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REPUBLIQUE DE DJIBOUTI

UNITE-EGALITE-PAIX

OBSERVATIONS DE L’ETAT DE DJIBOUTI SUR LA


COMMUNICATION INDIVIDUELLE DE MONSIEUR DAHER AHMED
FARAH

20 octobre 2019

1
La République de Djibouti présente ses compliments au Comité des Droits de
l’homme, organe avec lequel elle n’a cessé de collaborer depuis notre adhésion
au Pacte international relatif aux Droits Civils et Politiques en 2002.

Aussi la République de Djibouti n’a pas manqué de ratifier simultanément que le


Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques, ses deux protocoles
portant respectivement sur la peine de mort et les communications émanant des
particuliers, ce qui a permis à notre compatriote Monsieur Daher Ahmed Farah à
se pourvoir devant votre organe, essentiel à la promotion et la protection des
droits de l’Homme.

Par une requête introductive en date du 21 novembre 2017, Monsieur Daher


Ahmed Farah, citoyen Djibouto-belge, résidant depuis 2003 de manière
permanente en Belgique, a saisi votre Comité pour des prétendus actes de
violations de ses droits civils et politiques, en occurrence la dissolution d’un
Parti politique dont il exerçait la fonction de Président.

Rappelant, que le Parti du Mouvement pour le Renouveau Démocratique (MRD)


qui était à l’origine le Parti pour le Renouveau Démocratique (PRD) a été un des
plus illustres partis politiques ayant inauguré l’ère du multipartisme politique en
République de Djibouti et, ayant participé à l’ensemble des activités politiques
de notre pays sans connaitre de quelconques restrictions jusqu’à ce malheureux
événement de 2008 qui est à l’origine de la présente communication.

Rappel des faits

Pour faire mieux comprendre au Comité l’affaire dont la République de Djibouti


est citée devant votre organe, il est nécessaire de procéder à un bref rappel des
faits et des procédures judiciaires antérieures qui ont eu lieu devant les
juridictions nationales.
En juin 2008, la République de l’Érythrée a lancé une attaque armée contre notre
pays et occupé une partie du territoire national.
Monsieur Daher Ahmed Farah, qui a vu dans cette agression une opportunité de
prendre le pouvoir a, depuis la Belgique, lancé un appel demandant à Monsieur
Issayas Afewerki, Président de l’Érythrée, de renverser le Président de la
République de Djibouti et son gouvernement (Annexe 1).

En réponse à cet acte de haute trahison,le Président de la République de Djibouti


a, par un décret en date du 9 juillet 2008(annexe 2), dissout le parti politique du
MRD pour avoir porter atteinte à l’indépendance nationale, à l’intégrité du
territoire et à l’unité de l’État, en application des dispositions de l’article 13 de

2
la loi n°1/AN/92/2èmeL relative aux partis politiques(annexe 3) en République de
Djibouti.

Le MRD, représenté par son vice-président, a saisi le Conseil du Contentieux


Administratif pour demander l’annulation de l’acte réglementaire pris par le
Président de la République.

Par jugement rendu le 20 mars 2010, le Conseil du Contentieux Administratif,


« statuant publiquement et contradictoirement à l’égard des parties en premier
ressort a déclaré irrecevable (annexe 4) la requête du MRD pour avoir été
introduite hors délai, et ce en application de l’article 11 alinéa 1 du décret n°46-
722 du 15 avril 1946 portant réorganisation du Conseil du Contentieux
Administratif.

Par requête aux fins de pourvoi devant la Cour Suprême, déposée le 13 mai
2010, le MRD a introduit un pourvoi en cassation à l’encontre du jugement
n°05/10 rendu le 20 mars 2010 par le Conseil du Contentieux Administratif.

Par arrêt n°73/A/AG/13 rendu le 19 mai 2013(annexe 5), l’Assemblée Générale


de la Cour Suprême a confirmé la décision du premier juge et par conséquent
rejeté comme n’étant pas fondée la requête du MRD.

C’est à l’issue de cette procédure judiciaire que Monsieur Daher Ahmed Farah a
porté devant votre Comité une plainte individuelle portant violations de ses
droits civils et politiques en particulier les articles 2, 3,14,19, 22 et 25 du Pacte
International relatif aux Droits Civils et Politiques.

La République de Djibouti compte démontrer par les présentes qu’aucune


espèce de manquement ou de violation n’a été commise et demande de ce fait,
au Comité de déclarer irrecevable la communication de Monsieur Daher Ahmed
Farah sur la base de ce qui suit.

I. Sur la recevabilité

L’auteur de la communication, Monsieur Daher Ahmed Farah ne peut pas se


prévaloir de l’application des articles 2 et 5 du protocolefacultatif se rapportant
au Pacte International relatif aux Droits Civils et politiques notamment dans ses
dispositions relatives à  l’épuisement « des recours internes disponibles ».

3
Monsieur Daher Ahmed Farah n’a, non seulement pas épuisé les recours
internes disponibles et n’a même pas juger opportun d’introduire une action
dans ce sens au niveau des juridictions nationales.
Pour être plus clair, le requérant ne semble pas faire la distinction entre lui,
personne physique auteur de la présente communication et le parti du MRD qui
a épuisé l’ensemble des voies de recours internes, parti dont il est le président
depuis sa création en 2002 et qui, conformément au droit national jouit de la
personnalité juridique.

D’ailleurs, dans sa communication complémentaire du 13 avril 2019(annexe 6),


la partie adverse reconnait expressément la personnalité juridique du MRD. A la
page 2 de ce document, on peut lire ceci : «  MRD, parti qui est, en tant que
personne morale, doté des droits et des devoirs ».

Par conséquent, la seule et unique personne qui pouvait intenter une action
contre l’État de Djibouti aurait été le parti du MRD qui a épuisé l’ensemble des
voies recours internes et non l’auteur de cette plainte individuelle.

Aussi, Monsieur Daher Ahmed Farah semble, méconnaitre les dispositions de


l’article 3 du protocole qui disposent que la communication ne doit pas être un
abus de droit ou incompatible avec les dispositions du pacte.

Le requérant qui vit depuis 2003 en Belgique et, possède la nationalité de ce


pays, ne s’est jamais sérieusement intéressé à la vie politique de notre pays et ne
s’est jamais présenté à une élection qu’elle soit nationale ou locale, mais s’est
davantage illustré par des comportements d’agitateur qui l’ont conduit à
commettre des délits de droit commun et des poursuites judicaires.

Son absence prolongée du pays et ses attitudes répréhensibles démontrent que


Monsieur Daher Ahmed Farah veut tout juste nuire à l’image du pays et ses
dirigeants, en employant dans sa communication complémentaire du 13 avril de
2019, des termes injurieux, et ce, en avançant sans en apporter la moindre
preuve de ses propos que l’économie du pays « est aux mains du Chef de
l’État et de sa famille ».

Aussi le choix des informations et statistiques erronées qu’il produit, montre,


clairement, s’il en est encore besoin, cette volonté de nuire. Par exemple le
classement Doing Business du pays est de 99 et non de 171 (annexe 7) comme
prétend la partie adverse.

Au vu de ce qui précède, le Comité ne pourra examiner la présente


communication pour être contraire à l’esprit du Pacte et constitue de ce fait, un
abus manifeste de droit conformément aux dispositions de l’article 3 du Pacte.

4
Enfin, pour toutes les raisons que nous venons d’exposer, nous demandons à
l’honorable Comité de déclarer irrecevable la communication de Monsieur
Daher Ahmed Farah.

II. Sur le fond

D’après la requête introductive du 21 novembre 2017, le requérant énumère une


liste de dispositions du Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques
que la République de Djibouti aurait méconnue leur application à son égard.

A ce titre, une mise au point liminaire s’impose afin de délimiter dans un


premier temps le cadre institutionnel, législatif et règlementaire pris par la
République de Djibouti pour respecter ces dispositions et d’autre part, leur mise
en œuvre effective sans distinction aucune à l’égard de nos concitoyens.

Art. 2 - Principe de non-discrimination

1. Les États parties au présent Pacte s’engagent à respecter et à garantir à


tous les individus se trouvant sur leur territoire et relevant de leur
compétence les droits reconnus dans le présent Pacte, sans distinction
aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion,
d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou
sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.

La non discrimination et l’égalité étant deux principes fondateurs sur lesquels


reposent tout notre système juridique, la Constitution (annexe 8) de notre pays
reconnaît, dès son article 1er, l’égalité de tous devant de la loi sans distinction de
langues, d’origine, de race, de sexe, ou de religion.

Cette reconnaissance est réitérée dans l’article 3 de la Constitution qui dispose


que « la République de Djibouti est composée de l’ensemble des personnes
qu’elle reconnaît comme membre et qui en accepte les devoirs, sans
distinction de langues, d’origine, de race, de sexe, ou de religion ».

Toute violation ou inobservation de ces principes a des conséquences juridiques,


ainsi tout individu ou entité qui s’estime être victime d’une discrimination peut
intenter une action en justice contre l’auteur.

Dans le cas d’espèce, il n’est point question de discrimination car il a été


reproché au MRD et à son président Monsieur Daher Ahmed Farah, la violation
des textes régissant les partis politiques.

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Dans le paysage politique national, Monsieur Daher Ahmed Farah n’a jamais
subi de discrimination. Avec l’instauration du multipartisme intégral en 2002, il
a comme beaucoup d’autres concitoyens remplissant les conditions requises par
la loi, formé son parti politique en l’occurrence le MRD (annexe 9) et a pu
exercer durant des années ses droits civils et politiques sans aucune entrave ou
interdiction.

2. Les Etats parties au présent Pacte s’engagent à prendre, en accord avec


leurs procédures constitutionnelles et avec les dispositions du présent
Pacte, les arrangements devant permettre l’adoption de telles mesures
d’ordre législatif ou autre, propres à donner effet aux droits reconnus
dans le présent Pacte qui ne seraient pas déjà en vigueur.

Pour faciliter la mise en œuvre des principes fondamentaux relatifs aux droits et
libertés édictés par notre texte fondamental et, les instruments régionaux et
internationaux en matière de droits de l’Homme, la République de Djibouti a
adopté une série de textes essentiels pour garantir à chacune et chacun le libre et
effectif exercice de ses droits civils et politiques.

Quelques uns de ces textes sont :

- La loi n°1/AN/92/2èmeL relative aux partis politiques en République de


Djibouti ;
- La loi n°2/AN/92/2èmeL relative à la liberté de la communication (annexe
10);
- La loi organique n°1/AN/92 relative aux élections (annexe 11).

Ces textes fondamentaux sont régulièrement reformés afin de les adapter à


l’évolution du droit international des droits de l’Homme et à la société.

La loi n°1/AN/92/2ème L relative aux partis politiques garantit dans son article 3
la liberté d’adhérer au parti politique de son choix.

Cette liberté a permis à Monsieur Daher Ahmed Farah et à beaucoup d’autres


compatriotes de créer ou d’adhérer au parti politique de leur choix,
contrairement à ce que prétend le requérant.

Il convient de rappeler que le parti du MRD et Monsieur Daher Ahmed Farah


ont rejoint le groupement politique d’opposition dénommé UAD pour participer
aux élections législatives de 2003 et, en 2013 le groupement politique de
l’opposition USN. Ce dernier a remporté 20% des sièges pourvus à l’Assemblée
Nationale.
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D’ailleurs, ni dans sa requête initiale, ni dans sa communication
complémentaire, la partie adverse n’apporte aucune preuve quant à la
discrimination subie par rapport à d’autres personnes se trouvant dans la même
situation.

3. Les Etats parties au présent Pacte s’engagent à:

a)  Garantir que toute personne dont les droits et libertés reconnus dans
le présent Pacte auront été violés disposera d’un recours utile, alors
même que la violation aurait été commise par des personnes agissant
dans l’exercice de leurs fonctions officielles;

b)  Garantir que l’autorité compétente, judiciaire, administrative ou


législative, ou toute autre autorité compétente selon la législation de
l’Etat, statuera sur les droits de la personne qui forme le recours et à
développer les possibilités de recours juridictionnel;

c)  Garantir la bonne suite donnée par les autorités compétentes à tout


recours qui aura été reconnu justifier.

La République de Djibouti n’a pas manqué à ses obligations quant à


l’application des règles édictées ci-dessus. Le MRD et ses adhérents, ont comme
toute autre personne vivant à Djibouti, eu accès aux juridictions administratives
de leur pays, droit garanti par la Constitution et les instruments des droits de
l’Homme dont nous sommes partie. 

Sachant que ces juridictions sont compétentes pour connaître des recours en
annulation pour excès de pouvoir dirigés contre des décisions des autorités
administratives, nationales, régionales ou locales, dans le cas présent et devant le
décret portant dissolution du parti du MRD en date du 09 juillet 2008, le MRD a
saisi le tribunal administratif pour faire annuler le texte réglementaire mentionné
ci-avant dont il estimait lui porter grief.

La juridiction suprême devant laquelle le recours a été formulé, a confirmé la


décision du Tribunal Administratif et ainsi rejeté définitivement les demandes
du MRD.

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Art. 14

1. Tous sont égaux devant les tribunaux et les cours de justice. Toute
personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement et
publiquement par un tribunal compétent, indépendant et impartial, établi
par la loi, qui décidera soit du bien-fondé de toute accusation en matière
pénale dirigée contre elle, soit des contestations sur ses droits et obligations
de caractère civil.

La République de Djibouti est un État de droit dont la Constitution garantit la


séparation des pouvoirs. Il est à noter qu’en vertu des dispositions de l’article 71
de la Constitution, le pouvoir judiciaire reste indépendant du pouvoir législatif et
exécutif.

L’article 72 de notre Constitution confirme cette indépendance et précise


que « Le juge n'obéit qu'à loi et qu’il est protégé contre toute forme de
pression de nature à nuire à son libre arbitre ».

La ratification des instruments internationaux comme le Pacte International


relatif aux droits Civils et Politiques renforce ces principes fondamentaux qui
sous-tendent à une justice équitable et accessible à tous.

Aussi, la législation nationale assure le principe du double degré de juridiction.


Les justiciables qui sont parties à un procès peuvent déférer la décision dont ils
estiment qu’elle leur porte grief ou qui n’est légalement pas justifiée devant une
juridiction d’un degré plus élevé.

Parallèlement, et conformément aux dispositions de l’article 11 de la


Constitution « les justiciables ont le droit de se faire assister par l’avocat de
leur choix à tous les stades de la procédure ».

Pour ceux qui ne disposent pas de revenu suffisant, l’État leur fournit
gracieusement l’aide judiciaire pour faire valoir leurs droits en vertu de la loi
n°136/AN/11/6ème L relative à l’aide judiciaire (annexe 12).

Dans le cas présent et comme nous l’avons exposé plus haut, le parti du MRD a
eu accès à tous les degrés de juridiction en ce qui concerne le différend qui
l’avait opposé à l’État de Djibouti en 2008.

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Art. 19

1. Nul ne peut être inquiété pour ses opinions.

2. Toute personne a droit à la liberté d’expression; ce droit comprend la


liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des
idées de toute espèce, sans considération de frontières, sous une forme orale,
écrite, imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen de son choix.

3. L’exercice des libertés prévues au paragraphe 2 du présent article


comporte des devoirs spéciaux et des responsabilités spéciales. Il peut en
conséquence être soumis à certaines restrictions qui doivent toutefois être
expressément fixées par la loi et qui sont nécessaires:

a)  Au respect des droits ou de la réputation d’autrui;

b)  A la sauvegarde de la sécurité nationale, de l’ordre public, de la


santé ou de la moralité publiques.

La liberté d’expression et celle de diffuser ses opinions sont, en République de


Djibouti, des droits fondamentaux qui font l’objet d’une protection soutenue. La
Constitution et les instruments internationaux et régionaux ratifiés sur les droits
de l’Homme garantissent à toute personne ces libertés.

L’article 15 de la Constitution qui est à la base même de cette protection dispose


ce qui suit : « Chacun a le droit d'exprimer et de diffuser librement ses
opinions par la parole, la plume et l'image. Ces droits trouvent leur limite
dans les prescriptions des lois et dans le respect de l'honneur d'autrui ».

Plus de précisions sont fournies par la loi relative à la liberté de la


communication qui, dans son article 3 dispose que « La liberté de la
communication est le droit, pour chacun de créer et d'utiliser librement le média
de son choix pour exprimer sa pensée en la communiquant à autrui, ou pour
accéder à l'expression de la pensée d'autrui.

Le citoyen a droit à une information complète et objective, et le droit de


participer à l'information par l'exercice des libertés fondamentales de pensée,
d'opinion et d'expression proclamées par la Constitution ».

Aussi, le Code pénal protège l’exercice du droit d’opinion en réprimant toute


action tendant à « l’entraver, d'une manière concertée et à l'aide de coups,
violences, voies de fait, menaces, destructions ou dégradations est puni de
trois ans d'emprisonnement et de 1 000 000 FD d'amende » (art. 388). En
conséquence, le délit d’opinion n’existe pas dans le droit djiboutien.

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Toutefois, la liberté d’expression n’est pas absolue, comme prescrit la
Constitution, elle est encadrée par la loi et notamment par l’article 4 de la loi sur
la communication qui dispose ce qui suit : « La liberté de communication ne
doit pas porter atteinte à la paix sociale et à la dignité de la personne
humaine, ni troubler l'ordre public, elle ne doit comporter aucune
information ou insertion contraires à la morale islamique, ou susceptible de
faire l'apologie du racisme, du tribalisme, de la trahison ou du fanatisme ».

Contrairement à ses allégations, Monsieur Daher Ahmed Farah a pu exprimer


librement ses opinions politiques notamment à travers le journal du MRD
le« Renouveau » dont il a été le rédacteur en chef pendant plus de 10 ans, de
1993 à 2013 et les réseaux sociaux où lui et ses sympathisants possèdent
plusieurs pages facebook, des comptes tweeter et une radio diffusée en ligne
intitulée la voix de Djibouti.

Ce journal a cessé de paraitre une fois que Monsieur Daher Ahmed Farah a
quitté le pays pour s’installer définitivement en Belgique.

Après une longue période d’absence, Monsieur Daher Ahmed Farah a regagné le
territoire et, a pleinement exercé ses droits évoqués précédemment en endossant
le rôle de porte-parole du principal groupement de l’opposition USN et a eu
accès à l’ensemble des médias internationaux et nationaux y compris les médias
publics comme en témoigne les interventions ci-jointes (annexe 13).

Nous constatons que le requérant et son parti le MRD n’ont jamais fait l’objet
d’une quelconque interdiction ou restriction attrait à l’exercice de leur liberté
d’expression et d’opinions.

Par conséquent, la République de Djibouti met au défi, le MRD et son président


d’en apporter les preuves des prétendues violations des droits et libertés
reconnus par l’article 19 du présent Pacte.

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Art. 22

1. Toute personne a le droit de s’associer librement avec d’autres, y


compris le droit de constituer des syndicats et d’y adhérer pour la
protection de ses intérêts.

2. L’exercice de ce droit ne peut faire l’objet que des seules restrictions


prévues par la loi et qui sont nécessaires dans une société
démocratique, dans l’intérêt de la sécurité nationale, de la sûreté
publique, de l’ordre public, ou pour protéger la santé ou la moralité
publiques ou les droits et les libertés d’autrui. Le présent article
n’empêche pas de soumettre à des restrictions légales l’exercice de ce
droit par les membres des forces armées et de la police.

3. Aucune disposition du présent article ne permet aux États parties à la


Convention de 1948de l’Organisation internationale du Travail
concernant la liberté syndicale et la protection du droit syndical de
prendre des mesures législatives portant atteinte – ou d’appliquer la
loi de façon à porter atteinte – aux garanties prévues dans ladite
convention.

A l’instar des autres principes fondamentaux, la République de Djibouti


reconnaît à tous, la liberté de s’associer librement avec d’autres et ce
conformément à l’article 15 alinéa 2 de notre Constitution.

Notre législation reconnaît toutes les formes légales de groupement, à savoir,


l’association de la loi 1901, les syndicats et les partis politiques.

Depuis l’adoption de notre Constitution en 1992 et la loi n°1/AN/92/2 ème L de la


même année sur les partis politiques, notre paysage politique a enregistré plus
d’une vingtaine de partis ou de groupements de partis politiques.

Dans le cas d’espèce, le requérant qui s’est engagé très jeune dans la vie
politique, a toujours jouit de ses droits civils et politiques en l’occurrence, le
droit de s’associer librement avec d’autres.

Il n’a d’ailleurs connu aucunes formes de restrictions, comme en témoigne les


nombreuses activités politiques détaillées ci-dessous :

- En 1992, Monsieur Daher Ahmed Farah a été membre fondateur du Parti


pour le Renouveau Démocratique (PRD) de Feu Mohamed Djama Elabé,
parti en lice pour les premières élections législatives et présidentielles de
1993 ;

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- En 2002, la partie adverse a crée librement avec d’autres le Parti du
MRD ;

- En 2003, Monsieur Daher Ahmed Farah, a crée avec les principaux partis
politiques de l’opposition le groupement politique dénommé Union pour
l’Alternance Démocratique (UAD) qui a participé aux élections
législatives de la même année ;

- Enfin 2013, Monsieur Daher Ahmed Farah a formé librement et à


nouveau avec d’autres partis, le principal groupement politique de
l’opposition USN. Ce dernier a participé aux échéances législatives de
2013 et remporté 10 sièges à l’Assemblée Nationale.

Art 25

Tout citoyen a le droit et la possibilité, sans aucune discrimination visée à


l’article2 et sans restriction déraisonnable :

a. de prendre part à la direction des affaires publiques, soit directement,


soit par l’intermédiaire des représentants librement choisi ;
b. de voter et d’être élu, au cours des élections périodiques, honnêtes,
aux suffrages universels et égal et au scrutin secret, assurant
l’expression libre de la volonté des électeurs ;
c. d’accéder, dans des conditions générales d’égalité, aux fonctions
publiques de son pays.

En adoptant en 1992 une Constitution qui instaure un État de droit et une


démocratie pluraliste, la République de Djibouti a mis en place un cadre
institutionnel et juridique permettant à nos concitoyens de prendre part à la
gestion des affaires publiques du pays.

Ce cadre comprend entre autres :

- La loi n°1/AN/92/2e L relative aux partis politiques en République de


Djibouti ;
- La loi n°2/AN/92/2eL relative à la liberté de la Communication ;
- La loi organique n° 1/ AN /92 relative aux élections ;
- La loi n°127/AN/16/7ème L portant statut juridique de l’opposition
politique (annexe 14);
- La loi n°219/AN/18/7ème L instituant le système de quota dans les
fonctions électives et dans l’administration de l’État (annexe 15).

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Il s’agit de donner à chacun de nos concitoyen, l’occasion de créer son parti
politique avec d’autres, de diffuser ses idées, ses programmes et de se faire élire
ou d’élire les hommes et les femmes qui auront la lourde responsabilité
d’exercer les différents pouvoirs institutionnels.

Tout individu, qui estime qu’il a été empêché de se faire élire ou même d’élire
les représentants de son choix, peut saisir le Conseil Constitutionnel pour les
élections législatives et présidentielles ou le tribunal administratif pour les
échéances locales et régionales.

Contrairement à ses allégations, Monsieur Daher Ahmed Farah qui a soutenu


des candidats de l’opposition à de nombreuses élections a, par ailleurs, fait élire
dix candidats de son choix pour faire représenter son groupement politique de
l’opposition USN aux élections législatives de 2013.

Monsieur Daher Ahmed Farah n’a jamais souhaité ou cherché à se faire élire
personnellement au niveau national, notamment comme président ou membre du
parlement.

La situation ambiguë de Monsieur Daher Ahmed Farah suscite des


interrogations qui nous paraissent légitimes quant à son manque d’engagement
et de détermination pour prendre part à la gestion des affaires publiques.

Notons que pour le droit de se faire élire aux élections présidentielles et


législatives, l’article 24 de la Constitution dispose que « tout candidat aux
fonctions de président de la république doit être de nationalité djiboutienne, à
l’exception de toute autre » et l’article 11 de la loi organique
n°14/AN/11/6èmeL portant modification de la loi organique relatives aux
élections dispose « les candidats et suppléants qui en outre détiennent des
nationalités étrangères, ne peuvent par être élus à l’Assemblée Nationale ».

C’est en quittant le pays trois années seulement après la première alternance


politique de 1999, que Monsieur Daher Ahmed Farah a voulu volontairement et
résolument se libérer de tous ses droits notamment ceux de participer aux
affaires publiques de son pays.

Monsieur Daher Ahmed Farah, en gardant sa nationalité belge, à renoncer


sciemment à concourir aux différents mandats électifs nationaux. Il s’est
toujours contenter de jouer des rôles de second rang en se tenant derrière le
rideau.

Par conséquent, la République de Djibouti réitère devant l’honorable Comité le


caractère abusif de la présente communication car portée par un citoyen qui par
méconnaissance ou mauvaise foi prétend être victime de pseudo violations sur
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ses droits civils et politiques, et demande aux membres du Comité de rejeter
intégralement la demande de Monsieur Daher Ahmed Farah.

La République de Djibouti ne saurait conclure ses observations sans remercier


les membres de l’honorable Comité pour l’intérêt soutenu qu’ils accorderont à
l’examen de cette communication et demande par conséquent de :

- Déclarer irrecevable et abusive la communication de Monsieur Daher


Ahmed Farah pour être incompatible avec les principes énoncés à l’article
3 du Pacte ;

- Déclarer infondée la requête de Monsieur Daher Ahmed Farah au regard


de sa qualité de personne physique n’ayant pas épuisé les voies de recours
internes ;

- Rejeter intégralement les allégations de violation de ses droits civils et


politiques au vu de ce qui a été exposé dans les présentes ;

- D’ordonner Monsieur Daher Ahmed Farah à se conformer aux règles en


vigueur en République de Djibouti et notamment celles sur les partis
politiques afin de prendre part à la gestion des affaires publiques.

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Annexes
1- Message adressé au Président de l’Erythrée par Monsieur Daher
Ahmed Farah
2- Décret N° 2008-0167/PR/MJD du 9 juillet 2008 portant dissolution
d’un parti politique ;
3- Loi n°1/AN/92/2èmeL relative aux partis politiques en République de
Djibouti ;
4- Jugement N°05/10 du conseil du contentieux administratif en date du
20 mars 2010 ;
5- Arrêt n°73/A/AG/13 de la Cour Suprême du 19 mai 2013 ;
6- Communication complémentaire du 13 avril 2019 ;
7- Lien:français.doingbusiness.org/fr/rankings (classement Doing
Business)
8- Constitution du 15 septembre 1992 ;
9- Dépôt de dossier de déclaration de parti politique ;
10- Loi n°2/AN/92/2èmeL relative à la liberté de communication ;
11- Loi organique n° 1/ AN /92 relative aux élections ;
12- Loi n°136/AN/11/6èmeL relative à l’aide judiciaire ;
13- Dépêche de l’AFP et diffusée sur France 24
https://www.france24.com/fr/20130223-djibouti-parti-pouvoir-
remporte-elections-legislatives-opposition-fraude ;
14- Loi n°127/AN/16/7èmeL portant statut juridique de l’opposition
politique ;
15- Loi n°219/AN/18/7èmeL instituant le système de quota dans les
fonctions électives et dans l’administration de l’État.

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