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Support de cours

Stabilité Variabilité
Génétique
L1S2

Elaboré par
Dr. KHOUAJA Fattouma
Année Universitaire 2019/2020
Chapitre 1 : Introduction et caractéristiques Génétiques du monde vivant

1. Stabilité du monde vivant


1.a. La Méiose
1.b. La mitose
Les quatre phases successives du cycle d’une cellule eucaryote (Phases M : Division
cellulaire, S : Synthèse (Réplication de l’ADN), G1: Croissance cellulaire, G2 : Espace de sécurité,
G0 : Etat quiescent)

Quantité Mitose
ADN Méiose
G1 S G2 M

Temps

Evolution de la quantité d’ADN au cours de la Mitose et de la Méiose

3. Variabilité
Prophase de la méiose I : Elle est constituée de 5 stades:
a. Stade leptotène
Début de condensation des chromosomes. Ils sont si étirés qu’il est encore difficile de
les distinguer individuellement.

b. Stade zygotène
Les chromosomes homologue s’apparient pour former un bivalent, cette organisation
apparaît en microscopie électronique sous la forme d’un complexe synaptonémal.

c. Stade pachytène
La condensation des chromosomes se poursuit et c’est à ce stade que le crossing-over
a lieu entre les homologues d’une paire. Au cours de ce stade se réalise le brassage intra-
chromosomique.

d. Stade diplotène
Début de séparation des chromosomes appariés. Les échanges génétiques qui ont eu
lieu auparavant entre les chromatides sont maintenant visibles au niveau où les paires
d’homologues restent reliée. Le point où le crossing-over est visible s’appelle un chiasma.

e. Stade diacinèse
Les chromosomes présents à ce stade sont très fortement condensés et forment des
structures en anneaux, en croix ou en losange: c’est la terminaison des chiasmas.
3. Polymorphysme

3.1. Introduction
Le terme mutation désigne n’importe quel changement intervenu dans la séquence de
l’ADN. Les mutations sont le moteur de l’évolution, et source de la diversité entre individus
mais sont aussi à l’origine des maladies génétiques. La conséquence de toute mutation dépend
de son effet fonctionnel, qui peut être neutre, conduire à l’amélioration d’une fonction
(diversité, évolution) ou à l’altération d’une fonction (effet pathogène).
Dans une cellule vivante, l’ADN est en permanence expose à différents types d’agression
pouvant conduire à l’apparition de mutations. Il s’agit essentiellement d’agressions exogènes
(radiations et agents génotoxiques de l’environnement), d’agressions endogènes (radicaux
libres, …), d’erreurs de réplication et d’accidents de recombinaison.
La cellule possède une machinerie de réparation, qui corrige la plupart des anomalies. Mais
un échappement au système de réparation est possible: c’est l’origine des mutations.

● Mutations acquises
Une mutation apparue dans une cellule somatique d’un tissu est appelée mutation somatique
ou mutation acquise, puisqu’elle n’était pas présente initialement dans le génome de la cellule.
Les mutations somatiques peuvent être à l’origine d’un clone cellulaire porteur de cette
mutation, ne touchant qu’un seul ou quelques tissus, mais ne sont en revanche pas
transmissibles à la descendance. Les mutations somatiques pathogènes sont notamment
impliquées dans la formation de cellules tumorales.
● Mutations constitutionnelles
Lorsqu’une mutation est présente ou survient avant la fécondation, ou lors des premières
divisions du zygote, on parle de mutation constitutionnelle. Une mutation constitutionnelle
sera présente dans toutes les cellules somatiques de l’individu, et également dans ses cellules
germinales donc transmissible à la descendance.
Certaines mutations surviennent lors de la méiose dans une cellule germinale, au niveau d’un
gamète parental, et sont appelées mutations germinales. Les mutations germinales seront
donc forcément présentes de façon constitutionnelle chez l’individu issu de ce gamète, qui
sera donc porteur d’une mutation de novo ou néo-mutation (nouvellement apparue), non
présente dans les cellules somatiques du parent qui lui a transmis cette mutation.

3.2. Polymorphysme du génome


Les variations non pathogènes du génome dont la fréquence dans la population est >1% sont
appelées polymorphismes. Un polymorphisme est une mutation qui peut se situer en région
codante ou non codante. Différents types de polymorphismes ont été caractérises, parmi
lesquels les plus importants :

● Les polymorphisms de restriction RFLP (Restriction fragment length polymorphism)


Les RFLP apparaissent suite à des mutations qui créent ou détruisent les sites reconnus par
des endonucléases de restriction spécifiques, conduisant à des variations entre les individus,
de la longueur des fragments de restriction produits à partir de régions identiques du génome.
●Les SNPs (Single Nucleotide Polymorphisms)
Il s’agit de polymorphismes de substitution au niveau d’un nucléotide (variation ponctuelle de
la séquence). Les SNPs sont très nombreux (>107 par génome humain) et repartis dans tout le
génome (environ 1 SNP tous les 300 pb).
● Les polymorphismes de répétition
Il s’agit de séquences répétées en tandem de nombreuses fois, à partir de motifs de longueur
variable, on site :
- Les Minisatellites : appelées aussi VNTR (Variable Number of Tandem Repeats). Il
s’agit de répétition en nombre variable d’une séquence de 10 à 50 pb à un locus donné.
Cette séquence va se retrouver à différents loci sur tout le génome.
- Les Microsatellites : appelées aussi SSR (Séquences Simples Répétées) Il s’agit de 1 à 6
pb répétés n fois (5≤n≤40) sur tout le génome : Ex : TGTGTGTGTG…..
Chapitre 2 : Nature du matériel génétique

1. Matériel Génétique des bactéries: Expériences de Griffith en 1928, et de Avery


Mc Leod et Mc Carthy en 1944)

L’expérience de Griffith en 1928 a pu mettre en évidence la capacité d’une souche de


pneumocoque non virulente dépourvue d’une capsule protectrice (R) de synthétiser une
capsule et donc de devenir virulente (S) (fig. A). En 1944, Avery, MacLoed et MacCarty ont
montré que l’information génétique transmise par transformation est portée par l’ADN et
non par les protéines ou l’ARN (fig. B).

Figure Démonstration de la transformation : (A) Transformation d’une souche de Streptococcus


pneumoniae avirulente en souche virulente. (B) Démonstration de la mise en évidence de l’ADN comme facteur
transformant.

2.
3. Matériel Génétique des virus
3.1. Expérience de Fraenkel-Conrat et Williams 1955 sur le TMV
Les décennies 1950 et 1960 ont été décisives pour la connaissance de la nature essentielle
des virus. Le TMV est le premier virus reconstitué in vitro à partir d’une préparation de
protéines de la capside et d’ARN. L’expérience a consisté à incuber, pendant la nuit et à
3°C, l’ARN viral et la protéine de la sous-unité de la capside virale, à des concentrations
adéquates, en présence d’une solution tampon (acétate 3M, pH6). La solution obtenue a
été inoculée à des feuilles de tabac saines qui ont développé ultérieurement des lésions
locales. L’inoculation par une solution de protéines de capside ou de d’ARN n’affecte
aucunement les plantes. Ils ont montré que l’activité virale de la solution apparait après au
moins une heure et que le traitement de l’acide nucléique par une ribonucléase empêche
son encapsidation. Par ailleurs, la substitution de l’ARN du TMV par le TYMV, rend cette
reconstitution impossible. L’étude a été couronnée par l’observation au microscope
électronique des particules reconstitué qui ont montré une morphologie identique à celle
de la particule virale normale.

Figure : La particule de TMV. Sur ce schéma d’un segment de l’hélice, 5 spires (sur
132 ont été représentées. L’ARN est figuré par un ruban rouge coincé entre les sous-
unités, dessinées ici comme des volumes simples (d’après Cornut, 1987)

3.2. Expérience de Hershey et Chase en 1952 sur le phage T2


Hershey et Chase ont mené leurs expériences sur le phage T2, un virus dont la structure
avait été récemment élucidée par microscopie électronique. Le phage se compose d'une
capside (coque protéique) contenant son matériel génétique. Il infecte une bactérie en se
fixant à sa membrane externe et en injectant son matériel génétique dans la cellule
bactérienne, la coquille vide reste attachée à la bactérie.

Dans leur première série d'expériences, Hershey et Chase ont marqué l'ADN des phages
par du phosphore radioactif P-32, l'élément phosphore est présent dans l'ADN, mais dans
aucun des acides aminés composant les protéines qui sont ensuite fabriquées. Ils ont
ensuite infecté une souche d’Escherichia coli et ont pu observer le transfert de l'ADN du
phage marqué au P-32 dans le cytoplasme de la bactérie. Dans leur deuxième série
d'expériences, ils ont marqué les protéines du phage par du soufre radioactif S-35; le
soufre est en effet présent dans les acides aminés : cystéine et méthionine, mais pas dans
l'ADN. À la suite de l'infection de E. coli, ils ont ensuite détaché les capsides des cellules
infectées en utilisant un mélangeur à haute vitesse, puis séparé les uns des autres à l'aide
d'une centrifugeuse. Après la séparation, le traceur radioactif S35 a été observé dans les
capsides, mais pas dans les bactéries infectées, ce qui appuie l'hypothèse que le matériel
génétique qui infecte les bactéries était l'ADN et non les protéines.

4. Matériel Génétique des Eucaryotes


Au début des années 1900, Thomas Hunt Morgan travaille sur la mouche du vinaigre, Drosophila
melanogaster. Ces espèces possèdent quatre paires de chromosomes (dont une paire de
chromosomes sexuels). Un jour, il a découvert un mâle avec des yeux blancs (= phénotype
mutant) au milieu des mouches qui ont normalement des yeux rouges (= phénotype sauvage).
²

Figure : Le premier mutant de Morgan


Le croisement du mutant mâle aux yeux blancs avec une femelle aux yeux rouges a fourni
une F1 où tous les individus ont les yeux rouges. Ce résultat prouve que le caractère
sauvage est dominant. Le résultat du croisement F1 x F1 : F2 a montré que le phénotype
white est porté uniquement par les mâles. Ainsi, le gène est porté par le chromosome
sexuel d’où une preuve expérimentale que le gène est porté par un chromosome.
Chapitre 3 : Structure du Support de l'Information Génétique

Introduction
Le monde vivant est divisé en deux groupes :
* acellulaires : L’information génétique des particules virales est portée par une molécule
d’ADN ou d’ARN simple ou double brin.
*Organismes cellulaires : divisés en deux sous-groupes :
- Les procaryotes : Les bactéries avec un chromosome circulaire double brin
- Les eucaryotes : Inférieurs : Les champignons avec ADN linéaire double brin
Supérieurs : Végétaux + animaux
Chez ces organismes, l’information génétique est portée par une
molécule d’acide nucléique qui est un polymère d’acides nucléiques.

1. Les Nucléotides : Composition et Structure


1.1.Composition
Les acides nucléiques sont des macromolécules, qui sous forme d’ADN et d’ARN, sont les
éléments essentiel du stockage et de la transmission de l’information génétique. Les
nucléotides sont les sous-unités de l’ADN et de l’ARN. Ils participent à de nombreux
processus biologique, transportent l’énergie, sont les constituants essentiels des co-enzymes,
et sont responsables de la régulation de nombreux fonctions métabolique. Les nucléotides sont
composés de trois éléments principaux ; un groupement phosphate, un sucre et une base
purique ou pyrimidique.

1.1.1. Groupement phosphate


Dans les acides nucléiques et les nucléotides,
les groupements phosphates sont sous forme
soit de monophosphate H3PO4 (un atompe de
P), soit de diphosphate (2) soit de trois (3)
(Fig.1)

Figure1 : Groupements phosphates


1.1.2. Sucres
Les sucres présents dans les nucléotides sont généralement dérivés d’un ribose (-D-ribose
dans l’acide ribonucléique ARN) ou d’un désoxyribose (-D-désoxyribose dans l’acide
désoxyribonucléique, ADN) (respectivement ribonucléosides ou désoxyribonucléosides)
(Fig.2)

Figure2 : Sucres (Pentoses)


1.1.3. Bases pyrimidiques
Les trois bases pyrimidiques sont la cytosine (C), la thymine (T) et l’uracile (U). Elles se
différencient les unes des autres par leurs chaines latérales (-NH2 sur le C4 de la cytosine, -
CH3 sue le C5 de la thymine, O sur le C4 de l’uracile) de plus la cytosine présente une double
liaison entre N3 et C4 (Fig.3)

Figure 3 : Bases pyrimidique


1.1.4. Bases puriques
Les deux bases puriques sont l’adénine (A) et la guanine (G). Elles se distinguent par leurs
chaines latérales et l’existence d’une double liaison entre N1 et C6dans l’adénine, absente
dans la guanine (Fig.4).

Figures 4 : Bases puriques

1.1.5. Nucléosides et nucléotides


Un nucléoside est composé d’un sucre (Ribose ou désoxyribose) et d’une base nucléotidique.
La liaison se situe entre l’atome de carbone en position 1 du sucre et l’atome d’azote de la
base (liaison N-glucosidique). Un nucléotide résulte de la liaison d’un sucre à cinq atomes de
carbone (ribose ou désoxyribose), d’une base nucléotidique (base pyrimidique ou purique) et
d’un groupement phosphate (Fig.5).

Figure 5 : Nucléotides et Nucléosides

Les noms des nucléosides ont comme suffixe : -"osine" pour les nucléosides puriques -"idine"
pour les nucléosides pyrimidiques (Tab.1)
Tableau 1 : Nomenclature des nucléosides
Bases azotée Ribonucléosiodes Désoxyribonucléosides
Nom Symbole Nom Symbole Nom Symbole
Cytosine Cyt cytidine Cyd 2’-désoxycytidine dCyt
Uracile Ura uridine Urd - -
Thymine Thy - - 2’-désoxythymidine dThy
Adénine Ade adénosine Ado 2’-désoxyadénosine dAde
Guanine Gua guanosine Guo 2’-désoxyguanosine dGuo

2. Les Acides Nucléiques : Structure primaire et polarité


Les acides nucléiques sont des polymères de nucléotides, liés par des liaisons
phosphodiester entre l’atome de carbone en position 3’ d’un nucléotide et l’atome de
carbone en position 5’ du nucléotide suivant (La liaison phosphodiester correspond au lien
entre le phosphore d'un groupement phosphate avec deux autres molécules via deux
liens ester, il s'agit donc en fait de deux liaisons phosphoester) (Fig.6). La suite linéaire
(séquence) des nucléotides est généralement donnée dans le sens (5’→3’), en utilisant les
abréviations de ces bases.

Figure 6 : Liaison phosphodiester

3. Structure Tridimensionnelle de l'ADN


3.1. Structure secondaire : La petite histoire
En 1951, Rosalind Franklin, une biologiste au collège universitaire de Londres, obtient la
première photographie d'ADN prise aux rayons X (C'est la seule technique à cette époque
permettant d'observer la structure de cette grosse molécule). James Watson et Francis Crick,
du laboratoire de cristallographie de l'Université de Cambridge, le « Cavendish Laboratory »,
travaillent sur la question en cachette avec des fils de fer. La photographie de l'ADN obtenue
par Rosalind Franklin aux rayons X montre que cette macromolécule a une forme de croix.
Après un an et demi de recherches en équipe, Crick et Watson comprennent enfin que cette
forme de croix révèle que l'ADN est une double hélice (Fig.7). Leur article apparaît alors dans
le magazine Nature en avril. En 1954, Crick et Watson, poursuivant leurs recherches,
comprennent que l'ADN est composé de deux brins identiques de phosphates et de sucres
(désoxyribose) enroulés l'un autour de l'autre. Et entre eux, comme des barreaux d'échelle,
sont disposées les bases A, T, C et G. L'ordre de ces bases le long de la molécule d'ADN
définit l'information ou le code génétique. C'est alors que les biologistes comprennent qu'en
découvrant la structure de l'ADN, Crick et Watson permettent de décoder l'information
génétique d'un humain. C'est près de 50 ans plus tard, que le décodage du génome humain va
être réalisé. Pour cette formidable découverte, Francis Crick, James Watson et Maurice
Wilkins (de l’équipe de Rosalind) partagent en 1962 les honneurs du Prix Nobel de médecine.

Figure 7 : Sructure secondaire (double hélice)

3.2. Liaison hydrogène entre les bases


La structure chimique des bases nucléotidiques conditionnent les liaisons spéciales
spécifiques de l’ADN. Une purine (adénine ou guanine) fait toujours face à une pyrimidine
(thymine ou cytosine). La cytosine et la guanine sont unies par trois liaisons hydrogènes, la
thymine et l’adénine, par deux liaisons hydrogènes (G  C ; A = T) (Fig.7). Ainsi, la guanine
est toujours associée à la cystéine et l’adénine à la thymine, formant les paires de bases
complémentaires G-C et A-T ; D’autres liaisons spatiales sont normalement impossibles.

3.3. ADN double brin


L’ADN est formé de deux brins se faisant face dans une double hélice (ADN double brin). La
séquence des bases nucléotidiques (ou plus simplement, séquence des bases) de l’un des brins
de l’ADN (dans le sens 5’→ 3’) détermine la séquence complémentaire des bases de l’autre
brin (dans les sens 3’→ 5’) (Fig.7).
La plus part des hélices sont de 20 Ǻ (2 x 10-6 mm). Les bases sur un même brin sont distantes
de 0,36 nm (3,6 Ǻ). Un pas d’hélice (tour) se répète tous les 3,6 nm, soit environ 10 paires de
bases par tour. C’est la forme B de l’ADN.

3.4. Superenroulement
Le surenroulement de l'ADN résulte de la présence de supertours positifs (dans le sens de
la double hélice) ou négatifs (dans le sens inverse) sur une double hélice d'ADN qui imposent
une contrainte sur cette molécule. Le surenroulement, qui correspond mathématiquement à la
torsade d'un ruban (Fig.8), joue un rôle important dans un grand nombre de processus
biologiques, notamment la condensation de l'ADN. D'une manière générale, l'ADN de la
plupart des êtres vivants est surenroulé négativement.
Figure 8 : Structure tertiaire de l’ADN

3.4. Le nucléosome, unité de base d’empaquetage de l’ADN


Un nucléosome est constitué d’un cœur formé de deux copies de chacune des quatre histones,
H2A, H2B, H3 et H4 (octamère), autour duquel s’enroulent environ 150 pb d’ADN.
L’octamère d’histone forme un centre en forme de disque (Représenté schématiquement par
la Fig. 9-1). L’ADN est enroulé 1,67 fois, en tournant vers la gauche, autour du centre
d’histone pour former un nucléosome (Fig. 9-2). L’ADN entre et sort du nucléosome en des
points proches l’un de l’autre. On trouve à ce point un 5ème type d’histone, H1 qui se fixe à
l’ADN entre deux nucléosomes (Fig.10). Les nucléosomes sont séparés les uns des autres par
un lien d’ADN. Pour la transcription ou la réparation de l’ADN, il est nécessaire de dissocier
les histones et l’ADN.

Figure 9 : Le nucléosome, unité de base d’empaquetage de l’ADN


3.5. Structure de la chromatine
L’ADN chromosomique est empaqueté et replié d’une manière très efficace. Les six niveaux
successifs de l’organisation hiérarchisée de l’empaquetage de l’ADN dans un chromosome en
métaphase sont représentés de façon schématique de haut en bas (Fig.10 et 11). D’abord, une
section condensée forme des boucles hors du chromosome en métaphase. Un plus fort
grossissement de cette section montre une partie un peu étirée dans une région associée à une
structure de soutien avec des boucles d’ADN attachées à cette structure. Ses boucles
correspondent à la fibre de 30 nm des nucléosome empaquetés montrés au-dessous sur le
niveau suivant. Un niveau de plus, c’est le collier de perles de 11nm. Enfin, une courte région
de double hélice d’ADN (5 tours) marque le niveau moléculaire de l’ADN.

Figure 10. Structure de la chromatine


Figure 11. Modèle d’empaquetage de l’ADN dans la chromatine

4. Structure Tridimensionnelle des ARN


La molécule d’acides ribonucléiques (ARN) est composée, chez les organismes cellulaires,
par un brin unique. L'ARN à deux brins appariés est l'exception de quelques rares virus. Les
principaux types de molécules d'ARN présentes dans les cellules d'organismes vivants sont :

- ARN génomiques : Virus (poliovirus, virus de la grippe, etc..), rétrovirus (oncogènes, sida,
herpès, etc..).
- ARN ribosomiques (ARNr) [80%] : Les ribosomes sont des complexes nucléo-protéiques
contenant 3 types d'ARNr, qui sont le siège de la biosynthèse des protéines (traduction).
- ARN de transfert (ARNt) [15%] : Interviennent dans l'élongation de la chaîne
polypeptidique, lors de la traduction.
- ARN messagers (ARNm) [5%] : Support de l'information transcrite à partir de l'ADN, qui
interviennent dans la traduction
- ARN hétérogène nucléaires (ARNhn) [< 2%] : Sont les précurseurs des ARNm (ARN
près-messager)
- Petits ARN stables [< 2%], soit cytosoliques (ARNsc), soit nucléaires (ARNsn) qui existent
sous forme de ribonucléoprotéines appelées snRNP (small nuclear ribonucleoproteins) et qui
assurent des rôles catalytiques.

3.5.1. Les hélices d'ARN


Les conformations stabilisantes sont des régions en double hélice que l'on trouve dans des
régions où deux segments distants du même brin d'ARN présentent une complémentarité
suffisante (un nombre d'appariements supérieur ou égal à 3). Ce type de conformation
implique des structures secondaires de type épingle à cheveux. Ces différents motifs de
structure secondaire ont été trouvés dans les ARN ribosomiques et les ARN de transfert :
- Les tiges sont des hélices dont la conformation est proche de celle de la conformation A de
l'ADN (Fig.12)
- Les boucles : Celles participant à un motif d'épingle à cheveux stabilisent cette structure
(Fig.12). On distingue:
*Les boucles terminales, situées à l'extrémité d'une tige.
*Les boucles internes, qui connectent deux tiges.
*Les boucles multiples, qui connectent trois tiges ou plus et constituent des points de
branchement de la structure.
*Les hernies (en anglais bulge) ou boucles latérales qui sont sur un seul des deux brins d'une
hélice. La continuité de l'hélice n'est en général pas affectée et l'ensemble des bases reste
empilé de manière coaxiale, de part et d'autre de la hernie (Fig.13).
Figure 12 : Structure en tige et en boucle formée sur l’ARN

F
igure 13 : Topologie des différentes structures secondaires rencontrées dans
l’ARN
Chapitre 4 : Fonctionnement du Matériel Génétique

I- LA REPLICATION
I-1- Le modèle semi-conservatif
La réplication est le mécanisme par lequel une molécule d’ADN donne naissance à
deux molécules d’ADN identiques entre elles et identiques à la molécule d’origine. Pour
expliquer la duplication d'un ADN bicaténaire, trois modèles ont été proposés. Ces modèles se
basent tous sur l'utilisation de la molécule d'ADN "mère" comme matrice pour sa réplication,
mais selon des modalités différentes (Fig.3)

ADN lourd ADN hybride


(15N) (molécules
ADN hybride et formées d'un ADN hybride
ADN léger brin lourd et
(14N) d'un brin léger)

résultats attendus
Conservatif semi-conservatif dispersif
pour les modèles

Figure 3
Modèle conservatif : A partir d'une molécule d'ADN bicaténaire initiale, on forme
une nouvelle molécule d'ADN bicaténaire. On conserve donc une molécule "mère" non
modifiée tout en "créant" une nouvelle molécule "fille".
Modèle semi-conservatif : On dissocie les deux brins de la molécule d'ADN
biacténaire "mère". Chaque brin sert donc de matrice à la synthèse d'un brin complémentaire,
l'ensemble reformant une molécule d'ADN bicaténaire. Chaque nouvelle molécule "fille" ne
conserve donc que la moitié de la molécule "mère".
Modèle dispersif : On ne conserve aucun brin intact. La copie se réalise par fragments
dispersés dans l'ensemble de l'ADN, permettant de former les deux molécules d'ADN
bicaténaires "filles".
Meselson et Stahl on put montrer en 1958 que la réplication s’effectue selon le modèle
semi-conservatif. En effet, Ils cultivent les bactéries dans un milieu où les substances
organiques utilisées comme source d'azote contiennent de l'azote lourd (15N). Au cours de la

1
culture, toutes les molécules azotées et en particulier l'ADN contiennent une forte proportion
15
d'azote N. Les bactéries sont ensuite repiquées sur un milieu contenant des molécules à
azote léger (14N) et permettant la synchronisation des divisions. Des fractions sont prélevées
après différents temps correspondant à 1, 2, 3,... divisions. L'ADN est ensuite extrait, placé
dans la solution de chlorure de Césium de densité moyenne 1,72 puis centrifugé 24h à
100.000 g. Ainsi, un gradient de densité (environ de 1,70 à 1,75) est obtenu et L'ADN "lourd"
ayant une densité de 1,724 pourra-être distingué de l'ADN "léger" dont la densité est de1,710.
La position des différents ADN est repérée par une mesure de la densité optique (Fig.4).

Figure 4
Après une génération, tout l'ADN est hybride (du point de vue de sa densité). Il n'y a
15
plus d'ADN N. L'ADN "hybride" disparaît progressivement au profit de l’ADN "léger"
(14N).
I-2- Division cellulaire chez les procaryotes
Les bactéries étant des organismes asexués, leur reproduction se fait par division
cellulaire ou scissiparité. La division cellulaire des bactéries comporte deux étapes:

- Une première étape, appelée croissance, au cours de laquelle la bactérie augmente de


taille, duplique son ADN et synthétise les protéines nécessaires à la division.

2
- Une deuxième appelée division, au cours de laquelle il y a formation d’une paroi
transversale (septum) qui va diviser la bactérie en deux cellules filles. Lors de la division, les
boucles d’ADN répliquées sont attachées à des points très proches de la paroi bactérienne.
La réplication de l’ADN chez les bactéries est rapide et se poursuit tout au long du
cycle de la division cellulaire, contrairement à la réplication dans les cellules eucaryotes qui
n’a lieu que lors d’une étape spécifique du cycle cellulaire. La connaissance des détails des
mécanismes de la réplication résulte de l’étude de mutants conditionnels présentant une
réplication normale à 37°C (température permissive) et un arrêt de la réplication à 42°C
(température non permissive). Les mutations touchent différentes protéines intervenant dans
le processus ce qui permet souvent d’évaluer leurs rôles dans la réplication par des
expériences de complémentations).

I-3- Mécanisme de la réplication chez les procaryotes


La réplication de l’ADN chromosomique circulaire bactérien débute à un site unique
spécifique appelé oriC pour origine de réplication. Il se forme ainsi un œil de réplication
constitué de deux fourches de réplication. La réplication est bidirectionnelle : elle progresse
simultanément et en sens opposés sur chacune des fourches (Fig.5).

Figure 5 : Formation de l’œil de réplication chez le chromosome des procaryotes

3
L’hélicase permet, avec l’aide d’un ensemble d’autres enzymes d’assurer le
déroulement de l’ADN. Des protéines de liaison à l’ADN simple brin SSB (single strand
binding proteins) s’associent à chaque simple brin d’ADN dès qu’il apparaît pour empêcher
son ré-enroulement en double hélice. Ainsi, les séquences de bases des simples brins sont
aptes à servir de modèle pour la réplication (Fig 6a).
Une ARN polymérase appelée primase synthèse une amorce ARN de 10 pb dans le
sens 5’3’ complémentaire du brin d’ADN matrice : C’est l’initiation. L’ADN
polyméraseIII continue par la suite la réplication toujours dans le sens 5’3’ à partir de
l’extrémité 3’OH libre de l’amorce ARN et en utilisant l’ADN comme matrice (Fig.6a) : c’est
l’élongation.
Les deux brins sont donc synthétisés dans le sens 5’3 ; mais la synthèse ne peut être
continue que sur l’un des deux brins, le brin directe orienté 3’5’. L’enzyme située sur
l’autre brin (brin retardé) synthétise de l’ADN de manière discontinue sous forme de petits
fragments (1000 à 2000 pb) appelés fragments d’Okasaki du nom du chercheur qui les a
caractérisés pour la première fois. L’ADN à répliquer est ensuite ouvert sur une nouvelle
longueur par les hélicases, une nouvelle amorce est synthétisée sur le brin d’ADN matrice
5’3’ les synthèses reprennent et ainsi de suite jusqu’à ce que la totalité du réplicon soit
dupliquée (Fig.6b).
Les amorces d’ARN sont par la suite remplacées grâce à l’activité exonucléase 5’3’
de l’ADN polymérase I qui comble également les lacunes ainsi engendrées par l’ADN. Enfin
une ligase effectuera la soudure du brin, puisque les AND polymérases ne sont capables de
créer une liaison phosphodiester qu’entre une extrémité 3’OH libre et un nucléotide
triphosphate libre.
Lorsque l’ADN polymérase III introduit un nouveau nucléotide, le taux d’erreur est
d’environ 10-4. Or le taux d’erreur de l’ADN néo-synthétisé est de 10-8. Cette divergence vient
du fait que les ADN polymérases sont capables de détecter les erreurs qu’elles ont commises
et les corriger immédiatement grâce à une action 3’ exonucéasique qu’elles possèdent.
La réplication du chromosome bactérien circulaire se termine lorsque les deux fourches de
réplication se rencontrent. L’ADN ayant une structure en hélice, il subit une rotation pour
permettre la progression des fourches de réplication, ce qui conduit à des super-enroulements
excessifs et une tension au sein de la molécule d’ADN. Le relâchement partiel de la molécule
est assuré par des ADN topoisomérases. Elles assurent la libération des concatémères (deux

4
cercles entrelacés) à la fin de la réplication, permettant ainsi la séparation de chaque
chromosome dans chaque cellule fille au cours de la division cellulaire.

Figure 6a : Fourche de réplication de l’ADN

Figure 6b : [1], L’hélicase sépare les deux brins de de l’DNA. [2], les protéines de liaison
empêchent les deux brins de se recoller. [3], les polymérases synthétisent les nouveaux bras de 5’ en
3’. [4], le brin direct est retranscrit directement. [5], le brin retardé est synthétisé sous forme
d’éléments d’Okazaki, qui sont reliés entre eux grâce à une ligase.

5
I-4- Remarques
Les mécanismes de base de la réplication de l’ADN semblent être identiques chez les
procaryotes et les eucaryotes malgré que des expériences de réplications in vitro aient montré
qu’il existe chez les eucaryotes plusieurs types de polymérases. Les différences majeures
résident dans le fait que :
 L’ADN des eucaryotes est répliqué non comme un ADN dénudé, mais sous la forme
de chromatine dans laquelle l’ADN est associé à des protéines étroitement liées appelées
histones et qui peuvent agir comme des barrières en gênant la progression des molécules
d’ADN polymérases ce qui explique la raison pour laquelle la fourche de réplication des
eucaryote est moins rapide. Il faut également rappeler que les molécules d’ADN des
eucaryotes sont plus longues que celle des procaryotes.
 Il existe plusieurs origines de réplication sur un même chromosome chez les
eucaryotes supérieurs. L’existence de plusieurs réplicons va remédier à la lenteur de la
fourche de réplication. Là encore des bulles de réplication sont crées progressant jusqu’à ce
qu’elles rencontrent une autre fourche de réplication ou en atteignant l’extrémité du
chromosome (Fig.7).
 Les extrémités des molécules d’ADN linéaires sont difficiles à répliquer par voie
classique. Ce problème est résolu par un système enzymatique ingénieux, la télomérase.

Figure 7 : Fonctionnement de deux réplicons voisins chez les eucaryotes

6
II-EXPRESSION DES GENES
II-1 La transcription chez les procaryotes
Chez les procaryotes, la transcription de toutes les classes des ARN est effectuée par
une ARN polymérase unique, formée de 5 sous-unités (2’ L’initiation de la
transcription est assurée par la reconnaissance et la fixation de L’ARN polymérase à une
séquence spécifique d’ADN non transcrite qui définie le début du gène : le promoteur. Les
séquences promotrices présentent généralement deux zones particulièrement similaires : une
séquence TATAAT (en amont du site d’initiation de la transcription à -10 pb et une séquence
TTGACA à –35 pb ; la première base copiée en ARN est définie comme la base +1). La
séquence TATAAT ou boîte TATA (TATA box) est égalment appelée Prinbnow box, du nom
du chercheur qui a identifié le rôle de cette séquence dans la transcription (Fig.8).

Un seul brin d’ADN de la double hélice appelé brin « sens » est ainsi copié au cours
de la phase d’élongation. L’ARN polymérase doit donc déplacer le brin complémentaire (brin
anti-sens) pour permettre l’incorporation des nucléotides dans le brin d’ARN en cours de
polymérisation. Cependant le duplex d’ADN se reforme immédiatement après le passage de
l’appareil de transcription.
L’ARN polymérase reconnaît un ou plusieurs signaux de terminaison portés par le brin
d'ADN matrice et qui annoncent la terminaison de la transcription. Ces signaux peuvent-être :
- Une séquence signal présente sur l’ADN qui entraîne une pause (un arrêt) dans la
progression de l’ARN pol. Une protéine spécifique de terminaison appelée  intervient à ce
moment et est responsable du déroulement du complexe ADN : ARN (Fig.9 terminaison).
- Des séquences de terminaison correspondant à des séquences répétées (tandem) et
inversées au niveau de l’ARN suivie d’une succession de poly-uridines. Un auto-appariement
de ces séquences confère à la molécule une structure en boucle et tige qui entraîne la
séparation de l’ARN polymérase de l’ADN et donc la terminaison de la transcription
(Fig.10).

L’information génétique codée par l’ADN correspond presque toujours à des


protéines. La molécule qui permet le transfert de l’information génétique de l’ADN aux
protéines est la molécule d’ARNm. Cependant, des classes différentes d’ARN (ARN
ribosomiques ou ARNr et ARN de transfert ou ARNt) ne sont pas traduites en protéines mais
sont impliquées dans la machinerie de synthèse des protéines. Chez les procaryotes, toutes ces
classes sont transcrites par la même ARN polymérase ADN dépendante.

7
Chromosome bactérien

Promoteur

 ARN polymérase

3’ 5’
-35 -10 +1

TTGACA TATAAT CAT

Figure 8 : Initiation de la transcription

Core enzyme






Figure 9 : Initiation, Elongation et Terminaison de la Transcription

Figure 10 : boucle de terminaison

8
II-2 La transcription chez les eucaryotes
Chez les eucaryotes, trois ARN polymérases (ARNpol) interviennent dans la
transcription : l'ARNpol I pour les ARNr transcrits dans le nucléole (28S, 18S et 5,8S),
l'ARNpol III pour les ARNt et l'ARNpol II pour les ARNm. Cette dernière est formée selon
les organismes de 10 à 12 sous-unités.
Le transcrit primaire de l’ARN messager n'est pas utilisé tel quel pour la synthèse protéique. Il
doit subir des modifications post-transcriptionelles permettant l’augmentation de la demi-vie
et la modification de la séquence. Toutes ces modifications sont réalisées au fur et à mesure
de la progression de la synthèse de l’ARN pré-messager dans le nucléoplasme. Il existe trois
grands types de modifications.

II-1-a L'addition d'une coiffe (cap) en 5'


Elle a lieu dès le début de la transcription avant que la chaîne ne compte plus de 30
nucléotides. Elle consiste en l'ajout d'un nucléotide à guanine sur l'extrémité 5' de l'ARN. Il en
résulte que l'extrémité 5' de l'ARNm n'est pas porteuse des trois acides phosphoriques libres
habituels, mais d'un GMP, qui sert de coiffe protectrice à l'extrémité 5' de l'ARNm (limite la
reconnaissance de cette extrémité par les exonucléase) (Fig.11). Elle est également nécessaire
à l'exportation de l'ARNm vers le cytoplasme et à la liaison de ce dernier avec la petite sous-
unité du ribosome lors de l'étape d'initiation de la traduction.

II-1-b L'excision-épissage
Chez les eucaryotes les gènes sont morcelés c’est-à-dire constitués d'une alternance
d'exons (parties codantes du gène) et d'introns (parties non codantes). Ainsi, les gènes sont
d'abord intégralement recopiés dans l'ARN près-messager, puis subissent une opération
d'excision des introns suivi d'un épissage (splicing), c'est à dire la réunion bout à bout des
exons restants qui constituent l'ARNm (Fig.12). Ce remaniement se déroule au fur et à mesure
de la progression de la transcription.
II-1-c L'addition d'une queue polyA en 3'
La poly(A) polymérase, va ajouter une séquence poly(A) (de 100 à 250 nucléotides A)
à l’extrémité 3’OH de l’ARNm. Cette queue polyA qui sera la cible des nucléases va assurer
une stabilité au futur ARNm au cours de sa traduction : elles peuvent rester fonctionnelles
pendant plusieurs heures. À l'opposé des ARNm bactériens qui sont relativement labiles : leur
demi- vie est seulement d’une minute trente à deux minutes (Fig.13).

9
Figure 11 : Formation de la coiffe d'un ARNm

Figure 12 : L'excision-épissage de l’ARN pré-messager

C
A ARNm AAAAAAAAAA--OH3’
P

Figure 13 : Formation de la queue polyA

10
III- La traduction
Une des découvertes majeures de la biologie a eu lieu au début des années 1960 avec
la mise en évidence du code génétique et des correspondances entre les codons et les acides
aminés. Il existe 61 codons différents qui spécifient les 20 acides aminés constituant les
protéines. L’usage des codons est donc redondant et le code génétique est dis dégénéré.
Exemple : les six triplets UUA, UUG, CUU, CUC, CUA et CUG sur l’ARNm codent pour
l’incorporation de la leucine dans la chaîne polypeptidique alors que le tryptophane est codé
par un codon unique UGG (Tab. 1).

Tableau 1 : Le code génétique : Un acide aminé est codé par trois bases prises dans l'ordre
suivant: la base initiale à gauche, la base centrale dans l'une des quatre colonnes du centre, et
la base terminale à droite.
Base initial Base central Base final
U C A G
U Phe Ser Tyr Cys U
Phe Ser Tyr Cys C
Leu Ser non-sens non-sens A
Leu Ser non-sens Trp G
C Leu Pro His Arg U
Leu Pro His Arg C
Leu Pro Gln Arg A
Leu Pro Gln Arg G
A Ileu Thr Asn Ser U
Ileu Thr Asn Ser C
Ilet Thr Lys Arg A
Met Thr Lys Arg G
G Val Ala Asp Gly U
Val Ala Asp Gly C
Val Ala Glu Gly A
Val Ala Glu Gly G

Ala : alanine Glu : acide glutamique Leu : leucine Ser : sérine


Arg : arginine GluN : glutamine Lys : lysine Thr : thréonine
Asp : acide aspartique Gly : glycine Met : méthionine Tryp : tryptophane
AspN : asparagine His : histidine Phe : phénylalanine Tyr : tyrosine
Cys : cystéine Ileu : isoleucine Pro : proline Val : valine

11
Plusieurs codons signaux déterminent le début et la fin de la chaîne polypeptidique. Le
codon d’initiation AUG définie le début (extrémité N-terminale) de celle-ci et code pour la
méthionine. L’extrémité C-terminale du polypeptide est déterminée par les codons de
terminaison : UAA, UAG et UGA, appelés codons stop ou non-sens. Ces trois codons ne
correspondent à aucun acide aminé mais leur présence individuelle ou en combinaison
entraîne l’arrêt de l’ARN polymérase donc l’arrêt de la traduction.

La séquence des codons entre les signaux d’initiation et de terminaison constitue le


cadre de lecture ouvert (open reading frame ORF). Chaque séquence nucléotidique de
l’ARNm contient trois ORF possibles, suivant la position utilisée comme point de départ
(Fig.14).

Figure 14: Différents cadres de lectures possibles pour une même séquence d’ARNm

III-1 Constituants de la machinerie de synthèse des protéines


La synthèse protéique a lieu au niveau de particules appelées ribosomes (Fig.15). Ces
dernières sont formées chez les procaryotes de sous-unités complexes d’ARN et de protéines
(Tab.2).
Tableau 2 : Les composants structuraux des ribosomes de E. coli

12
Figure 15: Les deux sous-unités fonctionnelles d’un ribosome

Les composants les plus critiques de l’appareil de traduction sont les ARN de transfert
ou ARNt qui sont les « traducteurs » du processus. Il est constitué de 70 nucléotides où quatre
régions de complémentarité sont formées, et trois boules ouvertes sont présentes. L’une
d’elles constitue la boucle anticodon contenant une séquence exactement complémentaire à la
séquence codon située sur l’ARNm (Fig.16). La fixation d’un acide aminé sur l’ARNt
correspondant est une réaction spécifique assurée par une enzyme aminoacyl-tRNA
synthétase.

Figure 16: Structure de l’ARNt-Met de E. coli

13
III-2 Mécanisme de synthèse des protéines
L’initiation de la synthèse protéique commence par la fixation de la petite sous-unité
ribosomale (30S) à l’ARNm au niveau d’une séquence spécifique appelée site de liaison au
ribosome ou séquence Shine-Delgarno. Cette séquence est située 4 à 6 nucléotides en amont
du codon initiateur AUG (région N-terminale). Par la suite, le premier ARNt porteur de
méthionine se lie au complexe formé. Finalement, la grande sous-unité (50S) s’associe à
l’ensemble et le ribosome est prêt à se déplacer le long de l’ARNm pour synthétiser
progressivement la chaîne polypeptidique (Fig.17a).

Figure 17a: Initiation

Le ribosome ainsi fixé contient deux sites : Un contenant l’ARNt-Met (site P), et un
site libre où un codon correspondant au deuxième acide aminé de la chaîne polypeptidique est
exposé (site A). L’ARNt porteur de l’acide aminé correspondant à ce codon vient alors se
fixer sur ce dernier (ex : acide glutamique). La première liaison peptidique entre Met et Glu
(Fig.17b) est formée grâce à l’activité peptidyl transférase du ribosome libérant ainsi le
premier ARNt fixant la méthionine. L’étape finale de l’élongation est appelée translocation :
le ribosome progresse de trois nucléotides libérant ainsi le site A. Les étapes suivantes
d’élongation sont exactement identiques à la réaction décrite entre les deux premiers acides
aminés (Fig.17b).

Figure 17b : Elongation

14
La terminaison de la chaîne polypeptidique est définie par la présence d’un codon
stop immédiatement en aval de l’acide aminé de l’extrémité C-terminale. Les codons stop ne
codent pour aucun acide aminé, leur présence va provoquer la dissociation du ribosome et la
libération du polypeptide (Fig.17c).

Figure 17c: Terminaison

III-3- Remarques
1- Il est important de noter que les bactéries synthétisent fréquemment des ARNm
polycistroniques, c’est à dire des ARNm correspondant à plusieurs gènes.
2- Chez les procaryotes, souvent de nombreux ribosomes travaillent à la suite sur une
même molécule d'ARNm, synthétisant ainsi plusieurs protéines. Cela permet une
amplification de la production des protéines par rapport à la quantité d'ARNm présente et
dont la demi-vie est courte. Ces polyribosomes sont bien visibles en microscopie
électronique (Fig.18).
3- Finalement, il est aussi important de noter que chez les procaryotes le mécanisme
de transcription et de traduction sont couplés (Fig.19).
4- Chez les eucaryotes, le complexe d’initiation se fixe à l'extrémité 5' de l'ARNm
monocystroniques (un ARNm correspond à une protéine) en reconnaissant sa coiffe, et se
déplace jusqu'au premier AUG. Le ribosome, dans ce cas aussi, est formé de deux sous-
unités : une grande (60S : ARNr 28S, ARNr 5,8S et ARNr 5S) et une petite (40S : ARNr 18S).
5- Par ailleurs, chez les eucaryotes, une protéine subit souvent des modifications post-
traductionnelles avant d'être opérationnelle.
a- Elle doit tout d'abord adopter la conformation dans laquelle elle est active par
l’établissement de liaisons hydrogène et parfois la formation de ponts disulfure entre les
acides aminés cystéines.

15
b- D'autre part, il peut y avoir des modifications post traductionnelles par l’ajout de
molécules non protéiques, comme des lipides, des glucides ou des groupements phosphate,
ainsi que de petits peptides.
c- Finalement, Il y a parfois clivage d'un peptide appelé peptide signal situé à
l'extrémité N-terminale une fois qu’il aurait accompli son rôle en dirigeant la protéine non
mature dans un compartiment particulier de la cellule.

Figure 18 : Polyribosomes observés en microscopie électronique

Initiation
Transcription
ARN polymérase
gène Terminateur
ADN
Nm
AR
p
Ribosome sto

Initiation

io n
duct
ra
T

Production de protéines

Figure 19: Couplage transcription traduction chez les procaryotes


NB : les polyribosomes

16
IV. Mutations et variabilité
De point de vue génétique, les mutations sont des modifications permanentes du
matériel génétique décelable par un changement aléatoire, brusque et d’emblée héréditaire
intervenant au niveau d’un ou plusieurs caractères. Elles peuvent être somatiques ou
germinale (voir chapitre I). Elles ont lieu à la reproduction conforme (mitose chez les
Eucaryotes et bipartition chez les Procaryotes) et peuvent avoir des conséquences délétères ou
avantageuses. Une mutation est rarement réversible : le plus souvent le gène muté est réparé
ou détruit. Elles peuvent êtres spontanée (Taux de l’ordre de 10-6 à 10-9 selon l’espèce) ou
induite par des agents physiques ou chimique (jusqu’à 10 -4). Il existe différentes sortes de
mutations : géniques (ou alléliques) et chromosomiques.

IV.1. Mutations géniques et leurs conséquences


Elles affectent la séquence des nucléotides à l’intérieur de gènes individuels et
conduisent à l’apparition d’allèles. On distingue trois types de mutations géniques:

IV.1.a. Mutations ponctuelles


Il s’agit d’une modification d’une ou plusieurs bases d’un seul codon (Fig.20). Les principales
mutations ponctuelles sont l’échange de base :
 La substitution : Il s’agit du remplacement d’une base par une autre ; on distingue :
- La transition : Substitution d’une base purique par une base purique (A↔G) ou d’une
base pyrimidique par une base pyrimidique (T↔C).
- La transversion : Substitution d’une purine par une pyrimidine (A↔T ou C) ou
inversement (C↔G ou A)
Une substitution reste sans effet sur le cadre de lecture. Toutefois, elle peut
altérer un codon ce qui aura pour conséquence l’introduction d’un acide aminé erroné: on
parle alors d’une mutation faux-sens. Le polypeptide modifié contient un acide aminé faux au
site de la mutation.
Si la mutation est sans effet sur la protéine on parle de mutation silencieuse. La
mutation est neutre grâce à la dégénérescence du code génétique (plusieurs triplets codent
pour le même acide aminé).
Si par contre la mutation fait apparaître un codon stop prématuré, on parle de
mutation non-sens.

17
 Insertion ou délétion (mutations décalantes) : Il s’agit d’une addition ou d’une
suppression de nucléotides non multiple de trois. On les appelle également mutations
frameshift (Fig.21).
Ceci provoquera un décalage du cadre de lecture au moment de la traduction, et générera
le plus souvent une protéine tronquée par l'apparition d'un codon-stop prématuré (mutation
non-sens). Si non, ce type de mutation peut engendrer la modification de toute la séquence du
polypeptide à partir du site de la mutation (Fig.22).

Figures 20 : Mutations Ponctuelles

Figure 21 : Mutation décalantes (frameshift)

18
Figure 22 : Conséquences des mutations frameshift

IV.1.b. Les mutations instables


Il s’agit de mutations qui évoluent d'une génération à l'autre. Le génome humain contient
des répétitions de trinucléotides en tandem (ex : CAG). Ces triplets peuvent s’accroitre de
façon anormale à l’intérieur ou à proximité de certains gènes et être responsable des maladies
à extension de triplets.
V.2. Mutations géniques et variabilité
Les mutations sont source de biodiversité. En effet, la mutation est le mécanisme à
l’origine des différentes versions possibles d’un gène, c'est-à-dire à l’origine des allèles d’un
gène ou polyallélisme des gènes. (ex : allèle du gène des groupes sanguins). Cette diversité
des allèles au sein d’une espèce conduit à une diversité des phénotypes.

IV.3. Les grandes mutations


Il s’agit des séquences répétées au niveau des gènes et le plus fréquemment au niveau
des introns et des régions non codantes.
 Les microsatellites
Il s’agit de répétition de motif d’ADN de 2 à 6 nucléotides :
Ex : (AG)10 : AG AG AG AG AG AG….. 10x
On les appelle aussi les SSR (Séquences Simples Répétées) et on les retrouves chez l’homme,
les animaux et les végétaux.
 Les minisatellites
On les appelle VNTR : Séquences répétées en tandem en nombre variable. Il s’agit de
séquences moyennement répétées. La longueur de leurs motif varie de 15 à 100 pb et sont à
l’origine d’un polymorphisme important qui est utilisé en médecine légale (criminologie, test
de paternité). Ils sont également présents chez l’homme, les animaux et les végétaux.

19
 Les transposons
Il s’agit de séquences d’ADN moyennement répétées sur tout le génome mais qui est capable
de se déplacer d’un endroit à un autre sur le génome : Ce sont des gènes sauteurs ou des
transposons.

IV.2.. Définition des chromosomes


Le chromosome est une structure composée d’une molécule d’ADN très longue et de
protéines associées qui porte une partie (ou l’intégralité) de l’information héréditaire d’un
organisme. Particulièrement évident dans les cellules animales et végétales subissant la
mitose ou la méiose, ou chaque chromosome se condense en un filament compact,
facilement visible. Il existe quatre types de chromosomes selon la position du centromère
et la longueur des bras (p : bras cours : q : bras long). On distingue les chromosomes
métacentriques, submétacentriques, acrocentiques et télocentriques (Fig.22)

Figure 22 : Les différents types de chromosomes

IV.3. Mutations chromosomiques


Les aberrations chromosomiques sont des perturbations qui affectent le chromosome
et elles touchent soit leurs nombre soit leur structure. Chez les plantes, elles se manifestent
par l’apparition des organes géants par contre chez les animaux et l’homme elles se
manifestent par des perturbations physiologiques et des malformations. Elles sont
détectables lors de la réalisation du caryotype.
IV. 3.a. Mutations de nombre
 Aneuploïdie : on parle d’aneuploïdie quand le nombre de chromosomes est
anormal. Il peut s’agir de la perte ou du gain d’un ou plusieurs chromosomes individuels de
l’ensemble des diploïde. Il s’agit d’une absence de disjonction (non disjonction) au moment
de la méiose. Celle-ci peut avoir lieu soit en méiose I et engendre des gamètes qui ont soit

20
deux chromosomes (disomie) soit aucun (nullisomie), ou en méiose II et engendre sur les
quatre cellules, une cellule disomique et une cellule nullisomique (Fig.22.A).
On appelle la perte de chromosomes monosomie, le gain trisomie. La polyploïdie correspond
au cas où la cellule, le tissus ou l’individu est caractérisé par la présence de plus que deux
jeux chromosomiques haploïdes (ex : triploïdes, tétraploïdes ; non viable chez l’homme).
Cette situation est très fréquente chez les plantes (Fig.21.B). L’hétéroploïdie : Anomalie de
nombre de chromosomes présents dans des cellules ou des tissus isolés.

Figure 22 : Aneuploïdie

III.3.b. Mutations de structure


Il s’agit d’anomalies qui portent sur une partie du chromosome qui apparaissent à la
méiose suite à des cassures et la réunion des fragments de chromosomes. Elles peuvent
être intra et ou inter-chromosomiques (Fig.23).

21
Figure 23 : Les mutations de structure

Les différentes mutations de structure sont :


 La délétion : C’est le résultat d’une cassure unique avec perte d’un fragment du
chromosome (délétion terminale), ou de deux cassures avec perte du segment intermédiaire
(délétion interstitielle) (Fig.24).

Figure 24 : Délétions terminale (a) et interstitielle (b)

22
 La duplication : C’est l’augmentation du nombre de copie d’une séquence ou
d’un gène suite à une erreur d’appariement au moment de la réalisation des crossing-over au
cours de la méiose (Fig.25)

Figure 25 : La duplication

 L’inversion : C’est un changement de direction de 180° d’un segment


chromosomique, due à la cassure, en deux points différents, suivie du recollage du fragment
en sens inverse. Selon que le centromère est impliqué ou non, on distingue les inversions
pericentriques (le centromère est situé dans le segment inversé) et paracentriques (Fig.26).

Figure 26 : Inversions pericentriques (b) et paracentriques (c)

 La translocation : Elle fait référence à un processus au cours duquel une partie


(ou la totalité) d’un chromosome se déplace d’un segment à un autre. Il peut s’agir d’une
translocation simple (c’est le transfert d’un fragment d’un chromosome vers un autre) mais le
plus souvent il s’agit d’une translocation réciproque (un segment est échangé contre un autre
sans qu’il n’ait ni perte ni gain).
La translocation réciproque entre deux chromosomes est généralement équilibrée
et ne comprend pas de risque de maladies sauf si l’un des points de cassures interrompt la

23
fonction d’un gène. Cependant au cours de la méiose les chromosomes ayant subi la
translocation forment une structure en crois caractéristique (Fig.26.A). Ainsi plusieurs
situations sont possibles au niveau de la formation des gamètes selon le type de
ségrégation (Fig.26.A):
 Ségrégation alternée,
 Ségrégation adjacente-1,
 Ségrégation adjacente-2

Figure 26 : La translocation

24
La translocation Robertsonienne (par fusion centrique de chromosome acrocentrique)
implique soit une paire de chromosomes homologues soit deux chromosomes acrocentriques
non homologues. La fusion homologue ne donne naissance qu’à des gamètes disomiques ou
nullisomiques. Le zygote sera donc trisomique (syndrome de dawn) ou monosomique
(léthale). Cependant la fusion de deux chromosomes acrocentriques non homologues est
beaucoup plus fréquente. Les chromosomes 14 et 21 sont les plus impliqué dans ce genre
d’aberration. La fusion du bras long du chromosome 21 (21q) et du bras long du chromosome
14 (14q) conduit à la formation d’un chromosome 14q21q. Les bras cours de ces deux
chromosomes sont perdus mais ceci n’a pas de conséquence sur le phénotype puisqu’ils sont
porteurs d’ADN satellites. Quatre types de gamètes peuvent se former (normale, équilibré,
disomique ou nullisomique) (Fig.26.B).

25
Figure 19: régulation de l’opéron lactose (lac)

26
Figure 20: régulation de l’opéron tryptophane (trp)

Figure 21: Régulation des opérons maltose (mal)

27