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24 images

Cin-écrits

Les années 80
Numéro 47, janvier–février 1990

URI : https://id.erudit.org/iderudit/24740ac

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Éditeur(s)
24/30 I/S

ISSN
0707-9389 (imprimé)
1923-5097 (numérique)

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(1990). Compte rendu de [Cin-écrits]. 24 images, (47), 90–92.

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LE SECRET
CIN-ECRITS
PAUL WARREN

DU STAR SYSTEM Le secret


locf our* : du s t a r system américain
M a r c o de Blois — M.D.
AMÉRICAIN Une stratégie du regard
par Paul Warren,
Michel Euvrard — M.E. Éd. L'Hexagone, 1989, 205 p.
Thierry Horguelin — T.H. Dist. au Québec: Dimédia
Nicole Gingras — N . G .
M a r c e l Jean — M.J.
Gilles Marsolais — G . M . Utilisée d'une façon
constante et selon des métho-
des éprouvées, la technique
du «reaction shot» (plan de
réaction) serait la clef de
ANDREI TARKOVSKI voûte du pouvoir de fascina-
tion exercé par le cinéma
populaire américain. Elle
favoriserait la convergence
de tous les regards, ceux des
personnages du film et par-
tant, ceux des spectateurs Mais surtout, Paul Warren
mêmes extirpés par ceux-ci abolit un peu trop facile-
de l'anonymat du hors- ment la frontière entre la
champ et devenant en quel- télévision et le cinéma.
que sorte participants, vers Les meilleures pages de
le centre exact de l'écran, «là cet essai sont probablement
où chaque spectateur appelle celles consacrées à Good Mor-
de tous ses vœux la vedette ning Vietnam, au cours des-
du film devenue la proie de quelles il ramasse sa matière
son voyeurisme». Paul War- et précise sa pensée, notam-
ren développe son point de ment sur le réalisme du jeu
vue en s'appuyant sur des de l'acteur qui serait fondé
exemples tirés de la télévi- sur l'adaptabilité, en ce sens
du plan et sur la nostalgie, élément sion américaine (les shows que le jeu de l'acteur améri-
ANDREI TARKOVSKI au centre de l'œuvre de ce de Johnny Carson ou du cain serait hanté par le
LE TEMPS SCELLÉ cinéaste. L'auteur signale son admi- prédicateur Jimmy Suag- non-acteur du documentaire
Paris. 1989. Éditions Cahiers du ration pour certains cinéastes gart), y voyant les signes et que lafictionmême serait,
Cinéma, 235 pages. 27 illustra- parmi lesquels se retrouvent Luis d'une possible «fascination quant à elle, hantée par
tions, traduction du russe. Bunuel, en tête de liste, Bresson,
Dist. au Québec: Dimédia
de la perception», ou encore «l'idéal» documentaire (ou
Mizoguchi, Bergman. Le texte est en s'arrêtant sur quelques son illusion). «C'est donc le
truffé de citations; on retrouve films (comme San Francisco de documentaire qui alimente
Élaboré sur une période de 16 quelques écrivains soviétiques qui W.S. Van Dyke, 1936). Rien la fiction cinématographique
ans, entre 1970 et 1986, durant les ont marqué son parcours: Dostoïe- de très neuf en soi. Par con- américaine, le non-jeu de la
moments d'attente entre la réalisa- vski, Pouchkine, et Proust qui tre, il établit un rapproche- réalité qui entretient le jeu
tion de sesfilms,ce document nous revient inévitablement, et de nom- ment audacieux avec Le fictionnel du champ et du
livre les pensées du cinéaste sovié- breux haïkus (vestiges d'une sensi- triomphe de la volonté de Lent contrechamp, singulière-
tique Andrei Tarkovski. Constitué bilité orientale dont Tarkovski
Riefenstahl, afin d'enfoncer ment du «reaction shot.»
de notes de travail, de réflexions clame la fatale érosion).
critiques sur le cinéma actuel, de De L'enfance d'Ivan au le clou et d'amorcer, du même Cependant, il s'agit au
commentaires sur les conditions Sacrifice, ce texte offre au lecteur coup, une réflexion sur la total d'un livre inégal qui se
de production, sur le climat d'in- une réflexion sur le cinéma autant notion de réalisme qui carac- répète d'un chapitre à l'au-
compréhension et de persécution que sur le rôle de l'art et celui de térise le modèle holly wodien. tre mais dont le point de
dont il fut entouré, de réflexions l'artiste dans la société, et sur la Il fait tout un plat de vue, sans être neuf, n'est pas
sur son art et sa manière de travail- nécessité d'ancrer les œuvres fon- la série Lance et compte, du dépourvu d'intérêt. Le pro-
ler, ce livre n'est qu'un avant-goût dées sur des «impressions de vie fait que des vues réelles y pos y est développé dans un
de ce que pourrait nous réserver la personnelle». Il nous livre la quête sont intégrées à la fiction et langage qui se veut accessi-
lecture de son journal, encore iné- d'absolu de Tarkovski, sa foi, le qu'il y a intégration («coulis- ble au plus grand nombre,
dit. nécessaire retour aux racines, les sage») des acteurs à cette ce qui est fort louable à la
Ce cinéaste nous fait donc liens avec la maison paternelle, «réalité» ainsi filmée. Inob- condition de ne pas cultiver
partager ses visées sur le montage, l'enfance, la patrie, la Terre. servation est juste, quoiqu'il les anglicismes et la termino-
attaquant vertement la conception Accompagné d'une courte s'agisse d'un vieux truc, logie anglaise («le pattern
du montage d'Eisenstein. Il nous introduction de sa femme et assis- utilisé notamment par du reaction shot»), ni les
parle de sa conception de la direc- tante, d'annexés, d'une brève bio- Robin Spry dans Prologue expressions familières ou
tion d'acteur, de l'utilisation du graphie et du générique de ses (1969), mais elle est insuf- populaires («au pifomètre,
son et de la musique, de l'écriture films, ce livre nous donne accès fisante pour affirmer «que «zieuter le champ»), ni les
du scénario. À plusieurs reprises, il aux pensées d'un cinéaste et d'un notre cinéma, dans sa struc- néologismes («vedettari-
tente de cerner la spécificité du philosophe en exil. Un ouvrage à
ture narrative de base, est sant», «vedettarisation
cinéma sur les autres arts (littératu- lire et à consulter pour qui s'inté-
re, danse, peinture...). resse au cinéma de Tarkovski ou au beaucoup plus américanisé grosplanisée», «l'hypervedet-
Même si cet ouvrage se divise cinéma tout court, pour sa simplici- qu'on ne le croit». Entre tarisation de la star», «le
en neuf parties, au fil de la lecture, té, son ouverture philosophique et autres, le montage, hyper- reaction shot vedettariseur»,
les éléments de réflexion s'inter- son caractère d'urgente nécessité. nerveux, joue probablement «le prédicateur inspiratio-
pellent d'un chapitre à l'autre. Un texte où l'auteur laisse une un rôle tout aussi détermi- naliste», «la foule eucharis-
Nous avons droit à de très beaux place au lecteur, où il s'en fait un nant dans l'adhésion du tiée», et j'en passe...).
passages sur la définition du temps, allié. - N.G. téléspectateur à cette série. -G.M.

90 I M A G E S
LA REALISATION JEAN BEAUDRY i 1 FRANÇOIS BOUVIER

D'UN FILM LA REALISATION


D'UN FILM
LES MATINS
INFIDÈLES
le remake par Jean Beaudry et François
Bouvier, collaboration de
________" *!_•
et l'adaptation Danielle Charlebois et
Marcel Jean, Éd. Saint-Mar-
tin et les Productions du lundi
matin, Coll. «Communica-
tion», 1989,221 p., illustré en
noir et blanc.
Dist. au Québec: Prologue. Wm -m
Jean Beaudry et LÉS MATINS
François Bouvier ont voulu
rendre compte de la réalisa-
tion de leur film Les matins
INFIDELES
infidèles. Heureuse initiati- W_W<T veste*
ve, car contrairement aux
luxueux bouquins du genre
«The Making of...» qui artisanales que privilégient
sont généralement écrits par Beaudry et Bouvier. Le
sa rencontre avec le cinéma (King- un tâcheron dont le travail livre fait état d'une expé-
LE REMAKE Kong, Tarzan), la reprise partielle, consiste à accumuler photo- rience de groupe où l'inti-
ET LADAPTATION implicite ou inavouée (E.T., inspiré graphies spectaculaires et mité et la concertation
CinémAction no 53, octobre 1989. sans le dire de The Day the Earth commentaires laudatifs, étaient de mise, et où
Éd. Corlet-Télérama. Stood Still) ou le remake d'un de La réalisation d'un film veut l'émotion (pour employer
174 p., 107 photos. modestement faire partager
Dist. au Québec : Saint-Loup ses propresfilmspar un metteur en un terme que Beaudry et
scène (Hitchcock refaisant The au lecteur l'expérience de la Bouvier aiment bien)
Ce numéro arrive à point, au Man Who Knew Too Much), création d'un film et ce, de surgissait de partout à tout
moment où d'une part les Améri- s'agit-il toujours de la même opéra- l'intérieur, c'est-à-dire par moment. Agréable outil de
cains recommencent à tourner en tion? La question, on le voit, n'est ceux qui y ont participé. vulgarisation qui se lit
grand nombre des remakes de films pas simple et ce numéro, heureuse- Dans une quarantaine de comme un roman, ce livre
français (Trois hommes et un ment, refuse de n'apporter qu'une pages qui leur sont réser- complet (il comprend un
couffin, Cousin, cousine, etc.) et réponse. vées, les membres de l'équi- journal de tournage, un
d'autre part, les images de cinéma D'où vient alors la semi- pe, comédiens comme techni- budget, un découpage, etc.)
aujourd'hui renvoient presque tou- déception? Laissons de côté quel- ciens, racontent l'un après montre et démontre avec
jours à d'autres images (que ce soit ques erreurs matérielles et des l'autre leur expérience (pas une fébrilité tranquille
de façon nostalgique, citationnelle jugements de valeur parfois discu- nécessairement heureuse), qu'on peut faire du bon
ou critique). Phénomène spécifi- tables (notamment une fréquente ce qui correspond bien aux cinéma hors des normes
quement cinématographique lié sous-évaluation, à partir d'à priori structures de production
un peu hautains, du cinéma améri- industrielles. - M.D.
aux conditions de production et
d'exploitation desfilms(on se voit cain). L'essentiel du numéro est
mal parlant de remakes à propos signé Daniel Protopopoff et Michel
des fables de LaFontaine par rap- Serceau, dont le style est assez A LA POURSUITE DE L'ILE AU TRESOR
port à celles d'Esope, ou des varia- terne et sentencieux. Passé deux
par Raoul Ruiz, Éditions Dis Voir, 1989,100 p. Dist. au Québec : CDLSM.
tions de Brahms sur un thème de textes d'introduction qui esquis-
Haydn), le remake n'en reste pas sent une théorisation, leur analyse En 1984, Raoul Ruiz réalisait L'île a u trésor. À l'origine du film,
moins une opération complexe s'en tient essentiellement à un un bref roman du cinéaste intitulé À la poursuite de l'île au trésor, lequel
dont les frontières se laissent mal inventaire cas par cas auquel il roman est lui-même une sorte de palimpseste de L'île au trésor de Robert
circonscrire. Une définition trop manque une perspective d'ensem- Louis Stevenson. Baroque, ludique, étrange et merveilleux, le récit de
stricte du mot excluerait de pas- ble et une synthèsefinale.C'est au Ruiz est porté par une écriture d'une vivacité exceptionnelle. Il renoue
sionnants cas d'espèce (et l'excep- point que l'étude des marges du ainsi avec la grande tradition du roman d'aventures, mais les aventures
tion, en l'occurrence, est quasi remake (la parodie, les séries, le sont ici labyrinthiques, vertigineusement intriquées les unes dans les
plus nombreuse que la règle) et recyclage publicitaire) qui clôt le autres pour le plus grand plaisir du lecteur. Un délice. — M J.
mettrait de côté la question du numéro, est plus passionnante que
remake en tant qu'enjeu esthéti- l'étude du phénomène remake lui-
que ; à l'inverse, une définition trop même. Il faut cependant mention- LATELIER DALAIN RESNAIS
ner d'abord un bon article d'Alain par François Thomas, Flammarion, 1989, 365 p., 29 photos noir et blanc.
large, qui engloberait les marges et Dist. au Québec: Flammarion
les confins du phénomène, risque- Malassinet qui, à travers l'étude du
rait d'en dissoudre jusqu'à la remake dans la science-fiction, pro- Loin de faire double emploi par rapport aux excellents essais déjà
notion. Il faut poutant distinguer pose une typologie claire et opéra- consacrés à Resnais (ceux de Robert Benayoun et de Marcel Oms), ce
plusieurs cas de figure, du simple toire qui distingue entre remakes premier ouvrage de François Thomas aborde l'œuvre sous un tout autre
recopiage plan par plan (en fait intégral, partiel et élargi; ensuite angle en donnant la parole à une douzaine de collaborateurs du cinéaste.
assez rare) à la véritable recréation des études assez fouillées sur la C'est ainsi que du scénariste Jean Gruault au directeur de la photogra-
d'une œuvre. Selon qu'on est pratique de l'auto-remake chez phie Sacha Vierny, en passant par le monteur Albert Jurgenson et la
devant la reconfection d'un film à Hawks et Hitchcock, qui anticipe la comédienne Sabine Azéma, les membres de «l'atelier d'Alain Resnais»
succès à des fins purement com- question du remake dans le cinéma exposent ses méthodes de travail et livrent un document passionnant
merciales, les multiples adapta- moderne: ou comment Fellini, sur le fonctionnement de la création. Un entretien d'une trentaine de
tions d'un roman (Les trois mous- Rivette, Bertolucci et d'autres ont pages avec Resnais vient compléter cette imposante série de témoigna-
quetaires, Les Misérables), l'ex- fait de la reprise et de l'épuisement ges qui forment l'essentiel du livre. L'ensemble est complété par un bref
ploitation d'un archétype extraci- des thèmes et des figures, à partir essai et par le journal de Thomas écrit sur le plateau de / Want to Go
nématographique (les nombreuses d'unfilm-matrice,un principe actif Home, deux textes fort pertinents qui définissent avec intelligence le
Carmen) ou devenu tel qu'après d'écriture. — T.H. travail du cinéaste. — MJ.

I M A G E S 4 7 91
MICHEL PICCOLI LE PROVOCATEUR modulé, dans les films plus
par Robert Chazal, Éd. France-Empire, 1989, 274 p., 24 photos noir et
personnels d'Eastwood
blanc. Dist. au Québec: Québec-Livres. (Honky-Tonk Man, Bronco
Billy) traversés par la mélan-
Sans doute écrit à la va-vite, cet ouvrage que Robert Chazal consa- colie et le désenchantement.
cre à Piccoli est un très rapide survol de la carrière de l'acteur (quel- Lauteur insiste avec raison
ques lignes sur chaque film, ainsi que sur les principales émissions de sur les liens qui unissent au
télévision et pièces de théâtre) qui ne nous apprend rien sur l'homme, cinéma classique (Ford et
ni sur sa façon de travailler. Un livre pour aficionados. - M.J. Walsh surtout) celui qui
reste un des derniers pion-
niers du cinéma américain,
non seulement par sa théma-
LE CINEMA tique mais encore par ses
HONGROIS méthodes — tournages rapi-
(1963-1988) des, économie de la mise en
par Jean-Pierre Jeancolas. scène dont les caractéristi-
Ed du CNRS en co-éd. avec Cor- ques sont assez bien cernées :
vina Kiado Budapest 1989. 248 (Quatorze vies en danger,
pages. 30 pages notamment la manière,
de photos en noir et blanc. 1954; Un petit c a r r o u s e l de singulière dans le cinéma
fête, 1955; Professeur Hanni- américain d'aujourd'hui,
Déjà coauteur, avec Philippe bal, 1956), Félix Mariassy (Un CLINT dont Eastwood inscrit ses
Haudiquet et Istvan Nemeskurty, bock de blonde, 1955), Karoly EASTWOOD personnages dans l'espace et
du Cinéma hongrois (Centre Pom- Makk (Lillomfi, 1955); le soulève-
par Michèle Weinberger. la durée du plan.
pidou, 1979), qui est cependant, ment et l'invasion russe de 1956. Rivages/Cinéma no 22,
comme tous les ouvrages de la col- Fabri et Makk font partie, avec 1989, 205 p., 30 photos.
Ces remarques très
lection «cinéma pluriel», davan- Janos Hersko, Andras Kovacs et Dist. au Québec: Dimédia. justes, Weinberger les répète
tage un catalogue commenté, Jean- Peter Bacso, de ceux que Jeancolas plus qu'elle ne les approfon-
Pierre Jeancolas signe l'une des appelle «les Fondateurs», et aux- Dans cette honnête dit mais, à force de fréquen-
rares études en français sur le quels il consacre une vingtaine de monographie, l'auteur s'at- ter les monographies de chez
cinéma hongrois depuis le petit — pages. Il en alloue autant au seul tache essentiellement à décor- Rivages, on en vient à se
et fort stalinien — Panorama du Miklos Jancso, ou plutôt àjancso et tiquer les rapports que le dire que la faute en incombe
cinéma hongrois de George son équipe; il étudie la méthode, cinéaste entretient avec ses moins à l'auteur qu'au prin-
Sadoul en ...1952! les caractères et les périodes, personnages, son image de cipe même de la collection,
Le livre vient à son heure, défend, d'une manière plus con- star et les mythes améri- dont le cadre un peu contrai-
puisqu'une époque de l'histoire de vaincue, peut-être, qu'entièrement cains. Rapports complexes et gnant entraîne quasi auto-
la Hongrie, et donc de celle de son convaincante, lesfilmsrécents. ambivalents, faits d'un matiquement les redites.
cinéma, est sans doute en train de Des chapitres successifs sont mélange inextricable de (Faut-il ajouter une fois de
se terminer — un cinéma qui don- ensuite consacrés à — «la généra- consentement et d'auto-déri- plus qu'on apprécierait un
nait des signes d'essoufflement, tion moyenne» qui regroupe, aux sion (celle-ci de plus en plus effort particulier de l'éditeur
guetté d'un côté par l'académisme côtés d'Istvan Gaal, Marta Mesza- poussée, jusqu'à la rage, dans la qualité de reproduc-
de la forme (Mémoires d'un ros, Ferenc Kosa, Sandor Sara, Pal depuis The Gauntlet et Sudden tion des photos ?) - T.H.
fleuve, J.Elek), de l'autre par une Sandor, les membres du studio Bêla Impact, qui consacrent la
complaisance aux fantasmes indivi- Balasz (fondé en 1958, il devient
défection radicale du héros).
duels (Almanach d'automne, opérationnel en I960), la «promo-
B.Tarr; Avant que la chauve- tion Mariassy» ; Istvan Szabo, Zol- Il s'agit toujours, pour East-
souris n'achève son vol, P. tân Huszarik, Ferenc Kardos, Janos wood acteur et metteur en
Timar). Rozsa, Imre Gyongyossy, Pal Ga- scène, d'«explorer les creux
À un résumé des données éco- bor, Zolt Kezdi-Kovacs, Judit Elek... de son personnage» et, «avec
momiques et sociales contempo- — l'école de Budapest, issue du stu- un acharnement pervers»,
raines et des événements mar- dio Balasz, qui comprend, derrière de «déglinguer son image,
quants de l'Histoire, indispensable Istvan Darday, Bêla Tarr, Pal Erdoss, de se débarrasser de sa propre
parce que le peuple hongrois est Gyula et Janos Gulyas et Pal Schif- légende, de la montrer en
«doué de mémoire et marqué de fer — «une troisième génération?», décomposition» (cf. Harry et
cicatrices» et que «l'Histoire est dont les leaders seraient Gyula ses avatars). Ce «sabotage
une des sources et des clés du meil- Gazdag, Laszlo Lugossy, Gabor interne» est aussi à l'œuvre,
leur cinéma national», doublé Body, Fenerec Grunwaklsky, Gyor quoique différemment
d'impressions alertes sur la vie à gy Szomjas, Peter Gothar...
Budapest aujourd'hui, succède un Le grand mérite de ce livre
survol de l'histoire du cinéma hon- clair et vivant, outre la quantité
grois des origines à I960, dont les d'informations et l'intérêt des ana- PORTRAIT D'UN HOMME DU SIECLE
par Franco Zeffirelli, Éd. Belfond, 1989, 483 p., 35 photos noir et blanc.
temps forts sont la République des lyses, est, d'une part, de nous four- Dist. au Québec: Edipresse.
Conseils et la première nationalisa- nir un cadre dans lequel situer les
tion (31 films en cent trente-trois films que nous avons vus et les De prime abord, ce qui frappe à la lecture de cette autobiographie,
jours, tous perdus sauf un!). La cinéastes que nous connaissons un c'est l'absence totale de modestie de son auteur. Zeffirelli est absolument
répression qui suivit, sous la dicta- peu les uns par rapport aux autres convaincu d'être un grand artiste que la critique a injustement méprisé.
ture de Horthy, provoque l'émigra- et à ceux que nous ne connaissons Le ton tranche singulièrement avec la modestie de grands cinéastes
tion des cinéastes les plus en vue, pas, et par rapport aux regroupe- comme Kurosawa, Fellini et Preminger qui, lorsqu'ils se sont racontés,
Kertesz (qui deviendra Michael ments et tendances ; et d'autre part, ont su laisser à d'autres le soin de faire leur éloge. Ensuite, en poursuivant
Curtiz), les frères Korda, Fejos, Sze- de nous faire mieux mesurer les la lecture, on se rend vite compte que Zeffirelli n'a retenu de son exis-
kely, Varda, Toth. Puis en 1948, lacunes de la distribution et de nos tence que le potinage, incapable qu'il est d'amorcer une réflexion sur
la deuxième nationalisation, la connaissances, de nous apprendre son travail ou sur celui d'artistes qu'il a côtoyés et qui l'ont influencé.
guerre froide et la «glaciation stali- des titres et des noms, desfilmsque Enfin, on termine l'ouvrage en se disant qu'au fond, toute sa conception
nienne», le dégel de 1954, à la nous avons envie de voir, des de l'art est là: dans les apparences, les rencontres avec le beau monde,
faveur duquel sortent les premiers cinéastes que nous aimerions les mondanités. Qui trouvait VOtello de Zeffirelli creux ne sera pas déçu
films marquants, de Zoltân Fabri connaître. -M.E. par son autobiographie. — M.J.
92 I M A G E S