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SYSTÈMES D'INFORMATION FINANCIERS ET INTÉGRATION DES

PARTIES PRENANTES : PROPOSITION D'UNE GRILLE DE LECTURE


Amir Hasnaoui, Guillaume Biot-Paquerot

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2010/4 n° 34 | pages 216 à 232


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https://www.cairn.info/revue-management-et-avenir-2010-4-page-216.htm
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Pour citer cet article :


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Amir Hasnaoui, Guillaume Biot-Paquerot« Systèmes d'Information Financiers et
intégration des parties prenantes : proposition d'une grille de lecture »,
Management & Avenir 2010/4 (n° 34), p. 216-232.
DOI 10.3917/mav.034.0216
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Systèmes d’Information Financiers et inté-


gration des parties prenantes : proposition
d’une grille de lecture

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par Amir Hasnaoui121 et Guillaume Biot-Paquerot122
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Résumé

Cet article aborde la question de l’intégration des parties prenantes au sein


du système d’information financier et souligne l’importance des contraintes
externes. Si la problématique technologique découlant de l’implémentation
des systèmes d’information financiers est relativement bien couverte
par la littérature en SI, l’intégration des dimensions partenariales a été
délaissée jusqu’alors. Cet article, exploratoire, propose de développer un
cadre théorique renouvelé, permettant d’expliciter l’influence des parties
prenantes en intégrant la contrainte technologique, l’influence du cadre
légal, et le développement de mécanismes de gouvernance alternatifs du
type soft laws (éthique, codes de bonne conduite…).
Abstract

The principle problem concerning management of Financial Information


Systems (FIS) is not the resolution of technological problems such as the
choice of application, how to guarantee the confidentiality of data, and how
to optimize the use of information, particularly in light of SOX. This paper is
exploratory and conceptual in its focus. It introduces a new framework that
will enhance the analysis of management information system by confronting
the complexity of individual behavior, recognizing the constraints of the
technological and legal framework and underlies the role of ethics as a
corporate governance mechanism.

Au mois de février 2009, le ministère de l’Économie, de l’Industrie et de l’Emploi


annonçait la publication d’un code d’éthique relatif à la rémunération des traders,
tendant à limiter bonus et salaires en période de crise. Ce dispositif tend à jouer
sur le système d’incitation des traders, en modérant notamment le poids de la
part variable de leur rémunération, afin de ne pas encourager des prises de
risques inconsidérées. Au mois de décembre 2009, la ministre Christine Lagarde
a d’ailleurs présenté en Conseil des ministres une communication relative à la
création d’une taxe exceptionnelle sur les banques, assise sur les bonus versés

121. Amir Hasnaoui, Professeur assistant, Groupe Sup de Co La Rochelle / Telecom & Management SudParis,
hasnaouia@esc-larochelle.fr
122. Guillaume Biot-Paquerot, Professeur associé, Groupe Sup de Co La Rochelle, IRGO Bordeaux IV, biotg@esc-larochelle.fr

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Systèmes d’Information Financiers et inté-
gration des parties prenantes : proposition
d’une grille de lecture

en 2010123. Cet «  arrangement  » passé entre les opérateurs de marché, les


grandes banques françaises et les autorités de régulation, semble cohérent avec
l’idée, classique au sein des approches partenariales en finance, selon laquelle
la régulation et la mise en œuvre de mécanismes de contrôle permettent de

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limiter les comportements déviants et la spoliation de certaines parties prenantes
(classiquement les salariés ou les petits porteurs) au profit d’autres partenaires.
Si cette idée est aujourd’hui pour le moins triviale, sa mise en pratique laisse
perplexe. Depuis une dizaine d’années, les scandales et autres cracks financiers
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ont permis de mettre en évidence toute sorte de déviances et de malversations :


rémunérations excessives, fraudes et faux en écriture, délits d’initiés… Depuis
les travaux fondateurs de Berle et Means (1932), analysant les conflits résultant
de la séparation des fonctions de décision et de celles liées à la propriété, les
universitaires, les analystes financiers et les média s’accordent pour conclure
de l’échec des mécanismes de gouvernance classiques et de leur incapacité à
garantir les droits des différentes parties prenantes (Dick, Volchkova and Zingales,
2008). La principale réponse du législateur consista dans le renforcement du
cadre légal124 et l’intégration de certaines évolutions du cadre de la gouvernance
d’entreprise125 (Coates, 2007).

Depuis plus de vingt ans, les approches partenariales ont largement inspiré les
débats (académiques et professionnels) autour de la gouvernance d’entreprise,
contribuant à enrichir les théories comptables, financières et managériales
(Roberts and Mahoney, 2004). L’information, à l’instar de la connaissance pour
Hayek (1945), est au cœur des problématiques actuelles dans les organisations.
Les tenants de la théorie de l’architecture organisationnelle (Jensen and Meckling
- 1976 ; Brickley, Smith and Zimmerman - 2001) intègrent également l’information
comme un élément déterminant de la chaine de création de valeur.

Dans ce contexte, l’implémentation de systèmes d’information financiers


(SIF) efficients tendrait à concerner l’ensemble des parties prenantes. Certes,
le système juridique (et plus particulièrement celui défini dans le cadre SOX)
incite largement les managers à mutualiser l’information avec les actionnaires
et les autres parties prenantes (administration fiscale, clients, usagers…).
L’implémentation des systèmes d’information financiers semble pallier l’inclination
naturelle des décideurs à contourner les mesures de contrôle mises en œuvre
par les autres parties prenantes, et à l’enracinement. Afin de limiter ce type de
comportement, la plupart des études renvoie à des considérations techniques et
sécuritaires, en omettant les aspects individuels et partenariaux.

123. L’assiette de la taxe sur les bonus est constituée par les bonus versés aux opérateurs de marché dépassant le seuil de 27 500
€, et son taux est de 50% du montant du bonus octroyé (http://www.economie.gouv.fr/discours-presse/discours-communiques_
finances.php?type=communique&id=3722, dernière date d’accès : 29/03/10) Le produit de cette taxe devrait d’ailleurs être affecté au
financement des PME par l’intermédiaire d’OSEO.
124. ex : les IFRS, le Sarbanes-Oxley Act – SOX aux États-Unis, ou la loi de sécurité financière – LSF en France.
125. On peut ainsi citer la responsabilisation des membres du conseil d’administration, la limitation du nombre de participation en tant
qu’administrateur, etc.

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Nous proposons ici d’enrichir les approches standards en discutant de


l’impact des mécanismes de gouvernance d’entreprise sur les comportements
individuels, et plus précisément de l’intégration de l’éthique et des codes
de bonnes pratiques au sein des systèmes d’information financière. En effet,

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si la plupart des recherches en SI se focalisent sur les aspects techniques et
sécuritaires, en omettant les aspects partenariaux, d’autres auteurs se proposent
de diversifier les approches en gouvernance d’entreprise. Ainsi, Benz et Frey
(2007) comparent la gouvernance publique et la gouvernance des organisations
privées afin de renforcer la compréhension des modèles standards. La Porta et
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al. (1998) intègrent une dimension légale comparative nationale, cherchant à


identifier l’impact de systèmes de droit nationaux (droit romain vs. Common Law)
sur la gouvernance d’entreprise.

1. Management des Systèmes d’information financiers : ce que


nous enseignent les scandales financiers

Une première section permettra de discuter des systèmes d’information financiers


en tant que mécanismes permettant de collecter et de traiter une information
complexe, dans un environnement changeant. Ces approches seront ensuite
dépasser pour les intégrer dans un cadre plus élaboré, les articulant avec des
mécanismes de contrôle alternatifs.

1.1. Systèmes d’information financiers : une synthèse


Les systèmes d’information peuvent être vus comme un ensemble organisé de
ressources permettant la collecte, le traitement, le stockage et la transmission de
l’information (Reix, 2004) afin de favoriser la prise de décision de façon optimale.
Similairement, les systèmes d’information financiers peuvent être envisagés
comme des systèmes permettant la collecte et la diffusion de l’information
financière, permettant l’exercice d’un contrôle effectif quant à l’utilisation des
ressources (notamment financières). Ils contribuent à mesurer la valeur et la
performance de l’organisation.

Le Département Finance de l’université de Toronto (2006) définit ainsi les systèmes


d’information financiers comme les principaux dépositaires des données pour la
gestion financière et de fonctions de reporting. Les principales caractéristiques
incluent notamment :
• L’enregistrement de toutes les transactions financières en
comptes de livre.
• La production de rapports financiers pour répondre à la gestion
et aux exigences légales.
• Les éléments de contrôle budgétaire et de mesure de la valeur
créée.
• La production des tableaux de bord financiers.

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gration des parties prenantes : proposition
d’une grille de lecture

Outre ces différentes caractéristiques financières et légales, les SIF intègrent des
aspects sécuritaires indispensables à leur implémentation.
1.1.1. Systèmes d’information financiers : dimension sécuritaire

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Les systèmes d’information financiers semblent être au centre de l’actualité des
entreprises. Les nombreux scandales qui ont émergés au cours de la dernière
décennie représentent avant une faillite des systèmes de contrôle dans les
organisations. Les systèmes d’information en général, et les SIF en particuliers,
permettent d’améliorer l’accès à l’information pour les différents acteurs
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intervenant dans le processus de production et de création de valeur. En ce sens,


ils deviennent des éléments essentiels de la stratégie des firmes, et la sécurité de
ces systèmes devient un élément central dans les réflexions actuelles.
Selon une approche technique, trois éléments essentiels permettent de juger de
la sécurité d’un système d’information financier (Banque Centrale Européenne,
2005) :
• La capacité du système à assurer la confidentialité des
• L’identification échanges
et l’authentification des utilisateurs afin de garantir une non-
• transactions.
répudiation des Sa capacité à préserver l’intégrité des données contre toute
tentative d’altération
• L’identification et l’authentification des utilisateurs afin de garantir
une non-répudiation
Le schéma ci-dessous résume ces dimensions. des transactions.

Le schéma ci-dessous résume ces dimensions.

FigureFigure
1 : les1 :
éléments de sécurité
les éléments d’un document
de sécurité (Adobe,
d’un document 2008, 2008,
(Adobe, p.4) p.4)

Les approches sécuritaires représentent un élément essentiel (Hermanson, 2000 ;219 Barlette,
2008), mais ne permettent de comprendre en quoi les stratégies individuelles des principaux
pourvoyeurs de ressources peuvent contribuer à influencer les systèmes d’information financiers.

1.1.2 Au delà de l’approche sécuritaire : Stakeholders et codes d’éthique


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Les approches sécuritaires représentent un élément essentiel (Hermanson,


2000 ; Barlette, 2008), mais ne permettent de comprendre en quoi les stratégies
individuelles des principaux pourvoyeurs de ressources peuvent contribuer à
influencer les systèmes d’information financiers.

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1.1.2. Au delà de l’approche sécuritaire : Stakeholders et codes
d’éthique
Dans leur contribution sur la sécurité des SI, Dhillon et Torkzadeh (2006, p.293-
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294) se placent dans une perspective socio-organisationnelle, et discutent de


l’accroissement des failles de sécurité et des coûts qui en découlent, à la fois pour
l’organisation, en tant qu’unité homogène, et pour ses partenaires. Ils concluent
que ces défaillances sont destructrices de valeur et préconisent de dépasser les
simples arguments techniques pour pallier ces failles (Baskerville, 1993 ; Straub
et Welke, 1998  ; Dhillon et Backhouse, 2001). Segev et al. (1998) notent que
la réponse n’est pas sécuritaire, mais trouve sa source dans l’organisation elle-
même, et dans les relations existent entre les différentes parties prenantes (p. 85).
Dans la même idée, Trompeter et Eloff (2001) postulant que, si les dimensions
sécuritaires ont un impact indéniable sur l’efficience des systèmes d’information,
il n’en ressort pas moins que leur implémentation doit faire écho à des dimensions
à la fois éthiques et humaines126 (p.384). Ces différents auteurs s’accordent sur
l’impact et la nécessité d’intégrer aux grilles de lecture une dimension éthique et
individuelle.

1.2. Mécanismes de contrôle et de pilotage : l’impact des


systèmes d’information financiers
À l’instar des travaux en finance, l’émergence d’un courant contractuel dans la
littérature SI s’intéresse à la personnalité des dirigeants, au centre du nœud
de contrats. En tant que tel, celui-ci bénéficie d’une vision stratégique des
différents engagements et des ressources de la firme, mais subit les pressions
de l’ensemble des pourvoyeurs de ressources (Shleifer and Vishny, 1989). Les
divergences relatives à la structure de propriété, portant notamment à l’utilisation
des ressources et à la répartition de la valeur créée expliquent le besoin
d’implémentation d’un système de contrôle spécifique à la firme. Les systèmes
d’information financiers s’inscrivent dans cette démarche.

La notion de pilotage et la nécessité de mettre en œuvre un système de contrôle,


interne ou externe, dans les entreprises ne sont pas des concepts très modernes.
Très tôt, Berle et Means (1932) ont mis l’accent sur la nécessité de mettre en place
un système de contrôle de la performance. La notion de contrôle interne découle
de ce besoin de pilotage. Comme le rappelle l’Autorité des marchés financiers –
AMF (2007), le Conseil de l’Ordre des Experts Comptables définissait dès 1977
le contrôle interne comme : « l’ensemble des sécurités contribuant à la maîtrise
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. “Its implementation must also take cognizance of ethical and human considerations” (Segev et al., 1998, p.384)

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gration des parties prenantes : proposition
d’une grille de lecture

de l’entreprise. Il a pour but d’un côté d’assurer la protection, la sauvegarde du


patrimoine et la qualité de l’information, de l’autre l’application des instructions
de la Direction et de favoriser l’amélioration des performances. Il se manifeste
par l’organisation, les méthodes et les procédures de chacune des activités de

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l’entreprise, pour maintenir la pérennité de celle-ci ».

En 2009, le groupe de travail mis en place par l’AMF établit dans son rapport
annuel que « la mise en place d’un cadre de référence devrait ainsi permettre
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l’instauration d’une trame qui permette à la fois un usage pragmatique pour les
sociétés et une lecture aisée pour les actionnaires » (p.58). Par ailleurs, « l’AMF
recommande que les sociétés renforcent le lien entre les objectifs énoncés et la
description des procédures de contrôle interne faite dans le rapport du Président.
L’AMF rappelle également que le champ du contrôle interne n’est pas limité aux
procédures permettant de fiabiliser les informations comptables et financières »
(p.61).

Toutes ces sources s’accordent sur la nécessité de mettre en place un système de


contrôle interne afin de garantir l’accès à l’information des parties prenantes. Les
quatre principaux objectifs du contrôle interne tels que définis par le référentiel
AMF (2009) sont les suivants :
• L’application des instructions et des orientations fixées par la
direction générale ou le directoire.
• Le suivi du bon fonctionnement des processus internes,
notamment ceux concourant à la sauvegarde des actifs.
• La conformité aux lois et aux règlements.
• La fiabilité des informations financières.

Les approches partenariales, notamment dans le cadre décrit par Fama et


Jensen, placent l’information, et plus particulièrement le transfert de l’information
entre les décideurs et les contrôleurs, au centre du système de coordination.
Si cette approche semble congruente avec les principales contraintes légales
définies dans le cadre de la loi SOX et des principaux codes de gouvernance,
elle ne semble pas cohérente avec le cadre définit pour sécuriser les systèmes
d’information financiers. En ce sens, l’implémentation des systèmes d’information
devient un élément stratégique.

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Figure 2 : Mécanismes concourant à la production de l’information financière (AMF, 2007,


p.24)

C’est à l’issue de plusieurs scandales au cours des années 90 que les États-
Unis décidèrent l’adoption d’adopter le 30 juillet 2002 le Sarbanes-Oxley Act
(SOX). La section 404 (Management Assessment of Internal Controls) souligne
la nécessité de la mise en œuvre d’un ensemble de procédures lié au contrôle
interne, notamment autour de la question du reporting financier. Il en découle la
nécessité de l’implémentation d’un système d’archivage, d’une base documentaire
et d’euristiques de recherche adaptées. Cette section souligne à la fois la
question de la gestion du cycle de vie des archives et la question de l’accès aux
informations pour les différentes parties prenantes. Dans ce contexte, l’un des
problèmes majeurs tient à l’accroissement des coûts de coordination et des coûts
d’influence, un plus grand nombre de parties prenantes accédant à l’information.
Pour Jensen et Meckling (1994), les individus sont créatifs127 et capables, de par
leurs dispositions à l’anticipation et à l’évaluation, d’adapter leurs comportements
aux contraintes environnementales et légales. Ils sont donc amenés à chercher
à contourner les contraintes qui s’imposent à eux, et à influencer les décisions
prises de façon centralisées si celles-ci ne répondent pas à leur attente et à
l’optimisation de leur fonction d’utilité.

127. Ils sont alors considérés comme calculateurs, arbitrant entre les différentes sources d’utilité, maximisateurs, cherchant à accroître
leur fonction d’utilité dans la limite de leurs capacités cognitives et de leur intégration sociale, insatiables, et créatifs, étant à même de
s’adapter, voire de prévoir les changements de leur environnement. Ces approches permettent alors de s’interroger sur les mécanismes
par lesquels les interactions individuelles se mettent en œuvre au sein de l’organisation dans la recherche de l’efficience.

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Systèmes d’Information Financiers et inté-
gration des parties prenantes : proposition
d’une grille de lecture

Il convient donc d’intégrer ces différents éléments aux modèles utilisés, et de


discuter de leur impact respectif sur les mécanismes de gouvernance mis en
œuvre au sein des organisations. Ces apports permettront d’enrichir la littérature
développée autour des systèmes d’informations, et plus particulièrement des

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systèmes d’information financiers, en tant que mécanismes de gouvernance
ayant un impact sur l’architecture organisationnelle et les équilibres de long
terme entre les différentes parties prenantes.
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2. Considérations éthiques et architecture organisationnelle

La notion de création de valeur représente l’un des fondements des choix


organisationnels. Ce concept peut se réduire en première analyse à une idée
très simple, qui consiste à s’assurer que les actifs présents dans la firme et
les projets d’investissements génèrent une rentabilité supérieure au coût du
capital de l’organisation. Dans ce processus, la définition de la procédure de
sélection des investissements est alors centrale (Caby et Hirigoyen, 2001).
Si ce cadre peut paraître limitatif, il n’en pose pas moins les principes de la
création de valeur et de la prise en compte du critère d’opportunité dans les
décisions d’investissement et dans la survie des organisations. Mais celui-ci se
limite à une vision déshumanisée de l’organisation, et n’intègre un comportement
maximisateur qu’au niveau de la firme en ne tenant pas compte du comportement
des acteurs qui participent au processus de production.

Charreaux et Desbrières (1998) proposent une généralisation de la notion de


création de valeur, en considérant l’ensemble des créanciers résiduels, et plus
seulement le dirigeant et les actionnaires, comme le proposent les tenants
de l’approche financière traditionnelle. Chaque partenaire, pourvoyeur de
ressources, est alors susceptible de participer au processus décisionnel, soit
au travers de la fonction de contrôle de la décision, soit au travers de la fonction
de gestion des décisions. Inspirée des approches développées par Porter, la
valeur créée pour l’organisation est alors définie comme la somme des surplus
des consommateurs et des producteurs, ou la différence entre les flux sécrétés
et les flux consommés. La valeur partenariale, quant à elle, correspond à « la
différence entre les ventes évaluées au prix d’opportunité, et la somme des coûts
d’opportunité pour les différents apporteurs de ressources.  » En ce sens, les
processus de création et de répartition de la valeur peuvent se définir comme
l’articulation des fonctions décisionnelles dont l’exercice conduit à la création
d’une rente organisationnelle. La maximisation de cette rente est directement
liée au principe d’efficacité, selon lequel le processus décisionnel permet
l’agencement optimal des droits décisionnels.

On voit, à l’aune de ces développements, les possibilités qu’offre ce cadre


d’analyse, a fortiori en ce qui concerne la répartition de la valeur au sein des

223
34

organisations. Là où les approches standards affectent le surplus de valeur dégagé


aux seuls actionnaires, Charreaux et Desbrières (1998) proposent d’intégrer les
différents partenaires de la coopération en supposant qu’ils sont tous créanciers
résiduels. La création de valeur n’est donc plus évaluée à l’aune des seuls

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actionnaires mais en considérant l’ensemble des partenaires de la coopération.
En substituant la notion de valeur partenariale à celle de valeur actionnariale,
et en faisant le lien entre création (et répartition) de valeur et gouvernance, ils
envisagent la possibilité d’étudier le processus de création et de répartition de la
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valeur indépendamment de la mesure de la valeur (Zingales, 2000).

2.1. Intégration des SIF en tant que mécanismes de gouvernance


La vision que nous offre la théorie de l’architecture organisationnelle est centrée
sur un système contractuel coopératif, basé sur le principe d’efficience et de
remédiabilité. Les mécanismes de gouvernance mis en œuvre résultent de la
recherche d’une économie des coûts contractuels, chacune des parties prenantes
cherchant à maximiser sa propre utilité en réduisant les coûts inhérents à la
coopération créatrice de richesses. Cette approche permet d’appréhender le
comportement d’une organisation à partir de celui des parties prenantes qui
la composent et les choix organisationnels peuvent être considérés comme
la résultante de la négociation entre celles-ci. Les mécanismes contractuels
permettent d’aligner ex ante les intérêts des différents partenaires (sous
contraintes cognitives et d’incertitude), et l’architecture organisationnelle permet
de résoudre les conflits qui n’ont pas été prévus contractuellement. Charreaux
(1997) suggère une approche partenariale des modes de gouvernance en les
dichotomisant en fonction de leurs degrés d’intentionnalité et de spécificité, où la
gouvernance, à partir d’un paradigme d’efficience contrainte, permet d’expliquer le
processus de création de valeur à partir des mécanismes centrés sur le dirigeant.
La vision alors offerte suppose que les relations entre les parties prenantes sont
potentiellement conflictuelles, ce qui permet d’expliquer la mise en place des
mécanismes de gouvernance. Ces derniers visent à canaliser les actions du
dirigeant de manière à diminuer l’ampleur des comportements opportunistes.

Le critère de spécificité des mécanismes peut se rapprocher d’un critère


d’internalité, plus courant dans la théorie des organisations, bien que celui-ci
s’opère mal par rapport aux théories contractuelles. Charreaux (1997) définit
comme spécifique, « tout mécanisme propre à l’entreprise délimitant le pouvoir
discrétionnaire des dirigeants, dans le sens où son action influence exclusivement
les décisions des dirigeants de cette entreprise ». Le critère d’intentionnalité se
traduit essentiellement par l’établissement de règles et de procédures formelles,
alors que les mécanismes spontanés peuvent être définis en creux, à l’intérieur
de l’espace discrétionnaire laissé par les mécanismes intentionnels. Ces
mécanismes sont bien entendu indissociables et complémentaires.

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Systèmes d’Information Financiers et inté-
gration des parties prenantes : proposition
d’une grille de lecture

Mécanismes spécifiques Mécanismes non spécifiques

Systèmes formels d’incitation


et de contrôle (ex  : système de

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Environnement légal et
Mécanismes rémunération des dirigeants,
réglementaire (ex : SOX)
intentionnels CA…)
Media
Système d’information financier
Codes d’éthique
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Marché des dirigeants


Mécanismes informels
Mécanismes Marché financier
(surveillance mutuelle des
spontanés Marché des prises de contrôle
dirigeants, réputation…)
Marché des biens et services

Tableau 1 : Principaux mécanismes de gouvernance (adapté de Charreaux, 1997 et


2002)

Charreaux (2002) identifie une hiérarchie entre ces mécanismes : « le mécanisme
principal est le marché des dirigeants, complété notamment par le conseil
d’administration et la surveillance mutuelle des dirigeants et, en dernier ressort,
par le marché des prises de contrôle. En outre, les mécanismes n’agissent pas
de façon indépendante. Des phénomènes de substitution et de complémentarité
interviennent, ce qui justifie qu’on parle de système de gouvernance, la discipline
étant exercée de façon globale par le système et non, individuellement, par les
différents mécanismes ».

La théorie positive de l’agence (Jensen et Meckling, 1976) a permis de renouveler


la vision de la firme classiquement appréhendée par les modèles financiers, en
généralisant la notion de séparation de la propriété et du contrôle, et en s’attachant
à éclairer le fonctionnement de toutes sortes d’organisations. Elle abreuve les
réflexions sur la gouvernance, et cette approche a contribué à renouveler la
représentation des organisations en tant qu’ensembles complexes. À partir du
constat de l’existence de conflits d’intérêt, la TPA s’appuie sur l’incomplétude
contractuelle et l’asymétrie informationnelle entre les parties, et la relation d’agence
alors constituée est interprétée à l’aune de l’échange des droits de propriété et
de leur impact sur le comportement des dirigeants et des propriétaires. Dès lors,
l’analyse est centrée sur le comportement des managers, et sur la mise en place
de mécanismes de surveillance par les créanciers résiduels (les actionnaires,
voire les autres parties prenantes dans sa vision « élargie ») qui permettent de
réduire les coûts d’agence.

Mais l’évolution la plus importante qu’apporte la TPA réside dans le paradigme


central autour duquel la théorie s’organise : l’efficience de la firme, qui dépend de
la minimisation des coûts organisationnels. La remédiabilité, concept développé
par Williamson (1999), selon lequel les arrangements contractuels sont
révisables par les membres de la coalition dès lors qu’une solution plus efficiente

225
34

au problème de coordination émerge, sous-tend le critère d’efficience au sein


de la TPA. A l’instar de la théorie des coûts de transaction, la TPA repose sur le
principe de sélection naturelle des formes organisationnelles les plus efficientes
mises en concurrence. La survie d’une organisation est alors supposée dépendre

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de sa capacité à minimiser les coûts d’agence, et en ce sens, il ne peut y avoir
de forme organisationnelle idéale.

L’une des évolutions majeures de la théorie réside dans l’introduction de


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la connaissance en tant que variable centrale, dont le partage promeut la


coopération interindividuelle au rang de variable stratégique pour l’organisation.
La coopération permet ainsi de réaliser des gains mutuels, que Charreaux (1999,
p.116) définit comme les « atouts que confère la mise en commun des savoirs et
des compétences d’individus qui permet, notamment, à l’organisation de s’adapter
et est au fondement même de ses éventuels avantages concurrentiels.  » En
tant que tel, l’avantage concurrentiel d’une organisation sur une autre dépend
de l’agencement de ses ressources stratégiques, et la TPA permet de placer au
centre de l’analyse du fonctionnement de la firme la connaissance pertinente, la
connaissance qui a de la valeur pour les décisions. L’efficience organisationnelle
dépend alors de la capacité des individus membres de l’organisation à utiliser
cette connaissance, mais également à trouver le moyen le moins coûteux de
mettre la connaissance pertinente à la disposition des décideurs, en co-localisant
les droits décisionnels et la connaissance spécifique.

Pour Brickley et al. (2001), une organisation est performante dès lors qu’elle répartit
les droits décisionnels de façon à mettre en relation le décideur et l’information
pertinente, à moindre coût. Jensen et Meckling (op. cité) s’intéressent alors
directement aux capacités de la firme à valoriser ses savoirs et ses compétences
dans le cadre de la création de valeur par rapport à ses concurrents. Les SIF
s’inscrivent donc dans cette dynamique, et permettraient de minimiser les coûts
organisationnels. Ils participent des mécanismes de gouvernance, en tant que
mécanismes spécifiques et intentionnels.

De façon concomitante, des mécanismes alternatifs, permettant de renforcer


l’effet des SIF, peuvent être envisager à l’aune des mêmes outils conceptuels : il
s’agit notamment de l’émergence des codes de bonnes pratiques et des codes
d’éthique, qui agissent selon des principes similaires sur les processus de
création et de répartition de la valeur.

2.2. Éthique et création de valeur, ou quand les comportements


non éthiques deviennent inefficients
Dès 1995, Fukuyama annonçait le triomphe de la confiance dans les sciences
sociales. Il met en avant le rôle de la confiance en tant que facteur explicatif du
niveau de développement des différentes sociétés nationales (États-Unis, Japon,

226
Systèmes d’Information Financiers et inté-
gration des parties prenantes : proposition
d’une grille de lecture

France, Italie, etc.). La définition de la confiance qui en découle est basée sur les
attentes constituées au sein d’une communauté fondée autour de valeurs et de
normes partagées entre les différents membres de la coalition. Dans ce cas, la
notion de coopération est centrale, ainsi que la spontanéité des échanges et le

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caractère informel des contrats. Charreaux (2001) établit le lien entre la confiance,
en tant que composante essentielle des systèmes de gouvernance, et la création
de valeur, dans sa composante actionnariale. L’auteur voit la confiance comme
un mécanisme particulier du système de gouvernance, émergeant de façon
endogène. « Les participants à la création de valeur déterminent eux-mêmes le
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niveau de confiance du système. La confiance, dans notre représentation, a un


caractère coconstruit, fonction des calculs rationnels des différents agents. ».

On peut alors postuler que les mécanismes permettant de renforcer la confiance


entre les membres d’une communauté, qu’il s’agisse de mécanismes formels
comme les SIF, ou de mécanismes informels du type confiance et partage de
valeurs communes, permettraient d’améliorer l’atteinte de l’efficience, sous
contrainte cognitive. Ils contribuent ainsi à l’attente des équilibres de long terme
entre les différentes parties prenantes, et à ménager les coûts liés au contrôle
de la décision. Depuis bientôt 80 ans, différentes institutions (Union européenne,
Commonwealth, communautés d’actionnaires, de professionnels…) ont contribué
à l’émergence de près de 120 codes de gouvernance (Weil et al., 2002) à travers
le monde. En France, Wirtz (2005) analyse ce phénomène sur la période 1990-
2005.

Pourtant, l’analyse des deux dernières décennies offre de nombreux exemples


de scandales et de violation des règles implicites et explicites pouvant régir les
rapports entre les différentes parties prenantes. Zingales (2000) souligne la faillite
des systèmes de contrôle et l’incapacité des systèmes de gouvernance à protéger
les parties prenantes. Considérant la gouvernance en tant que discipline jeune, il
assimile cette faillite à un péché de jeunesse, qui devrait conduire à reconsidérer
les notions de création de valeur et de contrôle, à l’instar des développements
plus ou moins récent qu’ont pu connaitre la comptabilité et le contrôle de gestion
(Roberts et Mahoney, 2004; Freeman, 2007).

La grille que nous proposons ici intègre un élément lié à l’intensité de la relation
contractuelle qui caractérise les échanges entre les partenaires. Ainsi, cette
intensité peut être liée à des éléments temporels (la durée de la relation) ou à
des éléments quantitatifs (le montant ou le nombre de transactions). De fait, le
court terme tend à favoriser les comportements non éthiques, les relations étant
du type «  one shot  ». Les agents ont intérêt à ne pas révéler l’intégralité ou
les bonnes informations aux individus chargés du contrôle ou aux autres parties
prenantes, afin de maximiser la part de la valeur qui leur revient. Les mécanismes
non spécifiques et spontanés (comme le marché du travail ou le marché des
matières premières) n’ont que peu de prise sur les comportements des agents.

227
34

Cette absence d’efficacité des mécanismes de contrôle tendrait à favoriser le


recours à des mesures de la valeur créée à court terme, et par conséquent,
favoriserait l’utilisation des mesures de valeur comptables/actionnariales.

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Court terme Long terme
Comportement Comportement Comportement Comportement
non éthique éthique non éthique éthique
C o û t s
0 ++ ++ ++ (confiance)
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d’agence
Valeur ++ + -- +++

Tableau 2 : Comportements éthiques, spécificité et intensité des relations contractuelles

À l’inverse, si l’intensité de la relation croit, les comportements non éthiques


deviennent coûteux pour les agents, de par l’existence de mécanismes de
contrôle alternatifs (marchés du travail, réputation, confiance, codes d’éthique…).
On peut alors identifier les effets d’un marché concurrentiel des partenaires,
sanctionnant les comportements déviants ou remarqués en tant que tels,
induisant des coûts substantiels pour les individus qui n’adopteraient pas les
comportements valorisés par le milieu en termes de publications et d’engagement
dans la vie et le fonctionnement des institutions (Brickley et al., 2001, p.161).
Symétriquement, les comportements honorables peuvent contribuer à fournir des
incitations privées et à signaler les individus qui adoptent ces comportements
sur le marché du travail128. Parallèlement, du fait de l’abaissement des coûts
de recherche et de traitement de l’information, dû à l’émergence des SIF, les
risques de sanction représentent un élément déterminant, allant dans le sens de
la thèse de Fukuyama. Et les comportements non adaptés deviennent inefficients
(Walstrom, 2006). L’efficacité de mécanismes de contrôle spécifiques aurait alors
tendance à favoriser l’émergence de mesure de la performance partenariale,
autorisant la prise en considération des équilibres de long terme entre les parties
prenantes, des organes de régulation informels (confiance) et formels (codes
d’éthique, code de bonne conduite…). Dans ce contexte, l’intégration de codes
d’éthique, en tant que valeurs partagées (Schein, 1992), et l’implémentation des
SIF, sont des organes essentiels de la limitation des comportements déviants.

Conclusion
À l’instar des conclusions de Bidan et Dherment-Férère (2009), qui prônent le
recours à des approches alternatives pour analyser les systèmes d’information
et les ERP, cet article introduit l’idée d’un nouveau cadre conceptuel autour des
systèmes d’information financiers, notamment par l’intégration des approches
partenariales. Nous contribuons ici au développement d’une grille de lecture
128. Ces aspects réputationnels sont généralement fortement représentés dans la fonction d’utilité des individus lorsque les gains
issus des comportements d’évitement ou de fraude sont faibles, lorsque la probabilité de détecter la triche est élevée ou lorsque la
relation entre les parties prenantes est répétée et s’inscrit dans le long terme, alors que les rendements découlant du maintien d’une
bonne réputation sont élevés. A l’inverse, lorsque ces conditions ne convergent pas, les aspects réputationnels sont moins incitatifs
pour les parties prenantes.

228
Systèmes d’Information Financiers et inté-
gration des parties prenantes : proposition
d’une grille de lecture

intégrant les parties prenantes de l’organisation et les comportements individuels.


Il contribue à reconnaitre les contraintes techniques et légales et souligne le rôle
de l’éthique comme mécanisme de gouvernance à part entière. Mais il permet
avant tout d’ouvrir le débat autour de la mise en œuvre d’une grille de lecture

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partenariale appliquée au cas des systèmes d’information financiers et devrait
contribuer à enrichir les travaux en système d’information.

La principale difficulté à traiter de la question des systèmes d’information


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dans un cadre néo-institutionnaliste réside dans la confrontation des cadres


théoriques des deux champs disciplinaires, pouvant déboucher à une mauvaise
compréhension des mécanismes analysés. Cependant, la gouvernance, dans
sa vision partenariale (telle qu’elle est développée dans la théorie positive de
l’agence), traite d’un grand nombre de considération en y intégrant des approches
trans-disciplinaires (Charreaux, 1997). L’analyse de l’efficience organisationnelle
conduit à étudier la répartition de la fonction de contrôle de la décision entre les
différents membres de la coalition. Dans ce contexte, la mesure de la performance
devrait être basée autour de la contribution de chaque partenaire, afin de pouvoir
prendre en considération leur fonction d’utilité respective. La simple mesure
actionnariale de la valeur ne peut permettre d’assurer le besoin de confiance au
sein de la coalition.

Si la mesure de la valeur partenariale, en permettant d’envisager la possibilité


d’étudier les processus de création et de répartition de la valeur indépendamment
de leur mesure actionnariale (ou comptable), permet de renouveler le cadre de
l’évaluation des décisions financières au sein des organisations, elle répond
également aux préconisations d’Anthony et Young (2002) selon lesquelles il est
crucial que la mesure de la valeur créée ne repose pas exclusivement sur les
éléments financiers. De même, les technologies de l’information permettent de
réduire, à moindre coûts, l’asymétrie informationnelle qui caractérise la relation
d’agence. De fait, les parties prenantes ont les moyens de devenir les garants
du système de contrôle et de se transformer en composantes de ce système,
notamment au travers du système de mesure de la performance. Il en découle
que le renforcement du système de contrôle participe de l’amélioration du système
d’incitations dans les organisations. Le recours aux technologies de l’information
et de la communication permet en outre d’intégrer des critères non financiers aux
SIF. Ces éléments non financiers, liés à la fois aux dimensions stratégiques, aux
accords, à la confiance, au respect de normes professionnelles, etc. contribuent
à enrichir le système d’évaluation, et par conséquent le système d’incitations.
L’impact sur le système d’incitations permettrait alors de sélectionner les
comportements les plus vertueux au sein d’une communauté (professionnelle,
clanique, communautés de clients ou d’usagers…) et de décourager les
comportements déviants. On peut ainsi penser qu’au-delà des aspects purement
techniques, les dimensions éthiques et culturelles (au sens de Guiso et al., 2006)
devraient influencer le système de contrôle des entreprises.

229
34

Les codes d’éthique participent de cette amélioration, en renforçant l’efficacité de


la sanction sociale ou clanique à l’intérieur d’une communauté. On peut dès lors
penser que l’effet conjugué des codes d’éthiques et des systèmes d’information
financiers devrait déboucher sur un enrichissement du cadre de la gouvernance,

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en sélectionnant les comportements vertueux au sein de la coalition. Il permettrait
en outre le développement d’un nouveau système de mesure de la performance,
intégrant les attentes des différentes parties prenantes. Weber (2005) suppose que
l’adoption des codes d’éthique permettrait de clarifier les valeurs fondamentales
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au sein des organisations, de développer une véritable culture éthique et de


renforcer la confiance entre les partenaires. On peut citer pour conclure les
travaux de Enriques et Volpin (2007, p.138): “The reform effort needs to continue
if continental Europe is to address in an effective manner the basic problems of
corporate governance that are posed by the power of dominant shareholders.”
Dans la même idée, Wirtz (2008) met l’accent sur un certain mimétisme des
dirigeants à l’égard de la communication financière. Ainsi, dans la 11ème édition
de son enquête auprès des dirigeants mondiaux129, Pricewaterhouse Coopers
(2008) montre que les managers ont tendance à avoir recours à un excès de
régulation et à répondre aux attentes du législateur afin de renforcer la confiance
auprès de leurs parties prenantes.

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