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Dossier scientifique

Classification OMS 2017


des tumeurs plasmocytaires
Édouard Cornet*
CHU de Caen Normandie, Laboratoire d’hématologie, Registre régional des hémopathies malignes de Basse-Normandie,
avenue Côte de Nacre 14033 Caen cedex 9, France.
*Auteur correspondant : cornet-e@chu-caen.fr (E. Cornet).

RÉSUMÉ
Les tumeurs plasmocytaires forment un groupe hété-
rogène de pathologies regroupant les myélomes, les
myélomes indolents, les gammapathies monoclonales
de signification indéterminée (MGUS) non IgM, les
plasmocytomes, les maladies à dépôts de chaînes
d’immunoglobulines dont l’amylose, et certains syn-
dromes paranéoplasiques avec tumeurs plasmocy-
taires. Elles partagent une origine commune : la proli-
fération clonale d’une cellule plasmocytaire anormale.
Elles se caractérisent habituellement par la sécrétion
d’une immunoglobuline monoclonale complète ou
partielle. Les critères diagnostiques recommandés
par l’International Myeloma Working Group (IMWG)
repris dans la classification OMS 2017 sont précis
et nécessitent un bilan clinique, biologique et radio-
logique exhaustif. Le pourcentage de plasmocytes

© SCIENCE SOURCE / BSIP


médullaires, la concentration d’immunoglobuline
monoclonale dans le sérum et les urines, les signes
CRAB (hypercalcémie, insuffisance rénale, anémie,
lésions osseuses) et le bilan lésionnel osseux à l’ima-
gerie sont autant d’éléments clés pour classer les
différentes tumeurs plasmocytaires.

ABSTRACT
Revision (2017) of WHO classification
MOTS CLÉS of plasma cell neoplasms
Plasma cell neoplasms represent an heterogeneous group of pathologies including
◗ classification OMS
◗ gammapathie mono-
plasma cell myeloma, smoldering plasma cell myeloma, non-IgM of undetermined
clonale de signification significance (MGUS), plasmocytoma, disorders defined by tissue immunoglobulin
indéterminée deposition like primary amyloidosis, and clonal plasma cell proliferations with an
◗ myélome associated paraneoplastic syndrome. Plasma cell neoplasms share a common ori-
gin resulting from expansion of heavy chain class-switched terminally differentiated
KEY WORDS B-cells (plasma cells) that typically secrete a single monoclonal immunoglobulin called
◗ myeloma M protein. Diagnostic criteria recommended by International Myeloma Working
◗ non-IgM of undetermined Group (IMWG) and adopted by this fourth revision of WHO classification (2017)
significance plasma cell are precise and relie on extensive clinical, biological and imaging data. Bone marrow
neoplasms plasma cell percentage, serum and urinary M protein concentration, plasma cells
◗ WHO classification related end-organ damage (CRAB signs : hypercalcemia, renal insufficiency, anemia,
and bone lesions) and imaging features of bone lesions are all key factors leading to
© 2019 – Elsevier Masson SAS the distinction of different plasma cell neoplasms.
Tous droits réservés.

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Néoplasies plasmocytaires et autres dysglobulinémies

Introduction Tableau 1. Classification OMS 2017


Les tumeurs plasmocytaires regroupent l’ensemble
des tumeurs plasmocytaires.
des pathologies résultant de la prolifération clonale
anormale de cellules plasmocytaires sécrétrices ou Myélome symptomatique
non de chaînes lourdes et/ou légères d’immunoglo-
buline monoclonale (gammapathie monoclonale). La Myélome non sécrétant
dernière classification OMS 2017 (4 e édition révi-
sée) [1] des tumeurs plasmocytaires regroupe les Myélome indolent ou asymptomatique (smoldering
myeloma)
entités suivantes : myélome, plasmocytome, maladie
des dépôts d’immunoglobuline monoclonale (amy- Gammapathie monoclonale de signification indéterminée
lose AL et maladie de dépôts des chaînes légères ou (MGUS) non IgM
lourdes des immunoglobulines), tumeurs plasmocy-
taires associées à un syndrome paranéoplasique (syn- Leucémie à plasmocytes
dromes POEMS et TEMPI) et gammapathie mono-
clonale de signification indéterminée (MGUS) non Plasmocytome solitaire osseux et Plasmocytome extra-osseux
IgM (tableau 1). Dans la classification OMS 2017, les
gammapathies monoclonales impliquant à la fois un Amylose AL et Maladie des dépôts de chaînes lourdes and
clone lymphocytaire et plasmocytaire sont traités à légères des immunoglobulines
part (MGUS à IgM, lymphome lymphoplasmocytaire,
Tumeurs plasmocytaires associées au syndrome néoplasique :
maladie des chaînes lourdes des immunoglobulines) syndrome POEMS et syndrome TEMPI
et ne seront pas traitées dans cet article.
D’après [1]

Un diagnostic cytologique
nation du pourcentage et de la valeur absolue de la
ou histologique difficile plasmocytose circulante est importante pour identi-
fier les cas de leucémie à plasmocytes [2].
Le diagnostic de tumeur plasmocytaire consiste en
La clonalité de la prolifération plasmocytaire est éta-
la mise en évidence d’un clone plasmocytaire anor-
blie par la mise en évidence d’une restriction isoty-
mal dans la moelle osseuse ou d’autres tissus extra- pique d’expression des chaînes légères des immuno-
osseux associé ou non à la détection dans le sérum globulines dans le cytoplasme des plasmocytes. En
ou les urines d’une immunoglobuline monoclonale. fonction du tissu étudié (biopsie ostéomédullaire,
La détection du composant monoclonal est réalisée aspiration médullaire, biopsie de tissus extra-osseux),
par électrophorèse des protéides sériques ou uri- cette restriction isotypique peut être objectivée par
naires associée à une immunofixation, permettant de immunohistochimie, immunofluorescence ou cytomé-
caractériser le type de chaînes lourdes (IgG, IgA, IgD, trie en flux. En plus de démontrer une restriction iso-
IgE ou IgM) et/ou légères (kappa ou lambda) d’immu- typique kappa ou lambda des plasmocytes tumoraux,
noglobuline monoclonale sécrétée. l’immunophénotypage par cytométrie en flux met
La prolifération plasmocytaire est objectivée après en évidence des cellules plasmocytaires anormales,
examen histologique d’une biopsie ostéomédullaire de taille et structure variables, avec une expression
ou réalisation d’un myélogramme. Les tumeurs plas- faible ou absente du marqueur CD45, une co-expres-
mocytaires sont des pathologies multifocales. Le dia- sion des marqueurs CD38 et CD138, avec respec-
gnostic cytologique ou histologique est parfois dif- tivement une intensité plus faible et plus forte par
ficile et nécessite l’examen de plusieurs territoires rapport à des cellules plasmocytaires normales [3].
ou étalements. Dans tous les cas, le cytologiste ou Le marqueur CD19 est négatif dans 95 % des cas et
le pathologiste doit rendre le pourcentage de plas- les marqueurs CD27 et CD81 sont souvent sous-
mocytes médullaires le plus élevé parmi toutes ses exprimés. Dans près de 90 % des cas, l’immunophé-
observations. La morphologie des cellules plasmo- notype des plasmocytes tumoraux est aberrant par
cytaires clonales est variable et on peut observer rapport à celui d’un plasmocyte normal avec une
tous les stades de maturation du plasmocyte. Aucune positivité du CD56 (80 % des cas), du CD200 (75 %
corrélation entre la morphologie des plasmocytes des cas), du CD28 (40 % des cas), du CD117 (30 %),
et l’agressivité éventuelle de la tumeur plasmocy- du CD20 (15 % des cas), du CD52 (10 % des cas), du
taire n’a pu être clairement établie. La présence de CD10 et de marqueurs myéloïdes et monocytaires
plasmocytes circulants identifiables après examen du (CD33 par exemple) occasionnellement [3]. La valeur
frottis sanguin coloré au May-Grünwald-Giemsa est pronostique de l’immunophénotype des plasmocytes
possible dans environ 15 % des cas, et la détermi- tumoraux est encore débattue dans la littérature.

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Diagnostic de myélome critères diagnostiques du myélome, ces différents


signes cliniques et biologiques doivent être liés à la
Le myélome est caractérisé par une prolifération prolifération plasmocytaire.
maligne de cellules plasmocytaires dans la moelle - l’hémoglobine doit être inférieure à 10 g/dL (ou
osseuse, multifocale, habituellement associée à la inférieure à plus de 2 g/dL par rapport à la limite
sécrétion d’une immunoglobuline monoclonale. La inférieure de référence pour la catégorie d’âge) ;
présentation clinique du myélome est variable et le
clinicien doit s'efforcer de rechercher les signes cli- - l’hypercalcémie doit être supérieure à 2,75mmol/L
niques en lien avec une dysfonction d’organe liée et les autres causes d’hypercalcémie doivent être
à la prolifération tumorale [4] : éliminées, notamment l’hyperparathyroïdie ;
◗ des douleurs osseuses avec lésions
- l’insuffisance rénale doit correspondre
ostéolytiques ; à une clairance de la créatinine infé-
Retenir le rieure à 40 mL/min.
◗ une anémie inexpliquée ;

◗ une hypercalcémie , symp-


pourcentage de - les lésions osseuses doivent être
de nature ostéolytique et supé-
tomatique ou découver te plasmocytes le plus rieures à au moins 5 mm, et
fortuitement ; élevé parmi l'ensemble objectivées par examen radio-
◗ une insuffisance rénale sans graphique du squelette, une IRM,
anomalie du sédiment urinaire des comptes un scanner ou un PET-scan.
ou parfois liée à un syndrome réalisés lors du ◗ ou la présence d’un
néphrotique dans le cadre d’une des biomarqueurs suivants :
amylose AL concomitante.
myélogramme
- au moins 60 % de cellules plas-
Les critères diagnostiques établis par mocytaires clonales dans la moelle
le groupe de travail international sur osseuse [5,6] ;
le myélome (International Myeloma Working - un ratio de chaînes légères libres d’immu-
Group, IMWG) mettent en avant l’importance des noglobulines (FLC) supérieur ou égal à 100 [7-9] ;
signes cliniques liés à une dysfonction d’organe [4]. - la présence de plus d’une lésion osseuse focale
à l’IRM [10-12].
Critère impératif
Le diagnostic de myélome requiert impérativement La majorité des patients (97 %) présentent une
une infiltration médullaire par au moins 10 % de cel- immunoglobuline monoclonale sérique et/ou uri-
lules plasmocytaires clonales ou un plasmocytome naire [13]. Près de 20 % des patients présentent un
osseux/tissulaire. La clonalité plasmocytaire doit être myélome à chaînes légères, dans lequel seules sont
établie par la mise en évidence d’une restriction iso- détectées dans le sang et/ou les urines les chaînes
typique d’expression des chaînes légères des immuno- légères des immunoglobulines [13]. À noter une inci-
globulines par immunophénotypage par cytométrie en dence plus importance de l’insuffisance rénale chez
flux, immunochimie ou immunofluorescence. L’infiltra- les patients présentant un myélome à chaînes légères.
tion plasmocytaire médullaire doit être observée sur Approximativement 40 % des patients avec un myé-
un myélogramme ou sur une biopsie ostéomédullaire. lome symptomatique ont une immunoglobuline
Compte tenu de la nature de l’infiltration plasmocy- monoclonale inférieure à 30 g/L [10]. Enfin, 3 % des
taire médullaire qui peut être focale, le myélogramme patients présentent un myélome non sécrétant [13],
doit retenir le pourcentage de plasmocytes observés dans lequel l’immunoglobuline monoclonale est indé-
le plus élevé parmi l’ensemble des observations réali- tectable dans le sérum et les urines.
sées. De plus, du fait de cette infiltration potentielle-
ment focale, il est recommandé de renouveler le pré- Diagnostic de myélome
lèvement médullaire en cas d’infiltration plasmocytaire indolent ou asymptomatique
médullaire observée inférieure au seuil de 10 %. Le myélome indolent ou asymptomatique (Smoldering
Myeloma) correspond à une prolifération clonale plas-
Critère supplémentaire mocytaire significative, objectivée par la détection
Le diagnostic de myélome requiert un critère supplé- d’une immunoglobuline monoclonale sérique quanti-
mentaire parmi les suivants : fiée à au moins 30 g/L ou une protéinurie de Bence-
◗ Une dysfonction d’organe, suggérée par la pré- Jones ≥ 0,5 g/24 h et/ou une infiltration médullaire
sence d’une hypercalcémie, d’une insuffisance rénale, plasmocytaire comprise entre 10 et 60 % des cellules
d’une anémie ou de lésions osseuses (acronyme nucléées totales, n’entraînant aucun symptôme ou
CRAB, pour increased Calcium level, Renal insufficiency, dysfonction d’organe (absence de signes CRAB ou
Anemia et Bone lesions). Pour être considérés comme d’amylose AL) [4].

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Néoplasies plasmocytaires et autres dysglobulinémies
Environ 10 % des patients diagnostiqués avec un myé- La moelle osseuse est habituellement massivement
lome ont été initialement diagnostiqués avec un myé- envahie par des plasmocytes tumoraux et les locali-
lome indolent [15]. Les patients avec un myélome sations extramédullaires sont fréquentes (foie, rate,
indolent peuvent voir leur évolution stable pendant liquides d’épanchement et liquide céphalorachidien).
des années, mais la probabilité cumulée d’évolution L’immunophénotype des plasmocytes tumoraux pré-
vers un myélome symptomatique ou d’une amylose sente quelques variations par rapport au myélome,
est d’environ 10 % par année d’évolution pendant les avec une positivité plus fréquente du CD20 et une
cinq premières années, puis de 3 % par an pendant les négativité plus fréquente du CD56 (80 % des cas sont
cinq années suivantes puis de 1 % par an les années négatifs) [2].
d’après [15].
Diagnostic de plasmocytome
Diagnostic de gammapathie
monoclonale de signification Les plasmocytomes solitaires sont des tumeurs plas-
indéterminée non-IgM mocytaires isolées, définies par les critères suivants :
◗ lésion unique osseuse (plasmocytome solitaire) ou
La gammapathie monoclonale de signification indéter-
tissulaire (plasmocytome extra-osseux) constituée
minée (MGUS) correspond à une prolifération clonale
de plasmocytes clonaux ;
plasmocytaire minime n’étant pas responsable de dys-
fonction d’organe. Son diagnostic requiert les critères ◗ absence d’infiltration médullaire plasmocytaire anor-

suivants : male sur une aspiration médullaire ou une biopsie


ostéomédullaire réalisée au niveau d’un autre site ;
◗ la détection d’une immunoglobuline monoclonale (IgG
(60 % des cas), IgA (15 %), IgD (1 %) ou IgE (1 %)) quan- ◗ absence de lésions osseuses supplémentaires à l’IRM

tifiée à moins de 30 g/L ; ou au scanner ;


◗ une infiltration médullaire plasmocytaire inférieure ◗ absence de dysfonction d’organe, donc de signes

à 10 % ; CRAB.
◗ l’absence de dysfonction d’organe donc de signes
Parmi les plasmocytomes, il faut individualiser un variant
CRAB (absence d’hypercalcémie, d’insuffisance rénale,
au pronostic plus péjoratif : le plasmocytome soli-
d’anémie et de lésions osseuses ostéolytiques).
taire avec infiltration médullaire plasmocytaire
minime, dont les critères diagnostiques
Du fait d’une étiopathogénie diffé-
sont les suivants :
rente (profil génétique différent), les
MGUS IgM sont désormais trai- ◗ lésion unique osseuse (plasmocy-

tés avec les lymphomes lympho- tome solitaire) ou tissulaire (plas-


plasmocytaires IgM (maladie de Le risque d’évolution mocytome extra-osseux) consti-
Waldenström) et ne sont pas d’un MGUS vers un tuée de plasmocytes clonaux ;
traités dans cet article. ◗ Présence d’une infiltration
Le risque d’évolution d’un myélome ou une amylose médullaire plasmocytaire clonale
MGUS vers un myélome ou est estimé à environ 1% < 10 % sur une aspiration médul-
une amylose est estimé à envi- laire ou une biopsie ostéomédul-
ron 1 % par an [14]. Les MGUS
par an laire réalisée au niveau d’un autre
à chaînes légères, définis par la site, le caractère clonal étant habi-
détection uniquement de chaînes tuellement mis en évidence par immu-
légères dans le sérum et/ou les urines nophénotypage par cytométrie en flux
avec une excrétion urinaire inférieure à sur une aspiration médullaire ;
0,5 g/24 h, ont quant à eux un risque de progres- ◗ absence de lésions osseuses supplémentaires à
sion vers un myélome ou une amylose plus faible, de 0,3 % l’IRM ou au scanner ;
par an [14].
◗ absence de dysfonction d’organe, donc de signes
CRAB.
Diagnostic de leucémie
à plasmocytes Les plasmocytomes osseux sont fréquemment révélés
La leucémie à plasmocytes est définie par la présence par des douleurs osseuses associées ou non à une frac-
de plasmocytes clonaux circulants supérieurs à 20 % ture osseuse pathologique. Une gammapathie monoclo-
des leucocytes totaux ou supérieurs à 2 G/L. Dans nale est détectée dans le sérum et les urines à des fré-
70 % des cas, la leucémie à plasmocytes est dite pri- quences variables selon les études (24-72 % des patients).
maire, sans antécédent de myélome, et 1 % des myé- Par définition il n’y a pas de signes CRAB en faveur d’une
lomes évoluent vers la leucémie à plasmocytes [16]. dysfonction d’organe liée à la tumeur plasmocytaire.

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Les caractéristiques immunophénotypiques des plasmo- Une gammapathie monoclonale est presque toujours
cytomes osseux sont similaires à celles observées dans détectée dans le sérum et/ou les urines. Le type de
le myélome. Enfin, le risque de progression à trois ans chaîne légère de la gammapathie monoclonale est prin-
est d’environ 10 % pour les plasmocytomes solitaires et cipalement lambda (70 % des cas). L’immunophénoty-
d’environ 60 % pour les plasmocytomes solitaires avec page par cytométrie en flux des plasmocytes médul-
infiltration médullaire minime [17]. laires révèlent des plasmocytes clonaux (restriction
Les plasmocytomes extra-osseux partagent les mêmes isotypique) et un immunophénotype similaire à celui
critères diagnostiques que les plasmocytomes osseux décrit dans le myélome.
et représentent seulement 1 % des tumeurs plasmo- La maladie des dépôts de chaînes légères et/ou lourdes
cytaires [1]. Ils surviennent principalement au niveau des immunoglobulines est également le résultat de la
des muqueuses des voies aériennes supérieures mais sécrétion par des plasmocytes clonaux (plus rarement
peuvent également être localisés au niveau du trac- par lymphoplasmocytes clonaux) de chaînes légères ou
tus digestif, des ganglions lymphatiques, de la peau et lourdes anormales d’immunoglobulines qui se déposent
d’autres tissus de l’organisme. Les signes cliniques sont dans les tissus de l’organisme, sans s’organiser en feuil-
principalement liés à la localisation de la tumeur et lets ␤. Contrairement à l’amylose AL dans laquelle la
par définition il n’y a pas de signes CRAB en faveur coloration au rouge Congo est positive révélant les
d’une dysfonction d’organe liée à la tumeur plasmo- dépôts amyloïdes, les dépôts ne sont pas organiser en
cytaire. Les caractéristiques immunophénotypiques de feuillets ␤, ne contiennent pas de substance amyloïde P
la tumeur sont proches de celles observées dans les et sont négatifs à la coloration au rouge Congo. Dans la
autres tumeurs plasmocytaires. plupart des cas, on observe une infiltration médullaire
par des plasmocytes clonaux et l’organe dans lequel
Diagnostic des maladies à on observe le plus fréquemment les dépôts est le rein.
dépôts d’immunoglobulines Dans la maladie des dépôts de chaînes légères des
monoclonales immunoglobulines, la chaîne légère la plus fréquemment
retrouvée (80 % des cas) est la chaîne kappa, avec une
La présentation clinique des maladies à dépôts d’immuno- surreprésentation du segment variable V kappa IV [19].
globulines monoclonales est étroitement liée aux
dépôts tissulaires de l’immunoglobuline monoclonale Diagnostic des tumeurs
pouvant impacter la fonction de multiples organes.
Cette immunoglobuline monoclonale est le plus sou-
plasmocytaires associées à un
vent la conséquence d’un clone plasmocytaire anormal.
syndrome paranéoplasique
On décrit deux types de maladies à dépôts d’immuno- Le syndrome POEMS est un syndrome paranéoplasique
globulines monoclonales : l’amylose AL et la maladie associant tumeur plasmocytaire, lésions fibrosantes
des dépôts de chaînes légères et lourdes des et ostéosclérotiques des travées osseuses
immunoglobulines. Ces deux catégories et souvent modification de l’architecture
sont différentes de par la composition Dans ganglionnaire mimant la variante plas-
chimique des dépôts mais partagent l’amylose AL, mocytaire de la maladie de Castle-
la même origine plasmocytaire man. POEMS est l’acronyme de
clonale. il est fréquent Polyneuropathie, Organomégalie,
L’amylose AL est le résultat d’observer une Endocrinopathie, gammapathie
de la sécrétion par des plas- Monoclonale et lésions cuta-
mocytes clonaux (plus rare-
discrète augmentation nées (Skin lesions), mais toutes
ment par lymphoplasmocytes du pourcentage les composantes de l’acronyme
clonaux) de chaînes légères de plasmocytes ne sont pas obligatoires pour faire
d’immunoglobulines intactes le diagnostic : seules la polyneuro-
ou fragmentées qui se déposent médullaires pathie et la gammapathie monoclo-
dans les tissus de l’organisme en (<10%) nale sont des critères obligatoires.
formant une structure en feuillets  ␤. La lésion étant généralement focale,
La plupart des régions variables des l’infiltration médullaire plasmocytaire est
chaînes légères kappa et lambda sont suscep- variable, habituellement représentant moins de
tibles d’être à l’origine de dépôts d’amylose, mais le 5 % des cellules nucléées totales à distance de la lésion
segmentV lambdaVI est toujours associé à des dépôts [18]. ostéosclérotique et pouvant représenter plus de 50 %
Les dépôts constitués s’accumulent alors et altèrent des cellules nucléées dans les formes disséminées.
la fonction de l’organe touché. Les critères dia- L’immunophénotypage par cytométrie en flux révèle
gnostiques du myélome ne sont pas remplis mais le caractère clonal des plasmocytes tumoraux, et met
il est fréquent d’observer une discrète augmenta- en évidence dans la majorité des cas une chaîne légère
tion du pourcentage de plasmocytes médullaires. restreinte de type lambda.

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Néoplasies plasmocytaires et autres dysglobulinémies

Le syndrome TEMPI est un syndrome paranéoplasique reste une donnée biologique difficilement standardisable
également associé aux tumeurs plasmocytaires. TEMPI entre les centres diagnostiques du fait de la nature même
est l’acronyme de Télangiectasie, EPO élevée et éry- de la prolifération plasmocytaire tumorale volontiers
throcytose, gammapathie Monoclonale, collection liqui- multifocale et non diffuse, incitant l’IMWG à recommander
dienne Périnéphrique et shunt Intrapulmonaire. de renouveler l’examen médullaire en cas de
Ce syndrome est uniquement proche du valeurs se situant autour du seuil de 10 %.
syndrome POEMS de par l’origine plas-
L’apport de la cytométrie en flux est
mocytaire de la gammapathie mono-
clonale mais s’en distingue clai- indéniable en particulier pour affirmer
Les tumeurs le caractère clonal des différentes
rement sur les plans clinique et
biologique. C’est un syndrome plasmocytaires proliférations plasmocytaires
rare, récemment décrit [20], inclus notamment quand l’infiltration
ont toutes pour origine médullaire plasmocytaire est
dans les tumeurs plasmocytaires
de la classification OMS 2017 au une prolifération faible. Son rôle dans le suivi de la
titre d’entité provisoire. Les symp- maligne clonale de maladie a également été démontré
tômes cliniques sont d’apparition ces dernières années permettant
lentement progressive. L’érythro- plasmocytes d’augmenter la sensibilité de la
cytose et une richesse médullaire recherche de la maladie résiduelle.
augmentée à la biopsie ostéomédullaire Enfin, le rôle de la cytogénétique et de
sont fréquemment retrouvées. La plupart la biologie moléculaire dans le diagnostic et
des patients ont un pourcentage de plasmocytes
surtout le pronostic de la maladie est également
médullaires inférieur à 10 % et les atypies morpholo-
giques des plasmocytes sont discrètes. primordial et fait l’objet d’un article par J. Corre et
H. Avet-Loiseau [21]. QQ

Conclusion Liens d’intérêts : les auteurs déclarent ne pas avoir de liens


d'intérêts.
Les tumeurs plasmocytaires ont toutes pour origine
une prolifération maligne clonale de plasmocytes.
Cette prolifération a préférentiellement lieu dans
la moelle osseuse, site naturel et originel du plas- Points à retenir
mocyte. Dans la majorité des cas, ces plasmocytes
clonaux sont responsables de la sécrétion d’une ◗tLe diagnostic de myélome nécessite la recherche
immunoglobuline monoclonale intacte ou parfois des signes CRAB (dosage de la calcémie, éva-
uniquement de chaînes légères ou lourdes d’immu- luation de la fonction rénale, hémogramme,
noglobulines. Les circonstances de découverte des recherche de lésions osseuses ostéolytiques), la
tumeurs plasmocytaires peuvent être asymptoma- réalisation d’un myélogramme pour évaluer l’in-
tiques (gammapathie monoclonale détectée fortuite- filtration plasmocytaire médullaire, la recherche
ment) et lorsqu’elles sont symptomatiques, les signes dans le sérum et les urines d’une gammapathie
cliniques sont soit liés à la prolifération tumorale monoclonale par électrophorèse des protides
plasmocytaire dans la moelle osseuse (retentisse- sériques avec immunofixation, et enfin le dosage
ment sur l’hématopoïèse et sur la structure même de des chaînes légères libres sériques (FLC).
l’os) soit liés à la gammapathie monoclonale (dépôts ◗tDevant la découverte d’une gammapathie mono-
de chaînes lourdes ou légères d’immunoglobulines, clonale quantifiée à plus de 30 g/L, le diagnostic
précipités d’immunoglobulines, propriétés physico- de gammapathie monoclonale de signification
chimiques des immunoglobulines). indéterminée (MGUS) est exclu. La recherche
L’International Myeloma Working Group (IMWG) met en des signes CRAB et la détermination de la plas-
avant dans ses classifications les dysfonctions d’organe mocytose médullaire seront primordiales pour
liées à la tumeur plasmocytaire imposant la recherche différencier myélome symptomatique et myé-
des signes CRAB de façon systématique dès lors que lome indolent.
le diagnostic de tumeur plasmocytaire est évoqué. La ◗tDevant la découverte d’une gammapathie mono-

recherche, le typage et le dosage de la gammapathie clonale quantifiée à moins de 30 g/L associée à


une protéinurie inférieure à 0,5 g/24 h, le dia-
monoclonale dans le sérum et les urines restent une
gnostic de MGUS ne pourra être retenu qu’en
étape importante dans la classification des différentes l’absence de signes CRAB associée à une plas-
tumeurs plasmocytaires. Enfin, le pourcentage de mocytose médullaire inférieure à 10  %.
plasmocytes clonaux, bien qu’essentiel à la classification,

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patients with asymptomatic (smoldering) multiple myeloma. Leukemia


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40 REVUE FRANCOPHONE DES LABORATOIRES • N° 511 • AVRIL 2019

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