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HESPERIS
ARCHIVES BERBÈRES et BULLETIN DE l'INSTITUT
DES HAUTES-ÉTUDES MAROCAINES

ftnnée 1925. Tpîmesti*e

EMILE LAROSE, É D I T E U R , P A R I S
44, R U E VICTOB-COUSIK. 14
COMMUNICATIONS 129

Note sur l'origine du nom de « Mahomet ».


Les langues romanes ont, pour le nom du Prophète Muhammad,
"une série de termes à vocalisation identique (espagnol Mahoma, portugais
Majoina, français Mahom, Mahomet, italien Maometlo) qui est curieuse
car, de Muhammad, on attendrait régulièrement des emprunts à vocali-
sation Q-a (*Mohamef) et non a-o.
L'explication de cette anomalie apparente est fournie par un passage
du Résumé donné par Ibn 'Ardûn de son traité sur le mariage intitulé
MuqnV el-muhtâg fî adâb el-azwâg ; il y prescrit en effet (éd. lithographiée,
Fès, 1319, p. 73, 1. 23-24), à propos du nom de Muhammad donné à un
nouveau-né, « que ce nom ne soit pas défiguré par une vocalisation du
premier mîm en a et du hâ en u ». Cette recommandation implique qu'au
xvie siècle les Gumâra avaient coutume d'employer une forme *Mahum-
mad, c'est-à-dire, dans la prononciation courante et en tenant compte de
l'action du voisinage consonantique sur le vocalisme, *Mahommad.
Le nom du Prophète de 1*Islam étant entré dans les langues romanes au
cours des premières guerres entre Chrétiens et Musulmans en Espagne,
c'est sous cette forme vulgaire, qu'il a été emprunté, soit que celle-ci
ait été d'un usage général en Andalousie et au Maroc, soit qu'elle ait
été particulière aux contingents marocains faisant la guerre sainte.
Quant à l'origine de cette forme, elle est encore obscure. Au point de
vue phonétique, la vocalisation Muhammad est des plus stables, car le u
est appuyé par la labiale m, comme le a l'est par la ïaryngale h. Morpho-
logiquement, *Mahummad est un barbarisme à quoi rien ne correspond
en arabe, classique ou dialectal. Seule, semble-t-il, la sémantique pourrait
fournir une raison de cette permutation vocalique. On sait en effet que,
dès le début de l'Islam et sur la recommandation expresse du Prophète,
le nom de celui-ci fut très usité comme nom propre ; il était donc à craindre
qu'au cours, par exemple, d'une discussion entre gens du vulgaire d'une
religiosité un peu fruste un individu nommé Muhammad ne vienne à être
insulté et que, par ricochet, la baraka du nom de l'Envoyé de Dieu ne soit
profanée : pour éviter pareil sacrilège, on aurait alors eu recours à une modi-
fication du vocalisme du mot pour différencier le nom du Prophète du
nom correspondant porté par de simples particuliers (1).
22 décembre 1924.
Georges S. COLIN.

0) Si cette hypothèse venait à être vérifiée, ce procédé serait à rapprocher de celui des
Chinois continuant à employer renversés certains caractères déclarés tabous.

HBSPÉH3. — T. v. — 192K.

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