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Mathieu MONITEUR FEDERAL

THUILLIER

QUEL ROLE POUR L’ATHLETISME CHEZ LES


PRE - ADOLESCENTS ?

SESSION MARS 2001

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TABLE DES MATIERES

INTRODUCTION P3

I ) ASPECTS THEORIQUES

1) le cadre P4

2) les pré – adolescents eux – mêmes P4

II ) MA PRATIQUE AVEC LES ATHLETES

1) une séance de sprint P6

2) une séance de lancer de poids P7

3) une séance de saut en hauteur P8

III ) POURQUOI CES SEANCES ?

1) les difficultés rencontrées P10

2) les réponses données P10

3) le problème des étirements P12

CONCLUSION P14

BIBLIOGRAPHIE P15

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INTRODUCTION

Sur les stades, nous sommes de plus en plus en présence de jeunes au

tempérament agressif. D’autres ont du mal à rester longtemps attentif. Les

raisons de ce constat sont à trouver dans la perte des repères familiaux et

sociaux. De plus les enfants de 13 à 15 ans sont en pleine structuration de ces

repères : leur rapport au monde des adultes n’est pas toujours facile.

L’emploi du temps de ces jeunes personnes est aussi très soutenu.

L’école occupe une grande partie de leur journée et nombreux sont soumis à

l’obligation de résultat par leurs parents. Les enfants sont poussés par leur

famille à donner le meilleur d’eux même en athlétisme : le sport est associé à

l’idée de haut niveau. Ainsi certains enfants arrivent à saturation.

Comment peut-on utiliser l’athlétisme comme moyen de détente pour

l’enfant ? Que doit-on organiser pour attirer le pré - adolescent sur les stades

d’athlétisme et l’aider à se sentir bien dans sa peau ?

Il s’agira de parler du cadre d’entraînement et le groupe d’athlètes que je

dirige puis de décrire trois séances de lancer, de saut, de course qui ont été

mises en place cette année. Enfin j’analyserai les difficultés rencontrées au

quotidien dans l’entraînement des jeunes athlètes et les solutions adoptées

pour répondre à ces problèmes.

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I ) Aspects théoriques

1 ) le cadre

Livry-Gargan est une commune de Seine-Saint-Denis de 50000 habitants.

Le Livry-Gargan Athlétisme compte 250 licenciés environ. J’entraîne les

minimes garçons et filles. Le groupe compte 20 athlètes issus des classes

moyennes et populaires. Les enfants habitent Livry-Gargan, Clichy/Bois et

Sevran.

Tous n’ont pas la même histoire. Certains enfants vivent dans des milieux

sociaux pauvres économiquement : ils vivent dans des logements restreints

avec de nombreux frères et sœurs. Leur(s) parent(s) n’ont pas forcément le

temps de s’occuper d’eux. D’autres enfants sont issus des classes moyennes.

Les parents sont des cadres supérieurs, les enfants ne présentent pas de

carences affectives. Ils sont étroitement entourés et suivis par leurs parents qui

pensent à la réussite sociale de leur progéniture. Cette deuxième catégorie

d’enfants cumule les activités culturelles et sportives : athlétisme, équitation,

solfège…

2) les pré – adolescents eux mêmes.

Les différences sociaux – culturelles sont doublées des problèmes liés au

passage de l’enfance à l’adolescence. Cette période est souvent mal vécue.

Tout d’abord l’adolescent évolue sur le plan affectif : il essaie de se libérer de la

tutelle familiale. Il établit de nouveaux rapports affectifs hors de la famille

comme si les sentiments longuement éprouvés envers le père et la mère

s’estompaient. L’adhésion à un groupe laisse toutes les possibilités de choix

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que la famille interdit. Cette socialisation par le groupe représente un pas vers

la maturation de l’individu1.

Dans la gestion de son groupe d’athlètes, l’entraîneur de minimes doit

tenir compte de ces caractéristiques pour élaborer ses séances d’entraînement.

Il doit avoir pour élément central l’enfant et non l’athlétisme.

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D Origlia et H Ouillon L’adolescent, Paris, 1969, ed ESF, 215p

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II) Ma pratique avec les athlètes

J’ai choisi de présenter trois séances d’entraînement ( une de course, une

de saut, une de lancer ) afin de présenter ma façon de concevoir l’athlétisme

avec des pré – adolescents.

1) une séance de sprint

- objectif : développer les qualités de vitesse des enfant , apprendre à

transmettre le témoin de relais en sprintant

- matériels : des plots, des témoins, des maillots distinctifs

- déroulement :

*l’échauffement ( 20 mn ). On utilise un jeu de balle comme support : on

organise une partie de handball ou de football. Les équipes ne comportent

pas plus de 3 à 4 joueurs.

*Les étirements (5 mn ) La séquence peut être dirigée ou non. On annonce

les muscles à étirer : « que pouvons – nous pratiquer comme mouvements

pour étirer les quadriceps ? ».

* Les PPG ( 10mn) s’effectuent au travers d’un parcours avec plots lattes

et haies.

*Le cœur de la séance durera 30 à 35 mn. Les enfants constituent 2 à 4

équipes de 4 coureurs. Le travail de sprint se fait au travers de relais. A

chaque course, l’équipe qui gagne marque 1 point : on additionne les

points à la fin de la séance. On en profite pour mettre au point le passage

de témoin. Au bout de 10 minutes de séance, je discute avec les enfants

des défauts rencontrés afin de les gommer.

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*le retour au calme. On a fait un rappel des compétitions à venir, et on a

parlé des prochaines séances.

2 ) une séance de lancer de poids

- Objectif : travailler la force du lancer

- Matériel : des médecine-ball ( de 3 à 4Kg ), des poids de 2,3,4 Kg

selon les catégories

- Le déroulement de la séance :

* l’échauffement (20mn). Les enfants lancent des balles lestées, des

médecine-ball. Entre les ateliers, les enfants courent et ils franchissent

des haies, ils accomplissent des sauts à cloche-pied sur un enchaînement

de cerceaux. Il s’agit d’échauffer le haut et le bas du corps. Pour stimuler

les enfants, on leur accorde un nombre de points précis par atelier réussi.

A la fin de l’activité on demande à chaque enfant le nombre de points

obtenu.

*les étirements ( 5-10 minutes ) on prendra le soin d’étirer les muscles du

haut et du bas du corps. La séance est dirigée.

*les PPG (20 mn ) On utilise les médecine-ball. Les enfants se mettent à

deux. Ils se renvoient les médecine-ball, il s’agit d’obtenir la plus grande

distance entre les enfants : on leur demande de lancer de la main droite,

de la main gauche, des deux mains. On peut aussi leur demander de se

mettre dos au mur, de pivoter et de lancer : on s’éloigne du mur tant qu’on

réussi. L’athlète le plus éloigné du mur est le gagnant.

*la séance de poids elle-même ( 20mn ). On met en place des équipes de

quatre à cinq enfants afin d’organiser un « match de lancer de poids ».

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Plus l’enfant lance loin, plus il marque de points pour son équipe. L’équipe

qui marque le plus de points est l’équipe gagnante.

* le retour au calme ( 5-10 mn ). On finit par un jeu.

3 ) une séance de saut en hauteur

- Objectif : Travailler la course d’appel

- Matériel : des plots, des maillots distinctifs, un sautoir en hauteur, une

barre

- Le déroulement :

* l’échauffement (20 mn). Pour préparer les enfants au saut en extension,

on fait jouer les enfants au basket. Sur deux terrains distincts, on organise

un trois contre trois ou un quatre contre quatre.

* les étirements. Ils occupent 5 à 10 mn de la séance. On va étirer les

groupes musculaires des membres inférieurs, du dos et des épaules.

* les PPG 10 à 15 mn. On va travailler sur la façon de lutter contre la force

centrifuge. On peut courir en colonne sur plusieurs types de courbes :

lacets, slaloms, huit, cercle ( au signal le dernier sprint et passe devant ).

Lors d’un deuxième exercice on propose aux athlètes de courir autour

d’un grand cercle. Ils doivent toujours accélérer pour tracer une spirale

toujours plus serrée.

Dans un troisième exercice, ils prennent cinq pas d’élan en adoptant une

trajectoire courbe puis ils sautent en extension et s’assoient sur le tapis.

( Il s’agit d’un exercice de transition vers le concours.)

* le concours ( 20 à 25 mn ). Il permet de vérifier si l’objectif de la séance

a été atteint. On établit deux équipes et on additionne les meilleures

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performances de chacun des membres des deux équipes. L’équipe qui

obtient le plus grand total a gagné.

Ces séances ne sont pas le fruit du hasard. Elles sont le résultat des

difficultés rencontrées lors des entraînements des pré – adolescents.

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III ) Pourquoi ces séances ?

1 ) les difficultés rencontrées

Ma 1ère erreur a été de vouloir calquer l’entraînement des enfants sur celui

des adultes. Lors des 1ère séances, les échauffements étaient trop répétitifs : ils

n’étaient pas attractifs. Je demandais aux enfants de courir deux fois 10

minutes autour du stade. Très vite, j’ai ressenti un sentiment de résistance de

leur part. Ils allaient se cacher, ils trottinaient puis marchaient… L’échauffement

n’était pas efficace. J’ai dû remettre en cause ma façon de concevoir

l’échauffement des séances.

On retrouve ce même problème de motivation lors de la séance elle-

même. En sprint, les enfants ne peuvent courir des séries de 6 fois 50m ou des

pyramides de vitesse ( 30, 40, 50 m ) sans enjeu. Ils se démobilisent très vite.

Les signent ne trompent pas : ils se regroupent, discutent entre eux puis ils

chahutent. Ils marquent leur désapprobation. Lors des séances de lancer, leur

démotivation se manifeste autrement. Quand les enfants sont alignés les uns à

côté des autres, certains transgressent volontairement les règles de sécurité.

Certains enfants vont récupérer leur engin sans ma permission, sans attendre

que tous aient lancé. Pourtant celles – ci sont signalées, énumérées et

répétées par les athlètes : « On lance en ligne, on attend mon signal pour

lancer et pour récupérer son engin ».

Au fil des séances, je me suis aperçu du lien entre le manque de motivation de

certains et le manque d’enjeu des séances élaborées.

2 ) les réponses données

a ) l’échauffement

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Il faut partir des envies des enfants. J’ai observé les enfants jouer au

football ou au basket avant l’entraînement. Petit à petit, j’ai introduit les sports

collectifs dans l’échauffement des athlètes dans le but d’effectuer correctement

cette partie de séance. Je constitue des équipes de 3 à 4 joueurs pour que tous

participent. Chaque membre d'équipe doit se sentir concerné par les matchs.

Dans des équipes plus importantes, certains enfants se sentent exclus et se

mettent en marge du groupe. Dans ce cas de figure mon objectif n’est pas

atteint : l’échauffement n’est pas correctement pratiqué. Dans les équipes de

faible effectif, l’athlète se sent investi d’un véritable rôle dans l’équipe. Or

l’adolescent est sensible à l’attention que lui porte le groupe. Lors d’une partie

de football organisée en trois contre trois, le rythme cardiaque d’un enfant peut

atteindre 180 pulsations à la minute.

Il faut savoir aussi varier les supports d’échauffement. On peut alterner

sports collectifs, parcours athlétiques et footings. Il n’est pas souhaitable de

bannir le footing parce qu’il correspond à l’une des représentations qu’ont les

enfants de la course à pieds. Pour ne pas dégoûter les adolescents, il faut

différencier les temps de footing selon les capacités des enfants.

Les parcours doivent être conçus en fonction des objectifs de la séance. Si

l’objectif de la séance est le franchissement de haies, on constituera un

parcours où l’individu sautera différents obstacles ( petites et moyennes haies,

des caisses, des plinthes…). Lors de l’échauffement on proposera un défi aux

enfants : « pendant 10 mn, vous allez compter le nombre de haies franchies.

Celui qui franchit le plus de haies a gagné ». Il faut entretenir l’émulation entre

les athlètes. Cette émulation permet d’entretenir la cohésion du groupe

d’entraînement.

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a) lors des séances elles-mêmes

Les séances doivent être construites sur l’idée d’émulation. L’adolescent a

besoin de s’amuser. Quand j’organise des séances de poids sans mesure de

performance ou sans défi, les enfants sont moins motivés. Ils n’arrivent ni à

évaluer leur progrès ni à obtenir de manifestations de reconnaissance du

groupe. Ils ont besoin d’être motivé au sein du groupe. Autour d’une séance de

poids, on peut former des équipes. On additionne les meilleures performances

de chacun pour constituer le total de l’équipe. Lors de ces séances, l’adolescent

se met en valeur au sein du groupe. Ce type d’organisation permet de concilier

la satisfaction de la performance individuelle aux joies de la victoire collective.

On assiste aussi à la multiplication des encouragements mutuels des enfants

au sein de l’équipe. L’athlétisme peut permettre le développement des valeurs

de solidarité. Cette dernière peut être développée au travers de séances mises

en place par l’entraîneur.

Chez l’adolescent les activités doivent être ludiques, mais certaines

parties de la séance restent difficilement aménageables.

3 ) le problème des étirements

Les enfants n’aiment pas s’étirer. Il trouve cette partie de la séance

pénible et sans intérêt. Mes séances d’étirements sont organisées de deux

façons différentes :

- de manière dirigiste. J’impose les étirements aux athlètes. Je leur

montre le geste et j’indique le groupe musculaire étiré en le nommant.

- De manière « libre ». Les enfants s’étirent eux-mêmes. Des membres

du groupe proposent aux autres des étirements à pratiquer.

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Toutes les deux à trois séances, je les questionne sur le sens des

étirements : « A quoi ça sert ? ». D’après les enfants, les étirements permettent

d’éviter les blessures. On assiste parfois à l’émergence de représentations

fausses. J’entend parfois : « ça sert à s’échauffer ». Ces moments permettent

de gommer les idées fausses.

Malheureusement je n’ai pas trouvé de solutions miracles pour inciter les

enfants à s’étirer. Il serait dommage de voir l’enfant comprendre le sens des

étirements au travers de futurs problèmes musculaires.

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CONCLUSION

La catégorie minime reste difficile à entraîner. Les athlètes ne sont plus

tout à fait des enfants mais ils ne sont pas encore des adultes. Ils gardent un

œil critique sur le monde qui les entoure. Les séances d’athlétisme n’échappent

pas à la règle. Les adolescents aiment se retrouver en groupe et discuter. La

tâche de l’entraîneur est de faire progresser ses athlètes tout en créant un

cadre propice à la vie de groupe. En ce sens, il est important d’introduire dans

les séances des activités collectives au moment de l’échauffement et de la

séance elle-même. Les relais permettent, aux athlètes de cet âge, d’articuler le

besoin de dépassement personnel avec la reconnaissance du groupe auquel

l’adolescent est très sensible. Ainsi l’entraîneur aidera l’adolescent dans la

construction de sa personnalité.

Pourtant les seules activités sportives ne suffisent pas à créer cette

ambiance. Il faut aussi construire avec eux des règles de vie : la création d’un

espace de parole où chacun pourrait s’exprimer me semble indispensable.

L’organisation de goûters et de sorties au cinéma peuvent aussi aider à la

création d’une bonne ambiance dans le groupe d’entraînement.

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BIBLIOGRAPHIE

- D.Origlia et H.Ouillon, l’adolescent, Paris, 1969, ed ESF,

215p

- K.Murer et W.Bucher, 1000 exercices et jeux d’Athlétisme,

Paris, 1999, 233p

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