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Chapitre 2 : L’agriculture algérienne durant la planification

Après la proclamation de l’indépendance nationale en 1962, un départ massif de


colons est enregistré, laissant un vide sur le plan de l’encadrement (avec le départ de plus de
185.000 cadres supérieurs et ouvriers qualifiés). Parallèlement à cela, un transfert important
de capitaux s’en est suivi. Les Algériens ne pouvaient plus faire face à cette situation de
vide, vu la précarité dont ils se débattaient pendant la période coloniale. A cet effet,
la paupérisation et l’analphabétisation (90%) constituent autant d’indices qui peuvent nous
renseigner sur la faiblesse du tissu socio-économique algérien.

Des mesures immédiates (l’autogestion) ont été prises pour remédier à cette situation
avant qu’une stratégie de développement ne soit mise en place

Dans ce chapitre, on essayera de voir quelle est cette stratégie de développement


économique adoptée par l’Algérie pendant cette période ? Et en parallèle, quels sont les
différents modes d’organisation appliqués pour le secteur agricole ?

Pour répondre à ces questions, on tentera de revoir succinctement :

- La stratégie de développement économique préconisée ;


- La place de l’agriculture dans l’économie algérienne ;
- La présentation des modes d’organisations appliqués dans le secteur agricole
algérien et la place qui revient à chacun d’eux ;
- Et enfin, l’étude de l’évolution des principales cultures d’alors.

I. La stratégie de développement économique


Dans la première moitié de la décennie qui a suivi l’indépendance (1962 à 1966),
aucune stratégie n’a été réellement appliquée. En outre, le secteur public est quasiment
inexistant et il n’a pris forme que plus tard. Cette situation est la conjugaison de plusieurs
facteurs, à savoir :

- Absence d’une démarche économique cohérente, en raison du statu quo au niveau


des forces sociales (réalisation d’un certain équilibre entre les forces sociales) ;

- Ambivalence des mesures économiques, en application, que ce soit dans le domaine


agraire (non application de la Révolution Agraire) ou dans le domaine industriel
(encouragement de la bourgeoisie par des mesures douanières et l’implantation de certains
projets étatiques dans les mêmes secteurs) ainsi que dans le domaine commercial ;

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Chapitre 2 : L’agriculture algérienne durant la planification

- L’application de l’autogestion dans le domaine agricole et industriel a été limitée


par des mesures contraignantes et bureaucratiques ;

- L’inexistence d’une doctrine économique ;

- L’insuffisance des ressources financières générées par le secteur agricole et les


hydrocarbures n’a pas favorisé l’apparition d’un secteur public ;

- Détérioration de la situation de l’emploi ; le taux de chômage est de l’ordre de 30,6%


selon le recensement de 1966.

1. Les industries industrialisantes


Suite au changement politique intervenu en 1965, une nouvelle orientation en termes
économique est prise à partir de 1966 : il s’agit de la mise en place d’un secteur public
industriel important. A cet effet, un modèle théorique de base est retenu, il détermine les
objectifs à atteindre et les types d’industries à réaliser.

1.1. Les raisons du choix des industries industrialisantes


Le modèle appelé "industries industrialisantes" est l’œuvre de G. DESTANNE de
Bernis. Le choix de ce modèle est motivé par un certain nombre de facteurs et de
déterminants, qu’on peut énumérer de la manière suivante :
- La volonté affichée par les dirigeants de réaliser un développement à base
industrielle ;
- L’incapacité du secteur privé à générer un surplus qui favorise l’accumulation ;
- La volonté des dirigeants de s’opposer à l’idiologie coloniale (La libération des pays
colonisés s’est accompagnée par des courants de pensées hostiles au système économique
capitaliste ; ces courants expliquent le retard de développement causé par la domination
coloniale).

1.2. Définition du modèle


G. DESTANNE DE BERNIS définit le concept des industries industrialisantes comme
celles dont " la fonction économique fondamentale est celle d’entraîner dans leur
environnement, localisé et daté un noircissement systématique de la matrice industrielle et
des fonctions de production grâce à la mise à la disposition de l’entière économie
d’ensembles nouveaux de machines qui accroissent la productivité du travail et entraînent la

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Chapitre 2 : L’agriculture algérienne durant la planification

restructuration économique et sociale de l’ensemble considéré en même temps qu’une


transformation des fonctions de comportement au sein de cet ensemble1".

D’après cet auteur, le rôle dévolu aux industries, c’est de créer les moyens matériels
(machines) dont a besoin l’économie algérienne (notamment l’agriculture), pour augmenter
la productivité, et en parallèle, celles ci doivent constituer un marché qui absorbera les
produits des autres secteurs (réaliser une symbiose entre l’industrie et l’agriculture).

Dans cette perspective, l’économie nationale est considérée dans ses


complémentarités, ou dans les interrelations qui structurent les différentes branches qui la
composent, d’où la nécessité du noircissement de la matrice (En d’autres termes l’existence
d’inter–relations entre les branches). La réalisation d’un certain nombre d’hypothèses est
nécessaire pour la concrétisation de ce modèle2 :

- La résolution de la problématique du financement, c’est à dire disposer des moyens


financiers requis ;

- La nécessité de la mise en place d’un organe de planification ;


- La conciliation entre la politique de revenu et d’investissement, autrement dit,
élaborer une politique des prix et des revenus ;

- Procéder à une réforme agraire qui favorisera intensification.

Ce modèle se présente comme un meilleur moyen pour asseoir une base industrielle
qui n’existait pas auparavant). Il permettra l’articulation de l’économie nationale et favorisera
la lutte contre le chômage et le sous emploi.

Grâce à cette politique, l’Algérie a pu être doté de complexes industriels


gigantesques dans plusieurs branches tels que : la mécanique, la sidérurgie, la pétrochimie
etc.…L’installation des complexes se fait par le biais de contrats «clefs en mains», «produit
en mains», «marché en main».

1.3. Les fonctions assignées à l’agriculture


Pour que ce modèle réussisse, un certain nombre de fonctions sont assignées à
l’agriculture3 :

1
- A. BEN ACHENHOU, planification et développement en Algérie 1962-1982, 1980, p.25.
2
- Idem
3
- S. BEDRANI, l’agriculture algérienne depuis 1966- étatisation ou privatisation. op, Cit, 1981.
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- Fournir les biens alimentaires à la population se trouvant dans les villes avec un coût
minimum. Cet objectif répond à une logique d’accumulation dans le secteur industriel. Cela
exige une forte croissance dans le secteur agricole pour pouvoir accompagner la croissance
de moyens physiques et d’augmenter le pouvoir d’achat ;

- Participer à l’absorption du chômage par la création d’emplois dans les activités


agricoles et essayer de maintenir la population rurale à sa place, maintenir l’exode rural à un
niveau acceptable ;

- Dégager un surplus pouvant participer au financement de l’investissement industriel


et, en même temps, créer un marché aux produits qui en découlent ;

- Produire les matières premières agricoles au profit du secteur industriel : le tabac, la


betterave sucrière …

2. La place de l’agriculture dans la planification


Dans une économie de type socialiste, la planification constitue un instrument
principal pour la concrétisation des objectifs recherchés. Elle est aussi considérée comme un
moyen de coordination des actions, de mobilisation des ressources financières et de
classification des investissements par ordre de priorités.

Le secteur public, quant à lui, est vu comme un moyen de réalisation des opérations
du plan. Celui ci joue un rôle prépondérant dans la mise en place de la politique
économique. C’est dans cette logique qu’il faut comprendre les multiples moyens utilisés
pour son renforcement (la nationalisation, l’appropriation par la collectivité des moyens de
production).

2.1. L’importance des investissements nationaux


Comme nous l’avons déjà signalé, le secteur industriel a bénéficié d’une attention
particulière dans la stratégie globale de développement. Tout de même, l’agriculture a été
présente dans tous les plans de développement.

La première tentative de planification a commencé en 1967, avec la stratégie de


développement globale décennale 1967–1977. C’est ainsi que de Janvier 1967 à Décembre
1977, trois (03) plans ont été adoptés :

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• De 1967 à 1969 : le plan triennal ;


• De 1970 à 1973 : le premier plan quadriennal ;
• De 1974 à 1977: le deuxième plan quadriennal.

Pendant cette période, l’effort de l’épargne nationale est très élevé. Ce taux passe
de moins 20% en 1965 à 47% à la fin de 1973, pour atteindre 46% en 19774. Ce taux
d’épargne dépasse en moyenne 35 %. Ce qui amène l’Algérie à occuper une place
privilégiée, en termes d’investissement à l’échelle mondiale. Si on se réfère aux étapes de
développement économique, arrêtées par W.W.ROSTOW, l’Algérie a rempli largement le
critère de décollage économique qui se réalise lorsque le taux d’investissement net passe
de 5 % à 10% ou plus5.
A la fin des années 1970, plus exactement en 1978 et 1979, une halte en matière de
planification est observée, afin d’établir un bilan de réalisation et engager une réflexion sur la
décennie1980, sans pour autant arrêter les investissements. D’ailleurs, durant ces deux
années précitées, un montant de 56 milliards de dinars pour la première année et 65 milliards
de dinars pour la deuxième année devaient être dépensé, afin de parachever les programmes
précédents.
Le décès du Président HOUARI BOUMEDIENNE, en 1978, a engendré un
changement politique. A cet égard, la nouvelle équipe dirigeante au pouvoir a poursuivi la
planification pendant la décennie 1980. Désormais, la priorité est accordée, plus
particulièrement, aux équipements sociaux (pour une vie meilleure).

Deux (02) plans de développement ont été adoptés pendant cette décennie qui
s’étalait sur cinq (05) ans pour chacun d’eux. Le 1er plan allant de 1980 à 1984 et
le 2ème plan de 1985 à 19896.

Le tableau suivant dresse une image de synthèse des montants prévus.

4
- M.T. NADIR, l’agriculture algérienne dans la planification en Algérie de 1967-1977 , o.p.u, 1982, p. 91.
5
- M. E . BENISSAD, économie de développement de l’Algérie, sous développement et socialisme, o.p.u et
économica, 1979, p.46.
6
- En réalité, sous l’effet de la crise du contre choc pétrolier intervenu en 1986, le deuxième plan quinquennal a
été abandonné.

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TABLEAU n° 01 : Structures des investissements prévus par secteur en montants et %.


(En milliard de DA).

Années
Structures 67 / 69 % 70 / 73 % 74 / 77 % 80 / 84 %
des investissements

Agriculture, Hydraulique, Pèche 1,62 17,41 4,94 17,80 16,72 15,16 47,10 11,75
Dont l’Agriculture 1,26 13,54 2,92 10,52 12,00 10,88 20,00 4,99

Industries et Hydrocarbures 5,40 58,08 12,40 44,60 48,00 43,57 154,50 38,56
Dont Hydrocarbures 2,27 24,40 4,57 17,01 19,50 17,69 63,00 15,72

Infrastructures 1,58 16,98 8,54 30,85 32,27 29,27 54,10 13,50


économiques et sociales
Les autres secteurs. 0,70 7,53 1,87 6,75 13,23 12,00 144,00 36,19

Total … 9,30 100 27,75 100 110,22 100 400,60 100

Source : H. TOULAIT, op. Cit, p.310

Ce tableau nous renseigne sur :

- Une augmentation dans les montants prévus en passant de :


- 09 milliards de dinars pour la période de 1967 à 1969 à 28 milliards de dinars de
1970 à 1973, soit 211% d’augmentation par rapport au premier plan triennal ;

- Les investissements du 2ème plan quadriennal ont atteint 110 milliards de dinars (en
1974 à 1977), soit 293 % d’augmentation par rapport au premier plan quadriennal ;

- Et à 400 milliards de dinars lors du 1er plan quinquennal 1980 à 1984, soit 363 %
d’augmentation par rapport au deuxième plan quadriennal.

- Un déséquilibre important entre les secteurs et plus précisément entre le secteur


industriel et les autres secteurs non industriels ;

- Globalement, les investissements productifs ont accaparé la majeure partie des


ressources mobilisées au détriment du domaine social, en particulier dans la première
décennie :

• De 1967 à 1969 83 %,

• De 1970 à 1973 69 %

• Et de 1974 à 1977 71 %

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Chapitre 2 : L’agriculture algérienne durant la planification

Ces déséquilibres intersectoriels ont été accentués au profit de l’industrie lors des
réévaluations des coûts des projets inscrits dans les plans ainsi que l’introduction d’autres
projets non prévus dans les programmes.

Par ailleurs, les montants accordés sont tous supérieurs à ceux qui ont été prévu
pour l’industrie. Tandis que, les autres secteurs ont vécu le phénomène inverse comme le
montre bien le tableau suivant :

TABLEAU n°02 : La part en % de l’investissement de chaque secteur par rapport à


l’investissement global en terme de ce qui a été prévu et accordé.
Triennal 1er quadriennal 2ème quadriennal
SECTEURS prévu accordé prévu accordé prévu Accordé
Agriculture, Hydraulique, pêche 18 10 18 14 15 10
Dont l’Agriculture 14 07 10 08 11 05
Industries, Hydrocarbures 60 71 44 53 44 53
Dont les Hydrocarbures 25 24 16 23 18 20
Infrastructures, sociales 17 17 31 25 29 27
Autres… 05 02 07 08 12 10
TOTAL 100 100 100 100 100 100
Source : M.T. NADIR, op. Cite, p.111.

Dans l’ensemble, les montants accordés pour tous les secteurs confondus, sont
beaucoup plus supérieurs à ceux initialement prévus, à cause de la faiblesse dans la
planification, la flambée des prix du pétrole et le non respect des délais de réalisation (ce qui
engendre des surcoûts).

Il est clair que malgré l’importance des sommes consommées, les réalisations
physiques demeurent en deçà des attentes.

Le taux des restes à réaliser est éloquent, il varie de 47% à 61,3% pendant la période
allant de 1967 à 1977 (avec une moyenne de 58%), cette situation nous renseigne sur les
difficultés rencontrées à concrétiser les opérations planifiées.
Le tableau n° 03, ci-après, montre la vulnérabilité de cette situation dans le domaine
de la planification (tous secteurs confondus):

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Chapitre 2 : L’agriculture algérienne durant la planification

TABLEAU n°03 : Les montants prévus et accordés (milliards de DA)


Réalisations Reste à réaliser
Périodes Prévisions Accordés
(1) (2) Montant % Montant %
(3) (3/2) (4) (4/2)

1967-1969 9,30 19,50 9,20 47,10 10,30 52,80


1970-1973 27,75 68,50 36,31 53,00 32,20 47,00
1974-1977 110,22 314,40 121,30 38,60 192,70 61,30

TOTAL 147,27 402,00 166,81 41,50 235,20 58,00

Source: TOULAIT, op. cité pp.312 et 315.

2.2. Les investissements dans l’agriculture


A l’instar des autres secteurs, plus particulièrement l’industrie, l’agriculture a
bénéficiée d’investissements conséquents contenus dans les plans de développement.
Cependant, la part lui revenant est très faible au vu de :

- La vocation économique de la société algérienne qui est agricole, dont plus


de 50% de la population active se trouve dans le secteur agricole et fait vivre plus de 85 %
de la population globale ;

- L’importance de ce secteur consiste à pourvoir le pays, plus particulièrement les


villes, de matières de produits de large consommation et par conséquent, atténuer la
dépendance économique du pays par une autonomie alimentaire.

Le tableau n° suivant retrace les montants dont a bénéficié le secteur agricole :

Tableau n°04 : La part des investissements agricoles prévus dans les investissements
totaux (En millions de DA)

DESIGNATION 1967/1969 1970/1973 1974/1977 1978 1979 1980/1984

Economie nationale 9,30 27,75 110,22 55,7 65,1 400


Agriculture 1,26 2,92 12 2,9 3,5 20

Part de l’agriculture 13,54 10,52 10,88 5,2 5,4 5,00


en %
Source: H. Toulait op. Cit p.312

Les enseignements qu’on peut tirer de ce tableau sont les suivants :


- Le premier quinquennat de la planification algérienne a vu le secteur de
l’agriculture bénéficier d’un montant de 20 milliards de dinars. Cette somme est

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Chapitre 2 : L’agriculture algérienne durant la planification

relativement importante comparativement aux enveloppes des plans précédents.


Cette enveloppe est à la hausse avec 23 milliards de dinars destinée à l’Hydraulique.

L’allusion faite au secteur de l’hydraulique dans ce point est dictée par les objectifs
qui lui ont été assignés qui sont :

- Extension des terres irriguées de 200.000 Ha, pour la période de 1980-1990.


- Achèvement et rénovation des équipements existants tels que :
• Le barrage de Mexanna (Annaba) avec une capacité de 175 millions de m3
• Le barrage de Keddara (à Alger) avec une capacité de 160 millions de m3 ;
• Le barrage de Oued Sly à Chlef avec une capacité de 90 millions de m3.
7
Par ailleurs, les actions envisagées dans le domaine agricole sont :

- Acquisition du matériel et des équipements agricoles (achat de 40.520 tracteurs


et 4.650 moissonneuses batteuses avec un taux de 44,7%de l’enveloppe allouée à ce secteur).

- Amélioration de la production végétale, notamment l’arboriculture fruitière, les


cultures maraîchères et des grandes cultures, avec un taux de 25 % de cette enveloppe.

- Et, enfin, la recherche, études et infrastructures sociales et autres avec un taux


de 5,3% de cette même enveloppe.

L’effort de l’investissement dans le cadre de plans de développement dans le domaine


agricole se concrétise à travers :
- Le concours définitif sur le budget de l’Etat ;
- Les concours temporaires qui sont des prêts bancaires à longs et moyens termes.

L’évaluation de ces deux modes de financements est illustrée dans le tableau n°10, ci-après,
On constate la prédominance des concours temporaires qui représentent un peu plus de
2/3 du total des crédits. La plus grande partie de ces crédits est destinée au secteur public
auquel sont accordées toutes les facilités contrairement au secteur traditionnel. A l’image des
autres secteurs, le taux de consommation des crédits est très faible, il est inférieur au taux
moyen durant toute la période, exception faite, du premier plan triennal 1967-1969.

7
- Note : les chiffres sont arrondis.

9
Chapitre 2 : L’agriculture algérienne durant la planification

Tableau n°05 : Les types de crédit accordés à l’Agriculture (En milliards de DA).
Concours définitifs Concours temporaires
PERIODES Total des crédits
Nombre en % Nombre en %
1967-1969 1,2 0,4 33,3% 0,8 66,7%
1970-1973 2,9 1,0 37,5% 1,9 62,5%
1974-1977 12,0 4,5 37,5% 7,5 62,5%
1978 2,9 1,0 34,4% 1,9 65,6%
1979 3,5 0,9 28,6% 2,6 71,4%
1980 3,9 1,0 25,6% 2,9 74,4%
1981 4,5 1,5 33,3% 3,0 66,7%
1982 4,5 1,6 35,7% 2,9 64,3%
Source : H. TOULAIT, op. Cit, p.306.

Les réalisations des investissements dans le secteur agricole sont résumées


dans le tableau suivant :

Tableau n°06 : Taux de réalisation des investissements dans l’agriculture (milliards de DA).

1967 - 1969 1970 – 1973 1974 – 1977 1979 - 1982

P E R I O D E S Accordé réalisé % Accordé Réalisé % Accordé Réalisé % Accordé Réalisé %

Agriculture 1,35 1,39 102 5,63 2,14 38 16,75 5,85 35 16,44 7,49 47

T o t a l … 19,58 9,16 46 68,56 36,31 52,8 314,30 121,2 38,5 - - -

Source : H. TOULAIT, op. Cit , p.315.

Les raisons de ces faibles taux de réalisations des investissements dans le domaine
agricole sont multiples. On peut citer d’une part, le retard enregistré dans le domaine
industriel qui a fortement pénalisé l’agriculture par la non disponibilité des matières
intermédiaires, et d’autre part, la marginalisation du secteur privé.

II. Le secteur autogéré et le secteur privé


Au lendemain de l’indépendance, l’économie nationale se trouvait dans une situation
difficile, suite au départ des colons. L’activité économique est maintenue grâce à l’initiative
prise par les travailleurs de s’organiser et cela dans le domaine industriel, agricole et
commercial. C’est ainsi qu’apparaissent dans le domaine agricole, abandonné par les colons,
8
des "comités de gestion" pour faire marcher les exploitations agricole.

8
-A. HERSI, op, Cit, p.93.
10
Chapitre 2 : L’agriculture algérienne durant la planification

Cependant, des problèmes surgissent, notamment l’irrégularité dans le paiement des


salaires. Cette situation est aggravée à cause des écueils rencontrés en matière de
commercialisation des produits agricoles et les difficultés rencontrées pour l’obtention de
crédits bancaires dus à l’extraversion des banques.
9
Pour remédier à cet état de fait, les pouvoirs publics décidèrent, à partir de 1963 de
clarifier les choses pour une meilleure prise en charge des difficultés rencontrées par ces
structures (les comités de gestion).

1. Définition du concept d’autogestion


L’autogestion, en tant que concept, peut être appréhendée de plusieurs manières.
Certains auteurs considèrent l’autogestion comme une méthode parmi tant d’autres,
expérimentée dans les économies de type socialiste. Toutefois, l’autogestion en tant que
concept peut être considérée comme un principe général d’organisation de la communauté
sociale, soit comme un système de gestion10.

"L’autogestion est aussi définie comme un système d’organisation politique,


économique et sociale dont le contenu idéologique constitue la voie principale choisie par
l’Algérie dans son ouverture vers le socialisme. Elle répond aussi aux intérêts des travailleurs
promus au statut de salariés, au rang de producteurs libres, responsables pour leur
participation active, consciente et directe, et leur intéressement moral et matériel aux
résultats de l’exploitation et les intérêts de la collectivité nationale pour un prélèvement
approprié d’une partie des revenus de l’entreprise et la subordination des plans de
développement national et régional"11.

1.1. Organisation du domaine autogéré


Le domaine autogéré est constitué d’un ensemble d’organes de gestion :

a)- L’assemblée générale des travailleurs, qui est constituée par l’ensemble des
travailleurs au sein du domaine agricole ; elle a pour mission :
- D’adopter les programmes de l’exploitation ;
- D’élire le conseil des travailleurs ;
- De contrôler les activités des autres organes de l’autogestion ;

9
- Décret de Mars 1963 portant organisation de l’ autogestion et Décret de Juillet 1963 portant création
l’ONRA
10
- H.TEMMAR. Stratégie de développement indépendant. OPU.1980.
11
- Idem, p.126.
11
Chapitre 2 : L’agriculture algérienne durant la planification

- D’approuver les comptes de fin d’exercices ;

b)- Le conseil des travailleurs : élit par l’assemblée générale. Ce conseil est un organe
chargé d’exécuter les décisions prises au niveau de l’assemblée générale. En outre, ce conseil
des travailleurs est chargé de réaliser ce qui suit :

- Election du comité de gestion ;


- Prendre des décisions en ce qui concerne l’application du règlement intérieur, la
suppression ou à l’exclusion des membres ;
- Adoption du programme d’approvisionnement en respectant les plans de cultures
de l’exploitation.

Il apparaît, de ce qui précède, que le conseil des travailleurs est l’organe principal sur
lequel repose la gestion de l’exploitation, étant donné qu’il est investi de pouvoirs élargis au
sein de l’exploitation.

c)- Le Comité de gestion : Il est issu du conseil des travailleurs et son effectif ne dépasse
pas douze (12) membres. Son rôle est de prendre les décisions nécessaires à l’activité de
l’exploitation et plus particulièrement :

- Se charger du règlement en matière d’organisation du travail ;


- Décider des emprunts à court terme dans le cadre des programmes assimilés et et
de l’embauche des ouvriers saisonniers.

d)-Le président du comité de gestion : Il est élu par l’assemblée générale pour une
période de trois (03) années. Il représente le collectif des travailleurs au niveau de
l’exploitation et dans tous les actes de la vie publique, notamment :

- Le contrôle de l’exécution des décisions des organes de gestion ;


- La représentation de l’exploitation vis à vis des tiers ;
- La convocation du comité de gestion.

e)- Le Directeur : A la différence du président du comité de gestion qui est élu, le


directeur est nommé par le Ministre de l’Agriculture et de la Réforme Agraire. Il représente
l’Etat au sein du domaine et a pour mission :

- Il se charge de veiller sur le respect des règles, de la répartition des revenus et la


régularité des questions économiques et financières de l’exploitation ;
- Il intervient dans le cadre du respect de la planification nationale lors de
l’élaboration des plans de production ;

12
Chapitre 2 : L’agriculture algérienne durant la planification

- Il intervient aussi pour assurer la conservation des moyens de productions et tenir


l’inventaire des biens mobiliers et immobiliers de l’exploitation.

En fait, un directeur nommé, détient le droit de blocage de toute décision non conforme
à la politique définie par l’Etat ; ce qui limite considérablement le champ d’action de
l’autogestion.

Organigramme12.
MINSTERE DE L’AGRICULTURE

PRESIDENT DIRECTEUR

ASSEMBLEE CONSEIL DES COMITE DE


GENERALE TRAVAILLEURS GESTION

1.2. L’importance du secteur autogéré

Le secteur autogéré s’est développé sur les terres abandonnées par les colons après
l’indépendance. Il s’agit d’un secteur qui a bénéficié des efforts appréciables en termes
d’investissements, qui consistaient à l’introduction de nouvelles cultures et de procédés de
mécanisation. En outre, les terres dont dispose le secteur autogéré sont les plus riches et se
situent dans les plaines de la MITIDJA, ANNABA et CHLEF…etc.

La consistance de l’assiette foncière du secteur autogéré s’étale sur une superficie


de 2 millions 300 milles hectares (2.300.000 ha) regroupées en 1994 domaines autogérés qui
13
viennent remplacer les 22.037 exploitations étrangères . La superficie moyenne d’un
domaine autogéré varie de 100 hectares au moins à plus de 2.000 hectares. Parfois, les
parcelles de terres d’un domaine sont éloignées les unes des autres. La répartition de la
superficie des domaines autogérés est la suivante :

12
-H. TOULAIT, op. cit, p.188.
13
- D. BEN AMRANE, op. cit, p.121.
13
Chapitre 2 : L’agriculture algérienne durant la planification

100 hectares représentant 02 % de la superficie totale


Les exploitations 100 à 500 hectares représentant 6,9 % de la superficie
de moins de 500 à 1.000 hectares représentant 22,6 % de la superficie
1.000 à 2000 hectares représentant 37,2 % de la superficie
14
2.000 hectares et plus 33,1 % de la superficie .

La constitution de ces domaines était confiée à l’Office National de la Réforme


Agraire (ONRA). Cette opération de regroupement ne répond à aucune logique de rentabilité
économique par contre c’est le caractère d’autogestion qui est le fait marquant de ces
domaines agricoles.

G.MUTIN écrit à ce sujet : "Il n’existe aucune corrélation entre la taille des domaines
et le système de cultures pratiqué ou la surface moyenne des exploitations coloniales dont ils
sont issus. Ainsi les domaines viticoles de la Mitidja occidentale sont de taille relativement
restreinte contrairement aux domaines viticoles de l’Est de la Mitidja qui sont
les plus vastes15".

2. Le secteur privé
2.1. Les systèmes de production
Le secteur privé reste, en termes de superficie, majoritaire malgré la réforme agraire.
Il occupe près de 59 % de la totalité des terres agricoles utiles (SAU), l’équivalent
de 04.415.000 hectares.

TABLEAU n° 07 : Répartition de la SAU (1978-1979).

SUPERFICIE
DESIGNATIONS %
o Secteur autogéré (Ha) 2.046.000 27
o Secteur Révolution Agraire (Ha) 1.036.000 14
Total … 3.082.000 41
Superficie agricole utile
(SAU) o Secteur privé (Ha) 4.415.000 59
Total général… 7.497.000 100
Source : MARA cité par S. BEDRANI, l’agriculture algérienne face au marché mondial. Ouvrage collectif, les
politiques agraires en Algérie, vers l’autonomie ou la dépendance CREA, p.42.

14
- BENAMARANE, op. Cit, p. 220.
15
- G. MUTIN, "L’agriculture en Mitidja" in problème agraires au Maghreb, CRESM, CNRS, 1977, p152, cité par
TOULAIT, op, Cit, p. 213.

14
Chapitre 2 : L’agriculture algérienne durant la planification

Le secteur regroupe un grand nombre de petites exploitations. Cette situation est due
à deux facteurs de reconditionnement de l’espace agricole couvert par ce secteur :

- Les opérations de délimitation de la propriété privée par les mesures introduites


16
suite à l’application de la Révolution Agraire ;

- Le partage de la propriété à l’occasion des héritages successifs. Cette miniaturisation


n’est pas toutefois la seule caractéristique dans ce secteur puisque comparativement à
l’assiette foncière globale, les terres relevant de cette propriété souffrent cruellement de sa
mauvaise qualité (terres accidentées, ravinées, rocailleuses et mal arrosées).

Sur le plan de l’organisation, les exploitations du secteur privé sont gérées par leurs
propriétaires qui y travaillent avec leurs familles. La production de ce secteur est destinée à
leur subsistance, à laquelle s’ajoute parfois une faible part destinée au marché et qui se
pratique dans les grandes exploitations.

Le travail salarial est fortement réduit à cause de la faiblesse des moyens de ces
exploitations. L’utilisation temporaire d’ouvriers saisonniers intervient lorsque la force de
travail familial n’est pas suffisante pour accomplir certaines tâches conjoncturelles.

Parmi les tentatives qui visaient à expliquer la réalité du fonctionnement de ce


secteur, on cite l’effort de classification mené par les chercheurs du Secrétariat d’Etat au
17
Plan au début des années 1970.

En s’appuyant sur la notion de système de production et des données d’une enquête


engagée sur le terrain, ce groupe de chercheurs avaient abouti à la constitution d’une
18
typologie où ils distinguaient trois (03) types de systèmes de production :
- Le système de production capitaliste ;
- Le système familial marchand ;
- Le système de production domestique.

16
- La charte de la Révolution Agraire a délimité la propriété agricole dans le secteur privé à 5 hectares.
17
- Secrétariat d’Etat au Plan. Directives pour les études socio-économiques par zones sur l’agriculture,
Annexe III à l’enquête socio économique sur l’OUED-RHIOU. Tome IV. Système de production et Révolution
Agraire. Décembre 1974. Alger. Cité par S. BEDRANI. op. cit, pp. 284-286.
18
- Le système de production est défini par les chercheurs du Secrétariat au Plan et du Ministère de
l’Agriculture, Cité par S. BEDRANI. op cit p.284, comme un moyen permettant d’analyser et d’apporter "une
explication d’ensemble des mécanismes de fonctionnement" des exploitations émanant de la comparaison des
facteurs de production et des modalités de leur mise en œuvre, les formes sociales d’appropriation, des facteurs
de production et du produit.

15
Chapitre 2 : L’agriculture algérienne durant la planification

2.1.1. Le système de production capitaliste


Ce système retient comme critère de classification l’utilisation de la main-d’œuvre
salariale qui travaille avec des moyens mécaniques et dont la production est destinée au
marché.

A côté de cette désignation (système de production capitaliste) vient en substitution une


autre appellation qui est celle du "Système moderne capitaliste". La discrimination entre les
deux systèmes est difficile à établir, même le critère de mécanisation n’est pas retenu dans la
deuxième classification. En outre, le chef de l’exploitation est confiné à sa tâche de
"directeur de l’exploitation". Toutefois, au plan organisationnel, la seconde appellation fait
apparaître un critère de remplacement à celui de la mécanisation, il s’agit de celui du
directeur de l’exploitation.

2.1.2 Le système familial marchand


Il s’agit d’un système utilisant une main d’oeuvre familiale et dont l’essentiel de la
production est destiné au marché. Ces deux critères sont les plus discriminants même si la
non utilisation de moyens mécaniques peut s’avérer un critère déterminant.

2.1.3. Le système de production domestique


Il est défini par l’utilisation d’une main d’œuvre familiale non équipée en moyens
mécaniques et dont la production est destinée pour l’auto- subsistance.

2.2. Les exploitations agricoles


Comme autre type de classification, on peut ajouter celle construite à l’aide du
concept de "formation économique et sociale" Celle-ci était l’œuvre de S. BEDRANI qui
propose une typologie où il distingue trois (03) formes de production.

- La forme de production capitaliste ;


- La forme de production familiale marchande ;
- La forme de production domestique.

2.2.1. L’exploitation de forme familiale marchande


Cette catégorie d’exploitation s’étale sur une superficie représentant 35 % des
superficies du secteur privé. La taille d’une exploitation varie de 10 à 50 hectares. Elle
détient un parc de tracteurs de 51 % du parc privé. A l’intérieur de ces exploitations, on
observe une forte inégalité dans la possession du matériel agricole. En outre, les exploitations

16
Chapitre 2 : L’agriculture algérienne durant la planification

se trouvant dans des fourchettes de 20 à 50 hectares en sont mieux équipées. Le fait, qui est
aussi caractéristique, est que ces exploitations fournissent 39% de blé tendre.

2.2.2 L’exploitation de forme familiale de production domestique ou de subsistance


Ce type d’exploitation présente les caractéristiques suivantes :

- La taille des exploitations varie de 01 à 10 ha ;


- La forme de la production domestique est dominante ;
- Les superficies contrôlées sont de l’ordre de 33% ;

Le nombre d’exploitations est relativement élevé, représentant 55% de l’ensemble


des exploitations.

Sur le plan du matériel, elles sont peu mécanisées puisqu’elles ne comptent


que 12% de tracteurs, 5 % de moissonneuses batteuses. Comme fait notable, la recherche de
l’autosubsistance pousse ces exploitations à pratiquer la céréaliculture.

2.2.3. L’exploitation de forme capitaliste


Ces exploitations, qui s’étendent sur de grandes superficies, sont caractérisées, selon les
19
travaux de S. BEDRANI par :

- Une concentration de plus de 31% des superficies agricoles privées dans des
exploitations qui dépassent 50 hectares par exploitation. Leur nombre ne dépasse pas 1 % de
leur total ;

- Une mécanisation importante par rapport aux autres formes d’exploitations : elles
détiennent 37 % des tracteurs et 52 % des moissonneuses batteuses ;

- Une utilisation de la main d’œuvre salariale estimée à 86 % de l’effectif global ;

- La production dominante est représentée par les céréales, avec un taux


de 60,96 % des terres cultivées et 22,6 % des terres laissées en jachère. Certaines
exploitations pratiquent la polyculture et l’élevage de bovins, autour des grandes villes, et
l’élevage d’ovins, dans les hauts plateaux et le nord saharien.

Après l’application de la Révolution Agraire, cette forme d’exploitation est abolie


avec, notamment, l’introduction des nationalisations et de la limitation de la propriété privée.

19
- Enquête réalisée par le Ministère de l’Agriculture et de la Révolution Agraire (MARA), " Main d’œuvre dans
le secteur privé", 1968, cité par S. BEDRANIi op. Cit, pp 284-308.

17
Chapitre 2 : L’agriculture algérienne durant la planification

III. Le secteur de la Révolution Agraire


C’est au début des années 1970, plus exactement en Janvier 1972, que fut lancée
20
l’opération de la Révolution Agraire . Le lancement de cette opération avait pour objectif de
palier aux multiples problèmes du secteur agricole, notamment, la dégradation du patrimoine
foncier (vieillissement des bâtiments et du matériel) et de freiner l’exode rural.

I. Les objectifs de la Révolution Agraire


La Révolution Agraire s’inscrit en droite ligne avec la politique économique de
l’époque et dans le choix du modèle de développement (industries industrialisantes). L’un de
ses objectifs premiers à atteindre est de rattraper le retard cumulé dans le secteur agricole, et
parallèlement abaisser les coûts des produits agricoles constituant des inputs de l’industrie
d’une part, et créer un marché de plus en plus élargi pour les produits industriels, d’autre
part. En effet, la Révolution Agraire préconise la modernisation de l’agriculture. En résumé,
la Charte de la Révolution Agraire stipule que :

« La Révolution Agraire a pour but de moderniser l’agriculture. A ce titre, elle


intervient sur la délimitation de la taille des exploitations, sur les techniques de production,
sur la gestion de l’utilisation des engrais et de semences sélectionnées, la maîtrise de matériel
moderne, la construction de bâtiments d’exploitation, l’exploitation des terres laissées en
21
jachère. Ce sont autant d’actions qui concourent au succès de la Révolution Agraire ».

Par ailleurs, l’amélioration des conditions de vie des masses rurales par une
promotion sociale et culturelle constitue un autre enjeu à relever par cette entreprise
(la Révolution Agraire).
Certains auteurs notent que les objectifs de la Révolution Agraire sont très
ambitieux22, dans la mesure où ils touchent même aux domaines se situant en dehors du
secteur agricole et rural.

2. La démarche et le déroulement pour la mise en œuvre de la Révolution Agraire


Pour la mise en œuvre de la Révolution Agraire, les initiateurs de ce projet
distinguent trois (03) étapes communes dénommées " les trois phases de la Révolution

20
- Les économies du Maghreb, CNRS, p. 32, cité par T. BENHOURIA, L’économie de l’Algérie. FRANCOIS
MASPERO, 1980, p.191.
21
-"La Charte de la Révolution Agraire" citée par A. BENACHENHOU, Idem, p.174.
22
-Parmi ces auteurs, M.T NADIR, qui qualifie les objectifs de la Révolution Agraire d’utopie, op. Cit, p.39.

18
Chapitre 2 : L’agriculture algérienne durant la planification

Agraire". Chaque phase touche à la structure foncière des terres appartenant au même
mode d’appropriation. Cependant, la révolution Agraire ne touche pas les terres appartenant
au secteur autogéré.

Les dates de lancement des trois phases, les terres concernées par les nationalisations et
les superficies délimitées par chaque phase sont arrêtées dans le tableau ci-après :

TABLEAU n°08 : Déroulement des trois (03) phases de la Révolution Agraire

PHASES Périodes Terres concernées Superficie en ha


Terres Communales.
1ère Phase 01 Janvier 1972 au 16 3.000.000
« habous », et autres
Juin 1973
collectivités publiques.
2ème Phase 17 Juin 1973 au 16 Juin 646 647
Secteur privé
1975
Terres parcours,
3ème Phase 08 Novembre 1975 Communales, « arch » 20 000.000
et domaniales
Source : A. HERSI, op. Cit, p.127.

a)- La 1ère phase de la Révolution Agraire


Elle vise essentiellement la récupération des terres domaniales, communales ou
appartenant aux autres collectivités publiques. Les terres récupérées permettent d’alimenter
le Fonds National de la Révolution Agraire (FNRA). Ainsi, de gros moyens sont déployés
pour la réussite de cette opération :

- Annonce des donations gracieuses de terres (effets publicitaires) ;


- Création d’un fonds qui sera alimenté par des galas artistiques, de rencontres
sportives, …etc.
- La solidarité par le biais d’organisation des campagnes de volontariat.

Cette phase a permis la récupération de 3 millions d’hectares de terres agricoles


versées au FNRA, dont prés de 800 000 Ha de superficie agricole utile (SAU) sont
constituées de trois (03) catégories ou groupes :

- Les terres riches exploitées par les notables ;


- Les terres de bonne qualité réparties en de très petites exploitations ;
- Les terres communales ou domaniales se trouvant dans des zones agropastorales ;
dans cette catégorie, il y a une répartition inégale des terres, on trouve des gros et moyens
exploitants, ainsi que de petites exploitations.

19
Chapitre 2 : L’agriculture algérienne durant la planification

b)- La 2ème phase de la Révolution Agraire


Elle touche essentiellement les propriétaires absentéistes, où le mode de faire valoir
indirect est très répandu. La révolution agraire essaye de mettre un terme à une situation de
confusion où le propriétaire terrien est en même temps salarié dans un autre domaine
d’activité.
Pour ce qui concerne l’aspect de limitation des superficies, elle touche les
exploitations, à la fois relevant du système capitaliste que du système domestique du secteur
privé.
c)- La 3ème phase de la Révolution Agraire
Cette phase est lancée en 1975 et elle concerne les terres de parcours, communales,
arch et domaniales. Son déroulement a connu des évolutions différentes comparativement
aux deux (02) phases précédentes, au sens où il n’y avait pas d’importantes réalisations.

3. Formes de coopératives et mode d’organisation du secteur de la Révolution Agraire


Le système de coopérative est retenu dans l’organisation du secteur de la Révolution
Agraire. Les types de coopératives se font en grande partie à base de conditions matérielles.
Dans ce cadre, on note l’existence de CAEC, GEP, GMV, CAPRA, CEPRA.

- Les Coopératives Agricoles d’Exploitation en Commun (CAEC) : Cette forme


d’organisation consiste à mettre en commun les moyens individuels des paysans, d’une
manière volontaire. Ce rassemblement des paysans répond à une exigence d’efficacité dans la
répartition des aides de l’Etat à la mise en place d’un plan agricole viable et à l’utilisation
de matériel lourd…. ;

- Les Groupements d’Entre Aide Paysanne (GEP). Il s’agit de regroupement par des
moyens financiers ou pour demander dans un cadre collectif des crédits pour l’acquisition de
matériel agricole, que les agriculteurs, individuellement, ne peuvent prétendre l’acquérir ;

- Les Groupements de Mise en Valeur (GMV). C’est la forme qui précède le type
d’organisation le plus important et le plus évolué qui est les CAPRA. Ces groupements ont
pour objectif la viabilisation de l’exploitation et la mise en valeur des terres. Après avoir
concrétisé ces deux objectifs, le groupement sera divisé en CAPRA.

- Les Coopératives Agricoles de Production de la Révolution Agraire (CAPRA): Elle


est la forme la plus répandue qui répond aux principes de la coopération. En effet, après une
nationalisation de terres, un groupe de fellahs est volontairement constitué pour effectuer les

20
Chapitre 2 : L’agriculture algérienne durant la planification

travaux d’exploitation dans le cadre de la coopérative. Le mode d’organisation et de


fonctionnement de celle-ci ne diffère pas beaucoup de celui des domaines autogérés. Les
CAPRA sont composées par :

• Une Assemblée Générale des coopérateurs : qui est l’organe souverain de la


coopérative;
• Un Conseil de Gestion : qui représente l’Assemblée Générale à laquelle il est tenu
de rendre des comptes ;
• Un Président : qui est élu par l’Assemblée dans le but d’exercer les
responsabilités au sein de la coopérative.

Cependant, dans cette forme de coopératives, la présence d’un directeur peut ne pas
avoir lieu dans la mesure où son existence est facultative. Ce cas de figure, on le retrouve
particulièrement, dans les coopératives de type inférieur qui sont mises sous la tutelle des
23
coopératives de type supérieur .

- Les Coopératives d’Elevage et de Production de la Révolution Agraire (CEPRA):


Elles concernent les éleveurs qui ont bénéficié de troupeaux.

3.1. Les problèmes rencontrés par les CAPRA


Les coopératives agricoles de Production de la Révolution Agraire (CAPRA) ont
rencontré plusieurs difficultés depuis leur création. Il y a lieu de signaler qu’un certain
nombre de CAPRA ont été créés par les autorités de wilaya dans un temps relativement
court, sans préparer les conditions nécessaires pour leur réussite. Ce qui a généré une
multitude de problèmes.

Les coopérateurs n’ont pas reçus la formation qui leur permettait de comprendre et
d’appliquer les règles régissant la coopérative. Ce handicap de taille a donné naissance à
une désorganisation interne qui s’est manifestée par :

- Le désistement et le départ de coopérateurs ;


- La faiblesse et parfois l’absence de l’esprit de coopération ;
- La vulnérabilité de la CAPRA face aux difficultés et problèmes extérieurs
rencontrés. F.RIVIER note, à cet égard, que "les conditions les plus générales de mise en
23
- On retrouve, à titre d’exemple de type supérieur, la Coopérative agricole polyvalente communale de service
(CAPCS) qui est une coopérative responsable de la comptabilité et de la commercialisation et du financement au
service de la commune dont la gestion nécessite obligatoirement la présence d’un directeur qui représente les
intérêts de l’ ’Etat.

21
Chapitre 2 : L’agriculture algérienne durant la planification

place de CAPRA ont entraîné la constitution des groupes hétérogènes formés de l’addition
d’attributaires d’origines diverses (géographique, familiale, professionnelle) et pour lesquels,
il est difficile de faire émerger un sentiment de solidarité".

- Un autre problème est celui lié à la structure physique des CAPRA qui sont, pour
la plus part d’entre elles, constituées de parcelles éloignées les unes des autres, cela ne
permet pas de les exploiter dans de bonnes conditions, ce qui a poussé les coopérateurs à
l’abandon de certaines parcelles.

- En outre, les CAPRA ont perdu leur autonomie et initiative au profit de la tutelle.
Ce qui n’a pas permis la réussite de cette forme d’organisation.

3.2. Les résultats de la Révolution Agraire


La mise en application de la Révolution Agraire a permis de produire certains
résultats positifs, néanmoins ces résultats restent partiels. Ces réalisations, dans le cadre de
l’attribution de terres aux fellahs à titre collectif ou individuel, sont retracées dans le tableau
n°14, ci-après. On constate qu’il y a eu création d’un nombre plus important de CAPRA par
rapport aux autres types de coopératives, au total, il y a 4.792 CAPRA, soit 80% de
l’ensemble des coopératives (Voir tableau n°09, ci-après).

En ce qui concerne le nombre d’attributaires, il est de l’ordre de 85.513 bénéficiaires


dont 62.870 sont des coopérateurs organisés au sein des CAPRA. Parmi ces bénéficiaires, il
y a plus de 500 femmes. Quant à la superficie totale attribuée, elle est de 1.855.540 ha
dont 1.103.600 ha sont des attributions à titre collective. Les coopérateurs ont également
bénéficiés de 01.044.130 palmiers et de 26.590 oliviers.

La comparaison des résultats produits aux prévisions arrêtées, nous permet de tirer les
conclusions suivantes :

- En effet, initialement, l’objectif prévu est de réinstaller 424.000 familles sur des
exploitations privées de moins de 10 Ha et 500 000 familles de paysans sans terres.
Cependant, jusqu’en 1978 et parmi les 230 277 demandes, il n’y avait que 143 144
candidatures retenues puisque remplissant les conditions requises à l’attribution et lesquelles
représentent à peu près 15 % de fellahs possédant de petites propriétés ainsi que des paysans
sans terres.

- 15.000 absentéistes sont touchés par les mesures de nationalisation représentant


45% de ce qui a été recensé en 1973 ;

22
Chapitre 2 : L’agriculture algérienne durant la planification

Tableau n°09: La situation des réalisations de la Révolution Agraire :(arrêtée 31.12.1978)

Forme de coopératives 1ère Phase 2ème Phase 3ème Phase Total


CAPRA. 2 506 2 286 - 4 772
CAEC 225 203 - 428
GMV 425 335 - 760
CEPRA - - 72 72
Total... 3 156 2 824 72 6 052
Bénéficiaires
CAPRA. 27 895 33 791 1 184 62 870
CAEC 3 555 2 520 - 6 075
GMV 4 655 4 569 - 9 224
Attributaires Individuels 4 159 3 185 - 7 344
Total 40 264 44 065 1 184 85 513
Superficie ( Ha) 1.291.100 564.440 - 1.855.540
Dont terres utiles ( Ha ) 660.340 443.260 1.103.600
Nombre total de palmiers 324.760 599.370 120.000 1.044.130
Nombre total d’oliviers - - 26.590 26.590

Source : Ministère de l’Agriculture. Cité par H. TEMAR Op, Cit, p.122

Ces faibles résultats sont la conséquence de plusieurs facteurs contraignants, à savoir :

- Le manque d’informations et d’explications de la part des promoteurs de la


Révolution Agraire ;
- Les difficultés rencontrées par les coopératives créées inhérentes au mode de
fonctionnement, de commercialisation et d’assistance technique… ;
- L’hostilité des agriculteurs privés (notamment les gros propriétaires fonciers) à ce
projet de la Révolution Agraire et les intimidations prodiguées, par ces derniers, à l’égard des
candidats potentiels à l’attribution ;
- L’insuffisance de matériel agricole et le faible niveau de formation des
coopérateurs ;
- Les bas revenus au sein de ces coopératives n’a pas intéressé les agriculteurs
possédant des propriétés de 5 hectares et plus.
Tableau n°10 : Répartition des exploitations selon leur superficie et leur statut juridique
(Situation arrêtée en 1973).
Nombre d’exploitations Superficie (en milliers d’ha)
Dimension de
l’Exploitation Secteur Secteur Total Secteur Secteur
Total
Autogéré Privé Autogéré Privé autogéré
Moins de 10 Ha - 562 791 562 791 - 1 531,50 1 531,50
De 10 à 50 Ha 27 134 528 134 555 0,62 2 443,60 2 444,20
De 50 à 100 Ha 40 9 765 9 805 3,10 600,20 603,30
De 100 Ha et plus 2 121 3 409 5 530 2 329,00 562,10 2 891,10
T O T A L… 2 188 710 493 712 681 2 332,72 5 337,60 7 470,10
Source : Recensement général de l’agriculture algérienne en 1975, cité par A. BEN ACHENHOU, l’exode rural
en Algérie. SNED, ALGER, 1977, p.24,

23
Chapitre 2 : L’agriculture algérienne durant la planification

Il ressort de ce tableau ci-dessus :


- L’inégalité en terme de la répartition des terres agricoles étant donné qu’il existe
562.791 exploitations de moins de 10 hectares, l’équivalent de 79,21 % de l’ensemble des
exploitations tous secteurs confondus, alors qu’elles ne représentent que 20,50 % de la
totalité de la superficie, soit 1 531 500 hectares;
- Les grandes exploitations occupent une superficie de 2 891 100 hectares, ce qui
représente 38,70% de la superficie totale, néanmoins leur nombre est
de 5 530 d’exploitations, l’équivalent de moins de 01% de l’ensemble des exploitations (soit
0,71%).

IV. Organisation des circuits d’approvisionnement, de commercialisation et de


financement des exploitations agricoles
La domination de l’Etat des circuits, en amont et en aval, des exploitations agricoles,
s’est concrétisée par la mise en place d’organismes spécialisés. Cette domination a connu
deux (02) phases distinctes : la première étape est relative à la période de l’Office National de
la Révolution Agraire (ONRA) qui est un organisme créé pour la réussite de l’autogestion. Et
la deuxième étape est celle qui commence avec la dissolution de l’ONRA en 1969, et la
création d’organismes de services dotés d’établissements publics à caractère industriel et
commercial.

1. Le système d’approvisionnement
1.1. Le système d’approvisionnement des exploitations agricoles et ses incohérences
L’approvisionnement des exploitations agricoles est soumis au monopole de l’Etat,
que ce soit dans le domaine de l’équipement ou bien dans le domaine de fournitures
d’intérêts agricoles. Un certain nombre d’organismes ont été créés afin de parrainer
l’opération d’approvisionnement (dans le cadre d’un schéma général) dans le but de
permettre la coordination des interventions de différentes natures.

24
Chapitre 2 : L’agriculture algérienne durant la planification

24
Schéma des circuits d’approvisionnement

Société Nationale
De l’Industrie ou
Importation

Niveau Central OFFICE

ANTENNE Antenne, Magasin ou


Niveau Régional, D’OFFICE SAP ou Coopérative
Wilaya ou Daïra Céréalières

Niveau Communal ENTREPRISE


Entreprise
AGRICOLE

CAPCS.
Livraison des moyens

Expression des besoins

Remarque : L’administration intervient au niveau national ou wilaya pour vérifier la conformité des besoins exprimés avec
les prévisions du plan et le déroulement des livraisons

Ainsi donc, l’opération d’approvisionnement passe par différents échelons avant


d’être concrétisée. Les CAPCS constituent le dernier maillon de la chaîne
d’approvisionnement auquel s’adresse l’exploitation agricole.

Le schéma général du circuit d’approvisionnement du secteur public est doté d’une


spécialisation des tâches en matière des services rendus ou de biens vendus. Cette division
des tâches nécessite la création d’organismes spécialisés qui sont à leur tour partie intégrante
du système général d’approvisionnement. Parmi ces organismes, on peut citer les suivants :

a)- L’Office National du Matériel Agricole (ONAMA) : Il est chargé de la


distribution et de la maintenance du matériel agricole. Au niveau local, il est représenté, par

24
- T. NADIR, OP, cit, p. 386.

25
Chapitre 2 : L’agriculture algérienne durant la planification

la Coopérative Agricole Spécialisée dans les Services de Réparation (CASSR) qui assure la
maintenance du matériel des exploitations agricoles.
b)- L’Office National de l’Approvisionnement du Secteur Public Agricole
(ONAPSA) : Il est spécialisé dans l’approvisionnement du secteur public agricole en facteurs
de production et de consommables. Au niveau local et régional, c’est la Coopérative
Agricole de Services et d’Approvisionnement (CASSAP) qui remplit la tâche de fournitures
et de préparation des semences et des consommations intermédiaires.
c)- L’Office Algérien Interprofessionnel de Céréales (OAIC) : Il est chargé de fournir
aux exploitations les semences de céréalières et de légumes secs.

d)- L’Office National des Aliments de Bétail (ONAB) : Il est spécialisé dans la
fourniture des aliments de bétail. C’est à ce dernier que revient le rôle de régulateur
(orientation et financement) dans la mesure où il est responsable de tous les centres avicoles
et des unités de production et de transformation des aliments de bétail.
e)- La Coopérative Agricole Spécialisée dans les Services de l’Aménagement Rural
(CASSAR) : Elle a pour rôle de réaliser les travaux d’infrastructures pour les exploitations
agricoles publiques.
Cependant, le fonctionnement du circuit d’approvisionnement a révélé un certain
nombre de lacunes et d’incohérences parmi lesquelles on peut citer :

- Les exploitations agricoles rencontrent beaucoup de problèmes pour l’acquisition du


matériel dont elles ont besoin. Cette insuffisance engendre des effets néfastes sur le plan de la
production. Le retard observé dans la livraison ou bien la non disponibilité du matériel
explique, dans certains cas, la faible consommation des crédits dans le secteur agricole.
Parfois, il s’agit d’accessoires qui manquent, ou bien du matériel acquis mais non adapté aux
besoins réels des exploitations ;

- Le manque des services de maintenance et la non disponibilité de certaines pièces


de rechange ;
- La carence en matière d’infrastructure de stockage de la production et d’intrants
industriels ;
- Les délais de livraison, en matière de consommation intermédiaire, sont rarement
respectés à cause de la politique d’importation du pays d’alors et parfois de la rareté du
matériel de transport chargé d’assurer la livraison ;

26
Chapitre 2 : L’agriculture algérienne durant la planification

- Les quantités et la qualité des matières consommables intermédiaires livrées sont


parfois incohérentes aux demandes formulées, dans la mesure où le respect des normes
(dosage à l’hectare) et du temps ne sont pas toujours des tâches accomplies correctement.

Il est à signaler que si la situation du secteur agricole public est peu reluisante sur le
plan de l’approvisionnement, le secteur privé, quant à lui, rencontre des problèmes plus
importants étant donné qu’il est servi en dernier lieu.

2. Organisation des circuits de commercialisation


Un ensemble d’organismes spécialisés est mis en place dans le but de collecter et de
distribuer les produits agricoles. Néanmoins, le degré de maîtrise d’un marché donné diffère
d’un produit à un autre.

L’existence d’un réseau public de commercialisation n’a pas empêché le circuit


commercial privé de continuer à fonctionner ; une grande partie de sa production y est
écoulée, hormis les produits réglementés tel que les céréales.

2.1. Les structures de commercialisations étatiques


a)- L’Office Algérien Interprofessionnel des Céréales (OAIC) : Il est créé en 1962,
dans le but de prendre le contrôle de la collecte et de la distribution de la production des
céréales et des légumes secs du secteur public ou privé. Le monopole est quasi-total dans la
commercialisation de la production céréalière, vu son caractère stratégique et primordial dans
la consommation de la société algérienne.

b)- L’Office des Fruits et Légumes d’Algérie (OFLA) : Il est créé en 1969 et vient
pour remplacer les formes précédentes de fonctionnement coopératif dans la
commercialisation des fruits et légumes. Ce dernier est alimenté par la COFEL (Coopérative
des Fruits et Légumes). Il consiste à transférer ses excédents au niveau des communes au
profit de l’OFLA. Le manque d’infrastructures de stockage et de conditionnement a engendré
d’énormes pertes et a gêné considérablement l’évolution de l’activité de cet office.

c)- L’Office National du Lait (ONALAIT) : Il est responsable de la commercialisation


des produits laitiers. Depuis 1969, plusieurs centrales laitières sont créées, lesquelles,
aujourd’hui, sont confrontées à une concurrence importante de la part des laiteries privées.
Cependant, l’importation de ce produit stratégique de première nécessité reste toujours
monopolisée par l’ONALAIT.

27
Chapitre 2 : L’agriculture algérienne durant la planification

d)- L’Office National de la Commercialisation des Vins (ONCV) : Il détient plusieurs


coopératives viticoles et il se charge de l’achat de toute la production qui sera destinée en
grande partie à l’exportation.

3. Le système de financement.
Le financement de l’agriculture a connu deux (02) phases importantes et distinctes :

- La première phase est celle de l’ONRA qui intervient pour financer le secteur
agricole autogéré. Les exploitations agricoles bénéficient de crédits secrétés par cet Office
dont les fonds émanent du budget de l’Etat. Au niveau régional et local, l’Office est
représenté par les caisses de prévoyance agricole (SAP) avec l’aide des Caisses du Crédit
Agricole Mutuel (CACAM).

- La seconde phase correspond à la création de la Banque Nationale d’Algérie


(BNA) en 1966 et qui a commencé à financer l’agriculture à partir de 1968.

La BNA impose l’orthodoxie financière dans le financement des exploitations


agricoles. Ceci engendre une certaine contradiction entre les objectifs du Ministère de
l’Agriculture et les exigences de cette institution. Ce n’est qu’en 1975 que les exploitations
agricoles sont associées directement à toute décision touchant sa gestion financière, mais il
n’en demeure pas moins que celles-ci sont toujours contraintes de se plier à certaines
conditions difficilement réalisables. Les difficultés qu’ont rencontrées les exploitations
agricoles dans leur financement par cette institution financière a donné lieu à la création de la
Banque de l’Agriculture et de Développement Rural (BADR) spécialisée dans le financement
25
du secteur agricole .

Par ailleurs, le financement du secteur agricole privé n’a pas connu un encouragement
lui permettant de se développer. Il n’y eu que de faibles montants accordés par les banques
dans le cadre des crédits d’investissement ou de crédits de campagne.

A cet effet, au cours des campagnes agricoles de 1967 à 1969, 1970 à 1973 et de 1974 à
26
1977, le secteur privé a eu droit respectivement aux montants suivants :
- Crédits d’investissement………: 343, 250 et 111 milliards de dinars ;
- Crédits de campagne agricole…: 13, 80, 124,9 et 67 milliards de dinars.

25
- D’après A. BEN HALIMA, le système bancaire algérien, textes et réalité, DAHLEB, 2ème édition 2001.
La création de BADR intervient après la restructuration de la BNA en Mars 82.
26
- A. BRAHIMI, Economie Algérienne, opu, 1991, pp. 238 et 239.
28
Chapitre 2 : L’agriculture algérienne durant la planification

Comme on peut le constater, les montants accordés à ce secteur sont insignifiants


pour les crédits d’investissement et notamment pour les crédits de campagnes qui étaient
seulement de l’ordre de 16,8 milliards de dinars au cours de l’année 1975. Néanmoins, au
cours de l’année 1979, le montant de crédits de campagne a atteint 190,6 milliards de dinars,
représentant plus de 11,5 fois de la somme moyenne par campagne octroyé au cours des
années 1974 à 1977. Plusieurs raisons sont à l’origine de la faiblesse des crédits octroyés
pour le secteur privé. Des conditions contraignantes sont émises à l’égard des agriculteurs
sollicitant des crédits (seulement 1% des sommes accordées au secteur privé entre 1967 à
27
1972 ont été remboursées selon une enquête menée par le Secrétariat d’Etat au Plan).

Donc, on peut dire que la faiblesse des crédits dans le financement du secteur agricole
autogéré et privé a beaucoup amenuisé leurs possibilités d’améliorer leurs capacités de
production.
Organigramme du circuit de financement de l’agriculture

Trésor Public
CONSULTATIONS

ONRA Comité de Crédits

SAP

Expression des besoins


Exploitations
Financement

Source : H. Toulait, op. Cit, p.391.

V. L’évolution de la production et des rendements de l’agriculture


Dans ce point, on essayera de voir comment la production nationale a évolué dans le
secteur agricole. En d’autres termes, quel est l’impact de la politique agricole poursuivie sur
le plan de la production et du rendement et en même temps sur le plan de la couverture des
besoins alimentaires du pays.

27
- Enquête citée par M. TOULAIT, op, cit, p.216,

29
Chapitre 2 : L’agriculture algérienne durant la planification

1. L’évolution de la production des céréales


La production des céréales est en deçà des besoins de consommation de la population
algérienne. Selon le tableau ci-dessous, la production céréalière est caractérisée par une
irrégularité et une insuffisance dans son évolution.

TABLEAU n°11 : Production annuelle moyenne des céréales (en million de Qx)

1900/1910 1954/1959 1967/1969 1970/1973 1974/1977 1979/1983 1985


ANNEES
Production
Moyenne
( million de Qx) 19 23,9 18,6 19,3 18,9 19,6 30

Source : G. MUTIN in «Agriculture et dépendance alimentaire en Algérie» Maghreb-Machrek n°90, 1980, Cité
par H. TOULAIT, op. Cit, p.69.

Cette stagnation dans la production céréalière peut s’expliquer par :

- Les faibles rendements moyens de 07 à 08 qx/ha dans le secteur public, tandis


qu’ils ne sont que de 04 à 05qx/ha dans le secteur privé ;

- La superficie des terres consacrée à la production céréalière n’est pas entièrement


exploitée à cause des terres restées en jachères, celles ci représentent 40% en moyenne de la
superficie totale agricole utile (SAU).

- La dominance de la production de blé dur au détriment d’autres variétés est un


facteur supplémentaire qui entraîne une insuffisance qualitative, étant donné que le blé tendre
est fortement demandé dans la consommation des Algériens suite aux changements des
habitudes de consommation de la société algérienne ;

- La dépendance de la production de l’agriculture algérienne, en général, et de la


céréaliculture en particulier, des conditions climatiques (notamment la pluviométrie),
engendre des écarts importants entre la production, car celle-ci peut doubler d’une année à
une autre. Par exemple, la production passe de 14,5 millions de quintaux en 1974
28
à 26,7 millions de quintaux en 1975 .

L’insuffisance de la production céréalière, sur le plan quantitatif et même sur le plan


qualitatif, a entraîné une croissance rapide des importations de ce produit à partir de 1967,
comme le montre le tableau suivant.

28
- L’annuaire statistique du Ministère de l’Agriculture, Cité par H. TOULAIT, op Cit, p.71.

30
Chapitre 2 : L’agriculture algérienne durant la planification

Tableau n°12: Importations annuelles moyennes de céréales (millions de Qx et en %).

DESIGNATIONS 1967/1969 1970/1973 1974/1977 1979/1983

Importations (million de Qx) 6,2 7,8 17,3 26

Productions (million de Qx) 18,6 19,3 18,9 19,6


Importations / productions
33,3 % 40,4 % 91,5 % 132,6 %
(million de Quintaux)
Source: H. TOULAIT, op, cit p.74.

Ce tableau montre clairement l’incapacité de la production nationale à couvrir les


besoins nationaux en matière de céréales. On constate que le taux représentant la part des
importations par rapport à la production nationale est passé de 33,3% de 1967 à 1969 ; à
132,6% de 1979 à 1983. C’est à dire que ce taux a quadruplé pendant cette période car la
production nationale n’arrive toujours pas à couvrir la moitié de la demande nationale.
Au début des années 1970, les superficies consacrées à la production céréalière sont
de 3.509.600 hectares sur les 6.312.900 hectares labourables dont 2.687.400 hectares
appartenant au secteur privé avec plus de 76% et de 822.200 hectares appartenant au secteur
29
socialiste .
Au fil des années, les superficies réservées aux céréales ont atteint les six (6) millions
d’hectares. Mais, uniquement 3 à 4,5 millions d’hectares sont emblavés chaque année tandis
30
que le reste est laissé en jachère pour plusieurs raisons :

- La préparation du sol et les semailles ne sont pas réalisés d’une façon adéquate
entraînant une mauvaise implantation (non respect dans l’application des itinéraires
techniques) ;

- L’inadaptation des nouvelles variétés aux conditions climatiques régionales,


- L’insuffisance dans l’utilisation des engrais, notamment dans le secteur privé et
la non maîtrise du traitement de désherbants pour les cultures céréalières.

2. L’évolution des cultures de légumes secs, maraîchères et fruitières.


2.1. L’évolution des cultures de légumes secs
La production des légumes secs n’a pas connu une progression importante puisqu’elle
a stagné autour de 400 000 Qx/An entre 1967 à 1973. Durant la période de 1974 à 1977,

29
- Ces chiffres sont tirés de A. BRAHIMI, op. Cit. p.242.
30
- D. BELAID, Aspect de la céréaliculture algérienne, opu, ALGER, 1986. p.4.

31
Chapitre 2 : L’agriculture algérienne durant la planification

il y a eu une progression dans la production pour atteindre 660 000 Qx/An ; en 1979,
cette production passe à 531 000 Qx/An.

Tableau n°13 : Production des légumes secs (en milliers de Quintaux et Hectares)
Campagnes agricoles 1967-1969 1970-1973 1974-1977 1978-1979
Superficie moyenne (ha) 82 86 96 110
Production annuelle moyenne 404 421 666 531
Objectifs du plan 500 670 1 240 -
Rendement Qx/Ha 05 05 07 44
Source : A. BRAHIMI, Tableau n°54, op. Cit, p.244.

Les objectifs du plan ne sont pas réalisés notamment lors des deux (02) plans
quadriennaux où le taux de réalisation des objectifs est de l’ordre de 63% pour le premier
plan et de 54% pour le deuxième plan. Quant à la superficie occupée, elle varie
entre 82.000 Ha et 110.000 Ha entre 1967 à 1979. On constate qu’il y a une extension
continue des superficies consacrées aux légumes secs qui sont considérés comme des
produits de première nécessité. Pour cela, l’administration à fixer leurs prix, mais cela n’a
pas encouragé la production de cette culture malgré son importance.

2.2. L’évolution des cultures maraîchères


La superficie consacrée aux cultures des maraîchères n’a pas cessé d’augmenter
depuis 1967, elle passe de 75 000 Ha à 171 000 hectares en 1984. Ceci est dû à plusieurs
facteurs qui sont :

- La non administration des prix de ces produits a encouragé le secteur privé à


développer cette culture.
- L’évolution de la production a suivi l’évolution des terres cultivées avec une
moyenne de 200 000 tonnes par an, l’équivalent de 8 % de la croissance moyenne annuelle
en volume, ceci a été facilité par des conditions naturelles favorables.

Parmi les produits les plus importants, en termes de production, on trouve la pomme
de terre qui évolue avec un taux moyen annuel de 11,27%. Les tomates avec un taux
d’évolution annuel de 3,8%, en plus d’autres produits tels que le melon et la pastèque, les
31
carottes et aussi d’autres produits .

31– Ces chiffres sont tirés d’A.BRAHIMI, op. Cit, tableau n°55, p.245.

32
Chapitre 2 : L’agriculture algérienne durant la planification

Le tableau suivant montre l’évolution de la superficie, de la production et du


rendement de la production maraîchère.

Tableau n°14 : Evolutions des superficies et de la production maraîchère.

1967-1969 1970-1973 1974-1977 1979-1983 1984


Campagnes agricoles
Superficies en 1 000 Ha 75 88 122 160 171
Production totale 6 541 7 418 10 458 12 500 15 380
Dont pomme de terre 2 331 2 758 4 837 5 700 4 150
Rendement moyen Qx/Ha 87 84 86 80 108
Source : H. TOULAIT, op. Cit, tableau n°11, p.77

Les superficies des cultures maraîchères ont évolué au détriment des autres cultures
notamment les céréales et les légumes secs.

2.3. Evolution des cultures fruitières


La production des cultures fruitières prend des allures parfois de stagnation et parfois
d’accroissement selon les produits. La production agrumicole ne réalise pas des
performances stables d’une saison à une autre ; malgré que la superficie qui lui a été
consacrée est pratiquement la même jusqu’en 1977. A partir de 1979, la superficie
agrumicole commença à reculer à cause du vieillissement des vergers, l’insuffisance de
l’irrigation et le faible taux de renouvellement.

La production des fruits à noyaux et à pépins a connu une progression importante en


passant de 580 000 qx en 1967 à 1. 261 000 qx en 1983. Cette progression est le résultat de
l’extension des superficies implantées qui passent de 12 000 ha en 1967 à 86 000 ha en 1984,
accompagnée d’une amélioration des rendements.

A signaler aussi que la production des huiles d’olives connaît une perturbation d’une
saison à une autre malgré que la superficie cultivée a doublé de 1967 à 1982, en passant de
90 000 Ha à 180 000 Ha.

33
Chapitre 2 : L’agriculture algérienne durant la planification

TABLEAU n°15: Résumé de la production des agrumes, des fruits à noyaux et à pépins
(en milliers ha et en quintaux)

Campagnes agricoles 1967 / 1969 1970 / 1973 1974 /1977 1979 / 1983 1984

Agrumes :
- Superficie
47 49 49 47 47
- Production moyenne
4 410 5 143 5 100 4 000 4 200
- Rendement (Qx / Ha)
94 105 105 85 93
Arbres à noyaux et Pépins
- Superficie (millier d’Ha)
12 21 48 60 86
- Production moyenne (Qx)
580 610 960 1 200 3 400
- Rendement (Qx / Ha)
- 37 37 40 50
Source : H. TOULAIT, op. Cit. Tableau n°11 e t12, pp.77-79.

En outre, il y a lieu de signaler l’existence d’autres cultures telles que : la viticulture,


la phoéniciculture, les cultures industrielles.

3. L’évolution des productions animales


L’évolution des productions animales n’a pas échappé au principal problème de
l’agriculture algérienne, à savoir la non satisfaction des besoins vitaux de la société
algérienne, en particulier en ce qui concerne les produits laitiers.

A cet effet, malgré les efforts déployés dans le but d’améliorer la production laitière
en important massivement des vaches laitières à haut rendement (5.000 litres par an). La
production laitière n’a pas pu atteindre les objectifs escomptés à cause de la sécheresse et des
conditions d’accueil peu conformes aux normes requises. Pour cela, ces vaches laitières
importées ne produisaient, en moyenne, que 2 000 litres par an et par vache.

La production des viandes rouges a progressée fortement en comparaison avec la


demande exprimée. Elle est contrôlée en grande partie par le secteur privé vu l’incapacité de
l’Etat à maîtriser le marché.

Selon les données du tableau n°16, ci-dessous, les productions animales ont évolué
avec un taux annuel moyen de 4,5 % au cours de cette période pour la production laitière.
Mais cette progression n’a pas pu satisfaire les besoins en la matière, ce qui explique
l’évolution rapide des importations en passant de l’ordre de 44 % de la production locale en
1967 à 127,50% de la production locale en 1982.

34
Chapitre 2 : L’agriculture algérienne durant la planification

TABLEAU n°16 : Evolution des productions animales (en 100 000 tonnes et 100 000 Litres).
Années
1967 1973 1977 1982 1984
Désignation
Production Laitière
Production 482 550 700 742 708
Importation 213 302 677 946 -
Viandes rouges
Production 76 100 118 140 160
Importation 0,5 - 14,5 58 -
Source : Constitué à l’aide des données des tableaux de H. TOULAIT, op. Cit. n°15 et n°16. pp. 92-95
et A. BRAHIMI, op. Cit, tableau n°59, p. 249.

En ce qui concerne la production globale des viandes, le taux de croissance moyen


était de l’ordre de 8,6 %. Quant à la production de la viande rouge, elle a doublée durant cette
période en passant de 76 000 tonnes à 160 000 tonnes, respectivement pour les années 1967
et 1984.

Conclusion du chapitre
Nous avons vu dans ce deuxième chapitre que l’agriculture algérienne, durant la
période de planification, est mise à la disposition de l’industrie pour la disponibilité des
matières premières d’un côté et de l’écoulement des produits industriels de l’autre côté.

En somme, la couverture des besoins alimentaires par la production nationale n’a pas
cessé de reculer, passant de près de 93 % en 1967 à environ 30 % au début des années 1980.
La progression des besoins en produits agricoles est comblée par une importation de plus en
plus diversifiée.

La dépendance alimentaire est devenue pour certains produits de base très importante
dont la part des importations des céréales a atteint près de 60%, des légumes secs 86% et
32.
plus de 50% pour les produits laitiers en 1984

La stratégie algérienne de développement s’est basée sur la mise en place d’un tissu
industriel lourd. Le choix de ce modèle est dicté par un certain nombre de facteurs objectifs
et subjectifs en même temps. Celui-ci préconise la création d’une complémentarité entre les

32- D’après G. MUTIN, cité par H. TOULAIT, op. cit, p.102.

35
Chapitre 2 : L’agriculture algérienne durant la planification

branches de l’économie algérienne dont l’industrie joue un rôle moteur censé entraîner la
croissance dans les autres secteurs d’activités.

Dans cette perspective, l’agriculture bénéficiera des moyens matériels du secteur


industriel et en contre partie, celle-ci constituera un marché pour ce dernier en lui fournissant
les matières premières nécessaires.

Le rôle de locomotive accordé au secteur industriel s’est matérialisé par l’importance


des investissements réalisés dans ce secteur. En revanche, le secteur agricole est marginalisé
au vu du taux d’investissement très faible constaté. Nous signalons aussi que les
investissements du secteur agricole sont réalisés dans le secteur public alors que le secteur
privé n’a pas bénéficié d’aucune considération.

Pour rappel, les formes d’organisation dans le secteur agricole sont de trois (3) types
que sont : le secteur autogéré installé juste après le départ des colons afin de combler le vide
laissé dans les domaines agricoles. Ces derniers sont caractérisés par des terres de meilleure
qualité, contrairement au secteur privé qui détient des terres très importantes en termes de
superficie mais moins fertiles. Enfin, la dernière forme concerne le secteur de la révolution
agraire qui est venu au début des années 1970. Cette expérience s’est déroulée en trois (3)
phases en créant plusieurs types de coopératives. Néanmoins, l’application de la révolution
agraire a rencontré d’énormes difficultés qui ont touché à l’incohérence du système
d’approvisionnement des exploitations en grande partie et à la résistance de certains
propriétaires à ce projet.

On note enfin, en matière de financement, d’approvisionnement et de


commercialisation dans le domaine agricole, que rien n’a été laissé au hasard. Au contraire,
tout a été réglementé et structuré pour une meilleure prise en charge de ce secteur.
Finalement, celui ci n’a pas pu couvrir le marché national. Plusieurs produits essentiels
manquent cruellement tel que les céréales, même si le taux de couverture des besoins
alimentaires par les produits locaux diffère d’un produit à l’autre.

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