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Hygiène Industrielle - Santé au Travail

RISQUES PROFESSIONNELS G1 -1
RISQUES CHIMIQUES SANTÉ
Ingénieurs en
Sécurité Industrielle

I- DÉFINITIONS ET GÉNÉRALITÉS
1 - Danger et risque - Substance toxique
2 - Différents types de toxicité
3 - Notion de dose (définitions des DL, CL)

II - DIFFÉRENTES SOURCES D’EXPOSITION


1- Environnement : air, eau, plantes
2- Produits domestiques et industriels
3- Alimentation
4- Médicaments

III - MISE À DISPOSITION DU TOXIQUE DANS L’ORGANISME


1- Absorption du toxique : orale, cutanée, pulmonaire
2- Distribution dans l’organisme
3- Métabolisation : les réactions de dégradation
4- Élimination

IV - MODES D’ACTIONS ET EFFETS DU TOXIQUE SUR L’ORGANISME


1 - Organes cibles et sites d’action
2 - Modes d’action et effets des toxiques

V- EXEMPLES DE FACTEURS POUVANT INFLUENCER LA TOXICITÉ


1 - Individu et son environnement
2 - Voie d’absorption - Alimentation
3 - Autres toxiques - Métabolisation

Ce document comporte 18 pages


SE HYG - 02814_A_F - Rév. 0 23/01/2007

 2007 ENSPM Formation Industrie - IFP Training


I. DEFINITIONS & GENERALITES

On emploie souvent les mots danger et risque l'un pour l'autre alors que leur signification
est totalement différente..
1.1 LE DANGER
C'est une propriété intrinsèque de la matière
Il peut prendre plusieurs formes : inflammabilité, explosibilité, corrosivité etc
Au sens du Code du travail, les substances et préparations sont considérées comme
dangereuses, si elles correspondent aux catégories suivantes :

explosibles très toxiques sensibilisantes


comburantes toxiques cancérogènes
extrêmement inflammables nocives mutagènes
facilement inflammables corrosives toxiques pour reproduction
inflammables irritantes dangereuses pour environnement

1.2 LE RISQUE
C'est la probabilité d'être dans une situation dangereuse
Le risque zéro est inexistant mais peut il être réduit, contrairement au danger !..
Le risque zéro n'existe pas et les prises de risque au quotidien sont nombreuses et plus ou
moins bien perçues et acceptées

QU'EST-CE QUE LE RISQUE TOXIQUE ?


Le risque d'intoxication résultera de la conjonction de 2 choses :
• la toxicité propre du produit (le danger contre lequel on ne peut rien)
• une exposition de l'organisme (qui est le facteur que l'on peut "contrôler")

1.3 QU'EST QUE LA TOXICITE D'UN PRODUIT ?


L'organisme humain est complexe, finement régulé et adaptable, toutes ses fonctions
physiologiques1 sont surveillées par des "capteurs"
Quand un changement interne ou externe (stress) est détecté, il est compensé. Si le
stress devient trop fort ou trop long il y a affection (dommage)
Un poison agit par modification d’une ou plusieurs de ces fonctions physiologiques.
La toxicité d'un produit, c'est sa capacité à causer des dommages à un organisme
Ces dommages (effets) peuvent prendre plusieurs aspects et pourront affecter des
organes entiers, ou des tissus, cellules plus spécifiques (cf paragraphe IV).

1
Respiration, circulation cardiaque, température du corps, etc..
2
LA TOXICOLOGIE
C'est une science pluridisciplinaire de l'étude des poisons (fait appel à la chimie & à la
biologie)
Elle essaie de comprendre comment les poisons interagissent avec l'organisme et comment
le corps s'en protège.

1.4 UN CONCEPT IMPORTANT EN TOXICOLOGIE : LA DOSE


Concept clé : il n'y a pas d'exposition zéro (air, nourriture, environnement)
Les doses requises pour produire un effet donné varient selon les substances, mais il faut
être conscient que, quel que soit le produit, la dose croissant, il y aura toujours un moment
où l'effet toxique apparaitra.
On dit qu'il n'y a pas de substances toxiques ou non toxiques mais seulement des doses qui
le sont !.. Paracelse (1493-1541) écrivait : "Dosis sola facit venenum" (seule la dose fait
le poison)
La relation dose-réponse est un concept fondamental et essentiel en toxicologie
Pour la toxicité aiguë, on détermine des indices permettant surtout de faire des
comparaisons mais ayant de sérieuses limitations.
On mesure ainsi des concentrations (voie d'absorption respiratoire) ou des doses (voie
orale ou cutanée) dites "létales" c'est à dire qui tuent : CL ou DL
En réalité, pour des raisons de "précision", on emploie les DL50 ou CL50 (tuant 50% de la
"population" testée).
Les unités sont généralement en mg/m3 d'air ou mg/kg de l'espèce concernée
La gamme des valeurs est extrêmement large, citons par exemple :
• la bacille du botulisme : DL de l'ordre du nanogramme (millième de mg)
• la tétrodotoxine (poison du fugu) : de l'ordre du mg
• l'alcool (éthanol) : de l'ordre de 400 g
Nous verrons que ces indices ne suffisent pas à prédire les effets
d'un toxique, leur intérêt principal c'est de permettre de classer
ou étiqueter les produits au sens de la réglementation (toxiques,
nocifs, etc..).

1.5 LES DIFFERENTS TYPES DE TOXICITE


Les dommages à l'organisme peuvent prendre plusieurs formes
Toxicité directe : le ou les toxiques agissent directement sans transformation
• acides, bases, bacille botulique, strychnine, oxydes, aldéhydes etc.
Toxicité indirecte : les toxiques n'agissent qu'après avoir subi une métabolisation
• benzène, hexane, glycols, alcools etc..
Toxicité locale : elle s'exerce sur la partie directement en contact avec le toxique
• acides, bases sur la peau, gaz sur les poumons
3
Toxicité systémique : les effets se font sentir loin de la zone d'entrée
• la plupart des toxiques produisent ce type de toxicité
• mais certains peuvent causer les 2 effets (plomb tétraéthyl, phénol, solvants).
On peut aussi faire un classement en fonction du délai d'apparition des effets et des
doses absorbées
Toxicité à court terme (aiguë)
Caractérisée par :
• un contact avec 1 seule dose ou quelques doses
• réparties sur une durée relativement courte (24 h généralement)
• effets généralement visibles rapidement
Cas typiques de ce type d'intoxication : intoxication alimentaire ou médicamenteuse,
incident lors de la manipulation de produits chimiques.
Toxicité à long terme (chronique)
Caractérisée par :
• des expositions répétées à de faibles doses
• réparties sur une longue période (quelques mois à plusieurs années)
• avec des effets non immédiats (latence)
C'est le mode d'intoxication le plus fréquent dans le cadre du travail et le plus difficile à
mettre en évidence
Cas typique : tabagisme, intoxication aux métaux lourds (plomb, mercure)
La plupart des produits peuvent causer à la fois une toxicité à court ou à long terme et il
est en général impossible de déduire une toxicité à long terme d'une toxicité aiguë.
Les effets à long terme sont souvent plus dangereux que ceux à cours terme (cancers)

II. LES DIFFERENTES SOURCES D'EXPOSITION

Les produits chimiques sont omniprésents


Les sources d'exposition sont nombreuses et variées, citons entre autres
2.1 L'ENVIRONNEMENT
• ozone, oxydes d'azote (NOx) de carbone (CO2) ou de soufre (SO2) dans l'air
• pesticides, dérivés chlorés ou nitrates dans l'eau

2.2 LES PLANTES SAUVAGES, DE JARDIN OU D'APPARTEMENT


• colchique, muguet, ricin, ciguë, houx, if, gui, dieffenbachia, laurier, tulipe…

2.3 LES ANIMAUX


• certains poissons ou coquillages, de nombreux insectes, serpents, araignées,
scorpions, grenouilles
2.4 LES PRODUITS DOMESTIQUES
• solvants, cosmétiques, produits de nettoyage, pesticides
4
2.5 LES PRODUITS INDUSTRIELS
• au travail : solvants, dérivés aromatiques, peintures
• dans notre environnement : essence, dioxines

2.6 L'ALIMENTATION
• pommes de terre, oseille, champignons, noyaux d'abricots, arachides…

2.7 LES MEDICAMENTS


• évaluation du bénéfice et des risques

2.8 LE FONCTIONNEMENT DE L'ORGANISME LUI-MEME (METABOLISME)


• formation endogène de certains toxiques (CO) & bio activation provoquée par la
métabolisation

III. MISE A DISPOSITION DU TOXIQUE DANS L'ORGANISME

Exposition ne veut pas forcément dire intoxication


• pour avoir une action, le toxique doit pénétrer l'organisme
• il doit ensuite être véhiculé jusqu'à un site d'action où il exercera éventuellement
ses effets

1. ABSORPTION
Par voie orale (ou digestive)
Cavité buccale, tractus gastro intestinal (oesophage estomac, intestins)
Caractérisée par
• une grande variété de pH (acidité de l'estomac, basicité de l'intestin)
• présence de nombreux autres corps modifiant l'absorption
• des capacités d'absorptions différentes (espace sublingual / intestin)
• un cycle entéro hépatique : passage par le foie
C'est un mode d'intoxication relativement rare en milieu professionnel
• information du personnel
• modification des pratiques de manipulation des produits (pipettage)
• interdictions de manger ou fumer sur le lieu de travail
Mais beaucoup plus courant en milieu domestique
• suicides, médicaments
• alimentation
• produits ménagers ou industriels

Absorption par voie cutanée


C'est une voie souvent impliquée dans les intoxications
La peau a une structure particulière
5
C'est le film hydrolipidique recouvrant l'épiderme qui est la
principale barrière à l'entrée des produits chimiques
(nécessité de garder son intégrité).
Si le produit franchit l'épiderme, il pénétrera sans problème
plus profondément et passera dans les capillaires sanguins
d'où il sera véhiculé vers la circulation générale.
La peau a un faible pouvoir métabolique (peu de
transformation du toxique)

Absorption par voie respiratoire


C'est la voie "royale" d'entrée des toxiques dans l'organisme et ceci pour plusieurs raisons
:
3
• les volumes d'air inspirés sont importants (8-10 m /j)
2
• les surfaces de contact sont considérables (90-140 m )
• les échanges air-sang sont rapides

Les voies respiratoires ont une anatomie bien particulière


On distingue les Voies respiratoires supérieures (VRS) qui n'ont aucun rôle dans l'échange
gazeux et les alvéoles où se déroulent les échanges
La pénétration par voie respiratoire sera différente selon la nature du toxique (particules
ou gaz)
Par exemple, en simplifiant, pour une particule, cette pénétration sera d'autant plus
profonde que son diamètre sera petit et pour un gaz,(bien que le phénomène soit plus
complexe), elle sera en partie fonction de sa solubilité.
Les caractéristiques de la pénétration par voie respiratoire sont :
• une arrivée directe dans le sang
• et une distribution rapide dans tout l'organisme
Ce qui explique les effets rapides de ce type d'absorption.
6
Autres voies d'absorption
Ce sont les voies dites secondaires et qui comprennent :
• la voie oculaire
• les voies intra dermiques, musculaires et toutes autres formes d'injections
Il faut noter que bien qu'appelées secondaires (du point de vue de la fréquence), ces voies
de pénétration peuvent être extrêmement dangereuses (dégâts sur les yeux ou effets
intenses et rapides des injections intraveineuses..)

2. DISTRIBUTION
Une fois arrivé dans le sang, le toxique va être distribué dans l'organisme
Le sang va véhiculer les produits toxiques, sous forme libre (dissous) ou liée (combinaison
chimique avec un composants du sang tel l'albumine)
Le passage des toxiques du sang vers les tissus (organes) dépendra entre autres :
• du toxique : concentration, solubilité dans graisses ou eau, état libre ou lié
• de phénomènes physico-chimiques (transport au travers des membranes)
• de l'importance de la vascularisation (cerveau et viscères)

3. METABOLISATION
Principes généraux
La métabolisation est un processus vital…
Son objectif initial c'est la transformation de la nourriture & de l'oxygène en substances
nécessaires à l'organisme
Ce sont de véritables réactions chimiques sous contrôle enzymatique qui se déroulent
principalement (mais pas seulement) dans le foie et les reins
Le toxique sera traité comme un composé "normal"
• c'est la nature chimique du composé qui détermine le type de réaction
• il n'y a pas d'enzymes ou de processus réservés pour les produits toxiques
• l'organisme "cherche" à rendre le composé plus polaire (élimination rénale)
Il existe 2 types de réactions complémentaires :
• les réactions dites de dégradation (ou de phase I) avec lesquelles l'organisme
modifie chimiquement le produit
• les réactions dites de conjugaison (ou de phase II) qui nécessitent l'intervention de
composés endogènes1
En général : les produits résultant (métabolites) sont moins toxiques que le produit de
départ (détoxication), mais nous verrons que ce n'est pas toujours le cas (bio activation).
Exemples de réactions de dégradation
Ce sont principalement des réactions d'oxydations au sens large

1 endogène : qui se trouve dans l'organisme (contrairement à exogène : qui vient de l'extérieur)
7
Elles sont catalysées par des enzymes "spécialisées" (famille des cytochromes)
Elles apportent souvent une fonctionnalisation au produit (ajout d'un groupement)
Des exemples :

CH3CH2OH CH3CHO CH3COOH


Ethanol Acide acétique
CH3OH HCHO HCOOH
Méthanol Acide formique
O O
CH2=CH-CH=CH2 CH2 CH CH=CH2 CH2 CH CH CH2
1,3 Butadiène 1,2 Epoxybutène 3 O 1,2,3,4 Diépoxybutane

Exemples de réactions de conjugaison

COOH Conjugaison Peptidique avec la glycine CONHCH2COOH

Acide benzoïque Acide hippurique

OH
Glucuroconjugaison (avec acide glucuronique)
O
O
HNCOCH3
Acétaminophène COOH
Composé glucuronique
HNCOCH3
4. ELIMINATION
C'est un autre processus majeur, de sa rapidité dépendra en grande partie les effets :
lorsque l'élimination est faible, le produit toxique s'accumule (stockage).
Mais le stockage peut être un processus à "part entière", il peut résulter de :
• liaison du toxique avec des composants du sang (albumine)
• liaison avec des protéines spécifiques (particulièrement dans foie ou reins)
• accumulation dans les graisses et organes lipidiques (peau, cœur, cerveau)
• substitution à certains composants de la matrice osseuse
Il augmente généralement de façon importante le temps de séjour du produit dans
l'organisme.
Ce stockage peut être un "avantage" (mise hors d'activité), mais bien souvent il est source
de risques supplémentaires (précarité des liaisons, "mobilisation", altération des processus
biologiques).
8
Il pourra dans certains cas, permettre la détection de produits (cheveux)
Elimination par voie cutanéo-muqueuse
• importance analytique relativement limitée
• capacité d'élimination peu importante (certains minéraux)
• recherche en cours sur analyse dans salive et sueur (stupéfiants)
• regain d'intérêt pour l'analyse sur les cheveux

Par voie respiratoire


• importance de la taille dans le cas des particules (détermine leur devenir)
• processus physiologiques de défense (ascenseur muco-ciliaire, toux)
• voie d'élimination pour certains gaz volatils (solvants)
• mais voie d'élimination relativement limitée

Par voie rénale


C'est la voie d'élimination la plus importante
Les reins sont constitués d'unités élémentaires de traitement toutes identiques : les
néphrons (environ 1 million par rein).
Chaque néphron est constitué d'un "glomérule" et d'une
"tubule"
Les reins utilisent 2 processus d'élimination successifs
• une filtration dite glomérulaire donnant
l'urine primitive
• une suite de réabsorptions et de sécrétions
dites tubulaires qui consistent en des échanges de
produit au travers des membranes constituant le
tubule.
Ce second processus permet de réabsorber des
éléments vitaux dont l’eau, du sodium, du potassium et le glucose. Enfin, les produits
arrivant en bout du tubule sont collectés par l'urètre qui les conduit finalement à la vessie.
Quand on sait qu'un produit traverse d'autant mieux les membranes qu'il est non ionisé, on
comprend que, pour finir dans l'urine, les produits toxiques ne doivent pas être réabsorbés
dans les tubules et pour cela, ils doivent être suffisamment ionisés (ce que fait la
métabolisation)
Elimination par voie gastro-intestinale
C'est une voie de peu d'importance en toxicologie (absorption dans l'intestin), elle
pourrait être celle de l'élimination de certains métaux lourds (Hg, Pb)
9
IV. MODES D'ACTION & EFFETS DU TOXIQUE SUR L'ORGANISME

Pour qu'un composé exerce une action, il faut qu'il se fixe sur un récepteur.
Le récepteur dépendra souvent, mais pas seulement de la voie d'absorption.
On appelle organes cibles, ceux qui sont plus sujets à fixer les molécules toxiques
Les effets dépendront à la fois du site concerné et du mode d'action du toxique
On peut grossièrement classer les toxiques en fonction des organes cibles

CLASSEMENT SYSTEME TOUCHE EXEMPLES TYPES


Irritants Peau et organes sens acides, ammoniac, ozone, oxydes d'azote
Pulmonaires Broncho pulmonaire agents irritants, silice, carbone, amiante
Asphyxiants Toutes les cellules azote, nitrites, oxyde & dioxyde carbone
Hépato toxiques Foie tétrachlorure, alcool, nitrosamines
Néphrotoxiques Reins métaux, herbicides, solvants chlorés
Neurotoxiques Système nerveux beaucoup de pesticides, plomb, bacilles
Hémato toxiques Sang oxydes d'azote, aniline, benzène
Cancérogènes Presque tous les organes sels Ni, benzène, chlorure vinyle, amiante
Disrupteurs Système endocrinien pesticides, dioxines, phtalates
Reproduction Organes de reproduction mercure, PCB, CS2, certains solvants
Sensibilisants Peau & poumons époxydes, amines, sels Chrome, de nickel

La façon dont un produit causera des dommages à l'organisme pourra prendre plusieurs
aspects, en voici quelques uns

4.1 ATTAQUE "CHIMIQUE"


Méthode d'action souvent commune avec d'autres
• effets caustique et irritants des acides & des bases
• effets solvant et/ou désorganisation cellulaire (aldéhydes créant des pontages)
Cas particulier de l'œil (sans protection) : danger particulier des bases fortes
Méfiance avec certains produits qui s'attaquent au patrimoine génétique (cf. 4.7)
• aldéhydes (dans certains adhésifs, désinfectants, colles)
• isocyanates, oxydes d'éthylène ou propylène

4.2 ANOXIE PHYSIQUE


Le cerveau ne supporte pas le manque d'oxygène (hypoxie), et, dans les cas extrêmes, la
mort peut être instantanée.
L'oxygène est transporté par l'hémoglobine. C'est une grosse protéine contenu dans les
globules rouges et qui contient des atomes de fer permettant de fixer réversiblement
plusieurs molécules d'oxygène donnant l'oxyhémoglobine.
La capacité qu'a l'hémoglobine à fixer l'oxygène dépend de la pression partielle d'oxygène
dans l'air respiré
10
L'anoxie physique est provoquée par une diminution de cette pression partielle.
On rencontre ce type de situations quand il y a :
• diminution de la pression (alpinistes, pilotes, travailleurs en altitude)
• diminution de la concentration de l'oxygène dans l'air (dilution)
La baisse des disponibilités en oxygène avec l'altitude est bien connue, elle se traduit par
tout un ensemble de symptômes depuis le "banal" mal des montagnes (céphalées) jusqu'aux
oedèmes pulmonaire et cérébral mortels.
Cependant, jusqu’à un certain point, l’organisme peut arriver à s’adapter (personnes vivant
en haute altitude : thibétains, boliviens etc)
Dans le monde industriel, c'est le second type de situation qui risque d’exister : la
diminution de la concentration en oxygène par dilution !
Elle provoque des décès chaque année.
On peut rencontrer cette situation quand :
• on utilise des gaz dits "inertes" et liquéfiés
• on travaille dans des atmosphères confinées ou mal aérées

Plusieurs éléments rendent ce type d'asphyxie particulièrement dangereux :


• les processus sont rapides (diminution de la concentration en O2)
• ils ne préviennent pas (les gaz sont souvent inodores)
• et il n'y a pas de phénomènes d'adaptation

% O2 Effets indicatifs sur l'organisme d'une diminution de l'oxygène dans l'air


20,9 tout va bien !….
19,5 limite légale
17 baisse vision nocturne, accroissement rythmes cardiaque & respiratoire
16 vertiges et céphalées
15 troubles attention, de coordination, fatigabilité, perte de contrôle motricité
12 perturbations coordination musculaire, perte conscience, lésions cérébrales
10 incapacité motrice, nausées et vomissements
6 respiration spasmodique & mouvements convulsifs, mort en 5-8 mn
< 5 mort instantanée DBB

4.3 ANOXIES BIOCHIMIQUES


Leurs mécanisme est différent car il s'agit dans ce cas, d'une inactivation de
l'hémoglobine qui devient incapable de transporter correctement l'oxygène vers les tissus.
On en distingue 2 types :
Anoxie par substitution chimique : l'hémoglobine fixe "autre chose" que l'oxygène
Le cas typique c'est celui avec l'oxyde de carbone (CO)
Le CO résulte de combustions incomplètes (appareils mal réglés ou manque d'air)
11
Il donne la carboxyhémoglobine qui empêche la fixation de l'oxygène.
Le phénomène est aggravé par le fait de l'affinité préférentielle de l'hémoglobine pour le
CO
C'est la première cause de morts par intoxication chimique !
Anoxie par modification de la structure de l'hémoglobine
Il s'agit cette fois d'un changement du degré d'oxydation des atomes de fer.
Cette hémoglobine modifiée (méthémoglobine) est, elle aussi incapable de transporter
l'oxygène, elle donne une couleur bleutée à brun chocolat à la peau.
• caractère insidieux de ce type d'intoxication (effets progressifs)
• réductible seulement par processus enzymatique (enzyme spécifique)
Les principaux composés provoquant cette intoxication :
• les amines aromatiques (aniline)
• les composés nitrés (nitrophénols), nitrites ou nitrates (salaisons, eau puits)

4.4 MODIFICATION DES PROCESSUS ENZYMATIQUES


Les enzymes "catalysent" les réactions dans l'organisme
Elles agissent grâce à leurs sites actifs très stéréospécifiques (clef - serrure)
Certains produits bloquent leur activité (inhibition)
• mercure & arsenic (gaz de guerre) inhibent processus respiratoire
1
• ozone, oxydes d'azote, cyanures, plomb (synthèse de l'hème )
• tous les organophosphorés et carbamates (pesticides, herbicides)
D'autres composés, au contraire, les stimulent (activation ou induction)
• les solvants et alcools en général
• certains hydrocarbures aromatiques chlorés (les fameux PCB)
Les réactions contrôlées par ces enzymes seront ralenties, bloquées ou au contraire
stimulées et le fonctionnement normal de l'organisme en sera gravement affecté
(augmentation de la toxicité de nombreux corps, et modification du métabolisme des
substances endogènes) !
C’est le mode d’action (volontaire) de nombreux médicaments.

4.5 PERTURBATION DE LA TRANSMISSION NERVEUSE


Le neurone : unité fonctionnelle et structurelle du système nerveux
Il reçoit, intègre et transmet des informations (impulsion électrique)
Mécanisme complexe de fonctionnement
• potentiel de repos et potentiel d'action (échanges ioniques)
• propagation de l'impulsion
• synapse et neurotransmetteurs

1
constituant de l'hémoglobine
12
Les neurotoxiques pourront agir sur :
• le neurone lui-même (attaque et destruction)
• sa gaine (myéline), perturbant la transmission du signal
• la génération ou la propagation des impulsions électriques (perturbation des
échanges ioniques)
• la jonction avec un autre neurone ou un muscle (neurotransmetteurs)

Tout ceci se traduira par une dépression ou au contraire, une surexcitation de la


transmission nerveuse entraînant souvent la mort.
Exemples de neurotoxiques :
• anesthésiques (lidocaîne ou curare)
• amphétamines (ecstasy) et anorexiques (coupe faim)
• barbituriques (valium) ou antidépresseurs (prozac)
• solvants (hexane), alcools (éthanol), phénol
• opiacés, cannabis, cocaïne, LSD, nicotine, caféine
• sels de plomb et de mercure (surdité, tremblements, retard mental)
• bacilles du botulisme et du tétanos
• toxines végétales ou animales (saxitoxine, tétrodotoxine, venins)
• tous les organophosphorés (pesticides, gaz guerre comme le sarin, le VX)

4.6 PERTURBATION DU SYSTEME ENDOCRINIEN


Sujet particulièrement d'actualité (nombreuses études contradictoires en cours)
Le système endocrinien est chargé de produire et utiliser les hormones !
Les hormones : ce sont des "messagers chimiques"
• molécules sécrétées par des glandes spécialisées (endocrines1)
• régulent les fonctions vitales de l'organisme (métabolisme, reproduction)
Les produits qui interfèrent avec le système endocrinien sont appelés disrupteurs
endocriniens.
Ce sont souvent des composés synthétiques et généralement très rémanents (solubles dans
les graisses)
Seraient responsables chez les animaux
• d'anomalies (becs croisés, membres supplémentaires etc)
• de la féminisation des mâles (alligators & panthères de Floride)
• de la masculinisation des femelles (mouettes)
• de l'amincissement des coquilles et diminution éclosion (aigles)
Les extrapolations à l’homme sont très complexes à mener de façon scientifique et donc
souvent contradictoires…

1
comme les ovaires ou les testicules
13
On possède néanmoins quelques expériences malheureuses (DES) et des éléments qui
permettent de se poser sérieuses questions quant à leurs effets possibles à long terme
On les soupçonne d’être plus ou moins responsables ou impliqués dans les phénomènes
suivants :
• baisse de la fertilité (diminution quantité & qualité du sperme)
• troubles de la reproduction et de la différenciation sexuelle
• diminution des fonctions immunitaires (baisse de notre résistance aux maladies)
• favoriseraient certains types de cancers (testicules & seins)
• perturberaient le métabolisme
Les principaux produits soupçonnés d'être des disrupteurs
• bis phénol A (dans résines époxy)
• phtalates (dans PVC)
• pesticides chlorés (lindane, DDT, Aldrin et autres)
• PCB & certaines dioxines
Remarque : il existe des disrupteurs "naturels" (dans soja, houblon, raisin)

4.7 EFFETS MUTAGENES & CANCEROGENES


Tout notre organisme est formé de protéines qui sont de grosses molécules (polypeptides)
résultant de la mise bout à bout (polycondensation) d’acides aminés. Il existe seulement 20
acides aminés et c’est leur ordre d’assemblage qui donnera la protéine voulue.
L’ADN est en quelque sorte le plan de construction de ces protéines !.. C’est notre
"matériel génétique"
Si le plan est modifié, la structure des molécules de protéines produites le sera aussi…
Certaines substances appelées mutagènes, modifient la structure de cet ADN en
provoquant des mutations.
Une exposition à ce type de produits peut provoquer des défauts génétiques héréditaires
(si l’ADN concerné est celui du système de reproduction). On parlera de produits
Reprotoxiques ou toxiques pour la reproduction.
Des enzymes spécialisées réparent en permanence les lésions formées. Si ces mécanismes
sont "débordés", il peut y avoir blocage ou dysfonctionnement des processus nécessaires
au fonctionnement correct de l'organisme (altération des protéines).
Dans les cas les plus sérieux, on a prolifération anarchique de cellules provoquant des
tumeurs dans différents organes : c'est le cancer.
Un cancérogène est un agent capable de provoquer le cancer ou d’en augmenter la
fréquence.
Les substances cancérogènes sont de natures et de sources très variées.
Du point de vue législatif, ces produits (mutagènes, cancérigènes ou reprotoxiques) sont,
depuis peu, tous regroupés dans un même décret sous le nom de "Produits CMR".
14
Ces produits sont rangés par "catégories" selon l'évaluation de leur potentiel toxique
dans une classification européenne qui seule, est transcrite en droit français.
Selon la réglementation française, ces produits sont classés en trois catégories,
correspondant à trois niveaux de risques décroissants.
Mais il existe plusieurs autres publications de listes pour les produits cancérigènes, en
particulier, celle du Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) qui est le
résultat d'évaluations indépendantes, réalisées par des experts internationaux.
Bien qu'elle ne soit pas "réglementaire" (c'est la liste européenne qui l'est), la liste éditée
par le CIRC fait souvent référence car elle porte sur plus de 900 produits.
Elle classe les produits en 5 groupes :
• Groupe 1 : l'agent (ou le mélange) est cancérogène pour l'homme
• Groupe 2A : l'agent (ou le mélange) est probablement cancérogène
• Groupe 2B : l'agent (ou le mélange) est peut être cancérogène
• Groupe 3 : l'agent (ou le mélange) est inclassable
• Groupe 4 : l'agent (ou le mélange) est probablement non cancérogène

Groupe I Arsenic Composés nickel Chlorure de vinyle


Environ Amiante Silice cristalline Boissons alcoolisées
90 composés Benzène Radiation solaire Fumée de tabac
Cadmium 2,3,7,8 dioxine Poussière de bois
Groupe II A Acrylonitrile Tétrachloroethylene Echappement Diesel
Environ 60 Benzo[a]pyrene Trichloréthylène PCB
Formaldéhyde 1,2,3- Insecticides
Trichloropropane
Groupe II B Acétaldéhyde Chloroforme Nitrosodiéthanolamine
Environ 250 Noir de carbone Laine de verre Bitumes
Tétrachlorure Plomb et composés Echappements diesel
carbone Laine de roche Essence
Fibres céramique
Groupe III Caféine laines de verre Solvants pétroliers
Environ 500 Cholestérol Malathion Huiles minérales
Ethylène Paracétamol Champs électriques
Acide Bisulfites Eau chlorée
Chlorhydrique
Groupe IV Caprolactane
1 seul
15
V. QUELQUES FACTEURS INFLUENCANT LA TOXICITE

En toxicologie des causes identiques ne provoquent pas toujours les mêmes effets car
de nombreux paramètres modifient le devenir du toxique donc le risque d'intoxication

5.1 INFLUENCE DE L'INDIVIDU

Chaque individu est "unique" et sa réponse à un toxique pourra différer à cause de


nombreux paramètres
• l'ethnie et le patrimoine génétique (enzymes atypiques ou déficiences
enzymatiques)
• l'age et le sexe : les plus jeunes et les plus âgés sont les plus susceptibles
(métabolisation diminuée). Les femmes sont généralement plus sensibles à l'action des
toxiques
• l'état physique (obésité)
• l'état de santé (insuffisances rénales ou hépatiques par exemple)

5.2 INFLUENCE DE LA VOIE D'ABSORPTION


Conditionne le devenir et les effets des toxiques : la voie digestive est la "moins" directe
(foie), en opposition avec la voie intra veineuse qui est la plus dangereuse

5.3 INFLUENCE DE L'ALIMENTATION


Nous avons vu que la nourriture était une source importante de produits toxiques
Notre façon de la consommer peut donner naissance à d'autres toxiques (grillades)
Certains constituants de notre alimentation ont une influence directe (positive ou négative)
sur la façon et la manière dont l'organisme métabolisera les toxiques
• produits inducteurs ou inhibiteurs des enzymes
• apport de vitamines & d'oligoéléments indispensables
• propriétés antioxydantes
• propriétés antimutagènes ou cancérigènes (beaucoup d'études en cours)

5.4 INFLUENCE DES AUTRES PRODUITS


On est rarement en contact avec un seul produit à la fois (pollution atmosphérique,
alimentation et médicaments)
Des inter-actions sont possibles et pourront réduire ou augmenter les effets
On pourra ainsi constater les effets suivants :
• indépendance (rarement le cas)
• additivité : 1 + 1 = 2 (cas de 2 pesticides organophosphorés)
• synergie : 1 + 1 = 10 (cigarette et amiante)
• antagonisme : 1 + 1 = 0 (antidotes)
• potentialisation : 0 + 1 = 10 (produits allergisants)
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5.5 INFLUENCE DE LA METABOLISATION PAR L'ORGANISME
Les réactions de métabolisation se font d'après la structure chimique du composé : il n'y a
pas d'enzymes spécialisées pour métaboliser les toxiques !.
On dit que la métabolisation obéit à une logique chimique.
Nous avons vu qu'en règle générale, les métabolites formés sont moins toxiques que le
composé qui leur a donné naissance et que l'organisme les élimine facilement : c'est la
détoxication.
Mais il peut arriver que le ou les composés formés soient plus toxiques que le produit de
départ : c'est la bio activation.
Ces réactions de bio-activation peuvent donner naissance à des produits susceptibles de se
comporter différemment et conduire à des effets sérieux suivant la cible concernée.

CH3OH HCHO HCOOH


Méthanol Formaldéhyde (cancérogène ?) Acide formique (cécité et mort)

CH2OH - CH2OH COOH - COOH


Glycol (antigel auto) Acide oxalique (mortel)

O
Benzène Epoxybenzène (cancérigène

HO
3,4 benzopyrene OH Diol époxyde (cancérigène)

CH3CH2CH2CH2CH2CH3 CH3C CH2 CH2 C CH3


Hexane O O
2,5 Hexane dione : paralysie des membres

5.6 LES CARACTERISTIQUES PHYSICO-CHIMIQUES DU TOXIQUE


Certains aspects physico-chimiques d'un composé auront une influence sur sa toxicité,
mais il n'y a pas de relation "évidente" entre cette structure et la toxicité.
Pendant des siècles on a cherché à trouver dans la forme ou la couleur des plantes, des
indications sur les vertus qu'elles pouvaient cacher (théorie des signatures). On
s'est longtemps fié à des relations de ce type avec les surprises que celà pouvait Simelia
comporter. Similibus
De nos jours, de nombreux essais sont faits de façon beaucoup plus scientifique Curantum
pour essayer d'établir des relations "structure chimique - activité biologique".
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On tente de développer des concepts mathématiques. Ces études permettent, sinon
d'obtenir des résultats probants, de donner des indications sur les mécanismes d'action.
Elles ont aussi pour but de limiter les "screenings" longs et très couteux pour des
résultats souvent décevants.
En règle générale et dans le cadre d'activité domestique ou industrielle il faudra se
tenir à un principe "de circonspection" vis à vis de tout produit inconnu.
Pas de raisonnement par analogie : il est risqué de chercher à déduire la toxicité d'un
produit de celle d'un autre. Des modifications de structure mineures peuvent changer
radicalement la toxicité d’un produit.
Ceci est valable
• pour des composés de même famille (éthanol & méthanol)
• pour des produits de formules identiques (α et β naphtylamines)
• même pour des produits strictement identiques chimiquement (isomères)
Pas de calculs sur des mélanges : il ne faut pas, sauf cas particuliers, déduire la
toxicité d'un mélange à partir de celle des constituants : "la toxicité ignore les
mathématiques"