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Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence 59 (2011) 17–22

Article original

Évolution du spasme du sanglot à court terme et effet de la thérapie


mère–enfant. Étude prospective
Short-term evolution of BHS with mother and child therapy. Prospective study
Y. Moalla a , K. Khemakhem a,∗ , H. Ayedi a , H. Feki b , A. Walha a , M. Hchicha c ,
A. Mahfoudh d , J. Damak b , F. Ghribi a
a Service de pédopsychiatrie, CHU Hédi Chaker, 3029 Sfax, Tunisie
b Service de médecine préventive, CHU Hédi Chaker, 3029 Sfax, Tunisie
c Service de pédiatrie, CHU Hédi Chaker, 3029 Sfax, Tunisie
d Service des urgences et de réanimation pédiatrique, CHU Hédi Chaker, 3029 Sfax, Tunisie

Résumé
Les études portant sur l’évolution du spasme du sanglot (SS) et évaluant l’effet de la psychothérapie mère–enfant sont peu nombreuses. L’objectif
de la présente étude était d’étudier l’évolution du SS à son début et à court terme sous psychothérapie mère–enfant.
Patients et méthodes. – L’étude était prospective, descriptive et analytique se déroulant du 1er janvier 2005 au 31 décembre 2008 et portant sur
32 enfants, âgés de moins de trois ans et atteints de SS sévère (avec perte de connaissance) de type cyanotique, pâle ou mixte. Ont été recueillies
les données suivantes : l’âge de début du trouble, les facteurs de stress précédant son apparition, ainsi que les facteurs déclenchant les crises, le
rythme des crises et leur durée. Ces trois derniers ont été évalués à la première consultation et après un an de psychothérapie régulière mère–enfant,
à raison d’un entretien par mois avec la dyade durant une heure.
Résultats. – L’âge moyen de début des troubles était de 13,41 ± 6,20 mois. Le SS a été précédé par des facteurs de stress dans 84,37 % des cas,
dominés par la séparation notée dans 50 % des cas. Les crises étaient déclenchées par la frustration dans 50 % des cas, la douleur dans 10 % des
cas, l’émotion et l’association de deux ou trois facteurs dans 40 % des cas.
Après un an d’évolution tous les enfants ont gardé le même type de spasme. L’évolution après un an de prise en charge a été marquée par la
diminution de la durée des crises ne dépassant plus quelques secondes, de la fréquence des crises déclenchées par la frustration qui est passée de
50 à 32,14 % ainsi que de la fréquence totale des crises. En effet 53,57 % ne faisaient plus qu’une crise par semestre et 32,14 % ne faisaient plus
qu’une crise par an. Alors que les crises hebdomadaires et quotidiennes ou pluriquotidiennes ont disparu.
Conclusion. – Ces résultats confirment la nature affective du SS et suggèrent l’effet bénéfique de la psychothérapie mère–enfant à court terme.
© 2009 Publié par Elsevier Masson SAS.

Mots clés : Spasme du sanglot ; Psychothérapie mère–enfant ; Évolution

Abstract
The aim of the study was to investigate the evolution of BHS at the short-term psychotherapy mother–child.
Patients and methods. – The study was prospective, descriptive and analytical occurring from 1st January 2005 to 31st December 2008 on 32 children,
with severe BHS, and aged less than three years. Were collected the following data: the age of onset of the disorder, stress factors preceding onset,
and the factors triggering the crisis, the “pace” of crises and their duration, measured at first consultation and after a year of regular mother–child
psychotherapy. The analytical study was conducted in order to compare the changing parameters in the cyanotic and pale type.
Results. – The mean age at onset of the BHS was 13.7 ± 6.46 months. The BHS was precipitated by stress factors in 84.37 % of cases dominated
by the separation noted in 50 % of cases. The crisis was triggered by frustration in 50 % of cases, pain in 10 % of cases, emotion and association
of two or three factors in 40 % of cases. Seizure frequency was variable from multiple episodes per day to a few crises per year. After one year,

∗ Auteur correspondant.
Adresse e-mail : khmakhemkhawla@yahoo.fr (K. Khemakhem).

0222-9617/$ – see front matter © 2009 Publié par Elsevier Masson SAS.
doi:10.1016/j.neurenf.2009.09.006
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all children have kept the same type of crisis with decline in the duration of the crisis more than a few seconds, the frequency of crises triggered
by the frustration that has risen from 50 % to 32.14 % as well as the total frequency of seizures. In fact 53.57 % were no longer a crisis every six
months, 32.14 % were not a crisis per year. While daily or weekly crisis disappeared.
Conclusion. – These results confirm the emotional nature of BHS and suggest the beneficial effect of mother and child psychotherapy in the short
term.
© 2009 Published by Elsevier Masson SAS.

Keywords: Breath-holding spells; Psychotherapy mother–child; evolution

Le spasme du sanglot (SS) est un trouble fréquent chez La moyenne d’âge des enfants était de 20,46 ± 8,63 mois. La
l’enfant. Sa fréquence en population générale est estimée entre sex-ratio était de 0,6. Le type de spasme était cyanotique dans
0,1 et 5,9 % [1,2,3]. La nature affective de ce trouble est claire- 78,12 % des cas (25 cas), pâle dans 18,75 % des cas (six cas) et
ment établie depuis les travaux d’Ibrahim [4], puis de Gastaut mixte dans 3,12 % des cas (un cas).
et Gastaut [5], de Lombroso et Lerman [1] et Kreisler et al.
[6]. 1.3. Données recueillies
Le praticien, le pédiatre et le pédopsychiatre sont habituel-
lement interpellés par les parents d’enfants atteints de SS au Les données se rapportant au type de spasme, aux carac-
sujet de l’évolution de ce trouble, ainsi que du devenir de leurs téristiques de l’enfant et de la mère, ainsi qu’aux paramètres
enfants notamment après une psychothérapie mère–enfant. Cette évolutifs (âge de début, facteurs favorisants, rythme des crises)
dernière constitue certes le premier volet de la prise en charge. ont été recueillies sur une fiche préétablie.
En revanche, devrait-on préciser aux parents ce qu’ils devraient
attendre de cette prise en charge. La réduction plus rapide des
crises ? Leur disparition ? Et après quelle durée de traitement ? 1.4. Procédure
La prévention d’un trouble mental ultérieur ?
L’effet bénéfique de la thérapie mère–enfant dans le SS est Les mères ayant accepté de participer à l’étude avec leurs
partagé par la plupart des cliniciens et des auteurs. Toutefois, petits enfants, ont été adressées à la consultation de pédo-
cette réalité clinique n’est pas suffisamment précisée et argu- psychiatrie avec un rendez-vous dans la même semaine. Tous
mentée par des études longitudinales. En effet, les études portant les entretiens avec la mère et l’enfant ont été menés au ser-
sur l’évolution de ce trouble et évaluant l’effet de cette thérapie vice de pédopsychiatrie, au même bureau et avec le même
sont peu nombreuses. Les seules études rapportées sont celles thérapeute. Celui-ci est un pédopsychiatre ayant une expé-
de Bridge et al. et de Dimario et sont en faveur de son efficacité rience en psychiatrie du premier âge, et dont la pratique est
[2,7]. basée sur l’approche psychanalytique. L’espace du bureau per-
L’objectif de la présente étude était d’étudier les caractéris- mettait un échange libre d’interactions entre la mère, l’enfant
tiques évolutives du SS à son début et l’évolution à court terme et le thérapeute ; et comportait à part les chaises pour la
des crises après une psychothérapie mère–enfant et de comparer mère et le petit un tapis avec une aise où la mère pouvait
cette évolution dans les formes cyanosée et pâle. déposer son petit et s’asseoir près de lui si elle le dési-
rait.
La durée des entretiens était d’une heure. Les entretiens ont
1. Patients et méthodes été enregistrés à l’aide d’une caméra vidéo numérique après
accord préalable de la mère. Les fiches ont été remplies après
1.1. Type de l’étude visualisation de l’entretien filmé.
La thérapie mère–bébé consistait en des consultations thé-
L’étude était prospective, descriptive et analytique se dérou- rapeutiques mère-bébé [10,11]. Il s’agit d’une thérapie brève,
lant du 1er janvier 2005 au 31 décembre 2008. où un processus de réduction des projections sur l’enfant et de
prise de conscience des conflits infantiles des parents est mis
1.2. Population en place. [12] Cette technique s’apprête bien aux troubles non
structurés chez l’enfant dont les parents ne sont pas atteints de
L’échantillon était composé de 32 enfants atteints de SS, pathologie lourde [10,11] et c’est le cas de notre échantillon. Elle
recrutés aux consultations de pédiatrie du centre hospitalo- est particulièrement utilisée dans les troubles psychosomatiques
universitaire Hédi-Chaker de Sfax, dans le cadre d’un projet [10].
d’étude sur les troubles psychologiques à expression somatique. L’évaluation à court terme des thérapies brèves mère-bébé
Ont été inclus dans l’étude les enfants âgés de moins de trois [13] montre qu’en plus des résultats symptomatiques fréquents
ans dont les parents avaient accepté de participer à l’étude, et et durables, on assiste à des modifications importantes de la
qui étaient atteints de SS sévère (avec perte de connaissance) relation mère–enfant et des représentations maternelles. Ces
[8,9] de type cyanotique, pâle ou mixte et dont le diagnostic changements s’accompagnent de modifications des interactions
a été confirmé par le pédiatre après un examen clinique et un objectivables. Le fonctionnement de l’enfant est aussi amélioré
électroencéphalogramme. [14,15].
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Les consultations thérapeutiques ont été organisées sous


forme d’entretiens avec la dyade, à raison d’une fois par mois,
réalisés dans les mêmes conditions que le premier entretien ; et
au cours des quels un travail avec l’enfant et sa mère a été effec-
tué. Une mise en mots de ce qui se joue entre les deux partenaires
a été réalisée par le thérapeute en se basant sur une analyse des
interactions mère–enfant sur différents registres, comportemen-
tal, affectif et fantasmatique [10]. L’évolution a été appréciée au Fig. 1. Répartition des enfants selon l’âge au moment du début des troubles
(total de 32 cas).
bout d’un an de prise en charge, elle a porté sur l’évaluation de
l’effet de la thérapie sur le symptôme : spasme de sanglot.
qui est agi, ceux-ci ne sont remédiés que partiellement a pos-
1.5. Difficultés de recrutement et de suivi des cas teriori par l’enregistrement vidéo. Malgré un souci concernant
la standardisation de la méthode thérapeutique, les séances ont
La durée longue de l’étude, était due à des difficultés de été organisées en fonction des circonstances et du besoin du
recrutement des cas, malgré la fréquence élevée du SS en consul- moment. Cette dernière difficulté a été soulignée par Lébovici
tation de pédiatrie. Ces difficultés étaient principalement liées [10].
au fait que certains parents n’étaient pas intéressés par l’étude et
la consultation. D’autres parents, malgré le fait qu’ils avaient 2. Résultats
manifesté leur intérêt pour l’étude, ne se sont pas présentés
au rendez-vous. D’autres, se sont présentés après avoir raté le 2.1. Âge de début
rendez-vous une ou plusieurs fois. De même le suivi était irré-
gulier pour certains cas imposant leur exclusion de l’étude. Les L’âge des bébés au moment de début du trouble varie entre
enfants ayant été suivis pendant un an étaient au nombre de 28. cinq et 24 mois. L’âge moyen de début des troubles était de
13,41 ± 6,20 mois (Fig. 1).
1.6. Analyse statistique
2.2. Facteurs de stress précédant l’apparition du trouble
Le traitement statistique a été effectué à l’aide du logiciel
SPSS10. L’étude analytique a été réalisée dans le but de com- Les autres facteurs étaient : une maladie somatique de
parer les paramètres évolutifs dans les formes cyanosée et pâle. l’enfant, un déménagement, conflit des parents (Tableau 1).
Les corrélations ont été recherchées à l’aide du test Chi2 pour
les variables qualitatives. Le seuil de significativité était de 5 %.
2.3. La première consultation
1.7. Limites de l’étude
L’âge moyen des enfants à la première consultation était de
20,46 ± 8,63 mois.
Cette étude a été effectuée sur un échantillon réduit vu la dif-
Le nombre des crises précédant la première consultation varie
ficulté de recrutement des cas. L’analyse de ses résultats devrait
entre un et quatre avec une moyenne de 1,46 ± 0,92.
tenir compte de cette donnée. De plus l’échantillon était consti-
Le nombre des crises précédant la première consultation psy-
tué par les mères motivées par l’enquête ; ce qui pourrait avoir
chiatrique varie entre un et 20 avec une moyenne de 5,84 ± 4,48.
des liens avec le profil psychologique de ces mères ou de leurs
enfants et entraîner des répercussions sur l’évolution du trouble.
Par ailleurs, au cours de notre activité thérapeutique, nous 2.4. Évolution sous psychothérapie mère–enfant
avons essayé d’éviter certains écueils : céder à la demande de
conseils éducatifs parfois insistante de la mère, séduire la mère L’évolution s’est déroulée selon les quatre critères suivants :
par un excès de sollicitude ou l’enfant par des gratifications
qui blesseraient le narcissisme parental [16]. Nous avons ren- • le type de crises: au cours de l’évolution tous les enfants
contré d’autres difficultés liées au devoir d’être attentif à la (28 cas) ont gardé le même type de spasme : cyanotique, pâle
fois envers la mère et le bébé et envers ce qui se dit et ce ou mixte ;

Tableau 1
Facteurs de stress précédant l’apparition du trouble (Total de 32 cas).
Effectif Type cyanotique Type pale Type mixte

Séparation 16 14 2 0
Naissance d’un puîné 5 3 1 1
Autres facteurs 6 3 3 0
Absence de facteurs 5 5 0 0
Total 32 25 6 1
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Tableau 2 des petits et avant l’âge de 12 mois chez 50 % d’entre eux


Facteurs déclenchant les crises en début d’évolution et après un an de suivi (Total (Fig. 1).
de 28 cas).
La majorité des auteurs ont situé l’âge de début du spasme
Déclenchement des crises Au début Après 1 an du sanglot avant 36 mois et la plupart d’entre eux ont déterminé
Effectif (%) Effectif (%) l’âge moyen de début entre un an et 18 mois [1,6,7,17,18].
Dans l’étude de Anil et Nedunchezian, l’âge de début était
Frustration 14 50 9 32,14
Douleur 3 10 8 21,42
compris entre quatre et 47 mois (moyenne de 13,22 mois) [19].
Emotion 1 3,75 4 14,28 Dans l’étude de Muratori et al., l’âge de début de la première
Association de 2 ou 3 facteurs 10 36,25 7 25 crise était compris entre quatre mois et 18 mois [20]. D’après
Total 28 100 28 100 Fejerman, le spasme du sanglot apparaît typiquement entre l’âge
de six et 18 mois [18].
Bridge et al. ont rapporté 66 parmi 83 patients ayant débuté
Tableau 3 leur spasme avant l’âge de 18 mois et Laxdal et al. ont rapporté
Fréquence des crises en début d’évolution et après un an de suivi (Total de une proportion de 87 % parmi 150 enfants atteints de spasme
28 cas).
du sanglot, ayant eu leur première crise avant l’âge de 18 mois
Fréquence des crises Au début Après 1 an [2,21].
Effectif % Effectif % Lombroso et Lerman, Di Mario et Bhatia et al. ont rapporté
dans leurs études que la majorité des enfants de leur échantillon
Quotidiennes 1 3,57 0 0
Hebdomadaires 3 10,71 0 0
commenceraient leur spasme entre six et 12 mois (66 % selon
Mensuelles 14 50 0 0 Lombroso et Lerman et 44 % selon Bhatia et al.) [1,17,22].
Une crise par trimester 0 0 4 14,28 Contrairement à ce qui a été rapporté dans certaines études,
semestrielles 0 0 15 53,57 le début précoce avant l’âge de six mois était peu fréquent dans
Annuelles 10 35,71 9 32,14 notre échantillon (7 %).
Total 28 100 28 100 En effet, Di Mario a rapporté une proportion de 12 % [7].
Certains auteurs ont rapporté un début encore plus précoce,
Lombroso, a rapporté un début du spasme du sanglot avant l’âge
• la durée des crises : à la première évaluation, la durée des de deux mois chez 7 % de ses patients [1], Di Mario a rapporté
crises était de quelques secondes dans 87,5 % des cas et supé- un début pendant le premier mois chez 5 % de sa série [7], et
rieure à une minute dans 12,5 % des cas. Au bout d’un an Laxdal a rapporté un taux de 8 % [21].
de prise en charge les crises ne duraient plus que quelques Un cas ayant manifesté sa première crise au troisième jour
secondes chez tous les enfants ; après la naissance, a été rapporté dans la littérature [23].
• les facteurs déclenchant les crises sont décrits dans le
Tableau 2 ; 3.2. La demande de consultation
• le rythme des crises est présenté dans le Tableau 3.
Contrastant à un début précoce de la maladie (âge moyen de
13,41 mois), la demande de consultation pédopsychiatrique est
2.5. Paramètres évolutifs selon le type de spasme relativement retardée survenant à un âge moyen de 20,46 mois.
Le nombre des crises précédant la première consultation pédo-
Aucune différence significative n’a été retrouvée entre les psychiatrique varie entre un et 20 avec une moyenne de 5,84.
types de spasme cyanotique et pâle concernant les paramètres Alors que la première demande de soins auprès du praticien ou
suivants : l’âge de début, les facteurs de stress précédant du pédiatre survient après une à quatre crises. Le recours au
l’apparition du trouble et l’évolution des facteurs déclenchants pédopsychiatre nécessite un travail d’écoute et d’explication de
et du rythme des crises. la part du clinicien, afin de motiver les parents à cette consul-
tation spécialisée. Ces derniers, à leur tour devraient vaincre
3. Discussion plusieurs résistances avant de pouvoir s’engager dans cette pro-
cédure.
En dépit d’un recrutement des cas dans un service de pédo-
psychiatrie, les résultats de la présente étude n’ont pas relevé 3.3. Facteurs de stress précédents l’apparition du trouble
de particularités par rapports aux études antérieures menées en
population pédiatrique ou en population générale. Dans notre étude un facteur de stress a précédé le déclenche-
ment du spasme dans 84,37 % des cas : c’était une séparation
3.1. Âge de début dans 50 % des cas, la naissance d’un puîné dans 15,62 % des
cas et d’autres facteurs tel qu’un déménagement ou une maladie
Dans la présente étude l’âge de début variait de cinq à 24 mois, somatique de l’enfant dans 18,75 % des cas (Tableau 1).
l’âge moyen de début du spasme du sanglot était de 13,41 mois Muratori et al., ont rapporté dans leur étude parmi les
sans différence significative entre les deux types de spasme. causes déclenchantes le traumatisme physique, la distraction
Le début a été identifié avant l’âge de 18 mois chez 71,88 % avec manque d’attention maternelle, la rivalité fraternelle et
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l’entrée du père dans la relation [20]. La situation dans laquelle se et les crises quotidiennes représentaient respectivement 10,71 %
déclenche le spasme est caractérisée par la présence d’un affect et 3,57 % des cas (Tableau 3).
douloureux qui fait tomber l’enfant dans un état de profonde Dans l’étude d’Anil et Nedunchezian, la fréquence moyenne
solitude. des crises était de 3,8/semaine [19]. Dans l’étude de Di Mario
portant sur 32 enfants avec SS, 53 % des enfants faisaient une à
3.4. Évolution sous psychothérapie mère–enfant six crises par semaine, 15 % faisaient des crises quotidiennes ou
pluriquotidiennes et 25 % faisaient moins d’une crise par mois
3.4.1. Durée des crises [25,26].
À la première évaluation, la durée des crises était de quelques L’évolution des crises a été appréciée sur 28 enfants
secondes dans 87,5 % des cas et de plus d’une minute dans ayant suivi régulièrement pendant un an une psychothérapie
12,5 % des cas. Cette durée est classiquement admise par la mère–enfant à raison d’une consultation tous les mois, sans
plupart des auteurs [2,6]. La crise est habituellement brève, de traitement antiépileptique. L’évolution à un an a été marquée
quelques secondes à une minute [6,20]. Des crises durables par une diminution notable et significative de la fréquence des
persistant pendant quelques minutes ont été rapportées dans crises par rapport à la fréquence initiale. En effet 53,57 % ne
certaines études antérieures [24]. Les auteurs de ces études faisaient plus qu’une crise par semestre, et 32,14 % ne faisaient
rapportent l’effet positif des méthodes cardiaques. Les résul- qu’une crise par an. Alors que les crises hebdomadaires ou pluri-
tats de la présente étude suggèrent l’effet de la psychothérapie hebdomadaires et quotidiennes ou pluriquotidiennes ont disparu
mère–enfant sur la durée des crises. En effet, selon les parents, (Tableau 3).
au bout d’un an de prise en charge les crises ne duraient plus L’hypothèse d’une amélioration due à l’âge de l’enfant pour-
que quelques secondes chez tous les enfants. rait être soulevée puisque la plupart des spasmes disparaissent
spontanément après trois ans [6]. Néanmoins, l’âge de guérison
3.4.2. Facteurs déclenchant les crises est diversement apprécié dans la littérature et dépasse trois ans.
Dans le début de notre étude, les facteurs déclenchants des Bridge et al., après un suivi de 51 patients pendant neuf ans,
crises étaient la frustration dans 50 % des cas, la douleur dans rapportent une moyenne d’âge de guérison de trois ans huit mois.
10 % des cas, l’émotion dans 3,75 % des cas et l’association de La moitié de son échantillon était guérie à l’âge de quatre ans
ces facteurs dans 36,25 % des cas (Tableau 2). Dans l’étude de [2].
Bridge, les facteurs déclenchants étaient la colère dans 64 % des Les études de Lombroso et Lerman sur un échantillon de
cas, la douleur dans 10 % et la peur dans 9 % des cas [2]. 80 enfants suivis pendant 12 mois et de Laxdal et al. sur un
L’étude analytique n’a pas mis en évidence de différence échantillon de 106 patients suivis pendants neuf ans, comportent
significative entre les deux formes bleue et pâle. Kreisler et des résultats similaires. Lombroso et Lerman rapportent de
al. suggèrent que la crise cyanotique se déclenche à l’occasion plus une persistance du trouble à cinq ans chez 15 % de ses
d’une contrariété, d’une réprimande, d’un refus qui provoquent patients et à six ans chez 10 % d’entre eux [1]. D’autres
la colère et d’une douleur alors que la cause provocatrice des auteurs rapportent des cas évoluant au-delà de l’âge de sept ans
crises pâles est sensiblement différente. C’est souvent une dou- [21].
leur, par exemple à l’occasion d’un traumatisme, notamment Di Mario rapporte un âge un peu plus précoce, puisque la
les chocs sur la tête, ou une émotion, comme la peur ; de majorité de ses patients étaient en rémission entre l’âge de 36 et
façon générale c’est une circonstance de surprise désagréable 42 mois [7].
[6]. Par ailleurs, la seconde année est classiquement décrite
Après un an d’évolution les crises déclenchées par la frus- comme une période évolutive de prédilection avec une fréquence
tration et celles déclenchées alternativement par deux ou trois maximale des crises [6] et la plupart de nos enfants appartenaient
facteurs ont diminué au profit des crises déclenchées seule- encore à cette tranche d’âge, ce qui fait qu’on s’attendrait plutôt
ment par la douleur ou l’émotion (Tableau 2) les enfants qui à une recrudescence des crises.
déclenchaient des crises tantôt suite à une frustration et tan- L’amélioration de l’état de ces petits suggère l’effet bénéfique
tôt suite à un autre facteur faisaient moins de crises suite à de la prise en charge psychothérapeutique. Celle ci permettrait
une frustration. Ce résultat suggère l’effet bénéfique de la psy- au-delà de la guidance parentale une prise de conscience de
chothérapie dans la diminution des crises déclenchées par la la part des parents et notamment des mères de la nature des
frustration. Cet effet est obtenu durant la première année de conflits. Elle consiste essentiellement en un travail sur les inter-
prise en charge. actions comportementales, affectives et fantasmatiques. Seule
cette prise de conscience garantit la continuité des remaniements
3.4.3. Rythme des crises dans les attitudes parentales et les relations entre les parents et
La fréquence des crises de spasme était variable dans notre leurs petits.
série comme dans les travaux de la littérature ; de multiples Alors qu’il existe une vaste littérature concernant les effets
épisodes par jour jusqu’à quelques crises par an. des psychothérapies chez les adultes, il en existe beaucoup moins
D’une manière générale, elle était plus faible par rapport en thérapie d’enfants ; les études de Tissot et al. étaient les pre-
aux résultats des études antérieures. En effet 50 % des enfants mières à évaluer les thérapies conjointes brèves. Ils ont portés
faisaient une ou plusieurs crises par mois et 37,5 % faisaient sur 75 dyades mères enfants d’âge moyen de 16 mois et qui ont
moins d’une crise par mois alors que les crises hebdomadaires bénéficié en moyenne de six séances pour des troubles à expres-
22 Y. Moalla et al. / Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence 59 (2011) 17–22

sion somatique, des troubles du comportement ou des conflits [3] Srinath, et al. Epidemiological study of children and adolescents psychiatric
parents–enfants. disorders in urban and rural areas of Bangalore, India. Indian J Med Res
Les effets les plus significatifs de la thérapie ont concerné la 2005;122:67–79.
[4] Ibrahim J. Ztschr. f. d. ges. Neurol. u. Psyehiat 1911;5:388.
diminution ou la cessation des symptômes dits « fonctionnels » [5] Gastaut H, Gastaut Y. syncopes et convulsions. A propos de la nature syn-
(troubles du sommeil et troubles alimentaires). Les interac- copale de certaines convulsions hyperthermiques ou à froid. Rev Neurol
tions mère-enfant se sont améliorées. Les enfants sont devenus 1957;96(2):158–62.
plus coopérants, plus faciles. Les mères se percevaient comme [6] Kreisler L, Soulé M, Fain M. L’enfant et son corps. Paris: Presse Univer-
meilleures, plus compétentes, moins tristes et l’enfant était aussi sitare de France; 1974.
[7] DiMario Jr. Prospective Study of Children with Cyanotic and Pallid Breath-
perçu de manière plus positive [27]. Holding Spells. Pediatrics 2001;107:265–9.
Le rôle des changements des paramètres environnemen- [8] Di Mario J. Breath holding spells in childhood. Am J Dis Child
taux notamment des attitudes parentales par le biais d’une 1992;146:125–31.
thérapie mère–bébé a été rapporté dans certaines études anté- [9] Sauvage D. Le spasme du sanglot. Paris: Entr Bichat; 1981. p. 359–61.
rieures. Il est clairement souligné par Bridge et al., dans leur [10] Lebovici S. consultations thérapeutiques mères-nourrisson. J Psychanalyse
d’enfant 1987;3:172–90.
étude, portant sur 188 enfants atteints de SS, où il rapporte [11] Winnicot D. La consultation thérapeutique de l’enfant, 1971. Traduction
des cas d’amélioration spectaculaire et d’amélioration progres- francaise. Paris: Gallimard; 1975.
sive [2], il est aussi affirmé par Di Mario dans son étude [12] Lebovici S. Le nourrisson, la mère et le psychanalyste. Les interactions
prospective sur 95 enfants atteints de spasme du sanglot et précoces, Paris: 1983.
suivis en psychothérapie pendant neuf ans. Les auteurs rap- [13] Cramer B, Robert Tissot C, Stern D, et al. Outcome evaluation in brief
mother infant psychotherapy: a preliminary report. Infant Ment Health J
portent une moyenne d’âge de disparition des troubles de l’ordre 1990;11(3):278–300.
de 36 à 42 mois. Cette guérison est relativement plus précoce [14] Manzano J, Palacio-Espasa F. Psychothérapie de la relation précoce
que rapportée antérieurement dans des études rétrospectives mère–enfant. Psychothérapies 1981:1–2.
[7]. [15] Atger F, Guedeney A. Attachement et développement. In: EMC.
L’efficacité de la thérapie mère–enfant en cas de spasme reste Psychiatrie/Pédopsychiatrie, 37–200–B–35. Paris: Elsevier SAS;
2006.
à confirmer par des études longitudinales et comparatives sur des [16] Cramer B. Interventions thérapeutiques brèves parents et enfants. Psychiatr
échantillons larges. D’autres aspects évolutifs sont débattus et Enfant 1974;XVII(1):53–118.
diversement appréciés dans la littérature, à savoir la survenue à [17] DiMario FJ. Paroxysmal Non Epileptic Events of Childhood. Semin Pediatr
long terme de troubles du comportement, de syncope vagale et Neurol 2006;13:208–21.
de décès causé par le spasme. Dans notre étude, aucune de ces [18] Fejerman N. Nonepileptic Disorders Imitating Generalized Idiopathic Epi-
lepsies. Epilepsia 2005;46(Suppl. 9):80–3.
complications n’a été notée durant la période de suivi. [19] Anil BG, Nedunchezian K. Breath Holding Spells: Evaluation of
Dans l’étude de Bridge et al., la survenue de troubles du Autonomic Nervous System Function. Indian Pediatr 2005;vol42:
comportement à long terme a été notée chez un tiers de 923–7.
l’échantillon [2]. Launnay et Kanner [28,29] prennent une posi- [20] Muratori F, Maestro S, Milone A, Tancredi R, Palacio Espasa F. Interaction
tion plus réservée quant à cette évolution bénigne rapportée par réelle et interaction fantasmatique dans les spasmes du sanglot de l’enfant.
Psychiatr Enfant 1996;XXXIV(2):341–63.
Bridge et al., ils retrouvent une évolution fréquente vers les [21] Laxdal T, Gomez MR, Reiher J. Cyanotic and pallid syncopal attacks
troubles névrotiques. Kreisler et al. sont plutôt en faveur d’un in children (breath-holding spells). Dev Med Child Neurol 1969;11:
devenir variable de ces enfants [6]. 755–63.
L’évolution vers des syncopes à l’âge adulte est signalée par [22] Bhatia M, Singhal P, Dhar N. Breath holding spells: an analysis of 50 cases.
Lombroso et Lerman et par Gastaut et Gastaut [1,5]. Des cas Indian Pediatr 1990;27(10):1073–9.
[23] Breukels M, Plotz F, Nieuwenhuizen O. Breath holding spells in a 3-day-
très rares de décès émaillent l’évolution du spasme du sanglot old neonate: an unusal early presentation in a family with a history of breath
et sont rapportés dans certaines études antérieures [30]. Dans holding spells. Neuropediatrics 2002;33(1):41–2.
l’étude prospective de Southal et al. sur 9856 enfants, les auteurs [24] Wilson D, et al. cardiac pacing in the management of severe pallid breath-
rapportent un seul cas de décès survenu après une crise de spasme holding attacks. J Paediatr Child Health 2005;41:228–30.
du sanglot avec cyanose, sans notion d’autres maladies pouvant [25] DiMario FJ, Burleson JA. Behavior profile of children with severe breath-
holding spells. J Pediatr 1993;122:488–91.
expliquer le décès [31]. [26] Goraya J, Virdi V. Persistence of breath-holding spells into late childhood.
Toutes ces données suggèrent l’hypothèse d’une bénignité J Child Neurol 2001;16(9):697–8.
quant à l’évolution et au risque de décès par les crises et appuient [27] Robert-Tissot C, et al. Outcome evaluation in brief mother infant
la conduite de réassurance pour les parents, tout en pointant le psychotherapies: report on 75 cases. Infant Ment Health J 1996;17:
rôle de la prise en charge dans la prévention d’éventuels troubles 97–114.
[28] Launay C. Réflexions sur le spasme du sanglot. Le nourrisson 1994;37:
affectifs ultérieurs [32]. 233–41.
[29] Kanner L. Child psychiatry. Springfield, Illinois: Charles C Thomas; 1935
[439–44].
Références [30] Paulson G. Breath holding spells; a fatal case. Dev Med Child Neurol
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[1] Lombroso C, Lerman P. Breath-holding spells: cyanotic and pallid infantile [31] Southall DP, Samuels MP, Talbert DG. Recurrent cyanotic episodes with
syncope. Pediatrics 1967;39:563–81. severe arterial hypoxaemia and intrapulmonary shunting: A mechanism for
[2] Bridge EM, Livingston S, Tietze C. Breath-holding spells. Their rela- sudden death. Arch Dis Child 1990;65:953–61.
tionship to syncope, convulsions, and other phenomena. J Pediatr [32] Stephenson J. Blue breath holding is benign. Arch Dis Child 1991;66:
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