> Comment Ionesco met-il en scène l’irruption d’un événement insolite ?
Réponses aux questions
Comprendre • Un rhinocéros fait irruption dans le quotidien
• Le texte relève du genre dramatique car il est d’une petite ville de province. Les personnages ne
disposé en répliques. En outre, il comporte de savent pas d’abord de quoi il s’agit (Mais qu’est-ce
nombreuses didascalies (ou indications scéniques) que c’est ? l. 58) mais Jean finit par dire : Oh ! un
qui fournissent aux comédiens et aux metteurs en rhinocéros ! (l. 65). La représentation matérielle du
scène des informations, tant sur les lieux que sur rhinocéros qui traverse la ville peut poser un pro-
les gestes et le ton des personnages. blème de mise en scène.

Analyser
1. a. La scène se déroule à la terrasse d’un café, durant la matinée (Ils vont s’asseoir à une des tables
de la terrasse du café, l. 6 et 7 ; Nous avions rendez-vous à onze heures trente. Il est bientôt midi, l. 4).
Le cadre est réaliste.
b.
Jean Bérenger

Physique Il est soigneusement vêtu et porte Il est dans un triste état (l. 12).
une montre-bracelet (l. 3-4). Ses vêtements sont chiffonnés
(l. 15-16) ; sa chemise est d’une saleté
repoussante (l. 16-17) ; ses souliers ne
sont pas cirés (l. 18).

Caractère Il est impatient, il n’aime pas perdre Il est nonchalant.


son temps. Il a peu confiance en lui.
Il est vif et autoritaire.

Activité professionnelle Il travaille dans un bureau. Il travaille dans un bureau.

Conception de la vie Il pense que l’homme doit remplir son Il a peu de distractions, s'ennuie, mais
(goût pour les loisirs, vie devoir. accepte les invitations (il vient de fêter
sociale...) Il n'aime pas les sorties, les fêtes. l’anniversaire de leur ami commun,
Auguste).

83 Chapitre 8
2. Jean prend le dessus sur Bérenger qui subit la La peur qu’il suscite chez les personnages annonce
conversation. Il ne cesse de lui faire des reproches déjà le thème de la pièce  : la déshumanisation
(on pourra faire relever l’emploi des adverbes tou- face aux idées se répandant au sein d’un groupe.
jours et évidemment ligne 3), se montre autoritaire
Bilan
et va jusqu’à dire à Bérenger qu’il a honte d’être
[son] ami (l. 20). On peut relever de nombreuses • Cette scène d’exposition s’ancre dans le quo-
phrases exclamatives (Toujours en retard, évidem- tidien d’une petite ville de province. La scène se
ment ! l. 3 ; Quel désordre ! l. 18 ; C’est lamentable, déroule à la terrasse d’un café. L’attention est cen-
lamentable ! l. 20 ; De la volonté, que diable ! l. 30) trée sur les personnages de Jean et Bérenger, qui
qui traduisent son emportement. On pourra faire s’opposent tant du point de vue du physique que
remarquer aux élèves que cet échange n’a pas du caractère.
réellement de sens. Par exemple, Jean reproche à • L’intrigue naît avec l’arrivée du rhinocéros. Cette
Bérenger d’être en retard d’une demi-heure alors arrivée contraste avec le caractère réaliste de la
que lui-même vient d’arriver. On fera percevoir scène. Le spectateur peut rire de cette situation,
aux élèves que le langage n’est plus réellement mais la difficulté à communiquer des personnages
un outil de communication et donne à voir la soli- et la place que prend le rhinocéros, laissant les
tude des hommes, ce que l’on rapprochera du humains au second plan, peuvent aussi l’inquiéter.
théâtre de l’absurde. L’intrusion du surnaturel oriente le spectateur vers
3. a. Les habitants de la ville mènent une existence un registre plus grave, celui du tragique.
paisible avant l’arrivée du rhinocéros. Cette scène d’exposition semble donc «  clas-
b. L’arrivée du rhinocéros est annoncée par des sique », puisqu’elle a d’abord pour but d’informer
sons, comme le met en évidence le champ lexical les spectateurs au sujet du lieu, des personnages
du bruit présent dans les didascalies : bruit, l. 44 ; un et de l’intrigue. Cependant, elle possède une cer-
souffle de fauve, l. 45 ; un long barrissement, l. 46 ; les taine originalité par le mélange des registres, et
bruits, l. 51, 53, 55 et 56 ; son halètement, l. 57-58. l’on comprend qu’elle introduit une réflexion plus
profonde sur la condition de l’homme.
4. a. Jean, la serveuse et l’épicière voient le rhino-
• Dès le début de la pièce, le mélange des registres
céros et sont stupéfaits, comme le soulignent l’in-
(réaliste, comique, fantastique) peut dérouter le
terjection Oh  ! (l.  65, 67, 68, 69) et les phrases
spectateur qui ne sait trop à quoi s’attendre, tout
exclamatives.
autant qu’il peut l’intriguer et piquer sa curiosité.
b. Les spectateurs ne voient pas le rhinocéros, ils
l’entendent uniquement. La didascalie regarde du Grammaire pour lire
côté de la coulisse gauche (l. 63) montre que l’ani-
mal traverse un endroit qui se trouve hors scène. La construction des didascalies
Cela suscite la curiosité du spectateur. Indication
Construction
5. La scène peut paraître comique, tant par la scénique
dispute entre Jean et Bérenger (lequel apparaît
débraillé) que par le passage du rhinocéros, qui a. sortant du participe déplacement
café. présent
semble absurde dans une ville. Mais le registre
fantastique est également présent car l’apparition b. qui montre sa proposition geste
d’un rhinocéros est un élément irréel au sein d’un tête par la porte subordonnée
univers totalement réaliste. de l’épicerie. relative
6. La fin de la scène suscite l’inquiétude  : les c. À son mari, groupe énonciation
humains semblent dépassés par le phénomène resté dans la nominal COI
contre lequel, d’emblée, ils ne semblent pas pouvoir boutique.
lutter. Le passage du rhinocéros produit des bruits
qui couvrent la conversation des humains, ce qui d. Les bruits phrase bruit
sont devenus verbale
montre que l’animal prend le dessus sur l’homme,
énormes.
le déshumanise en l’empêchant de communiquer.

84
Des symptômes inquiétants p. 175
> Quels sont les premiers effets de la métamorphose ?
Réponses aux questions 6. L’expression examiner quelqu’un comme une
Échanger et comprendre bête curieuse signifie «  observer attentivement
quelqu’un qui présente un trait particulier, éton-
Jean se métamorphose en rhinocéros. La pièce
nant ». L’expression, dans la bouche de Jean, est
ne bascule pas complètement dans le fantas-
amusante car elle est prise au sens propre : Jean
tique car la métamorphose est à la fois comique
est en train véritablement de se transformer en bête
et inquiétante.
sans même qu’il s’en rende compte.
PARCOURS A 7. Réponse ouverte.
1. Jean ressent un malaise (l. 2), il a de la fièvre, il
PARCOURS B
a des maux de tête (l. 8) et mauvaise mine (l. 36).
1. Jean se transforme en rhinocéros.
2. Les étapes de sa métamorphose sont pro-
gressives  : sa voix est enrouée et devient rau- 2. La transformation n’est pas uniquement phy-
que (l. 11-14) ; une bosse apparaît sur son front sique : Jean perd ses capacités à raisonner tel un
(l. 25-26) ; son teint devient verdâtre (l. 34, l. 36) ; humain et parle de lui comme d’un animal, sans
sa respiration devient bruyante (l.  43-44) et ses s’en rendre compte. Il ne dit pas qu’il va s’alimen-
veines deviennent saillantes (l.  68-69). Sa peau ter mais qu’il doit chercher sa nourriture (l. 61) et
finit par durcir (l. 79). qu’il n’a confiance que dans les vétérinaires (l. 67).
3. La transformation physique de Jean dans cet 3. Le fait que Jean se retire quelques instants
extrait nécessite l’utilisation d’accessoires et de dans la salle de bains constitue un artifice de mise
maquillage, ce qui pose de réels problèmes de en scène  : ce moment passé hors scène per-
mise en scène. Sous le prétexte de vérifier s’il a met d’opérer des transformations physiques qui
bien une bosse sur le front, Jean se rend dans la donnent à voir aux spectateurs sa métamorphose.
salle de bains située hors scène, dans les coulisses, 4. L’expression examiner quelqu’un comme une
ce qui constitue une astuce scénique permettant à bête curieuse signifie «  observer attentivement
l’acteur de se grimer hors de la vue du spectateur. quelqu’un qui présente un trait particulier, éton-
4. Jean n’est pas conscient de sa transformation. nant ». L’expression, dans la bouche de Jean, est
Il utilise de nombreuses phrases interrogatives et amusante car elle est prise au sens propre : Jean
négatives pour nier les modifications physiques à est en train véritablement de se transformer en bête
l’œuvre chez lui : Pourquoi serais-je enroué ? Ma sans même qu’il s’en rende compte.
voix n’a pas changé (l. 15) ; Une bosse ? (l. 27) ; 5. Bérenger tente de faire prendre conscience à
Je n’ai point de bosse. Dans ma famille on n’en a Jean de sa transformation et se montre amical avec
jamais eu (l. 29) ; Pourquoi aurais-je une angine ? lui. Il est plus aimable et plus proche de lui que dans
(l.  49-50)… Les didascalies montrent que Jean la scène d’exposition : il lui prend le pouls (l. 55)
porte les mains à son visage, afin de vérifier si les et lui pose des questions, comme s’il cherchait à
transformations qu’évoque Bérenger sont vraies. comprendre ce qui lui est arrivé. Si cela l’inquiète,
Par ailleurs, il se débat et refuse que Bérenger il semble aussi avoir de la compassion et de l’em-
l’examine (lignes 72-73), niant ainsi ce que son ami pathie pour lui. On constate que le personnage
s’apprête à constater en énonçant Cependant… évolue et prend un certain ascendant sur Jean :
5. Cette phrase montre qu’inconsciemment Jean il lui enjoint par exemple de faire venir le médecin
parle déjà de lui comme d’un animal : il n’a plus (Si, il faut faire venir le médecin, l. 66), se prononce
confiance dans les médecins, chargés de soigner sur le rythme de son pouls (Votre pouls bat à un
les humains, mais dans les vétérinaires qui s’oc- rythme tout à fait régulier. Ne vous effrayez pas,
cupent des animaux. Plus haut déjà (l. 61), il est l. 57-58), lui conseille de prendre quelques jours de
apparu au spectateur comme ayant des préoccu- repos (Quelques jours de repos et ce sera fini, l. 60).
pations animales (Je dois chercher ma nourriture), 6. La métamorphose est inquiétante car le spec-
ce qui montre que la métamorphose affecte aussi tateur voit Jean se déshumaniser sous ses yeux.
son comportement. Outre une métamorphose physique, il le voit perdre

85 Chapitre 8
ses capacités de raisonnement et son attache- Vocabulaire
ment aux valeurs qui sont proprement humaines. Le vocabulaire de la métamorphose
Bilan a. grand : s’agrandir ; souple : s’assouplir ; tendre :
Dans cette scène, Jean se métamorphose. Tout s’attendrir ; rond : s’arrondir ; dur : durcir ; gros :
d’abord, la métamorphose est physique, ce qui grossir ; mince : mincir ; noir : noircir ; mou : s’amollir
donne à la scène une dimension à la fois comique b. se transformer : une transformation ; se chan-
et fantastique. Ensuite elle affecte son mode de ger  : un changement  ; évoluer  : une évolution  ;
vie et sa façon de penser. La scène comporte se modifier : une modification ; se convertir : une
alors une dimension inquiétante parce que le per- conversion
sonnage de Jean se déshumanise.

Les valeurs humaines en question p. 178


> Comment les valeurs humaines s’opposent-elles à l’animalité ?

Réponses aux questions également faire relever aux élèves les nombreux
Échanger verbes appartenant au champ lexical de l’intellect.
Le phénomène semble plus grave car, peu à peu, 4. Jean n’est pas ouvert à la discussion : son dis-
tous les personnages se métamorphosent, atteints cours est totalitaire, ce que montrent les nom-
par cette rhinocérite. Le spectateur est alors en breuses phrases injonctives et l’emploi du mode
droit de se demander vers quel dénouement tend la impératif (Parlons-en de la morale, l. 14 ; Démolis-
pièce et si certains personnages pourront résister. sons tout cela, l. 19 ; Ne prononcez plus ce mot !
l.  30…), les formules tranchantes et définitives
Analyser (j’en ai assez de la morale, l. 14), les exclamations
1. Outre la métamorphose physique, Jean subit assertives (L’humanisme est périmé !, l. 32). Jean
une métamorphose morale. Son mode de vie, sa ne cherche plus à échanger des idées, mais il
manière de pensée sont affectés : on le voit ainsi impose les siennes, interrompt son interlocuteur
se déshumaniser et rejeter peu à peu les valeurs (l. 31, l. 35) et ne tolère aucune contradiction. Ses
humaines. formules, marquées par l’absence du pronom de
première personne, figurent des principes totale-
2. Jean appelle tout d’abord à un retour à l’égalité ment arbitraires, incarnant un fanatisme né d’une
entre les animaux et les hommes : les rhinocéros absence de réelle réflexion.
sont des créatures comme nous, qui ont droit à la
vie au même titre que nous ! (l. 1-4). Il estime qu’il 5. Bérenger, dans un premier temps, ne semble
faut dépasser la morale humaine, anéantir le sys- pas prendre Jean au sérieux, tant son raisonne-
tème de pensée propre aux humains (Démolissons ment est dénué de logique  : Je ne vous prends
tout cela, l. 19). Pour lui, l’humanisme est périmé pas au sérieux. Vous plaisantez, vous faites de la
(l. 32), c’est-à-dire que les valeurs que défend l’hu- poésie (l. 21-22) ; Perdez-vous la tête ? Enfin, aime-
manité n’ont plus lieu d’être : il faut passer à un riez-vous être rhinocéros ? (l. 40).
nouveau système. 6. L’incompréhension s’est définitivement instal-
3. Bérenger déclare que les rhinocéros détruisent lée entre Jean et Bérenger : Je suis très étonné de
les vies humaines. Il énonce également le fait que vous entendre dire cela, mon cher Jean ! [...] Enfin,
la morale des hommes n’est pas compatible avec aimeriez-vous être rhinocéros ? (l. 39-40) ; Pour-
celle des rhinocéros car l’homme a des valeurs quoi pas ! Je n’ai pas vos préjugés (l. 41). On peut
humanistes et un système de pensée nés des donc dire qu’aucun des deux personnages n’est
évolutions de la civilisation. Il tente de défendre cet convaincu par l’autre : chacun reste sur sa position.
état de culture qui lui est cher face à la bestialité, à 7. a. Les barrissements ont bien évidemment un
l’état de nature que préfère Jean. On pourra faire effet comique. L’exagération relève de la farce. Mais
remarquer aux élèves que Bérenger n’a guère l’oc- ils servent aussi le tragique de la situation. L’humain
casion de développer ses arguments puisqu’il est qu’était Jean perd la parole, rendant impossible
systématiquement interrompu par Jean. On pourra l’échange, la communication. Le grotesque que

86
créent les barrissements révèle un malaise, celui même. Bérenger, lui, incarne la résistance face à
de la difficile communication entre les hommes. ce totalitarisme qui annihile la pensée et les valeurs
b. La transformation de Jean revêt un carac- humanistes. Il croit en ces valeurs que l’homme
tère inquiétant : le personnage se déshumanise, a acquises au fil du temps. Pour lui, le respect de
son apparence physique, ses pensées mêmes la pensée permet de lutter contre ce fanatisme.
sont modifiées en totalité. Et c’est sa conception • Le comique permet au spectateur de prendre de
même de l’homme qui, en dernier ressort, est la distance vis-à-vis de la tension présente dans
aussi affectée. Ses propos sont empreints de vio- la scène, mais il souligne aussi l’absurdité de la
lence et d’agressivité, de mépris envers l’homme situation. Les motifs comiques mettent en relief le
(L’homme... Ne prononcez plus ce mot !, l. 30) et message plus profond de la scène : la déshuma-
marqués par un refus de ses valeurs. La pièce nisation d’un homme qui cède au discours totali-
revêt dès lors une dimension tragique. taire et fanatique.
Bilan
Vocabulaire
• Dans cette scène, Jean incarne, à travers sa
métamorphose, la déshumanisation inhérente à Les racines du mot homme
tout système totalitaire. Il nie les valeurs humanistes a. anthropophage. b. misanthrope. c. anthropo-
et suit aveuglément une pensée unique qui lui est logie. d. humanité. e. humanitaire. f. anthropo-
imposée, incapable dès lors de raisonner par lui- morphisme.

Des métamorphoses à répétition p. 180


> Quel sens donner à la métaphore de la rhinocérite ?
Réponses aux questions doit, l. 10), se dissimulent en réalité des arguments
Échanger et comprendre creux et pervertis. Ainsi, l’expression bilan Com-
• M. Papillon et Botard se sont métamorphosés prendre, c’est justifier (l.  13) confond explication
en rhinocéros. objective et justification, qui implique une prise de
position. La formule pas de vices véritables dans
• Cela rend l’épidémie de rhinocérite inquiétante car
ce qui est naturel (l. 17-18) s’appuie sur le mythe
de plus en plus de personnages semblent atteints.
d’une nature innocente, ce qui reste à prouver. Les
Analyser propos de Dudard ne sont donc que des formules
1. Bérenger pense qu’il ne faut pas céder à la qui ne s’appuient sur aucune réflexion solide.
rhinocérite, qu’il faut rester soi-même et fidèle à 3. Pour Dudard, la tolérance prime sur toute autre
ses idées. Il condamne M. Papillon qui s’est laissé valeur, annihilant de fait les autres valeurs humaines
embrigader (l. 1). de la liberté, de l’amitié… Lorsqu’elle ne se pro-
2. a. Dudard ne condamne pas ceux qui se sont pose aucune barrière ni aucun repère, la tolérance
laissés aller à la métamorphose, il tente d’expliquer conduit aux totalitarismes, fanatismes et violences
et de minimiser le phénomène. de tous ordres. Elle n’a de sens que construite
b. Dudard défend sa position au nom de la tolé- autour de références et d’appuis humanistes.
rance, qu’il cautionne par le recours aux valeurs
4. Botard est devenu rhinocéros car il n’a pas été
scientifiques et intellectuelles traduites notam-
assez ferme dans ses opinions propres et s’est
ment par les termes comprendre (l.  6-7), effets
laissé endoctriner : Sa fermeté n’était qu’apparente
(l. 7), causes (l. 8), êtres pensants (l. 9)… Dudard
(l. 37-38) ; C’est parce qu’ils sont de bonne foi, on
en appelle également à la logique (Tout est logique,
peut les duper (l. 43-45).
l. 12).
c. Sa façon de raisonner est spécieuse, car derrière 5. Daisy vient annoncer la métamorphose de
l’argumentation charpentée de façade, construite Botard. Elle ne semble pas avoir de position clai-
autour de nombreux connecteurs logiques (mais, rement définie. Elle représente les gens qui sont
l. 8 ; car, l. 9 ; de toute façon, l. 10 ; aussi, l. 17…) dans l’hésitation et pourraient se laisser convaincre
et de formules impératives (il faut, l. 6, l. 7, l. 8 ; on de devenir rhinocéros.

87 Chapitre 8
6. a. La pièce a été vue comme se référant à la tout au nom d’une trop grande tolérance qui peut
montée du nazisme, car Ionesco met en scène des ouvrir le champ aux actions les plus viles.
personnages qui se laissent aveugler par une pen-
Bilan
sée imposée et perdent ainsi leurs propres idées.
Or, Hitler, dans les années 1930, a su convaincre Transformation de M. Papillon et de Botard
la population, épuisée par les difficultés écono- Argument de Bérenger : Face à la rhinocérite, il
miques liées à la crise de 1929. Il imposera ainsi faut faire preuve de fermeté, ne pas se laisser
ses idées, mettant en place un régime totalitaire. endoctriner.
b. Ionesco dénonce le fait que l’on puisse suivre Argument de Dudard : Face à la rhinocérite, il faut
aveuglément les idées d’autrui, que l’on accepte être tolérant, chercher à comprendre.

Rester un homme p. 182


> Comment le monologue final met-il en scène la situation tragique
de l’homme ?
Réponses aux questions je ne peux pas. Je ne peux plus me voir (l. 19) ; ma
Comprendre carabine, ma carabine ! (l. 22).
• Un monologue est une réplique où un personnage On perçoit, au cours de la scène, que la pensée de
est seul sur scène (ou se croit seul) et s’adresse Bérenger devient de plus en plus confuse. Sa façon
à lui-même, le plus souvent pour nous livrer ses de s’exprimer devient chaotique. Ses angoisses
pensées. Ici Bérenger s’adresse à lui-même. sont poussées à leur paroxysme, la déconstruc-
• Le réel destinataire du monologue est le public. tion de la parole le rend perceptible.
c. Il se considère comme un monstre car il est
Analyser alors le seul représentant de l’espèce humaine.
1. a. Resté seul face à la population devenue rhino-
2. On entend les barrissements des rhinocéros,
céros, Bérenger se sent monstrueux. Il regrette
comme le montre la didascalie Il écoute les bar-
presque d’avoir conservé son statut d’humain,
rissements (l. 10). On voit également les têtes de
il se sent marginal. Cela renverse le système de
rhinocéros sur l’un des murs : Il se retourne face au
valeurs dans lequel il croit.
mur du fond où sont fixées les têtes des rhinocéros
Qualités des (l. 22-23). Cela donne l’impression que le person-
Défauts des humains nage est cerné de toutes parts par ces animaux,
rhinocéros
comme prisonnier de sa propre condition d’homme.
– laideur – beauté Le spectateur peut alors penser que Bérenger va,
– front plat – corne lui aussi, céder à la rhinocérite.
– traits tombants – peau rugueuse 3. a. La didascalie Il a un brusque sursaut (l. 21)
– mains moites – peau vert sombre signale un changement et témoigne, de la part de
– peau flasque – absence de poils Bérenger, d’une résistance instinctive.
– peau blanche – barrissements b. Après les doutes et les interrogations du mono-
– poils comparés à logue, Bérenger a finalement décidé d’être lui-
des chants même (conserver son originalité, l. 21) dans l’acte
– hurlements
de résister. Il veut rester le dernier homme (l. 24-25)
Les canons de beauté semblent totalement inver- et s’interdit de céder à la rhinocérite. On identifiera à
sés. cet effet la forme négative de la phrase déclarative,
b. Le désespoir de Bérenger se perçoit à l’emploi prononcée avec conviction : Je ne capitule pas. On
de phrases exclamatives, souvent courtes et nomi- pourra également faire relever le champ lexical de
nales (J’ai eu tort ! l. 1 ; Ah, ce corps trop blanc, et la lutte, du combat présent dans la fin du texte :
poilu ! l. 7-8 ; Non, ça n’est pas ça ! l. 12…), ainsi défendrai (l. 24) ; carabine (l. 22) ; contre (l. 22)…
qu’à la répétition de nombreuses expressions : je c. Bérenger a évolué. Au Bérenger apathique, mou
suis un monstre, je suis un monstre (l. 17) ; jamais je et déprimé de l’acte I succède un Bérenger coura-
ne deviendrai rhinocéros, jamais, jamais ! (l. 17-18) ; geux et héroïque, seul à résister, et prêt à sacrifier

88
sa vie pour la cause humaniste. Toutefois, on pourra face à toute forme d’embrigadement et de fana-
demander aux élèves si Bérenger leur semble être tisme. Il met en évidence la nécessité de rester
une figure véritablement héroïque. En effet, les fidèle à soi-même et à ses idées.
phrases Hélas, jamais je ne deviendrai rhinocéros
Bilan
(l. 17-18) et tant pis ! Je me défendrai contre tout le
monde ! (l. 21-22) montrent que son choix résulte Dans le monologue final, Bérenger, qui se trouve
d’un échec plutôt que d’une volonté propre. En être le dernier homme, connaît l’ultime tentation
effet, c’est devant l’impossibilité de devenir rhino- de devenir rhinocéros et de se fondre ainsi dans
céros qu’il assume, comme malgré lui, sa condition la masse. Mais, dans un dernier sursaut, il décide
d’homme et sa nature rebelle à tout grégarisme. de résister et d’affirmer ses différences, préférant
La question est alors de savoir si l’héroïsme réside l’humanisme aux valeurs de violence, d’obéissance
dans les actes ou dans les intentions. et de bestialité incarnées par les rhinocéros. Cette
dernière scène revêt certains aspects de la farce
4. Bérenger a des comportements comiques,
mais elle s’oriente surtout vers le registre tragique
voire farcesques : il est agité, se regarde dans la
puisqu’elle fait réfléchir le spectateur sur le tragique
glace, vante la peau et le charme de la voix des
de la condition humaine, c’est-à-dire de l’homme
rhinocéros, se livre à des tentatives cocasses de
seul face à son destin.
barrissements (l.  11-15). En même temps, pour
conserver son originalité, il s’est coupé de tous
Grammaire pour lire
les humains et se retrouve dans une solitude tra-
gique, confronté à un choix tragique : sa décision Le futur simple et le conditionnel présent
engage en effet non seulement son destin mais a. Si je le pouvais, je résisterais à tout cela.
aussi celui de l’humanité entière, car s’il capitule, b. À l’avenir, je me battrai pour défendre mes idées.
c’est l’être humain qui disparaît. c. J’aimerais pouvoir exposer mes idées.
5. Ionesco, à travers les paroles de Bérenger, d. Je pourrais lutter, mais je suis certain que je n’y
montre la nécessité de résister et de s’engager parviendrai pas.

Lecture accompagnée p. 184


La Vague de Todd Strasser

Découvrir le roman
• Le professeur ne parvient pas à faire comprendre On pourra aussi suggérer aux élèves la lecture du
à ses élèves comment la population allemande, roman pour la jeunesse de Véronique Massenot,
dans les années 1930, a pu suivre les idées du Lettres à une disparue, ou encore rappeler que le
parti nazi. roman de George Orwell, La Ferme des animaux,
• Réponse ouverte. Les élèves s’orienteront natu- est visible dans une adaptation en dessin animé,
rellement vers les recherches documentaires, les en français ou en anglais sur YouTube. Cela per-
exposés, la lecture de témoignages autobiogra- mettra notamment un travail interdisciplinaire entre
phiques… français et anglais.

89 Chapitre 8
Histoire des arts p. 186
La mise en scène de la métamorphose

Comparer plusieurs mises en scène


1. Le problème qui se pose est la représentation des rhinocéros sur scène et surtout la métamorphose
d’humains en rhinocéros.
2.
Option réaliste/ Atmosphère
Costume, accessoires Lieu, décor, éclairage
symbolique créée

J.-L. Barrault Costumes du quotidien Lieu banal et neutre. Réaliste Réaliste


(doc. 1) de l’époque. Décor composé d’une table
Pour le rhinocéros : et d’une chaise.
masque avec corne. La lumière semble éclairer
le plateau.

Jean-Guy Short, costume à Appartement de Jean. Symbolique Insolite


Legault carreaux. À gauche, la salle de bains
(doc. 2) Pour le rhinocéros : un séparée du reste de la scène
masque à gaz. par des plantes.
À droite, le reste de
l’appartement. L’éclairage
semble mettre en valeur
les deux personnages et
notamment Jean qui est en
train de se métamorphoser.

Gábor Tompa Bérenger en costume. Appartement de Jean. Lumière Symbolique Inquiétante


(doc. 3) Jean semble en pyjama, verte, assez sombre.
sous une couverture,
la tête couverte d’un
immense pansement.

3. Les rhinocéros apparaissent en relief sur ce plonge le fond de la scène dans l’obscurité, ce
qui pourrait être assimilé à des fenêtres fermées, qui connote le tragique de cette métamorphose,
comme s’ils voulaient entrer dans l’appartement le costume à carreaux de Bérenger, la tenue et la
afin de s’emparer des hommes qui s’y trouvent. gestuelle de Jean peuvent évoquer la farce, des
4. Réponse ouverte. attitudes clownesques. Toutefois, le masque à gaz,
employé pour représenter la corne du rhinocéros,
Faire le point fait aussi référence aux masques à gaz que por-
taient notamment les soldats lors de la Première
1. La pièce est difficile à mettre en scène car il faut
Guerre mondiale et présente donc une dimension
donner à voir aux spectateurs la métamorphose
inquiétante.
des humains en rhinocéros.
Dans la dernière image, le metteur en scène a
2. La version mise en scène par Jean-Louis Barrault
voulu rendre l’atmosphère inquiétante en jouant
présente Jean affublé d’un masque grotesque, et,
sur l’éclairage, l’apparition en relief des rhinocéros
face à lui, Bérenger et Daisy qui le regardent avec
et l’attitude de Jean qui traduit un malaise certain.
étonnement. Si l’on se réfère au commentaire de
Le spectateur peut se demander alors quelle sera
Ionesco (question 4), la pièce serait plutôt orientée
l’évolution des personnages qui glissent vers un
vers un comique tragique.
univers tragique.
Dans la deuxième image, la scénographie est plus
nuancée. Si l’éclairage derrière les personnages

90
Outils pour lire et s’exprimer p. 188
Défendre un point de vue

Vocabulaire l’ordre : le désordre – l’accord : le désaccord – la


1. La thèse : l’idée défendue. connaissance  : la méconnaissance  – l’entente  :
Les arguments : les preuves qui viennent étayer la mésentente.
la thèse. • Adjectifs : raisonnable : déraisonnable – moral :
Les connecteurs logiques : les mots qui relient les immoral – cohérent : incohérent – plaisant : déplai-
idées entre elles. sant – tolérable : intolérable – courtois : discour-
Les exemples : des données concrètes qui illustrent tois – honnête : malhonnête – résolu : irrésolu –
les arguments. flexible : inflexible.
2. • La pièce de Ionesco présente une mise en garde
contre une certaine forme de tolérance (thèse).
Grammaire
• En effet, à force de tout comprendre, on finit par 5. 1. Bérenger est inquiet parce que l’humanisme
tout accepter, même l’inacceptable (argument). lui semble en danger. (Cause) 2. Bien qu’il soit
• C’est le cas de Dudard qui comprend que M. un intellectuel, Dudard s’est laissé gagner par la
Papillon soit devenu rhinocéros, traitant Bérenger rhinocérite. (Opposition) 3. Le fanatisme envahit
d’intolérant (exemple). le monde si bien que les hommes se déshuma-
3. 1. On lui a objecté qu’il était trop jeune pour occu- nisent. (Conséquence) 4. Si la rhinocérite tente de
per ce poste. 2. Par ses preuves irréfutables, elle m’a le gagner, Bérenger résistera. (Condition) 5. Le dra-
démontré que mon raisonnement était faux. 3. Jean maturge a écrit cette pièce afin que les hommes
a réfuté les arguments de Bérenger. 4. Même avec ne se laissent pas embrigader. (But)
de solides arguments, Bérenger n’a pas convaincu 6. 1. Le fanatisme est dangereux parce qu’il
Jean. 5. Émouvant lors de son témoignage, il a per- empêche l’homme de penser par lui-même.
suadé les jurés. 6. Le jury a délibéré. 2. Il faut résister à la tentation de suivre un groupe
4. a. le bien/le mal – la franchise/l’hypocrisie – la bien que nos amis en fassent partie.
solidarité/l’individualisme – la tolérance/l’intolé- 3. Respecter les valeurs humanistes est impor-
rance – la liberté/la captivité – le juste/l’injuste – le tant afin que les hommes entretiennent de bonnes
vrai/le faux – le bonheur/le malheur – la bonté/la relations.
méchanceté – la beauté/ la laideur – l’utile/ l’inutile. 4. L’homme est trop influençable si bien qu’il com-
b. • Noms : la logique : l’illogisme – la compréhen- met parfois des erreurs.
sion : l’incompréhension – le respect : l’irrespect –

Outils pour lire et s’exprimer p. 189


Nuancer son opinion

Grammaire 8.
7. Certitude Nuance
Termes mélioratifs Termes péjoratifs 2. extrêmement préoccupante ; 1. semble très
3. assez préoccupante ; 4. je préoccupante ;
génial nocif vous confirme que ; 5. plus que 6. semble-t-il
sublime inutile préoccupante
passionnant choquant 9.
pertinent sans intérêt
Comporte un Comporte un Énonce un
judicieux inacceptable lexique évaluatif modalisateur fait objectif
décevant 1. jugement 3. certitude 2.
mélioratif

91 Chapitre 8
10. 1. Je pense que les valeurs humanistes sont comédiens jouaient bien. Il souligne d’ailleurs la
en danger. performance d’Évelyne Rompré, stipulant que
2. L’humanité se rendra certainement compte des son interprétation du personnage de Daisy était
dangers qui la menacent. attachante. Il est également d’avis que la difficile
3. La pièce dénoncerait le totalitarisme. scène de métamorphose en rhinocéros est une
des meilleures données à voir.
4. J’ai assisté à une mise en scène incohérente
Toutefois, il n’a pas réellement apprécié que le met-
de Rhinocéros.
teur en scène accentue les aspects comiques de
11. a. Le critique explique que certains éléments la pièce, créant trop d’effets scénographiques qui
de la mise en scène lui ont plu et que d’autres l’ont deviennent agaçants pour les spectateurs. Enfin, il
laissé dubitatif. Son avis est nuancé. trouve que l’idée de transposer l’action de la pièce
b. Le journaliste reconnaît que la direction d’ac- dans une grande entreprise était intéressante mais
teur était de bonne qualité, c’est-à-dire que les n’a pas été bien exploitée par le metteur en scène.

Je construis le bilan p. 192


1   Je connais les spécificités du genre 5  Je comprends le message de l’œuvre
dramatique
a. Ionesco s’inspire de la montée du nazisme et
a. didascalies. b. monologue. c. réplique. de l’émergence d’États totalitaires.
2   Je connais les actions principales de la b. Ionesco dénonce le fait que les populations
pièce peuvent suivre aveuglément une pensée unique,
L’ordre est : b – e – a – d – c. les hommes délaissant ainsi leur humanité, leur
identité et les valeurs humanistes. D’un point de
3  J’identifie les répliques des personnages
vue politique, il dénonce l’embrigadement auquel
a. Jean. se livrent les États totalitaires.
b. Bérenger.
c. La pièce est de tonalité comique, utilisant le
c. Jean.
comique de farce : d’abord, parce que sont des
d. Dudard.
rhinocéros qui sont mis en scène, ensuite, parce
e. Bérenger.
que les dialogues des personnages relèvent de
4  Je connais les réactions des personnages l’absurde et prêtent donc à sourire. Le fantastique
face à la rhinocérite trouve sa source dans le recours au thème de la
métamorphose qui est particulièrement inquiétant.
Réaction face Enfin, on peut trouver du tragique dans cette pièce.
Métier
à la rhinocérite
Si elle dénonce la montée des régimes totalitaires,
Bérenger Employé D’abord indifférent, il finit elle dénonce surtout le tragique de la condition
de bureau par résister. humaine  : dans la pièce, tous les personnages,
à l’exception de Bérenger, finissent par adhérer à
Jean Employé Il accepte la la totalité, à l’uniformité. L’homme a tendance à
de bureau métamorphose, car
rester passif, incapable de remettre en question le
pour lui la conformité est
importante. système dans lequel il est happé. Ionesco souligne
le conditionnement et le manque de réaction des
Dudard Sous-chef Il se transforme en êtres humains face aux idéologies qui gagnent leur
de bureau rhinocéros pour mieux société. L’homme suit aveuglément la pensée d’un
les comprendre. groupe au lieu de garder ses propres idées, son
Daisy Secrétaire Elle devient rhinocéros car libre arbitre et perd ainsi son humanité.
elle craint de rester seule.

92
Entraînement au brevet p. 194
L’humanisme en danger

PREMIÈRE PARTIE tif pareils (l. 34) et de l’emploi du pronom personnel


Questions sur le texte littéraire les (l. 12, 17, 29) qui a ici une valeur généralisante.
1. La phrase prononcée par Bérenger est déclara- 8. a. Ionesco explique aux hommes qu’il faut tou-
tive, exclamative et affirmative et témoigne de sa jours garder son identité, ses propres idées, ses
conviction. Celles prononcées par Dudard, décla- convictions et non suivre aveuglément le groupe qui
ratives et négatives, témoignent de son hésitation pourrait vous faire adhérer à des idées qui ne sont
et de sa faiblesse. Le dialogue s’engage sur une pas les vôtres. C’est ainsi que Ionesco explique
opposition de points de vue face à la rhinocérite. la montée des régimes totalitaires : la population
s’est laissé aveugler, suivant d’autres citoyens et
2. Bérenger cherche à convaincre Dudard qu’il ne
adhérant à leurs idées sans réfléchir.
faut pas suivre les rhinocéros et ne pas se laisser
b. Cette scène de conflit relève plutôt du registre
aller à la métamorphose.
tragique car Bérenger ne parvient pas du tout à
3. Pour Dudard, le devoir consiste à suivre le convaincre Dudard, qui suit aveuglément les autres,
groupe, à adhérer à ses idées, à suivre ses chefs laissant de côté les valeurs humanistes et perdant
et camarades (l.  7). Pour Bérenger, il s’agit au ainsi sa condition humaine.
contraire de conserver son identité et ses propres
idées en s’opposant au groupe (l. 14). Questions sur le texte et l’image
4. Cette expression signifie que l’intérêt porté aux 9. a. Daisy est à genoux, aux pieds de Bérenger,
rhinocéros ne durera pas. inquiète, semblant regarder autour d’elle, alors
même qu’en fond de scène apparaissent des têtes
5. Pour Dudard, il n’est possible de formuler un
de rhinocéros. L’éclairage est sombre. Seuls les
jugement que si l’on a vécu l’expérience. Dans
deux protagonistes sont dans la lumière.
l’absolu, cet argument est vrai car il est plus juste
b. Les personnages semblent immobiles au milieu
d’émettre un avis lorsqu’on a vécu la situation
du plateau, comme encerclés ou menacés par ces
que l’on critique. Mais ici, il ne l’est pas car une
rhinocéros qui apparaissent, mettant ainsi en évidence
fois la métamorphose opérée, il sera impossible à
le ton tragique de la pièce. Le spectateur ressent
Dudard de reprendre forme humaine et de formuler
de l’inquiétude et de la pitié pour ces deux êtres, se
un jugement. Cette transformation est irréversible.
demandant s’ils vont parvenir à garder leur humanité.
6. Les remarques de Daisy montrent qu’elle n’a pas
10. Réponse ouverte. La menace des rhinocéros
d’opinion clairement définie au sujet de la rhinocé-
qui encerclent le couple, les jeux d’éclairage contri-
rite, qui ne semble guère d’ailleurs l’impression-
buent à rendre la scène angoissante. Mais le texte
ner (Si, vraiment, c’est un engouement passager, le
génère tout autant l’angoisse car il démontre que
danger n’est pas grave, l. 6). Elle ne fait rien pour
les mots sont impuissants et ne peuvent rien contre
empêcher Dudard de partir, comme en témoignent
un phénomène qui paraît inéluctable.
notamment la phrase interrogative (Que puis-je y
faire ?, l. 21) et la forme négative (nous n’y pou- Réécriture
vons rien, l. 11). Son comportement est le signe a. S’il y avait à critiquer, il vaudrait mieux critiquer
d’un caractère faible et complaisant. du dehors que du dedans.
7. Le troupeau est présenté comme un ensemble b. Il a eu des scrupules ! Son devoir lui a imposé
de créatures qui n’ont plus d’identité, métaphore de suivre ses chefs et ses camarades, pour le meil-
d’une pensée unique, dictée par le groupe. Cette leur et pour le pire. Il ne les a pas abandonnés,
idée se traduit par la répétition de l’adjectif qualifica- il ne les a pas abandonnés.

93 Chapitre 8
Chapitre 9
Se battre pour la paix Livre de l’élève p. 196

Ouverture du chapitre p. 196


Réponses aux questions À l’arrière-plan, des troupes de soldats avancent
dans la neige et le froid. Le texte « Décembre 1914.
1er encadré
Une histoire vraie que l’Histoire a oubliée » renvoie
• Montesquieu estime que les hommes se doivent à l’événement historique qui a marqué le siècle :
de se comporter humainement les uns envers les la Première Guerre mondiale.
autres en temps de paix comme en temps de
guerre. Lorsque les conflits armés semblent inévi- • Le titre Joyeux Noël détonne par rapport à la tra-
tables, il convient de limiter la violence au nom du gédie humaine qu’a été la Première Guerre mon-
respect de la vie et des droits humains. diale. La mention de Noël connote en effet la joie
et la fête, incompatibles avec la guerre.
• Missak Manouchian est à la fois poète et chef
d’un réseau de Résistants. Il a sacrifié sa vie pour • Les deux mains serrées sont le symbole d’une
libérer le peuple français de la domination nazie. réconciliation possible entre deux armées enne-
Dans une lettre à son épouse Mélinée, à la veille de mies, celle de la France et celle de l’Allemagne,
son exécution, il explique qu’il s’est battu pour que identifiables grâce aux couleurs des uniformes.
les générations futures vivent libres et dans la paix. Le film relate, en effet, un épisode véridique : près
de Lille en 1914, au moment de Noël, des soldats
2e encadré français et allemands ont décidé de faire une trêve
• Au premier plan est représentée une poignée de de part et d’autre de la ligne de front et ont frater-
main entre deux soldats appartenant à des armées nisé brièvement. Les valeurs défendues par le film
différentes, comme en témoignent leurs uniformes. sont donc celles de la solidarité et de la fraternité.

Des frères ennemis p. 198


(Erich Maria Remarque, À l’Ouest rien de nouveau)
> Comment la guerre oppose-t-elle des hommes si proches ?

Réponses aux questions bouleverse toutes les certitudes et rend la guerre


Échanger absurde.

• Ce récit de guerre est touchant car le narrateur, Analyser


Paul Baumer, assiste avec terreur à l’agonie d’un 1. Le narrateur se trouve dans un trou formé par
soldat français qu’il vient de frapper à mort. En le l’explosion d’un obus, au milieu du champ de
regardant de plus près, il prend conscience qu’il bataille  : Le front est tranquille, à l’exception du
a devant lui un être humain qui pourrait être son crépitement des fusils. […] Je ne puis pas quitter
frère. Ce passage ne peut que susciter l’émotion mon abri (l. 11-14).
du lecteur. 2. Le narrateur décrit avec réalisme la dure vie
•  Lire un récit sur la Première Guerre mondiale des soldats au front : ils vivent misérablement et
écrit par un auteur allemand permet de découvrir dans la peur permanente de mourir. Le narrateur
le point de vue d’un homme de l’armée ennemie. les compare à de pauvres chiens (l. 4). Les balles
Le lecteur contemple ainsi le spectacle de deux fusent sans trêve et ils risquent leurs vies chaque
soldats ennemis, pris dans la machine infernale minute : Les balles se suivent de près ; on ne tire
de la guerre, qui se combattent sans savoir pour- pas n’importe comment ; au contraire, on vise soi-
quoi, alors qu’ils pourraient être frères. Un tel récit gneusement de tous les côtés (l. 12-14).

95 Chapitre 9
3. Le temps principal du récit est le présent de nar- car elle lui fait ressentir sa culpabilité, comme en
ration utilisé à la place du passé simple dans un témoignent les deux comparaisons : chaque mot
récit au passé. Le présent de narration rend le récit que je traduis me pénètre, comme un coup de feu
plus vivant et place le lecteur au cœur de l’action. dans la poitrine, comme un coup de poignard au
4. L’association des pronoms vous et nous établit cœur… (l. 36-37).
un lien entre les deux soldats (Pourquoi ne nous 7. Ce roman se présente comme une œuvre paci-
dit-on pas sans cesse que vous êtes, vous aussi, fiste : Remarque raconte, à travers le témoignage
de pauvres chiens comme nous, l. 3-4). Leur souf- d’un soldat allemand et sans exprimer de haine
france commune est rendue par la reprise de l’ad- vis-à-vis de l’adversaire, l’absurdité d’un conflit
jectif même : la même peur (l. 5) ; la même façon qui oppose des hommes si proches, unis dans
de mourir (l. 6) ; les mêmes souffrances (l. 6). Le la souffrance.
narrateur veut démontrer que des soldats qui Bilan
appartiennent aux deux armées ennemies se res-
semblent comme des frères, ce qui rend la guerre À l’Ouest rien de nouveau est un récit de guerre
encore plus insupportable car elle s’apparente à écrit par l’auteur allemand Erich Maria Remarque.
une absurde lutte fratricide  : que vos mères se Il présente sur un mode réaliste les conditions de
tourmentent comme les nôtres, et que nous avons vie terribles des soldats dans les tranchées. Cette
tous la même peur de la mort (l. 4-5). œuvre, qui témoigne des atrocités perpétrées au
cours de la Première Guerre mondiale, est résolu-
5. Le soldat allemand a tué le soldat français qui ment pacifiste : on y voit un soldat pris de remords
s’était réfugié dans le même trou d’obus que lui. lorsqu’il découvre que les ennemis qu’il combat
Le narrateur redoute de découvrir l’identité de sa sont avant tout des hommes qui pourraient être
victime et de recueillir des informations sur sa vie, ses frères.
son métier ou sa famille. Toutes ces découvertes
vont accroître ses remords car il prend conscience Vocabulaire
que le soldat français a une femme et qu’il est père Autour du mot front
d’une petite fille. a. coalition. b. zone de contact entre deux masses
6. La lecture des lettres, en permettant au narra- d’air. c. lieu d’affrontement. d. partie avant d’un
teur de découvrir la dimension humaine et intime objet. e. partie du visage. f. attaquer directement
de son ennemi, lui inflige une blessure mortelle (métaphorique).

La guerre, une entreprise criminelle p. 200


(Roger Martin du Gard, Les Thibault)
> Faut-il faire passer l’intérêt de son pays avant son intérêt personnel ?
Réponses aux questions b. Jacques refuse de faire la guerre au nom de
l’intérêt général  : selon lui, refuser de participer
Comprendre
à la guerre c’est agir dans l’intérêt de tous les
• D’après le texte, être mobilisé signifie « être appelé hommes car la guerre est le mal absolu et il faut
par l’État à rejoindre l’armée pour combattre, afin l’éviter à tout prix. Antoine lui rétorque que ce que
de défendre son pays ». Jacques appelle intérêt général n’est autre qu’un
intérêt personnel (l. 9).
• Les deux frères débattent de la nécessité de ser- Jacques à son tour corrige son frère lorsque celui-ci
vir son pays en dépit de ses opinions. dit agir au nom du véritable intérêt général : Jacques
distingue en effet intérêt général et intérêt national.
Analyser
L’intérêt national est celui qui pousse à défendre
1. a. Jacques est un pacifiste convaincu qui refuse la nation coûte que coûte et prône l’obéissance
d’être mobilisé en cas de déclaration de guerre. sans discussion à l’État, si celui-ci s’engage dans
Antoine, au contraire, se plie aux décisions du un conflit armé. Les deux frères sont en conflit car
gouvernement, il a la ferme intention de se battre ils n’ont pas la même conception de l’intérêt géné-
pour repousser la menace allemande. ral  : Antoine a une vision nationaliste et patrio-

96
tique, tandis que Jacques lui oppose des valeurs d’expliquer avec douceur sa thèse à Jacques ; de
humanistes. l’autre, Jacques, plus incisif, qui exprime, quant à
2. Selon Jacques, la guerre est un crime, comme lui, sa révolte avec fougue.
une trahison de la vérité, de la justice, de la solida- On notera que, bien que leurs idées les opposent,
rité humaine (l. 18-19). les deux frères entretiennent des rapports assez
affectueux, ce que soulignent les termes affectueu-
3. Pour Jacques, la guerre étant une trahison de la sement (l. 6), avec douceur (l. 29) et l’appellation
vérité, il faut la refuser pour ne pas trahir le peuple mon petit (l. 33-34).
qui court à sa perte en s’engageant dans des com-
bats meurtriers. Son frère Antoine, en revanche, Bilan
pense que, même si l’on n’approuve pas la guerre   Jacques et Antoine sont en désaccord sur la
(qui l’approuve ?, l. 34), il faut servir son pays et mobilisation : Jacques considère la guerre comme
ne pas trahir la communauté (l. 37). une entreprise criminelle, une trahison des masses
et refuse de combattre. Antoine, plus mesuré, ne
4. Refuser de prendre les armes, lever les crosses
veut pas refuser la mobilisation car il estime qu’il
(l. 20), c’est être héroïque selon Jacques, alors que
a le devoir de servir son pays et sa communauté.
pour Antoine l’héroïsme consiste à faire son devoir
et à défendre sa patrie lorsqu’elle est attaquée.
Débattre sur la solidarité
5. a. Le désaccord des deux frères se traduit par Quelques pistes.
la présence de connecteurs logiques : connecteur – La solidarité, c’est venir en aide à ceux qui en
d’opposition mais (l.  29 et 32), introduisant des ont besoin parce qu’ils sont victimes de catas-
contre-arguments dans le débat ; connecteur de trophes naturelles, de maladies ou parce qu’ils
cause parce que (l. 25), soulignant la volonté de vivent dans la pauvreté.
Jacques d’expliquer une position controversée, – La solidarité, c’est aussi agir pour que tous
celle du refus de la mobilisation. soient égaux et que des minorités ne subissent
Les verbes de parole faire, poursuivre (l. 6 et l. 8) pas d’injustice.
introduisant le discours d’Antoine montrent qu’il – Faire front commun permet d’être plus fort et
tente de convaincre son frère de changer de posi- de résister.
tion. Les verbes riposter (l. 10), insister (l. 13) et Exemples d’actes de solidarité qui permettent de
hésiter (l. 25), introduisant les paroles de Jacques, lutter contre la misère ou la maladie : les associa-
témoignent d’une posture nettement défensive face tions caritatives telles que les Restos du Cœur,
à l’argumentation d’Antoine. le Téléthon, le Secours populaire, la Croix rouge,
b. Le choix des connecteurs et des verbes de parole ELA…
révèle deux personnalités différentes : d’un côté, Exemples d’actes de solidarité ponctuels lors d’in-
Antoine, témoignant de patience dans sa volonté cendies, inondations, accidents…

Le refus de la guerre p. 202


(Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit)
> Le refus de la guerre est-il une preuve de lâcheté ?
Réponses aux questions Analyser
Comprendre 1. a. Le pronom personnel de première personne
• L’expérience des champs de bataille durant la apparaît quinze fois dans les lignes 10 à 16 : neuf
Première Guerre mondiale semble avoir trauma- pronoms je, un pronom me et cinq pronoms moi.
tisé Ferdinand. b. Ferdinand refuse la guerre de manière catégo-
rique. Il explique qu’il ne veut pas mourir.
•  Ferdinand et Lola débattent de la légitimité à
c. La récurrence du pronom personnel de première
refuser la guerre.
personne du singulier montre que le personnage
est centré sur lui-même et sur ses désirs.
2. Ferdinand estime qu’il n’y a que la vie qui compte
(l. 27). Il veut profiter du présent quand d’autres

97 Chapitre 9
croient qu’ils deviendront des héros de guerre alors Bilan
qu’ils seront oubliés au retour de la paix.
Proposition de correction : Quant à moi, je pense
3. Les deux comparaisons sont péjoratives : les que la vie est plus importante que ce grand sacri-
soldats morts au combat sont en effet comparés fice humain exigé par la guerre. L’État fait croire
à ce qu’il y a de plus minuscule, un atome (l. 24) aux hommes qu’ils doivent défendre la Patrie mais
ou de plus méprisable, une crotte (l.  24). Ferdi- qui se souviendra de ces soldats anonymes dans
nand veut ainsi prouver que l’héroïsme au combat quelques années  ? Qui pourra encore dire que
devient rapidement une valeur vaine aux yeux des leur sacrifice a fait d’eux des héros ? En ce qui
vivants qui oublient peu à peu ceux qui se sont me concerne, j’ai eu trop peur de mourir. Vous
battus pour le pays. pouvez penser que mon refus de la guerre est de
4. Lola est indignée par le comportement de Fer- la lâcheté ou de la folie. Moi je vous dis que c’est
dinand qu’elle juge lâche, comme le souligne la du bon sens ! Je veux vivre et profiter du présent.
comparaison à la ligne 9  : Vous êtes répugnant
comme un rat. Grammaire pour lire
Les phrases exclamatives (Vous avez donc peur
Les valeurs du présent
tant que ça ! Oh ! Vous êtes donc tout à fait lâche,
Ferdinand ! l. 6 et 8) marquent sa surprise tandis a. présent d’énonciation. b. présent de vérité géné-
que l’emploi des termes péjoratifs lâche, répugnant rale. c. présent d’habitude. d. présent exprimant
(l. 8-9) traduisent sa désapprobation. un futur proche. e. présent de narration.

La dernière guerre ? p. 204


(Vercors, Le Silence de la mer)
> Après la guerre, peut-on s’aimer ?

Réponses aux questions fondeur spirituelle sont faits pour s’entendre et


Échanger non pour se battre.
• Réponse ouverte. 3. L’officier allemand est seul à parler, alors que
le narrateur et sa nièce conservent le silence. Le
• L’Occupation correspond à une période histo-
soldat allemand essaie de nouer une relation cor-
rique de 1940 à 1944 pendant laquelle l’armée
diale mais les circonstances historiques font de
nazie a envahi le territoire français après la défaite
ces trois personnages des ennemis. Le silence,
de la France en 1940. Les soldats et officiers alle-
parfois plus éloquent que la parole, est l’expres-
mands habitaient dans les maisons réquisition-
sion d’un désaccord.
nées de force.
4. Le texte s’achève sur l’espoir d’une réconcilia-
PARCOURS A tion entre le peuple allemand et le peuple français
1. L’officier allemand compare tout d’abord le feu à la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’emploi
de cheminée de sa maison, en Allemagne, et celui du futur de l’indicatif dans la phrase Nous ne nous
de cette maison française qu’il occupe : il n’y voit battrons plus : nous nous marierons ! exprime la
aucune différence. Puis il compare la richesse de certitude, ce qui montre que le personnage le sou-
la littérature française et la richesse de la musique haite avec force.
allemande pour conclure que les artistes sont nom- 5. Le titre « Le Silence de la mer » fait référence au
breux et tous plus talentueux les uns que les autres silence que gardent le narrateur et sa nièce quand
dans les deux cultures. l’officier allemand tente de nouer des liens avec eux.
2. En énumérant les noms des écrivains français et Malgré les tentatives de ce dernier pour engager
des compositeurs allemands, l’officier veut prouver le dialogue et malgré les sentiments de sympathie
que la France et l’Allemagne sont deux grandes qui ont pu naître entre les trois personnages, les
nations à égalité par leur rayonnement culturel et personnages français, par leur silence, résistent
leur richesse artistique. Ces deux pays si remar- à l’Occupant. La mer est silencieuse en surface,
quables par leur puissance créatrice et leur pro- mais dans ses profondeurs elle est emplie de vie

98
et de tensions, ce que l’on peut rapprocher des nages, le narrateur et sa nièce, par leur silence,
sentiments cachés des personnages. résistent à l’Occupant et restent fidèles à leur
Patrie. La nouvelle met en scène une forme de
PARCOURS B
Résistance très puissante sous l’Occupation, la
1. Pour l’officier allemand, le fumoir est le symbole résistance des consciences.
de la richesse culturelle française. La pièce a une
âme, précise-t-il à la ligne 9 car elle renferme les Bilan
trésors de la France, la force de ses idées et la La nouvelle « Le Silence de la mer » met en scène
beauté de sa langue. un soldat allemand hébergé par le narrateur et
2. L’officier désapprouve la guerre car, pour lui, la sa nièce sous l’Occupation pendant la Seconde
France est une grande nation, aussi grande que Guerre mondiale.
l’Allemagne quand on prend en considération la L’officier allemand exprime son admiration pour
richesse de sa culture. C’est le sens des compa- la culture française et son amour pour la France.
raisons qu’il effectue entre le feu de l’âtre français Il souhaite un rapprochement durable de son
et le feu allemand et entre les écrivains français et pays et de la France à la fin de la guerre. Il ima-
les compositeurs allemands. Il déclare son amour gine avec espoir une union, mais les autres per-
pour la France à ses hôtes, le narrateur et sa nièce. sonnages gardent le silence comme un symbole
Le complément de manière d’une caresse légère de la Résistance qui combat pour que la France
(l. 11) crée une ambiguïté au sujet du comporte- recouvre sa liberté.
ment de l’officier car le lecteur ne sait plus s’il parle
de son amour pour la culture française ou pour la Changer de point de vue
nièce du narrateur. D’ailleurs, le personnage sou- Proposition de correction : Ce soir-là, il entra dans
haite plus qu’une réconciliation et une paix durable, le fumoir. J’étais assise près de mon oncle dans
il veut rendre possible une union comme le montre la pénombre. Les flammes du feu dansaient sous
l’emploi du futur de l’indicatif dans la réplique finale nos yeux. À son entrée, je frémis. Il commença à
Nous ne nous battrons plus : nous nous marierons ! parler de sa maison en Allemagne, puis de l’âme
L’officier utilise de façon dominante des phrases de de notre propre maison. Il caressa avec douceur
type interrogatif (ex : Où est la différence entre un les livres de notre bibliothèque en énumérant les
feu de chez moi et celui-ci ?, l. 2) et de type excla- noms de nos plus grands auteurs. Puis il cita les
matif (ex : Et nous nous sommes fait la guerre !, plus grands compositeurs allemands et se mit à
l. 28 ; Mais c’est la dernière !, l. 30 ; Nous ne nous rêver à la fin de la guerre. Il voulait la paix. Il souhai-
battrons plus : nous nous marierons !, l. 30-31) qui tait ardemment une union et je savais qu’il parlait
témoignent de son humanisme et de son pacifisme. de la France mais aussi de nous deux. J’avais le
3. Malgré les tentatives de l’officier allemand pour cœur serré mais je fis mon devoir et je ne répondis
engager le dialogue et malgré les sentiments de rien. Mon oncle détournait les yeux. C’était notre
sympathie qui ont pu naître entre les trois person- manière de résister à l’Occupant.

Guerre et solidarité p. 206


(Joseph Kessel, L’Armée des ombres)
> Comment résister face à l’ennemi ?
Réponses aux questions
Échanger • La famille Viellat accueille des pilotes canadiens
• Pendant la Seconde Guerre mondiale, un réseau blessés et des soldats jusqu’à leur rapatriement
de Résistants est un groupe de personnes volon- dans leurs pays respectifs.
taires luttant clandestinement contre l’armée alle-
Analyser
mande qui occupe le sol français. De multiples
réseaux se créent sur tout le territoire. Ils sont hié- 1. a. Les Viellat éprouvent une grande admiration
rarchisés et agissent sur ordre de leurs chefs. Cer- pour les combattants étrangers, notamment les
tains sabotent les voies ferrées, d’autres distribuent Anglais et les Canadiens qu’ils accueillent chez eux.
des tracts, d’autres organisent des évasions… Ils sont l’objet de la vénération (l. 2-3) d’Augustine.

99 Chapitre 9
b. Pour l’altière fermière, les soldats acquièrent une ont ainsi contribué à la victoire finale contre les
dimension mythique. Ils lui semblent des êtres un nazis en aidant ponctuellement les combattants
peu fabuleux (l. 3). clandestins et les soldats des armées régulières
2. La ferme est décrite comme un lieu ancestral étrangères. La phrase finale laisse présager la vic-
qui a abrité des générations de fermiers modestes. toire des Alliés et la libération de la France.
Elle symbolise un monde un peu refermé sur lui- Bilan
même, vieillissant. L’adjectif vieux est répété à la
ligne 15. Le contraste est prégnant entre la ferme, Pour la famille Viellat, les soldats étrangers sont des
qui paraissait un lieu clos, et l’accueil chaleureux êtres fabuleux parce qu’ils viennent de contrées
des fermiers, qui reçoivent des étrangers venus lointaines, mais également parce qu’ils sont là pour
d’horizons très lointains. libérer la France. Ils représentent un grand espoir
de victoire de même que les Résistants du réseau
3. Des lignes 12 à 21, l’imparfait exprime l’habi-
de Jean-François qui agissent dans la clandestinité.
tude. Les habitants de la ferme avaient coutume
Le texte est un témoignage fictionnel du Résistant
de se réunir pour écouter les émissions de radio
Joseph Kessel qui a voulu rendre hommage au
anglaises. Des lignes 22 à 24, le passé simple
courage et à la solidarité de nombreux Français.
est utilisé pour marquer une rupture : l’annonce
du départ.
Grammaire pour lire
4. Augustine est présentée au début du texte
comme altière et despotique (l. 1) mais, devant le Les valeurs des temps du passé
courage et l’héroïsme des soldats et des Résis- a. Le verbe avait été réformé est au plus-que-par-
tants, elle est admirative et en retrait. C’est presque fait qui marque une antériorité, un retour en arrière
timidement (l. 26-27) qu’elle offre à nouveau son dans le récit. Le verbe se répétait, à l’imparfait,
aide. Le texte propose plusieurs hypothèses pour exprime l’habitude. b. Le verbe allait, à l’imparfait,
expliquer le comportement d’Augustine : la haine exprime une action de second plan tandis que le
contre l’ennemi ou un sentiment de solidarité, ou verbe retint, au passé simple, exprime une action
le goût de l’aventure (l. 31-32). de premier plan. c. Le verbe étonna, au passé
5. Jean-François peut compter sur de nombreuses simple, exprime une action de premier plan ; les
personnes prêtes à aider les Résistants dans leur verbes à l’imparfait, commençaient, étaient et vou-
lutte contre l’oppresseur. De nombreux anonymes laient, marquent l’habitude.

Lecture accompagnée p. 208


Le Collier rouge de Jean-Christophe Rufin

Découvrir le roman Partager sa lecture


• Nous observons la photographie d’un chien près • Les valeurs défendues dans le texte sont la fidé-
d’un homme en uniforme dont la tête est coupée lité, la loyauté et la fraternité.
par le cadrage. Le chien porte un collier rouge • Chaque élève note les phrases (trois ou quatre)
auquel est accrochée une croix de guerre. Le titre qu’il a choisies et constitue au fur et à mesure de
fait donc référence au collier du chien. ses lectures, tout au long de sa scolarité, un car-
• Nous pouvons imaginer que le chien a joué un net de lecture.
rôle pendant la guerre. Il a peut-être sauvé la vie •  Il y indique également son avis sur les livres
de son maître ou celle d’autres soldats puisqu’il lus de manière précise et argumentée. Il pourra
a reçu une distinction militaire. Il a pu faire preuve s’y référer pour certains travaux demandant une
d’héroïsme. culture littéraire.

100
Histoire des arts p. 210
Guerre et paix
Analyser le diptyque « La Guerre c. Les couleurs dominantes des deux tableaux
et La Paix » sont quasiment les mêmes : bleu, vert, noir. Tou-
Docs 1 et 2 tefois, dans le tableau La Guerre, ces couleurs
sont froides, sombres, alors que dans le tableau
1. Pablo Picasso est l’auteur de ces œuvres réa- La Paix elles sont vives et éclatantes. Le blanc
lisées en 1952. domine, symbole de pureté.
2. Le caractère religieux du lieu entre en réso- 4. Dans le document 1, le personnage diabolique,
nance avec le thème des œuvres et leur confère les hommes et les chevaux semblent tuer, piller et
une signification quasi sacrée. massacrer des victimes dont on ne distingue que
les mains, alors que dans le document 2, les per-
3. a. Doc. 1 : dans le tableau La Guerre, un person-
sonnages s’adonnent aux loisirs de la vie : musique,
nage accompagné d’hommes armés lève une épée
bain, repas, lecture et écriture.
trempée de sang. Il porte un sac rempli de têtes
de mort ; un bestiaire horrible sort du bocal qu’il Doc. 1
tient dans sa main gauche. Ses cornes font de lui 5. La balance symbolise la justice et la colombe
un personnage diabolique. Monté sur un char tiré représente la paix.
par des chevaux noirs, il avance vers un géant qui
se protège avec un bouclier orné d’une colombe Doc. 2
et une lance à laquelle est accrochée une balance. 6. Le pommier fait référence à l’arbre de la Connais-
Doc. 2  : dans le tableau La Paix, des person- sance qui se trouve au Paradis biblique dans le
nages peints en blanc se baignent, jouent de la jardin d’Éden.
musique ou déjeunent sur l’herbe non loin d’un 7. L’équilibriste représente l’équilibre du monde en
pommier (l’arbre au fruit d’or qui se trouve dans temps de paix. Il montre toutefois combien le main-
le jardin d’Éden, selon la Bible). Une femme lit tout tien de la paix est une entreprise périlleuse et ardue.
en allaitant son bébé, une autre prépare le repas, Le soleil illumine une terre paisible, par opposition
un homme écrit. aux ténèbres qui règnent dans le tableau La Guerre :
Ces personnages peuvent représenter les diffé- il symbolise la lumière divine. Ses rayons sont des
rentes activités de la vie. Il s’agit d’activités quo- rameaux d’olivier, symboles de paix et de réconci-
tidiennes et paisibles. On distingue également liation. On voit que le tableau qui représente la paix
des poissons dans une cage et des oiseaux dans exploite largement les symboles bibliques du Bien.
un bocal, tenus en équilibre, tel un balancier, par Docs 1 et 2
un petit garçon. Un autre enfant joue de la flûte.
Picasso pourrait ainsi montrer que tout est possible 8. Pablo Picasso, qui a déjà peint avec force les
en temps de paix. Un enfant pourrait même labou- atrocités commises pendant la guerre d’Espagne
rer la mer, a dit un jour Françoise Gillot à Picasso dans le tableau Guernica, dénonce les horreurs de
qui lui demandait ce que les hommes pouvaient la guerre qu’il représente comme un monde infer-
bien faire en temps de paix. En arrière-plan, le soleil nal où règnent la mort et les ténèbres. Il oppose
multicolore semble illuminer le monde. à la guerre des images de paix et de bonheur, où
tout est possible.
b. Doc. 1 : les lignes de force sont majoritairement
verticales. Elles délimitent deux espaces. Une par- 9. Réponse ouverte.
tie aux couleurs sombres occupe les trois quarts
du tableau et marque l’espace du personnage dia- Faire le point
bolique et de ses sbires. 1. Une œuvre engagée vise à défendre une cause
Doc. 2 : différents mondes (le ciel, symbolisé par (sociale, politique, religieuse…) et des valeurs (la
les oiseaux, la mer par les poissons, la terre et sa justice, la paix, la liberté…).
verdure, le soleil) sont délimités par des lignes dia- 2. Pablo Picasso peint la guerre comme un lieu
gonales aux formes arrondies, ce qui confère une où règnent le chaos, les ténèbres et la mort, tan-
impression d’harmonie et non de confrontation dis que la paix est un havre de sérénité, de justice
agressive comme dans le document 1. et d’équilibre.

101 Chapitre 9
Outils pour lire et s’exprimer p. 212
Le récit de guerre

Vocabulaire b. Erratum  : les personnifications et énuméra-


1. 1. Lors de sa mobilisation, le soldat reçoit un tions n’apparaissent pas dans le texte, il s’agit
livret militaire où son identité est déclinée. de répétitions.
2. Au nom de l’intérêt national, les troupes fran- La comparaison les trous puent comme des bouches
çaises ont fait leur devoir et ont servi leur pays. traduit l’odeur nauséabonde qui règne dans les
3. Les Résistants écoutent les émissions radio- tranchées : pendant des semaines, les hommes
phoniques anglaises pour avoir des nouvelles y vivent sans se laver, non loin des cadavres.
du front. La métaphore espèces d’ours qui pataugent et
4. Les crépitements cessèrent pendant la trêve. grognent associe les soldats à des bêtes sauvages
Dans les tranchées, les soldats lèvent les crosses essayant tant bien que mal de survivre au milieu
de leurs fusils. de la boue des tranchées. La guerre transforme
les hommes en animaux luttant pour leur survie.
2. a. Liste des verbes exprimant l’attaque  :
La comparaison emmitouflés à la manière des
s’élancer, partir à l’assaut, charger, frapper, fon-
populations arctiques exprime la modification de
cer, mettre en déroute, percer les lignes ennemies.
l’apparence des soldats qui se couvrent de tous
Liste des verbes exprimant la défense : ripos-
les vêtements ou matériaux qu’ils trouvent : cou-
ter, parer, battre en retraite, esquiver, se protéger,
vertures, papiers…
faire face, reculer, s’écarter, s’échapper, renoncer,
La métaphore le sombre et flamboyant orage ne
se mettre à l’abri.
cesse jamais fait référence à la pluie de tirs de balles
b. Proposition : C’était l’attaque décisive. Les sol-
ou d’obus qui tombe sans cesse sur les soldats.
dats français s’élancèrent. Ils partirent à l’assaut
La répétition du mot jamais crée un effet pathétique.
avec courage pour percer les lignes ennemies.
Les figures de style provoquent un sentiment de
Toutefois les soldats allemands étaient résistants.
compassion, de pitié chez le lecteur pour ces sol-
Ils ne battirent pas en retraite mais se mirent à
dats qui subissent le harcèlement incessant des
l’abri dans les tranchées pour esquiver les tirs…
tirs et du froid.
3.
La tristesse chagrin, douleur, souffrance, Grammaire
dépression 5. Tous les verbes sont conjugués au mode indicatif.
– Les verbes rencontre, montre et sourit sont au pré-
La révolte désertion, refus, désobéissance
sent. Il s’agit d’un présent de narration (le présent
Le dégoût honte, désertion, abjection, remplace le passé simple dans un récit au passé).
répugnance, ignominie – Les verbes est et appelle sont au présent. Il s’agit
d’un présent d’énonciation (ou d’actualité).
L’admiration vénération, héroïsme, résistance,
– Les verbes arrivâmes, se retourna et jeta sont au
êtres fabuleux
passé simple (actions de premier plan) : le narra-
teur reprend le récit au passé.
Figures de style – Le verbe venions, à l’imparfait, exprime un fait
4. a. Les personnages sont des soldats embour- de second plan.
bés dans les tranchées de la Première Guerre
mondiale, subissant la dureté de l’hiver.

102
Outils pour lire et s’exprimer p. 213
Débattre sur la guerre

Vocabulaire – C’est vrai, ils se sont battus pour la liberté,


6. a. belliqueux  : adj. 1. Personne qui aime la admit Julie.
guerre, qui recherche le conflit. 2. Caractère agressif. Il s’exclama :
belligérants  : n. masc. plur. Ennemis qui s’op- – Donc tu es d’accord avec moi ! Mais, bien sûr,
posent dans un conflit armé. je reconnais que l’idéal serait de ne jamais prendre
rébellion : n. f. révolte, action de se rebeller. les armes, conclut-il.
belliciste  : n. masc. Personne qui veut faire la 9. mais, toutefois, cependant, néanmoins, en
guerre, qui pense que le recours à la force doit revanche : opposition.
être privilégié. parce que, car, en effet : cause.
b. Polémique vient du grec polemos qui signi- certes, même si : concession.
fie « guerre ». Une discussion polémique est une donc, en conséquence, c’est pourquoi : consé-
discussion qui entraîne des disputes, des conflits quence.
entre les interlocuteurs.
c. Le chevalier apprend à être un guerrier pour 10. Les deux personnages de Roger Martin du
défendre les terres de son suzerain. Gard ont des positions opposées à propos de
Les rois de France guerroyaient pour asseoir leur leur engagement dans la guerre. Toutefois (ou
domination dans toute l’Europe. cependant), ils argumentent dans le respect l’un
de l’autre alors qu’ils ne sont pas du tout d’accord.
Dans certaines tribus, les jeunes hommes doivent
C’est peut-être parce qu’ils sont frères. Cepen-
s’aguerrir en passant des épreuves de résistance
dant (ou toutefois), aucun des deux ne parvien-
physique.
dra à convaincre l’autre.
7. 1. Une manifestation pacifique. 2. Une chanson
pacifiste. 3. Faire œuvre de pacification. 4. Une 11. 1. Pour ma part.
musique apaisante. 2. Selon moi.
3. Quant à moi.
Grammaire 4. Sans doute (entraîne une inversion du sujet).
8. – Je pense que l’on peut résoudre tous les 12. Proposition de correction : 1. La guerre n’est
conflits pacifiquement, déclara Julie. certainement pas une aventure. Il semblerait que la
– Je ne suis malheureusement pas de cet avis, guerre soit plutôt une maladie. Comme le typhus.
objecta Pierre. 2. Peut-être est-il plus facile de faire la guerre que
Il poursuivit : la paix.
– Tu ne peux nier que les Résistants ont eu raison 3. Assurément, la guerre c’est la guerre des
de combattre l’occupant ennemi ! hommes, la paix c’est la guerre des idées.

Atelier expression orale p. 215

Méthode pour comprendre les paroles • Les répétitions témoignent des souffrances que
• Un déserteur est un soldat qui a quitté l’armée. génère la guerre, créant un effet de martèlement :
En temps de guerre, les déserteurs sont traduits J’ai vu (v. 18-19) ; Et se moque (v. 23-24) ; On m’a
devant un tribunal pour crime. volé (v. 26-27).
• Le poème a la forme d’une lettre car le poète • Dans les quatre derniers vers, le poète défend sa
s’adresse fictivement au président de la Répu- position pacifiste, même dans la révolte. Il n’utili-
blique, c’est-à-dire au représentant de l’État, qui sera pas les armes, pas même pour se défendre si
décide d’envoyer les hommes au front. Boris on vient l’arrêter car il refuse la violence en toutes
Vian se fait le porte-parole de tous les pacifistes circonstances.
et s’adresse aux décideurs : hommes politiques,
militaires…

103 Chapitre 9
Je construis le bilan p. 216
1  Je sais identifier le contexte historique du b. Les comparaisons comme un coup de feu dans
récit de guerre la poitrine, comme un coup de poignard au cœur
traduisent la violence de la douleur ressentie par
Titre de Contexte
Auteur le narrateur, envahi de remords après avoir tué un
l’œuvre historique
soldat français.
Louis- Voyage au Première Guerre c. Par la comparaison répugnant comme un rat, Lola
Ferdinand bout de la nuit mondiale associe le personnage de Ferdinand Bardamu à un
Céline animal ayant la réputation de vivre dans les égouts.
Vercors Le Silence Seconde Guerre La comparaison est péjorative car elle marque le
de la mer mondiale dégoût de Lola pour Ferdinand, qu’elle juge lâche.
d. Les comparaisons plus inconnus que le dernier
Roger Martin Les Thibault Première Guerre
atome de ce presse-papiers, que votre crotte du
du Gard mondiale
matin sont péjoratives. Elles associent les soldats
Erich Maria À l’Ouest rien Première Guerre morts au combat à ce qui est invisible à l’œil nu
Remarque de nouveau mondiale ou à ce qui est évacué par le corps humain pour
montrer que les héros de guerre ne seront bien-
Joseph L’Armée Seconde Guerre
Kessel des ombres mondiale
tôt plus rien aux yeux des vivants et disparaîtront
des mémoires.
2  Je connais le vocabulaire de la guerre et e. La comparaison Ils lui semblaient des êtres un
de la paix peu fabuleux est méliorative. Les combattants
étrangers sont enveloppés d’une aura exotique
Belliciste : personne qui veut faire la guerre.
et magique pour les fermiers du terroir français.
Pacifiste : personne qui défend la paix.
Front : zone d’affrontement. 4  Je sais associer chaque auteur aux argu-
Solidarité : fait de s’entraider. ments en faveur de la paix et de la guerre expri-
Belligérants  : ennemis qui s’opposent dans un més dans les textes
conflit armé. Il faut servir son pays : Roger Martin du Gard.
Mobiliser : assembler des troupes et du matériel. Il faut être solidaire : Joseph Kessel.
Servir : faire son devoir envers son pays. Il faut avoir le cran de refuser une entreprise crimi-
3  Je sais expliquer les figures de style dans nelle : Roger Martin du Gard.
un récit de guerre Il faut résister à l’ennemi : Vercors, Joseph Kessel.
a. De pauvres chiens comme nous est une compa- Il faut considérer l’ennemi comme un frère : Erich
raison péjorative qui exprime la dégradation phy- Maria Remarque.
sique et morale que subissent les soldats, vivant C’est naturel de ne pas vouloir mourir : Louis-Fer-
comme des animaux dans des tranchées insalu- dinand Céline.
bres, la peur au ventre. Il ne faut pas être lâche : Louis-Ferdinand Céline.

Entraînement au brevet p. 218


Victoire contre la guerre

PREMIÈRE PARTIE pax, « paix ». Belliqueux signifiant qui « recherche


Questions sur le texte littéraire la guerre » est un antonyme de pacifique.
1. Les deux personnages qui dialoguent sont le 3. En récompensant son chien d’une croix de
juge Lantier et le prisonnier Morlac. guerre, Morlac ridiculise les honneurs auxquels ont
2. Pacifique signifie « qui aspire à la paix ». Pacifisme droit les héros de guerre car, pour lui, la guerre est
et pacifier sont deux mots de la même famille car ils une ignominie (l. 11), un crime abject perpétré par
sont formés à partir du même radical pac-, du latin des hommes aux instincts bestiaux (l. 12).

104
4. Il s’agit d’une cérémonie officielle de commé- un fond blanc. Deux drapeaux tricolores ornent le
moration en hommage à ceux qui ont combattu haut du document. Le début et la fin du texte sont
pour la France, lors de laquelle on doit leur décer- écrits en lettres capitales de plus grande taille que
ner les honneurs militaires, comme la croix de la le corps du texte. L’adresse « À tous les Français »
Légion d’honneur. est ainsi mise en relief de même que la formule finale
5. Morlac a tourné en ridicule la cérémonie offi- « Vive la France ! ». En bas à gauche, en format
cielle et la remise de la Légion d’honneur. Il a ainsi réduit, le tract est reproduit en langue anglaise.
voulu montrer la vanité de ce qui est pour lui une 11. Le texte de Jean-Christophe Rufin fait réfé-
mascarade. De ce fait, il a outragé les représen- rence à la Première Guerre mondiale et délivre un
tants de l’État et certains anciens combattants. discours pacifiste dans lequel il montre l’absurdité
6. Morlac ressent tout d’abord de la tristesse (l. 9) de la guerre, alors que le tract du général de Gaulle
puis une certaine indifférence face à la menace est écrit pendant la Seconde Guerre mondiale et
d’une exécution (l. 21) : Peu m’importe. Faites-moi incite les Français au combat armé pour délivrer
fusiller, si vous voulez. Enfin il s’explique avec colère leur pays. Les deux discours sont donc opposés.
et dénonce les honneurs abjects de ceux qui ont Réécriture
organisé cette boucherie (l. 25-26).
Les gens massés sur l’esplanade, prenant sou-
7. La foule adopte la position de Morlac et se dain conscience de cette provocation, se déchaî-
révolte en dénonçant la guerre et en applaudissant nèrent en rires et en quolibets. Les mots « À bas la
le geste de provocation du soldat : La foule mas- guerre » furent entendus. Des applaudissements
sée sur l’esplanade, prenant soudain conscience fusèrent. […] La cérémonie prit fin sans que
de cette provocation, s’est déchaînée en rires et en puisse être rendu cette année l’hommage solen-
quolibets (l. 17-18). nel dû à la Nation.
8. envoyez-moi est un impératif présent exprimant
l’injonction (ou l’ordre). Le verbe suis est un indi- DEUXIÈME PARTIE
catif présent employé comme présent d’énoncia-
Travail d’écriture
tion. Le verbe faut est au présent de l’indicatif. Il
exprime une vérité générale. Sujet A. Voir l’aide p. 219 du manuel.
Sujet B. Quelques pistes à développer selon votre
9.  Proposition de correction  : Selon moi, Mor-
position :
lac a employé un moyen efficace pour persuader
Oui, selon moi, il faut commémorer les victoires
son auditoire. Il a remporté l’adhésion de la foule
françaises lors des deux guerres mondiales pour :
car, par son acte, il a mis en scène le ridicule de
– rendre hommage à tous les soldats morts pour la
la situation. Pour lui, la cérémonie récompense
France mais aussi à toutes les victimes innocentes ;
des actes bestiaux et non des actes héroïques. Il
a voulu montrer la perte d’humanité des hommes – se souvenir que la guerre est une grande bou-
qui se font la guerre en récompensant un chien cherie et essayer d’éviter le plus possible que cela
qui a attaqué un soldat bulgare. ne se reproduise…
Non, il faut renoncer aux commémorations car elles :
Questions sur le texte et l’image – exaltent la violence guerrière ;
10. Le tract signé par Charles de Gaulle est enca- – présentent comme des héros de pauvres jeunes
dré par les couleurs de la France : bleu et rouge sur hommes mobilisés de force…

105 Chapitre 9
Chapitre 10
La poésie, cri de révolte et chant d’espoir
Livre de l’élève p. 220

Ouverture du chapitre p. 220


Réponses aux questions
1er encadré 2e encadré
• La poésie, selon le poète Malherbe, n’a pas d’uti- •  Le titre L’Insurrection poétique sonne comme
lité politique : elle sert à divertir. Il s’agit d’un loisir un cri de révolte lancé à travers la poésie. Cette
au même titre que le jeu de quilles. Pour Gabriel révolte est symbolisée par la couleur rouge du fond
Celaya, en revanche, elle possède un pouvoir puis- et du texte d’annonce. La couleur rouge forme un
sant qui peut changer le futur. Il utilise la métaphore contraste violent avec les deux autres couleurs pré-
de l’arme pour représenter la force de la poésie sentes sur l’affiche : le noir (chevelure et citation
qui permet d’agir sur le monde. du poète Vladimir Maïakovski) et le blanc (nuages
• Les élèves donneront leur propre vision de la poé- et visage du poète). Le regard du poète est dur et
sie. Ex. : on écrit ou lit des poèmes pour partager déterminé ; la tête dans les nuages pourrait sug-
des sentiments intimes ; parce que l’on apprécie gérer que le poète est un rêveur ou un idéaliste.
la beauté du langage  ; pour inciter à servir une L’emploi du verbe arracher, dans la citation, évoque
cause. Écrire un poème lorsque le monde traverse un acte poétique fort.
de grandes crises permet de dénoncer les injus- • L’affirmation du poète signifie que la poésie pos-
tices, d’être porteur d’espoir. sède un pouvoir porteur d’espérance, celui de
rendre aux hommes la joie qu’ils ont perdue, en
changeant le monde et en triomphant du temps
qui passe. On travaillera à partir des réponses des
élèves et de l’image qu’ils ont de la poésie.

« Liberté » p. 222
(poème de Paul Éluard)
> Comment le poème de Paul Éluard nourrit-il l’espoir de la victoire ?
Réponses aux questions vations sur la versification que le poète prend des
1. Le poème « Liberté » a été écrit en 1942 et dis- libertés avec la prosodie classique comme pour
tribué clandestinement pour appeler les Français signifier déjà son désir de liberté au plan formel.
à résister à l’Occupation allemande pendant la 3. Le poète imagine écrire le mot Liberté sur diffé-
Seconde Guerre mondiale. Le titre du poème est rents supports réels ou irréels.
une invitation à se révolter contre l’ennemi pour Strophes 1 à 3. Le mot est écrit sur un support
reconquérir sa liberté. réaliste : des cahiers, des pages, des images…
2. Le poème se compose de 21 quatrains. Ils Strophes 4 à 11. Le poète inscrit le mot Liberté
s’achèvent tous par le vers J’écris ton nom qui sur le monde entier, sur tous les paysages  : le
constitue donc le refrain du poème. Les vers ne désert, la jungle, le ciel, l’horizon, les champs, la
sont pas rimés, mais les assonances créent une mer, les nuages…
musique proche de celle des rimes. Le poème se Strophes 11 à 17. Dans cet ensemble de strophes,
clôt par un vers final Liberté qui provoque un effet Paul Éluard fait entrer le mot Liberté dans son
de chute. Le poème n’est pas ponctué, excepté champ intime, son univers familier  : sa maison,
les débuts de vers signalés par une majuscule et sa chambre, son chien, ses objets, le front de ses
le vers 36. Nous pouvons conclure de ces obser- amis, les lèvres attentives.

107 Chapitre 10
Strophes 18 à 19. Le mot Liberté s’exprime sur 6. Les expressions Je recommence ma vie et Je
les sentiments du poète (ennui, absence, solitude). suis né pour te connaître / Pour te nommer signi-
Strophe 20. Le support devient autobiographique fient que la Liberté permet de revivre et de tout
et immatériel : la santé, l’espoir. recommencer. Mais si chaque homme est né pour
Nous remarquons un double mouvement dans connaître la Liberté, c’est au poète de la nommer.
le poème : Dans ce poème, Éluard se présente donc comme
– une évolution chronologique de l’enfance évo- le chantre de la Liberté, celui qui a pour mission de
quée à travers les cahiers d’écolier jusqu’au pré- la faire advenir en l’invoquant : il devient ainsi un
sent de l’espoir ; guide pour tous ceux qui veulent résister.
– un mouvement de l’extériorité vers l’intériorité : 7. Le poème exprime la position politique du
le poète inscrit le mot Liberté dans le monde entier poète en temps de guerre. Il refuse de collaborer
comme au plus profond de son être. et exhorte ses contemporains à croire en la vic-
4. Les anaphores constituées par la préposition toire française.
Sur, présente au début des trois premiers vers de
Figures de style
chaque quatrain, donnent un rythme au poème et
créent l’effet d’une incantation. Les métaphores surréalistes
a. Les chiffons d’azur sont une métaphore des
5. L’emploi du déterminant possessif ton suivi
nuages.
du substantif nom laisse penser que le poète
s’adresse à une personne, que l’on découvre être b. L’étang soleil moisi est une métaphore du reflet
la Liberté aux deux derniers vers : Je suis né pour du soleil sur l’étang vert.
te connaître / Pour te nommer. La liberté, notion c. Le lac lune vivante est une métaphore du reflet
abstraite, est personnifiée, il s’agit d’une allégorie. mouvant de la lune sur l’eau.

« Le chant des partisans » p. 224


(paroles de Joseph Kessel et Maurice Druon)
> Comment un chant poétique pousse-t-il les peuples à l’action ?
Réponses aux questions pour exprimer l’injonction : le poète invite à faire
1. La chanson est composée de quatre couplets acte de résistance.
de quatre vers et d’un refrain de deux vers com- 6. La révolte est exprimée par différents procédés
mençant par une anaphore Ami, entends-tu. Dans d’écriture. Les répétitions des phrases interroga-
la chanson, les rimes sont suivies (aabb) avec un tives Ami, entends-tu des vers 1 et 2 dans le refrain
retour de la première rime a à la fin du poème. sonnent comme une urgence à rejoindre les rangs
2. Le chant s’adresse à tous les Français amis des de la lutte armée représentée par la répétition du
Résistants, c’est-à-dire les sympathisants, ceux pronom personnel nous (v. 12).
qui soutiennent moralement ou physiquement la Les phrases de type exclamatif expriment l’appel
Résistance armée. Le vers 3 élargit à tous l’appel à la révolte dans les vers 5 et 7 et la nécessité de
au combat : Ohé, partisans, ouvriers et paysans, recourir à des actions violentes pour gagner le
c’est l’alarme. combat contre l’ennemi.
Le champ lexical du combat est omniprésent  :
3. Dans le vers  2, la personnification fait de la
les fusils, la mitraille, les grenades (v. 6) ; tueurs à
France une personne enchaînée qu’il faut libérer,
la balle et au couteau (v. 7) ; saboteur, dynamite
une personne qui souffre, comme le montre l’ex-
(v. 8) ; brisons les barreaux des prisons (v. 9) ; on
pression les cris sourds (v. 2).
tue, on crève (v. 12) ; sang noir (v. 15).
4. La métaphore le vol noir des corbeaux peut faire Le chant des partisans est une marche guerrière,
référence aux avions ennemis, notamment aux un appel à la révolte pour reconquérir la Liberté
bombardiers allemands. perdue.
5. Dans le second couplet, les verbes montez, 7. Au vers 9 le mot brisons rime avec prisons. La
descendez, sortez, tuez sont à l’impératif présent, rime est riche. Au vers  10, trousses rime avec

108
pousse. La rime est suffisante. Les rimes internes Grammaire pour lire
soulignent les souffrances endurées par le peuple Le mode impératif
français qui se bat pour sa liberté. Elles créent
également une grande musicalité. Le chant tire a. ordre. b. conseil. c. conseil/ordre. d. exhorta-
sa force des répétitions lexicales et sonores qui le tion. e. prière. f. conseil.
rendent facilement mémorisable. Il devient d’ail-
leurs l’hymne des Résistants. Vocabulaire
Autour du mot partisan
8. Le vers 14 montre que si un combattant meurt, il
sera aussitôt remplacé par un autre tout aussi effi- 1. Le féminin de l’adjectif partisan est partisane.
cace et valeureux. Le terme général Ami désigne la 2. a. Cet homme politique a de nombreuses per-
multitude d’anonymes qui sont unis pour une cause sonnes qui le soutiennent.
juste et dont le nombre s’accroît de jour en jour. b. Certains députés sont en faveur d’une réforme
9. Il s’agit d’une chanson engagée car elle a pour électorale.
but de défendre des idées et des valeurs. Elle invite c. Cessez d’avoir un comportement partial.
à s’engager dans la lutte contre l’ennemi et prône d. « Le chant des combattants en faveur de la
le combat armé pour remporter la victoire. Elle fait liberté » est un hymne de résistance.
de tous les Résistants des héros.

« Une plaine couverte de marais » et « Vous qui savez » p. 226-227


(poèmes de Charlotte Delbo)
> Comment la poésie décrit-elle l’horreur pour éveiller les consciences ?
Réponses aux questions 4. Le poème se termine par le verbe agoniser qui
plonge le lecteur dans un puissant sentiment de
1. Durant la Seconde Guerre mondiale, Charlotte
compassion. Le rythme répétitif des huit premiers
Delbo est déportée au camp de concentration
vers (Une plaine couverte de... pour...) est brisé par
d’Auschwitz après avoir été arrêtée pour faits de
la chute que constituent les deux derniers vers (qui
résistance. Dans les deux poèmes, l’auteure trans-
luttent / et agonisent) et met en avant le destin tra-
crit poétiquement son expérience douloureuse mais
gique des déportés qui se débattent, pris au piège
aussi le terrible destin des femmes présentes avec
de la machine infernale nazie.
elle dans le convoi du 24 janvier 1943 à destina-
tion d’Auschwitz. Poème 2
5. a. Le poème est construit à partir de l’anaphore
Poème 1 vous qui savez (v. 1, 3, 6, 9, 12, 22) puis de sa
2. a. Le poème ne comporte pas de rimes mais la variante saviez-vous (v. 2, 4, 7, 10, 13, 16, 19, 21).
disposition typographique atteste de la présence b. Le pronom vous renvoie à tous ceux qui pensent
de vers libres. Par ailleurs, les répétitions de vers comprendre l’expérience concentrationnaire parce
créent une musicalité qui sert un lyrisme pathé- qu’ils se sont documentés ou qu’ils ont entendu
tique (expression des sentiments). des témoignages. La poétesse les oppose à ceux
qui ont vécu et souffert dans les camps et qu’elle
b. Le nombre de syllabes des vers est variable : désigne par le pronom on.
ce sont des vers libres.
6. Charlotte Delbo tente de témoigner de l’horreur
3. La répétition anaphorique du vers Une plaine des camps en utilisant des comparatifs de supé-
permet de créer un rythme qui rappelle le rythme riorité. Elle donne ainsi au lecteur des points de
répétitif et infernal du travail forcé des hommes et repères lui permettant d’approcher de la vérité  :
des femmes exploités dans les camps. Le poème saviez-vous qu’un jour est plus qu’une année / une
progresse au moyen de cette anaphore : la des- minute plus qu’une vie (v. 10-11) ; saviez-vous que les
cription concrète de la plaine couverte de marais jambes sont plus vulnérables que les yeux / les nerfs
qui ouvre le poème, se poursuit et s’achève par plus durs que les os / le cœur plus solide que l’acier
une expression métaphorique : une plaine de froid (v. 13-15). Elle suggère que la souffrance morale
et de fièvre (v. 9-10). est plus terrible encore que la souffrance physique.

109 Chapitre 10
L’emploi des négations est également signifiant s’exprimer au moment de la détention tant les
avec les expressions les pierres du chemin ne détenus étaient pris dans une horreur sans nom.
pleurent pas (v.  16)  ; la souffrance n’a pas de La poétesse se fait donc le porte-parole de ses
limite / l’horreur pas de frontière (v. 19-20) : il ren- compagnes du convoi du 24 janvier 1943 pour
voie au système concentrationnaire qui nie l’hu- exprimer leur révolte et leurs souffrances.
manité des déportés.
7. Le vers 16 présente une personnification qui tra- Le coin du philosophe
duit l’état intérieur des hommes et des femmes : en Quelques pistes de réflexion :
évoquant les pierres, dures, inertes, silencieuses, • Certains considèrent qu’il faut mettre des mots sur
incapables de pleurer, la poétesse veut montrer des expériences douloureuses (séparation, deuil,
l’extrême chagrin des détenus qui, paralysés par maladie, accident…) : cela permettrait d’extério-
l’épouvante (v. 17) et l’angoisse (v. 18), ne peuvent riser ses sentiments et serait apaisant.
même plus verser de larmes. Ils ont dépassé le • Partager sa peine avec ses amis ou ses proches
stade des pleurs car l’horreur quotidienne les a permettrait également de se sentir moins seul et
saisis et réduits au silence. d’être soutenu dans les épreuves.
8. Le poème interpelle violemment les lecteurs qui •  Pour d’autres, au contraire, le silence est un
pensent complaisamment avoir fait le tour de la refuge, un moyen d’apaiser les peines. Ceux-là
question des camps de concentration en 1970. préfèrent affronter seuls leurs difficultés car ils
Il constitue un cri de douleur, cri qui ne pouvait pensent importuner les autres ou en être incompris.

« À tous les enfants » p. 228


(poème de Boris Vian)
> Comment le poème de Boris Vian exprime-t-il la colère ?
Réponses aux questions v. 13 ; monde parfumé, v. 14 ; rires, v. 15 ; oiseaux
1. Les enfants sont des jeunes gens qui sont partis bleus, v. 15) et celui des bureaucrates intéressés
faire la guerre (v. 23) en Indochine Par un brumeux (calculant le rendement, v. 22 ; tous les gras tous les
matin d’avril (v. 2). Le poète appelle ces jeunes sol- cocus, v. 24 ; qui ventripotent, v. 25 ; comptent et
dats des enfants pour mettre en relief leur jeunesse. comptent leurs écus, v. 26 ; bajoues, v. 32).
2. Boris Vian refuse de leur ériger un monument 5. Les vers 14, 15, 16 mettent en scène un monde
aux morts classique, fait de béton et de pierre, il harmonieux et innocent soudain sacrifié, comme
préfère leur ériger, pour leur rendre hommage, un en témoigne la métaphore du coup de griffe au
monument poétique plus léger, plus aérien, plus vers 16 qui déchire cette image paisible. L’allité-
pérenne aussi. ration en [f] présente dans les mots griffé (v. 16),
3. Le poète oppose les enfants à tous ceux qui sont feu (v.  16), neuf (v.  17) crée une dissonance qui
restés / Les pieds au chaud, sous leur bureau, à manifeste la violence de la guerre.
savoir les bureaucrates qui envoient des innocents 6. Le poète veut susciter la honte chez les respon-
se faire tuer pendant qu’ils engrangent les béné- sables de la guerre en les accusant d’avoir ainsi
fices financiers et politiques de la guerre. conduit à la mort des milliers de jeunes gens dans
4. Le poète oppose deux types de monuments un but vénal. Ses mots colleront à leur conscience
poétiques : celui qu’il dresse aux innocentes vic- comme une souillure morale. La violence des vers
times de la guerre et celui qu’il dresse à tous ceux finaux envers les dirigeants a pour but de provoquer
qui sont restés  / Les pieds au chaud, sous leur une prise de conscience chez les hommes, afin que
bureau (v. 20-21), c’est-à-dire ceux qui, par inté- plus jamais ils ne commettent une telle barbarie.
rêt, envoient des jeunes gens à la mort. Ce monu- 7. Boris Vian veut défendre des valeurs pacifistes.
ment-là est fait avec la colère du poète : Avec la La guerre constitue pour lui une rupture dans l’har-
schlague, avec le fouet / Avec mes pieds avec mes monie du monde et n’a d’autre justification que
poings (v. 29-30). l’intérêt de quelques-uns.
Deux champs lexicaux s’opposent donc : celui de
l’enfance (enfants, v. 1 ; sac au dos, v. 1 ; étonnement,

110
Grammaire pour lire ceux-là je dresserai, le verbe dresser est conjugué
Futur de l’indicatif et présent au futur simple pour exprimer un fait réalisable
du conditionnel dans l’avenir.
1. Au vers  3, Je voudrais faire un monument, le 2. a. Je voudrais défendre les victimes de la guerre.
verbe vouloir est conjugué au présent du condi- b. Ils refuseraient le combat s’ils devaient y par-
tionnel, expression du souhait. Au vers 27, À tous ticiper. c. Ils se révolteraient s’ils le pouvaient.

« Afrique » et Cahier d’un retour au pays natal p. 230-231


(poèmes de David Diop et Aimé Césaire)
> Comment les poètes de la négritude crient-ils leur révolte
contre les colonisateurs ?
Réponses aux questions sueur de ton travail (v. 8-9) ; Ce dos tremblant à
1. Les deux poèmes ont pour thème l’identité noire. zébrures rouges (v.  15)  ; dans le poème d’Aimé
Césaire, debout dans le sang (v. 11). Les poètes
2. Les poèmes s’apparentent à des chants par
de la négritude dénoncent la situation du peuple
leur rythme répétitif.
africain privé de sa liberté par les puissances occi-
Dans le poème de David Diop, le mot Afrique revient
dentales qui ont colonisé sa terre. Ils luttent pour
comme un refrain sous la forme d’une anaphore.
que soient reconnues l’identité et l’indépendance
Le texte d’Aimé Césaire est structuré, quant à lui,
politique des peuples colonisés.
à partir de l’anaphore debout.
3. Dans le texte « Afrique », le poète apostrophe Grammaire pour lire
le continent comme si c’était une personne mais il Les adverbes en -ment
s’adresse en fait à tous les lecteurs qui se recon-
a. Le néologisme est formé sur l’adjectif mascu-
naissent comme Africains. Aimé Césaire s’adresse
lin inattendu auquel on adjoint le suffixe adverbial
lui aussi au peuple africain qu’il désigne du terme
-ment exprimant la manière.
péjoratif négraille (v. 3), utilisé jadis par les escla-
Rappel : D’une manière générale, les adverbes en
vagistes.
-ment se forment sur l’adjectif au féminin auquel
4. Aimé Césaire joue sur la disposition typogra- on adjoint le suffixe adverbial -ment comme dans
phique qui permet de mettre en relief les termes généralement ou joyeusement. Mais lorsque l’adjec-
debout et libre (v. 12-14). Les pauses dans la mise tif se termine en -u ou en -é, l’adverbe se forme par
en voix du poème induites par les espaces blancs adjonction du suffixe adverbial -ment (Ex. : éperdu
typographiques permettent de souligner l’impor- ➞ éperdument, obstiné ➞ obstinément, avec par-
tance du message de révolte pour la liberté. fois présence d’un accent circonflexe assidu ➞
5. Dans « Afrique », le continent africain est pré- assidûment). Aux adjectifs terminés par -ant ou
senté métaphoriquement comme un arbre indes- -ent correspondent les adverbes en -amment ou
tructible dont les fruits ont le goût de la liberté. -emment (Ex. : patient ➞ patiemment ; brillant ➞
Le fait que cet arbre repousse sans cesse traduit brillamment).
l’obstination du Peuple noir, au cours de l’histoire, b. Les adverbes de manière dans le poème de
pour obtenir sa liberté. Diop sont :
Dans Cahier d’un retour au pays natal, la méta- – gravement (v. 17) : grave + suffixe adverbial -ment ;
phore finale du navire lustral s’avançant impavide – splendidement (v. 20) : splendide + suffixe adver-
fait du peuple africain un peuple en marche vers bial -ment ;
sa liberté et que rien ne fera reculer. – patiemment (v. 22) : adjectif patient (adjectif ter-
6. La liberté a un goût amer car le peuple africain miné par -ent > suffixe -emment) ;
a enduré énormément de souffrances  : dans le – obstinément (v.  22)  : obstiné + suffixe adver-
poème de David Diop, Le sang de ta sueur / La bial -ment.

111 Chapitre 10
Histoire des arts p. 232
L’adaptation cinématographique : L’Armée des ombres de Jean-Pierre Melville
Analyser une séquence 5. À l’arrière-plan, on distingue un grand tunnel
1. Gerbier découvre les soldats de la Gestapo prêts dont l’issue semble très lointaine.
à l’exécuter. Il paraît dans une grande faiblesse phy- 6. Finalement, Gerbier, à qui on a tiré dans les
sique : il est voûté, son visage est blême. Les soldats jambes, se met à courir par instinct de survie. Il est
l’entourent de très près. difficile d’imaginer qu’il peut échapper à la mort.
2. Gerbier exprime son incrédulité. Il ne parvient 7. Une fumée envahit le tunnel et une corde tombe.
pas à croire en sa mort imminente. Il s’interroge sur Gerbier se hisse à l’extérieur du tunnel et parvient
son absence de peur : C’est impossible de ne pas à attraper la main de quelqu’un qui vient d’orga-
avoir peur quand on va mourir. C’est parce que je niser son sauvetage. La contre-plongée fait de la
suis trop borné, trop animal pour y croire. Sa réac- main tendue une aide providentielle, miraculeuse.
tion impassible devant la mort montre l’étendue de
son sang-froid et par conséquent de son courage. Faire le point
3. La proposition de l’officier allemand paraît cruelle La scène est d’une tension dramatique extrême car
voire perverse car Gerbier, compte tenu de son état le spectateur ne sait pas quel personnage pour-
physique, semble incapable de courir. rait sauver la vie de Gerbier. Celui-ci décide de ne
4. La voix off indique que Gerbier a conscience pas courir mais son instinct de survie le pousse
de son état physique et veut conserver toute sa vers la vie et la liberté. L’angoisse d’une situation
dignité. Il ne courra pas pour ne pas offrir ce plaisir tragiquement fermée laisse place à l’espoir le plus
à l’officier. Son visage marque sa détermination à inouï avec l’apparition d’une main providentielle.
rester un homme courageux devant ses bourreaux.

Activités : vocabulaire et écriture p. 234


1. Exprimer sa révolte ou ses espoirs c. Les synonymes des verbes en gras sont :
a. Les intrus sont : 1. s’engager. 2. dénoncer. 3. se révolter. 4. don-
1. message. 2. collaborateurs. 3. opprimés. ner. 5. croire. 6. lutter.
4. émoi. 5. se relever.
b. Les mots de la même famille sont : 2. Autour du verbe espérer
1. liberté  : libertaire  / liberticide. 2. paix  : pacifi- 1. Il faut croire en l’avenir. 2. Tous les peuples
cateur / pacifier. 3. justice : justicier / justiciable. souhaitent être libres. 3. Les hommes désirent
4. espoir : espérance / désespoir. 5. révolte : se vivre en harmonie. 4. Ils aspirent au bonheur.
révolter / révolté. 6. courage : courageux / découra- 5. Les enfants rêvent d’un futur sans oppres-
ger. 7. honneur : honorer / déshonneur. 8. oppres- sion et sans guerre. 6. Ils ont foi en l’être humain.
sion : opprimer / oppresseur. 9. sacrifice : sacrifi- 7. Ils rêvent d’un autre monde.
cateur / sacrifier.

Je construis le bilan p. 236


1  Je sais identifier le contexte historique du poème engagé
Auteur(s) Titre de l’œuvre Contexte historique
Paul Éluard « Liberté » Seconde Guerre mondiale
Joseph Kessel et Maurice Druon « Le chant des partisans » Seconde Guerre mondiale
Charlotte Delbo « Une plaine couverte de marais » Seconde Guerre mondiale
et « Vous qui savez »
Boris Vian « À tous les enfants » Guerre d’Indochine
Aimé Césaire Cahier d’un retour au pays natal Décolonisation africaine
David Diop « Afrique » Décolonisation africaine

112
2  J’entends la musicalité d’un poème les fruits ont le goût de la liberté. La figure de style
est donc une métaphore qui associe deux élé-
a. On relève une allitération en [f] dans le vers de ments éloignés, l’Afrique et l’arbre, sans outil de
Charlotte Delbo, en [r] dans celui de Joseph Kes- comparaison.
sel et Maurice Druon et en [v] dans le vers d’Aimé
Césaire. 4   Je connais les valeurs défendues dans
b. Dans le vers de Charlotte Delbo l’allitération en les poèmes
[f] accroît l’effet de dramatisation en présentant une Paul Éluard : ne pas renoncer à la Liberté et croire
dénonciation amère de la souffrance. Saviez-vous à la victoire.
que la faim fait briller les yeux que la soif les ternit.  Joseph Kessel et Maurice Druon  : pousser à la
L’allitération en [r] dans C’est nous qui brisons les Résistance armée.
barreaux des prisons pour nos frères renforce la Charlotte Delbo : faire comprendre l’horreur des
puissance du chant de révolte. camps.
L’allitération en [v] dans le vers d’Aimé Césaire et Boris Vian : exprimer des idées pacifistes.
le navire lustral s’avancer impavide traduit la fluidité Aimé Césaire : défendre l’identité africaine.
du navire glissant lentement sur les eaux. David Diop : défendre l’identité africaine.
3   J’identifie les figures de style dans un 5  Je comprends le rôle de l’œuvre engagée
poème Une œuvre engagée est une œuvre qui défend
Le vers Dans la nuit la Liberté nous écoute est une des valeurs et dénonce des situations injustes. La
personnification car, en faisant de la Liberté une per- poésie ou le chant constituent pour les artistes un
sonne (présence de la majuscule et sujet du verbe moyen qui leur permet d’exprimer leur révolte ou
écouter), le poète donne vie à une réalité abstraite. leur espoir. Ils incitent ainsi leurs contemporains
Dans les vers de David Diop, l’Afrique est assimi- à l’action pour faire triompher la vérité, la justice
lée à un arbre qui repousse sans relâche et dont et la liberté.

Entraînement au brevet p. 238


« Ce cœur qui haïssait la guerre… » de Robert Desnos
PREMIÈRE PARTIE désigne également dans le poème la bataille, le
Questions sur le texte littéraire conflit armé pendant la guerre.
1. Le contexte historique du poème est la Seconde 6. Écoutez est conjugué à l’impératif présent pour
Guerre mondiale comme le montre le vers 15 avec exhorter les Français à se rallier au mouvement de
la mention du nom du dictateur nazi Hitler. De plus, la Résistance. Les verbes je l’entends et revient sont
dans le paratexte, il est indiqué que le poète a été au présent de l’indicatif et renvoient au moment de
Résistant puis déporté. l’énonciation du discours. Ce sont des présents
2. Le poème ne comporte pas de rimes mais il d’énonciation.
est écrit en vers comme en témoigne la disposi- 7. Le singulier ce cœur renvoie au poète qui semble
tion typographique avec le retour à la ligne et les seul à entendre l’appel de la Résistance au début
majuscules qui marquent le début des vers. du poème mais parvient à y rendre sensibles ses
3. Il y a une opposition entre la détestation de la concitoyens au fil du poème. Le pluriel ces cœurs
guerre et le fait que le cœur bat, c’est-à-dire vit, désignent tous les Français qui veulent se battre
désormais pour la guerre. pour la Liberté.
4. a. Le champ lexical du bruit est constitué des 8. Le poème s’adresse à tous les Français et tout
termes bat (v. 1) ; sifflent (v. 6) ; ce bruit (v. 6 et 7) ; particulièrement à ceux qui jusqu’à présent refu-
son d’une cloche (v. 8) ; je l’entends (v. 9) ; échos (v. 9). saient le conflit armé. Il veut les persuader de la
b. Les cœurs battent à l’unisson avec les éléments nécessité de se battre pour leur propre liberté et
naturels  : les marées, les saisons, les heures du de s’unir dans la bataille afin d’être plus forts.
jour et de la nuit. 9. Le lexique guerrier combat (v. 1, 8), émeute (v. 8),
5. Il y a un jeu sur la polysémie du verbe battre qui bataille (v. 1) prend le pas sur la volonté pacifiste
désigne le « mouvement du cœur humain » mais du poète. Il se révolte contre l’oppresseur nazi

113 Chapitre 10
et lance un appel très clair au vers 15 : Révolte 11. Dans le poème de Robert Desnos, les Résis-
contre Hitler et mort à ses partisans ! Les phrases tants sont des héros ; tous les citoyens doivent
de type exclamatif (v. 1 et 15) renforcent l’expres- devenir Résistants et s’unir contre Hitler. De manière
sion de la révolte. opposée, l’activité résistante est présentée comme
criminelle avec les photographies de corps criblés
Question sur le texte et l’image
de balles ou de sabotage de train par la propa-
10. L’affiche présente des photographies en noir gande allemande qui veut faire de l’opinion publique
et blanc organisées sous forme triangulaire pour française son alliée et stopper les velléités de ceux
montrer les liens de hiérarchie entre les différents qui voudraient devenir Résistants.
membres du groupe de Résistants dirigé par Mis-
sak Manouchian. Les portraits des hommes sur Réécriture
un fond rouge produisent un fort contraste. Le titre Ces cœurs qui haïssaient la guerre
en rouge La Libération  ! par l’armée du crime et voilà qu’ils battent pour le combat et la bataille !
la question Des libérateurs ? en haut de l’affiche Ces cœurs qui ne battaient qu’au rythme des
proposent un commentaire politique très péjoratif marées,
sur les Résistants photographiés le visage mar- à celui des saisons,
qué et les cheveux hirsutes. La propagande alle- à celui des heures du jour et de la nuit,
mande mène une guerre idéologique pour dénigrer Voilà qu’ils se gonflent et qu’ils envoient dans
les membres d’un groupe qui seront considérés les veines […]
comme des héros à la Libération.

114
Chapitre 11
L’homme, objet scientifique Livre de l’élève p. 244

Ouverture du chapitre p. 244


Réponses aux questions
1er encadré ments technologiques qui ont amélioré les condi-
• Émile Zola considère que le progrès est le moteur tions de vie des hommes du XIXe siècle : invention
de l’humanité. Dans le contexte historique de la de la machine à tisser, de la machine à vapeur, du
révolution industrielle du XIXe  siècle, les progrès métropolitain, de l’électricité… Cependant, les
dus à la science apparaissent comme des oppor- crises et conflits mondiaux du XXe et du XXIe siècle
tunités de développer l’industrie et d’améliorer la nous engagent à une certaine prudence. Le pro-
vie de l’humanité. grès doit être maîtrisé et ses applications doivent
Le contexte historique du physicien Albert Einstein être raisonnées.
est très différent. Les découvertes scientifiques du
2e encadré
début du XXe  siècle ont eu, pour certaines, des
applications dramatiques comme la création de • L’image représente des centaines de bébés
la bombe atomique. Albert Einstein a donc une identiques sortant de coquilles d’œufs. Elle n’est
vision pessimiste du progrès qui peut se révé- donc pas réaliste mais symbolique. Elle représente
le clonage humain qui consiste en une duplication
ler destructeur pour l’humanité si des personnes
à l’identique de cellules pour reproduire des êtres
malintentionnées s’en emparent.
humains. Il peut s’agir d’un progrès mais un comité
• Nous pouvons comprendre l’enthousiasme de d’éthique est nécessaire pour définir et limiter l’uti-
l’écrivain Émile Zola, témoin de grands change- lisation de cette technique.

La création d’un monstre p. 246


(Mary Shelley, Frankenstein)
> Les savants ne doivent-ils s’imposer aucune limite ?
Réponses aux questions 2. a.
Échanger Termes mélioratifs Termes péjoratifs
• Les élèves pourront connaître l’histoire de Fran- membres […] peau jaune tendue à
kenstein à travers le film Docteur Frankenstein de proportionnés (l. 13) ; l’excès (l. 14-15) ;
Paul McGuigan sorti en 2015 avec Daniel Radcliffe ses traits pour leur yeux noyés d’eau
(acteur de Harry Potter) ou les films d’animation Le beauté (l. 13-14) ; (l. 18) ;
Chat de Frankenstein, Hôtel Transylvanie… cheveux d’un noir blanc terne des orbites
lustré […] abondants (l. 18-19) ;
• Réponse ouverte.
(l. 15-16) ; visage […] ridé et lèvres
PARCOURS A dents d’une blancheur droites et minces (l. 19)
de nacre (l. 16)
1. L’atmosphère est angoissante et lugubre comme
b. Les éléments du visage sont, pour certains,
le montrent les indications de couleur et de lumière :
décrits de manière méliorative mais l’image d’en-
bougie presque entièrement consumée ; lueur vacil-
semble donnée est péjorative. En effet, la créature
lante (l. 5-6) ; la lumière incertaine et jaunâtre de la
a une apparence hideuse malgré les efforts du
lune (l. 31-32) ; toute la nuit (l. 41). Le lecteur est
savant pour choisir des éléments du visage plu-
plongé dans une scène en clair-obscur effrayante.
tôt beaux : ces merveilles ne servaient qu’à rendre
plus horrible le reste de son corps (l. 17).

115 Chapitre 11
c. Le monstre est effrayant car le savant ne parvient sés (l.  28-31). Les différentes manières dont il
pas à le regarder et fuit : Incapable de supporter la nomme sa créature manifestent son dégoût : de
vue de l’être que j’avais créé, je me précipitai hors chose inerte (l. 4), la créature devient un misérable
de la pièce (l. 20-21). (l. 12), l’être que j’avais créé (l. 20-21), le malheu-
3. Le docteur Frankenstein a différentes réactions reux, le misérable monstre (l. 33). À la fin du texte,
face à sa créature. Tout d’abord, il éprouve de l’an- l’être est qualifié de démon (l. 44) par son créateur
xiété mêlée de terreur (l. 2) puis il est troublé par qui souligne ainsi le rejet définitif de sa créature.
l’aspect hideux de sa créature. Les phrases inter- 4. La scène se déroule en pleine nuit : une nuit de
rogatives des lignes 10 à 13 témoignent de son novembre (l. 1) à [u]ne heure du matin (l. 4). Elle
grand trouble. Ensuite, les phrases exclamatives s’apparente à un tableau en clair-obscur ce qui rend
Beauté ! – Grand Dieu ! (l. 14) expriment la décep- l’atmosphère angoissante comme le montrent les
tion du savant. Il voulait créer une belle œuvre et jeux de lumière : bougie presque entièrement consu-
il a produit un monstre repoussant qui le terrifie. Il mée ; lueur vacillante (l. 5-6) ; la lumière incertaine
décide de fuir. Il s’endort et à son réveil c’est un et jaunâtre de la lune (l. 31-32). Le lecteur a l’im-
sentiment d’horreur qui domine. Sa panique se pression d’assister à une scène de film d’horreur :
manifeste au plan physique par une perte totale de il voit un savant qui manipule des chairs mortes et
contrôle : Je tressaillis et m’éveillai plein d’horreur ; finit par créer un monstre hors de tout contrôle.
une sueur glacée couvrait mon front […] ; tous mes 5. Le savant a cru qu’il était tout-puissant grâce à
membres étaient convulsés (l. 28-31). sa science. Mais il a fait preuve d’un manque de
4. Le savant n’a pas maîtrisé les conséquences prudence et se trouve dépassé par le résultat de
de ses essais scientifiques car sa créature le ter- ses expériences scientifiques. On peut dire qu’il a
rifie. Il a donné la vie à un monstre dont il ne peut joué à l’apprenti sorcier car il a défié la mort.
supporter la vue ou la présence.
Bilan
PARCOURS B
Le texte met en scène un savant qui joue à l’ap-
1. a. Le savant a créé un être vivant à partir de prenti sorcier  : dans une atmosphère lugubre, il
chairs mortes : il va infuser l’étincelle de vie dans donne vie à une créature faite de chairs mortes.
cette chose inerte (l. 3-4). Contrairement à ce qu’il espérait, le savant ne réa-
b. La créature possède des cheveux d’un noir lus- lise pas une expérience scientifique grandiose : de
tré […] abondants et des dents d’une blancheur de ses manipulations à partir du corps humain naît
nacre mais ses yeux noyés d’eau, le blanc terne un monstre pour lequel il n’éprouve aucune fierté
de ses orbites et son visage […] ridé et ses lèvres mais bien plutôt de la terreur.
droites et minces la rendent repoussante. Les
termes qui caractérisent son visage ne sont pas Écrire un texte explicatif
tous péjoratifs mais la combinaison de tous les
Selon le mythe grec, Prométhée, fils d’un titan, prit
éléments fait de cette créature un être repoussant.
toujours le parti des hommes contre les dieux. Il
2. La beauté de certains éléments du visage commit un acte de transgression en dérobant le
contraste avec l’aspect monstrueux de certaines feu à la forge d’Héphaïstos et en le donnant aux
parties du corps de la créature. hommes, le feu étant le symbole de la connais-
3. Le savant ressent un grand trouble marqué par sance. Pour le punir, Zeus le condamna à subir un
les phrases interrogatives des lignes  10 à 13  : supplice éternel aux enfers. Accroché à un rocher,
Comment trouverais-je des mots suffisants […] l’aigle du Caucase lui dévorait le foie chaque jour
avec tant de peines et de soins ? Puis il exprime mais chaque nuit, son foie se reconstituait.
une immense déception face à l’aspect horrible de Mais selon le poète latin Ovide, le titan usurpe le
son œuvre par le biais des phrases exclamatives : pouvoir des dieux en fabriquant l’homme avec de
Beauté  ! – Grand Dieu  ! à la ligne  14. Un senti- l’argile et en lui donnant la vie. Le parallèle entre
ment de panique l’envahit, souligné par le lexique le héros mythologique et le docteur Frankenstein
de l’émotion (anxiété, l. 2 ; terreur, l. 2 ; trouble, est assez aisé à établir puisque le savant, comme
l. 24 ; troublé, l. 27 ; agitation, l. 42) et matérialisé Prométhée, a donné vie à une créature et, comme
par des symptômes physiques  : Je tressaillis et Prométhée, il a défié les dieux en voulant percer
m’éveillai plein d’horreur ; une sueur glacée cou- le mystère de la création et en voulant le révéler
vrait mon front ; […] mes membres étaient convul- aux hommes.

116
Dans la philosophie antique, notamment dans le hommes mais aussi une métaphore de la déme-
Protagoras de Platon, le mythe de Prométhée est sure (hybris).
une métaphore de la connaissance donnée aux

Renaître grâce à la science p. 248


(Maylis de Kerangal, Réparer les vivants)
> Comment faire l’éloge d’un exploit scientifique ?
Réponses aux questions Chacun attend avec angoisse le signal de vie, le
Comprendre battement de cœur.
• L’organe d’un donneur décédé est prélevé de 4. a. La métaphore rapproche le battement de
son corps par des chirurgiens puis il est greffé, ou cœur à l’aube qui désigne la naissance du jour,
rattaché, au corps d’un receveur. pour exprimer la renaissance de Claire.
• Le professeur Frankenstein pratique des greffes b. Le dernier paragraphe, et notamment la méta-
d’organes de personnes décédées pour fabriquer phore finale, provoque l’émotion du lecteur, qui a
un nouvel être vivant. Le professeur Harfang pra- tremblé avec l’équipe médicale. Il a l’impression
tique également une greffe mais, contrairement au d’assister à un miracle, à une deuxième naissance.
docteur Frankenstein, il pratique une opération sur
Bilan
un receveur vivant. Il n’a pas l’intention d’insuffler
la vie dans un corps mort mais de préserver la vie • Le narrateur fait l’éloge de la prouesse technique
dans un corps malade. Dans un cas, le résultat accomplie, à savoir une transplantation cardiaque,
est monstrueux et contre-nature, alors que dans en mettant en avant les qualités des chirurgiens :
l’autre cas, le résultat est admirable. patience, adresse et dextérité.
Il décrit avec réalisme la complexité des gestes
Analyser médicaux à réaliser puis il ménage un suspense
1. Les trois premiers paragraphes décrivent avec par l’utilisation de phrases de type exclamatif et
un grand réalisme le déroulement d’une transplan- interrogatif.
tation cardiaque en reprenant les étapes de l’opé- Enfin, il provoque l’émotion du lecteur par une
ration (Il s’agit d’abord de s’occuper des vaisseaux, métaphore qui souligne la beauté de l’exploit : don-
l. 1), les gestes techniques (la circulation extracor- ner une seconde chance, redonner la vie.
porelle mise en place, l. 5-6) et des termes scien- • Le titre du roman Réparer les vivants prend
tifiques précis (l’artère pulmonaire  ; le ventricule alors tout son sens  : la médecine parvient par
droit, l. 17-18). la transplantation cardiaque à redonner vie à un
2. Les chirurgiens sont présentés comme extrê- corps malade.
mement précis et talentueux. Leur dextérité, leur
adresse et leur patience sont soulignées des Du grec au français
lignes 3 à 5 (il semble que la rapidité soit le por- Le mot électrocardiogramme
tant de l’action, qu’à ralentir leurs mains risque- a. Le mot est composé des racines grecques
raient de trembler) et à la ligne 13 (Les chirurgiens électro- (de êlektron, « ambre jaune », d’après sa
commencent à présent un long travail de couture). propriété à attirer les corps légers quand on l’a
3. La tension dramatique est à son comble. De frotté), cardio- (de kardia, «  cœur  ») et -gramme
manière générale, le rythme des phrases est (de gramma, « lettre »). Électro- renvoie à l’électri-
rapide ; les propositions sont juxtaposées et cer- cité, -gramme à l’écriture (ici, transcription écrite,
taines phrases sont courtes voire nominales  : enregistrement). Il s’agit donc d’un examen du
On choque ? Feu ! (l. 22). Les chirurgiens s’inter- cœur enregistrant l’activité électrique de l’organe
rogent : le cœur va-t-il battre de nouveau dans le nécessaire à ses contractions.
corps d’un autre ? Les personnages ressentent une b. Un électroencéphalogramme (du grec egkepha-
forte appréhension, caractérisée par l’emploi du los, « cerveau ») est un examen du cerveau qui per-
verbe déglutir (l. 25) et de l’adjectif blanche (l. 26). met d’enregistrer l’activité électrique de l’organe.

117 Chapitre 11
Grammaire pour lire c. Voici des pulsations régulières, étrangement
La forme emphatique rapides, qui bientôt forment un rythme.
Il y a des pulsations régulières, étrangement
a. Les mots pulsations régulières sont mis en avant
rapides, qui bientôt forment un rythme.
à l’aide du présentatif ce sont… qui.
b. L’apparition de pulsations régulières du cœur
signifie que la greffe a réussi car le cœur bat dans
un autre corps.

Un énorme potentiel thérapeutique p. 250


(article du Monde)
> Le clonage est-il l’avenir de l’homme ?
Réponses aux questions Exemple(s) : Traitement de pathologies cardiaques,
Comprendre blessure à la moelle épinière, maladie de Parkin-
son…
• Le texte est un article paru sur le site Internet du
journal Le Monde le 16 mai 2013. Thèse 2, personnes défavorables au clonage : Les
• Les cellules souches sont des cellules qui ont la évêques catholiques des États-Unis.
propriété de se multiplier et de donner naissance à Argument anti-clonage  : Les travaux pourraient
tous les organes et tous les tissus de l’organisme. conduire à traiter les êtres humains comme des
Le clonage est une technique de reproduction qui produits manufacturés.
permet d’obtenir des cellules vivantes identiques Bilan
à partir d’une seule cellule.
Le clonage est une manipulation génétique qui per-
Analyser met la division de cellules souches. Elle présente
1. Le clonage thérapeutique permet de cloner des l’avantage d’ouvrir des possibilités thérapeutiques
cellules souches et de les utiliser pour soigner cer- importantes mais elle peut aussi profondément
taines maladies comme la maladie de Parkinson modifier la société si un jour les scientifiques par-
ou la sclérose en plaques par exemple, alors que viennent à cloner des humains.
le clonage reproductif a pour but de reproduire des
êtres humains identiques. Débattre sur le clonage
2. Le premier animal cloné a été la brebis Dolly en Quelques pistes :
1996 au Royaume-Uni. À la date de rédaction de – Contre le clonage : peur d’un monde où tous les
l’article, des chèvres et des lapins ont été clonés êtres humains seraient identiques, où on élimine-
mais jamais de primates ou de singes dont la bio- rait les êtres plus faibles, moins beaux ou moins
logie de reproduction est plus complexe (l. 31-32). intelligents que d’autres…
3. Argument pro-clonage  : Le clonage de cel- – Pour le clonage  : intérêt de poursuivre les
lules souches présente un énorme potentiel thé- recherches sur le clonage pour essayer de soi-
rapeutique. gner des maladies graves…

Le procédé Bokanovsky p. 252


(Aldous Huxley, Le Meilleur des mondes)
> La manipulation génétique est-elle un progrès de la science ou une dérive ?
Réponses aux questions de Michael Bay (2005) ou Star Wars : L’Attaque des
Échanger et comprendre clones de George Lucas (2002).
• Films traitant de la manipulation génétique : Bien- Livres : Divergente de Veronica Roth ou Terrienne
venue à Gattaca d’Andrew Niccol (1997), The Island de Jean-Claude Mourlevat.

118
• Le Directeur explique le clonage humain. Les cel- disposition des individus identiques plus faciles à
lules embryonnaires bourgeonnent puis se divisent. maîtriser et à comprendre. Ainsi la stabilité sociale
Chaque bourgeon donne un embryon, qui donnera paraît-elle assurée car chacun est à sa place et
un être humain. personne ne songe à remettre en cause son statut.
Analyser 5. Le narrateur critique implicitement cette société
en rendant le personnage du Directeur ridicule. Il
1. – Un ouvrage scientifique. Faux. feint de s’emporter contre un étudiant qui pose
– Un roman réaliste. Faux. une question de bon sens (l’un des étudiants
– Un roman de science-fiction. Vrai. fut assez sot, l. 33) : à quoi cela sert-il de cloner
Le texte est un extrait d’un roman de science-fic- les hommes ? Quels en sont les avantages ? Sa
tion car il décrit un monde futur où les innovations réponse est obscure, voire inquiétante : tout le pro-
scientifiques prennent une place très importante blème serait résolu (l. 47-48). Il semble que, dans
et modifient la société. cette société, la différence et l’opposition sont indé-
2. a. Selon le Directeur, le fait de produire des sirables, considérées comme une source de pro-
individus identiques présente l’intérêt de contrô- blèmes. Se profile ainsi une société uniformisée où
ler les réactions des hommes. Par conséquent, le les libertés et le droit à la différence sont bafoués.
clonage serait un des instruments majeurs de la Il convient d’ajouter que le titre du roman d’Al-
stabilité sociale ! (l. 37-38). dous Huxley est ironique. En faisant référence au
b. L’étudiant n’est pas sot de poser sa question. conte philosophique voltairien, Candide, qui met
Au premier abord, on peut se demander quelle est en garde contre un optimisme aveugle, il recom-
l’utilité de produire des individus identiques et d’éra- mande de ne pas être dupe et de rester prudent
diquer ainsi la richesse des différences humaines. vis-à-vis du progrès. Le monde imaginé par Huxley
pourrait bien se révéler non pas le meilleur mais
3. a. Les hommes sont rapprochés des plantes. Ils le pire possible.
sont cultivés comme des végétaux dans Le Meil-
leur des mondes. Ils perdent donc leur humanité. Bilan
b. Le nom bourgeon (l. 29) et le verbe pousser (l. 31) • Le monde du Directeur semble non pas le meil-
confirment ce rapprochement avec les plantes. leur mais peut-être le pire qui soit : un monde où
4. a. Le Directeur paraît extrêmement fier de son la différence n’est plus acceptée car elle engendre
rôle dans le procédé Bokanovsky : il prit une expres- le désordre social.
sion solennelle (l. 36-37). Il croit profondément à sa • L’auteur dénonce donc le conformisme de nos
mission mais il en devient ridicule tant il parle avec sociétés contemporaines.
emphase : Sa voix était presque vibrante d’enthou-
siasme (l. 41-42). Le coin du philosophe
b. La devise est «  Communauté, Identité, Stabi- Pistes : penser aux différences de points de vue,
lité ». Pour construire une communauté soudée, de culture, d’éducation qui peuvent engendrer des
le Directeur croit qu’il est important d’avoir à sa incompréhensions.

De l’Homo sapiens à l’Homo metamorphosis p. 254


(Bernard Werber, Troisième Humanité)
> La génétique peut-elle sauver l’humanité ?

Réponses aux questions


Comprendre
• Six personnages dialoguent  : le colonel Nata- • Les personnages débattent à propos du nom
lia Ovitz, David, Aurore, Nuçx’ia, Penthésilée et qu’ils vont donner aux êtres humains minuscules
Martin Janicot. qu’ils ont créés.

119 Chapitre 11
Analyser Bilan
1. Les scientifiques s’interrogent sur le nom à donner
Noms Caractéristiques à la nouvelle génération d’êtres humains créés. Le
micro-humain a pour mission de s’infiltrer dans les
Homo microbus microscopique rangs d’une armée adverse sans être vu et tout en
restant en vie. Il a été conçu pour être espion afin
Homo reductis de taille réduite
d’éviter une troisième guerre mondiale qui risque-
Homo humilis homme humble par rait d’être nucléaire. Il a pour caractéristiques d’être
opposition à la « prétention » humble, petit, discret, avec un surplus de féminité.
de l’Homo sapiens
Homo feminis avec un surplus de féminité Du latin au français
Autour du mot science
Homo discretum discret
a. L’équivalent français du mot latin sapientia est
Homo métamorphosé, transformé
sagesse (l. 28).
metamorphosis
b. Erratum : la question aurait dû être « Quel lien
2. après tout : concession pourriez-vous établir entre les mots savoir, science
c’est-à-dire : explication et sagesse ? ».
car : cause Les mots science et savoir renvoient à la connais-
3. Les scientifiques ont voulu créer l’homme de sance, connaissance scientifique mais aussi dis-
demain, un homme qui saurait s’adapter à la situa- cernement, connaissance du bien et du mal qui
tion sociale, économique et politique : plus accom- constituent la sagesse. «  Être savant  » et «  être
pli (l. 31) ; avec une forme plus adaptée à un milieu, sage  » devraient être deux comportements qui
des enjeux, bref à une époque différente (l. 34-35). vont de pair…

Lecture accompagnée p. 256


Terrienne de Jean-Claude Mourlevat

Découvrir le roman d’Ensemble, c’est tout, L’Échappée belle…), pour


• Les habitants du monde parallèle ne respirent le magazine Elle.
pas, donc leur cage thoracique ne se gonfle pas. • Pistes pour la rédaction d’une critique littéraire :
• Anne va revenir dans le monde de Mme Stor- – utiliser des adjectifs mélioratifs ;
miwell et se faire passer pour une personne de – faire des phrases courtes voire non verbales ;
son monde en faisant semblant de ne pas respirer. – utiliser une ponctuation expressive.
Exemple :
Partager sa lecture Le roman est trépidant, on ne s’ennuie pas une
• Le résumé de l’histoire est écrit en caractères seconde car les rebondissements sont nombreux.
gras à gauche. L’interview de l’auteur, signée, se Anne va-t-elle parvenir à ramener sa sœur ou va-
trouve en haut à droite. L’auteur s’exprime à la pre- t-elle être découverte par ces étranges hybrides ?
mière personne du singulier. Les critiques du livre Le monde parallèle paraît très plausible : l’auteur
sont au nombre de trois. Elles sont rédigées par exploite les nouvelles technologies et mène une
un journaliste de Télérama, un journaliste du Figaro réflexion sur les problèmes d’aujourd’hui. Un roman
Littéraire et une écrivaine, Anna Gavalda (auteure de science-fiction qui mérite une suite !

120
Histoire des arts p. 258
La manipulation génétique dans la bande dessinée

Analyser trois extraits de bande dessinée tifiques sur la génétique. Les personnages et les
1. Le document 1 est composé de trois vignettes instruments du laboratoire sont réalistes et les pro-
extraites du tome 3 de La Fille du savant fou inti- pos de la scientifique se fondent sur une explica-
tulé « L’équation inconnue » et créé par Mathieu tion plausible de la morphogenèse.
Sapin. Le document 2 présente deux vignettes du 4. Le document 3 émet des réserves sur les expé-
tome 2 « La réplique inattendue » de la bande des- riences génétiques menées en indiquant les res-
sinée d’Émile Bravo intitulée Une épatante aventure trictions absurdes du gouvernement américain qui
de Jules. Le document 3 est composé de quatre semblent être des mesures de précaution prises
vignettes extraites de la bande dessinée Genpet par l’État. Dans la bande dessinée qui se déroule
dont les auteurs sont Alex Fuentes et Damiàn. Les en 2036, les hommes peuvent faire concevoir l’ani-
trois documents traitent du thème de la manipu- mal de compagnie qu’ils souhaitent mais appa-
lation génétique. remment, le gouvernement a posé des limites aux
2. a. Le savant du document 1 a une apparence scientifiques.
comique. Sa tête, de couleur verte, est dispropor- 5. Réponse ouverte : les élèves peuvent préférer
tionnée par rapport à son corps. Il porte une blouse le document 1 pour sa visée comique ; le docu-
blanche et ressemble à un savant fou. A contrario, ment 2 pour son sérieux et son intention didac-
la scientifique du document 2 paraît sérieuse : elle tique ; le document 3 pour l’esthétique des des-
porte une blouse blanche, une charlotte sur la tête sins et des couleurs…
et un masque autour du cou. Le savant du docu-
ment 3 a revêtu, quant à lui, une blouse blanche, Faire le point
attribut classique. 1. Les documents 1 et 3 s’interrogent sur les poten-
b. Dans le document 1, le laboratoire a une forme tialités de la manipulation génétique : peut-on créer
très étrange. Il contient ce qui ressemble à une des enfants supérieurement intelligents en modi-
table d’opération et, en arrière-plan, une machine fiant leur ADN ? Pourra-t-on, dans le futur, fabri-
pleine de tuyaux qui ressemble davantage à une quer son animal de compagnie ? Le document 2
machine industrielle qu’à un instrument de labo- défend la nécessité de faire des expériences scien-
ratoire. Le document 3 présente un cadre futuriste tifiques pour progresser dans la connaissance de
avec un laboratoire à l’intérieur d’un aquarium et la morphogenèse. C’est le seul document plutôt
un grand écran. Le laboratoire du document  2 favorable à la manipulation génétique.
semble le plus réaliste. On reconnaît un micros- 2. Le ton est humoristique dans le document  1
cope et des centrifugeuses. comme le montrent le dessin, les couleurs et les
3. La bande dessinée Une épatante aventure de dialogues. Le ton du document 2 est pédagogique.
Jules traite sérieusement des découvertes scien- Le document 3 est plutôt grave.

Outils pour lire et s’exprimer p. 260


Décrire une expérience scientifique

Vocabulaire l’origine d’une maladie. 9. bioéthique : étude des


1. 1. biologie : étude de la vie. 2. cardiologie : étude problèmes moraux en sciences de la vie.
du cœur. 3. microchirurgie : chirurgie qui se fait à
l’aide d’un microscope. 4. génétique : science de Grammaire
la naissance. 5.  cryothérapie  : soin par le froid. 2. Les mots à encadrer sont bourgeon et embryon.
6.  électrocardiogramme  : transcription de l’acti- Thème 1  : Un œuf bokanovskifié. Propos 1  : a
vité électrique du cœur. 7. pathologie : science qui la propriété de bourgeonner, de proliférer, de se
étudie les maladies. 8. pathogène : ce qui est à diviser : de huit à quatre-vingt-seize bourgeons.

121 Chapitre 11
Thème 2 : chaque bourgeon. Propos 2 : devien- 3. Progression à thème éclaté : Le clonage est un
dra un embryon parfaitement formé. processus de reproduction. Les œufs se divisent.
Thème 3 : chaque embryon. Propos 3 : (devien- Les bourgeons se multiplient. Les embryons se
dra) un adulte de taille complète. développent.
C’est une progression linéaire car chaque propos 4. a. Dans le monde du futur décrit dans Terrienne,
devient le thème de la proposition suivante. l’embryon de Bran Ashelby se serait développé en
3. 1. Progression à thème linéaire  : Le clonage couveuse puis aurait été remis à des parents non
est un processus de reproduction. Ce proces- biologiques pour être conditionné socialement.
sus de reproduction permet de dupliquer des b. Les mots puis et ensuite sont des connecteurs
êtres vivants. Ces êtres vivants sont génétique- temporels permettant d’exprimer le déroulement
ment identiques. chronologique du processus scientifique décrit.
2. Progression à thème constant : Le clonage est la
fabrication de cellules souches. Il est utile pour
soigner des maladies. Il constitue un progrès.

Outil pour lire et s’exprimer p. 261


Dénoncer ou faire l’éloge

Vocabulaire Exemples – la domestication du cheval a


5. a. (5) entraîné les invasions barbares ;
– l’invention de la roue a produit le
Termes mélioratifs Termes péjoratifs tank ;
bénéfique destructeur – l’invention de l’avion a favorisé les
bombardements à grande échelle ;
salvateur immoral
– la découverte de l’Amérique a
prodigieux déraisonnable
entraîné la destruction des cultures
curatif fou amérindiennes ;
avantageux inconscient – la découverte nucléaire a
b. Le docteur Frankenstein a mené à son terme un provoqué le bombardement de
Hiroshima.
projet fou. De manière totalement déraisonnable,
il a donné vie à une créature en assemblant des 7. 1. C’est la brebis Dolly qui fut le premier ani-
parties de cadavres humains. Son acte est immo- mal cloné.
ral et inconscient car les conséquences pour sa 2. La première transplantation cardiaque, c’est le
créature et lui-même ont été destructrices. professeur Cabrol qui l’a réalisée.
3. Moi, je pense que le tri sélectif des embryons
Grammaire constitue un acte fou et inconscient.
6. 4. Le clonage thérapeutique, c’est un espoir pour
toutes les personnes malades.
Thème Le progrès 5. Moi, je pense que les savants doivent s’impo-
Thèse Mise en garde contre les dérives de ser des limites.
défendue la science 6. Quant aux greffes d’organes, elles sont consi-
dérées comme des prouesses médicales.
Arguments – Argument 1 : certains gens de
(2) pouvoir détournent le progrès de
son but premier ;
– Argument 2 : ils en font un outil
d’asservissement de l’homme.

122
Je construis le bilan p. 264
1  Je sais identifier le genre des œuvres 2  J’enrichis mon vocabulaire scientifique
Le roman de science-fiction imagine les applica- a. relatif au gène : génétique
tions des innovations scientifiques dans un monde b. synonyme de greffe : transplantation
futur. Exemples : Le Meilleur des mondes, Troi-
c. qui soigne : thérapeutique
sième Humanité, Frankenstein.
L’article scientifique présente des faits scienti- d. homme qui sait : savant
fiques et expose des points de vue de manière e. science du cœur : cardiologie
objective. Exemple(s) : l’article du Monde.
Le roman réaliste s’appuie sur des données scien-
tifiques avérées et crée l’illusion du réel. Exemple :
Réparer les vivants.

3  Je connais la thèse défendue dans chaque texte


La science comme
Œuvre Auteur Thèse défendue
progrès ou danger ?
Le Meilleur Aldous Huxley Danger Le clonage peut conduire à une sélection
des mondes dangereuse des êtres vivants.
Article du journal Progrès Il ne faut pas avoir peur du clonage
Le Monde thérapeutique.
Frankenstein Mary Shelley Danger L’homme ne doit pas jouer à l’apprenti
sorcier.
Troisième Bernard Werber Progrès Le progrès peut éviter un nouveau conflit
Humanité mondial. 
Réparer Maylis de Kerangal Progrès La science sauve des vies quand elle est
les vivants au service de la médecine.

4  J’enrichis mon argumentation avec mes êtres vivants sans se soucier des dérives morales
lectures et éthiques que cela entraîne.
Proposition de correction  : Dans les textes étu- Cependant, le progrès, quand il est bien utilisé,
diés dans le chapitre, certains savants, comme sauve des vies. Le clonage peut en effet servir à
le docteur Frankenstein ou le directeur du centre soigner des maladies et les greffes permettent à des
d’incubation du roman Le Meilleur des mondes, uti- personnes malades ou accidentées de reprendre
lisent la science sans prudence et sans éthique. Ils une vie normale. L’écrivain Bernard Werber ima-
peuvent conduire l’humanité à sa perte en inventant gine même que la manipulation génétique pourrait
des monstres ou en reproduisant à l’identique des permettre d’éviter de nouvelles guerres.

Entraînement au brevet p. 266


Les créatures du docteur Moreau

PREMIÈRE PARTIE fique qui a existé et pratiqué des greffes animales :


Questions sur le texte littéraire Hunter (l. 19).
1. Il s’agit d’un extrait de roman de science-fiction 2. Le docteur Moreau pratique des greffes sur des
comme le montre l’emploi du vocabulaire scienti- animaux  : des animaux taillés et façonnés en de
fique vivisection (l. 4) et la référence à un scienti- nouvelles formes (l. 21).

123 Chapitre 11
3. Prendick a cru qu’il avait affaire à des hommes Questions sur le texte et l’image
car le docteur Moreau a donné à ses créatures 9. En arrière-plan d’une composition triangulaire,
une apparence humaine : la forme humaine comme un soleil couchant pointe au sommet d’une mon-
modèle (l. 28). tagne qui domine une île.
4. a Selon le docteur, la chirurgie peut tout trans- Au premier plan, les créatures du docteur Moreau
former sans limites : On peut construire aussi faci- grimacent, l’air effrayant. Au sommet du triangle,
lement qu’on détruit ou qu’on transforme (l. 15-16). on distingue une femme et deux hommes armés
b. Le scientifique Hunter dont parle le docteur de fusil qui semblent dominer les créatures. Le titre
Moreau à la ligne 19 a greffé un ergot de coq sur en lettres jaunes L’Île du dr. Moreau, à la base du
le cou d’un taureau au XIXe siècle, comme l’ex- triangle, délimite une ligne horizontale figurant au
plique la note 4 de bas de page. ras de l’eau sur l’image.
c. Le docteur Moreau veut, par cet exemple, légi-
10. Les personnages ont l’air graves et inquiets
timer sa pratique de la greffe pour la rendre moins
tandis que les créatures paraissent menaçantes
monstrueuse aux yeux de Prendick.
ou malheureuses. L’image ne correspond pas au
5. Le verbe demandai est conjugué au passé simple texte : à ce moment du roman, le docteur Moreau
de l’indicatif et le verbe avait pris est conjugué au ne semble pas inquiet de la menace que peuvent
plus-que-parfait de l’indicatif. Le passé simple représenter les créatures. Le texte ne mentionne
exprime une action de premier plan et le plus- pas non plus que les créatures peuvent avoir des
que-parfait signale une antériorité dans le passé. sentiments : tristesse, colère…
6. Prendick ressent de la stupéfaction et du dégoût
Réécriture
vis-à-vis des expériences du docteur. Il qualifie
les créatures de monstres confectionnés (l. 20) et Des fragments de peau sont enlevés sur le
considère que le choix de prendre la forme humaine front, portés sur le nez et ils se greffent à leur
comme modèle est d’une étrange perversité (l. 29). nouvelle place.
La phrase exclamative de la ligne 20 témoigne de
l’indignation du personnage. DEUXIÈME PARTIE
7. De manière implicite, Prendick met en évidence Travail d’écriture
l’orgueil et la folie du docteur Moreau qui voit un Sujet B
triomphe de la science dans ce qui paraît au narra- Pistes : réutiliser les exemples d’œuvres étudiées
teur une monstruosité perverse. Le terme triomphe dans le chapitre.
signale la critique implicite par antiphrase. – Pour montrer les dangers de la manipulation
8. Le docteur Moreau est un savant qui joue à l’ap- scientifique du corps humain  : Frankenstein, Le
prenti sorcier. Il semble inconscient de la monstruo- Meilleur des mondes, Terrienne…
sité des créatures qu’il a conçues et ne voit que – Pour valoriser les avantages de cette manipula-
l’exploit scientifique. Il ne paraît pas soupçonner tion : Réparer les vivants, l’article du Monde, Troi-
la dangerosité de ses expériences. sième Humanité.

124
Chapitre 12
Des fleurs pour Algernon
de Daniel Keyes Livre de l’élève p. 268
Ouverture du chapitre p. 268
Réponses aux questions un roman scientifique et peut-être à un roman de
• L’incipit du roman est un compte rendu. La pre- science-fiction.
mière de couverture du livre représente un homme • D’après le chapeau introducteur de l’incipit, le
dont le cerveau est composé d’un labyrinthe où héros narrateur est Charlie, le patient du Dr Strauss.
erre une souris. Le lecteur peut comprendre que •  Les fautes d’orthographe peuvent s’expliquer
le roman aura pour sujet la science et plus préci- par les difficultés d’apprentissage du héros qui
sément le cerveau humain. Le lecteur s’attend à présente un retard mental.

Une opération à haut risque p. 270

> Comment le compte rendu présente-t-il les enjeux de l’expérience scientifique ?


Réponses aux questions 6. Charlie a subi une opération du cerveau pour
1. Le compte rendu est un résumé daté qui décrit augmenter ses facultés intellectuelles comme l’in-
des faits. En l’occurrence, dans le roman, le compte diquent le chapeau introducteur et la ligne 4 : j’ai
rendu numéro 7 relate l’opération subie par Charlie, eu des pansements sur les yeux et la tête.
les résultats obtenus et les effets postopératoires. 7. Les scientifiques surveillent leur patient de près :
2. La date permet ici de situer l’opération dans Burt vient me voir tous les jours (l.  12). Ils ont
le temps et donc de mesurer les évolutions pos- noté le déroulement précis de l’opération mais ils
sibles du patient. retranscrivent également tous les effets postopé-
ratoires aussi bien physiques (température, pres-
3. Le compte rendu est écrit par Charlie qui a subi
sion sanguine) que psychologiques (toutes sortes
lui-même l’intervention. Le compte rendu n’est
de choses, l. 12).
donc pas neutre et factuel. Le héros-narrateur uti-
lise la première personne du singulier pour témoi- Vocabulaire
gner de son ressenti : J’ai été effraié (l. 9).
Autour du mot sang
4. Le style du texte est enfantin pour créer « l’illu-
a. La tension sanguine est la pression du sang
sion romanesque ». L’auteur, Daniel Keyes, veut
sur la paroi des artères. Une transfusion sanguine
faire croire au lecteur que son personnage présente
consiste à injecter par perfusion intraveineuse du
un retard mental et, par conséquent, il le fait s’ex-
sang d’un donneur à un receveur. Une personne
primer comme un enfant.
ayant un tempérament sanguin se caractérise
5. Le Dr Strauss est le chirurgien qui a opéré par son impulsivité. Une orange sanguine est une
Charlie : Le Dr Strauss l’a faite pendant que j’étais variété d’orange dont la pulpe est rouge. La san-
endormi (l. 2-3). Burt semble être un assistant qui guine est une œuvre d’art réalisée à l’aide d’une
note la température, la tension sang[u]ine et toutes craie à la pigmentation orangée.
sortes de choses (l. 12-13). b. un meurtre sanguinaire. Une victime san-
guinolente.

125 Chapitre 12
Un problème moral p. 271

> A-t-on le droit de faire de l’homme un rat de laboratoire ?


Réponses aux questions de l’humanité. Comme le dit l’auteur humaniste
1. L’infirmière est en désaccord avec le fait de Rabelais : « Science sans conscience n’est que
vouloir modifier l’intelligence d’un homme. Étant ruine de l’âme ». C’est pour cela que les gouver-
croyante, elle considère que les hommes, simples nements ont créé des comités d’éthique dans les-
mortels, n’ont pas le droit de toucher à l’œuvre quels des hommes et des femmes s’interrogent
divine : ils n’avait pas le droit de me rendre intelligent sur la moralité des essais scientifiques.
parce que si Dieu avait voulu que je sois intelligent,
il m’aurait fait naître intelligent (l. 8-9). Selon elle, les Histoire des arts
hommes, leurs différences et leurs imperfections Analyser un tableau
sont créés par Dieu, selon sa volonté.
a. Le tableau intitulé Le Paradis est un détail d’une
2. Pour tout l’or du monde signifie « à aucun prix ». huile sur bois peinte en 1530 par Lucas Cranach
L’infirmière n’aurait absolument pas voulu que l’on l’Ancien.
touche à son cerveau. Sa décision est non négo- b. On reconnaît Adam et Ève nus en train de man-
ciable. Charlie n’a pas compris le sens figuré de ger les fruits de l’arbre de la Connaissance appelé
l’expression et il l’a prise au sens propre. également l’arbre de Science. Un serpent à tête
3. Hilda fait référence à un passage célèbre de la d’angelot leur propose une pomme d’or. Il sym-
Genèse dans la Bible, celui où Adam et Ève déso- bolise la tentation du Mal. Les personnages sont
béissent à Dieu et mangent le fruit de l’arbre de la dans un jardin luxuriant, le jardin d’Éden.
Connaissance. Ils découvrent ainsi le Bien et le Mal c. Dans la Bible, Genèse 3-1-24 La tentation et la
mais leur désobéissance les condamne à deve- chute, Adam et Ève créés par Dieu résident dans
nir mortels. Dieu les chasse du Paradis. Hilda veut le jardin d’Éden au Paradis. Ils y vivent heureux
ainsi faire comprendre à Charlie que la science peut jusqu’au jour où, tentés par le Mal représenté sous
conduire les hommes à leur perte et à leur malheur la forme d’un serpent, ils bravent l’interdit divin et
comme le suggère la parabole biblique. L’orgueil de mangent un fruit de l’arbre de la Connaissance.
la connaissance peut être très dangereux. Ils se rendent compte alors de leur nudité et se
4. Réponse ouverte. Pistes : les savants doivent couvrent de feuilles de figuier. Dieu s’aperçoit de
réfléchir aux conséquences avant de toucher au leur désobéissance et les condamne à devenir
cerveau humain. Leurs expériences scientifiques mortels. Ils sont chassés du Paradis. La femme
peuvent être détournées de leur but premier et être enfantera dans la douleur et l’homme travaillera
utilisées non pour le bénéfice mais pour la perte une terre hostile pour survivre.

Plus intelligent qu’Algernon p. 272

> Comment Charlie mène-t-il sa réflexion sur l’intelligence ?


Réponses aux questions parce que cela me faisait de la peine de l’avoir bat-
1. Algernon est une souris de laboratoire ayant tue et que je voulais être gentil avec elle (l. 10-11).
subi la même opération du cerveau que Charlie Il ressent également un sentiment d’injustice et
quelque temps auparavant. ne souscrit pas au traitement que les scientifiques
infligent à l’animal : Je ne pense pas que ce soit juste
2. Les savants testent l’évolution des capacités de vous faire passer un test pour manger (l. 19-20).
intellectuelles d’Algernon en lui posant des pro- Charlie est très empathique : il se met à la place
blèmes de plus en plus difficiles à résoudre. de la souris, contrairement à Burt.
3. Charlie éprouve de la pitié envers la souris. Il ne 4. a. Charlie est touché par le personnage de
comprend pas l’intérêt de l’affamer pour que les Robinson Crusoé car, malgré son intelligence et
savants puissent mesurer son intelligence  : J’ai son savoir-faire, il semble seul : Il est intelligent et
demandé est-ce que je peux lui donner à manger invente toutes sortes de moyens pour avoir une

126
maison (l.  25-26)  ; Seulement je le plains parce être compétent dans de nombreux domaines  :
qu’il est tout seul et qu’il n’a pas d’amis (l. 27-28). science, littérature, sport, art, musique, politique…
b. Algernon, Charlie et Robinson Crusoé sont tous – Être entreprenant, audacieux dans le milieu pro-
les trois intelligents mais ils se sentent très seuls. fessionnel.
Charlie répète deux fois sa volonté de devenir ami – Savoir bien parler, maîtriser l’art oratoire et l’ar-
avec Algernon (l. 12 et 21). gumentation pour convaincre et persuader.
5. Le texte présente une réflexion sur l’intelli- – Savoir bien écrire.
gence. Pour les savants, résoudre des problèmes – Être ouvert d’esprit, etc.
mathématiques comme ceux proposés à Charlie Orthographe
et à Algernon semble être une preuve d’intelli-
Mots courants à l’orthographe difficile
gence. Pour Charlie, l’intelligence du personnage
de Robinson réside plutôt dans son savoir-faire et a. le mari et la femme. b. madame et monsieur.
sa capacité d’adaptation à une situation délicate c.  l’ail et l’oignon. d.  un paon qui fait la roue.
et à un milieu hostile. Enfin, à la fin du texte, l’ins- e. passer un examen. f. le premier et le deuxième.
titutrice Miss Kinnian affirme que maîtriser l’ortho- g. une poêle à frire. h. le mois d’août est le hui-
graphe n’est pas une preuve d’intelligence. Elle tième mois de l’année.
suggère que l’accumulation de connaissances n’est
Vocabulaire
pas gage d’intelligence et qu’il y a bien d’autres
manières d’être intelligent. Autour du mot intelligent
a. Un intellectuel est une personne qui a une pré-
Débattre sur l’intelligence dilection pour les activités de l’esprit.
b. Le quotient intellectuel, ou QI, est le résultat
Pistes : chiffré d’un test (logique, langagier…) qui se pro-
– Être intelligent c’est résoudre des problèmes pose de mesurer quantitativement l’intelligence
mathématiques, des problèmes abstraits. humaine. L’intelligentsia est un ensemble de per-
– A contrario, être intelligent, c’est résoudre des pro- sonnes caractérisées par leur savoir et leur culture.
blèmes pratiques, se sortir de situations délicates c. À l’origine, l’intelligence artificielle est le nom
au quotidien, « avoir une intelligence de la vie ». d’une discipline qui a pour but de résoudre des
– Avoir une intelligence dans les relations humaines, problèmes algorithmiques très complexes. Par
savoir vivre avec les autres. extension, l’expression désigne tous les disposi-
– Être intelligent, c’est « avoir un esprit sain dans tifs (robotiques pour la plupart) visant à remplacer
un corps sain » comme le disaient les humanistes, l’intelligence humaine.

La solitude p. 274

> Comment le rêve scientifique tourne-t-il au cauchemar ?


Réponses aux questions 3. a. Frank a un ton agressif et vindicatif comme
1. Mr Donner convoque Charlie car les employés le montrent l’impératif à valeur injonctive O.K., va
se plaignent de son comportement : Une délégation ailleurs (l. 35) et l’appellation ironique en italique
est venue me voir ici, hier soir. Charlie, je suis obligé Monsieur Gordon (l. 38).
de penser à la bonne marche de mon affaire (l. 8-9). b. Frank dresse un portrait péjoratif de Charlie,
2. a. Les employés ne connaissent pas la vérité faisant du personnage le portrait d’un prétentieux
sur l’opération de Charlie et sont bouleversés par méprisant les autres : un monsieur important, un
son changement d’attitude et le développement type calé, un savant ! (l. 32) ; un vrai je-sais-tout,
incroyable de son intelligence : Mais je ne sais ce une grosse tête (l. 33) ; à cause de toi, nous avons
qui t’est arrivé et je ne comprends pas ce que cela tous l’air d’une bande d’imbéciles (l. 39-40).
signifie. Pas seulement moi. Tout le monde m’en a 4. a. Selon Charlie, sa grande intelligence rabaisse
parlé. […] Ils sont tous bouleversés (l. 2 à 5). les autres employés et ils ne peuvent supporter de se
b. Mr Donner émet l’hypothèse d’un miracle divin : sentir inférieurs à celui qu’ils considéraient comme un
Peut-être une sorte de miracle, qui sait ? (l. 20). idiot inoffensif : Tout avait été très bien tant qu’ils pou-

127 Chapitre 12
vaient rire de moi et paraître malins à mes dépens, mais désolé si je vous ai tous blessés. En fait j’ai subi
maintenant, ils se sentaient inférieurs à l’idiot (l. 43-44). une opération du cerveau il y a quelques semaines
b. Charlie essaie de comprendre précisément les qui a accru mes capacités intellectuelles. Il ne faut
raisons de son exclusion. Il pose de nombreuses pas que vous ayez peur de moi. J’ai l’impression
questions tout d’abord à Mr Donner puis à Frank de tout comprendre si facilement !
et semble perplexe. Ensuite, il analyse la situation – Tu connais toujours une meilleure solution pour
de manière scientifique et neutre : Je commençai à que le travail aille plus vite ou se fasse mieux  !
voir que, par mon étonnant développement intellec- Nous ne sommes pas des incompétents, Charlie !
tuel, je les avais comme rabaissés, j’avais souligné – Toutes les solutions m’apparaissent si clairement !
leurs inaptitudes, je les avais trahis, et c’est pour Soyez compréhensifs si vous êtes mes amis. Mais
cela qu’ils me haïssaient (l. 45-47). Il ne laisse pas êtes-vous vraiment mes amis ? Nous travaillons
s’exprimer ses émotions même si la perte de son ensemble depuis dix-sept ans et vous avez tou-
travail et de ses amis l’affecte. jours été plutôt gentils avec moi car vous aviez
pitié de moi. Est-ce qu’aujourd’hui vous pouvez
Poursuivre un dialogue essayer de faire la connaissance du nouveau Char-
Amorce : lie, Charlie le savant, le je-sais-tout et lui donner sa
– Attends Frank, laisse-moi t’expliquer. Je ne chance ?
contrôle pas vraiment mes capacités et je suis

Un cruel désenchantement p. 276

> Comment Charlie exprime-t-il sa révolte ?


Réponses aux questions b. La réaction de Charlie montre son dilemme. Il
1. Charlie participe à une conférence à l’université est partagé intérieurement entre le savant qui est
Beekman en compagnie du professeur Nemur qui d’accord avec le professeur Nemur et l’homme
vient présenter les résultats de l’expérience pra- qui désapprouve la façon inhumaine dont Alger-
tiquée sur Algernon et Charlie à la communauté non et lui sont traités.
scientifique. c. Charlie prend conscience de son retard mental
2. a. Le texte semble beaucoup plus abouti. Il est qui le conduisait à émettre des réflexions […] sottes
un plus long et le vocabulaire utilisé est plus com- (l. 19). Il réalise également que le professeur n’a
plexe de même que la construction des phrases. pas de scrupules à dévoiler ses pensées intimes
L’orthographe n’est plus fautive. comme si Charlie n’avait pas le droit d’avoir une
b. Charlie, le personnage-rédacteur du journal fictif, vie privée : Dieu merci, j’avais eu la précaution de
est devenu supérieurement intelligent. Il manie donc garder […] dans mon dossier personnel (l. 19-21).
la langue avec aisance. L’auteur, Daniel Keyes, uti- 5. a. Pour le professeur Nemur, le Charlie d’avant
lise ce stratagème pour souligner l’accroissement l’opération est une erreur de la nature (l. 24). L’expres-
des capacités intellectuelles de son personnage. sion, très péjorative, souligne le peu de respect que
3. a. En grammaire, deux éléments juxtaposés sont le professeur manifeste à l’égard du Charlie d’avant.
« placés à côté » sans mot-outil, contrairement à b. Dans son discours, le professeur fait de Charlie
la coordination ou à la subordination. un être incomplet qui ne comprend pas l’espace ni
b. Charlie est en colère car les scientifiques créent le temps dans lesquels il vit : sans amis ni parents ;
un rapport d’équivalence entre une souris et un sans l’équipement mental nécessaire à une vie nor-
homme. Ils montrent alors qu’ils ne considèrent male. Sans passé, sans contacts avec le présent,
pas Charlie comme un être humain mais comme sans espoir pour l’avenir. La répétition de la néga-
un objet d’expérience au même titre qu’Algernon : tion lexicale sans montre son incomplétude ou son
une paire d’animaux d’expérience (l. 7-8). imperfection du point de vue des scientifiques. Bien
4. a. Charlie semble être sorti de son corps pour entendu, le discours est excessif et ne tient pas
se regarder d’un œil extérieur. Il prend du recul compte de toutes les qualités humaines de Char-
sur sa réaction pour l’analyser. Il réagit en savant lie, qualités non quantifiables comme peut l’être
et approuve les données scientifiques énoncées un quotient intellectuel. Cela provoque la colère du
par le professeur. personnage qui affirme alors sa dignité.

128
c. Charlie se sent considéré comme un objet sans Débattre sur les expériences sur les animaux
sentiment et sans âme par les scientifiques : un
Quelques pistes :
article tout nouvellement fabriqué dans leur usine
privée (l. 32-33). Arguments pour  : – Les essais font avancer la
science, trouver des médicaments pour soigner
6. a. Charlie ressent beaucoup de colère (l. 9). Il des maladies graves, chroniques, mortelles…
est vraiment exaspéré par les savants : cela m’ir-
– Ils sont nécessaires pour découvrir les effets
rita si intensément (l. 31).
secondaires des traitements médicaux.
b. Charlie libère Algernon comme il aimerait se
libérer lui-même de l’emprise des scientifiques sur Arguments contre :
ses faits et gestes. Le lecteur peut interpréter son – Les animaux doivent être considérés comme
geste comme un geste de révolte mais aussi de nos égaux.
revendication de son humanité. – Les animaux souffrent.

Les sentiments plus forts que la science p. 278

> Comment Charlie privilégie-t-il les sentiments plutôt que le savoir ?


Réponses aux questions Il désire entretenir des relations apaisées avec elle,
1. Charlie a les premiers signes d’une dégéné- écarter toute haine : Il faut que j’arrive à une sorte
rescence de ses facultés intellectuelles : J’ai des d’accord avec elle (l. 28).
absences de mémoire (l. 1) ; je me mets en colère c. Au début du texte, le personnage mentionne
et je fais des scènes à tout le monde (l. 3). Selon lui, le fait qu’il a des troubles de la mémoire puis il
les signes annoncent la diminution du cerveau et explique qu’un rêve lui a permis de se souvenir de
un effacement des circonvolutions cérébrales (l. 11). tout un pan de son passé qu’il doit noter au plus
2. a. Charlie veut comprendre les causes biolo- vite, avant [qu’il] ne l’oublie (l.  24). Charlie craint
giques de la diminution des capacités intellectuelles de manquer du temps nécessaire pour régler cer-
de la souris et les causes de sa mort. tains problèmes car ses capacités intellectuelles
b. Charlie se demande s’il va subir le même sort déclinent de plus en plus vite.
funeste qu’Algernon car il a compris que leurs des-
Orthographe
tins sont liés : C’est épouvantable de penser que la
même chose m’arrive peut-être à moi […]  ; L’avoir Les accords du participe passé
vue se produire chez Algernon rend cette menace a. Le participe passé s’accorde en genre et en
réelle. Pour la première fois, je suis effrayé de l’avenir nombre avec le COD l’ désignant la souris Alger-
(l. 13-15). non, car il est placé devant l’auxiliaire avoir. Le par-
3. Charlie considérait Algernon comme son amie ticipe retrouvée prend donc la marque du féminin.
et non comme un simple cobaye scientifique. Il b. Dans l’avoir vue, le pronom personnel l’ est
l’enterre comme un être cher et lui rend hommage COD et représente cette menace. Le participe
avec un bouquet de fleurs sauvages (l. 19). Par ce passé s’accorde donc au féminin singulier. Dans
geste, il rend à Algernon sa dignité d’être vivant. je l’ai enterrée, le pronom personnel l’ est COD et
4. a. Les relations entre Charlie et sa mère semblent représente la souris Algernon. Le participe passé
pour le moins compliquées voire conflictuelles : je s’accorde donc au féminin singulier.
désire la comprendre, savoir à quoi elle ressem- c. L’animal est mort voici deux jours. Je l’ai
blait et pourquoi elle a agi comme elle l’a fait. Je ne retrouvé, à 4 heures et demie du matin, en reve-
veux pas la haïr (l. 26-27). De manière implicite, le nant au labo après avoir erré sur les quais. Il était
lecteur comprend que le personnage n’a pas vu couché sur le côté, dans le coin de sa cage, les
sa mère depuis très longtemps car il ne se sou- pattes tendues.
vient pas des traits de son visage. Peut-être l’a-t- Les souris sont mortes voici deux jours. Je les
elle abandonné ou placé dans un foyer d’accueil, ai retrouvées, à 4 heures et demie du matin, en
ce qui expliquerait la mention lacunaire d’un acte revenant au labo après avoir erré sur les quais.
maternel que Charlie voudrait comprendre. Elles étaient couchées sur le côté, dans le coin
b. Le personnage veut lui rendre visite pour revenir de leur(s) cage(s), les pattes tendues.
sur le passé et comprendre les actes de sa mère.

129 Chapitre 12
Une double personnalité p. 280

> Comment la fin du roman souligne-t-elle la modification de la personnalité


de Charlie ?
Réponses aux questions c. Charlie semble prendre un certain plaisir à tor-
1. Alice ne supporte pas de vivre dans le désordre turer moralement Alice qui l’aime malgré ses diffé-
que Charlie crée en brisant des disques et en rences et ses troubles du comportement. Il paraît
déchirant des livres. Charlie, quant à lui, préfère se comporter de manière cruelle car il fait sciem-
tout voir étalé car il a l’impression, pour une fois, ment du mal à Alice par ses paroles : Je crois que
de pouvoir exprimer sa colère devant une situa- je voulais qu’elle pleure (l. 37). Il finit par la quitter
tion qui le dépasse. sans ménagement à la fin du texte. La phrase affir-
mative montre son absence d’émotion voire son
2. Selon Alice, Charlie a perdu son sourire, sa joie de
absence de compassion à ce moment-là : Je crois
vivre en somme, et passe désormais son temps à
qu’il est temps pour toi de t’en aller (l. 50).
s’apitoyer sur son sort, prostré devant la télévision :
tu y as perdu cette qualité. Tu avais un sourire… (l. 26) ; Grammaire pour lire
un sourire vrai, chaleureux parce que tu voulais que les
Les modes indicatif et subjonctif
gens t’aiment (l. 28-29). Il avait une prédilection pour
les relations sociales qu’il a perdue. a. Charlie redoute qu’Alice apprenne son secret.
b. Alice craint que Charlie ne veuille plus la voir.
3. QI signifie « quotient intellectuel ». L’expression
c.  Charlie souhaite qu’elle s’en aille car il croit
désigne une mesure quantitative de l’intelligence
qu’elle ne le comprend plus. d. Il veut qu’elle croie
humaine réalisée au moyen de tests logiques et
qu’il est toujours aussi intelligent.
langagiers.
4. a. Alice peut vouloir tester l’intelligence de Char- Débattre sur le bonheur
lie. En parlant par allusions, elle mesure sa capa- Quelques pistes :
cité à comprendre les messages implicites. Ainsi a- Oui
t-elle une idée de l’évolution des signes de dégé- – Les progrès scientifiques nous rendent plus
nérescence chez Charlie. heureux car ils améliorent notre confort au quoti-
b. Charlie sent que la situation lui échappe et dien : l’électricité nous procure de l’eau chaude,
refuse qu’Alice le voie dans cet état : Et j’écoutais, de la lumière…
faisant semblant de comprendre mais au fond de – Les médicaments, la robotique médicale et les
moi, j’avais peur qu’elle ne voie que je n’avais pas soins médicaux nous permettent de vivre plus
du tout saisi son propos (l. 47-49). longtemps et en bonne santé.
5. a. Charlie est heureux d’avoir été le sujet de cette – Nous avons plus de temps pour nos loisirs grâce
expérience scientifique. Il l’affirme à Alice à la ligne au lave-linge, au lave-vaisselle, à l’aspirateur, à la
25 : Je ne regrette pas l’expérience. Il explique qu’il voiture…
aime apprendre et qu’il espérait que le savoir lui Non
permettrait enfin d’avoir des amis. – Le progrès scientifique nous éloigne des bonheurs
b. D’après Alice, le Charlie d’avant l’expérience simples en nous faisant rechercher toujours plus
était heureux de vivre et apprécié des autres. Elle d’efficacité : les réseaux sociaux, les machines qui
le décrit comme un être exceptionnel, doué d’une remplacent les hommes dans le milieu industriel…
grande joie de vivre : une qualité que je n’avais jamais – Le progrès scientifique nous éloigne des autres :
rencontrée auparavant chez une personne arriérée Internet, la télévision nous isolent du monde réel
(l. 23-24). Aujourd’hui, il semble très malheureux. et des gens, etc.

Activités : vocabulaire et écriture p. 282

1. Le vocabulaire médical taux  ; stimulation de l’intelligence  ; hypothèse ici


a. Les termes médicaux présents dans le texte démontrée.
sont  : syndromes de détérioration physique et b. Charlie ressent une détérioration physique et
mentale ; le stimulus chirurgical ; processus men- mentale.

130
c. Une hypothèse est une supposition que le b. Les termes appartenant au champ lexical de la
scientifique va tenter de confirmer par ses expé- recherche scientifique sont : résultats, hypothèse,
riences. Charlie émet l’hypothèse que la vitesse de essais, recherches.
sa dégradation physique et mentale sera propor- c. Charlie conclut qu’il faut arrêter les essais sur
tionnelle à la vitesse avec laquelle s’étaient déve- les êtres humains tant que le problème scienti-
loppées ses facultés après l’opération. Autrement fique posé par les résultats de son opération n’est
dit, le succès rapide de l’opération est également pas résolu. Il préconise de poursuivre les essais
sa faille. L’hypothèse est écrite en lettres capi- sur les animaux pour faire avancer les recherches
tales pour matérialiser l’importance capitale de la dans ce domaine.
découverte. 3. Écrire un rapport scientifique
d. Accroissement est synonyme d’augmentation Proposition de correction :
et baisse est son antonyme  ; détérioration est Le 20 octobre. Charlie va de plus en plus mal. Sa
synonyme de dégradation et amélioration est son température est normale mais sa tension varie
antonyme. énormément. Il recommence à faire des fautes
2. Les caractéristiques du journal de bord d’orthographe quand il écrit et ne se souvient plus
a. Un journal de bord présente certaines caracté- de certains mots scientifiques comme hypothèse.
ristiques formelles : Pourtant, il reste clairvoyant sur son état et sait
– la date quotidiennement indiquée (journal a pour qu’il va perdre peu à peu ses facultés intellectuelles
radical le mot jour) : 15 septembre ; incroyablement supérieures au commun des mor-
– l’emploi de la première personne du singulier par un tels. Il est tour à tour inquiet et heureux de pou-
personnage-narrateur qui relate des moments choi- voir profiter de son entourage, sa petite amie, sa
sis de sa vie : J’ai déconseillé de faire d’autres essais ; mère… Parfois il reste cloîtré chez lui sans vouloir
– le système des temps verbaux : le présent de voir personne et parfois il va travailler au laboratoire
l’indicatif est le temps de référence. Autour du pré- et passe des heures à étudier des rapports scien-
sent s’organisent les temps du futur pour exprimer tifiques. Son état psychologique est très instable.
un fait se déroulant postérieurement au moment Pourtant je ne peux me résoudre à voir le brillant
exprimé par le temps du présent et le passé com- Charlie redevenir l’employé de la boulangerie Don-
posé pour exprimer un fait antérieur au moment ner. L’issue de cette expérience ne sera peut-être
exprimé par le temps du présent : Nemur dit que pas si tragique. Qui sait ? Peut-être Charlie aura-
mes résultats ont été confirmés. t-il le temps de résoudre le problème ?

Activités : histoire des arts p. 283

Une adaptation filmique par la patte. En effet, l’animal est précieux car il
1. a. Il s’agit d’un plan rapproché du personnage est un sujet d’étude, il représente le résultat de
de Charles. travaux scientifiques audacieux.
b. Le cadrage permet de mettre en évidence les c. Les lignes verticales des stores de la fenêtre
expressions du visage et de traduire les émotions croisent la ligne horizontale du balcon et produisent
du personnage. un effet d’optique. La fenêtre semble pourvue
c. Le personnage a l’air inquiet, ses sourcils sont de barreaux. Le personnage paraît donc comme
froncés et ses lèvres sont crispées. Il marche les enfermé à l’intérieur du laboratoire comme la sou-
épaules rentrées et le cou en avant. Il semble un ris est enfermée dans une cage de verre. Charles
peu perdu dans la ville, comme un enfant marchant comme la souris sont faits prisonniers par la science.
seul dans la rue et pressé d’arriver à sa destination. 3. a. Les scientifiques portent une blouse blanche
Les expressions du comédien traduisent bien le et le personnage masculin porte un stéthoscope
Charles « d’avant l’expérience » aux airs enfantins. avec lequel il examine le patient en habit de ville.
2. a. La souris et Charles sont tous les deux dans Leurs regards convergent vers le bras du patient.
un laboratoire en compagnie d’un scientifique. b. Le docteur semble prendre la tension du patient.
b. Les regards des deux personnages convergent c. Le patient a la tête baissée. Il observe les actes
vers la souris. L’animal semble important car le du scientifique et ne paraît pas rassuré.
scientifique l’empêche de s’enfuir en le retenant

131 Chapitre 12
Je construis le bilan p. 284

1  Je connais les espoirs et les désillusions 3  Je rédige un bilan de lecture
du héros • Des fleurs pour Algernon est un roman de
Espoirs : établir des relations amicales et amou- science-fiction car il s’agit d’un récit fictif dans lequel
reuses, apprendre et connaître le monde, être res- les progrès de la science sont mis en question.
pecté, renouer avec sa mère. • Le récit se présente sous la forme de comptes
Désillusions : être incompris des femmes aimées, rendus scientifiques rédigés par Charlie, le person-
être considéré comme un simple objet d’expérience nage principal. Les fautes d’orthographe indiquent
par les scientifiques. les variations des capacités intellectuelles du per-
sonnage.
2  Je comprends l’originalité du roman Des
• Le moment le plus marquant de l’expérience est
fleurs pour Algernon
quand Charlie refuse de se laisser traiter comme
a. Charlie un simple objet scientifique et qu’il aide Algernon
b. Ce sont des indices des variations des capaci- à s’enfuir pour montrer sa désapprobation.
tés intellectuelles de Charlie. • Charlie, qui semblait naïf et inoffensif, devient
c. Il s’agit d’un hommage à une amie. extrêmement intelligent et un peu orgueilleux, mais
à mesure que ses capacités déclinent, il décide d’al-
ler vers l’essentiel : l’amour de sa famille et l’amitié.

Entraînement au brevet p. 286


Le bilan de l’expérience

PREMIÈRE PARTIE 4. Les savants ont du mal à avoir pleinement


Questions sur le texte littéraire confiance en Charlie car il n’est qu’un néophyte en
la matière (l. 19). Ils pensent être plus compétents
1. Charlie a conscience que son opération a échoué
dans ce domaine car ils ont plus d’expérience.
et il attend les premiers symptômes de la fin (l. 4-5),
Nemur fait « autorité » dans sa spécialité.
les premiers signes d’instabilité émotionnelle et de
perte de mémoire (l. 2-4). 5. Charlie est affolé par les signes annonciateurs
de son déclin mental et pourrait être choqué que
2. a. Un journal intime est une œuvre rédigée quo-
les scientifiques puissent vérifier ses calculs alors
tidiennement par son auteur pour décrire ses émo-
qu’il est supérieurement intelligent.
tions, exprimer ses pensées et consigner des faits
marquants de sa vie. Le « journal psychologique » 6. a. Convainque est le verbe convaincre conjugué
de Charlie renferme ses états d’âme, ses variations au présent du subjonctif.
d’humeur et de sentiments au fur et à mesure de b. Après la tournure impersonnelle exprimant l’obli-
la perte de ses capacités intellectuelles. gation il faut que, on emploie le subjonctif présent.
b. Charlie écrit dans un but scientifique pour que 7. objectivement et minutieusement sont des
soient gardés et analysés les troubles émotion- adverbes de manière formés sur l’adjectif au fémi-
nels dus à l’opération. L’étude de ses signes de nin auquel on adjoint un suffixe adverbial -ment :
dégradation pourra peut-être aider la science à objective+ment et minutieuse+ment.
trouver la solution qui fera de l’opération un suc- 8. Les scientifiques ne considèrent pas Char-
cès dans le futur. lie comme leur égal car, malgré son intelligence
3. a. Prédire est formé du préfixe pré- qui signifie supérieure, ils persistent à vérifier ses calculs et
« avant » et du verbe dire. ses prédictions. Pour eux, il reste un idiot qui a
b. Charlie prédit son avenir : il essaie de calculer subi une opération du cerveau pour devenir intel-
avec précision l’évolution de son état compte tenu ligent. Il est perçu comme un intrus au sein de la
des données scientifiques qu’il a en sa possession. communauté scientifique.
c. Le verbe projeter est un synonyme de prédire
à la ligne 23 dans la phrase si j’en ai projeté avec
précision la courbe sur les éléments chiffrés.

132
Questions sur le texte et l’image mécanique mystérieuse. De manière métapho-
9. Le tableau représente la mécanique de l’intel- rique, les deux documents tentent d’approcher le
ligence humaine. On identifie le tracé en noir du mystère des capacités intellectuelles humaines.
profil d’un homme sur fond bleu. À l’intérieur, des Réécriture
mécanismes avec des rouages, des poids et des Mes parents ont pleuré quand je leur ai fait part de
pendules sont identifiables. Les formes sont géo- ces nouvelles. Puis ils se sont enfuis en courant.
métriques et la représentation de l’intérieur du Il faut que je les convainque qu’il n’y a aucune rai-
crâne est par conséquent abstraite. son pour eux de se sentir coupables.
10. Le tableau et le texte traitent d’un thème com-
mun : l’intelligence humaine et ses rouages ou sa

133 Chapitre 12
PARTIE II

Étude de la langue
Fiche 1
Le verbe et ses constructions Livre de l’élève p. 294

Identifier (transitif indirect) g. Nous avons goûté. (intransitif) /


Nous avons goûté ton gâteau. (transitif direct)
1. Verbes attributifs : d. passer pour. h. deve-
h. Ils ont répondu. (intransitif) / Ils ont répondu à
nir. i. être élu.
ma lettre. (transitif indirect)
Verbes transitifs directs : a. clarifier. e. devoir.
f. continuer. 6. a. Les trois verbes conjugués sont transitifs
Verbes transitifs indirects : b. aboutir. g. conti- directs.
nuer. b. Les deux verbes attributifs et leur attribut du
sujet sont : était (antipathique) ; était (odieuse).
Verbes intransitifs : c. coudre. j. rêver.
c. Le verbe intransitif est lisait. Dans la phrase : Il
2. a. Nous dessinons. (intransitif) b. Tu parais fati- lisait un roman policier, le verbe est transitif direct.
guée. (attributif) c. J’ai travaillé. (intransitif) d. Les
7. a. Ce matin, les enfants jouaient / dormaient.
oiseaux volent. (intransitif) e.  Elles forment une
(verbe intransitif) b.  Tous les jours, cet homme
bonne équipe. (transitif direct) f.  Elle s’endort.
prend le train de huit heures. (verbe transitif
(intransitif) g.  Je crois en lui. (transitif indirect)
direct) c. Hier, tu as réfléchi à ma proposition.
h. Nous discutons de son avenir. (transitif indirect)
(verbe transitif indirect) d. Dans cette maison, les
i. Vous dormez. (intransitif) j. Ils ont l’air très exci-
fenêtres paraissaient fermées. (verbe attributif)
tés. (attributif) k. Nous arrivons. (intransitif)
Interpréter
Manipuler
8. a. Les verbes en rouge sont intransitifs.
3. a. a. Nous avons hésité. (intransitif)  / Nous
b. Les verbes en vert sont transitifs directs.
avons hésité à venir. (transitif indirect) b. Elles sont
c. Le verbe souligné est attributif.
arrivées. (intransitif) / Je suis arrivée essoufflée.
d. La répétition du verbe être met en valeur la fierté
(attributif) c. Nous sommes rentrés. (intransitif) /
du personnage : elle est fière de son passé et de
Nous sommes rentrés fatigués. (attributif) d. J’ai
l’avenir de son fils.
réussi mon gâteau. (transitif direct) / J’ai réussi à
le dépasser. (transitif indirect) e. Ne proteste pas. S’exprimer
(intransitif)  / Elle a protesté de son innocence.
9. Proposition
(transitif indirect)
(Souligné : transitif direct ; gras : transitif indirect ;
b. Nous résistons (intransitif) / Nous résistons à la
italique : attributif ; gras italique : intransitif.)
tentation (transitif indirect)
Depuis toujours, je rêve de devenir médecin.
4. a. Je suis rentrée. (intransitif) b.  Elle a donné Cette profession est tout d’abord pour moi une
son accord. (transitif direct) c. Nous avons pensé véritable vocation. Dans mon enfance, mon jouet
à vous. (transitif indirect) d. Vous êtes très gentils. préféré était une petite mallette de médecin avec
(attributifs) e. Je voudrais un café. (transitif direct) laquelle je soignais toute la famille et même mon
f. Je me souviens de cette journée. (transitif indi- chat.
rect) g. Tu parais. (intransitif) h. Vous faites la cui- Ensuite, je souhaite exercer cette profession parce
sine. (transitif direct) i. Nous avons plongé. (intran- qu’elle me semble la plus noble de toutes. Elle
sitif) j. Elle raconte son aventure. (transitif direct) permet de soulager les gens qui souffrent et de
5. a. Elles sont parties joyeuses. (attributif) / Elles sauver des vies.
sont parties. (intransitif) b. Elle téléphone. (intran- Les autres qualités de ce métier sont les échanges
sitif) / Elle téléphone à sa sœur. (transitif indirect) humains qu’il impose et la variété des situations que
c. J’écris. (intransitif) / J’écris un poème. (transitif l’on rencontre. Je détesterais une profession où
direct) d. Vous rêvez. (intransitif) / Vous rêvez de mon seul compagnon serait mon écran d’ordinateur
partir. (transitif indirect) e. Nous sortons le chien. et où je répéterais chaque jour les mêmes gestes.
(transitif direct) / Nous sortons. (intransitif) f. Elles J’espère vraiment réussir mais je suis lucide, je sais
ont joué. (intransitif) / Elles ont joué au ballon. que les études sont longues et difficiles.

137 Étude de la langue


Fiche 2
Les phrases simples et complexes Livre de l’élève p. 296

Identifier Manipuler
1. a. Ce conte est amusant / mais il contient aussi 4. a. Elle était en voyage, c’est pourquoi elle n’a
une morale. b. Vous me racontez une histoire / qui pas répondu à ton invitation. b. J’ai une excellente
paraît invraisemblable. c. Puisque tu aimes avoir mémoire, pourtant je n’ai aucun souvenir de cette
peur, / lis des contes fantastiques. d. Je pense / conversation. c. Ma sœur s’entraîne très sérieuse-
que ce sera difficile / mais que tu réussiras. e. Je ment, en effet elle souhaite être sélectionnée pour
ne sais pas / pourquoi tu as agi ainsi. f. Si tu peux les championnats. d. Mes parents m’ont proposé
venir, / cela nous fera plaisir. de sortir, alors j’ai accepté. e. Elle est entrée en
courant, puis est ressortie aussi vite.
2.
5. a. Je vais enfin réaliser cette ascension dont
Indépendantes a. Il pleut / je rêve depuis si longtemps. b. N’oublie pas de
mais il ne fait pas froid.
m’envoyer des photos afin que je puisse suivre
d. J’ai appelé.
ton périple. c. Pendant que tu te reposes, je vais
Principales b. Je vous ai apporté quelques faire la vaisselle. d. Si tu arrives assez tôt, nous
fleurs pourrons aller au cinéma. e. Où sont les clés que
c. Croyez-vous je t’avais confiées  ? f.  Je me demande qui est
d. J’ai compris venu en mon absence.
e. Dis-moi
f. regarde ce film 6. a. La 1re phrase est une phrase simple.
b. Dans la 2e phrase, on trouve une proposition
Subordonnées b. que j’ai cueillies ce matin. principale (Ils […] médecins) et deux propositions
c. que nous pourrons nous subordonnées (pour qu’ils […] matière et qui […]
rencontrer ? vivre).
d. qu’il n’y avait personne.
e. quand tu arriveras. c. La proposition indépendante est Les docteurs
f. Dès que tu le peux / le manipulèrent. On peut la coordonner par puis à
qui est un chef-d’œuvre. la proposition suivante.
7. a. Nous avons emménagé dans une nouvelle
3. maison pour que les enfants aient chacun
une plus grande chambre. b. J’aimerais écrire
Je suis assise près de maman dans une voiture mon autobiographie lorsque je serai plus âgée.
fermée tirée par un cheval (indépendante), / c. N’essayez pas de vous approcher du précipice
nous cahotons sur une route poussiéreuse parce que c’est très dangereux. d. Nous avons
(indépendante). Je tiens le plus près possible longuement réfléchi à votre proposition qui nous
de la fenêtre un livre de la bibliothèque rose a semblé très intéressante. e. Elles ont eu très
(indépendante), / j’essaie de lire malgré les peur que vous n’ayez eu un accident.
secousses, malgré les objurgations de maman
S’exprimer
(indépendante)  : «  Arrête-toi maintenant
(indépendante), / ça suffit (indépendante), / 8. Proposition
tu t’abîmes les yeux (indépendante)… » Il y a quelques années, j’étais, comme chaque été,
La ville / où nous nous rendons (subordonnée) / en vacances chez ma grand-mère (1 principale
porte le nom de Kamenetz-Podolsk (princi- et 1 subordonnée). Ce jour-là, le temps était très
pale). Nous y passerons l’été chez mon oncle maussade et, ma sœur et moi nous ennuyions
Gricha Chatounovski, celui des frères de maman beaucoup. (2 indépendantes coordonnées)
(principale) / qui est avocat (subordonnée). Nous décidâmes alors d’aller explorer le grenier où
Nathalie Sarraute, Enfance (1983) © Gallimard. nous n’étions pas allées depuis quelque temps.
(1 principale et 1 subordonnée)

138
En entrant, nous retrouvâmes le spectacle habituel : dions à qui elles avaient bien pu appartenir. (1 prin-
chaises cassées, vieux buffets abîmés, vélos très cipale et 1 subordonnée)
anciens aux roues dégonflées… Mais une grande malle Nous décidâmes d’interroger notre grand-mère
attira soudain notre attention (2 phrases simples). qui nous révéla que ces robes magnifiques avaient
Nous l’ouvrîmes et, à notre grande stupéfaction, nous appartenu à sa mère, une grande cantatrice, décé-
découvrîmes toute une série de robes, d’une autre dée prématurément de la tuberculose alors que
époque. (2 indépendantes coordonnées) notre grand-mère n’avait que dix ans. (1 princi-
Nous commençâmes à les déplier et fûmes émer- pale et 3 subordonnées)
veillées  ; ces robes ressemblaient pour nous à Nous étions bouleversées toutes les trois, cette
des costumes de théâtre ou de cinéma : longues, découverte nous a profondément marquées et,
confectionnées dans des étoffes luxueuses et pour ma sœur, ce fut comme une révélation : elle
ornées de dentelles. (3 indépendantes : 2 coor- comprit ce jour-là pourquoi elle aimait tellement
données et 1 juxtaposée) chanter et elle décida de devenir à son tour can-
La première surprise passée, nous les essayâmes tatrice. (2 indépendantes juxtaposées, 1 indé-
toutes et notre admiration grandit encore. (2 indé- pendante coordonnée, 1 principale et 1 subor-
pendantes coordonnées) Mais nous nous deman- donnée, 1 indépendante)

Fiche 3
Les propositions subordonnées Livre de l’élève p. 298

Identifier Manipuler
1. 4. a. Je ferai tout afin que tu sois contente (conjonc-
tive). b. Vous avez accompli un exploit dont tout
Relatives Conjonctives Int. indirectes le monde se souviendra (relative). c. Appelle-moi
d. auquel […] a. parce qu’elle c. pourquoi […] dès que tu arriveras (conjonctive). d. Raconte-moi
songé. […] vacances. retard. comment cela s’est passé (interrogative indirecte).
f. dont je t’ai b. Bien qu’il g. comment tu e. Elle m’a proposé une solution à laquelle je n’avais
parlé fasse nuit as fait. pas songé (relative). f.  Comme tu ne m’as pas
e. Afin que […] répondu (conjonctive), je pense que tu es d’accord.
maison
5. a. Je sortirai quand je pourrai (conjonctive).
2. a. Je crois que tout est prêt pour le départ b. Elle m’a présenté son fils que je n’avais pas
(conjonctive). b. Les fleurs que tu m’as envoyées reconnu (relative). c. Je me demandais où elle était
(relative) sont magnifiques. c.  Les spectateurs cachée (interrogative indirecte). d. Dis-moi qui a
qui arriveront en retard (relative) ne pourront pas gagné la course (interrogative indirecte). e. Si tout va
entrer. d. Dis-moi qui est arrivé en retard (interro- bien (conjonctive), nous serons là pour dîner. f. Elle
gative indirecte). e. Je pense que la fête sera réus- a heurté un poteau qu’elle n’avait pas vu (relative).
sie (conjonctive). f. J’ignore qui il est (interrogative 6. a. Elles nous ont dit qu’elles arriveraient en
indirecte). g. Il ne faut pas que tu empruntes cette retard / où elles iraient en vacances. b. Nous
route (conjonctive) qui est très dangereuse (rela- ne savions pas que vous étiez rentrés / qui vous
tive). h. Ma mère m’a demandé qui avait écrit le aviez vu. c. Ils nous ont raconté qu’ils avaient
message (interrogative indirecte) que j’avais reçu fait un très beau voyage / comment ils étaient
(relative). i. Qu’il fasse du sport (conjonctive) est rentrés. d. Elles demandent que vous ne soyez
une bonne idée. pas en retard / quand vous venez. e. J’ignorais
3. Relatives : d. où il n’y avait personne. que tu avais vu le film  / pourquoi il semblait
Conjonctives : b. quand vous êtes venus. c. Si si joyeux. f. Ma mère m’a annoncé que j’étais
tu écoutes bien. reçue / qui nous avait rendu visite.
Int. indirectes : a. où elle allait. e. quand les tra- 7. a. Elles ne m’avaient pas dit qu’il fallait présen-
vaux seront finis. f. si je voulais l’accompagner. ter une pièce d’identité / pour que notre ins-

139 Étude de la langue


cription soit validée. b. Nous avons passé nos de fleurs était renversé : la terre était répandue,
vacances dans cette région dont tu nous avais le pot était brisé et les fleurs avaient perdu leurs
parlé / lorsque nous avions passé le week-end pétales. Mais je ne m’inquiétai pas de ce détail et
chez toi. c. Les enfants m’ont demandé / à quelle m’amusai avec le petit félin.
heure nous arriverions dans cette maison où Lorsque ma mère et son amie débarquèrent sur la
ils s’amusent tellement. d. Ils ont tout organisé terrasse, j’entendis un cri d’horreur et je fus aus-
pendant que nous dormions  / afin que nous sitôt accusée d’avoir renversé le pot. J’eus beau
ayons une belle surprise. jurer que le pot était déjà renversé lorsque j’étais
arrivée sur la terrasse, personne ne me crut. Je
Interpréter
dus présenter des excuses à Héloïse, l’amie de
8. a. Les subordonnées de ces phrases sont des ma mère, et venir le lendemain avec un nouveau
conjonctives COD de déclare. pot pour remplacer le pot cassé.
b. La répétition de ces subordonnées met en valeur Sur le chemin du retour, ma mère, toujours très
la totale innocence du narrateur. gentille, minimisait ma faute, m’expliquant que
ce n’était qu’un pot de fleurs et qu’il valait mieux
S’exprimer
avouer tout de suite ces petits incidents sans
9. Proposition gravité. Mais cela ne me consolait pas du tout, je
J’avais dix ans à l’époque. J’étais allée, avec ma continuai à protester de mon innocence, j’éprou-
mère, rendre visite à une de ses amies qui pos- vais une immense frustration, parce que je n’avais
sède un adorable petit chat. J’aimais beaucoup aucun moyen de prouver ce que j’affirmais.
m’amuser avec ce petit animal. En général, pen- J’ai mis longtemps à oublier cet épisode, il m’a
dant que ma mère et son amie prenaient le thé au beaucoup fait réfléchir et m’a fait comprendre
salon, j’allais jouer avec Mistigri sur la terrasse. En combien il devait être douloureux d’être victime
y arrivant, je remarquai tout de suite qu’un joli pot d’une erreur judiciaire.

Fiche 4
Les types et les formes de phrases Livre de l’élève p. 300

Identifier Formes négatives : c. Je n’ai pas hésité long-


temps. (déclarative) f. Ne t’avais-je pas prévenu ?
1. a. Où allons-nous ? (interrogative / affirmative)
(interrogative) g. Ne recommence jamais une telle
b. Quelle incroyable histoire ! (exclamative et décla-
imprudence  ! (exclamative) a. Ne te moque pas
rative / affirmative) c. N’écoutez jamais ces bêtises.
de moi. (injonctive) d. Ne pas entrer sans autori-
(injonctive / négative) d. Je ne m’en souviens pas.
sation. (injonctive) g. Ne recommence jamais une
(déclarative / négative) e. Tu restes ? (interrogative /
telle imprudence ! (injonctive)
affirmative) f. Qu’il n’essaie pas d’entrer. (injonc-
tive / négative) Manipuler
2. a. Qu’as-tu encore imaginé ? (partielle / soutenu)
4. a. Où est-ce qu’elles partent ? b. Comment /
b. Tu veux essayer ? (totale / familier) c. Combien
par où tu es entrée ? c. Combien cette veste t’a-
ça coûte  ? (partielle  / familier) d.  Qu’est-ce que
t-elle coûté ? d. Ont-ils repeint le salon ?
tu veux ? (partielle / courant) e. Où est-ce ? (par-
tielle / soutenu) f. Est-ce que tu as bien entendu ? 5. a. Il ne reste plus de lait. b. Je ne prends jamais
(totale / courant) mes vacances au mois d’août. c. Nous n’avons
3. Formes affirmatives : e. Que de monde ici ! ramassé aucun champignon. d. Je n’ai rien com-
(déclarative, exclamative) h.  Nous sommes très pris. e. Elles n’ont vu personne.
occupés en ce moment. (déclarative) b. Où est-ce 6. a. Qu’il ne soit pas absent demain ! b. Ne tra-
que tu te crois ? (interrogative) i. Qu’il se dépêche vaille-t-il pas beaucoup ? c. Comme c’est loin !
de finir son travail. (injonctive) d. Est-ce qu’elles habitent toujours ici ?

140
7. a. Faites ces deux exercices. (impératif) / Faire
ces deux exercices. (infinitif) b. Ne pas mettre ces Jean. – Ouvrez vos oreilles. (injonctive  /
fruits au réfrigérateur. (infinitif) / Ne mettez pas ces affirmative) J’ai dit, pourquoi ne pas être un
fruits au réfrigérateur. (impératif) c. Tu prendras rhinocéros ? (interrogative / négative) J’aime
l’autoroute. (indicatif futur simple) / Prends l’auto- les changements. (déclarative / affirmative)
route. (impératif) d. Pas de portables ici. (phrase Eugène Ionesco, Rhinocéros (1959), acte II,
non-verbale) / Que personne n’utilise de portable tabl. II © Gallimard.
ici. (subjonctif) e. Vous éteignez la lumière dès que
vous vous couchez. (indicatif présent) / Vous étein- S’exprimer
drez la lumière dès que vous vous coucherez.
9. Proposition
(indicatif futur simple) f. Faire cinq tours de stade
On peut faire un dialogue de théâtre puisque le
avant l’entraînement. (infinitif)  / Cinq tours de
texte de référence en est un.
stade avant l’entraînement ! (phrase non-verbale)
Deux amis, Justine et Léon, sont installés dans un
Interpréter salon. La fenêtre est ouverte. Ils observent un vol
8. a. Le type et la forme des phrases sont indiqués d’hirondelles.
en gras dans le texte. Justine. – Je suis fascinée par ces oiseaux, quand
b. Les phrases exclamatives expriment l’étonne- je pense aux trajets qu’ils accomplissent, je me dis
ment pour Bérenger et le désaccord et l’énerve- qu’ils ont une chance extraordinaire. (déclarative)
ment pour Jean. Imagines-tu les paysages qu’ils peuvent admirer au
c. Les phrases interrogatives sont assez nom- cours de leurs migrations ? (interrogative) Si l’on
breuses parce que les deux personnages ne se m’en donnait la possibilité, je me transformerais
comprennent pas du tout, ils posent de nom- en oiseau sans l’ombre d’une hésitation.
breuses questions pour essayer de rétablir la Léon. – Ma pauvre Justine, tu n’as pas perdu la
communication. tête ? (interrogative / négative) Tu envies la vie des
oiseaux ? Sauvages, ils risquent sans arrêt leur vie,
Bérenger. – Je suis étonné de vous entendre on leur tire dessus, d’autres animaux les dévorent
dire cela, mon cher Jean ! (exclamative / affir- et, domestiques, ils passent leur vie enfermés dans
mative) Perdez-vous la tête ? (interrogative / une cage ! Quel destin enviable ! (exclamative)
affirmative) Enfin, aimeriez-vous être rhino- Sans compter qu’en devenant un oiseau, tu perds
céros ? (interrogative / affirmative) aussi toute ton intelligence humaine.
Jean. – Pourquoi pas ! (exclamative / néga- Justine. – Mais enfin Léon, tu sembles avoir oublié
tive) Je n’ai pas vos préjugés. (déclarative / que voler est le plus vieux rêve de l’humanité.
négative) As-tu oublié le mythe d’Icare ? Je t’assure que je
Bérenger. – Parlez plus distinctement. renoncerais à tout pour pouvoir voler. Nous, les
(injonctive / affirmative) Je ne comprends hommes, nous sommes des handicapés avec nos
pas. (déclarative / négative) Vous articulez jambes. Voler, c’est la liberté, ton corps devient
mal. (déclarative / affirmative) léger. Essaie un peu d’imaginer les sensations que
Jean, toujours de la salle de bains. – Ouvrez l’on éprouve. (injonctive)
vos oreilles ! (injonctive, exclamative / affir- Léon. – Je ne suis pas convaincu. (déclarative /
mative) négative) L’homme est le plus évolué de tous les
Bérenger. – Comment  ? (interrogative  / êtres vivants, vouloir renoncer à sa nature d’homme
affirmative) est stupide. Si tu as envie de voler, fais du del-
taplane ou du parachutisme !

141 Étude de la langue


Bilan fiches 1 à 4
Le verbe, la phrase, les propositions
Livre de l’élève p. 302

Je teste mes connaissances verbale) f. Ne reste pas trop longtemps exposé au
soleil. (simple)
1. • Un verbe attributif peut être complété par un
COD. Faux 6. a. Puisque tu as le temps (subordonnée), bois
• Un verbe transitif indirect est complété par un un café (principale). b. Tout va bien. (indépendante)
COI. Vrai c. N’oublie pas les clés (indépendante), je les ai
• Un verbe intransitif et son sujet peuvent consti- posées sur le meuble (principale) que tu m’as offert
tuer une phrase. Vrai (subordonnée).
• Un verbe attributif a toujours la même construc- 7. a. Je ne l’attendais pas donc / c’est pourquoi
tion. Faux j’ai été très surprise. b. J’espérais une bonne per-
• Un verbe intransitif peut parfois être transitif. Vrai formance mais  / cependant je n’attendais pas
• Une phrase interrogative se termine souvent par une telle victoire. c. Nous partirons très tôt, puis /
un point d’interrogation. Faux ensuite nous rendrons visite à nos amis et / enfin
• Une phrase injonctive donne un ordre. Vrai nous arriverons chez vous vers 20 heures.
• Une phrase exclamative ne peut pas être à la 8. a. Si tu es bien sage, tu auras un bonbon.
forme négative. Faux b. Dis-moi pourquoi / si elle est encore en retard.
2. Je t’ai apporté ce jeu vidéo que tu adores. c. C’est un détail dont je ne me souviens pas. d. Je
(phrase complexe  / prop. principale et prop. t’ai préparé un sandwich pour que / afin que tu
subordonnée relative) n’aies pas besoin de t’arrêter.
Tu marches un peu avec moi ? (phrase simple)
Les subordonnées
Je crois être le premier. (phrase simple)
Pas de problème. (phrase non verbale) 9. Relatives  : a.  que j’ai cueillies. d.  que nous
Je crois qu’il est le premier. (phrase complexe / avons achetés. g. où nous passons nos vacances.
prop. principale et prop. subordonnée conjonc- Conjonctives avec que  : c.  qu’un événement
tive) inhabituel s’était produit. e.  qu’il aura assez de
temps.
Je valide mes compétences
Conjonctives compl. de phrase : b. parce que
Les catégories de verbes j’ai été dérangée. c. Dès que je l’ai vu. e. pour que
3. a. Elles paraissent joyeuses. (attributif) b. Sor- nous le rencontrions.
tons. (intransitif) c. Tu lui as offert un bouquet. (tran- Int. indirectes : d. comment nous rapporterons
sitif direct) d. Ils se méfient de lui. (transitif indirect) les souvenirs. f. où il va.
e.  Elles sont rentrées très contentes. (attributif) 10. a. J’ai attendu le dernier moment pour faire
f. Nous sommes enfin rentrées. (intransitif) ma réservation si bien que / de sorte que je n’ai
4. a. Elles attendent le bus. (transitif direct) / J’at- pas eu de place. (conjonctive) b. J’ai enfin acheté
tends depuis une heure. (intransitif). b. Tu es tom- toutes les fournitures dont j’avais besoin. (relative)
bée. (intransitif) / Tu es tombée amoureuse de c. Je ne sais pas comment il a fait pour arriver aussi
ton voisin. (attributif) c. Nous réfléchissons. (intran- vite. (interrogative indirecte) d. Je me demande qui
sitif) / Nous réfléchissons à une autre solution. est cet homme. (interrogative indirecte) e. Je pense
(transitif indirect) d. Le film est sorti. (intransitif) / Ils que tu es le meilleur. (conjonctive)
sont sortis enchantés de leur soirée. (attributif) Les types et formes de phrases
Les phrases 11. a. Ne recommence jamais une telle erreur.
5. a. Merci du renseignement. (non verbale) b. Nous (injonctive, négative) b.  Tu es resplendissante  !
ne rentrerons pas avant deux ans. (simple) c. Rentre (exclamative, déclarative, affirmative) c.  Je n’ai
et assieds-toi. (complexe) d. Je t’ai apporté le pull jamais compris sa façon de faire. (déclarative, néga-
que tu avais vu. (complexe) e. Pas de chance ! (non tive) d. Pourquoi n’a-t-elle pas téléphoné ? (inter-

142
rogative, négative) e.  Elle ne se trompe jamais  ! Phrase complexe composée de trois indépen-
(exclamative, déclarative, négative) dantes : Je m’asseyais […] se retiraient. Les deux
12. a. Ne me donnez rien. b.  Je n’ai vu personne. premières propositions sont juxtaposées, la deu-
c. Tu ne prends jamais de retard. d. Elle n’est nulle xième et la troisième sont coordonnées.
part. e. Je n’ai vu aucun de ses films. 3. qui […] coucher est une subordonnée relative ;
Je réinvestis mes compétences quand […] salle est une subordonnée conjonctive.

1. Les verbes annonçait et enlevaient sont transi- 4. De quoi parliez-vous ? est une phrase interro-
tifs directs ; rentrait et se retiraient sont intransitifs ; gative, c’est une interrogation partielle.
étaient est attributif. 5. Saisis de terreur, nous ne répondions pas est
2. Phrases simples : À huit heures, la cloche annon- une phrase à la forme négative. Qui ne cessait qu’à
çait le souper. Après le souper […] perron. Les soi- l’heure de son coucher est une proposition conte-
rées […] nature. nant la négation restrictive ne… que.

Fiche 5
Le sujet et l’attribut du sujet Livre de l’élève p. 304

Identifier c.  Elle ne les voit pas souvent. d.  Toi qui es la
plus grande, passe devant. e. Ta mère et toi rece-
1. GN  : d.  Notre destination. e.  les enfants.
vez souvent des compliments. f.  Tous ceux qui
g. les enfants.
peuvent venir doivent le faire. g. Qu’ils soient si
Pronom : b. Cela. e. je. g. Je.
nombreux m’étonne.
Infinitif ou groupe infinitif : a. Rêver. f. Être tou-
jours de bonne humeur. 6. a. La glace est ma nourriture préférée. b. Tout
Prop. sub. : c. Qu’elle soit là. nous semble intéressant. c. Cette petite fille a l’air
2. a. Ces remarques semblent intéressantes. b. Ce joyeuse. d.  La récolte a été jugée satisfaisante.
e. Ce pull et cette chemise sont considérés comme
livre est considéré comme un chef-d’œuvre. d. Ce
très originaux.
bébé s’appelle Jules. e. Elle est tombée amoureuse
de ce lieu. h. Tu passes pour un vrai champion. 7. a. Ces plats avaient l’air appétissants. b. Réus-
i. Ils ont l’air très heureux. sir semble un pari difficile. c. Julie et toi avez
été élues déléguées de classe. d. Qu’elle soit
Manipuler
toujours en pleine forme restait un vrai mystère.
3. a. Les trois attributs du sujet sont : le plus beau
des châteaux et la meilleure des baronnes possibles. Interpréter
Ce sont des groupes nominaux.
8. a. L’énumération de sujets est : Les trompettes,
b. Le plus beau des châteaux est le château de
les fifres, les hautbois, les tambours, les canons. Le
Versailles. Dans cette phrase, le groupe souligné
sujet les canons n’appartient pas au même champ
est sujet.
lexical que les autres qui sont tous des instruments
4. b. Je te propose ce gâteau qu’a préparé ma de musique. L’effet produit est d’abord un effet de
mère. c. À cet endroit ont longtemps vécu mes surprise, ensuite le lecteur comprend que le texte
grands-parents. d.  Je me demande à quelle est une dénonciation de la guerre.
heure ferme ce magasin. f.  J’ai passé mes b. L’énumération d’attributs du sujet est : si beau,
vacances dans cette station où s’étend à l’infini si leste, si brillant, si bien ordonné ; ils s’appliquent
une plage de sable fin. g. Dis-moi comment s’est aux deux armées. L’effet produit est aussi, dans
terminé le match. h. À cette heure, très souvent, un premier temps, un effet de surprise. Ensuite,
s’élève une légère brise de mer. le lecteur comprend qu’il s’agit d’ironie par anti-
5. a. Elle et moi faisons partie du même groupe. phrase pour dénoncer la guerre.
b.  Ce livre et ce vase se rangent sur l’étagère.

143 Étude de la langue


S’exprimer Leur nombre, leurs couleurs, leurs formes, leurs
mouvements majestueux transformaient le ciel
9. Proposition
Aucun spectacle n’a autant provoqué mon admi- en un théâtre féérique. Des oiseaux, des avions,
ration que le concours de cerfs-volants auquel des personnages, des fleurs, des papillons se
j’ai eu la chance d’assister cet été sur une plage livraient à un ballet fascinant. Malgré le vent qui
de Normandie. soufflait avec violence, les spectateurs restaient
Ces magnifiques objets volants étaient jaunes, admiratifs, ébahis, stupéfaits, ravis et avant tout
verts, bleus, rouges, roses ou orange, ils nous heureux d’avoir le bonheur d’être là, conscients
offraient une véritable symphonie de couleurs. de prendre part à un événement hors du commun.

Fiche 6
Les compléments du verbe Livre de l’élève p. 306

Identifier interrogative indirecte) e. Voltaire se moque aussi


des nouveaux riches et de leur amour des titres
1. COD : b. la porte. e. venir. f. un cadeau. g. que
de noblesse. (GN, COI) / Voltaire se moque aussi
nous avions déménagé.
d’eux. (pronom personnel)
COI : a. de rentrer vite. c. vous. d. lui.
COS : b. m’. f. lui. g. leur. 6. a. Je les lui donne. b.  J’ignore où tu vas.
c. Nous allons à la plage. d. Nous sommes ici.
2. a. Nous sommes dans le jardin. d. Nous sommes
e.  Je me souviens du jour et de l’heure. f.  Ce
allés à la plage. e. Elle est restée deux semaines.
voyage coûte deux mille euros. g. Nous avons
g. Mon petit frère pèse maintenant quinze kilos.
appris qu’ils arrivaient demain.
3. Nous vous (pronom, COS) annonçons que
nous partons demain (sub. conj., COD). b. Je me Interpréter
demande pourquoi il est si joyeux (sub. int. ind., 7. a. Les deux COD sont : un habit de velours […]
COD). c. Nous y (pronom, compl. essentiel) allons. goût et l’habit ; le COS est : Jeannot.
d.  Elle se méfie de lui (pronom, COI). e.  Nous b. Les mots en rouge sont COD.
sommes là (adverbe, compl. essentiel). f. Je ne te c. Cette accumulation met en valeur les nombreux
raconterai pas notre voyage (GN, COD), tu ne me impôts qui accablaient les paysans et souligne leur
(pronom, COD) croirais pas. caractère excessif.
NB : il n’y a pas d’infinitif à relever.
4. a. Il regarde le paysage. (COD) b. Tu parles à S’exprimer
ton voisin. (COI) c. Je ne connais pas la vérité. 8. Proposition
(COD) d. Ce petit chien n’obéit pas à son maître. La plupart des adolescents attachent une très
(COI) e. Ta sœur ressemble à ta mère. (COI) f. Nous grande importance à la mode et aux vêtements.
cherchions la sortie. (COD) g. Je n’ai pas encore Presque tout leur argent de poche y est en général
répondu à votre lettre. (COI) consacré. Pour ma part, je pense que cet engoue-
5. a. J’aime lire les contes de Voltaire. (infini- ment est un peu ridicule.
tif, COD)  / J’aime vous lire. (pronom personnel) Tout d’abord, je pense que les vêtements n’ont
b. Sais-tu combien j’en ai lu ? (sub. interrogative qu’un rôle utilitaire. Ils protègent notre corps du froid
indirecte, COD) / Sais-tu lire ? (infinitif) c. Je les ai ou du soleil, ils répondent à des exigences sociales
découverts l’année dernière. (pronom personnel, puisqu’on ne se promène pas nu dans notre civili-
COD)  / J’ai découvert l’année dernière qu’elle sation mais, pour moi, leur importance s’arrête là.
habitait près de chez moi. (sub. conjonctive) Bien sûr, je porte toujours des vêtements dont les
d.  Le conte Jeannot et Colin montre que l’ami- couleurs sont assorties par respect de l’esthétique,
tié est une valeur fondamentale. (sub. conjonc- mais je n’ai que quelques tenues classiques que
tive, COD)  / Le conte Jeannot et Colin montre je conserve jusqu’à ce qu’elles soient usées. Je
comment les enfants étaient éduqués. (sub. ne vois pas l’intérêt d’acheter sans arrêt un nou-

144
veau vêtement sous prétexte qu’il est à la dernière les familles n’ont pas les moyens d’offrir à leurs
mode. Je préfère dépenser mon argent de poche enfants les marques à la mode et certains élèves
en maquettes de bateaux, ma passion depuis de peuvent en souffrir.
nombreuses années. Pour moi donc, le vêtement est un objet utilitaire
De plus, je pense que dans les établissements sco- mais en aucun cas un centre d’intérêt ou une
laires, les vêtements créent des inégalités. Toutes source de plaisir.

Fiche 7
Les compléments de phrase (1) Livre de l’élève p. 308

Identifier avoir entendu cela (temps, groupe infinitif), la mère


remerciait vivement (manière, adverbe) la voisine qui
1. a. En publiant Jacques Vingtras sous le pseu-
en cachette (manière, GN) récompensait Jacques
donyme de La Chaussade (manière), Jules Vallès
d’un bonbon (moyen, GN) ! f. Des années plus tard
déclenche en 1878 (temps) un véritable scandale.
(temps, GN), Jacques se souvenait avec émotion
b.  Le livre est publié en feuilleton (moyen) dans
(manière, GN) de cette voisine.
une revue (lieu). c. Dans ce roman (lieu), l’auteur
raconte l’enfance de Jacques Vingtras. d. Par l’in-
termédiaire de ce livre (moyen), il dénonce violem- Manipuler
ment (manière) une forme d’éducation. e. La vie
de Jacques Vingtras ressemble à celle que mena 4. a. Nous sommes partis à six heures du matin.
Jules Vallès avec son père et sa mère (accompa- (temps) / tôt. (adverbe) b. Elle m’a reçu aimable-
gnement). f. On retrouve ces thèmes dans d’autres ment. (manière) / avec amabilité / avec gentil-
romans autobiographiques (lieu). lesse. (GN) c. Il écoute de la musique en faisant
son jogging. (temps)  / pendant son jogging.
2. a. Le spectacle commence à vingt heures
(GN) d.  Va voir ce film rapidement. (manière)  /
(temps). b.  Le soleil se lève à l’est (lieu). c.  Ne
sans attendre. (groupe infinitif) e. Viens me voir
passe pas par ce chemin (lieu). d. Je les accueille
quand tu passeras dans le quartier. (temps) / en
avec enthousiasme (manière). e.  Nous sommes
passant dans le quartier. (gérondif) f.  Nous te
venus par le train (moyen). f.  Par grand froid, le
verrons après ton séjour en Angleterre. (temps) /
parc est fermé (temps). g. Elle peint avec ses doigts
quand tu seras revenu d’Angleterre. (prop. sub.
(moyen). h. Nous partons toujours avec les mêmes
conjonctive) g. Dès que la nouvelle nous parvint
amis (accompagnement). i. Nous travaillons avec
(temps), / À l’annonce de la nouvelle (GN), nous
plaisir (manière). j.  Nous sommes entrés par la
sautâmes de joie.
fenêtre (moyen). k. Le train du soir roule souvent
à vide (manière). 5. a. Nous avons acheté ce téléviseur lorsque nous
NB : en j., il faut remplacer par erreur (cause, cir- avons emménagé. b. Les enfants s’amusent pen-
constance traitée dans la fiche 8) par par la fenêtre dant que nous nous reposons. c. Ils ont réservé
(moyen). leur billet de train avant qu’il ne soit trop tard.
d. Tu iras te promener après que tu auras fini tes
3. a. Lorsqu’il était enfant (temps, sub. conjonc-
devoirs. e. Nous sommes venus vous rejoindre
tive), Jacques Vingtras était fouetté chaque jour
jusqu’à ce que ce soit l’heure du départ. f. Mon
(temps, GN). b. Une voisine découvrit avec émo-
chien aboie chaque fois que quelqu’un passe.
tion (manière, GN) la gravité des blessures. c. Dès
qu’elle entendait l’annonce des coups de fouet 6. a. J’ai achevé la lecture de L’Enfant en une
(temps, sub. conjonctive), elle proposait genti- semaine. b.  J’ai lu ce livre avec plaisir. c.  Je
ment (manière, adverbe) à la mère de la remplacer. m’étais procuré ce roman avec l’argent reçu à
d. Jacques s’éloignait alors avec la voisine (accom- mon anniversaire. d. Je l’ai rangé sur une éta-
pagnement, GN), celle-ci frappait fort (manière, gère.
adverbe) dans ses mains (lieu, GN) et Jacques 7. a. Ils ont installé leurs affaires ailleurs. b. Demain,
hurlait violemment (manière, adverbe). e.  Après nous partirons avec joie en vacances. c. Après avoir

145 Étude de la langue


essayé de prendre un billet d’avion, ils nous ont Ma mère comprime la blessure avec un linge
rejoints en train. d. En essayant de la rattraper, je (moyen) pour arrêter l’hémorragie et m’envoie
suis tombée avec mon amie qui trébuchait. e. Nous chercher un désinfectant dans l’armoire à médi-
sommes rentrés silencieusement, pendant que tu caments (lieu). Je suis tellement bouleversé que
te reposais. f. En t’apercevant, j’ai hurlé de joie. je me trompe de flacon et lui apporte une prépa-
ration pour la toux. Ma mère se lève, me gifle vio-
Interpréter lemment (manière) et va chercher le désinfectant.
8. a. La circonstance exprimée est le lieu. Je m’approche alors (temps) de mon père pour
lui demander pardon. Dès que celui-ci voit mon
b. Ces compléments servent à planter le décor.
visage défait et ma joue toute rouge (temps), il me
c. à la main (lieu, GN)  ; avec des languettes de
prend dans son bras valide (lieu) et m’assure que
bois frais (moyen, GN) ; quand mon père pousse
je ne suis responsable de rien. Il m’explique que si
un cri et lève sa main pleine de sang (temps, sub.
je n’avais pas eu envie d’un chariot, il aurait sculpté
conjonctive) ; dans le doigt (lieu, GN).
un autre objet et se serait blessé de la même façon
S’exprimer (manière), parce que le travail du bois est son occu-
pation favorite et qu’il la pratique pour son propre
9. Proposition plaisir. J’étais éperdu de reconnaissance et j’em-
Aussitôt (temps), ma mère et ma cousine se pré- brassai mon père avec enthousiasme (manière).
cipitent pour voir ce qui se passe. Je me mets à Fort heureusement (manière), la blessure n’était
pleurer à chaudes larmes (manière), parce que pas profonde et mon père put très vite terminer ce
je me sens responsable de cette blessure. Si je chariot qui ne me quitta plus jamais (temps) et qui
n’avais pas eu envie d’un chariot, mon père ne est toujours (temps) exposé dans un petit coin
se serait pas blessé. de ma bibliothèque (lieu).

Fiche 8
Les compléments de phrase (2) Livre de l’élève p. 310

Identifier équipe a gagné, contrairement à tous les pro-


nostics (comparaison). d. Il a pris une mauvaise
1. a. cause. b. cause. c. cause. d. conséquence.
route faute d’indications plus précises (cause).
e. conséquence.
e. Il lit énormément au point de se faire mal aux
2. Cause  : b.  parce qu’on l’avait injustement yeux (conséquence).
accusé.
Conséquence : a. au point qu’il ressentait toujours 5. a. La voiture s’est immobilisée parce qu’un pié-
les mêmes émotions. c. si bien que le remords le ton traversait. b. Elle n’a pas été vaccinée, si bien
poursuivit toute sa vie. qu’elle ne peut pas participer au voyage. c. Je
But : c. pour échapper à une sanction. lui ai mis des gants et un bonnet pour qu’elle ne
Comparaison : a. comme des blessures qui se prenne pas froid. d. Elle nage comme le ferait
rouvriraient. une sirène.
3. a. pour excès de vitesse. (cause) b.  pour ne 6. a. Rousseau a écrit son autobiographie parce
pas le regretter ensuite. (but) c. pour être oubliés. qu’il pense être très différent des autres hommes.
(conséquence) d. Pour une petite faute d’inatten- (cause) / Rousseau pense être si différent des
tion. (cause) e. pour participer à la course. (consé- autres hommes qu’il a écrit son autobiographie.
quence) b. Ces pneus sont si solides que même un clou
ne peut pas les crever. (conséquence) / Même un
Manipuler
clou ne peut crever ces pneus, parce qu’ils sont
4. a. Nous avons changé nos fenêtres en vue très solides. c. Comme les routes sont bloquées
d’une meilleure isolation (but). b.  En raison de par la neige, j’ai dû prendre le train. (cause) / Les
la pluie (cause), le concert est annulé. c.  Notre routes sont bloquées par la neige si bien que j’ai

146
dû prendre le train. d. La route était si verglacée S’exprimer
que sa moto a dérapé. (conséquence) / Sa moto a
8. Proposition
dérapé parce que la route était très verglacée.
Il y a deux ans, j’étais en 5e et j’ai été à l’origine
e. Il y a tant de désordre dans ma chambre que
d’un incident que j’ai beaucoup regretté par la suite.
je ne retrouve plus mes affaires. (conséquence) /
Je ne retrouve plus mes affaires parce qu’il y a Le cours de mathématiques venait de s’achever,
trop de désordre dans ma chambre. f. Certains nous partions en récréation. En passant à côté
spectateurs ont quitté le théâtre parce qu’ils étaient du sac à dos d’Élodie, j’aperçus son trousseau
déçus par la pièce. (cause) / Certains spectateurs de clés et, pour lui faire une farce (but), j’attra-
étaient tellement déçus par la pièce qu’ils ont pai le trousseau et le glissai dans ma poche. À la
quitté le théâtre. fin de la récréation, nous repartîmes en classe.
J’étais déjà presque à ma place, lorsque j’enten-
7. a. La subordonnée exprimant la cause est : comme dis qu’Élodie venait de s’apercevoir de la dispari-
je ne le cachais guère. La phrase transformée est : je tion de ses clés. Elle semblait très en colère ; alors,
le cachais si peu qu’on me le trouva bientôt. parce que soudain j’avais honte de mon geste
stupide (cause) et que je ne voulais pas l’assu-
b. Le groupe infinitif exprimant la conséquence est : mer (cause) je laissai tomber le trousseau dans le
au point de voir dans mes insomnies cette pauvre sac le plus proche de moi, celui d’Arthur.
fille venir me reprocher mon crime. La phrase sous
Dès que nous fûmes tous installés, Élodie expli-
la forme subordonnée exprimant la cause + prin-
qua sa situation au professeur qui exigea que nous
cipale exprimant la conséquence est : Dans mes
ouvrions nos sacs à dos. Bien sûr, le trousseau fut
insomnies je vois quelquefois cette pauvre fille venir
retrouvé dans le sac d’Arthur ! Le professeur ser-
me reprocher mon crime, comme s’il n’était com-
monna le pauvre élève qui ne comprenait rien mais
mis que d’hier, parce que ce souvenir me trouble
qui écopa de deux heures de colle.
et me bouleverse horriblement.
Je ne bougeai pas, j’assistai sans broncher à la
c. Entre les deux indépendantes en rouge on peut scène, mais toute la soirée et les jours qui suivirent
établir ce rapport de cause : Comme ce ruban seul je ressentis une honte extrême. Jamais je n’ai
me tenta, je le volai ; et ce rapport de conséquence : avoué ma responsabilité, mais jamais non plus je
Ce ruban seul me tenta si bien que je le volai. n’ai reproduit un geste aussi stupide.

Fiche 9
Les compléments de phrase (3) Livre de l’élève p. 312

Identifier tendre. (interrogative indirecte) g. S’il neigeait, je


retarderais mon départ. (condition) h. Il fait si froid
1. Opposition : c. tandis que les adultes prennent que je claque des dents. (conséquence)
le café. f. alors que ma sœur a les yeux noirs.
g. Au lieu de me regarder. Manipuler
Concession  : a. Malgré la fatigue. e. Bien que 3. a. Avec tous leurs ennuis (concession), ils
nous ayons des caractères très différents. gardent le sourire. b. Sans la musique (condition),
Condition : b. Si je ne suis pas rentrée. d. Sans la vie serait insupportable. c. Au lieu de t’amuser
ton aide. h. Au cas où le train aurait du retard. (opposition), tu ferais mieux de dormir. d. Tu peux
2. a. Il viendra si tu viens. (condition) b.  Je me faire cette escalade à condition d’être très pru-
demande s’il viendra. (interrogative indirecte) dent (condition). e. Avec un peu plus de temps
c. Même si tu insistes (concession), il ne viendra (condition), tu aurais fait un dessin parfait. f. Nous
pas. d. Il y a si longtemps qu’il n’est pas venu que avons agi sans leur accord (concession).
je ne l’ai pas reconnu. (conséquence) e. Si tu le 4. a. À ta place (condition), je ne répondrais pas. /
souhaites, tu peux réserver ta place dès mainte- Si j’étais à ta place… b.  Malgré son mauvais
nant. (condition) f. Elle ne sait pas si elle doit l’at- caractère (concession), nous l’aimons bien. / Bien

147 Étude de la langue


qu’il (ou elle) ait mauvais caractère… c. Sans sitôt un cercle se former autour de moi ; si je suis
cette coupure de courant (condition), la soirée se aux spectacles, je trouve d’abord cent lorgnettes
serait prolongée.  / S’il n’y avait pas eu cette dressées contre ma figure.
coupure de courant… d. Avec sa blessure à la c. La subordonnée de concession est : quoique
jambe (concession), il continue à courir. / Même j’aie très bonne opinion de moi.
s’il est blessé à la jambe… e. Avec toi à mes
côtés (condition), j’irais au bout du monde. / Si je S’exprimer
t’avais à mes côtés… f. En dépit de ses échecs 8. Proposition
(concession), il persévère et reste optimiste. / Bien La scène se déroule dans un petit jardin public, non
qu’il échoue souvent… loin du collège. Mes amis et moi nous y retrouvons
5. a. Je serais très contente si tu revenais. b. Nous souvent lorsqu’il fait beau.
ne communiquons pas beaucoup, bien que nous Ce jour-là, nous étions quatre, et, comme d’habi-
soyons très amies. c. Il y a toujours des embou- tude, nous discutions de nos professeurs, de nos
teillages, pourtant des travaux d’aménagement amis et de nos prochaines sorties. Un petit chien
ont été faits. d. Elle ne se décourage pas, malgré noir et blanc tourna plusieurs fois autour de nous,
ses difficultés. e. Téléphonez au service après- nous lui donnâmes un peu de notre goûter sans
vente en cas de panne. trop nous en préoccuper. Très vite, je fus intriguée
6. a. Si je peux, je viendrai t’aider. / Si je pouvais, je parce que je ne voyais pas du tout qui pouvait
viendrais t’aider. b. Si tu finis avant seize heures, tu être son maître. Le temps passait, mes amis ren-
nous rejoindras à la piscine. / Si tu finissais avant trèrent chez eux les uns après les autres, je restai.
seize heures, tu nous rejoindrais à la piscine. Le petit chien m’intriguait, j’allai voir les personnes
c. Si le temps le permet, la réunion aura lieu en plein présentes pour trouver le propriétaire de l’animal.
air. / Si le temps le permettait, la réunion aurait Hélas ! personne ne le connaissait et personne ne
lieu en plein air. d. Si on s’abonne à ce maga- semblait se soucier de son sort. J’étais stupéfaite !
zine, on connaît toutes les dates des courses dans J’eus beau leur dire que si nous le laissions errer
la région. / Si on s’abonnait à ce magazine, on seul dans la ville, il pouvait se faire écraser par
connaîtrait toutes les dates des courses dans une voiture et que ses pauvres maîtres devaient le
la région. e. Si tu changes de régime alimentaire, chercher. Je ne rencontrai qu’indifférence, chacun
tu te sentiras mieux. / Si tu changeais de régime quitta le jardin sans se soucier de nous.
alimentaire, tu te sentirais mieux. Je me souvins qu’un cabinet de vétérinaire se trou-
vait non loin de là, j’y allai avec mon nouvel ami
Interpréter
et, là, tout s’arrangea, l’animal avait une puce, ses
7. a. Les propositions en rouge sont compléments maîtres, fous d’inquiétude, furent retrouvés et me
de phrase exprimant la condition. Elles mettent en remercièrent chaleureusement. Pour ma part, j’étais
valeur toutes les situations dans lesquelles le nar- heureuse de ce dénouement mais profondément
rateur s’est trouvé. déçue par l’indifférence de toutes ces personnes.
b. Le passage réécrit : Si je sors, tout le monde se Si j’avais été à leur place, j’aurais eu honte !
met aux fenêtres ; si je suis aux Tuileries, je vois aus-

Fiche 10
Les expansions du nom (1) Livre de l’élève p. 314

Identifier tacle très amusant. f. Récompensé l’an dernier par


un Oscar, ce cinéaste captive les foules. g. Enfin
1. a. Ce petit chat noir appartient à ma voisine.
réconciliés, ils sont partis en vacances ensemble.
b. Ce chat est noir, il a été trouvé dans le jardin
public. c. Révoltés par les événements, ils sont 2. Épithètes : a. triste (lundi). b. illustre (tour Eiffel).
sortis. d. Ce n’est pas en t’amusant que tu réussi- c. petit (frère). d. natale (ville). e. ensoleillée (ter-
ras ce concours difficile. e. J’ai assisté à un spec- rasse). e. idéal (lieu). f. jeunes (enfants).

148
Compl. du nom : a. de septembre (lundi). c. de Interpréter
Jules (frère). d. de Pierre Corneille (ville). e. de ce
8. a. Les noms et GN en rouge sont des appo-
café (terrasse). f. de notre voisine (enfants).
sitions, ils mettent en valeur toutes les profes-
Appositions : a. jour de la rentrée (lundi). b. sym- sions artistiques qui se sont mobilisées contre la
bole de la ville de Paris (tour Eiffel). b.  de Paris tour Eiffel.
(ville). c. voyager dans l’espace (but). d. ville natale b. Les deux compléments du nom sont de la
de Pierre Corneille (Rouen). e. lieu […] une glace beauté et de Paris.
(terrasse). f. très excités […] perpective (enfants). c. Les expansions des mots en vert sont : français
NB : en b, on pourra ne pas demander l’expansion menacés, adjectifs épithètes de art et histoire, et
du nom ville aux élèves. Le GN de Paris est une appo- de l’inutile et monstrueuse tour Eiffel […] Babel, GN
sition avec préposition, non traitée dans la leçon. complément du nom érection.
3. a. groupe infinitif, apposition. b. infinitif, compl. d. Les deux épithètes du groupe souligné sont :
du nom. c. adjectifs, épithètes. d. sub. conjonctive, inutile et monstrueuse. Leur sens est étonnant à
apposition. e. pronom possessif, compl. du nom. notre époque où la tour Eiffel est mondialement
f. GN, apposition ; adjectif qualificatif, épithète. connue et un des monuments les plus visités de
la capitale.
Manipuler
S’exprimer
4. a. Ce célèbre monument fut construit en 1889.
b.  Nous avons assisté à un spectacle drôle et 9. Proposition
original. c.  Pensez-vous que nous devons per- La tour Eiffel fut érigée à l’occasion de l’exposition
sévérer dans cette voie difficile ? d. Cette route, universelle de 1889, et fut l’objet de nombreuses
escarpée, est à l’origine de nombreux accidents. critiques. Je pense, pour ma part, que la tour Eiffel
est devenue à juste titre l’emblème de Paris.
5. a. un écrivain de talent. b. la saison d’été. c. les Tout d’abord, ce monument est un magnifique
eaux de pluie. d. un tapis de Perse. e. une expo- témoin de son époque. Elle est construite en métal,
sition de chiens. f. ce temps d’hiver. un matériau révolutionnaire pour l’époque. Avant
6. a. une montre en or. b. une journée chez ma cela, les monuments étaient en pierre. De même
grand-mère. c. une maison sans chauffage. d. un que le Moyen Âge nous a transmis les cathédrales,
moulin à vent. e. une voiture avec chauffeur. f. des la fin du XIXe siècle nous a transmis la tour Eiffel.
gouttes de pluie. g. un gâteau au chocolat. h. la Ensuite, sa situation le long de la Seine en fait en
place du village. i. un film sur les animaux. j. une quelque sorte la gardienne de la ville, elle surveille
victoire par abandon. le fleuve ; c’est sans aucun doute pour cela que le
7. a. Une équipe d’archéologues a trouvé une poète Guillaume Apollinaire s’adresse ainsi à elle :
statue brisée. b. Épuisée par l’épreuve, elle est « Bergère, ô tour Eiffel ».
rentrée chez elle. c. Je n’ai pas eu le courage de De plus, du sommet de la tour Eiffel, les visiteurs
continuer. d. Elle vient d’acheter une nouvelle voi- découvrent un panorama tout à fait exceptionnel
ture : le dernier modèle de cabriolet. sur la ville.
Enfin, depuis que, chaque soir, elle est illuminée,
elle offre à Paris une raison supplémentaire de
mériter le titre de ville lumière.

Fiche 11
Les expansions du nom (2) Livre de l’élève p. 316

Identifier
1. a. Je ne connais pas ce film dont tout le monde d. Tous les renseignements que tu m’as donnés
parle. b. Regarde le cadeau que j’ai reçu. c. C’est m’ont beaucoup aidée. e.  J’aime ce lieu où la
une erreur dont je n’ai pas eu connaissance. nature est si belle. f. C’est une épreuve dont je

149 Étude de la langue


ne me sens pas capable. g. Lorsque le colis dont 7. a. Mon père, chef d’entreprise, a un emploi
je t’avais parlé est arrivé, nous étions tous partis. du temps très chargé. b. Ma sœur, employée à
h.  Je te donne la clé avec laquelle tu pourras l’aéroport de Roissy, déteste prendre l’avion.
entrer. i.  Je vais t’indiquer les endroits par les- c. Ce garçon, livreur de pizzas le soir, est étu-
quels il faut passer. diant en informatique le jour. d. Mon père, jardi-
nier le week-end, est professeur la semaine. e. Ce
2. b. Je suis arrivée à l’heure que tu m’as indiquée. garçon, guide touristique de la ville, connaît par
c. Tous ceux qui la connaissent l’apprécient. J’ai cœur l’histoire de la région.
loué une maison dans la ville où j’ai passé mes
dernières vacances. h.  Ce que tu m’as dit m’a 8. a. Hier s’est déroulé un épisode dont on se sou-
semblé très convaincant. viendra longtemps. b. Les deux adversaires ont
engagé une lutte qui dura deux heures. c. Nous
3. a. Les enfants qui nous ont accueillis sont char- avons assisté à un événement auquel personne
mants. b. (Celui) Qui sème le vent récolte la tempête. ne s’attendait. d. Arrive enfin le dénouement que
c. Elles sont allées (là / à l’endroit) où elles voulaient. nous espérions. e. Je me suis reposé pendant
d. Offre une récompense à (celui) qui la mérite. e. Je tout le temps où tu travaillais. f. J’ai retrouvé les
n’aimerais pas habiter ce quartier où les rues sont amis avec lesquels j’avais rendez-vous.
très sombres. f. Faites cette activité avec (la per-
sonne / celui / celle que) qui vous voulez. g. Paul Interpréter
est un ami avec qui j’aimerais faire des activités. 9. a. Les propositions subordonnées relatives sont
soulignées dans le texte, l’antécédent est en gras.
Manipuler b. Les renseignements fournis par ces relatives
4. a. Jean-Jacques Rousseau, dont l’auto- sont importants pour le lecteur parce qu’ils font
biographie s’appelle Les Confessions, vivait au monter le suspense  : ils montrent combien les
XVIIIe  siècle. b.  Les réactions auxquelles il faut pommes sont difficiles à atteindre et annoncent
s’attendre m’inquiètent. c.  La femme que vous un dénouement malheureux.
avez vue entrer est ma voisine. d.  La villa dont
Un souvenir qui me fait frémir encore et rire
le toit vient de s’effondrer appartient à des amis.
tout à la fois est celui d’une chasse aux pommes
e. De l’endroit où nous nous trouvions, il était dif-
qui me coûta cher. Ces pommes étaient au
ficile de voir le spectacle. f. Ces pâtisseries dont
je raffole sont confectionnées par ma grand-mère.
fond d’une dépense qui, par une jalousie éle-
g. L’itinéraire par lequel vous êtes passé n’est pas vée recevait du jour de la cuisine. Un jour
très pratique. que j’étais seul dans la maison, je montai sur
la maie pour regarder […] ce précieux fruit
5. a. Ma sœur est une personne versatile. b. Les dont je ne pouvais approcher. J’allai chercher
événements antérieurs à cette date ne m’inté- la broche pour voir si elle pourrait y atteindre.
ressent pas. c. Il a eu une attitude inacceptable. Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions (1782, posth.).
d.  Mon frère est un garçon pacifique. e.  Nous
avons assisté à un spectacle réjouissant. f. Ma
mère est une personne compréhensive. g. Nous S’exprimer
avons éprouvé une joie indescriptible. h. Tu as 10. Proposition
pris une décision incompréhensible.
J’arrivai donc armé de ma broche et je la dirigeai
6. a. un homme qui parle peu. b. une personne vers une belle pomme rouge. Je parvins, avec joie,
qui se met facilement en colère. c. une fleur qui à piquer cette dernière. Ensuite, je la remontai avec
se fane (se flétrit) très vite. d. un voisin qui parle d’infinies précautions et saisis, avec gourmandise,
beaucoup (volontiers). e. un politicien qui ne se ce fruit si désiré.
laisse pas corrompre. f. des dégâts que l’on ne Je décidai d’aller m’installer sous un arbre pour
pourra pas réparer. g. un suspense que l’on sup- le déguster tranquillement. Je salivai à l’avance,
porte difficilement. h. une victoire que l’on ne je n’avais pas mangé de pomme depuis de nom-
pouvait imaginer / dont on n’avait aucune idée. breuses années. Une fois assis, je mordis à pleines
i. une voiture qui vient de sortir. j. une représen- dents dans la chair croquante et acidulée.
tation que l’on n’avait pas préparée / qui n’avait Alors qu’il ne restait presque plus rien autour du
pas été préparée. trognon, j’entendis la voix de mon patron qui hur-

150
lait mon nom. Je me levai d’un bond, Monsieur les quelques sous qui correspondaient au salaire
Durand repéra tout de suite l’objet du délit. Il m’était dérisoire qui me revenait.
impossible de nier le vol de la pomme. Sa colère Je rejoignis ma famille qui m’accabla de reproches
fut terrible, il me congédia sur le champ, je me et, fort heureusement, retrouvai assez rapidement
retrouvai sur la route avec mon maigre bagage et un autre emploi.

Fiche 12
Les accords dans le groupe nominal
Livre de l’élève p. 318

Manipuler 6. a. une spectatrice attentive. b.  des louves


cruelles. c. des ourses blanches. d. une impéra-
1. plantée : accord en genre et en nombre avec trice respectée. e. des héroïnes oubliées. f. une
le nom avant-cour. accusatrice partiale. g. une auditrice naïve. h. une
noyers : pluriel parce qu’il y a forcément plusieurs exploratrice aventureuse.
noyers.
7. a. des vaisseaux spatiaux. b. des détails cru-
attenante : accord avec avant-cour. ciaux. c. des rails rouillés. d. des animaux affec-
bâtie : accord avec porte. tueux. e. des tableaux banals. f. de vieux clous.
appelée : accord en genre et en nombre avec cour. g. des landaus luxueux. h. des carnavals originaux.
longues  : accord en genre et en nombre avec i. des pneus neufs.
écuries. 8. a. un velours bleu. b. un permis illégal. c. un dis-
marronniers : pluriel parce qu’il y a plusieurs mar- cours enflammé. d. un héros inconnu. e. un aveu
ronniers dans un bouquet. inattendu. f. un tissu transparent. g. un tournoi dif-
2. a. une page entière. b. une histoire brève. c. un ficile. h. une paroi épaisse. i. un propos vif. j. une
garçon et une fille gentils. d. une brise fraîche. fourmi rouge. k. un vieil apprenti.
e.  une salade grecque. f.  une fête annuelle. 9. a. L’entreprise spécialisée dans l’entretien net-
g. une pièce et une maison mal isolées. h. mon toie la façade vitrée de ce bel immeuble. b.  La
émission favorite. i. une conclusion hâtive. j. une demeure féodale était protégée par une grosse
note aiguë. k. une saison sèche. l. une expres- tour et des murailles épaisses. c.  L’élevage des
sion vengeresse. m. une perruque rousse. n. un fameuses volailles de Bresse nécessite des ins-
camion de fruits. tallations adaptées. d.  Cette ceinture garnie de
clous dorés égaie ta robe noire.
3. a. des passionnés d’archéologie. b.  des
échelles de plongée. c.  un ordinateur et une 10. Mots correctement accordés, par ordre d’ap-
tablette, cadeaux de fin d’année. d. des bananes parition dans le texte : tables, bancs massifs, man-
expédiées par avion. e. une équipe de football teaux d’hiver humides, mares de neige fondue,
qualifiée pour la finale. f. un élevage de poulets. traces jaunâtres, murs gris, portraits, bleu pâle,
g. des pains de campagne. bleu foncé ornée de petits pois blancs, cravates,
graisseuses et éraillées.
4. a. une jupe verte. b.  une jupe et une veste
noires. c. des pulls jaune citron. d. des fleurs vio- S’exprimer
lettes. e. des chemises orange. f. des manteaux 11. Proposition
bleu foncé. g. des peintures turquoise. h. une che- Lorsque j’étais en 6e, notre professeur de Français
mise et des chaussettes mauves. tomba assez gravement malade et fut remplacé
5. a. Une atmosphère étouffante. b. Un éloge flat- par l’extraordinaire madame Duplessis. Jamais je
teur. c. Une autoroute encombrée. d. Un éclair n’oublierai sa première entrée en classe.
fulgurant. e. Un tentacule allongé. f. Un haltère Perchée sur de très hauts talons, elle ouvrit avec
bleu. g. Un pétale blanc. h. Un épiderme irrité. force la porte de la classe. Nous nous levâmes et
i. Une aurore boréale. contemplâmes ce personnage hors du commun.

151 Étude de la langue


Une immense capeline blanche ornée d’une plume J’avais l’impression d’être en présence d’un man-
noire attirait tout de suite le regard. D’un geste nequin tout droit sorti d’un magazine et non d’un
ample, elle déposa son couvre-chef sur le bureau, professeur. Je mis un moment à me mettre au
libérant ainsi une magnifique chevelure noire. J’ad- travail, mais très vite je me ressaisis et je dois dire
mirai alors son visage : ses yeux d’un bleu profond que les deux mois pendant lesquels Madame
et sa bouche étaient mis en valeur par un subtil Duplessis nous fit cours restent pour moi les
maquillage. Elle nous invita à nous asseoir d’une meilleurs de ma scolarité, car au-delà de son
voix très douce et je contemplai alors le reste de apparence, qui m’avait profondément marquée,
sa personne : une robe blanche ornée d’une large sa pédagogie correspondait parfaitement à ma
ceinture noire rappelait la couleur du chapeau et personnalité.
ses longs ongles manucurés étaient de la couleur
exacte de son rouge à lèvres.

Bilan fiches 5 à 12
Les fonctions et les accords dans le GN
Livre de l’élève p. 320

Je teste mes connaissances serviables. f. Cette veste et ce pantalon paraissent


bien assortis.
1. • L’attribut du sujet se rencontre avec les verbes
attributifs. 5. a. Recommencer ce travail (sujet, groupe infinitif)
• Les compléments du verbe se rencontrent avec m’ennuie. b. Où sont les affaires de plage (sujet,
les verbes transitifs. GN) ? c. Mon avis (sujet, GN) est que tu as tort
• Les compléments de phrase ne sont ni essen- (attribut du sujet, sub. conjonctive).
tiels ni situés à une place fixe. Les compléments du verbe
NB : On pourra de préférence faire dire aux élèves :
6. a. Elle va au marché. b.  Il m’a demandé de
Les compléments de phrase sont supprimables
rentrer tôt. c. Je lui parle de toi.
ou déplaçables.
2. Notre emploi du temps a été modifié. (compl. 7. a. Ils nous (pronom personnel, COI) téléphonent
du nom) souvent. b.  Nous leur (pronom personnel, COS)
J’hésite à venir. (COI) avons demandé de partir (infinitif, COI). c. Nous
ne savons pas où ils sont allés (sub. interrogative
Hier il pleuvait. (compl. de phrase – temps)
indirecte, COD). d.  Si elle a oublié son écharpe
Ce joli pull te va bien. (épithète)
(GN, COD), je lui (pronom personnel, COS) prê-
Je te présente Léo, notre singe. (apposition)
terai la mienne (pronom possessif, COD). e.  Je
J’ai réussi mon devoir. (COD)
comprends bien que tu ne peux pas venir (sub.
Viens ici. (compl. de phrase – lieu) conjonctive, COD).
3. Si tu te penches, tu vas tomber. (condition)
Il court à perdre haleine. (conséquence) Les compléments de phrase
Malgré la pluie, je sors. (concession) 8. a. Nous viendrons avec nos amis anglais (accom-
Je suis là pour gagner. (but) pagnement). b. Comme nous nous sommes cou-
Je te reçois avec plaisir. (manière) chés à minuit (cause), nous nous lèverons à midi
Il joue au lieu de dormir. (opposition) (temps). c. Folle de joie (cause), j’ai embrassé tout
le monde. d. De peur d’une nouvelle averse (but),
Je valide mes compétences
je suis rentrée en courant (manière) comme un
Le sujet et l’attribut du sujet lapin (comparaison). e. Elle a tellement insisté que
4. a. Paul et moi allons les voir. b. Je les crois. j’ai fini par accepter (conséquence).
c. Léa et Julie sont charmantes. d. Viens me voir, 9. a. Ils travaillent là, souvent. b. Il a eu un acci-
toi qui as le temps. e. Ton frère et toi passez pour dent de voiture avec sa sœur à cause du verglas.

152
10. a. En cas d’annulation (GN, condition), les billets Je réinvestis mes compétences
seront remboursés. b. Elle fait du tennis alors que tu
1. Classe et fonction des mots soulignés :
joues au foot (sub. conjonctive, opposition). c. Bien
qu’elle n’ait rien dit (sub. conjonctive, concession), je de Silésie : nom propre, compl. du nom enfant.
sais qu’elle n’était pas d’accord. d. Si tu l’exigeais âgé de sept ans : groupe adjectival épithète de enfant.
(sub. conjonctive, condition), je le ferais. grosses : adjectif épithète de dents.
Horstius : nom propre sujet de écrivit.
11. a. J’irais avec vous si je n’avais pas autant
de travail. b. Elle est toujours souriante malgré professeur en médecine à l’université : GN apposé
ses nombreux problèmes de santé. c. Tout aurait à Horstius.
été raté sans ton intervention efficace. d. Elle est de Helmstad  : nom propre, compl. du nom uni-
toujours de mauvaise humeur alors que sa sœur versité.
est sans arrêt en train de rire. l’histoire de cette dent : GN COD de écrivit.
naturelle : adjectif attribut du sujet elle.
Les expansions du nom autre savant : GN apposé à Ingolsteterus.
12. a. des abîmes profonds. b. l’hémisphère droit. que Rullandus aurait de la dent d’or : sub. relative,
c. un enfant et sa famille arrêtés par l’orage. d. un compl. du nom pertinent.
panier de fruits. e.  une sculpture vert bronze.
2. Classe et fonction des propositions en rouge :
f. des volets marron. g. une pluie d’éloges. h. des
qu’elle était en partie naturelle, en partie miraculeuse,
fleurs roses.
et qu’elle avait été envoyée de Dieu à cet enfant :
13. a. L’étonnante histoire (étonnante, adjec- sub. conjonctives, COD de prétendit.
tif épithète  ; de la dent d’or, GN, compl. du afin que cette dent d’or ne manquât pas d’histo-
nom  ; racontée par Fontenelle, groupe parti- riens  : sub. conjonctive, complément de phrase
cipe, apposition) de la dent (d’or, GN, compl. du exprimant le but.
nom) d’or, racontée par Fontenelle, est une excel- Quand un orfèvre l’eût examinée : sub. conjonc-
lente illustration (excellente, adjectif épithète ; du tive, complément de phrase exprimant le temps.
manque […]. XVIIIe siècle, GN, compl. du nom)
du manque de sérieux d’éminents savants du 3. En 1593, en 1595, en la même année et deux ans
XVIIIe siècle. b. Les nombreux textes (nombreux, après sont des compléments de phrase exprimant
adjectif épithète ; que cette dent suscita, sub. le temps. Avec beaucoup d’adresse est un com-
relative, complément de l’antécédent) que cette plément de phrase exprimant la manière.
dent suscita en sont la preuve.

Fiche 13
Le verbe, le nom et l’adjectif Livre de l’élève p. 322

Identifier tif, temps composé). i. étant parti (participe, temps


composé). j. tu iras (indicatif, temps simple). k. il
1. a. nous écrivons (3e groupe). b. venez (3e groupe).
aurait pu (conditionnel, temps composé).
c.  qu’ils semblent (1er groupe). d.  ils saisiraient
(2e groupe). e. devenir (3e groupe). f. réussissant 3. a. La Fontaine (nom propre, sujet de « est ») est un
(2e groupe). g. ils comprenaient (3e groupe). h. nous célèbre (adjectif épithète de « fabuliste ») fabuliste (nom
chantâmes (1er groupe). i. elle rit (3e groupe). j. tu commun, attribut du sujet « La Fontaine »). b. Dans ses
parais (3e groupe). fables (nom commun, compl. de phrase exprimant le
2. a. ils ont joué (indicatif, temps composé). b. reve- lieu), les animaux (nom commun, sujet de « parlent » et
nant (participe, temps simple). c. avoir fait (infinitif, « se comportent ») parlent et se comportent comme
temps composé). d. qu’ils sortent (subjonctif, temps des êtres (nom commun, compl. de phrase exprimant
simple). e.  partez (impératif, temps simple). f.  je la comparaison) humains (adjectif épithète de « êtres »).
ferais (conditionnel, temps simple). g. ils revinrent c. Cela permet souvent une critique (nom commun,
(indicatif, temps simple). h. nous avions fini (indica- COD de « permet ») sévère (adjectif, épithète de « cri-

153 Étude de la langue


tique ») de la société (nom commun, CDN « critique ») passionnant (COD). d. Faire du sport me semble
ou des défauts (nom commun, CDN « critique ») des une activité saine (attribut du sujet). e.  J’aime
hommes (nom commun, CDN « défauts »). beaucoup décorer ma chambre avec des fleurs
naturelles (compl. de phrase exprimant le moyen).
Manipuler
f. Hier nous avons voyagé dans un train confor-
4. a. j’aurai applaudi. b. ayant ri. c. elle fut partie. table (compl. de phrase exprimant le lieu).
d.  avoir regardé. e.  qu’elle ait prévenu. f.  nous
Interpréter
avons fait. g. elle était venue.
5. a. Les chutes de neige sont plus fréquentes en 10. a. L’énumération de trois verbes au présent
hiver qu’en été. b. L’Himalaya est le massif monta- est : s’étend et s’enfle et se travaille. Ils mettent
gneux le plus élevé du monde. c. Cette épreuve en valeur les efforts de la grenouille pour grossir.
est très/ extrêmement difficile  : elle s’adresse b. La fonction des GN est : sujet de « vit » (gre-
à des athlètes de haut niveau. d.  Le temps est nouille), COD de « vit » (bœuf), et celle de l’adjec-
très / assez mauvais : il pleut depuis deux jours. tif est attribut du sujet « qui » (grosse).
6. a. J’ai fait un rêve étrange. / Tu rêves (verbe), tu NB : ne pas poser la question sur le groupe de gens.
ne parviendras jamais à le rejoindre. b. Ce peigne c. L’adjectif précisé par un complément est plein
est cassé.  / Je me peigne (verbe) soigneuse- et l’adjectif au comparatif est plus sages.
ment chaque matin. c.  Les petits devant et les d. Les GN comportant un adjectif épithète sont :
grands derrière. / Tu es trop petit (adjectif) pour belle taille, grands seigneurs, petit prince.
faire cette attraction, tu y iras quand tu seras plus S’exprimer
grand (adjectif). d. Le dernier vers de ce poème
est magnifique.  / Viens vers (préposition) nous. 11. Proposition
e. Nous avons eu envie de vous rencontrer. / Je Léo n’a que 12 ans, il est très sportif mais un peu
t’envie (verbe) de partir cet été aux États-Unis. vantard. Ce jour-là, il jouait au foot avec ses amis
f. Ma petite sœur pleure pour un oui ou pour un dans un jardin quand, soudain, l’un d’eux, Lucas,
non. / Elle m’a d’abord dit « oui » (adverbe), mais d’un tir très violent, percha le ballon au plus haut
elle a changé d’avis et m’a dit « non » (adverbe). d’un arbre. Aussitôt, Léo déclare qu’il est capable
de sauter assez haut pour faire tomber le ballon.
7. a. C’est un épisode digne d’un grand film.
Ses amis éclatent de rire, mais Léo est parfaite-
b. L’équipe est prête à partir. c. Je suis contente
ment sérieux.
de toi. d. Nous sommes certains que tu réussi-
Il s’échauffe tout d’abord en réalisant de petits
ras. e. Nous sommes sûres de nous. f. Je suis
sauts, puis il gagne en puissance et saute de plus
confuse d’être en retard.
en plus haut. Il est toutefois encore très loin du
8. a. l’hémisphère austral. b. des pétales de roses ballon, ses amis le lui font remarquer et proposent
blancs. c. des espèces de serpents qui infestent d’autres solutions mais Léo ne veut rien entendre.
la région. d. des oasis, accueillantes, et où se Il continue, il se démène en tous sens, saute de
retrouvent les marcheurs fatigués. e. des ours plus en plus haut, ses amis s’inquiètent, persua-
blancs ou bruns. f.  le match le plus palpitant dés qu’il va se blesser. Léo s’entête, il réalise un
de la saison. saut vraiment spectaculaire au moment précis où
9. a. Les enfants ont reçu de luxueux cadeaux une grosse rafale de vent secoue les branches de
(COD). b. Mes parents ont accepté votre gentille l’arbre et déloge le ballon ! Léo alors, fou de joie
invitation (COD). c.  Je viens de finir un roman et ivre de fierté, revendique la victoire !

Fiche 14
Les déterminants et les pronoms Livre de l’élève p. 324

Identifier
1. Rien (pronom indéfini)  ; la (article défini)  ; son sif) ; Elle (pronom personnel) ; nous (pronom per-
(déterminant possessif) ; ses (déterminant posses- sonnel) ; notre (déterminant possessif) ; de (article

154
indéfini)  ; une (article indéfini)  ; le (article défini)  ; 7. a. Je crois qu’on a sonné. b. Certains aiment
qui (pronom relatif) ; au (article défini contracté) ; la cuisine chinoise, d’autres pas du tout. c.  Je
au (article défini contracté) ; où (pronom relatif) ; n’ai rien trouvé à la cave. d. Je défie quiconque
l’ (article défini)  ; ce (déterminant démonstratif)  ; de résoudre cette énigme. e. Si tu as besoin de
lui (pronom personnel)  ; mes (déterminant pos- quelqu’un, appelle-moi. f. Tout arrive.
sessif) ; ses (déterminant possessif) ; qui (pronom
Interpréter
interrogatif)  ; c’( pronom démonstratif)  ; toi (pro-
nom personnel). 8. a. La classe grammaticale des mots soulignés
2. Déterminants en italique, pronoms indéfinis est : pronom démonstratif. Ces mots mettent en
en gras : a. Certains (quantité imprécise) souvenirs valeur le souvenir d’enfance en l’annonçant.
d’enfance nous marquent plus que d’autres (dif- b. Le déterminant démonstratif est : ces (souvenirs)
férence). b. Personne (négation) n’a les mêmes et le déterminant possessif : son (oncle).
(ressemblance), beaucoup (quantité imprécise) c. Les trois déterminants indéfinis sont  : toutes
d’écrivains en racontent quelques-uns (quantité (les qualités) ➔ totalité ; certaine (nuance) ➔ réa-
imprécise) avec émotion. c. Tout (totalité) le monde lité imprécise ; tout (point) ➔ totalité.
est capable de se souvenir de plusieurs (quantité d. Toutes sont arrivées à l’heure. Certaines étaient
imprécise) épisodes amusants ou dramatiques. même très en avance. Tout va bien. (Les détermi-
d. De telles (ressemblance) histoires se racontent nants sont utilisés comme pronoms.)
en diverses (différence) circonstances  : cour de
récréation ou repas de famille. S’exprimer
3. Adjectifs qualificatifs en italique, détermi- 9. Proposition
nants indéfinis en gras  : a. Cet enfant a des Mon meilleur souvenir d’enfance remonte à
qualités certaines. b. Nulle part ailleurs, vous ne quelques années. J’entrais alors en CM2, et,
trouverez des paysages si différents. c. Certaines contrairement à d’habitude, j’étais un peu triste :
idées m’ont beaucoup intéressé, les autres m’ont en effet, nous venions de déménager et je n’avais
semblé nulles. d.  Nous avons des articles très aucun ami dans ma nouvelle école. Comme je
divers à vous proposer. e.  Différentes proposi- suis née le 15 septembre, je n’envisageais pas
tions nous ont été faites. f. Diverses espèces sont mon anniversaire avec plaisir. Mes parents me
aujourd’hui menacées. suggérèrent de le fêter un peu plus tard, lorsque
Manipuler j’aurais trouvé de nouveaux amis, cela me sembla
une bonne idée.
4. a. Cet insecte est très dangereux. b. Quelques Le 15 septembre tombait un samedi, vers neuf
habitants ont déjà été piqués. c. Mon perroquet heures. Mes parents vinrent me réveiller avec un
parle aussi bien que toi. d. Aucune espèce n’est magnifique cadeau : le vélo dont je rêvais depuis
plus intéressante. e.  Quel vol prendrez-vous  ? très longtemps. J’étais vraiment très heureuse, mais
f.  J’ai fait plusieurs réservations sur trois vols. je n’étais pas au bout de mes surprises.
g.  Beaucoup d’arbres sont déjà dénudés alors Comme il faisait très beau, mon père et moi par-
que nous ne sommes que le premier septembre. tîmes essayer la magnifique bicyclette, mais lorsque
5. a. Quatre-vingt-six euros. b. Quatre-vingts jours. nous rentrâmes, je sentis tout de suite qu’il se
c. Dix-neuvième siècle. d. Deux cents spectateurs. passait quelque chose. L’appartement avait été
e. Trois mille ans. f. Cinquante-deux participants. transformé en salle des fêtes. Des ballons multi-
g. Tous les quatre matins. colores voletaient nonchalamment dans le salon.
6. a. Nous avons le choix entre deux itinéraires : La table était recouverte de friandises de toutes
mon frère a choisi le premier et moi le deuxième sortes et de bouteilles de sodas. Ma mère et ma
(déterminants numéraux ordinaux). b. Prends mon sœur applaudirent mon entrée, renouvelèrent leurs
vélo puisque le tien (pronom possessif) est crevé. vœux, puis une porte s’ouvrit et je vis débarquer en
c. J’ai assisté à un spectacle étonnant qui (pro- riant tous mes amis de l’an passé. J’étais tellement
nom relatif) m’a même choquée. d. Paul est mon émue que quelques larmes me vinrent aux yeux.
voisin, je le (pronom personnel) vois tous les jours. Nous passâmes un weekend de rêve qui reste
e. Que (pronom interrogatif) penses-tu de ce film ? mon meilleur souvenir d’enfance.

155 Étude de la langue


Fiche 15
L’accord des indéfinis Livre de l’élève p. 326

Manipuler tout tachés. j.  Léa et Naïma sont arrivées tout


essoufflées et toutes rouges. k. La salle applau-
1. a. Certains trouvent ce jeu stupide, d’autres dissait tous les quarts d’heure.
en raffolent. b. On nous a fait visiter diverses mai-
sons, quelques-unes étaient très jolies, d’autres 6. a. Quelles que soient les conditions météo-
étaient en mauvais état. c.  N’essaie pas de me rologiques, les avions décolleront. b.  Parmi les
faire croire n’importe quelle stupidité. d. Pas une quelques livres restants, choisissez ceux qui pré-
étoile ne brillait dans le ciel. e. Aucune proposition sentent quelque intérêt. c. Quelle que soit son
n’est assez bien pour lui. f. Toute personne inté- opinion, elle nous intéresse. d. Est-ce que tu te
ressée peut s’inscrire. g. Je voudrais les mêmes baignes quelle que soit la température de l’eau ?
chaussures que toi. e. J’ai repéré quelques jolis modèles de robes.
f. Nous sommes tous concernés par le réchauffe-
2. a. Nous n’avons pêché aucun poisson ce matin. ment de la planète, quelles que soient ses causes.
b. Nul n’est censé ignorer la loi. c. Je fais chaque g. Nous irons jusqu’au bout, quels que soient les
nuit les mêmes rêves. d. À quelques exceptions obstacles. h. Seraient-ils tombés dans quelque
près, la plupart des enfants étaient présents. piège ? i. Quel que soit votre niveau, vous pou-
e. Attendez quelques minutes. f. Nous n’étions vez participer à quelques séances.
pas d’accord, les uns voulaient aller à la piscine,
7. a. Elles travaillent même en vacances. b. Ils font
les autres au cinéma. g. Elle est restée quelque
eux-mêmes leur pain. c. Nous avons les mêmes
temps avant de se diriger vers d’autres horizons.
envies au même moment. d. Ils seront en retard,
3. a. Certains effluves nous parvenaient de chaque même s’ils partent maintenant. e.  Je veux les
boulangerie. b. La plupart arrivaient avec telle mêmes lunettes que toi. f. Ses amies elles-mêmes
ou telle réclamation à formuler. c. Tout le monde l’ont critiquée. g. Elles n’ont même pas pu obtenir
attendait. d.  Beaucoup de touristes affluaient les mêmes places que nous. h. Elles ont même
avec différentes exigences. e. Pour le cours de réussi à réparer leurs vélos elles-mêmes. i. Même
sport, Julie apporte différents haltères. en été, elle porte toujours ces mêmes bottes.
4. a. Telle que je la connais, elle n’était pas en 8. Un magasin d’esclaves ! Peut-être ce nom seul
retard. b. Tel père, telle fille. c. Il n’est nulle part. a-t-il évoqué d’horribles visions dans l’esprit de
d. Ils ont laissé les lieux tels quels. e. Où avez-vous quelques-uns de mes lecteurs. Ils se représentent
trouvé de tels produits ? f. Telles qu’elles sont quelque antre immonde, obscur, quelque horrible
prononcées, ces phrases sont incompréhensibles. Tartare […]. Un magasin d’esclaves, à la Nouvelle-
g. Nul ne m’a jamais tenu de tels propos. h. J’ai Orléans, est une maison en apparence à peu
acheté cette voiture telle quelle. i. Elle n’éprouve près semblable à toutes les autres bien tenues,
nulle honte d’avoir oublié l’invitation. j. Nous les et devant laquelle vous pouvez voir chaque jour,
avons retrouvées telles qu’elles ont toujours été. par une sorte d’auvent, une rangée d’hommes et
de femmes qui servent d’enseigne.
5. a. Tout le monde célèbre le retour de tous ces
héros. b. Nous étions tout étonnées de voir toutes 9. a. Comme il a beaucoup plu, certaines chaises
ces manifestations de joie. c. Toute joyeuse et tout sont toutes mouillées. b.  J’ai copié toutes mes
émerveillée, la fillette se précipite à toute allure données sur une clé USB. c.  Il a fait toutes les
vers tous ces champions. d. Essuie ces bancs qui activités avec une telle joie que la plupart l’ont
sont tout mouillés. e. Tout est bien qui finit bien, remercié. d. Certaines résidences appartiennent
je suis toute contente. f. Tout porte à croire qu’il à quelques-unes de nos cousines. e. Alice et sa
faudra prendre tous les risques pour tout réus- sœur sont rentrées toutes bronzées après une telle
sir. g. Ces ordinateurs sont tout neufs, prenez-en semaine. f. Telles que je connais mes sœurs, elles
soin. h. Vous êtes tous invités avec tous vos amis ont oublié notre rendez-vous.
à mon anniversaire. i. Ils étaient tous les quatre

156
S’exprimer encadrés d’oreilles, dont les formes et les tailles
variant à l’infini jouent un petit ballet assez comique.
10. Proposition Tout autour, plusieurs mains manucurées aux
Qui n’a pas certains jours regretté son nez un peu ongles peints de toutes les couleurs de l’arc-en-
trop long ou ses oreilles décollées ? Le magasin ciel adressent de joyeux saluts aux passants.
qui vient d’ouvrir près de chez moi apporte toutes Un bandeau en grosses lettres fluorescentes
les solutions. explique le concept  : «  Entrez brun, mal coiffé,
C’est une étrange devanture que les passants avec un gros nez et des oreilles décollées. Res-
peuvent admirer : le haut de la vitrine est une faran- sortez avec une belle chevelure blonde, un petit
dole de diverses perruques  : brunes, blondes, nez effilé et de petites oreilles bien plaquées ! »
rousses, lisses, frisées… Un peu plus bas, c’est Beaucoup de passants s’arrêtent et contemplent
peut-être le plus spectaculaire  : différents nez médusés cet étonnant spectacle.

Fiche 16
Les mots invariables Livre de l’élève p. 328

Identifier f. Ils ne m’ont pas dit que (conjonction de subordi-


nation) tu avais renoncé à ce projet. g. Que (adverbe
1. a. Nous partirons lorsque (conjonction de subor-
exclamatif) tu es drôle avec ce chapeau que (pro-
dination) tu voudras. b.  Viens à (préposition) la
nom relatif) ton frère t’a offert !
plage. c.  J’ai pris mes précautions pour que
(conjonction de subordination) tout se passe bien. Manipuler
d. J’ai fait cela pour (préposition) toi. e. Je pars
demain dès (préposition) l’aube. f. Je viendrai dès 4. a. Je n’aime pas les autobiographies car la vie
que (conjonction de subordination) tu nous le diras. des autres ne me regarde pas. b. Bien que j’aime
g.  Je suis rentrée vite avant qu’(conjonction de les aliments sucrés, je n’aime pas les gâteaux. c. Je
subordination) il ne pleuve. h. Je suis partie avant n’aime ni les uns ni les autres. d. Comme je dois lire
(préposition) la fin du spectacle. une nouvelle fantastique pour le collège, j’ai demandé
à ma mère de l’acheter très vite afin que j’en sois
2. a. Tu as eu tort de (préposition) refuser ce voyage
débarrassée le plus vite possible. e. Je l’ai lue trop
avec (préposition) elle. b. Les fleurs se sont fanées
vite si bien que j’avais tout oublié le jour du contrôle.
dès que (conjonction de subordination) je les ai
mises dans (préposition) un vase. c.  Comment 5. a. Sans toi, rien n’aurait été possible. b. J’étais
(adverbe interrogatif) vas-tu faire pour (préposi- assise dans mon fauteuil près de la fenêtre lors-
tion) aller chez (préposition) elle ? d. Où (adverbe qu’on a sonné à la porte. c. De / du haut de cette
interrogatif) vas-tu et (conjonction de coordination) colline, on peut profiter d’une vue splendide sur la
quand (adverbe interrogatif) pars-tu ? Ce pays est mer. d. Assieds-toi à côté de moi pour regarder le
magnifique mais (conjonction de coordination) très film. e. Ferme la fenêtre avant de partir.
(adverbe d’intensité) lointain. e. Quand (conjonction 6. a. Elles sont sorties rapidement. b. Nous vous
de subordination) nous l’avons rencontré, il était en attendons impatiemment. c.  Nous avons suivi
(préposition) route pour (préposition) la gare. f. Nous tous les épisodes assidûment. d.  Raconte-moi
sommes assez (adverbe d’intensité) proches du brièvement ce qui s’est passé. e. Elle est toujours
but. g. Si (conjonction de subordination) tu veux, vêtue élégamment. f. Il n’y avait malheureusement
je te rejoindrai bientôt (adverbe de temps). plus de place. g. Elle nous a accueillis très genti-
3. a. Que (adverbe exclamatif) de monde ici ! b. Que ment. h. Elles se sont lancées imprudemment dans
(pronom interrogatif) fais-tu là ? c. Les livres que l’aventure. i.  Vous trouverez aisément notre mai-
(pronom relatif) nous avons sont tous intéressants. son. j. Exprime-toi clairement et tu seras compris.
d.  Personne ne m’avait dit que (conjonction de Interpréter
subordination) tu étais partie. e. Dans tous les lieux
qu’(pronom relatif) elle visite, elle se fait remarquer. 7. a. Les mots soulignés sont des prépositions.

157 Étude de la langue


b. Dans le premier paragraphe les deux conjonc- minuit entre mon père et les infirmières ! Je suis
tions de coordination différentes sont : et et car. convaincue que les circonstances particulières ont
c. Dans le deuxième paragraphe la conjonction de conditionné mon caractère. Je suis toujours par-
subordination est : telle…que. tante pour faire la fête et organiser des célébra-
d. Les mots en rouge sont des adverbes. Toujours tions improvisées avec mes amis.
répété quatre fois insiste sur la détermination de Je n’ai, bien sûr, aucun souvenir précis de mes
la narratrice au sujet de la rédaction de son auto- premières années, mais les nombreuses photos
biographie. prises par mes parents me permettent assez bien
d’imaginer la vie très privilégiée d’un bébé choyé
S’exprimer
par sa famille et considéré comme la huitième mer-
8. Proposition veille du monde.
Je viens d’(préposition) avoir une petite sœur, elle a Mon premier souvenir marquant est celui de ma
treize ans de moins (adverbe) que moi et (conjonc- première rentrée : j’avais longuement été préve-
tion de coordination) je pense que (conjonction de nue, mais je n’oublierai jamais le moment où j’ai
subordination), lorsqu’elle saura lire, elle sera heu- vu mon père et ma mère s’éloigner après m’avoir
reuse de découvrir ce qu’était sa famille pendant les embrassée. Je me retrouvais entourée d’enfants
quelques années qui ont précédé sa naissance. Je et d’adultes inconnus, je me sentais complète-
vais donc partir à la découverte de mes souvenirs. ment abandonnée et j’éclatai en sanglots. Ce fut
Je suis née le 1er janvier 2004, mes parents m’ont mon premier vrai chagrin et je continue à ressentir
souvent raconté ce réveillon passé dans les cou- assez souvent cette angoisse d’être abandonnée.
loirs d’une clinique et le Champagne débouché à

Bilan fiches 13 à 16
Les classes grammaticales Livre de l’élève p. 330

Je teste mes connaissances 2e groupe, infinitif). f. avoir su (action, 3e groupe,


1. Dans : préposition. infinitif). g. ils ont pris (action, 3e groupe, indicatif).
Tellement : adverbe. h. va (action, 3e groupe, impératif).
Ils voient : verbe du 3e groupe. 4. a. Ta sœur a une imagination très fertile (super-
Enfant : nom commun. latif absolu). b. Ton livre est plus épais (comparatif
Généreux : adjectif qualificatif. de supériorité) que le mien. c. Ce train est le plus
Donc : conjonction de coordination. rapide (superlatif relatif de supériorité) de tous. d. Je
Puisque : conjonction de subordination. suis tout à fait sûre (superlatif absolu) de moi. e. Je
Ils grandiront : verbe du 2e groupe. suis moins âgée (comparatif d’infériorité) que ma
sœur. f.  Cette rue est peu fréquentée (superlatif
2. • 4 conjonctions de coordination : car, ni, or, et. absolu). g. Je suis aussi grande que toi (comparatif
• 1 conjonction de subordination : comme. d’égalité). h. Elle est assez drôle (superlatif absolu).
• 2 adverbes : demain, bien. 5. Les GN minimaux sont en gras. a. Le fan-
• 3 prépositions : pour, par, de. tôme qui hante le château (proposition subordon-
• 1 mot conjonction de subordination ou adverbe : née relative, complément de l’antécédent) te terrifie.
que. b. Le petit (adjectif épithète) chat de ma cousine
Je valide mes compétences (GN, compl. du nom) : une petite (adjectif épithète
de boule) boule (GN, apposé à « chat ») de poils
Le verbe, le nom et l’adjectif (GN, compl. du nom « boule »).
3. a. nous chantons (action, 1er groupe, indicatif).
Les déterminants et les pronoms
b.  que vous soyez (état, 3e groupe, subjonctif).
c.  venez (action, 3e groupe, impératif). d.  ayant 6. a. Trois (déterminant numéral cardinal de « parti-
dormi (action, 3e groupe, participe). e. avertir (action, cipants ») participants à la (article défini de course)

158
course ont abandonné après avoir fait une (article seur arrive pour tuer la colombe, la fourmi le pique
indéfini de «  chute  ») chute. b.  Cet (déterminant férocement (adverbe de manière) au talon si bien
démonstratif de « été ») été, mes (déterminant pos- que (conjonction de subordination) la colombe est
sessif de « parents ») parents ont fait l’(article défini sauvée. d.  Un bienfait n’est jamais (adverbe de
élidé de « ascension ») ascension du (article défini négation) perdu.
contracté de « mont Blanc ») mont Blanc, ils (pro- 11. a. Je ne crois pas que (conjonction de subor-
nom personnel, remplace « mes parents ») n’avaient dination) ce soit juste. b. Que (pronom interrogatif)
jamais fait cela (pronom démonstratif, remplace veux-tu ? c. La robe que (pronom relatif) tu portes
« faire l’ascension du mont Blanc ») auparavant mais est jolie. d.  Que (adverbe exclamatif) c’est diffi-
ne l’ (pronom personnel, remplace « faire l’ascen- cile ! e. As-tu compris que (conjonction de subor-
sion du mont Blanc ») ont pas regretté. dination) les bijoux qu’(pronom relatif) elle portait
7. a. Il fait très noir : je ne vois rien. b. Tout est étaient faux ? f. Que (pronom interrogatif) vous a-t-il
bien qui finit bien. c.  Certains arbres ont déjà raconté ? Une histoire que (pronom relatif) nous ne
perdu leurs feuilles, d’autres sont encore verts. connaissions pas ?
d. Quelques espèces de rapaces volent au-des- 12. a. Dès qu’il m’a vu, il a souri. b. Je ne lui ai
sus de nos têtes. e. On peut vous proposer plu- pas parlé donc je ne sais pas ce qu’il faisait là.
sieurs solutions. f.  Nous n’entendions aucun c. Chaque été, je pars à la mer ou à la montagne.
bruit. g. Quelqu’un est venu en notre absence. d. Nous rentrons parce qu’il va bientôt faire nuit.
h. Tu nous répètes toujours la même chose. i. On
a téléphoné pour vous. Je réinvestis mes compétences
L’orthographe des indéfinis 1. Les quatre verbes du 1er groupe sont : obliger,
8. a. Il y a quelque temps qu’ils sont absents. abonder, montrer, donner et les trois verbes du
b. Elles ne nous ont même pas salués. c. Certains 3e groupe sont : falloir, faire, sortir.
prix sont excessifs. d. À chaque fois, ils nous pro- 2. Les deux GN comportant une expansion sont :
posent diverses espèces de produits. e. Elle était les pattes d’un Lion (CDN) et le roi des animaux
telle que tu l’as connue. f. Nous n’avons pas pris (CDN).
les mêmes chemins. g. Toute suggestion sera la
3. Le comparatif de supériorité est : plus petit que soi.
bienvenue. h. Voici quelques-unes de nos créa-
tions. i. Il n’y a nulle trace de son passage. j. Elles 4.
font souvent les mêmes gestes. k. Elles sont tout
excitées par la perspective de retrouver certaines Il faut, autant qu’on peut, obliger tout (déter-
amies. l. Vous devrez laisser ces objets tels quels. minant indéfini) le monde :
On a souvent besoin d’un plus petit que soi.
9. a. La plupart des habitants sont venus. b. Il reste De cette (déterminant démonstratif) vérité
peu de fruits. c. Nous prenons ces meubles tels
deux fables feront foi,
quels. d. Ils sont venus tous les quatre. e. Elles
Tant la chose en preuves abonde.
fabriquent tout elles-mêmes. f.  Julie était tout
étonnée. g.  Chacun voyait qu’elle n’était nulle Entre les pattes d’un Lion
part. h. Telles qu’elles sont aujourd’hui, ces fleurs Un Rat sortit de terre assez à l’étourdie.
seront fanées demain. i. Tous ces bâtiments datent Le roi des animaux, en cette occasion,
de l’Antiquité, nous en sommes tout émues. Montra ce qu’il était, et lui donna la vie.
Les mots invariables Ce (déterminant démonstratif) bienfait ne
10. a. La Fontaine a consacré deux fables à (pré-
fut pas perdu.
position) la même morale. b.  Dans (préposition) Jean de La Fontaine, Fables (1668), Livre II, fable 11.
« La colombe et (conjonction de coordination) la
fourmi  », grâce (préposition) à la colombe, une 5. Les classes grammaticales des mots en rouge
fourmi est sauvée de (préposition) la noyade. sont : adverbes (souvent et assez) et prépositions
c. Lorsqu’(conjonction de subordination) un chas- (de et en).

159 Étude de la langue


Fiche 17
Les temps simples : les valeurs Livre de l’élève p. 332

Identifier sent, condition) pas vos places, vous ne pourrez


(futur, action soumise à une condition) pas par-
1. a. Le dimanche, nous déjeunons (présent, habi-
tir. d. Les chats ont (présent, vérité générale) des
tude) chez ma grand-mère. b. La Terre fait (présent,
griffes rétractiles.
vérité générale) partie du système solaire. c. Cet
été, nous partons (présent, futur proche) en Grèce. Interpréter
d. Elle portait (imparfait, description) une magnifique
robe rouge qui attira (passé simple, action unique 7. a. Le verbe souligné est un futur, sa valeur est :
de 1er plan) tous les regards. e. Tu iras (futur, ordre) action à venir.
chercher ton petit frère à l’école. f. Si tu reviens b. Le présent en rouge est un présent d’actualité.
(présent, condition) dans un mois, tu pourras (futur, Les deux autres valeurs du présent dans le texte
action soumise à une condition) cueillir les fruits. sont  : montent, valeur d’habitude et changent,
g.  L’incendie faisait (imparfait, description) rage, présent de vérité générale. Ils mettent en valeur
les gens hurlaient (imparfait, description), enfin les les habitudes étonnantes des Français en matière
pompiers arrivent (présent de narration). h. L’an- de mode, et le pouvoir absolu que le roi exerce
née dernière, je courais (imparfait, habitude) trois toujours sur ses sujets.
fois par semaine. i. Elle resta (passé simple, action c. Les imparfaits utilisés dans le deuxième para-
d’une durée déterminée) malade six mois. j. Si tu graphe sont des imparfaits d’habitude.
réussissais (imparfait, condition) cette dernière
S’exprimer
épreuve, ce serait extraordinaire.
2. Les cinq premiers verbes soulignés sont à l’im- 8. Proposition
parfait, la valeur est actions de second plan J’avoue que je suis la mode avec beaucoup d’in-
d’une durée indéterminée, les verbes pleuvait et térêt.
suivait ont également une valeur descriptive. Le Tout d’abord, suivre la mode correspond bien
verbe observa est un passé simple, la valeur est à mon naturel changeant. De même que j’aime
une action unique de 1er plan. Les trois verbes varier mes activités, ou changer la décoration de
suivants sont des présents d’actualité. Enfin, le ma chambre, j’aime changer de vêtements parce
verbe sera est un futur, la valeur est action cer- que je les trouve très vite démodés.
taine à venir. De ce fait, la mode est devenue un de mes loisirs
préférés. Je consulte des sites de mode, principa-
Manipuler lement des blogs comme ceux de Sananas, Kenza
3. a. En juillet, nous allons partir aux États-Unis. SMG ou Caroline Receveur. Je me sers de leurs
b.  Je viens juste de finir mes devoirs. c.  Nous comptes Instagram comme source d’inspiration
allons démarrer dans une heure. d. Je viens de au quotidien et ils me permettent de voir quelles
raccrocher à l’instant. sont les dernières tendances.
Enfin, je considère que suivre la mode permet de
4. a. Ne pas marcher trop près de la falaise. b. N’at-
mieux s’intégrer dans la communauté scolaire. Je
tendez pas avant de faire vos devoirs. c. Tu l’em-
me rends bien compte que ce motif est un peu
brasses de ma part. d.  Réfléchissez bien avant
futile, mais j’ai souvent constaté qu’un élève qui
de répondre.
ne suit pas du tout la mode est souvent margina-
5. Dans l’ordre, les verbes transformés sont : lisé. Je déplore cette réalité, mais j’avoue que je
considéra, était, avait, était, était, remonta, se préfère ne pas me trouver dans cette situation.
remit, continuait. Suivre la mode correspond donc pour moi à un
6. a. Dimanche prochain, nous ferons (futur, action instinct naturel et à une nécessité sociale. Mais,
certaine à venir) la grasse matinée. b.  Chaque fort heureusement, j’ai aussi des centres d’intérêt
dimanche, nous allons (présent, habitude) chez plus sérieux et plus formateurs tels que le sport,
nos grands-parents. c. Si vous ne réservez (pré- la lecture ou le théâtre.

160
Fiche 18
Les temps composés Livre de l’élève p. 334

Identifier que-parfait, action antérieure à une action passée)


si longtemps aux États-Unis.
1. Passé composé : d. elle est allée. e. vous avez
accepté. n. tu as écouté. Manipuler
Plus-que-parfait : a. nous avions chanté. f. vous
4. a. j’ai projeté. b. elle avait admis. c. elles furent
étiez tombées. h. ils avaient compris. l. vous étiez
revenues. d.  nous aurons défait. e.  vous avez
parvenues.
vaincu. f. elles avaient acquis. g. nous eûmes dit.
Passé antérieur  : c.  je fus partie. g.  tu eus h. elles auront écrit. i. tu avais applaudi. j. j’aurai
reconnu. j. tu eus accompli. o. ils furent arrivés. répondu. k. tu as écrit. l. nous avions découvert.
Futur antérieur : b. elle aura accepté. i. j’aurai m. elle est née. n. ils eurent vécu.
vu. k. nous aurons rapporté. m. elle sera revenue.
5. a.  j’ai rejeté. b.  j’aurai épelé. c.  nous avions
2. a. Nous ignorons (présent, 2) où elle est allée vendu. d.  tu avais reçu. e.  nous aurons cousu.
(passé composé, 1). b. Lorsqu’il eut parcouru (passé f. elles avaient mis. g. vous aurez disparu. h. elle
antérieur, 1) dix kilomètres, il s’arrêta (passé simple, aura vaincu. i. tu eus peint. j. nous avons conquis.
2). c. Nous dégusterons (futur, 2) avec plaisir ce k. elle eut conduit. l. elles ont reçu. m. tu auras
que tu nous auras préparé (futur antérieur, 1). d. Je couru. n. tu as convaincu.
ne savais (imparfait, 2) pas qu’elle avait accom-
6. a. Les plongeurs remontèrent dès qu’ils eurent
pli (plus-que-parfait, 1) de tels exploits. e.  Nous
trouvé le trésor. b. Le bébé s’endormira lorsque
posions (imparfait, 2) des questions lorsque le pro-
nous aurons éteint la lumière. c. Si je ne t’avais
fesseur avait achevé (plus-que-parfait, 1) son cours.
pas vu(e), je n’aurais pas osé entrer. d. Je te pro-
f. Je récompenserai (futur, 2) tous ceux qui auront
pose de vérifier la liste que j’ai faite. e. Quand elle
participé (futur antérieur, 1). g. Je lis (présent, 2) le
avait décidé quelque chose, je ne pouvais pas
magazine que Julie m’a prêté (passé composé, 1).
la faire changer d’avis. f. L’incendie redoubla de
h. Dès qu’elle eut franchi (passé antérieur, 1) la ligne
violence lorsque le vent se fut levé. g. Je pensais
d’arrivée, elle s’écroula (passé simple, 2).
bien que tu avais tout prévu. h. J’estime qu’il a
3. a. Si nous avons fini (passé composé, condition) agi comme un homme responsable.
à temps, nous irons vous rejoindre. b. Les enfants
7.
vous apportent les gâteaux qu’ils ont préparés
(passé composé, action antérieure à une action au
Les diamants sont tombés […]. [Le Satur-
présent). c. Nous avons tout mangé (passé com-
nien] en a ramassé quelques-uns  ; il s’est
posé, action achevée proche du présent). d. Il aura
aperçu, en les approchant de ses yeux, que
encore raconté une histoire (futur antérieur, sup-
position). e. Dès que nous eûmes aperçu (passé
ces diamants, de la façon dont ils étaient tail-
antérieur, action antérieure à une action au passé lés, étaient d’excellents microscopes. Il a donc
simple) sa silhouette, nous nous précipitâmes. pris un petit microscope de cent soixante
f. Elle avait tout préparé (plus-que-parfait, action pieds de diamètre, qu’il a appliqué à sa pru-
achevée dans le passé). g. Si tu n’avais pas insisté nelle […]. Enfin l’habitant de Saturne a vu
(plus-que-parfait, condition qui ne s’est pas réali- quelque chose d’imperceptible qui remuait
sée dans le passé), je n’aurais jamais fait cette ran- entre deux eaux dans la mer Baltique : c’était
donnée. h. Elle approuva tout ce que nous avions une baleine. Il l’a prise avec le petit doigt fort
préparé (plus-que-parfait, action antérieure à une adroitement ; et la mettant sur l’ongle de son
action au passé).  i.  Elle sera encore partie trop pouce, il l’a fait voir au Sirien, qui s’est mis
tard (futur antérieur, supposition). j. Ils partiront en à rire pour la seconde fois de l’excès de peti-
vacances lorsqu’ils auront achevé (futur antérieur, tesse dont étaient les habitants de notre globe.
action future antérieure à une action future) les tra- D’après Voltaire, Micromégas (1752).
vaux. k. Je ne pensais pas qu’elle avait vécu (plus-

161 Étude de la langue


S’exprimer – Mais pourquoi tous les autres Terriens, assis
autour, ne viennent-ils pas les aider ? Quel peuple
8. Proposition étrange ! »
La soucoupe volante avait repéré le stade avant Soudain, ils virent la boule ronde atterrir dans
le début du match. Mais lorsque Glip et Glup, une sorte de cage en filets, entendirent des hur-
les deux extraterrestres de la taille de deux gros lements. Les Terriens se prenaient dans les bras,
insectes, s’envolèrent de l’engin volant, le match poussaient des cris de joie, se roulaient par terre.
avait commencé. Glip et Glup se dirent qu’en entrant dans la cage,
Ils volèrent au-dessus du stade et observèrent la boule avait dû libérer un gaz nocif qui rendait fou
avec stupeur le comportement des Terriens. Glip ou hystérique, ils décidèrent de ne pas rester plus
et Glup éclatèrent de rire : « Mais, que font-ils ? longtemps sur ce territoire de crainte d’être eux
Pourquoi courent-ils ainsi dans tous les sens  ? aussi contaminés. Ils regagnèrent leur soucoupe,
demanda Glup. bien décidés à ne plus jamais revenir. Quelques
– Je ne sais pas, je viens de voir un objet rond, spectateurs remarquèrent deux insectes étranges
dans lequel ils donnent des coups de pied, ajouta qui s’éloignaient, et se demandèrent bien quelle
Glip, c’est peut-être quelque chose de dangereux pouvait être cette nouvelle espèce.
qu’il ne faut pas toucher.

Fiche 19
L’impératif et le subjonctif Livre de l’élève p. 336

Identifier je défasse. g.  que nous dormions. h.  que nous


soyons. i. que je prévoie. j. que vous achetiez.
1. a. reviens. c. dansons. e. joue. f. prends. h. par-
tons. i. réfléchissez. k. essaye. m. voyons. n. sois. 6. a. Remercie ta grand-mère. b. Rangeons nos
2. a. plie. c.  croies. d.  finisse. e.  aie. f.  vende. manteaux. c. Venez vite. d. Ne criez pas. e. Rentre
i.  chantiez. k.  viennent. l.  aille. m.  étonnions. avant minuit. f. Lisons bien la notice avant d’uti-
n. cueille. liser l’appareil.

3. a. Partons (impératif, invitation) dès maintenant. 7. a. Les touristes souhaitent tous que leur hôtel
b. Qu’elle ne s’attarde (subjonctif, défense) pas en soit (subjonctif, après verbe de souhait) proche
chemin. c. Je ne souhaite pas qu’il refasse (sub- de la plage. b. Nous savons tous que tu réussis
jonctif, dans une conjonctive par « que » dépendant (indicatif, après verbe de connaissance) toujours.
d’un verbe de souhait) ce voyage. d. Ne te trompe c. Qu’ils ne puissent (subjonctif, dans une propo-
(impératif, défense) pas de rue. e. Pourvu que nous sition sujet) pas venir me contrarie beaucoup. d. Il
arrivions (subjonctif, souhait) à temps. f.  Range est indispensable que nous préparions (subjonctif,
(impératif, ordre) ta chambre. g. Bien qu’il pleuve après expression verbale exprimant l’obligation) tout
(subjonctif, dans une conjonctive introduite par « bien avant demain. e. Je regrette que vous partiez (sub-
que »), je suis obligée de sortir. h. Qu’il soit (sub- jonctif, après verbe de sentiment) si vite. f. Serait-il
jonctif, dans une conjonctive introduite par « que » possible que vous veniez (subjonctif, après une
sujet) le meilleur n’est pas contestable. i. Parlons expression verbale exprimant la possibilité) ?
(impératif, conseil) bas de crainte que le bébé ne 8. a. Il faut que vous veniez avec nous. b. Il faut
se réveille (subjonctif, subordonnée conjonctive que tu écrives la lettre ce matin. c. Il faut qu’elle
introduite par « de crainte que »). conduise son petit frère à l’école. d. Il faut que tu
résolves ce problème avant de sortir. e. Il faut que
Manipuler
tu fasses tes devoirs pour profiter de ton weekend.
4. a. travaille. b. avançons. c. sois sortie. d. sache. 9. a. Bien qu’il ait (subjonctif présent) des difficultés
e. ayez. f. cueille. g. va. h. espérons. i. arrêtez. (concession), il ne se décourage jamais. b. Elles ont
5. a. que tu reviennes. b. qu’elle rie. c. que je revoie. fait leur possible pour que les participants soient
d. que tu conduises. e. que nous sachions. f. que (subjonctif présent) contents (but). c. Je viendrai

162
vous voir avant que vous partiez (subjonctif présent) Tout d’abord, parce que je déteste le silence  : il
(temps). d. Dès que je t’appelle (indicatif présent) m’angoisse. Même si parfois je conviens que le
(temps), tu dois venir. e. À supposer que j’arrive niveau sonore est un peu trop élevé en ville, je
(subjonctif présent) en retard (condition), vous trou- n’éprouve pas le même malaise que celui que pro-
verez les clés dans la boîte à lettres. voque en moi le silence complet que l’on ne ren-
contre qu’en pleine nature. Je crois que j’aurais peur
Interpréter
de vivre dans une maison située en rase campagne.
10. a. Le verbe au subjonctif est : soit rassasié, Ensuite, parce que je n’aime pas la solitude : elle
son emploi est subjonctif obligatoire après la me rend mélancolique. Lorsque je traverse un vil-
conjonction « sans que ». lage dans lequel on ne voit pas âme qui vive, je
b. Les cinq verbes à l’impératif sont : soyez, des- suis démoralisée et je plains les gens qui habitent
cendez, taisez-vous, écoutez-moi, fermez ; on trouve là. Tout au contraire, j’aime me promener dans
trois d’entre eux dans des phrases exclamatives une ville où je croise du monde, cet environne-
qui mettent en valeur le ton utilisé par les person- ment me réconforte.
nages pour tromper leur interlocuteur. Enfin, parce que j’apprécie toutes les commodités
qu’offre une grande ville. Je suis une adolescente,
S’exprimer
je n’ai pas encore l’âge de conduire et je trouve
11. Proposition vraiment agréable de pouvoir aller seule dans n’im-
Un cadre de vie paisible en pleine campagne, loin porte quel magasin, ce que je ne pourrais pas faire
du bruit, de la pollution et de l’agitation des villes si je n’habitais pas dans une grande ville.
est souvent considéré comme le lieu de vie idéal. Pour moi donc, l’agitation urbaine est préférable
Pour ma part, je préfère de beaucoup la vie urbaine à un cadre de vie paisible, ce qui ne m’empêche
et je ne regrette pas que mes parents aient récem- pas de trouver agréable, de temps en temps, un
ment déménagé dans une grande ville. weekend à la campagne.

Fiche 20
Le conditionnel Livre de l’élève p. 338

Identifier riez. j. elles viendraient. k. vous voyageriez. l. vous


convaincriez. m. nous réparerions.
1. b. elle mangerait. f. elles joueraient. g. il aurait
pu. h. nous espérerions. i. je mesurerais. k. vous 4. a. je plierais / aurais plié. b. tu accomplirais / aurais
auriez fini. m. elle disparaîtrait. accompli. c. elle convaincrait / aurait convaincu.
d. nous reviendrions / serions revenu(e)s. e. vous
2. a. Une violente tempête ferait (fait incertain) rage inscririez / auriez inscrit. f. elles salueraient/ auraient
sur les côtes bretonnes. b. Je ne savais pas du salué. g.  tu soutiendrais / aurais soutenu. h.  ils
tout que tu viendrais (futur dans le passé). c. Vous acquerraient / auraient acquis. i. elle espérerait /
pourriez (demande polie) vous reposer un peu avant aurait espéré. j. vous courriez / auriez couru.
de repartir. d. À ta place, je me serais enfuie (action
5. a. La date des vacances aurait été publiée.
soumise à une condition). e. On passerait la journée
b. Les pluies torrentielles auraient provoqué de
sur la plage et on dégusterait (actions imaginaires
graves inondations. c. Les dernières représenta-
envisagées par jeu) des glaces. f. J’aimerais (fait
tions seraient annulées. d. Elle publierait un roman
imaginaire souhaité) me lancer dans la chanson.
autobiographique. e. Julie se présenterait aux élec-
g. La tempête aurait cessé (fait incertain).
tions des délégués. f. Ils viendraient dîner demain.
g. Demain, il y aurait un pic de pollution. h. Plu-
Manipuler sieurs plages seraient interdites aux baigneurs.
3. a. elles espéreraient. b.  vous sauriez. c.  j’at- 6. a. Pourriez-vous revenir plus tard ? b. Voudrais-tu
tendrais. d. tu pourrais. e. elle remuerait. f. nous me prêter ta perceuse ? c. Nous viendrions bien
vivrions. g. je serais. h. elle finirait. i. vous arrive- au cinéma avec vous. d. Aurais-tu la gentillesse de

163 Étude de la langue


me raconter l’histoire ? e. Serais-tu libre pour venir dressé une autre table. e. Si la mer était / avait
à mon anniversaire ? f. Vous devriez vous asseoir été polluée, nous ne pourrions plus / n’aurions
et prendre un café. g. Pourrais-tu me donner ton plus pu nous baigner. f. Si tu attendais / avais
avis sur la question  ? h.  Te serait-il possible de attendu la période des soldes, tu ferais / aurais
venir m’aider ? fait de bonnes affaires. g. Si tu refusais / avais
refusé toutes ses propositions, elle serait / aurait
7. a. Elle pense que tu l’accompagneras demain.
été vexée. h. Si la sécheresse continuait / avait
b. Elle m’avait dit que nous partirions rapidement.
continué, les récoltes seraient / auraient été mau-
c. S’il refuse, nous partirons quand même. d. Si
vaises. i. Si je partais / étais parti(e) en vacances,
nous le pouvions, nous ferions le voyage en une
il faudrait / aurait fallu que quelqu’un arrose les
seule journée. e. Si tu avais écouté nos conseils,
fleurs. j. Si tu n’étais pas / n’avais pas été retardé,
tu aurais eu de meilleurs résultats. f. Si par hasard
tu pourrais / aurais pu dîner avec nous.
tu te perdais, nous viendrions à ton secours. g. Tu
imagines bien que nous la surveillerons. h.  Je Interpréter
pensais que nous irions plus vite.
10. a. Les verbes au conditionnel sont  : dirais,
8. La distribution des prix va avoir lieu à l’école du serait, commencerait, serait venu, leur valeur est :
narrateur. actions soumises à une condition.
b. La conjonction si introduit les subordonnées
Mon père, qui était dans le secret des dieux, qui m’ont permis de répondre. La fonction de ces
savait que j’aurais des prix, qu’on appelle- subordonnées est complément de phrase expri-
rait son fils sur l’estrade, qu’on lui mettrait mant la condition.
sur la tête une couronne trop grande, qu’il c. Elles ne développent pas des idées qui sont vrai-
ne pourrait ôter qu’en s’écorchant, et qu’il ment celles de l’auteur, elles expriment le contraire,
serait embrassé sur les deux joues par quelque c’est de l’ironie par antiphrase. Le but réel de ce
autorité. passage est de violemment critiquer l’esclavage.
Le narrateur doit souhaiter la fête de son père S’exprimer
et se sent mal à l’aise.
Je ne savais pas comment j’oserais entrer dans 11. Proposition
la chambre, ce qu’il faudrait dire, s’il fau- Si j’avais à défendre la cause des poissons rouges
drait rire, s’il faudrait pleurer, si je devrais enfermés dans un bocal, voici ce que je dirais : les
me jeter sur la barbe de mon père et la frot- poissons rouges sont des animaux dont le milieu
ter en y enfonçant mon nez […] ou s’il vau- naturel est un lac ou une rivière. Là, ils ont de l’es-
drait mieux le débarrasser tout de suite, et pace, ils vivent avec leurs semblables, cherchent
m’en aller à reculons. leur nourriture, se reproduisent. Dans un bocal, ils
tournent en rond, s’ennuient, deviennent fous et
D’après Jules Vallès, L’Enfant (1879).
meurent très rapidement.
9. a. Si tu attendais  / avais attendu un peu, Les poissons rouges dans un bocal sont utilisés
je partirais / serais parti(e) avec toi. b. Si tu te par les hommes comme objets de décoration ou
concentrais bien / t’étais bien concentré(e) , tu pour amuser les enfants. Il s’agit là d’une pratique
comprendrais  / aurais compris ce texte diffi- scandaleuse, des êtres vivants sont réduits à l’état
cile. c. S’il pleuvait / avait plu, le match serait / d’objets. Il existe suffisamment de jouets et d’objets
aurait été annulé. d. S’ils venaient / étaient venus décoratifs sur le marché, sans qu’il soit nécessaire
avec leurs enfants, nous dresserions / aurions d’avoir recours à de pauvres animaux.

164
Fiche 21
Les formes passive et impersonnelle
Livre de l’élève p. 340

Identifier e. Les prévenir me paraît normal. f. Renoncer main-


tenant serait ridicule. g. Passer le week-end avec
1. b.  Nous sommes étonnés de votre réaction. nous lui arrive souvent.
c. Ce livre a été salué par tous les critiques. f. Ce
film a été vu par des millions de spectateurs. Interpréter
2. b. Ces contes sont appréciés de tous les enfants. 9. a. La forme impersonnelle est  : il n’en restait
d. La course a été remportée par le plus jeune des plus qu’une souche calcinée ; la phrase à la forme
participants. e. Ce joueur de basket est très aimé personnelle est : seule une souche calcinée restait
de ses fans. (ou une touche calcinée restait)
3. b.  Il m’est arrivé une drôle d’histoire. d.  Il b. Les deux propositions juxtaposées à la forme
semble étonnant qu’il n’ait rien vu. e. Il ne s’est passive sont : il n’avait pas été fendu de haut en
rien passé en votre absence. bas par le choc, mais entièrement transformé en
rubans de bois. À la forme active cela devient : le
Manipuler choc ne l’avait pas fendu de haut en bas mais l’avait
transformé en rubans de bois.
4. a. Le film est terminé. b. Nous avons été attra-
pés. c.  Mes cousines étaient étonnées. d.  Tu c. La forme impersonnelle et la forme passive
seras formé(e). e.  Vous aviez été surpris(es). mettent en valeur les dégâts provoqués par l’orage.
f. Ces immeubles auront été détruits. S’exprimer
5. a. Une pièce de Molière sera jouée par les
10. Proposition
élèves du club théâtre. b. Elle a été retardée par
un incident technique. c. Impossible : il n’y a pas Une violente tempête soufflait sur la Bretagne.
de COD. d. Le monstre qu’il avait créé fut aban- J’étais à ce moment-là en vacances dans un
donné par Victor Frankenstein. e. Impossible : le appartement qui donnait sur la mer.
verbe est attributif. f. Frankenstein a été écrit par Tout d’abord la mer changea de couleur : de bleu-
Mary Shelley alors qu’elle n’avait que dix-neuf ans. vert, elle devint soudain marron. Je ne résistai pas
au plaisir de me mettre sur la terrasse pour admi-
6. a. La brigade financière a saisi des milliers de
rer ce spectacle hors du commun.
faux billets dans la cave d’une villa. b. On acheta
cette maison de campagne en 2000. c. Des spé- Ensuite, les vagues écumantes enflèrent de plus
cialistes restaureront ce tableau avant la fin de en plus, leur grondement s’intensifiait. Soudain le
l’année. d. On nourrit ce petit chat au biberon. promenoir fut inondé par un rouleau plus fort que
les précédents. D’où j’étais, au quatrième étage,
7. a. Il est bon pour la santé de faire du sport. j’étais atteinte par les embruns. Les rares voi-
b.  Il s’est vendu beaucoup de ventilateurs pen- tures qui circulaient devaient actionner les essuie-
dant la canicule. c.  Il me semble nécessaire de glaces. Au moment du ressac, je découvris avec
faire le point sur la situation. d. Il manque encore stupeur qu’un banc de bois avait été brisé par la
de nombreux aménagements. e. Il se produit sou- violence des flots. À peine étais-je remise de ma
vent des accidents à ce carrefour. f. Il est tombé surprise qu’un rideau liquide s’éleva devant moi,
cette nuit une pluie violente. g. Il existe un trajet je fus inondée et la mer déchaînée passa au-des-
beaucoup plus court. sus de l’immeuble pour aller s’abattre dans la rue
8. a. Fumer dans les lieux publics est interdit. située derrière lui.
b. Tout vérifier me semble très important. c. Un C’était un spectacle grandiose et terrifiant. Il m’ap-
grave accident s’est produit pendant la nuit. d. Que parut alors clairement que l’Homme n’est rien en
son témoignage ait été vrai est maintenant prouvé. face de la nature déchaînée.

165 Étude de la langue


Fiche 22
Les verbes pronominaux Livre de l’élève p. 342

Identifier réchauffé(e). g. Tu te seras trompé(e). h. Je ne me


suis pas souvenu(e). i.  Il ne s’est pas dépêché.
1. a. Je m’enfuis. d.  Tu te réfugies. e.  Elles se
j. Elle se fut rappelée. k. Elles se seront effondrées.
cachent. g. Vous vous parlez. h. Nous nous appré-
cions. i. Je me soucie. l. Ils s’admirent. n. nous nous 6. a. Promenons-nous. b.  Va-t’en. c.  Lève-toi.
entendons bien. o. se regarder. p. elles se sont d.  Enfuis-toi. e.  Souvenez-vous. f.  Baisse-toi.
évanouies. q. je me coiffe. t. nous nous sommes g.  Habillons-nous. h.  Asseyez-vous. i.  Réveille-
perdus. u.  vous vous rappelez. v.  elles se sont toi. j. Rappelle-toi. k. Efforçons-nous. l. Rassem-
réconciliées. w. ils se sont évadés. blez-vous. m. Réchauffe-toi.
2. a. Je me vois bien dans ce miroir. b. Les oiseaux 7. a. Nous nous téléphonons souvent. b. Assieds-
se sont envolés. e.  Nous nous sommes croi- toi ici. c. Je me suis pris les pieds dans le tapis.
sés par hasard. g. Ils se rencontraient tous les d. Je m’épuise à te répéter sans arrêt la même
matins. h.  Nous nous sommes reconnus au chose. e. Réconfortons-nous en buvant un cho-
premier regard. i.  Nous vous avons bien recon- colat chaud. f. Les deux amis se sourirent mais
nus mais nous ne nous sommes pas permis de ne se parlèrent pas.
vous interrompre. j. Nous nous sommes réfugiés
ici pour échapper à la pluie. k. Nous nous adres- 8. a. Elles se sont aperçues de loin dans la foule
serons au directeur. n. Vous vous reconnaîtrez (réciproque).  / Nous nous sommes aperçues
bien. o. Elles se souviennent de vous. p. Nous trop tard de notre erreur (essentiellement). b. Ma
nous emparerons de ce trésor. mère s’est entretenue avec mon professeur princi-
pal (essentiellement). / Ce vêtement s’entretient
3. a. Ma sœur s’admire (réfléchi) dans le miroir. facilement (passif). c. Je m’entends bien avec les
b. Cette boîte s’ouvre (passif) facilement. c. Ils se petits enfants (essentiellement). / L’orage s’enten-
sont rencontrés (réciproque) sur la plage. d. Je me dit de très loin (passif). d. Mon petit frère se plie à
lave (réfléchi) les cheveux chaque jour. e. Elle s’est mes demandes (essentiellement). / Cette chaise
enfuie (essentiellement) en courant. f. Nous nous se plie facilement (passif). e. Elle s’est battue pour
offrons (réciproque) souvent de petits cadeaux. atteindre son but (essentiellement). / Les enfants
g.  Elle s’est évanouie (essentiellement) à cause se sont battus (réciproque). f. Ce genre de vête-
de la chaleur. h. La tache ne se voit (passif) plus. ment ne se porte plus (passif). / Mon grand-père
i.  Assieds-toi (réfléchi) dans ce fauteuil. j.  Soi- se porte bien en ce moment (essentiellement).
gnez-vous (réfléchi) énergiquement pour guérir. g. Cet appareil ne se trouve que sur internet (pas-
k. Ils se souviendront (essentiellement) longtemps sif). / Elle s’est trouvée prise dans un embou-
de ce voyage. l. Heureusement, ils s’aperçurent teillage (essentiellement). h. Ils n’ont pas arrêté de
(essentiellement) à temps de leur erreur. m. Habille- se couper la parole (réciproque). / Il s’est coupé
toi (réfléchi) avec élégance. en se rasant (réfléchi).
Manipuler 9. a. Je me suis longtemps souvenu de cette jour-
4. a. Elle se promena toute la journée. b. Nous née exceptionnelle. b. Elle s’était aperçue, mais trop
nous voyions tous les mercredis. c. Je m’éloigne tard, que ses calculs étaient faux. c. Les vendanges
de mon but. d. Tu t’endormiras après mon départ. se feront au mois d’octobre. d. Je me doute que
e. Vous vous croyiez en sécurité. f. Les ennemis tu as fait un très beau travail. e. Nous nous étions
s’emparèrent de la forteresse. g. Nos routes se procuré une très belle œuvre d’art pour son anni-
croisaient souvent. h. Elles s’efforcèrent de nous versaire. f. Une catastrophe s’est produite ici l’an
faire plaisir. i. Elles se précipiteront sur nous. dernier. g. Le petit chien s’était enfui.
5. a. Il s’était vu. b. Il se fut écarté. c. Il s’est rap- 10. a. Les trois verbes pronominaux sont  : on
pelé. d. Je ne me serai pas reconnu(e). e. Tu ne s’enfermait (réfléchi), il s’apaisait (passif), on se
t’es pas enfui(e) / te fus pas enfui(e). f. Je me suis donnait (réfléchi).

166
b. Leur temps est l’imparfait. Transposés au plus- l’océan austral de nombreux oiseaux dont beau-
que-parfait : on s’était enfermé, il s’était apaisé, on coup de manchots et quelques cétacés. Une mis-
s’était donné. sion dans ces régions serait, pour moi, l’occasion
unique de découvrir ces animaux dans leur milieu
S’exprimer
naturel. J’aimerais surtout contempler cette immen-
11. Proposition sité glacée épaisse de plusieurs kilomètres, d’où
J’aimerais beaucoup participer à une mission dans n’émergent que quelques très hauts sommets.
l’Antarctique. Enfin, j’aimerais participer à cette mission pour son
Tout d’abord, pour le changement de mode de intérêt scientifique. Il n’y a aucune population indi-
vie qu’une telle expédition implique. Apprendre à gène sur ce continent, seulement des équipes de
vivre en groupe pendant quelque temps dans un scientifiques qui se relaient. Pendant des siècles,
cadre de vie glacial où il faut que le corps et l’es- on a pensé que ce continent ne présentait aucun
prit s’adaptent me semble une perspective assez intérêt, on s’y intéresse maintenant. On a com-
motivante. Je considère, en effet, qu’il est forcé- mencé notamment à explorer le sous-sol. Je pense
ment bénéfique d’abandonner son mode de vie donc qu’il y a encore de nombreuses découvertes
habituel et de se plier à un environnement entiè- à faire et qu’il doit être très excitant d’y participer.
rement nouveau. C’est donc le dépaysement total et l’espoir de
Ensuite, pour découvrir le paysage et les animaux : découvertes intéressantes qui m’attireraient en
je sais que l’on peut observer sur les pourtours de Antarctique.

Fiche 23
L’accord du participe passé Livre de l’élève p. 344

Identifier le COD « se » placé avant). e. Cette maison s’est


très bien vendue (sens passif, accord en genre
1. a. Elles ont visité toute la région (auxiliaire avoir,
et en nombre avec le sujet maison). f.  Elle s’est
COD placé après). b. Quelle région ont-elles visi-
évanouie en arrivant (essentiellement pronominal,
tée ? (auxiliaire avoir, accord avec le COD « région »
accord avec le sujet « elle »). g. Elle s’est coupé
placé avant). c. Des régions, nous en avons visité
les cheveux (sens réfléchi, pas d’accord, COD che-
(auxiliaire avoir, pas d’accord, le COD placé avant
veux placé après).
est « en »). d. Je ne les ai pas entendues arriver
(auxiliaire avoir, suivi d’un infinitif, accord avec le COD Manipuler
« les » placé avant et sujet de l’infinitif). e. Je les ai
3. a. un travail bien fait. b. une affaire conclue. c. un
laissé faire (verbe laisser suivi d’un infinitif, participe
visage rougi. d. un repas pris rapidement. e. un por-
passé invariable). f. Les chansons que j’ai entendu
tail clos. f. une leçon bien apprise. g. un mur repeint.
(auxiliaire avoir suivi d’un infinitif, pas d’accord avec
le COD « que » renvoyant à « chansons », pas sujet 4. a. Les plages sont envahies par les touristes.
de l’infinitif) interpréter par ce ténor m’ont boule- b. La toiture a été emportée par l’ouragan. c. Ce
versée (auxiliaire avoir, accord avec le COD « m’ » village a été détruit par un tremblement de terre.
féminin singulier placé avant). g. Nous n’avons pas d. Nous avons été prévenus trop tard de votre arri-
été bouleversées (auxiliaire être, accord avec le sujet vée. e. Une pluie fine est tombée toute la journée.
« nous » féminin pluriel) de la même façon. 5. a. Célia lui (COI) a coupé la parole. b. L’émission
2. a. Ils se sont enfuis (essentiellement pronomi- que (COD) j’ai regardée m’(COI) a beaucoup plu.
nal, accord avec le sujet « ils »). b. Elles ne se sont c. Tu nous (COS) as conseillé un bon film. d. Le
jamais rencontrées (sens réciproque, accord avec spectacle t’(COD) a visiblement charmée, Léa.
le COD « se » placé avant). c. Nous nous sommes 6. a. J’ai égaré mon écharpe. b. Nous avons beau-
vite aperçus de notre erreur (essentiellement pro- coup apprécié les plats que nous avons dégustés
nominal, accord avec le sujet « nous »). d. Elles se dans ce restaurant. c. J’ai remercié Julie de m’avoir
sont bien cachées (sens réciproque, accord avec prêté ce livre. d. Les inondations ont saccagé les

167 Étude de la langue


récoltes. e. As-tu trouvé la montre que j’ai fait tom- S’exprimer
ber ? f. Les artistes que nous avons regardés jon-
10. Proposition
gler nous ont impressionnés.
Je n’ai pas oublié ma première rentrée au collège,
7. a. Elle s’est lavée (réfléchi) dans notre baignoire. il y a trois ans.
b. Elle s’est lavé (réfléchi) les cheveux. c. Elle ne J’avais passé cinq ans dans la même petite école
s’est pas souvenue (essentiellement) du nom de primaire, à la campagne, elle était devenue ma
cet acteur. d. Ils se sont vus, se sont souri mais seconde maison. Quand je suis entrée au collège,
ne se sont pas parlé (réciproques). e.  La repré- en banlieue parisienne, je me suis sentie un peu
sentation s’est donnée (passif) à guichets fermés. perdue. Dès l’entrée, tout m’a semblé gigantesque :
f. Ils se sont serré la main mais j’ignore les paroles la façade en verre, la cour de récréation plantée
qu’ils se sont dites (réciproques). g. Elles se sont de grands arbres et les nombreuses classes qui
précipitées (réfléchi) sur nous, puis se sont mises donnaient sur cette cour.
(essentiellement) à hurler. h. Elles se sont préparé Ensuite, notre professeur principal nous a fait visiter
(réfléchi) un excellent petit-déjeuner. l’intérieur de l’établissement. J’ai eu l’impression de
8. a. Nous avons été récompensées de nos pénétrer dans un labyrinthe. Des couloirs intermi-
efforts. b. Que de sottises j’ai entendues. c. Ma nables, une succession infinie de portes jaune vif, la
mère est très attachée à cette maison qu’elle a panique m’a peu à peu gagnée. Comment ferais-je
vu construire. d. Je pense qu’ils étaient faits l’un pour me retrouver dans ce lieu gigantesque ?
pour l’autre. e. Plusieurs orateurs se sont succédé En revanche, lorsque nous avons pénétré dans les
à la tribune. f. Elle s’est donné beaucoup de mal classes, j’ai éprouvé un véritable choc. Claires, bien
pour nous recevoir. g. Cette série, j’en ai entendu aménagées avec un mobilier aux couleurs vives,
parler, mais je ne l’ai jamais vue. h. Des obstacles, je me suis tout de suite sentie à l’aise et j’ai aussi
j’en ai rencontré, mais je les ai tous surmontés. été séduite par les salles de sciences et le CDI
i. Elles ne nous ont pas répondu parce qu’elles magnifiquement aménagés.
ne nous ont pas entendues. Finalement, je me suis très vite adaptée et je suis
9. Dans l’ordre, les verbes transformés sont : un peu triste à la pensée de quitter cet établisse-
a entendu, a mis, a traversé, est sortie, ç’a été ment l’an prochain.
(ça a été), a entendu, a levé, a vu, a recouvert, est
tombé, a fait.

Fiche 24
Les modes impersonnels Livre de l’élève p. 346

Identifier Manipuler
1. a. Mettre (ordre) la farine dans un saladier. b. Je 3. a. Nous avons renoncé à venir (COI de renon-
ne sais pas comment faire (délibération). c. Écouter cer)  / à cette visite. b.  Elle apprend à lire (COI
(indignation) de pareilles stupidités ! d. Comment d’apprendre) / la lecture. c. Nous avons entrepris
répondre (délibération) à une telle remarque ? e. Ne d’escalader (COI d’entreprendre) cette montagne /
pas écouter (défense) tout ce que l’on raconte. l’escalade de cette montagne. d. Range la cui-
2. a. Terrorisés (adjectif) par le bruit, ils ont fait sine après avoir dîné (compl. de phrase exprimant
(temps composé) marche arrière. b. Les réserves le temps) / le dîner. e. Il a pris la décision de partir
étant épuisées (noyau d’une proposition partici- (compl. du nom décision) / du départ. f. Je suis
piale), nous sommes partis (temps composé) faire venue pour te rapporter (compl. de phrase expri-
des courses. c. Ce film très amusant (adjectif) a mant le but) / la restitution de / ton livre. g. Je ne
enchanté (temps composé) toute la famille. d. Ton suis pas sûre de venir (compl. de l’adjectif sûre) /
gâteau a l’air très réussi (adjectif) e.  Une fois le de ma venue / de ma visite.
chronomètre arrêté (noyau d’une proposition par- 4. a. Nous assistons à un spectacle étonnant
ticipiale), vous ne pouvez plus jouer. (épithète) / merveilleux. b. Sa réponse était vrai-

168
ment encourageante (attribut du sujet « réponse ») / c. Les trois participes soulignés sont en apposi-
gentille. c.  Émerveillés (apposition à «  tous les tion. Ils mettent en valeur la contradiction entre les
spectateurs  »)  / Heureux, tous les spectateurs apparences de dur que le