Vous êtes sur la page 1sur 114

TABLE DES MATIÈRES

CHAPITRE I
L’objet d’étude de la sémantique : le sens
1.1. L’origine de la sémantique 3
1.2. Orientations dans l'étude du sens 5
1.3. Périodisation de la sémantique 6

CHAPITRE II
Une notion fondamentale : le sens
2.1. Sens et signification 9
2.2. Sens et contexte 10
2.3. Sens et référent 11
2.4. Sens lexical 14
2.4.1. Dénotation et connotation 14
2.4.2. Intension et extension 18
2.5. Sens grammatical 23
2.5.1. Sens catégoriel 23
2.5. 2. Sens instrumental 24
2.6. La signification 25

CHAPITRE III
Éléments constitutifs du sens : sèmes, sémèmes, classèmes
3.1. Remarques préliminaires 30
3.2. L’analyse sémique 32
3. 3. Types de sèmes 37
3.4. Le classème 47
3. 5. Le sémème 52

CHAPITRE IV
Structuration du lexique en champs sémantiques
4.1. Nécessité de la notion 57

1
4. 2. Tentatives de structuration du lexique français 61
4. 2.1. Structuration du lexique français entre le XVII-e et le XVIII-e siècle 61
4. 2. 2. Thésaurus- des idées aux mots, des mots aux idées 64
4.3. Analyse de quelques champs sémantiques 67

CHAPITRE V
Rélations sémantiques 80
5.1. Les relations paradigmatiques 81
5.1.1. La polysémie 82
5.1. 1. 1. La polysémie au niveau des noms 83
5.1.1. 2. La polysémie au niveau des verbes 85
5.1. 1. 3. La polysémie adjectivale 86
5.1.2. L’homonymie 88
5.1.3. La synonymie 90
5.1. 4. L’antonymie 96
5.1. 5. L’Hyponymie – L’hypéronymie 99
5. 2. Les relations synatgmatiques 102

CHAPITRE VI
Les changements de sens
6. 1. Le sens et ses possibles altérations 105
6. 2. Les métasémèmes 108
6. 3. La métaphore 109
6. 4. La métonymie 111
6. 5. La synecdoque 113

BIBLIOGRAPHIE 119

2
Chapitre I
L’objet d’étude de la sémantique : le sens

1.1.Origine de la sémantique

Depuis que Maurice Bréal (1883, cité dans I. Tamba Mecz, 1988 : 3) a introduit le nouveau
terme de « sémantique », nous pouvons parler d’une nouvelle branche de la linguistique qui
venait de naître.
Cette nouvelle branche avait pour objet l’étude du sens, et, en dépit des orientations
nombreuses et variées et des courants aussi nombreux et variés qui se sont manifestés en
linguistique et qui ont laissé leurs marques sur plusuieurs domaines de cette science, la
sémantique continue d’être l’étude du sens.
De nos jours, il n’y a plus de controverses concernant l’objet d’étude de la sémantique et les
sémanticiens, sans se laisser influencer par l’affirmation de Greimas (1970 :10) qu’ « il est
bien difficile de parler du sens et d’en dire quelque chose de sensé », ont établi quelques
repères et quelques domaines d’intérêt spécifiques à cette science.
Comme pour toute science de la langue, il est difficile d’établir des frontières rigides entre
différents problèmes étudiés par la linguistique.
Ainsi, il est difficile de dire si la compréhension de la phrase :

« Depuis l’échec de son parti dans les élections, le président n’est pas dans son
assiette ».

est dûe uniquement aux connaissances de sémantique ou aux connaissances de sémantique


combinées avec des éléments d’étymologie ; les connaissances de sémantique nous informent
que le terme « assiette » est polysémantique et de ce fait, il connaît deux entrées de
dictionnaire, et les connaissances d’étymologie viennent s’ajouter à cette information, en
précisant les sens considérés comme vieillis ou connaissant des emplois spéciaux :

assiette = I. vx.ou emplois spéciaux 1.Position, équilibre d’un chevalier en selle. Avoir une
bonne assiette. 2. Fig. et vx. Etat d’esprit, dispositions habituelles. « ce dérèglement acheva
de le faire sortir de son assiette » (Sand) de son état normal, de son calme (1798). Mod. loc.
Ne pas être dans son assiette ne pas se sentir bien (physiquement ou moralement).

3
II. Mod et cour. Pièce de vaisselle individuelle, souvent ronde, servant à
contenir des aliments (couvert). « Là-dessus, il fourra son nez dans son assiette et se mit à
manger » (Daudet).

S’il y a un commun accord concernant l’objet d’étude de la sémantique, à savoir le sens, il y a


quand même quelques discussions concernant les limites du sens. La question qui se pose
maintenant est de décider s’il s’agit de sens purement et simplement comme le voulait Lyons
(1995, 478-495) pour lequel le sens dépend esentiellement de la place que le terme occupe
dans un réseau de relations que le terme contracte avec les autres termes du vocabulaire. Il y a
des sémanticiens qui parlent du sens du mot, comme Pierre Guiraud (1955 : 5) et comme le
fait la sémantique dite lexicale qui étudie uniquement le sens d’une unité lexicale qui peut être
appelée mot, lexie, lexème.
Finalement, on peut parler du sens de la phrase ou sens de l’énoncé (G. Finch, 2000 : 142-
187), qui s’occuppe surtout de la valeur de vérité des assertions que l’on fait. Il précise que
d’habitude, les sémanticiens font la différence entre vérité analitique et vérité synthétique et
pour illustrer ses affirmations, il cité deux exemples :
(1) Cats bark. (Les chats aboient).
(2) Cats are dogs. (Les chats sont des chiens).
Une assertion vraie du point de vue synthétique est vraie parce qu’elle consiste dans une
représentation exacte de la réalité. Donc, de ce point de vue, l’assertion (1) est fausse parce
que les faits assertés contredisent la réalité.
Une assertion vraie du point de vue analytique est vraie parce qu’elle s’ensuit comme une
conséquence logique du sens contenu dans la phrase. Donc, la deuxième phrase est fausse
parce que le sens de chats exclue le sens de chiens.
De plus, Finch souligne le fait que la sémantique insiste sur le sens décontextualisé, tandis
que la pragmatique s’occupe du sens contextualisé (Finch, G., 2000 : 145).
Avant de détailler les ramifications de la sémantique, certains linguistes, dont Bernard Pottier
(1992 : 11) considèrent qu’il est nécessaire de définir cette science et d’en établir les
frontières :

« La sémantique générale se préoccupe des mécanismes et opérations concernant le sens, à


travers le fonctionnement des langues naturelles. Elle tente d’expliciter les comportements
discursifs baignés dans un environnement toujours renouvelé, et les représentations mentales
qui semblent être partagées par les utilisateurs des langues naturelles ».

4
Ce qui frappe dans cette définition c’est l’idée que le sens étudié par la sémantique est le sens
stable, qui apparaît dans des environnements qui peuvent changer, et ce qui doit plus
exactement nous frapper c’est la similitude qui existe avec la pensée de Finch concernant le
sens décontextualisé.

1.2. Orientations dans l’étude du sens

Du point de vue de Bernard Pottier, le sens est conçu par un énonciateur et il parvient à un
interprétent qui procède à son décodage, ou alors l’énonciateur emploie des opérations de
désignation (par l’intermédiaire de la conceptualisation et de la sémiotisation) et
d’énonciation, tandis que l’interprétant suit un parcours d’interprétation qui est basé sur la
compréhension et l’identification. Dans le fonctionnement de ce mécanisme à double sens, il
y a plusieurs niveaux qui sont atteints et qui se mettent en fonctionnement pour une
communication complète du sens (B. Pottier, 1992: 4) : le monde référentiel, important
également pour l’émetteur que pour l’énonciateur, le domaine conceptuel où se manifestent
les représentations mentales des individus, la langue qui exprime l’état de développement du
savoir des personnes impliquées et qui est une sorte de matière première pour la transmission
du contenu d’information, et finalement le discours qui représente l’objet résultatif, le résultat
de toute cette mise en marche d’outils, agents et matériaux. En se basant sur ces éléments de
fonctionnement de l’engrainage qui est la communication et la perception du sens, B. Pottier
identifie quatre types de sémantiques (1992 : 20) :

1. la sémantique référentielle, qui étudie surtout le phénomène de conceptualisation et


de désignation des objets réels ou imaginaires et par l’intermédiaire de laquelle on
peut établir des similitudes entre les objets signifiés et les choses du monde ;
2. la sémantique structurale qui étudie surtout la motivation du choix des signes
linguistiques dans une langue naturelle, par l’analyse des traits sémiques du signifié
du signe ;
3. la sémantique discursive qui s’intéresse aux mécanismes de passage de la langue en
discours (du côté de l’émetteur) et du discours en langue (pour l’interprétant) ;
4. la sémantique pragmatique qui étudie les relations entre émetteur et destinataire,
relations qui matérialisent certaines intentions de communication qui se remarquent
au niveau de la forme du message.

5
Dans le processus de la communication, les diverses sémantiques coexistent et ont une
contribution variable, selon le contexe, dans la véhiculation du sens.

1.3. Périodisation de la sémantique

La sémantique est une branche relativement nouvelle de la linguistique qui vient compléter
les descriptions des unités lexicales faites par l’étymologie, la lexicologie, la morphologie et
la syntaxe.
Le nom de sémantique vient du grec sèmantikos, qui est l’adjectif dérivé du verbe sèmainein
ayant le sens de « signifier ».
D’un point de vue historique et chronologique, on pourrait distinguer trois grandes périodes
de la sémantique, depuis son commencement jusqu’à présent. Les débuts remontent à
l’époque de Michel Bréal considéré comme le fondateur de cette science, mais tous les
chercheurs sont d’accord que les études, les recherches sur les méthodes, l’élaboration des
structures et leurs renouvellement est beaucoup plus vieux en date. La science se fonde,
hélas!, sur des données précises, et alors la date de la parution de l’étude de Michel Bréal
« Les lois intellectuelles du langage : fragment de sémantique » est considérée comme date de
début de cette science.
Les chercheurs considèrent qu’il y a eu trois époques historiques de l’évolution de la
sémantique (Irène Tamba-Mecz,1988: 11-34) :

1. La période évolutionniste – entre 1883 et 1931(connue également sous le nom de


l’époque de l’histoire des mots). Il est plus qu’évident que, à cette époque-là, la
sémantique cherchait encore sa voie et sur la base existante dans le domaine de la
linguistique, la chose à faire c’est avérée être l’évolution de la signification des mots
dans les langues naturelles, phénomène qui est gouverné par des lois valables partout,
au niveau de tous les langues. C’est Bréal qui découvre grâce à ses recherches la
multiplication des sens d’un même mot, ce qui conduira à la découverte de la notion
de polysémie.

2. La période mixte, qui s’étend de 1931 jusqu’à 1963 et qui s’appelle l’époque de
l’histoire des mots et de la structuration du lexique.Cette période se caractérise par la

6
coexistance de deux points de vue concernant le sens des mots. Le premier est le point
de vue évolutionniste, le deuxième est le point de vue synchronique.
Le point de vue évolutionniste continue, d’une certaine manière, la perspective
traditionnelle du lexique, celle comparatiste et historique. Mais cette perspective est
concurrencée par une autre, ayant son origine dans la vision structurale de la langue,
influencée par la théorie de Saussure. Selon cette théorie, la langue est un système, qui
ne connaît que son propre ordre. Il y a un changement de perspective et la signification
n’est plus considérée comme une propriété inhérente aux mots. On identifie le sens qui
est un ensemble de valeurs qui fixent la position de chaque terme à l’intérieur du
réseau relationnel institué dans la langue. Cette approche relationnelle conduit vers
une approche synchronique du sens. On constate l’apparition de l’opposition sens /
signification et une tentative d’identifier le sens par le biais des relations qui existent
entre les parties constitutives du système qui est la langue.A cette époque –là il y a
deux courants linguistiques qui s’affrontent : la théorie des champs sémantiques et
celle de l’analyse sémique.
La théorie des champs sémantiques repose sur l’idée que le lexique d’une langue se
compose de sous-ensembles strucurés ou champs sémantiques. Ces champs
sémantiques sont constitués par des relations sociologiques, culturels ou stylistiques.
De son côté, l’analyse sémique propose un autre type de structuration du lexique d’une
langue selon la présence de certains traits sémiques ou sèmes qui entrent dans la
composition des unités linguistiques appelées mots.

3. La troisième période est celle qui s’étend de 1963 jusqu’à présent et elle
s’appelle la période des modèles linguistiques. Cette période se caractérise par le
développement des théories du sens qui s’étendent au niveau de la phrase. L’abandon
de la sémantique lexicale en faveur d’une sémantique phrastique implique une
attention particulière accordée aux significations relationnelles qui concernent la
combinatoire des signifiés structurels grammaticaux et des signifiés lexicaux. On
favorise plutôt l’approche synchronique des mots et on développe l’intérêt des
linguistes pour une approche cognitive des langues. Cette période, par les théories qui
ont été développées, confirme l’importance de la sémantique comme étant
complémentaire à la syntaxe pour l’étude de la langue. On introduit des notions
nouvelles comme celle d’acceptabilité, qui, à côté de la notion de grammaticalité,
vient organiser la pensée humaine et le langage humain avec.

7
Chapitre II
Une notion fondamentale : le sens

2.1. Sens et signification

Les deux notions, celle de sens et celle de signification sont très controversées et à des
époques différentes les conceptions varient : soit les termes sont synonymes, soit ils
définissent des notions tout à fait différentes.
Pour ne rien ajouter à la confusion qui pourrait se créer, nous devons spécifier ce que
nous nous proposons de définir, à savoir le sens de l’unité linguistique appelée mot. Nous
précisons au passage que cette unité linguistique communément appelée mot a été
successivement appelée signe linguistique (Ferdinand de Saussure), morphème lexical,
lexème ou monème (A. Martinet), lexie (Bernard Pottier).
Si l’on s’en tient à la conception de Saussure (1916 : 99-100), on doit opposer le
signifiant, ou la forme, et le signifié, ou la signification du signe, ou l’image accoustique et le
concept. Saussure parlait à un certain moment de valeur pour dénommer une partie du
concept, de la signification, en disant qu’un mot à une certaine valeur par rapport aux autres

8
mots de sens voisin ou rapproché. Donc un mot a une valeur particulière, qui lui est propre et
qui n’est pas attribuée à un autre mot du système qui est la langue ; cette valeur unique lui est
donnée par oppositions aux autres mots du système ou par comparaison avec d’autres mots et
encore cette valeur lui est donnée par ses limites d’emploi, car chaque terme s’emploie pour
dénnomer une réalité. Par exemple, les termes sheep (angl) et mouton (fr.) ont la même
signification, l’animal domestique, mais ils ont une valeur différente, car pour désigner la
viande de l’animal, l’anglais dispose d’un autre terme, mutton, tandis que le français se sert du
même terme, mouton. De toute façon, Saussure soutient que le signe linguistique, que ce soit
le mot ou une unité supérieure au mot relie un concept et une image accoustique et que les
deux faces sont obligatoires, inséparables, inconcevables l’une sans l’autre. Pour mieux
illustrer sa théorie, Saussure emploie une métaphore, en disant du mot qu’il est comme une
feuille de papier qui a un recto et un verso.
Par la suite, d’autres linguistes ont parlé d’expression et contenu comme étant les
deux faces du signe linguistique. Dans les deux cas, le signifié et le contenu sont porteurs du
sens, et c’est important de préciser qu’il s’agit du sens hors contexte. Dans ce cas, la
perception mentale du sens fait appel aux connaissances encyclopédiques qui existent dans la
mémoire des usagers de la langue. Mais comme les signes linguistiques sont destinés à être
employés et ils permettent aux usagers de parler de la réalité extra-linguistique, ils doivent
rendre la communication possible et non ambiguë. Ce qui peut désambiguïser les termes
employés par l’utilisateur c’est le contexte qui peut être linguistique ou situationnel.

2.2. Sens et contexte

Certains mots peuvent avoir des sens différents selon le contexte dans lequel ils sont
employés. Si nous considérons la phrase :
Tu vois la souris ?
on constate que cette phrase peut avoir les deux sens suivants :
(1) Est-ce que tu vois le petit rongeur que le chat poursuit ?
(2) Est-ce que tu vois le petit boîtier connecté à ce micro-ordinateur ? C’est une
souris sans fil.
Dans le cas de la phrase « Tu vois la souris ? » c’est seulement le contexte situationnel
qui peut désambiguïser la communication.
Parfois la désambiguïsation se réalise par l’intermédiaire du contexte linguistique. Les
autres unités linguistiques qui se trouvent dans l’entourage du terme considéré peuvent fournir

9
des informations supplémentaires quant au sens et cela se passe d’habitude dans le cas des
termes affectés par la polysémie. Ces unités linguistiques contractent des relations
paradigmatiques avec d’autres termes pour construire leur sens et la communication est, de
cette manière, désambiguïsée. Considérons les exemples suivants :

(1) Il n’est pas mort, on a employé des cartouches à blanc.


(2) Je dois recharger la cartouche de mon imprimante.
(3) Tu m’achèteras une cartouche de « Gauloises »

Il est évident pour tout le monde que dans l’exemple (1) cartouche signifie « projectile
d’arme à feu », dans l’exemple (2) cartouche signifie « étui contenant l’encre de
l’imprimante », tandis que dans l’exemple (3) la cartouche signifie « ensemble de paquets de
cigarettes identiques vendus dans un même emballage ».
Qu’il s’agisse du contexte situationnel ou du contexte linguistique, les termes
renvoient à un référent de la réalité extra-linguistique.

2.3. Sens et référent

Certains linguistes (A. Lehmann, Fr.- M. Bertrand, 2000 : 11), parlent de sens
référentiel, en distinguant deux types d’approches théoriques de la notion de sens. Le sens des
signes linguistiques peut être donné par l’étude des relations que contractent les termes entre
eux, et il peut s’agir de relations syntagmatiques et paradigmatiques, et dans ce cas nous nous
situons sur les positions de la sémantique de la signification. La deuxième approche théorique
prend en considération la relation qui s ‘établit entre le signe linguistique et son référent, et
dans ce cas nous avons affaire à la sémantique de la référence ou de la désignation.
Le référent auquel le signe linguistique renvoie est un exemplaire particulier
appartenant à une classe d’objet du même type. Dans la phrase :

« Le chien c’est ta responsabilité ! Va le promener ! »

prononcée par une mère débordée à l’intention de son fils, car en plus du boulot et des tâches
ménagères quotidiennes, elle se retrouve avec un chien sur les bras, il est évident qu’elle
parle de Buddy, le chien de la maison, et non pas d’un chien quelconque. Dans ce cas, le

10
terme chien accomplit deux fonctions dans la communication : il fait rentrer l’entité désignée
dans une catégorie, celle des « mammifère carnivore canidé, issu du loup, domestiqué par
l’homme » et en même temps le terme désigne un exemplaire particulier, Buddy en
l’occurrence, qui git mélancoliquement dans son panier en attendant que ses maîtres lui
accordent un peu d’attention.
Si on change un peu le contexte et on dit une phrase banale :
« Chien qui aboie ne mord pas. »

alors il est évident qu’on ne fait pas allusion au même Buddy, qui somnole dans son panier,
mais à tout chien qui vocalise ses intentions de communication. Dans ce cas- là, le terme ou le
signe linguistique « chien » ne fait qu’une opération de catégorisation, celle de faire intégrer
l’entité désignée dans une catégorie qui contient d’autres représentants appartenant à la même
classe. C’est la fonction d’une classe qui ne se trouve pas actualisée à proprement parler,
mais qui existe plutôt virtuellement. Voilà que la notion de référence peut à son tour être
décomposée en deux sous-classes : la référence actuelle (la référence à Buddy cité par nous)
et la référence virtuelle (celle à un chien générique, virtuel, qui est censé agir conformément
aux prévisions du proverbe) (J.-Cl.Milner, 1989 :336, cité d’après A. Lehmann, F.-M.
Berthet, 2000 : 11).
C’est la même chose pour d’autres termes qui appartiennent à un vocabulaire plus ou
moins spécialisé ou plus ou moins restreint comme usage. Pour un vétérinaire, une langue de
chat est l’organe du petit félin tandis que pour un pâtissier, une langue de chat représente un
biscuit sec ; pour un botaniste, un arbre c’est un végétal tandis que pour un ingénieur, un arbre
représentre une partie constitutive d’un mécanisme.
Ce qui ressort de ces exemples est le fait que le référent est plus ou moins apparent
selon que les participants à l’acte de la communication partagent les mêmes connaissances. La
communication peut être construite de façon à renvoyer à un référent unique et alors on se sert
d’un nom propre ou d’un autre moyen linguistique pour exprimer l’unicité (démonstratifs : ce
chien, déterminants : le chien gris/ poilu/errant, soit d’un nom propre : Buddy, soit d’un
prédéterminant défini et un déterminant quelconque : le chien de Marie). Sinon, la
communication peut être construite pour renvoyer à des représentants génériques de la classe :

« Chien qui aboie ne mord pas ».


« Lavez chien, peignez chien, pourtant il n’est chien que chien ».
« Pierre qui roule n’amasse pas mousse ».

11
Nous précisons que les référents chien et pierre font partie dans les exemples cités des
proverbes et que le sens propre est complété par un sens figuré qui pour l’instant ne fait pas
l’objet de nos préoccupations. Nous ne nous intéressons qu’au sens des lexies simples et au
sens propre des proverbes, car le proverbe a, en plus du sens propre, un sens figuré. Nous
nous en tenons à ce domaine de la sémantique qui s’occupe du sens de la lexie simple, c’est-à-
dire du sens des mots. Les proverbes mentionnés comportent également un sens figuré qui
sera analysé dans le chapitre consacré au sens figuré.
Nous précisons également que nous ne nous occuperons pas du sens de la phrase, qui,
exprimant la relation entre le langage et son utilisateur, concerne plutôt la pragmatique. Par
exemple, une phrase comme :

« Il fait froid ici »

peut avoir plusieurs sens selon le contexte situationnel:


(1) le locuteur fait une simple constatation ;
(1) si le locuteur est dans une position de supériorité vis-à-vis de l’allocutaire,
il adresse un ordre indirect au locuteur : « Ferme la fenêtre ! » ;
(2) si la relation entre les deux personnes présentes à la situation de
communication est une relation d’égalité, alors le locuteur adresse une
prière à son allocutaire : « Je vous prie de fermer la fenêtre ! » ;
(3) si la phrase est prononcée dans la haute montagne par des vacanciers
abrités dans une cave, son sens est « Allons chercher du bois pour allumer
le feu ! »

De la même manière, une phrase comme : « Oh ! La vache ! » peut avoir au moins


deux sens, selon qu’elle est prononcée par un petit enfant à qui l’on apprend à parler : « Oh !
Voilà un animal qui à ce qu’on ma’a dit s’appelle une vache ! », ou par un adulte à l’adresse
d’un autre adulte, et dans ce deuxième cas, la phrase représente une injure, ou a pour le moins
un sens dépréciatif.
Ces phrases supposent, à part le sens qui est transmis, une intention communicative de
la part du locuteur à l’adresse de l’allocutaire : il existe une intention d’adresser à quelqu’un
un ordre, une prière, ou bien il existe l’intention d’offenser quelqu’un en lui adressant une
injure.

12
2.4. Sens lexical

Le sens lexical d’une unité linguistique ou signe linguistique est donné par sa
dénotation et sa connotation, d’un côté, et par son intension et son extension de l’autre côté.

2.4.1. Dénotation et connotation

Le sens dénotatif est le sens que l’on attribue le plus couramment à un terme, les
valeurs les plus souvent prises en considération quand on énonce ce terme, les valeurs qui
constituent la définition de dictionnaire relative à un terme donné. A. N. Salminen (1997 : 93)
dit que la dénotation est « l’aspect sémantiquement stable du signifié, tout ce qui est commun
à tous les usagers de la langue ».
Par exemple, pour tout le monde, l’oiseau est : un animal vertébré tétrapode/, /à sang
chaud/, /dont le corps est recouvert de plumes/, /dont les membres antérieurs sont des ailes/,
/dont les membres postérieurs sont des pattes/, /dont la tête est munie d’un bec corné/, /qui est
dépourvu de dents/ et /qui est adapté au vol/.
Par conséquent, conformément à la théorie du prototype, tous les représentants de la
classe qui ont ces caractéristiques sont des oiseaux : l’hirondelle est un oiseau, le moineau est
un oiseau, le corbeau est un oiseau, la pie est un oiseau, l’autruche est un oiseau, de même
que le pigeon ou la colombe. De plus, la personne qui se trouvera en présence d’un
exemplaire réunissant ces caractéristiques dira qu’il se trouve devant un oiseau. Donc, le
terme oiseau est employé pour identifier une classe, pour la dénommer et pour la distinguer
d’une autre classe, celle des ruminants, par exemple.
Mais si quelqu’un s’avise d’appeler une personne qui parle beaucoup « pie », cela veut
dire que cette personne a employé le sens connotatif du terme ; si on dit de quelqu’un qu’il a
un estomac d’autruche, on emploie également le sens connotatif de ce syntagme pour dire que
c’est quelqu’un qui peut avaler n’importe quoi ; si on dit à quelqu’un que c’est un corbeau, on
fait allusion à la croyance populaire selon laquelle la présence du corbeau est associée à la
mort et on pense que cette connotation attachée à cet oiseau est dûe à sa couleur noire ; et
finalement, la colombe est du point de vue dénotatif un oiseau, mais du point de vue
connotatif, elle est employée comme un symbole de la paix, justement pour sa couleur.
Ces exemples montrent d’une façon claire que chaque unité linguistique ou signe
linguistique est doué d’un sens dénotatif et d’un sens connotatif. Le sens dénotatif est celui
qui est véhiculé par les dictionnaires tandis que le sens connotatif est un sens supplémentaire,

13
occasionnel et présent sporadiquement dans la définition d’un mot. Il ne devrait pas figurer du
tout dans la définition de dictionnaire d’un mot parce ce qu’il représente une partie de sens
connue uniquement d’un petit nombre de personnes. Ce bout de sens à l’existence éphémère,
variable, peut être la création d’une communauté réduite du point de vue du nombre. Elle peut
avoir une existence courte et disparaître à un certain moment pour faire place à une autre
connotation.
De cette manière, on peut dire à propos des couleurs qu’elles ont une connotation
spécifique pour un peuple, par exemple le blanc est le signe et la couleur du deuil en Chine,
tandis ques les Européens portent le noir comme signe du deuil. Le rouge représente pour
presque tout le monde la couleur du sang, donc sa connotation est « danger », mais pour un
petit nombre de personnes le rouge représente le communisme.
Encore, la connotation peut être répandue dans une certaine couche sociale et
constituer un signe distinctif de l’appartenance sociale. Par exemple, les femmes appartenant
à une classe sociale qui n’est pas trop élevée diront qu’elles sont allées chez le styliste, parce
que, à leur avis, cela signifie adopter un langage élevé, car le terme styliste est relativement
récent et relativement peu employé, tandis qu’une personne avec une certaine éducation dira
bel et bien qu’elle est allée chez le coiffeur, parce que c’est là qu’elle va d’habitude pour se
faire coiffer, d’un côté, et de l’autre c’est le terme consacré, véhiculé par les dictionnaires.
A un certain moment, on parlait en linguistique de connotation euphorique et
connotation dysphorique, pour montrer que l’emploi d’un certain terme évoque une
expérience subjective agréable, positive, tandis que pour l’expérience subjective désagréable,
négative, on emploie le terme disphorique. Ceci correspondrait aux connotations mélioratives
et péjoratives. Par exemple, le terme « la douce moitié » employé pour désigner la femme de
quelqu’un a une connotation euphorique ou méliorative, tandis que « une petite morveuse »
employé pour désigner une fillette en bas âge a une connotation dysphorique ou péjorative.
On pourrait dire que la connotation péjorative est rattachée à beaucoup de termes, quel que
soit le niveau de langue auquel ils pourraient appartenir ( langue soutenue, littéraire, familière
ou argotique) .
La connotation peut être argotique et être employée à bon escient par un quelconque
auteur ou journaliste pour créer une certaine atmosphère, pour exprimer l’ironie. Il y a des
termes qui sont employés en langage familier ou argotique et qui ont une connotation
péjorative, voire injurieuse à l’adresse d’une personne. Dans ce sens, le journal « Le Canard
Enchaîné » abonde en exemples. L’un des articles de ce journal s’appelle « Quoi de meuf ? »
et, laissant de côté le jeu de mots avec « Quoi de neuf ? », on remarque immédiatement la

14
présence du terme « meuf » qui est un terme argotique dépréciatif pour « femme ». Un article
a comme sous-titre « Des lendemains moins impôsants », où l’accent circonflexe sur le « o »
nous fait penser à « impôts » et non pas à « imposant », ce qui ne peut être qu’une ironie.
Certains journalistes se servent de la connotaion d’un nom propre fameux pour rendre
la phrase plus brève et plus expressive : « le Pearl Harbor de nos rêves », qui veut signifier la
dissolution, l’écroulement de tous nos rêves, l’anéantissement de tous nos rêves, car tout le
monde se rappelle ce que la tragédie de Pearl Harbor a signifié pour l’armée américaine et
pour les Américains en général dans la deuxième guerre mondiale.
Parfois la connotation est un signe d’affectivité, comme c’est le cas pour les termes
familiers d’appelation « mon (petit) chou », « mon chouchou » ce dernier ayant comme
féminin « ma choute », « mon poussin », « mon lapin », qui sont des termes d’affectivité pour
les deux sexes. Dans d’autres cas, la connotation porte la marque de la création personnelle
comme on peut voir dans les romans policiers de San Antonio, où le suffixe –ingue est très
productif : burlingue pour bureau, par exemple, ou le suffixe -asse pour blondasse (blonde),
situasse pour situation, ou dans les romans de Raymond Queneau où ces termes constituent
presque trois quarts du vocabulaire des personnages. On pourrait citer l’emploi fréquent des
suffixes –aille et –ard ayant une connotation péjorative : la flicaille, le flicard, et même
l’emploi des termes inventés comme flicmane, dont la connotation péjorative résulte de
l’ajout d’un suffixe tronqué à un terme argotique qui est déjà péjorativ.
La connotation, ce bout de sens suppléméntaire et occasionnel résulte aussi de
l’emploi d’un terme familier ou même argotique dans un certain contexte où on ne s’attendait
pas à ce qu’il y figure, car un autre terme était de mise: les gens ordinaires parlent de jaunisse
ou migraine, tandis que les médecins parlent de ictère et céphalée, alors on peut facilement
imaginer un dialogue dans le cabinet d’un médecin entre celui-ci et un patient.
On constate que nous avons besoin de plusieurs éclaircissements quant à la
compréhension de la connotation, beaucoup plus parfois que pour interpréter la dénotation.
L’explication est simple : la dénotation se trouve recensée dans les dictionnaires, et elle est
peu susceptible de changer, alors que la connotation est un élément très instable et qui dépend
de beaucoup de facteurs de différents types et parfois elle est même opaque pour ceux qui
n’appartiennent pas à la communauté où elle est répandue. Ces facteurs sont donc pour la
plupart des facteurs ayant trait à l’énonciation.
Nous allons exemplifier comment fonctionne la connotation, le processus de formation
et même de disparition. Voilà deux types de contextes dans lesquels le terme fer peut
apparaître :

15
A.
(1) Le fer rouille.
(2) Le fer sert à la construction des grilles et des balustrades.
(3) Le fer a des propriétés magnétiques.
(4) Il l’a frappé avec une barre de fer.

B.
(1) C’est un bras de fer.
(2) Le rideau de fer n’existe plus.
(3) Il semble avoir une santé de fer.
(4) Il est mort par le fer.

Dans les exemples groupés sous A, fer a les traits sémiques suivants :
/élément atomique/
/dur/
/blanc grisâtre/
/ductil/
/maléable/

Dans les exemples groupés sous B, le terme fer acquiert les sens supplémentaires
suivants :
(1) /énergie/, /volonté/
(2) /résistance/, /imperméabilité/, /rigidité/
(3) /inaltérabililté/ , /résistance/
(4) /rigidité/, /danger/

Comme cela se voit facilement, les traits inhérents sont acquis dans certaines
circonstances et elle peuvent disparaître dès que la réalité extra-linguistique n’existe plus. Par
exemple, comme le communisme a disparu en Europe, le terme le rideau de fer désignant le
manque de coopération, l’impossibilité de franchir ce mur imaginaire qui était bâti
uniquement d’idéologie, s’emploie maintenant avec une valeur péjorative, mais non pas avec
la même connotation. De même, mourir par le fer c’est une expression qui date de l’époque
où les conflits étaient résolus sur le champ de bataille ou dans un duel. On imagine

16
difficilement aujourd’hui une situation semblable, donc l’expression a perdu sa connotation
dans un éventuel emploi dans le langage quotidien.

2.4.2. Intension et extension

Il arrive assez souvent que la linguistique emprunte des concepts à la logique pour les
employer par la suite à désigner des phénomènes et des mécanismes propres à la linguistique.
C’est le cas des termes intension et extension, qui s’opposent l’un à l’autre et qui
peuvent servir à définir un terme qui désigne une classe d’objets. C’est ainsi que la définition
d’une classe d’objets peut être donnée en extension ou en intension.
La définition d’une classe en extension consiste à énumérer les éléments qui
constituent la classe respective.
La linguistique a emprunté ce terme à la logique où extension signifie « ensemble des
objets concrets ou abstraits auxquels s’applique un concept, une proposition (ensemble des
cas où elle est vraie), un signe, un nom (ensemble des objets désignés ou une relation
(ensemble des systèmes qui la vérifient) ». Le terme extension est opposé à celui de
compréhension, un terme plus ancien qui donnait naissance à des confusions et par
conséquent il a été remplacé par un terme plus précis, celui d’intension. En logique, le terme
extension renvoie à la dénotation.
En linguistique, la notion d’extension est définie dans les dictionnaires comme « le
fait d’acquérir une plus grande extension logique, de s’appliquer à plus d’objets (pour un
mot) ».
Cette extension linguistique d’un mot peut se réaliser par l’énumération de tous les
éléments qui sont susceptibles de recevoir la même définition, dans ses grandes lignes.
Dans ce sens on pourrait exemplifier l’extension par le terme « carnivore » dont nous
devons énumérer tous les exemplaires qui rentrent dans cette classe, parce que l’extension
signifie exactement, selon le dictionnaire, la possibilité d’englober le plus grand nombre
d’éléments.

« CARNIVORE »

belette guanaco moufette (sconcs)


blanchon guépard ocelot

17
blaireau hermine once
caracal hyène ours
carcajou ichneumon panthère
chabraque isatis (renard bleu) pékan
chacal jaguar phoque
coati léopard protèle
corsac linsang puma (couguar)
coyote lion putois
cystophore loup ratel
fennec ou loutre raton (laveur)
renard des sables lycaon renard
fouine lynx (loup cervier) renard gris
fossa mangouste suricate
furet martre vison
genette mégaderme zibelline
grison mink zorille
Si nous voulons présenter le terme « chien » par extension alors nous devons présenter
la liste suivante :

« CHIEN »

basset briquet dingo pékinois


beagle bull-terrier doberman pit-bull
berger caniche dogue ratier
bichon chihuahua épagneuil retrivier
bleu d’Auvergne chow-chow fox-terrier saint -bernard
bobtail cocker griffon setter
bouledogue colley king-charles teckel
boxer dalmatien labrador terre-neuve
braque danois lévrier terrier

L’extension ne concerne pas uniquement les [+ animé], mais également les autres catégories,
par exemple les termes marqués par le trait [+ activité], comme celle de « nettoyage » ou
« réparation » :

18
« NETTOYAGE »

lessivage brassage décalaminage


dégraissage lustrage débroussage
détachage décrottage ramonage
blanchissage déblayage ravalement
entretien détartrage curage
balayage dépoussiérage recurage
astiquage désencrôutement grattage
cirage dérouillage vidange

« RÉPARATION »

réparation réfection remaillage carénage


arrangement remontage rentrayage raccastillage
colmatage replâtrage stoppage renouflement
rafistolage restauration rempaillge retapage
recollage raccommodage rhabillage remise à neuf
reconstitution raccoutrage réhabilitation restitution
reconstruction rapiéçage rénovation rétablissement
réédification ravaudage ragrément anastylose

L’extension peut s’appliquer à d’autres termes qui sont marqués par le trait [+ action],
donc elle serait utile pour montrer l’étendue de « manger » ou de « tuer » :

« MANGER »

manger mâchonner dévorer se goinfrer

19
croquer mâchouiller gloutonner se lester
grignoter mâchurer s’empiffrer se gorger
mordiller mastiquer morfaller avaler
ronger remâcher se rassasier enfourner
broyer ruminer se repaître engloutir
déchiqueter malaxer se bourrer engouffrer
chiquer déglutir se gaver bouffer
mâcher bâfrer se goberger briffer

« TUER »
assassiner désinguer empoisonner massacrer
occire (vx) liquider étouffer écraser
éliminer nettoyer étrangler abattre
expédier trucider noyer
bousiller zigouiller pendre
buter faire la peau éxécuter
crever poignarder anéantir
descendre lapider décimer
déssouder flinguer exterminer

La définition d’une classe en intension consiste à donner la définition de la classe


respective à l’aide des propriétés communes à tous les objets de la classe en question.
Par exemple, si nous voulons donner la définition intensive de « carnivore » nous
devons dire que c’est un :
/être/, / animé/, / qui se nourrit de chair animale /
Evidemment que si on commence à énumérer les animaux qui se nourissent de chair
animale on parvient à la même chaîne ou suite d’animaux qui ont été présentés lors de
l’énumération des « carnivores ».
Pour ce qui est de « chien », quand on veut donner une définition en intension de ce
terme on dira que c’est un /mammifère/, /carnivore/, /issu du loup/, /domestiqué par
l’homme/.
On constate que les deux définitions nous conduisent dans le même domaine, dans la
même sphère d’action (par exemple pour « manger » ou « tuer »).

20
Les exemples donnés confirment l’affirmation que le sens d’un terme est donné par
opposition avec les autres termes voisins. Par exemple :
« croquer » veut dire manger d’une certaine façon, en broyant quelque chose sous la
dent et en produisant un bruit sec.
« grignotter » veut dire manger en rongeant, manger petit à petit, lentement.
Donc les deux verbes dénotent l’action de manger, mais ce qui différencie les deux
termes ce sont les particularités de l’activité.
La même chose est valable pour « nettoyage », car « blanchissage » et « astiquage »
ont en commun le terme « nettoyage » avec la différence que ce nettoyage se fait sur des
objets qui sont sales et qui doivent être lavés pour redevenir blancs, tandis que l’opération
nommée « astiquage » se fait sur des objets de cuisine, tels les couverts, ou sur des surfaces
en bois comme les meubles ou le parquet.

2. 5. Sens grammatical

Le sens grammatical est celui qui est donné par des moyens grammaticaux qui
relèvent de la morphologie et de la syntaxe (Dicţionar general de ştiinţe. Ştiinţe ale limbii,
1997 : 224 - 225). Selon les auteurs de ce dictionnaire, il est difficile de délimiter le sens
lexical du sens grammatical parce que le processus de formation du lexique d’une langue ne
peut pas être réduit à une période précise. Les termes composant le lexique d’une langue ont
apparu à des époques différentes et les transformations qui ont eu lieu dans le passage d’un
terme d’une langue à une autre sont diverses.
Il arrive, conformément à la même source (Dicţionar general de ştiinţe. Ştiinţe ale
limbii, 1997) que le même sens soit réalisé tantôt par des moyens grammaticaux, tantôt par
des moyens qui ne tiennent pas à la grammaire. Les procédés respectifs peuvent connaître un
emploi fréquent ou un emploi sporadique et ils peuvent donner naissance à des sens
différents.
La notion de sens grammatical a été détaillée par E. Coseriu (cité dans Dicţionar de
ştiinţe. Ştiinţe ale limbii, 1997 : 224) et celui-ci distingue : sens catégoriel, sens instrumental,
sens donné par le type de phrase.

2.5.1. Sens catégoriel

21
Il y a quatre classes morphologiques de base, le nom, l’adjectif, le verbe et l’adverbe.
La signification « nom » est toujours présente dans la classe des noms, indifféremment de la
signification lexicale du nom en question.
Par exemple, « table », « mammifère », « meuble », « générosité », « nettoyage »,
portent, en plus du sens lexical qu’ils ont, le sens grammatical de « nom ».
De même, « manger », « courir », « laver », « se promener », « jouer » sont de
activités, donc en plus de leur spécificité, les termes auront un sens commun, celui de
« verbe ».
La même chose se vérifie pour les autres catégories, car tous les adjectifs sont des
déterminants du nom et tous les adverbes (sauf les adverbes de phrase) déterminent des
verbes.
2.5.2. Sens instrumental

Il y a diverses marques linguistiques du pluriel (-s, -x,-z) qui indiquent qu’il s’agit de
plusieurs exemplaires d’un référent, par exemple : des zèbres, où le signe –s indique qu’il
s’agit de plusieurs exemplaires de ce type d’animal, ou –x comme dans animaux, manteaux,
où la marque –x indique qu’il s’agit de plusieurs exemplaires d’animaux ou d’objets du type
spécifié.
Il y a ensuite des marques du féminin qui par leur présence situent les termes en
question dans la catégorie des entités appartenant au genre féminin. Il peut s’agir de la marque
–e, accompagnée ou non par une consonne double :
paysan, paysanne
ou une terminaison spécifique comme –trice :
acteur – actrice
ou la terminaison –euse :
menteur- menteuse.
Il y a ensuite des marques de la détermination, comme l’article défini le, la, les :
un enfant –l’enfant
un tableau –le tableau
des explications –les explications
Ces marques de la détermination expriment le fait que l’être, la chose ou le
phénomène mentionné est connu pour avoir été cité précédemment. Par exemple, dans
l’énoncé :
« Je dois faire venir le vétérinaire. Le chien est malade et je suis très inquiet .»

22
Il est évident que celui qui se pose comme sujet énonciateur parle du chien de la
maison et non pas d’un chien inconnu que le sujet aurait vu par hasard dans la rue.
D’autres marques linguistiques expriment le constituant de phrase : il y a des phrases
assertives, interrogatives, négatives, impératives, ce qui se réalise par des instruments
spécifiques, comme la négation discontinue ne...pas pour marquer la négation :
Il ne vient pas.
Dans la littérature de spécialité on accorde beaucoup moins d’importance au sens grammatical
parce que « dans toute langue, les sens lexicaux constituent l’écrasante majorité des sens
disponibles. Ils sont, par excellence, les sens qu’on cherche à communiquer » (Alain
Polguère, 2003 : 108). Pour ce qui est du sens grammatical, il est transmis conformément aux
règles de la grammaire qui doivent être respectées par chaque locuteur qui veut que son
énoncé soit bien compris et qu’il ait l’effet désiré, l’effet poursuivi.

2.6. La signification

La signification est une notion qui prête à confusion parce que longtemps, les deux
notions, sens et signification ont été employés comme synonymes. Elles sont encore
employées comme synonymes. On dit souvent :
« Je ne connaissais pas ce sens du mot »
« Quelle est la signification de ce terme nouveau ? »
qui implique que le mot a plusieurs sens/significations et moi, le locuteur, je suis dans
la situation de ne pas les connaître tous ou toutes.
On dit également :
« C’est la signification que tel philosophe attribue au terme x ».
Cela implique que d’autres philosophes se sont préoccupés de la chose, mais ils
attribuaient une toute autre signification, un tout autre emploi dans un tout autre contexte, du
terme en question. Par exemple, le terme extension présente une signification en linguistique
et une toute autre signification en logique.
La signification a fait son entrée dans le domaine de la sémantique dès que la
sémantique a commencé à exister, ce qui veut dire depuis Michel Bréal. Comme la science
était à peine née, les termes étaient un peu flous et ils n’étaient pas bien circonscrits. Michel
Bréal lui - même disait que la sémantique s’occupe des « lois qui président à la
transformation des sens » étant par conséquent « la science des significations » (Michel
Bréal, 1883, cité d’après Touratier, Christian, 2000 : 8).

23
Le terme s’emploie couramment dans le syntagme « sens usuel », opposé à « sens
occasionnel », par exemple l’unité linguistique « canard » désigne d’habitude, donc dans son
emploi usuel, l’oiseau palmipède de la basse-cour de nos grands-parents, et la même unité
linguistique est employé occasionnellement comme terme d’affection.
D’habitude, quand on a des doutes concernant le sens d’un mot, on se tourne vers le
dictionnaire, en espèce le Nouveau Petit Robert (2006), qui nous dit que le terme « sens » est
synonyme de « signification » et que le terme désigne :

« une idée ou un ensemble d’idées intelligibles que représente un signe ou un


ensemble de signes »
et qu’il s’emploie dans des contextes comme ceux-ci :
« chercher le sens d’un mot, d’une expression, d’une phrase »
« avoir du sens, un sens »
« cette allégorie a un sens très profond »
« mot dénué de sens, vide de sens »

Le terme sens dénote dans un emploi spécialisé « le concept évoqué par un mot, une
expression, correspondant à une posssibilité de désignation(objet, sentiment, relation). Le
terme a comme synonymes « acception », « signification », « signifié », « valeur ». Pour
illustrer l’emploi du terme « sens », le dictionnaire cité se sert d’une citation appartenant à
l’un des sémanticiens connus, Stéphane Ulmann : « On parle de synonymie lorsque plusieurs
mots ont le même sens, et de polysémie lorsqu’un seul mot a des sens différents. » On cite
comme des contextes scientifiques du terme :

« sens propre »
« sens figuré »
« sens étymologique »
« au sens stricte, au sens large du terme » (largo sensu/stricto sensu)
« mot à double sens » (calembour, équivoque)

Le même dictionnaire donne comme définition de « signification » une périphrase


explicative : « ce que signifie (une chose , un fait )». Pour illustrer l’emploi du terme, les
auteurs du dictionnaire citent Camus :

24
« Je ne sais pas si ce monde a un sens qui le dépasse, [...], une signification hors de
ma condition ».
Comme emploi spécialisé, on nous offre comme synonyme « sens » : sens d’un signe,
d’un ensemble de signes, d’un mot et comme explication le fait qu’en linguistique, la
signification est « le rapport réciproque qui unit le signifiant et le signifié » et il est synonyme
du « contenu ».
Il est tout à fait naturel pour les linguistes de s’occuper d’un concept fondamental de la
sémantique et d’essayer de le définir. La notion de signification est plus vieille et elle
appartient à la scolastique. La notion apparaît même dans l’édition de 1778 de
L’Encyclopédie. Selon les auteurs de l’article, la signification était le sens propre, primitif,
fondamental du mot. Ce n’est que par la suite que le terme sens a été opposé à celui de
signification, le sens étant identique au signifié, tandis que la signification était considérée
comme un processus mental qui unit le signe à son signifié, qui fait en sorte qu’un signifié
soit associé à un signifiant, acception qui subsiste encore, comme le prouve le Nouveau Petit
Robert, dernière édition.
Les choses se compliquent quand on fait intervenir dans la définition du sens et de la
signification les notions de « pensée » et « référence », et il suffit de mentionner la théorie de
Lyons (1995 : 476-487). Il soutient que parfois, pour préciser ce qu’un mot signifie il suffit
d’un geste pour indiquer le référent, donc on donne une définition ostensive. Evidemment, ce
renvoi à la référence se fait dans les cas où la référence existe, parce que pour certains termes
comme unicorne, licorne, il n’y a pas de référent dans le monde extra-linguistique.
On conclura par dire que les deux notions coexistent et que toutes les valeurs du terme
signification et toutes les valeurs du terme sens sont actuelles. Le terme signification est
employé tantôt dans l’acception de sens tantôt dans l’acception de processus mental, cognitif,
qui consiste à donner un nom à une entité. Certains linguistes (Aïno Niklas Salminen, 1997 :
92-93, Gilles Siouffi, Dan van Raemdonk, 1999 : 108-109 ) considèrent que la signification
représente la mise en relation la d’un énoncé avec des éléments appartenant à la situation de
communication. La signification est, de ce fait, plus compéhensive que le sens parce qu’elle
implique une opération mentale : à un certain moment, un énoncé signifie quelque chose pour
quelqu’un. Il s’agit donc du sens en contexte, ce qui est plutôt le fait de la pragmatique.
Dans la même lignée, M. Tuţescu (1979 : 60-61) affirme que « la signification,
ensemble de variables sémantiques, correspond au discours ; c’est le sens implicite d’un
énoncé plongé dans l’énonciation ».

25
Nous précisons quand même que les deux notions peuvent être présentées de manière
différente selon le point de vue du linguiste qui en parle. François Rastier (1994 : 27-31) par
exemple soutient que la signification doit être définie par rapport au signe linguistique et cela
pour deux raisons : il existe plusieurs types de signes linguistiques appartenant à des
catégories différentes comme le point d’interrogation et une particule interrogative qui sont de
nature différente mais remplissent la même fonction, et puis parce que le signe isolé de son
contexte et en dehors de tout contexte ne fonctionne pas isolément. Il reprend les principaux
modèles de la signification qui sont : l’icône, l’index, le triangle sémiotique et l’indice.
L’icône représente le référent d’une manière analogique et elle est une manière rapide
de désignation du référent. Comme les langues se servent peu de ce système de
communication (les systèmes d’écriture idéographique sont rares) du message, on ne peut que
mentionner le rôle de l’icône dans la communication visuelle, spécifique dans certines
circonstances : signes routiers, indicateurs.
L’index réalise sa fonction dans un texte car il est réalisé par des démonstratifs,
possessifs, pronoms et éléments déictiques. Ces signes n’ont pas de sens et ne peuvent être
interprétés que dans un contexte, linguistique ou situationnel.
Le triangle sémiotique comporte le mot, le concept et la chose, ou bien le signifiant, le
signifié et le référent. C’est le modèle aristotélicien, repris par les scolatiques et puis par les
linguistes anglo-saxons Ogden et Richards en 1923 (cités par Rastier, 1994 : 28).
Le quatrième modèle de la signification est celui réalisé par des indices, un signe qui
provient d’une inférence. Ce modèle repris à Aristote considère que la communication est
basée sur le modèle du code, et communiquer signifie coder et décoder des messages. Ce
modèle est concurrencé par un autre qui s’appelle le modèle inférentiel qui considère que
communiquer c’est produire des indices et les interpréter.
De l’avis de François Rastier (1994 : 30), l’étude de la signification ou sens littéral
constitue l’objet de la sémantique logique, tandis que l’étude des sens dérivés et de leur
condition de dérivation tient à la pragmatique. Selon le linguiste français, l’articulation entre
sémantique logique et pragmatique détermine l’articulation entre la signification et le sens.

De toute façon, les désignations des objets extra-linguistiques se retrouvent dans les
dictionnaires, recensées par ordre alphabétique avec leurs descriptions respectives et
constituent le lexique d’une langue.

26
Nous ne pouvons pas négliger le fait que les unités linguistiques, qu’on les appelle
mots, lexie, lexème om morphème ont un sens virtuel qui est complété par un sens actualisé,
qui est acquis dans le contexte, que ce soit un contexte linguistique ou situationnel.
Dans ce sens nous pouvons citer l’avis de P.Guiraud (1962 :25-31), qui précise que le
mot « opération » a quatre sens, en fonction des associations ou des jugements qu’il suscite :
- il y a un sens de base : opération = suite d’actions coordonnées en vue
d’une fin déterminée ;
- il y a un sens contextuel : opérations de recherche, de sauvetage, de
consolidation ;
- il peut acquérir une valeur socio-contextuelle : l’opération snow-
storm ;
- il peut acquérir une valeur expressive, qu’elle soit ironique, comique,
satirique : « une opération d’une telle ampleur ne restera pas sans
résultat » phrase prononcée d’une opération sans anvergure.

Chapitre III
Éléments constitutifs du sens :
Sèmes, sémèmes, classèmes

3.1. Remarques préliminaires

27
La recherche d’une unité minimale du sens est une démarche structuraliste et elle a été
faite selon le modèle appliqué en phonologie qui a conduit à l’identification des paires
oppositives p/b. Par l’application de quelques procédures comme la segmentation et la
commutation on réussit à vérifier la valeur du point de vue du sens de l’unité soumise à
l’analyse.
Les deux phonèmes partagent quelques traits communs, mais il y a un trait qui les
distingue, d’où l’appelation de trait distinctif. Les traits communs de ces deux consonnes
sont : /+ labialité/, /+ occlusion/, mais ils peuvent être différenciés selon le trait /+ voisé/.
Ainsi, b est /+ sonore/ tandis que p est /+sourd/ (ou /–sonore/ ou /non voisé/).
La démarche de l’identification des unités minimales de sens s’est concrétisée dans la
constitution de l’analyse sémique ou componentielle, appelation qui varie selon que les
parties constitutives du sens s’appellent sèmes (dans la linguistique d’orientation française
représentée par B. Pottier, A. J. Greimas, F. Rastier) ou composants (dans la linguistique
d’orientation anglo-saxone, représentée par J. Katz, J. Fodor, P.M. Postal).
A côté de la méthode qui a contribué à leur identification, le sème et le phonème
présentent la particularité qu’ils ne se manifestent jamais isolément, car de cette manière la
seule valeur qui se manifeste est celle de s’opposer à une autre valeur. Donc, p s’oppose à b
par le trait /sourd/, trait qui ne figure pas dans le contexte de b, qui, en échange, présente le
trait opposé, / sonore/. Le terme chien présente le trait /+animé/, trait qui ne figure pas dans le
cas de chaise, qui, en revanche, présente le trait opposé, /- animé/. Le phonème, aussi bien que
le sème, a besoin de la présence concomitante d’autres phonèmes et d’autres sèmes pour
pouvoir donner naissance à une unité qui se matérialise ou s’actualise. C’est donc l’ensemble
de phonèmes et l’ensemble de sèmes qui se matérialise, car à eux -seuls, ces unités minimales
ne représentent qu’une partie du sens qui n’est pas matérialisée. Donc, pour pouvoir
s’actualiser, le trait /sourd/ doit se combiner avec les traits /consonne/, /labial/, /occlusif/ pour
pouvoir se matérialiser dans la consonne p. Il en va de même pour le terme chien, qui ne
s’actualise pas dans le lexème chien s’il ne se combine pas avec d’autres sèmes qui participent
à la formation de son sens, comme /mammifère/, /carnivore/, /canidé/, /issu du
loup/,/domestique/.
Nous pouvons dire que le sème comme le phonème sont des unités simples qui ont
quand même la valeur de différencier deux entités qui présentent les mêmes caractéristiques
sauf une. Le loup et le chien ont une origine commune, ils ont presque le même aspect
physique, mais ils ont un trait différenciateur : le loup est un /animal/, /vertébré/, /canidé/,
/carnivore/ /sauvage/, tandis que le chien est un /animal/, /vertébré/, /canidé/, /carnivore/,

28
/domestique/. On peut dire que le sème a un rôle dans la constitution du sens, qu’il contribue à
l’identification des traits communs et des traits qui assurent la différence entre sémèmes. Le
sème est un trait pertinent d’un sémème, un trait qui distingue un sémème d’un autre, donc un
trait distinctif de par sa fonction. Mais il est bien évident qu’un sème se compose de plusieurs
sèmes, car il faut plusieurs bouts de sens pour en faire un sens complet. Il devient aussi
évident que certains sèmes sont différenciateurs ou distinctifs et d’autres ne le sont pas, mais
ils existent quand même et ils contribuent à la réalisation du sémème. En revenant à la
définition du chien et du loup, on constate que jusqu’à un certain point, le chien et le loup ont
des traits, des sèmes en commun : /animal/, /vertébré/, /canidé/ , /carnivore/.
A côté de ces sèmes, qui sont quand même définitoires pour l’espèce, il y a d’autres
sèmes qui sont considérés comme étant moins représentatifs pour les individus constitutifs
d’une classe. Par exemple on ne précise pas dans les définitions de certains dictionnaires que
le loup vit dans des régions ayant un climat tempéré comme on ne dit pas du chien qu’il peut
être entraîné pour pouvoir aider les personnes handicapées ; on ne dit pas du loup qu’il peut
être aperçu au zoo, comme on ne dit pas du chien qu’il peut être employé pour la traction des
traîneaux dans les zones polaires. Quand même, ce sont des sèmes constistutifs du sens de
loup ou chien, mais on les considère des sèmes périfériques. Ils peuvent figurer dans certains
dictionnaires, surtout dans les dictionnaires que l’on appelle encyclopédiques. D’autres
dictionnaires n’en font pas mention, car les auteurs ont considéré que les traits ou les sèmes
en question ne sont pas les plus importants et les plus représentatifs de la classe pour qu’ils
figurent dans une définition de dictionnaire.

3.2. L’analyse sémique

En France, l’analyse sémique a été pratiquée par des sémanticiens comme Greimas
(« Sémantique structurale » 1966) et Bernard Pottier ( « Présentation de la linguistique.
Fondement d’une théorie », 1967).
Greimas parle de « la structure élémentaire de la signification » qui est constituée
d’un ensemble de sèmes et parvient à la conclusion que « les qualités définissent les choses,
c’est-à-dire que le sème –s est un des éléments constituant le terme – objet A et que celui-ci,
au bout d’une analyse exhaustive, se définit comme la collection des sèmes s1, s2, s3, etc. »
(1966 : 27)

29
Greimas a analysé la spatialité à laquelle il a trouvé un système sémique qui s’articule
comme suit (Greimas, 1966 : 33) :

spatialité

dimensionalité non dimensionalité

horizontalité verticalité superficie volume


(haut / bas) (vaste / x) (épais / mince)

perspective latéralité
(long / court) (large / étroit)

En s’appuyant sur ces caractéristiques, Greimas identifie un ensemble de termes qui


se rapportent à la spatialité, à savoir : haut/bas, long/court, large /étroit et vaste/épais.
De son côté, Bernard Pottier est l’auteur d’une analyse des sèmes constitutifs des
termes désignant des « sièges » : chaise, fauteuil, tabouret, canapé, pouf :

s1 s2 s3 s4 s5 s6
pour sur pour une avec avec bras en matière
s’asseoir pieds personne dossier rigide
chaise + + + + - +
fauteuil + + + + + +
tabouret + + + - - +
canapé + + - (+) (+) +
pouf + - + - - -

30
Cette analyse sémique de Bernard Pottier montre que chaque terme est une somme de
sèmes ; par exemple le terme chaise a les traits sémiques suivants :
/pour s’asseoir/
/sur pieds/
/pour une personne/
/avec dossier/
/en matière rigide/

Certains sèmes caractéristiques d’un terme figurent dans la définition d’un autre terme,
d’autres ne se retrouvent pas dans l’ensemble de sèmes qui composent le terme respectifs,
lequel ensemble s’actualise dans un lexème. Donc la définition de n’importe quel terme qui
désigne un siège se fait par comparaison avec les autres termes et par opposition, si on
considère par exemple que le tabouret n’a pas de dossier, tandis que le fauteuil en a, le pouf
n’est pas en matière rigide tandis que tous les autres termes qui désignent des sièges le sont.
L’analyse sémique des termes qui désignent des sièges a longtemps représenté le
modèle d’analyse sémique cité et repris par tous les sémanticiens, mais depuis quelque temps
ce modèle est vivement critiqué par d’autres linguistes et entre autres par les tenants de la
sémantique cognitive. L’objection principale est manifestée pour la « limitation [...]
arbitraire du corpus choisi pour décrire le taxème des sièges » (François Rastier, 1987 : 33,
cité dans Christian Touratier, 2004 : 34). Certains linguistes cités par Rastier suggèrent
d’ajouter à la liste de Pottier d’autres termes comme chaise éléctrique, chaise d’enfant ou
chaise longue ; d’autres (Tuţescu, 1974 : 77) complètent la liste avec les termes suivants :
l’ottomane, la berceuse, la causeuse, la méridienne, la bergère ; finalement, un autre linguiste
propose d’inclure dans la liste des termes comme : pliant, transatlantique, club, voltaire,
trépied, strapontin, faldistoire, chaire et trône.
L’objection est rejetée par Touratier pour la simple raison que les termes énumérés ne
font pas nécessairement partie du vocabulaire actif des locuteurs français, et, en plu, le choix
de certains termes est forcé. Par exemple, chaise éléctrique, n’est pas à proprement parler un
siège, mais plutôt un instrument de supplice, semblable de ce point de vue au gibet et à la
guillotine et en réalité elle n’est pas faite « pour s’asseoir » mais « pour tuer ». Pour d’autres
termes qui ne figurent pas dans la liste, comme chaise longue, l’explication de l’absence de la
liste réside dans son caractère de lexie composée, dont le sens ne se laisse pas analyser si on
décompose le terme en chaise et longue.

31
Le même linguiste fait une observation très pertinente concernant la définition d’un
terme quelconque d’une langue. Le terme décrit du point de vue linguistique la réalité.
Comme chaque langue a sa façon propre de structurer la réalité extra-linguistique, il est tout à
fait naturel pour une langue de relever certains traits d’un objet extra-linguistique, tandis
qu’un autre langue considère comme plus important un autre aspect et relève un autre trait, au
détriment du terme relevé par l’autre langue. Une langue dispose d’un, deux ou trois termes
pour désigner le même signifié, tandis qu’une autre n’en a que deux et il est évident que
chaque terme désigne une autre segmentation de la réalité.
Une autre remarque qui appartient au même auteur et qui a retenu notre attention a été
celle concernant les sèmes identifiés pour chaque terme désignant un siège. Les sèmes, selon
qu’ils figurent ou non dans la structure sémique d’un terme, sont marqués par + ou -. Cette
notation n’est pas, de l’avis du linguiste, trop rigoureuse, parce que parfois le signe négatif
indique l’absence du trait, par exemple : « avec dossier », + pour fauteuil et « sans dossier »
dans le cas du terme tabouret, d’autres fois il peut indiquer un trait qui n’est pas exactement
l’opposé du trait mentionné, par exemple « pour une personne » valable pour le fauteuil, mais
non pour le canapé, qui a le trait « pas pour une personne », ou « pour plusieurs personnes ».
Christian Touratier propose de ne pas utiliser de signe du tout pour les sèmes inexistants,
c’est-à-dire de laisser la case vide quand le sème n’existe pas. Et pour l’analyse des termes qui
désignent les sièges, il propose d’enrichir le champ sémantique de trois termes, banc,
banquette et divan comme dans le tableau suivant (Ch. Touratier, 2004 : 40) :

avec sur pied Pour une pour avec bras matériau


dossier personne s’asseoir rigide
chaise + + + +
fauteuil + + + + +
tabouret - + + +
canapé + + - + +
pouf - + + + -
banc + - +
banquette + + - + -
divan - + - +

32
Bien interpréter ce nouveau tableau signifie bien structurer le lexique de la manière
suivante :

« pour s’asseoir, sur pied »


siège

« pour une personne » « pour plusieurs personnes »


banc

« avec dossier » « sans dossier » « sans dossier » « avec dossier »


chaise tabouret divan

« avec bras » « matériau non rigide » « avec bras » « sans bras »


fauteuil pouf canapé banquette

De cette manière, la description d’un objet de la réalité extra-linguistique est plus exacte, sans
ambiguïtés. Par exemple :
fauteuil = /objet/, /pour s’asseoir/, /pour une personne/, /avec dossier/, /avec bras/ ;
banquette =/objet pour s’asseoir/, /pour plusieurs personnes/, /avec dossier/, /sans bras/.

33
Les sèmes de chaque terme ou de chaque objet de la réalité extra-linguistique sont inventoriés
par les dictionnaires pour en constituer la définition ou la description et pour rendre plus
évidente la comparaison entre les différents termes.
Une dernière remarque devra être faite, à savoir que le sème a longtemps été considéré
comme la plus petite unité de sens, mais il ne l’est plus parce qu’on a pu décomposer un sème
en unités plus petites. Les sèmes restent quand même des unités de sens de différenciation (A.
Lehmann, F.-M. Berthet, 2000 : 25), car une entité [+ animé] s’oppose à une autre qui est [-
animé], un être [+ humain] est différent d’un autre qui est [ -humain], et ainsi de suite.

3.3. Types de sèmes

Les sèmes sont de types différents et le plus souvent (B . Pottier) on oppose les sèmes
dénotatifs aux sèmes connotatifs. Les sèmes dénotatifs sont ceux qui sont acceptés par une
communauté linguistique, tandis que les sèmes connotatifs sont connus et acceptés par un
nombre restreint de personnes.
Par exemple, le terme voiture est marqué par un sème dénotatif /moyen de
locomotion/, tandis que le terme bagnole a le sème connotatif /familier/ ;
Les sèmes dénotatifs se divisent à leur tour en sèmes spécifiques et sèmes génériques.
Les sèmes spécifiques sont ceux qui se rencontrent dans un seul champ lexical, par
exemple dans le champ lexical des moyens de locomotion si on veut opposer « voiture » à
« avion » on peut le faire par l’intérmédiaire des traits /se déplace sur terre/ pour la voiture et
/se déplace en l’air/ pour l’avion, ou encore /avec des roues/ opposé à /avec des ailes/, mais on
est quand même dans le même domaine, celui des moyens de transport.
Quant aux sèmes génériques, ce sont les sèmes qui décrivent les réalités extra-
linguistiques d’un autre point de vue : les deux véhicules sont des /objets/, /fabriqués/,
/matériels/, /comptables/.
Le problème des sèmes et des possibilités de les classer a intéressé les linguistes qui
ont essayé diverses approches. La grammaire sémantique du langage proposée par Patrick
Charaudeau (1992) offre, d’un côté, une description des mécanismes du sens, mécanismes qui
permettent « au sens de se configurer dans des formes » et de l’autre côté une description des
procédés qui conduisent à la constitution de divers types d’unités « en rapport avec le sens
qu’ils expriment ». Selon la conception de Patrick Charaudeau, les parties du discours comme
nom, adjectif, verbe et adverbe accomplissent une opération caractéristique du langage qui est

34
celle de « nommer ». Ainsi, les noms, les adjectifs, les verbes et les adverbes nomment des
êtres, des processus et des propriétés, lesquels sont des classes conceptuelles.
Les traits sémantiques (ou sèmes) sont classifiés et inventoriés d’une manière très
détaillée par Patrick Charaudeau (1992 :18-21, 32-35, 39-41). Son principe de classification
des traits en traits génériques et traits spécifiques est appliqué aux termes selon la partie du
discours ou classe grammaticale à laquelle ils appartiennent. Ainsi, il y a des traits spécifiques
et génériques pour le nom, pour le verbe et pour l’adjectif.
Voilà le modèle de classification proposé par Charaudeau :

Au niveau du NOM
1. Traits génériques
Les traits génériques définissent de grands ensembles d’éléments et ces traits sont en
nombre limité. En voilà la liste :

- matériel/non matériel
- vivant/non vivant
- annimé/non animé
- humain/non humain
- animal/non animal
- sexué(masculin/féminin)/non sexué (genre arbitraire)
- continu (non nombrable)/discontinu (nombrable)

Il s’ensuit que tous les substantifs sont censés présenter un ou plusieurs traits
génériques, mais ils doivent figurer dans des contextes non ambigus pour pouvoir être
caractérisés par ces traits génériques. Patrick Charaudeau imagine l’énoncé « Mon meilleur
ami vit à Québec », où le terme ami est doué des traits génériques /humain/ et /sexe masculin/
mais il serait très possible que j’aie un chien comme meilleur ami, et alors les traits
génériques /humain/, /sexe masculin/ disparaîssent pour faire place à d’autres traits
génériques : /animal/, /sexe masculin/.

2. Traits spécifiques

Les traits spécifiques définissent des ensembles qui ne sont pas si étendus, en revanche
leur nombre est, au moins théoriquement, illimité. En voici la liste :

35
Les traits qui caractérisent les deux classes de base :
Statique : l’être exclut la notion de mouvement
Dynamique : l’être implique la notion de mouvement dans l’espace et dans le temps.
Nous précisons que le terme être est employé dans le sens de « ce qui existe », donc
dans ce sens une table est un être statique et le départ par exemple est un être dynamique,
impliquant le mouvement.
Selon ces critères, les êtres se divisent en :
- êtres statiques et uniques
- êtres statiques et multiples
- êtres dynamiques
Chacun de ces ensembles se caractérise par des traits spécifiques qui sont illimités et la
liste suivante est susceptible d’être complétée et même améliorée.

Traits des êtres statiques et uniques :


- les formes : plat, bombé, creux, accidenté, rectiligne, courbe, volume,
en pointe, en extension, etc.
- les dimensions : grand, petit, épais, gros, mince, maigre, large, étroit,
etc.
- le poids : lourd, léger ;
- la consistance : solide, liquide, dur, mou, rigide, souple, etc.
- position dans l’espace : horizontal, vertical.

Traits des êtres statiques et multiples :


- coexistence de deux éléments indissociables
- coexistence de plusieurs éléments indissociables : en grappe, en série,
en tas, en morceaux, etc.
Traits des êtres dynamiques
Les êtres dynamiques impliquent le mouvement et par conséquent tous les êtres qui
figurent dans cette catégorie se définiront par les traits du mouvement : point de départ, point
d’arrivée, direction ou orientation, fréquence, résultat ou conséquences du mouvement, etc.
Les traits spécifiques des êtres dynamiques sont :
- stade du mouvement : initial, déroulement, final ;
- direction du mouvement : descendant, ascendant ;
- résultat du mouvement : rencontre, jonction, communication ;

36
- séparation, rejet, éloignement ;
- répétition.

Remarques
- Dans une énumération des traits, les traits génériques et les traits
spécifiques devraient donner une description correcte d’un terme, en
l’occurrence d’un nom. Choisissons par exemple le nom montagne.
Le nom a comme traits génériques /matériel/, /non vivant/, /continu/
et quant aux traits spécifiques, ils sont : /grand/, /solide/,
/dur/, /horizontal/, /vertical/. On constate que les traits spécifiques ne
s’excluent par l’un l’autre, comme c’est le cas des traits /horizontal/
et /vertical/ parce que l’être considéré, la montagne, se caractérise par
le trait /continu/.
- Dans le cas d’un nom abstrait comme douleur, les traits sémantiques
les plus importants sont les traits génériques comme /non matériel/,
/continu/ tandis que les traits spécifiques s’avèrent pratiquement
inutilisables.Compte tenu du fait que la douleur peut être physique ou
morale et que le vrai sens n’est repérable que dans le contexte, nous
pouvons conclure que les traits spécifiques identifiés par Charaudeau
ne se prêtent pas à la description des substantifs non matériels. Pour
la correcte interprétation d’un terme de ce type nous avons
absolument besoin d’un contexte, ce qui mène à la conclusion que la
sémantique lexicale ne correspond pas à ce type de tâche, qui
reviendrait plutôt à la sémantique de l’énoncé.
- Les traits spécifiques sont importants dans certains contextes, et
moins importants dans d’autres. Par exemple le terme semaine
implique le trait spécifique /en série/ qui ne s’avère pas
particulièrement important dans un contexte comme : Il a été absent
toute une semaine. Dans ce contexte, c’est le trait spécifique /durée/
qui est plus important. De nouveau, c’est vers la sémantique de
l’énoncé qu’il faut se tourner pour pouvoir décrire correctement ce
terme employé dans un certain contexte.

37
Au niveau du VERBE
Il faudra préciser d’abord que Charaudeau s’occupe de la classe conceptuelle du processus,
qui se sous-divise en deux catégories, des actions et des faits, qui se distinguent par le fait que
dans une action il y a un agent humain qui est impliqué, tandis que dans la classe des faits,
l’activité, action ou modification d’un état se fait sans l’intervention de l’agent humain.
Donc, au niveau des verbes, Charaudeau n’identifie pas de traits génériques, de traits
spécifiques non plus, mais uniquement des traits sémantiques.
Nous allons présenter les traits sémantiques identifiés par Charaudeau au niveau du verbe et
ensuite nous allons commenter cette classification.

1. Traits qui caractérisent le mode d’extension temporelle du processus :


- duratif (le déroulement du processus est indifférent à une limitation
quelconque) : pleurer, marcher, dormir ;
- ponctuel (le déroulement du processus connaît une limiteinitiale ou
finale) gagner, sortir, disparaître ;
2. Traits qui caractérisent le mouvement ou le déplacement :
- stade initial :apparaître, commencer ;
- stade final : terminer, arriver, finir ;
- direction ascenndante : monter, hausser, grimper ;
- direction descendante : descendre, baisser, tomber ;
- orientation prospective du processus : prévenir
- orientation retrospective du processus : se souvenir.
3. Traits qui caractérisent le résultat du procès :
- atteinte de l’objet de référence : se rapprocher, effleurer ;
- rencontre : réunir, joindre ;
- séparation : séparer, disjoindre, divorcer ;
- transformation : rougir, changer, détruire.
Remarques
1. Pour les traits sémantiques des verbes, Charaudeau n’a pas fait la distinction traits
génériques /vs/ traits spécifiques, bien qu’il eût pu la faire en se servant de sa propre
distinction : intervention humaine /vs/ absence de l’intervention humaine.
2. Comme les verbes expriment un processus, celui-ci implique la présence de quelques
actants, donc encore une fois les traits identifiés pour certains « actions » ou « faits »
ne sont ainsi que dans certaines conditions ou plutôt dans certains contextes.

38
3. Les verbes comme entrées de dictionnaire (des unités linguistiques comme entrer,
sortir, finir, commencer) ont des traits inhérents évidents sans l’intervention du
contexte. Par exemple si on dit :
Il a fini sa soupe.
le trait inhérent /achever une action/ est renforcé par le temps du verbe.
Cela ne se vérifie plus dans la même phrase ayant un constituant de phrase
[Impératif] :
Finis ta soupe !
implique bel et bien que quelqu’un est en train de faire quelque chose (finir sa soupe)
mais cela ne se passera pas tout de suite.
Donc, même si on parle de traits inhérents des verbes, traits sémantiques de verbes, le
contexte doit être pris en compte parce que rien n’est inhérent sans justification, du
moins dans le cas des verbes.

Au niveau de l’ADJECTIF
Comme l’adjectif lui-même indique des propriétés, des qualités, pour pouvoir les décrire il
faudra préciser le domaine d’application de la propriété ou de la qualité.
Il y a plusieurs domaines d’application :
- le domaine des perceptions physiques où on dénombre les qualités
qui peuvent être dynamiques, statiques ; peuvent avoir une forme, des
dimensions ; une position dans l’espace, une consistance, un poids,
peuvent être duratives ou ponctuelles ;
- domaine de la perception de l’activité humaine où il faut compter ce
qu’on appelle en grammaire les adjectifs relationnels : le discours
présidentiel, une attitude socratique ;
- le domaine des jugements qui sont à leur tour intellectuels,
esthétiques, éthiques, affectifs, pragmatiques.

Remarques
1. Pour les adjectifs, Charaudeau n’a pas identifié de traits génériques et de traits
spécifiques, car ce type de traits s’avère impropre aux classes de mots respectives.
2. Les adjectifs sont des déterminants, donc leur sens se complète en présence des
déterminés. Nous ne pouvons pas dire que les adjectifs ne peuvent pas avoir un sens
sans leur déterminé : par exemple, rouge s’il est employé tout seul pourrait acqérir un

39
sens dans un contexte situationnel : il peut indiquer le danger, le feu rouge, le sang,
selon les circonstances. Mais si on emploie rouge dans un contexte linguistique, cette
fois, le sens se trouve précisé et circonscrit avec beaucoup plus de précision : le
drapeau rouge des pays communistes, le manteau rouge du Père Noël, etc.
3. Il faut toujours tenir compte de la structuration du lexique dans une langue naturelle
donnée, qui n’est pas la même pour toutes les langues naturelles.

Le sens et ses divisions, si on peut appeler ainsi les « plus petites unités de sens » ont connu
une attention particulière de la part des linguistes d’orientation cognitiviste, courant qui a
commencé à se manifester en psychologie. Comme tout le contenu cognitif doit trouver une
forme d’expression dans le langage, comme il doit se matérialiser ou s’actualiser par
l’intermédiaire des mots, le vocabulaire de tout un chacun ou le lexique d’une langue est le
moyen à travers lequel cette actualisation se réalise. La sémantique cognitive trouve que la
connaissance de l’agent humain se réalise par l’intermédiaire du langage, qui est capable, de
cette manière, d’inventorier et de classer les concepts que l’homme a réussi à s’approprier.
Ces connaissances se réunissent à des niveaux, qui sont : un niveau de base, un niveau sous-
ordonné et un niveau super-ordonné. Mais ce qui est plus important est que tous les
représentants de chaque classe mentionnée, que ce soit un représentant de classe de base, de
classe super-ordonnée ou sous-ordonnée, présente des traits inhérents qui s’appellent des
attributs, qui ont des valeurs. La classification des représentants en bon ou mauvais
représentant se fait en fonction de la présence ou de l’absence de ceratines valeurs. Dans ce
cas, au niveau de la sémantique cognitive, on parle également de caractéristiques d’une classe,
mais ces caractéristiques sont appelées attributs et valeurs. Ces caractéristiques sont en
sémantique cognitive ce que les sèmes représentent en sémantique structurale. Alors, que ce
soit le sème, que ce soit l’attribut ou que ce soit la valeur, il y a quand même une unité
minimale de sens. Comme la sémantique structurale est fondée sur l’idée que tout représente
une structure, formée sur la base d’une unité de base, la sémantique cognitive ne fuit pas la
recherche d’une unité minimale. Cette unité minimale est d’autant plus importante qu’elle agit
à des niveaux différents et conduit vers diverses structurations.
Une classification de ces unités minimales de sens nous est offerte par François Rastier, l’un
des représentants de la sémantique cognitive en France. Celui-ci précise que l’étude des sèmes
constitue l’objet de la microsémantique qui peut être divisée en trois sections : la théorie des
sèmes, la théorie des unités lexicalisées et la théorie des relations contextuelles (Rastier,
1994 : 52). Pour réaliser une typologie des sèmes il applique la méthode de l’identification

40
des traits pertinents, comme en phonologie. Sa démarche renverse un peu le raisonnement
habituel, qui voulait qu’on parte du sème pour arriver à l’unité minimale. F. Rastier considère
que pour arriver à l’unité minimale il faut prendre comme point de départ l’unité supérieure,
en l’occurrence le sémème, qu’il considère comme « un ensemble structuré de traits
pertinents, les sèmes ». Dans cet ensemble, les sèmes sont des « relations d’opposition ou
d’équivalence au sein des classes de sémèmes ».
Il maintient les types de sèmes dont ont parlé B. Pottier et P. Charaudeau et il précise qu’il y a
deux types de sèmes :
1. sèmes génériques – ceux qui sont hérités des classes
hiérarchiquement supérieures et grâce auxquels le sémème
peut rentrer dans ces classes. Les sèmes génériques notent les
relations d’équivalence entre s émèmes.
2. sèmes spécifiques - ceux qui différencient les sémèmes dans le
contexte des lexies appartenant à la même classe. Rastier cite
comme exemple les sèmes ‘poir-‘ et ‘pomm-‘ dans le contexte
de poire et pomme ou de poirier ou pommier.
Rastier remarque le fait que les deux notions sont relatives parce que ce qui a été sème
générique dans un domaine peut devenir spécifique dans l’autre et l’inverse. Par exemple pour
définir le lion on dira que c’est un mammifère, grand félin qui vit dans la savane, etc.
/Mammifère/ est un trait générique par rapport à /felin/, mais si on dit que le lion est un
/+animé/, par rapport à la table qui est /non animé/ alors /mammifère/ devient lui aussi trait
spécifique de /+ animé/.
Les sèmes génériques ont le rôle de noter les relations d’équivalence entre les sémèmes, par
exemple :
- « bistouri » et « scalpel » désigne des instruments tranchants
employés en médecine, mais ils s’opposent par le trait différenciateur
/pour les vivants / ;
- « vénimeux » et « vénéneux » s’opposent par le trait /animal/et
/végétal/
- « mausolé » s’oppose à « mémorial » par le sème /présence du corps/
vs/ absence du corps/.

41
Les sèmes peuvent encore être classifiés en sèmes inhérents et sèmes afférents, classification
réalisée d’après leur mode d’actualisation. Cette classification n’a rien à faire avec la première
classification, le critère étant différent.
Les sèmes inhérents sont caractérisés comme définitoires du type et ils sont hérités du type
dans le contexte d’emploi à condition que le contexte ne présente pas une quelconque
contradiction. Chacun des sèmes du type représente un attribut à valeur typique pour tout
représentant.
Rastier donne l’exemple du terme corbeau. Tout terme a plusieurs attributs, et l’un des
attributs relevants pour le terme corbeau est /couleur/. Pour ce terme « corbeau », l’attribut
/couleur/ a comme valeur spécifique, typique, /noir/. En termes de sémantique traditionnelle,
on dira que /noir/ est un sème inhérent à corbeau (tous les corbeaux sont censés être noirs,
alors dire corbeau c’est en quelque sorte dire noir). Dans le cas des sèmes inhérents, la valeur
typique , /noir/ est hérité par défaut dans l’occurrence. Si dans le contexte il y a une autre
instruction, on peut dire que le contexte impose à l’attribut /couleur/ une valeur atypique.
La deuxième catégorie de sèmes, les sèmes afférents, peuvent à leur tour se diviser en sèmes
socialement normés et sèmes afférents contextuels.
Les sèmes socialement normés, ayant pour fonction de marquer des relations applicatives des
sémèmes, sont en relation avec quelques phénomènes comme celui de la connotation et celui
de la prototypicalité. Ainsi, les éléments constitutifs de la série homme, femme représentent
une application d’une autre série force, faiblesse. Ce sont des sèmes socialement normés et ils
sont plutôt associés au type, sans être définitoires comme les sèmes inhérents. Les sèmes
socialement normés sont des sèmes périfériques et la connotation dant ils sont porteurs
dépend des normes sociales différéntes du système de la langue. Evidemment, dans une
communauté de femmes, comme celle des amazones, par exemple, ce sème périférique n’a
pas la même valeur, car socialement parlant, les femmes étaient fortes. Il faut préciser que les
exemplaires les plus représentatifs, les plus typiques d’une catégorie sont généralement
connotés. Cela s’explique par la théorie du prototype, conformément à laquelle les
exemplaires les plus typiques possèdent des traits que les autres exemplaires ne possèdent pas.
Les sèmes afférents contextuels ne sont pas identifiables par opposition, mais se manifestent
uniquement dans le contexte. Ces sèmes peuvent être mis en opposition si l’on met en
opposition les occurrences. Pour plus de précision, il faut noter que ces sèmes afférents
contextuels ne sont pas représentés lexicalement. Ils peuvent être identifiés dans un contexte
grâce à des déterminations ou à des prédications. L’exemple cité par F. Rastier est « corbeau

42
apprivoisé », exemple dans lequel le sème /apprivoisé/ doit être représenté dans l’occurrence
du « corbeau ».
L’analyse sémique n’est pas un simple exercice qui se fait pour bien rédiger un dictionnaire,
dans lequel nous devons relever des termes polysémiques (comme c’était le cas de page).
Cette analyse nous permet de distinguer plusieurs termes appartenant au même champ lexical,
car nous savons que les termes se définissent par opposition, et par exemple un terme
désignant un oiseau (le moineau, par exemple) se différencie d’un autre désignant aussi un
oiseau (l’aigle) par la dimension, qui est /petite/ pour le moineau et /grande/ pour l’aigle.
C’est toujours l’ananlyse sémique qui nous permet de distinguer les synonymes. Il est vrai
que, parfois, le contexte (linguistique ou situationnel) réussit à imposer l’emploi d’un terme.
D’autres fois, quand l’emploi d’un terme est une question de choix du locuteur, celui-ci
choisira le mot le plus « approprié » selon les caractéristiques nécessaires. Par exemple, si
l’on est dans la situation de choisir entre « cime » et « sommet », le contexte réussit à imposer
l’emploi de l’un ou de l’autre. On dira sans hésiter « Je suis arrivé jusqu’au sommet » et
également « Je suis arrivé jusqu’à la cime », mais on dira également sans hésitation « Le
président roumain a participé à une réunion au sommet » et non *« Le président roumain a
participé à une réunion à la cime ».
Ceci se vérifie également dans le cas de tout autre synonyme, que ce soit un verbe, un nom,
un adjectif. Dans le cas des synonymes dormir et roupiller, ou manger et bouffer, ce qui
devrait être spécifié c’est le registre de langue qui est employé, car si l’on est dans le registre
familier on choisira, évidemment, roupiller au détriment de dormir ou bien bouffer au
détriment de manger.

3.4. Le classème

A. J. Greimas (1966) et B. Pottier (1964, 1974) ont remarqué, en faisant l’analyse


sémique des lexèmes, la présence de certains traits sémiques ou sèmes qui jouent un rôle
particulier dans la constitution du sens du lexème en question.
Cette analyse sémique est basée sur la commutation, et de cette manière, Greimas (1966 :
50-54) remarque le fait que, dans le contexte :
Le chien aboie.
le terme chien peut être remplacé par d’autres termes comme chacal, renard, ce qui
donnera :

43
Le chien aboie.
Le chacal
Le renard
Ce paradigme se caractérise par la présence d’un trait commun de chien, chacal, renard, à
savoir le trait /animal/. Par comparaison avec les termes de ce paradigme, les termes du
paradigme:
L’homme
Diogène
Cet ambitieux
ne pourront pas se combiner avec le verbe aboie car aucun de ces trois termes ne contient
le trait /animal/.
A son tour, B. Pottier (1964, 1974) constate que tout terme comprend un
nombre de parties de sens qui reviennent de manière constante, par exemple pour les
termes rouge, bleu, vert, le sème qui est reccurrent est couleur, qui est caractérisé par B.
Pottier comme un sème générique, indiquant l’appartenance à une classe.
Ce qui est à souligner quand même, malgré le biais différent par lequel les
linguistes sont parvenus à cette conclusion, c’est que les termes des paradigmes
mentionnés peuvent se combiner avec d’autres termes, qui présentent le même trait. En
l’occurrence, le chien, le renard, le chacal présentent le trait /animal/ tout comme /aboie/,
le terme /mordre/ présente le trait /animal/ comme les termes du paradigme mentionné. En
aucune circonstance on ne pourra dire :
*Le chien/renard/chacal pleure.
car le verbe pleurer n’a pas le trait /animal/.
Pour définir un mot on peut employer aussi la méthode distributionnelle, qui
consiste à identifier tous les contextes dans lesquels un terme peut apparaître. Considérons
le cas du verbe demander :
(1) Le passant m’a demadé du feu.
(2) L’accusé demande à être entendu.
(3) Je demande que vous m’écoutiez.
(4) On vous demande au téléphone.
(5) Votre proposition demande réflexion.
(6) L’information demande à être vérifiée.
Dans tous les cas, le verbe demander est un verbe transitif employé avec un
complément exprimé par un nom (1), par un infinitif (2), (6), par une proposition (3), par un

44
pronom (4). Le complément peut être un animé (4) ou un non animé, un complément exprimé
par un nom concret ou abstrait. Donc, la seule exigence est que le verbe soit accompagné par
un complément d’objet direct. On dira que le verbe demander figure dans des contextes où il
est accompagné par un complément d’objet direct.
Ce que nous constatons c’est l’importance du contexte dans lequel le terme figure. Il y
a des termes qui ne figurent que dans certains contextes bien circonscrits, comme c’est le cas
du verbe demander, mais il y a des verbes qui figurent dans un nombre de contextes plus
variés. C’est le cas du verbe manquer :
(1) Les forces lui ont manqué.
(2) Les occasions ne manquent pas.
(3) Il ne manque pas de culot.
(4) Il ne manque de rien.
(5) Quand on manque de preuves on se tait.
(6) Tu manques de respect à tes parents.
(7) Il a manqué son coup.
(8) Il a manqué la dernière marche et il est tombé.
(9) On ne doit jamais manquer sa femme quand on veut la tuer.
(10) Nous nous sommes manqués hier soir.
Dans les exemples ci-dessus, le verbe manquer figure dans des contextes très variés : il est
intransitif (1) et (2), transitif indirect (3), (4), (5), (6), transitif (7), (8), (9), transitif
pronominal (10).
Le verbe présente donc une grande possibilité combinatoire sur l’axe syntagmatique,
possibilités qui sont appelées traits (sémantiques) contextuels (Marie-Françoise Mortureux,
2004 : 64) : « les traits contextuels sont les caractéristiques sémantiques des verbes qui sont
définis relativement à la nature des noms sujets et compléments ».
L’identification des possibilités combinatoires d’un verbe, d’un substantif ou d’un
adjectif permet de faire la distinction entre termes proches comme sens mais qui ne peuvent
pas figurer dans le contexte de l’autre terme. Par exemple, bien que les verbes croître et
s’agrandir sont synonymes, ils ne peuvent pas figurer dans le contexte de l’autre :
(1) La rivière a crû.
(2) La ville s’est agrandie depuis la guerre.
On ne pourra pas dire
* La rivière s’est agrandie.
* La ville a crû.

45
Comme nous pouvons le voir, cela représente une autre manière de décrire le sens
lexical, qui implique parfois la présence d’un trait commun au niveau des termes qui sont
susceptibles de se combiner (le chien aboie) ou la possibilité d’un terme de figurer dans le
contexte syntagmatique d’un autre terme.
Les possibilités combinatoires des termes sont gérées pour ainsi dire par leurs traits
syntagmatiques qui sont appelés par ailleurs classèmes (Tuţescu, 1978 : 79) : « Les classèmes
sont des traits sémiques combinatoires, des sèmes contextuels, dus à l’environnement
syntagmatique ».
Pour certains linguistes (B. Pottier, 1964 : 123, P. Charaudeau, 1992 : 18), les traits
génériques du nom représentent une manière d’identifier les possibilités combinatoires du
nom et on peut faire la sous catégorisation des verbes et des noms. Les distinctions qu’on
emploie sont les suivantes :

Animé : personne : mâle


- mâle

- personne : mâle
- mâle

- Animé : objet matériel


- objet matériel

Continuité : nombrable
- nombrable

De cette manière on peut établir des contextes dans lesquels certains termes peuvent
figurer et des contextes dans lesquels ils sont exclus. Il y a un grand nombre de verbes qui
sont marqués /+psychologique/, comme pleurer, rire, qui ne peuvent s’appliquer qu’aux
sujets /+animé/, /+ humain/ :

L’enfant pleure.
Mon frère rit.

46
Ces verbes sont exclus des contextes qui ne présentent pas un actant sujet /+animé/,
/+humain/ du genre :
*La rivière rit.
*L’armoire pleure.
Il y a des substantifs qui ne peuvent être employés qu’avec un complément
/– animé/:
Je me suis procuré une carte de la ville.
Le sujet doit présenter le trait /+humain /parce que le processus exprimé par le verbe se
procurer implique un actant humain. Une phrase du type :
*Le lion s’est procuré une belle gazelle pour le repas du soir.
est difficilement acceptable, tout au plus dans un texte marqué comme littéraire, car à côté du
verbe se procurer il y a aussi le terme repas qui implique un actant /+animé/ mais /+humain/.
Un grand nombre de verbes qui désignent des actions spécifiquement humaines doivent
s’employer avec des sujets /+ humain/:

(1) Papa lit son journal dans le fauteuil.


(2) Vous avez une écriture impossible, je ne peux pas la déchiffrer.

Le développement de la technique moderne a favorisé ou plutôt imposé l’emploi des verbes


lire, déchiffrer avec des actants sujets /-humain/ :
(3) Mon ordinateur ne lit pas ce fichier.
(4) La machine a déchiffré le message en un clin d’œil.
Il y a des verbes qui sont indifférents à l’opposition /humain/ vs /-humain/ pour
l’interprétation desquels le contexte énonciatif suffit. C’est le cas des verbes comme:
intéresser, concerner, frapper, ouvrir, entrer, indiquer.
(5) Cette loi intéresse l’ordre public.
(6) Cette découverte concerne le domaine technique.
(7) L’emphase peut frapper le sujet de la phrase.
(8) Cela ouvre des possibilités inespérées.
(9) Ces marchandises sont entrées dans le pays en fraude.
(10) Le thérmomètre indique des températures inhabituelles pour cette époque de
l’année.

47
Pour les substantifs, le trait /continu/ versus /discontinu/ représente un critère de sélection du
déterminant et du prédeterminant. On dira :
La neige fond vite au printemps.
On ne pourra pas dire :
*Deux neiges fondent moins vite qu’une.
C’est ce genre de combinaisons qui ont conduit vers le célèbre exemple de Chomsky :
D’incolores idées vertes dorment furieusement.
Ce sont des combinaisons parfaitement correctes du point de vue de tous les accords, mais le
choix des termes est, pour ainsi dire, inapproprié, car les idées sont des substantifs marqués
par le trait /-concret/, donc ils ne peuvent pas recevoir le déterminant vertes ; le même
substantif est /-animé/, danc il ne peut pas être actant sujet pour le verbe dormir : finalement,
le déterminant du verbe dormir ne peut pas être un adverbe marqué /+psychologique/ :
furieusement.

3.5. Le sémème

Après avoir parlé de sème comme étant l’unité minimale de sens et après avoir
distingué plusieurs types de sèmes, il n’est pas difficile à les rassembler et à en constituer un
ensemble de sèmes. Cet ensemble de sème, accompagné par le classème approprié forme
un sémème.
Si l’on considère l’exemple de l’oiseau, il est évident que si on met ensemble les
sèmes : /vertébré tétrapode/, /à sang chaud /, /au corps recouvert de plumes/, /dont les
membres antérieurs sont des ailes/ , /dont les membres postérieurs sont des pattes/, / dont la
tête est munie d’un bec corné/, /adapté au vol/, on obtient un ensemble de sèmes qui, du point
de vue du sens, représente un oiseau. Heureusement, il y a un nom, pour ainsi dire, pour cet
/animé/, /adapté au vol/, précisément le nom « oiseau ». Le terme ou le mot oiseau représente
la matérialisation linguistique, l’actualisation de l’ensemble de sèmes qui composent le
sémème oiseau. Evidemment, cet ensemble de sèmes apparaît dans des contextes spécifiques :

L’oiseau vole au-dessus de la mer.


Je n’aime pas voir des oiseaux en cage.
Les oiseaux font leurs nids pour y élever leurs petits.
Pour voler, l’oiseau bat des ailes.

48
L’opération peut se répéter avec n’importe quel ensemble de sèmes (voir les exemples
qui figurent dans le tableau de B. Pottier) et on constate que chaque ensemble de sème (ou
presque) représente un concept, un objet, un phénomène, un être, actualisé dans le langage par
un lexème. Nous avons marqué une certaine réserve pour la totalité des sémèmes qui
connaîtrait des actualisations. Il appartient à chaque langue de segmenter la réalité
environnante et par conséquent, dans certaines langues naturelles certains sémèmes
s’actualisent tandis que d’autres ne le font pas. C’est le cas du terme cuscru (roumain) qui
désigne le père de la bru ou du gendre ; un pareil terme n’existe pas en français et,
inversement, le terme lustre (français), qui désigne un intervale de cinq ans, n’existe pas en
roumain (T. Cristea, 1998 : 38). C’est le cas de fille au pair (fançais), (fille qui passe un
certain temps à l’étranger dans une famille d’accueil, pour apprendre la langue du pays en
question, et qui ne paie pas pour l’hébergement et les repas, mais fait en revanche de petits
services comme : les achats, des devoirs avec les enfants de la famille, de petits travaux
ménagers), terme qui n’existe pas en anglais, raison pour laquelle l’anglais l’a emprunté tel
quel. C’est le cas du terme anglais yacht (navire de plaisance à voiles ou à moteur) qui
n’existe qu’en anglais et qui a été emprunté tel quel en français. On va citer deux derniers
exemples pour montrer que la variété des langues qui segmentent différemment la réalité
extra-linguistique est grande : on citera le cas de yatagan, un terme turc qui désigne un sabre
turc, à lame recourbée vers la pointe, et le cas de yaourt, terme turc également qui désigne du
« lait de vache non égoutté et fermenté, originaire d’Asie centrale ». Evidemment, on pourra
objecter que pour le cas du cuscru, cuscră (roumain), le français n’a pas considéré nécessaire
de faire ressortir les relations qui existent entre les parents des personnes engagées dans une
relation de mariage. Il en va de même pour l’anglais qui n’a pas considéré nécessaire d’établir
le statut de la fille qui réside à l’étranger pour apprendre la langue du pays d’adoption en
échange de quelques menus travaux. Et il se passe la même chose pour une arme qui était
caractéristique des Turcs, qui n’a jamais été adopté par les Français qui n’ont ressenti aucun
besoin de trouver un terme autochtone pour la désigner et ont préservé le nom turc.
Il y a également le cas opposé, le cas où un mot, un lexème, peut avoir deux ou
plusieurs ensembles de sèmes comme définition au sein de la même langue naturelle. C’est le
cas par exemple du terme « page ». Ce terme peut être représenté par deux ensembles de
sèmes, comme il suit :
page = (1) /objet/, /côté d’une feuille/, / susceptible de recevoir un texte/ ;
(2) /personne/, /jeune noble/, /placé auprès d’un roi, d’un noble, d’une dame/,
/pour apprendre le métier des armes/, /pour servir la dame/.

49
C’est le cas de tous les mots polysémantiques : pour chacune de leur acception, les
mots polysémantiques ont un ensemble spécifique de sèmes définitoires et non seulement,
mais uniquement un lexème qui actualise l’ensemble de sèmes. Dans ce cas, l’analyse
sémique s’avère être un instrument utile de distinction des termes polysémantiques qui
figurent comme des entrées séparées de dictionnaire. C’est la même chose pour un grand
nombre de termes, car le fait est bien connu : peu de termes sont monosémiques, et c’est
plutôt le cas des termes techniques ; la plupart sont polysémiques et ils sont introduits
distinctement dans les dictionnaires. Nous pouvons citer comme exemple beaucoup d’autres
termes : canard, minute, rayon, mine, voile, vase, mousse, livre, manche, campagne, carte,
peine, aigu, salé, lisse, dur, louer, cribler, gagner, etc.
Le terme baie a pour le moins, trois sens distincts :
(7) – échancrure d’une côte, plus ou moins ouverte sur le large ;
(8) – ouverture pratiquée dans un mur pour faire une porte, une fenêtre ;
(9) – fruit charnu, indéhiscent (qui ne s’ouvre pas spontanémént à l’époque de
la maturité) contenant des graines ou pépis dispersés dans la pulpe.
Qu’il s’agisse d’un ensemble de sémès formant un sémème actualisé dans une langue
naturelle et non actualisé dans une autre langue, ou qu’il s’agisse d’un lexème qui constitue la
lexicalisation de plusieurs sémèmes, ce qui compte c’est que le sémème en question
représente l’actuallisation d’un ensemble de sèmes qui sont : des sèmes communs, des sèmes
distinctifs et évidemment des sèmes périfériques. Ce qui compte encore c’est l’environnement
contextuel, les combinaisons sur l’axe syntagmatiques qui contribuent à désambiguïser
l’énoncé. C’est le classème qui a le rôle essentiel dans ces cas. On dira :

Il lit la même page depuis un quart d’heure.


J’ai égaré cette page de journal.
Le page suit la reine partout.
Au sortir de page on devenait écuyer. (LNPR)

Anatole France avait beaucoup d’admiration pour la baie de Naple.


La lumière entrait dans la chambre par une large baie.
Le raisin, la tomate, la myrtille sont des baies.

50
Le sémème contient des sèmes de rang différent selon le concept auquel ils revoient.
Par exemple, il y a des sèmes qui renvoient à des domaines spécifiques (géographie, histoire,
navigation), à des classes (objets naturels ou fabriqués) ; il y a des sèmes qui renvoient à des
actants animés ou non animés, des sèmes qui renvoient à la direction, des sèmes qui renvoient
aux qualités qui peuvent être perçues par les sens, etc.
Si on considère le lexème armoire, quand on commence à faire son analyse sémique
on devra mentionner tout d’abord le sème /meuble/ qui renvoie à une classe d’objets ; le
lexème chaise contient dans sa définition de dictionnaire le sème /siège/ ; pour le lexème
piano le premier sème qui doit être mentionné est /instrument musical/, qui renvoie à une
classe d’objets (objets fabriqués); pour le lexème avancer le sème qui ne doit pas manquer de
la définition est /se déplacer / accompagné par le sème /en avant/. En faisant une analyse des
sèmes qui figurent obligatoirement dans la constitution d’un sémème on peut dire que dans la
grande majorité des cas, les sèmes en question sont des archisémèmes . C’est un type de
définition de l’objet qui va du général vers le particulier, qui est basé sur une relation
d’inclusion.
Dans le cas du lexème avancer, on constate que le sème que l’on considère important,
respectivement /se déplacer/ n’appartient pas uniquement au verbe avancer, il se retrouve
dans la définition d’autres verbes comme courir, marcher, se promener. Donc, le verbe se
déplacer qui existe dans le lexique du français serait une sorte d’archisémème de tous les
verbes mentionnés. Cela ne doit pas nous conduire vers l’idée que l’archisémème est une
unité inférieure au sémème, mais bien au contraire, c’est une unité supérieure au sémème
parce qu’elle inclut le sémème en question.
Il arrive que l’archisémème se lexicalise, qu’il ait une manifestation ou matérialisation
linguistique qui est l’archilexème (cf. siège, se déplacer), mais il existe des cas où
l’archisémème ne se lexicalise pas. Si on considère les termes femme, fille, on constate qu’ils
ont en commun les sèmes /humain/, / non mâle/, traits pour lesquels il n’y a pas de lexème.
Une autre remarque importante concernant la structure du sémème se rapporte au type
de relation qui existe entre les parties de sens présentées dans la définition du terme qui nous
intéresse.
Si on analyse les termes violon, paillotte, espadrille, chien, on constate que chacun de
ces termes se définit par inclusion dans un ordre supérieur :

Violon : /instrument de musique/, /à cordes/


Paillotte : /cabane /, /de paille ou d’une matière analogue/

51
Espadrille : /chaussure/, /dont l’empeigne est de toile/, /dont la semelle est de
corde tressée/.
Chien : /animal/, /vertébré/, /mammifère/, /carnassier/.

Nous n’avons pas toujours affaire à des relations d’inclusion comme dans le cas de
chien : animal, vertébré, mammifère, carnassier, etc. Certains sèmes qui constituent le
sémème sont parfois employés pour marquer l’opposition avec les sèmes d’un autre sémème
voisin comme sens. Il s’agit du sème /domestique/ qui s’oppose au sème /sauvage/ et qui joue
le rôle de sème différenciateur pour distinguer entre le chien et le loup. Ou il peut s’agir du
sème /grand/ opposé à /petit/ pour distinguer entre table et tablette , île et îlot.
Si l’un des termes est employé à bon esciant dans le contexte de l’autre, il s’agit d’un
emploi figuratif, intentionnel et ayant un but précis. Par exemple, vagabond, -e est un adjectif
qui détermine d’habitude des noms /+animé/, /humain/ :
Les tzigans sont un peuple vagabond.
Par extension on a commencé à employer ce terme avec des noms /-humain/ ,
/-concret/ :
Il se plaît à mener une vie vagabonde.
J’ai remarqué que ce soir–là il était d’hummeur vagabonde.

Chapitre IV
Structuration du lexique en champs sémantiques

4.1. Nécessité de la notion

La notion de champ sémantique apparaît de façon naturelle quand on commence à regrouper


les termes selon des sèmes génériques, syntagmatiques, selon le noyau sémique commun,
selon l’étymologie ou selon d’autres critères, qui ne manquent pas. Par conséquent, on dira
que le champ sémantique est une manière de structurer, selon certains critères, le lexique
d’une langue.

52
Le terme de champ sémantique est lié au nom du linguiste allemand Jost Trier (cité dans Irène
Tamba Mecz, 1988 : 11) et à la naissance de la sémantique. Les tentatives organisatrices du
lexique allemand, appartenant à J. Trier, portent en fait sur des champs conceptuels, plus
exactement le champ des mots désignant la connaissance. Dans une étude publiée en 1934, J.
Trier (cité dans Crystal, D.1991 :104) remarque le fait que la structure d’un champ
sémantique peut changer le long des années, à de longs intervalles. Il précise que, entre 1200
et 1300, l’Allemand a évolué d’une langue qui n’avait pas de termes spécifiques pour
désigner la qualité de la connaissance, le nombre de termes se réduisant à deux, à une langue à
plusieurs termes désignant la connaissance. Au fur et à mesure que la langue a évolué, des
termes au sens restrictifs ont fait leur apparition et la langue a connu des spécialisations et de
nouvelles différenciations, par exemple il y avait un terme pour la connaissance religieuse, un
autre terme pour la connaissance dans le sens de talent et ensuite un terme pour le sens
d’ensemble de connaissances. Le linguiste allemand considère que « nos concepts
recouvrent tout le champ de la réalité linguistique, sans laisser de vides, ni de
chevauchements, comme les pièces d’un puzzle » (M. Tuţescu, 1979 : 108). Inversement, dit J.
Trier, la langue recouvre tous les concepts de la pensée. Il y aurait donc une coïncidence
parfaite entre le champ conceptuel et le champ linguistique. Comme toutes les parties sont
solidaires et bien intégrées dans un tout, un changement dans une zone entraîne des
changements dans les zones voisines, donc tout changement dans un concept entraîne des
changements dans les concepts voisins et au niveau des mots qui expriment ces concepts. De
l’avis de Dubois (1973 : 81-83), ces tentatives sont rapprochées de celles faites par des
anthropologues et des ethnographes, dont le travail consiste à exploiter des données
linguistiques pour bâtir les schèmes conceptuels d’une société. En s’appuyant sur ces données
assez complexes on a pu déterminer l’étendue des concepts recouverts par un mot et parfois
par un groupe de mots. C’est ainsi qu’on a pu étudier le vocabulaire de la parenté, les
classifications botaniques populaires ou le vocabulaire des animaux domestiques. Le même
linguiste apprécie que cette structuration de nature conceptuelle ne concerne pas directement
la linguistique, parce que la structuration en langue ne se superpose pas exactement sur la
structuration conceptuelle. Cette manière d’étude est hétérogène et les linguistes l’ont orientée
évidemment du côté de la linguistique en fondant l’onomasiologie et la sémasiologie.
L’onomasiologie est « une étude sémantique des dénominations ; elle part du concept et
recherche les signes linguistiques qui lui correspondent » (J. Dubois et alii, 1973 : 346). Par
le biais de cette étude onomasiologique on peut établir les structures conceptuelles de la
parenté dans une culture. Chaque culture fixe certains traits oppositifs, certaines oppositions

53
pertinentes qu’elle conserve et dont elle se sert pour établir des hiérarchies, des valeurs. On a
identifié parmi ces oppositions l’opposition des sexes, la hiérarchie des générations,
l’organisation de la lignée qui peut être patrilinéaire ou matrilinéaire. A partir de ces
oppositions et de ces relations conceptuelles on commence à identifier les signes linguistiques
et à les étudier du point de vue de leur fonctionnement dans ce cadre. Une telle démarche
conduit à l’étude du signe linguistique mère comme signe qui une certaine valeur dans la
classification des relations de parenté. On retrouvera de cette manière tous les autres signes
qui ont une quelconque relation avec le signe mentionné.
On pourrait exemplifier la notion d’onomasiologie et la réalisation linguistique d’une
opposition en analysant la notion de « séparation ».
- séparer une plante de la terre où elle était plantée : arracher
- séparer plusieurs plantes de la terre où elles avaient poussé en désordre :
débroussailler
- séparer une dent de la gencive de quelqu’un : arracher
- séparer une partie du corps de qqn. de son corps par une action violente :
arracher
- enlever à qqn. le masque mensonger : démasquer
- enlever de force à qqn. un objet : arracher
- enlever de force à qqn. un être vivant : prendre
- obtenir qqch. de qqn. après quelque résistance : soutirer
- faire qqn. quitter un lieu : tirer
- faire qqn. quitter un lieu par force : chasser
- faire qqn. quitter un lieu pour le punir : exiler
- faire qqn. quitter ses habitudes : détourner

La sémasiologie est le concept opposé à l’onomasiologie et sa démarche consiste à partir du


signe pour aller vers le concept. A beaucoup d’égards, la démarche de la sémasiologie est
semblable à celle de la lexicologie structurale, justement par sa tentative de représenter des
structures organisées dans des paradigmes et des syntagmes. En suivant cette démarche et ce
type de relations, on pourra étudier le terme maison, par exemple, selon l’environnement et
selon les paradigmes dans lesquels il figure. Les méthodes sont celles du structuralisme, à
savoir la distribution et la commutation. On constate que le terme maison peut figurer dans les
contextes du type :

54
(1)Je vous présente la maîtresse de la maison.
(2) Il faudra économiser sur les dépenses de maison.
(3) C’est une maison fort honorable.
(4) Il ne faut pas dire des choses pareilles dans la maison du Seigneur.
(5) Les astrologues parlent des douze maisons du ciel.
(6) Il se rétablit dans une maison de repos.
(7) Nous l’avons interné dans une maison de santé.
(8) Les employés d’une maison de commerce sont fidels à leur employeur.
(9) C’est un employé de la Grande Maison. (fam. de la police)
(10) Il appartenait à la maison civile du président de la République.

On peut encore constater que dans chaque contexte, le terme maison peut être
remplacé par un terme différent :

(1) Je vous présente la maîtresse du foyer.


(2) Il faudra économiser sur les dépenses pour l’entretien de l’habitation.
(3) C’est une famille très honorable qui habite cette maison .
(4) Il ne faut pas dire des choses pareilles dans une église.
(5) Les astrologues parlent des douze fuseaux du ciel.
(6) Il se rétablit dans un hôpital.
(7) Nous l’avons interné dans une clinique.
(8) Les employés d’une firme sont fidèles à leur employeur.
(9) C’est un employé de la Police.
(10) Il appartenait au département de services civiles du président.
Dans chacun de ces exemples, maison peut être remplacé par un synonyme ou autrement dit il
y a un terme qui pourrait figurer dans le même contexte. De cette manière on peut dire que le
terme maison à un champ linguistique très vaste, qui inclut : foyer, habitation, personnes qui
habitent la maison , église, fuseaux du ciel, hôpital, clinique, firme, police, employés civils.

maison

concret abstrait
fuseau du ciel

55
personne qui habite foyer
employés civils habitation
[animé] [-animé]

+ famille

+ santé

Une analyse plus approfondie de ces deux manières de structurer le lexique d’un langue met
en évidence le fait que l’onomasiologie styructure le lexique en s’appuyant sur la synonymie
tandis que la sémasiologie opère la structuration sur la base de la polysémie d’un terme (Karl
Baldinger, cité dans Mariana Tuţescu, 1979 : 110).
La classification des concepts et des mots d’une langue a représenté pour les linguistes le
terrain d’une permanente confrontation, car les directions ne manquaient pas. Comme le XIX-
e siècle est l’époque qui marque l’apparition de la science appelée sémantique, il est
également le siècle où l’on fait des tentatives de regrouper le lexique d’une langue selon des
domaines. On pourrait citer le Thésaurus du lexicologue anglais Peter Mark Roget (1852) où
le « vocabulaire » est divisé en six grands domaines : relations abstraites, espace, matière,
intellect, volition, affections. Le lexicologue anglais a trouvé des sous-classes pour chaque
domaine et au total il a identifié mille catégories. Nous reproduisons le tableau offert par
Roget concernant les affections :
affections

general terms personal sympathetic moral religious

obligation sentiments conditions practice institutions

temperance intemperance sensualism asceticism etc.

L’exemple de Roget pour l’étude du « vocabulaire » anglais a constitué un bon départ pour
ce type de structuration du lexique d’une langue. Pour ce qui est du lexique français, il y a

56
deux exemples que nous voudrions citer : celui de Georges Matoré, auteur de « La Méthode
en lexicologie » celui de Daniel Péchoin sous la direction duquel on a réalisé le « Thésaurus
Larousse ».

4.2. Tentatives de structuration du lexique français

4.2.1. Structuration du lexique français entre le XVII-e et le XVIII-e siècle

Les deux approches, onomasiologique et sémasiologique, prouvent ce que G. Matoré (1953)


remarquait dans la Préface à la deuxième édition de la Méthode en lexicologie : « on ne peut
réaliser l’histoire des mots sans faire l’histoire des choses, et par choses il faut entendre non
seulement les objets concrets d’une communauté paysanne, mais les notions relatives à la
mentalité, aux conditions de vie, etc., sans lesquelles l’existence des objets les plus courants
(une scie, une charrue, etc.) ne peut s’expliquer ». Dans la même préface, Matoré précise
qu’autour du mot lexicologique il s’établit des relations différentes qui sont soit des
associations prévisibles (« des rapprochements morphologiques en nombre limité s’instituent
soit autour du sémantisme de la racine –chant, chanter, chanteur- soit autour de la notion
exprimée par celle-ci – chant, musique, voix ») (1953, XXVI). La deuxième classe de
relations qui s’établit entre les termes d’une langue tient plutôt aux associations faites par la
pensée humaine. De cette manière on associe gilet, dandy et artiste. La vision de Matoré sur
la sémantique est restreinte au maximum, car il ne voit dans la sémantique qu’une « étude des
valeurs successives des mots » (1953 : 13). Il se sert de ce qu’il appelle mot-témoin, en
fonction duquel s’organise la hiérarchie du vocabulaire dans les champs notionnels (1953 :
67) et de la notion de mot-clé qui désigne un être, un sentiment, une idée dans la mesure où la
société reconnaît un idéal dans les termes mentionnés. On pourrait donc se proposer d’établir
le champ notionnel de l’honnête-homme, mot-clé représentant un être connu et reconnu par la
société française du XVII-e siècle, en fait l’expression d’un idéal. De la même manière, G.
Matoré constate que le vocabulaire du XVIII-e siècle est « mal connu » (1953 : 69) pour la
simple raison que les ouvrages concernant le développement du lexique à cette époque-là sont
peu nombreux et lacunaires. En citant les ouvrages de Ferdinand Brunot et de Paul Hazard,
Matoré remarque l’absence de la notion de génie, qui était justement une notion fondamentale
pour l’époque. Dans une période allant de 1789 jusqu’à 1815 on remarque dans la structure du
vocabulaire français non pas de types humains mais des principes. L’époque qui suit la
Reastauration consacre un type et quelques sous-types caractéristiques de l’époque : le

57
bourgeois, le prolétaire et l’artiste. A une analyse plus poussée, Matoré constate qu’en réalité,
la structure du vocabulaire au début du XIX-e siècle est plutôt organisée autour de deux
notions : individualisme et organisation. Il n’est donc plus nécessaire de souligner que l’état
du vocabulaire de l’époque représentait un état de société (G. Matoré, 1953 : 71). En se
servant des sources existantes à ce moment donné de la lexicologie, on pourrait regrouper le
vocabulaire selon : a) Les tendances ; b) Les techniques ; c) Le social. Ces trois grands
domaines sont organisés dans des sous-domaines comme il suit :
a) Les tendances
I. Le Mouvement et le Biologique
II. Les sensations
III. Les sentiments
IV. Le rationnel
b) Les techniques
I. Métiers
II. Activités esthétiques
III. Les sciences
c) Le social
I. Argot
II. Populaire
III. Grossier
IV. Familier
V. Académique
VI. Littéraire
La classification faite par Matoré met en évidence le fait reconnu par bon nombre des
linguistes de tous les temps, à savoir qu’une langue représente un système de pensée, un
système de structuration de l’univers, de la réalité. Nous pouvons remarquer encore que
l’auteur parle de « vocabulaire » pour désigner le lexique de la langue, et ce terme de
« vocabulaire » représenterait un catalogue par ordre alphabétique des mots d’une langue. Ce
« vocabulaire » est en permanente expansion, ce qui veut dire qu’il ne reste pas tel quel ; des
découvertes ultérieures peuvent conduire à l’apparition d’autres termes et à l’élargissement du
domaine, donc à l’accroîssement des termes du champ sémantique respectif. Notons par
ailleurs que, pour Matoré, les limites entre la lexicologie et la sémantique sont encore
incertaines. Il parle de champs sémantiques, de l’apparition d’une nouvelle science (qui
pourtant n’était pas si nouvelle que ça, compte tenu de l’existence de l’œuvre de Jost Trier,

58
antérieure à beaucoup d ‘autres mentionnées dans l’étude de Matoré), de l’évolution de cette
science qui s’occupe du sens des mots et des différents courants qui ont marqué cette science.
Ce n’est pas surprenant de retrouver ces idées dans un dictionnaire contemporain qui semble
s’inspirer également du « Thesaurus » de Roget et de l’étude de G. Matoré.
4.2.2. Thésaurus- des idées aux mots, des mots aux idées

Ce Thésaurus est conçu en trois parties : le monde, l’homme, la société, et chaque partie est
divisée en sous-parties, au total 843 articles. Nous avons choisi de presenter le domaine « La
société » du Thésaurus de Daniel Péchoin pour illustrer une possibilité de regrouppement du
lexique français.

LA SOCIÉTÉ

1. Le rapport à l’autre
– Les comportements - Sociabilité, insociabilité, compagnie, solitude, bonté, méchanceté,
générosité, égoïsme, hospitalité, inhospitalité, courtoisie, discourtoisie, loyauté, promesse,
trahison, délicatesse, dureté.
- Les sentiments – Amour, caresse, passion, ressentiment, amitié, inamitié, confiance,
défiance, jalousie, pitié.
- L’image de soi – Fierté, modestie, honte, prétention, distinction, affectation, simplicité,
ostentation, timidité, décence, indécence.

2. Le rapport hiérarchique
- Autorité et soumission – Autorité, domination, influence, obéissance, désobéissance,
respect, irrespect, soumission, servilité, résistance.
- Commandement et consentement- Commandement, autorisation, interdiction, demande,
consentement.
- Louange et reproche – Louange, reproche, pardon.
- Le Prestige social- Gloire, ostracisme, honneur, discrédit, promotion, éviction, ridicule,
noblesse, roture, titres.

3. Guerre et paix
-Le Conflit et le compromis – Conflit, guerre, révolution, paix, compromis, pacte.

59
- Les Episodes du conflit – Attaque, défense, agression, coup, représailles, victoire, défaite,
revanche.
- La Force armée –Armée, armes, armement ancien, manœuvres , tir.

4. La vie collective
- Société et organisation politique – Société, politique, régime, systèmes politiques, éléction,
représentants.
- La Citoyenneté- citoyen, civisme, habitant, étranger.
-La Famille – Famille, père, mère, filiation, mariage, célibat, divorce.
- Les Coutumes- Coutumes, cérémonies, fête, funérailles, salutations

5. La morale
- La Loi morale – Morale, devoir, prescription, honnêteté, malhonnêteté, mérite, démérite,
imperfection, péché, expiation.
- Les Vertus et les vices – Vertu, vice, tempérance, ascèse, intémpérance, chasteté, luxure,
sobriété, glutonnerie, ivrognerie, avarice, prodigalité.

6. Le droit
- La Justice- Justice, injustice, droit, tribunal, plaidoirie, police.
- Les Délits et les peines – Vol, escroquerie, proxénétisme, crime ; arrestation, condamnation,
détention, libération, supplice.

7. La communication et le langage
- Communication et dissimulation – communication, secret, tromperie, mensonge.
- Le Signe et le sens – Signe, représentation, sens, non-sens, intélligibilité, ambiguïté, sous-
entendu, interprétation.
- La Langue – Langue, grammaire, phrase, mot, nom, lettre.
- La Parole – Parole, trouble de la parole, cri, interjection, conversation, plaisanterie.
- Le Discours – Discours, figures de discours, rhétorique, récit, description, résumé.
- Le Style – Eloquence, platitude, concision, prolixité, grandiloquence.

8. La communication et l’information
- L’Ecrit et les médias –Ecriture, imprimerie, imprimé, livre, presse, radiotélévision,
publicité.

60
- Circulation et traitement de l’information – Télécommunication, correspondance,
enregistrement, informatique.

9. L’Art
- Arts plastiques, image et décor – peinture et dessin, iconographie, sculpture, architecture,
ornements, art des jardins, tendances artistiques.
-La Musique et la chanson – Musique, musiciens, instruments de musique, chant, chanson.
- Les Arts du spectacle – Danse, théâtre, scène, poésie, cinéma, cirque.

10. Les activités économiques


- Le Travail et la production – Emploi, main d’œuvre, lieu de travail, salaire, production,
improduction.
- L’Industrie et l’artisanat – Energie, outils, machines, manutention, exploitation minière,
pétrole, pétrochimie, métallurgie, sidérurgie, travaux publics, meunuiserie, plomberie,
serrurerie, textile.
- L’Agriculture et la pêche – Agriculture, arboriculture, élevage, pêche.
-Transport – Transport, transport par route, automobile, transport par rail, transports
maritimes et fluviaux, transport par air, astronautique.
- Le Commerce et les biens – Possession, cession, restitution, paiement, don, commerce,
marchandise.
- L’Economie – Richesse, pauvreté, prix, cherté, modicité, gratuité, dépense, dette,
libéralisme, dirigisme.
- La Finance – Monnaie, crédit, banque, bourse, valeurs mobilières, épargne, gestion,
fiscalité.

11. La vie quotidienne


- L’habitat – Habitat, maison, urbanisme, mobilier, vaisselle, éclairage, chauffage, nettoyage.
- L’Alimentation – Repas, gastronomie, pain, sucrerie, boisson, produits laitiers, fromages.
- Vêtements et la parure – Vêtements, mode, couture, chaussures, bijou, coiffure.
- Loisirs – Passe-temps, voyage, sports, chasse, jeux, jouets.

4. 3. Analyse de quelques champs sémantiques

61
Depuis l’apparition de la théorie des champs sémantiques, ceux-ci ont été appelés
successivement champs sémantiques, champs lexicaux, champs associatifs, champs
notionnels, champs paradigmatiques, champs syntagmatiques, ou bien champs dérivationnels,
champs suffixaux ou champs préfixaux. Il est évident que chaque appellation prétend refléter
un critère de structuration du lexique. Tous les types d’organisation du lexique sont constitués
par des éléments appartenant à un domaine, éléments entre lesquels on ne peut pas établir une
hiérarchie, mais uniquement des différences. C’est justement ce que le linguiste E. Coseriu
disait à propos des champs sémantiques ou lexicaux : « Un champ lexical est une structure
paradigmatique constituée par des unités lexicales se partageant une zone de signification
commune et se trouvant en opposition les unes avec les autres. » (E. Coseriu, cité dans M.
Tuţescu, 1979 : 112). Cette définition se vérifie parfaitement dans les exemples que nous
donnerons pour illustrer les différentes variétés de champs sémantiques.
Le travail de Georges Matoré (1953) peut servir d’exemple pour illustrer la notion de champ
notionnel. Dans son Appendice I (p.99-117) il présente le « champ notionnel d’art et d’artiste
entre 1827 et 1834 » en spécifiant les termes existant à l’époque et délimitant leur
signification, ce qui veut dire celle qui était en circulation déjà et celle qui était en train de se
créer. Nous apprenons grâce à Matoré que « le mot art garda longtemps une signification très
générale, et c’est seulement quand on voulait apporter une certaine précision qu’on employait
les expressions d’arts mécaniques (les métiers) ou d’arts libéraux (ceux–ci ne comprenant la
peinture, la sculpture et l’architecture que depuis le milieux du XVIe siècle. L’art n’acquiert
une véritable autonomie qu’au XVIIe siècle (la naissances du terme beaux-arts, en 1640, en
est le témoignage)... Cependant les mots artiste et artisans continuent à être confondus... ».
Pour plus de clarté nous allons reproduire le tableau que Matoré donne du champ notionnel
d’art et d’artiste (1953 : 116) :

62
Le même principe est employé dans le Dictionnaire analogique réalisé sous la direction de
Georges Niobey (1995) qui précise que le dictionnaire analogique « c’est un dictionnaire dans
lequel les mots sont groupés selon leurs rapports de sens ». Le dictionnaire est organisé selon
des mots-centres qui illustrent des aspects de la vie contemporaine avec une insistance
spéciale sur les sciences et les techniques nouvelles, la culture, les sports, les spectacles.
Comme on peut le constater en consultant le dictionnaire et comme on nous avertit dans la
préface de celui-ci, les thèmes qui font l’objet du dictionnaire analogique cité tournent autour
de l’homme, « ses aspects physiques, physiologiques, biologiques (les parties du corps, les
sensations, les maladies, les soins), ses diverses activités vitales (alimentation , respiration,
reproduction), ses gestes, ses mouvements, son activité intellectuelle (conscience, esprit,
intelligence, raison, mémoire, langage, littérature, philosophie), professionnelle (employé,
ouvrier, agriculteur, artisan, fonctionnaire, médecin, pharmacien, etc) ; sa vie psychique,
affective, morale, religieuse ; les rapports de l’homme et de la société : l’organisation
politique, sociale, économique, industrielle ; le droit, la justice, le travail, l’éducation, les
divers degrés d’enseignement, l’éducation, les relations des hommes entre eux : l’amour,
l’amitié, la sympathie, l’antipathie, la haine, la violence ; les relations internationales, la
guerre, la paix, la défense nationale, l’armée, les différentes armes, etc. ».
Ce que nous venons de citer ne représente qu’une partie du contenu de ce dictionnaire qui, en
se servant du terme mot-centre comme Matoré s’était servi du terme mot-témoin, illustre
l’ampleur du lexique du français, la richesse des termes appartenant à divers niveaux de
langue.
Nous allons reproduire les termes regroupé sous le mot-centre ART pour pouvoir comparer
ler deux articles de dictionnaire :
Art

63
(du lat.ars, artis ; en grec techne)
Ensemble de connaissances et de règles d’action dans un domaine déterminé Art oratoire.
Art militaire. Art médical. Art dentaire. Art vétérinaire. Art dramatique. Art culinaire.
Les règles d’un art. Technique. Discipline. Métier. Profession./Un homme de l’art.Un
technicien. Un médecin./ Ouvrage d’art (construction [pont, tunnel, etc.] nécessaire pour
l’établissement d’une route, d’une voie ferrée).
Arts libéraux (au Moyen Âge). Grammaire, dialectique, rhétorique (trivium). Arithmétique,
géométrie, histoire, musique, (quadrivium)./ Arts mécaniques. Arts et manufactures. Arts et
métiers. Arts ménagers.
Moyen habile de faire quelque chose. Avoir l’art de (et inf.) Adresse. Habileté. Savoir-faire.
Manière. Façon.Don.Secret. Chic (fam.). /Art de tromper. Ruse. Artifice. /Art de se faire des
relations/. Entregent.
Expression d’un idéal de béauté. Oeuvre d’art (oeuvre qui manifeste une recherche
esthétique)./Beaux-arts : peinture, sculpture, gravure, architecture, musique,
chorégraphie./Arts décoratifs (ou arts industriels, arts mineurs) : ameublement, ébénisterie,
orfèvrerie, joaillerie, verrerie, céramique, tapisserie, ferronnerie, etc./Arts plastiques : dessin,
peinture, sculpture./Septième art : cinéma./Musée. Pinacothèque. Glyptothèque. Cabinet
d’estampes, de médailles.
Doctrines et écoles d’art. Conception du beau. Esthétique. Equilibre des proportions.
Harmonie des formes, des couleurs./Art antique, byzantin, roman, gothique, Renaissance,
classique, romantique, réaliste, naturaliste, impressionniste, moderne, cubiste, figuratif,
abstrait ou non-figuratif. Pop’art. Op’art./Classicisme. Romantisme. Impressionnisme.
Expressionnisme. Fauvisme. Surréalisme. Cubisme. Futurisme.
Evidemment, la structuration des notions liées à l’art est différente chez Matoré et chez
Niobey.
- Certains termes n’existaient pas au XIXe siècle (cubisme, futurisme, fauvisme) ;
- La notion d’art était reliée uniquement au Romantisme, le courant dominant de
l’époque ;
- On remarque dans les deux champs notionnels comparés l’existence de la notion
d’art libéral et art mécanique ;
- Les associations des deux dictionnaires illustrent clairement la mentalité de
l’époque, le degré d’évolution du lexique à un moment donné et le degré de
développement de la technique et de l’art.

64
Pour illustrer la notion de champ sémantique nous allons nous servir du terme journal.
Il y a un grand nombre de termes qui sont employés pour désigner ce type de média et la
définition de Coseriu est appropriée parce que tous les termes désignent un moyen de
communication de masse mais chaque terme présente une particularité.
Ainsi, le terme le plus général est celui de « journal », qui désigne une « publication
périodique relatant les événements saillants dans un ou plusieurs domaines » (NPR). En
fonction de ce qu’on entend par « périodique », on peut dénombrer les publications suivantes:
bulletin
gazette
hebdomadaire
magazine
périodique
revue
Pour tous ces types de médias, le NPR insiste dans la définition sur le caractère
« périodique » : communication des nouvelles les plus récentes à la radio, à la télé ou dans la
presse écrite pour bulletin ; « écrit périodique contenant des nouvelles » pour la gazette ;
« publication qui paraît régulièrement chaque semaine » pour hebdomadaire ; « publication
périodique, généralement illustrée » pour magazine ; publication paraissant à des intervalles
réguliers pour périodique ; « publication périodique, souvent mensuelle qui contient des
essais, des comptes rendus, des articles variés » pour revue.
L’énumération des termes peut continuer avec ceux qui insistent sur le caractère
quotidien de la publication :
feuille
gazette
quotidien
Finalement on peut mentionner d’autres termes comme :
organe
canard
feuille de chou
termes qui donnent des informations sur la valeur de la publication : organe désigne le
journal d’un parti, donc c’est quelque chose d’important ; un canard c’est « un journal de peu
de valeur » et une feuille de chou c’est un terme familier pour désigner un périodique
d’information.
Une autre catégorie de termes regroupe les référents selon le niveau de langue :

65
- publication, journal, hebdomadaire, quotidien (litt.)
- feuille de chou, feuille, quinzomadaire, hebdo, fanzine (fam.)
- torchon, torche-cul (vulg.)
- baveux, cancan, papier (arg.)
Evidemment, la liste peut continuer avec d’autres termes qui désignent des variétés
des publications déjà mentionnées : tabloïd (quotidien ou périodique de petit format), journal
illustré, journaux d’enfants, journal du dimanche, journal économique, journal financier,
journal officiel, journal régional, journal politique ;quotidien du soir, quotidien régional ;
revue littéraire, revue scientifique, revue financière ; revue féminine, revue automobile, revue
porno ; magazine féminin, magazine hebdomadaire, magazine mensuel.
Tous les termes mentionnés ont un noyau sémique commun, qui renferme plusieurs sèmes
comme : /publication/, /d’information de masse/, /à destination collective/, /paraissant
périodiquement/. A côté de ces sèmes formant un noyau commun on remarque des sèmes
différenciateurs comme :
- /paraissant quotidiennement/ : quotidien
- /paraissant hebdomadairement/ : hebdomadaire
- /caractère officiel/ : organe
- /peu de valeur/ : canard
- /terme vieilli/ : gazette
- /petit format/ : tabloïd
- /illustré/ : magazine, revue, bulletin.
L’ensemble de termes mentionnés constituent un paradigme, le paradigme des publications et
si on choisit d’employer la désignation de champ paradigmatique, l’appellation se justifie,
mais rien ne nous empêche de l’appeler champ sémantique ou champ lexical.
De la même manière on peut parler du paradigme des vêtements, qui pourrait se
différencier selon le sexe de ceux qui les portent :
- /vêtement pour hommes/ : pantalon, chemise, veste, veston, gilet, chaussettes,
complet, redingote, cravate, papillon, etc.
- /vêtements pout femmes/ : jupe, blouse, sandales, bas, jupon, chemise de nuit,
écharpe, coiffe, châle, manchon, robe de chambre;
- / vêtement pour enfant/ : pantalons, jupe, bonnet, etc.
Les vêtements se différencient selon l’occasion, les circonstances ou l’endroit où on
les met :
- /à l’intérieur/ : robe de chambre, pyjama, pantouffles, saut de lit, négligé, etc.

66
- /à l’extérieur/ : complet, pantalon, pardessus, manteau, imperméable, trench-coat,
trois-quart, etc.
- /sur la plage/ : maillot de bain ;
- / tenue d’occasion/ : smoking, frac, queue de morue, robe du soir, etc.
- /sur le terrain de sport/ : survêtement, short.
Evidemment il y a des vêtements caractéristiques pour une classe sociale ou pour un métier :
- /militaire/ : uniforme, tunique, vareuse, blouson, ceinturon, casqiue, épaulettes,
beret, fourragère ;
- /religion/ : soutane, voile, habit ;
- /industrie/ : bleu de travail ;
- / médecine/ : blouse blanche .
Parmi les premiers linguistes à avoir parlé de champs paradigmatiques, Georges
Mounin a étudié le paradigme de l’habitation. Il a dénombré plusieurs termes désignant
l’habitation mais se différenciant par un ou plusieurs traits sémiques. Evidemment, le noyau
sémique commun est /lieu où l’on habite/ et les différences apparaissent en fonction de :
a) la destination de l’habitation :
- / pour les humains/ : maison, immeuble, appartement, studio, duplex, deux-pièces,
trois pièces, garçonnière, meublé, demeure, domicile, résidence, retraite;
- /pour les animaux/ : bercail, écurie, porcherie, étable ;
- /à destination commerciale/ : auberge, hôtel, pension de famille, etc. ;
- /pour punir les malfaiteurs/ : prison, cabane, taule, cage
- /citadelle d’un souverain dans les pays arabes/ casbah
- /abri de tranché/ cagna
b) l’emplacement de l’habitation :
- au pôle : igloo
- chez les indiens d’Amérique : wigwam
- chez les habitants du Bengale : bungalow
- chez les habitants des côtes de la Méditerranée ou d’Afrique : paillote
- en Province : bastide (ferme ou maison de campagne pouvant avoir la taille d’un petit
château), mas (ferme ou maison de campagne de style traditionnel), bastide, cabanon
- toujours en Province : case (habitation traditionnelle, construite en matériaux legers,
dans certains pays tropicaux : case de banco, de paille, de bambou), hutte, paillote
- en Afrique du Nord : gourbi (habitation rudimentaire, misérable et sale)
c) dimensions

67
- maison, appartement, villa, bicoque (petite maison de médiocre apparence)
- studio, duplex, deux-pièces, trois pièces, garçonnière
- palace
- cage à lapins
d) caractère temporaire
- pied-à-terre (logement qu’on occupe occasionnellement, en passant)
- cottage (petite maison de campagne, élégante, de style rustique)
- caravane, roulotte (voiture aménégée pour l’habitation où vivent les nomades)
- meublé (appartement, chambre qui est loué(e) avec des meubles, des ustensiles)
- abri (habitation rudimentaire, parfois provisoire), refuge, asile (lieu où l’on se retire pour
échapper à un danger pour se mettre en sûreté)
- cahute (terme néerlandais), cabane, cagne (petit reduit)
e) terme générique
- habitation, habitat, logement, logis, habitacle (poétique), demeure
f) caractère pauvre et misérable
- masure (petite habitation misérable, maison vetuste et délabrée)
- bicoque
- porcherie, écurie (fig .)
- baraque
- bauge (lieu très sale)
- galetas (sens propre vx. logement pratiqué sous les combles ; sens mod. et fam. logement
misérable et sordide)
g) termes employés figurativement
- porcherie, écurie,
- bauge (gîte fangeux, de mammifères, notamment porcins)
- cage (prison)
- cage à lapins (appartement de petites dimensions)
-terrier (trou ou galerie que certains animaux comme le lièvre ou le renard creusent dans la
terre pour leur servir d’abri ou de retraite)
- tanière, retraite, bauge, forme, repaire (lieu où se refugie le gibier)
- cage à poules (logement exigu)
h) termes argotiques
- baraque
- tanière,bauge, repaire

68
- cage
- cahute, casbah, case, taule ( sens propre : chambre d’hôtel, sens figuré et argotique :
prison), turne (terme allemand : chambre ou maison sale et sans confort)
i) termes péjoratifs
- cagne, cagna, gourbis, nid à rats, réduit, bouge, galetas, retraite de hiboux, chenil, écurie,
porcherie
Nous pouvons identifier des champs sémantiques ou paradigmatiques non seulement au
niveau des noms mais aussi au niveau des verbes. Il y a un exemple bien connu, celui du
verbe tuer présenté par Aïno Niklas Salminen (1977 : 135-137), exemple que nous allons
compléter et analyser.
Le français connaît plus de quarante verbes à l’aide desquels on exprime les différentes
manières de « faire mourir quelqu’un » :
tuer, assassiner, liquider, égorger, exterminer, décapiter, exécuter, occire, poignarder,
supprimer, éliminer, empoisonner, descendre, noyer, asphyxier, étouffer, refroidir,
achever, terrasser, buter, fusiller, immoler, guillotiner, étrangler, massacrer, zigouiller,
déssouder, dézinguer, flinguer, foudroyer, suicider, abattre, électrocuter, bousiller,
trucider, estourbir, suriner, lapider, écraser, pendre, pourfendre, anéantir, décimer,
lyncher .
Evidemment, les verbes peuvent être classés selon :
a) l’instrument utilisé pour faire mourir quelqu’un :
- couteau, poignard : poignarder, suriner (surin, arg.,vx.- couteau, poignard,)
- l’épée : pourfendre
- fusil : fusiller
- pistolet, carabine : fusiller, tuer d’un coup de pistolet, flinguer, buter, descendre
- la pierre : lapider
- la guillotine : guillotiner
- la hache : décapiter
-sur la chaise électrique : électrocuter
b) la substance utilisée :
- le poison : empoisonner
c) faire tuer des personnes au combat :
- anéantir, décimer, exterminer, massacrer
d) faire mourir par privation d’air :
- étouffer, asphyxier, noyer, étrangler

69
e) tuer par décision du jury :
- exécuter, pendre, électrocuter
f) sans l’intervention de la loi
- tuer, exécuter, assassiner, lyncher
g) donner involontairement la mort
- tuer
Le terme générique est tuer mais les possibilités, les instruments ou le caractère plus ou
moins violent de leur mort donne naissance à un grand nombre de termes spécifiques. Il est
évident que le terme générique peut remplacer n’importe quel terme et il est aussi évident que
certains termes peuvent figurer dans une ou plusieurs sous-classes. Par exemple, on peut
assassiner quelqu’un en le poignardant, en le fusillant, en l’empoisonnant, en le flinguant, en
le lapidant, en le lynchant. Que la mort intervienne ou non par la décision d’un jury ou une
instance, elle est violente, donc ce trait inhérent accompagne tous les termes mentionnés. Le
caractère intentionnel peut être présent ou non, mais paradoxalement c’est le même verbe qui
exprime les deux situations possibles : tuer. Une grande inventivité caractérise les termes
argotiques : zigouiller, dézinguer, refroidir, liquider, suriner.
Quant à l’appellation de champ préfixal, sa méthode de constitution est un peu différente,
parce que le critère est la capacité d’un préfixe de donner naissance à des termes qui partagent
un noyau sémique commun. Par exemple, si on considère le préfixe –en présent dans des
verbes comme :
s’endormir, endommager, s’enfermer, enfiévrer, enfumer, engommer, s’enivrer, engraisser,
engourdir, ennoblir, ennuager, enlaidir, enrager, ensanglanter, enrichir, ensabler, enrober,
entacher, ensevelir, etc.
On constate que dans tous ces verbes le préfixe indique le début d’un proces, d’un
changement d’état.
Les préfixes qui contiennent un trait sémantique transmissible ne manquent pas en français.
On pourrait citer le préfixe re-, ré- dans des verbes comme réagir, réadapter, réajuster,
réarranger , rebattre, rebondir, recacheter, recalcifier, recéder, réchauffer, réapparaître,
réanimer, reconstituer, rechuter, recorder, reprendre, refaire, recouper, reconstruire, recorriger,
recouvrir, récrire, recréer, redéfinir, redistribuer, etc. Dans tous ces verbes, le préfixe indique
une action qui est faite à nouveau, répétée.
D’autres préfixes ont le rôle d’indiquer le sens opposé du terme mentionné, comme le préfixe
in- dans des termes comme :

70
incapable, incertitude, incassable, incessant, incivique, incoercible, incohérent, incolore,
incommensurable, incommodant, incomparable, incompréhension, inconcevable,
inconciliable, inconditionné, inconfort, inconnu, inconscient, inconsistance, inconsidéré,
inconsommable, incontestable, incontournable, incontrôlable, inconvenance, inconvénient,
incroyable, incrédule, indispensable, indétermination, indéfiniment, indestructible, etc.
Les champs suffixaux sont des ensembles de termes formés par l’ajout du même préfixe à des
morphèmes générateurs de base différents. Par exemple le suffixe –eur indique la personne
qui exécute une action :
joueur, farceur, crocheteur, cultivateur, gouverneur, dépanneur, distributeur, etc
Le même suffixe –eur peut indiquer une qualité d’une personne ou d’un objet :
lourdeur, laideur, grandeur, diffamateur, différenciateur, diffuseur, disjoncteur,
discriminateur, etc.
Le suffixe – té indique lui aussi une qualité :
Bonté, méchanceté , égalité, âpreté, mensualité, multiplicité, opiniâtreté, etc.
Dans les cas où l’on ajoute des affixes à un terme de base, certains linguistes, dont Jacqueline
Picoche (1992 : 114-115), n’hésitent pas de parler de « famille de mots » ou champs
sémasiologiques à plusieurs signifiants.Cette appellation se justifie plutôt dans des ensembles
de termes qui proviennent du latin ou du grec et qui ont gardé l’étymon savant ou populaire
ou des dérivés de ces termes.

Pour conclure ce chapitre sur la structuration des ensembles, réseaux, champs sémantiques ou
lexicaux, nous allons mentionner la solution de Coseriu (1975) de structurer le lexique. Sa
tentative est plus contraignante, ne permettant d’employer qu’un seul critère : une dimension.
Selon Coseriu il y a :
Champs sémantiques

unidimensionnels pluridimensionnels

antonymiques graduels sériels bidimensionnels multidimensionnels

ordinaux non-ordinaux

71
Pour ce qui est des champs sémantiques antonymiques, on peut faire la remarque qu’ils sont
très fréquents et ils sont formés d’habitude à l’aide des préfixes. En voici quelques uns :
A moral - amoral
An aérobe – anaérobe
Anti matière – antimatière
Contre poids –contrepoids
Dés équilibre – déséquilibre
Im pénétrable - impénétrable
In disponible – indisponible
Avant/après avant-guerre/ après –guerre
Con/in confirmer/ infirmer
Post/pré postface/préface
Sous/sur sous-évaluer/surévaluer

Les champs graduels sont fondés sur des oppositions graduelles du type :
Froid, tiède, chaud
Les champs sériels sont des champs ordinaux comme - les jours de la semaine
- les mois de l’année
- les saisons

non-ordinaux comme – les noms des arbres


- les noms des oiseaux
- les noms de poissons
- les noms des fleurs

Les champs bidimensionnels sont formés par les paires oppositives :


Lourd/ vs/l éger
Facile/ vs/ difficile
Etroit/ vs/ large
Grand/ vs/ petit

72
Les champs multidimensionnels sont des champs qui présentent des distinctions successives
dans un ordre hiérarchique. C’est par exemple le cas des verbes porter et mener qui
comportent des spécialisations :
Porter (soutenir, tenir qqch. qui pèse), apporter (porter au lieu où est qqn.), emporter
(prendre avec soi et porter hors d’un lieu, en parlant d’un objet d’un être inerte)
Mener (conduire, guider vers un lieu), amener (mener un être animé auprès de qqn.),
emmener (mener avec soi, un être, un animal, en allant d’un lieu dans un autre).

Chapitre V
Relations sémantiques

73
Les mots qui composent le lexique d’une langue peuvent être étudiés du point de vue des
relations qu’ils entretiennent entre eux. Evidemment, il n’est pas obligatoire qu’un terme se
trouve dans une quelconque relation avec un autre terme, mais c’est très fréquent. Par
exemple, il y a des termes qui s’excluent l’un l’autre :
*Le bâtiment est grand et petit.
Le batiment est grand.
Le bâtiment est petit.
Il y a des termes qui incluent ou impliquent d’autres termes, par exemple :
J’ai acheté des fleurs.
Où le terme fleurs peut inclure roses
J’ai acheté des roses.
Les termes peuvent marquer des ressemblances (1) ou des dissemblances (2) :
(1) Je voudrais avoir ce livre.
Je voudrais avoir ce bouquin.
(2) Le bâtiment est grand.
Le bâtiment est petit.
Il y a des termes qui ont deux ou plusieurs ensembles de sèmes pour exprimer leur
sens mais une seule manifestation lexicale :
J’aurais besoin d’une feuille de papier.
Les feuilles des arbres jaunissent en automne.
Nous avons représenté là ce que certains linguistes (A. Măgureanu, 1982 : 60-61, T. Cristea,
2001 : 51) appellent relations paradigmatiques.
Ce ne sont pas les seules relations qui existent entre les unités lexicales. Certains
termes ou certaines unités lexicales manifestent des affinités combinatoires avec d’autres
termes ou bien ils peuvent rejeter la combinaison. Par exemple, certains adjectifs se
combinent plus souvent avec certains noms et jamais ou très rarement avec d’autres noms ;
certains verbes se combinent avec certains adverbes et non pas avec d’autres. Ce sont des
relations qui se manifestent sur l’axe syntagmatique et qui, de ce fait, portent le nom de
relations syntagmatiques.
Comme il arrive souvent quand il s’agit de classifications, en changeant de critère on
peut obtenir une autre classification des relations qui existent entre les unités lexicales.
On considère que ces relations qui existent entre des ensembles de termes contribuent
à structurer ou organiser le lexique, ce qui leur confère la qualité de relations structurelles.
Elles sont regroupées (Marie-Françoise Mortureux, 2004 : 80-86) en trois catégories selon

74
qu’elles expriment la ressemblance, la hiérarchie ou la solidarité. Dans la première catégorie
on retrouve la synonymie et l’antonymie ; dans la deuxième catégorie il y a l’hyponymie et
l’hypéronymie, tandis que dans la troisième catégorie on regroupe les différents types de
métonymie.
Pour plus de clarté, nous allons adopter la première classification des relations
sémantiques, selon laquelle il y a deux types de relations :
- relations paradigmatiques (polysémie, homonymie, synonymie, antonymie,
hyponymie, hypéronymie)
- relations syntagmatiques (possibilités combinatoires des unités lexicales) ;
5.1. Les relations paradigmatiques
Les relations paradigmatiques sont des relations qui aparaissent à l’intérieur d’un paradigme
et sont basées sur une opposition distinctive du type ou...ou. Le locuteur doit choisir un terme
ou un autre parce que le contexte l’y oblige. Ces relations concernent le noyau sémique des
sémèmes qui réalisent le paradigme et qui permet de regrouper certaines unités lexicales dans
le même paradigme.
Les relations paradigmatiques se manifestent entre sémèmes recouverts par un seul lexème
– et c’est le cas de la polysémie et de l’homonymie, et entre sémèmes recouverts par plusieurs
lexèmes, et c’est le cas de l’hyponymie - l’hypéronymie, synonymie- antonymie (T. Cristea,
2001 :51).
Il ne faut pas oublier que ces relations sont basées sur des notions appartenant à la logique, la
notion d’inclusion et la notion d’équivalence (Alise Lehmann, Françoise –Martine Berthet,
2000 : 49).
Les relations de hiérarchie et d’inclusion concernent les unités linguistiques qui n’ont pas le
même rang, les hyponymes et les hypéronymes. Les relations d’équivalence et d’opposition
s’établissent entre des unités de même rang et alors l’on a affaire à des synonymes des
antonymes et des co-hyponymes.
La polysémie concerne une seule unité lexicale qui peut être réalisée par des sémèmes
différents.

5.1.1. La polysémie
Comme Alain Polguère le remarque (2003 : 127), la notion de polysémie «ne désigne
pas, strictement parlant, une relation de sens entre lexies mais une caractéristique d’un
vocable. Un vocable est polysémique s’il contient plus d’une lexie».

75
La polysémie caractérise presque toutes les unités linguistique de toute langue
naturelle (Alise Lehmann, Françoise-Martine Berthet :2000: 65) parce que de cette manière
on respecte le principe d’économie linguistique qui consiste à utiliser un même signe pour
servir à plusieurs usages. C’est grâce à la polysémie qu’une langue réussit à faire face aux
besoins d’expression lexicale du sens. Le même vocable peut servir pour actualiser des
sémèmes différents. Les exemples les plus souvent cités sont les suivants :
(1) La souris est un petit mammifère rongeur.
La souris de l’ordinateur est un boîtier connecté à un terminal ou à un micro-
ordinateur. (A. Lehmann, F. –M. Berthet, 2000 : 65)
(2) Elle boit dans un grand verre.
Le verre est un matériau transparent.(A. Polguère : 2003 :128)
(3) Il était à la tête des révolutionnaires.
Tu ne dois pas sortir tête nue, tu va prendre froid.
Ne sois pas si surpris! Tu en fais une tête !
(4) Il a une balle de match, j’espère qu’il ne va pas rater !
Je les écoute se renvoyer la balle et je ne coomprends rien !
Il a été blessé par une balle perdue.
La polysémie s’avère être très utile, parce qu’elle permet de désigner de nouvelles réalités par
l’intermédiaire des termes déjà existant dans la langue, mais elle représente aussi une source
de malentendu, d’ambiguïté.
On cite pour exemplifier ce phénomène deux phrases célèbres :
(1) Je me suis payé le luxe d’une nouvelle cuisinière, je mange mieux
maintenant. (A. Greimas, 1966 :169)
(2) Il ne voyage jamais sans son guide.(A. Lehmann, M.-F. Berthet,
2000 : 66).
Dans le premier exemple, on se demande si la cuisinière est la personne qui prépare à manger
ou le fourneau à cuisine ; dans le deuxième exemple on se demande si son guide est la
personne qui est payée pour l’accompagner ou le bouquin qu’il a acheté pour s’informer sur la
région qu’il visite.
Il est donc à souligner que, parfois, la polysémie est plutôt nuisible, parce qu’elle peut donner
naissance à des phrases ambiguës. Alors, dans le cas des langues de spécialité, la monosémie
est de rigueur, et en vérité, elle prime, parce que ce langage est surtout désignatif, référentiel,
et le référent doit être indiqué avec précision. Et pourtant, il y a plusieurs termes pour
désigner l’appareil qui fait tourner le disque sur lequel on a enregistré de la musique : tourne-

76
disque, électrophone, pick-up ; il y a deux termes pour désigner un petit appareil utilisé dans
les interventions chirurgicales sur le cœur : stimulateur cardiaque et pace-maker. Les termes
sont très courants, où plutôt ils étaient, car de nos jours on ne fait plus tourner des disques, qui
sont maintenant remplacés par les CD. En revanche, le pace–maker, qu’il soit appelé tel quel
ou par le terme français, stimulateur cardiaque, ne risque pas de prêter à confusion.
Les termes monosémiques sont moins fréquents dans le lexique d’une langue, et on pourrait
les ranger soit dans les langues de spécialité (azote, bicarbonate,céphalée, hépatite, isocèle,
protozoire, spasmophilie) soit parmi les néologismes (les aoûtiens, le pilote, contrôler,
escalade, budget, compétition, marketing, média, rush, flash).
Les termes polysémiques appartiennent plutôt au vocabulaire commun (A. Lehmann, F. M.
Berthet, 2000: 66) et ont une fréquence très élévée. Le simple fait de feuilleter un dictionnaire
de langue nous met en présence de plusieurs termes polysémiques. La polysémie peut se
manifester au niveau des noms, des verbes et des adjectifs.

5.1.1.1. Polysémie au niveau des noms


Au niveau des noms, la polysémie est le résultat d’une opération d’effacement de sèmes ou
d’addition de sèmes qui sont regroupés autour d’un noyau sémique commun. Comme nous
avons déjà précisé, c’est ce noyau sémique commun qui permet la réalisation du paradigme.
L’effacement des sèmes spécifiques conduit à ce que les dictionnaires appellent extension de
sens. On pourrait citer dans ce sens l’exemple du nom ami. Le deuxième sens du nom qui
figure dans le NPR est « Personne qui est bien disposée, a de la sympathie envers une autre ou
une collectivité ». Par extension on peut dire :
Le chien est l’ami de l’homme.
Les Jacobins formaient la société des amis de la Constitution.
Les amis du livre sont prêts à tout pour obtenir un livre rare.
On peut facilement observer que les sèmes spécifiques [+humain] et [+concret] qui devraient
caractériser celui qui est l’ami de l’homme (le chien, la Constitution, le livre) ont été effacés
pour être remplacés par d’autres sèmes : chien [+ animal], la Constitution [+ abstrait], le livre
[- animé].
L’addition de sèmes spécifiques, qui est une autre opération par l’intermédiaire de laquelle on
réalise la polysémie, consiste à restreindre le sens d’une unité lexicale. Par exemple, le terme
animal a comme noyau sémique « être vivant organisé, doué de sensibilité ou de motilité,
hétérotrophe (difficile à distinguer du végétal à l’état unicellulaire) », mais par l’intermédiaire

77
d’une addition de sèmes spécifiques, le terme animal parvient à désigner l’être humain :
« L’homme est un animal raisonnable ».
La polysémie est très fréquente au niveau des noms et grâce au contexte lexical ou
situationnel l’ambiguïté est évitée. En voici quelques exemples.
Le terme atmosphère, peut avoir les sens suivants :
1. couche d’air qui entoure le globe terrestre : couches de l’atmosphère ;
2. partie de l’atmosphère terrestre la plus proche du sol qui est le siège des nuages, de la
pluie et de la neige : humidité de l’atmosphère
3. par ext. air d’un pays que l’on respire en un lieu : atmosphère étouffante ;
4. absolt. mod. le milieu, au regard des impressions qu’il produit sur nous, de l’influence
qu’il exerce : une atmosphère de travail, de vacances ;
5. pression de référence valant 1013 hectopascals, servant à évaluer la pression exercée
par les fluides : une presssion de 10 atmosphères.
Le terme cartouche peut avoir les sens suivants :
1. enveloppe de carton ou de métal, de forme cylindrique ou conique, contenant la
charge d’une arme à feu : cartouche de chasse ;
2. boîte renfermant des matières inflammables : cartouche de mine ;
3. étui contenant une matière consommée lors de l’utilisation d’un outil, d’un appareil :
une cartouche d’encre pour un stylo plume, pour l’imprimante ;
4. boîtier contenat un support d’enregistrement : cartouche de jeu vidéo ;
5. ensemble de paquets de cigarettes identiques vendus dans un même emballage : une
cartouche de gauloises.
Le terme couche peut recouvrir plusieurs sens :
1. substance, plus ou moins épaisse étalée sur une surface : couche de peinture ;
2. carré de fumier mêlé à de la terre pour favoriser la croissance de certaines plantes :
champignons de couche ;
3. disposition d’éléments en zones superposées : couche géologique ou stratigraphique,
couche de faible épaisseur, couche de calcaire ;
4. ensemble de personnes ayant des caractères communs : les couches sociales ;
5. niveau de programmation d’un système informatique : couche de logiciel.

78
5.1.1.2. Polysémie au niveau des verbes
La remarque qui doit être faite à propos de la polysémie verbale est que la désambiguïsation
du sens d’un verbe polysémique se fait grâce à l’environnement syntagmatique ou actanciel.
Par exemple le verbe annoncer est d’habitude employé avec un sujet humain :
Je lui ai annoncé la bonne nouvelle.
Mais l’actant sujet peut être non-animé :
Son regard n’annonçait rien de bon.
L’environnement syntagmatique est constitué aussi par les compléments avec lesquels un
verbe s’emploie. Par exemple, le verbe tuer se construit avec un complémént d’objet direct [+
animé], [+ concret ]
Il a tué quelques soldats ennemis.
Par extension métaphorique on peut dire :
Je suis allé prendre un café pour tuer le temps.
Dans ce cas, le complément d’objet direct est [–animé], [- concret].

Pour les verbes, la polysémie est aussi fréquente que pour les noms, et on citera quelques
exemples.
Le verbe décomposer a les sens suivants :
1.diviser, séparer en éléments constitutifs : décomposer l’eau par électrolyse ;
2. altérer chimiquement une substance organique : cadavre qui se décompose ;
3. altérer passagèrement (les traits du visage) : visage décomposé de terreur.
Le verbe éloigner recouvre les sens suivants :
1. mettre ou envoyer loin, à distance : produit qui éloigne les moustiques ;
2. séparer par un intervalle de temps : Chaque jour nous éloigne de notre jeunesse ;
3. écarter, détourner : Ceci nous éloigne du sujet .
4. séparer : Ils ont tout fait pour l’éloigner de moi.
5. décourager : un port de tête qui éloignait les hommages familiers.
Le verbe libérer peut recouvrir les sens suivants :
1. mettre (un prisonnier) en liberté : libérer un otage ;
2. rendre libre, affranchir d’une servitude, d’une obligation : libérer qqn. d’une
obligation ;
3. renvoyer un soldat dans son foyer : libérer un soldat ;
4. délivrer un pays, un peuple de l’occupation de l’étranger : libérer une ville ;
5. soulager sa conscience du poids du remords : libérer sa conscience ;

79
6. laisser se manifester : libérer ses instincts.
7. dégager une substance, une énergie : réaction chimique qui libère un gaz ; l’atome
libère son énergie ;
8. relâcher dans le milieu extérieur , en parlant d’une cellule : les glandes endocrynes
libèrent des hormones.

5.1.1.3. La polysémie adjectivale


La polysémie adjectivale dépend de l’environnement syntaxique dans le sens que l’adjectif
détermine un nom et c’est en fonction du nom déterminé que l’adjectif peut changer de sens.
Par exemple, l’adjectif armé,e a le sens « muni d’armes » :
Ils étaient armés jusqu’aux dents.
Mais il peut changer de caractéristiques et peut signifier « muni de » :
Elle s’affairait dans la cuisine, armée d’un balai.
Quoi qu’on en dise, un balai ne représente pas la même menace qu’un pistolet, par exemple.
Pour exemplifier la polysémie adjectivale nous allons nous servir des adjectifs carré,e
correct,e et fin,e.
L’adjectif carré,e
1. qui forme un quadrilatère dont les angles sont droits et les quatre côtés égaux : figure
carré, plan carré ;
2. qui a quatre côtés égaux : tapis carré, la cour carrée du Louvre ;
3. aux angles fortement marqués (opposé à rond, ovale) : visage carré
4. larges, robustes : épaules carrés
5. dont le caractère est nettement tranché, accentué : une réponse carrée, être carré en
affaires ;
6. à angles droits : une écriture carrée.
On remarque que l’adjectif carré, e exprime la forme d’un objet, d’une construction, mais
aussi la forme des parties du corps humain. Le même adjectif exprime une caractéristique
d’une activité humaine (répondre) ou d’une action (écrire).
L’adjectif correct, e
1. qui respecte les règles, dans un domaine déterminé : phrase grammaticalement
correcte ;
2. conforme aux usages, aux mœurs : une tenue correcte ;
3. conforme à la morale, à la justice : être correct en affaires :
4. adapté à son objet : réglage correct

80
5. acceptable, honnête, moyen, passable : un hôtel correct, un salaire correct.
L’adjectif fin, fine
I. qui présente un caractère de perfection
A. Concret
1. qui est d’une grande pureté : métal fin, or fin ;
2. qui est de la matière la plus choisie, la meilleure : lingerie fine, épicerie fine, vins fins,
beurre fin ;
B. Abstrait
1. d’une grande acuité : avoir l’oreille fine, l’ouïe fine, odorat fin ;
2. qui discerne les moindres rapports des choses : esprit fin ;
3. qui marque de la subtilité d’esprit, une sensibilité délicate : observations fines ;
4. qui est appliquée avec précision et exactitude : une analyse très fine ;
C. Qualifie des personnes
1. qui excelle dans des activités réclamant de l’adresse et du discernement : fin connaisseur,
fin gourmet, fin limier, fine cuisinière, une fine bouche ;
2. d’une habileté qui s’accompagne de ruse : jouer au plus fin.

5.1.2. L’homonymie

L’homonymie est une relation paradigmatique qui s’établit entre deux unités lexicales qui ont
la même forme mais des signifiés différents. Il importe de préciser que les dictionnaires
enregistrent ces unités lexicales comme des entrées différentes.
Si dans le cas des termes polysémiques il y avait un noyau sémique commun, au niveau des
termes homonymiques ce noyau sémique commun n’existe plus. Les sémèmes qui composent
le terme caractérisé par l’homonymie sont tout à fait différents. Comme B. Pottier le
remarquait, « l’homonymie est un cas de polysémie dont on ne voit pas la motivation » (B.
Pottier, 1992 : 43 cité dans T. Cristea, 2001 : 59).
Il y a plusieurs types d’homonymes, la distinction étant réalisé selon l’aspect concerné : si
c’est l’aspect oral qui est concerné l’on a affaire à des homophones, si c’est l’aspect écrit qui
compte, nous sommes en présences des homographes.
Les homophones ont la même prononciation sans avoir la même graphie. Comme exemple
d’homophones on peut citer :
vent [vã]- mouvement de l’air, et van [vã]- sorte de panier à fond plat, large, muni de deux
anses, qui sert a vanner ;

81
pan [pã]- grand morceau d’étoffe, partie flottante ou tombante d’un vêtement, et paon [pã]-
oiseau originaire d’Asie ;
saut [so]- mouvement ou ensemble de mouvements par lequel on cesse de prendre appui sur
le sol, pour se lever, se projeter ; seau [so]- récipient,en général muni d’anse servant à
transporter des liquides ; sceau [so]- cachet officiel ;
sceller [sele]- marquer un acte d’un sceau, et seller [sele]- munir (un cheval) d’une selle
sel [sεl]- substance blanche, friable, soluble dans l’eau, d’un goût piquant servant à
assaisonner et à conserver les aliments ; selle [sεl]- pièce de cuir incurvée placée sur le dos du
cheval et qui sert de siège au cavalier ; celle [sεl]- pronom démonstratif.
Les homographes ont la même graphie mais des signifiés différents. En voici quelques
exemples :
louer – déclarer qqn. digne d’admiration ou de très grande estime ;
louer – donner en location ;
détacher – séparer qqch. de qqch. d’autre
détacher – enlever les taches.
grève – terrain plat, formé de sable, graviersitué au bord de la mer ou d’un cours d’eau ;
grève - cessation volontaire du travail décidée par les salariés et entraînant la suppression de
la rémunération pour cette période.
Une autre remarque qui doit être faite à propos des homonymes est que les homonymes
peuvent appartenir à la même classe grammaticale et il s’agit là d’homonymie absolue ou ils
peuvent appartenir à des classes grammaticales différentes et dans ce cas il s’agit
d’homonymie relative (J. Lyons, 1990 : 188, cité dans A. Lehmann, Fr.-M. Berthet, 2000 :
67).
Comme homonymie absolue on peut citer les exemples suivants :
sel, selle – appartenant à la classe des substantifs
louer, louer- appartenant à la classe des verbes.
L’homonymie relative se remarque dans le cas de :
selle (substantif) et celle (pronom)
menace (verbe) et la menace (substantif)
tente (verbe) et la tente (substantif)
sort (verbe) et le sort (substantif)
bonne (adjectif) et la bonne (substantif)
bleu (adjectif) et un bleu (substantif)
puis (adverbe) et puits (substantif)

82
On pourrait trouver une explication de l’apparition de l’homonymie dans le fait que certains
d’entre eux sont d’origine latine et ils ont eu une évolution différente, changeant de
prononciation (c’est le cas de altaria et hospitalem devenus autel et hôtel ou de turris et
tornus devenus tour= bâtiment et tour= machine-outil). On pourrait mentionner le nombre
réduit de terminaisons verbales pour un nombre assez important de formes verbales (je finis,
tu finis, il finit). On pourrait citer (de nouveau) le principe de l’économie de la linguistique qui
fait en sorte que le même terme, en changeant uniquement de genre, exprime des signifiés
différents (le pendule, la pendule, le vase, la vase, le manche, la manche, le garde, la garde,
un aide, une aide, etc.).
L’homonymie prête rarement à confusion à cause du contexte linguistique qui contribue à la
désambiguïsation de la phrase. Mais il arrive souvent que l’homonymie soit recherchée
intentionnellement par les écrivains ou par les poètes pour la création d’un effet de sens ou
d’un effet humoristique. On pourrait citer à ce propos quelques vers d’Apollinaire :
Nous lui dîmes adieu et puis
De ce puits sortit l’Espérance.
(Apollinaire – La Tzigane)
ou bien un exemple d’une pièce de Molière :
Bélise : « Veux-tu toute ta vie offenser la grammaire ? »
Martine : « Qui parle d’offenser grand-mère ni grand-père ? »
(Molière - Les Femmes savantes)

5.1.3. La synonymie
La synonymie est définie comme une « relation d’équivalence sémantique entre deux ou
plusieurs unités dont la forme diffère » (A. Lehmann, Fr.- M. Berthet, 2000 : 54). On
considère que cette relation basée sur l’équivalence ne change pas beaucoup le sens de
l’énoncé et n’apporte pas d’informations qui diffèrent à beaucoup d’égards sur le référent.
Ainsi, si on commute chaussure et soulier, on constate que la différence de sens n’est pas du
tout significative (M.-Fr. Mortureux, 2004 : 80). La similitude, l’équivalence ou la
ressemblance entre les référents désignés par des signifiés différents permet la réalisation des
définitions des dictionnaires.
En suivant ce raisonnement, l’information n’est pas tellement altérée si , au lieu de dire :
J’ai trouvé cette information dans la rubrique immobilière d’un grand quotidien.
on dira :
J’ai trouvé cette information dans la rubrique immobilière d’un grand journal.

83
La relation entre les deux termes est, bien sûr, une relation de ressemblance, de quasi-
équivalence et, évidemment, entre les deux termes il y a une certaine similitude. Ce type de
relation permet de définir un terme par l’intermédiaire de l’autre :
Journal - publication périodique relatant les événements saillants dans un ou plusieurs
domaines.
Quotidien- journal qui paraît chaque jour.
Evidemment, il y a des différences entre les deux termes, dans le sens que journal est un
terme beaucoup trop général, ne contenant pas d’informations sur la périodicité, tandis que
quotidien est un terme plus restreint comme usage, car il désigne uniquement les publications
qui paraissent chaque jour, et non pas les hebdomadaires ou les mensuels.
De la même manière, l’information contenue dans:
Il a été tué par un coup de couteau reçu pendant la bagarre.
ne diffère pas du tout de celle contenue dans :
Il a été poignardé pendant la bagarre.
Mais employer tout simplement le verbe tuer c’est donner une information trop générale,
dans le sens qu’on ne précise par la manière dont il a été tué, tandis que poignarder offre des
précisions dans l’indication de l’arme utilisée contenue dans le thème du verbe poignarder.
D’ailleurs, dans le dictionnaire on remarque la même procédure, de définir le terme plus
spécifique par le terme qui a un sens plus général :
tuer – faire mourir qqn. de mort violente.
poignarder – frapper, blesser ou même tuer avec un poignard ou un couteau.
Les sémèmes qui forment ces unités lexicales ne sont pas identiques, parce qu’une analyse
sémique met en évidence des distinctions plus ou moins significatives. En revanche, il y a un
noyau sémique commun, qui est réalisé par l’intermédiaire des sèmes /faire mourir/, /un
animé/, / de mort violente/.
Donc on peut dire que les synonymes diffèrent par leurs sèmes spécifiques, et pour
exemplifier on revient sur le cas de voiture et avion qui diffèrent par les sèmes spécifiques
suivants :
voiture : /moyen de transport par terre/
avion : /moyen de transport en l’air/.
En revanche, les synonymes ont en commun lés sèmes génériques, sèmes qui sont hérités des
classes supérieures et qui caractérisent un nombre plus grand de référents, ce qui permet de
les considérer des synonymes. Par exemple, chaussure et soulier sont tous les deux des
/objets/, /fabriqués/, /matériels/, /comptables/.

84
Parfois, ce qui distingue les synonymes c’est le registre de langue, ce qui est le cas de voiture
et bagnole, dormir et roupiller, manger et bouffer, chaussures et gadasses, des termes
appartenant, les premiers à la langue littéraire et les seconds au registre familier. La même
chose est valable pour les termes savants qui sont employé parallelement avec les termes dits
populaires ou familiers, comme c’est le cas de coryza et rhume de cerveau, hématome ou
ecchymose et bleu en termes familiers ou populaires, analgésique et anti-douleur, abdomen et
ventre.
Certains termes sont spécifiques à la langue littéraire, comme c’est le cas de trépas, en langue
littéraire et mort en langue quotidienne ou décès en langue de spécialité :
Le trépas vient tout guérir. (La Fontaine, langue littéraire)
La mort les a séparés brutalement. (langage des médias ou quotidien)
Le décès est survenu après l’intervention chirurgicale. (langue de spécialité, médecine)
Il semblerait que les termes mentionnés représentent des exemples de synonymie parfaite,
mais quelques remmarques devraient être faites :
a) La langue familière ou populaire ne fait pas de distinctions très fines, et si on appelle un
moyen de locomotion une voiture ou une bagnole, il faut préciser que le terme bagnole a une
nuance de péjoration et marque une attitude dépréciative à l’égard de l’objet ainsi dénommé ;
la même chose pourrait être dite à propos des termes différents employés pour désigner un
même référent, par exemple chaussure et godasse : on imagine mal une jeune femme qui
appelerait ses nouveaux souliers Salamander « mes godasses », tandis que le terme semble
tout à fait approprié s’il est employé pour une paire de souliers sans prétentions.
b) Une autre remarque qui pourrait être faite à propos de la synonymie est que la synonymie
parfaite caractérise des termes différents qui désignent le même référent quand le terme
français coexiste avec le terme de la langue d’origine (ex. stimulateur cardiaque et pace-
maker) ; de pareilles situations se rencontrent souvent dans le cas des néologismes et dans le
cas des termes qui sont considérés comme des néologismes inutils parce que le français a
inventé de nouveaux termes pour les désigner : c’est le cas des termes comme after-shave et
après –rasage, hobby et passe-temps, fair-play et franc-jeu, kidnapping et enlèvement, know-
how et savoir-faire, look et image, etc. ; parfois, le terme considéré comme un barbarisme est
choisi pour produire un certain effet sur le lecteur ou sur son auditoire.
c) Certains synonymes ne peuvent pas commuter, étant des termes caractéristiques pour un
contexte : on dit par exemple un faire part de décès et non un faire part de mort, une crise
aiguë et non pas une crise pointue, passer de la vie au trépas et non pas passer de la vie à la
mort, gravement malade mais grièvement blessé, et les exemples pourraient continuer.

85
d) Dans certains cas on emploie les termes qui sont connotés « savants » ou appartenant au
langage de la médecine ou caractéristiques pour la langue soignée par souci des convenances,
pour ménager les sensibilités de l’auditoire : on ne parlera pas de vieillesse mais du troisième
– âge, on dira qu’un tel est interné dans un hôpital psychiatrique et non pas dans une maison
de santé ou de fous, on parle de personnes économiquement faibles pour désigner les pauvres,
on parle d’interruption de grossesse parce que le terme avortement est considéré un peu trop
dur, on parle de malades mentaux pour désigner les fous, on parle de gens de maison pour
désigner les domestiques, etc.
e) Parfois, pour éviter toute confusion on peut employer des paraphrases, comme c’est le cas
de la servante Martine de Molière qui devait « voiturer » (synonyme de transporter,
déplacer) « les commodités de la conversation », c’est-à-dire les chaises ; dans ce cas encore,
la paraphrase est employé à bon escient par l’écrivain pour obtenir un effet de sens ou un effet
comique.
Les linguistes parlent de synonymie lexicale pour désigner la réalisation de la désignation
d’un référent par l’intermédiaire d’un terme appartenant à une même classe grammaticale,
donc lorsq’un référent est désigné par des signifiés différents qui sont tous des noms, par
exemple auto, voiture, bagnole.
Les synonymes présentent des différences qui peuvent se manifester sur le plan syntaxique,
sémantique et pragmatique (A. Lehmann, Fr. –M. Berthet, 2000 :54-58). Ces différences
peuvent être mises en évidence à la suite d’une analyse complexe dans laquelle
l’environnement lexical joue un rôle important.
Synonymie syntaxique
On parle de synonymie syntaxique dans le cas des termes qui sont synonymes dans un certain
contexte. Les termes ont certains traits sémantiques en commun mais ce n’est pas ce qui
compte, c’est la possibilité grammaticale d’un terme de pouvoir figurer dans le même
contexte qu’un autre terme.
On peut dire par exemple qu’un patient a été opéré par un docteur, un médecin ou par un
chirurgien. D’un point de vue syntaxique, les combinaisons sur l’axe syntagmatique sont les
mêmes : être opéré par suivi du nom de l’agent accomplissant l’action. Dans ce cas c’est le
contexte qui favorise l’apparition de la synonymie, car du point de vu des combinaisons
syntaxiques, les trois cas sont possibles.
Synonymie sémantique
Ce type de synonymie est mis en évidence par l’analyse sémique. Ce type d’analyse fait
ressortir toutes les différences entre les termes qui figurent dans le paradigme des synonymes.

86
Si on considère les termes maison, immeuble, villa, igloo, paillote, on constate que ce sont des
habitations, mais il y a entre ces habitations des différences, même si ce n’est qu’un trait
inhérent qui les distingue.
Maison, par exemple, c’est un terme plus général défini dans les dictionnaires comme
« bâtiment d’habitation, construit pour loger une seule famille».
L’immeuble est un « grand bâtiment urbain, à plusieurs étages ».
Donc on pourra parler de « ma maison de campagne », mais non pas de * « mon immeuble de
campagne ».
La villa est définie comme une « riche maison de plaisance ou d’habitation avec un jardin »
On parle d’une « petite villa de banlieue » mais on ne pourra pas dire « un petit immeuble de
banlieu », d’autant plus que l’immeuble n’a pas de jardin.
L’igloo est une habitation pour les esquimos, « abri en forme de dôme , construit avec des
blocs de glace ou de neige préalablement découpés », donc on pourra dire « un immeuble à
plusieurs étages » mais on ne pourra jamais dire « un igloo à plusieurs étages ».
Finalement, la paillotte est une « cabane, hutte de paille ou d’une matière analogue », et on
peut parler de « paillotes coniques d’un village d’Afrique », donc un igloo ne pourra jamais
être construit dans un village d’Afrique.
Il y a donc à chaque fois une petite différence, manifestée par un ou plusieurs sèmes, qui les
empêche de figurer l’un dans le contexte de l’autre.
On parle également de synonymie pragmatique qui consiste dans l’impossibilité d’un terme
d’être employé dans un certain contexte pour des raisons que nous avons déjà analysées lors
des remarques a), c), d), et e). Il s’agit de la langue en contexte, il s’agit de l’emploi des
termes par les usagers qui pourraient appartenir à diverses classes sociales, qui peuvent avoir
un degré d’éducation différent, qui peuvent agir dans des circonstances différentes.
Il y a par exemple des textes écrits dans des temps révolus où l’on emploie encore des termes
comme bru pour belle-fille, gazette pour journal, etc.
On peut s’adresser à quelqu’un dans un langage soutenu et employer la formule « Monsieur,
s’il vous plaît » ou d’une manière moins formelle « Eh, toi, le mec ! » ou d’une manière plus
familiaire en lui disant « Ecoutez ! ».
On peut employer des termes plus ou moins péjoratifs dans diverses circonstances, selon que
l’on veut ménager quelqu’un ou, par contre, l’offenser. On dira « Il travaille comme
technicien de surface » pour ménager la sensibilité d’un balayeur (A. Lehmann, Fr.-M.
Berthet : 2000 :57).

87
La synonymie pragmatique est un moyen qui est souvent employé par les écrivains pour créer
une certaine atmosphère : la vie sociale du siècle dernier, la vie du milieu, l’ambiance scolaire
ou estudiantine, etc.
La synonymie peut être réalisée par l’emploi d’une paraphrase de l’unité lexicale concernée,
et dans ce cas nous avons affaire à ce que les linguistes appellent synonymie logique (M.
Tuţescu,1979 : 144). En ce qui concerne la paraphrase, elle peut être linguistique et
pragmatique (T. Cristea, 2001 : 187). La paraphrase pragmatique ayant déjà été discutée, nous
allons nous occuper plus en détail de la paraphrase linguistique.
Ce type de paraphrase peut être réalisé si le sens des deux unités linguistiques sont identiques
comme sens et si le sens de l’unité linguistique supérieure à laquelle elle est intégrée n’est pas
altéré.
On peut dire que les deux phrases suivantes :
Je me souviens de ton nom.
Je me rappelle ton nom.
sont en relation de paraphrase, leur sens est identique, mais ce qui diffère est le régime des
verbes-centres des deux phrases. Tandis que la première phrase a un verbe qui se construit
avec une préposition, la deuxième phrase contient un verbe qui se construit sans préposition
mais avec un complément d’objet direct.
Il y a quelques types d’opérateurs paraphrastiques qui sont mis en oeuvre pour la réalisation
de la paraphrase (T. Cristea, 2000 : 196) :
- l’ajout – qui consiste dans l’extension d’un élément à l’intérieur de la phrase concernée :
Elle ne pouvait pas se séparer de cet objet qu’elle tenait près du cœur.
Elle ne pouvait pas se séparer de cet objet adoré qu’elle tenait près de son cœur.
- l’effacement – qui consiste à éffacer un ou plusieurs éléments :
Je vois Marie qui part.
Je vois Marie partir.
Il voit Marie.
Il la voit.
- la permutation – qui consiste dans le déplacement d’un ou de plusieurs éléments de la
phrase de départ :
Je ne connais ni toi, ni ton frère.
Je ne connais ni ton frère ni toi.
- la transposition - qui consiste dans le changement de la classe grammaticale d’un élément
de la phrase :

88
Je ne comprends plus cette phrase après qu’elle a été traduite.
Je ne comprends plus cette phrase après sa traduction.
- la substitution d’un élément de la phrase par un synonyme
Je ne suis pas d’accord avec votre proposition.
Je ne suis pas d’accord avec votre suggestion.
Je désapprouve votre proposition/ suggestion.
Je suis contre votre proposition/suggestion.
Nous devons préciser que la paraphrase est un problème plus complexe qui pourrait lui aussi
constituer le sujet d’un chapitre, car il recouvre plusieurs phénomènes qui tiennent aussi bien
de la sémantique, de la syntaxe et de la pragmatique.
Synonimie logique

5.1.4. L’antonymie
L’antonymie est une relation paradigmatique qui se manifeste entre des mots de sens
contraire, donc c’est une relation d’opposition entre certains termes ou une relation
d’exclusion. Par exemple, quelque chose qui est grand ne peut pas être petit en même temps :
Cette villa est grande.
Cette autre villa est petite.
Malgré le fait que l’antonymie exprime l’opposition entre deux termes, les termes en question
doivent avoir quelque chose en commun pour pouvoir être raprocchés. Même dans le cas des
villas, où l’une est grande et l’autre petite, la qualité qui est commune est la dimension. C’est
pour cela qu’on peut opposer les deux villas est c’est pour cela qu’on ne peut pas dire :
Cette villa est grande, mais cette autre villa est blanche.
Grand et blanc sont deux adjectifs qui expriment des qualités différentes qui ne sont pas
compatibles : la dimension et la couleur.
Considérons d’autres exemples d’antonymes :
Un problème facile- un problème difficile
Une voiture neuve- une voiture ancienne
Un vieil homme - un jeune homme
Une maison haute –une maison basse
Un train rapide – un train lent
Un vocabulaire riche – un vocabulaire pauvre

89
On peut constater que la relation d’antonymie se réalise entre des unités lexicales ayant la
même valeur ou appartenant à la même classe grammaticale. Les antonymes présentés
précedemment sont des adjectifs, mais il y a des antonymes au niveau des noms et des verbes
et même des adverbes :
Noms Verbes Adverbes
Homme - femme entrer – sortir moins - plus
garçon – fille venir – partir trop- peu/moins
frère – sœur s’approcher – s’éloigner
palais - cabane rire -pleurer

Dans ces exemples aussi il est tout à fait évident que les termes, bien qu’opposés, ont quelque
chose en commun : homme et femme partage la qualité de /être humain/ entrer et sortir ont en
commun le trait /mouvement orienté/, tandis que les adverbes plus/moins ont en commun le
trait /quantité/.
Pour ce qui est de la classification des antonymes, on peut en faire un bref inventaire. Certains
linguistes (A. Lehmann, Fr.-M. Berthet, 2000 : 58-61) identifient des antonymes contraires ou
complémentaires, contraires ou gradables et des antonymes converses ou réciproques. Nous
allons les analyser tour à tour.

Les antonymes contradictoires ou complémentaires

Ce type d’antonymes se rencontre au niveau des mots qui n’ont pas un noyau sémique
commun, qui s’excluent l’un l’autre ; « la négation de l’un des mots entraîne l’assertion de
l’autre, les deux mots ne pouvant être niés simultanément. Les mêmes auteurs citent comme
exemples les termes vivant/mort, marié/célibataire, ouvert/fermé, présent/absent,
mâle/femelle.
Ce type d’antonymes concerne des termes qui ont une forme lexicale différente, des signifiés
différents si l’on préfère, mais qui ont quand même un noyau sémique commun et
appartiennent à la même classe grammaticale.

Les antonymes contraires ou gradables

Ces antonymes sont différents des autres grâce à deux qualités. La première est leur qualité
d’être gradables. Ainsi, on peut dire à propos d’une chambre qu’elle est grande, assez

90
grande, moins grande que l’autre, plus grande que l’autre, passablement grande. Cela n’est
pas possible quand il s’agit d’un adjectif comme mort : on ne peut pas dire que *Ce soldat est
plus mort que les autres, assez mort, passablement mort.
La deuxième est leur qualité de ne pas entraîner par la négation de l’un l’affirmation de
l’autre. En affirmant que Cette maison n’est pas grande on ne dit vraiment pas que Cette
maisonr est petite. Cela dépend exclusivement de l’interprétation que l’on donne aux notions
« grand » et « petit ». Et si la maison n’est ni grande ni petite, cela veut dire qu’elle est
moyenne. Donc, il y a un terme, une unité lexicale pour décrire la dimension gradable :
petit- moyen- grand
C’est la même chose pour les adjectifs bon/mauvais :
Ce roman est bon.
Ce roman est mauvais.
Ce roman n’est ni bon ni mauvais, il est médiocre.
Cest également le cas des adjectifs froid/chaud qui ont eux-mêmes un paradigme graduel et
les membres des paradigmes sont eux -aussi des contraires :
glacial-froid-frais/tiède-chaud-brûlant.
On considère que ces antonymes caractérisés par le fait qu’ils sont gradables sont des
antonymes véritables et ils constituent la classe la plus nobreuse d’antonymes.

Les antonymes converses ou réciproques

C’est une classe d’antonymes qui se caractérisent par le fait qu’ils peuvent permuter dans une
phrase sans affecter le sens de la phrase. C’est le cas des antonymes mari/femme, frère/sœur,
posséder/appartenir, donner/recevoir :
Jean est le frère de Marie. /Marie est la sœur de Jean.
Marie donne un coup de fil à Jeanne. / Jeanne reçoit un coup de fil de Marie.
Ces termes entretiennent une relation converse du fait que leur permutation entraîne
l’inversion des arguments aussi pour ne pas affecter le sens de la phrase.
Les linguistes ont constaté que ce type d’antonymes se rencontrent dans le champ sémantique
des relations de famille, dans celui des activités sociales et dans le domaine des relations
temporelles et spatiales :
Relations de parenté : père/fils, mère/fille, frère/sœur, oncle/neveu, grad-mère/petite-fille, etc.
Activités sociales : patron/employé, professeur/élève, médecin/malade, etc.
Relations temporelles : avant/après, tôt/tard, etc.

91
Relations spatiales : devant/derrière, en haut/en bas, à gauche/à droite, etc.
Classification des antonymes selon leur formation
Les antonymes peuvent être classés selon leur formation en antonymes lexicaux et antonymes
morphologiques (A. Lehmann, Fr.-M. Berthet, 2000 : 60). Ils peuvent se retrouver dans les
trois classes mentionnées précedemment.
Les antonymes lexicaux sont des termes opposés qui ne sont pas liés par un rapport
morphologique. C’est le cas des termes comme :
intelligent/sot, jeunesse/vieillesse, présent/absent, s’endormir/se réveiller, haut/bas,
gauche/droite, santé/maladie, commencement/fin, entrée/sortie, simple/complexe, mince/gras,
beau/laid, long/court, etc.
Les antonymes morphologiques sont formés par l’intervention d’un préfixe :
probable/improbable, moral/amoral, contestable/incontestable, croyable/incroyable,
raisonnable/déraisonnable, faire/défaire, etc.

5.1.5. L’Hyponymie - L’hypéronymie


La relation d’hyponymie s’établit entre des unités lexicales qui entretiennent un rapport
d’inclusion ou d’implication. Par exemple, si on affirme :
J’ai acheté un bouquet de fleurs pour l’offrir à ma mère.
le terme fleurs est ambigu, parce qu’il ne précise pas le type de fleur. Les fleurs pourraient
être : des oeillets, des roses, des violettes, des mimosas, des bégonias, des chrysanthèmes, des
roses, des tulipes.
Les rapports d’inclusion ne se remarquent pas uniquement dans le champ sémantique
« fleurs » mais dans beaucoup de domaines où on a établit des classes hiérarchiques. Par
exemple, les animaux peuvent être des « vertébrés » et « non vertébrés », et à l’intérieur des
vertébrés on peut identifier « des mammifères », qui peuvent être à leur tour des « primates »,
des « carnassiers », des « ruminants » ou des « omnivores ». Et les primates sont très
nombreux : alouate, atèle, capucin, lagotriche, ouistiti, saï, saïmiri, saki, sapajou, tamarin,
babouin, cercopithèque, cynocéphale, drill, hamadryas, macaque, magot, mandrill, nasiquze,
rhésus, bonobo, chimpanzé, gibbon, gorille, orang-outan.
Donc, les relations qui s’établissent entre les mammifères et les primates sont des relations
d’inclusion, tout comme les relations qui s’établissent entre « fleur » et les types de fleurs :
rose, violette, tulipe, etc. Cela veut dire que le terme « primate » inclut aussi bien capucin que
gorille ou orang-outan ou macaque. Tous les types de singe et tous les types de fleurs sont
des hyponymes du terme « singe » (ou « primate ») et du terme « fleur ». Entre le terme

92
inférieur et le terme supérieur il y a une relation d’hyponymie , tandis que le terme supérieur
est l’hypéronyme du terme inférieur.
Une précision s’impose : la relation d’implication est unilatérale parce qu’on intérprète de
façon différente les termes situés des deux côtés de la relation.
« Ce savant étudie les primates» peut signifier :
Ce savant étudie les macaques, les gibbons, les chimpanzés, les tamarins, etc., ce qui signifie
que le terme primate est un terme plus général qui peut signifier n’importe quel type de singe.
donc primate ne’est pas synonyme de gibbon, chimpanzé, tamarin, etc. Mais Le chimpanzé
est une primate, le tamarin est une primate, le gibbon est une primate.
Les termes hiérarchiquement inférieurs, par exemple violette, rose, œillet, bégonia, sont
appélés des co-hyponymes, de même que chimpanzé, gibbon, macaque, tamarin, ouistiti, etc. .
On peut affirmer que les hyponymes peuvent être considérés des synonymes de leur
hypéronyme, ce qui est souvent exploité par les réclames publicitaires, poue éviter la
répétition dans certains textes dans lesquels il est nécéssaire de constituer une chaîne
anaphorique.
Exemple :
« Manta. Le coupé qui a la côte : le favori en Europe. »
Si la chaîne anaphorique avait été continué par « La voiture qui ... », alors on aurait eu une
hiérarchie presque complète : voituire qui inclut coupé qui inclut Manta ».
L’exemple suivant est encore plus compréhensible, car il contient toutes les partie
composante d’une maison :
Formule confort.
Si on se faisait
Un amour de maison.
Si on refaisait la salle de bains.
Si on changeait les papiers peints, la moquette, la peinture...
Si on installait une cuisine.
Si on aménageait de nouvelles pièces.
Si on améliorait le chauffage.
Si on installait une véranda.
Si on aménageait les abords ?
Si on s’équipait d’un portail automatique.
Et si vous avez d’autres projets, la Formule confort est là pour
vous aider à les réaliser. Consultez vite votre agence.

93
(J.-M. Adam, M. Bonhomme, 2003 : 156)
Les relations d’inclusion basées sur la hiérarchie sont utilisées dans la technique de réalisation
des dictionnaires, car les définitions des entrées lexicographiques sont basées justement sur
ces rapports.
Par exemple, la chaise est un meuble, le meuble est un objet fabriqué, en bois (et mon
seulement), donc pour définir un référent on se sert de la classe immédiatement supérieure à
laquelle le référent appartient.
De la même manière, la maison est un bâtiment ayant pour destination d’abriter l’homme,
mais la maison se compose de cuisine, chambre à coucher, salle de bains, murs, etc. ce qui a
été bien exploité par les auteurs de réclames publicitaires.
Les rapports hiérarchiques représentent une possibilité de structuration du lexique, mais cette
possibilité ne s’applique pas dans la constitution de tous les paradigmes lexicaux. Par
exemple, pour les couleurs il serait difficile de constituer une hiérarchie, car on ne peut par
affirmer que *Le noir est un brun foncé. Quand même, une couleur peut avoir des nuances et
alors nous pouvons dire par exemple que le rouge a des nuances comme vermillon, écarlate et
rouge-cerise ; le jaune a des nuances comme jaune-paille, jaune-citron.
Les unités qui sont concernées par ce type de relations sont dans une relation d’inclusion
unidirectionnelle, le terme super-ordonné incluant le terme sous-ordonné.

5.2. Les relations syntagmatiques


Les relations syntagmatiques s’établissent sur l’axe des combinaisons et dépendent largement
des possibilités combinatoires de chaque unité linguistique. Les unités linguistiques
appartiennent à des classes de mots et se combinent entre elles selon leurs valences
combinatoires. Ces valences combinatoires sont plus ou moins grandes et les unités
résultantes (les syntagmes) ont un caractère plus ou moins stable.
On a divisé les unités linguistiques en trois grands groupes (A. Măgureanu, 1984 :114-116) :
a) des unités qui ont une grande capacité de se combiner avec d’autres unités
linguistiques, grâce à leurs sens assez général et peu spécifique ; dans ce groupe on
retrouve des noms (homme, femme, animal, maison, enfant, couleur, etc.), des verbes
(avoir, être, faire, devoir, pouvoir) et des adjectifs (grand, petit, bon, mauvais) :

94
b) des unités qui ont des possibilités combinatoires réduites à une structure, comme c’est
le cas de quelques adjectifs qui ne se combinent qu’avec un seul nom : alezan (cheval)
aquilin (nez), circonflexe (accent), saur (hareng), philosophale (pierre), trémière
(rose), cochère (porte), et quelques verbes comme hocher (la tête), cligner (de l’œil) ;
c) des unités qui ont des possibilités combinatoires restreintes, à deux ou trois
combinaisons, comme c’est le cas de l’adjectif grège qui peut se combiner avec soie
ou couleur (soie grège, couleur grège), de l’adjectif canine qui se combine avec dent et
race (dent canine, race canine).
Les syntagmes
Les syntagmes sont des unités supérieures au mot qui se réalisent parfois par nécessité
(l’influence des règles de grammaire, affinité sémantique, régime du verbe) ou par habitude
(les expressions idiomatiques ou lexies complexes).
Dans la première catégorie on retrouve des syntagmes comme :
Donner des cadeaux aux enfants
Offrir des fleurs aux femmes
Attribuer une phrase à un écrivain
qui sont basés sur le fait que le verbe centre exige un complément d’objet direct et un
complément d’objet indirect.
On trouve également les syntagmes formés avec des verbes qui se construisent avec une
préposition obligatoire :
se pencher au dehors
s’adresser à qqn.
se décider de faire qqch.
se préparer à faire qqch.
Ce type de syntagmes ne présente pas une grande cohésion parce que c’est seulement la
structure qui est obligatoire et non pas le choix des éléments qui se combinent. Par exemple,
on peut combiner le verbe attribuer avec plusieurs compléments d’objet directs et indirects :
Attribuer un mot d’esprit à un poète
Attribuer une oeuvre à un artiste
Attribuer une construction à une civilisation
Attribuer un style à un architecte, etc.
A cause du fait que la combinaison n’est pas restrictive, elle peut être plus ou moins réduite :
On a attribué ce mot d’esprit à un poète.
On a attribué ce mot d’esprit à un poète romantique.

95
On a attribué ce mot d’esprit à un poète romantique célèbre.
On a attribué ce mot d’esprit à un poète romantique célèbre de l’époque.
A côté de ces combinaisons libres (ou à peu près) on trouve les combinaisons plus soudées,
plus sélectives, moins variables et moins aptes à se développer ou à se restreindre à volonté.
Nous avons défini là les expressions idiomatiques ou les lexies automatisées ou les lexies
complexes ou lexies figées.
On considère qu’une lexie figée est une « phrase ou partie d’une phrase simple, d’abord
détectée intuitivement comme figée à cause de son caractère non compositionnel et ayant la
propriété formelle suivante : les éléments qui la composent ont une distribution unique ou très
restreinte » (J. Labelle, 1988 : 74, cité dans T. Cristea, 2001 : 151).
Ces lexies figées peuvent appartenir à des classes morphosyntaxiques différentes, selon que
l’élément centre est un nom, un verbe, un adjectif ou un adverbe.
Lexies figées centrées autour du nom :
cousin, cousine à la mode de Bretagne – parent éloigné
œil au beurre noir – marqué de noir du fait d’une contusion
larmes de crocodile – larmes hypocrites pour émouvoir et tromper
l’esprit de l’escalier – un esprit de répartie qui se manifeste à retardement
visage en lame de couteau – très émacié
Lexies figées centrées autour d’un verbe :
avoir carte blanche – avoir toute liberté d’agir
jouer cartes sur table - agir franchement, loyalement
faire l’effet d’une douche froide – faire une impression très désagréable
entrer quelque part comme dans un moulin – comme on veut, sans restrictions
vivre aux crochets de qqn. - vivre à ses frais
Lexies figées centrées autour d’un adjectif :
bête comme mes pieds – très bête
long comme un jour sans pain – très long sans fin (comme durée)
haut comme trois pommes – tout petit (à propos d’un enfant)
maigre comme un hareng saur – très maigre
Lexies figées centrées autour d’un adverbe :
après la pluie, le beau temps – après une mauvaise période, la situation se redressera
entre le marteau et l’enclume – dans une situation difficile, tiré entre deux forces opposées
contre vents et marées – malgré toutes les difficultés

96
Les lexies figées se carctérisent par le fait qu’on ne peut pas changer leur structuire en faisant
des changements libres à leur intérieur. Par exemple, on ne peut pas dire : *cousin à la mode
de Provence, *avoir carte bleue, *haut comme deux pommes, *contre tempête et vagues.
La plupart des expressions idiomatiques ou des lexies figées ou lexies complexes sont des
métasémèmes : des métaphores, des métonymies, des synecdoques.
Métaphores : C’est un vrai manche à balai ! – C’est une personne très maigre ;
Métonymie : boire le calice, la coupe jusqu’à la lie – subir jusqu’au bout une épreuve
pénible, amère ;
Synecdoque : avoir toujours l’injure à la bouche.
Les lexies figées sont très fréquentes dans la langue et se laissent difficilement analyser à
cause de leur sens qui n’est pas toujours évident.

Chapitre VI

Les changements de sens

6.1. Le sens et ses possibles altérations


Les unités lexicales ont un sens dénotatif, leur sens le plus stable qui ne dépend pas du
contexte linguistique ou situationnel et par l’intermédiaire duquel on désigne une réalité
extra-linguistique.
Les mêmes unités ont un sens connotatif, qui est moins stable, qui dépend surtout des
circonstances, du milieu, de l’époque, et qui est un supplément de sens, ajouté au sens
dénotatif.
En ce qui concerne le changement de sens, le phénomène a été étudié plus en détail par V.
Nyckees (1998 : 106-156) et il est parvenu à identifier deux grandes séries de causes » :
« Toutes les évolutions sémantiques paraissent à se répartir en deux grandes classes : 1.
les changements dus à des causes socio-culturelles ; 2. les changements dus à des causes
formelles, autrement dit les changements tirant leur origine des formes même de la
langue » (V. Nyckees : 1998 : 107).
Evidemment, les causes socio-culturelles représentent une classe très composite de causes,
incluant des événements sociaux, des changements culturels ou de mentalité, des
changements intervenus au niveau du développement de la science et de la technique, etc.
Les cas le plus souvent cités sont celui de style, qui désignait tout objet en forme de trige
pointue, comme le stylet ou style servant à écrire et qui est parvenu à désigner l’art

97
d’écrire et celui de plume, qui désignait d’abord « chacune des appendices tégumentaires
qui recouvrent la peau des oiseaux » et qui par la suite est parvenu à désigner un
instrument pour écrire.
La vie sociale et économique des collectivités a constitué un domaine qui exigeait d’une
manière permenente des créations lexicales nouvelles pour désigner les nouvelles réalités
extra-linguistiques, les inventions ou les découvertes. Mais à côté de la création lexicale,
on recourait parfois à certains termes, déjà existants et employés dans un domaine, termes
qui élargissaient leur sphère d’emploi pour servir à désingner des réalités extra-
linguistiques nouvelles. C’est le cas du terme cartouche que nous avons déjà présenté
dans le deuxième chapitre de ce livre dédié au sens. L’on a affaire dans ce cas à ce que les
linguistes appellent extension de sens.
Il n’est pas moins vrai que certains termes servant à désigner des réalités extra-
linguistiques qui ont disparu depuis, ont été contraints à restreindre leur sens pour
désigner uniquement les objets qui continuaient d’exister. Ou encore, certaines réalités
extra-linguistiques existent dans un seul milieu ou d’une manière restreinte, ou le terme
s’est spécialisé uniquement pour un emploi. L’on a affaire dans ce cas à des restrictions de
sens, dont on trouve des exemples dans le livre déjà cité de V. Nyckees (1998 : 111) qui
précise que le monde rural est celui qui se prête le mieux à l’exemplification. Il cite les
verbes pondre (du latin ponere : « poser, déposer »), couver (de cubare : « être couché
sur ») éclore (de excludire : « faire sortir », traire (de trahere : « tirer ») ont gardé
uniquement leur sens modernes qui s‘appliquent aux poulets (pondre et couver) et aux
vaches (traire). Les sens non spécialisés, d’un caractère général, non spécifique, ont
disparu de l’emploi et ce sont les dictionnaires étymologiques qui les enregistrent pour
donner une explication du sens : pondre, du lat. ponere, poser, avec spécialisation rurale
du sens, ellipse de ponere ova, déposer ses oeufs (pour l’évolution sémantique voir
couver) et couver, du lat. couvare, être couché, spécialisé pour les volatiles en lat.
populaire) (Dictionnaire étymologique et historique du français, 1993).
A côté du sens dénotatif d’un terme et de celui connotatif, les unités linguistiques ont un
sens propre et un sens figuré. On ne peut pas mettre le signe de l’égalité entre sens
connotatif est sens figuré, mais on peut dire que la connotation joue un rôle important
dans la réalisation du sens figuré.
Il est important de préciser que le sens figuré caractérise les unités lexicales simples (ou
lexies simples) et les unités lexicales complexes (les lexies complexes ou les lexies

98
figées), des unités supérieures aux syntagmes, comme la phrase, ou même des unités
supérieurs à la phrase.
Par exemple, dans le cas du syntagme un esprit bouché le sens figuré affecte uniquement
un mot du syntagme:
un esprit bouché – c’est quelqu‘un qui ne comprend rien, qui est borné, obtus.
Par contre, dans le cas des lexies figées, le sens figuré affecte entièrement l’unité lexicale
en question : faire le pot de fleurs signifie être de garde devant un bâtiment (pour un
gendarme, un policier), rester à un endroit sans bouger.
Dans le cas des proverbes, il y a des phrases entières qui sont touchées par le sens figuré,
comme c’est le cas pour La nuit tous les chats sont gris, qui signifie que dans l’obscurité
on confond facilement les personnes, les choses.
Evidemment, l’existence du sens figuré est possible grâce à un changement plus ou moins
important du sens propre, qui subit des additions ou des suppressions des sèmes ou des
glissements de sens.
Les changements de sens sont enregistrés par les dictionnaires à l’aide des indications
comme :
fig. – dans le cas du verbe déraciner : ce verbe a un sens propre : arracher ce qui tient au
sol par des racines, ex. La tempête a déraciné plusieurs arbres, mais le verbe a aussi un
sens figuré, celui de détruire, extirper comme dans Un amour monstrueux, inavouable, et
que pourtant on ne peut déraciner de son cœur ;
par ext. – dans le cas du mot amplitude, qui a plusieurs sens propres, dont on cite :
1.différence entre le valeurs extrêmes d’une grandeur, amplitude d’un intervale borné ;2.
écart entre deux valeurs extrêmes de la température, amplitude diurne ; 3. par ext. 5. (en
parlant du mouvement du corps) amplitude d’un geste.
par anal. – le terme lit a un sens propre: meuble destiné au coucher : lit d’enfant ; mais il
a un sens dérivé par extension : place couchée dans un établissement, un lieu de
résidence : clinique de cent lits, une capacité hôtelière de de mille cinq cents lits.
Certains changements de sens se réalisent par la création des métaphores, métonymies et
synecdoques et de ce fait semblent concerner la rhétorique et la stylistique. Mais comme
ces figures de style, tropes, figures de mots ou métasémèmes sont formés par la perte ou
l’ajout (ou les deux) de sèmes, ces notions concernent la sémantique et les recherches
dans le domaine du sens.
Nous allons examiner les figures les plus connues, la métaphore, la métonymie et la
synecdoque.

99
6.2. Les métasémèmes
Les auteurs qui forment le Groupe µ considèrent que la métaphore, la métonymie et la
synecdoque sont des métasémèmes, affirmation qui requiert une précision concernant les
métasémèmes.
« Un métasémème est une figure qui remplace un sémème par un autre, c’est-à-dire qui
modifie les groupements de sèmes du degré zéro ».( J. Dubois et alii, 1970 :34). La figure
repose sur la qualité du signifiant de renvoyer à deux signifiés, par exemple voile, qui
renvoie au signifié voile1 – morceau de forte toile destinée à recevoir l’action du vent pour
faire avancer le navire et voile2 – vaisseau, navire.
Les auteurs de cette théorie soutiennent que nous pouvons altérer ou changer le sens d’un
mot parce que le sens est pluriel. La modification du sens se réalise en gardant une
parcelle du sens initial, car, de l’avis des linguistes du Groupe µ, « un mot se compose de
sèmes nucléaires et sèmes contextuels, le tout produisant un effet de sens ou sémème »
(1970 : 94). Ce ne sont pas tous les sémès du sémème qui changent, mais uniquement
quelques uns, qu’il s’agisse de sèmes nucléaires ou contextuels. C’est la manière dont on
réalise les arrangements des sèmes qui conduit vers des métasémèmes.
Selon les auteurs du Groupe µ, il y a deux types d’opérations au niveau des sèmes :
suppression et addition de sèmes, qui se passe soit simultanément soit séparément, mais
à la suite de ces opération on aura comme résultats les figures mentionnées. Les
métasémèmes sont basés sur des relation de similarité ou de contiguïté.
Un autre élément important qui doit être mentionné dans la réalisation des métasémèmes
est le trait /concret/ et son opposé /abstrait/. Il y a un vocabulaire abstrait qui rassemble
« les concepts par lesquels nous entendons analyser ces objets » et un vocabulaire concret
qui est descriptif, « il appose une étiquette sur les les objets de notre perception»
(1970 :101). Entre ces deux catégories de termes il y a des mouvements vers le sens
opposé : certains termes qui sont descriptifs et qui désignent des objets que nous
percevons tendent à devenir abstraits et les termes abstraits qui caractérisent les objets
tendent à devenir concrets. Le passage d’un type de terme à l’autre se fait non pas
directement maisà l’aide d’un terme moyen ou terme intermédiaire.
6. 3. La métaphore

100
La métaphore est un changement de sens qui est basé sur la ressemblance. Elle a constitué
depuis l’Antiquité l’objet de l’attention des rhéteurs, orateurs et théoriciens du style.
Ainsi, Quintilien a défini la métaphore dans les termes suivants :
« Translatio brevior est similitudo »
Le terme métaphore vient du grec, métaphorein, qui signifiait « transporter » et, selon
Aristote « La métaphore est l’application à une chose d’un nom qui lui est étranger »
(Dictionnaire de rhétorique et de poétique, 1999 :585).
Donc, la métaphore est le résultat d’un raisonnement par analogie qui est abrégé, qui n’est pas
présenté en entier. Le même dictionnaire donne un exemple de métaphore tiré de Bernanos
(248) :
« Je laisse souffler les dindons, et j’ajoute : la politique de Léon XIII...a ruiné le moral
français ».
On explique dans les lignes suivantes que la phrase doit être entendue de la manière suivante :
« des personnes aussi bêtes et aussi méchantes que des dindons »
Il est évident que la métaphore est basée sur la comparaison, ce qui a déterminé certains
théoriciens de la métaphore de l’appeler « une comparaison en raccourci » (Stéphanne
Ullmann, cité dans Albert Henry, 1971). Même si Albert Henry cite la définition de son
prédecesseur dans l’étude de la métaphore, il n’est pas d’accord avec elle parce qu’il trouve
des exemples concrets qui illustrent le fait que toute comparaison ne peut pas être abrégée
dans une métaphore.
Quant à Tzvetan Todorov (1967 :108), il qualifie la métaphore comme une « anomalie
sémantique », avec la spécification qu’il n’oppose pas anomalie à l’expression propre, mais à
« la règle linguistique enfreinte ». Selon lui « La règle linguistique enfreinte par la métaphore
est la suivante : pour que deux mots puissent se combiner en une expression, ils doivent
posséder chacun une même partie de sens ».
Les linguistes du Groupe µ ont donné une autre définition de la métaphore, en se basant sur
l’analyse sémique et sur les opérations qui ont lieu au niveau des sèmes et des sémèmes. Ils
ont constaté que la métaphore est « la modification du contenu sémantique des termes »,
modification qui « résulte de la conjonction de deux opérations de base : addition et
suppression de sèmes ».
Pour les auteurs de la Rhétorique générale, la métaphore implique trois termes : un terme de
départ, un terme intermédiaire et un terme d’arrivé :

D — I — A

101
Pour illustrer le passage d’un terme D (le terme de départ) à un autre terme A (le terme
d’arrivée) par un terme intermédiaire (I) nous allons analyser l’exemple suivant : « C’est une
cire molle » , qui signifie « C’est une personne influençable ».
Le terme de départ est « cire molle » et la terme d’arrivée est « personne influençable », et on
peut facilement constater que le terme intermédiaire est absent du discours. Il peut être
identifié à l’aide de l’analyse sémique appliquée successivement à D et à A.
Cire :
sèmes : /matière/, /molle/, /jaunâtre/, /fusible/, /dont on peut influencer la forme/ ;
Personne influençable :
sèmes : /personne/, /qui se laisse influencer, manœuvrer/ ;
classèmes : /+ animé/, /+ personne/, /continu/.
Il est évident que la métaphore a été possible grâce à la similitude qui existe entre les deux
termes, un peu éloignés, il est vrai, l’un continu et l’autre discontinu, mais en fin de compte,
c’est là le secret d’une métaphore véritable, de comparer deux termes éloignés.
Par l’intermédiaire de la métaphore, une caractéristique qui commune seulement à
l’intersection des deux termes en contact est étendue à leur réunion.
On divise généralement parlant les métaphore en deux catégories (Dictionnaire de rhétorique
et de poétique, 1999 :249-250) :
- métaphore in praesentia, dans la mesure ou les deux termes (de départ et d’arriv é)
sont l’un et l’autre indiqués, ex. « Ce garçon est un singe agile » ;
- métaphore in absentia, dans laquelle un seul terme, le comparant, est marqué dans
le discours : « Un vrai singe agile parut alors à nos yeux ».
La métaphore in praesentia se carctérise par
a) la présence d’un verbe copulatif être :
C’est un vrai manche à balai – une personne maigre ;
C’est un boulet de canon - quelqu’un qui s’accroche à vous
C’est un grand cheval – une femme aux traits masculin, peu délicats.
b) la présence de l’apposition :
« Bergère ô tour Eiffelle troupeau des ponts bêle ce matin »
(G. Apollinaire)
c) un rapport inapproprié entre un substantif et un verbe –ce que Todorov appelait anomalie
sémantique :
bouffer du kilomètre - rouler beaucoup en voiture.

102
On peut identifier un autre type de métaphore, la métaphore filée ou arborescente, qui « se
poursuit sur plusieurs lignesou plusieurs vers, avec une certaine exploration de la logique
comparative » (Dictionnaire de rhétorique et de poétique, 1999 :587). D’habitude, les
métaphores filées sont choisies dans le même champ sémantique :
- champ sémantique « religion »: « prêcher pour sa chapelle, pour sa paroisse »
(dans son propre intérêt)
- champ sémantique « aliments » : « écorcher l’anguille par la queue » (faire les
choses à l’envers, à rebours)
- champ sémantique « armée » : « être toujours sur la brèche » (être toujours apte à
travailler) ;
- champ sémantique « chasse » : « sonner la curée » le moment où qqn. est accablé.
La métaphore lexicalisée est un type de métaphore qui a perdu son caractère de figure ou
trope est qui est entrée dans la langue de tous les jours : le cou de la bouteille, le lit de la
rivière, la chemise d’un projectile, etc.

6. 4. La métonymie
La métonymie est une figure basée sur la contiguïté. Son nom vient du grec, metonumia
(changement de nom). Cela veut dire qu’elle « désigne un objet par le nom d’un autre
objetautonome par rapport au premier, mais qui a avec lui un lien nécessaire, soit existentiel,
soit de voisinage » (Dictionnaire de rhétorique et de poétique, 1999 : 588). Elle a été étudié
par les classiques antiques qui avaient établi quelques types de métonymies ( Dictionnaire de
rhétorique et de poétique, 1999 :253) :
- contiguïté entre le sens concret et le sens abstrait :
« Je résisterai évidemment par vertu à cette tentation, mais ma faiblesse ne tiendra
pas » et la contiguïté s’établit entre moi, la personne tout à fait concrète et la
caractéristique abstraite, la faiblesse.
- contiguïté entre un événement et le moment où il se passe ou le lieu où
l’événement se passe :
« boire du champagne » - boire du vin produit en Champagne :
« Il a pris son quatre heures » - il a pris son goûter de quatre heures ;
- contiguïté entre une partie du corps et le sentiment dont la partie ou l’organe est
supposé(e) abriter :
« Cet homme à un grand cœur » C’est quelqu’un qui est très bon, très généreux, prêt à
aider les autres.

103
- contiguïté entre le contenant et le contenu
« La salle applaudit à tout rompre » (les spectateursapplaudirent)
- contiguïté de la cause et de l’effet (ou cause peut être interprété également comme
moyen ou origine) :
Hélène de Troie était appelée « le crime » parce qu’elle a été à l’origine de la guerre de
Troie.
La rhétorique contemporaine identifie différentes sortes de métonymies :
- métonymie du contenant pour le contenu, ou l’inverse :
- métonymie de l’effet ppour la cause ou l’inverse
- métonymie du lieu d’origiune pour un objet ou pour une personne
- métonymie de l’abstrait pour le concret ou l’inverse
- métonymie de la partie du corps pour le sentiment qui lui est attaché.
La métonymie a été étudiée par les linguistes du Groupe µ qui l’ont analysée par le biais de
l’analyse sémique, en décelant les opérations sémiques qui sont faites et leur résultat.
Ainsi, ils considèrent ( 1970 : 117- 120) que la métonymie est basée sur la contiguïté, qu’elle
est radicalement opposée à la métaphore, et que tandis que la métaphore est basée sur la co-
possession des sèmes, la métonymie se réalise par co-inclusion des sèmes dans un ensemblede
sèmes. La métonymie a un terme de départ (D), un terme d’arrivée (A) et un terme
intermédiaire qui inclut les deux. Donc tous les sèmes du terme de départ se combinent avec
tous les sèmes du terme d’arrivée pour former le terme intermédiaire, qui est basé sur un
rapport de contiguïté.
La métonymie est fréquemment employée non seulement dans les textes littéraires et par les
grands auteurs, mais par les gens communs, car beaucoup de métonymies appartiennent au
vocabulaire courant. En voici quelques exemples :
Métonymies par contiguïté causale
faire des gorges chaudes – rire beaucoup, rire à se tordre ;
creuser l’estomac – donner faim ;
prendre les armes – se préparer pour le combat ;
changer de couleur- blanchir, rougir, à cause de la colère, de la peur, etc.
être dans les bras de Morphée – dormir
vivre aux crochets de qqn.- vivre à ses dépenses.
Métonymie par contiguité spatiale :
cracher ses poumons – tousser en crachant du sang ;
rendre tripes et boyaux – vomir ;

104
avoir la bourse plate - n’avoir pas d’argent
avoir de quoi faire bouillir la marmite – avoir de quoi préparer à manger
boire un coup, boire un verre – boire le contenu d’un verre ;
aimer la bouteille - aimer boire.
Métonymie par contiguïté temporelle
pendre la crémaillère – repas donné pour fêter l’installation dans un nouveau logement ;
mettre la clé sous la porte –partir furtivement sans payer le loyer
tourner casaque, retourner sa veste – changer de parti, d’opinion.

6.5. La synecdoque
La synecdoque est un trope basé sur la relation logique d’inclusion. Son nom vient du grec
sunekdokhè, qui signifie inclusion, compréhension. Du point de vue des rapports qui
s’établissent entre les termes de la synecdoque, ce sont des rapports de contiguïté. La
synecdoque est définie d’habitude comme « la figure qui désigne un objet par le nom d’un
autre objet avec lequel il forme un ensemble, un tout » (Dictionnaire de rhétorique et de
poétique, 1999 : 706). On apprécie parfois que la synecdoque n’est qu’une sorte de
métonymie, compte tenu du rapport qui unit les deux termes, qui est un rapport de contiguïté.
Les types de synecdoque retenus par la rhétorique classique sont :
- la partie pour le tout
- un bras pour une personne :
Il nous manque des bras.
- une bouche pour une personne :
Une bouche de plus à nourrir .
- une voile pour un navire :
Ils ont été attaqués par dix voilesbien équipées.
- l’espèce pour le genre
gagner son pain (pain pour tout type d’aliment)
- le tout pour la partie
Elle s’est offert un vison. (vison pour la fourrure de cet animal)
- le genre pour l’espèce :
être comme un éléphant dans un magasin de porcelaine (éléphant pour animal)
- la synecdoque de la matière
mourir par le fer (tué par une arme en fer)
- la synecdoque de l’abstarction

105
Si vieillesse pouvait, si jeunesse savait (la jeunesse pour les jeunes)
- la synecdoque de la personne ou antonomase
C’est une mégère ! (C’est une femme violente et furieuse).
Les auteurs de la Rhétorique générale expliquent le processus de formation de la synecdoque
par l’intermédiaire des opérations qui ont lieu, à savoir une opération de décomposition
sémique et une opération de recomposition sémique. Cela veut dire qu’un terme doit être
décomposé pour retrouver les traits inhérents ou les sèmes qui le composent et ensuite il y
aura un autre processus dans lequel certains termes seront sélectionnés pour rentrer dans une
autre structure, un autre sémème, de rang supérieur ou inférieur.
Selon les représentants du Groupe µ, un terme, une unité lexicale, peut se décomposer de
deux manières différentes. Ils donnent comme exemple le terme arbre, qui peut se
décompose ainsi :
a) arbre = branches et feuilles et tronc et racines
b) arbre = peuplier ou chêne ou saule ou bouleau
Le type de décomposition a) décomposition dans les parties constitutives, dans laquelle
aucune partie n’est un arbre, mais ensemble elles forment un arbre, c’est une décomposition
sur le mode π (conjonction et) dans laquelle toutes les parties sont dans un rapport de produit
logique (J. Dubois et alii, 1970 : 100). :
« Plus strictement, il y a produit logique entre les propositions : (x est un arbre)= (x possède
des feuilles), (x possède des racines) (x possède un tronc), etc. »
Le type de décomposition b) est une décomposition sur le mode Σ, une décomposition
attributive (somme logique), chaque partie étant un arbre et possédant tous les sèmes de
l’arbre plus des déterminations particulières. « Les parties sont dans un rapport de somme
logique Σ (conjonction ou) et nous désignerons cet ensemble par décomposition sur le mode
Σ. »
Par conséquent, les auteurs du Groupe µ identifient deux types de synecdoque, selon le type
de décomposition qui est impliqué :
a) synecdoque généralisante
b) synecdoque particularisante.
La synecdoque généralisante résulte de la substitution d’un sémème (qui perd une partie de
ses sèmes) par un autre sémème qui reprend les sèmes conservés par le premier sémème. Ou,
en d’autres termes, la synecdoque généralisante désigne « un élément par le nom de
l’ensemble » (Dictionnaire de rhétorique et de poétique, 1999 :707». Si on traite un chien de

106
« Sale bête ! », on fait une synecdoque généralisante poarce qu’on fait entrer le chien dans le
genre des bêtes, genre qui a plusieurs espèces :
bête = chien ou chat ou cheval ou lion ou tigre
La substitution bête pour chien a été possible grâce au fait que tous les sèmes de chien
(/carnivore/, /canidé/, /domestique/) sont inclus dans le champ sémique de bête, à côté des
sèmes spécifiques de chat (/petit mammifère familier/, /à poil doux/, /aux yeux oblongs et
brillants/, /à oreilles triangulaires/,/à griffes rétractiles /, /qui est animal de compagnie/, de
cheval (/grand mammifère à crinière/, /plus grand que l’âne, /domestiqué par l’homme/,
animal de trait et de transport/, à côté des sèmes spécifiques de lion (/grand mammifère
carnivore/, /à pelage fauve/,/à crinière brune et fournie chez le mâle/, à queue terminée par
une grosse touffe de poils/, /vivant en Asie et en Afrique/ et ainsi de suite. Mais, de tous ces
sèmes on n’a retenu de bête que le sème /animal/ et on a supprimé les sèmes /canidé/,
/carnivore/, /sauvage/,/domestique, etc. La compréhension du message est donc assurée par la
reprise partielle des sèmes de bête par le sémème chien. Le mécanisme synecdochique
pourrait être représenté dans le schéma suivant :

chat cheval

décomposition
chien zèbre chien
bête sélection
etc. tigre

loup lion

D A

La décomposition sémantique qui a lieu dans le cas de bête se fait sur le mode Σ (somme
logique).
Un autre exemple de synecdoque généralisante se retrouve dans le registre de langue familier,
où l’on dit à propos d’un individu qui boit beaucoup de vin « Qu’est-ce qu’il peut s’enfiler
comme liquide ! ». « Liquide » est ici employé pour « vin », et « vin » est à l « liquide »
comme « chien » est à « bête » dans un rapporte d’espèce à genre. Pour parvenir à la
substitution liquide pour vin, on a supprimé du sémème « liquide » une partie des sèmes, tels :
/fluidité/, /sans forme/, etc. et l’on a conserv » les sèmes /boisson /, /alcoolique/, etc. Tous, ou

107
presque tous les sèmes sont inclus dans le champ sémique de liquide , le vin étant une
/boisson alcoolique/ .C’est un exemple de plus de décomposition sur le mode Σ.
La synecdoque particularisante résulte de la substitution d’un sémème dont on a supprimé
les sèmes de spécificité par un autre sémème qui a les sèmes génériques du sémème substitué.
L’exemple qu l’on va analyser est puisé toujours dans le monde des animaux. Si l’on fait
quelqu’un devenir chèvre, c’est qu’on l’embête, donc la substitution qui a lieu est chèvre pour
bête. On laisse de côté le sème grammatical / changement d’état / parce que dans ce cas il n’y
a qu’un changement secondaire, de signifiant, tandis que le signifié reste le même ;la
différence entre les deux signifiants consiste dans les procédés linguistiques mis en oeuvre
pour leur réalisation :
embêter- formé par intégration (ou parasynthèse)
em-bête- er (intégration du lexème bête et du relateur em- préfixe indiquant un changement
d’état- inchoatif)
faire devenir chèvre – formé par adjectivisation, sur le modèle « faire devenir bête ». Dans les
deux cas on a des structures causatives, la première étént implicite et la seconde associative.
La structure causative « faire devenir chèvre » est équivalente au niveau de l’expression et du
sens, mais non au niveau du référent, à « faire tourner en bourrique ». L’équivalence est à
saisir dans la structure profonde, où l’on a des verbes causatifs associatifs.
En revenant au mécanisme qui aboutit à la formation de la synecdoque particularisante, on
verra, au moyen de l’analyse sémique, quels sont les changements qui interviennent.
chèvre
ensemble oppositionnel
a) chèvre ≠ loup ≠ ours ≠ girafe
b) relations : chèvre (espèce) Є bête (genre)
archisémème : animal
traits sémiques : classe:/mammifère/,/ruminant/, /à cornes/, /brutalité/
classème : /animal/.
bête
ensemble oppositionnel
a) bête ≠ genre humain
b) relations : bête Є êtres vivants
archsémème : /être vivant/
traits sémiques : classe : /mammifère/, /oiseau/, /insecte/, /brutalité/
classème : /animal/.

108
Le trait sémique commun /brutalité/ fait possible la substitution chèvre- bête, substitution qui
se combine avec un processus d’intégration de second degré (ou relativisation) (B. Pottier,
1974).
Dans le cas de chèvre et bête, chèvre est à bête dans un rapport d’espèce à genre.
On fait également une synecdoque particularisante quand on dit d’une personne qui n’hésite
pas à médire, à calomnier, qu ‘elle est « une mauvaise langue ». En nous servant de l’analyse
sémique, on peut trouver le point de départ du mécanisme synecdochique.
langue
ensemble oppositionnel
a) langue ≠ dent ≠ machoire
b) relations : langue Є bouche Є corps humain
archisémème : /partie du corps/
traits sémiques : /mobilité/, emplacement : /dans la bouche/, fonction : /organe de la parole,
de la communication/
classème : non – animé

personne médisante
ensemble oppositionnel :
a) personne ≠ animal ≠ végétal
b) relations : personne Є être vivant
archisémème: /être vivant/
traits sémiques : position /verticale/, /bipède/, / doué pour la communication/
classème : + animé
Le sème commun qui fait possible la substitution langue –parsonne est
/communication/.Langue est à personne dans une relation de partie à tout (décomposition
sur le mode π, produit logique). L’analyse sémique laisse voir une violation de classème(
langue = non-animé, personne = +animé). Il s’agit là d’une légère personnification,
d’importance secondaire pour le processus métasémique. D’ailleurs, la personnification
accompagne d’une façon générale, la métonymie, la synecdoque et la métaphore (T. Todorov,
1967).
Les substitutions de sémèmes ont donc lieu entre deux termes qui se trouvent dans l’une des
relations suivantes :
a. partie- tout
b. espèce – genre

109
c. tout – partie
d. gennre espèce

Les deux premières types de relations engendrent la synecdoque particularisante, tandis que
les deux dernières sont la source de la synecdoque généralisante.
La synecdoque n’est pas uniquement un trope, mais ell est aussi un moyen d’enrichissement
et de diversification du lexique d’une langue. La langue abonde en expressions qui sont de
synecdoques (généralisantes ou particularisantes) :
navire perdu corps et biens – avec les personnes et les biens à bord
périr corps et biens – disparaître, mourir, hommes et valeurs latérielles
avoir toujours l’injure à la bouche – proférer des injures à tout bout de champ
s’enlever le morceau de la bouche- faire des sacrifices au bénéfice de qqn.
confesser ses torts – avouer ses fautes
brouiller les idées de qqn. – rendre qqn. confus.

Les exemples que nous avons cité pour illustrer les tropes sont censés démontrer que les
métaphores, les métonymies et les synecdoques existent dans le langage quotidien et, en tant
que tels, ils tendent à devenir des syntagmes usuels.

110
BIBLIOGRAPHIE

1. AQUIEN, Michèle, MOLINIE, Georges (1999) – Dictionnaire de rhétorique et de


poétique, Paris, Librairie Générale Française.

2. ADAM, J.-M., BONHOMME, M. (1997, 2003)- L’argumentation publicitaire, Paris,


Nathan.

3. BAYLON, Christian, MIGNOT, Xavier (1995) –Sémantique du langage, Paris,


Nathan.
Nouvelle édition (2005) – Initiation à la sémantique du langage, Paris, Armand
Colin.

4. BAYLON,Christian, MIGNOT,Xavier (2005) – La Communication, Paris,


Armand Colin
(1994) Editions Nathan
(1999) Editions Nathan / Her
(2003) Editions Nathan / VUEF
Sens et réference,
Non-dit et (re)construction du sens, p.127 – 140.

5. BAYLON,Christian, FABRE, Paul, MIGNOT, Xavier (2005) – Initiation à la


Linguistique.Cours et applications corrigés, Paris, Armand Colin
(chapitre VI: La Sémantique, p.125 – 146 ;Sens implicite, p.177 - 184).

6. BIDU–VRÂNCEANU A.,CĂLĂRAŞU,C., IONESCU – RUXĂNDOIU, MANCAS,


M., PANĂ – DINDELEGAN,G. (1997) ) – Dicţionar general de ştiinţe.Ştiinţe ale
Limbii, Bucuresti, Editura Ştiinţifică.

7. BRACOPS, Martine (2006) – Introduction à la pragmatique. Les théories


fondatrices : actes de langages, pragmatique cognitive, pragmatique intégrée
chapitre3 : La pragmatique intégrée – présupposition, sous – entendu,
polyphonie, Bruxelles, De Boeck &Larcier, p.145 – 193.

8. BREAL, Maurice (1883) -Les lois intellectuelles du langage : fragment de


sémantique, cité dans Irène Tamba - Mecz (1988), “La Sémantique”, Paris, PUF,
p.3.

9. CHARAUDEAU, Patrick (1992) - Une grammaire du sens et de l’expression,


Paris, Hachette.

10. CHARAUDEAU, Patrick, MAINGUENEAU, Dominique (2000) - Dictionnaire


d’analyse du discours, Paris, Editions du Seuil.

111
11. CHISS, Jean – Louis, FILLIOLET, Jacques, MAINGUENEAU, Dominique(1992)
Linguistique française. Initiation à la problématique structurale, Paris, Hachette
Troisième Partie:Le mot lexical – structurel, Relations sémiques,Champ sémique
Analyse sémique, dictionnaire p.110 – 150.

12. COŞERIU, E (1975) – Vers une typologie des champs lexicaux, dans “Cahiers
de lexicologie” no.27, p.30 - 51

13. CRISTEA, Teodora (1998) – Stratégies de la traduction, Bucureşti, Editura


Fundaţiei “România de Mâine”

14. CRISTEA, Teodora (2001) – Structures signifiantes et relations sémantiques en


français contemporain, Bucureşti, Editura Fundaţiei “România de Mâine”.

15. CRYSTAL, David (1991) –A Dictionary of Linguistics and Phonetics, Oxford,


Blackwell Publishers.

16. CRYSTAL, David (1991) – The Cambridge Encyclopedia of Language,


Cambridge University Press.

17. DUBOIS, J., EDELINE,F., KLINKENBERG, J.M., MINGUET,P., PIRE,F.


TRINON, H. (1970) –Rhétorique générale, Paris, Larousse.

18. DUBOIS, J. , MITTERAND, H., DAUZAT, A. (1993) Dictionnaire étymologique


et historique du français, Paris, Larousse.

19. DUCROT, Oswald (1991, 1993) – Dire et ne pas dire. Pricipes de sémantique
linguistique ;Paris, Hermann, chapitre 11 : signifié, sens p.307 – 323.

20. FINCH, Geoffrey (2000) – Linguistic Terms and Concepts, London, Macmillan.

21. FINCH, Geoffrey (2000) – Linguistic Terms and Concepts,New York, Macmillan
Press LTD.

22. Fontanier, Pierre (1977) – Figurile limbajului, Bucuresti, Editure Univers.

23. GREIMAS, Algirdas – Julien (1966) – Sémantique sructurale, Paris, Larousse.

24. GUIRAUD, Pierre (1955) – La Sémantique, Paris, Presses Universitaires de


France, p.5.

25. GUIRAUD, Pierre (1962) –La Sémantique, Paris, Presses Universitaires de


France.

26. HENRY, Albert, (1971) –Métonymie et métaphore, Paris, Klincksieck.

27. KEBRAT – ORECCHIONI, Catherine (1980) – L’Enonciation. De la subjectivité


dans le langage, Paris, Armand Colin.

112
28. KLEIBER, Georges (1990) –La sémantique du prototype, Paris, Presses
Universitaires de France.

29. LEHMANN, Alise, BERTHET, Françoise – Martine (2000) –Introduction à la


lexicologie ; Sémantique et Morphologie, Paris, Editions Nathan / HER.

30. LYONS, John (1995) – Introducere in lingvistica teoretică, Bucureşti, Editura


Ştiinţifică.

31. MATORÉ, Georges (1953) –La méthode en lexicologie, Paris, Didier.

32. MĂGUREANU, Anca (1982) – Les relations sémantiques, dans **** “De la
linguistique à la didactique”,Bucureşti,p.55–83,Tipografia Universităţii Bucureşti.

33. MĂGUREANU, Anca (1984) – La sémantique lexicale , Bucureşti, Tipografia


Universitatii Bucuresti.

34. MILNER, Jean – Claude (1989) – Introduction à une science du langage,


Paris, Editions du Seuil.

35. MOESCHLER, Jacques, REBOUL, Anne (1994) – Dictionnaire encyclopédique


de pragmatique, Paris, Editions du Seuil.

36. MOESCHLER, Jacques, AUCHLIN, Antoine (2005) –Introduction à la


linguistique contemporaine, Paris, Armand Colin
chapitre 3 : Sémantique structurale et cognitive, p ;29 – 38
Sémantique structurale et cognitive : analyse sémique, sens
hyponyme, prototype.

37. MORTUREUX, Marie – Françoise (2004) – La lexicologie entre langue et


discours, Paris, Armand Colin / SEJER.

38. MOUNIN, Georges (1972) – Clefs pour la sémantique,Paris,Seghers,p.103-130.

39. NIOBEY, Georges (sous la direction de) (1995) –Dictionnaire analogique, Paris,
Larousse.

40. NYCKEES, Vincent (1998) – La Sémantique, Paris, Editions Belin.

41. PÉCHOIN, Daniel (sous la direction de) (1995) –Thésaurus, Paris, Larousse.

42. PICOCHE, Jacqueline (1992) – Précis de lexicologie française, Paris, Nathan.

43. POLGUÈRE, Alain (2003) – Lexicologie et sémantique lexicale.Notions


fondamentales, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal.

44. POTTIER, Bernard (1964) – Vers une sémantique moderne, dans “Travaux de
linguistique et de littérature” , II, p.107 – 137.

45. POTTIER, Bernard (1974) – Linguistique générale, Paris, Klincksieck

113
46. POTTIER, Bernard, (1992) – Sémantique générale, Paris, Presses Universitaires
de France.

47. RASTIER, François, CAVAZZA, Marc, ABEILLÉ, Anne (1994) – Sémantique


pour l’analyse. De la linguistique à l’informatique, Paris, Masson.

48. SALMINEN, Niklas Aïno (1997) – La lexicologie, Paris, Armand Colin.

49. SAUSSURE, Ferdinand de (1916) – Cours de linguistique générale, Paris,


Payot, p.99 – 100.

50. SIOUFFI, Gilles, van RAEMDONCK, Dan (1999) – 100 fiches pour comprendre
la sémantique, Paris , Bréal – Rosni.

51. TAMBA – MECZ, Irène (1988) – La Sémantique, Paris, Presses Universitaires


de France.

52. TODOROV, Tzvetan (1967) – Littérature et signification, Paris, Larousse.

53. TOURATIER, Christian (2004) – La sémantique, Paris, Armand Colin / SEJER/

54. TUŢESCU, Mariana (1979) – Précis de sémantique, Bucureşti, Editura Didactică


şi Pedagogică.

114