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Retour sur la mission de la Société

bienveillante des musiciens de Montréal


Martin Gladu

O n pouvait lire, dans la Gazette Officielle du Québec du samedi 12 août 1899, l’avis

suivant :

En vertu de l’acte 62 Vict., Chap. 32.

La formation d'une société, sous le nom de "La Société Bienveillante des Musiciens de
Montréal," dans le but d'unir fraternellement tous les musiciens jouissant d'une bonne
santé, ayant de bonnes mœurs, et occupant une assez bonne position sociale, de
propager les principes de véritable bienveillance en associant ses membres pour se
secourir mutuellement, surmonter les difficultés et soulager les souffrances dans les
maladies, l'infortune, et à la mort, en payant certains bénéfices durant la maladie, et à
la mort, d'éviter toutes questions de nature sectaire ou politique, ou toute controverse
au sujet de salaires ou griefs entre patron et employé, d'entretenir des rapports sociaux
et moraux entre ses membres, et de répandre les véritables principes de charité, de
bienveillance et d'amour fraternel, a été autorisée par un ordre en conseil, en date du
2ième jour d'août 1899.

Le principal bureau de la société sera à Montréal.

JOS. BOIVIN,
Assistant secrétaire de la province.
Département du secrétaire de la province.
Québec, 6 août 1899

En clair, la société payait « certains bénéfices » à ses membres lorsque ceux-ci éprouvaient
des difficultés financières ou physiques ou encore décédaient, mais sans toutefois
emmerder les patrons. Pour accomplir cette mission, elle mutualisait les cotisations de ses
membres et levait des fonds en organisant des concerts bénéfices et des tombolas. En 1907,
elle disposait de 1 100$ (environ 27 000$ en 2020) et n’avait aucuns passifs.

Loin d’être insignifiants, les critères de santé, de mœurs et de position sociale reposaient
sur le principe même de la bienveillance (déf. : disposition favorable envers; indulgence)
et du secours puisque peut bien mal se montrer bienveillant et indulgent envers autrui,
voire le secourir celui qui ne possède pas, en propre, ces attributs.
Notons que la création, par Robert Gruenwald, de la Société était ultérieure (de quelques
mois) à celle de l’Association protectrice des musiciens. À propos de cette dernière, nous
pouvions lire, dans l’édition de décembre 1897 de L’Art musical, ce qui suit :

Le but de la société est :

l) De protéger le salaire des musiciens, tant professeurs qu’exécutants;


2) De garantir les droits d’auteurs;
3) De faire diminuer les droits sur la musique importée;
4) De publier des revues et faire des critiques musicales;
5) D’organiser des concerts et monter des opéras;
6) De travailler à l’établissement d’un Conservatoire, etc., etc.

Le premier président de l’Association protectrice des musiciens, qui ne tarda pas à l’affilier
à la toute nouvelle American Federation of Musicians, fût Edmond Hardy. Il était
également un des membres fondateurs de la Société.

En plus de diriger plusieurs corps de musique, Hardy était marchand-importateur


d’instruments de musique et de partitions, éditeur de musique, directeur du Conservatoire
de musique de la Société Artistique Canadienne (financée par la vente de billets de loterie
qu’il organisait), fondateur de la revue l’Acte musicale, actionnaire et directeur musical de
l’Opéra français et cofondateur de l’Association des concerts d’été.

Force est de constater que la mission de l’Association s’alignait sur ses propres intérêts.

Mireille Barrière rappelle les débuts de la syndicalisation des musiciens à Montréal :

Un premier mouvement associatif émerge chez les musiciens et les techniciens de


théâtre. Au printemps 1895 se forme l’Union des musiciens de Montréal qui se réunit
deux fois par mois et dont Jacques Vanpoucke, clarinettiste belge au parc Sohmer et à
l’OFM, aurait été le président; mais cette société semble avoir fait long feu. Trois ans
plus tard, Edmond Hardy, musicien avantageusement connu à Montréal, est élu
président de la Société bienveillante des musiciens de Montréal (SBMM). Les objectifs
sont ceux d’une société de secours mutuel qui propose à ses membres de s’unir « pour
[…] soulager les souffrances dans les maladies, l’infortune, et à la mort, en payant
certains bénéfices. »

Si on en croit ses recherches, il y aurait donc eu trois syndicats de musiciens à Montréal


entre 1895 et 1905 : 1) l’Union des musiciens de Montréal, 2) l’Association protectrice des
musiciens (AFM Local 406, plus tard renommée la Guilde des musiciens de Montréal), et
3) celui, dissident du précédent, qui aurait joint les Chevaliers du Travail. Il y eut aussi
l’Association des musiciens du Québec, qui reçut une charte de l’AFM le 17 décembre 1917
(Local 119, Quebec City), et qui fusionna, le 1er novembre 1988 - suite au passage de la Loi
sur le statut de l’artiste -, avec la Guilde des musiciens de Montréal pour donner la Guilde
des musiciens du Québec.

En conclusion, La Société bienveillante des musiciens de Montréal n’était pas un syndicat


de travailleur, mais une mutuelle d’entraide. On ignore tout de sa gestion et de sa destinée.

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