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COURS

DROIT DES SOCIÉTÉS

PAR ABDELALI ABBOUR

Docteur en droit privé de l’Université de Toulon (France).


Professeur-Habilité à la faculté de droit de Meknès (Maroc).
Ex enseignant de la Faculté de droit de Toulon.
Membre du Centre de Droit et de Politiques Comparés Jean-Claude ESCARRAS de la faculté de droit de
Toulon (France). Laboratoire de l’UMR-CNRS 7318 DICE.

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LICENCE FONDAMENTALE

DROIT EN LANGUE FRANÇAISE

SEMESTRE 4

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ANNEE UNIVERSITAIRE 2019-2020


AVANT - PROPOS

Chères étudiantes, chers étudiants,

Actuellement nous vivons tous des moments extrêmement difficiles. Au Maroc,


comme dans la plupart des autres pays du monde, le coronavirus et le confinement
obligatoire ont profondément bouleversés nos vies personnelles et professionnelles.
Dans ce contexte, vous avez tous, naturellement et très justement, de nombreuses
inquiétudes et interrogations sur vos études.
Soyez assurés que la Faculté de droit de Meknès par l’intermédiaire de son
doyen et son équipe et l’ensemble des personnels ensei gnants et administratifs sont
particulièrement mobilisés dans cette situation exceptionnelle afin que vous puissiez
terminer, Inch’Allah, votre année d’études dans les meilleures conditions possibles.
C’est pourquoi, dès le début de cette pandémie et la su spension des cours, il a été
décidé très rapidement de vous garantir, malgré l’absence de cours présentiel, une
continuité pédagogique par l’utilisation des outils d’enseignement à distance.
Pour ma part et concernant mon cours de droit des sociétés, j’ai opté pour deux
versions, la version PDF et la version télévisée.
Vous trouverez donc dans le présent document PDF une version totalement
nouvelle et particulièrement détaillée de mon cours de droit des sociétés. Je puis, d’ores
et déjà, vous assurez que deux principes ont guidé à l’élaboration de cette nouvelle
version. Le principe de bienveillance, d’une part, qui m’oblige à tenir compte de la
situation difficile actuelle des étudiants et, d’autre part, le princ ipe d’égalité entre les
étudiants d’une même promotion. Principes auxquels je suis particulièrement attaché.
En tout état de cause, j’ose espérer très sincèrement que mon cours répondra à
vos attentes intellectuelles.
Je vous prie, enfin, de trouver dans ce modeste cours l’expression de mes
sentiments très dévoués et bien cordiaux.
Bon confinement, bonne lecture et bonne préparation des examens.
Prenez bien soin de vous et de vos proches.
A très bientôt Inch’Allah.

Pr. Abdelali ABBOUR

Pour toute correspondance :


Mail : ali.abbour@gmail.com
Tel. : 06-74-87-93-48

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INTRODUCTION GÉNÉRALE

L’un des phénomènes les plus marquants de la vie des sociétés au cours de ces
dernières années est incontestablement l’importance prise par la dimension juridique. Au
Maroc, la création d’entreprise et notamment des Petites et Moyennes Entreprises a connu
un développement considérable, et on les rencontres dans tous les secteurs de la vie
économique. Dans le cadre de son développement, l’homme d’affaires affronte
l’environnement juridique à chacune des étapes de l’évolution de la société. Il doit choisir une
forme juridique lors de la création, organiser les échanges entre la société et son
environnement, prendre des risques qui s’attachent à toute activité commerciale, industrielle
ou de services.

La société est une institution familière du commerce et de la plupart des secteurs


d’activité où l’homme est amené à entreprendre. Elle correspond à la nécessité d’organiser le
regroupement des moyens humains, intellectuels, techniques et financiers indispensables à la
réalisation et à la pérennité des entreprises. La société s’analyse comme une technique
d’organisation et une structure juridique. De cette réalité socio-économique, le droit à un
aspect organisationnel extrêmement important et la société donne au droit une dimension
d’une science d’organisation de l’entreprise. En droit marocain, l’entreprise individuelle et la
société sont les deux modes possibles d’organisation de l’entreprise commerciale. Lorsque
l’entreprise est exploitée par une personne physique seule, on parle « d’entreprise
individuelle ». Lorsqu’elle est exploitée par un groupement de personnes, qu’on appelle
personne morale, dans ce cas on est en présence d’une « société ». Pourtant, la société doit
être distinguée de l’entreprise, dont elle n’est que l’une des formes juridiques possibles, et en
particulier aujourd’hui de la société a responsabilité limitée à associé unique, nouveau mode
d’exploitation de l’entreprise mais surtout d’organisation du patrimoine instituée par l’article
44 de la loi 5-96 permettant à un entrepreneur individuel d’affecter à son activité
professionnelle un patrimoine qu’il tient séparé de son patrimoine personnel.

Cependant, si les sociétés se sont développées à côté des personnes physiques


commerçantes c’est notamment du aux insuffisances de l’entreprise individuelle tant au plan
économique, social et que fiscal. Cependant, l’entreprise individuelle et la société
commerciale ont des caractéristiques radicalement différentes.

L’entreprise individuelle est donc celle exploitée par un commerçant personne


physique seul, c'est-à-dire sans associé. On dit d’un tel commerçant qu’il exerce le commerce

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en « son nom personnel » ou en « son nom propre compte ». Il est important de comprendre
qu’une telle entreprise individuelle n’a pas de personnalité et de patrimoine distincts de ceux
de la personne physique qui l’exploite. Dans la théorie traditionnelle, le patrimoine d’une
personne physique est lié à sa personnalité, ce qui l’empêche d’avoir plusieurs patrimoines,
notamment des patrimoines dits « d’affectation », par exemple un patrimoine « d’affectation
commerciale » qui serait distinct de son patrimoine « civil » et séparé de ce dernier. Ici on
comprend tout l’intérêt que pourrait avoir, pour un commerçant individuel, le patrimoine
« d’affectation commerciale ». En effet, si l’entreprise individuelle avait des difficultés, les
créanciers de cette entreprise ne pourraient poursuivre que le patrimoine « d’affectation
commerciale » de ce commerçant, à l’exclusion de son patrimoine personnel qui serait ainsi
juridiquement autonome et surtout protégé. Cette théorie du patrimoine d’affectation n’a
jamais été introduite dans le système juridique marocain. C’est la raison pour laquelle, l’unité
qui existe entre patrimoine du commerçant exerçant le commerce « en son nom personnel » et
le patrimoine de son entreprise individuelle fait de cette dernière un mode d’organisation de
l’entreprise pouvant se révéler dangereux notamment sur le plan patrimonial.

De plus, si l’entreprise individuelle, qui représente le plus grand nombre d’entreprises


au Maroc, est par hypothèse limitée tant par les compétences techniques que par les
possibilités financières de la personne morale. Ici, l’aléa majeur de l’entreprise individuelle
était essentiellement lié à la vie même de l’entrepreneur. A cet égard, l’entreprise
individuelle se caractérise par la localisation de l’entreprise directement dans le patrimoine
du chef d’entreprise. Si cette organisation patrimoniale a le mérite de la simplicité et si elle
permet à l’entrepreneur d’appréhender sans autres formalités ni frottement fiscal l’ensemble
des bénéfices dégagés par l’entreprise, elle fait aussi encourir un risque important en cas de
déconfiture puisque c’est l’ensemble des biens composant le patrimoine qui devra répondre
des dettes d’exploitation.

En revanche, la société commerciale, mode d’organisation de l’entreprise, se distingue


de l’entreprise individuelle essentiellement par deux caractéristiques. D’une part,
l’entrepreneur n’exerce plus le commerce seul, mais avec des associés, et depuis la loi 5-96
relative à la SARL du 13 février 1997, il est possible de créer une S.A.R.L. à associé unique,
qui est une société avec un seul associé. D’autre part, la société est un contrat qui obéit à des
règles complexes avec création d’une personne morale nouvelle dont le support juridique est
la personnalité morale. Dans le droit positif marocain, la société est un contrat par son
origine et une institution par son développement. A ce sujet, trois textes juridiques en
témoignent :

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1. La loi 5-96 ;
2. La loi 17-95 ;
3. L’article 982 du Dahir des Obligations et Contrats qui précise que « la société est
un contrat par lequel deux ou plusieurs personnes mettent en commun leurs biens ou leur
travail ou tous les deux à la fois, en vue de partager le bénéfice qui pourra en résulter ».

Ces lois ont adapté le droit marocain aux besoins de notre époque notamment grâce à
l’existence de personnalités juridiques distinctes et donc de patrimoines distincts, nous
savons clairement à qui appartient tel ou tel élément du patrimoine. Ces lois ont de ce fait
facilité la création d’entreprises au Maroc.

Face aux réalités juridiques de la vie des affaires, la bonne gestion de la société passe
désormais par une bonne maîtrise du droit des sociétés. Ce droit est un ensemble de règles
applicables aux sociétés définies par les articles 982 à 1063 du Dahir des Obligations et
Contrats. Parmi les sociétés il y a lieu de distinguer les sociétés civiles et les sociétés
commerciales. Cette distinction repose d’abord sur le genre d’activité qu’exerce la société.
Sont ainsi commerciales, les sociétés ayant pour objet l’exercice d’actes de commerce. Sont
civiles ensuite, les sociétés qui, par opposition, n’ont ni une forme réputée commerciale, ni un
objet ayant un rapport avec le commerce.

Au Maroc, les intérêts de constituer une société sont nombreux et variés. Permettre
d’abord à plusieurs personnes d’agréger leurs forces pour développer ensemble un projet
commun qu’elles n’auraient pu seules réaliser, faciliter la séparation des patrimoines
professionnels et privés et ainsi limiter l’exposition au risque de pertes en cantonnant les
effets des sûretés au seul patrimoine professionnel. Permettre également de mieux organiser
la transmission des patrimoines professionnels que ce soit au profit de descendants ou de
tiers en logeant dans le patrimoine de l’entrepreneur des actifs, soit des actions ou des parts
sociales, dont la répartition entre plusieurs personnes est plus aisée. Permettre ensuite
d’accéder à de nombreux avantages fiscaux lorsque la société est soumise à l’impôt sur les
sociétés notamment en ne taxant les associés que sur les sommes effectivement prélevées sur
le bénéfice favorisant ainsi la constitution de réserves au niveau de la société et alléger le
coût de transmission de l’entreprise. Enfin, de permettre le recours à la personnalité morale
conférée aux sociétés ce qui offre d’autonomiser et de pérenniser l’entreprise sociétaire au-
delà de la vie de ses fondateurs.

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Compte tenu du contexte actuel, coronavirus et confinement obligatoire, seront
exceptionnellement et volontairement traités dans ce cours de droit des sociétés cinq
chapitres à savoir :

➢ Chapitre 1. La nature juridique de la société commerciale.

➢ Chapitre 2. La constitution de la société

➢ Chapitre 3. Les règles communes de fonctionnement et dissolution des sociétés


commerciales.

➢ Chapitre 4. Les principales sociétés commerciales en droit marocain.

➢ Chapitre 5. La société à responsabilité limitée (SARL).

Afin d’aider votre compréhension du droit des sociétés, il est important d’avoir prés de
vous quatre documents indispensables pour le juriste d’affaires à savoir, le Dahir des
Obligations et Contrats, le code de commerce, la loi 5-96 relative à la SARL et la 17-95
relative aux sociétés anonymes.

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Chapitre 1.

La nature juridique de la société commerciale.

En droit civil marocain, la définition de la société est donnée par l’article 982 du
Dahir des obligations et contrats au terme duquel « la société est un contrat par lequel deux ou
plusieurs personnes mettent en commun leurs biens ou leur travail ou tous les deux à la fois, en vue de
partager le bénéfice qui pourra en résulter ». Partant de cette définition légale, la doctrine s’est
d’abord divisée sur la nature juridique de la société. S’agit-il d’un contrat ou d’une
institution ?

Pour y répondre, deux approches doctrinales ont été alors proposées. L’approche
contractuelle (Section 1) et l’approche institutionnelle (Section 2) de la nature juridique de
la société.

Section 1. L’approche contractuelle de la société.

L’approche contractuelle analyse la société comme un contrat. Cette doctrine s’appuie


sur les termes mêmes de l’article 982 du Dahir des obligations et contrats qui définit
effectivement la société comme un « contrat ». Cette partie de la doctrine analyse la société
comme une manifestation de volonté. Dans ce cas, bon nombre de règles applicables aux
sociétés relèvent du droit commun des contrats, et notamment de l’article 2 du Dahir des
Obligations et Contrats. De même cette approche doctrinale justifie le fonctionnement des
sociétés par le recours aux contrats spéciaux, notamment le mandat prévu et réglementé à
l’article 879 du Dahir des obligations et contrats. En droit marocain des sociétés, il s’agit
précisément du mandat social lorsque l’on parle de dirigeant.

Cette approche contractuelle de la société va cependant connaitre quelques critiques.


En effet, pour certains, cette approche contractuelle ne peut expliquer bon nombre de règles
applicables aux sociétés, notamment qu’il s’agisse de leur constitution ou de leur
fonctionnement. Pour cette partie de la doctrine, la seule volonté des associés ne permet de
conférer à cette dernière la personnalité juridique. Pour l’acquérir, en effet il faut une
respecter une formalité administrative, à savoir l’immatriculation au registre du commerce.
Une fois constituée, la personne morale aura alors des intérêts propres qui seront donc
distincts des intérêts des associés. De plus, cette partie de la doctrine soulèvent que les
pouvoirs des dirigeants sont fixés par des règles impératives des lois sur les sociétés à savoir
les lois 5-96 et 17-95. Enfin, ce courant de pensée ajoute que les statuts ne peuvent être

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modifiés qu’à la majorité des associés. Ces critiques d’une partie de la doctrine ont démontré
que les règles contractuelles sont insuffisantes. Face à cette insuffisance, une autre partie de
la doctrine juridique ont alors proposé une autre analyse de la société, c’est l’approche
institutionnelle de la société.

Section 2. L’approche institutionnelle de la société.

Cette partie de la doctrine s’appuie essentiellement sur l’acceptation par la majorité


des membres d’un groupe de personnes ou d’une organisation sociale de la poursuite d’un
intérêt commun. Selon elle, les droits et les intérêts privés des associés sont subordonnés au
but social qu’il s’agit d’atteindre. C’est la considération du but social qui explique alors que
les droits des associés peuvent donc être modifiés par une décision prise par la majorité des
membres et ce au nom de l’intérêt social. Pour cette approche doctrinale, elle considère que
les dirigeants ne sont pas des mandataires mais des organes chargés de mettre en œuvre la
volonté commune des associés. Ainsi, les décisions des associés majoritaires peuvent être
annulées lorsqu’elles sont contraires à l’intérêt social.

Mais, face à ces deux approches, contractuelle et institutionnelle, une autre partie de
la doctrine a trouvé plus judicieux de faire la synthèse de ces deux courants de pensées. Cette
dernière partie de la doctrine analyse la société à la fois comme un contrat et comme une
institution. Ici, l’idée est selon laquelle la société aurait une nature mixte, une nature
hybride, conciliant ainsi l’aspect contractuel et l’aspect institutionnel. Mais cette nature
mixte varie d’une catégorie de société à l’autre. Ainsi dans les sociétés de personnes (société
en nom collectif, société en commandite simple ou société en participation), qui se
caractérisent par l’aspect prédominant du facteur personnel « intuitu personae », l’aspect acte
juridique est prépondérant. A l’inverse, dans les sociétés de capitaux (société anonyme,
société à responsabilité limitée, société en commandite par actions), l’aspect institutionnel est
plus marqué. De plus, cette nature mixte varie à l’intérieur d’une même catégorie, d’un type
de société à l’autre. Par exemple, à l’intérieur de la catégorie des « sociétés de capitaux »,
l’aspect institutionnel est très net pour la société anonyme, que le législateur marocain a
enfermé dans un carcan de dispositions d’ordre public. En revanche, dans les autres sociétés,
on trouve une large place à la liberté contractuelle.

Quelque soit l’approche doctrinale, nous pouvons soutenir que la société est une
technique d’organisation de l’entreprise mais également un terrain privilégié de
développement de l’ingénierie juridique.

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Chapitre 2.

La constitution de la société.

Selon l’article 982 du Dahir des Obligations et Contrats, « la société est un contrat par
lequel deux ou plusieurs personnes mettent en commun leurs biens ou leur travail ou tous les deux à la
fois, en vue de partager le bénéfice qui pourra en résulter ». Il résulte expressément de ce texte
que la société est un contrat soumis aux règles générales qui régissent le contrat. Cependant,
ce contrat n’est pas un contrat comme les autres. Son originalité nécessite en effet un
encadrement juridique strict dans la mesure ou l’accord de volonté de deux ou plusieurs
personnes ou d’une seule personne donne, sous certaines conditions, naissance à un être
juridique nouveau qui est la personne morale.

Toutefois, comme tout contrat, la société se présente comme un contrat qui, pour être
valable, doit répondre d’une part, aux conditions de validité de tout contrat, et d’autre part
des conditions de validité spécifiques au droit des sociétés (section 1). A ces règles s’ajoutent
le respect des conditions de forme du contrat de société (section 2) et la sanction de
l’inobservation des conditions de formation du contrat de société (section 3).

Section 1. Les règles de constitution communes à toutes les sociétés et les


règles spécifiques du contrat de société.

La naissance d'une société, quelle que soit sa forme, suppose, pour être valablement
constituée, que les conditions générales de validité des contrats (§1), mais également des
conditions spécifiques de formation du contrat de société soient respectées (§2).

§1. Les conditions générales relatives à la formation du contrat de société.

Originairement, la société se présente comme un contrat, qui s’accompagne d’un acte


écrit détaillé, appelé dans la pratique « les statuts ». En droit civil marocain, l’article 2 du
Dahir des Obligations et Contrats subordonne expressément la validité des contrats en
général, et donc du contrat de société en particulier au respect de quatre conditions
essentielles à savoir :

1. La capacité de s’obliger (A) ;


2. Une déclaration valable de volonté portant sur les éléments essentiels de
l’obligation (B) ;
3. Un objet certain pouvant former objet de l’obligation (C) ;
4. Une cause licite de s’obliger (D).

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A. La capacité de s’obliger.

En droit marocain des sociétés, il s’agit de la capacité juridique des associés. Pour être
associé d’une société, il faut être juridiquement capable, c'est-à-dire se voir reconnaitre
l’aptitude à être sujet de droit. Cependant, les exigences en la matière varient selon la forme
juridique de la société. Ainsi, dans les sociétés de capitaux et dans une moindre mesure les
SARL, les associés n’acquièrent pas la qualité de commerçant en devant associé. De ce fait, il
n’est pas requis qu’ils détiennent la capacité commerciale, prévue par l’article 16 du code de
commerce marocain. Prévue par l’article 3 du Dahir des obligations et Contrats, la capacité
civile est ici suffisante. Dès lors, le mineur émancipé peut librement devenir associé. Cette
possibilité est même offerte au mineur non émancipé ou à l’incapable majeur par
l’intermédiaire de leurs représentants légaux.

En revanche, dans les sociétés de personnes, les associés en nom collectif et les
commandités sont tenus personnellement et solidairement de toutes les dettes sociales. Ils
ont la qualité de commerçant. A ce titre, ils doivent donc satisfaire aux conditions requises
pour devenir commerçant à savoir :

• Ne pas être incapable de faire le commerce ;


• Ne pas être déchu du droit d’exercer le commerce, ni faire l’objet d’une
incompatibilité.

B. Une déclaration valable de volonté portant sur les éléments essentiels de


l’obligation.

Érigé par l’article 987 du Dahir des Obligations et Contrats comme une condition
sine quoi none de validité, le consentement des associés est essentiel à la formation du contrat
de société. Ce dernier est nul dès lors que les associés n’ont pas valablement consenti à leur
engagement. Juridiquement, le consentement des associés doit être à la fois sincère et
intègre. Juridiquement aussi, le consentement de chacun des associés doit donc exister, et
porter sur un acte qui revêt les éléments caractéristiques du contrat de société. Dans ce cas,
le consentement ne doit pas avoir été donné par erreur. Celle-ci est caractérisée lorsqu’il est
établie une erreur sur les qualités substantielles de la chose ou, lorsque le contrat aura été
conclu intuitu personae, en cas d’erreur sur la personne d’un des associés. Le dol, quant à lui,
ne vice le consentement qu’à la double condition qu’il ait été déterminant et qu’il émane de
l’une des parties au contrat. Enfin, la violence, rarement invoquée, pourrait être, en droit des
sociétés, une violence économique.

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De manière générale, le non-respect des règles relatives au consentement entraîne, en
principe, la nullité du contrat de société. Cependant, cette sanction, spécifiquement
réglementée par le droit des sociétés, est encourue dans des conditions plus restrictives qu'en
droit commun. Elle obéit de plus à un régime strict, destiné à éviter son prononcée. En
outre, la circonstance que le contrat de société soit, dans la majeure partie des cas, un acte
collectif qui donne naissance à une personne morale, a conduit le législateur marocain, à
exclure la nullité de la société dans les SARL et dans les sociétés par actions lorsque le
consentement de l'un des associés a été vicié.

C. Un objet certain pouvant former l’objet de l’obligation.

Troisième condition de validité du contrat, l’objet d’un acte juridique et en particulier


d’un contrat est en réalité l’objet de chacune des obligations nées du contrat, c'est-à-dire la
prestation que chaque débiteur s’engage à fournir. Appliquée au contrat de société, l’objet de
l’obligation de chacune des parties est, selon l’article 982 du Dahir des Obligations et
Contrats, la mise à disposition de la société des apports qu’elle a promis en vue de partager
les bénéfices ou les économies qui pourront résulter de l’activité sociale. L’objet ainsi
entendu doit bien évidemment répondre aux conditions prévues par le droit commun des
obligations.

Pour la doctrine juridique, l’objet social peut être défini comme « l’ensemble des
activités déterminées par le pacte social, que la société peut exercer ». Cependant, sur ce point, la
doctrine juridique dominante distingue deux niveaux dans l’objet social, d’une part l’objet
légal et d’autre part l’objet statutaire. D’abord, l’objet légal est le but que doit poursuivre
toute société, conformément à l’article 982 du Dahir des Obligations et Contrats, c'est-à-dire
permettre aux associés de « partager le bénéfice qui pourra en résulter ». L’objet légal est donc
commun à toutes les sociétés. Ensuite, l’objet statutaire, quant à lui, est l’ensemble des
activités que la société va pouvoir exercer pour réaliser son objet légal. Il est défini dans
l’acte de société c'est-à-dire par les statuts et cet objet statutaire variera d’une société à une
autre. Cependant, cet objet statutaire doit revêtir trois caractères, être déterminé, possible et
licite conformément aux articles 985 et 986 du Dahir des Obligations et Contrats. Enfin, de
l’objet, on peut rapprocher les dispositions légales qui subordonnent l’exercice d’une activité
ou d’une profession sous forme de société à certaines conditions ou même une autorisation
préalable de l’administration, comme par exemple les sociétés bancaires, d’assurances, de
pharmacie, de presse, de raffinage de produits pétroliers.

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D. Une cause licite de s’obliger.

Quatrième condition de validité du contrat, la cause de la société est le « pourquoi »


qui a motivé justement les associés à créer une société. Il est important que la cause ne doit
pas être confondue avec l’objet. Ainsi, par exemple, si l’activité de pharmacie est parfaitement
licite, son exploitation est cependant réservée aux titulaires du diplôme de pharmacien.
L’exploitation par une société de l’activité de pharmacie est parfaitement licite, objet licite,
sauf dans la mesure où la mise en société est imaginée pour contourner la loi en permettant à
un associé non pharmacien d’exercer cette activité. Ici, il y aura une cause illicite. La cause
illicite est ici sanctionnée par la nullité absolue du contrat de société, alors même que l’objet
social serait parfaitement licite.

§2. Les conditions spécifiques relatives à la formation du contrat de société.

N’étant un contrat comme les autres, la société est un contrat de type particulier qui
nécessite alors la réunion d’éléments spécifiques prévus à l’article 982 du Dahir des
Obligations et Contrats et sont au nombre de trois. A ces conditions légales, une autre
condition est rajoutée par la jurisprudence.

Les conditions prévues par l’article 982 du Dahir des Obligations et Contrats sont
d’une part, la réunion de deux ou plusieurs personnes. C’est ici la pluralité d’associés (A).
Ensuite, la mise en commun de biens ou leur travail ou des deux à la fois. Ce sont ici les
apports (B). Enfin, la réalisation et le partage de bénéfices et la contribution aux pertes (C).
A ces conditions légales, la jurisprudence affirme qu’à partir de ces trois conditions, doit se
dégager une volonté commune de collaborer pour réaliser le but social. C’est ici « l’affection
societatis » (D).

A. La pluralité d’associés.

L’une des premières conditions de formation du contrat de société réside dans la


pluralité d’associés. En dehors des cas prévus par la loi où la société peut être instituée par la
volonté d’une seule personne, le contrat de société doit en effet être conclu par deux ou
plusieurs associés. Cependant, en droit marocain, pour faire partie d’une société il faut que
l’associé ait la capacité exigée par les règles de son statut personnel, conformément à l’article
12 du code de commerce marocain. Mêmes capables, certaines personnes ne peuvent
constituer une société entre elles. Ces limitations sont édictées par l’article 984 du Dahir des
Obligations et Contrats. Le principe pour constituer une société, selon l’article 982 du Dahir
des Obligations et Contrats, il faut être au moins deux associés.

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B. Les apports.

Autre condition essentielle selon laquelle pour faire partie d’une société, il faut la
mise en commun des biens ou du travail qui se réalise sous le nom et la forme d’apports.
Cette exigence des apports est posée clairement par l’article 982 du Dahir des Obligations et
Contrats selon lequel « la société est un contrat par lequel deux ou plusieurs personnes mettent en
commun leurs biens ou leur travail ou deux les deux ». L’apport peut être défini comme un bien
que l’associé s’engage à mettre à la disposition de la société en vue de l’exploitation
commune. En contrepartie de son apport, l’apporteur se voit ainsi remettre par la société des
parts sociales ou des actions.

Il résulte de la lecture même de l’article 982 du Dahir des Obligations et Contrats


que les apports sont obligatoires. En effet, tout associé doit effectuer un apport effectif quel
que soit son importance ou sa nature. Aux termes de l’article 988 du Dahir des Obligations
et Contrats « l’apport peut constituer en numéraire, en objets mobiliers ou immobiliers, en droits
incorporels ; il peut aussi consister dans l’industrie d’un associé ou même de tous ; entre musulmans,
l’apport ne peur consister en denrées alimentaires ». Il peut aussi selon l’article 989 du Dahir des
Obligations et Contrats consister dans le crédit commercial d’une personne.

L’ensemble des apports forme, selon l’article 992 du Dahir des Obligations et
Contrats, « le fonds commun des associés ou capital social ».

Traditionnellement, on dénombre donc trois catégories d’apports. L’apport en


numéraire (1), l’apport en nature (2) et l’apport en industrie (3).

1. L’apport en numéraire.

D’un point de vu pratique, il s’agit du type d’apport le plus simple et le plus fréquent.
Celui-ci consiste pour l’associé à mettre une somme d’argent à la disposition de la société.
Généralement, l’apport en numéraire se réalise en deux phases. D’abord, l’associé va
promettre de réaliser cet apport. C’est ce que l’on appelle « la souscription ». Ensuite,
l’associé va devoir exécuter cette promesse et verser la somme due dans les caisses sociales.
C’est ce que l’on appelle « la libération ».

Il arrive dans la pratique que la souscription et la libération peuvent coïncider mais


cela n’est toujours pas le cas. A cet égard, les exigences légales concernant la libéralisation
varient selon les types de sociétés. A titre d’exemple, dans la société anonyme, la libération
de l’apport, lors de la constitution, est fixée, selon l’article 246 de la loi n°20.05 modifiant et
complétant la loi n°17-95 relative aux sociétés anonymes, au minimum à la moitié de la
valeur nominale des actions souscrites.

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En revanche dans la société à responsabilité limitée, la réalisation de la promesse
d’apport est réalisée par les associés.

2. L’apport en nature.

Les apports en nature sont les apports de tout bien, meuble ou immeuble, corporel ou
incorporel autre que du numéraire. On peut ainsi apporter à une société, par exemple, un
immeuble, un fonds de commerce, du matériel et de l’outillage, un véhicule automobile, un
brevet. Cet apport peut être effectué de différente façon soit en pleine propriété, soit en nue-
propriété, soit en usufruit ou soit en jouissance. D’abord, l’apport en propriété est celui qui se
rapproche le plus de la vente dans la mesure où l’apporteur garantit la société contre
l’éviction et les vices cachés comme le ferait un vendeur vis-à-vis de l’acheteur. En
contrepartie de son apport, l’apporteur reçoit des parts sociales ou des actions alors que le
vendeur perçoit une somme d’argent. Ensuite, l’apport en jouissance est celui qui s’apparente
à la location dans la mesure où l’apporteur met le bien à la disposition de la société pour une
durée déterminée. Ici la propriété n’est pas transférée à la société, elle est conservée par
l’apporteur. L’apporteur ne reçoit qu’un simple droit de créance. C’est le cas du preneur à
bail. Ici la société titulaire du droit de jouissance peut user librement du bien apporté, mais
l’apporteur en garde la pleine propriété. L’intérêt de cette forme d’apport pour l’apporteur
tient au fait, d’une part, qu’il est sûr de récupérer son bien à la dissolution de la société, et
d’autre part, que ce dernier est à l’abri des poursuites des créanciers sociaux puisqu’il ne fait
partie du patrimoine de la société.

En matière de transfert des risques deux cas sont à distinguer selon que l’apport en
jouissance porte sur « un corps certain » ou une « chose de genre ». Si l’apport porte sur un
corps certain, c'est-à-dire sur un bien non interchangeable avec un autre, comme par
exemple un fonds de commerce ou un brevet, dans ce cas la société ne devient pas
propriétaire de ce bien et n’a donc qu’un droit de jouissance. L’associé continue donc d’en
supporter les risques. Si l’apport porte, en revanche, sur une chose de genre, c'est-à-dire sur
un bien interchangeable avec un autre, comme par exemple une voiture, dans ce cas la
société devient propriétaire de l’apport à ses risques.

Aux termes de l’article 991 du Dahir des Obligations et Contrats, « l’apport doit être
spécifié et déterminé ». Ce texte pose le problème de l’évaluation de l’apport en nature.
Contrairement à l’apport en numéraire qui ne pose aucun problème d’évaluation, l’apport en
nature en revanche présente un risque de surévaluation ou de sous-évaluation. Dans la
mesure où l’apporteur reçoit des parts sociales ou des actions en contrepartie de son apport,
une surévaluation par exemple, lui permettrait d’obtenir plus de parts ou d’actions que ce à

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quoi il devrait normalement avoir droit. Alors, dans ce cas l’article 991 du Dahir des
Obligations et Contrats dispose que « Si l'apport consiste en choses autres que du numéraire, elles
doivent être estimées à la valeur du jour où elles ont été mises dans le fond social; à défaut, les parties
sont censées avoir voulu s'en rapporter à la valeur courante du jour où apport a été fait, ou, à défaut, à
ce qui sera arbitré par experts ». L’expert auquel fait référence le texte est le commissaire aux
apports, c'est-à-dire un expert comptable.

3. L’apport en industrie.

L’associé qui n’est pas en mesure d’apporter à une société du numéraire ou un bien en
nature peut apporter pour obtenir justement la qualité d’associé son « industrie ». Cette
possibilité est prévue par l’article 999 du Dahir des Obligations et Contrats. Ainsi, par
exemple, il mettra ainsi à la disposition de la société son travail, ses connaissances
techniques, son talent, sa notoriété. Bien évidemment, un tel apport n’est licite que si son
objet n’est pas contraire à l’ordre public ou aux bonnes mœurs.

Dans la pratique, les apports en industrie sont admis dans les sociétés de personnes
comme par exemple la SARL, mais restent interdits dans les sociétés de capitaux comme par
exemple la société anonyme.

C. La réalisation et le partage de bénéfices et la contribution aux pertes.

Il s’agit ici du troisième élément caractéristique de la société. Le but en effet d’une


société est qu’il est spécifiquement lucratif, Il consiste normalement à réaliser des bénéfices
et à les partager entre les associés. Ce troisième élément caractéristique du contrat de société
distingue fondamentalement la société de l’association qui elle est régie par le Dahir du 15
novembre 1958, et dont le but est non lucratif, c'est-à-dire désintéressé. Cela ne veut pas dire
qu’il est interdit à une association de faire des bénéfices, le Dahir de 1958 prohibe seulement
le partage de ses bénéfices entre ses membres. Cette affirmation résulte clairement de
l’article 1er du Dahir de 1958 selon lequel « L’association est la convention par laquelle deux ou
plusieurs personnes mettent en commun d’une façon permanente leurs connaissances ou leur activité
dans un but autre que de partager des bénéfices ».

Ce but lucratif de la société, qui la distingue donc de l’association, résulte de l’article


982 du Dahir des Obligations et Contrats, qui dispose que la société est instituée « en vue de
partager le bénéfice qui pourra en résulter ». Dans un arrêt des chambres réunies en date du 11
mars 1914, la Cour de Cassation française avait eu l’occasion de préciser cette notion de
bénéfice, qu’elle avait défini comme « un gain pécuniaire ou un gain matériel qui ajouterait à la
fortune des associés ». De cette jurisprudence, il résulte que tout groupement permettant à ses

15
membres de réaliser une économie, sans qu’il y ait pour autant partage des bénéfices, est
susceptibles d’être qualifié de société. Il est de l’essence du contrat de société d’être formé
dans un but lucratif en vue de procurer un bénéfice à tous les associés. De même, la
contribution de tous les associés aux pertes est une condition de validité du contrat de
société. Cette condition est prévue par l’article 1033 alinéa 1er du Dahir des Obligations et
Contrats qui dispose que « La part de chaque associé dans les bénéfices et dans les pertes est en
proportion de sa mise », c'est-à-dire de son apport à la société.

Cette règle de la proportionnalité est impérative et l’article 1034 du Dahir des


Obligations et Contrats affirme que « est nulle, et rend nul le contrat de société, toute stipulation
qui attribuerait à un associé une part dans les bénéfices, ou dans les pertes, supérieures à la part
proportionnelle à la mise ». Autrement dit toute clause, qui attribue à un associé une part dans
les bénéfices ou dans les pertes supérieure à la part proportionnelle à sa mise, est nulle et
rend nul le contrat de société.

Toutefois, en droit comparé et plus particulièrement en droit français, une répartition


inégalitaire des pertes peut être prévue dans les statuts. Cette répartition non
proportionnelle à l’apport reste licite dans la mesure où elle n’est pas léonine. En droit, la
clause léonine est une clause qui attribue à cocontractant des droits disproportionnés par
rapport à ses obligations. En droit marocain des sociétés, une telle clause est interdite dans
le contrat de société. Elle n’entraime pas la nullité du contrat de société mais elle est réputée
non écrite, ce qui signifie qu’elle ne produit aucun effet juridique. Dés lors, un associé ne peut
ni être affranchi totalement de contribuer aux pertes, ni percevoir l’intégralité des profits.
C’est ce qui résulté de l’article 1035 du Dahir des Obligations et Contrats. Cependant, en
droit marocain des sociétés, il existe des dérogations à cette règle de proportionnalité. Ces
dérogations sont prévues par les articles 1035 et, 1036 du Dahir des Obligations et Contrats.

D. L’ « affection societatis ».

L’affection societatis est le 4ème élément spécifique du contrat de société. A la différence


des autres éléments du contrat de société, l’affection societatis n’est pas prévu expressément
par l’article 982 du Dahir des Obligations et Contrats, mais par la jurisprudence. En effet,
dans un arrêt de la chambre commerciale de la Cour de cassation française en date du 10 juin
1953, la haute juridiction affirme qu’ « il ne saurait y avoir de société en l’absence d’affection
societatis ». Dés lors, son absence lors de la création de la société est donc une cause de nullité
de cette société et sa disparition en cours de vie sociale est en principe une cause de
dissolution. La difficulté tient toutefois au fait qu’il est difficile de définir l’affection societatis

16
dans la mesure où cet élément intentionnel varie selon les catégories de sociétés. L’affection
societatis peut être définie comme l’intention de s’associer, de collaborer effectivement à
l’exploitation dans un intérêt commun et sur un pied d’égalité. Il nécessite de participer à la
gestion, au contrôle et à la participation à l’administration de la société. Cette définition est
cependant acceptable dans les sociétés de personne dans lesquelles l’affection societatis
implique une entente totale entre les associés. En revanche dans les sociétés de capitaux
cette exigence d’entente totale est très faible du fait que le nombre d’associés est souvent très
élevé.

Enfin, l’affection societatis est un critère qui permet de distinguer le contrat de société
avec des autres contrats présentant une certaine analogie mais où l’intention de s’associer
fait défaut. Tel le cas par exemple de l’indivision ou le contrat de travail.

Section 2. Les conditions de forme relatives à la formation du contrat de


société.

Contrairement aux conditions de fond, le non-respect des conditions de forme du


contrat de société n’est pas sanctionné par la nullité de la société. Ces conditions de forme
tiennent pour l’essentiel à deux séries d’éléments. D’une part, la rédaction d’un écrit, c'est-à-
dire les statuts (§1), et d’autre part, l’accomplissement de formalités complémentaires (§2).

§1. La rédaction des statuts.

La rédaction concerne aussi bien la forme (A) que le contenu des statuts (B).

A. La forme des statuts

Pour la société, l’acte écrit n’est pas, en principe, exigé, mais selon l’article 987 du
Dahir des Obligations et Contrats, la forme écrite s’impose. Les statuts constituent l’acte de
constitution de la société par lequel les parties formalisent leur accord. C’est un document
indispensable non seulement pour arrêter les règles de fonctionnement de la société mais
également pour pouvoir ensuite la faire immatriculer. En droit marocain des sociétés, la
société doit être établie par un acte écrit, et cet écrit peut être soit un acte notarié (articles
418 à 423 du Dahir des Obligations et Contrats) ou soit un acte sous seing privé (articles
424 à 432 du Dahir des Obligations et Contrats).

Le recours à l’acte notarié n’est pas obligatoire. Mais dans la pratique et dans la
généralité des cas, au Maroc les statuts d’une société sont souvent établis sous seing privé.
Pour avoir date certaine, cet acte écrit sous seing privé devra être enregistré à
l’administration fiscale.

17
Rédigé sous seing privé, les statuts doivent être dressés en autant d’originaux et
remettre un exemplaire à chaque associé. Dans la pratique, il est dressé trois exemplaires des
statuts, l’un pour l’enregistrement auprès de l’administration fiscale, un pour le greffe du
tribunal de commerce, et un pour les archives de la société.

En droit marocain des sociétés, il faut rappeler toutefois que la forme authentique est
obligatoire lorsqu’il est nécessaire de satisfaire aux exigences du code de droit réels de 2011,
c'est-à-dire lorsqu’il existe un apport en bien immeuble. Enfin, d’un point de vue juridique, il
faut retenir que l’absence d’écrit ne permet pas à la société d’acquérir la personnalité morale
car les formalités de publicité, en particulier, l’immatriculation, nécessitent que des statuts
soient rédigés.

B. Le contenu des statuts.

Les statuts doivent consigner les apports de chaque associé mais aux termes de
l’article 45 du code de commerce marocain, les statuts doivent comporter au minimum 11
mentions obligatoires à savoir :

1) les nom et prénom des associés, autres que les actionnaires et commanditaires, la
date et le lieu de naissance, la nationalité de chacun d'eux ainsi que le numéro de la carte
d'identité nationale ou pour les 18 - Les dispositions de 2éme alinéa de l’article 44 ont été
modifiées et complétées en vertu de l’article 8 de la loi n° 21-18, précitée. 19 - Les
dispositions de l’article 45 ci-dessus ont été modifiées et complétées en vertu de l’article
premier de la loi n° 89-17, précitée. - 20 - étrangers résidents celui de la carte
d'immatriculation ou, pour les étrangers non-résidents le numéro du passeport ou de toute
autre pièce d'identité en tenant lieu ;

2) la raison sociale ou la dénomination de la société et l'indication de la date du


certificat négatif délivré par le registre central du commerce ;

3) l'objet de la société ;

4) l'activité effectivement exercée ;

5) le siège social et le cas échéant, les lieux où la société a des succursales au Maroc
ou à l'étranger ou le lieu de domiciliation de son siège social, le cas échéant ;

6) les noms des associés ou des tiers autorisés à administrer, gérer et signer pour la
société, la date et le lieu de leur naissance, leur nationalité ainsi que le numéro de la carte
d'identité nationale ou pour les étrangers résidents celui de la carte d'immatriculation ou,

18
pour les étrangers non-résidents le numéro du passeport ou de toute autre pièce d'identité en
tenant lieu ;

7) la forme juridique de la société ;

8) le montant du capital social ;

9) si la société est à capital variable, la somme au-dessous de laquelle le capital ne


peut être réduit ;

10) la date à laquelle la société a commencé et celle à laquelle elle doit finir ;

11) la date et le numéro du dépôt des statuts au secrétariat-greffe.

Enfin, tous les associés doivent signer les statuts, soit en personne, soit par
mandataire justifiant d’un pouvoir spécial conformément à l’article 891 du Dahir des
Obligations et Contrats. A partir de cette signature, la société existe en tant que contrat.
Jusqu’à l’immatriculation au registre du commerce, les rapports entre les associés vont être
régis par les termes de ce contrat ainsi que les principes généraux du droit applicables aux
contrats et obligations.

§2. Les formalités postérieures à la signature des statuts.

Après la rédaction de l’acte de constitution de la société, les associés doivent


accomplir toute une série de formalités postérieures à la signature des statuts pour que
l’existence de la société soit opposable en tant que telle aux tiers. Ces formalités sont des
formalités de dépôt et de publicité. Elles sont au nombre de cinq. L’enregistrement des
statuts (A), le dépôt au greffe du tribunal de commerce (B), la constitution d’un dossier
auprès du Centre Régional d’Investissement (C), l’immatriculation au registre du commerce
(D) et enfin la publication d’un avis au Bulletin Officiel (E).

A. L’enregistrement des statuts.

Dès que les statuts ont été signés par tous les associés, ils doivent être soumis à
l’enregistrement auprès de la direction régionale des impôts représentée au sein du Centre
Régional d’Investissement. L’enregistrement doit être fait dans le délai d’un mois à compter
de l’acte constitutif de la société, c’est-à-dire du jour où la dernière signature a été apposée
sur l’acte.

B. Le dépôt des statuts.

Le dépôt est une formalité qui consiste à déposer au greffe du tribunal de commerce
du lieu du siège social de la société, en triple exemplaire, les statuts et diverses autres pièces,

19
comme par exemple les actes de nomination des premiers dirigeants sociaux s’ils n’ont pas
été désignés dans les statuts, s’il a lieu, le rapport du commissaire aux apports sur
l’évaluation des apports en nature. Le dépôt de ces actes ou pièces est constaté par un procès-
verbal dressé par le greffier qui vérifie la régularité de la constitution de la société. Cette
formalité de dépôt des statuts est ensuite accompagnée d’une déclaration de conformité
déclarant que la société respecte la loi.

C. La constitution d’un dossier auprès du Centre Régional d’Investissement.

Le Centre Régional d’Investissement à travers son guichet unique d’aide à la création


d’entreprise facilite l’acte de création de la société. Le dossier doit comporter les statuts, la
preuve de la domiciliation de la société, les pièces relatives l’identification des responsables
de la société (pièces d’identité, extrait du casier judiciaire et acte de nomination des
dirigeants), la demande d’immatriculation au registre de commerce, et enfin le certificat de
dépôt des fonds auprès d’une banque pour les apports en numéraire.

D. L’immatriculation de la société au registre du commerce.

S’il y a une grande diversité d’exploitations commerciales, la loi commerciale ne fait


aucune distinction entre les commerçants quant à leurs obligations. Ainsi, la première
obligation qui pèse sur les fondateurs de la société est l’immatriculation au registre du
commerce. L’immatriculation se situe au point de départ de l’activité commerciale. Selon
l’article 37 du code de commerce marocain, la création d’une société commerciale nécessite
une inscription au registre du commerce. Cette inscription doit, selon l’article 75 alinéa 2 du
code de commerce marocain, intervenir dans les 3 mois de la constitution de la société. Selon
l’article 38 du code de commerce marocain, seuls les gérants, les membres des organes
d’administration, de direction ou de gestion peuvent procéder à l’immatriculation de la
société. La demande d’immatriculation doit, selon 39 alinéa 2 du code de commerce
marocain, être déposée auprès du secrétariat-greffe du tribunal de commerce dans le ressort
duquel est situé le siège social. Comme nous l’avons déjà souligné, l’article 45 du code de
commerce marocain prévoit les mentions obligatoires que doit contenir la déclaration
d’immatriculation.

Ainsi réalisée, l’immatriculation emporte une double fonction. D’une part, une
fonction de publicité, et d’autre part, une fonction de preuve. La fonction de publicité est une
obligation faite aux sociétés d’indiquer son numéro d’immatriculation sur tous les papiers
commerciaux. La fonction de preuve réside dans le fait que l’immatriculation au registre du
commerce emporte présomption, c’est-à-dire une preuve sauf preuve contraire, de l’existence

20
de la personnalité morale de la société. Cette immatriculation permet d’autres effets
juridiques. Elle permet, d’abord de rendre les engagements souscrits en engagements
sociaux, ensuite, le déblocage des apports en numéraire et enfin, l’attribution par le greffier
d’un numéro d’immatriculation au registre du commerce.

E. La publication d’un avis au Bulletin Officiel.

Dans un délai ne dépassant les 30 jours après l’immatriculation de la société au


registre du commerce, la constitution de la société fait l’objet de la part du greffier d’une
publicité au moyen d’avis au bulletin officiel et dans un journal d’annonces légales. Toutes
les sociétés commerciales doivent faire cette publication dans le délai légal et contenir toutes
les mentions obligatoires.

Section 3. La sanction de l’inobservation des conditions de formation du


contrat de société.

En droit commun des obligations, la nullité est la sanction normale de non respect
des conditions de formation d’un contrat. En droit des sociétés, la nullité d’une société
commerciale ne peut résulter que de la violation des dispositions de l’article 982 du Dahir
des Obligations et Contrats ou l’une des causes de nullité des contrats en général. Il peut
donc y avoir deux séries de causes de nullité. D’une part, la violation des conditions
générales de formation des contrats prévue par l’article 360 Dahir des Obligations et
Contrats, et d’autre part, la violation des conditions spécifiques de formation du contrat de
société. Quelque soit la nullité, relative ou absolue, leurs effets sont les mêmes notamment
l’anéantissement rétroactif du contrat. Dans ce cas, le contrat est censé n’avoir jamais existé.

En droit des sociétés, l’application du régime des nullités au contrat de société


présente de graves inconvénients. En effet, si le contrat de société est annulé, les autres
contrats comme par exemple les contrats de travail, les contrats d’achat ou de vente le sont
également. Cette situation peut être très dommageable aux tiers de bonne foi. C’est la raison
pour laquelle, le législateur a considérablement réduit le champ d’application de la nullité en
droit des sociétés. Ainsi, lorsqu’il existe une cause de nullité, cette dernière n’est pas
automatique. Pour produire ses effets, la nullité doit effectivement résulter d’une décision
judiciaire. Contrairement au droit commun, en droit des sociétés, la nullité d’un contrat de
société lorsqu’elle est prononcée n’a aucun effet rétroactif. Ici, la nullité est assimilée à une
dissolution. Le jugement d’annulation met fin à la personnalité morale de la société. Cette
dernière cesse d’exister pour l’avenir. Le législateur a entendu protéger les tiers de bonne foi.
Toutefois, en cas d’annulation, les associés fondateurs responsables de l’irrégularité peuvent

21
voir leur responsabilité civile engagée. Enfin, contrairement au droit commun, toutes les
actions en nullité peuvent être écartées par l’exercice d’une régularisation.

22
Chapitre 3.

Les règles communes de fonctionnement et dissolution des sociétés


commerciales.

A compter de l’immatriculation au registre du commerce, les sociétés commerciales


jouissent de la personnalité morale lui conférant ainsi la personnalité juridique. A partir de
là, elle a l’aptitude de participer à la vie juridique, et en tant que sujet de droit doté d’une
capacité propre, dominé par les principes de spécialité légale et statutaire. Le fonctionnement
d’une société est régi par certains nombres de principes, et en tant qu’être collectif, la société
commerciale doit organiser la vie de ses deux acteurs principaux. Les associés, d’une part,
qui grâce aux apports disposent en effet de prérogatives qui leurs permettent de participer à
la vie sociale (Section 1) et, les dirigeants, d’autre part, qui la dirigent et la représentent
(Section 2).

Section 1. Les règles communes de fonctionnement.

Au Maroc, les différentes formes de sociétés commerciales fonctionnent selon des


modes spécifiques mais il existe des dispositions communes à la majorité d’entre elles,
notamment en ce qui concerne le statut des dirigeants. Quelle que soit sa forme, toute société
commerciale est organisée autour de deux pôles. Les organes de gestion (§1), d’une part, et
l’assemblée générale des associés (§2), d’autre part.

§1. Les organes de gestion de la société.

L’exercice des droits d’une personne morale supposent quelle soit représentée par des
organes, par des dirigeants qui vont agir pour son compte grâce au mécanisme de la
technique de représentation, c'est-à-dire le mandat. Les sociétés commerciales sont dirigées
par des organes de gestion spécifique désignés par l’assemblée des associés suivant des
modèles qui varient selon le type de société. On parle, selon l’article 62 de la loi 5-96, de
« gérant » pour les sociétés en nom collectif, les sociétés en commandite simple et la société à
responsabilité limitée. On parle selon l’article 39 de la loi 17-95 de « conseil d’administration
avec un président directeur général ou directeur général » pour les sociétés anonymes de type
moniste, et de « directoire » pour les sociétés anonymes de type dualiste.

Traditionnellement et classiquement, les rapports entre les dirigeants et les associés


sont calqués principalement sur le schéma de la représentation civile, celle du mandat,
prévue par l’article 879 du Dahir des Obligations et Contrats. Ainsi, par exemple, le gérant

23
agit au nom et pour le compte de la collectivité des associés. Le gérant serait donc le
mandataire des associés. Il détient des pouvoirs de gestion par la loi mais les statuts peuvent
les aménager notamment en prévoyant des limitations statutaires de ses pouvoirs. Organe
important de la société, le gérant est un investi de certains pouvoirs qui lui sont propres, à
savoir des pouvoirs de gestion et des pouvoirs de représentation. En droit des sociétés, le
représentant légal est une personne ayant légalement le pouvoir d’engager la société vis-à-
vis des tiers. A cet effet, il agit donc au nom et pour le compte de la collectivité des associés.
Juridiquement, il est lié à la société par un contrat de mandat, mais détient également des
pouvoirs de gestion qui lui sont conférés par la loi bien que les statuts puissent les aménager.

A. Les pouvoirs des organes de gestion de la société.

Les pouvoirs des organes de gestion se présentent à peu prés dans les mêmes
conditions pour toutes les sociétés. D’une manière générale, les dirigeants ont tout pouvoir
pour assurer la gestion quotidienne de la société dans l’intérêt de celle-ci. Plus précisément,
ils assument aussi bien la direction économique que la direction juridique. La direction
juridique doit être étudiée dans les rapports avec les associés (2) et dans les rapports avec les
tiers (1).

1. Les rapports avec les tiers.

Dans les rapports avec les tiers, les représentants légaux ont le pouvoir d’engager la
société dans la limite de l’objet social. A la lecture de l’article 69 alinéa 1er de la loi 17-95
relatives aux sociétés anonymes (SA), il résulte que « le conseil d’administration est investi des
pouvoirs les plus étendus pour prendre en toutes circonstances toute décision à la réalisation de son
objet social au nom de la société ». De même, aux termes des articles 8, 35 et 63 alinéa 2 de la loi
5-96 relatives à la société en nom collectif (SNC), la société en commandite par actions (SCA)
et aux sociétés à responsabilité limitée (SARL), « dans les rapports avec les tiers le gérant est
investi des pouvoirs les plus étendus pour agir en toutes circonstances au nom de la société ». Tous les
actes des dirigeants sociaux de ces sociétés qui dépasseraient les limites de l’objet social
engagent malgré tout la société auprès des tiers de bonne foi. En droit des sociétés, cette
situation est prévue par exemple par la loi 5-96 pour la société en nom collectif (SNC) à
l’article 8 alinéa 1er, pour la société en commandite par actions (SCA) à l’article 35 alinéa 2, et
à l’article 63 alinéa 2 pour la société à responsabilité limitée, et enfin à l’article 69 alinéa 2 de
la loi 17-95 pour la société anonyme (SA).

Par ailleurs, et concernant toutes les sociétés commerciales, il est possible que les
statuts limitent les pouvoirs des dirigeants en prévoyant par exemple, que certains actes de

24
gestion jugés importants seront assujettis à l’autorisation préalable de la collectivité des
associés. A cet égard, d’une part l’article 69 alinéa 3 de la loi 17-95 et, d’autre part les articles
8 alinéa 3, 35 alinéa 3, et 63 alinéa 4 de la loi 5-96 précisent que ces clauses statutaires
limitatives sont inopposables aux tiers. Cela signifie que la société se trouvera engagée vis-à-
vis d’eux, même en cas de violation des limitations statutaires de ses pouvoirs par le
dirigeant. Ce principe a pour conséquence d’éviter que les tiers qui contractent avec la
société par l’intermédiaire de son dirigeant la contrainte de devoir consulter les statuts de
façon à s’informer de l’étendue de ses pouvoirs.

2. Les rapports avec les associés.

Dans les rapports avec les associés, les associés investissent les organes de direction.
A partir de là, il appartient aux dirigeants d’effectuer la gestion courante de la société. Ils
doivent également respecter les statuts, agir dans les limites de l’objet social. De même ils
doivent agir dans l’intérêt social, c'est-à-dire dans l’intérêt propre de la société. Le plus
souvent la transgression de ces limites n’affecte pas la validité de l’acte accompli par le
dirigeant car le législateur veut assurer la sécurité des tiers de bonne foi traitants avec la
société.

Les fonctions de dirigeant ne sont pas sans risque pour ceux qui les exercent. En
effet, les dirigeants peuvent non seulement engager leur responsabilité civile mais aussi leur
responsabilité pénale. La responsabilité civile des dirigeants peut être engagée envers la
société ou les associés en cas de violation des dispositions légale ou règlementaires ou en cas
de violation des statuts, ou en cas de faute de gestion. La jurisprudence considère qu’en
agissant à l’encontre de l’intérêt social un dirigeant commet une faute de gestion. Les tiers
peuvent aussi rechercher la responsabilité des dirigeants, mais dans ce cas la faute reprochée
doit être personnelle et extérieure à leur activité de représentation. La responsabilité pénale
des dirigeants est engagée s’il commet des infractions prévues par le code de commerce par
exemple un abus de biens sociaux ou un abus de confiance. En outre, la responsabilité des
dirigeants peut être mise en œuvre dans le cadre d’une procédure de liquidation judiciaire.

B. Le cumul entre mandat social et contrat de travail

Les dirigeants d’une société commerciale ne sont pas, en cette qualité, des salariés de
la société et ne bénéficient pas de la protection conférée par le contrat de travail. Toutefois,
ces dirigeants peuvent cumuler leur fonction de direction avec un contrat de travail les liants
à la société. Cependant, en droit marocain des sociétés, le cumul des fonctions de dirigeant
social avec un contrat de travail, sauf dans certains cas prévus par la loi, est possible dans

25
une société. Cette possibilité est cependant soumise à trois conditions. D’abord, le contrat de
travail doit correspondre à un emploi effectif, ensuite le contrat de travail exige l’exercice de
fonctions techniques distinctes de celles exercées dans le cadre du mandat et donnant lieu à
une rémunération distincte, et enfin l’existence d’un lien de subordination, critère essentiel
du contrat de travail.

C. L’établissement des comptes

Toute société comme tout commerçant doit produire un certain nombre de


documents à divers organismes publics. A la fin de chaque exercice, il appartient aux
dirigeants d’établir un certain nombre de documents comptables notamment le bilan,
l’inventaire ou encore le compte de résultat. A ces documents comptables s’ajoute également
un rapport de gestion. Tous ces documents doivent être mis à la disposition des associés au
moins 15 jours avant la tenue de l’assemblée générale ordinaire annuelle au cours de laquelle
ces derniers devront se prononcer sur les comptes sociaux. A titre d’exemple, pour la SARL
ce délai est prévu par l’article 71 alinéa 2 de la loi 5-96 et selon l’article 70 alinéa 1er de la loi
5-96 l’assemblée générale ordinaire doit se tenir dans les 6 mois de la clôture de l’exercice.

§2. L’assemblée générale des sociétés.

Dans toute organisation d’une société, l’assemblée générale permet à la collectivité


des associés d’exercer leur pouvoir général de contrôle sur la gestion de la société. L’exercice
de ce pouvoir de contrôle de la gestion par les associés a une double considération. Il est,
d’une part, la manifestation du droit qu’ils ont acquis dans la société en lui permettant de
bénéficier de leurs apports, et d’autre part, l’illustration de l’affection societatis qui les unit.
Pour l’essentiel, ce pouvoir se manifeste par un double droit, un droit de nomination et un
droit de révocation des dirigeants. Il se manifeste également par un autre droit, le droit
d’approbation des comptes sociaux et d’affectation des résultats. Enfin, ce pouvoir se
manifeste par un dernier celui du droit d’information des associés et des actionnaires.

Section 2. Les règles communes de dissolution dans l’ensemble des sociétés.

La disparition d’une société résulte de sa dissolution. C’est la fin du contrat de société.


Toutes les sociétés ont en commun certaines causes de dissolution. Juridiquement, la
dissolution marque le terme de l’existence sociale. Dés lors, les liens qui unissaient les
associés se dénouent, et la personnalité morale s’éteint. Dans ce cas le patrimoine social n’a
alors plus de titulaire, il faut donc le liquider.

26
§1. Les causes de dissolution.

Traditionnellement, il existe trois catégories de causes selon que la dissolution


s’opère de plein droit (A) sur décision des associés (B) ou enfin en exécution d’une décision
de justice (C).

A. La dissolution de plein droit.

Les causes de dissolution communes à l’ensemble des sociétés sont prévues par
l’article 1051 alinéa 1, 2, 3, 4, et 5 du Dahir des Obligations et Contrats à savoir :

1° Par l'expiration du terme fixé pour sa durée, ou par l'accomplissement de la


condition ou autre fait résolutoire, sous laquelle elle a été contractée ;
2° Par la réalisation de l'objet en vue duquel elle avait été contractée, ou par
l'impossibilité de le réaliser;
3° Par l'extinction de la chose commune, ou la perte partielle assez considérable pour
empêcher une exploitation utile ;
4° Par le décès, l'absence déclarée, l'interdiction pour infirmité d'esprit, de l'un des
associés, s'il n'a été convenu que la société continuerait avec ses héritiers ou représentants,
ou qu'elle continuerait entre les survivants ;
5° Par la déclaration de faillite ou la liquidation judiciaire de l'un des associés ;
En droit des sociétés, cette forme de dissolution est prévue, pour la société en nom
collectif aux articles 17 et suivants de la loi 5-96. Pour la société en commandite simple la
dissolution est prévue à l’article 30 de la loi 5-96. Pour la société à responsabilité limitée la
dissolution est prévue aux articles 85 et 86 de la loi 5-96.

Exceptionnellement, l’annulation de la société, qui n’est pas rétroactive, provoque la


dissolution de la société. Enfin, les statuts peuvent prévoir la dissolution pour toute autre
cause.

B. La dissolution volontaire.

En droit commun, cette dissolution volontaire anticipée est prévue par l’article 1051
alinéa 6 du Dahir des Obligations et Contrats. La dissolution décidée par les associés peut
intervenir à tout moment suivant les modalités imposées par la loi ou prévues dans les
statuts. En droit des sociétés, à titre d’exemple, pour la société anonyme, cette dissolution
est prévue aux articles 356 et 357 de loi 17-95.

C. La dissolution judiciaire.

Cette forme de dissolution est prévue par les articles 1051 alinéa 8 et 1056 du Dahir
des Obligations des Contrats et Contrats. La dissolution judiciaire est prononcée par le
tribunal à la demande de tout associé lorsque le juge retient de justes motifs. Parmi les justes

27
motifs, on peut citer par exemple l’inexécution de ses obligations par un associé et la
mésentente entre associé paralysant le fonctionnement de la société. Egalement, la
dissolution judiciaire pourra résulter d’un jugement ordonnant la liquidation judiciaire de la
société dans le cadre d’une procédure collective. La dissolution peut résulter de la
condamnation de la société sur le plan pénal.

§2. La publicité et les effets de la dissolution.

En principe, la dissolution d’une société entraine la liquidation et la partage des biens


de la société. Les opérations de liquidation et de partage sont règlementées par la loi ou les
statuts. La principale conséquence de la dissolution est justement d’entrainer sa liquidation.
Celle-ci consiste à terminer les affaires dans lesquelles la société était engagée à réunir tous
les éléments de l’actif et à payer ses dettes. Sur ce point, le droit marocain consacre une
solution jurisprudentielle selon laquelle la personnalité morale de la société subsiste pour les
besoins de la liquidation jusqu’à la publication de la clôture de celle-ci. Ainsi la personnalité
morale ne disparait pas immédiatement. Jusqu’à la publication de la clôture de la liquidation
la société conservera son siège social, un patrimoine, et elle pourra continuer provisoirement
une certaine activité. Des opérations de liquidation sont alors effectuées par un ou plusieurs
liquidateurs nommés conformément à la loi, aux dispositions des statuts ou par décision des
associés ou par le juge. Cette nomination doit également faire l’objet de mesures de publicité
pour être opposable aux tiers puisque les pouvoirs des organes de direction cessent. Le
liquidateur a pour mission de dresser un inventaire de l’actif et du passif de la société, puis de
réaliser l’actif. Au terme de sa mission il convoquera une dernière assemblée pour statuer sur
les comptes de la liquidation. Au terme de la liquidation, les associés peuvent procéder au
partage de l’actif net éventuel de la société. Généralement, la personne morale ne survivra
que pendant et pour les besoins de la liquidation et au terme de celle-ci et du partage
s’effectuera la radiation de la société.

28
Chapitre 4.

Les principales sociétés commerciales en droit marocain.

Après avoir analysé les règles communes à toutes les sociétés commerciales, il est
nécessaire de présenter maintenant les règles propres à chaque forme de société.
Traditionnellement, la doctrine juridique fait à partir de certains critères une distinction
entre trois types de sociétés à savoir les sociétés de personnes, les sociétés de capitaux et
enfin, les sociétés à réglementation particulière.

En droit marocain des sociétés, font ainsi partie de la catégorie des sociétés de
personnes, la société en nom collectif (SNC), société en commandite simple (SCS) et la
société en participation (SP). Ces sociétés se caractérisent principalement par l’aspect
prédominant du facteur intuitu personae, c'est-à-dire une forte relation entre les associés, soit
parce que leurs intérêts sont intimement liés, soit parce qu’ils collaborent effectivement et
personnellement à la poursuite du but social. La prise en compte de la personne de l’associé
est déterminante dans ce type de société. De ce fait, la part sociale de chaque associé n’est pas
cessible sans l’accord des coassociés, c’est là une autre particularité de ces sociétés. Celle-ci
réside dans les cessions de parts qui sont généralement soumises à accord préalable des
autres associés. Généralement, les cessions de parts sociales sont encadrées par une clause
dite « d’agrément ». Cet agrément est applicable de plein droit lorsque l’acquéreur est un
tiers. Dans ce cas, il est possible de renforcer la procédure d’agrément par l’intermédiaire de
cette clause statutaire. Cette clause d’agrément est expressément prévue par l’article 15 de la
loi 5-96 relative à la société en nom collectif, à l’article 27 de la loi 5-96 relative à la société
en commandite simple et l’article 58 de la loi 5-96 relative à la société à responsabilité
limitée par sa nature hybride, entre sociétés de personnes et sociétés de capitaux.
Dans la société de personnes, les associés sont considérés comme étant des
commerçants. A cet égard, ils sont tenus indéfiniment des dettes sociales.

La société en nom collectif (SNC), d’abord, est une société dont les associés ont tous
obligatoirement la qualité de commerçants personne physique ou personne morale, et
répondent indéfiniment et solidairement des dettes sociales. Son principal inconvénient est
cette responsabilité solidaire et infinie des associés. C’est la raison pour laquelle les petites et
moyennes entreprises préfèrent créer des SARL

La société en commandite simple (SCS), ensuite, est constituée d’associés


commandités et d’associés commanditaires. Les commandités sont dans une situation

29
identique aux associés de la SNC (article 21 de la loi 5-96), ils donc sont commerçants et
doivent cependant avoir la capacité commerciale prévue par l’article 12 du code de commerce
marocain. Les commanditaires en revanche ne sont responsables que dans la limite de leurs
apports et qui ne peuvent pas s’immiscer dans la gestion de la société. La responsabilité
indéfinie et solidaire des commandités constitue pour les créanciers comme pour la SNC une
garantie importante. C’est la raison pour laquelle dans ce cadre sociétal l’obtention du
financement bancaire ne pose aucune difficulté. Par ailleurs, la législation laisse une grande
liberté pour organiser la société au moins dans son fonctionnement ; cet avantage est
renforcé par le fait que la société peut se constituer sans capital social. Dans la pratique la
société en commandite simple est une structure d’évolution possible pour la SNC. Si la
responsabilité indéfinie et solidaire des associés commandités est un avantage pour les tiers,
elle constitue en revanche un élément dissuasif pour les fondateurs. De plus la coexistence de
deux catégories d’associés, les uns commerçants, les autres associés apporteurs de fonds rend
la gestion interne de la société délicate par exemple au regard des services fiscaux. Enfin,
selon l’article 27 de la loi 5-96 les parts sociales détenues par les commanditaires ne sont
cessibles qu’à l’unanimité des associés. Elle est désignée par une dénomination sociale à
laquelle peut être incorporé le nom d’un ou plusieurs associés commandités et qui doit être
précédée ou suivie immédiatement de la mention « Société en commandite simple ».

La société en participation, enfin, n’existe que dans les rapports entre associés et n’est
pas destinée à être connue des tiers. Elle n’a pas la personnalité morale. Elle n’est soumise ni
à l’immatriculation, ni à aucune formalité de publicité et son existence peut être prouvée par
tous les moyens. Les associés conviennent librement de l’objet social, de leurs droits et
obligations respectifs et des conditions de fonctionnement de la société. Si la société a un
caractère commercial, les rapports des associés sont régis par les dispositions applicables aux
sociétés en nom collectif à moins qu’il n’en soit stipulé autrement.

Font partie en revanche de la catégorie des sociétés de capitaux, la société anonyme


(SA), la société à responsabilité limitée (SARL) et la société en commandite par actions
(SCA). Ces sociétés de capitaux sont en principe caractérisées par la faiblesse de l’intuitu
personae entre les associés qui se choisissent en fonction de leur moyen.

La société anonyme (SA) est particulièrement adaptée à la gestion des grandes


entreprises. La SA est l’archétype des sociétés de capitaux. Aucune capacité particulière n’est
requise de la part des associés qui doivent être au minimum de 5. La SA est une société
commerciale dans laquelle les associés, dénommés actionnaires en raison d'un droit

30
représenté par un titre négociable ou action, ne supportent les dettes sociales qu'à
concurrence de leurs apports.

La société à responsabilité limitée (SARL) est une société commerciale qui constitue
un type intermédiaire ou hybride entre les sociétés de personnes et de capitaux. C’est la
forme la plus couramment utilisé au Maroc. L'acquisition de la personnalité morale est
subordonnée à l'immatriculation au registre de commerce.

La société en commandite par actions (SCA) dont le capital est divisé en actions est
constituée entre un ou plusieurs commandités, qui ont la qualité de commerçants et
répondent indéfiniment et solidairement des dettes sociales, et des commanditaires qui ont la
qualité d’actionnaires et ne supportent les pertes qu’à concurrence de leurs apports.

A coté des ces deux grandes catégories traditionnelles de sociétés, personnes et


capitaux, font partie également les sociétés à réglementation particulière parmi lesquelles on
trouve, la société d'investissement, la société coopérative d'achat, la société coopérative de
consommation et la société mutualiste. De plus, il est important aussi de noter dans le
paysage sociétaire, l’existence d’une forme particulière de société appelée le Groupement
d'Intérêt Économique (GIE). Le GIE n’est pas une société, il constitue un cadre juridique
intermédiaire entre la société et l’association. C’est une structure destinée à accueillir la
coopération entre deux ou plusieurs personnes physiques ou morales qui veulent développer
leur activité économique. Donc il est constitué entre des personnes morales en vue de mettre
en œuvre tous les moyens propres à faciliter ou à développer l’activité économique de ses
membres et améliorer ou accroître les résultats de cette activité.

Mais dans la réalité économique et juridique, les personnes qui souhaitent développer
une activité économique sans risquer l’intégralité de leur patrimoine personnel peuvent
recourir à un certain nombre de structures sociétaires dans lesquelles leur responsabilité sera
limitée au montant de leur apport. Tel sera le cas dans les sociétés à responsabilité limitée
(SARL), dans les sociétés à responsabilité limitée à associé unique (SARL AU), dans les
sociétés anonymes (SA), dans les sociétés par actions simplifiées (SAS) et, enfin, dans les
sociétés en commandite par actions (SCA). Toutes ces sociétés offrent une responsabilité
limitée à leurs associés, c’est à partir d’autres critères comme la souplesse d’organisation, la
dissociation du capital et du pouvoir que s’opérera le choix entre telle ou telle structure.

En dehors de l’entreprise individuelle, du point de vue de la forme juridique, au


Maroc, parmi toutes ces sociétés, la SA et la SARL sont les deux types de sociétés les plus
répandus. Du point de vue économique, ce sont aussi les plus importantes.

31
Chapitre 5.

La société à responsabilité limitée (SARL).

En droit marocain des sociétés, le texte de base qui gouverne la société à


responsabilité limitée est la loi 5-96 en date du 13 février 1997. En tenant compte de
l’évolution et du changement très rapide de l’environnement de la vie des affaires, plusieurs
réformes à cette loi ont donc été entreprises au Maroc pour permettre essentiellement la
modernisation de l’environnement juridique de cette forme de société. Dans ce cadre, cette
loi a été modifiée à trois reprises en 2005, 2010 et 2019 par les lois 21-05, 24-10 et 21-2019.
Toutes ces réformes ont permis essentiellement la mise à jour du cadre juridique marocain
des affaires.

L’une des particularités de la société à responsabilité limitée réside dans caractère


particulièrement hybride qui, en effet, emprunte aux deux grandes catégories de sociétés.
D’abord, c’est une société fermée, souvent à caractère familial ou, à tout le moins,
patrimonial, comme les sociétés de personnes, mais elle emprunte aussi aux sociétés de
capitaux, dont les associés ne répondent des dettes sociales que dans la limite de leurs
apports sans pouvoir toutefois y être assimilée dans la mesure où, selon l’article 55 de la loi
5-96, « les parts qu’elle émet ne sont pas négociables ». Tenant à la fois des sociétés de personnes
et des sociétés de capitaux, la SARL combine aussi les avantages et les inconvénients de ces
deux types de sociétés. Au-delà de ces rapprochements avec ces deux catégories de sociétés,
la SARL présente des caractéristiques qui permettent toutefois de la distinguer des autres
groupements sociaux. Mais d’un point de vue pratique, le choix de tel ou tel type de société
dépend des circonstances de fait propres à chaque entreprise notamment la nature de
l'activité, l'importance des investissements et aussi le nombre de participants.

Dans l’amélioration du climat des affaires au Maroc, la loi 5-96 sur la société à
responsabilité limitée a apporté un certain nombre d’innovations notamment en permettant
la présence dans le système juridique de deux variétés. Ainsi, on trouve, la forme
traditionnelle, classique, d’une part, pouvant être constituée entre plusieurs associés, c’est la
« SARL pluripersonnelle ». Puis, d’autre part, on trouve la forme nouvelle, qui est l’œuvre
d’un seul associé, c’est « la SARL d’associé unique ». Comparativement aux autres types
possibles, le nombre d'entreprises marocaines ayant opté pour la forme juridique de SARL
traduit la faveur que connaît ce mode d'exploitation d'une entreprise. En tant qu’indicateur
pertinent du dynamisme économique marocain, la SARL représente un taux de 98,5% des

32
entreprises créées, dont plus de la moitié des SARL à associé unique (SARL AU). Cette
forme de société particulièrement adaptée aux PME n’envisage absolument pas de faire appel
aux marchés financiers. Ce taux très important s’explique essentiellement par les avantages
que présente cette forme sociale, et aussi et surtout par les facilités qu’introduit au fur et à
mesure le législateur marocain pour non seulement encourager l’entreprenariat, mais
également pour stimuler la création d’entreprises. L’unique objectif à tout cela est
d’améliorer la compétitivité de l’environnement marocain des affaires.

Dans le paysage sociétaire marocain, la SARL demeure, comme nous l’avons déjà
souligné, la forme sociale la plus répandue, et économiquement la plus importante
notamment dans les PME. Ce succès s'explique essentiellement par les nombreux avantages
qu'elle présente, et les plus évidents étant évidemment la simplicité et la limitation de
responsabilité. Reposant sur le caractère de l'intuitu personae, la SARL est constituée entre
associés qui se connaissent. Cependant, si l’un des principaux avantage de cette forme sociale
réside dans la limitation de responsabilité, cela signifie tout simplement qu’en tant personne
morale indépendante, elle peut être mise en cause. La responsabilité des associés est, quant à
elle, limitée à leurs apports au capital. C’est d’ailleurs ce qui résulte expressément de
l’analyse de l’article 44 de la loi 5-96, selon lequel la SARL « est constituée par une ou plusieurs
personnes qui ne supportent les pertes qu’à concurrence de leurs apports ».

Quant à la SARL à associé unique (SARL AU)), la loi 5-96 a particulièrement innové
en introduisant désormais sa constitution dans la paysage sociétaire marocain. D’un point de
vue de l’analyse juridique comparative, son introduction est une parfaite traduction littérale
de la loi française n°85-697 du 11 juillet 1985, dans notre droit de la société unipersonnelle.
Sans aucun doute, la SARL à associé unique présente aussi de nombreux avantages. Ainsi,
elle permet à tous ceux qui exercent une activité indépendante à titre personnel, par exemple
le commerçant ou l’artisan, de continuer à exercer cette même activité tout en limitant, du
moins théoriquement, leur responsabilité en cas de défaillance économique de l’activité. Elle
permet aussi de faciliter les transmissions d’entreprises notamment en contournant le lourd
formalisme de la cession du fonds de commerce et en évitant l’indivision successorale
souvent fatale aux entreprises, et enfin en allégeant le coût de la transmission. Au plan du
droit strict, la SARL à associé unique est une forme de SARL. Aussi, les règles de cette
dernière lui sont applicables sous réserve des spécificités.

L’une et l’autre des SARL connaissent des mesures de simplification de leur


constitution, par exemple, modèle de statuts type, et de leur fonctionnement par exemple,
certaines modifications des statuts. Quel que soit la SARL, quel que soit son objet, celle-ci

33
est une société commerciale par la forme. Par son caractère hybride, elle n'est ni tout à fait
une société de personnes, ni tout à fait une société de capitaux. C'est donc un type original de
société dont les règles de constitution et de fonctionnement sont inspirées, tantôt des
premières, tantôt des secondes sociétés.

Afin de permettre donc la modernisation de l’environnement juridique de cette forme


de société, trois séries de réformes législatives ont donc été apportées à la loi 5-96 relative à
société à responsabilité limitée (SARL) par les lois 21-05 (1), 24-10 (2) et 21-2019 (3) dont il
convient de voir les principales modifications.

1. Principales modifications apportées par la loi 21-05 en date du 14 février 2006.


➢ Le capital minimum exigé n’est plus de cent mille (100.000) dirhams mais de (10.000)
dix mille dirhams. Capital devant être divisé en parts sociales d’au moins 10 dhs.

➢ Les parts doivent êtres souscrites et libérées en totalité si elles représentent des
apports en nature.

➢ Les parts représentent les apports en numéraire doivent être libérés d’au moins le
quart, le reste peut être libéré en une ou plusieurs fois dans les 5 ans à compter de
l’immatriculation au registre de commerce. Avant la réforme, le capital devait être
libéré en totalité.

2. Principales modifications apportées par la loi du 24-10 en date du 2 juin 2011.


➢ Le capital social est librement fixé par les associés, le montant des parts sociales n’est
plus limité, il suffit que ces dernières aient la même valeur nominale.

➢ Aujourd’hui, le blocage de fonds n’est obligatoire auprès d’une banque que si à la


constitution ou à l’augmentation le capital dépasse 100.000dhs

➢ Le retrait des fonds bloqués est possible sur présentation d’une attestation justifiant
que la société a été immatriculée au registre de commerce, attestation qui peut être
délivrée par voie électronique. Avant la réforme, il fallait déposer tout le dossier de
constitution à la banque.

➢ En cas de non constitution de la société dans les 6 mois, une attestation de non
immatriculation de la société au registre de commerce suffit pour retirer le montant
bloqué. Avant la réforme, l’autorisation du président du tribunal de commerce était
exigée.

34
➢ Pour ce qui est de la publicité légale après immatriculation, l’insertion dans un
journal d’annonces légales et au Bulletin Officiel peut être effectué par voie
électronique dans les conditions fixés par voie réglementaire.

3. Principales modifications apportées par la loi du 21-19 en date du 29 avril


2019.

La nouvelle loi 21-19 a apporté des modifications à la loi 5-96 sur la société à
responsabilité limitée telle que modifiée et complétée par les lois 21-05 et 24-10.

A l’heure actuelle, cette loi laquelle n’existe qu’en langue arabe est entrée en vigueur
à partir de sa publication au Bulletin Officiel n° 6773 du 29 avril 2019.

➢ Cette loi a pour objet de modifier et compléter les articles 71 et 75 relatifs à


l’Assemblée Générale et l’ajout de l’article 83 Bis traitant des modalités de
paiement des dividendes. Demande de réunion d’une Assemblée Générale et
l’introduction des projets de résolutions à l’ordre du jour des Assemblées
Générales : L’article 71 stipulait dans la loi 5-96 que les associés minoritaires
doivent représenter le quart des associés ou des parts sociales pour demander
la réunion de l’Assemblée Générale. Dans l’objectif de la protection des
associés minoritaires la nouvelle loi 21-19 a réduit ce seuil du quart au
dixième des associés ou des parts sociales. De même les associés minoritaires
représentant au moins cinq pour cent (5%) du capital social dispose désormais
du pouvoir de requérir l’inscription d’un ou plusieurs projets de résolutions à
l’ordre du jour d’une Assemblée Générale. Les clauses contraires aux
dispositions sont réputées non écrites.

➢ Demande de cession de plus de 50% des actifs de la société : L’article 75 est


complété par une disposition prévoyant que toute demande de cession d’actifs
de plus de 50% des actifs de la société, sur une période de douze mois, requiert
une autorisation préalable de l’Assemblée Générale Extraordinaire. Un
rapport établi par la gérance devra être jointe à cette demande. S’il s’agit d’un
actif immobilier, ce rapport devra comprendre une évaluation de ce bien
établie par un tiers indépendant et compétent.

➢ Mise en paiement des dividendes : La loi 21-19 a instauré un nouvel article 83


Bis lequel octroie à l'Assemblée Générale et le cas échéant au Gérant, le
pouvoir de fixer les modalités de la mise en paiement des dividendes et ce,
dans un délai n'excédant pas neuf mois après la clôture de l'exercice. Ce délai

35
peut être prolongé par ordonnance du Président du tribunal à la demande du
gérant.

Au regard de cette forme statutaire, seront analysés, sa constitution (Section 1), son
organisation et son fonctionnement (Section 2), les droits et obligations des associées
(Section 3) et enfin les droits collectifs des associées dans la SARL (Section 4).

Section 1. La constitution de la SARL

Historiquement, il faut noter qu’à l’origine, les conditions de constitution de la


société à responsabilité limitée étaient particulièrement souples, comparées, notamment, à
celles de la société anonyme. Avec des formalités réduites, le Dahir du 1er septembre 1926,
qui a permis l’introduction de la SARL au Maroc par transposition de la loi française du 7
mars 1925, n'imposait aucun contrôle dans la constitution d'une SARL. Cette souplesse est
l’origine du succès indéniable de cette forme de société commerciale. Cependant, cette
absence de contrôle dans la constitution des SARL engendra des abus et fragilisa ces sociétés
qui n'offraient pas notamment de protection satisfaisante pour les tiers de bonne foi ou
encore les associés eux-mêmes.

Dans l’état actuel du droit positif marocain, les dispositions de loi 5-96 relatives à la
SARL, soumet sa création à des conditions de fond plus contraignantes, telles que par
exemple le contrôle des apports en nature par un commissaire aux apports (article 53), le
dépôt des fonds correspondant à la libération des parts sociales (articles 51 alinéa 4 et 52) ou
le plafonnement du nombre des associés à cinquante (article 47). Cette loi a multiplié, en
outre, les formalités constitutives ou de publicité (articles 93 à 99). Son caractère hybride lui
confère néanmoins à la SARL la capacité de devenir une structure adaptée aux petites et
moyennes entreprises, ainsi qu'aux entreprises familiales mais aussi un instrument de
montages juridiques complexes. Sur le plan juridique, la SARL est essentiellement régie par
les dispositions articles 982 à 1063 du Dahir des Obligations et Contrats applicables et les
dispositions des articles 27 à 68 du code de commerce, applicables à toutes les sociétés, et,
d’autre part et de façon plus spécifique à cette société par les dispositions des articles 44 à 87
et 113 à 117 de la loi 5-96.

Au regard de la création de la SARL, celle-ci obéit aux conditions de forme prescrites


pour toutes les sociétés, aussi bien en ce qui concerne la rédaction du contrat que la publicité
(§2). Quant aux conditions de fond (§1), celles-ci peuvent être examinées traditionnellement
sous les deux éléments qui en fixent les traits principales caractéristiques, les associés, d'une
part et le capital social, d'autre part.

36
§1. Les conditions de fond

Classiquement, les conditions de fond tiennent au nombre d’associés (A) que peut
compter une SARL et à son capital social (B).

A. Les conditions relatives aux associés.

Les conditions de fond relatives à la constitution d'une SARL peuvent être analysées
essentiellement sous deux éléments qui la caractérisent à savoir le nombre d’associés (1) et le
consentement (2).

1. Le nombre d’associés.

Sur le nombre d’associés, il faut se référer à la définition même du contrat de société,


telle qu’elle est posée expressément par l’article 982 du Dahir des Obligations et Contrats
selon lequel la SARL est constituée entre un minimum de deux associés, personnes
physiques ou morales. Cette exigence légale marque une différence fondamentale avec la
société anonyme qui doit, selon l’article 1er de la loi 17-95 relative aux sociétés anonymes,
composée d'au moins cinq actionnaires. Cependant, en introduisant la SARL, la loi 5-96 est
venue modifier cette présentation. En effet, aujourd’hui, la SARL peut, lors de sa
constitution, selon l’article 44 alinéa 1er de la loi 5-96, ne compter qu'un seul associé. Dans ce
cas, la société est alors appelée « SARL à associé unique », tout en ne demeurant
juridiquement qu'une simple modalité de la SARL. Désormais, en droit marocain des
sociétés, il est précisé à l’article 44 alinéa 1er de la loi 5-96 que la « est constituée par une ou une
plusieurs personnes », ce qui couvre à la fois la SARL à associé unique et la SARL au sens
classique de société d'au moins deux associés.

A lecture de l'article 47 de la loi 5-96 on constate que le nombre d'associés ne doit pas
dépasser cinquante. Le législateur marocain a, par cette mesure spéciale à la SARL, voulu
réserver ce type de société aux petites et moyennes entreprises dans lesquelles les associés
doivent pouvoir justement se connaître. Cette limitation légale se justifie essentiellement par
une certaine volonté de cantonner la SARL dans des dimensions relativement modestes et
par conséquent, de faire en sorte que les associés se connaissent entre eux. Cela démontre
clairement le caractère de l'intuitu personae de la SARL. Parfois, cette règle peut cependant
apparaître comme un obstacle au développement d'entreprises ayant adopté la forme SARL
et qui se trouveraient conduites à augmenter le nombre d'associés au-delà du plafond légal
de cinquante. Nul doute que le maximum de cinquante prévu par la loi 5-96 témoigne de la
volonté de conserver le caractère de l'intuitu personae propre à la SARL. Ici, il y a donc une
véritable prise en considération de la personne des associés lorsque la société comporte une

37
cinquantaine d'associés. De plus, la SARL n'est pas admise à procéder à une offre au public
de titres financiers, et le plafond de cinquante associés s'est imposé pour que le cercle
d'investisseurs, c'est-à-dire les associés, soit considéré comme restreint.

En outre, l'article 47 de la loi 5-96 prévoit qu'en cas de dépassement du nombre


d'associés du maximum de cinquante autorisés, la société “doit, dans le délai de deux ans, être
transformée en société anonyme. À défaut, elle est dissoute, à moins que, pendant ledit délai, le nombre
des associés n’atteigne le nombre autorisé légalement ». Cette règle s'applique quelle que soit la
circonstance qui provoque cette augmentation du nombre d'associés. Le délai de deux ans
court à compter du jour où le nombre des associés devient supérieur à cinquante. Durant
cette période, la société continue de fonctionner normalement. Les associés sont donc tenu
principe toute liberté d'apporter aux statuts les modifications qu'ils jugent utiles, en
particulier la transformation de la société. Il est expressément prévu que la régularisation,
qui doit, selon l’article 87 de la loi 5-96, intervenir avant l'expiration du délai deux ans,
puisse revêtir la forme d'une transformation, en un autre type de sociétés ne connaissant pas
ce plafond, après modification des statuts. À l'expiration du délai de deux ans, la SARL qui
n'a pas régularisé sa situation est, selon l’article 47 de la loi 5-96, dissoute de plein droit. Les
termes de ces articles ont véritablement un caractère obligatoire. Enfin, l’article 87 de la loi
5-96 énonce une solution alternative dont le choix revient aux seuls associés, soit réduire
leur nombre ou soit transformer la société.

A ces conditions relatives au nombre des associés, s’ajoute les conditions relatives au
consentement.

2. Le consentement.

Comme dans tout contrat de société, les dispositions des articles 2 et 987 du Dahir
des Obligations et Contrats exigent expressément comme condition de validité le
consentement de l'associé. Ce consentement doit absolument être libre et éclairé. Dans
l’univers commercial, il peut arriver qu’une phase préparatoire à la constitution d'une société
peut se décomposer soit en un projet, soit en des pourparlers en vue justement d'une création
de société, puis en promesse de société lorsque les éléments essentiels du contrat de société
sont alors fixés.

Lorsqu’il ya un projet de société dans lequel les parties envisagent éventuellement de


s'associer, mais ne sont pas encore d'accord sur les éléments essentiels de la future personne
morale. Dans cette situation, aucune obligation précise ne peut naitre à la charge des futurs

38
associés. Ces dernies demeurent donc libres d'y donner suite ou d’abandonner le projet de
société.

En droit marocain des sociétés, le législateur exige impérativement que la volonté


individuelle se manifeste par la signature des statuts. Chaque associé doit, selon l’article 50
de la loi 5-96, intervenir à l'acte constitutif soit en personne, soit par mandataire justifiant
d'un pouvoir spécial à cet effet, conformément cette fois à l’article 891 du Dahir des
Obligations et Contrats. Ce n’est qu’uniquement qu’à partir de cette signature, que la société
existe en tant que contrat. Jusqu’à l’immatriculation au registre du commerce, les rapports
entre les associés vont être régis par les termes de ce contrat ainsi que les principes
généraux du droit applicables aux contrats et obligations. La manifestation de la volonté
d'entrer dans la société ne peut, a contrario, revêtir une autre forme, verbale ou tacite. Ainsi,
par exemple, on ne peut pas considérer que la seule présence d'une personne aux
délibérations lors de la constitution du groupement témoigne d'une volonté de s'associer, pas
plus que sa participation à la constitution.

L'absence de consentement d'un associé ne devrait pas être sanctionnée par la nullité
de la SARL. Par une juxtaposition de règles avec par exemple la société anonyme, l’article
337 de la loi 17-95 relative aux sociétés anonymes dispose que « La nullité d’une société ou celle
d’actes ou délibérations modifiant les statuts, ne peut résulter que d’une disposition expresse de la
présente loi, du caractère illicite ou contraire à l’ordre public de l’objet de la société ou de l’incapacité
de tous les fondateurs ». Dés lors, la nullité d'une SARL ne peut pas résulter d'un vice du
consentement, à moins que celui-ci n'atteigne tous les associés fondateurs. En droit marocain
des sociétés, il convient, nous semble t-il, de retenir que l'absence de consentement d'un
associé n'est pas un vice du consentement. Dés lors, la nullité d'une société à responsabilité
limitée ne peut pas donc résulter d'un vice du consentement ni encore de l'incapacité, sauf
cependant si le vice frappe tous les associés fondateurs.

Il est clair que le consentement des associés ne doit pas être vicié. Mais en droit
marocain des sociétés, il faut rappeler que les vices du consentement, dans la constitution de
la société, sont rarement invoqués et doivent par ailleurs en cas d’action en justice être
prouvés. Les seules décisions qui sanctionnent un vice du consentement dans une SARL sont
le plus souvent relatives à une cession de parts de SARL. Enfin, si la nullité de la société ne
peut résulter d'un vice du consentement, ainsi que d'une incapacité ou d'une clause léonine,
on peut souligner enfin que le défaut d'affectio societatis entraîne naturellement la nullité de la
société.

39
B. Les conditions relatives à la société.

Les conditions de fond relatives à la constitution d'une SARL peuvent être examinées
sous trois éléments qui la caractérisent à savoir le montant du capital (1), les apports (2) et
les parts sociales (3).

1. Le montant du capital social.

Au regard des garanties, le capital social constitue par nature, en droit marocain des
sociétés, le gage des créanciers sociaux. Justement, dans un premier temps pour éviter la
constitution de sociétés avec un capital dérisoire, le législateur marocain avait à une époque
donnée imposé aux SARL un capital minimum. A ce sujet, la SARL fut d'ailleurs la première
forme de société soumise à une telle exigence. Mais dans le paysage sociétaire marocain, ce
capital minimum a fait l’objet d’une évolution réglementaire, et a été plusieurs fois été
modifié. Ainsi, aux termes de l’article 46 de la 5-96 dans sa version du Dahir n° 1-97-49
(1997), le capital minimum des SARL est passé à 100 000 dirhams, puis par le Dahir n°1-06-
21 (2006), il est passé à 10 000 dirhams. Au regard des garanties, ce minimum légal du
montant du capital était considéré comme faible voire insuffisant vis-à-vis des créanciers
sociaux.

Dans l’optique visant à faciliter et simplifier la création de la société à responsabilité


limitée, le législateur marocain a tout simplement supprimé en 2011 toute exigence d'un
capital minimum dans les SARL. Cette suppression est réalisée par le dahir n° 1-11-39
(2011). Dans sa formulation actuelle, l’article 46 de la loi 5-96 dispose que « le capital de la
société à responsabilité limitée est librement fixé par les associés dans les statuts...(…) ». Cette
nouvelle version de l’article 46 de la loi 5-96 permet désormais aux associés d'une SARL de
déterminer librement dans les statuts le montant du capital social, faisant ainsi disparaître
l'obligation d'un capital minimal, mais sans cependant supprimer l'obligation résultant de
l’article 50 de la loi 5-96 de fixer ce capital. De plus, l'indication du montant du capital,
comme mention légale, doit figurer obligatoirement dans les statuts de la société. D’ailleurs,
cette indication, ainsi que les indications relatives à la forme et à la dénomination sociale,
doivent être portées sur tous les actes et documents émanant de la société et destinés aux
tiers.

Le capital social lui-même doit, selon l’article 46 alinéa 1er de la loi 5-96, être divisé
en parts sociales égales réparties entre les associés en représentation de leurs apports. A cet
égard, la valeur nominale de ces parts sociales est librement déterminée par les statuts. C’est
pourquoi, la répartition des parts doit être obligatoirement mentionnée dans les statuts.

40
Enfin, à la différence des actions dans la société anonyme, les parts sociales dans la SARL ne
sont, selon l’article 55 de la loi 5-96, pas négociables. A défaut, toute création de titres
négociables par les SARL en violation de cet article est sanctionnée tout simplement par la
nullité.

2. Les apports.

En tant qu’élément indispensable de la constitution du contrat de société, un apport


est obligatoirement effectué par chaque associé dans la SARL. En contrepartie de cet apport,
chaque associé reçoit un certain nombre de parts sociales. Cette obligation de réaliser un
apport se traduit par la prohibition des apports fictifs. A ce sujet, la fictivité de l'apport peut
revêtir plusieurs aspects comme par exemple, le défaut de propriété de l'apporteur, l'absence
de valeur pécuniaire du bien apporté ou encore l'existence d'un passif grevant ce bien pour
un montant supérieur à sa valeur. Cependant, pour apprécier le caractère fictif de l'apport, il
convient de se placer au moment de la constitution de la société, et plus précisément au jour
de la signature des statuts. Comme pour la création de titres négociables, la fictivité est
sanctionnée elle aussi par la nullité de l'apport qui ne peut donc être pris en considération
pour la constitution du capital social, mais sans porter cependant atteinte à l'existence même
de la société.

Une fois que l’apport est effectué par chaque associé, il faut procéder à sa libération.
Celle-ci est l'opération matérielle par laquelle l'associé remplit l'engagement qu'il prend par
la souscription. Généralement, la libération des apports dans une SARL intervient, selon
qu'il s'agit d'un apport en numéraire (a), en nature (b) ou en industrie (c), à la souscription ou
en cours de vie sociale. Aux termes de l’article 992 alinéa 1er du Dahir des Obligations et
Contrats, l’ensemble des apports des associés constitue le capital social de la SARL.

a. Les apports en numéraire.

Pour les apports en numéraire, c'est-à-dire de sommes d'argent, les associés sont,
selon l’article 51 de la loi 5-96, tenus de libérer seulement une fraction correspondant au
moins le quart de leur montant. Pour le surplus, la libération doit intervenir, en une ou
plusieurs fois, sur décision du gérant, et dans un délai qui ne peut excéder cinq ans à compter
de l’immatriculation de la société au registre du commerce. En outre, les fonds
correspondant aux apports en numéraire doivent, selon l’article 51 alinéa 4 de la loi 5-96,
être déposés dans les huit jours de leur réception dans un compte bancaire bloqué lorsque le
capital social fixé par les associés dépasse 100 000 dirhams. Toutefois, le retrait des fonds
déposés provenant de la libération des parts sociales peut, selon l’article 52 alinéa 1er de la loi

41
5-96, être effectué par le mandataire de la société qu’après que la société est été immatriculée
au registre du commerce et sur présentation d’une attestation.

Si le défaut de libération des apports rend l'associé défaillant débiteur envers la


société de ce qu'il a promis, en revanche, il ne peut avoir pour conséquence que l'apporteur
défaillant n'a pas tout simplement la qualité d'associé. Celle-ci résulte tout naturellement de
son engagement et de son affectio societatis apprécié justement à la date de création de la
société.

b. Les apports en nature.

L'apport en nature, c'est-à-dire celui d'un bien autre que de l'argent, peut, selon le
droit commun des apports, porter sur tout bien ayant une valeur patrimoniale c’est a dire un
meuble ou un immeuble, corporel ou incorporel. Cet apport peut être effectué de différente
façon soit en pleine propriété, soit en nue-propriété, soit en usufruit ou soit en jouissance.
Cependant, la libération de l'apport en nature impose le respect des règles juridiques propres
au bien concerné. C’est le cas par exemple lorsqu’il y a un apport d’un immeuble, celui-ci
devra alors rigoureusement respecter l’article 4 du Dahir n° 1-11-178 du 22 novembre 2011
portant promulgation de la loi n° 39-08 portant code des droits réels selon lequel « Tous les
actes relatifs au transfert de propriété ou à la création des autres droits réels ou leur cession,
modification ou suppression doivent, sous peine de nullité, être établis par acte officiel ou par acte à
date certaine ».

Il faut cependant éviter, dans ce type d’apport, tout risque de surestimation


préjudiciable aux intérêts des autres associés et surtout des créanciers, en conférant un
caractère fictif au capital social. C’est pourquoi, les statuts doivent dans ce cas contenir
l’exacte évaluation de chaque type d’apport en nature. En principe, dans la pratique les
associés ne peuvent fixer la valeur de ces apports qu'au vu d'un rapport établi, selon l’article
53 alinéa 1er de la loi 5-96, par un commissaire aux apports, et ce rapport étant lui-même
annexé obligatoirement aux statuts. Cette intervention d'un commissaire aux apports est,
selon l’article 53 alinéa 2 de la loi 5-96, facultative lorsque deux conditions cumulatives sont
alors réunies. D’une part, si aucun apport en nature n'a de valeur supérieure à 100 000
dirhams, et d’autre part, si la valeur totale de l'ensemble des apports en nature n'excède pas
la moitié du capital social.

Lorsque ces deux conditions cumulatives sont pleinement remplies, dans ce cas les
futurs associés peuvent décider à l'unanimité de ne pas recourir à un commissaire aux
apports. Une semblable évaluation n'offre toutefois que peu de garanties pour les autres

42
associés. Mais, cette dispense d'évaluation ne peut s'appliquer qu’à la SARL à associé unique.
Cependant, cette simplification de la constitution de la SARL doit être décidée uniquement à
l'unanimité des futurs associés, sans que, toutefois, la loi n'impose une forme particulière à
cette décision. En revanche, lorsqu'elle est verbale, il est par souci de sécurité juridique,
préférable non seulement de la rappeler mais aussi de la faire confirmer par les associés dans
les statuts.

Enfin, l'intervention du commissaire aux apports, dont la responsabilité civile et pénale


pourrait, d'ailleurs, être engagée dans les conditions du droit commun, constitue une
garantie aussi bien pour les tiers de bonne foi que pour les autres associés. De même, en
l'absence d'intervention du commissaire aux apports aucune autre protection n'est offerte
aux tiers. C’est pourquoi, l’article 53 alinéa 4 de la loi 5-96 prévoit dans ce cas que « les
associés sont solidairement responsables pendant cinq ans, à l'égard des tiers, de la valeur attribuée
aux apports en nature lors de la constitution de la société ». Mais l’application de ce texte est
possible, là encore, que lorsque deux conditions sont réunies. D’une part, lorsque les
associés décident à l'unanimité de ne pas recourir aux services du commissaire aux apports
en raison de la faible valeur de l'apport en nature et, d’autre part, lorsqu'ils retiennent dans
les statuts pour l'apport en nature une valeur supérieure à celle proposée par le commissaire
dans son rapport.

Enfin, l’analyse juridique de l’article 53 alinéa 4 de la loi 5-96 permet d’affirmer que la
responsabilité solidaire des associés ne joue de manière implicite uniquement en cas de
surévaluation ou de sous-évaluation des apports en nature.

c. Les apports en industrie.

Troisième catégorie d’apport, l'apport en industrie qui, quant à lui, consiste à mettre
à disposition de la société par exemple, son savoir faire, un travail, des services, des
connaissances techniques ou encore des relations professionnelles. A une époque donnée,
l'apport en industrie était impossible dans une SARL et ce essentiellement pour deux
raisons. D’aune part, l'associé devait libérer immédiatement son apport alors qu'une
industrie, sous forme de prestation ou d'un travail, est fournie de manière successive. D’autre
part, le travail d'un associé ne saurait entrer dans la composition du capital social puisque
celui-ci est le seul gage des créanciers sociaux.

En l’état actuel du droit marocain, les apports en industrie sont autorisés dans la
SARL. Cette autorisation a pour objectif par exemple de faciliter la constitution de sociétés
par exemple entre conjoints et d'autoriser les époux à y travailler en qualité d'associés. Mais,

43
à défaut de dispositions légales fixant en détail le régime de ces parts représentatives
d'apports en industrie, ce sont donc les statuts de la société qui devaient en préciser les
conditions de souscription ainsi que les droits conférés aux apporteurs. C’est pourquoi, l'acte
constitutif doit, selon l’article 51 alinéa 3 de la loi 5-96, déterminer les modalités de
souscription des parts d'industrie, leur répartition, la durée et l'étendue des prestations dues
par l'apporteur et le nombre de parts attribuées.

Après avoir analysé les conditions de fond relatives à la constitution d'une SARL à
travers le capital et les apports, qu’en est-il des parts sociales.

3. Les parts sociales.

Contrairement à la société anonyme qui émet des actions, la SARL émet des parts
sociales qui représentent, aux termes de l’article 992 alinéa 1er du Dahir des Obligations et
Contrats, le capital social de la société. La part sociale est donc une fraction du capital social
dont l'appropriation donne à l'associé le droit de participer non seulement à la vie de la
société, et selon l’article 982 du Dahir des Obligations et Contrats de participer aussi « au
partage des bénéfices ». Toutefois, la part sociale, représentative d'apport en numéraire ou en
nature, se distingue des parts qui correspondent à des apports en industrie qui sont qualifiés
de parts d'industrie.

Il faut noter que l’une des particularités de la SARL réside dans le régime juridique
des parts sociales qui se rattache à son caractère hybride c’est-à -dire à la fois aux règles des
sociétés de personnes et à celles applicables aux sociétés de capitaux. Contrairement aux
parts sociales émises par une société en nom collectif ou en commandite simple, les parts
sociales d'une SARL ne peuvent pas être émises, selon l’article 54 de la loi 5-96, par « des
valeurs mobilières » et ne peuvent pas non plus prendre, selon l’article 55 de la loi 5-96, la
forme « d'un titre négociable ». Ces deux restrictions légales traduisent ici clairement
l'importance attachée dans la SARL au caractère de l'intuitu personae. En droit marocain des
sociétés, la considération de la personne, tant dans la constitution que dans le
fonctionnement de la SARL, confère un caractère très personnel à la part sociale.

Autre particularité de la SARL réside aussi dans le fait que les associés doivent être
considérés comme des créanciers de la société en raison de l'apport qu'ils lui ont consenti.
Dans ce cas, les parts sociales ont la nature juridique d'un droit personnel, un droit de
créance. Mais, il s'agit d'un droit de créance original, assorti de prérogatives extra-
pécuniaires, notamment le droit de participer au fonctionnement de la société. Dans la
catégorie juridique des biens, la part sociale est un bien meuble ayant valeur patrimoniale

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pouvant faire l'objet de toutes les opérations juridiques admises sur les éléments du
patrimoine. Ainsi, la part sociale d’un associé peut donc parfaitement être cédée, être gagée
où même faire l'objet de saisies.

Enfin, déjà souligné précédemment, la SARL ne peut, selon les articles 54 et 55 de la


loi 5-96, représenter les parts sociales par « des valeurs mobilières » ou « des titres négociables ».
Sont donc proscrits tous les titres transmissibles dans les formes simplifiées du droit
commercial. Cette prohibition vise essentiellement à empêcher toute spéculation sur les
titres de la société à responsabilité limitée mais, aussi, à maintenir le caractère intuitu personae
dans la société elle-même. Dés lors, toute émission « des valeurs mobilières » ou « des titres
négociables » serait sanctionnée par la nullité des titres irréguliers. En conséquence, lorsque
les associés entendent matérialiser leur titre d'associé, ils ne peuvent le représenter que dans
la forme d'un titre cessible selon les règles du droit civil, c'est-à-dire de la cession de créance.

§1. Les conditions de forme.

Au plan de la forme, pour sa constitution la SARL doit respecter des formalités


légales (1) et de publicité (2).

1. Les formalités de constitution.

Les statuts doivent être établis par écrit. Cet écrit peut être soit un acte sous seing
privé ou soit un acte authentique. La forme authentique est imposée, par l’article 4 de la loi
39-08, en cas d’apport d’immeubles. En cas de forme sous seing privé, il faudra dresser
autant d’originaux que nécessaire pour en remettre un à chaque associé ainsi que procéder
aux formalités d’enregistrement et de publicité. Aux termes de l’article 50 alinéa 1er de la 5-
96, tous les associés doivent intervenir à l’acte constitutif de la société, soit personnellement,
soit par mandataire justifiant d’un pouvoir spécial. Les statuts doivent comporter des
mentions obligatoires communes à toutes les sociétés et propres aux SARL. Les statuts
doivent à peine de nullité, selon 50 alinéa 2 de la 5-96, être daté et indiquer 12 mentions
obligatoires à savoir :

➢ 1° les prénom, nom, domicile ou, le cas échéant, s'il s'agit de personnes morales les
dénomination, forme et siège de chacun des associés ;
➢ 2° la constitution en forme de SARL ;
➢ 3° l'objet social ;
➢ 4° la dénomination sociale ;
➢ 5° le siège social ;
➢ 6° le montant du capital social ;

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➢ 7° l'apport de chaque associé et, s'il s'agit d'un apport en nature, l'évaluation qui lui a
été donnée ;
➢ 8° la répartition des parts entre les associés ;
➢ 9° la durée pour laquelle la société a été constituée ;
➢ 10° les prénom, nom, domicile des associés ou des tiers pouvant engager la société, le
cas échéant ;
➢ 11° le greffe du tribunal où les statuts seront déposés ;
➢ 12° la signature de tous les associés.

A ces mentions obligatoires, l’article 51 alinéa 3 in fine de la loi 5-96 prévoit que les
statuts doivent figurer les apports en industrie. De plus, les statuts doivent également
contenir des mentions facultatives qui organisent

➢ La gérance : la nomination, la durée des fonctions, la rémunération, la


révocation, les pouvoirs ou encore les obligations ;
➢ Le mode de consultation des associés ;
➢ La prise des décisions collectives (quorum et majorité) ;
➢ Le contrôle de la société par les commissaires aux comptes (nomination,
rémunération et révocation) ;
➢ Les dates d’ouverture et de clôture des exercices sociaux ;
➢ La transmission des parts sociales (clause d’agreement) ;
➢ La répartition des bénéfices ;
➢ Modalités des apports en industrie quand ils sont autorisés ;
➢ Nom du dépositaire chez qui les fonds correspondant aux apports en
numéraire ont été déposés ;
➢ Evaluation des apports en nature en annexe ;
➢ La transformation ou la liquidation de la société.

La société est désignée par une dénomination sociale à laquelle peut s’incorporer le
nom d’un ou plusieurs associés. La dénomination doit être précédée ou suivie immédiatement
de la mention SARL et du montant du capital social.

Enfin, les premiers gérants ainsi que les associés auxquels la nullité de la société est
imputable, sont solidairement responsables, envers les autres associés et les tiers, du
dommage résultant de l’annulation. Les causes de nullité sont cependant peu nombreuses et
font l’objet de nombreuses mesures de régularisation tendant à les couvrir lorsqu’elles
existent. Autrement dit, cette source de nullité expose peu ses auteurs

46
Après les formalités de constitution, il sera procédé à sa publication.

2. La publicité de la constitution.

Comme pour toutes les autres sociétés, la SARL est soumise aussi aux mêmes
formalités de publicité. Elle est prévue aux articles 93 à 99 de la loi 5-96. Selon l’article 94
alinéa 1er de la loi 5-96, les formalités de publicité de la constitution sont effectuées à la
diligence et sous la responsabilité des représentants légaux de la société. La publicité se
traduit de deux manières. D’une part, par le dépôt au greffe du tribunal du lieu du siège
social de deux copies ou de deux exemplaires des statuts. Ce dépôt doit selon les articles 93
et 95 de la loi 5-6 être fait dans les 30 jours de la constitution de la société. D’autre part, par
l’insertion d’un avis dans un journal d’annonces légales et au bulletin officiel. Cette insertion
doit, selon les articles 93 et 96 de la loi 5-96, être faite dans un délai de 30 jours après
l’immatriculation au registre du commerce. L’avis doit, selon l’article 96 alinéa 3 de la loi 5-
96, contenir 9 mentions obligatoires à savoir :

➢ la forme de la société ;
➢ la dénomination sociale ;
➢ l'objet social indiqué sommairement ;
➢ l'adresse du siège social ;
➢ la durée pour laquelle la société est constituée ;
➢ le montant du capital social avec l'indication du montant des apports en numéraire
ainsi que la description sommaire et l'évaluation des apports en nature ;
➢ 7. les prénom, nom, qualité et domicile des associés ;
➢ 8. les prénom, nom, qualité et domicile des associés ou des tiers ayant le pouvoir
d'engager la société envers les tiers ;
➢ 9 - le numéro d'immatriculation au registre du commerce.

Sont soumis aux mêmes conditions de dépôt et de publication, selon l’article 97 de la loi
5-96, tous actes, délibérations, ou décisions ayant pour effet la modification des statuts, à
l'exception des changements des gérants, des membres du conseil de surveillance et du ou
des premiers commissaires aux comptes nommés dans les statuts ; tous actes, délibérations
ou décisions constatant la dissolution de la société avec l'indication des prénom, nom et
domicile des liquidateurs et le siège de la liquidation ; toutes décisions judiciaires prononçant
la dissolution ou la nullité de la société ; tous actes, délibérations ou décisions constatant la
clôture de la liquidation.

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L'inobservation de l’ensemble de ces formalités de dépôt et de publication entraîne la
nullité. Celle-ci est prévue par l’article 98 de la loi 5-96. Il est toutefois prévu en cas
d’inobservation des régulations prévues aux articles 340, 342, 343 et 344 de la loi n°17-95
relative aux sociétés anonymes. Enfin des sanctions autres que la nullité sont prévues aux
articles 108 et 112 de la loi 5-96.

Qu’en est-il de l’organisation et du fonctionnement de fonctionnement de la SARL ?

Section 2. L’organisation et le fonctionnement de la SARL.

Sur le plan organisationnel et fonctionnel, la SARL combine aussi bien la simplicité de la


structure de la société en nom collectif que la hiérarchisation de l'organisation de la société
anonyme. Classiquement, les associés délèguent l'ensemble des pouvoirs de direction à un
organe permanent, la gérance (§1). De leur coté, les associés assurent un contrôle de la
gestion (§2), parfois concurremment avec le ou les commissaires aux comptes (§3) dont la
présence n'est pas en principe obligatoire dans la SARL.

§1. La gérance de la SARL.

L’étude de la gérance de la SARL mérite de s’intéresser à son organisation (A) mais


aussi du choix du gérant (B).

A. L’organisation de la gérance.

En tant qu’organe essentiel, la gérance assure le fonctionnement quotidien de la


SARL. Représentant le pouvoir exécutif de la société, la gérance à une double fonction. Elle
est à la fois organe de gestion et organe de représentation. Dans la SARL, la présence d'un
gérant est obligatoire, et contrairement à d’autres sociétés, comme par exemple la société en
nom collectif, le régime juridique de celle-ci présente une grande souplesse dans le choix du
mode de gestion. Cette structure sociale est selon l’article 62 alinéa 1er de la loi 5-96 « gérée
par une ou plusieurs personnes physiques. ». Ce texte prévoit donc que les associés ont le choix
entre une gérance unique ou une pluralité de gérants. Le choix entre la gérance unique ou la
cogérance relève de l'organisation interne de la société.

Lorsqu’il y a recours à la désignation d'un gérant unique, cela permet d'assurer tout
simplement une direction unitaire à la société par la concentration des pouvoirs de gestion
dans les mains d'une seule personne. Naturellement, cette solution est retenue notamment
lorsqu'un pouvoir majoritaire stable est établi au sein de la société. Dans cette situation, le
gérant est alors soit l'associé majoritaire lui-même, soit une personne investie de la confiance

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de cet associé. En revanche, l'inconvénient de cette formule réside dans la situation créée
lorsqu’il y a un empêchement du gérant unique.

Lorsqu’il y a recours à la désignation de plusieurs gérants, celui-ci permet d'organiser


au sein du pouvoir de direction à la fois une division et à la fois une spécialisation des tâches.
Contrairement à la gérance unique, l’avantage de la pluralité de gérants est justement de
permettre d'assurer la continuité des affaires sociales en cas d'empêchement ou de décès de
l'un des gérants. Cette formule est aussi très intéressante notamment en cas de division de
l'assemblée des associés en plusieurs blocs minoritaires ou en cas de contrôle égalitaire de la
société. Dans ce cas, les détenteurs de participation significative au sein de la société peuvent
alors désigner chacun un représentant qui siégera dans le collège de gérance. En présence de
pluralité de gérants, il est parfois constitué un conseil de gérance dont les modalités de
fonctionnement sont déterminées par les statuts comme par exemple la répartition des
tâches et la majorité requise pour la prise de décisions. Cette organisation collégiale de la
gérance n'est cependant opposable qu'entre les associés. Elle est donc privée d'effet à l'égard
des tiers qui ne peuvent se voir opposer les limitations des pouvoirs des gérants qui, par
ailleurs, engagent la société en toute circonstance.

L’un des inconvénients de la pluralité de gérants est de présenter des risques


notamment en cas de désaccord entre cogérants. Dans ce mode de gestion, chacun des
gérants dispose en effet à titre personnel de tous pouvoirs externes de gestion, sans que les
limitations statutaires éventuellement apportées à ses prérogatives puissent être opposées
aux tiers de bonne foi. Dans une telle situation, il est donc prudent de prévoir dans les
statuts que les décisions devront être prises au sein du conseil de gérance soit à la majorité
ou soit à l'unanimité des cogérants.

Aussi, dans la pluralité de gérants, il peut toutefois arriver une divergence de vue
dans la conduite des affaires sociales. Une telle situation ne peut juridiquement se régler de
deux manières soit la révocation prévue à l’article 69 alinéa 1er de la loi 5-96 ou soit la
démission d'un ou de plusieurs des cogérants. À défaut d'une solution, il faudra se reporter
soit au droit commun et notamment l’article 1051 du Dahir des Obligations et Contrats
relative à la dissolution de la société et de l’exclusion des associés, soit lorsqu’il y a des faits
de nature à compromettre l’intérêt social de recourir au juge en lui demandant trois
possibilités, soit la désignation d'un syndic prévu à l’article 640 du code de commerce
marocain, soit, selon l’article 69 alinéa 2 de la loi 5-96, la révocation d'un ou de plusieurs
gérants pour « cause légitime », soit enfin la dissolution de la société pour cause de
mésentente entre associés paralysant le fonctionnement de la société. En cas de révocation

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du gérant de la SARL, celle-ci n’entraîne pas la dissolution de la société. Dans ce cas, il
convient simplement de nommer son successeur, sauf si en raison d'une pluralité de gérants,
les associés ne l'estiment pas nécessaire. Enfin, au-delà de ce choix légal prévu l’article 62
alinéa 1er de la loi 5-96, les statuts peuvent très bien imposer la cogérance ou tout
simplement l'interdire.

B. La condition juridique du gérant.

Dans la SARL, le choix de la gérance est essentiellement laissé à l’initiative des


associés. Aux termes de l’article 62 alinéa 2 de loi 5-96, « les gérants peuvent être choisis en
dehors des associés. Ils sont nommés et la durée de leur mandat fixée par les associés dans les statuts ou
par un acte postérieur ». Il y a donc là une certaine liberté laissée aux associés. Cette liberté
permet aussi aux associés de valablement prévoir dans les statuts une clause spécifique
réservant uniquement aux seuls associés ou aux personnes remplissant une condition
particulière, la possibilité d'être nommés gérants de la société. Il est ainsi possible d'insérer
dans les statuts une clause édictant l'obligation pour le gérant d'être associé, propriétaire
d'un certain nombre de parts sociales ou imposant une limite d'âge au-delà de laquelle il
cessera ses fonctions. Aussi, les statuts peuvent également interdire au gérant d'accepter
d'autres mandats sociaux, ou subordonner l'acceptation d'une autre gérance à l'autorisation
préalable de la collectivité des associés.

Dans une SARL, aux termes de l’article 62 alinéa 1er de la loi 5-96, seules les
personnes physiques peuvent assumer les fonctions de gérant. Il en résulte alors qu’une
société, même associée majoritaire de la SARL, ne saurait être désignée comme gérante.
Cette exigence légale tient évidement au souci de voir la direction de la société assumée par
une personne physique apte à être pénalement condamnée, en cas de commission
d'infractions, quoiqu'une personne morale puisse aujourd'hui subir une sanction pénale
conformément à l’article 121-2 du code pénale marocain. Les dispositions de l’article 62
alinéa 1er de la loi 5-96 sont impératives, et la nomination d'une personne morale en tant que
gérant sera frappée par la nullité de l'article 337 alinéa 1er de la loi 17-95 relative aux
sociétés anonymes, qui dispose que « la nullité d’une société ou celle d’actes ou délibérations
modifiants les statuts, ne peut résulter que d’une disposition expresse de la présente loi, du caractère
illicite ou contraire à l’ordre public de l’objet de la société ou de l’incapacité de tous les fondateurs ».

Le gérant étant considéré comme un mandataire social, la capacité commerciale de


l’article 12 du code de commerce marocain, n'est pas exigée, puisqu'il n'a pas la qualité de
commerçant. Par conséquent, les règles de droit commercial applicables aux seuls

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commerçants ne sont pas ici applicables. Il suffit tout simplement que le gérant ait seulement
la capacité requise prévue par l’article 880 du Dahir des Obligations et Contrats pour être
mandataire. En principe, le mineur émancipé peut donc sans restriction être gérant d'une
SARL. En revanche, il n'en est pas de même du mineur non émancipé, ni des majeurs en
tutelle et en curatelle. En pratique, selon les articles 6,9,12, 13 et 164 du code de commerce
marocain, le défaut de capacité commerciale peut constituer un handicap pour le gérant qui
ne pourrait conclure un acte de commerce pour le compte de la société, notamment signer
une lettre de change au nom de celle-ci, en tant que tireur ou tiré, ou se porter avaliste pour
elle.

En outre, les interdictions et incompatibilités qui font obstacle à l'exercice régulier du


commerce par une personne, l'empêchent aussi d'être nommée gérant. En droit marocain des
sociétés, ne peuvent donc accéder à une telle fonction les individus frappés la déchéance
commerciale prévue à l’article 711 du code de commerce marocain. Il en est de même des
personnes qui exercent certaines professions ou occupent un emploi incompatible avec cette
fonction. C'est le cas par exemple des fonctionnaires, des avocats ou encore des notaires.
S’ajoute à tout cela, la possibilité pour le juge d’interdire aux personnes physiques faisant
l'objet de certaines condamnations, notamment pénales, d'exercer des fonctions de direction
au sein d'une société commerciale, et donc de devenir gérant au sein d'une SARL.

Il existe enfin des conditions particulières pour certaines personnes. C’est le cas,
lorsque, l'exercice par la société de certaines activités réglementées entraîne pour le gérant
l'obligation de remplir diverses conditions particulières telles que de diplômes. C’est le cas
exemple dans une officine de pharmacie où le gérant doit obligatoirement justifier de son
aptitude professionnelle.

C. La nomination du gérant.

Cette nomination est prévue à l’article 62 alinéa 2 de la loi 5-96 qui prévoit que le ou
les gérants sont nommés par les associés « dans les statuts ou dans un acte postérieur », c'est-à-
dire par une décision de l'assemblée générale des associés. Dans cette dernière hypothèse,
leur désignation doit intervenir à bref délai, car la publicité légale à laquelle est subordonnée
l'immatriculation au registre du commerce, et donc l'acquisition de la personnalité morale de
la société, doit mentionner leur identité. La désignation du gérant dans les statuts présente
l'avantage de démarrer au plus vite l'activité sociale de la société. En l'absence de disposition
légale particulière, la cessation des fonctions du ou des gérants, quelle qu'en soit la cause,
entraine par décision des associés la suppression de la mention de son nom.

51
Pour la nomination d'un gérant en cours de vie sociale, celle-ci est décidée, aux
termes de l’article 74 alinéa 1er de la loi 5-96, à la majorité de plus de la moitié des parts
sociales, sans pouvoir recourir à une majorité plus faible, mais il est toujours possible de
stipuler une majorité plus importante dans les statuts renforçant ainsi la position du gérant.
L’intérêt de cette exigence légale est de reposer essentiellement sur la volonté de conférer au
gérant la confiance d'une fraction aussi large que possible des associés, sans aller jusqu'à
imposer l'unanimité, car il convient, à la différence de la SNC, qu'un gérant doit
impérativement être nommé. Donc, nous pouvons conclure de cette exigence légale qu’un
associé majoritaire peut donc à lui seul se désigner valablement gérant.

Le gérant peut être en principe nommé pour une durée limitée ou sans limitation. En
l'absence de dispositions statutaires, le gérant est selon l’article 62 alinéa 3 de la loi 5-96
pour une durée de trois ans. Une fois nommé, le gérant doit alors accepter les fonctions qui
lui sont confiées. C'est uniquement à compter de cette acceptation que sa nomination prend
effet dans les rapports avec les associés et les tiers. Une fois arrivé au terme de ses trois ans
de ses fonctions, le gérant nommé ne dispose pas d'un droit au renouvellement de celles-ci.
Le gérant non renouvelé dans ses fonctions n'a donc plus vocation à représenter la société.

D. La révocation du gérant.

Dans la SARL, la révocation du gérant revêt principalement deux formes selon


qu'elle est décidée par les associés (1) ou par voie judiciaire (2).

1. La révocation par les associés.

La révocation par les associés est prévue à l'article 69 alinéa 1er de la loi 5-96. Selon
ce texte, le gérant est révocable sur décision des associés représentant au moins trois quarts
des parts sociales. A défaut de cette majorité requise, sur première consultation, une
deuxième peut être organisée cette fois, selon l’article 74 alinéa 2 de la loi 5-96, à la majorité
des votes émis, quel soit le nombre des votants. Mais rien n’empêche aux statuts de pouvoir
exclure cette seconde consultation. En revanche, une stipulation d'une majorité plus élevée
n'autorise pas les statuts à prévoir l'unanimité. Cette unanimité peut en effet aboutir à rendre
le gérant associé irrévocable dans la mesure où il participerait au scrutin. Une telle clause
dans les statuts serait donc frappée de nullité.

D’un point procédural, la révocation doit obéir au principe du contradictoire, afin que
le gérant soit informé du projet de révocation et, ainsi de l’inviter à se justifier sur les fautes
qui lui sont reprochées. Dans le cas, où la révocation du gérant qui n'est pas décidée par
l'organe compétent, à savoir l'assemblée générale des associés, celle-ci est tout simplement

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irrégulière. Quels que soient les motifs allégués par l'assemblée générale des associés, la
société ne peut, pour révoquer son gérant, s'abstenir de respecter les formalités légales,
notamment celles relatives à la convocation des associés. A ce sujet, il convient de distinguer
la révocation irrégulière de la révocation abusive. La première tient, soit à l'incompétence de
l'organe qui a prononcé la révocation, soit au non-respect des règles relatives à la
convocation et à la tenue de l'assemblée. La seconde tient, soit à des circonstances vexatoires
ou injurieuses portant atteinte à la réputation du gérant, soit à l'inobservation du principe de
la contradiction et du respect des droits de la défense.

Pour mettre en œuvre la révocation décidée par les associés, il faut que celle-ci
s'appuie sur la preuve de l'existence d'un juste motif. Naturellement, ce juste motif repose
essentiellement sur la faute du dirigeant. Il est évident que la faute du dirigeant constitue un
juste motif de destitution de ses fonctions, encore faut-il qu'elle obéisse à certains critères
pour être exclusive de toute indemnisation. Tout d'abord, la faute doit avoir été commise
dans le cadre du mandat social. À ce titre, elle doit être intimement liée à la gestion de la
société. La révocation n'est pas valable lorsqu'elle repose sur des fautes personnelles sans
aucun lien avec la qualité de gérant. Enfin, la faute doit être suffisamment grave pour
justifier une révocation sans dédommagement comme violation de la loi ou des statuts. Dans
le cas contraire, l'allocation de dommages-intérêts reste la seule possibilité offerte au gérant
qui estime que son éviction a été décidée sans juste motif, sous réserve qu'il fasse la preuve
du caractère injustifié de la sanction. Cette possibilité est prévue par l’article 69 alinéa 1er de
la loi 5-96.

2. La révocation judicaire.

Dans la SARL, en principe, la révocation des dirigeants relève du pouvoir souverain


des organes sociaux, si bien que les tribunaux n'ont pas à intervenir en la circonstance, sauf à
statuer sur un éventuel abus de droit et, par conséquent, l'allocation de dommages-intérêts.
C'est donc à titre exceptionnel, dans des hypothèses et des conditions limitativement
énumérées par la loi, que les tribunaux vont prononcer cette révocation pour cause légitime.
Ce principe et son exception sont expressément prévus par l’article 69 de la loi 5-96. Afin
d'empêcher l'inamovibilité du gérant associé majoritaire ou égalitaire contre qui une mesure
de destitution ne pourrait être prononcée et faute de rassembler le nombre de voix
nécessaire, tout associé, peu importe le nombre de ses parts, peut demander en justice sa
révocation. Chaque associé dispose donc du droit d'agir individuellement. Son action ne peut
pas être limitée ou interdite par les statuts. Contrairement à d’autres sociétés, ce mode de
révocation constitue une particularité des SARL et des sociétés civiles.

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E. La démission du gérant.

Comme tout mandataire, le gérant, a le droit de démissionner. Mais, contrairement à


la révocation, la loi 5-96 ne réglemente pas la démission. C’est pourquoi, le pouvoir de libre
révocation des mandataires sociaux est compensé par celui de leur libre démission. C’est en
application du principe selon lequel nul ne peut s'engager à vie, que la mise en œuvre de la
démission est facilitée. Mais parfois, dans la pratique, il arrive parfois que la démission ne
procède pas d'une libre expression de la volonté du gérant mais résulte plutôt d'une
contrainte.

Si les associés délèguent l'ensemble des pouvoirs de direction au gérant, ils assurent
toutefois en contrepartie un certain contrôle de l’exploitation de la société.

§2. Le contrôle de la gestion par les associés.

Bien que la gestion quotidienne de la SARL soit pour l'essentiel confiée au gérant,
celle-ci n'est pas complètement abandonnée entre ses mains. C’et la raison pou laquelle, le
législateur marocain a en effet instauré des contre-pouvoirs, afin de permettre un contrôle de
l'exploitation de l'entreprise et ceci, dans l'intérêt aussi bien de la société, des associés, que
des tiers. A cet effet, les associés disposent collectivement d'un pouvoir général de contrôle
qui s'exerce principalement au moment de l'examen annuel des comptes.

Classiquement, dans la SARL, le pouvoir général de contrôle des associés s'exprime


essentiellement lors de l'examen annuel des comptes, au cours de l'assemblée générale
appelée à statuer sur les opérations de l'exercice écoulé et qui doit, selon l’article 70 de la loi
5-96, être réunie dans le délai de 6 mois à compter de la clôture de cet exercice. À défaut de
réunion de cette assemblée dans ce délai, le ministère public ou tout intéressé peut saisir le
président du tribunal compétent statuant en référé afin d’enjoindre, le cas échéant sous
astreinte, aux gérants de convoquer cette assemblée ou de désigner un mandataire pour y
procéder. Grâce à cette assemblée générale, il est également donner l'occasion aux associés
de manifester leur défiance à l'égard de la gestion, soit en refusant le quitus au gérant, soit en
votant tout simplement sa révocation. Lorsqu’il y a de conventions réglementées conclues
entre la société et son gérant ou un associé, ce contrôle collectif s'exerce dans ce cas
pleinement. Il est logique que ce contrôle peut aussi très bien intervenir lorsque les associés
ont par exemple donné au gérant une autorisation d'agir en vue d'une opération excédant ses
pouvoirs de gestion.

D’une façon plus générale, toutes les décisions qui dépasse la compétence légale ou
statutaire des gérants doivent être prises, selon l’article 71alinéa 1er de la loi 5-96 par la

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collectivité des associés, qu'elles le soient en assemblée générale ou par voie de consultation
écrite. Toutes ces décisions doivent être prises en toute connaissance de cause, et c'est la
raison pour laquelle l’article 70 alinéa 2 de la loi 5-96 organise une communication préalable
des documents, particulièrement le rapport de gestion, l’inventaire et les états de synthèse,
qui font l'objet de la discussion. Cette communication doit intervenir au moins 15 jours
avant la date de l’assemblée générale à laquelle les associés devront émettre leur vote. A
compter de cette communication, tout associé pourra, selon l’article 70 alinéa 3 de la loi 5-96,
poser par écrit diverses questions auxquelles le gérant sera obligatoirement tenu d’y
répondre au cours de l'assemblée générale.

Parallèlement à ce contrôle collectif, tout associé peut aussi exercer personnellement


un certain nombre de prérogatives. Il s’agit ici d’un droit de contrôle permanent à la
communication des documents sociaux prévu par l’article 70 alinéa 4 de la loi 5-96. En effet,
les associés disposent de deux types d’information. D’une part, d'une information
occasionnelle qui s'exerce préalablement aux décisions collectives et surtout lors de la
convocation de l'assemblée générale pour l'approbation des comptes. D’autre part, d'une
information permanente, définie à l'article 70 alinéa 4 de la loi 5-96, qui ne porte toutefois
que sur les trois derniers exercices. Il s'agit essentiellement de documents d'ordre comptable
accompagnés des rapports et documents annexes qui doivent en faciliter la compréhension.
La liste des documents dont l'associé peut obtenir communication à toute époque sont les
comptes annuels, les inventaires, les rapports soumis aux assemblées générales et les procès-
verbaux de ces assemblées générales concernant les trois derniers exercices. A ce sujet,
aucune disposition statutaire ne peut supprimer ces prérogatives attachées à la qualité
d'associé, puisque l’article 71 alinéa 4 de la loi 5-96 répute non écrite toute clause contraire.
En cas de violation, la sanction, qui sera purement et uniquement civile, se traduit par la
reconnaissance au profit de l'associé demandeur d'un droit de demander qu'une décision de
justice fasse injonction au gérant de respecter ce droit, et par la même occasion la loi.

Tout associé détenant la moitié des parts sociales peut aussi demander, selon l’article
71 alinéa 4 de la loi 5-96, au gérant la réunion d'une assemblée générale. Sur cette demande,
il peut se grouper avec d'autres associés pour satisfaire l’exigence de cette majorité. En cas
de difficulté, lorsque les associées ne peuvent pas obtenir les documents auxquels ils ont
droit au libre accès, dans ce cas ils peuvent demander, au titre de l’article 82 alinéa 1er de la
loi 5-96, au président du tribunal, statuant en référé, soit d'enjoindre, éventuellement sous
astreinte, aux gérants de les communiquer, soit de désigner un expert chargé de procéder à
cette communication.

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Dans le cas où l'assemblée générale n'approuve pas les comptes de l'exercice écoulé, le
gérant doit alors déposer au greffe une copie de la délibération. En principe, dans une telle
situation, le gérant reste en fonction, mais si le refus d'approbation est motivé par une
mauvaise gestion, alors un des associés pourrait obtenir en justice, au titre de l’article 640 du
code de commerce marocain, la nomination d'un syndic. Dans le cas où une assemblée
générale a été irrégulièrement convoquée peut, aux termes de l’article 71 alinéa 6 de la loi 5-
96, être annulée. Enfin, tout au long de la vie sociale de la SARL, les associés peuvent,
généralement sous condition de détention d'une participation minimale dans la société,
engager diverses actions en justice. Ces actions peuvent être une action en régularisation,
une action en annulation, des actions en responsabilité, une demande de révocation du
gérant, une demande de révocation du commissaire aux comptes et enfin une nomination
d'un administrateur provisoire.

Parfois, les associés assurent le contrôle de la gestion concurremment avec le ou les


commissaires aux comptes dont la présence n'est pas en principe obligatoire dans la SARL.

§3. Le contrôle de la gestion par les commissaires aux comptes.

Dans la SARL, la présence d'autres organes de contrôle, permanents ou occasionnels


est tout à fait possible mais revêt cependant un caractère purement exceptionnel, qu'il
s'agisse plus particulièrement du commissaire aux comptes ou encore d'un comité
d'entreprise lorsque la société emploie au moins 50 salariés. Par son caractère exceptionnel,
le législateur marocain n'a pas voulu imposer le commissaire aux comptes à toutes les SARL,
et ne l'a en revanche exigé que pour des sociétés importantes qui auraient obligatoirement
des commissaires aux comptes si elles adoptaient, par transformation, selon l’article 87
alinéa 3 de la loi 5-96, la forme sociale d'une SA.

De son côte, l’article 80 de la loi 5-96 permet la nomination d'un commissaire aux
comptes seulement si la volonté des associés l’estime nécessaire. Quelque soit la forme
choisit, la SARL et les SARL à associé unique sont ainsi tenues de désigner au moins un
commissaire aux comptes lorsqu'elles dépassent, selon l’article 80 alinéa 2 de la loi 5-96, à la
clôture d'un exercice social le montant de cinquante millions de dirhams, hors taxes. Si ce
montant n’est pas atteint, la nomination d’un commissaire aux comptes peut, selon l’article
80 alinéa 3 de la loi 5-96, être demandée au président du tribunal, statuant en référé, par un
ou plusieurs associés à condition de représenter au moins le quart du capital.

Si à l'occasion de l'exercice de sa mission le commissaire aux comptes relève des faits


de nature à compromettre la continuité de l'exploitation, il doit mettre en œuvre la

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procédure d'alerte. Ce dispositif, qui a pour but de mettre le ou les gérants en face de leurs
responsabilités et non pas seulement de les informer, peut être déclenché par le commissaire
aux comptes même s'il a été nommé par les associés alors que cette nomination n'était pas
obligatoire. Enfin, le commissaire aux comptes tient de l'article 71 alinéa 1 et 2 de la loi 5-96,
le pouvoir de convoquer l'assemblée des associés en cas de défaillance du gérant.
Naturellement, lorsqu'il procède à cette convocation, le commissaire fixe l'ordre du jour et
expose les motifs de cette convocation dans un rapport lu à l'assemblée générale des associés.

Section 3. Les droits et obligations des associées.

§1. Les droits des associés.

Les droits des associés sont deux sortes, extra-pécuniaires (A) et pécuniaires (B).

A. Les droits extra-pécuniaires des associés.

En leur qualité d’associés, ils jouissent d'un à la fois d’un droit de communication
permanent de certains documents et d'un droit d'information permanente (1), mais
également d’un droit d'information préalable aux assemblées générales (2).

1. Les droits d'une information permanente.

Aux termes de l’article 70 alinéa 4 de la loi 5-96, chaque associé a le droit à « toute
époque » c'est-à-dire de façon permanente, de prendre connaissance au siège social de la
société, de certains documents relatifs aux trois derniers exercices à savoir les inventaires,
les comptes annuels, les rapports soumis aux assemblées et procès-verbaux de ces
assemblées générales. En revanche pour l'inventaire, chaque associé a seulement, aux termes
de l’article 70 alinéa 5 de la loi 5-96, le droit de prendre une copie. Cependant, l’exercice de
ce droit de communication permanent ne peut être réalisé que par l'associé en personne, ce
qui exclut alors automatiquement toute possibilité de représentation par un mandataire.
Mais, il peut, aux termes de l’article 70 alinéa 6 de la loi 5-96, se faire assister par un
conseiller, par exemple soit un juriste ou soit un comptable. Chaque associé ne peut
consulter directement les comptes et documents sociaux que de l'exercice en cours. Toute
clause contraire à ces dispositions est, selon l’article 70 alinéa 7 de la loi 5-96, réputée non-
écrite. Les dispositions de ce texte revêtent clairement un caractère impératif. En application
de l’article 337 de la 17-96 relative aux sociétés anonymes, le refus opposé à un associé
désireux d'exercer son droit de communication peut rendre nul l'assemblée générale ou la
consultation écrite. En cas d'inobservation de leur droit de communication, les associés
peuvent donc demander au président du tribunal d'enjoindre sous astreinte au gérant de
respecter ses obligations.

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Enfin, aux termes de l’article 81 de la loi 5-96 « tout associé non gérant a le droit deux
fois par exercice de poser des questions au gérant, s'ils ont connaissance d'un fait susceptible de
compromettre la continuité de l'exploitation ». Ce texte vise in fine non pas tant à obtenir des
informations, mais à inciter le gérant à prendre rapidement des mesures de redressement de
la situation de l'entreprise, dont la teneur est communiquée aux commissaires aux comptes.

2. Les droits d'information préalable aux assemblées générales.

Au sujet de ces droits d’information préalable, le gérant doit, selon les termes de
l’article 70 alinéa 2 de la loi 5-96, dans les quinze jours au moins avant l'assemblée générale
annuelle communiquer aux associés un certain nombre de documents relatifs à l'exercice
écoulé. Il s'agit essentiellement de son rapport sur la gestion, l’inventaire et les états de
synthèse. Pendant ce délai légal de quinze jours, ces documents sont tenus au siège social à
la disposition des associés qui peuvent alors en prendre connaissance et en faire une copie. Le
défaut du non-respect de cette disposition impérative entraînerait tout simplement la nullité
de l'assemblée générale. Mais à compter de l'envoi de ces documents, tout associé a, selon
l’article 70 alinéa 3 de la loi 5-96, la faculté de poser par écrit des questions auxquelles le
gérant est tenu de répondre au cours de l'assemblée générale. Cette faculté permet aux
associés de débattre sur une question que le gérant n'a pas éventuellement insérée dans
l'ordre du jour, mais dans ce cas aucun vote ne peut intervenir sur le point soulevé.

Cependant, le droit de poser des questions écrites doit s'exercer dans des conditions qui
permettent au gérant de les étudier et de préparer sa réponse. Dans le cas où le gérant est
confronté à des questions complexes, il peut alors dans ce cas se contenter de fournir tout
simplement quelques explications orales. Toutes ces différentes informations sont donc
destinées à permettre à l'associé de prendre sa décision en toute connaissance de cause de la
situation de la société. C’est aussi l’occasion pour l’associé d’apprécier la portée des
résolutions qui lui sont soumises en assemblée générale et de décider alors sereinement et
pleinement du sens de son vote.

Au regard de l’effectivité du droit à l'information des associés, l’article 70 alinéa 2 de la


loi 5-96 sanctionne expressément par l’annulation toute délibération prise par l'assemblée
générale en violation de ce droit. D'une façon générale, les droits des associés sont protégés
par l’article 70 alinéa 7 de la loi 5-96 qui répute non écrite toute clause contraire aux
dispositions de cet article. Il convient d'en déduire là encore du caractère impératif de
l’article 70 de la loi 5-96. Enfin, en cas de défaut de communication des différents documents,
l’associé peut très justement et à bon droit saisir le président du tribunal, statuant en référé,
aux fins soit d'enjoindre sous astreinte au gérant de les communiquer, soit de désigner s'il est

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fait droit à la demande, un mandataire chargé de procéder à leur communication ou à leur
transmission.

B. Les droits pécuniaires des associés.

Au regard du droit des biens, les parts sociales sont considérées comme des valeurs
patrimoniales, et en conséquence soumises au même régime juridique que tous les biens
figurant dans un patrimoine d’une personne. Vis-à-vis des opérations juridiques, les parts
sociales peuvent donc être soit aliénées, soit faire l'objet d'un usufruit ou encore soit être
données en gage. Dans l'hypothèse d'un usufruit, l'usufruitier a droit aux fruits de la part
sociale, c'est-à-dire aux dividendes. Dans le cas du nu-propriétaire, ce dernier a droit au
remboursement des apports, aux distributions de réserve et au boni de liquidation. En plus
du droit sur les parts sociales, l'associé dispose de droits liés aux résultats de la SARL
incarnés par le droit aux bénéfices. De plus, les parts sociales sont, l’article 56 de la loi 5-96
« librement transmises par voie de succession et librement cessibles entre conjoints, parents et alliés
jusqu’au deuxième degré inclusivement ».

Au regard du droit des suretés, le créancier d'un associé peut très justement saisir les
parts que détient l’associé, débiteur, dans une SARL et procéder à leur vente. Généralement,
la saisie est normalement pratiquée est la sous la forme d'une saisie-attribution. En matière
de garantie, tout associé peut, selon l’article 59 de la loi 5-96, donner ses parts sociales à un
projet de nantissement.

§2. Les obligations des associés.

Classiquement, les associées ont deux types d’obligations, les une à l’égard de la
société (A) et les autres à l’égard des tiers (B).

A. Les obligations à l'égard de la société.

En droit civil marocain, les obligations générales des associés à l’égard de la société
sont prévues aux articles 995 à 1041 du Dahir des Obligations et Contrats. En droit
marocain des sociétés, dans les rapports des associés entre eux, les pertes sociales sont
réparties selon les règles fixées dans les statuts. Dans le cas contraire, toute exonération d'un
associé de toute contribution aux pertes constitue donc une clause léonine, qui est frappée,
selon l’article 1035 du Dahir des Obligations et Contrats, de nullité. À défaut de clause
statutaire, cette répartition doit, selon l’article 1033 alinéa 1er du Dahir des Obligations et
Contrats, être faite proportionnellement aux apports de chacun des associés. De même,
l'associé d'une SARL n'est pas, selon l’article 1005 du Dahir des Obligations et Contrats, en
principe, tenu de s'abstenir de tout acte susceptible de faire concurrence à la société. En

59
l'absence d'une clause de non-concurrence insérée dans les statuts ou d'une convention
particulière, il a la possibilité de s'investir dans une autre société, même concurrente de celle
dont il est porteur de parts. Toutefois, il n'en serait autrement que si les statuts le
prévoyaient.

Au regard de la responsabilité en générale, et plus particulièrement la responsabilité


pénale, celle-ci peut éventuellement être engagée vis-à-vis des associés par exemple en cas de
fausse déclaration dans les statuts ou l'omission de cette déclaration relative à la répartition
des parts sociales entre associés ou l'attribution frauduleuse à un apport en nature d'une
évaluation supérieure à la valeur réelle.

B. Les obligations à l'égard des tiers.

Là aussi, en droit civil marocain, les obligations générales des associés à l’égard des
tiers sont prévues aux articles 1042 à 1050 du Dahir des Obligations et Contrats. En droit
marocain des sociétés, dans la SARL, l’article 44 alinéa 1er de la loi 5-96 dispose que les
associés, vis-à-vis des tiers, ne répondent du passif social que dans la limite du montant de
leurs apports. C'est là un point très important permettant justement de distinguer la société
à responsabilité limitée des autres sociétés et en particulier de la société en nom collectif.

Section 4. Les droits collectifs des associées.

Bien que le gérant d’une SARL dispose des plus larges pouvoirs pour agir en toutes
circonstances au nom de la société, il n'est pourtant que le mandataire des associés à qui il
doit rendre compte lors des assemblées générales. C’est la raison pour laquelle, chaque
associé dispose d'un droit de participation aux délibérations collectives. Ce droit constitue
une prérogative essentielle, et ne peut en aucun cas être cédée de manière isolée.
Juridiquement, seule la cession des parts sociales emporte transfert du droit de vote. En
principe, selon l’article 71 de la loi 5-96, les décisions collectives sont prises en assemblée
générale. Ce mode de consultation est obligatoire pour l'approbation annuelle des comptes et
lorsque la réunion a été demandée par un ou plusieurs associés.

Selon la nature de la décision à prendre, il existe deux types d'assemblées générales,


les assemblées générales ordinaires et les assemblées générales extraordinaires auxquelles
s'appliquent non seulement des règles spécifiques (§1), mais également des règles communes
(§1).

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§1. Les règles communes aux assemblées générales.

Les règles communes concernent aussi bien la convocation (A) et la tenue (B) aux
assemblées générales.

A. La convocation des assemblées générales.

En principe, l’obligation de convoquer les assemblées incombe, selon l’article 71


alinéa 2 de la loi 5-96, au gérant, qui peut y procéder chaque fois qu'il le juge utile. A défaut,
c'est éventuellement au commissaire aux comptes, lorsqu’il y a un, de faire le nécessaire.
L’article 71 alinéa 4 de la loi 5-96 prévoit aussi qu’un ou plusieurs associés détenant la moitié
des parts ou détenant, s'ils représentent au moins le quart des associés, le quart des parts
sociales, peuvent demander la réunion d'une assemblée générale. Ce droit ne leur permet pas
de procéder eux-mêmes à la convocation de l'assemblée générale. Toute clause statutaire
contraire est, selon l’article 71 alinéa 4 de la loi 5-96 in fine, réputée non écrite. En effet, les
associés ne sauraient convoquer eux-mêmes une assemblée générale. Les décisions prises en
pareille circonstance sont nulles, à moins que l'irrégularité soit couverte par la présence ou la
représentation de tous les associés et par la signature, par le demandeur, du procès-verbal de
l'assemblée générale, et tout cela sans protestation ni réserve.

Toutefois, en cas de négligence ou de refus du gérant de répondre vainement à leur


demande, les associés ont alors la possibilité, prévue à l’article 71 alinéa 5 de la loi 5-96, de
demander au président du tribunal de commerce, statuant en la forme de référé, la
désignation d'un mandataire chargé de convoquer l'assemblée générale et de fixer son ordre
du jour. Cette faculté offerte aux associés par ce texte a pour objectif de vaincre toute
résistance du gérant qui refuse de réunir l'assemblée générale. Cependant, d’un point de vue
procédural, leur demande n'est toutefois recevable qu'après une mise en demeure d’agir
infructueuse du gérant.

En cas de pluralité de gérants, le droit de convocation est ici librement déterminé


dans les statuts et confié soit à chaque gérant, soit à tous les gérants agissant collectivement.
Aux termes de l’article 71 alinéa 2 de la loi 5-96, les convocations aux assemblées générales
doivent être adressées à chacun des associés « par lettre recommandée avec accusé de réception »,
quinze jours au moins avant la date de la réunion. L'exigence d'une telle lettre doit être
interprétée comme dictée par le seul souci de constituer, dans l'intérêt réciproque de
l'expéditeur et du destinataire, la preuve de la réception en temps utile. Le respect de cette
procédure aura pour effet de rendre ainsi toute demande en nullité irrecevable.

61
De même, la fixation de l'ordre du jour prévue aux alinéas 1 et 2 de l’article 71 de la
loi 5-95 par le gérant ou le mandataire de justice désigné pour convoquer l'assemblée
générale est impérative. En effet, l'assemblée générale ne peut valablement délibérer que sur
des questions uniquement inscrites à cet ordre du jour. C’est la raison pour la quelle, il est
très important que les questions portées à l'ordre du jour doivent être explicitement libellées,
de sorte qu'il ne soit pas nécessaire de se référer par exemple à d'autres documents. Par ce
caractère impératif de l'ordre du jour, il y a clairement une volonté qui est destinée
essentiellement à protéger aussi bien les associés que les gérants contre le vote de
résolutions non prévues à l’ordre du jour. Sur la question du lieu de réunion des assemblées
générales, il n’y a aucune disposition dans la loi 5-96 relative à la SARL à cet égard. Devant
le silence de la loi, les associés fixent donc librement dans les statuts, le lieu de réunion des
assemblées générales. Aucune disposition également dans la loi 5-96 relative à la SARL
n'impose aux assemblées d'associés de se réunir, sauf stipulation statutaire contraire, au siège
social. Là aussi, dans le silence des statuts, il appartient au gérant ou au mandataire nommé
par le tribunal de déterminer la date et le lieu de la réunion, lesquels doivent être clairement
indiqués dans chaque convocation des associés.

B. La tenue des assemblées générales.

Aux termes de l’article 72 de la loi 5-96, aucun associé ne peut être exclu de
l'assemblée générale, ni d'ailleurs le gérant même non associé. Tout associé est membre de
droit. Ce droit est également reconnu au commissaire aux comptes, s'il en existe, a accès à
toutes les assemblées générales, mais sans prendre toutefois part au scrutin. Un associé
absent d'une assemblée générale peut très bien se faire représenter. Ainsi, il peut se faire, aux
termes de l’article 72 alinéa 2 de la loi 5-96, représenter par son conjoint, sauf si la société ne
comprend que les deux époux. Il peut aussi se faire représenter par un autre associé, mais
seulement si le nombre des associés est supérieur à deux. Aux termes de l’article 72 alinéa 4
de la loi 5-96, un associé ne peut se faire représenter par une autre personne que si les statuts
le permettent. Un incapable est quant à lui représenté par son représentant légal. Enfin, aux
termes de l’article 72 alinéa 5 de la loi 5-96, un associé ne saurait voter par mandataire pour
une partie de ses parts, et voter en personne pour l'autre partie. Sur dernier point, toute
stipulation statutaire contraire aux alinéas 1er, 2 et 5 de la loi 5-96 est réputée non écrite.

Au regard des déroulements, l'assemblée générale est en principe présidée par le


gérant, en cas de gérance unique, ou l'un des gérants, en cas de cogérance. Toutefois, si
aucun d'eux n'est associé, l'assemblée générale est dans ce cas présidée par l'associé présent.
Par ailleurs, en l'absence de gérant associé, le fait qu'une assemblée générale n'ait pas été

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présidée par l'associé détenteur du nombre de parts le plus élevé n'est pas sanctionné par une
quelconque nullité.

Au regard des prises de décisions de l'assemblée générale, chaque associé dispose, aux
termes de l’article 72 alinéa 1er de la loi 5-96, d'un nombre de voix égal à celui de parts
sociales qu'il possède. A ce sujet, toutes clauses statutaires contraires sont réputées non
écrites, de sorte que les statuts ne pourraient conférer un droit de vote plural à certaines
parts. Dans la SARL, le droit de vote ne peut être exercé que par l'associé ou son mandataire,
et donc il ne peut pas être cessible.

Au regard des délibérations des associés, celles-ci sont, l’article 73 alinéa 1er de la loi
5-96 constatées par un procès-verbal, indiquant la date et le lieu de la réunion, les prénom et
nom des associés présents ou représentés. Il est établi et signé par le président de la séance.
Toutes les décisions régulièrement adoptées par les assemblées générales s'imposent à tous
les associés, même absents ou dissidents.

Enfin, la nullité d'une assemblée générale peut être demandée lorsqu'une décision a
été votée sans que ne soient respectées les règles de quorum ou de majorité. L'exercice de
l'action en nullité relève normalement des prérogatives du gérant. Mais, si celui-ci est
l'auteur de la violation des règles, tout associé agissant individuellement ou se groupant avec
d'autres peut, par l'action sociale, mettre en œuvre sa responsabilité. Enfin, peut être annulée
toute résolution votée sans qu'elle ne figure à l'ordre du jour mentionné sur la convocation.

§1. Les différentes sortes d’assemblées générales.

On distingue traditionnellement deux sorts d’assemblées, ordinaires (A) et


extraordinaires (B).

A. Les assemblées ordinaires.

Dans les SARL, en principe, les assemblées générales ordinaires ont pour objet de
statuer sur les comptes de l'exercice écoulé et de fixer les dividendes, d'autoriser la gérance à
effectuer telle ou telle opération qui est subordonnée, dans les statuts, à l'accord préalable
des associés, de procéder à la nomination ou au remplacement des gérants et le cas échéant,
des commissaires aux comptes, de fixer leur rémunération, d'approuver les conventions
intervenues entre la société et l'un de ses gérants ou associés et plus généralement, de
statuer sur toutes les questions qui n'entraînent pas de modification des statuts.

Aux termes de l’article 74 alinéa 1er de la loi 5-96, les décisions ordinaires sont sur
une première consultation valablement adoptées par un ou plusieurs associés représentant

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plus de la moitié des parts sociales, c'est-à-dire la majorité absolue. Aux termes de l’article 74
alinéa 2 de la loi 5-96, les décisions ordinaires sont sur une seconde consultation valablement
adoptées sur une seconde consultation, par la majorité des voix émises c'est-à-dire la
majorité relative, quel que soit le nombre de votants. Toutefois, les statuts peuvent écarter
cette seconde consultation et par là même, imposer la majorité absolue pour toutes les
décisions ordinaires. Mais l’article 75 alinéa 2 de la loi 5-96, répute non écrite toute clause
statutaire exigeant une majorité plus élevée que la majorité légale.

Enfin, la révocation du gérant exige toujours exige une décision des associés
représentant au moins trois quarts des parts sociales, c'est-à-dire la majorité absolue prévue
l’article 69 alinéa 1er de la loi 5-96

B. Les assemblées extraordinaires.

Contrairement aux assemblées générales ordinaires, les assemblées extraordinaires


ont pour objet d'agréer de nouveaux associés ou de se prononcer sur les modifications des
statuts. Les principales décisions extraordinaires vont porter sur par exemple sur le transfert
du siège social ; sur les augmentations et réductions de capital ; sur les fusions, scissions et
apports partiels d'actif ; sur les transformations de SARL en une autre forme sociale ; sur
l'opportunité de prononcer la dissolution de la société, en raison de la perte de plus de la
moitié du capital social. Toutes les modifications apportées aux statuts doivent faire l'objet
de formalités de publicité.

L'assemblée générale extraordinaire ne délibère valablement qu'en respectant des


conditions de quorum et de majorité prévues par l’article 75 de la loi 5-96.

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