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Étude sur l'Esthétique

de la compositionplatonicienne
des mixtes
(suite et fin)

Le philosopheet l'artiste,tournésintégralement versun Antérieur x


ineffable, ramènent ainsile tempsà sa sourceoriginelle ; le mixtequ'est
la durée- avec sa tolérancedualiste2 - se voit aboli par leureffort
des contraires
d'identification 3.
En le comprimant éperdûment, ils le poussent- pourl'y précipiter
-
à la fin versle gouffre qu'est l'Ouverture de la fin-commencement %
cettestructure merveilleuse, synonyme du Non-Êtreet de l'Un.
Grâceà cettecompression 5,la Temporalité acquiertun autrerythme ;
elle ne vibreplus,commecelleque connaît le commundes mortels; elle
devientinfiniment plustendueet plus rapideet, avec son accélération,
les événements, processusse précipitent
les 6 d'une manièrede plus en
plusmassive,jusqu'à cettelimite extrême que constitue le moteurimmo-
bilede l'Un transcendant (où toutes choses sont ensemble).
En somme,avecla tensionmaximaledesmixtions, on arriveà la findu
sensibleet du temps.L'un aussi bien que l'autreont subi commeune
sorte^exhaustion à causede la voracitédu rythme accéléré.On se trouve
déjà aux du
confins Monde, au bord doré de l'Univers7, à la dernière
limitede l'Êtreintégral.
Ainsi,en définitive,philosophe et artiste,en devenantde plusen plus
1. L'Antérieur, qui constituepour Platon l'originedu temps,est ce qui commande.
Il a toutel'anciennetéet la puissancedu commencement qui noussontdécritesdans la
République(IV et VI).
2. Dans la Causalitédu Bien et la du
Métaphysique Melangeplatonicien (chapitre:
le Tempset le Cosmos),nous avionsessayé de montrerque le tempsest le mixtede
l'Éternitéet de la Spatialité.
3. Philosophieet Art sont caractérisésavant tout par leur tendanceà réconcilier
les contraires en vue de les fairefinalement coïncider.
4. Nous avons déjà vu un peu plus haut que le Bien, en tant que rAntérieurpar
excellence,est le commencement absolu.Mais en tant que finde l'ascension(Banquet,
211 b), il peut êtreconsidéréaussi commela finsuprême.Tout commel'Un héracli-
téen,il est commencement et finen mêmetemps(cf.Banquet,211 b).
5. Il seraitintéressantde noterque, sur un niveau scientifique, des phénomènes
absolumentextraordinaires se manifestent dansles zonesde trèshautespressions, tout
commedanscellesde vide de plusen pluspoussé.
6. Ainsi,l'on pourraitdéfinir l'art commela puissancequi precipite les événements
dansle mondesensible.
7. Commele diraitPaul Valéry.

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« Les mixteschez Platon »

semblablesau divin*, sontles seuls mortelsqui puissent- armésde


toutela puissancede la Causticitéde l'Esprit2- direle toutdernier mot.
Prophètes tournésvers le Passé, ils s'avèrent les très grands« musi-
ciensde l'Avenir»8.Techniciens infailliblesde la Composition desmixtes,
ils s'élancentversla Constellation - Symphonie des Formesde l'Être
intégral dontils gravissentle sommet.
Plusencoreque musiciens de l'Avenir,ils sontles symphonistes incom-
parables des les
Essences, seuls existants capables, ne fût-ceque pourun
instant,de sortir- grâceà la vertuomnipotente de la Beauté4 - du
grandTout.
V

MÉLANGE ET TEMPORALITÉ.

du mélangenous
Voilà en sommece que l'étude de la constitution
apprend d'une sur
façonexplicite la conception de la Tem-
platonicienne
poralité.
a. Sans mélange,pas de temps.
Celui-cine jaillit que dans l'universde l'Être intégral,c'est-à-dire
dansla constellation des Idées,simultanément avec l'âme,le mouvement
et la vie 5.Pours'enpersuader, on n'a qu'à se référerau Timée,où il nous
est dit que ce n'estque lorsquele mélangecosmiques'est constitué, en
tantqu'êtremobileet vivant•, à partirde la Spatialité,que le tempsa
jailli.
Avantl'actionordonnatrice du démiurge, synonyme de l'instauration
du mixteuniversel, il n'yavaitpas de temps7.Celui-cia commencé simul-
tanémentavec le mixtequ'estle cosmoset est sujet au mêmedestin8
que ce dernier.
Le mythedu Politiquenousapprendque lorsquel'Universse metà se
dissoudre (à cause du faitque son démiurge s'en est retiré),en tournant
dansle sensrétrograde •, le tempsen faitde même; il se produitalorsun
du divin(Théètète,
1. C'estl'imitation 176 b).
2. Nous avonsdéjà vu dans YEuphoriedes Mixtesla dynamisde la mixtion,instau-
ratricede la physis(cf.,à ce propos,Empédoclefr.21,14).Seulle nousestassezpuissant
pourêtreà mêmede comprimer la mixtionintégrale.
3. Cf.F. Nietzsche: Gaya Scienza.
4. Nous aboutissonsainsià l'Esthétiquedu Non-Etre: la Beauté correspond à lins-
tantoù Tonsortde la constellation de l'Être intégral.
5. Cf. 249
Sophiste, a.
6. Cf. Timée,37 c.
7. On n'a alorsque le mouvement chaotiquede la spatialité(Tim.,53 a) qui est aux
antipodesde l'ordretemporel.Le fragment uniqued'Anaximandre semblenoussuggé-
rerla mêmeidée : « l'ordretemporel» ne peut,de touteévidence,avoirlieu au seinde
l'illimité,mais bien à sa sortie(si l'on peut s'exprimerainsi) ; c'est-à-diredans l'uni-
versdes étantsconstitués.
8. Cf. Timée,38 b : « Le Tempsest doncné avec le Ciel » (synonyme de l'Univers)»
afinque, nés ensemble,ils se dissolventensembleaussi, si jamais ils doiventse dis-
soudre». L'éventualitéde cettedissolution nousest décritejustementpar le mythedu
Politique(273 d le).
9. Cf. Politique, 286 b.

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iV. /. Boussoulas

renversement de la Temporalité, parallèleà celui de la Cosmicità: le


plus vieux devient le plusjeune *.
Ce renversement risquede provoquerla désagrégation totale de ce
mixtequ'estle cosmos -khronos en le précipitant au plusprofondde Tin-
fini2.Aussile Démiurge et piloteuniversel se rassied-il à songouvernail,
et «redressant les partiesque ce cycleparcourusansguidevientd'endom-
magerou de disloquer, ill'ordonne etlerestaure de façonà lerendre immor-
tel et impérissable » 8.
En définitive doncla naissancedu tempsest parallèleà la constitu-
tiondu mixte.
b. Le kaîrion.
Or celle-cicommenceavec le kaîrion,momentpar excellencede la
composition et instancesuprêmede la Causalitéd'aprèsle Philèbe.
Ce dialogue,lorsde l'échellefinaledes biens,nous dit en effetque le
premier bien,c'estla mesure,le mesuré,l'à-propos(kaîrion)4.
Le kaîrionreprésente le momentdiacritiquede la Cause que le Phi-
6
lèbe posaitdéjà commecinquième genre6.
Ce que le Sophiste(253 d) exprimepar cette« formeuniquedéployée
en tous sens à traversune pluralitéde formesdont chacunedemeure
distincte ».
On assisteici à la Métrétique Supérieure du Politique: c'estla diakri-
tikêqui discrimine 7 les Idées dans leur spécificité.
Il s'agitde la divisionexhaustivede la Constellation des Idées,ainsi
que nous le dit aussi bien le la
Sophisteque République, C'est bienparle
moyen de la division que l'on touche dans ce premierdialogueles six
genres, ou Idées suprêmes : « diviser ainsi par genreset ne pointprendre
pour une autre une forme qui est la même » 8.
Et, dans le VIe livre de la République, nousest ditque, une foisque
il
le Bien a été atteint,grâceà la synagôgê, commel'anhypothétique par-
fait, il faut désormais descendre « en s'attachant à toutesles conséquences
qui en dépendent jusqu'à la conclusion dernière ; sans faireaucunusage

1. Pour la temporalité du plus jeune - plus vieux,cf. la 2e hypothèsedu Parmé-


nide.
2. Polit., 273 d /e.Remarquerl'associationdansle mêmepassaged'aporiaet d'apeî-
ron. On assistelà à cet apeïron-aporon d'Heraclite(fr. 18), essentiellement
inexplo-
rable.
3. Cf.Politique,273 e : Timée,33 a /b.
4. Cf.Philèbe,66 a ; Politique,277 a ; ibid.,284 e.
C'est la Métrétiquesupérieureconcernantles grandesstructures qui régissentl'art
rovaidu tissage,c'est-à-dire du Mélange(ibid.,278 c lá).
5. Philèbe,23 d.
6. Cf.Sophiste, 253 c ; Politique,287 d ; Philèbe,52 c.
C'estbience cinquièmegenreque l'on retrouvedansl'échellefinaledes biens(Phil.t
66 ai sousla formedu premierbien.
7. SoDhiste.253 d.
8. Sophiste,253 d ; ibid.: « celui qui en est capable,son regardest assez pénétrant
pour apercevoirune formeunique »... Lorsquele Timéenous dira que le Démiurge
regardedes Idées (28 a), il fautentendrepar là qu'il les aperçoitchacunedans sa spé-
(dans le mêmesensque celuidu Sophiste,
cificité 253 d).

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d'aucune donnée sensible,mais en passant d'une idée à une idée pour


aboutir à une idée » *.
Or cette divisionqu'effectuele kaïrionest obtenue grâce à la pénétra-
tion de l'illimitépar la limite, pénétrationsynonymede la Justicef.
On n'a, à cet effet,qu'à se rapporterau Cratyle(419 a) qui nous révèle
que la Cause c'est le juste-pénétrantqui traversetoute chose (412 e/
413 a).
Avec le kaïrion,le Bien qui, en tant que Un, s'avérait incapable et
insaisissable (Philèbe, 65 a), ne comportant aucune Forme ou Idée %
s'ouvre,se révèle: nous obtenonsses deux momentsessentielsque sont la
limiteet l'illimité(Philèbe,23 c) ; autrementdit, les deux grandescaté-
goriesdes Idées, Idées « positives» et Idées « négatives» ; telles d'un côté
les Idées de l'Être, du Repos et du Même,rentrantsous la rubriquede la
Limite ; et de l'autre,les Idées du Non-Être, du Mouvementet de l'Autre,
rentrantsous celle de VIllimité4.
C'est ce que nous décritle Parménidetout le long de sa deuxièmehypo-
thèse : avec l'introductionde l'Idée de l'Être au sein de l'Un-Un, ce non-
Être absolu qu'était l'Un s'avère maintenantl'Être total (le pantelôs
on en langage du Sophiste)qui englobe la totalité des Idées.
L'Un se trouve dès lors divisé, détaillé, fragmenté, morcelé,émiettè
par l'Être qui lui a été adjoint 5. Avec le kaïrion,du sein du Non-Être
absolu qu'était l'Un-Un - ou Bien pur - les Idées jaillissent et se
révèlent,chacune dans sa spécificité « ; et avec celles-ci le tout du sen-
sible et du temps, accompagné du nombre,ainsi qu'en témoigne la
deuxièmehypothèsedu Parménide7.
En somme,voici la série de noms que nous pouvons donnerau kaïrion,
porte du cosmos et du temps, et instance par excellence de la division
et de la révélation des formes: métrétiquesupérieure8 (du Politique,
1. Rép.yVI, 511 b. Le termegrecdía suggérerait, à notreavis,la mixtiondes Idées
cruenousdécritexplicitement le Sophiste.
2. La diakrisiscomportela krisis,notionétroitement apparentéeà cellede la Jus-
tice(cf.la krisisdu Philèbe,59 d qui suitla division).D'un autrecôté,il est facilede
voirla parentéétymologique entrekaïrionet krineïn.Cf. Politique,286 c là.
3. C'estl'Un-Unde la lrehypothèse du Parménide; ce Non-Êtretotalque le Sophiste
appelleraYaloaonabsolu(258 e /259a).
4. Cf.Sophiste, 254 c et suiv.
Le Phédonnousavait déià parlédes Idées-contraires.
5. Cf.Parménide, 144b /c/d/e.
6. Le Parménide(2e hypothèse,142 b et suiv.) nous montrequ'avec le morcelle-
mentde l'Un, nous obtenonstoutesles Idées : Mouvement et Immobilité,Identitéet
Différence, Ressemblanceet Dissemblance,Égalité et Inégalité.Le kaïrionest ainsi
le momentde la révélation, l'instancedes phanères.
7. Cf. 143 a et suiv. (génération du nombre): « du momentdonc qu'il y a un, il y
auranécessairement nombre». De même,dansle Timée,avec la constitution du mélange
de l'âmecosmique,le nombreapparaît.(Cf.Timée,35 a et suiv.) ; ibid.,47 b (connexion
entrele nombreet le temps).{Ibid., 37 d : le tempsse dérouleselonle nombre).Le
nombreest en rapportdirectavec la division(œuvredu kaïrion),ainsiqu'en témoigne
le Politique287 c : « il fauttoujoursdiviser,autant qu'on le peut,dans le nombre le
plusproche». Souvenons-nous de la conceptionpythagoriciennedes unitésnumériques
séparatrices.Cf. J. Burnet : L'Aurore de la Pensée grecque,aussi bien que GreekPhiloso-
pha. From Thaies to Plato I.
8. Dum Deus calculât fitMundus, a dit Leibniz...

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Revue de Méta, - N« 1-2,1961. 10

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N. I. Boussoulas

284 e), métrion,prepon,diakrüike, division, dichotomie, deon(dansle sens


de diaïon-pénétrdLïit du Cratyle),dikaîon (juste), cause ; l'Un-qui-est
(de la 2e hypothèse du Parménide), le cinquième genredu Philèbe,le pre-
mierbien du mêmedialogue(échellefinale),le Bien au momentoù il
s'ouvreet se manifeste, correspondant à la Haine séparatriced'Empé-
docleet à la Guerre-discorde- voiedescendante (de diversionet de diver-
gence)d'Heraclite.
C'estavec le kalrionque jaillissentles Idées positiveset négatives, les
formeset les non-formes hippocratiques *, dont la connaissance relève
justement du kalros.
Nouspourrions direque le kalrion,en tantque situéentrela première
et la deuxièmehypothèse du Parménide(c'est-à-dire en tant que fron-
tièreentrele non-Êtreabsolude l'Un-Unet l'Êtretotalde l'Un-qui-est),
constituela section(tome)suprêmeau sein de laquellejaillissentet se
révèlenttoutesles formes platoniciennes.
c. L'instantané.
Or l'étudedu Mélangenousapprendque, toutcommele kalrioncor-
respondà la naissancede la mixtion,constitutive de l'Être intégral,
l'instantané correspondà son anéantissement.
On le voit clairement dans la troisième hypothèse du Parménideoù,
le
avec l'instantané, mélange total de l'Être intégral(ou constellation
des
intégrale Idées) s'engloutit dans le néant absolu de l'Un d'où il avait
jailli.
des mixtesdans le Philèbe,je me suis mépris
Dans YÊtreetla Composition
surla signification réellede l'instantané.Je l'avais considérécommele
momentde la naissancedu mixte,au lieu de voiren lui sa fin.Or l'ins-
tantanéestle moment mômede la Beauté,l'acméde l'œuvrede l'Amour.
Il correspond en effet
à la limite de l'unionet de la mixtion,
extrême à l'ins-
tantoù,à forced'uniret de mêler,on finitparsombrer dansla compacité
absoluedu Bienpur2 d'où on étaitsortigrâceau kalrion.
Onle voitbiendansle Banquet,dialogued'inspiration empédocléenne %
qui nousditexplicitement qu'avecla visioninstantanée de la Beautéinté-
grale,on toucheau sommetde l'Ascension 4.
Parvenudéjà à la fin5 de la Hauteur,on atteintdès lorsl'Essence
(211 e), qui est sans mélange(211 e) ; autrement dit,l'Un mêmede la

1. Ainsique l'a lumineusementétabliM. P. M. Schuhl:le kaïrionconnaîtles formes,


les formesdes non-formes.
il sait,par conséquent,distinguer
2. Cf. La Causticitéde l'Esprit.
3. Chez Empédocle,l'ère finaledu règnede l'Amourest caractérisée par la mixtion
absolue des êtresdu Sphairos(ou Cosmosempédocléen).
le sommetmêmede la voie ascendantede la dialectiquepla-
4. L'instantanésignifie
tonicienne(synagôgê,synopsis),telle qu'elle nous a été décritepar le VIe livrede la
République.
5. Cf. Banquet, 211 b.

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Les mixteschez Platon

troisième hypothèsedu Parménidequi, en sombrantdans l'instantané,


ne peutpluscomporter aucuneFormeabsolument 1.
C'estle momentque le Philèbe(66 b) exprimeparle secondbien.
C'est le quatrièmegenredu mêmedialogue2,la fonction syncrétique
de la Causeen tantque principequi unit3.
C'estce que noussuggèrele Sophiste(253 c) par la phrase: « Montrer
s'il en est (des Formes)qui, établissantla continuitéà traverstous,
rendent »
possiblesleurscombinaisons.
C'estla « Formeunique» du mêmedialogue(253 d), « qui enveloppe
extérieurement une pluralitéde formes,mutuellement »;
différentes
« formeunique répandueà traversune pluralitéd'ensemblessans y
rompre sonunité» (ibid.).
Le Cratyle appellerace momentdu Bienbonet beau,aussibienqu'avan-
utile,lucratif4.
tageux,profitable,
Il nousdiraque,sousce derniernom,le Bienest ce qui « se mélangeà
touteschosesen les traversant».
En somme,nous pouvonsdire que nous avons avec l'instantanéla
phaseascendante du Logossynonyme de synagôgê,
synopsis, *,
synkritikè
synkrasis*,
synkrisis, à la homologia-concorde,
krasis,qui correspond ou
amitié,d'Heracliteet d'Empédocle7.

***

En définitive, kairionet instantanéconstituent les deux pôles aussi


bien de la mixtionque de la temporalité. Ce sont les deux instances
suprêmes du Bienqui régissent la totalitédes Idées8.
Avec l'un nousassistonsà la naissancedu mélangeet du temps; avec
l'autre,à leuranéantissement.
Le premiercorrespond à l'instantde l'ouverturedu Bien-Un,syno-
du
nyme jaillissement et de la révélationdes contraires ; le secondà celui
de sa fermeture, contemporaine de la coincidentia oppositorum et de
Vadêlotês qui en résulte
». La composition de ces deux moments suprêmes
1. La mixtionabsoluefinissant par anéantirtouteforme.Pour cet anéantissement,
cf.Phédon: l'argumentdes contraires.
2. PhiL, 23 d. 4e genrequi, du pointde vue de l'antérioritéet de la dignitéontolo-
giques,vientau deuxièmerang,coïncidantainsiavec le secondbiende l'échellefínate.
3. C'estce que le Phédon,99 c appellele déon: grâceà cettefonction syncrétique du
Bien,la limitelie intégralement l'illimité(en l'absorbant).Cetteactionest génératrice
de la symétriequi a commeautresnomsla symphonie, homologie,harmonie (cf. Ban-
quet).Nous avonsalorsla voie ascendanteou concordehéraclitéenne, ainsique l'Amitié
d'Emuédocle.
5. Cf.Crai.,417 a : Philèbe,63 c : ôphélimon.
4. Cf.Politiaue.282 b : sunkritikê.
6. Philèbe.64 b : sunkrasis.
7. Cettephase de la dialectiqueest accompagnée,ainsi que nous l'avons déjà vu,
d'accroissement.
8. Ainsique nous l'a montréle Sophiste,253 b /c/dje. C'est la poétikêsuprêmequi
enveloppela synkritikè et la diakritikê.
9. C'est à ce titreque l'instantanés'avère le momentpar excellencedes adèles.

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TV./. Boussoulas

de la Causalité-Une nous donnele mélangeintégralet parfaitde l'Être


totalquele Philèbea désignécommele troisième bien(nouset phronêsis,
ou Vérité).
Nous serionsainsi amenésà illustrer l'échellefinaledes biensdu Phi-
lèbeparle petitschémasuivant:
Le premier bienreprésente la phasede la Spécificité : régionmétaphy-
siquedesEssencesisolées.
Le secondbienreprésente par contrela phase de l'Identitéabsolue:
l'identité
descontraires.
Avec le troisième bien,nous avonsla sphèrede la participation : les
Essencesse trouvent alorsen mixtionrelative(ni en unionni en sépara-
tionabsolues).C'est la régiondes Formesdu Sophiste, qui constituent,
grâceà leurcommunication, le Logosaussibienque l'universsensible(à
l'intérieurduquelprennent place le quatrièmeet le cinquièmebien).
Nousavons,avec ce schéma,l'illustration mêmede la dialectiquepla-
tonicienne : d'un côtéle Bien,situéau delà de l'Être,représenté par le
kalrionet l'instantané ; de l'autre,l'Être (Sommedes Idées opposées)
représenté parle mixtesuprême de l'Êtreintégral situéentreles deuxins-
tancesopposéesdu Bien(et enveloppant le Cosmossensibleet le temps).
Il apparaîtainsique l'Être est l'intermédiaire par excellenceà partir
duquel s'esquissentles deux mouvements par excellencede la Dialec-
:
tique royale voie descendante de la division menant vers la spécifica-
tionextrêmedu kalrion; voie ascendantede la synagôgê(ou synopsis)
menantversla Beauté absolue.Or, ces deux mouvements, avons-nous
dit,correspondent aux deux moments essentiels du systèmeaussi bien
d'Heracliteque d'Empédocle.
Chez Heraclite,le Logos-Unse trouveen mêmetemps(à cause de la
conception dynamiquede l'identitédes contraires) en unionet en sépa-
ration.Ce doubleprocessus simultané de l'Un estappeléencorela double
voieascendanteet descendante qui est une.
L'Un - qui est le commencement et la finsur la circonférence du
cercle(fr.103)- se rassemble et se divisedanscettemêmeinstanceintem-
porelle,si prochede l'Éternité,qu'Heracliteappellela foudrerégissant
toutechose.C'estainsique le Cosmos,êtreéternelx,« a toujoursété,est
et sera toujoursun feuéternellement vivantqui s'allumeavec mesure
et s'éteintavecmesure» 2.
Autrement dit,chezHeraclite, kalrionet instantané coïncident avec la
foudre; moment où le mondes'allumeavec mesure(métrion ou kalrion:
1erbiendu Philèbe)et où il s'éteintavec mesure(symmetron ou instan-
tané: 2e biendu Philèbe).
1. Fr. 30 : toujours.
2. Notonsle termemétraqui revientpar deuxfoisdansle mêmepassage.Nous pou-
vonsappliquerce motau fragment 10 et direque l'Un est composéde touteschoses
et touteschosessortentde l'Un avec mesure,c'est-à-dire si prochedu
dans le métrion,
kaïrion du Philèbe (66 a).

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Chez Empédocle,l'Un tantôtse formedu multiple(c'est la synodos


; tantôtil se diviseet de l'Un sortle multiple.
universelle)
Nous n'avonspas ici de loi d'identitédes contraires, mais une alter-
nanceentrel'Un et le Multipleque nousavons retrouvéedéjà dans le
Parménide platonicien.
Avecle rassemblement in extremis (grâceau dynamisme croissantde
l'Amour)le Sphaiross'anéantitautantqu'avecle dispersement à la limite
du règnede la Haine.
En somme,le Cosmosempédocléen * - toutcommec'est le cas pour
la constellationde l'Être intégralplatonicien- ne peut existerque
commeun mixteintermédiaire entreles deux cas extrêmesde l'union
(instantané)et de la division(kalrion).

Apollon.
(405c), Socrate,faisantl'étymologie
Dans le Cratyle du nomd'Apollon,
nousdit que ce nomdésigneceluiqui atteint toujours.
Apollon,dieu de la sciencede l'arc (ibid.,405 a), grâceà sa vertude
sagittaire dontles traitssontkalria2,s'avèrele dieu
éternelet infaillible
de la médecine3.
Commemédecinsuprême, il est,pourparlerun langagehippocratique,
le granddispensateur du kalrosde la thérapeutique : ses coupskalria*
constituent les momentscritiquesde l'intervention destinésà restaurer
la santé5,ainsique l'a faitremarquer si judicieusement, à proposdu kal-
ros,M. P.-M.Schuhl.
Orle kalrion,impliquéparl'artinfaillibled'Apollon,constitue la struc-
turefondamentale, non seulementde la médecine,mais aussi (sous sa
formede métrion) de la musique,de l'astronomie et de la divination •:
toutessciencesqui relèvent,d'aprèsle Banquet,de la composition des
Mixtes.
Le discoursdu médecinEryximaquene nousapprend-il pas, en effet,
que toutesces sciencessont des scienceserotiques 7 (187 e) qui appar-
ii. Dans notreEssai surla structure du Mélangedansla PenséePrésocratique (Sophia,
juillet-décembre 1958), nous avons tâché de montrerqu'il en va de mêmeen ce qui
concernel'Être parménidien. La sphèreparfaitement plastiquede cet Être ne peut,en
somme,représenter que le mixteparfait,constituégrâce à l'action limitantede la
Déesse-Justice.
2. Kalrios : qui est de saison,opportun,convenable...
3. Cf.Crat..406 a (purifiant).
4. L'action du dieu impliquela coupure(tome) : cf. Heraclite,fr.58. Cetteaction
entraînela purification.
Cf.pourcettenotionde purification : Crat..405 a /b.
5. Ici-bas,parmiles mortels,aussibienque dans le Tout. Cf. Timée,33 a, le passage
relatifà la santédu corpscosmique.
6. Cf. Cratyle, 405 a : Apolloncomportequatre puissancesauxquellesil toucheet
qu'il rendmanifestes : musique,divination,médecineet sciencede l'arc.
7. Èros est archertoutcommeApollon.Grâceà ses coupskaîria,il instaurela mix-
tionen général,basée (ainsi que nousl'avons vu) surle kalrion.Ce démonest le musi-
cien-astronome parfait,au mêmetitreque le dieu de la lumière: il atteintpar ses
flèchesles pointssinguliers de la Constellationdes Essences,qui sontles clefsde l'Effi-

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N. I. Boussouias

tiennent à l'univers del'harmonie et dela crase' c'est-à-dire du mélange?


Apollonpréside ainsi à l'harmonie qui est à la base aussi bien de la
musiqueque de l'astronomie (Crat., 405 d).
Nous pouvonsprésumer qu'en tant qu'auteurdu mouvement sidéral
universel2 ce dieu, musicienet astronome,instaureles saisons qui
s'avèrent,de touteévidence,des produitsde mixtionet de crase.
Le Philèbenous apporteà cet égardle témoignage le plus décisif:
Socrate,voulantillustrer par des exemplesd'ordresensiblela naturedu
troisième genre,à savoirdu mixtequi résultede l'adjonctionde la limite
et de l'illimité, nousparle,outrede la Santé (en cas de maladie)et de la
perfection achevéede la musique,des saisons: ce sontdes facteurs tels
quel'égaletle double,et,d'unefaçongénérale, tousceuxqui « mettantfin
à l'opposition mutuelledes contraires, les rendentcommensurables et les
harmonisent en y introduisant le nombre» 3,dontl'apparition enlève« à
la froidure ou à la chaleurce que celles-ciontd'excessif et d'illimité,pour
y mettreà la fois et
mesure proportion » 4.
C'est ainsi que « naissentles saisonset toutesles beautésdontnous
jouissonsquandse sontmélangés les illimitéset les limités» 5.
Nouspouvonsainsidirequ'Apollonnousapparaîtcommela personni-
ficationmêmede la fonction diacritiquedu kairionqui, en tant qu'ins-
tance première de toutemixis,instaureles structures et les modesde
l'Universsensibledans touteleurspécificité. Il s'avèrepar conséquent,
êtrela sourcedu kaïros,c'est-à-dire de ce mixtequ'estle Temps.
C'est par là aussi qu'Apollonest le devinpar excellence6 : ses traits
kaïriadéterminent dansle tissude la Temporalité, avec ce rythmecos-
le
miquequ'est kairos, ces intervalles 7 qui permettent de passerà travers
le temps,pourtoucherainsil'avenir.
On ne peutpas s'empêcher de songerici au fragment 92 d'Heraclite:

cacité.Il joue ainsisurle clavierdes structures et le grandTout lui obéit: car le filsdu
porospénètresavammentà traversle tissusuprêmede l'Être intégraldontles plegmata
(pourparleren langagedu Politique)ne sontriend'autreque les Idées,sourcede toute
efficience.
1. Cf.Banquet188 a : harmonieet crase.
2. Cratule.405 c.
3. Philèbe.25 d le.
4. Ibid.,26 a. Tous ces termesindiquentclairement la connexionétroitequi les lie
au métrion-kaïrion.
5. Cf.ibid.,26 b ; ibid.,25 e. Il apparaîtici,d'unefaçonclaire,quel e tempsdes sai-
sonsest un mixtetemporelessentiellement harmonieux.
6. Cf.Cratyle, 405 a ; ibid.,405 c. Dans ce dernierpassage,l'art du dieu est étroite-
mentassociéà la révélationde la véritéet de l'Être. Apollonest le grandrévélateur
405 a), car il est le purificateur 406 a). En somme,Apollon
-(ibid.,
toutcommele kaïrionqu'il personnifie
suprême
- est(purifiant,
le maîtredes phanères.
7. Cf.le beau livrede M. Onians: The OriginsofEuropeanthought aboutthebody,
themind,thesoul,time,Fate. D'après M. Onians,la conceptionantique concernant
la structure de la Temporalitéest celled'un tissu.Cet auteurinterprète le motkaïros
chez Homèrecommel'intervalle ; en mettanten parallèletempusavec temneïn, il éta-
blit que la notiondu kaïrosne suggérerait, en dernièreanalyse,que cettebrèchequ'il
la du
appelle porte temps.

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Les mixteschez Platon

« La Sibyllequi, de ses lèvresdélirantes,


dit des chosessans joie, sans orne-
mentsetsansparfum, atteintparsa voixau delà de milleannées,grâceau Dieu
qui est en elle. »

Apollon,le dieu de l'arc et de la lyre,est ainsi le parfait« musiciende


l'avenir », le prophètepossesseurde la divinationfoudroyante.Sagittaire
éternel,se confondantsans cesse avec le kaïrion 1 même, il se révèle á
nos yeux commele maîtreabsolu de la Temporalité,mixtedontla racine
la plus profondeest la discontinuitéde l'instantle plus efficace.

des contraires.
Dionysoset Videntité
En étudiantla doublepolaritédu Mélangeet du Temps,nous avons
constatéque kaïrionet instantanéétaientles charnières entrele Non-
Être absolu (qu'est le Bien en tant que Un-Un)et l'Être intégral-
qu'est le Bienen tantque multiple.
C'est avec le kaïrionque l'Un sortde sa transcendance pourdevenir
le toutde l'Essence; et c'estavec l'instantané qu'il sombre de nouveau
dans cettetranscendance - inexistenceabsolue- pour devenirl'Un-
Un du Néanttotal 2.
Or,en sombrant dansl'instantané, l'Un plongedansuneinstanceexplo-
sive : avecl'instantané foudroyant, l'Êtreintégralqu'étaitl'Un disparaît
dansla conflagration.
Cependant,avec cette explosion,la compacitéabsolue de l'Unité
suprêmese trouveinstantanément fragmentée à l'infini.Grâceà la con-
flagration universelleproduite parl'instantané, l'Un entredéjà danscette
régionde divisionqu'estle kaïrion- qui le transformera de nouveauen
Êtreintégral.
Par conséquent, nous pouvonsdireque kaïrionet instantané sontau
fondles deux aspects d'une mêmeentité: celle de cette foudrehéra-
olitéenne qui régit,d'aprèsl'Éphésien,le processus intégraldu Logos.
Les deux pôles de toute mixtionet de tout êtreconstituent, en der-
nièreanalyse,les deux phasesdu commun (xynon)d'Heraclite,instance
par excellencede l'identitédes contraires, instantoù la fonction syncré-
tiqueet la fonction diacritiquedu Bien-Uncoïncident 8.
En appelantla fonction syncrétique de l'instantané, le momentde la
disparition et de la mort, et la fonction diacritiquedu kaïrion,celuide
1. Le termekaïrioncomportedes résonancesde symétrie et de plasticité(cf.canon
de Praxitèle).Nous savons qu'il y avait une statue praxitélienneque l'on appelait
kaïros.Cetinstantextrêmement propicepourtoutesorted'actionest celuide la gesta-
tion créatrice,synonymede l'instaurationplastiqueet apolliniennedes statues des
Structures.Par ailleurs,le kaïrionpersonnifié par Apollon(dieu de la Révélation)
s'avère,avons-nousdit,le momentpar excellencedes phanères(à rencontrede l'ins-
tantané,instantde la disparition et de Yadêlotês).
2. Ce que les Atomistesontexprimépar le mêdén.
3. On pourraitillustrercettecoïncidencepar le commun héraclitéen.
C'estle commun (commencement et finsurle cercle)qui se rassembleet se divise,la
foudrequi synthétise les deux instances: kaïrionet instantané.

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N. I. Boussoulas

l'apparition et de la Vie,nousassistonsici,aux confinsde la dialectique


platonicienne, à un thèmeprofondément héraclitéen : celuide l'identité
existantentrela vie et la mort* ; ce que nousexprimerions parl'équiva-
lenceentrel'instanceapollinienne et celle,dionysiaque, de la Causalité.
Nous avons vu, en effet, qu'Apollon,personnification du kaïrion,est
le dieumusicien de la médecine et de l'artde l'arc. En tantque médecin
suprême, il est celuiqui donnesanscesse,avec la Santé,la Vie ; en tant,
par contre,que dispensateur des coups mortels2, il a commeœuvre
l'anéantissement 3.
Le dieusagittaire, de la mort,peutpar là êtrerapproché
dépositaire
d'Hadès,moment parexcellence de la disparitionet de Yadêlotês.
Or,Hadèss'avèreêtre(danscetteatmosphère de penséehéraclitéenne,
danslaquellenoussommesplongés)le mêmeque Dionysos4.
Nous dirons,par conséquent, qu'Hadès, synonyme de l'instancedio-
et de
nysiaque incarnation l'instantanéfoudroyant 5, semble finale-
mentcoïncideravec la dimension apollinienne du kaïrion 6.
AinsiApollonet Dionysosse confondent à la limite.Le Sagittaire
divincrée,avec la vie,la temporalité du plusjeunepossible(l'âge qu'a le
toutdu sensibleà l'instantmêmede sonjaillissement) ; et,avec la mort,
sous la formede Dionysos,celledu plus vieux,à l'extrêmelimitede sa
7
possibilité (l'âge de l'Universau momentde sa fin).
Dans VÊtreet la Compositiondes mixtesdans le Philèbe 8, nous avions
entrevules rapportsétroitsexistantentrele feuet la temporalité. Apol-
lon, en tant justementque personnification de la foudreéternellequi
coïncideaveclekaïrion créele Cosmos• et le temps.Démiurge
etle métrion,
et piloteuniversel10,il faitalorsnaître,grâceaux divisionsqu'opèrele

1. Cf.fr.62 : « Les mortelssontimmortels sontmortels,


et les immortels l'un vivant
la mortde l'autreet mourantla vie de l'autre.»
2. Kaïrioncomporteaussi le sens de ce qui est capable de donnerla mort.Cf. le
1«»chantde l'Iliade. On y voitApollon,en tant que vengeurdu prêtre,semerla mort
parmiles Achéens,grâceà ses flèches.
3. Ce qu'Heracliteexprimedans le fr.48 : lare est appelé vie, mais son œuvreest
mort.
4. Cf.fr.15 d'Heraclite.
5. Tout commeHadès, l'instantanéest l'instant,avons-nousdit, de la disparition
et par là de Vadêlotês. Le Cratyle (403 a) ne nousapprend-il
pas, par ailleurs,qu'Hadès
exprimel'invisible? Nous avons doncle droitde procéderà ce rapprochement entre
Hadès-Dionysosd'un côtéet instantanéde l'autre.
6. Le mêmepassage du Cratyleque nous venonsde citernous dit, par ailleurs,
qu'Hadès-Dionysosdésigneaussi ce qui connaîtles belleschoses(404 a) ; c'est-à-dire
sans douteles formes platoniciennes.
Or il est évidentque la fonctiondiacritiquedu kaïrion(en tant que représentant
Apollon devin et révélateur) impliquela connaissanceaussi de la totalitédes formes
qu'elle instaureet rendmanifestes.
Par conséquent, il y auraitpar là aussi moyende fairel'identification(déjà établie)
entreDionysoset Apollon.
7. Parm.,151e /152 a. _
8. Cf.pp. 40 et 41 (note 1) ; et surtoutles deux premierschapitresde la deuxième
partie. _
9. Cratyle.405 c là le : « Apollon,1auteurdu mouvement simultane.»
10. Cf.Politique,272 c ; 272 e ; 273 d. Cf.frg.64 d'Heraclite.

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Les mixteschez Platon

kaïrion-métrion,le Soleil et les autresastres« pourdéfinir les nombres


du Tempset en assurerla conservation » 1.
En tantque Dionysoset instantané, parcontre, le dieusagittaireplonge
à chaqueinstantle Cosmoset le tempsdans l'abîmedu Non-Être 2 -
pourintervenir aussitôtdansle senscontraire 3.
En définitive, Apollon-Dionysos s'avèrele créateurde la doubletem-
poralitésituéeaux confinsde la naissanceet de la mortdu Cosmos;
autrement dit,à l'oréede l'Être et du Non-Être.
C'estlà justement cettelimite,appeléenun,verslaquelletendéternel-
lementla temporalité du plus jeune-plusvieux, c'est-à-dire le Temps
toutcourt4. Dans le /¡mriorc-instantané, momentfoudroyant où l'apolli-
niencoïncideavec le dionysiaque, où la limites'identifie avec l'illimité,
nousavonsla sourcedu temps: c'est cetteprésenceéternelle et simul-
tanéecaractéristique de l'Être intégralet des Idées qu'il enveloppe.
Dans cettefrontière explosiveentrele non-Être absoluet l'Être inté-
gral,appelée/caírám-instantané et synonyme du Bien ou du Beau trans-
cendant,se cachentet se révèlent toutesles Idées platoniciennes dontla
constellation-mixtion estl'origineéternelle du
du sensibleet temps.

VI

Conclusion.
GastonBachelard,au coursd'une de ses conférences à la Sorbonne,
a ditque les vraisproblèmes sontdes difficultés
essentielles.
Depuis,je n'ai faitque méditersur la portéede cetteréflexion. Car
il me sembleque l'homme,dans ses momentsles plus véridiquement
authentiques, ne peutêtreau fondque l'instrument par excellencede la
difficulté- son seul instaurateur.
Or tel est le cas précisément pourla penséeplatonicienne. Cettepen-
sée est,en effet, éprise,et cecid'unefaçoneminente, de l'essencedu Dif-
ficile,synonyme de l'Authenticitémême.
Ainsi,le Phèdre,qui est le dialoguequi nousexpose,de la manièrela
plusexplicite, la structurede l'Authentique(qui se confond avec celledu

1. Cf.Timéey 38 c.
Chez Heraclite,la justicesynonyme du feuet de la foudre(cf.fr.65) a assignéune
mesureau Soleil (fr.94).
2. Ce synonymede l'Un, l'illimitéparfaitd'Anaximandre, dans lequel retournent
« tousles êtreset tousles cieuxqui les enveloppent» ; ou encoredu vide des Atomistes
dans lequelbondissent les atomes(débrisinfinitésimaux d'un Tout cosmiquequi vient
d'êtrecomplètement disloqué).
3. Cf.Politique,273 e.
La révolutionrétrograde de l'Univers(ibid.,286 b) (état où l'illimitéprendle dessus
surla limite)se transforme de nouveauen révolution, pleinede cosmicité,caractérisée
Darla limitationde l'infini.
4. Cf.Parménide (2e hyp.),152a /e.

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N. I. Boussoulas

Beau et du Vrai*),nousdit que « pourqui, certes,s'attaqueà ce qui est


beau,il estbeauaussidesubirlesconséquences qu'onpeutavoirà subir» 2.
Cesconséquences ne sontautresévidemment queles difficultésmajeures
dontest seméela voie la plus belle3 de la dialectiqueroyalequi peut
souventêtrebienlongue.
En effet, un instantauparavant,Socrate,s'adressantà Phèdre,a fait
l'apologiemêmede cettenécessité: « Voilà pourquoi,nousdit-il,la lon-
gueurde ce circuittu n'as pointà t'en étonner: avec de grandsobjets
pourbut,les circuitssontnécessaires ; ce n'estpas commedansta con-
ception! » Et il conclut: « Ce qui est sûr,et voilà ce que notrethèse
affirme, c'estque pourpeu qu'onacceptecettenécessité, mêmeces objets
inférieurs aurontreçudes autresla beautéla plusgrande! 4 »
Ainsi,nouspourrions direque la penséeplatonicienne embrassevolon-
tiersla difficulté- qui estintrinsèquement inhérente aux objetssuprêmes
du Logos- afind'envenirjustement à bout.
Or,ce faisant,elleemploiesouventune de ses armesles plusfavorites
- l'Ironie.C'est par cetteironie,précisément, lorsqu'elleest poussée
in extremis - comme c'est le cas dans le VIe livre de la République,
dans lequel Socrate fait semblant d'ignorer la structure du Bien qu'il
est en traind'exposer- que la penséede Platonprésentesouventses
piresdifficultés. Cettepenséeest de naturetelleque, pluselle se montre
facile,plus en elle devientimpénétrable,
réalité glissantsurles âmesqui
n'ontpas encoremûri.
Elle toucheapparemment le Réel d'unefaçonallant,pourrait-on dire,
de soi ; maisen fait,ses solutions sont,dansleursimplicité, le plusperfi-
dementindirectes 5 et les pluscompactesen horizons successifs.
Une penséequi procèdesouventpar des simplicités inexprimables -
et sa difficultéconsistejustementà ce qu'on est aveuglépar cettelumi-
nositéplénière.Dès lors,il arrivefréquemment de ne pas saisiroù se
situecettetouchemajeure^ - infiniment aiguë et efficaceet qui équivaut
déjà à la Solution.
Cettepensée- qu'on seraittentéd'appeler¡l'imagemêmede l'Art
grece- sentcommeunesortede pudeurà crierla solution; ellel'avance

1. Par contre,l'inauthentique s'identifieavec le vraisemblable: cf. Phèdre,273 a :


« c'estle vraisemblable, qui,traversant
en effet, d'unboutà l'autrele discours,constitue
la totalitéde l'art » (thèsede ceux qui se donnent- sans l'êtrenullement- pourdes
techniciensavertisde Fart oratoire).
2. Ibid.,274 a /b.
3. Cf. Philèbe, 16 b ; Phèdre,266 b.
4. Phèdre,274 a. Cettedémarche, synonyme de l'ascension,comporteune multitude
de détours: pluson monteet plusla vue des structures s'élargit.
5. Cf.par exemplePhilèbe,18 d /e.Socrate: « Ainsi,au momentmêmeou vous êtes
dessus, vous la cherchez, dis-tu,depuis longtemps. » Surtout, ibid.,23 d fe(le passage
mvstérieuxconcernantl'existencedu cinquièmegenre).
6. Commele texteplatonicien, cet art est toutentier,et à un trèshaut degré,syn-
thétique; mais sa synthèseest la composanted'une série d'analysespuissanteset
subtilesd'Essencesqui ont été déjà intégralement élaboréeset maîtrisées.

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Les mixteschez Platon

délicatement, avec grâce*,sansbruit- bruitmeurtrier pourla Médita-


tion : - les structures les plus hauteset les plus efficaces ne sont-elles
pas en effetles plus silencieuses 2 ? Et Ton a finalement l'impression,
quand on est arrivéà saisircettesolution,que :( Ile-cin'estqu'unepar-
cellevivantedu Réel,qu'ellesaignede réalitéet de totalité.
En somme,Platon,en tant que l'incomparable résonateurspirituel
du grandTout,a été celuiqui a créédansson œuvreun certaintypede
tonalitédifficileet complexe.
Ce qu'onappelled'ordinaire la simplicitéde sonintuition fondamentale
n'est,en dernièreanalyse,qu'une complexité spécifique, profondément
condensée ; et toutle processusdialectiquede sa construction ne consiste
finalement qu'en un développement et à une miseen lumièrede cette
inextricabilitévolontaire et fertile
3.
On obtientalorsun ensembled'élémentsspécifiquement hétérogènes,
se mouvantavec forceautourd'unenotefondamentale et profondément
la même.
Or cettenotene peutêtreautre,à notreavis, que le processusdyna-
miqueet hiérarchiquement structurant de ce champfonctionnel de l'Être
intégral,générateur des plus hautesarchitectoniques du mondeintelli-
gibleaussibienque sensible; champmétaphysique que j'ai tâchéd'explo-
rer,au coursdes pagesqui ontprécédé,grâceà l'analysede ce que j'ai
déjà appelé Vélasticitédu Mélange. (Cf. VEuphoriedes Mixtes.)
Nousavonsconstaté,en effet, que dansl'universde la Mixtionplato-
nicienne, chaqueentitéest,dansle sensascendant(en allantdu devenir
au Bien-Un),forme parrapportà cellequi la précède.Il y a affinité
entre
chaque terme et son voisinde la série des mixtes ; cetteaffinité tra-
se
duisantinévitablement en tendancedu plus faibleversle plus puissant.
En somme,toute une gammeinfiniede petitesattractions, dominées
la
par gravitation du
suprême premier principe.
Ainsi,nousvoyonsla prédominance de la Forme,et combientout,en
dernièreanalyse,tendavec aviditéversdes structures de plus en plus
4, et
simples aiguës compactes, vers une unité de en
plus pluscomplète;
cetteascensions'accompagnant du dépouillement, au furet à mesure,
de toutélémentd'altéritéet de diversitédéposépar l'Autre,la Matière,
la Dyadeindéfinie du Multipleet de l'Inégal: pouraboutirfinalement à

1. Grâce,charmequi est une formedes nlus nrégnantes c'p.rFsnrit


2. Pour le thèmedu silence,cf. Plotin : « La natureelle-mêmeest une contempla-
tionsilencieuse.» Nous pourrionsdireque la penséede Platonexprimele Réel en imi-
tant sa démarchemême: la naturen'aime-t-elle en effet, à se cacher? (Heraclite,
fr. 123). Pour ce silencesacré qui enveloppelespas,
Caryatidessuprêmes de la Sagesse,
cf.aussi Nietzsche: Zarathoustra (En DleinMidi).
3. MauriceBarrés,dans sa préfaceau livrede l'Impératrice Elisabethde Constantin
Christomanos a écritqu'un grandartistemetvolontairement dans son œuvreune note
difficile
et aiguë,qui, de primeabord,déconcerte Fâme,pourlui ouvrirpar la suiteles
plus grandshorizonsesthétiques.Cf. aussi ce qu'écritHenriBergson(dans la Pensée
etle Mouvant)concernant l'intuition
fonriamprntalprfnPhilnsnnh#>
4. Cf.Cratyle, 405 c où le simples'avèreêtrele synonyme du vrai.

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N. 1. Boussoulas

la Formepure,autrement dit au Mêmeet à l'Égal, à la pure Identité


de PUn.
Nousassistions,dès lors,à ce dynamisme synthétique qui constituo
l'essencemêmedu Cosmosde la mixis.Les réalitésne correspondaient
entreellesque par destotalités,parleursformes entières ; et, par consé-
quent,lorsqu'uneréalitéimitaitune autre,supérieure, en tendantvers
elle, elle le faisaitd'une façonintégrale, par l'ensembleindivisde ses
parties.Il n'y avait doncnullepartplace pourl'additivitéarithmétique
caril s'agissaittoujoursde fonctionnalité, impliquant la totalité1.C'était
toujoursune sorte d'information dynamique,un acte de plus en plus
vigoureuxd'absorptionet d'assimilation des élémentsd'altéritéet de
multiplicité par l'unitéqu'est,à des degrésdifférents, chaqueforme.
Cette élaborationse faisaitd'une façoncontinue, ainsi que nous l'a
montré le Banquet2,parunesortede sériation desrendements successifs;
en informant progressivement tous les résidus8 de n'importequel sec-
teurdu Réel,on pouvaitainsiparcourir le sensiblede sonminimum à son
4
maximumexistentiel; pour aboutir,grâceà ces pointsd'appui dont
nousparlela République, aux Idées et au Bien-Unlui-même.
Or, nous avons constaté que ce processusd'ascensionétait le même
que celui qu'on rencontre dans les œuvresdes grandscréateurs. L'artiste
en
peut, effet, de
partir n'importequel point d'une matière n'importe
laquelle; par le développement intégralde toutesses virtualités, eu la
faisantde plus en plus Formeet Idée, il s'élèveraprogressivement vers
l'Intelligible divin. N'importequellerégionmatérielle, par son élabora-
tionexhaustive, en illuminant successivement toutesles structurations -
manifestations de l'Être,qui s'y particularise 6 chaque fois,peutarriver
finalement jusqu'à l'Un.
Car toutpointde la Créationa reçu,dès l'origine,toutela Divinité.
Le sensibleestpercéà chacunde ses pointsparl'Intelligible. Le Créateur
de
peutpartir n'importe pour où saisiren cours de route tous les inter-
médiaires ; ces complexesque le Philèbe appelle des essences constituées

"'l. L'ascensionfonctionnelle se réalised'une manièretotale,par une pousséede tous


les élémentsversla formenouvelleet supérieure; alors que l'additivité,ne se faisant
que par l'extrémité,si l'on peut dire,est infiniment plus statique,ne comportant nul-
lementce mouvement de conversion intégrale(cf.p. ex. Rép.,VII, 518 c/d : la conver-
sionde l'âmetendantversle Biense faitd'unefaçontotale).
2. Banquet,210e.
3. Cf.pourcettenotionle Timée,41 d : «revenantau crateredanslequelil(le Démiurge)
avait d'abordmêléet fondul'Ame du Tout, il y versales résidusdes premières sub-
stanceset les v mélangeaà peu prèsde même».
4. Selonl'expression lumineusede M. EtienneSouriau.
5. Gommele dit excellemment Léon Robin (La Théorieplatonicienne des Idéesetdes
Nombres d'aprèsAristote,p. 598) : « La matièreà informer ne peutpas demeurer immua-
blementpareilleà elle-même, car,à chaque applicationde la Forme,elle perdquelque
chose de son indétermination primitive. D'autre part, la Forme sous l'aspect qu'elle
revêtdans l'Un, seraittrop simplepour déterminer immédiatement la confusiondu
sensible: il fautdonc que, à chaque transformation de la Matière,corresponde aussi
une particularisation de la Forme.Les principesse particularisent donc de plus en
plus à mesureque nous descendonsversla particularité infiniede l'Universsensible.»

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Les mixteschez Platon

et dontchacunimitedansla longuesériedu Mélangeuniversel la pureté


de l'Essencequi les régittoutes(celledu Bien-Un).Chaqueessenceconsti-
tuée tenden effetavidement(cf.Philèbe,53 d) versl'essenceimmédiate-
mentsupérieure qui est pluspureet plus parfaitequ'elle,étantde pro-
portions plusprochesde la Simplicité et de l'Unité.
J'aimeà me représenter à ce proposce mouvement par lequel cette
grandesymphoniemusicalequ'estla constellation de l'Être intégral-
cettemixtionqui n'estau fondqu'une composition de puretés,d'états
purs1 - dévoreen quelquesorte,touten l'instaurant, sa matièresen-
sible,à savoirtoutesa temporalité et sa spatialité2 ; pourse ruer,dans
une ivressepleinede science,verscettepointemaximale,vibranthors
de touttempset de toutespace,qu'estson accordacuminaiet inexpri-
mableen soi, la note suprêmequi exprime,en les résumant, tous les
étantsantérieurs. J'ai de plus en plus l'impression que c'est justement
dans ce mouvement de convergence dionysienne, qu'est cettetendance
versl'anéantissement - ce que j'ai déjà appelél'irruption de structure
pyramidale vers le Non-Être total - qu'on peut décelerla croissance
de l'Universde la Mixtion,dansson caractèrele plusauthentique 3.
C'est toujourscetteparentéprofondeexistantentrel'accroissement
etl'instantané. C'estau moment mêmeoù le Cosmosdu Mélange- qu'est
le toutdu Réel- va sombrer dansl'infiniment petitde l'instantané, qu'il
révèle,grâce à une transmutation ultime,toutela dimension de sondyna-
misme: croissantet s'amplifîant jusqu'au paroxysme, devenanttout
d'uncoup,dansla fenteinfinitésimale de l'instantané (régionde la Beauté
foudroyante) l'infiniment grand de l'Un pur.
Dans l'intuition métaphysique de la poétiquede l'Un-Bien,le cosmos
platonicien est ainsiune entitéesthétique, l'Œuvre d'Artpar excellence.
Toutcommeune œuvresuprêmede beautéqui s'insèredansle monde
sensibleparle fiatde la gestation créatrice (fiatqui impliquela mêmetem-
poralitéfoudroyante que celle de ce moment suprêmement opportun
qu'estle kaïrion); et qui sortde ce mondegrâceau triomphe de la verti-
calitédel'instantané (instantdévorateurqui maîtrise touslesprécédents);
de mêmele toutde l'Essence,sourcedu Cosmoset du temps,se révèleen
dernièreanalysecommela séparation-constellation des Structures que
1. Gommecelle que le Pliilèbeconstruitdialectiquement, à l'aide de la métrétique
supérieure.
2. Plus on montedans l'échelleontologique,et plus la spatialités'élimineprogressi-
vement: aux confinsdes Idées,nousn'avonsmêmeplus ce lieu intelligible dontnous
parlela Rép.,VII. Dans la régionde l'Un, nousn'assistonsqu'à la naturede l'instan-
tané,sise horsde toutetemporalité et de toutespatialitéiatoposnhusis).
3. Cettecroissancecoïncideavec celle du logos.
Pour l'accroissement du logos,cf. Phèdre,276 e /277a ; ibid,,276 c /d ; Théèlète,
172 c ; le passagesurla macrologiedu Politique.
^ Le Sophiste nous a déjà apprisque le logos n'existeque grace à la communauté,
c'est-à-dire au mélange,des genres.C'est par une mixtionde plus en plus intensedes
structures qu'on est à mêmede montersurles hauteurssuprêmesdu Logos ; en somme,
l'accroissement du Logos coïncideavec la compression de plus en plus pousséede la
mixis.

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A7. /. Boiissoulas

résorbe,à chaque moment, infinitésimal et supra-sensible*, la Beauté.


Ainsi,dans l'Universde la Mixtion,grâceà l'attractiontoute puis-
santequ'exercele Beau-Un,le sensiblese divinise,Yinstants*éternise a.
Dans cet univers, touteparcellesensibleet temporelle touchée,traversée
par la tensiondu Beau, se transforme aussitôtpourse transposer en ins-
tantparfaitqui frisedéjà les confins de l'Éternel.
Songeonsau Banquetoù le toutde la temporalité estfondéeparle beaur
grâceà la médiation d'Eros; ce démon,maîtredes Mélanges,qui pousse
corpset âmes à s'unir.Dès lors,on obtientpar l'uniondes corpsune
temporalité de plusen plusaccélérée; qui aboutitbrusquement à un ins-
tant singulier,permettant de toucherpourun laps de tempsextrême-
mentcourt,fuyant, non-viable,un extra-temporel ineffable.
Mais,parla suite,avecl'ascensionetl'ascèsede l'amour,grâceà l'union
des âmes,on acquiertdes rythmes de mixtionde plusen plusparfaits;
on s'élèveconstamment versles Essencesles plusverticales pourtoucher
finalement, avec l'acmé de la Hauteur,le momentdurableet suprême
qui estla racinede touteTemporalité, de touteÉternité3.
En instaurant, grâceà ce Banquetspirituel, desréalitésmajeures, l'âme
se trouvesousle regardde la Beauté; ellese senttouteenvahieparcette
visionqui la pousseirrésistiblement à créer.
L'âme contemple, dès lors,une Essence-Puissance qui la faitmonter
hautdansla Temporalité, jusqu'à l'instant du
triomphal Sommet, moment
par excellence du Terrible-Harmonieuxj qui ouvre d'un seul coup les
de
portiques l'Indescriptible.
Nicolas-Isidore Boussoulas.

1. Cf.Arislote(Plwsiaue.IV. 13. 222 b).


2. Cf.Eckermann: Entretiens avec Gœthe.
C'estcettefuiteversla transcendance qui constitueun des thèmesmajeursde l'Esthé-
tique de M. E. Souriau.
3. Si l'Être intelligible des Idées est éternel,le Bien-Un,lui, est au delà mêmede
cetteéternité,il est pré-éternel. A ce propos,A. E. Taylor: A Commentary on Platos
Timaeus(p. 678) met en parallèlela conceptionplatonicienne du Démiurgedans le
Timéeavec celledes néo-platoniciens concernant leurUn sis au delà mêmede l'Essence
et de l'Éternité.
Effectivement, le Démiurgedu Timée,que nousavonsdéjà identifié avec le Bien-Un,
nous a été montrécommeplanant,en quelque sorte,au delà des Idées éternellesqu'il
survoleet contempleen tant que médiateurs inférieurs (cf. La Causalitédu Bien et la
Métaphysique du Mélangeplatonicien).
Lorsquele Démiurgebâtitle corpsdu Cosmos,c'est-à-dire le toutde l'Être sensible,
il créesimultanément le temps,image mobilede l'Éternité,du mêmeniveauontolo-
gique que le sensible.
Le Démiurge,en tant justementque l'Idée du Bien-Un,est au delà de l'Essence
(sommedes Idées) nonseulement en puissance,maisaussien ancienneté, ainsique nous
le ditle VIe livrede la République(509 b) ; qu'est-ceà diresinonqu'il est plus ancien
(et avec lui,l'instan tané-kaïrionqui lui correspond) que l'éternité des Idées ?

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