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Guide pratique
d'analyse
de projets
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Manuel Serge
BRIDIER MICHAÏLOF

Guide pratique
d'analyse
de projets
Évaluation et choix des
projets d'investissements

Préface d'André BUSSERY

ECONOMICA
49, rue Héricart, 75015 Paris
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©Ed. ECONOMICA, 1995


Tous droits de reproduction, detraduction, d'adaptation et d'exécution
réservés pourtous les pays.
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PRÉFACE
de la première édition (1980)

Manuel Bridier et Serge Michai'lof sont tous deux de che-


vronnéspraticiens de la préparation et de l'appréciation despro-
jets. Mais ils sont aussi despraticiens de laformation de cadres
depays en voie de développement, notamment dans le cadre du
CEFEB, organisme deformation créé par la Caisse Centrale de
Coopération Economique.
Cette double expérience, leur souci du dialogue avec leurs
interlocuteurs du Tiers-Monde, leur ont fait prendre une
conscience aiguë de l'écart énorme qui existe entre, d'une part,
les théoriciens de l'analyse desprojets, enparticulier depuis une
dizaine d'années où une littérature volumineuse s'est développée
sur ce thème et, d'autre part, les praticiens, ingénieurs, agro-
nomes, cadres administratifs et financiers, économistes même,
chargés de la préparation effective des projets, et, a fortiori, les
décideurspolitiques.
Decetteprise deconscience, dusouci de "jeter unpont"pour
tenter que les ressourcesfort limitées des pays sous-développés
soient utilisées aussi judicieusement que possible enfonction de
leurs objectifspropres est née l'idée decetouvrage.
Suivant le déroulement même de la préparation d'un projet,
depuis son identificationjusqu'à l'étude détaillée, les deuxauteurs
rappellent d'abordjustement le rôle limité, mais indispensable, de
l'analyse financière traditionnelle, puis les deux auteurs initient
progressivement leur lecteur à une analyse économiquepratique,
ne nécessitant pas de connaissances spécialisées de mathéma-
tiques oud'économie, maismentionnantnéanmoins brièvementau
passage, les difficultés théoriques soulevéespar leur approche.
Certes, des théoricienspourront critiquer certainesfaiblesses
ou certaines omissions. Mais mapropre expérience —au moins
pour un public francophone - me conduit à penser qu'un ou-
vrage de ce type répondra aux besoins d'initiation et de clarifica-
tion de nombreuxlecteurs. Ils ytrouveronteneffet :
— une démarche adaptée à la procédurepratique d'élabo-
ration desprojets ;
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— l'affirmation répétée de l'importance essentielle de la


conduite d'un calcul économique, même sommaire et
approché, dès la premièrephase de conception dupro-
jet, lorsque celui-ci estencore malléable... ;
— la présentation, rapide sans doute, maispratique et suf-
fisante au départ, desprincipes des diverses approches
de l'analyse économique par les prix oupar les varia-
tions derevenus ;
— la discussion des principaux critères de choix dupoint
de vue de l'entreprise ou de l'économie nationale et les
modalités deprise encomptede l'inflation ;
— le rappel du caractère multi-critères de toute décision
d'investissement : les critères économiques, critères
"synthétiques"qui tendentàfaire oublier que toute déci-
sion économique modifie les revenus et les pouvoirs de
nombreuxagents (certains diraient des diverses classes)
composant la collectivité nationale ne sauraient donc
être utilisés de manière exclusive et une analyse détail-
lée des répercussions de toute décision sur la situation
de tous ces agents estparticulièrement utile ;
— le caractère relatif, c'est-à-dire enfait lié à une réparti-
tion existante des revenus et des pouvoirs, de tout sys-
tème de prix inévitablement utilisé pour effectuer une
appréciation desprojets ;
— le rappel insistant de l'utilité d'un calcul économique
pour toutprojet malgré son caractère imparfait.
Certes, les auteurs, après avoir rappelé l'intérêt—et les dan-
gers —de l'utilisation des prix de référence, enparticulier dans
laphase initiale de conception desprojets, développent-ils à leur
encontre certains arguments contestables. Certes, laprésentation
duproblème du taux de change auquel se heurte toute apprécia-
tion deprojets, mêmedans lespays où il n'y apas decontrôle des
changes rigoureux (cas de la zonefranc...), pourra paraître trop
sommaire. Certes, M.Bridier et S. Michaïlofne développent-ils
pas certaines objectionspossibles à la méthodedes effets, enpar-
ticulier la limitation de son emploi aux cas où la demandefinale
est unedonnée indépendante duprojet... Cetteméthode,pour des
raisons que je partage largement, malgré mes réserves théo-
riques, a clairement la préférence des auteurs. Ils en montrent
donc les potentialités pour conduire une analyse économique et
pratiquement politique des effets d'un projet, se rapprochant
beaucoupen cela de l'approche deKornaiquirappelle qu'unplan
ne résultejamais de l'utilisation d'unefonction d"'utilité sociale"
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théorique, mais de compromis entre intérêts divergents et/ou


complémentaires de classes sociales enpartie antagonistes.
Ces critiques peuvent êtrefaites et serontfaites. Mais ce se-
rait oublier l'objectif limité des auteurs : donner une démarche
pratique et suffisamment simplepour être appliquée par des "non
initiés" dans le choix des projets. Ce serait oublier aussi que la
compréhension complète des problèmes du calcul économique
suppose unepédagogie progressive, une "maturation" qui nepeut
sefaire qu'à partir d'une pratique et d'une confrontation avec la
diversité des cas réels.
Le principal est d'amorcer cette démarche. Cet ouvrage
contribuera incontestablement à atteindre cet objectif, comblant
une lacune regrettable dans la littérature économique de langue
française.

André BUSSERY
IngénieurCivildesMines
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AVANT-PROPOS

L'évaluation économique et financière des projets d'investis-


sement est à la fois comme la langue d'Ésope et comme la prose
deM.Jourdain.
Comme la langue d'Ésope, elle peut être la meilleure ou la
pire des choses : un instrument utile pour la décision ou le simple
camouflage, la simple justification a posteriori d'une décision
déjà prise.
Commela prose de M. Jourdain, elle se présente aujourd'hui
sous les traits d'une science nouvelle, ou plus modestement d'un
ensemble de techniques modernes, inconnues voilà seulement
quelques dizaines d'années.
Depuis que les hommesproduisent et échangent entre eux des
marchandises, particulièrement depuis que cette production et ces
échanges sont régis par les lois de l'économie capitaliste, il n'est
pas cependant un investissement, pas une décision économique ou
financière qui ne suppose une évaluation de ses conséquences,
une estimation desrésultats attendus et desrisques àencourir. Les
hommes d'État et les hommes d'affaires du siècle dernier ne fai-
saient-ils pas de l'évaluation sans le savoir, comme M.Jourdain
faisait de la prose ?
Aujourd'hui encore, de nombreux hommes de métier —que
ce soit dans les entreprises, dans les institutions financières ou
dans les administrations —considèrent avec scepticisme les tech-
niques nouvelles et préfèrent s'en remettre à leur expérience, à
leur sens del'économie, àleur "flair".
Le développement des techniques d'évaluation financière et
économique n'est pourtant pas une simple mode. Il répond au vo-
lume accru des investissements, à la durée de plus en plus longue
des amortissements, à la complexité croissante des décisions, à
l'imbrication de plus en plus étroite des facteurs économiques et
politiques.
Saufpourdes opérations defaible envergure, le choix final ne
dépend plus seulement de l'entreprise ou de son banquier. Il im-
plique une succession de choix partiels, dépendant le plus souvent
de centres de décision différents, nationaux et internationaux, fi-
nanciers et administratifs.
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Un langage commun, une analyse financière suffisamment


codifiée pour être admise et reconnue par chacun des interlocu-
teurs est alors nécessaire. Son complément par une analyse éco-
nomique est indispensable pour la prise en compte des aspects
extérieurs à l'entreprise ou au projet, souvent déterminants pour
les décisions des organismes administratifs ou des institutions in-
ternationales.
Le langage et les techniques utilisés pour de telles analyses ne
sont pas des recettes magiques ; ils ne fournissent pas des for-
mules passe-partout qui remplaceraient le bon sens et l'expérience
pratique. Leur application mécanique, sans discernement et sans
expérience, ne peut conduire au contraire qu'à des absurdités.
Mais il serait aussi dangereux de les rejeter en bloc.
On ne doit certes ignorer ni leurs faiblesses, ni leurs insuffi-
sances, ni même l'usage abusif qu'une certaine bureaucratie peut
en faire. Il n'en est que plus indispensable de les bien connaître et
de pouvoir s'en servir.
Indispensable pour des raisons positives, parce que ces tech-
niques fournissent au décideur des éléments irremplaçables d'ap-
préciation chiffrée, qui éclairent sa décision en même temps
qu'elles facilitent la présentation du projet aux autres instances, fi-
nancières ou politiques.
Indispensable aussi pour des raisons négatives (ou tout sim-
plement critiques), précisément parce que les institutions adminis-
tratives et financières —internationales en particulier —les utili-
sent couramment et qu'il faut pouvoir comprendre leur raisonne-
ment, savoir sur quoi il repose, pour discuter avec elles et ne pas
se voir imposer passivement leurs sentences.
La difficulté n'est pas alors seulement dans l'ésotérisme du
langage, mais dans la diversité des méthodes utilisées, particuliè-
rement en matière d'analyse économique.
Il existe à cet égard une littérature si abondante que l'annexe
bibliographique placée à la fin de ce volume ne prétend pas être
exhaustive pour les publications en français et ne constitue, pour
les éditions anglaises ou américaines, qu'un aperçu sélectif. Du
moins nous sommes nous efforcés de classer les principaux titres
par grands thèmes, pour permettre au lecteur de s'y référer plus
facilement.
Si nombreux qu'ils soient, il nous a pourtant semblé que ces
ouvrages, souvent excellents en eux-mêmes, ne répondaient pas
entièrement aux questions que se posent les étudiants ou les pro-
fessionnels, au passage toujours délicat de la théorie à la pratique.
Pour la plupart des livres mis en vente, il s'agit, en effet,
d'exposés savants, fournissant à la fois les grandes lignes des mé-
thodes et leur démonstration théorique. La rigueur académique de
ces exposés leur confère un intérêt scientifique et une valeur cer-
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taine, mais rend souvent difficile leur utilisation dans le travail


quotidien, même lorsqu'ils sont improprement qualifiés de "ma-
nuels".
C'est pourquoi de nombreuses institutions financières, tant
nationales qu'internationales, ont mis au point, à l'usage de leurs
propres agents, des guides pratiques pour l'évaluation des projets
qui leur sont soumis. Ces guides sont le plus souvent confiden-
tiels, non disponibles dans le public. Si même ils peuvent être
communiqués, leur adaptation trop étroite aux besoins particuliers
de tel ou tel établissement rend malaisée la généralisation de leur
emploi, à moins d'adopter purementet simplement les procédures
—et parconséquent les critères —decet établissement.
Dans l'un et l'autre cas, enfin, qu'il s'agisse des ouvrages sa-
vants ou des manuels internes, une seule méthode est présentée,
ce qui peut rendre difficile la compréhension des rapports établis
par d'autres sur d'autres bases.
L'ambition de ce petit livre est à la fois plus modeste et plus
large.
• Plus large, dans la mesureoù nous avons pensé utile
— de présenter à la fois les éléments de l'évaluation finan-
cière et del'évaluation économique ;
— d'exposer successivement les diverses méthodes les plus
couramment utilisées pour l'évaluation économique des
projets.
• Plus modeste, dans la mesure où nous souhaitons donner à
ce texte un caractère usuel, avec le minimum de références théo-
riques et d'observations générales, quitte àrenvoyer le lecteur aux
ouvrages debase.
C'est dans cette perspective essentiellement pratique, celle
d' un instrument utilitaire de travail, que nous avons présenté ce
manuel.
La première partie résume les principaux mécanismes de
l'évaluation financière en s'appuyant sur des exemples chiffrés
pourillustrer leur application concrète.
La secondepartie aborde successivement les deux principales
méthodes d'évaluation économique : "méthode des prix de réfé-
rence" et "méthode des effets". Comme pour l'évaluation finan-
cière, des exemples chiffrés permettent de suivre le déroulement
des calculs. Pour la méthode des effets, généralement moins
connue, il nous a paru en outre nécessaire de fournir un schéma
simplifié, avant de reprendre plus en détails les étapes du raison-
nement.
Le souci de conserver à ce petit livre son caractère pratique
nepouvait aller cependantjusqu'à exclure toute réflexion de fond
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sur la validité des méthodes et la signification des critères utilisés.


Une telle réflexion est indispensable pour donner aux calculs leur
juste place et ne pas confondre l'évaluation des projets, auxiliaire
de la décision, avec la décision elle-même.
Il nous a semblé cependant que cette réflexion supposait que
les méthodes soient connues et les procédés de calcul suffisam-
ment maîtrisés. C'est pourquoi nous l'avons réduite au minimum
dans l'exposé lui-même, pourlareporter àla conclusion.
Le lecteur trouvera enfin en annexe quelques schémas récapi-
tulatifs et quelques développements complémentaires, ainsi
qu'une bibliographie qui lui permettra d'approfondir sa connais-
sance du sujet au-delà des limites volontairement restreintes de ce
livre.
Serge MICHAÏLOF
Manuel BRIDIER
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INTRODUCTION

Pour comprendre le rôle que peuvent jouer les techniques


d'analyse financière et économique lors de la préparation de pro-
jets de développement, il est souhaitable de rappeler d'une part les
différents angles d'études d'un projet, d'autre part les principales
étapes de ce type d'études.

1. LES ANGLESD'ÉTUDES D'UNPROJET


— Qu'est-ce qu'un projet dedéveloppement ?
Defaçon très concrète, un projet correspond le plus souvent à
la réalisation d'un ou de plusieurs nouveaux investissements
(barrage, mine, chemin de fer et port d'évacuation...) ou bien à
l'extension d'installations existantes (accroissement de capacité
d'une usine...) et/ou à la mise en place d'un ensemble de mesures
institutionnelles (création d'une agence de développement régio-
nale, d'une société demise envaleur, etc.).
—Commentdéfinir unprojet ?
Les définitions varient largement selon les auteurs. Nous en
retiendrons une qui a le mérite d'insister sur le caractère global et
relativement autonome que doit présenter tout projet : "il s'agit
d'un ensemble complet d'activités et d'opérations qui consomment
des ressources limitées (telles que main d'oeuvre, devises, etc.) et
dont on attend (on = certains individus, groupes ou classes so-
ciales ou la collectivité entière) des revenus, ou autres avantages
monétaires ou non monétaires".
Analyser un projet consiste donc, en dernière instance, à
comparer des utilisations de ressources et des revenus ou avan-
tages futurs étalés sur une certaine période de temps. Mais l'étude
d'un projet ne se limite évidemmentpas àcette analyse. Unprojet,
eneffet, doit—oudevrait être —étudié sous plusieurs angles.
Sousl'angle technique, d'abord, il s'agit d'analyser les caracté-
ristiques d'un produit, les procédés de fabrication, etc. Mais en
général cette étude technique aura été précédée d'une étude des
besoins ou d'une étude de marché. S'il s'agit de produits commer-
cialisés, il faut connaître les quantités que l'on pourra vendre, à
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quel prix, les conditions de commercialisation, l'évolution future


de la demande et, à la limite, le type de produit qu'il faut fabri-
quer. Tout ceci peut paraître trivial mais l'oubli ou l'insuffisance
deces études de marché initiales ont fait capoter bien des projets.
Outre ces deux principaux angles d'étude, unprojet doit faire
l'objet d'un ensemble d'analyses qui doivent porter sur six princi-
paux éléments :
— les conditionsjuridiques et fiscales,
— les ressources en hommes (main-d'œuvre qualifiée ou
nonqualifiée, cadres techniques et dedirection),
— les schémas d'organisation prévus,
— l'estimation des coûts d'investissement et d'exploitation
ainsi que des recettes et avantages prévus,
— la recherche des moyens financiers qui pourront être
mobilisés pour la réalisation,
— enfin, la comparaison entre les coûts et les recettes ou
avantages attendus.
Le problème de la comparaison entre les coûts et les recettes
ou avantages attendus du projet fait plus particulièrement l'objet
decet ouvrage. Cette comparaison sefait àdeux niveaux :
— celui de l'entreprise : l'étude sera ici faite par l'entrepre-
neur, le banquier, le directeur du projet qui cherchent à
estimer la rentabilité ou àvérifier l'équilibre financier du
projet ou de l'une de ses unités: c'est l'objet de l'étudefi-
nancière ;
— celui de la collectivité nationale : l'étude sera ici
conduite par un bureau de planification, un organisme
financier ou une équipe de techniciens qui cherchent à
évaluer les bénéfices du projet pour la collectivité natio-
nale :c'est l'objet de l'étude économique.
Cette distinction entre économique et financier est cruciale.
Nousla rencontrerons enpermanence.
Si la préparation d'un projet suppose ainsi une étude effectuée
sous divers angles complémentaires, elle suppose également un
certain nombred'étapes nécessaires.
2. LES ÉTAPES DE LA PRÉPARATION D'UN PROJET
Les étapes sont en principe au nombre de quatre : l'identifi-
cation, la faisabilité, l'évaluation, l'avant-projet d'exécution.
— L'étude d'identification correspond à la première matura-
tion de l'idée de projet ; on yfait l'analyse des besoins ou du mar-
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ché, le diagnostic d'une situation qui pose le ou les problèmes


dominants ainsi que le ou les facteurs limitants. Ala lumière des
innovations possibles, elle dégage les premières esquisses de so-
lution. L'un de ses objectifs est enfin de susciter le financement de
l'étude defaisabilité dontelle définit le contenu.
Defaçon générale, le projet est donc localisé et grossièrement
dimensionné. Les différentes options technico-économiques doi-
vent être énoncées et la cohérence de l'ensemble vérifiée. Les pa-
ramètres clés sont estimés sommairement (mais nonjustifiés, ce
sera le rôle del'étude defaisabilité).
Pour un projet hydro-agricole, par exemple, l'identification
correspond approximativement à l'analyse des besoins et des pro-
blèmes permettant la définition du premier schéma d'aménage-
ment : ressources en terre et en eau, moyens techniques néces-
saires pour leur mobilisation (ouvrages, équipement, aménage-
ments, etc.). Dans le cas d'un projet sucrier, il faudra préciser les
dimensions du marché, les localisations possibles, énoncer les
fourchettes probables pour les paramètres-clés : rendement en
canne, rendement en sucre, durée de la campagne, taux d'extrac-
tion, etc.
— L'étude defaisabilité vise à prouver que les choix tech-
niques et économiques sont viables (faisables) et qu'ils sont les
meilleurs (optimisation). Dans le cas contraire, l'étude doit propo-
ser des solutions mieux adaptées ou bien recommander l'abandon
duprojet. Les paramètres sommairement estimés lors de l'identifi-
cation doivent êtrejustifiés.
Elle approfondit par conséquent les données de l'étude précé-
dente et justifie techniquement et économiquement la solution
proposée après discussion des autres solutions possibles. C'est le
stade duchoix et de sajustification.
— L'étude d'évaluation est effectuée par l'organisme chargé
du financement duprojet. Elle vérifie l'étude de faisabilité afin de
préparer la prise dedécision.
Les objectifs du projet sont-ils oui ou non compatibles avec
ceux du secteur économique considéré ? S'inscrivent-ils dans la
stratégie nationale de développement ? Les choix techniques et
économiques sont-ils les meilleurs ?En conclusion : faut-il aban-
donner le projet ? Retarder la décision ? Reprendre l'étude de fai-
sabilité ? Financer le projet sous sa forme actuelle ou bien une
variante ?
— L'étude de l'avant-projet d'exécution prépare enfin la réa-
lisation : spécification détaillée des moyens de toute nature à
mettre en œuvre, évaluation plus précise de leur coût, (d'autant
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que les délais entre l'étude de factibilité et le projet d'exécution


peuvent avoir entraîné des hausses de prix significatives prévues
ou imprévues). Cette étude doit s'accompagner d'un planning dé-
taillé de réalisation des travaux s'appuyant, le cas échéant, sur un
schéma d'ordonnancement. Elle comprend enfin la préparation et
le lancement de dossiers d'appel d'offre (ou la préparation d'un
cahier des charges s'il s'agit d'un contrat de gré-à-gré), le dépouil-
lement des appels d'offre ainsi que le choix des entrepreneurs.
3. L'EXÉCUTION PRATIQUE DESÉTUDESDEPROJETS
L'importance et la durée de ces différentes phases d'étude va-
rie, bien entendu, avec l'importance et la complexité des projets.
Si des projets industriels simples peuvent être mis en chantier
après quelques semaines d'études, en revanche de vastes projets
agro-industriels dont la réalisation se heurte àde multiples incerti-
tudes (climat —sols —disponibilité en eau —réactions des po-
pulations paysannes —etc.) exigent parfois des années de re-
cherches.
Les différentes phases d'études s'enchaînent donc selon la sé-
quence suivante :

Certaines de ces quatre phases sont néanmoins couramment


omises dans la pratique. L'identification est fréquemment confon-
due avec la vague idée de projet, la faisabilité "bâclée" sert
d'étude de projet et l'étude d'évaluation se limite à la relecture de
l'étude de faisabilité. Ce n'est pas nécessairement un mal si le
projet est de taille réduite ; cela permet d'économiser sur les coûts
de l'étude, lesquels bénéficient fort peu, en général, aux pays en
voie de développement.
De nombreux organismes insistent néanmoins pour une nette
différenciation de ces diverses séquences. Dans le cas de projets
agricoles financés par la Banque Mondiale, par exemple, l'identi-
fication est souvent réalisée par les missions résidentes telles
celles de Nairobi ou d'Abidjan, ou par les services de Washington,
appuyés de consultants individuels, à partir de dossiers présentés
par les services techniques nationaux. La faisabilité est en général
effectuée par des Sociétés de consultants étrangères ou locales.
L'évaluation (appraisal) relève par contre des équipes de
Washington.
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4. LA PLACE DE L'ÉCONOMISTE ET DE SES TECHNIQUES


Pour situer les techniques que nous allons étudier ensemble, il
est nécessaire de détruire un certain nombre de mythes.
La solution "classique" qui consistait à définir un produit,
puis à chercher à le vendre, donc à faire l'étude technique lors de
l'identification et de la faisabilité, puis à se préoccuper de l'étude
du marché ou des besoins au niveau de la réalisation, a fait son
temps. Nombre d'échecs d'entreprises en fournissent la preuve.
Vouloir de la même façon effectuer l'étude financière et éco-
nomique d'un projet lorsque ce dernier est déjà défini, c'est-à-dire
lors de l'étude d'évaluation, conduit à une situation non satisfai-
sante si le projet montre une faible rentabilité. Ace stade, le choix
est de financer ou de ne pas financer le projet. Or, pour les projets
importants financés sur fonds publics, les pressions politiques et
financières ou l'urgence des besoins font que l'on voue au diable
les économistes et leurs mauvais présages.
En conséquence, si l'économiste veut être utile, si les règles et
raisonnements économiques peuvent éclairer les responsables,
c'est à condition d'en user dès la conception d'un projet, c'est-à-
dire lors de l'identification ou de la faisabilité.
Le problème classique de l'évaluation expost, ou du choix
entre divers investissements, problème analysé en détail par les
manuels spécialisés, se révèle ainsi fréquemment un exercice aca-
démique. Le rôle de l'économiste est le plus souvent d'aider à la
définition d'un projet, d'obliger les techniciens à étudier des va-
riantes, d'éclairer les décisions successives qui, bien avant la déci-
sion finale de financement, déterminent les caractéristiques tech-
niques.
L'étude financière et l'étude économique doivent donc débu-
ter dès le début de la préparation des projets, même et surtout si
les éléments techniques sont encore très imprécis (et de façon plus
générale, les projets doivent si possible être étudiés sous tous
leurs angles —technique, marché, financier, économique, organi-
sation, etc. —lors de toutes les phases de leur préparation, ce qui
peut être synthétisé à l'aide du schéma ci-après).
Le rôle des techniques économiques que nous étudierons ici
est donc de faciliter la synthèse et l'analyse des éléments d'infor-
mation permettant d'éclairer les décisions successives qui défini-
ront les caractéristiques du projet, puis de préparer la décision de
financement. Ala différence des techniques comptables qui visent
essentiellement à enregistrer et contrôler des phénomènes, les
techniques que nous étudierons visent à éclairer etfaciliter des
prises de décisions.
Ces techniques se situent donc en dehors du cadre comptable
classique. Mais elles ne dispensent aucunement de l'étude finan
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Schémad'intervention desétudes
lorsd'une préparation deprojet

cière détaillée qui survient en principe postérieurement, lorsque


les grands choix techniques ont été faits. Mieux, elles préparent et
facilitent grandementcette dernière étape financière.
Nousexaminerons successivement :
1) les techniques d'évaluation financière de projets dans
l'optique de l'entreprise ;
2) les techniques d'évaluation économique de projets dans
l'optique de lacollectivité nationale.
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CHAPITRE 1
L'ÉVALUATION FINANCIÈRE
1. NOTE PRÉLIMINAIRE :
NOUVEAUX PROJETS ET EXTENSION DE PROJETS DÉJÀ
EXISTANTS
Il est ici nécessaire de bien faire la distinction entre nouveaux
projets et extension de projets déjà existants. Si l'ensemble des
techniques que nous allons présenter s'applique eneffet sans diffi-
cultés ni préalables au cas de nouveaux projets, l'extension d'un
projet déjà existant implique bien évidemment une analyse soi-
gneuse du passé de ce projet. Surun plan financier, une telle ana-
lyse suppose le dépouillement des bilans, comptes d'exploitation
et documents comptables de l'unité opérationnelle chargée de sa
mise enœuvre.
Nous ne reviendrons pas ici sur le problème désormais clas-
siquede l'analyse financière du passé, dudépouillement des bilans
et documents comptables, et renvoyons pour cela le lecteur aux
nombreux ouvrages qui traitent en détail de ce problème.1 Nous
centrerons notre approche sur l'analyse de l'avenir et le problème
des nouveaux projets, étant entendu que, pour le cas des exten-
sions deprojets déjà existants, les techniques que nous présentons
peuventêtre utilisées sans difficulté àdeuxconditions :
1) ne pas omettre l'analyse financière du passé à l'aide des
outils traditionnels,
2) ne pas analyser l'extension isolément du projet existant
mais étudier au contraire le projet global avec et sans
extension.
Supposons, par exemple, que l'on veuille porter de 10000 à
15000 T. la capacité de production d'une usine agro-alimentaire.
Il serait absurde et impossible de bâtir un compte d'exploitation
séparé et afortiori un bilan distinct —pour les 5000 T. supplé-
mentaires (dont le coût de fabrication comprend une part impor-
tante de charges fixes, communes à l'ensemble de la production).
Il faudra donc procéder d'abord à l'analyse financière du projet de
1. Voirannexe bibliographique.
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10 000 T., puis à l'analyse du projet élargi, pour sa production to-


tale de 15 000 T. et ne faire qu'ensuite la soustraction entre les ré-
sultats ainsi obtenus.

2. LES OUTILS FINANCIERS QUI FACILITENT LA MISE AU


POINT DUSCHÉMATECHNIQUE
2.1. Analyse financière sommaire et analyse détaillée
La préparation d'un projet passe, en principe, par quatre
phases de durée et d'importance variables en fonction de la taille
et de la complexité du projet : l'identification, la faisabilité, l'éva-
luation et le projet ou avant-projet d'exécution.
Comme nous venons de le voir, ces étapes sont parfois
confondues, voire omises. Il y a néanmoins toujours deux phases
bien distinctes : celle de la conception du projet, et celle de sa
mise enforme définitive.

2.1.1. Mise au point du schéma technique et mise au point du


schéma definancement
Lors de la conception d'un projet, le problème fondamental
est la mise au point du schéma technique. Lors de la mise en
forme définitive au contraire, les aspects financiers et en particu-
lier la mise au point du schéma de financement sont essentiels.
Dans la réalité, ces deux aspects (définition technique et mise au
point financière) sont souvent entremêlés, ce qui correspond à une
pratique erronée, qui est source de confusion. Cette pratique erro-
née, fréquemment employée consiste en effet :
a) pour les ingénieurs qui préparent le projet à retenir une
solution a priori en assimilant en général la solution
qu'ils connaissent le mieux à la solution la meilleure,
b) pour l'économiste ou le financier chargé de "l'évalua-
tion", à procéder à une étude financière détaillée, travail
qui conduit facilement à la confusion s'il est répété pour
de multiples hypothèses techniques.
Lorsqu'à l'issue de cette étude le projet ne peut être financiè-
rement équilibré, le schéma technique est en effet modifié à la
hâte, au jugé, et l'analyste financier se perd entre les modifications
d'hypothèses techniques et d'hypothèses financières. Le projet
préparé indépendamment de toutes considérations financières (et
économiques !) est en effet présenté trop tard au financier ou à
l'économiste pour que celui-ci puisse intervenir dans le choix du
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schématechnique, c'est-à-dire dans le problème essentiel duchoix


des variantes.
2.1.2. Étudefinancière sommaire et choix des variantes
Unprojet important ne s'élabore pas en unjour. Al'origine se
trouve en général la combinaison d'un besoin ou d'un problème
spécifique (exemple : fort accroissement de la consommation de
sucre importé) d'une opportunité technique (possibilité decultiver
la canne à sucre dans des conditions satisfaisantes) et d'une vo-
lonté ou finalité générale au plan politique (politique d'import
substitution affirmée, volonté d'indépendance alimentaire, etc.).1
Chaqueprojet est donc le produit d'une suite dedécisions qui
l'engagent fréquemment très tôt de façon irréversible —dès
l'identification —pour des raisons à la fois techniques, idéolo-
giques, politiques et financières. Ces décisions concernent le
choix de la technologie (les possibilités de choix ne sont d'ailleurs
ici généralement pas évoquées), le choix desprocédés de fabrica-
tion (souvent imposés —et non justifiés —par l'expérience
propre du ou des responsables techniques), le choix de la dimen-
sion (la recherche souvent illusoire d'économies d'échelle est ra-
rement balancée par une analyse des besoins réels), le choix de la
localisation régionale et micro-régionale (parfois imposée pardes
considérations électoralistes) le choix de la structure de gestion
(fréquemment dominé par des a priori idéologiques du genre :
"efficacité supérieure de l'agriculture de plantation par rapport à
l'agriculture paysannale") et enfin le choix de la date de réalisa-
tion. Biais technicistes, a priori idéologiques, considérations
électoralistes et contraintes financières se conjuguent ainsi fré-
quemment pour donner le jour à des projets difformes, qui faute
de modifications survenues à temps (dès l'identification ou le dé-
but de la faisabilité) conduisent à des choix difficiles lors de
l'évaluation : faut-il rejeter en bloc le projet ?perdre deux ans en
nouvelles études (ce qui financièrement et politiquement est dif-
ficilement acceptable) ? ou accepter de financer un projet mal
conçu en fonction de considérations politiques déguisées en "justi-
fications économiques et sociales" ?
2.1.3. Rôle del'étudefinancière sommaire
Pour limiter (ou chiffrer) le coût de ces biais, a priori et
contraintes, nous avons vu que l'étude financière doit intervenir
1. L'opportunité technique seule eneffet ne suffit pas àjustifier un projet ni àle faire vivre (cas
duConcorde...) et le besoin ou la réalité du problème ne suffisent pas à susciter un projet si
les finalités générales ne correspondent pas (cas dela pauvreté dont chacun se désintéresse si
la finalité est d'accumuler individuellement lemaximum deprofit àcourt terme).
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très tôt, lors de la préparation des projets. Mais les outils tradi-
tionnels que sont les comptes d'exploitation et bilan prévisionnels
ont ici le défaut de s'inscrire dans un cadre comptable qui se ré-
vèle d'un maniement lourd et peu adapté au problème de la mise
au point et du choix d un schéma technique. C'est par conséquent
à des outils différents que l'on fait appel. Ces outils permettent
une analyse sans doute sommaire, mais mieux adaptée à la
conception d'un projet, à la mise au point d'un schéma technique
que l'analyse financière détaillée classique.
Notons toutefois que cette étude sommaire ne saurait en au-
cun cas éliminer l'analyse détaillée qui est indispensable lors de la
mise en forme définitive du projet, lors de la préparation du
schéma financier, lorsqu'il faut alors s'assurer de l'équilibre fi-
nancier définitif et de la rémunération des différents agents éco-
nomiques intervenant.

2.1.4. Passage du cadre comptable au cadre del'analysefinan-


cière sommaire
Fort utile pendant toute la période de conception d'un projet,
guidant et organisant la préparation technique, l'étude financière
sommaire fait ainsi appel à des techniques de calcul qui consti-
tuent un langage différent du langage comptable. Cette différence
de langage est particulièrement sensible en ce qui concerne la dé-
finition des prix derevient et de l'amortissement.
La différence entre le prix de revient comptable et le coût
marginal est unproblème connu, qui s'applique àdes décisions de
gestion à court terme et n'entre pas, par conséquent, dans le cadre
de cet ouvrage ! La définition de l'amortissement exige au
contraire une mise au point pour son application à l'analyse fi-
nancière d'un projet.
Les manuels de comptabilité définissent l'amortissement
comme "la constatation comptable de la perte subie par la valeur
d'actif des immobilisations qui se déprécient au cours du temps".
Mais cette définition suppose qu'on enregistre en tant que perte de
la valeur d'actif la dépréciation réelle des immobilisations : en fait
les rythmes de dépréciation adoptés par les comptables sont entâ-
chés d'un certain arbitraire, ils consistent par exemple à porter
C
chaque année en amortissement la quantité — N ou "C" est le coût
total de l'immobilisation réelle et "N" le nombre d'années retenu
pour le calcul. Ce sont donc en définitive des règles fiscales
(amortissements dégressifs, accélérés, etc.) qui vont commander
le calcul des amortissements dont on n'est pas sûr, dans ces
conditions, qu'ils aient un sens économique, et qui ne correspon-
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dent en outre à aucune sortie effective d'argent puisque les


sommescorrespondantes restent àla disposition del'entreprise.
2.1.5. L'analysefinancière sommairepeut sefaire sans recours
à la notion d'amortissement
Le caractère arbitraire et assez artificiel de l'amortissement
comptable est heureusement sans grande importance pour l'éco-
nomiste, car celui-ci peut fort bien guider les décisions d'investis-
sement dans l'entreprise sans jamais utiliser la notion d'amortis-
sement.
En quoi consiste en effet, en bref, un projet d'investissement
au niveau de l'entreprise ? Acquérir ou fabriquer des biens rares
dont la durée de vie est limitée, qui exigent des dépenses d'exploi-
tation et d'entretien annuels, et qui sont susceptibles d'apporter des
recettes.
Cet ensemble de charges et de recettes peut être représenté
sous uneforme graphique.
Atitre d'exemple, les figures 1et 2 ci-après, illustrent le cas
d'un projet dont la durée de vie totale est de 8ans et dont la réali-
sation del'investissement exige 1an.
Les histogrammes de la figure 1,ou la courbe simplifiée de la
figure 2 ne sont que deux représentations du même phénomène.
Ils montrent comment les charges d'exploitation augmentent avec
le temps, par suite duvieillissement dumatériel, tandis que les re-
cettes diminuent passé un certain seuil (ici la 5eannée). Lorsque
les biens d'investissement, c'est-à-dire les machines, les
usines, etc. sont usés, on effectue un autre investissement; le gra-
phique prend alors la forme de la figure 3.
Il est d'ailleurs plus simple de ne pas faire apparaître tous ces
coûts et toutes ces recettes mais leur somme algébrique annuelle
qui se présentera sous la forme d'une succession de flux de re-
cettes et dedépenses, commeonpeut le voir sur la figure 4.
La sommealgébrique des charges d'exploitation, desrecettes,
et pour les premières années ducoût de l'investissement, que nous
avons portée sur le graphique précédent, représente par définition
le flux financier net ou cash flow.1 Unprojet d'investissementpeut
donc se décrire par un échéancier defluxfinancier net, c'est-à-
dire une succession annuelle de sommesalgébriques :

1. Il existe de multiples définitions du cash-flow. Nous nous situons ici, ne l'oublions pas, dans
une terminologie spécifique et le cash flow ainsi défini ne correspond pas à la notion cou-
rante de cash flow comptable (résultat d'exploitation + amortissement).
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FIGURES 1 et 2. - Présentation schématique d'un projet d'investissement sous


la forme d'un échéancier de flux financiers (I)
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FIGURES 3 et 4. -Présentation schématique d'un projet d'investissement sous


laforme d'un échéancier defluxfinanciers (II)

Tout projet ou toute variante d'un projet se présentera donc de


façon synthétique sous la forme d'un tableau récapitulant année
par année les dépenses d'investissement et de renouvellement, les
charges d'exploitation et les recettes espérées.
Le tableau se présente ainsi :
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TABLEAU 1

Cetype deprésentationjustifie divers commentaires :


a) Très important : les considérationsfinancières etfiscales
sontpour l'instant négligées.
Dès lors que l'on n'utilise plus les notions d'amortissements
fiscaux mais la durée de vie techniquel, il n'est plus possible de
calculer les bénéfices comptables ni les impôts sur les bénéfices.
Cette approche est doncforcément sommaire. Elle a pour but de
permettre d'effectuer des choixpréalablement à l'intervention de
considérationsfiscales. L'étude financière détaillée sera indispen-
sable lorsque l'on cherchera à calculer les bénéfices comptables,
les impôts et dividendes et àmettre au point un schéma de finan-
cement.
Le flux financier précédemment calculé correspond en fait à
une sommede flux qui seront ultérieurement affectés aux action-
naires (dividendes), à l'état (fiscalité), à des fonds de renouvelle-
ment (amortissements), etc.
b) Attention, en utilisant cette méthode, de ne pas compter
deuxfois la valeur de l'investissement, en incluant à nouveau les
amortissements.2
c) Le tableau est en général présenté en monnaie constante,
nonque les phénomènes inflationnistes soient négligés mais parce
que l'on estime que les prix évolueront parallèlement. Des hypo-
thèses différentes peuvent toutefois être retenues (voir note com-
plémentaire).
d) Attention de nepas oublier les besoins enfonds de roule-
mentpermanent qui correspondent à unerubrique duposte inves-
tissement.

1. Cf. chap. 2, section 3.3. ci-après.


2. Nous utiliserons désormais dans un but de simplification le terme flux financier pourflux fi-
nancier net.
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Le tableau précédent est en effet établi àpartir des indications


fournies par les responsables techniques du projet. Ceux-ci chif-
frent en général avec unebonne précision les investissements cor-
respondant à des immobilisations : bâtiments, véhicules, terras-
sements, etc. mais oublient fréquemment de chiffrer les besoins
de financements requis par les exigences du cycle d'exploitation.
Les matières premières, en effet, ne sont pas transformées instan-
tanément, ne sont pas non plus toujours disponibles : des stocks
doivent être constitués, qu'il faudra donc financer. Les produits fi-
nis peuvent nepas être vendus immédiatement. Mêmevendus, ils
ne seront vraisemblablement pas payés sur le champ ; il faut alors
financer non seulement les stocks mais le crédit exigé par les
clients. Les fournisseurs, en revanche, peuvent livrer et accepter
de n'être payés qu'après un certain délai, ce qui permet de réduire
les besoins de financement. Enfin un certain volant de trésorerie
est indispensable pour faire face aux charges salariales courantes
et àdivers besoins immédiats.
Ces besoins definancement correspondent à des besoins du-
rables qui ne peuvent être partiellement couverts par des finan-
cements bancaires à court terme que dans la mesure où le cycle
d'exploitation connaît des variations annuelles régulières (corres-
pondant par exemple à des campagnes de production limitées
dans le temps pour l'agro-industrie).
La détermination de ces besoins en fonds de roulement per-
manent est une tâche délicate qui implique une analyse des vi-
tesses de rotation prévisionnelle des stocks dans des entreprises
oudes unités de production analogues àcelle qui est projetée, une
prévision du montant et des caractéristiques des crédits clients,
des possibilités d'escompte et de crédits fournisseurs.
Dans la pratique, les besoins en fonds de roulement varient
considérablement selon les secteurs d'activité : ils sont par
exemple négatifs pourcertains commerces de grande surface dont
les stocks sont totalement financés par les crédits consentis par les
fournisseurs. Il est souhaitable de consulter des spécialistes du
secteur concerné pour vérifier si les hypothèses de calcul corres-
pondent aux normes de la profession. Atitre d'exemple, le calcul
des besoins en fonds deroulement permanent pour une cimenterie
est présenté en note complémentaire.

2.1.6. Exemple pratique. Élaboration d'un échéancier deflux


financier
Unindustriel désire faire construire une nouvelle usine dont
le coût est évalué à 10millions d'unités monétaires. Il estime que
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ce coût global
suivante : peut se décomposer approximativement de la façon
Construction et génie civil 40 %
Matériel lourd fixe .................................. 30%
Matériel roulant ...................................... 20 %
Montage .................................................. 10%
La durée d'amortissement technique de ces divers postes est
de 20 ans pour le génie civil, 10ans pour le matériel lourd, 5ans
pour le matériel roulant.
L'usine est réalisée en 2 ans, l'équipement ne pouvant être
installé
1an. qu'après finition des travaux de génie civil qui exigent
Onespère vendre chaque année 10000 unités d'un produit A
à 300u.m.1, pendant 20 ans. Au-delà decette période, il n'est plus
possible de prévoir le marché.
Les charges de personnel nécessaires sont de l'ordre de
0,3 million par an et les consommations prévisibles de matières
premières, énergie, etc. de l'ordre de 0,2 million d'u.m. par an.
Les besoins en fonds de roulement permanent sont estimés à
0,6 million d'u.m.
Avant de se livrer à une étude financière détaillée, l'industriel
désire, pour reprendre la discussion concernant la définition de
son usine avec son directeur technique et son banquier, présenter
son projet sous forme d'un tableau de flux financier (cf. Tableau 2
ci-après).
Commentaire :
Le tableau ci-après correspond à la présentation de l'une des
hypothèses de déroulement duprojet. Il supposeenparticulier :
— qu'aucun retard ne survient lors de la construction et du
montage, donc que l'exploitation peut commencerdès le
début del'année 3;
— que le matériel roulant n'est pas nécessaire avant la fin
de l'année 2;
— que le matériel lourd et le matériel roulant ne fonction-
nent pratiquement pas durant l'année d'acquisition ;
— etc.

1. Sauf indication contraire, toutes les valeurs seront exprimées ici en "unités monétaires
(u.m.) sans spécification d'une devise particulière.
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L'intérêt d'un tableau de ce genre est tout d'abord de faire


préciser, sur un document de synthèse, l'ensemble des éléments
techniques susceptibles d'influencer la rentabilité du projet ; puis
d'estimer l'impact de certaines incertitudes techniques ou de cer-
taines erreurs d'estimation sur cette rentabilité qui, en toute pre-
mière approximation,
financiers cumulés. nous est indiquée par le montant des flux
Supposons ainsi que par suite d'une mauvaise estimation des
qualités de résistance physique du sol, les fondations de l'usine
doivent faire l'objet de travaux complémentaires : coût additionnel
30 %du coût du génie civil :retard 6mois. L'échéancierrisque de
prendre la forme suivante :
TABLEAU3. -Hypothèse 2

Le nouvel échéancier de flux financierrévèle aisément que ce


point technique, qui peut sembler secondaire, est susceptible de
provoquer des difficultés financières lors du démarrage duprojet.
Cela peut justifier la réalisation d'études ou de forages complé-
mentaires afin deréduire les marges d'incertitude.
Cet exemple très simplifié montre donc l'emploi qui doit être
fait un tel échéancier : outil particulièrement précieux pourla pré-
paration de projets à long terme de grande dimension. Cet
échéancier élaboré tout d'abord de façon sommaire, puis progres-
sivement affiné aufur et à mesure dudéveloppement des études et
recherches, facilite :
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— l'équilibre des différentes études techniques (inutile de


perdre temps et argent sur unpoint de grand intérêt aca-
démique mais sans incidence sérieuse sur larentabilité) ;
— la synthèseordonnée de tous les éléments techniques ;
— l'analyse de l'impact des points d'incertitudes (délais,
prix, quantités...)' ;
— les discussions et négociations avec les techniciens pour
la recherche devariantes et sous variantes techniques.
2.1.7. Note complémentaire 1:
La prise en compte des effets de l'inflation lors de
l'étudefinancière sommaire
Nous avons pu noter, dans l'exemple précédent, que le renou-
vellement des équipements a été inscrit dans l'échéancier de flux
tiale. pour une valeur identique à la valeur d'acquisition ini-
financier
Acette procédure correspond une hypothèse simplificatrice
qui est souvent faite en pratique, selon laquelle les recettes et les
coûts
tion. du projet subissent de façon identique les effets de l'infla-
Si cette hypothèse estjuste, la valeur relative des coûts et bé-
néfices ne changera pas et il n'est pas nécessaire de majorer coûts
et bénéfices simultanément. Le calcul est alors effectué en mon-
naie constante de l'année initiale tout en sachant que les flux fi-
nanciers qui apparaîtront en année 10ou 15seront en fait nomina-
lement plus importants. Le passage de l'analyse en monnaie
constante à l'étude en prix courants est ensuite effectué lors de
l'étude financière détaillée (voir chapitre I, section 3.1.).
Cette hypothèse simplificatrice ne se vérifie pas toujours,
bien au contraire, en particulier pour les projets produisant des
biens de première nécessité dont le prix est souvent fixé autoritai-
rement alors que les équipements importés des pays industriels
subissent une forte inflation. Dans une telle situation il faut tenir
compte de l'évolution des prix relatifs des divers biens enretenant
à ce niveau d'analyse, non les prix courants (ce qui sera fait lors
de l'étude financière détaillée) mais l'évolution différentielle des
prix de certains biens par rapport à la hausse moyenne. (Les trois
postes qu'il fauteticileslerecettes.2
plus fréquemment isoler sont: l'énergie, les
coûts salariaux
1. Laméthode graphiquePERTconstitue pourune telle étude unoutil précieux. Elle permetde
mettre en lumière le "chemin critique", c'est-à-dire les éléments déterminants sur lesquels il
faut agir enpriorité pourune meilleure réalisation duprojet (cf. bibliographie enannexe).
2. Qui, pour certains projets considérés prioritaires, peuvent dépendre de prix bloqués pour
raisons politiques (sucre, céréales...).
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2.1.8. Note complémentaire 2


TABLEAU4. - Exemple de calcul des besoins enfonds de roulement perma-
nent d'une cimenterie degrande dimension
(en millions d'unités monétaires constantes)

2.2. Analyse de l'échéancier de flux financiers et comparai-


son de projets ou de variantes d'un même projet
2.2.1. Les techniques qui évitent le recours à l'actualisation
Ainsi que les graphiques et l'exercice précédent l'ont montré,
l'échéancier de flux financier est en général caractérisé par la pré-
sence de flux financiers négatifs les premières années (lorsque
l'investissement prend place) et de flux financiers positifs ensuite.
Le principe de l'analyse est simple.
Il s'agit de comparer coûts et recettes année par année, d'en
déduire les flux financiers annuels et leur évolution, d'évaluer
l'importance des flux financiers négatifs, par rapport aux flux
positifs.
Cette comparaison permet de mesurer très simplement l'inté-
rêt de divers projets ou de diverses variantes d'un même projet.
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Maisdeux difficultés doivent être évoquées : l'une tient à la nature


des projets que l'on veut comparer, l'autre au fait que coûts et re-
cettes surviennent àdes périodes différentes et n'ont donc pas né-
cessairement la même.. "valeur".

2.2.1.1. Projets incompatibles etprojets indépendants


La comparaison de projets ou de variantes d'un mêmeprojet
implique tout d'abord uneanalyse de la nature des investissements
et le classement des projets entre trois grandes catégories : les
projets incompatibles, les projets compatibles dépendants et les
projets compatibles indépendants.
• Deux projets sont techniquement incompatibles si la réali-
sation de l'un exclut celle de l'autre : c'est le cas dedeux variantes
exclusives d'un même projet : choix entre deux types de barrage
sur un mêmesite, deux tracés pour une mêmeroute, deux techno-
logies différentes pour une mêmeusine.
Dans ce cas, l'analyse portera sur l'une ou l'autre (ou les
autres) variantes. Leprojet ou la variante la plus intéressante sera
retenue.
e Deux projets sont compatibles si l'on peut techniquement
en envisager la réalisation simultanée (exemple : une route et une
usine).
Parmi les projets compatibles :
— les projets dépendants ne peuvent être réalisés que
conjointement. Exemple : une mine et le chemin de fer
qui assure l'évacuation du minerai. Ils doivent donc être
étudiés conjointement ;
— les projets indépendants sont techniquement réalisables
séparémentou simultanément.
Dans le cas de projets indépendants Aet B, il convient d'étu-
dier successivement les projets Aet Bet le projet global A+B. On
retiendra la meilleure de ces trois possibilités, à condition que les
ressources financières disponibles permettent d'envisager la réali-
sation de ces trois alternatives. Exemple : l'aménagement dedeux
chutes naturelles, l'une àl'aval de l'autre sur une mêmerivière. On
comparera la réalisation de l'équipement hydro-électrique de la
chute "amont" 1à celle de la chute "aval" II et enfin chacune des
deuxprécédentes àl'équipement simultané des deux chutes 1et II.
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FIGURES5et6.- Lecalculdutempsderécupération

2.2.1.2. Deux critères qui évitent le recours à l'actualisation


Une fois précisée la nature des projets qu'il faut comparer
(incompatibles, compatibles dépendants, compatibles indépen-
dants) la principale difficulté provient de ce que leurs coûts et
leurs recettes surviennent en des années successives : comment
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comparer dès lors des flux monétaires qui apparaissent à des pé-
riodes différentes ?
De façon générale, deux types de techniques sont susceptibles
d'être employées. Celles qui évitent le recours à l'actualisation et
que nous étudierons ici, celles qui au contraire sont fondées sur
l'actualisation et qui feront l'objet du chapitre suivant.

2.2.1.2.1. Le critère du "temps de récupération"


Le temps de récupération est le délai nécessaire pour que les
recettes du projet (déduction faite des charges d'exploitation)
équilibrent le montant des dépenses d'investissement; c'est donc
également par définition le délai nécessaire pour que le montant
des flux financiers positifs équilibre le montant des flux financiers
négatifs, pour que la somme algébrique des flux financiers de-
vienne positive.
Sur le graphique ci-contre (fig. 5) ce délai correspond à la
période au bout de laquelle le montant cumulé des flux financiers
négatifs a est égal au montant des flux financiers positifs p.

Exemple de calcul :
Supposons par exemple qu'un projet A d'une durée de vie de
4 ans représente une dépense d'investissement de 24 millions
d'unités monétaires. Les charges d'exploitation annuelle sont de
4 millions. Les recettes annuelles de 12 millions apparaissent au
bout d'un an. Le calcul du temps de récupération se présente
ainsi :

TABLEAU5

Temps de récupération =4 ans après le début des investissements ou 3 ans après le dé-
but del'exploitation.
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La première édition de cet ouvrage remonte à 1980. Ni somme


théorique, ni simple manuel d'instructions, il se voulait surtout un
«pont » entre ces deux approches, un guide pratique pour faciliter
l'application des diverses méthodes utilisées, en matière
d'évaluation des projets, dans les pays en développement et les
institutions internationales. Ses éditions successives témoignent de
l'intérêt que lui ont porté de nombreux étudiants et professionnels
dumondefrancophone.
La crise mondiale a fait peser depuis lors des contraintes
macroéconomiques accrues sur les politiques nationales et sur le
choix des investissements. La réalisation des «projets »n'en reste
pas moins l'instrument obligé du développement économique et
leur analyse en est plus quejamais une étape essentielle.
C'est dans cette perspective que s'inscrit la cinquième édition
de notre «guide pratique ». Profondément remanié pour répondre
aux préoccupations actuelles, il comporte notamment plusieurs
contributions nouvelles sur l'utilisation de l'outil informatique et
sur les études d'environnement.

Manuel BRIDIER est directeur honoraire à la Caisse Centrale


de Coopération Econolnique (Caisse Française de
Développement) après y avoir exercé de nombreuses
responsabilités de 1954 à 1990, en France et dans les pays en
développement, notamment en matière d'évaluation de projets, de
formation et de relations avec les institutions internationales.
Serge MICAÏLOF, ancien élève de HEC et du MIT, a dirigé
pendant plus de dix ans des agences de la Caisse Française de
Développement. Il a auparavant dirigé le bureau d'études de la
SATEC et travaillé comme consultant dans plus de trente pays du
Sud. Il est actuellement conseiller des directeurs pour VAfrique de
l'Ouest et l'Afrique Centrale et Occidentale à la Banque Mondiale.

"150F
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