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Faculté des Lettres et des Langues/ Département de Français

Matière : Etude de textes de civilisation


Niveau : 3e année licence
Cours proposés par : A.AMMI ABBACI
Année universitaire:2019/2020
Cours N 9

Lettres persanes (Montesquieu)


1721

Lettre 24

RICA A IBBEN

A Smyrne.

Nous sommes à Paris depuis un mois, et nous avons toujours été dans un mouvement
continuel. Il faut bien des affaires avant qu'on soit logé, qu'on ait trouvé les gens à qui on est
adressé, et qu'on se soit pourvu des choses nécessaires, qui manquent toutes à la fois.
Paris est aussi grand qu'Ispahan: les maisons y sont si hautes, qu'on jugerait qu'elles ne sont
habitées que par des astrologues. Tu juges bien qu'une ville bâtie en l'air, qui a six ou sept
maisons les unes sur les autres, est extrêmement peuplée; et que, quand tout le monde est
descendu dans la rue, il s'y fait un bel embarras.
Tu ne le croirais pas peut-être, depuis un mois que je suis ici, je n'y ai encore vu marcher
personne. Il n'y a pas de gens au monde qui tirent mieux partie de leur machine que les
Français; ils courent, ils volent: les voitures lentes d'Asie, le pas réglé de nos chameaux, les
feraient tomber en syncope. Pour moi, qui ne suis point fait à ce train, et qui vais souvent à
pied sans changer d'allure, j'enrage quelquefois comme un chrétien: car encore passe qu'on
m'éclabousse depuis les pieds jusqu'à la tête; mais je ne puis pardonner les coups de coude
que je reçois régulièrement et périodiquement. Un homme qui vient après moi et qui me passe
me fait faire un demi-tour; et un autre qui me croise de l'autre côté me remet soudain où le
premier m'avait pris; et je n'ai pas fait cent pas, que je suis plus brisé que si j'avais fait dix
lieues.
Ne crois pas que je puisse, quant à présent, te parler à fond des mœurs et des coutumes
européennes: je n'en ai moi-même qu'une légère idée, et je n'ai eu à peine que le temps de
m'étonner.

Amal AMMI ABBACI


Le roi de France est le plus puissant prince de l'Europe. Il n'a point de mines d'or comme le
roi d'Espagne son voisin; mais il a plus de richesses que lui, parce qu'il les tire de la vanité de
ses sujets, plus inépuisable que les mines. On lui a vu entreprendre ou soutenir de grandes
guerres, n'ayant d'autres fonds que des titres d'honneur à vendre; et, par un prodige de l'orgueil
humain, ses troupes se trouvaient payées, ses places munies, et ses flottes équipées.
D'ailleurs ce roi est un grand magicien: il exerce son empire sur l'esprit même de ses sujets; il
les fait penser comme il veut. S'il n'a qu'un million d'écus dans son trésor et qu'il en ait besoin
de deux, il n'a qu'à leur persuader qu'un écu en vaut deux, et ils le croient. S'il a une guerre
difficile à soutenir, et qu'il n'ait point d'argent, il n'a qu'à leur mettre dans la tête qu'un
morceau de papier est de l'argent, et ils en sont aussitôt convaincus. Il va même jusqu'à leur
faire croire qu'il les guérit de toutes sortes de maux en les touchant, tant est grande la force et
la puissance qu'il a sur les esprits.
Ce que je dis de ce prince ne doit pas t'étonner: il y a un autre magicien plus fort que lui, qui
n'est pas moins maître de son esprit qu'il l'est lui-même de celui des autres. Ce magicien
s'appelle le pape: tantôt il lui fait croire que trois ne sont qu'un; que le pain qu'on mange n'est
pas du pain, ou que le vin qu'on boit n'est pas du vin, et mille autres choses de cette espèce.
Et, pour le tenir toujours en haleine et ne point lui laisser perdre l'habitude de croire, il lui
donne de temps en temps, pour l'exercer, de certains articles de croyance. IL y a deux ans qu'il
lui envoya un grand écrit qu'il appela constitution, et voulut obliger, sous de grandes peines,
ce prince et ses sujets de croire tout ce qui y était contenu. Il réussit à l'égard du prince, qui se
soumit aussitôt, et donna l'exemple à ses sujets; mais quelques-uns d'entre eux se révoltèrent,
et dirent qu'ils ne voulaient rien croire de tout ce qui était dans cet écrit. Ce sont les femmes
qui ont été les motrices de toute cette révolte qui divise toute la cour, tout le royaume et toutes
les familles. Cette constitution leur défend de lire un livre que tous les chrétiens disent avoir
été apporté du ciel: c'est proprement leur Alcoran. Les femmes, indignées de l'outrage fait à
leur sexe, soulèvent tout contre la constitution: elles ont mis les hommes de leur parti, qui,
dans cette occasion, ne veulent point avoir de privilège. Il faut pourtant avouer que ce moufti
ne raisonne pas mal; et, par le grand Ali, il faut qu'il ait été instruit des principes de notre
sainte loi: car, puisque les femmes sont d'une création inférieure à la nôtre, et que nos
prophètes nous disent qu'elles n'entreront point dans le paradis, pourquoi faut-il qu'elles se
mêlent de lire un livre qui n'est fait que pour apprendre le chemin du paradis?
J'ai ouï raconter du roi des choses qui tiennent du prodige, et je ne doute pas que tu ne
balances à les croire.
On dit que, pendant qu'il faisait la guerre à ses voisins, qui s'étaient tous ligués contre lui, il
avait dans son royaume un nombre innombrable d'ennemis invisibles qui l'entouraient; on
ajoute qu'il les a cherchés pendant plus de trente ans, et que, malgré les soins infatigables de
certains dervis qui ont sa confiance, il n'en a pu trouver un seul. Ils vivent avec lui: ils sont à
sa cour, dans sa capitale, dans ses troupes, dans ses tribunaux; et cependant on dit qu'il aura le
chagrin de mourir sans les avoir trouvés. On dirait qu'ils existent en général, et qu'ils ne sont
plus rien en particulier: c'est un corps; mais point de membres. Sans doute que le ciel veut
punir ce prince de n'avoir pas été assez modéré envers les ennemis qu'il a vaincus, puisqu'il lui
en donne d'invisibles, et dont le génie et le destin sont au-dessus du sien.
Je continuerai à t'écrire, et je t'apprendrai des choses bien éloignées du caractère et du génie
persan. C'est bien la même terre qui nous porte tous deux; mais les hommes du pays où je vis,
et ceux du pays où tu es, sont des hommes bien différents.

De Paris, le 4 de la lune de Rebiab 2, 1712.

Amal AMMI ABBACI


1721 est l'année qui connaitra la sortie du roman'' Lettres persanes" dont l'impression s'est
faite à Amsterdam, terre de liberté pour les auteurs qui veulent échapper à la censure. Le
succès fulgurant que va connaitre le roman, anonyme à ses débuts, et l'engouement public
encouragent Montesquieu à avouer la paternité du roman.

La lettre 24 que nous étudions est une lettre où Rica, qui vit à Paris depuis un mois, décrit les
mœurs de la ville, l'absolutisme du roi, la vanité de sa cour et les manipulations du pape.

Commençons d'abord par relever les marques de l'épistolaire.

1. Les marques de l'épistolaire.

Le texte est une lettre qui raconte le voyage à Paris de deux persans, Usbek et Rica. On y
trouve:

- Le nom du destinateur: Rica

- Le nom du destinataire: Ibben

- Utilisation des pronoms personnels: Je et Tu" depuis un mois que je suis ici, je n'y ai encore
vu marcher personne.", "j'enrage...", "Tu ne le croirais pas peut-être"
- Lieu: Paris
- Date: le 4 de la lune de Rebiab 2, 1712.

2. La lecture de la lettre permet de dégager trois idées principales.

 L'agitation et le manque de courtoisie des Parisiens.


 Le pouvoir royal et l'absolutisme.
 Le pouvoir du Pape.

3. Contexte sociohistorique. Il s'agit ici de situer le texte dans un contexte


sociohistorique.

Nous sommes bien au 18ème siècle comme l'indique la date de la lettre(1712), soit 3 ans avant
la mort du roi Louis XIV. "Lettres persanes" est un titre accrocheur et attractif qui nous conduit
à poser des questions primordiales telles: Pourquoi les lettres persanes? et quel rapport avec la
Perse?.

Amal AMMI ABBACI


La réponse est peut être dans le contexte et les conditions qui entouraient la production de ce
roman épistolaire. Nous sommes dans une période d'absolutisme, de censures et donc
d'absence de liberté. Le regard externe des deux persans( Rica dans ce texte) permet à
Montesquieu de garder distance, de rester dans l'ombre et projeter la responsabilité des
critiques sur ses deux personnages.

Craignant la censure, Montesquieu nous fait ainsi part d'une correspondance fictive où il
introduit un regard extérieur sur la réalité de la France et de son mode de vie. Les lettres
relatent les impressions de deux voyageurs Persans, Usbek et Rica, qui visitent la France entre
1712 et 1720 et font part à leurs amis restés en Perse de leur étonnement devant l'absurdité
des mœurs et coutumes françaises.

D'autre part, le gout des voyages et l'exotisme oriental séduisent les occidentaux durant cette
période. Le 18ème siècle a en effet été une période de voyages, d'exploration et de
circumnavigation, qui favorise le contact des cultures(nous le voyons dans l'usage du lexique
tel: moufti, dervis, le grand Ali, etc.). Les références à l'Orient, ce monde inconnu mais réel,
permettent aussi d'attirer le lecteur et capter son attention.
La critique virulente présente dans les lettres persanes reflète la philosophie des lumières qui
remet en question l'état des choses sur tous les plans.

Activité. Relever, à la lumière du texte, des mots ou expressions qui vous permettent de situer
la lettre dans un contexte sociohistorique.

Amal AMMI ABBACI


Cours N10

4. Les lettres persanes, reflet de l'histoire de France.


Nous avons pris l'habitude tout au long du premier semestre de relever ensemble les traces de
la civilisation française à partir de textes appartenant à différentes périodes. Le texte qui nous
intéresse reflète grandement une étape de l'histoire de France et ne manque pas d'apporter une
critique acerbe et ironique à la fois de la société française, de la personne du roi et du pape.
Les lettres de Montesquieu, comme je viens de le mentionner, sont le véritable reflet de
l'histoire de France. La perspective critique qui est évidente dans les lettres focalise sur trois
principales critiques: critique des mœurs, critique du roi et critique du pape. Je vous propose
quelques éléments, non exhaustifs, qui nous replongent dans l'histoire de la civilisation
française.
Mais avant de passer à la présentation de quelques caractéristiques de la satire présente dans
les lettres persanes, il convient d'emblée d'apporter une très brève précision notionnelle.

Satire: La satire en littérature renvoie à toute œuvre écrite ou orale comportant une critique
virulente des vices d'une personne, d'une société ou d'une institution.

4.1. Louis XIV et l'absolutisme ou "L'Etat c'est moi".

L'absolutisme définit l'état de la monarchie avant la révolution française de 1789. Il désigne le


pouvoir et l'autorité absolus du roi, seul et unique détenteur du pouvoir. Cet état trouve son
summum sous le règne de Louis XIV. Nous pouvons relever quelques allusions à
l'absolutisme du roi, décrit dans la lettre comme le "grand magicien", un roi manipulateur qui
a de l'emprise sur ses sujets soumis.

" Il n'a point de mines d'or comme le roi d'Espagne son voisin; mais il a plus de richesses que
lui, parce qu'il les tire de la vanité de ses sujets, plus inépuisable que les mines."

Pour financer les guerres de la ligue d'Augsbourg(ou guerres de 9ans) et de succession en


Espagne, le roi vendait des titres de noblesse à ses sujets "n'ayant d'autres fonds que des titres
d'honneur à vendre". C'est ce qui faisait de lui un roi plus riche que son voisin espagnol car sa
fortune ne provenait pas des mines d'or mais de l'obéissance aveugle et sans limites des
nobles: "Ce roi est un grand magicien: il exerce son empire sur l'esprit même de ses sujets; il
les fait penser comme il veut."

Amal AMMI ABBACI


Rica, et derrière lui Montesquieu, critique le système des privilèges du roi en faveur de la
noblesse orgueilleuse qu'il voulait maitriser en l'attirant dans sa cour et en lui vendant des
titres de noblesse pour soutenir ses guerres" S'il n'a qu'un million d'écus dans son trésor et
qu'il en ait besoin de deux, il n'a qu'à leur persuader qu'un écu en vaut deux, et ils le croient.
S'il a une guerre difficile à soutenir, et qu'il n'ait point d'argent, il n'a qu'à leur mettre dans la
tête qu'un morceau de papier1 est de l'argent, et ils en sont aussitôt convaincus".

Les nobles serviles qui "vivent avec lui" "sont à sa cour", " dans sa capitale'' et " dans ses
troupes'' jouissaient de titres honorifiques et militaires. Or, ces sujets vaniteux et soumis ne
s'empêchent pas de se liguer contre le roi: "pendant qu'il faisait la guerre à ses voisins, qui
s'étaient tous ligués contre lui, il avait dans son royaume un nombre innombrable d'ennemis
invisibles qui l'entouraient; on ajoute qu'il les a cherchés pendant plus de trente ans, "Ils
vivent avec lui: ils sont à sa cour, dans sa capitale, dans ses troupes, dans ses tribunaux; et
cependant on dit qu'il aura le chagrin de mourir sans les avoir trouvés".

La critique de la manipulation du roi se poursuit avec la référence de Rica à un rituel où Louis


XIV en costume de sacre jouait le rôle de guérisseur des écrouelles. Les écrouelles, supposées
contagieuses à l'époque, est une maladie qui se caractérise par des lésions tuberculeuses au
niveau du cou. Le rituel, qui se déroulait en présence du médecin royal, reposait sur le toucher
du roi qui avait selon les croyances le pouvoir de guérir les malades "Il va même jusqu'à leur
faire croire qu'il les guérit de toutes sortes de maux en les touchant, tant est grande la force et
la puissance qu'il a sur les esprits".

4.2. Satire de la politique guerrière du roi

"S'agrandir est la plus digne et la plus agréable occupation des souverains» déclarait Louis
XIV en 1688. Il écrit encore dans ses mémoires que "La guerre, quand elle est nécessaire, est
une activité non seulement permise, mais commandée aux rois"(cf. Antoine Auger & Dimitri
Casali,2010:225).
Le vieux roi, amoureux de la gloire, qui gouverne pendant 54 ans est critiqué dans les lettres
persanes de Montesquieu. On y trouve la satire de sa politique guerrière qui se fixait le but
d'affirmer la suprématie et la prééminence de la France sur toute l'Europe. La France est donc
sous le règne d'un roi qui non seulement aime "entreprendre de grandes guerres" mais se veut

1
Pour liquider les dettes laissées par Louis XIV, un papier-monnaie fut émis en 1718 par Law.

Amal AMMI ABBACI


surtout le monarque le plus puissant de toute l'Europe qui cherche à instaurer un régime
absolutiste de droit divin "Le roi de France est le plus puissant prince de l'Europe".
La politique expansionniste du roi l'impliqua dans de nombreuses guerres contre plusieurs
pays européens . C'est ainsi que Louis XIV consacre plus de quarante années de son règne aux
guerres qui lui permettent d'affirmer sa puissance de roi de droit divin(Antoine Auger &
Dimitri Casali, ibid.).

On peut à juste titre citer l'exemple des guerres de succession qui ont eu lieu de 1701 à1714
entre les grandes puissances de l'Europe ou les guerres d'Augsbourg. La guerre de succession
explicite un conflit de trône entre la maison de France, les Bourbons, et celle d'Autriche. Il
importe de rappeler que Louis XIV est le petit fils du roi espagnol et était marié à Marie
Thérèse d'Autriche, infante d'Espagne. La réclamation française de la succession au roi
d'Espagne provoque un conflit entre la France et l'Autriche et autres puissances européennes
inquiètes de l'hégémonie française.

4.3. Satire du despotisme religieux.

Le règne d' Henri IV a connu le rétablissement de la paix religieuse par la promulgation de


l'édit de Nantes qui accorde la liberté du culte aux protestants. En revanche, les conflits
religieux sont très violents sous Louis XIV(révolte des camisards par exemple) et la
répression s'abat de nouveau sur les protestants avec la révocation(annulation) de l'édit de
Nantes en 1685. Les jansénistes 2sont ainsi persécutés, ce qui fait perdre au royaume des
milliers de réformés qui partent enrichir l'Europe protestante.
Cette intolérance religieuse est fustigée par Montesquieu qui considère le pape Clément XI
comme un deuxième grand magicien. Il est plus puissant que le roi et exerce un despotisme
religieux en condamnant solennellement le jansénisme, ennemi des jésuites.
La lettre porte les marques de la dénonciation d'une hiérarchie dans la manipulation qui va
ruiner la France. Le Pape manipule le roi qui à son tour manipule ses sujets "il y a un autre
magicien, plus fort que lui (le Roi), qui n'est pas moins maître de son esprit qu'il l'est lui-
même de celui des autres". Les religieux soutiennent la pérennité du pouvoir monarchique et
considèrent les jansénistes comme les ennemis jurés qui menacent l'autorité et la suprématie
de l'Eglise et de l'Etat.

2
Mouvement religieux catholique qui s'oppose aux jésuites et au pouvoir absolu.

Amal AMMI ABBACI


La destruction du monastère par le pape et la condamnation des jansénistes par le roi ont été
désapprouvées dans la lettre qui montre explicitement la soumission du roi à la manipulation
papale.

"Il y a deux ans, [le Pape] envoya [au roi] un grand écrit, qu’il appela Constitution, et voulut
obliger, sous de grandes peines, ce prince et ses sujets de croire tout ce qui y était contenu. Il
réussit à l’égard du Prince, qui se soumit aussitôt et donna l’exemple à ses sujets".

Le pape est décrit comme le véritable ordonnateur qui manipule le roi et investit son pouvoir
de façon à influencer ses croyances. Ainsi peut on lire: "Tantôt il lui fait croire que trois ne
sont qu’un": l'expression fait référence au dogme de la trinité;

"que le pain qu’on mange n’est pas du pain, ou que le vin qu’on boit n’est pas du vin":
référence au dogme de l'eucharistie, rite chrétien qui célèbre le sacrifice du corps et du sang
du Christ représenté par le pain et le vin.

Ou encore: "Et, pour le tenir toujours en haleine et ne point lui laisser perdre l'habitude de
croire, il lui donne de temps en temps, pour l'exercer, de certains articles de croyance. IL y a
deux ans qu'il lui envoya un grand écrit qu'il appela constitution".

Il convient de préciser que Louis XIV était un roi très chrétien et ne supportait guère la
division religieuse du royaume. C'est ce qui expliquerait peut être sa position vis à vis des
protestants.

4.4. Satire de la politique financière du Roi.

Montesquieu s'insurge contre la manipulation monétaire de Louis XIV et la corruption de ses


sujets. La politique extérieure de Louis XIV et son obsession à dominer l'occident plonge la
France dans des crises financières qui dévastent son économie. Une économie nationale
appauvrie par la pesanteur des impôts excessifs destinés à financer les dépenses royales.
L'intervention de la France dans les conflits européens déséquilibre les finances de l'État et
inflige au royaume une charge fiscale démesurée. La France a connu, en guise d'illustration,
40 dévaluations monétaires entre 1689 et 1715.

La situation qui dégénère pousse le roi à adopter des mesures fiscales pour pallier à la crise
monétaire. La monnaie est devenue sous Louis XIV un outil politique et économique; il
décide que deux pièces de valeur identiques sont affectées de valeur de compte différente. La
pièce surfrappée profite d'une valeur supérieure à la pièce ordinaire. Ces mutations conçues

Amal AMMI ABBACI


afin d'éviter l'accroissement des prélèvements fiscaux relèvent pour Montesquieu de la pure
manipulation du grand magicien qui,"S'il n'a qu'un million d'écus dans son trésor et qu'il en ait
besoin de deux, il n'a qu'à leur persuader qu'un écu en vaut deux, et ils le croient".

1. À vous maintenant d'expliquer cette partie de la lettre.

" Il réussit à l'égard du prince, qui se soumit aussitôt, et donna l'exemple à ses sujets; mais
quelques-uns d'entre eux se révoltèrent, et dirent qu'ils ne voulaient rien croire de tout ce qui
était dans cet écrit. Ce sont les femmes qui ont été les motrices de toute cette révolte qui
divise toute la cour, tout le royaume et toutes les familles. Cette constitution leur défend de
lire un livre que tous les chrétiens disent avoir été apporté du ciel: c'est proprement leur
Alcoran. Les femmes, indignées de l'outrage fait à leur sexe, soulèvent tout contre
la constitution".

2. Et enfin, relever l'ironie dans la lettre satirique. Illustrer vos réponses.

À vos plumes.

Amal AMMI ABBACI


Références du cours.

Auger Antoine & Casali Dimitri (2010) Histoire de la France et des Français, Paris, Editions
Tallandier.

Mauchamp Nelly(1991) La France de toujours. Civilisation.CLE International.

Montesquieu, Charles Louis(2011) Lettres persanes, Collection Petits classiques, Larousse.

Amal AMMI ABBACI