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SOMMAIRE DU NUMÉRO 1821 3 janvier 1982

ACTES Exhortation apostolique « Familiaris consortio » 1


Discours aux membre de l’assemblée plénière du Conseil
DU PAPE « Cor Unum » 37
JEAN-PAUL II Discours au patriarche orthodoxe d’Éthiopie
Audiences générales (2 et 9 décembre)
39
40
Message au Patriarche Dimitrios 1er 49
A ctes du Pape Jean-Paul II
EXHORTATION APOSTOLIQUE FAMILIARIS CONSORTIO

Le Synode de 1980 en continuité


A L’ÉPISCOPAT, avec les Synodes précédents
AU CLERGÉ ET AUX FIDÈLES
DE TOUTE L’ÉGLISE CATHOLIQUE 2. Le dernier Synode des Evêques, tenu à Rome du
SUR LES TACHES 26 septembre au 25 octobre 1980, est un signe de ce
profond intérêt de l’Eglise pour la famille. Il a été la
DE LA FAMILLE CHRÉTIENNE continuation naturelle des deux précédents(2). La famil-
DANS LE MONDE D’AUJOURD’HUI le chrétienne, en effet, est la première communauté
appelée à annoncer l’Evangile à la personne humaine
TRODUCTION en développement et à conduire cette dernière, par une
éducation et une catéchèse progressives, à sa pleine
L’Eglise au service de la famille maturité humaine et chrétienne.
On peut même dire que le récent Synode se relie
1. A NOTRE ÉPOQUE, la famille, comme les d’une certaine façon, par son thème, au Synode sur le
autres institutions et peut-être plus qu’elles, a été attein- sacerdoce ministériel et sur la justice dans le monde
te par les transformations, larges, profondes et rapides, contemporain. En effet, en tant que communauté
de la société et de la culture. De nombreuses familles éducative, la famille doit aider l’homme à discerner sa
vivent cette situation dans la fidélité aux valeurs qui vocation et à assumer l’engagement indispensable pour
constituent le fondement de l’institution familiale. une plus grande justice, en le formant dès le début de
D’autres sont tombées dans l’incertitude et l’égare- son existence à des relations interpersonnelles
ment devant leurs tâches, voire dans le doute et presque riches de justice et d’amour.
l’ignorance en ce qui concerne le sens profond et la Les Pères du Synode, en conclusion de leur
valeur de la vie coujugale et familiale. D’autres enfin Assemblée, m’ont présenté une longue série de pro-
voient la réalisation de leurs droits fondamentaux entra- positions dans lesquelles ils avaient recueilli le fruit des
vée par diverses situations d’injustice. réflexions mûries au cours de leurs journées de tra-
Sachant que le mariage et la famille constituent l’un vail intense, et ils m’ont demandé à l’unanimité de me
des biens les plus précieux de l’humanité, l’Eglise faire devant l’humanité l’interprète de la vive sollici-
veut faire entendre sa voix et offrir son aide à ceux tude de l’Eglise pour la famille et d’indiquer les orien-
qui, connaissant déjà la valeur du mariage et de la tations opportunes pour un engagement pastoral renou-
famille, cherchent à la vivre fidèlement, à ceux qui, plon- velé dans ce secteur fondamental de la vie humaine et
gés dans l’incertitude et l’anxiété, sont à la recherche ecclésiale.
de la vérité, et à ceux qui sont injustement empêchés Je m’acquitte de cette tâche en publiant la présente
de vivre librement leur projet familial. exhortation comme une façon particulière d’accom-
Apportant son soutien aux premiers, sa lumière aux plir le ministère apostolique qui m’a été confié, et je
deuxièmes et son secours aux autres, l’Eglise se met désire exprimer à tous ceux qui ont participé au Synode
au service de tout homme soucieux du sort du maria- ma gratitude pour la précieuse contribution de doctri-
ge et de la famille(1). ne et d’expérience qu’ils m’ont apportée, surtout au
Elle s’adresse en particulier aux jeunes qui s’apprê- moyen des «Propositions»; j’en ai confié le texte au
tent à s’engager sur le chemin du mariage et de la famil- Conseil pontifical pour la Famille, en lui demandant d’en
le, afin de leur ouvrir de nouveaux horizons en les aidant approfondir l’étude, afin de valoriser chacun des aspects
à découvrir la beauté et la grandeur de la vocation à des richesses qu’il contient.
l’amour et au service de la vie.

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Le bien précieux du mariage qui sont appelées à accueillir et à vivre le projet de
et de la famille Dieu les concernant. De plus, les exigences, les
appels de l’Esprit se font entendre aussi à travers les
3. L’Eglise, éclairée par la foi, qui lui fait connaître événements de l’histoire, et c’est pourquoi l’Eglise peut
toute la vérité sur le bien précieux que sont le maria- être amenée à une compréhension plus profonde de
ge et la famille et sur leur signification la plus profon- l’inépuisable mystère du mariage et de la famille, même
de, ressent encore une fois l’urgence d’annoncer à partir des situations, des questions, des angoisses
l’Evangile, c’est-à-dire la «Bonne Nouvelle», à tous sans et des espoirs des jeunes, des époux et des parents
distinction, mais en particulier à ceux qui sont appe- d’aujourd’hui(9).
lés au mariage et qui s’y préparent, à tous les époux A cela il faut ajouter une réflexion d’une importan-
et à tous les parents du monde. ce particulière pour le temps présent. Il n’est pas rare
Elle est profondément convaincue que c’est seulement qu’aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui qui
en accueillant l’Evangile que l’on peut assurer la pleine cherchent sincèrement et sérieusement une réponse
réalisation de toute espérance que l’homme place légi- aux problèmes quotidiens et graves de leur vie matri-
timement dans le mariage et dans la famille. moniale et familiale, soient offertes des visions et des
Voulus par Dieu en même temps que la création(3), propositions peut-être séduisantes, mais qui compro-
le mariage et la famille sont en eux-mêmes destinés à mettent plus ou moins la vérité et la dignité de la per-
s’accomplir dans le Christ(4) et ils ont besoin de sa sonne humaine. Cette offre est souvent soutenue par
grâce pour être guéris de la blessure du péché(5) et rame- l’organisation puissante et partout diffuse des
nés à leur «origine»(6), c’est-à-dire à la pleine connais- moyens de communication sociale qui mettent subti-
sance et à la réalisation intégrale du dessein de Dieu. lement en péril la liberté et la capacité de juger en toute
En un moment historique où la famille subit de objectivité.
nombreuses pressions qui cherchent à la détruire ou Beaucoup sont déjà conscients de ce danger qui mena-
tout au moins à la déformer, l’Eglise, sachant que le ce la personne humaine, et ils s’emploient à faire triom-
bien de la société et son bien propre sont profondément pher la vérité. L’Eglise, avec son discernement évan-
liés à celui de la famille(7), a une conscience plus vive gélique, s’unit à eux, apportant son propre concours
et plus pressante de sa mission de proclamer à tous le au service de la vérité, de la liberté et de la dignité de
dessein de Dieu sur le mariage et sur la famille, en assu- tout homme et de toute femme.
rant leur pleine vitalité et leur promotion humaine et
chrétienne et en contribuant ainsi au renouveau de la Le discernement évangélique
société et du peuple de Dieu.
5. Par le discernement qu’elle opère, l’Eglise propose
PREMIÈRE PARTIE une orientation permettant de sauver et de réaliser
toute la vérité et la pleine dignité du mariage et de la
LUMIÈRES ET OMBRES DE LA FAMILLE famille.
AUJOURD’HUI Ce discernement est accompli grâce au sens de la
foi(10), don que l’Esprit accorde à tous les fidèles(11).
Nécessité de connaître la situation C’est donc une œuvre de toute l’Eglise selon la diver-
sité des dons et des charismes qui, en fonction des
4. Le dessein de Dieu sur le mariage et sur la famil- responsabilités propres à chacun, agissent ensemble
le concerne l’homme et la femme dans la réalité concrè- en vue d’une plus profonde intelligence et mise en
te de leur existence quotidienne dans telle ou telle situa- œuvre de la Parole de Dieu. Ainsi l’Eglise opère son
tion sociale et culturelle. C’est pourquoi l’Eglise, discernement évangélique non seulement par les
pour accomplir son service, doit s’appliquer à connaître Pasteurs, qui enseignent au nom du Christ et avec
les situations au milieu desquelles le mariage et la famil- son pouvoir, mais aussi par les laïcs, dont le Christ fait
le se réalisent aujourd’hui(8). «des témoins en les pourvoyant du sens de la foi et de
Cette connaissance est donc, pour l’œuvre d’évan- la grâce de la parole (cf. Ac 2, 17-18; Ap 19, 10), afin
gélisation, une exigence que l’on ne saurait négliger. que brille dans la vie quotidienne familiale et sociale,
C ’est en effet aux familles de notre temps que la force de l’Evangile»(12). Bien plus, en raison de
l’Eglise doit apporter l’Evangile immuable et toujours leur vocation particulière les laics ont pour tâche spé-
nouveau de Jésus-Christ, de même que ce sont les cifique d’interpréter à la lumière du Christ l’histoire
familles plongées dans les conditions actuelles du monde de ce monde, car ils sont appelés à éclairer et à ordon-

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EXHORTATION APOSTOLIQUE « FAMILIARIS CONSORTIO »

ner les réalités temporelles selon le dessein de Dieu mentales: une conception théorique et pratique erro-
Créateur et Rédempteur. née de l’indépendance des conjoints entre eux; de graves
Le «sens surnaturel de la foi»(13) ne consiste pas ambiguïtés à propos du rapport d’autorité entre parents
seulement ou nécessairement dans le consensus des et enfants; des difficultés concrètes à transmettre les
fidèles. L’Eglise, qui suit le Christ, cherche la vérité, valeurs, comme bien des familles l’expérimentent; le
qui ne coincide pas toujours avec l’opinion de la majo- nombre croissant des divorces; la plaie de l’avortement;
rité. Elle écoute la conscience et non le pouvoir, et le recours sans cesse plus fréquent à la stérilisation;
par cela même elle défend les pauvres et les mépri- l’installation d’une mentalité vraiment et proprement
sés. L’Eglise peut apprécier aussi la recherche socio- contraceptive.
logique et statistique lorsqu’elle s’avère utile pour A la racine de ces phénomènes négatifs, il y a sou-
saisir le contexte historique dans lequel l’action pas- vent une corruption du concept et de l’expérience de
torale doit s’exercer et pour mieux connaître la véri- la liberté, celle-ci étant comprise non comme la capa-
té; mais il ne faut pas penser que cette recherche est cité de réaliser la vérité du projet de Dieu sur le
purement et simplement l’expression du sens de la mariage et la famille, mais comme une force autono-
foi. me d’affirmation de soi, assez souvent contre les autres,
Le rôle du ministère apostolique est d’assurer la pour son bien-être égoïste.
permanence de l’Eglise dans la vérité du Christ et de Un autre fait mérite également notre attention:
l’y insérer toujours plus profondément. Aussi les dans les pays du tiers monde, les familles manquent
Pasteurs doivent-ils promouvoir le sens de la foi chez souvent aussi bien des moyens fondamentaux pour leur
tous les fidèles, examiner et juger d’une manière survie, tels que la nourriture, le travail, le logement,
autorisée l’authenticité de ses expressions, et former les médicaments, que des plus élémentaires libertés.
les fidèles à un discernement évangélique toujours plus Dans les pays plus riches, en revanche, le bien-être
réfléchi(14). excessif et l’esprit de consommation, celui-ci étant para-
Pour l’élaboration d’un authentique discernement doxalement uni à une certaine angoisse et à quelque
évangélique dans les diverses situations et cultures incertitude quant à l’avenir, enlèvent aux époux la géné-
dans lesquelles l’homme et la femme vivent leur maria- rosité et le courage de susciter de nouvelles vies
ge et leur existence familiale, les époux et les parents humaines: souvent la vie n’est plus alors percue comme
chrétiens peuvent et doivent apporter leur contribu- une bénédiction, mais comme un péril dont il faut se
tion propre qui est irremplaçable. Ils sont pour cela habi- défendre.
lités par leur charisme ou don propre, celui du sacre- La situation historique dans laquelle vit la famille se
ment de mariage(15). présente donc comme un mélange d’ombres et de
lumières.
La situation de la famille Ce mélange montre que l’histoire n’est pas simple-
dans le monde d’aujourd’hui ment un progrès nécessaire vers le mieux, mais un avè-
nement de la liberté, et plus encore un combat entre
6. La situation dans laquelle se trouve la famille libertés qui s’opposent, c’est-à-dire, selon l’expression
présente des aspects positifs et négatifs: les uns sont bien connue de saint Augustin, un conflit entre deux
le signe du salut du Christ à l’œuvre dans le monde; amours: l’amour de Dieu, poussé jusqu’au mépris de
les autres, du refus que l’homme oppose à l’amour de soi; l’amour de soi, poussé jusqu’au mépris de Dieu(16).
Dieu. Il s’ensuit que seule l’éducation de l’amour enraci-
Car, d’une part, on constate une conscience plus née dans la foi peut conduire à acquérir la capacité
vive de la liberté personnelle et une attention plus gran- d’interpréter les «signes des temps», qui sont l’ex-
de à la qualité des relations interpersonnelles dans le pression historique de ce double amour.
mariage, à la promotion de la dignité de la femme, à la
procréation responsable, a l’éducation des enfants; il L’influence de cette situation
s’y ajoute la conscience de la nécessité de développer sur la conscience des fidèles
des liens entre familles en vue d’une aide spirituelle
et matérielle réciproque, la redécouverte de la mis- 7. En vivant dans un tel monde, et sous l’influence
sion ecclésiale propre à la famille et de sa responsabi- provenant surtout des mass media, les fidèles n’ont pas
lité dans la construction d’une société plus juste. toujours su et ne savent pas toujours demeurer indemnes
Mais, par ailleurs, il ne manque pas d’indices d’une de l’obscurcissement des valeurs fondamentales ni se
dégradation préoccupante de certaines valeurs fonda- situer comme conscience critique de cette culture fami-

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liale et comme sujets actifs de la construction d’un ginelle, devient ainsi une exigence prioritaire à
authentique humanisme familial. laquelle on ne peut renoncer.
Au nombre des signes les plus préoccupants de ce C’est l’alliance avec la divine Sagesse qui doit être
phénomène, les Pères du Synode ont souligné en par- fortement scellée à nouveau dans la culture contem-
ticulier l’expansion du divorce et du recours à une poraine. Chaque homme est rendu participant de
nouvelle union de la part des fidèles eux-mêmes; l’ac- cette Sagesse par le geste créateur de Dieu lui-
ceptation du mariage purement civil, en contradiction même. Et c’est seulement dans la fidélité à cette
avec leur vocation de baptisés à «s’épouser dans le alliance que les familles d’aujourd’hui seront en
Seigneur»; la célébration du mariage-sacrement sans mesure d’exercer une influence positive sur la construc-
foi vivante, mais pour d’autres motifs; le refus de normes tion d’un monde plus juste et plus fraternel.
morales qui éclairent et soutiennent l’exercice
humain et chrétien de la sexualité dans le mariage. Gradualité et conversion

Notre époque a besoin de sagesse 9. A l’injustice qui vient du péché - celui-ci ayant péné-
tré profondément les structures du monde d’aujourd’hui
8. Toute l’Eglise a le devoir de réfléchir et de s’en- - et qui empêche souvent la famille de se réaliser vrai-
gager en profondeur afin que la nouvelle culture qui ment elle-même et d’exercer ses droits fondamen-
apparaît soit intimement évangélisée, que soient recon- taux, nous devons tous nous opposer par une conver-
nues les vraies valeurs, que soient défendus les sion de l’esprit et du cœur qui implique de suivre le
droits de l’homme et de la femme et que la justice soit Christ crucifié en renonçant à son propre égoïsme:
promue dans les structures mêmes de la société. Ainsi, une telle conversion ne peut pas ne pas avoir une influen-
le «nouvel humanisme» ne détournera pas les hommes ce bénéfique et rénovatrice même sur les structures
de leurs rapports avec Dieu, mais il les y conduira de de la société.
facon plus plénière. Il faut une conversion continuelle, permanente, qui,
Dans la construction d’un tel humanisme, la scien- tout en exigeant de se détacher intérieurement de
ce et ses applications techniques offrent de nouvelles tout mal et d’adhérer au bien dans sa plénitude, se tra-
et immenses possibilités. Cependant, la science, par duit concrètement en une démarche conduisant tou-
suite de choix politiques qui déterminent l’orienta- jours plus loin. Ainsi se développe un processus dyna-
tion de la recherche et ses applications, est fréquem- mique qui va peu à peu de l’avant grâce à l’intégration
ment utilisée contre sa signification originelle, la pro- progressive des dons de Dieu et des exigences de son
motion de la personne humaine. amour définitif et absolu dans toute la vie personnelle
Il est donc nécessaire que tous reprennent conscien- et sociale de l’homme. C’est pourquoi un cheminement
ce du primat des valeurs morales: elles sont celles de pédagogique de croissance est nécessaire pour que
la personne humaine comme telle. La compréhension les fidèles, les familles et les peuples, et même la
du sens ultime de la vie et de ses valeurs fondamen- civilisation, à partir de ce qu’ils ont déjà reçu du mys-
tales est le grand défi qui s’impose aujourd’hui en vue tère du Christ, soient patiemment conduits plus loin,
du renouvellement de la société. Seul le sentiment du jusqu’à une conscience plus riche et à une intégration
primat de ces valeurs permet d’utiliser les immenses plus pleine de ce mystère dans leur vie.
possibilités mises par la science dans les mains de l’hom-
me de manière à promouvoir vraiment la personne Inculturation
humaine dans sa vérité tout entière, dans sa liberté et
dans sa dignité. La science est appelée à s’unir à la 10. Il est conforme à la tradition constante de
sagesse. l’Eglise d’accueillir à partir des cultures des peuples
On peut donc appliquer aussi aux problèmes de la tout ce qui est susceptible de mieux exprimer les inépui-
famille les termes du Concile Vatican II: «Plus que toute sables richesses du Christ(18). Et ce n’est qu’avec le
autre, notre époque a besoin d’une telle sagesse, pour concours de toutes les cultures que ces richesses pour-
humaniser ses propres découvertes, quelles qu’elles ront se manifester toujours plus clairement et que
soient. L’avenir du monde serait en péril, si elle ne savait l’Eglise pourra cheminer vers une connaissance chaque
pas se donner des sages»(17). jour plus complète et plus approfondie de la vérité,
L’éducation de la conscience morale, qui rend qui lui a déjà été entièrement donnée par son
chaque homme capable de juger et de discerner les Seigneur.
moyens adéquats pour se réaliser selon sa vérité ori- En tenant ferme le double principe de la compatibi-

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EXHORTATION APOSTOLIQUE « FAMILIARIS CONSORTIO »

lité avec l’Evangile des diverses cultures à assumer et la femme se donnent l’un à l’autre par les actes propres
et de la communion avec l’Eglise universelle, on et exclusifs des époux, n’est pas quelque chose de pure-
devra poursuivre l’étude - cela vaut particulièrement ment biologique, mais concerne la personne humaine
pour les Conférences épiscopales et les dicastères com- dans ce qu’elle a de plus intime. Elle ne se réalise de
pétents de la Curie romaine - et l’action pastorale, de façon véritablement humaine que si elle est partie inté-
sorte que cette «inculturation» de la foi chrétienne se grante de l’amour dans lequel l’homme et la femme
réalise d’une manière toujours plus vaste, même dans s’engagent entièrement l’un vis-à-vis de l’autre jusqu’à
le domaine du mariage et de la famille. la mort. La donation physique totale serait un men-
Par cette «inculturation», on se dirige vers la songe si elle n’était pas le signe et le fruit d’une dona-
reconstitution plénière de l’alliance avec la Sagesse tion personnelle totale, dans laquelle toute la person-
de Dieu, qui est le Christ lui-même. L’Eglise s’enrichira ne, jusqu’en sa dimension temporelle, est présente.
aussi de toutes les cultures qui, bien que manquant de Si on se réserve quoi que ce soit, ou la possibilité d’en
technologie, sont riches de sagesse humaine et vivi- décider autrement pour l’avenir, cela cesse déjà
fiées par de grandes valeurs morales. d’être un don total.
Pour que soit clair le but de ce cheminement et que, Cette totalité, requise par l’amour conjugal, corres-
par conséquent, la route soit indiquée avec certitude, pond également aux exigences d’une fécondité res-
le Synode a, en premier lieu et à juste titre, considéré ponsable: celle-ci, étant destinée à engendrer un être
à fond le projet originel de Dieu à propos du mariage humain, dépasse par sa nature même l’ordre pure-
et de la famille; il a voulu «revenir au commence- ment biologique et embrasse un ensemble de valeurs
ment» pour respecter l’enseignement du Christ(19). personnelles dont la croissance harmonieuse exige que
chacun des deux parents apporte sa contribution de
DEUXIÈME PARTIE façon permanente et d’un commun accord.
Le «lieu» unique, qui rend possible cette donation
LE DESSEIN DE DIEU SUR LE MARIAGE selon toute sa vérité, est le mariage, c’est-à-dire le pacte
ET SUR LA FAMILLE d’amour conjugal ou le choix conscient et libre par lequel
l’homme et la femme accueillent l’intime communau-
L’homme, image du Dieu Amour té de vie et d’amour voulue par Dieu lui-même(23), et
qui ne manifeste sa vraie signification qu’à cette
11. Dieu a créé l’homme à son image et à sa res- lumière. L’institution du mariage n’est pas une ingé-
semblance(20): en l’appelant à l’existence par amour, rence indue de la société ou de l’autorité, ni l’imposi-
il l’a appelé en même temps à l’amour. tion extrinsèque d’une forme; elle est une exigence
Dieu est amour(21) et il vit en lui-même un mystè- intérieure du pacte d’amour conjugal qui s’affirme publi-
re de communion personnelle d’amour. En créant quement comme unique et exclusif pour que soit vécue
l’humanité de l’homme et de la femme à son image et ainsi la pleine fidélité au dessein du Dieu créateur. Cette
en la conservant continuellement dans l’être, Dieu fidélité, loin d’amoindrir la liberté de la personne, la
inscrit en elle la vocation, et donc la capacité et la res- met à l’abri de tout subjectivisme et de tout relativis-
ponsabilité correspondantes, à l’amour et à la com- me, et la fait participer à la Sagesse créatrice.
munion(22). L’amour est donc la vocation fondamen-
tale et innée de tout être humain. Le mariage et la communion entre
Puisque l’homme est un esprit incarné, c’est-à-dire Dieu et les hommes
une âme qui s’exprime dans un corps et un corps
animé par un esprit immortel, il est appelé à l’amour 12. La communion d’amour entre Dieu et les hommes,
dans sa totalité unifiée. L’amour embrasse aussi le corps contenu fondamental de la Révélation et de l’expérience
humain et le corps est rendu participant de l’amour de foi d’Israël, trouve une expression significative
spirituel. dans l’alliance nuptiale réalisée entre l’homme et la
La Révélation chrétienne connaît deux façons spé- femme.
cifiques de réaliser la vocation à l’amour de la person- C’est ainsi que les mots essentiels de la Révélation,
ne humaine, dans son intégrité: le mariage et la virgi- à savoir «Dieu aime son peuple», sont prononcés éga-
nité. L’une comme l’autre, dans leur forme propre, lement au moyen des termes vivants et concrets par
sont une concrétisation de la vérité la plus profonde lesquels l’homme et la femme se disent leur amour
de l’homme, de son «être à l’image de Dieu». conjugal. Leur lien d’amour devient l’image et le
En conséquence, la sexualité, par laquelle l’homme symbole de l’Alliance qui unit Dieu et son peuple(24).

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Même le péché qui peut blesser le pacte conjugal devient En accueillant et en méditant fidèlement la Parole
image de l’infidélité du peuple envers son Dieu: l’ido- de Dieu, l’Eglise a solennellement enseigné et enseigne
lâtrie est un prostitution(25), l’infidélité est un adul- que le mariage des baptisés est l’un des sept sacre-
tère, la désobéissance à la loi est un abandon de l’amour ments de la Nouvelle Alliance(30).
nuptial du Seigneur. Mais l’infidélité d’Israël ne Car, par le baptême, l’homme et la femme sont défi-
détruit pas la fidélité éternelle du Seigneur, et par consé- nitivement insérés dans la nouvelle et éternelle Alliance,
quent l’amour toujours fidèle de Dieu est présenté Alliance nuptiale du Christ avec l’Eglise. C’est en rai-
comme exemplaire pour les relations d’amour fidèle son de cette insertion indestructible que la commu-
qui doivent exister entre les époux(26). nauté intime de vie et d’amour conjugal fondée par le
Créateur(31) a été élevée et assumée dans la charité
Jésus-Christ, époux de l’Eglise, nuptiale du Christ, soutenue et enrichie par sa force
et le sacrement de mariage rédemptrice.
En vertu de la sacramentalité de leur mariage, les
13. La communion entre Dieu et les hommes trou- époux sont liés l’un à l’autre de la façon la plus indis-
ve son accomplissement définitif en Jésus-Christ, l’époux soluble. S’appartenant l’un à l’autre, ils représentent
qui aime et qui se donne comme Sauveur de l’huma- réellement, par le signe sacramentel, le rapport du
nité en se l’unissant comme son corps. Christ à son Eglise.
Il révèle la vérité originelle du mariage, la vérité du Les époux sont donc pour l’Eglise le rappel perma-
«commencement»(27) et, en libérant l’homme de la nent de ce qui est advenu sur la croix. Ils sont l’un
dureté du cœur, le rend capable de la réaliser entière- pour l’autre et pour leurs enfants des témoins du
ment. salut dont le sacrement les rend participants. Le maria-
Cette révélation parvient à la plénitude définitive ge, comme tout sacrement, est un mémorial, une actua-
dans le don d’amour que le Verbe de Dieu fait à l’hu- lisation et une prophétie de l’événement du salut.
manité en assumant la nature humaine et dans le «Mémorial, le sacrement leur donne la grâce et le devoir
sacrifice que Jésus-Christ fait de lui-même sur la de faire mémoire des grandes œuvres de Dieu et d’en
croix pour son Epouse, l’Eglise. Dans ce sacrifice se témoigner auprès de leurs enfants; actualisation, il leur
manifeste entièrement le dessein que Dieu a imprimé donne la grâce et le devoir de mettre en œuvre dans
dans l’humanité de l’homme et de la femme depuis le présent, l’un envers l’autre et envers leurs enfants,
leur création(28); le mariage des baptisés devient les exigences d’un amour qui pardonne et qui rachè-
ainsi le symbole réel de l’alliance nouvelle et éternel- te; prophétie, il leur donne la grâce et le devoir de
le, scellée dans le sang du Christ. L’Esprit, que répand vivre et de témoigner l’espérance de la future rencontre
le Seigneur, leur donne un cœur nouveau et rend l’hom- avec le Christ»(32).
me et la femme capables de s’aimer, comme le Christ Comme chacun des sept sacrements, le mariage est
nous a aimés. L’amour conjugal atteint cette plénitude aussi un symbole réel de l’événement du salut, mais à
à laquelle il est intérieurement ordonné, la charité conju- sa manière propre. «Les époux y participent en tant
gale: celle-ci est la façon propre et spécifique dont les qu’époux, à deux, comme couple, à tel point que l’ef-
époux participent à la charité du Christ se donnant fet premier et immédiat du mariage (res et sacramen-
lui-même sur la croix, et sont appelés à la vivre. tum) n’est pas la grâce surnaturelle elle-même, mais
Dans une page à juste titre fameuse, Tertullien a le lien conjugal chrétien, une communion à deux typi-
bien exprimé la grandeur et la beauté de cette vie conju- quement chrétienne parce que représentant le mys-
gale dans le Christ: «Où vais-je puiser la force de tère d’incarnation du Christ et son mystère d’alliance.
décrire de manière satisfaisante le bonheur du maria- Et le contenu de la participation à la vie du Christ est
ge que l’Eglise ménage, que confirme l’offrande, que aussi spécifique: l’amour conjugal comporte une tota-
scelle la bénédiction; les anges le proclament, le Père lité où entrent toutes les composantes de la personne
céleste le ratifie... Quel couple que celui de deux - appel du corps et de l’instinct, force du sentiment et
chrétiens, unis par une seule espérance, un seul de l’affectivité, aspiration de l’esprit et de la volonté -
désir, une seule discipline, le même service! Tous ; il vise une unité profondément personnelle, celle
deux enfants d’un même père, serviteurs d’un même qui, au-delà de l’union en une seule chair, conduit à ne
maître; rien ne les sépare, ni dans l’esprit ni dans la faire qu’un cœur et qu’une âme; il exige l’indissolubi-
chair; au contraire, ils sont vraiment deux en une lité et la fidélité dans la donation réciproque définiti-
seule chair. Là où la chair est une, un aussi est l’es- ve; et il s’ouvre sur la fécondité (cf. encyclique Humanae
prit»(29). vitae, n. 9). En un mot, il s’agit bien des caractéristiques

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EXHORTATION APOSTOLIQUE « FAMILIARIS CONSORTIO »

normales de tout amour conjugal naturel, mais avec une humaine, mais grâce à la régénération du baptême et
signification nouvelle qui, non seulement les purifie à l’éducation de la foi, elle est introduite également dans
et les consolide, mais les élève au point d’en faire la famille de Dieu qu’est l’Eglise.
l’expression de valeurs proprement chrétiennes»(33). La famille humaine, désagrégée par le péché, est
reconstituée dans son unité par la puissance rédemp-
Les enfants, trice de la mort et de la résurrection du Christ(37). Le
don très précieux du mariage mariage chrétien, qui participe à l’efficacité salvifique
de cet événement, constitue le lieu naturel où s’ac-
14. Selon le dessein de Dieu, le mariage est le fon- complit l’insertion de la personne humaine dans la gran-
dement de cette communauté plus large qu’est la famil- de famille de l’Eglise.
le, puisque l’institution même du mariage et l’amour La mission, donnée au commencement à l’homme
conjugal sont ordonnés à la procréation et à l’éduca- et à la femme, de croître et de se multiplier atteint
tion des enfants dans lesquels ils trouvent leur cou- ainsi toute sa vérité et sa pleine réalisation.
ronnement(34). Et l’Eglise trouve dans la famille, née du sacre-
Dans sa réalité la plus profonde, l’amour est essen- ment, son berceau et le lieu où elle peut accomplir sa
tiellement don, et l’amour conjugal, en amenant les propre insertion dans les générations humaines, et
époux à la «connaissance» réciproque qui fait qu’ils sont celles-ci, réciproquement, dans l’Eglise.
«une seule chair»(35), ne s’achève pas dans le couple;
il les rend en effet capables de la donation la plus Mariage et virginité
grande qui soit, par laquelle ils deviennent coopéra-
teurs avec Dieu pour donner la vie à une autre personne 16. La virginité et le célibat pour le Royaume de
humaine. Ainsi les époux, tandis qu’ils se donnent Dieu ne diminuent en rien la dignité du mariage, au
l’un à l’autre, donnent au-delà d’eux-mêmes un être contraire ils la présupposent et la confirment. Le maria-
réel, l’enfant, reflet vivant de leur amour, signe per- ge et la virginité sont les deux manières d’exprimer
manent de l’unité conjugale et synthèse vivante et indis- et de vivre l’unique mystère de l’Alliance de Dieu
sociable de leur être de père et de mère. avec son peuple. Là où il n’y a pas d’estime pour le
En devenant parents, les époux recoivent de Dieu mariage, il ne peut pas y avoir non plus de virginité
le don d’une nouvelle responsabilité. Leur amour paren- consacrée; là où l’on ne considère pas la sexualité humai-
tal est appelé à devenir pour leurs enfants le signe visible ne comme un grand don du Créateur, le fait d’y renon-
de l’amour même de Dieu, «d’où vient toute paterni- cer pour le Royaume des cieux perd son sens.
té au ciel et sur la terre»(36). Saint Jean Chrysostome dit en effet très justement:
Il ne faut cependant pas oublier que même dans les «Dénigrer le mariage, c’est amoindrir du même coup
cas où la procréation est impossible, la vie conjugale la gloire de la virginité; en faire l’éloge, c’est rehaus-
garde toute sa valeur. La stérilité physique peut en effet ser l’admiration qui est due à la virginité et en
être pour le couple l’occasion de rendre d’autres ser- accroître l’éclat. Car enfin, ce qui ne paraît un bien
vices importants à la vie de la personne humaine, tels que par comparaison avec un mal ne peut être vraiment
que l’adoption, les oeuvres variées d’éducation, l’aide un bien, mais ce qui est mieux encore que des biens
à d’autres familles, aux enfants pauvres ou handica- incontestés est le bien par excellence»(38).
pés. Dans la virginité, l’homme est en attente, même dans
son corps, des noces eschatologiques du Christ avec
La famille, communion de personnes l’Eglise, et il se donne entièrement à l’Eglise dans
l’espérance que le Christ se donnera à elle dans la
15. Au sein du mariage et de la famille se tisse un pleine vérité de la vie éternelle. Il anticipe ainsi dans
ensemble de relations interpersonnelles - rapports entre sa chair le monde nouveau de la résurrection à venir(39).
conjoints, paternité-maternité, filiation, fraternité - à Grâce à ce témoignage, la virginité garde vivante dans
travers lesquelles chaque personne est introduite dans l’Eglise la conscience du mystère du mariage et elle
la «famille humaine» et dans la «famille de Dieu» qu’est le défend contre toute atteinte à son intégrité et tout
l’Eglise. appauvrissement.
Le mariage et la famille chrétienne construisent En rendant le cœur de l’homme particulièrement
l’Eglise. Dans la famille en effet, la personne humaine libre(40) «pour qu’il brûle davantage de l’amour de Dieu
n’est pas seulement engendrée et introduite progres- et de tous les hommes»(41), la virginité atteste que le
sivement, à travers l’éducation, dans la communauté Royaume de Dieu et sa justice sont cette perle pré-

la documentation catholique • 3 janvier 1982 • N° 1821 7


cieuse que l’on doit préférer à toute autre valeur, si une perspective qui rejoint les racines mêmes de la réa-
grande qu’elle soit, et qu’il faut même rechercher comme lité, il faut dire que, en définitive, l’essence de la
l’unique valeur définitive. C’est pour cela, en raison famille et ses devoirs sont définis par l’amour. C’est
du lien tout à fait singulier de ce charisme avec le pourquoi la famille reçoit la mission de garder, de révé-
Royaume de Dieu, que l’Eglise, tout au long de son ler et de communiquer l’amour, reflet vivant et partici-
histoire, a toujours défendu sa supériorité par rapport pation réelle de I’amour de Dieu pour l’humanité et
à celui du mariage(42). de l’amour du Christ Seigneur pour l’Eglise son Epouse.
Tout en ayant renoncé à la fécondité physique, la Tout devoir particulier de la famille est expression
personne vierge devient féconde spirituellement, de la réalisation concrète de cette mission fondamen-
père et mère d’un grand nombre, coopérant à la réali- tale. Il est donc nécessaire de pénétrer plus profondé-
sation de la famille suivant le dessein de Dieu. ment la singulière richesse de la mission de la famille
Les époux chrétiens ont donc le droit d’attendre et d’en faire ressortir les éléments à la fois multiples
des personnes vierges le bon exemple et le témoignage et un.
d’une fidélité à leur vocation jusqu’à la mort. De Dans cette optique, en partant de l’amour et en s’y
même que pour les époux la fidélité peut devenir par- référant sans cesse, le récent Synode a mis en lumiè-
fois difficile et exiger sacrifice, mortification et oubli re quatre devoirs principaux de la famille:
de soi, ainsi peut-il en être également pour les per- 1) la formation d’une communauté de personnes;
sonnes vierges. Leur fidélité, même dans l’épreuve, 2) le service de la vie;
doit édifier celle des époux(43). 3) la participation au développement de la société;
Enfin, ces réflexions sur la virginité peuvent éclai- 4) la participation à la vie et à la mission de l’Eglise.
rer et aider ceux qui, pour des raisons indépendantes
de leur volonté, n’ont pas pu se marier et ont accepté I - LA FORMATION
leur situation en esprit de service. D’UNE COMMUNAUTE DE PERSONNES

TROISIÈME PARTIE L’amour, source et force de la communion


18. La famille, fondée par amour et vivifiée par lui,
LES DEVOIRS DE LA FAMILLE est une communauté de personnes: les époux,
CHRÉTIENNE homme et femme, les parents et les enfants, la paren-
té. Son premier devoir est de vivre fidèlement la réa-
Famille, deviens ce que tu es! lité de la communion dans un effort constant pour
promouvoir une authentique communauté de personnes.
17. Dans le dessein du Dieu Créateur et Redempteur, Le principe interne, la force permanente et le but ulti-
la famille découvre non seulement son «identité», ce me d’un tel devoir, c’est l’amour: de même que sans
qu’elle «est», mais aussi sa «mission», ce qu’elle peut amour la famille n’est pas une communauté de per-
et doit «faire». Les devoirs que la famille est appelée sonnes, ainsi, sans amour, la famille ne peut vivre,
par Dieu à remplir dans l’histoire ont leur source dans grandir et se perfectionner en tant que communauté de
son être propre et sont l’expression de son dévelop- personnes. Ce que j’ai écrit dans l’encyclique Redemptor
pement dynamique et existentiel. Chaque famille hominis trouve son application originale et privilégiée
découvre et trouve en elle-même cet appel pressant, d’abord dans la famille comme telle: «L’homme ne
qui en même temps la définit dans sa dignité et sa peut vivre sans amour. Il demeure pour lui-même un
responsabilité: famille, «deviens» ce que tu «es»! être incompréhensible, sa vie est privée de sens s’il
Remonter à l’«origine» du geste créateur de Dieu ne reçoit pas la révélation de l’amour, s’il ne ren-
devient alors une nécessité pour la famille si elle veut contre pas l’amour, s’il n’en fait pas l’expérience et s’il
se connaître et se réaliser selon la vérité profonde ne le fait pas sien, s’il n’y participe pas forte-
non seulement de son être mais aussi au niveau de ment»(45).
son action dans l’histoire. Et comme, selon le dessein L’amour entre l’homme et la femme dans le maria-
de Dieu, elle est constituée en tant que «communau- ge et en conséquence, de façon plus large, l’amour entre
té profonde de vie et d’amour»(44), la famille a la mis- les membres de la même famille - entre parents et
sion de devenir toujours davantage ce qu’elle est, c’est- enfants, entre frères et sœurs, entre les proches et
à-dire communauté de vie et d’amour dans une toute la parenté - sont animés et soutenus par un
tension qui trouvera son achèvement - comme toute dynamisme intérieur incessant, qui entraîne la famil-
réalité créée et sauvée - dans le Royaume de Dieu. Dans le vers une communion toujours plus profonde et plus

8
EXHORTATION APOSTOLIQUE « FAMILIARIS CONSORTIO »

intense, fondement et principe de la communauté conju- soluble unité»(49).


gale et familiale. C’est un devoir fondamental pour l’Eglise d’affir-
mer encore et avec force - comme l’ont fait les Pères
L’indivisible unité de la communion conjugale du Synode - la doctrine de l’indissolubilité du maria-
19. La première communion est celle qui s’établit ge: à ceux qui, de nos jours, pensent qu’il est difficile,
et se développe entre les époux: en raison du pacte voire impossible, de se lier à quelqu’un pour la vie, à
d’amour conjugal, l’homme et la femme «ne sont plus ceux encore qui sont entraînés par une culture qui refu-
deux mais une seule chair»(46) et sont appelés à se l’indissolubilité du mariage et qui méprise même
grandir sans cesse dans leur communion à travers la ouvertement l’engagement des époux à la fidélité, il
fidélité quotidienne à la promesse du don mutuel total faut redire l’annonce joyeuse du caractère définitif de
que comporte le mariage. cet amour conjugal, qui trouve en Jésus-Christ son
Cette communion conjugale plonge ses racines fondement et sa force(50).
dans la complémentarité naturelle qui existe entre Enracinée dans le don plénier et personnel des époux
l’homme et la femme, et se nourrit grâce à la volonté et requise pour le bien des enfants, l’indissolubilité du
personnelle des époux de partager la totalité de leur mariage trouve sa vérité définitive dans le dessein
projet de vie, ce qu’ils ont et ce qu’ils sont: en cela, que Dieu a manifesté dans sa Révélation: c’est Lui qui
une telle communion est le fruit et le signe d’une exi- veut et qui donne l’indissolubilité du mariage comme
gence profondément humaine. Mais dans le Christ fruit, signe et exigence de l’amour absolument fidèle
Seigneur, Dieu prend cette exigence, il la confirme, la que Dieu a pour l’homme et que le Seigneur Jésus mani-
purifie et l’élève, la menant à sa perfection par le feste à l’égard de son Eglise.
sacrement de mariage: l’Esprit-Saint répandu au Le Christ renouvelle le dessein primitif que le Créateur
cours de la célébration sacramentelle remet aux a inscrit dans le cœur de l’homme et de la femme, et
époux chrétiens le don d’une communion nouvelle, dans la célébration du sacrement du mariage il offre «un
communion d’amour, image vivante et réelle de l’uni- cœur nouveau»: ainsi, non seulement les époux peu-
té tout à fait singulière qui fait de l’Eglise l’indivisible vent surmonter la «dureté du cœur»(51), mais aussi
Corps mystique du Christ. et surtout ils peuvent partager l’amour plénier et
Le don de l’Esprit est règle de vie pour les époux définitif du Christ, nouvelle et éternelle Alliance faite
chrétiens et il est en même temps souffle entraînant chair. De même que le Seigneur Jésus est le «témoin
afin que croisse chaque jour en eux une union sans cesse fidèle»(52), le «oui» des promesses de Dieu(53) et donc
plus riche à tous les niveaux - des corps, des caractères, la réalisation suprême de la fidélité inconditionnelle
des cœurs, des intelligences et des volontés, des avec laquelle Dieu aime son peuple, ainsi les époux
âmes(47) -, révélant ainsi à l’Eglise et au monde la chrétiens sont appelés à participer réellement à l’in-
nouvelle communion d’amour donnée par la grâce du dissolubilité irrévocable qui lie le Christ à l’Eglise,
Christ. son Epouse, qu’il aime jusqu’à la fin des temps(54).
La polygamie s’oppose radicalement à une telle com- Le don du sacrement est pour les époux chrétiens
munion: elle nie en effet de façon directe le dessein une vocation - en même temps qu’un commandement
de Dieu tel qu’il nous a été révélé au commencement, - à rester fidèles pour toujours, par delà les épreuves
elle est contraire à l’égale dignité personnelle de la et les difficultés, dans une généreuse obéissance à la
femme et de l’homme, lesquels dans le mariage se volonté du Seigneur: «Ce que Dieu a uni, l’homme ne
donnent dans un amour total qui, de ce fait même, est doit point le séparer»(55).
unique et exclusif. Comme l’écrit le Concile Vatican De nos jours, témoigner de la valeur inestimable de
II, «l’égale dignité personnelle qu’il faut reconnaître à l’indissolubilité du mariage et de la fidélité conjugale
la femme et à l’homme dans l’amour plénier qu’ils se est, pour les époux chrétiens, un des devoirs les plus
portent l’un à l’autre fait clairement apparaître l’unité importants et les plus pressants. C’est pourquoi, en
du mariage, confirmée par le Seigneur»(48). union avec tous mes Frères qui ont participé au Synode
des Evêques, je loue et j’encourage tous les couples,
Une communion indissoluble et ils sont nombreux, qui au milieu de grandes diffi-
20. La communion conjugale se caractérise non cultés gardent et font grandir ce bien qu’est l’indisso-
seulement par son unité, mais encore par son indis- lubilité: ils assument ainsi, d’une manière humble et
solubilité: «Cette union intime, don réciproque de deux courageuse, la tâche qui leur a été donnée, d’être
personnes, non moins que le bien des enfants, exi- dans le monde un «signe» - signe discret et précieux,
gent l’entière fidélité des époux et requièrent leur indis- parfois soumis à la tentation, mais toujours renouvelé

la documentation catholique • 3 janvier 1982 • N° 1821 9


- de la fidélité inlassable de l’amour de Dieu et de Jésus- l’égard des parents, les enfants apportent leur part spé-
Christ pour tous les hommes, pour tout homme. Et il cifique et irremplaçable à l’édification d’une famille
faut aussi reconnaître le prix du témoignage des authentiquement humaine et chrétienne(61). Cela leur
époux abandonnés par leur conjoint qui, grâce à leur sera plus facile si les parents exercent sans faiblesse
foi et à leur espérance chrétiennes, n’ont pas contrac- leur autorité comme un véritable «ministère», ou plu-
té une nouvelle union: ils rendent ainsi un authen- tôt comme un service ordonné au bien humain et
tique témoignage de fidélité dont le monde d’aujour- chrétien des enfants et plus particulièrement destiné
d’hui a tant besoin. C’est pourquoi les pasteurs et les à leur faire acquérir une liberté vraiment respon-
fidèles de l’Eglise doivent les encourager et les aider sable, et si ces mêmes parents gardent une conscien-
à persévérer dans ce sens. ce aiguë du «don» qu’ils reçoivent sans cesse de leurs
enfants.
La communion élargie de la famille Seul un grand esprit de sacrifice permet de sauve-
21. La communion conjugale constitue le fonde- garder et de perfectionner la communion familiale. Elle
ment sur lequel s’édifie la communion plus large de la exige en effet une ouverture généreuse et prompte
famille, des parents et des enfants, des frères et des de tous et de chacun à la compréhension, à la toléran-
sœurs entre eux, des parents proches et autres membres ce, au pardon, à la réconciliation. Aucune famille n’igno-
de la famille. Une telle communion s’enracine dans re combien l’égoïsme, les dissensions, les tensions, les
les liens naturels de la chair et du sang et se dévelop- conflits font violence à la communion familiale et peu-
pe en trouvant sa perfection proprement humaine par vent même parfois l’anéantir: c’est là que trouvent
la mise en place et la maturation des liens encore plus leur origine les multiples et diverses formes de divi-
profonds et plus riches de l’esprit: l’amour qui anime sion dans la vie familiale. Mais, en même temps, chaque
les rapports interpersonnels entre les différents famille est toujours invitée par le Dieu de paix à faire
membres de la famille est la force intérieure qui l’expérience joyeuse et rénovatrice de la «réconcilia-
donne forme et vie à la communion et à la commu- tion», c’est-à-dire de la communion restaurée, de
nauté familiales. l’unité retrouvée. En particulier la participation au sacre-
La famille chrétienne est en outre appelée à faire l’ex- ment de la réconciliation et au banquet de l’unique Corps
périence d’une communion nouvelle et originale qui du Christ donne à la famille chrétienne la grâce
confirme l’expérience naturelle et humaine. En réali- nécessaire, et la responsabilité correspondante, pour
té la grâce de Jésus-Christ, «l’aîné d’une multitude de surmonter toutes les divisions et marcher vers la
frères»(56), est par sa nature et son dynamisme pleine vérité de la communion voulue par Dieu,
interne une «grâce de fraternité», comme l’appelle saint répondant ainsi au très vif désir du Seigneur: «Que tous
Thomas d’Aquin(57). L’Esprit-Saint répandu dans la soient un»(62).
célébration des sacrements est la source vivante et l’ali-
ment inépuisable de la communion surnaturelle qui Droits et rôle de la femme
relie les croyants au Christ et les rassemble entre 22. En tant qu’elle est, et qu’elle doit toujours deve-
eux dans l’unité de l’Eglise de Dieu. La famille chré- nir, une communion et une communauté de per-
tienne est une révélation et une réalisation spécifique sonnes, la famille trouve dans l’amour le motif et le
de la communion ecclésiale, c’est pourquoi elle peut stimulant permanent qui lui font accueillir, respecter
et elle doit se dire «Eglise domestique»(58). et développer chacun de ses membres dans la très haute
Tous les membres de la famille, chacun selon ses dignité de personnes, c’est-à-dire d’images vivantes de
propres dons, ont la grâce et la responsabilité de construi- Dieu. Comme l’ont affirmé à juste titre les Pères du
re, jour après jour, la communion des personnes, en Synode, le critère moral de l’authenticité des rela-
faisant de la famille une «école d’humanité plus com- tions conjugales et familiales réside dans la promo-
plète et plus riche»(59). Cela s’accomplit à travers les tion de la dignité et de la vocation de chacune des per-
soins et l’amour donnés aux jeunes enfants, aux malades, sonnes, qui trouvent leur plénitude dans le don
aux personnes âgées; à travers les services réciproques sincère d’elles-mêmes(63).
de tous les jours; dans le partage des biens, des joies Dans cette perspective, le Synode a voulu accorder
et des souffrances. une attention privilégiée à la femme, à ses droits et à
Pour construire une telle communion, un élément son rôle dans la famille et dans la société. C’est dans
est fondamental, celui de l’échange éducatif entre parents cette même perspective qu’il faut considérer égale-
et enfants(60), qui permet à chacun de donner et de ment l’homme en tant qu’époux et père, l’enfant et
recevoir. A travers l’amour, le respect, l’obéissance à les personnes âgées.

10
EXHORTATION APOSTOLIQUE « FAMILIARIS CONSORTIO »

Au sujet de la femme, il faut noter avant tout sa l’évolution sociale et culturelle soit vraiment et plei-
dignité et sa responsabilité égales à celles de l’hom- nement humaine.
me: cette égalité trouve une forme singulière de réa- Cela s’obtiendra plus facilement si, comme le Synode
lisation dans le don réciproque de soi entre les époux l’a souhaité, une «théologie du travail» renouvelée arri-
et dans le don d’eux-mêmes à leurs enfants; un tel ve à mettre en lumière et à approfondir le sens du tra-
don est propre au mariage et à la famille. Ce dont la vail dans la vie chrétienne, comme aussi à déterminer
raison humaine a l’intuition et ce qu’elle reconnaît est le lien fondamental qui existe entre le travail et la famil-
révélé en plénitude par la Parole de Dieu: l’histoire du le, et donc la signification originale et irremplaçable
salut, en effet, est un témoignage continuel et lumi- du travail à la maison et de l’éducation des enfants(66).
neux de la dignité de la femme. C’est pourquoi l’Eglise peut et doit aider la société
En créant l’être humain «homme et femme»(64), Dieu actuelle, en demandant inlassablement que le travail
donne la dignité personnelle d’une manière égale à de la femme à la maison soit reconnu et honoré par
l’homme et à la femme, en les enrichissant des droits tous dans sa valeur irremplaçable. Cela revêt une impor-
inaliénables et des responsabilités propres à la per- tance particulière en ce qui concerne l’œuvre d’édu-
sonne humaine. Puis Dieu manifeste la dignité de la cation; en effet, la racine même d’une discrimination
femme de la façon la plus élevée possible en assu- éventuelle entre les divers travaux et les diverses
mant Lui-même la chair de la Vierge Marie, que l’Eglise professions est éliminée s’il apparaît clairement que
honore comme la Mère de Dieu en l’appelant la nou- tous, dans tout domaine, s’engagent avec des droits
velle Eve et en la proposant comme modèle de la femme identiques et un sens identique de la responsabilité.
rachetée. La délicate affection de Jésus envers les Et ainsi l’image de Dieu dans l’homme et dans la femme
femmes qu’il a appelées à le suivre et auxquelles il a resplendira davantage.
offert son amitié, son apparition le matin de Pâques à Si le droit d’accéder aux diverses fonctions publiques
une femme avant de se montrer aux autres disciples, doit être reconnu aux femmes comme il l’est aux
la mission confiée aux femmes de porter la bonne hommes, la société doit pourtant se structurer d’une
nouvelle de la Résurrection aux Apôtres, tout cela consti- manière telle que les épouses et les mères ne soient
tue des signes confirmant l’estime spéciale du Seigneur pas obligées concrètement à travailler hors du foyer et
Jésus envers la femme. L’Apôtre Paul dira: «Vous êtes que, même si elles se consacrent totalement à leurs
tous fils de Dieu, par la foi dans le Christ Jésus...; il familles, celles-ci puissent vivre et se développer de
n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme façon convenable.
libre, il n’y a ni homme ni femme; car tous vous ne faites Il faut par ailleurs dépasser la mentalité selon
qu’un dans le Christ»(65). laquelle l’honneur de la femme vient davantage du
travail à l’extérieur que de l’activité familiale. Mais il
La femme et la société faut pour cela que les hommes estiment et aiment
23. Sans traiter ici le thème vaste et complexe des vraiment la femme en tout respect de sa dignité per-
rapports entre la femme et la société sous ses divers sonnelle, et que la société crée et développe des
aspects, et en se limitant à quelques points essen- conditions adaptées pour le travail à la maison.
tiels, on ne peut pas ne pas observer que dans le L’Eglise, tout en respectant la diversité de vocation
domaine plus spécifiquement familial une tradition socia- entre l’homme et la femme, doit promouvoir dans la
le et culturelle largement répandue a voulu réserver mesure du possible leur égalité de droit et de dignité
à la femme le seul rôle d’épouse et de mère, sans lui dans la vie ecclésiale, et cela pour le bien de tous: de
ouvrir d’une manière adéquate l’accès aux fonctions la famille, de la société et de l’Eglise.
publiques, considérées généralement comme réser- Il est évident toutefois que tout cela signifie pour la
vées à l’homme. femme, non pas le renoncement à sa féminité ni l’imi-
Il n’y a pas de doute que l’égalité de dignité et de tation du caractère masculin, mais la plénitude de la
responsabilité entre l’homme et la femme justifie véritable humanité féminine telle qu’elle doit s’expri-
pleinement l’accession de la femme aux fonctions mer dans sa manière d’agir, que ce soit en famille ou
publiques. Par ailleurs la vraie promotion de la femme hors d’elle, sans oublier par ailleurs la variété des
exige que soit clairement reconnue la valeur de son rôle coutumes et des cultures dans ce domaine.
maternel et familial face à toutes les autres fonctions
publiques et à toutes les autres professions. Il est du Offenses à la dignité de la femme
reste nécessaire que ces fonctions et ces professions 24. Malheureusement, le message chrétien sur la
soient étroitement liées entre elles si l’on veut que dignité de la femme est contredit par la mentalité per-

la documentation catholique • 3 janvier 1982 • N° 1821 11


sistante qui considère l’être humain non comme une relle menant à la compréhension et à la réalisation de
personne mais comme une chose, comme un objet sa paternité. Là surtout où les conditions sociales et
d’achat ou de vente, au service de l’intérêt égoïste et culturelles poussent facilement le père à se désinté-
du seul plaisir. La première victime d’une telle men- resser d’une certaine façon de sa famille, ou du moins
talité est la femme. à être moins présent au travail d’éducation, il faut
Cette mentalité produit des fruits très amers, comme faire en sorte que l’on retrouve dans la société la convic-
le mépris de l’homme et de la femme, l’esclavage, tion que la place et le rôle du père dans et pour la
l’oppression des faibles, la pornographie, la prostitu- famille sont d’une importance unique et irrempla-
tion - surtout quand elle est organisée - et toutes les çable(72). Comme le montre l’expérience, l’absence du
formes de discrimination que l’on trouve dans le domai- père provoque des déséquilibres psychologiques et
ne de l’éducation, de la profession, de la rétribution moraux ainsi que des difficultés notables dans les
du travail, etc. relations familiales; il en est de même, en sens inver-
En outre, aujourd’hui encore, dans une grande par- se, pour la présence oppressive du père, spéciale-
tie de notre société subsistent de nombreuses formes ment là où existe encore le phénomène que l’on a
de discrimination avilissante qui atteignent et offen- appelé le «machisme», c’est-à-dire la supériorité abu-
sent gravement certaines catégories particulières de sive des prérogatives masculines qui humilient la femme
femmes, comme par exemple les épouses sans enfants, et empêchent le développement de saines relations
les veuves, les femmes séparées, les divorcées, les familiales.
mères célibataires. En manifestant et en revivant sur terre la paternité
Ces discriminations, et bien d’autres encore, ont même de Dieu(73), l’homme est appelé à garantir le
été déplorées avec toute la force possible par les développement unitaire de tous les membres de la famil-
Pères du Synode: je demande donc à tous de s’enga- le. Pour accomplir cette tâche, il lui faudra une géné-
ger dans une action pastorale spécifique plus vigou- reuse responsabilité à l’égard de la vie conçue sous le
reuse et plus incisive afin qu’elles soient définitivement cœur de la mère, un effort d’éducation plus appliqué
éliminées et que l’on en arrive à une pleine estime de et partagé avec son épouse(74), un travail qui ne
l’image de Dieu qui resplendit en tout être humain sans désagrège jamais la famille mais la renforce dans son
aucune exception. union et sa stabilité, un témoignage de vie chrétienne
adulte qui introduise plus efficacement les enfants dans
L’homme, époux et père l’expérience vivante du Christ et de l’Eglise.
25. A l’intérieur de la communion qu’est la commu-
nauté conjugale et familiale, l’homme est appelé à vivre Les droits de l’enfant
son don et son rôle d’époux et de père. 26. Au sein de la famille, communauté de per-
Il voit dans son épouse l’accomplissement du des- sonnes, une attention très spéciale sera réservée à l’en-
sein de Dieu: «Il n’est pas bon que l’homme soit seul. fant, de façon à développer une profonde estime pour
Il faut que je lui fasse une aide qui lui soit assor- sa dignité personnelle comme aussi un grand respect
tie»(67); et il fait sienne l’exclamation d’Adam, le pre- pour ses droits que l’on doit servir généreusement.
mier époux: «Cette fois-ci, voilà l’os de mes os et la Cela vaut pour tous les enfants, mais c’est d’autant plus
chair de ma chair!»(68). important que l’enfant est plus jeune, ayant besoin de
L’amour conjugal authentique suppose et exige que tout, ou qu’il est malade, souffrant ou handicapé.
l’homme ait un profond respect à l’égard de la dignité En demandant et en portant elle-même une atten-
de sa femme: «Tu n’es pas son maître - écrit saint tion à la fois tendre et forte pour tout enfant qui vient
Ambroise - mais son mari; elle t’a été donnée pour au monde, l’Eglise accomplit une de ses missions fon-
femme et non pour esclave... Rends-lui les attentions damentales. Elle est appelée, en effet, à faire
qu’elle a pour toi et sois-lui reconnaissant de son connaître et à proposer à nouveau dans l’histoire
amour»(69). L’homme doit vivre avec son épouse l’exemple et le commandement du Christ Seigneur
«une forme toute spéciale d’amitié personnelle»(70). qui a voulu placer l’enfant au centre du Royaume de
Quant au chrétien, il est appelé à développer une atti- Dieu: «Laissez les petits enfants venir à moi, ne les
tude d’amour nouveau qui manifeste envers sa empêchez pas; car c’est à leurs pareils qu’appartient
femme la charité délicate et forte qu’a le Christ pour le Royaume de Dieu»(75).
l’Eglise(71). Je reprends ici ce que j’ai dit à l’Assemblée généra-
L’amour envers sa femme devenue mère et l’amour le des Nations Unies le 2 octobre 1979: «Je désire...
envers ses enfants sont pour l’homme la route natu- exprimer la joie que constituent pour chacun d’entre

12
EXHORTATION APOSTOLIQUE « FAMILIARIS CONSORTIO »

nous les enfants, printemps de la vie, anticipation de et elle est une preuve merveilleuse de l’interdépen-
l’histoire à venir de chacune des patries terrestres. dance du peuple de Dieu. Les personnes âgées pos-
Aucun pays du monde, aucun système politique ne peut sèdent souvent le charisme de combler les fossés entre
songer à son propre avenir autrement qu’à travers l’ima- les générations avant qu’ils ne soient creusés: combien
ge de ces nouvelles générations qui, à la suite de d’enfants ont trouvé compréhension et amour dans
leurs parents, assumeront le patrimoine multiforme les yeux, les paroles et les caresses des personnes
des valeurs, des devoirs, des aspirations de la nation âgées! Et combien parmi celles-ci ont, avec empres-
à laquelle elles appartiennent, en même temps que le sement, souscrit à ces paroles divines: «La couronne
patrimoine de toute la famille humaine. La sollicitude des grands-parents, c’est leurs petits-enfants « (Pr
pour l’enfant, dès avant sa naissance, dès le premier 17, 6)!».79
moment de sa conception, et ensuite au cours de son
enfance et de son adolescence, est pour l’homme la II - LE SERVICE DE LA VIE
manière primordiale et fondamentale de vérifier sa rela-
tion à l’homme. Aussi, que peut-on souhaiter de plus 1) La transmission de la vie
à chaque peuple et à toute l’humanité, à tous les enfants Coopérateurs de l’amour de Dieu Créateur
du monde, sinon cet avenir meilleur où le respect des 28. En créant l’homme et la femme à son image et
droits de l’homme devienne une pleine réalité dans le ressemblance, Dieu couronne et porte à sa perfection
cadre de l’An 2000 qui approche?»(76). l’œuvre de ses mains: il les appelle à participer spé-
L’accueil, l’amour, l’estime, le service multiple et uni- cialement à son amour et aussi à son pouvoir de Créateur
taire - matériel, affectif, éducatif, spirituel - envers et de Père, moyennant leur coopération libre et res-
tout enfant qui vient au monde devront toujours consti- ponsable pour transmettre le don de la vie humaine:
tuer une note distinctive et imprescriptible des chré- «Dieu les bénit et leur dit: Soyez féconds et multi-
tiens, en particulier des familles chrétiennes. Ainsi, pliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la!»(80).
tandis que les enfants pourront croître «en sagesse, C’est ainsi que le but fondamental de la famille est
en âge et en grâce devant Dieu et devant les le service de la vie, la réalisation, tout au long de l’his-
hommes»(77), ils apporteront leur précieuse contri- toire, de la bénédiction de Dieu à l’origine, en trans-
bution à l’édification de la communauté familiale et mettant l’image divine d’homme à homme, dans l’ac-
même à la sanctification des parents(78). te de la génération(81).
La fécondité est le fruit et le signe de l’amour
Les personnes âgées dans la famille conjugal, le témoignage vivant de la pleine donation
27. Il y a des cultures qui manifestent une vénéra- réciproque des époux: «Dès lors, un amour conjugal
tion singulière et un grand amour pour les personnes vrai et bien compris, comme toute la structure de la
âgées: loin d’être bannie de la famille ou supportée vie familiale qui en découle, tendent, sans sous-esti-
comme un poids inutile, la personne âgée reste insé- mer pour autant les autres fins du mariage, à rendre
rée dans la vie familiale, continue à y prendre une part les époux disponibles pour coopérer courageusement
active et responsable - tout en devant respecter l’au- à l’amour du Créateur et du Sauveur qui, par eux,
tonomie de la nouvelle famille - et surtout elle exerce veut sans cesse agrandir et enrichir sa propre famil-
la précieuse mission d’être témoin du passé et source le»(82).
de sagesse pour les jeunes et pour l’avenir. La fécondité de l’amour conjugal ne se réduit pas à
D’autres cultures, au contraire, notamment à la la seule procréation des enfants, même entendue en
suite d’un développement industriel et urbain désor- son sens spécifiquement humain: elle s’élargit et
donné, ont conduit et continuent à conduire les per- s’enrichit de tous les fruits de vie morale, spirituelle
sonnes âgées à des formes inacceptables de margina- et surnaturelle que le père et la mère sont appelés à
lité qui sont la source à la fois de souffrances aiguës donner à leurs enfants et, à travers eux, à l’Eglise et
pour elles-mêmes et d’appauvrissement spirituel au monde.
pour tant de familles. La doctrine et la norme toujours anciennes
Il est nécessaire que l’action pastorale de l’Eglise sti- et toujours nouvelles de l’Eglise
mule chacun à découvrir et à valoriser le rôle des per- 29. Précisément parce que l’amour des conjoints
sonnes âgées dans la communauté civile et ecclésia- est une participation singulière au mystère de la vie
le, et en particulier dans la famille. En réalité, «la vie et de l’amour de Dieu lui-même, l’Eglise sait qu’elle a
des personnes âgées aide à clarifier l’échelle des valeurs reçu la mission spéciale de conserver et de protéger
humaines; elle montre la continuité des générations la haute dignité du mariage et la grave responsabilité

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de la transmission de la vie humaine. écologistes et les futurologues sur la démographie,
Ainsi, en continuité avec la tradition vivante de la qui parfois exagèrent le péril de la croissance démo-
communauté ecclésiale tout au long de l’histoire, le graphique pesant sur la qualité de la vie.
récent Concile Vatican II et le magistère de mon pré- Mais l’Eglise croit fermement que la vie humaine,
décesseur Paul VI, exprimé surtout dans l’encyclique même faible et souffrante, est toujours un magnifique
Humanae vitae, ont transmis à notre époque une annon- don du Dieu de bonté. Contre le pessimisme et
ce vraiment prophétique, qui affirme et propose de nou- l’égoïsme qui obscurcissent le monde, l’Eglise prend
veau avec clarté la doctrine et la norme toujours parti pour la vie, et dans chaque vie humaine elle sait
anciennes et toujours nouvelles de l’Eglise sur le maria- découvrir la splendeur de ce «Oui», de cet «Amen»
ge et sur la transmission de la vie. qu’est le Christ(84). Au «non» qui envahit et attriste
C’est pourquoi, dans leur dernière Assemblée, les le monde, elle oppose ce «oui» vivant, défendant ainsi
Pères du Synode ont textuellement déclaré: «Le l’homme et le monde contre ceux qui menacent la vie
Saint Synode, en union de foi avec le Successeur de et lui portent atteinte.
Pierre, maintient fermement ce qui est proposé au L’Eglise est appelée à manifester de nouveau à
Concile Vatican II (cf. Gaudium et spes, n. 50) et tous, par une conviction plus vive et plus ferme, sa
ensuite dans l’encyclique Humanae vitae, et en parti- volonté de promouvoir la vie humaine par tous les
culier le fait que l’amour conjugal doit être pleine- moyens et de la défendre contre toute menace, en
ment humain, exclusif et ouvert à une nouvelle vie quelque condition et à quelque stade de développement
(Humanae vitae, n. 11 et cf. 9 et 12)» (83). qu’elle se trouve.
C’est pourquoi l’Eglise condamne comme une
L’Eglise prend parti pour la vie grave offense à la dignité humaine et à la justice
30. La doctrine de l’Eglise est placée aujourd’hui dans toutes les activités des gouvernements ou des autres
une situation sociale et culturelle qui la rend à la fois autorités publiques qui essaient de limiter en quelque
plus diflicile à comprendre mais aussi plus pressante manière la liberté des conjoints dans leurs décisions
et irremplaçable pour promouvoir le bien véritable de concernant les enfants. Par conséquent, toute violen-
l’homme et de la femme. ce exercée par des autorités en faveur de la contra-
Car le progrès scientifique et technique, que l’hom- ception, voire de la stérilisation ou de l’avortement pro-
me contemporain accroît continuellement en dominant voqué, est à condamner absolument et à rejeter avec
la nature, ne développe pas seulement l’espérance de force. En même temps, il faut stigmatiser comme gra-
créer une humanité nouvelle et meilleure, mais aussi vement injuste le fait que, dans les relations interna-
une angoisse toujours plus forte au sujet de l’avenir. tionales, l’aide économique accordée pour la promotion
Certains se demandent si vivre est un bien, et s’il ne des peuples soit conditionnée par des programmes de
serait pas préférable de ne pas être nés: ils se deman- contraception, de stérilisation et d’avortement provo-
dent donc s’il est permis d’appeler à la vie d’autres qué(85).
hommes qui pourraient en venir à maudire leur exis- Pour que le dessein de Dieu
tence dans un monde cruel, dont les terreurs ne sont se réalise toujours plus pleinement
pas même prévisibles. Les uns pensent être les uniques 31. L’Eglise est assurément consciente aussi des pro-
destinataires des avantages de la technique et en excluent blèmes multiples et complexes qui, dans beaucoup de
les autres, auxquels sont imposés des moyens contra- pays, pèsent aujourd’hui sur les époux dans leur
ceptifs ou des pratiques encore pires. D’autres enco- tâche de transmettre la vie de façon responsable. Elle
re, emprisonnés dans une mentalité de consomma- reconnaît également le grave problème de l’accrois-
tion et ayant l’unique préoccupation d’accroître sement démographique, tel qu’il se présente en diverses
continuellement les biens matériels, finissent par ne parties du monde, avec les implications morales qu’il
plus comprendre et donc par refuser la richesse spiri- comporte.
tuelle d’une nouvelle vie humaine. La raison ultime Elle estime, toutefois, que considérer de manière
de telles mentalités est l’absence, dans le cœur des approfondie tous les aspects de ces problèmes ne
hommes, de Dieu dont seul l’amour est plus fort que peut que confirmer une nouvelle fois et plus forte-
toutes les peurs possibles du monde et peut les vaincre. ment encore l’importance de la doctrine authentique
C’est ainsi qu’est né un esprit contraire à la vie sur la régulation des naissances, présentée à nouveau
(anti-life mentality) qui apparaît dans beaucoup de ques- par le second Concile du Vatican et l’encyclique Humanae
tions actuelles: que l’on pense, par exemple, à une vitae.
certaine panique dérivant des études faites par les C’est pourquoi, avec les Pères du Synode, je me

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EXHORTATION APOSTOLIQUE « FAMILIARIS CONSORTIO »

sens le devoir d’adresser aux théologiens un appel pres- C’est en partant de la «vision intégrale de l’homme
sant afin qu’unissant leurs forces pour collaborer avec et de sa vocation, non seulement naturelle et ter-
le Magistère hiérarchique, ils fassent leur possible pour restre, mais aussi surnaturelle et éternelle»(87), que
mettre toujours mieux en lumière les fondements Paul VI a affirmé que la doctrine de l’Eglise «est fon-
bibliques, les motivations éthiques et les raisons per- dée sur le lien indissoluble, que Dieu a voulu et que
sonnalistes qui sous-tendent cette doctrine. Il sera ainsi l’homme ne peut rompre de son initiative, entre les
possible, dans le cadre d’un exposé ordonné, de deux significations de l’acte conjugal: union et pro-
rendre la doctrine de l’Eglise concernant cet impor- création»(88). Et il a conclu en réaffirmant qu’il y a
tant chapitre vraiment accessible à tous les hommes lieu d’exclure, comme intrinsèquement mauvaise, «toute
de bonne volonté, et d’en favoriser la compréhension action qui, soit en prévision de l’acte conjugal, soit
de façon toujours plus claire et plus approfondie: de dans son déroulement, soit dans le développement de
cette manière le dessein de Dieu pourra être réalisé ses conséquences naturelles, se proposerait comme
toujours plus pleinement pour le salut de l’homme et but ou comme moyen de rendre impossible la pro-
la gloire du Créateur. création»(89).
A cet égard, l’effort coordonné des théologiens, ins- Lorsque les époux, en recourant à la contraception,
piré par une adhésion convaincue au Magistère qui séparent ces deux significations que le Dieu créateur
est l’unique guide authentique du peuple de Dieu, a inscrites dans l’être de l’homme et de la femme comme
présente une urgence particulière qui vient aussi du dans le dynamisme de leur communion sexuelle, ils
lien profond existant entre la doctrine catholique sur se comportent en «arbitres» du dessein de Dieu; ils
ce point et la vision de l’homme proposée par l’Eglise: «manipulent» et avilissent la sexualité humaine et, avec
des doutes ou des erreurs dans le domaine conjugal elle, leur propre personne et celle du conjoint en alté-
ou familial entraînent un grave obscurcissement de la rant la valeur de leur donation «totale». Ainsi, au lan-
vérité intégrale sur l’homme, qui se trouve déjà dans gage qui exprime naturellement la donation réciproque
une situation culturelle si souvent confuse et contra- et totale des époux, la contraception oppose un langa-
dictoire. L’éclairage et l’approfondissement que les théo- ge objectivement contradictoire, selon lequel il ne s’agit
logiens sont appelés à apporter en accomplissement de plus de se donner totalement à l’autre; il en découle
leur tâche spécifique sont d’une valeur incomparable non seulement le refus positif de l’ouverture à la vie,
et constituent un service singulier, et combien méri- mais aussi une falsification de la vérité intérieure de
toire, rendu à la famille et à l’humanité. l’amour conjugal, appelé à être un don de la personne
tout entière.
Dans la vision intégrale En revanche lorsque les époux, en observant le recours
de l’homme et de sa vocation à des périodes infécondes, respectent le lien indisso-
32. Dans le cadre d’une culture qui déforme grave- luble entre les aspects d’union et de procréation de la
ment ou qui va jusqu’à perdre la signification véritable sexualité humaine, ils se comportent comme des
de la sexualité humaine, en l’arrachant à sa référence «ministres» du dessein de Dieu et ils usent de la
essentielle à la personne, l’Eglise découvre de façon sexualité en «usufruitiers», selon le dynamisme ori-
urgente et irremplaçable sa mission de présenter la ginel de la donation «totale», sans manipulations ni alté-
sexualité comme valeur et engagement de toute la per- rations(90).
sonne, créée, homme et femme, à l’image de Dieu. A la lumière de l’expérience de tant de couples et
Dans cette perspective, le Concile Vatican II a clai- des données des diverses sciences humaines, la réflexion
rement affirmé que «lorsqu’il s’agit de mettre en accord théologique peut saisir - et elle est appelée à l’appro-
l’amour conjugal avec la transmission responsable de fondir - la différence anthropologique et en même temps
la vie, la moralité du comportement ne dépend pas de morale existant entre la contraception et le recours
la seule sincérité de l’intention et de la seule appré- aux rythmes périodiques: il s’agit d’une différence beau-
ciation des motifs; mais elle doit être déterminée coup plus importante et plus profonde qu’on ne le pense
selon des critères objectifs, tirés de la nature même de la habituellement et qui, en dernière analyse, implique
personne et de ses actes, critères qui respectent, dans deux conceptions de la personne et de la sexualité humai-
un contexte d’amour véritable, la signification totale ne irréductibles l’une à l’autre. Le choix des rythmes
d’une donation réciproque et d’une procréation à la naturels comporte l’acceptation du temps de la per-
mesure de l’homme; chose impossible si la vertu de sonne, ici du cycle féminin, et aussi l’acceptation du dia-
chasteté conjugale n’est pas pratiquée d’un cœur logue, du respect réciproque, de la responsabilité
loyal»(86). commune, de la maîtrise de soi. Accueillir le temps et

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le dialogue signifie reconnaître le caractère à la fois le son réalisme et sa sagesse qu’en faisant des efforts
spirituel et corporel de la communion conjugale, et éga- tenaces et courageaux pour créer et soutenir toutes les
lement vivre l’amour personnel dans son exigence de conditions humaines - psychologiques, morales et
fidélité. Dans ce contexte, le couple expérimente le spirituelles - qui sont indispensables pour com-
fait que la communion conjugale est enrichie par les prendre et vivre la valeur et la norme morales.
valeurs de tendresse et d’affectivité qui constituent la Il n’y a pas de doute que parmi ces conditions on
nature profonde de la sexualité humaine, jusque dans doit mentionner la constance et la patience, l’humilité
sa dimension physique. Ainsi, la sexualité est respec- et la force d’âme, la confiance filiale en Dieu et dans
tée et promue dans sa dimension vraiment et pleine- sa grâce, le recours fréquent à la prière et aux sacre-
ment humaine, mais n’est jamais «utilisée» comme ments de l’Eucharistie et de la réconciliation(93). Ainsi
un «objet» qui, dissolvant l’unité personnelle de l’âme rendus plus forts, les époux chrétiens pourront conser-
et du corps, atteint la création de Dieu dans les liens ver vivante la conscience de l’influence singulière
les plus intimes unissant nature et personne. que la grâce du sacrement de mariage exerce sur tous
les aspects concrets de leur vie conjugale, et donc sur
L’Eglise, éducatrice et mère leur sexualité. Le don de l’Esprit-Saint, accueilli par les
pour les conjoints en difficulté époux, les aide à vivre leur sexualité selon le dessein
33. C’est aussi dans le domaine de la morale conju- de Dieu et comme un signe de l’amour qui unit le Christ
gale que l’Eglise est éducatrice et mère et agit à son Eglise en étant pour elle source de fécondité.
comme telle. Mais, parmi les conditions nécessaires, entre aussi
Educatrice, elle ne se lasse pas de proclamer la norme la connaissance de la «corporéité» et de ses rythmes
morale qui doit guider la transmission responsable de de fécondité. En ce sens, il faut tout faire pour qu’une
la vie. L’Eglise n’est ni l’auteur ni l’arbitre d’une telle telle connaissance soit rendue accessible à tous les
norme. Par obéissance à la vérité qui est le Christ, conjoints, et d’abord aux jeunes, moyennant une
dont l’image se reflète dans la nature et dans la digni- information et une éducation claires, données à
té de la personne humaine, l’Eglise interprète la norme temps et avec sérieux, par des couples, des médecins
morale et la propose à tous les hommes de bonne volon- et des experts. Cette connaissance doit parvenir à l’édu-
té, sans en cacher les exigences de radicalisme et de cation du contrôle de soi; d’où la nécessité absolue de
perfection. la vertu de chasteté et d’une éducation permanente
En tant que mère, l’Eglise se fait proche de tant de en ce sens. Selon la vision chrétienne, la chasteté ne
couples en difficulté sur ce point important de la vie signifie absolument pas refus ou mésestime de la sexua-
morale: elle connaît bien leur situation, souvent très lité humaine, mais plutôt une énergie spirituelle sachant
pénible et parfois aggravée par des difficultés de tous défendre l’amour des périls de l’égoïsme et de
genres, à la fois individuelles et sociales. Elle sait que l’agressivité, en le conduisant vers sa pleine réalisa-
de nombreux conjoints rencontrent de telles difficul- tion.
tés tant pour la pratique concrète que pour la com- Paul VI, avec une intuition riche de sagesse et d’amour,
préhension des valeurs comprises dans la norme mora- n’a rien fait d’autre que de donner la parole à l’expé-
le. rience de tant de couples lorsqu’il a écrit dans son ency-
C’est cependant la même et unique Eglise qui est à clique: «La maîtrise de l’instinct par la raison et la
la fois éducatrice et mère. Aussi ne cesse-t-elle de libre volonté impose sans nul doute une ascèse, pour
faire entendre ses appels et ses encouragements à que les manifestations affectives de la vie conjugale
résoudre les difficultés conjugales éventuelles sans soient dûment réglées, en particulier pour l’observance
jamais falsifier ni compromettre la vérité. Elle est en de la continence périodique. Mais cette discipline, propre
effet convaincue qu’il ne saurait y avoir de vraie à la pureté des époux, bien loin de nuire à l’amour conju-
contradiction entre la loi divine concernant la trans- gal, lui confère au contraire une plus haute valeur humai-
mission de la vie et celle qui demande de favoriser le ne. Elle exige un effort continuel, mais grâce à son
véritable amour conjugal(91). C’est pourquoi la péda- influence bienfaisante, les conjoints développent
gogie concrète de l’Eglise doit toujours être liée à sa intégralement leur personnalité, en s’enrichissant de
doctrine et jamais séparée d’elle. Je le répète, avec la valeurs spirituelles: elle apporte à la vie familiale des
même conviction que mon prédécesseur: «Ne dimi- fruits de sérénité et de paix, et elle facilite la solution
nuer en rien la salutaire doctrine du Christ est une forme d’autres problèmes; elle favorise l’attention à l’autre
éminente de charité envers les âmes»(92). conjoint, aide les époux à bannir l’égoïsme, ennemi
D’autre part, la vraie pédagogie de l’Eglise ne révè- du véritable amour, et approfondit leur sens des res-

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EXHORTATION APOSTOLIQUE « FAMILIARIS CONSORTIO »

ponsabilités dans l’accomplissement de leurs devoirs. se toute la vie conjugale. Aussi le souci de trans-
Les parents acquièrent ainsi la capacité d’une influen- mettre la vie doit-il s’intégrer dans la totalité de la
ce plus profonde et plus efficace pour l’éducation des mission de la vie chrétienne, qui, sans la croix, ne
enfants»(94). peut parvenir à la résurrection. Dans ce contexte, on
comprend qu’il n’est pas possible de supprimer le sacri-
L’itinéraire moral des époux fice dans la vie de la famille, mais qu’il faut au contrai-
34. Il est toujours d’une grande importance d’avoir re l’accepter de bon coeur afin que l’amour conjugal
une conception droite de l’ordre moral, de ses valeurs s’approfondisse et devienne source de joie intime.Ce
et de ses normes; et cela d’autant plus que les diffi- chemin commun à tous exige une réflexion, une
cultés à les respecter deviennent plus nombreuses et information et une éducation adéquates chez les prêtres,
plus graves. les religieux et les laïcs engagés dans la pastorale de
Puisque l’ordre moral révèle et propose le dessein la famille. Ils pourront ainsi aider les époux dans leur
du Dieu créateur, il ne saurait être pour l’homme ni itinéraire humain et spirituel, itinéraire comportant la
impersonnel ni cause de mort. Au contraire, il répond conscience du péché, l’engagement sincère d’observer
aux exigences inscrites au plus profond de l’homme la loi morale, le ministère de la réconciliation. Il convient
créé par Dieu. Il est mis au service de sa pleine huma- encore d’avoir présent à l’esprit que, dans l’intimité
nité, avec l’amour délicat et exigeant par lequel Dieu conjugale, sont impliquées les volontés de deux per-
lui-même inspire et soutient toute créature et la sonnes, mais qui sont appelées à se comporter et à pen-
guide vers son bonheur. ser en harmonie: cela demande beaucoup de patien-
Mais l’homme, appelé à vivre de façon responsable ce, de sympathie et de temps. Il est d’une singulière
ce dessein de Dieu empreint de sagesse et d’amour, importance que, dans ce domaine, règne l’unité des
est un être situé dans l’histoire. Jour après jour, il se jugements moraux et pastoraux des prêtres. Celle-ci
construit par ses choix nombreux et libres. Ainsi il doit être recherchée avec soin et exister réellement
connaît, aime et accomplit le bien moral en suivant pour que les fidèles ne souffrent pas de troubles de
les étapes d’une croissance. conscience(96).
Les époux, dans la sphère de leur vie morale, sont Le cheminement des époux sera facilité dans la mesu-
eux aussi appelés à cheminer sans se lasser, soutenus re où, remplis d’estime pour la doctrine de l’Eglise et
par le désir sincère et agissant de mieux connaître les de confiance en la grâce du Christ, aidés et accompa-
valeurs garanties et promues par la loi divine, avec la gnés par les pasteurs d’âmes et par la communauté
volonté de les incarner de façon droite et généreuse ecclésiale tout entière, ils sauront découvrir et expé-
dans leurs choix concrets. Ils ne peuvent toutefois consi- rimenter la valeur de libération et de promotion de
dérer la loi comme un simple idéal à atteindre dans le l’amour authentique qu’offre l’Evangile et que propo-
futur, mais ils doivent la regarder comme un com- se le commandement du Seigneur.
mandement du Christ Seigneur leur enjoignant de
surmonter sérieusement les obstacles. «C’est pour- Susciter des convictions
quoi ce qu’on appelle la «loi de gradualité» ou voie et offrir une aide concrète
graduelle ne peut s’identifier à la «gradualité de la 35. Devant le problème d’une honnête régulation des
loi», comme s’il y avait, dans la loi divine, des degrés naissances, la communauté ecclésiale doit aujour-
et des formes de préceptes différents selon les per- d’hui s’efforcer de susciter des convictions et d’offrir
sonnes et les situations diverses. Tous les époux sont une aide concrète à ceux qui veulent vivre la paterni-
appelés à la sainteté dans le mariage, selon la volonté té et la maternité de façon vraiment responsable.
de Dieu, et cette vocation se réalise dans la mesure En ce domaine, l’Eglise se réjouit des résultats
où la personne humaine est capable de répondre au pré- auxquels sont parvenues les recherches scientifiques
cepte divin, animée d’une confiance sereine en la pour une connaissance plus précise des rythmes de la
grâce divine et en sa propre volonté»(95). De même il fécondité féminine et elle stimule un développement
appartient à la pédagogie de l’Eglise de faire en sorte plus approfondi et plus décisif de telles études. Mais
que, avant tout, les conjoints reconnaissent claire- en même temps elle se doit de solliciter avec une vigueur
ment la doctrine d’Humanae vitae comme norme nouvelle la responsabilité de tous ceux qui -méde-
pour l’exercice de la sexualité et s’attachent sincère- cins, spécialistes, conseillers conjugaux, éducateurs,
ment à établir les conditions nécessaires à son obser- couples - peuvent aider efficacement les conjoints à
vation. vivre leur amour dans le respect de la structure et des
Comme l’a relevé le Synode, cette pédagogie embras- finalités de l’acte conjugal qui l’exprime. Cela signifîe

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des efforts plus étendus, plus décisifs et plus systé- tive concrète, en l’enrichissant des valeurs de dou-
matiques pour faire connaître, estimer et appliquer ceur, de constance, de bonté, de service, de désinté-
les méthodes naturelles de régulation de la fécondi- ressement, d’esprit de sacrifice, qui sont les fruits les
té(97). plus précieux de l’amour.
Un témoignage précieux peut et doit être donné par
les époux qui, grâce à l’effort de continence périodique, Eduquer au sens des valeurs essentielles
sont parvenus à une responsabilité personnelle plus de la vie humaine
mûre devant l’amour et la vie. Comme l’écrivait Paul 37. Bien qu’affrontés aux difficultés, souvent plus
VI: «C’est à eux que le Seigneur confie la tâche de rendre grandes aujourd’hui, de leur tâche d’éducateurs, les
visible aux hommes la sainteté et la douceur de la loi parents doivent, avec confiance et courage, former leurs
qui unit l’amour mutuel des époux à leur coopération enfants au sens des valeurs essentielles de la vie humai-
à l’amour de Dieu auteur de la vie humaine»(98). ne. Les enfants doivent grandir dans une juste liberté
devant les biens matériels, en adoptant un style de
2) L’éducation vie simple et austère, bien convaincus que «l’homme
Le droit et le devoir d’éducation vaut plus par ce qu’il est que par ce qu’il a»(100).
qui reviennent aux parents Dans une société ébranlée et désagrégée par des ten-
36. Le devoir d’éducation a ses racines dans la sions et des conflits en raison du violent affrontement
vocation primordiale des époux à participer à l’œuvre entre les individualismes et les égoïsmes de toute sorte,
créatrice de Dieu: en engendrant dans l’amour et par les enfants doivent acquérir le sens de la justice véri-
amour une nouvelle personne possédant en soi la table - qui seule conduit au respect de la dignité per-
vocation à la croissance et au développement, les parents sonnelle de chacun - et davantage encore le sens de
assument par là-même le devoir de l’aider efficacement l’amour authentique, qui est fait d’attention sincère et
à vivre une vie pleinement humaine. Comme l’a rap- de service désintéressé à l’égard des autres, en parti-
pelé le Concile Vatican II: «Les parents, parce qu’ils ont culier des plus pauvres et des plus nécessiteux. La
donné la vie à leurs enfants, ont la très grave obliga- famille est la première école, l’école fondamentale de
tion de les élever et, à ce titre, ils doivent être recon- la vie sociale; comme communauté d’amour, elle trou-
nus comme leurs premiers et principaux éducateurs. ve dans le don de soi la loi qui la guide et la fait croître.
Le rôle éducatif des parents est d’une telle importan- Le don de soi qui anime les époux entre eux se pré-
ce que, en cas de défaillance de leur part, il peut diffi- sente comme le modèle et la norme de celui qui doit
cilement être suppléé. C’est aux parents, en effet, de se réaliser dans les rapports entre frères et sœurs, et
créer une atmosphère familiale, animée par l’amour entre les diverses générations qui partagent la vie fami-
et le respect envers Dieu et les hommes, telle qu’elle liale. La communion et la participation vécues chaque
favorise l’éducation totale, personnelle et sociale, de jour au foyer, dans les moments de joie ou de difficul-
leurs enfants. La famille est donc la première école té, représentent la pédagogie la plus concrète et la
des vertus sociales dont aucune société ne peut se plus efficace en vue de l’insertion active, responsable
passer»(99). et féconde des enfants dans le cadre plus large de la
Le droit et le devoir d’éducation sont pour les parents société.
quelque chose d’essentiel, de par leur lien avec la L’éducation de l’amour comme don de soi constitue
transmission de la vie; quelque chose d’original et de encore les prémisses indispensables pour les parents
primordial, par rapport au devoir éducatif des autres, appelés à donner à leurs enfants une éducation sexuel-
en raison du caractère unique du rapport d’amour le claire et délicate. Devant une culture qui «banalise»
existant entre parents et enfants; quelque chose d’ir- en grande partie la sexualité humaine, en l’interprétant
remplaçable et d’inaliénable, qui ne peut donc être et en la vivant de façon réductrice et appauvrie, en la
totalement délégué à d’autres ni usurpé par d’autres. reliant uniquement au corps et au plaisir égoïste, le ser-
Outre ces caractéristiques, on ne peut oublier que vice éducatif des parents visera fermement une culture
l’élément le plus radical, de nature à qualifier le sexuelle vraiment et pleinement axée sur la person-
devoir éducatif des parents, est l’amour paternel et mater- ne: la sexualité, en effet, est une richesse de la per-
nel, qui trouve dans l’œuvre de l’éducation son sonne tout entière - corps, sentiments et âme - et mani-
accomplissement en complétant et en perfectionnant feste sa signification intime en la portant au don de
pleinement leur service de la vie. De source qu’il soi dans l’amour.
était, l’amour des parents devient ainsi l’âme et donc L’éducation sexuelle - droit et devoir fondamentaux
la norme qui inspirent et guident toute l’action éduca- des parents - doit toujours se réaliser sous leur

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EXHORTATION APOSTOLIQUE « FAMILIARIS CONSORTIO »

conduite attentive, tant à la maison que dans les centres ment de l’ordre; d’autres le font pour la vie à la fois
d’éducation choisis et contrôlés par eux. L’Eglise rap- corporelle et spirituelle, et cela se réalise par le
pelle ainsi la loi de subsidiarité, que l’école est tenue sacrement de mariage, dans lequel l’homme et la femme
d’observer lorsqu’elle coopère à l’éducation sexuelle, s’unissent pour engendrer les enfants et leur ensei-
en se plaçant dans l’esprit qui anime les parents. gner le culte de Dieu»(101).
Dans ce contexte, il n’est absolument pas question La conscience aiguë et vigilante de la mission
de renoncer à l’éducation de la chasteté, vertu qui conférée par le sacrement de mariage aidera les parents
développe la maturité authentique de la personne, en chrétiens à se consacrer au service éducatif des enfants
la rendant capable de respecter et de promouvoir la avec une grande sérénité, et en même temps avec le
«signification nuptiale» du corps. Bien plus, les parents sens de leur responsabilité devant Dieu qui les appel-
chrétiens réserveront une attention et un soin parti- le et leur confie le soin d’édifier l’Eglise dans leurs
culiers à discerner les signes de l’appel de Dieu pour enfants. Ainsi, la famille des baptisés, assemblée en
l’éducation de la virginité comme forme suprême du tant qu’Eglise domestique par la Parole et par le
don de soi qui constitue le sens même de la sexualité sacrement, devient en même temps, comme l’Eglise
humaine. dans son ensemble, mère et éducatrice.
En raison des liens étroits qui relient la dimension
sexuelle de la personne aux valeurs éthiques, le rôle La première expérience d’Eglise
de l’éducation est de conduire les enfants à la 39. La mission d’éducation exige des parents chré-
connaissance et à l’estime des normes morales tiens qu’ils proposent aux enfants tout ce qui est néces-
comme garantie nécessaire et précieuse d’une crois- saire pour la formation progressive de leur personna-
sance personnelle responsable dans la sexualité humai- lité d’un point de vue chrétien et ecclésial. Ils reprendront
ne. alors les orientations éducatives rappelées plus haut,
C’est pour cela que l’Eglise s’oppose fermement à en ayant soin d’en montrer aux enfants la profonde signi-
une certaine forme d’information sexuelle ne tenant fication à laquelle sauront les mener la foi et aussi la
aucun compte des principes moraux et si souvent dif- charité de Jésus-Christ. En outre, dans leur souci de
fusée aujourd’hui, qui ne serait rien d’autre qu’une intro- fortifier dans l’âme des enfants le don de la grâce divi-
duction à l’expérience du plaisir et pousserait le ne, les parents chrétiens seront soutenus par la conscien-
jeune, parfois même à l’âge de l’innocence, à perdre la ce que le Seigneur leur confie la croissance d’un fils
sérénité, en ouvrant la voie au vice. de Dieu, d’un frère du Christ, d’un temple de l’Esprit
Saint, d’un membre de l’Eglise.
La mission éducative Le Concile Vatican II précise ainsi le contenu de l’édu-
et le sacrement de mariage cation chrétienne: «Celle-ci ne vise pas seulement à
38. La mission éducative, enracinée comme on l’a assurer la maturité (...) de la personne humaine, mais
dit dans la participation à l’œuvre créatrice de Dieu, principalement à ce que les baptisés, introduits pas à
trouve aussi sa source, pour les parents chrétiens, d’une pas dans la connaissance du mystère du salut, devien-
manière nouvelle et spécifique, dans le sacrement de nent chaque jour plus conscients de ce don de la foi
mariage, qui les consacre à l’éducation proprement chré- qu’ils ont reçu, apprennent à adorer Dieu le Père en
tienne des enfants et les appelle donc à participer à l’au- esprit et vérité (cf. Jn 4, 23) avant tout dans l’action
torité et à l’amour mêmes de Dieu Père et du Christ liturgique, soient transformés de façon à mener leur
Pasteur, tout comme à l’amour maternel de l’Eglise. Il vie personnelle selon l’homme nouveau dans la justi-
les enrichit des dons de sagesse, de conseil, de force ce et la sainteté de la vérité (Ep 4, 22-24) et qu’ainsi,
et de tous les autres dons du Saint-Esprit afin qu’ils constituant cet homme parfait, dans la force de l’âge,
puissent aider leurs enfants dans leur croissance humai- qui réalise la plénitude du Christ (cf. Ep 4, 13), ils appor-
ne et chrétienne. tent leur contribution à la croissance du Corps mys-
Grâce au sacrement de mariage, la mission éducati- tique. Qu’en outre, conscients de leur vocation, ils pren-
ve est élevée à la dignité et à la vocation d’un «minis- nent l’habitude aussi bien de rendre témoignage à
tère» authentique de l’Eglise au service de l’édification l’espérance qui est en eux (cf. 1 P 3, 15) que d’aider à
de ses membres. Ce ministère éducatif des parents la transformation chrétienne du monde»(102).
chrétiens est si grand et si beau que saint Thomas n’hé- Le Synode, pour sa part, reprenant et développant
site pas à le comparer au ministère des prêtres: «Certains l’enseignement du Concile dans ses grandes lignes, a
propagent et entretiennent la vie spirituelle par un présenté la mission éducative de la famille chrétienne
ministère uniquement spirituel, et cela revient au sacre- comme un vrai ministère, grâce auquel l’Evangile est

la documentation catholique • 3 janvier 1982 • N° 1821 19


transmis et diffusé, à tel point que la vie familiale dans donc, tous ceux qui dans la société sont à la tête des
son ensemble devient chemin de foi et en quelque sorte écoles ne doivent jamais oublier que les parents ont été
initiation chrétienne et école de vie à la suite du institués par Dieu lui-même premiers et principaux
Christ. Dans la famille consciente d’un tel don, éducateurs de leurs enfants, et que c’est là un droit
comme l’a écrit Paul VI, «tous les membres évangéli- absolument inaliénable.
sent et sont évangélisés»(103). Mais, corrélativement à leur droit, les parents ont
En vertu de ce ministère d’éducation, les parents, à la grave obligation de faire tout ce qui est en leur pou-
travers le témoignage de vie, sont les premiers hérauts voir pour entretenir des relations cordiales et construc-
de l’Evangile auprès de leurs enfants. Bien plus, en tives avec les enseignants et les responsables des écoles.
priant avec eux, en s’adonnant avec eux à la lecture Si dans les écoles on enseigne des idéologies contraires
de la Parole de Dieu et en les faisant pénétrer dans à la foi chrétienne, la famille, conjointement à
l’intimité du Corps du Christ - eucharistique et ecclé- d’autres familles - si possible par l’intermédiaire d’as-
sial - par l’initiation chrétienne, ils deviennent pleine- sociations familiales -, doit de toutes ses forces et
ment parents, en ce sens qu’ils engendrent non seu- avec sagesse aider les jeunes à ne pas s’écarter de la
lement à la vie selon la chair mais aussi à celle qui, à foi. Dans de telles conditions, la famille a besoin de rece-
travers la renaissance dans l’Esprit, jaillit de la croix voir des secours particuliers de la part des pasteurs
et de la résurrection du Christ. d’âmes, et ceux-ci ne peuvent oublier que les parents
Afin de permettre aux parents chrétiens d’accom- ont le droit inaliénable de confier leurs enfants à la com-
plir comme il convient leur ministère éducatif, les Pères munauté ecclésiale.
du Synode ont souhaité que soit élaboré un texte
adapté de catéchisme à l’usage de la famille, clair, bref Le service multiforme de la vie
et accessible à tous. Les Conférences épiscopales ont 41. L’amour conjugal fécond s’exprime dans un ser-
été chaleureusement invitées à travailler à l’élabora- vice multiforme de la vie dont la procréation et l’édu-
tion de ce catéchisme. cation sont les signes les plus visibles en même
temps que spécifiques et irremplaçables. Mais en réa-
Rapports avec les autres instances éducatives lité tout acte d’amour authentique envers l’homme
40. La famille est la première communauté éduca- témoigne de la fécondité spirituelle de la famille et la
trice, mais non pas la seule ni l’unique: la dimension perfectionne, car il est obéissance au profond dyna-
même de l’homme, communautaire, civile et ecclé- misme intérieur de l’amour en tant que don de soi-
siale, exige et suscite une œuvre plus vaste et plus com- même aux autres.
plexe qui est le fruit de la collaboration bien ordonnée Les conjoints qui font l’expérience de la stérilité phy-
des diverses instances éducatives. Toutes ces institu- sique sauront d’une façon spéciale faire leur cette pers-
tions sont nécessaires, même si chacune peut et doit pective qui est si riche et si exigeante pour tous.
intervenir selon sa compétence et apporter sa contri- Les familles chrétiennes qui, dans la foi, reconnais-
bution propre(104). sent tous les hommes comme fils du même Père des
La tâche éducative de la famille chrétienne occupe cieux, auront à cœur d’accueillir généreusement les
donc une place très importante dans la pastorale d’en- enfants des autres familles, leur apportant le soutien
semble: cela suppose une nouvelle forme de collabo- et l’amour dus aux membres de l’unique famille des
ration entre parents et communautés chrétiennes, entre enfants de Dieu. Les parents chrétiens pourront ainsi
les divers groupes éducatifs et les pasteurs. Et à cet faire rayonner leur amour au-delà des liens de la chair
égard, le renouveau de l’école catholique doit porter et du sang, pour approfondir les liens qui s’enracinent
une attention particulière tant aux parents d’élèves qu’à dans l’esprit et se développent dans l’aide concrète
la formation d’une communauté éducative parfaite. apportée aux enfants d’autres familles qui vont jus-
Le droit des parents au choix d’une éducation qu’à manquer des choses de première nécessité.
conforme à leur foi doit être absolument assuré. Les familles chrétiennes sauront s’ouvrir à une
L’Eglise et l’Etat ont le devoir d’apporter aux familles plus grande disponibilité en faveur de l’adoption et de
l’assistance nécessaire afin qu’elles puissent exercer la prise en charge des enfants privés de leurs parents
comme il convient leurs tâches éducatives. Dans ce ou abandonnés par eux. Ces enfants, en retrouvant
but, aussi bien l’Eglise que l’Etat doivent créer et une chaude atmosphère familiale, peuvent alors faire
promouvoir les institutions et les activités que les l’expérience de l’amour attentif et paternel de Dieu à
familles attendent à juste titre; l’assistance devra être travers le témoignage de parents chrétiens et grandir
telle qu’elle supplée aux insuffisances des familles. Et ainsi dans la sérénité et la confiance dans la vie; la famil-

20
EXHORTATION APOSTOLIQUE « FAMILIARIS CONSORTIO »

le tout entière, de son côté, se trouve enrichie des conduite de la loi de la «gratuité» qui, en respectant et
valeurs spirituelles contenues dans une fraternité élar- en cultivant en tous et en chacun le sens de la dignité
gie. personnelle comme source unique de valeur, se
Une «créativité» incessante doit caractériser la fécon- transforme en accueil chaleureux, rencontre et dia-
dité des familles: c’est là le fruit merveilleux de l’Esprit logue, disponibilité généreuse, service désintéressé,
de Dieu qui fait ouvrir tout grands les yeux du cœur profonde solidarité.
afin de découvrir les nécessités et les souffrances Ainsi, la promotion d’une authentique communion de
nouvelles de notre société, et c’est lui qui donne la force personnes responsables dans la famille devient un
de les assumer et de leur apporter la réponse adéqua- apprentissage fondamental et irremplaçable de vie socia-
te. Dans ce cadre se présente aux familles un champ le, un exemple et un encouragement pour des rela-
d’action très vaste. En effet, il est de nos jours un tions communautaires élargies, caractérisées par le res-
phénomène encore plus préoccupant que l’abandon des pect, la justice, le sens du dialogue, l’amour.
enfants: c’est celui qui frappe cruellement les personnes De cette façon, comme les Pères du Synode l’ont rap-
âgées, les malades, les personnes handicapées, les toxi- pelé, la famille constitue le berceau et le moyen le
comanes, les anciens détenus, etc., en les mettant en plus efficace pour humaniser et personnaliser la
marge de la vie sociale et culturelle. société: c’est elle qui travaille d’une manière origina-
Alors les horizons de la paternité et de la maternité le et profonde à la construction du monde, rendant
des familles chrétiennes s’élargissent considérable- possible une vie vraiment humaine, particulièrement
ment: la fécondité spirituelle de leur amour est en conservant et en transmettant les vertus et les
comme défiée par de telles urgences, et bien d’autres «valeurs». Comme le dit le Concile Vatican II, la
encore, de notre temps. Avec les familles et à travers famille est le «lieu de rencontre de plusieurs généra-
elles, le Seigneur continue d’avoir «pitié» des foules. tions qui s’aident mutuellement à acquérir une sages-
se plus étendue et à harmoniser les droits des per-
III - La participation au sonnes avec les autres exigences de la vie sociale»(106).
développement de la société C’est pourquoi, face à une société qui risque d’être
de plus en plus dépersonnalisante et anonyme, et
La famille, cellule première donc inhumaine et déshumanisante, avec les consé-
et vitale de la société quences négatives de tant de formes d’«évasion» - telles
42. Puisque «le Créateur a fait de la communauté que l’alcoolisme, la drogue ou même le terrorisme -,
conjugale l’orgine et le fondement de la société la famille possède et irradie encore aujourd’hui des
humaine», la famille est devenue la «cellule première énergies extraordinaires capables d’arracher l’hom-
et vitale de la société»(105). me à l’anonymat, de l’éveiller à la conscience de sa digni-
La famille a des liens organiques et vitaux avec la té personnelle, de le revêtir d’une profonde humanité
société parce qu’elle en constitue le fondement et qu’el- et de l’introduire activement avec son unicité et sa
le la sustente sans cesse en réalisant son service de singularité dans le tissu de la société.
la vie: c’est au sein de la famille en effet que naissent
les citoyens et dans la famille qu’ils font le premier Le rôle social et politique
apprentissage des vertus sociales, qui sont pour la socié- 44. Le rôle social de la famille ne peut certainement
té l’âme de sa vie et de son développement. pas se limiter à l’œuvre de la procréation et de l’édu-
Ainsi donc, en raison de sa nature et de sa vocation, cation, même s’il trouve en elles sa forme d’expres-
la famille, loin de se replier sur elle-même, s’ouvre sion première et irremplaçable.
aux autres familles et à la société, elle remplit son Les familles, isolément ou en associations, peuvent
rôle social. et doivent donc se consacrer à de nombreuses
œuvres de service social, spécialement en faveur des
La vie familiale: expérience de communion pauvres et en tout cas des personnes et des situations
de participation que les institutions de prévoyance et d’assistance
43. L’expérience même de communion et de parti- publiques ne réussissent pas à atteindre.
cipation qui doit caractériser la vie quotidienne de la La contribution sociale de la famille a son originali-
famille constitue son apport essentiel et fondamental té qui gagnerait à être mieux connue et qu’il faudrait
à la société. promouvoir plus franchement, surtout au fur et à mesu-
Les relations entre les membres de la communauté re que les enfants grandissent, en suscitant le plus
familiale se développent sous l’inspiration et la possible la participation de tous ses membres(107).

la documentation catholique • 3 janvier 1982 • N° 1821 21


Il faut à cet égard souligner l’importance toujours plus sables des familles. Les autorités publiques, convain-
grande que revêt dans notre société l’hospitalité sous cues du fait que le bien de la famille est pour la com-
toutes ses formes, en tenant simplement ouverte la munauté civile une valeur indispensable à laquelle on
porte de sa maison et, mieux encore, de son cœur aux ne saurait renoncer, doivent s’employer le plus pos-
besoins de nos frères, ou en allant jusqu’à s’engager sible à procurer aux familles toute l’aide - écono-
concrètement pour assurer à chaque famille le loge- mique, sociale, éducative, politique, culturelle - dont
ment dont elle a besoin comme milieu naturel qui la elles ont besoin pour remplir de façon vraiment
protège et la fait grandir. Et par-dessus tout la famille humaine l’ensemble de leurs obligations.
chrétienne est appelée à écouter la recommandation
de l’Apôtre: «Soyez avides de donner l’hospitalité»(108), La charte des droits de la famille
et donc à pratiquer, à la suite du Christ et avec sa cha- 46. L’action réciproque de soutien et de progrès entre
rité, l’accueil de nos frères démunis: «Quiconque la famille et la société est un idéal souvent contredit,
donnera à boire à l’un de ces petits rien qu’un verre et même gravement, par la réalité des faits où l’on
d’eau fraîche, en tant qu’il est un disciple, en vérité, je constate leur séparation, voire leur opposition.
vous le dis, il ne perdra pas sa récompense»(109). En effet - comme l’a continuellement fait remar-
Le rôle social de la famille est appelé à s’exprimer quer le Synode -, la situation de très nombreuses familles
aussi sous forme d’intervention politique: ce sont les en divers pays est fort problématique, quand elle
familles qui en premier lieu doivent faire en sorte que n’est pas franchement mauvaise: les lois et les insti-
les lois et les institutions de l’Etat non seulement s’abs- tutions méconnaissent, contre toute justice, les droits
tiennent de blesser les droits et les devoirs de la inviolables de la famille et même de la personne humai-
famille, mais encore les soutiennent et les protègent ne, et la société, loin de se mettre au service de la famil-
positivement. Il faut à cet égard que les familles aient le, l’attaque violemment dans ses valeurs et dans ses
une conscience toujours plus vive d’être les «prota- exigences fondamentales. Ainsi la famille, qui selon le
gonistes» de ce qu’on appelle «la politique familiale» dessein de Dieu est la cellule de base de la société, sujet
et qu’elles assument la responsabilité de transformer de droits et de devoirs antérieurs à ceux de l’Etat et
la société; dans le cas contraire, elles seront les pre- de n’importe quelle autre communauté, se trouve
mières victimes des maux qu’elles se sont conten- être la victime de la société, des lenteurs et des
tées de constater avec indifférence. L’invitation du retards de ses interventions et plus encore de ses injus-
Concile Vatican II à dépasser l’éthique individualiste tices flagrantes.
concerne donc aussi la famille en tant que telle(110). C’est pourquoi l’Eglise prend ouvertement et avec
vigueur la défense des droits de la famille contre les
La société au service de la famille usurpations intolérables de la société et de l’Etat.
45. La relation étroite entre famille et société exige Pour leur part, les Pères du Synode ont rappelé entre
d’une part l’ouverture et la participation de la famille autres les droits suivants de la famille:
à la société et à son développement, mais d’autre part - le droit d’exister et de s’épanouir en tant que
elle impose à la société de ne jamais manquer à son famille, c’est-à-dire le droit pour tout homme, et en par-
devoir fondamental de respecter et de promouvoir la ticulier pour les pauvres, de fonder une famille et de
famille. l’entretenir par des moyens appropriés;
Il est certain que la famille et la société ont des - le droit d’exercer sa misssion pour tout ce qui touche
rôles complémentaires dans la défense et la promo- à la transmission de la vie, et d’éduquer ses enfants;
tion des biens communs à tous les hommes et à tout - le droit à l’intimité de la vie, aussi bien conjugale
homme. Mais la société, et plus précisément l’Etat, doi- que familiale;
vent reconnaître que la famille est une «société jouis- - le droit à la stabilité du lien conjugal et de l’insti-
sant d’un droit propre et primordial» (111) et ils ont tution du mariage;
donc la grave obligation, en ce qui concerne leurs - le droit de croire et de professer sa foi, et de la
relations avec la famille, de s’en tenir au principe de répandre;
subsidiarité. - le droit d’éduquer ses enfants conformément à
En vertu de ce principe l’Etat ne peut pas et ne doit ses propres traditions et à ses valeurs religieuses et
pas enlever aux familles les tâches qu’elles peuvent culturelles, grâce aux instruments, aux moyens et
fort bien accomplir seules ou en s’associant librement aux institutions nécessaires;
à d’autres familles; mais il doit au contraire favoriser - le droit de jouir de la sécurité physique, sociale,
et susciter le plus possible les initiatives respon- politique, économique, surtout pour les pauvres et les

22
EXHORTATION APOSTOLIQUE « FAMILIARIS CONSORTIO »

malades; sont malades, drogués, sans famille.


- le droit à un logement adapté à une vie familiale
décente; Pour un nouvel ordre international
- le droit d’expression et de représentation devant
les autorités publiques, économiques, sociales et cul- 48. Face à la dimension mondiale qui de nos jours
turelles, ainsi que devant les organismes qui en caractérise les différents problèmes sociaux, la famil-
dépendent, et cela directement ou au moyen d’asso- le voit s’élargir de façon tout à fait nouvelle son rôle
ciations; en ce qui concerne le développement de la société: il
- le droit de créer des associations en lien avec s’agit aussi de coopérer à la réalisation d’un nouvel ordre
d’autres familles et institutions, afin d’accomplir sa mis- international, car c’est seulement à travers la solida-
sion comme il convient et avec compétence; rité mondiale que l’on peut envisager et résoudre les
- le droit de protéger les mineurs, par le moyen d’ins- énormes et dramatiques problèmes de la justice dans
titutions et de lois appropriées, contre les drogues le monde, de la liberté des peuples, de la paix de l’hu-
nuisibles, la pornographie, l’alcoolisme, etc.; manité.
- le droit à des loisirs honnêtes qui favorisent en La communion spirituelle des familles chrétiennes,
même temps les valeurs familiales; enracinées dans la foi et l’espérance communes et
- le droit des personnes âgées à vivre et à mourir vivifiées par la charité, constitue une énergie intérieure
dignement; d’où jaillissent, se répandent et croissent justice, récon-
- le droit d’émigrer en tant que famille pour ciliation, fraternité et paix entre les hommes. En tant
rechercher de meilleures conditions de vie(112). que «petite» Eglise, la famille chrétienne est appelée,
Le Saint-Siège, accueillant la demande explicite du à l’image de la «grande» Eglise, à être un signe d’uni-
Synode, prendra soin d’approfondir ces suggestions, en té pour le monde et à exercer dans ce sens son rôle
élaborant une «charte des droits de la famille» à pro- prophétique, en témoignant du Royaume et de la paix
poser aux milieux intéressés et aux Autorités concer- du Christ, vers lesquels le monde entier est en marche.
nées. Cela, les familles chrétiennes pourront le réaliser à
travers leur service éducatif, c’est-à-dire en offrant aux
Grâce et responsabilité enfants un modèle de vie fondé sur les valeurs de
de la famille chrétienne vérité, de liberté, de justice et d’amour, comme aussi
47. Le rôle social propre à toute famille est aussi, à en s’engageant de façon active et responsable pour
un titre nouveau et particulier, celui de la famille une croissance vraiment humaine de la société et de
chrétienne, fondée sur le sacrement de mariage. En ses institutions, ou encore en soutenant de diverses
assumant la réalité humaine de l’amour conjugal dans manières les associations qui se consacrent essen-
toutes ses dimensions, le sacrement rend les époux tiellement aux problèmes de l’ordre international.
et les parents chrétiens capables de vivre leur voca-
tion de laïcs - et c’est leur responsabilité - et donc de IV - La participation à la vie et à la
«chercher le règne de Dieu précisément à travers la mission de l’Eglise
gérance des choses temporelles qu’ils ordonnent selon
Dieu»(113). La famille dans le mystère de l’Eglise
Le rôle social et politique fait partie de la mission 49. Parmi les tâches fondamentales de la famille chré-
royale, mission de service, à laquelle les époux chré- tienne prend place celle que l’on peut dire ecclésiale,
tiens participent en vertu du sacrement de mariage, celle qui met la famille au service de l’édification du
en recevant à la fois un commandement auquel ils ne Royaume de Dieu dans l’histoire, moyennant la parti-
peuvent se soustraire et une grâce qui les soutient et cipation à la vie et à la mission de l’Eglise.
les entraîne. Pour mieux comprendre ce qui fonde, ce que com-
C’est ainsi que la famille chrétienne est appelée à prend et ce qui caractérise une telle participation, il faut
donner devant tous le témoignage d’un dévouement étudier les liens multiples et profonds qui relient
généreux et désintéressé face aux problèmes sociaux, entre elles l’Eglise et la famille chrétienne et qui font
en choisissant en priorité les pauvres et les margi- de cette dernière comme «une Eglise en miniature»
naux. Et c’est pourquoi, en cheminant à la suite du (Ecclesia domestica)(114), de telle sorte qu’elle soit, à
Seigneur dans un amour spécial pour tous les sa façon, une image vivante et une représentation
pauvres, elle doit avoir particulièrement à cœur ceux historique du mystère même de l’Eglise.
qui ont faim, ceux qui sont démunis, âgés, ceux qui C’est avant tout l’Eglise Mère qui engendre, éduque,

la documentation catholique • 3 janvier 1982 • N° 1821 23


édifie la famille chrétienne, en mettant en oeuvre à familial - vécu dans sa richesse extraordinaire de valeurs
son égard la mission de salut qu’elle a reçue de son et avec ses exigences de totalité, d’unicité, de fidélité
Seigneur. En annonçant la Parole de Dieu, l’Eglise révè- et de fécondité(118) - que s’exprime et se réalise la par-
le à la famille chrétienne sa véritable identité, autre- ticipation de la famille chrétienne à la mission pro-
ment dit ce qu’elle est et ce qu’elle doit être selon le phétique, sacerdotale et royale de Jésus-Christ et de
dessein du Seigneur. En célébrant les sacrements, son Eglise. L’amour et la vie constituent donc le point
l’Eglise enrichit et fortifie la famille chrétienne avec central de la mission salvifique de la famille chrétien-
la grâce du Christ, en vue de sa sanctification pour la ne dans l’Eglise et pour l’Eglise.
gloire du Père. En renouvelant la proclamation du com- Le Concile Vatican II le rappelle lorsqu’il écrit:
mandement nouveau de la charité, l’Eglise anime et «Les familles se communiqueront aussi avec généro-
guide la famille chrétienne au service de l’amour, sité leurs richesses spirituelles. Alors, la famille
pour lui permettre d’imiter et de revivre l’amour même chrétienne, parce qu’elle est issue d’un mariage, image
de donation et de sacrifice que le Seigneur Jésus et participation de l’alliance d’amour qui unit le Christ
nourrit pour l’humanité entière. et l’Eglise, manifestera à tous les hommes la présen-
A son tour, la famille chrétienne est insérée dans le ce vivante du Sauveur dans le monde et la véritable
mystère de l’Eglise au point de participer, à sa façon, nature de l’Eglise, tant par l’amour des époux, leur
à la mission de salut qui lui est propre: les époux et fécondité généreuse, l’unité et la fidélité du foyer, que
les parents chrétiens, en vertu du sacrement, «ont ainsi, par la coopération amicale de tous ses membres»(119).
en leur état de vie et dans leur ordre, un don qui leur Ayant ainsi précisé ce qui fonde la participation de la
est propre au sein du peuple de Dieu»(115). Par famille chrétienne à la mission ecclésiale, il importe
conséquent, non seulement ils «reçoivent» l’amour maintenant de mettre en lumière ce qu’elle comprend
du Christ en devenant une communauté «sauvée», mais selon une référence triple, mais à vrai dire unique, à Jésus-
ils sont également appelés à «transmettre» à leurs frères Christ, Prophète, Prêtre et Roi, en présentant la famille
le même amour du Christ, en devenant ainsi une chrétienne comme
communauté «qui sauve». De la sorte, tout en étant
fruit et signe de la fécondité surnaturelle de l’Eglise, 1) communauté qui croit et qui évangélise;
la famille chrétienne devient symbole, témoignage, par-
ticipation de la maternité de l’Eglise(116). 2) communauté en dialogue avec Dieu;

Une tâche ecclésiale propre et originale 3) communauté au service de l’homme.


50. La famille chrétienne est appelée à prendre une
part active et responsable à la mission de l’Eglise 1) La famille chrétienne,
d’une façon propre et originale, en se mettant elle-même communauté qui croit et qui évangélise
au service de l’Eglise et de la société dans son être et La foi, découverte et admiration
dans son agir, en tant que communauté intime de vie et du dessein de Dieu sur la famille
d’amour. 51. Du fait que la famille chrétienne participe à la vie
Si la famille chrétienne est une communauté dont et à la mission de l’Eglise qui se tient dans une reli-
les liens sont renouvelés par le Christ à travers la foi gieuse écoute de la Parole de Dieu et la proclame
et les sacrements, sa participation à la mission de l’Eglise avec une ferme confiance(120), elle vit son rôle prophé-
doit se réaliser d’une facon communautaire; c’est tique en accueillant et en annonçant la Parole de Dieu;
donc ensemble que les époux en tant que couple, les elle devient ainsi, chaque jour davantage, une com-
parents et les enfants en tant que famille, doivent munauté qui croit et qui évangélise.
vivre leur service de l’Eglise et du monde. Ils doivent L’obéissance de la foi est demandée également aux
être, dans la foi, «un seul cœur et une seule âme»(117), époux et aux parents chrétiens(121): ils sont appelés
aussi bien dans l’esprit apostolique commun qui les à accueillir la Parole du Seigneur qui leur révèle la
anime qu’à travers la collaboration qui les engage au merveilleuse nouveauté - autrement dit la «bonne nou-
service de la communauté ecclésiale et de la commu- velle» - de leur vie conjugale et familiale rendue par le
nauté civile. Christ sainte et sanctifiante. En effet, c’est seulement
L a famille chrétienne, par ailleurs, édifie le dans la foi qu’ils peuvent découvrir et admirer dans
Royaume de Dieu dans l’histoire à travers les réalités une gratitude joyeuse la dignité à laquelle Dieu a
quotidiennes qui concernent et qui caractérisent sa voulu élever le mariage et la famille en en faisant le
condition de vie: c’est dès lors dans l’amour conjugal et signe et le lieu de l’alliance d’amour entre Dieu et les

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EXHORTATION APOSTOLIQUE « FAMILIARIS CONSORTIO »

hommes, entre Jésus-Christ et l’Eglise son Epouse. rayonne. Au sein donc d’une famille consciente de cette
Déjà, la préparation au mariage chrétien est quali- mission, tous les membres de la famille évangélisent
fiée d’itinéraire de foi; elle se situe en effet comme et sont évangélisés. Les parents non seulement com-
une occasion privilégiée permettant aux fiancés de redé- muniquent aux enfants l’Evangile mais peuvent rece-
couvrir et d’approfondir la foi reçue au baptême et nour- voir d’eux ce même Evangile profondément vécu. Et
rie par l’éducation chrétienne. De cette façon, ils recon- une telle famille se fait évangélisatrice de beaucoup
naissent et ils accueillent librement la vocation à d’autres familles et du milieu dans lequel elle s’insè-
vivre à la suite du Christ et au service du Royaume de re»(123).
Dieu dans l’état même du mariage. Comme l’a répété le Synode en reprenant mon
Le moment fondamental de l’expression de la foi appel de Puebla, l’avenir de l’évangélisation dépend
des époux en tant que tels est celui de la célébration en grande partie de l’Eglise domestique(124). Cette
du sacrement de mariage qui, par sa nature profonde, mission apostolique de la famille est enracinée dans
est la proclamation, dans l’Eglise, de la Bonne Nouvelle le baptême et reçoit de la grâce sacramentelle du maria-
sur l’amour conjugal: il est Parole de Dieu qui «révè- ge une nouvelle impulsion pour transmettre la foi,
le» et «accomplit» le projet plein de sagesse et pour sanctifier et transformer la société actuelle
d’amour que Dieu a sur les époux, introduits dans la selon le dessein de Dieu.
participation mystérieuse et réelle à l’amour même La famille chrétienne, surtout aujourd’hui, est spé-
de Dieu pour l’humanité. Si la célébration sacramen- cialement appelée à témoigner de l’alliance pascale
telle du mariage est en elle-même proclamation de la du Christ, grâce au rayonnement constant de la joie
Parole de Dieu, tous ceux qui sont, à des titres divers, de l’amour et de la certitude de l’espérance, dont elle
protagonistes et célébrants doivent en faire une «pro- doit rendre compte: «La famille chrétienne proclame
fession de foi», accomplie au sein de l’Eglise et avec hautement à la fois les vertus actuelles du Royaume
l’Eglise, communauté de croyants. de Dieu et l’espoir de la vie bienheureuse»(125).
Cette profession de foi demande à être prolongée tout La nécessité absolue de la catéchèse familiale
au long de la vie des époux et de la famille. Dieu, en émerge avec une force singulière dans des situations
effet, qui a appelé les époux «au» mariage continue à déterminées, que l’Eglise enregistre malheureusement
les appeler «dans» le mariage(122). Dans et à travers en divers endroits: «Là où une législation antireligieuse
les faits, les problèmes, les difficultés, les événe- prétend même empêcher l’éducation de la foi, là où
ments de l’existence de tous les jours, Dieu vient à une incroyance diffuse ou bien un sécularisme enva-
eux en leur révélant et en leur proposant les «exigences» hissant rendent pratiquement impossible une véritable
concrètes de leur participation à l’amour du Christ pour croissance religieuse, cette sorte d’Eglise qu’est le
l’Eglise, en rapport avec la situation particulière - foyer reste l’unique milieu où enfants et jeunes peu-
familiale, sociale et ecclésiale - dans laquelle ils se trou- vent recevoir une authentique catéchèse»(126).
vent.
La découverte du dessein de Dieu et l’obéissance à Un service ecclésial
ce dessein doivent se réaliser simultanément dans la 53. Le ministère d’évangélisation qui revient aux
communauté conjugale et familiale, à travers l’expé- parents chrétiens est original et irremplaçable. Il
rience humaine de l’amour vécu dans l’Esprit du revêt les caractères distinctifs de la vie familiale, tis-
Christ entre les époux comme entre les parents et les sée, comme elle devrait l’être, d’amour, de simplicité,
enfants. d’engagement concret et de témoignages quoti-
Pour cela, comme la grande Eglise, la petite Eglise diens(127).
domestique a besoin d’être continuellement et inten- La famille doit former les enfants à la vie pour per-
sément évangélisée: d’où le devoir d’éducation per- mettre à chacun d’accomplir en plénitude son devoir
manente dans la foi. selon la vocation qu’il a reçue de Dieu. En effet, la famil-
le ouverte aux valeurs transcendantes, au service joyeux
Le ministère d’évangélisation du prochain, à l’accomplissement généreux et fidèle
de la famille chrétienne de ses obligations et toujours consciente de sa parti-
52. Dans la mesure où la famille chrétienne cipation au mystère de la croix glorieuse du Christ,
accueille l’Evangile et mûrit dans la foi, elle devient une devient le premier et le meilleur séminaire de la
communauté qui évangélise. Ecoutons à nouveau vocation à une vie consacrée au Royaume de Dieu.
Paul VI: «... la famille, comme l’Eglise, se doit d’être Le ministère d’évangélisation et de catéchèse qui
un espace où l’Evangile est transmis et d’où l’Evangile incombe aux parents doit accompagner la vie des enfants,

la documentation catholique • 3 janvier 1982 • N° 1821 25


y compris pendant leur adolescence et leur jeunesse, qui ne croient pas encore et même pour les familles
lorsque ceux-ci, comme cela se produit souvent, contes- chrétiennes qui ne vivent plus en cohérence avec la
tent ou rejettent carrément la foi chrétienne reçue dans foi reçue. L’Eglise domestique est appelée «par son
les premières années de leur vie. De même que, dans exemple et par son témoignage» à éclairer «ceux qui
l’Eglise, le travail de l’évangélisation ne s’effectue jamais cherchent la vérité»(133).
sans souffrance pour l’apôtre, de même, dans la famil- De même qu’à l’aube du christianisme Aquila et
le chrétienne, les parents doivent affronter avec cou- Priscille se présentaient comme un couple mission-
rage et grande sérénité d’âme les difficultés que leur naire(134), ainsi aujourd’hui l’Eglise témoigne d’une
ministère d’évangélisation rencontre parfois auprès de continuelle nouveauté et d’une incessante floraison,
leurs propres enfants. grâce à la présence d’époux et de familles chré-
On ne devra pas oublier que le service accompli par tiennes qui, au moins pendant un certain temps, vont
les époux et par les parents chrétiens en faveur de dans les terres de mission pour annoncer l’Evangile
l’Evangile est essentiellement un service ecclésial, en servant l’homme avec l’amour de Jésus-Christ.
ou mieux rentre dans le cadre de l’Eglise entière comme Les families chrétiennes apportent une contribu-
communauté évangélisée et évangélisante. En tant qu’il tion particulière à la cause missionnaire de l’Eglise
est enraciné dans l’unique mission de l’Eglise et qu’il en cultivant les vocations missionnaires parmi leurs
en dérive, et en tant qu’ordonné à l’édification de l’unique fils et leurs filles(135) et, plus généralement, par un
Corps du Christ(128), le ministère d’évangélisation et travail d’éducation qui «prépare leurs enfants dès
de catéchèse de l’Eglise domestique doit demeurer leur jeune âge à découvrir l’amour de Dieu envers
en union étroite et s’harmoniser consciemment avec tous les hommes»(136).
tous les autres services d’évangélisation et de caté-
chèse existant et agissant dans la communauté ecclé- 2) La famille chrétienne,
siale, soit diocésaine, soit paroissiale. communauté en dialogue avec Dieu
Le sanctuaire domestique de l’Eglise
Prêcher l’Evangile à toute créature 55. L’annonce de l’Evangile et son accueil dans la foi
54. L’universalité sans frontières est l’horizon spé- atteignent leur plénitude dans la célébration sacra-
cifique de l’évangélisation animée intérieurement par mentelle. L’Eglise, communauté qui croit et qui évan-
l’élan missionnaire. Elle est, en effet, la réponse à la gélise, est aussi un peuple sacerdotal, c’est-à-dire revê-
consigne explicite et non équivoque du Christ: «Allez tu de la dignité du Christ Souverain Prêtre de
dans le monde entier, proclamez la Bonne Nouvelle à l’Alliance nouvelle et éternelle et participant à son pou-
toute la création»(129). voir(137).
La foi et la mission évangélisatrice de la famille La famille chrétienne est, elle aussi, insérée dans
chrétienne possèdent, elles aussi, ce souffle mission- l’Eglise, peuple sacerdotal. Par le sacrement de
naire catholique. Le sacrement de mariage, qui reprend mariage, dans lequel elle est enracinée et d’où elle
et propose à nouveau le devoir, déjà enraciné dans le tire sa subsistance, elle est continuellement vivifiée
baptême et dans la confirmation, de défendre et de par le Seigneur Jésus, appelée et engagée par Lui à
diffuser la foi(130), établit les époux et les parents chré- dialoguer avec Dieu par les moyens de la vie sacra-
tiens comme témoins du Christ «jusqu’aux confins de mentelle, de l’offrande de son existence et de la prière.
la terre»(131), comme véritables «missionnaires» de Tel est le rôle sacerdotal que la famille chrétienne peut
l’amour et de la vie. et doit accomplir en union étroite avec toute l’Eglise,
Une certaine forme d’activité missionnaire peut à travers les réalités quotidiennes de la vie conjugale
être accomplie déjà à l’intérieur de la famille. Cela se et familiale; de cette manière la famille chrétienne est
vérifie lorsque quelque membre de celle-ci n’a pas la appelée à se sanctifier et à sanctifier la communauté ecclé-
foi ou n’est pas cohérent avec elle dans sa pratique. siale et le monde.
Les autres membres de la famille doivent alors lui
donner un témoignage vécu de leur foi, apte à le sti- Le mariage, sacrement de sanctification
muler et à le soutenir dans son cheminement vers la mutuelle et acte de culte
pleine adhésion au Christ Sauveur(132). 56. Le sacrement de mariage, qui reprend et spéci-
Animée par l’esprit missionnaire déjà au-dedans d’el- fie la grâce sanctificatrice du baptême, est bien une
le-même, l’Eglise domestique est appelée à être un source spéciale et un moyen original de sanctification
signe lumineux de la présence du Christ et de son amour pour les époux et pour la famille chrétienne. En vertu
également pour «ceux qui sont loin», pour les familles du mystère de la mort et de la résurrection du Christ,

26
EXHORTATION APOSTOLIQUE « FAMILIARIS CONSORTIO »

à l’intérieur duquel le mariage chrétien fait entrer à partout à Dieu dans la sainteté de leur vie un culte d’ado-
nouveau, l’amour conjugal est purifié et sanctifié: ration»(143).
«Cet amour, par un don spécial de sa grâce et de sa
charité, le Seigneur a daigné le guérir, le parfaire et Mariage et Eucharistie
l’élever»(138).
Le don de Jésus-Christ n’est pas épuisé dans la 57. Le devoir de sanctification qui incombe à la
célébration du sacrement de mariage, mais il accom- famille chrétienne a sa racine première dans le baptê-
pagne les époux tout au long de leur existence. Le me et sa plus grande expression dans l’Eucharistie à
Concile Vatican II le rappelle explicitement lorsqu’il laquelle le mariage chrétien est intimement lié. Le
dit que Jésus-Christ «continue de demeurer (avec les Concile Vatican II a voulu rappeler la relation spéciale
époux), afin que, par leur don mutuel, (ils) puissent s’ai- qui existe entre l’Eucharistie et le mariage en deman-
mer dans une fidélité perpétuelle, comme lui-même a dant que «le mariage soit célébré ordinairement au
aimé l’Eglise et s’est livré pour elle.... C’est pourquoi cours de la messe»(144): il est absolument nécessai-
les époux chrétiens, pour accomplir dignement les re de découvrir et d’approfondir cette relation, si on
devoirs de leur état, sont fortifiés et comme consa- veut comprendre et vivre intensément les grâces et les
crés par un sacrement spécial; en accomplissant leur responsabilités du mariage et de la famille chrétien-
mission conjugale et familiale avec la force de ce ne.
sacrement, pénétrés de l’Esprit du Christ qui imprègne L’Eucharistie est la source même du mariage chré-
toute leur vie de foi, d’espérance et de charité, ils par- tien. Le sacrifice eucharistique, en effet, représente
viennent de plus en plus à leur perfection personnel- l’alliance d’amour entre le Christ et l’Eglise, en tant
le et à leur sanctification mutuelle; c’est ainsi qu’en- qu’elle a été scellée par le sang de sa croix(145). C’est
semble ils contribuent à la glorification de Dieu»(139). dans ce sacrifice de la nouvelle et éternelle Alliance
La vocation universelle à la sainteté s’adresse aussi que les époux chrétiens trouvent la source jaillissan-
aux époux et aux parents chrétiens: pour eux, elle est te qui modèle intérieurement et vivifie constamment
spécifiée par la célébration du sacrement et traduite leur alliance conjugale. En tant que représentation du
concrètement dans la réalité propre de l’existence conju- sacrifice d’amour du Christ pour l’Eglise, l’Eucharistie
gale et familiale(140). C’est là que prennent naissan- est source de charité. Et dans le don eucharistique de
ce la grâce et l’exigence d’une authentique et profon- la charité, la famille chrétienne trouve le fondement
de spiritualité conjugale et familiale, qui s’inspire des et l’âme de sa «communion» et de sa «mission»: le
thèmes de la création, de l’alliance, de la croix, de la Pain eucharistique fait des différents membres de la
résurrection et du signe sacramentel, thèmes sur les- communauté familiale un seul corps, une manifestation
quels le Synode est revenu à maintes reprises. et une participation à la vaste unité de l’Eglise;
Le mariage chrétien, comme tous les sacrements d’autre part, la participation au Corps «livré» et au Sang
«qui ont pour fin de sanctifier les hommes, d’édifier le «versé» du Christ devient pour la famille chrétienne
Corps du Christ, enfin de rendre le culte à Dieu»(141), une source inépuisable de dynamisme missionnaire
est en lui-même un acte liturgique de glorification de et apostolique.
Dieu dans le Christ Jésus et dans l’Eglise. En le célé-
brant, les époux chrétiens proclament leur reconnais- Le sacrement de la conversion
sance envers Dieu pour le don sublime qui leur a été et de la réconciliation
accordé de pouvoir revivre dans leur existence conju- 58. L’accueil de l’appel évangélique à la conversion
gale et familiale l’amour même de Dieu pour les hommes adressé à tous les chrétiens, parfois infidèles à la
et du Seigneur Jésus pour l’Eglise, son Epouse. «nouveauté» du baptême qui les a constitués «saints»,
Et de même que le don et l’obligation de vivre chaque est un élément essentiel et permanent du devoir de
jour la sainteté reçue découlent pour les époux du sacre- sanctification incombant à la famille chrétienne. La
ment de mariage, de même la grâce et l’obligation mora- famille chrétienne elle-même n’est pas toujours
le de transformer toute leur vie en un continuel sacri- cohérente avec la loi de la grâce et de la sainteté bap-
fice spirituel (142) découlent de ce même sacrement. tismale, proclamée de nouveau par le sacrement de
C’est également aux époux et aux parents chrétiens, mariage.
en particulier dans le domaine des réalités terrestres Le repentir et le pardon mutuel au sein de la famil-
et temporelles qui caractérisent leur existence, que le chrétienne, si importants dans la vie quotidienne,
s’appliquent les paroles du Concile: «C’est ainsi que trouvent leur moment sacramentel spécifique dans la
les laïcs consacrent à Dieu le monde lui-même, rendant pénitence chrétienne. Au sujet des époux, Paul VI

la documentation catholique • 3 janvier 1982 • N° 1821 27


écrivait dans l’encyclique Humanae vitae: «Si le de la présence aimante de Dieu dans l’histoire de la
péché avait encore prise sur eux, qu’ils ne se décou- famille, et ces événements doivent aussi devenir un
ragent pas, mais qu’ils recourent avec une humble moment favorable d’action de grâces, de supplication
persévérance à la miséricorde de Dieu, qui est accor- et d’abandon confiant de la famille entre les mains du
dée en abondance dans le sacrement de pénitence»(146). Père commun qui est aux cieux. D’autre part, la digni-
La célébration de ce sacrement acquiert une signi- té et la responsabilité de la famille chrétienne comme
fication particulière au plan de la vie familiale: déjà, dans Eglise domestique ne peuvent être vécues qu’avec l’ai-
la foi, les époux et tous les membres de la famille décou- de continuelle de Dieu, qui lui sera immanquable-
vrent que le péché contredit l’alliance avec Dieu et aussi ment accordée si elle est implorée dans la prière avec
l’alliance entre époux et la communion de la famille; confiance et humilité.
ils sont conduits maintenant à la rencontre de Dieu
«riche en miséricorde»(147), lequel, en accordant son Educateurs de la prière
amour plus puissant que le péché(148), reconstruit et 60. Sur la base de leur dignité et de leur mission,
perfectionne l’alliance conjugale et la communion fami- les parents chrétiens ont le devoir spécifique d’édu-
liale. quer leurs enfants à la prière, de les introduire à la
découverte progressive du mystère de Dieu et à l’en-
La prière familiale tretien personnel avec lui: «C’est surtout dans la
59. L’Eglise prie pour la famille chrétienne et l’éduque famille chrétienne, riche des grâces et des exigences
à vivre en généreuse cohérence avec le don et le rôle du sacrement de mariage, que dès leur plus jeune âge
sacerdotaux, reçus du Christ, Souverain Prêtre. En réa- les enfants doivent, conformément à la foi reçue au bap-
lité, le sacerdoce baptismal des fidèles, vécu dans le tême, apprendre à découvrir Dieu et à l’honorer ainsi
mariage-sacrement, constitue pour les époux et pour qu’à aimer le prochain»(151).
la famille le fondement d’une vocation et d’une mis- L’exemple concret, autrement dit le témoignage vivant
sion sacerdotales par lesquelles leur existence quoti- des parents, est un élément fondamental et irrempla-
dienne se transforme en un «sacrifice spirituel agréable çable de l’éducation à la prière: c’est seulement en priant
à Dieu par l’intermédiaire de Jésus-Christ»(149): avec leurs enfants que le père et la mère, tandis qu’ils
c’est ce qui se produit, non seulement par la célébra- accomplissent leur sacerdoce royal, pénètrent pro-
tion de l’Eucharistie et des autres sacrements et par fondément le cœur de leurs enfants, en y laissant des
l’offrande d’eux-mêmes à la gloire de Dieu, mais aussi traces que les événements de la vie ne réussiront pas
par la vie de prière, qui est dialogue priant avec le à effacer. Ecoutons de nouveau l’appel que le Pape
Père par Jésus-Christ dans l’Esprit-Saint. Paul VI a adressé aux parents: «Mamans, apprenez-
La prière familiale a ses caractéristiques. Elle est une vous à vos petits les prières du chrétien? Les prépa-
prière faite en commun: mari et femme ensemble, parents rez-vous, en collaboration avec les prêtres, aux sacre-
et enfants ensemble. La communion dans la prière ments du premier âge: la confession, la communion,
est à la fois un fruit et une exigence de cette commu- la confirmation? Les habituez-vous, s’ils sont
nion qui est donnée par les sacrements de baptême et malades, à penser aux souffrances du Christ, à invo-
de mariage. Aux membres de la famille chrétienne peu- quer l’aide de la Sainte Vierge et des Saints? Récitez-
vent s’appliquer de manière spéciale les paroles par les- vous avec eux le Rosaire en famille? Et vous, les
quelles Jésus promet sa présence: «Je vous le dis en pères, savez-vous prier avec vos enfants, avec toute
vérité, si deux d’entre vous, sur la terre, unissent la communauté familiale, au moins quelquefois? Votre
leurs voix pour demander quoi que ce soit, cela leur exemple, accompagné de la droiture de votre pensée
sera accordé par mon Père qui est aux cieux. Que et de vos actes, appuyé par quelques prières communes,
deux ou trois, en effet, soient réunis en mon nom, je vaut bien une leçon de vie. C’est un acte de culte par-
suis là au milieu d’eux»(150). ticulièrement méritoire. Vous apportez ainsi la paix
La prière familiale a comme contenu original la vie entre les murs de votre foyer: «Pax huic domui». Ne
même de la famille qui, à travers ses divers épisodes, l’oubliez pas, c’est ainsi que vous construisez
est interprétée comme une vocation venant de Dieu l’Eglise»(152).
et réalisée comme une réponse filiale à son appel:
joies et peines, espoirs et tristesses, naissances et anni- Prière liturgique et privée
versaires, commémoration du mariage des parents, 61. Entre la prière de l’Eglise et celle de chacun des
départs, absences et retours, choix importants et fidèles, il y a un rapport profond et vital, comme l’a
décisifs, la mort des êtres chers, etc., sont des signes clairement réaffirmé le Concile Vatican II(153). Or, un

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EXHORTATION APOSTOLIQUE « FAMILIARIS CONSORTIO »

but important de la prière de l’Eglise domestique est est aussi, et de manière spéciale, la Mère des familles
de constituer, pour les enfants, une introduction natu- chrétiennes, des Eglises domestiques.
relle à la prière liturgique de l’Eglise entière, aussi
bien dans le sens d’une préparation à la prière litur- Prière et vie
gique que dans le sens d’une extension de celle-ci au 62. On ne devra jamais oublier que la prière est une
domaine de la vie personnelle, familiale et sociale. D’où partie constitutive essentielle de la vie chrétienne; cul-
la nécessité d’une participation progressive de tous tivée dans sa totalité et comme une réalité centrale,
les membres de la famille chrétienne à l’Eucharistie, elle appartient même à notre «humanité»: elle est «l’ex-
surtout le dimanche et les jours de fête, et aux autres pression première de la vérité intérieure de l’homme,
sacrements, en particulier ceux de l’initiation chré- la condition première de l’authentique liberté de l’es-
tienne des enfants. Les directives conciliaires ont ouvert prit»(156).
une nouvelle possibilité à la famille chrétienne, qui a C’est pourquoi la prière ne représente pas du tout
été comptée parmi les groupes auxquels la récitation une évasion des tâches quotidiennes, mais elle
en commun de l’Office divin a été recommandée(154). constitue l’impulsion qui porte plus fortement la
La famille chrétienne aura également soin de célé- famille chrétienne à assumer ses responsabilités de cel-
brer, même à la maison et de manière adaptée aux lule première et fondamentale de la société humaine
membres présents, les périodes et les fêtes liturgiques. et à s’en acquitter pleinement. En ce sens, la partici-
Pour préparer et prolonger à la maison le culte célé- pation effective à la vie et à la mission de l’Eglise dans
bré à l’église, la famille chrétienne recourt à la prière le monde est proportionnelle à la fidélité et à l’inten-
privée, qui présente une grande variété de formes: cette sité de la prière par laquelle la famille chrétienne
variété, tout en témoignant de l’extraordinaire s’unit à la Vigne féconde qu’est le Christ Seigneur(157).
richesse de la prière chrétienne animée par l’Esprit La fécondité de la famille chrétienne au plan de son
Saint, répond aux diverses exigences et situations service spécifique de promotion humaine, qui de soi
concrètes de celui qui se tourne vers le Seigneur. Outre ne peut pas ne pas contribuer à la transformation du
les prières du matin et du soir, sont à conseiller monde, découle aussi de l’union vitale avec le Christ,
expressément, conformément d’ailleurs aux indications alimentée par la liturgie, par l’offrande de soi-même
des Pères du Synode, la lecture et la méditation de la et par la prière(158).
Parole de Dieu, la préparation aux sacrements, la
dévotion et la consécration au Cœur de Jésus, les dif- 3) La famille chrétienne,
férentes formes de piété envers la Vierge Marie, la communauté au service de l’homme,
bénédiction de la table, les pratiques de dévotion Le commandement nouveau de l’amour
populaire. 63. L’Eglise, peuple prophétique, sacerdotal et
Dans le respect de la liberté des fils de Dieu, royal, a la mission d’orienter tous les hommes vers l’ac-
l’Eglise a proposé et continue de proposer aux fidèles cueil, dans la foi, de la Parole de Dieu, vers la célébra-
quelques pratiques de piété avec une insistance parti- tion et la proclamation de celle-ci dans les sacrements
culière. Parmi celles-ci, il faut rappeler la récitation et dans la prière, et enfin vers sa manifestation à tra-
du chapelet: «Nous voudrions maintenant, en conti- vers les réalités concrètes de la vie conformément au
nuité avec les intentions de nos prédécesseurs, recom- don et au commandement nouveau de l’amour.
mander vivement la récitation du Rosaire en famille... La vie chrétienne trouve sa loi, non dans un code
Il n’y a pas de doute que le chapelet de la Vierge écrit, mais dans l’action personnelle du Saint-Esprit qui
Marie doit être considéré comme une des plus excel- anime et guide le chrétien, c’est-à-dire dans «la loi de
lentes et des plus efficaces «prières en commun» que l’Esprit, qui donne la vie dans le Christ Jésus»(159):
la famille chrétienne est invitée à réciter. Nous «L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le
aimons penser, en effet, et nous espérons vivement que Saint-Esprit qui nous fut donné»(160).
si la rencontre familiale devient un temps de prière, le Cela vaut également pour le couple et pour la famil-
Rosaire en est une expression fréquente et appré- le chrétienne: leur guide et leur règle est l’Esprit de
ciée»(155). Ainsi, la vraie dévotion mariale, qui s’ex- Jésus, répandu dans les cœurs par la célébration du
prime dans des relations sincères avec la Vierge et dans sacrement de mariage. En continuité avec le baptême
l’imitation de ses attitudes spirituelles, constitue un dans l’eau et dans l’Esprit, le mariage propose à nou-
instrument privilégié pour alimenter la communion veau la loi évangélique de l’amour, et par le don de
d’amour de la famille et pour développer la spirituali- l’Esprit la grave plus profondément dans le cœur des
té conjugale et familiale. La Mère du Christ et de l’Eglise époux chrétiens: leur amour, purifié et sauvé, est un

la documentation catholique • 3 janvier 1982 • N° 1821 29


fruit de l’Esprit qui agit dans le cœur des croyants et «Pour que cet exercice de la charité soit toujours au-
se manifeste en même temps comme le commande- dessus de toute critique et apparaisse comme tel, il faut
ment fondamental de la vie morale qui s’impose à leur voir dans le prochain l’image de Dieu selon laquelle il
liberté responsable. a été créé et le Christ notre Seigneur à qui est offert
La famille chrétienne est ainsi animée et guidée par en réalité tout ce qui est donné au pauvre»(163).
la loi nouvelle de l’Esprit Saint, et elle est appelée à La famille chrétienne, tout en construisant l’Eglise
vivre son «service» d’amour de Dieu et du prochain dans la charité, se met au service de l’homme et du
en étroite communion avec l’Eglise, peuple royal. monde, en réalisant vraiment la «promotion humai-
Comme le Christ exerce son pouvoir royal en se met- ne» dont les différents aspects ont été synthétisés dans
tant au service des hommes(161), de même le chré- le message du Synode aux familles: «Une autre tâche
tien trouve le sens authentique de sa participation à la de la famille est celle de former les hommes à l’amour
royauté de son Seigneur en partageant l’esprit et l’at- et de vivre l’amour dans tous les rapports avec les autres,
titude de service qui furent les siens envers l’homme: de manière que la famille ne se ferme pas sur elle-même
«Ce pouvoir, il (le Christ) l’a communiqué à ses dis- mais qu’elle demeure ouverte à la communauté, y étant
ciples, pour qu’ils soient eux aussi établis dans la poussée par le sens de la justice et par le souci des
liberté royale, et que, par le renoncement à eux-mêmes autres, comme par le devoir de sa propre responsabi-
et par une vie sainte, ils vainquent en eux le règne du lité envers la société tout entière»(164).
péché (cf. Rm 6, 12), bien plus, pour que, servant le
Christ également dans les autres, ils puissent, dans QUATRIÈME PARTIE
l’humilité et la patience, conduire leurs frères jus-
qu’au Roi dont il est dit que le servir c’est régner. En LA PASTORALE FAMILIALE :
effet, le Seigneur désire étendre son règne également ÉTAPES, STRUCTURES, RÉSPONSABLES
par les fidèles laïcs: règne de vérité et de vie, règne ET SITUATIONS
de sainteté et de grâce, règne de justice, d’amour et
de paix; dans ce règne, la création elle-même sera I - Les étapes de la pastorale
délivrée de l’esclavage de la corruption pour connaître Familiale
la liberté glorieuse des fils de Dieu (cf Rm 8,21)»(162).
L’Eglise accompagne la famille chrétienne
Découvrir en tout frère l’image de Dieu dans son cheminement
64. Animée et soutenue par le commandement 65. Comme toute réalité vivante, la famille est
nouveau de l’amour, la famille chrétienne vit l’accueil, appelée elle aussi à se développer et à croître. Après
le respect, le service de tout homme, considéré tou- la préparation des fiançailles et la célébration sacra-
jours dans sa dignité de personne et de fils de Dieu. mentelle du mariage, le couple commence son chemi-
Il doit en être ainsi, tout d’abord à l’intérieur et au nement quotidien vers la mise en œuvre progressive
bénéfice du couple et de la famille, grâce à l’engage- des valeurs et des devoirs du mariage même.
ment quotidien dans la promotion d’une authentique A la lumière de la foi et en vertu de l’espérance, la
communauté de personnes, fondée et alimentée par famille chrétienne participe elle aussi, en communion
la communion des cœurs. Ensuite, ce comportement avec l’Eglise, à l’expérience du pèlerinage terrestre
doit se développer dans le cercle plus vaste de la com- vers la pleine révélation et la réalisation du Royaume
munauté ecclésiale, à l’intérieur de laquelle la famille de Dieu.
chrétienne est insérée: grâce à la charité de la famil- Il y a donc lieu de souligner une fois encore l’ur-
le, l’Eglise peut et doit assumer une dimension plus gence de l’intervention pastorale de l’Eglise pour
familiale, en adoptant un style de relations plus soutenir la famille. Il est nécessaire de faire tous les
humain et plus fraternel. efforts possibles pour que la pastorale de la famille
La charité dépasse l’horizon des frères dans la foi, s’affermisse et se développe, en se consacrant à un sec-
parce que «tout homme est mon frère»; en chaque teur vraiment prioritaire, avec la certitude que l’évan-
homme, surtout s’il est pauvre, faible, souffrant et injus- gélisation, à l’avenir, dépend en grande partie de l’Eglise
tement traité, la charité sait découvrir le visage du Christ domestique(165).
et un frère à aimer et à servir. La sollicitude pastorale de l’Eglise ne se limitera
Pour que le service de l’homme soit vécu par la pas seulement aux familles chrétiennes les plus proches
famille de manière évangélique, il faudra s’empresser mais, en élargissant ses propres horizons à la mesure
de mettre en œuvre ce que dit le Concile Vatican II: du Cœur du Christ, elle se montrera encore plus acti-

30
EXHORTATION APOSTOLIQUE « FAMILIARIS CONSORTIO »

ve pour l’ensemble des familles en général et pour nalité particulière, avec ses propres forces et aussi
celles, en particulier, qui se trouvent dans des situa- ses faiblesses. C’est la période durant laquelle on
tions difficiles ou irrégulières. Pour toutes, l’Eglise aura inculque peu à peu l’estime pour toute valeur humai-
une parole de vérité, de bonté, de compréhension, d’es- ne authentique, dans les rapports interpersonnels
pérance, de participation profonde à leurs difficultés comme dans les rapports sociaux, avec ce que cela com-
parfois dramatiques; à toutes, elle offrira son aide désin- prend pour la formation du caractère, pour la maîtrise
téressée afin qu’elles puissent se rapprocher du de soi et l’usage correct de ses propres inclinations,
modèle de famille que le Créateur a voulu dès le pour la manière de considérer et de rencontrer les
«commencement» et que le Christ a rénové par sa grâce personnes de l’autre sexe, et ainsi de suite. En outre,
rédemptrice. spécialement pour les chrétiens, est requise une soli-
L’action pastorale de l’Eglise doit être progressive en de formation spirituelle et catéchétique, qui sache mon-
ce sens, entre autres, qu’elle doit suivre la famille en trer dans le mariage une véritable vocation et mis-
l’accompagnant pas à pas dans les diverses étapes de sion, sans exclure la possibilité du don total de soi à
sa formation et de son développement. Dieu dans la vocation sacerdotale ou religieuse.
Sur cette base s’appuiera ensuite - et c’est là une
La préparation œuvre de longue haleine - la préparation prochaine: à
66. De nos jours, la préparation des jeunes au partir de l’âge opportun et avec une catéchèse adéquate,
mariage et à la vie familiale est plus nécessaire que un peu comme pour le cheminement catéchuménal,
jamais. Dans certains pays, ce sont encore les elle comporte une préparation plus spécifique aux sacre-
familles qui, selon d’antiques usages, se réservent de ments, comme si on les redécouvrait. Cette catéchè-
transmettre aux jeunes les valeurs concernant la vie se rénovée de tous ceux qui se préparent au mariage
matrimoniale et familiale, par un système progressif chrétien est tout à fait nécessaire, afin que le sacrement
d’éducation ou d’initiation. Mais les changements soit célébré et vécu avec les dispositions morales et
survenus au sein de presque toutes les sociétés spirituelles qui conviennent. La formation religieuse
modernes exigent que non seulement la famille, mais des fiancés devra être complétée, au moment voulu
aussi la société et l’Eglise, soient engagées dans l’ef- et selon les diverses exigences concrètes, par une
fort de préparation adéquate des jeunes aux respon- préparation à la vie à deux: une telle préparation, en
sabilités de leur avenir. Beaucoup de phénomènes néga- présentant le mariage comme un rapport interpersonnel
tifs que l’on déplore aujourd’hui dans la vie familiale de l’homme et de la femme à développer de façon conti-
viennent du fait que, dans les nouvelles situations, les nuelle, devra les encourager à approfondir les problèmes
jeunes ont perdu de vue la juste hiérarchie des de la sexualité conjugale et de la paternité respon-
valeurs et que, ne possédant plus de critères sûrs de sable, avec les connaissances essentielles qui leur sont
comportement, ils ne savent plus comment affronter connexes dans l’ordre biologique et médical, et les ame-
et résoudre les nouvelles difficultés. L’expérience ner à se familiariser avec de bonnes méthodes d’édu-
enseigne pourtant que les jeunes bien préparés à la cation des enfants, en favorisant l’acquisition des élé-
vie familiale réussissent en général mieux que les autres. ments de base pour une conduite ordonnée de la famille
Cela vaut encore plus pour le mariage chrétien, (travail stable, disponibilité financière suffisante, sage
dont l’influence s’étend sur la sainteté de tant d’hommes administration, notion d’économie familiale, etc.).
et de femmes. C’est pourquoi l’Eglise doit promou- Enfin, on ne devra pas négliger la préparation à l’apos-
voir des programmes meilleurs et plus intensifs de pré- tolat familial, à la fraternité et à la collaboration avec
paration au mariage, pour éliminer le plus possible les les autres familles, à l’insertion active dans des groupes,
difficultés dans lesquelles se débattent tant de couples, associations, mouvements et initiatives ayant pour fina-
et plus encore pour conduire positivement les mariages lité le bien humain et chrétien de la famille.
à la réussite et à la pleine maturité. La préparation immédiate à la célébration du sacre-
La préparation au mariage est à considérer et à réa- ment de mariage doit avoir lieu dans les derniers
liser comme un processus graduel et continu. Elle com- mois et notamment dans les dernières semaines qui
porte en effet trois principales étapes: préparation éloi- précèdent les noces de manière à donner une nouvel-
gnée, prochaine et immédiate. le signification, un nouveau contenu et un nouvelle
La préparation éloignée commence dès l’enfance, selon forme à ce qu’on appelle l’enquête pré-matrimoniale
la sage pédagogie familiale qui vise à conduire les enfants requise par le droit canonique. Nécessaire dans tous
à se découvrir eux-mêmes comme doués d’une psy- les cas, une telle préparation s’impose avec plus d’ur-
chologie à la fois riche et complexe, et d’une person- gence pour les fiancés qui présenteraient encore des

la documentation catholique • 3 janvier 1982 • N° 1821 31


déficiences et des difficultés en matière de doctrine pour tout ce qui regarde le libre consentement, les
et de pratique chrétienne. empêchements, la forme canonique et le rite même
Parmi les éléments à communiquer dans ce chemi- de la célébration. Ce rite doit être simple et digne,
nement de foi, analogue au catéchuménat, il doit y avoir accompli selon les normes des Autorités compé-
aussi une connaissance approfondie du mystère du tentes de l’Eglise; il revient d’ailleurs à celles-ci -
Christ et de l’Eglise, de ce que signifient la grâce et la selon les circonstances concrètes de temps et de lieu
responsabilité inhérentes au mariage chrétien, sans et en conformité avec les normes établies par le
compter la préparation à prendre une part active et Siège Apostolique(167) - d’assumer éventuellement
consciente aux rites de la liturgie nuptiale. dans la célébration liturgique les éléments propres à
La famille chrétienne et toute la communauté chaque culture susceptibles de mieux exprimer la
ecclésiale doivent se sentir engagées dans les profonde signification humaine et religieuse du pacte
diverses phases de la préparation au mariage, dont nous conjugal, pourvu qu’ils ne contiennent rien qui s’écar-
avons tracé seulement les grandes lignes. Il est sou- te de la foi et de la morale chrétiennes.
haitable que les Conférences épiscopales, étant inté- En tant que signe, la célébration liturgique doit se
ressées aux initiatives qui conviennent pour aider les dérouler de manière à constituer, même dans sa réa-
futurs époux à être plus conscients du sérieux de leur lité extérieure, une proclamation de la Parole de Dieu
choix et les pasteurs d’âmes à s’assurer qu’ils ont les et une profession de foi de la communauté des croyants.
dispositions voulues, s’emploient à ce que soit pro- L’effort pastoral portera ici sur l’utilisation intelligen-
mulgué un Directoire pour la pastorale de la famille. Dans te et diligente de la «Liturgie de la Parole», et sur
celui-ci, ils devront fixer, avant tout, les éléments indis- l’éducation de la foi de ceux qui participent à la célé-
pensables du contenu, de la durée et de la méthode bration et, en premier lieu, des futurs époux.
des «cours de préparation», en équilibrant entre eux En tant que geste sacramentel de l’Eglise, la célébra-
les divers aspects - doctrinaux, pédagogiques, légaux tion liturgique du mariage doit engager la communau-
et médicaux qui concernent le mariage, et en les té chrétienne, grâce à une participation pleine, active
organisant de manière à permettre à ceux qui se pré- et responsable de toutes les personnes présentes,
parent au mariage, non seulement de bénéficier d’un chacune selon sa place et son rôle: les époux, le
approfondissement intellectuel, mais de se sentir pous- prêtre, les témoins, les parents, les amis, les autres
sés à s’insérer de façon active dans la communauté fidèles, bref tous les membres d’une assemblée qui
ecclésiale. manifeste et vit le mystère du Christ et de son Eglise.
Bien que le caractère nécessaire et obligatoire de la Pour la célébration du mariage chrétien dans le
préparation immédiate au mariage ne doive pas être cadre des cultures ou des traditions ancestrales, il
sous-estimé - cela arriverait si l’on en dispensait faci- faut suivre les principes énoncés ci-dessus.
lement -, une telle préparation doit toujours être pro-
posée et réalisée de manière que son omission éven- Célébration du mariage et évangélisation des
tuelle ne constitue pas un empêchement à la célébration baptisés non croyants
des noces. 68. Précisément parce que, dans la célébration du
mariage, une attention toute spéciale doit être réser-
La célébration vée aux dispositions morales et spirituelles des
67. Le mariage chrétien requiert - telle est la époux, en particulier à leur foi, il faut aborder ici une
norme - une célébration liturgique qui exprime de façon difficulté qui n’est pas rare, et que peuvent rencon-
sociale et communautaire la nature essentiellement trer les pasteurs de l’Eglise dans le contexte de notre
ecclésiale et sacramentelle du pacte conjugal entre société sécularisée.
les baptisés. En effet, la foi de celui qui demande à l’Eglise de bénir
En tant que geste sacramentel de sanctification, la célé- son mariage peut exister à des degrés divers, et c’est
bration du mariage, insérée dans la liturgie qui est le le devoir fondamental des pasteurs de la faire redé-
sommet de toute l’action de l’Eglise et la source de sa couvrir, de la nourrir et de l’amener à maturité. Mais
force sanctificatrice(166), doit être par elle-même ils doivent aussi comprendre les raisons qui conseillent
valide, digne et fructueuse. La sollicitude pastorale à l’Eglise d’admettre à la célébration même celui qui
trouve ici un vaste champ d’application si l’on veut est imparfaitement disposé.
répondre pleinement aux exigences découlant de la Parmi tous les sacrements, celui du mariage a ceci
nature du pacte conjugal élevé au rang de sacrement, de spécifique d’être le sacrement d’une réalité qui exis-
et aussi observer fidèlement la discipline de l’Eglise te déjà dans l’ordre de la création, d’être le pacte

32
EXHORTATION APOSTOLIQUE « FAMILIARIS CONSORTIO »

conjugal institué par le Créateur «au commencement». mettre en doute la sacramentalité de nombreux mariages
Par conséquent, la décision de l’homme et de la de frères qui ne sont pas en pleine communion avec
femme de s’épouser selon ce projet divin, autrement l’Eglise catholique, et cela en contradiction avec la
dit la décision d’engager toute leur vie par leur tradition ecclésiale.
consentement conjugal irrévocable dans un amour indis- Lorsque, au contraire, malgré toutes les tentatives
soluble et dans une fidélité sans conditions, implique qu’on a pu faire, les fiancés manifestent leur refus expli-
réellement, même si ce n’est pas d’une manière plei- cite et formel de ce que l’Eglise entend faire quand
nement consciente, une attitude de profonde obéis- est célébré un mariage de baptisés, le pasteur d’âmes
sance à la volonté de Dieu, qui ne peut exister sans sa ne peut les admettre à la célébration. Même si c’est à
grâce. Ils sont donc déjà entrés dans un véritable che- contrecœur, il a le devoir de prendre acte de la situa-
minement de salut, que la célébration du sacrement tion et de faire comprendre aux intéressés que, les
et sa préparation immédiate peuvent compléter et choses étant ce qu’elles sont, ce n’est pas l’Eglise, mais
porter à terme, étant donné la rectitude de leur inten- eux-mêmes qui empêchent la célébration que pour-
tion. tant ils demandent.
Il est vrai, d’autre part, que, en certains territoires, Encore une fois apparait dans toute son urgence la
des motifs de caractère plus social qu’authentiquement nécessité d’une évangélisation et d’une catéchèse
religieux poussent les fiancés à demander de se pré-matrimoniales et post-matrimoniales à mettre en
marier à l’église. Cela n’est pas étonnant. Le mariage, œuvre par toute la communauté chrétienne, pour
en effet, n’est pas un événement qui regarde seulement permettre à tout homme et à toute femme qui se marient
ceux qui se marient. Il est aussi, par sa nature même, de célébrer le sacrement de mariage non seulement
un fait social qui engage les époux devant la société. validement, mais encore avec fruit.
Et depuis toujours sa célébration a été une fête qui
unit familles et amis. Il va donc de soi que des motifs Pastorale post-matrimoniale
sociaux entrent, en même temps que des motifs per- 69. La sollicitude pastorale pour la famille réguliè-
sonnels, dans la demande du mariage à l’église. rement constituée signifie, concrètement, l’engage-
Cependant, il ne faut pas oublier que ces fiancés, en ment de toutes les instances de la communauté
vertu de leur baptême, sont déjà réellement insérés ecclésiale locale pour aider le couple à découvrir et à
dans l’Alliance nuptiale du Christ avec l’Eglise, qu’avec vivre sa vocation et sa mission nouvelles. Pour que la
une intention droite ils ont accueilli le projet de Dieu famille devienne toujours davantage une vraie com-
sur le mariage et que, par conséquent, au moins munauté d’amour, il est nécessaire que tous ses membres
implicitement, ils consentent à ce que l’Eglise entend soient aidés et formés à leurs responsabilités en face
faire lorsqu’elle célèbre le mariage. Aussi, le seul fait des nouveaux problèmes qui se présentent, au servi-
que, dans leur demande, il entre également des ce réciproque, à la participation à la vie de la famille.
motifs de caractère social, ne justifie pas un refus Cela vaut surtout pour les jeunes familles qui, se trou-
éventuel de la part des pasteurs. Du reste, comme l’a vant dans un contexte de nouvelles valeurs et de nou-
enseigné le Concile Vatican II, les sacrements, grâce velles responsabilités, sont plus exposées, spéciale-
aux paroles et aux éléments du rite, nourrissent et ment dans les premières années du mariage, à
fortifient la foi(168), cette foi vers laquelle les fiancés d’éventuelles difficultés, comme celles qui proviennent
sont déjà en chemin en vertu de la rectitude de leur de l’adaptation à la vie en commun ou de la naissance
intention, que la grâce du Christ ne manque assuré- des enfants. Les jeunes époux sauront accueillir cor-
ment pas de favoriser et de soutenir. dialement et utiliser intelligemment l’aide discrète,
Au-delà de toutes ces considérations, vouloir éta- délicate et généreuse d’autres couples qui vivent déjà
blir, pour l’admission à la célébration ecclésiale du maria- depuis un certain temps l’expérience du mariage et
ge, d’autres critères qui concerneraient le degré de de la famille. Ainsi, au sein de la communauté ecclé-
foi des fiancés, comporte de graves risques: avant siale - grande famille formée de familles chrétiennes
tout, celui de prononcer des jugements non suffisam- - se réalisera un échange mutuel, fait de présence et
ment fondés et discriminatoires; le risque ensuite de d’entraide, entre toutes les familles, chacune mettant
soulever des doutes sur la validité de mariages déjà au service des autres son expérience humaine,
célébrés, non sans grave dommage pour les commu- comme aussi les dons de la foi et de la grâce. Animée
nautés chrétiennes, et de susciter de nouvelles par un véritable esprit apostolique, cette entraide de
inquiétudes injustifiées dans la conscience des époux. famille à famille constituera l’un des moyens les plus
On tomberait dans le danger de contester ou de simples, les plus efficaces et à la porté de tous pour

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répandre de proche en proche les valeurs chrétiennes de la famille. Tout plan de pastorale organique, à quelque
qui sont le point de départ et le point d’aboutissement niveau que ce soit, ne peut jamais omettre de prendre
de toute charge pastorale. De cette façon, les jeunes en considération la pastorale de la famille.
familles ne se borneront pas à recevoir, mais à leur tour, C’est à la lumière d’une telle responsabilité qu’il
grâce à cette aide, elles deviendront, par leur témoi- faut comprendre aussi l’importance d’une préparation
gnage de vie et leur contribution active, une source adéquate pour tous ceux qui seront plus spécifiquement
d’enrichissement pour les autres familles qui sont engagés dans ce genre d’apostolat. Les prêtres, les reli-
fondées depuis un certain temps. gieux et les religieuses, dès le temps de leur formation,
Dans l’action pastorale vis-à-vis des jeunes familles, seront orientés et formés de manière progressive et
l’Eglise devra aussi s’appliquer spécialement à les édu- adaptée à leurs tâches respectives. Entre autres ini-
quer à vivre l’amour conjugal de façon responsable, tiatives, il me plaît de souligner la récente création à
en rapport avec ses exigences de communion et de ser- Rome, auprès de l’Université pontificaIe du Latran,
vice de la vie, et de même leur apprendre à concilier d’un Institut supérieur consacré à l’étude des problèmes
l’intimité de la vie de foyer avec la tâche généreuse de la famille. Dans certains diocèses également des
qui incombe à tous d’édifier l’Eglise et la société humai- Instituts de ce genre ont été fondés; les évêques devront
ne. Lorsque, avec la venue des enfants, le couple devient faire en sorte que le plus grand nombre possible de
une famille au sens plénier et spécifique du terme, prêtres y fréquentent des cours spécialisés, avant d’as-
l’Eglise sera encore proche des parents pour leur per- sumer des responsabilités paroissiales. Ailleurs, des-
mettre d’accueillir leurs enfants et de les aimer comme cours de formation sont périodiquement donnés par les
un don reçu du Seigneur de la vie, en assumant avec Instituts supérieurs d’études théologiques et pasto-
joie la fatigue de les servir dans leur croissance rales. De telles initiatives seront encouragées, soute-
humaine et chrétienne. nues, multipliées et évidemment ouvertes aussi aux
laïcs qui y apporteront leur concours professionnel pour
II - Structures de la Pastorale aider la famille (au plan de la médecine, du droit, de la
Familiale psychologie, de la sociologie, de l’éducation).

L’action pastorale est toujours l’expression dynamique La famille


de la réalité de l’Eglise engagée dans sa mission de 71. Mais surtout on doit reconnaître la place singu-
salut. La pastorale familiale, forme particulière et lière que tient en ce domaine la mission des conjoints
spécifique de la pastorale, trouve elle aussi dans l’Eglise et des familles chrétiennes, en vertu de la grâce
le principe de son action et son protagoniste respon- reçue dans le sacrement. Une telle mission doit être
sable, à travers ses structures et ses membres actifs. mise au service de l’édification de l’Eglise, de la construc-
tion du Royaume de Dieu dans l’histoire. Cela est requis
La communauté ecclésiale comme un acte d’obéissance docile au Christ Seigneur.
et en particulier la paroisse C’est lui qui, en effet, par le mariage des baptisés
70. Communauté à la fois sauvée et salvatrice, l’Eglise élevé au rang de sacrement, confère aux époux chré-
doit être considérée ici dans sa double dimension uni- tiens une mission particulière d’apôtres, en les envoyant
verselle et particulière. Celle-ci s’exprime et se réali- comme ouvriers dans sa vigne et, de façon toute spé-
se dans la communauté diocésaine, divisée pour des ciale, dans le champ de la famille.
raisons pastorales en communautés plus petites Dans cette activité, les époux chrétiens agissent en
parmi lesquelles la paroisse a une place à part, vu son communion et en collaboration avec les autres membres
importance particulière. de l’Eglise qui œuvrent aussi en faveur de la famille,
La communion avec l’Eglise universelle, loin de en faisant fructifier leurs dons et leurs ministères. Ils
porter atteinte à la valeur et à l’originalité des accompliront cet apostolat avant tout au sein de leur
diverses Eglises particulières, les garantit et les propre famille, par le témoignage d’une vie vécue en
développe; ces dernières demeurent en effet les agents conformité avec la loi divine sous tous ses aspects,
les plus immédiats et les plus efficaces pour mettre par la formation chrétienne des enfants, par l’aide appor-
en œuvre la pastorale familiale. En ce sens, chaque tée à leur maturation dans la foi, par l’éducation à la
Eglise locale et, en termes plus particuliers, chaque chasteté, par la préparation à la vie, par le soin accor-
communauté paroissiale doit prendre une plus vive dé à les préserver des dangers idéologiques et
conscience de la grâce et de la responsabilité qu’elle moraux dont souvent ils sont menacés, par leur inser-
reçoit du Seigneur en vue de promouvoir la pastorale tion progressive, avec responsabilité, dans la commu-

34
EXHORTATION APOSTOLIQUE « FAMILIARIS CONSORTIO »

nauté ecclésiale et dans la communauté civile, par naturelles conformes à la dignité humaine et à la doc-
l’assistance et les conseils dans le choix de leur voca- trine de l’Eglise. D’autres visent la construction d’un
tion, par l’aide mutuelle entre les membres de la monde plus équitable et plus humain, la promotion de
famille pour leur croissance commune au plan humain lois justes favorisant l’ordre social qui convient dans
et chrétien, et ainsi de suite. Par ailleurs, l’apostolat le plein respect de la dignité et de toutes les libertés
de la famille s’épanouira sous forme d’œuvres de cha- légitimes de l’individu et de la famille, au niveau
rité spirituelle et matérielle envers les autres national comme au niveau international, la collabora-
familles, spécialement envers celles qui ont le plus tion avec l’école et avec les autres institutions qui
besoin d’entraide et de soutien, envers les pauvres, complètent l’éducation des enfants, et ainsi de suite.
les malades, les personnes âgées, les handicapés, les
orphelins, les veuves, les époux abandonnés, les mères III - Les responsables
célibataires et celles qui, dans des situations difficiles, de la Pastorale Familiale
sont tentées de se défaire du fruit de leur sein, etc.
En plus de la famille - qui est l’objet, mais avant tout
Les associations de familles le sujet de la pastorale familiale -, il convient de rap-
au service des familles peler aussi les autres responsables principaux dans
72. Toujours dans le cadre de l’Eglise, sujet respon- ce secteur particulier.
sable de la pastorale familiale, il faut rappeler les
divers regroupements de fidèles, dans lesquels se mani- Les évêques et les prêtres
feste et se vit dans une certaine mesure le mystère 73. Le premier responsable de la pastorale familiale
de l’Eglise du Christ. Il importe donc de reconnaître dans le diocèse est l’évêque. Comme père et pasteur,
et de valoriser les communautés ecclésiales, les groupes il doit être particulièrement soucieux de ce secteur,
et les nombreux mouvements engagés de diverse maniè- sans aucun doute prioritaire, de la pastorale. Il doit lui
re, à des titres variés et à différents niveaux dans la pas- consacrer intérêt, sollicitude, temps, personnel, res-
torale familiale, en tenant compte pour chacun des carac- sources: mais pardessus tout, il doit apporter un
téristiques, de la finalité, de l’impact et des méthodes appui personnel aux familles et à tous ceux qui, dans
propres. les diverses structures diocésaines, l’assistent dans
Pour ce motif, le Synode a expressément reconnu la pastorale de la famille. Il aura particulièrement à cœur
l’apport utile de telles associations de spiritualité, de la volonté de faire en sorte que son diocèse soit tou-
formation et d’apostolat. Leur rôle sera de susciter chez jours davantage une véritable «famille diocésaine»,
les fidèles un sens aigu de la solidarité, de favoriser une modèle et source d’espérance pour tant de familles
conduite de vie inspirée de l’Evangile et de la foi de qui en font partie. La création du Conseil pontifical pour
l’Eglise, de former les consciences selon les valeurs la Famille est à considérer dans ce contexte: il est fait
chrétiennes et non d’après les critères de l’opinion pour être un signe de l’importance que j’attribue à la
publique, d’encourager les œuvres de charité orientées pastorale de la famille dans le monde, et en même temps
vers l’entraide mutuelle et vers les autres avec un esprit un instrument efficace pour aider à la promouvoir à tous
d’ouverture qui fasse des familles chrétiennes une véri- les niveaux.
table source de lumière et un ferment sain pour les Les évêques sont aidés en particulier par les
autres familles. prêtres dont la tâche - comme l’a expressément sou-
Il est également désirable que, selon un sens très ligné le Synode - constitue une partie essentielle du
vif du bien commun, les familles chrétiennes s’enga- ministère de l’Eglise à l’égard du mariage et de la
gent activement, à tous les niveaux, dans d’autres asso- famille. On doit dire la même chose des diacres aux-
ciations non ecclésiales. Certaines de ces associa- quels sera éventuellement confiée la charge de ce
tions se proposent la préservation, la transmission et secteur pastoral.
la sauvegarde des vraies valeurs éthiques et culturelles Leur responsabilité s’étend non seulement aux pro-
du peuple auquel elles appartiennent, le développe- blèmes moraux et liturgiques, mais aussi aux problèmes
ment de la personne humaine, la protection médicale, de caractère personnel et social. Ils doivent soutenir
juridique et sociale de la maternité et de l’enfance, la la famille dans ses difficultés et ses souffrances, en se
juste promotion de la femme et la lutte contre tout ce tenant aux côtés de ses membres, en les aidant à voir
qui blesse sa dignité, l’accroissement de la solidarité leur vie à la lumière de l’Evangile. Il n’est pas super-
mutuelle, la connaissance des problèmes liés à la flu de noter que, dans cette mission, exercée avec le
régulation responsable de la fécondité selon les méthodes discernement qui convient et un véritable esprit

la documentation catholique • 3 janvier 1982 • N° 1821 35


apostolique, le ministre de l’Eglise puise un nouveau cieux, les rend toujours plus disponibles pour se
stimulant et de nouvelles énergies pour sa propre voca- consacrer généreusement au service de Dieu et aux
tion et pour l’exercice même de son ministère. œuvres d’apostolat.
Préparés à cet apostolat en temps utile et de façon C’est dire la possibilité qu’ont les religieux et les reli-
sérieuse, le prêtre et le diacre doivent se comporter gieuses, les membres des Instituts séculiers ou d’autres
constamment, au regard des familles, comme des pères, Instituts de perfection, à titre individuel ou associés,
des frères, des pasteurs et des maîtres, en les aidant d’apporter eux aussi aux familles un certain service,
avec le secours de la grâce et en les éclairant avec la avec une particulière sollicitude pour les enfants, sur-
lumière de la vérité. Leur enseignement et leurs conseils tout s’ils sont abandonnés, non désirés, orphelins,
devront donc être toujours en pleine consonance avec pauvres ou handicapés; et cela, en visitant les familles
le Magistère authentique de l’Eglise, de manière à aider et en prenant soin des malades; en entretenant des rap-
le peuple de Dieu à se former un sens exact de la foi à ports de respect et de charité avec les familles incom-
appliquer ensuite à la vie concrète. Cette fidélité au plètes, en difficulté ou désunies; en proposant ensei-
Magistère permettra aussi aux prêtres de veiller avec gnement et conseils pour préparer les jeunes au mariage
grand soin à maintenir l’unité dans leurs façons de juger, et aider les couples dans le problème de la procréa-
afin d’éviter aux fidèles des troubles de conscience. tion vraiment responsable; en ouvrant leurs maisons
Les pasteurs et les laïcs participent dans l’Eglise à à l’hospitalité avec simplicité et cordialité, afin que les
la mission prophétique du Christ: les laïcs, en témoi- familles puissent y trouver le sens de Dieu, le goût de
gnant de la foi par la parole et par la vie chrétienne; la prière et du recueillement, l’exemple concret d’une
les pasteurs, en discernant dans ce témoignage ce qui vie vécue dans la charité et dans la joie fraternelle conve-
est expression de foi authentique et ce qui corres- nant aux membres de la grande famille de Dieu.
pond moins à la lumière de la foi; la famille, en tant Je voudrais ajouter, pour les responsables des Instituts
que communauté chrétienne, grâce à sa participation de vie consacrée, une exhortation plus pressante à bien
spéciale et à son témoignage de foi. Ainsi s’établit un vouloir considérer - toujours dans le respect de l’es-
dialogue entre les pasteurs et les familles. Les théo- sentiel de leur charisme propre et originel - l’aposto-
logiens et les experts des problèmes familiaux peuvent lat au service des familles comme une de leurs tâches
favoriser grandement ce dialogue, en exposant exac- prioritaires, rendue plus urgente par la situation pré-
tement le contenu du Magistère de l’Eglise et celui sente.
de l’expérience de la vie de famille. En ce sens, l’en-
seignement du Magistère se comprend mieux et le che- Laïcs spécialisés
min vers son développement progressif devient plus 75. Une aide sérieuse peut être apportée aux familles
facile. Il est toutefois utile de rappeler que la norme par les laïcs spécialisés (médecins, hommes de loi, psy-
prochaine et obligatoire dans la doctrine de la foi - chologues, assistants sociaux et assistantes sociales,
cela concerne aussi les problèmes de la famille - appar- conseillers, etc.): soit individuellement, soit engagés
tient au Magistère hiérarchique. Des rapports clairs en diverses associations ou initiatives, ils prêtent
entre les théologiens, les experts des problèmes leur concours pour les éclairer, les conseiller, les
familiaux et le Magistère aident passablement à l’in- orienter, les soutenir. On peut bien leur appliquer les
telligence correcte de la foi et à la promotion d’un exhortations que j’ai eu l’occasion d’adresser à la
légitime pluralisme dans les limites de cette foi. Confédération des consulteurs familiaux d’inspiration
chrétienne: «Votre engagement mérite bien d’être qua-
Religieux et religieuses lifié de «mission», tant sont nobles les fins que vous
74. La contribution que les religieux et les religieuses, poursuivez et si déterminants, pour le bien de la
ainsi que les âmes consacrées en général, peuvent société et de la communauté chrétienne elle-même,
apporter à l’apostolat de la famille trouve son expres- les résultats qui en découlent... Tout ce que vous par-
sion première, fondamentale et originale précisément viendrez à faire pour soutenir la famille est destiné à
dans leur consécration à Dieu: grâce à celle-ci, «ils évo- avoir une efficacité qui, débordant ses propres
quent aux yeux de tous les fidèles cette admirable union limites, atteindra encore d’autres personnes et influen-
établie par Dieu et qui doit être pleinement manifes- cera la société. L’avenir du monde et de l’Eglise passe
tée dans le siècle futur, par laquelle l’Eglise a le par la famille»(170).
Christ comme unique époux»(169); cette consécra-
tion fait d’eux des témoins de la charité universelle
qui, par la chasteté embrassée pour le Royaume des

36
EXHORTATION APOSTOLIQUE « FAMILIARIS CONSORTIO »

Usagers et artisans des moyens pas abusivement sous silence les valeurs humaines fon-
de communication sociale damentales qui font partie du véritable bien commun
76. Une parole particulière doit être réservée à de la société, et à plus forte raison qu’on ne leur porte
cette catégorie si importante dans la vie moderne. On pas expressément atteinte, mais qu’au contraire soient
sait bien que les instruments de communication diffusés des programmes aptes à présenter, dans leur
sociale «affectent, profondément parfois, le psychis- juste lumière, les problèmes de la famille et leur solu-
me des usagers, tant sous l’aspect affectif et intellec- tion adéquate. A ce propos, mon prédécesseur Paul
tuel que dans le domaine moral et même religieux», VI écrivait: «Les producteurs doivent connaître et
spécialement chez les jeunes(171). Ils peuvent donc respecter les exigences de la famille. Et cela suppose
exercer une influence bénéfique sur la vie et sur les parfois chez eux un grand courage et toujours un très
habitudes de la famille comme sur l’éducation des enfants, haut sens de responsabilité. Ils doivent en effet s’in-
mais en même temps il cachent aussi «des pièges et terdire... tout ce qui peut blesser la famille, dans son
des périls qu’on ne saurait négliger»(172), et ils pour- existence, sa stabilité, son équilibre, son bonheur; car
raient devenir le véhicule - parfois habilement et sys- toute atteinte aux valeurs fondamentales de la famille
tématiquement manœuvré, comme il arrive, hélas, en - qu’il s’agisse d’érotisme ou de violence, d’apologie
divers pays du monde - d’idéologies destructrices ou du divorce ou des attitudes antisociales des jeunes - est
de visions déformées de la vie, des familles, de la reli- une atteinte au vrai bien de l’homme»(176).
gion, de la moralité, en ne respectant pas la vraie Et moi-même, dans une occasion analogue, je sou-
dignité et le destin de l’homme. lignais que les familles «doivent pouvoir compter lar-
Le péril est d’autant plus réel que «le style de vie, gement sur la bonne volonté, la droiture et le sens
particulièrement au sein des nations industrialisées, des responsabilités des professionnels des mass media:
entraîne souvent les familles à se décharger de leur éditeurs, écrivains, producteurs, directeurs, drama-
responsabilité éducative. La facilité des occasions d’éva- turges, informateurs, commentateurs et acteurs»(177).
sion (représentées à la maison par la télévision et C’est pourquoi l’Eglise aussi a le devoir de continuer
certaines publications) permet d’occuper le temps libre à consacrer tous les efforts voulus à ces catégories de
et les activités des enfants et des jeunes»(173). D’où responsables, tout en encourageant et en soutenant
«le devoir... de protéger avec soin les jeunes des «agres- en même temps les catholiques qui se sentent appe-
sions» qu’ils subissent sous l’influence des mass media», lés à s’engager dans ces secteurs délicats et qui en
en veillant à ce que l’usage de ceux-ci dans la famille ont les capacités.
soit réglé avec sagesse. C’est ainsi également que la
famille devrait avoir à cœur de chercher, pour les enfants, IV - La Pastorale Familiale
d’autres divertissements plus sains, plus utiles et dans les cas difficiles
plus formateurs, au point de vue physique, moral et spi-
rituel, «pour promouvoir et valoriser le temps libre Circonstances particulières
des jeunes et mieux orienter leurs énergies»(174). 77. Un engagement pastoral faisant plus encore appel
En outre, vu que les instruments de communica- à la générosité, à l’intelligence et à la prudence, selon
tion sociale - comme d’ailleurs l’école et le milieu - l’exemple du Bon Pasteur, est nécessaire à l’égard
ont un impact souvent considérable sur la formation des familles qui, souvent indépendamment de leur
des enfants, les parents doivent, en tant qu’usagers, propre volonté ou sous le coup d’autres exigences de
prendre une part active dans l’utilisation modérée, nature diverse, se trouvent devoir affronter des situa-
critique, vigilante et prudente de ces moyens, en déter- tions objectivement difficiles.
minant leur part d’influence sur leurs enfants, et dans A ce sujet, il est nécessaire d’attirer spécialement
l’intervention qui vise à «éduquer les consciences à l’attention sur quelques catégories particulières qui ont
porter elles-mêmes des jugements sereins et objectifs, davantage besoin, non seulement d’assistance, mais
qui les amèneront à accepter ou à refuser tels ou tels d’une action plus décisive sur l’opinion publique et
des programmes proposés»(175). surtout sur les structures culturelles, économiques
Les parents feront un effort semblable pour chercher et juridiques, afin d’éliminer au maximum les causes
à avoir une influence sur le choix et la préparation des profondes de leurs difficultés.
programmes eux-mêmes, en prenant les initiatives Telles sont, par exemple, les familles de ceux qui émi-
qui conviennent pour garder le contact avec les res- grent pour des raisons de travail; les familles de ceux
ponsables des diverses instances de la production et qui sont astreints à de longues absences comme par
de la transmission, afin de s’assurer qu’on ne passe exemple les militaires, les navigateurs, les voyageurs

la documentation catholique • 3 janvier 1982 • N° 1821 37


de toute sorte; les familles des prisonniers, des réfu- D’autres moments difficiles où la famille a besoin
giés et des exilés; les familles qui, dans les grandes de l’aide de la communauté ecclésiale et de ses pas-
cités, vivent pratiquement en marge des autres; teurs peuvent être: l’adolescence des enfants, agitée,
celles qui n’ont pas de maison; celles qui sont incom- contestataire et parfois même tumultueuse; leur maria-
plètes ou ne comportent que l’un des parents; les familles ge, qui les sépare de leur famille d’origine; l’incom-
qui ont des enfants handicapés ou drogués; les préhension ou le manque d’amour de la part des per-
familles d’alcooliques; celles qui sont déracinées de leur sonnes les plus chères; le fait d’être abandonné par
milieu culturel et social ou qui risquent de le perdre; son conjoint ou de le perdre, ce qui ouvre la porte à la
celles qui souffrent de discrimination pour des motifs douloureuse expérience du veuvage; la mort d’un
politiques ou pour d’autres raisons; les familles divi- membre de la famille qui mutile et transforme en pro-
sées au plan idéologique; celles qui ne parviennent fondeur le noyau originel de la famille.
pas à avoir facilement un contact avec la paroisse; celles De même, l’Eglise ne peut négliger l’étape de la
qui subissent la violence ou d’injustes traitements à vieillesse, avec tout ce qu’elle comporte de positif et
cause de leur foi; celles qui sont composées d’époux de négatif: approfondissement possible de l’amour conju-
encore mineurs; les personnes âgées, plus d’une fois gal toujours plus purifié et qui bénéficie de la longue
contraintes à vivre dans la solitude et sans les fidélité ininterrompue; disponibilité à mettre au ser-
moyens de subsistance qu’il faudrait. vice des autres, sous une forme nouvelle, la bonté et
Les familles des migrants, spécialement lorsqu’il s’agit la sagesse accumulées et les énergies qui demeurent;
d’ouvriers ou de paysans, doivent pouvoir trouver mais aussi solitude pesante, plus souvent psycholo-
partout dans l’Eglise une patrie qui soit leur. Il y a là gique et affective que physique, à cause de l’éventuel
un devoir naturel pour l’Eglise, elle qui est signe abandon ou d’une insuffisante attention de la part des
d’unité dans la diversité. Les migrants seront assistés enfants ou des membres de la parenté; souffrance
autant que possible par des prêtres de leur rite, de provenant de la maladie, du déclin progressif des forces,
leur culture, de leur langue. Il appartient à l’Eglise de de l’humiliation de devoir dépendre des autres, de l’amer-
faire appel à la conscience des citoyens et à tous ceux tume de se sentir peut-être à charge à ceux qui sont
qui ont une autorité dans la vie sociale, économique chers, de l’approche des derniers moments de la vie.
et politique, afin que les ouvriers trouvent du travail Voilà les occasions dans lesquelles - comme l’ont sug-
dans leur propre région et dans leur patrie, qu’ils géré les Pères du Synode - on peut plus facilement faire
reçoivent un juste salaire, que les familles soient le plus comprendre et faire vivre les aspects élevés de la spi-
tôt possible réunies, qu’elles soient prises en consi- ritualité du mariage et de la famille, qui trouvent leur
dération dans leur identité culturelle, qu’elles soient inspiration dans la valeur de la croix et de la résurrec-
traitées à l’égal des autres et que leurs enfants aient tion du Christ, source de sanctification et de profonde
la possibilité de bénéficier d’une formation profes- joie dans la vie quotidienne, dans la perspective des
sionnelle et d’exercer leur profession, comme aussi grandes réalités eschatologiques de la vie éternelle.
de posséder la terre nécessaire à leur travail et à leur Dans toutes ces situations, on n’omettra jamais la
subsistance. prière, source de lumière et de force en même temps
Un problème difficile est celui des familles divisées qu’aliment de l’espérance chrétienne.
au plan idéologique. Ces cas requièrent une préoccu-
pation pastorale particulière. Il faut avant tout main- Mariages mixtes
tenir, avec la discrétion voulue, un contact personnel 78. Le nombre croissant de mariages entre catho-
avec de telles familles. Les croyants doivent être for- liques et autres baptisés requiert par ailleurs une atten-
tifiés dans la foi et soutenus dans leur vie chrétienne. tion pastorale particulière à la lumière des orienta-
Même si la partie fidèle au catholicisme ne peut tions et des normes contenues dans les plus récents
céder, il est nécessaire que soit toujours maintenu vivant documents du Saint-Siège et dans ceux que les
le dialogue avec l’autre partie. Il importe de multi- Conférences épiscopales ont élaborés, pour en per-
plier les manifestations d’amour et de respect, dans la mettre l’application concrète dans les diverses situa-
ferme espérance de maintenir fortement l’unité. Cela tions.
dépend beaucoup aussi des rapports entre les parents Les couples qui vivent l’expérience d’un mariage
et leurs enfants. Les idéologies étrangères à la foi mixte présentent des exigences particulières qu’on
peuvent du reste stimuler les membres croyants de la peut réduire à trois catégories principales.
famille à croître dans la foi et dans le témoignage de Avant tout, il faut avoir présent à l’esprit les devoirs
leur amour. de la partie catholique qui découlent de la foi, pour

38
EXHORTATION APOSTOLIQUE « FAMILIARIS CONSORTIO »

tout ce qui concerne le libre exercice de celle-ci et l’obli- En diverses parties du monde, on enregistre un
gation qui s’ensuit de pourvoir, selon ses propres forces, nombre croissant de mariages entre catholiques et
à ce que les enfants soient baptisés et éduqués dans la non baptisés. Dans nombre d’entre eux, le conjoint
foi catholique(178). non baptisé professe une autre religion et ses convic-
Il faut tenir compte des difficultés particulières tions doivent être traitées avec respect, selon les
inhérentes aux rapports entre mari et femme pour principes de la déclaration Nostra aetate du Concile œcu-
tout ce qui regarde le respect de la liberté religieuse: ménique Vatican II sur les relations avec les religions
celle-ci peut être violée soit par des pressions indues non chrétiennes. Mais dans beaucoup d’autres cas, par-
pour obtenir le changement des convictions religieuses ticulièrement dans les sociétés sécularisées, la per-
du conjoint, soit par des obstacles qui seraient mis à sonne non baptisée ne professe aucune religion. Pour
la libre manifestation de ces convictions dans la pra- ces mariages, il est nécessaire que les Conférences
tique religieuse. épiscopales et les différents évêques prennent des
En ce qui concerne la forme liturgique et canonique mesures pastorales adéquates, visant à garantir la défen-
du mariage, les Ordinaires peuvent faire largement se de la foi du conjoint catholique et la sauvegarde de
usage de leurs facultés selon les diverses nécessités. son libre exercice, surtout quant à son devoir de faire
En traitant de ces exigences spéciales, il faut tenir ce qui est en son pouvoir pour que les enfants soient
compte des points suivants: baptisés et éduqués de manière catholique. Le
- Dans la préparation qui convient à ce type de maria- conjoint catholique doit être également soutenu de toute
ge, on doit accomplir tout effort raisonnable pour bien façon dans son effort pour donner, à l’intérieur de la
faire comprendre la doctrine catholique sur les quali- famille chrétienne, un témoignage authentique de foi
tés et les exigences du mariage, comme aussi pour s’as- et de vie catholiques.
surer que n’existeront pas à l’avenir les pressions et
les obstacles dont on vient de parler; Action pastorale
- Il est de la plus grande importance que, avec l’ap- devant certaines situations irrégulières
pui de sa communauté, la partie catholique soit forti- 79. Dans le soin qu’il a mis à protéger la famille
fiée dans sa foi et positivement aidée à en acquérir dans toutes ses dimensions - et pas seulement la dimen-
une compréhension plus mûre et à mieux la pratiquer, sion religieuse -, le Synode des Evêques n’a pas man-
de manière à devenir un vrai témoin crédible au sein qué de prendre attentivement en considération quelques-
de la famille, à travers la vie et la qualité de l’amour unes des situations qui sont irrégulières au plan religieux
manifesté à l’autre conjoint et aux enfants. et souvent même au plan civil et qui, dans les chan-
Les mariages entre catholiques et autres baptisés gements rapides affectant aujourd’hui les cultures, sont
présentent, tout en ayant une physionomie particuliè- en train, hélas, de se répandre même parmi les catho-
re, de nombreux éléments qu’il est bon de valoriser liques, avec un sérieux dommage pour l’institution fami-
et de développer, soit pour leur valeur intrinsèque, liale et pour la société dont elle constitue la cellule
soit pour la contribution qu’ils peuvent apporter au mou- fondamentale.
vement œcuménique. Cela se vérifie en particulier
lorsque les deux époux sont fidèles à leurs engage- a) Le mariage à l’essai
ments religieux. Le baptême commun et le dynamis- 80. Une première situation irrégulière consiste
me de la grâce fournissent aux époux, dans ces mariages, dans ce que l’on appelle «le mariage à l’essai», que beau-
le fondement et la motivation qui les portent à expri- coup aujourd’hui voudraient justifier en lui attribuant
mer leur unité dans la sphère des valeurs morales et une certaine valeur. Qu’il soit inacceptable, la raison
spirituelles. humaine le laisse déjà entendre par elle-même, en mon-
Dans ce but, et aussi pour mettre en évidence l’im- trant combien il est peu convaincant de parler d’un
portance œcuménique d’un tel mariage mixte, vécu «essai» quand il s’agit de personnes humaines, dont la
pleinement dans la foi des deux conjoints chrétiens, dignité exige qu’elles soient toujours et seulement le
on recherchera, même si cela ne s’avère pas toujours terme de l’amour de donation sans aucune limite, de
facile, une cordiale collaboration entre le ministre catho- temps ou autre.
lique et le ministre non catholique, dès le moment de Pour sa part, l’Eglise ne peut admettre ce type d’union
la préparation au mariage et des noces. pour des motifs supplémentaires et originaux décou-
Quant à la participation du conjoint non catholique à lant de la foi. D’un côté, en effet, le don du corps dans
la communion eucharistique, on suivra les normes le rapport sexuel est le symbole réel de la donation de
établies par le Secrétariat pour l’unité des chrétiens(179). toute la personne; une telle donation, d’ailleurs, dans

la documentation catholique • 3 janvier 1982 • N° 1821 39


le dessein actuel de Dieu, ne peut se réaliser dans sa (perte du sens religieux du mariage, conçu à la lumiè-
pleine vérité sans le concours de l’amour de charité re de l’Alliance de Dieu avec son peuple; privation de
donné par le Christ. Et d’un autre côté, le mariage entre la grâce du sacrement; grave scandale), soit même au
deux baptisés est le symbole réel de l’union du Christ plan social (destruction du concept de la famille; affai-
avec l’Eglise, union qui n’est pas temporaire ou «à blissement du sens de la fidélité, même envers la socié-
l’essai», mais éternellement fidèle; entre deux bapti- té; traumatismes psychologiques possibles chez les
sés, il ne peut donc exister qu’un mariage indisso- enfants; affirmation de l’égoïsme).
luble. Les pasteurs et la communauté ecclésiale s’appli-
Une telle situation ne peut normalement être sur- queront à bien connaître de telles situations et leurs
montée si la personne humaine n’a pas été éduquée causes concrètes, cas par cas; il auront à cœur d’ap-
depuis son enfance, avec l’aide de la grâce du Christ procher avec discrétion et respect ceux qui vivent
et sans crainte, à dominer la concupiscence naissante ainsi ensemble; de s’employer à les éclairer patiem-
et à instaurer avec les autres des rapports d’amour véri- ment, à les reprendre avec charité, à leur donner un
table. Cela ne s’obtient pas sans une vraie formation à témoignage familial chrétien, autrement dit tout ce
l’amour authentique et à l’usage correct de la sexuali- qui peut les acheminer vers la régularisation de leur
té, capable d’introduire la personne humaine selon situation. Par-dessus tout cependant, on fera une œuvre
toutes ses dimensions, et donc aussi son corps, dans de prévention, en cultivant le sens de la fidélité dans
la plénitude du mystère du Christ. toute l’éducation morale et religieuse des jeunes, en
Il sera très utile d’enquêter sur les causes de ce les instruisant sur les conditions et les structures qui
phénomène, même dans son aspect psychologique et favorisent cette fidélité sans laquelle il n’y a pas de vraie
sociologique, pour arriver à trouver une thérapie adé- liberté, en les aidant à mûrir spirituellement, en leur
quate. faisant comprendre la riche réalité humaine et surna-
turelle du mariage-sacrement.
b) Unions libres de fait Le peuple de Dieu interviendra aussi auprès des auto-
81. Il s’agit d’unions qui n’ont aucun lien institutionnel rités publiques afin que celles-ci, résistant à ces ten-
publiquement reconnu, ni civil, ni religieux. Ce phé- dances qui désagrègent la société elle-même et sont
nomène, toujours plus fréquent, ne peut pas ne pas atti- dommageables pour la dignité, la sécurité et le bien-
rer l’attention des pasteurs d’âmes, d’autant plus qu’il être des divers citoyens, s’emploient à éviter que
provient d’éléments bien divers et qu’en agissant sur l’opinion publique ne soit entraînée à sous-estimer l’im-
eux il sera peut-être possible d’en limiter les consé- portance institutionnelle du mariage et de la famille.
quences. Et parce que, dans beaucoup de régions, à cause de l’ex-
Certains, en effet, se considèrent comme contraints trême pauvreté découlant de structures économiques
à cet état par des situations difficiles d’ordre écono- et sociales injustes et inadaptées, les jeunes ne sont
mique, culturel et religieux, dans la mesure où, en pas dans des conditions leur permettant de se marier
contractant un mariage régulier, ils seraient exposés comme il convient, il faut souhaiter que la société et
à un dommage, à la perte d’avantages économiques, à les autorités publiques favorisent le mariage légitime
des discriminations, etc. Chez d’autres, on rencontre grâce à une série d’interventions sociales et poli-
une attitude de mépris, de contestation ou de rejet de tiques de nature à garantir le salaire familial, à
la société, de l’institution familiale, de l’ordre socio- prendre des mesures permettant une habitation apte
politique, ou encore la seule recherche du plaisir. à la vie familiale, à créer des possibilité adéquates de
D’autres, enfin, y sont poussés par l’ignorance et la pau- travail et de vie.
vreté extrêmes, parfois aussi par des conditions de
vie dues à des situations de véritable injustice, ou enco- c) Catholiques unis par le seul mariage civil
re par une certaine immaturité psychologique qui les 82. Le cas de catholiques qui, pour des motifs idéo-
rend hésitants et leur fait craindre de contracter un logiques ou pour des raisons pratiques, préfèrent contrac-
lien stable et définitif. En certains pays, les coutumes ter un mariage civil, refusant ou repoussant à plus
traditionnelles prévoient le mariage proprement dit tard la célébration du mariage religieux, devient de plus
seulement après une période de cohabitation et après en plus fréquent. On ne peut considérer que leur
la naissance du premier enfant. situation soit semblable à celle de ceux qui vivent
Chacun de ces éléments pose à l’Eglise des problèmes ensemble sans aucun lien, car il y a au moins un cer-
pastoraux ardus, à cause des graves conséquences tain engagement dans un état de vie précis et proba-
qui en découlent, soit au plan religieux et moral blement stable, même si, souvent, la perspective d’un

40
EXHORTATION APOSTOLIQUE « FAMILIARIS CONSORTIO »

éventuel divorce n’est pas étrangère à cette décision. lique. Et comme il s’agit là d’un fléau qui, comme les
En demandant, de la part de l’Etat, la reconnaissance autres, s’attaque de plus en plus largement aux
publique d’un tel lien, ces couples montrent qu’ils milieux catholiques eux-mêmes, il faut d’urgence affron-
sont prêts à en assumer aussi les obligations en ter ce problème avec la plus grande sollicitude. Les
même temps que les avantages. Malgré cela, l’Eglise Pères du Synode l’ont expressément étudié. L’Eglise,
ne peut pas non plus accepter cette situation. en effet, instituée pour mener au salut tous les hommes,
L’action pastorale tendra à faire admettre la néces- et en particulier les baptisés, ne peut pas abandonner
saire cohérence entre le choix de vie et la foi que l’on à eux-mêmes ceux qui - déjà unis dans les liens du sacre-
professe, et elle s’efforcera de faire tout ce qui est ment de mariage - ont voulu passer à d’autres noces.
possible pour amener ces personnes à régulariser Elle doit donc s’efforcer, sans se lasser, de mettre à
leur situation selon les principes chrétiens. Tout en leur disposition les moyens de salut qui sont les
faisant preuve à leur égard d’une grande charité et en siens.
les amenant à participer à la vie des diverses commu- Les pasteurs doivent savoir que, par amour de la véri-
nautés, les pasteurs de l’Eglise ne pourront malheu- té, ils ont l’obligation de bien discerner les diverses
reusement pas les admettre aux sacrements. situations. Il y a en effet une différence entre ceux qui
se sont efforcés avec sincérité de sauver un premier
d) Personnes séparées, mariage et ont été injustement abandonnés, et ceux qui
et divorcés non remariés par une faute grave ont détruit un mariage canoni-
83. Divers motifs, tels l’incompréhension réciproque, quement valide. Il y a enfin le cas de ceux qui ont contrac-
l’incapacité de s’ouvrir à des relations interperson- té une seconde union en vue de l’éducation de leurs
nelles, etc., peuvent amener à une brisure douloureu- enfants, et qui ont parfois, en conscience, la certitude
se, souvent irréparable, du mariage valide. Il est évi- subjective que le mariage précédent, irrémédiablement
dent que l’on ne peut envisager la séparation que comme détruit, n’avait jamais été valide.
un remède extrême après que l’on ait vainement Avec le Synode, j’exhorte chaleureusement les pas-
tenté tout ce qui était raisonnablement possible pour teurs et la communauté des fidèles dans son ensemble
l’éviter. à aider les divorcés remariés. Avec une grande chari-
La solitude et d’autres difficultés encore sont sou- té, tous feront en sorte qu’ils ne se sentent pas sépa-
vent le lot du conjoint séparé, surtout s’il est inno- rés de l’Eglise, car ils peuvent et même ils doivent,
cent. Dans ce cas, il revient à la communauté ecclé- comme baptisés, participer à sa vie. On les invitera à
siale de le soutenir plus que jamais, de lui apporter écouter la Parole de Dieu, à assister au Sacrifice de la
estime, solidarité, compréhension et aide concrète afin messe, à persévérer dans la prière, à apporter leur
qu’il puisse rester fidèle même dans la situation diffi- contribution aux oeuvres de charité et aux initiatives
cile qui est la sienne; de l’aider à cultiver le pardon de la communauté en faveur de la justice, à élever
qu’exige l’amour chrétien et à rester disponible à une leurs enfants dans la foi chrétienne, à cultiver l’esprit
éventuelle reprise de la vie conjugale antérieure. de pénitence et à en accomplir les actes, afin d’implo-
Le cas du conjoint qui a été contraint au divorce est rer, jour après jour, la grâce de Dieu. Que l’Eglise prie
semblable lorsque, bien conscient de l’indissolubilité pour eux, qu’elle les encourage et se montre à leur égard
du lien du mariage valide, il ne se laisse pas entraîner une mère miséricordieuse, et qu’ainsi elle les main-
dans une nouvelle union, et s’emploie uniquement à tienne dans la foi et l’espérance!
remplir ses devoirs familiaux et ses responsabilités L’Eglise, cependant, réaffirme sa discipline, fondée
de chrétien. Alors, son témoignage de fidélité et de sur l’Ecriture Sainte, selon laquelle elle ne peut admettre
cohérence chrétienne est d’une valeur toute particu- à la communion eucharistique les divorcés remariés.
lière pour le monde et pour l’Eglise; celle-ci doit plus Ils se sont rendus eux-mêmes incapables d’y être admis
que jamais lui apporter une aide pleine de sollicitude car leur état et leur condition de vie est en contradic-
affectueuse, sans qu’il y ait aucun obstacle à son tion objective avec la communion d’amour entre le
admission aux sacrements. Christ et l’Eglise, telle qu’elle s’exprime et est ren-
due présente dans l’Eucharistie. Il y a par ailleurs un
e) Les divorcés remariés autre motif pastoral particulier: si l’on admettait ces
84. L’expérience quotidienne montre, malheureu- personnes à l’Eucharistie, les fidèles seraient induits
sement, que ceux qui ont recours au divorce envisa- en erreur et comprendraient mal la doctrine de
gent presque toujours de passer à une nouvelle l’Eglise concernant l’indissolubilité du mariage.
union, évidemment sans cérémonie religieuse catho- La réconciliation par le sacrement de pénitence -

la documentation catholique • 3 janvier 1982 • N° 1821 41


qui ouvrirait la voie au sacrement de l’Eucharistie - En ce qui concerne ceux qui vivent dans une pau-
ne peut être accordée qu’à ceux qui se sont repentis vreté extrême, j’ai déjà parlé de la nécessité urgente
d’avoir violé le signe de l’Alliance et de la fidélité au de travailler avec courage afin de trouver des solutions,
Christ, et sont sincèrement disposés à une forme de même au niveau politique, qui permettent de les
vie qui ne soit plus en contradiction avec l’indissolu- aider à surmonter cette condition inhumaine de pros-
bilité du mariage. Cela implique concrètement que, tration. C’est un devoir qui revient, de façon solidaire,
lorsque l’homme et la femme ne peuvent pas, pour de à toute la société, mais d’une manière spéciale aux auto-
graves motifs - par l’exemple l’éducation des enfants rités en raison de leur charge et donc de leur respon-
-, remplir l’obligation de la séparation, «ils prennent sabilité , comme aux familles, qui doivent faire preuve
l’engagement de vivre en complète continence, c’est- d’une grande compréhension et d’une volonté d’en-
à-dire en s’abstenant des actes réservés aux époux»(180). traide.
De la même manière, le respect dû au sacrement de A ceux qui n’ont pas de famille naturelle, il faut
mariage, aux conjoints eux-mêmes et à leurs proches, ouvrir davantage encore les portes de la grande famil-
et aussi à la communauté des fidèles, interdit à tous le qu’est l’Eglise, laquelle prend un visage concret dans
les pasteurs, pour quelque motif ou sous quelque pré- la famille diocésaine et paroissiale, dans les commu-
texte que ce soit, même d’ordre pastoral, de célébrer, nautés ecclésiales de base ou dans les mouvements
en faveur de divorcés qui se remarient, des cérémo- d’apostolat. Personne n’est sans famille en ce monde:
nies d’aucune sorte. Elles donneraient en effet l’im- l’Eglise est la maison et la famille de tous, en particu-
pression d’une célébration sacramentelle de nou- lier de ceux qui «peinent et ploient sous le fardeau»(181).
velles noces valides, et induiraient donc en erreur à
propos de l’indissolubilité du mariage contracté vali- CONCLUSION
dement. 86. Vers vous, époux, vous, pères et mères de
En agissant ainsi, l’Eglise professe sa propre fidéli- famille; vers vous, jeunes gens et jeunes filles, qui
té au Christ et à sa vérité; et en même temps elle se êtes l’avenir et l’espérance de l’Eglise et du monde et
penche avec un cœur maternel vers ses enfants, en par- qui serez, à l’aube du troisième millénaire, le noyau actif
ticulier vers ceux qui, sans faute de leur part, ont été et vital de la famille;
abandonnés par leur conjoint légitime. vers vous, vénérables et chers Frères dans l’épis-
Et avec une ferme confiance, elle croit que même copat et le sacerdoce, chers fils et filles religieux et reli-
ceux qui se sont éloignés du commandement du Seigneur gieuses, et vous, âmes consacrées au Seigneur, qui êtes
et continuent de vivre dans cet état pourront obtenir les témoins devant les époux de la réalité ultime de
de Dieu la grâce de la conversion et du salut, s’ils per- l’amour de Dieu;
sévèrent dans la prière, la pénitence et la charité. vers vous tous, hommes au jugement droit, qui à un
titre ou un autre vous préoccupez du sort de la famil-
Ceux qui sont sans famille le,
85. Je désire encore ajouter quelques mots en je me tourne avec une ardente sollicitude en ache-
faveur d’une catégorie de personnes que je considère, vant cette exhortation apostolique.
à cause des conditions concrètes dans lesquelles elles
doivent vivre - et souvent sans l’avoir voulu -, parti- L’avenir de l’humanité passe par la famille!
culièrement proches du Cœur du Christ et qui méri- Il est donc indispensable et urgent que tout homme
tent donc affection et sollicitude empressée de de bonne volonté s’emploie de toutes ses forces à
l’Eglise et notamment des pasteurs. sauvegarder et à promouvoir les valeurs et les exi-
Il existe en effet dans le monde un grand nombre de gences de la famille.
personnes qui malheureusement ne peuvent en aucu- Je me sens poussé à demander à ce sujet un effort
ne façon se référer à ce que l’on pourrait définir une particulier aux fils de l’Eglise. Dans la foi, ils ont une
famille au sens propre. De larges portions de l’huma- pleine connaissance du merveilleux dessein de Dieu,
nité vivent dans des conditions d’extrême pauvreté, ils ont donc une raison de plus de prendre à cœur la
où la promiscuité, le manque de logement, les rela- réalité de la famille, dans ce temps d’épreuve et de grâce
tions instables et irrégulières, le défaut complet de qui est le nôtre.
culture ne permettent pas, dans la pratique, de pou- Ils doivent aimer la famille de façon particulière. C’est
voir parler de famille. D’autres personnes, pour des rai- là une consigne concrète et exigeante.
sons diverses, sont restées seules au monde. Pourtant Aimer la famille signifie savoir en estimer les valeurs
«la bonne nouvelle de la famille» s’adresse aussi à elles. et les possibilités, en cherchant toujours à les pro-

42
EXHORTATION APOSTOLIQUE « FAMILIARIS CONSORTIO »

mouvoir. Aimer la famille signifie reconnaître les dan- elle qui a vécu de façon anonyme et silencieuse dans
gers et les maux qui la menacent afin de pouvoir les un petit bourg de Palestine, elle qui a été éprouvée
surmonter. Aimer la famille signifie faire en sorte de par la pauvreté, par la persécution, par l’exil, elle qui
lui assurer un milieu qui soit favorable à son dévelop- a glorifié Dieu d’une manière incomparablement éle-
pement. Et c’est encore une forme éminente de l’amour vée et pure: elle ne manquera pas d’assister les familles
que de redonner à la famille chrétienne d’aujourd’hui, chrétiennes, et même toutes les familles du monde,
souvent tentée de se décourager ou angoissée par les dans la fldélité à leurs devoirs quotidiens, dans la
difficultés croissantes, des raisons de croire en elle- façon de supporter les inquiétudes et les tribulations
même, dans ses richesses de nature et de grâce, dans de la vie, dans l’ouverture généreuse aux besoins des
la mission que Dieu lui a confiée. «Oui, il faut que les autres, dans l’accomplissement joyeux du plan de
familles d’aujourd’hui se ressaisissent! Il faut qu’elles Dieu sur elles.
suivent le Christ!»(182). Que saint Joseph, «homme juste», travailleur infati-
Les chrétiens ont en outre le devoir d’annoncer gable, gardien absolument intègre de ce qui lui avait été
avec joie et conviction la «bonne nouvelle» sur la famil- confié, garde ces familles, les protège, les éclaire tou-
le, laquelle a absolument besoin d’écouter encore et jours!
sans cesse et de comprendre toujours plus profondé- Que la Vierge Marie, qui est Mère de l’Eglise, soit
ment les paroles authentiques qui lui révèlent son iden- également la Mère de l’«Eglise domestique»! Que grâce
tité, ses ressources intérieures, l’importance de sa mis- à son aide maternelle, toute famille chrétienne puisse
sion dans la cité des hommes et dans celle de Dieu. devenir vraiment une «petite Eglise» dans laquelle se
L’Eglise connaît la route qui conduira la famille au reflète et revive le mystère de l’Eglise du Christ! Elle
cœur de sa vérité profonde. Cette route, que l’Eglise qui est la Servante du Seigneur, qu’elle soit l’exemple
a apprise à l’école du Christ et à celle de l’histoire de l’accueil humble et généreux de la volonté de
interprétée à la lumière de l’Esprit-Saint, elle ne l’im- Dieu! Elle qui fut la Mère douloureuse au pied de la
pose pas, mais elle ressent en elle-même une exigen- croix, qu’elle soit là pour alléger les souffrances et
ce imprescriptible de la proposer à tous, sans crainte, essuyer les larmes de ceux qui sont affligés par les
et même avec une confiance et une espérance très difficultés de leurs familles!
grandes, tout en sachant que la «bonne nouvelle» Et que le Christ Seigneur, Roi de l’univers, Roi des
comporte aussi le langage de la croix. Or c’est à tra- familles, soit présent, comme à Cana, dans tout foyer
vers la croix que la famille peut atteindre la plénitude chrétien pour lui communiquer lumière, joie, séréni-
de son être et la perfection de son amour. té, force. En ce jour solennel consacré à sa Royauté,
Je désire enfin inviter tous les chrétiens à collabo- je lui demande que toute famille sache apporter géné-
rer, avec cordialité et courage, avec tous les hommes de reusement sa contribution originale à l’avènement de
bonne volonté qui exercent leurs responsabilités au ser- son Règne dans le monde, «Règne de vie et de vérité,
vice de la famille. Ceux qui se dépensent pour son de grâce et de sainteté, de justice, d’amour et de
bien, au sein de l’Eglise, en son nom et sous sa paix»(183), vers lequel l’histoire est en marche.
conduite, qu’il s’agisse de groupes ou d’individus, de A Lui, à Marie, à Joseph, je confie toute famille.
mouvements ou d’associations, trouvent souvent auprès Entre leurs mains et dans leur cœur, je dépose cette
d’eux des personnes ou diverses institutions qui œuvrent exhortation: qu’ils vous la remettent eux-mêmes, véné-
pour le même idéal. Dans la fidélité aux valeurs de rables Frères et chers Fils, et qu’ils ouvrent vos
l’Evangile et de l’homme, et dans le respect d’un légi- coeurs à la lumière que l’Evangile rayonne sur
time pluralisme d’initiatives, cette collaboration chaque famille!
pourra être favorable à une promotion plus rapide et A tous et à chacun, en vous assurant de ma prière
plus totale de la famille. constante, j’accorde de grand cœur ma Bénédiction
En conclusion de ce message pastoral qui veut atti- Apostolique au nom du Père, et du Fils, et du Saint-
rer l’attention de tous sur les tâches, lourdes mais Esprit.
passionnantes, de la famille chrétienne, je désire Donné à Rome près de Saint-Pierre, le 22 novembre
invoquer maintenant la protection de la sainte Famille 1981, solennité du Christ, Roi de l’Univers, en la qua-
de Nazareth. trième année de mon pontificat.
En elle, par un mystérieux dessein de Dieu, le Fils
de Dieu a vécu caché durant de longues années. Elle
est donc le prototype et l’exemple de toutes les familles
chrétiennes. Regardons cette Famille, unique au monde,

la documentation catholique • 3 janvier 1982 • N° 1821 43


donner dans l’autosatisfaction, nous ne pouvons — vous et
moi — qu’être impressionnés et émerveillés par la somme
d’activités déployées depuis dix ans avec des moyens hu-
Discours aux mains bien modestes, qu’il s’agisse du travail des
Assemblées plénières avec leurs discussions thématiques

membres de ou des groupes de réflexion organisés en cours d’année, ou


qu’il s’agisse des réunions dites « ad hoc » en vue d’inter-
ventions caritatives importantes ou encore des voyages et

l’assemblée plénière missions effectués par les responsables. Oui, bénissons le


Seigneur pour tant d’efforts convergents : ils ont certaine-
ment fait progresser les Églises locales dans la compré-
du conseil « Cor hension et l’actualisation du mystère de l’Église, qui est par
essence et par vocation une vaste communion de commu-

Unum » nautés de charité.

Le service de la charité
Le Saint-Père a reçu en audience le 23 no-
vembre, dans la salle du Consistoire, les Cette reconnaissance envers Dieu et envers les servi-
membres du conseil pontifical « Cor Unum », teurs de Cor Unum, comme notre admiration pour la vitali-
réunis à Rome du 20 au 24 novembre pour té des organismes caritatifs internationaux, nationaux et
faire le bilan de l’activité du conseil depuis sa diocésains, rejoignent en vérité toute l’histoire passée et
fondation le 15 juillet 1971. Voici le discours présente de l’Église, constamment tissée d’activités et
qu’il leur a adressé (1) : même d’épopées de charité. Or, actuellement — et parfois
à l’intérieur de groupes chrétiens — on a tendance à faire
croire que la justice doit remplacer la charité. J’ai tenu moi-
CHERS AMIS, même à relever ce défi dans l’encyclique Dives in miseri-
Il m’est particulièrement agréable de vous accueillir ce cordia (cf. par exemple n° 12). Mais je vous encourage vi-
matin, alors que se déroule la dixième Assemblée plénière vement à contribuer, vous aussi, à la réhabilitation de la
du Conseil pontifical « Cor Unum », auquel vous apportez charité évangélique. Efforcez-vous de promouvoir toujours
votre précieuse collaboration. Je remercie le cardinal davantage la véritable conception de l’Église, telle que le
Bernardin Gantin des sentiments qu’il vient de m’exprimer Christ l’a voulue et la veut, telle que le Concile Vatican II
en votre nom et je forme des vœux cordiaux pour le bon ré- (cf. Lumen gentium, n° 1) a tenté de la faire comprendre aux
tablissement du P. Roger du Noyer, actuellement à la cli- chrétiens de ce temps, dans la fidélité aux sources mêmes
nique Gemelli où j’ai moi-même bénéficié de soins si com- de la Révélation et de la Tradition ecclésiale la plus riche,
pétents et attentifs. Je voudrais, en cette rencontre familiale, c’est-à-dire une Église qui soit une communauté de charité
vous encourager à rendre grâce au Seigneur pour la pre- concrète, désintéressée, vivant le développement humain
mière et fructueuse décennie de « Cor Unum », à renouve- et spirituel de tous. Sans ralentir vos tâches de réflexion,
ler et diffuser vos convictions fondamentales sur la nécessi- d’interventions, de coordination, je souhaite que vous ai-
té de ce grand service ecclésial, et à avancer sur les chemins diez les chrétiens d’aujourd’hui à rejoindre davantage les
concrets des objectifs fixés dès le point de départ et toujours sources tonifiantes de leur mission individuelle et collecti-
d’actualité. ve de charité. La première de ces sources est certainement
Dieu soit loué d’avoir inspiré au Pape Paul VI la création une connaissance renouvelée du mystère d’amour qu’est
de cette diaconie moderne de la charité, au centre même Dieu lui-même en sa vie trinitaire. Une catéchèse qui ne
de l’Église ! La lettre par laquelle il l’instituait le 15 juillet s’appuierait pas sur ce dogme fondamental en resterait à un
1971 (2), comme son soutien souvent réitéré par la suite, niveau trop horizontal et se priverait de richesses de lu-
demeurent des références sûres et lumineuses, justement mière et d’énergie absolument vitales. Aidez également les
rappelées dans le document qui récapitule l’histoire des dix chrétiens à se familiariser avec les expériences commu-
années écoulées. C’est également un devoir de rendre nautaires des temps apostoliques et des premiers siècles.
grâce pour l’appui éclairé du premier président de « Cor Elles provoquèrent l’admiration des non-chrétiens. Le
Unum », le cher et regretté cardinal Jean Villot, pour le dé- « voyez comme ils s’aiment » nous interpelle encore. La
vouement sans limites de son premier secrétaire, le société contemporaine, tentée et défigurée par le matéria-
P. Henri de Riedmatten, pour le labeur souvent surchargé lisme pratique et multiforme, a un profond besoin de ren-
des collaborateurs actuellement en fonction, pour la coopé- contrer des communautés croyantes qui vivent, avec autant
ration appréciée des membres et des consulteurs. Sans d’humilité que de conviction, la vocation à laquelle tout
(1) Texte français dans l’Osservatore Romano des 23-24 novembre. homme est appelé : celle de la filiation divine et de la fra-
Titre, sous-titres et notes de la DC. ternité humaine.
(2) DC, 1971, n° 1592, p. 760-761.

la documentation catholique • 3 janvier 1982 • N° 1821 37


Encouragements pratiques
À cette mission catéchétique de Cor Unum, je voudrais
ajouter encore quelques encouragements pratiques. Le pre-
mier serait de vous faire connaître davantage, au moins des
responsables. Bien des Églises locales ont encore besoin de
découvrir, sinon l’existence de Cor Unum, du moins sa rai-
son d’être et ses méthodes d’action. Avancez aussi sur le
chemin de ce délicat et nécessaire travail de coordination
entre les Églises ou les organismes qui donnent et les
Églises ou les organismes qui reçoivent. Tous les cas indi-
viduels doivent être secourus. Pourtant, il est indispensable
que les instances caritatives concernées déterminent les be-
soins réellement prioritaires, dont la solution aura des ré-
percussions importantes sur le bien commun de toute une
région, à échéance immédiate ou plus éloignée.
Par ailleurs, comme je le soulignais récemment à la ré-
union spéciale en faveur du Sahel (3) maintenez le cap sur
une coopération croissante entre les partenaires de toute
action caritative importante. Non seulement il s’agit d’éviter,
d’un côté, les reproches d’assistance paternaliste et de
l’autre, les risques d’une passivité toujours possible, mais il
faut aider ces partenaires à bien se situer dans leurs rôles de
secoureurs désintéressés et de secourus coopérants, en vue
d’un authentique développement humain et spirituel. Tous,
d’ailleurs, dans un certain sens, sont bénéficiaires de cet
échange qui s’instaure. Il est des signes encourageants pour
vous en ce domaine. Je mentionne, entre autres, la récente
rencontre des délégués d’Églises et d’organismes au servi-
ce des populations du Sahel. Je songe encore à ce qui a été
ébauché en juin dernier entre Cor Unum, le Celam et le
Secrétariat épiscopal d’Amérique Centrale et de Panama
(Sedal). Enfin, selon vos moyens, par esprit réaliste face aux
immenses besoins et aux ressources limitées qui sont à
votre disposition, développez les contacts et la collaboration
avec les Organisations gouvernementales ou non gouverne-
mentales qui veulent être au service des populations dans le
besoin. Dans le respect mutuel, elles peuvent vous apporter
beaucoup pour mieux organiser votre action caritative et
vous pouvez,-de votre côté, partager avec elles l’esprit qui
vous anime.
Telles sont les quelques pensées que j’ai cru bon d’expri-
mer devant vous. Je souhaite qu’elles vous réconfortent au
moment où vous entamez la deuxième décennie de Cor
Unum. Ces paroles ne suffisent pas à résoudre vos pro-
blèmes. Mais le dynamisme de la Pâque du Christ et la force
de l’esprit de Pentecôte sont toujours à l’œuvre. Faites-leur
grande place dans vos activités caritatives! Et moi, au nom
des trois personnes divines, qui sont la source de tout
amour, je vous bénis de tout cœur.

(3) DC, 1981, n° 1819, p. 1053.

38
L’héritage transmis par les apôtres a été vécu par nos
Églises, sous des formes et dans des voies différentes, et il
a connu un développement varié, en accord avec les dons
Discours au naturels et les circonstances de la vie propres à chacune (cf.
Unitatis redintegratio, 14). Cela a également conduit à des

patriarche de l’Église expressions liturgiques, disciplinaires et théologiques diffé-


rentes ; en elles-mêmes, et aussi longtemps que cette va-
riété est complémentaire plutôt que contradictoire, ces dif-

orthodoxe d’Éthiopie férentes expressions sont un enrichissement pour la vie et


la mission de l’Église parmi toutes les nations (cf. Unitatis
redintegratio, 14-17). C’est pourquoi l’unité de foi peut aller
Le Saint-Père a reçu en audience, dans la de pair avec la contribution culturelle et spirituelle particu-
matinée du samedi 17 octobre, S. S. Abuna lières à chaque peuple et à chaque Église locale.
Tekle Haimanot, patriarche de l’Église ortho- Les contacts que nous avons rétablis nous permettent au-
doxe d’Éthiopie. Il lui a adressé le discours jourd’hui de redécouvrir la réalité profonde et vraie de cette
suivant (1) : unité existante. Même les divergences réelles qui existent
entre nous sont perçues avec plus de clarté au fur et à me-
sure que nous les libérons d’éléments secondaires si nom-
VOTRE SAINTETÉ, breux issus des ambiguïtés de langage.
C’est avec le cœur plein de joie que je vous souhaite cha- Ce processus demande — et cela est indispensable — que
leureusement la bienvenue, à vous, mon vénéré Frère, et à nous accroissions nos contacts directs et que nous dévelop-
tous ceux qui vous accompagnent aujourd’hui. pions notre connaissance mutuelle. Les conversations et le
Le plaisir de vous recevoir ici à Castel Gandolfo ravive dialogue théologiques contribueront de manière essentielle
toute ma reconnaissance pour les témoignages de sympa- à la clarification et à la résolution définitive des questions
thie que vous m’avez envoyés à l’occasion des tristes évé- ouvertes, en vue de la pleine réconciliation. L’Église catho-
nements qui m’ont affligé cet été. lique est tout à fait prête à prendre l’initiative de tels
L’étroite solidarité de tant de frères — elle-même ex- contacts directs, pour rechercher la pleine unité et faire tout
pression d’une fraternité chrétienne —, ainsi que les prières ce qu’elle peut, en harmonie avec les autres Églises, pour
qu’ils ont adressées à Dieu, ont apporté une expérience de la faire avancer cette recherche qui correspond, sans aucun
communion de vie qui jaillit de notre baptême commun et de doute, à la volonté de Dieu pour son Église.
notre foi commune, dans notre unique Seigneur Jésus- Dans le processus qui mène à la pleine unité, il est né-
Christ. Je suis donc honoré de votre visite et vous en suis cessaire de provoquer des contacts vivants entre les diffé-
reconnaissant. rentes communautés et de les établir à des niveaux diffé-
Mais ma joie s’accroît encore à la pensée que notre ren- rents de manière à y engager tous ceux qui constituent la
contre ne représente qu’une partie d’un mouvement spiri- vie variée de l’Église. Une collaboration mutuelle cordiale
tuel bien plus large, la commune recherche de tous les chré- et vraiment désintéressée, soutenue par la prière commune,
tiens pour croître ensemble vers une pleine unité. peut contribuer, non seulement à faire disparaître l’amertu-
Un manque de connaissance de nos langues réciproques, me des souvenirs du passé, mais aussi à consolider nos re-
des circonstances historiques très différentes, des diffé- lations actuelles et à les faire progresser vers la pleine unité.
rences de pensée et de culture — ces raisons et d’autres À cet égard, permettez-moi de vous assurer du désir de
ont fait que nos Églises ont vécu séparément au cours des l’Église catholique d’Éthiopie de prier et de travailler, dans
siècles. Cela a, à son tour encore, contribué à obscurcir un esprit d’amour fraternel, de manière à atteindre ce but,
notre compréhension mutuelle. En appelant les catholiques et, entre-temps, de faire l’expérience, comme un don de
à jouer un rôle actif, dans la recherche d’une pleine unité, l’Esprit Saint de certains bienfaits de l’unité chrétienne.
Vatican II a souligné la nécessité de se faire une conception Aujourd’hui, l’unité des chrétiens est plus urgente que ja-
exacte des autres chrétiens comme une condition nécessai- mais, à la fois pour la vie intérieure de l’Église et pour son
re à la pleine unité. C’est pourquoi le Décret sur l’œcumé- travail d’évangélisation du monde moderne. Au milieu des
nisme a mis l’accent, avec une force particulière, sur la réa- changements actuels dont l’humanité fait l’expérience, un
lité sacramentelle par laquelle nos Églises restent très témoignage commun et uni de tous les chrétiens peut être
étroitement liées, surtout en vertu de la succession aposto- l’instrument d’une proclamation plus effective de l’Évangile
lique, de la prêtrise et de l’Eucharistie. Il a explicitement et aussi d’une contribution active à la réconciliation entre
déclaré : « Par la célébration de l’Eucharistie du Seigneur, les peuples et à la paix dans le monde.
dans ces Églises particulières, l’Église de Dieu s’édifie et Votre Sainteté, tout en exprimant les pensées que me sug-
grandit. » (Unitatis redintegratio, 15.) gère votre heureuse présence à Rome, je voudrais vous as-
surer de mes sentiments de fraternité et de solidarité à
(1) Texte original anglais dans l’Osservatore Romano du 18 octobre l’égard de toute l’Église d’Éthiopie que vous présidez et vous
1981. Traduction de la DC. affirmer que l’Église catholique est prête à établir des liens

la documentation catholique • 3 janvier 1982 • N° 1821 39


toujours plus étroits et à entamer un dialogue plus profond 3. En même temps, cet « autre monde » qui est selon la
qui, renforcé et soutenu par la prière, contribuera à construi- révélation, « le royaume de Dieu », est aussi la « patrie »
re l’unité voulue par notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. définitive et éternelle de l’homme (cf. Ph 3 20) ; il est la
Je salue également, dans votre personne, tout le peuple « maison du Père » (Jn 14, 2). Cet « autre monde », comme
d’Éthiopie, et je lui offre mes meilleurs vceux pour une socié- nouvelle patrie de l’homme, émerge définitivement, à travers la
té pacifique et constructrice, et pour une féconde prospérité. résurrection, du monde actuel qui est temporel et soumis à la
mort et à la destruction du corps (cf. Gn 3, 19) : « Tu re-
tourneras à la poussière. » Selon les paroles du Christ rap-
portées par les Synoptiques, la résurrection signifie non
seulement le recouvrement de la corporéité et le rétablisse-
ment de la vie humaine dans son intégrité par l’intermédiai-
re de l’union de l’âme et du corps mais aussi un état tout à
Anthropologie et fait nouveau de la vie humaine elle-même. Nous trouvons la
confirmation de ce nouvel état du corps dans la résurrection
du Christ (cf. Rm 6, 5-11). Les paroles rapportées par les
résurrection Synoptiques (Mt 22, 30 ; Mc 12, 25 ; Lc 20, 34-35) résonne-
ront alors (c’est-à-dire après la résurrection du Christ) pour
ceux qui les avaient entendues, avec presque une nouvelle
Audience générale du 2 décembre (*)
force probatoire, dirais-je, et elles acquerront le caractère
d’une promesse convaincante. Cependant, pour maintenant,
1. « En effet, lorsque nous ressusciterons des morts nous
nous nous arrêtons sur ces paroles dans leur phase « pré-
ne prendrons ni femme ni mari. » (Mc 12, 25.) Le Christ pro-
pascale », en prenant comme base la situation où elles ont
nonce ces paroles qui ont une signification clé pour la théologie
été prononcées. Il n’y a aucun doute que déjà dans la répon-
du corps après avoir affirmé, dans son entretien avec les
se donnée aux Sadducéens, le Christ dévoile la nouvelle
Sadducéens, que la résurrection est conforme à la puissance
condition du corps humain à la résurrection et il le fait en
du Dieu vivant. Les évangiles synoptiques rapportent tous les
proposant précisément une référence et une comparaison
trois le même énoncé. Seule, la version de Luc se différencie
avec la condition de l’homme depuis l’« origine ».
par quelques éléments particuliers de celle de Matthieu et de
4. Les paroles : « Ils ne prendront ni femme ni mari » sem-
Marc. Elle est essentielle pour tous cette constatation que,
blent affirmer en même temps que les corps humains, une
dans la résurrection future, les hommes, apres avoir retrouvé
fois recouvrés et en même temps renouvelés dans la résur-
leurs corps dans la plénitude de leur perfection à l’image et à
rection, garderont leur particularité masculine et féminine et
la ressemblance de Dieu — après les avoir retrouvés dans
que la manière d’être dans le corps masculin et féminin se trou-
leur masculinité et dans leur féminité — « ne prendront ni
vera dans « l’autre monde » constituée et comprise d’une ma-
femme ni mari ». Dans le chapitre 20, 34-35, Luc exprime les
nière différente de celle qui existait « depuis l’origine » et en-
mêmes idées avec les paroles suivantes : « Les fils de ce
suite dans toute la dimension de l’existence terrestre. Les
monde prennent femme ou mari. Mais ceux qui ont été jugés
paroles de la Genèse, « l’homme abandonnera son père et sa
dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection des
mère, il s’unira à sa femme et tous les deux seront une seule
morts ne prennent ni femme ni mari. »
chair » (2, 24), ont constitué depuis l’origine cette condition et
2. Comme il découle de ces paroles, le mariage, cette union
cette relation de masculinité et de féminité, étendues égale-
où, comme le dit le livre de la Genèse, « l’homme s’unira à sa
ment au corps qu’il faut justement définir comme « conjugal »
femme et tous les deux ne feront plus qu’une seule chair »
et en même temps comme « procréateur » et « générateur ».
(2, 25) — union propre de l’être humain depuis l’« origine »
Cette condition et cette relation sont en effet liées à la béné-
— appartient exclusivement « à ce monde ». Le mariage et la
diction de la fécondité prononcée par Dieu (Elohim), à la créa-
procréation ne constituent pas, au contraire, l’avenir escha-
tion de l’être humain comme « homme et femme » (Gn 1, 27).
tologique de l’homme. À la résurrection, ils perdent, pour
Les paroles prononcées par le Christ à propos de la résurrec-
ainsi dire, leur raison d’être. Cet « autre monde », dont parle
tion nous permettent de déduire que la dimension de la mas-
Luc (20, 35), signifie l’accomplissement définitif du genre hu-
culinité et de la féminité — c’est-à-dire l’être dans le corps
main, la fermeture quantitative de ce cercle d’êtres qui ont
masculin et féminin — se trouvera de nouveau constituée
été créés à l’image et à la ressemblance de Dieu afin qu’en se
avec la résurrection du corps dans l’« autre monde ».
multipliant à travers « l’unité conjugale dans le corps »
5. « Est-il possible de dire quelque chose de plus détaillé
d’hommes et de femmes, ils s’assujettissent la terre. Cet
encore sur ce sujet ? Sans doute, les paroles du Christ rap-
« autre monde » n’est pas le monde de la terre, mais le
portées par les Synoptiques (spécialement dans la version de
monde de Dieu qui, comme nous le savons par la première
Luc 20, 27-40) nous y autorisent-elles ? Nous lisons, en effet,
lettre de saint Paul aux Corinthiens, le remplira entièrement,
que « ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à
devenant « tout en tous » (1 Co 15, 28).
venir et à la resurrection des morts… ne peuvent plus mou-
(*) Texte italien dans l’Osservatore Romano des 9-10 décembre. rir car ils sont pareils aux anges et ils sont fils de Dieu puis-
Traduction et titre de la DC. qu’ils sont fils de la résurrection » (Matthieu et Marc rap-

40
portent seulement qu’ « ils seront comme des anges dans les différence de Platon. Si saint Thomas a accepté dans son an-
cieux »). Cet énoncé permet surtout de déduire une spiri- thropologie la conception d’Aristote, il l’a fait par rapport à la
tualisation de l’homme selon une dimension différente de celle vérité sur la résurrection. La vérité sur la résurrection affir-
de la vie terrestre (et même différente du « principe » lui- me en effet avec clarté que la perfection eschatologique et le
même). Il est évident qu’il ne s’agit pas ici d’une transforma- bonheur de l’homme ne peuvent être compris comme un état
tion de la nature de l’homme en celle des anges, c’est-à-dire de l’âme seule, séparée (délivrée selon Platon) du corps mais
en une nature purement spirituelle. Le contexte indique clai- il faut la comprendre comme l’état de l’homme définitivement
rement que l’homme conservera dans « l’autre monde » sa et parfaitement « intégré » à travers une union de l’âme et du
nature humaine psychosomatique. S’il en avait été autre- corps telle qu’elle qualifie et assure sa parfaite intégrité.
ment, parler de résurrection n’aurait pas de sens. Interrompons à ce niveau notre réflexion sur les paroles
La résurrection signifie la restitution à la vraie vie de la prononcées par le Christ sur la résurrection. La grande ri-
corporéité humaine qui a été assujettie à la mort dans sa chesse des éléments contenus dans ces paroles nous amène
phase temporelle. Dans l’expression de Luc (20, 36) qui à les reprendre dans des considérations ultérieures.
vient d’être citée (et dans celles de Matthieu 22, 30 et de
Marc 12, 25) il s’agit certainement de la nature humaine, (3) Aristote De Anima, II, 412 a, 19-22 ; cf. aussi Metaph. 1029 b 11 –
c’est-à-dire psychosomatique. La comparaison avec les êtres 1030 b 14.
célestes, utilisée dans le contexte, ne constitue aucune nou-
veauté dans la Bible. Entre autres, il y a déjà le psaume qui
exalte l’homme comme l’œuvre du Créateur et qui dit : « À
peine le fis-tu moins que les anges » (Ps 8, 6). Il faut suppo-
ser que lors de la résurrection cette ressemblance deviendra
plus grande : non pas à travers une désincarnation de
La résurrection et la
l’homme mais à travers un autre genre (on pourrait même
dire : un autre degré) de spiritualisation de sa nature soma-
tique — c’est-à-dire par un autre « système de forces » à
réalisation de la
l’intérieur de l’homme. La résurrection signifie une nouvel-
le soumission du corps à l’esprit. personne
6. Avant de nous préparer à développer ce sujet, il
convient de rappeler que la vérité sur la résurrection a eu Audience générale du 9 décembre (*)
une signification clé pour la formation de toute l’anthropologie
théologique qui pourrait être simplement considérée comme 1. « À la résurrection… on ne prend ni femme ni mari,
« l’anthropologie de la résurrection ». La réflexion sur la ré- mais on est comme les anges dans les cieux. » (Mt 22, 30 ;
surrection a fait que saint Thomas d’Aquin, en revanche, a cf. Mc 12, 25.) « Ils sont pareils aux anges. Ils sont fils de la
négligé dans son anthropologie métaphysique (et même résurrection puisqu’ils sont fils de Dieu. » (Lc 20,36.)
théologique ) la conception philosophique de Platon sur le Nous cherchons à comprendre ces paroles du Christ
rapport entre l’âme et le corps et qu’il s’est inspiré de la concernant la résurrection future pour en tirer une conclu-
conception d’Aristote (1). La résurrection atteste en effet, au sion sur la spiritualité de l’homme, différente de celle de la
moins indirectement, que le corps, dans l’ensemble du com- vie terrestre. On pourrait parler également ici d’un systè-
posé humain, n’est pas seulement lié temporairement à l’âme me parfait de forces dans les rapports réciproques entre ce
(comme étant sa « prison » terrestre selon Platon) (2), mais qui est spirituel et ce qui est corporel dans l’homme.
qu’il constitue avec l’âme l’unité et l’intégrité de l’être hu- L’homme « historique » expérimente, suite au péché origi-
main. C’est précisement cela qu’enseignait Aristote (3) à la nel, les multiples imperfections de ce système de forces qui
(1) Cf. par exemple : « Or l’âme a un mode d’être différent lorsqu’elle se manifeste dans les paroles bien connues de saint Paul :
est unie au corps et lorsqu’elle en a été séparée, bien que sa nature de- « Dans mes membres, je découvre une autre loi qui combat
meure identique : non pas que son union au corps lui soit accidentelle, contre la loi que ratifie mon intelligence. » (Rm 7, 23.)
mais il est de sa nature d’être unie au corps… » (S. Thomas, Sum. Theol L’homme « eschatologique » sera libéré de cette « oppo-
1a, q. 89, a. 1.)
« Si cela ne tient pas à la nature de l’âme mais lui convient indirecte- sition ». À la résurrection, le corps retrouvera sa parfaite
ment du fait qu’elle est liée au corps, selon l’opinion platonicienne… unité et son harmonie avec l’esprit : l’homme n’expérimen-
une fois ôté l’obstacle du corps, l’âme retournerait à sa vraie nature… tera plus l’opposition entre ce qui est spirituel et ce qui est
Mais dans cette hypothèse, l’âme ne serait pas unie au corps, à son corporel en lui. La « spiritualisation » signifie non seulement
propre avantage, si elle comprenait moins bien, unie au corps, que sé-
parée de lui. Ce serait seulement à l’avantage du corps : ce qui est in-
que l’esprit dominera le corps mais qu’il imprégnera pleine-
admissible pour la raison puisque la matière est faite pour la forme et ment le corps.
non inversement. » (Ibid.) 2. Au cours de la vie terrestre, la domination du corps par
« Il convient à l’âme d’être unie à un corps… L’âme humaine conserve l’esprit — et la subordination simultanée du corps à l’esprit
son être lorsqu’elle est séparée du corps, tout en ayant une aptitude, une in- — peut exprimer une personnalité spirituellement mûre
clination naturelle à s’unir à lui. » (Ibid, I a, q. 76 a. 1.)
(2) « Le corps est pour nous une prison » (Platon, Gorgias 493 A ; cf. (*) Texte italien dans l’Osservatore Romano du 3 décembre 1981.
aussi Phédon, 66 B ; Cratyle 400 c.). Traduction et titre de la DC.

la documentation catholique • 3 janvier 1982 • N° 1821 41


comme fruit d’un travail persévérant sur lui. Cependant, le jective — n’absorbera pas la subjectivité personnelle de
fait que les énergies de l’esprit réussissent à dominer les l’homme mais, au contraire, la fera ressortir d’une manière
forces du corps n’enlève pas la possibilité même de leur op- incomparablement plus grande et plus pleine.
position réciproque. La « spiritualisation » à laquelle font al- 4. La « divinisation » dans l’ « autre monde », indiquée
lusion les évangiles synoptiques (Mt 22, 30 ; Mc 12, 25, Lc dans les paroles du Christ, apportera dans l’esprit humain
20, 34-35) dans les textes qui sont analysés ici se trouve déjà cette « gamme d’expérience » de la vérité et de l’amour que
en dehors d’une telle possibilité. C’est donc une spiritualisa- l’homme n’aurait jamais pu atteindre dans la vie terrestre.
tion parfaite où se trouve complètement éliminée la possibi- Quand le Christ parle de la résurrection, il indique en même
lité qu’ « une autre loi combatte contre la loi de l’intelligen- temps qu’à cette expérience eschatologique de la vérité et
ce » (cf. Rm 7, 23). Comme il est évident, cet état qui se de l’amour, unie à la vision de Dieu « face à face », participe-
différencie essentiellement (et non seulement en degré) de ra aussi, à sa manière, le corps humain. Quand le Christ dit
ce que nous expérimentons au cours de la vie terrestre ne si- que ceux qui participeront à la résurrection future « ne pren-
gnifie cependant nullement une « désincarnation » du corps dront ni femme ni mari » (Mc 12, 25), ses paroles — comme
ni, par conséquent une « déshumanisation » de l’homme. Au on l’a déjà noté auparavant — affirment non seulement la fin
contraire, il signifie même sa parfaite « réalisation ». En effet, de l’histoire terrestre, liée au mariage et à la procréation,
dans l’être composé et psychosomatique qu’est l’homme, la mais semblent aussi dévoiler la nouvelle signification du
perfection ne peut consister dans une opposition réciproque corps. Est-il possible, dans ce cas, de penser, au niveau de
de l’esprit et du corps, mais dans une profonde harmonie entre l’eschatologie biblique, à la découverte de la signification « spon-
eux, dans la sauvegarde du primat de l’esprit. Dans l’ « autre sale » du corps, surtout comme signification « virginale » de
monde » ce primat se trouvera réalisé et il se manifestera l’être, en ce qui concerne le corps masculin et féminin ? Pour
dans une parfaite spontanéité qui ne connaîtra aucune oppo- répondre à cette question qui ressort des paroles rapportées
sition de la part du corps. Cependant, cela ne signifie pas une par les Synoptiques, il convient de pénétrer plus à fond dans
« victoire » définitive de l’esprit sur le corps. La résurrec- l’essence même de ce que sera la vision béatifique de l’être
tion consistera dans la parfaite participation de tout ce qui divin, la vision de Dieu « face à face » dans la vie future. Il faut
est corporel en l’homme à ce qui est spirituel en lui. La ré- aussi se faire guider par cette « gamme d’expérience » de la
surrection consistera en même temps dans la parfaite réali- vérité et de l’amour qui dépasse les limites des possibilités
sation de ce qui est personnel en l’homme. de connaissance et de spiritualité de l’homme temporel et
3. Les paroles des Synoptiques attestent que l’état de dont il deviendra participant dans l’« autre monde »
l’homme dans l’« autre monde » sera non seulement un état 5. Cette expérience eschatologique du Dieu vivant concen-
de spiritualisation parfaite mais aussi de « divinisation » fon- trera en elle non seulement toutes les énergies spirituelles de
damentale de son humanité. Les « fils de la Résurrection » l’homme mais lui dévoilera en même temps, d’une manière
— comme nous le lisons dans Luc 20, 36 — sont non seule- vive et expérimentale, le fait que Dieu « se communique » à
ment « pareils aux anges » mais ils sont aussi « fils de tout ce qui est créé et, en particulier, à l’homme et que cette
Dieu ». On peut en tirer la conclusion que le degré de la spi- communication est le don le plus personnel de Dieu, dans sa di-
ritualisation, celle de l’homme « eschatologique », aura sa vinité même, à l’homme, l’être qui, depuis l’origine, porte en lui
source dans le degré de sa « divinisation », incomparable- son image et sa ressemblance. Ainsi donc, dans l’« autre
ment supérieure à celle que l’on peut atteindre au cours de monde », l’objet de la « vision » sera ce mystère caché depuis
la vie terrestre. Il faut ajouter qu’il s’agit ici non seulement l’éternité dans le Père, mystère qui a été révélé dans le temps
d’un degré différent mais, dans un certain sens, d’un autre dans le Christ pour être accompli sans cesse par l’œuvre de
genre de « divinisation ». La participation à la nature divine, l’Esprit Saint. Ce mystère deviendra, si l’on peut s’exprimer
la participation à la vie intérieure de Dieu lui-même, péné- ainsi, le contenu de l’expérience eschatologique et la «
tration et imprégnation de ce qui est essentiellement hu- forme » de l’existence humaine tout entière dans la dimen-
main par ce qui est essentiellement divin, parviendra alors à sion de l’« autre monde ». La vie éternelle se trouve compri-
son sommet et la vie de l’esprit humain parviendra alors à se au sens eschatologique c’est-à-dire comme la pleine et par-
cette plénitude qui lui était d’abord absolument inaccessi- faite expérience de cette grâce (charis) de Dieu dont l’homme
ble. Cette nouvelle spiritualisation sera donc le fruit de la devient participant par la foi durant la vie terrestre et qui
grâce, c’est-à-dire du fait que Dieu se communique, dans sa devra non seulement être révélée à ceux qui participeront à
divinité même, non seulement à l’âme mais à toute la subjec- l’« autre monde » dans toute sa pénétrante profondeur mais
tivité psychosomatique de l’homme. Nous parlons ici de cette être aussi expérimentée dans sa réalité béatifiante.
« subjectivité » (et non seulement de la « nature ») car cette Arrêtons ici notre réflexion centrée sur les paroles du
divinisation se trouve comprise non seulement comme un Christ concernant la future résurrection des corps. Dans
« état intérieur » de l’homme, c’est-a-dire du sujet, capable cette « spiritualisation » et cette « divinisation » auxquelles
de voir Dieu « face à face », mais aussi comme une nouvel- l’homme participera dans la résurrection, nous découvrons
le formation de toute la subjectivité personnelle de l’homme — dans une dimension eschatologique — les caractères
à la mesure de l’union avec Dieu dans son mystère trinitai- mêmes qui qualifiaient la signification « sponsale » du corps.
re et de l’intimité avec lui dans la parfaite communion des Nous les découvrons dans la rencontre avec le mystère du
personnes. Cette intimité — avec toute son intensité sub- Dieu vivant qui se dévoile par sa vision « face à face ».

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LES DIALOGUES BILATÉRAUX ENTRE ÉGLISES rappelaient avec insistance la nécessité d’une prière conti-
nuelle implorant l’action vivifiante de ce même Esprit et la
disponibilité à l’accueillir avec docilité.
Cette nouvelle prise de conscience de la foi commune ex-
primée par ce Concile devrait nous aider, je l’espère de tout
cœur, à surmonter les difficultés doctrinales qui se dressent
encore sur le chemin qui mène à la pleine unité retrouvée. Il

La célébration de la y a deux ans, lors de notre rencontre fraternelle inoubliable


dans votre patriarcat, nous avions la joie d’annoncer en-
semble la création de la commission mixte de dialogue
fête de saint André à théologique. Aujourd’hui, je me réjouis de constater que,
grâce aux moyens que cette commission a mis en œuvre, les

Istanbul objectifs qu’elle s’était fixés après sa première réunion ont pu


être atteints avec empressement, avec compétence et avec
un vif amour de l’Église et de l’unité voulue par le Seigneur.
Il ne faut pas, en effet, que notre marche en avant se ra-
Message au patriarche lentisse ou se disperse. Tant les nécessités du monde chré-
tien que, plus généralement, les choix qui sont proposés aux
Dimitrios 1er hommes d’aujourd’hui et dont dépend leur existence future,
demandent que le dialogue entre nos Églises ne s’éparpille
Comme les années précédentes, une pas dans des questions secondaires, mais se concentre sur
délégation de l’Église catholique s’est rendue l’essentiel afin d’atteindre au plus vite cette pleine unité qui
à Istanbul pour la fête de saint André, patron pourra être une contribution importante à la réconciliation
du patriarcat œcuménique. La délégation était entre tous les hommes. Et l’essentiel, c’est l’unité dans la
composée du cardinal Willebrands, président foi, dans cette foi enracinée dans la parole de Dieu qui nous
du Secrétariat pour l’Unité des chrétiens ; du parvient dans les Saintes Écritures, qui a été prêchée par
P. Pierre Duprey, sous-secrétaire, et de les apôtres, qui a été défendue contre toute altération et qui
Mgr Fortino. Voici le message que le Pape a a été proclamée avec force par les Conciles œcuméniques
fait parvenir au patriarche Dimitrios 1er à aux différentes époques.
cette occasion (1) : Sainteté, je tiens à vous assurer de nouveau de la pleine
disponibilité de l’Église catholique, dans un esprit de com-
préhension loyale et de solidarité fraternelle, pour toutes les
À SA SAINTETÉ DIMITRIOS 1er initiatives qui seraient jugées possibles et opportunes, tant
ARCHEVÊQUE DE CONSTANTINOPLE, dans le domaine de l’étude que dans celui de l’action, et qui
PATRIARCHE ŒCUMÉNIQUE pourraient approfondir et renforcer la fraternité croissante
La grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la entre nos Églises. Que l’intercession des saints apôtres
communion du Saint-Esprit soient avec vous » (2 Co 13, 13). frères André et Pierre nous obtienne une docilité vigilante
Et avec nous tous ! et active à toutes les inspirations de l’Esprit-Saint !
Notre délégation, présidée par notre cher frère le cardinal Dans ces sentiments, je vous redis, Frère très cher, ma
Jean Willebrands, président du Secrétariat pour l’Unité des profonde charité dans notre unique Seigneur.
chrétiens, vous porte, Sainteté, à vous-même et à votre IOANNES PAULUS PP. II
Église, le salut de l’Église de Rome (cf. Rm 16, 16) et mani-
feste par sa présence combien je vous suis uni par la prière
en ce jour de la célébration de la fête de l’apôtre André.
Ces rencontres annuelles, au siège de votre Église et à Discours du patriarche
Rome lors de la fête des apôtres Pierre et Paul, non seulement
permettent une prière commune fervente et renouvelée, mais Dimitrios 1er (1)
nous donnent aussi l’occasion d’intensifier régulièrement et
d’harmoniser nos efforts dans la recherche de l’unité. CHERS FRÈRES,
Par la célébration cette année du XVIe centenaire du C’est avec un amour et une joie profonde en Christ que
deuxième Concile œcuménique, le premier Concile de nous saluons votre chère présence dans cette ville et dans
Constantinople, nos Églises se sont efforcées de renouveler notre Église, dignes représentants de l’Église vénérée de
et d’approfondir, dans l’intelligence et le cœur des fidèles, Rome et de son chef très saint le Pape Jean-Paul II, pendant
les certitudes traditionnelles et toujours actuelles de notre cette célébration de la mémoire sacrée du saint et glorieux
foi commune dans l’Esprit Saint, en même temps qu’elles apôtre André, le premier appelé, le fondateur et protecteur
de notre Église.
(1) Texte français dans l’Osservatore Romano du 2 décembre. Titre de
la DC. (1) Texte original.

la documentation catholique • 3 janvier 1982 • N° 1821 49


Votre présence pendant cette sainte fête a une significa- Nous accentuons ce point-là parce que nous avions reçu la
tion particulière parce qu’elle constitue une continuité nouvelle de l’attentat contre Sa Sainteté le Pape avec hor-
stable, continuité d’amour et de dialogue ; parce que, reur et affliction, nous avions suivi dans la prière, dans l’an-
d’ailleurs, l’amour ne peut pas être un vrai amour s’il n’a pas goisse et la solidarité totale toute la succession de péripéties
de continuité, s’il n’est pas conséquent ; ni le dialogue ne dramatiques qui lui ont permis d’échapper à la mort, d’être
peut être vraiment dialogue lorsque les participants ne se soigné et de rétablir sa santé très précieuse non seulement
rencontrent pas et ne le poursuivent pas dans l’amour. Mais pour l’Église catholique romaine, mais aussi pour toute la
nous deux, de Rome et de Constantinople, ayant appris du chrétienté et le monde entier.
Verbe qu’il faut servir le plan de Dieu, réalisé et poursuivi De ce lieu, Dieu nous permet d’exprimer aujourd’hui
en dialogue divino-humain, nous réfléchissons et nous tra- notre joie, du fait que Sa Sainteté exerce maintenant plei-
vaillons en commun, et c’est pour cela que nous nous ren- nement, avec une santé rétablie, ses devoirs sacrés et est en
controns dans l’amour, ici et à Rome, et que nous dialo- première ligne afin d’accomplir sa tâche pour l’unité de
guons. C’est en effet à cela que nous avons été appelés afin l’Église du Christ.
de contribuer ainsi à construire, ou plutôt à servir le plan Représentants vénérés et chers de l’Évêque de Rome,
divin, c’est-à-dire au salut de l’homme. voici que, nous et vous, célébrons ensemble la mémoire de
L’Église du Christ sauveur, l’Église de ceux qui croient l’apôtre André, frère de Pierre. Nous célébrons ensemble
en lui et qu’il veut « un » (Jn 17, 21), d’après l’enseignement en fraternité d’amour et dans l’attente d’une concélébration
des Saintes Écritures, et des saints Pères et docteurs com- dans le calice commun.
muns et selon les décisions de l’Église indivise, est respon- Aujourd’hui, pour des raisons que Dieu sait, nous n’avons
sable de son unité selon la volonté du Seigneur et pour le pas encore la commune confession de la foi. Oui, nous nous
salut de l’homme. aimons les uns les autres et l’amour mutuel doit conduire à
Nous, de l’Orient, dans notre effort et nos initiatives, en la confession de la foi dans la concorde. Peut-être que le dia-
toute compréhension et humilité, nous ne visons rien logue théologique officiel qui a commencé entre nous et au-
d’autre que le salut de l’homme dans l’Église. quel nos deux Églises ont confié la solution des problèmes
En Orient, nous ressentons chaque jour davantage que la théologiques et ecclésiastiques qui existent entre nous, nous
volonté de toute l’Église du Christ ne doit jamais être négli- conduira — et nous le souhaitons du plus profond de notre
gée, cette volonté que le Seigneur nous a confiée par ses cœur — à l’étape suivante, c’est-à-dire à la confession com-
saints apôtres, cette volonté confirmée et proclamée par nos mune de la foi dans la concorde et, de ceci, à la pleine com-
Pères communs qui, jadis, se réunissaient en Conciles œcu- munion dans le même très saint sacrement de l’Eucharistie,
méniques, cette volonté dont surtout des saints, des confes- dans le Calice commun.
seurs et des martyrs ont témoigné. Cette volonté est que Dans cet esprit, dans cette attente, dans la conviction que
l’Église se conforme au plan divin qui veut que nous soyons l’Esprit Saint complétera ce qui manque et nous conduira à
un, et que, en tant qu’un, nous poursuivions l’œuvre de la confession en commun de la foi de l’Église une, sainte, ca-
notre divin Sauveur jusqu’à la consommation des siècles. tholique et apostolique, comme elle a été confessée après
En vous accueillant, très dignes frères de Rome, dans cet nos apôtres communs, Pierre et André, par nos saints mar-
esprit, celui du plan divin, de l’Église une, sainte, catholique tyrs et Père communs et par nos saints Conciles œcuméni-
et apostolique, dont nous portons la conscience, nous dési- ques communs qu’ils avaient réunis, nous considérons et
rons vous assurer que la vénérée Église aînée de Rome aura nous saluons votre présence, représentants de notre véné-
de la part de notre Église orthodoxe d’Orient toute la colla- ré frère aîné, l’Évêque de Rome, comme une promesse plei-
boration concevable, dans le cadre de ce qui est communé- ne d’espoir que, dans cet esprit, nous allons collaborer en
ment attesté dans l’Église indivise en ce qui concerne la solidarité pour que, d’un seul cœur, du dialogue théologique,
confession commune de la foi et l’ordre canonique fonda- nous nous acheminions vers la confession commune de la
mental, mais elle rencontrera aussi toute compréhension en foi et, de celle-ci, vers le calice commun, pour que notre
ce qui concerne les « théologoumena », mais ayant toujours Seigneur et Sauveur commun soit glorifié dans son Église
comme modèle fondamental, en ce qui concerne les choses une et par elle dans le salut du monde entier.
capitales et essentielles de la foi, la conscience de nos Pères Amen.
et Docteurs communs et des Conciles œcuméniques com-
muns, c’est-à-dire la conscience de l’Église du Christ d’avant
la division.
Chère délégation de l’Église vénérée de Rome, votre pré-
sence ici, au-delà des raisons précitées, nous donne, à nous-
même personnellement et à notre Église, l’occasion d’ex-
primer notre joie, et, de plus, dans cette joie, de rendre
grâces à notre Père commun qui est aux cieux parce que
nous vous recevons en tant que représentants de notre cher
frère dans le Christ, le très saint Évêque de Rome, le Pape
Jean-Paul II, qui, par la grâce de Dieu, a survécu.

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