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OFFICE CENTRAL DE LUTTE REPUBLIQUE DU MALI

CONTRE L’ENRICHISSEMENT Un Peuple – Un But – Une Foi


ILLICITE (OCLEI)

Etiologie de l’enrichissement
illicite dans l’administration
publique au Mali

Rapport d’étude

août 2019
ETUDE ÉTIOLOGIQUE DU PHÉNOMÈNE DE L’ENRICHISSEMENT ILLICITE DANS L’ADMINISTRATION PUBLIQUE MALIENNE
Table des matières

Liste des tableaux 7


Liste des figures 7
Liste des sigles et abréviations 9
INTRODUCTION 11
EXPOSE DE LA QUESTION 14
CONDITIONS DE REALISATION ET DE VALIDATION DE L’ETUDE 16
METHODES ET MOYENS UTILISES 18
I. IDENTIFICATION DES CAUSES DU PHENOMENE DE L’ENRICHISSEMENT
ILLICITE 19
1.1 Typologie des causes 19
1.1.1. Causes politiques 19
1.1.2. Causes économiques 20
1.1.3. Causes institutionnelles, législatives et règlementaires 21
1.1.4. Causes juridiques et judiciaires 22
1.1.5. Sentiment d'insécurité personnelle : 24
1.1.6. Causes socioculturelles 24
1.2 Analyse des causes 25
1.3 Hiérarchisation des causes identifiés 0
II. DESCRIPTION DES TECHNIQUES ET MOYENS D’ENRICHISSEMENT
ILLICITE 4
2.1. Détermination du poids des techniques et moyens d’enrichissement
illicite dans la perception des enquêtés 5
2.2. Évolutions du phénomène de l’enrichissement illicite 12
III. OBSTACLES A L’EFFICACITE DE LA LUTTE CONTRE
L’ENRICHISSEMENT ILLICITE 14
3.1 Existence des immunités et privilèges de juridictions 14
3.2 Faiblesses des dispositions législatives et règlementaires : 16
3.3 Absence de protection des témoins, des experts, des dénonciateurs et des
victimes 16
3.4 Faiblesse de l’engagement politique 17
3.5 Non-application des dispositions du code général des fonctionnaires 17
3.6 Faibles capacités des organes de lutte contre l’enrichissement illicite 17
3.7 Pratiques politiques corrompues 18

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3.8 Faible mobilisation de la société civile 19
3.9 Faible contribution des médias 19
3.10 Position ambiguë du secteur privé 21
V. PROPOSITION DE PRISE EN CHARGE DES CAUSES IDENTIFIEES 23
5.1-Axe stratégique 1 : Engager des réformes institutionnelles, législatives et
réglementaires pour corriger les dysfonctionnements au niveau de
l’administration publique. 23
5.2-Axe stratégique 2 : Renforcer la capacité des systèmes juridiques et
judiciaires 24
5.3-Axe stratégique 3 : Renforcer la capacité des organes de vérification et de
contrôle 24
5.4-Axe stratégique 4 : Améliorer les conditions de travail et de vie des agents
publics 25
5.5-Axe stratégique 5 : Promouvoir la culture de la citoyenneté et de l’intégrité
pour un changement de comportement 25
5.6-Action stratégique 6 : Encadrer le financement des partis politiques 25
5.7-Axe stratégique 7 : renforcer la participation de la société civile et du
secteur privé 25
5.8-Axe stratégique 8 : Susciter une forte contribution des médias 26
5.9- Axe stratégique 9 : renforcer les actions en matière de transparence et de
bonne gouvernance 27
CONCLUSION 28

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Liste des tableaux
N° Titres Pages
Tableaux
1 Enquêtes sur le revenu 28
Perception du système judiciaire au Mali notamment en matière de
2 31
décisions relatives à l’Enrichissement Illicite
3 Causes de l’enrichissement illicite selon l’enquête 34
Respect des règles, procédures, lois et règlements au niveau de
4 35
l’Administration Publique Malienne
5 Enquêtes sur les causes économiques 36
6 Perception socioculturelle de l’enrichissement illicite 37
Les pratiques d’enrichissement illicite dans l’administration publique
7 39
malienne/ résultat du District de Bamako
Les pratiques d’enrichissement illicite dans l’administration publique
8 40
malienne/ résultat de la région de Kayes
Les pratiques d’enrichissement illicite dans l’administration publique
9 41
malienne/ résultat de la région de Koulikoro
Les pratiques d’enrichissement illicite dans l’administration publique
10 42
malienne/ résultat de la région de Sikasso
Les pratiques d’enrichissement illicite dans l’administration publique
11 43.
malienne

Liste des figures


N° Titres Pages
Figures
1 Enquêtes sur le revenu 29
2 Perception du système judiciaire au Mali notamment en matière de 32
décisions relatives à l’Enrichissement Illicite
3 Causes de l’enrichissement illicite selon l’enquête 34
4 Respect des règles, procédures, lois et règlements au niveau de 35
l’Administration Publique Malienne
5 Enquêtes sur les causes économiques 36
6 Perception socioculturelle de l’enrichissement illicite 37
7 Les pratiques d’enrichissement illicite dans l’administration publique 40
malienne/ résultat du District de Bamako
8 Les pratiques d’enrichissement illicite dans l’administration publique 41
malienne/ résultat de la région de Kayes

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9 Les pratiques d’enrichissement illicite dans l’administration publique 42
malienne/ résultat de la région de Koulikoro
10 Les pratiques d’enrichissement illicite dans l’administration publique 43
malienne/ résultat de la région de Sikasso
11 Les pratiques d’enrichissement illicite dans l’administration publique 44
malienne

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Liste des sigles et abréviations
ACI Agence de Cessions Immobilières
ARMDS Autorité de Régulation des Marchés Publics et des Délégations de
Service Public
BVG Bureau du Vérificateur Général
CANAM Caisse Nationale d'Assurance Maladie
CENTIF Cellule Nationale de Traitement des Informations Financières
CDTM Centrale Démocratique des Travailleurs du Mali
CHU Centre Hospitalier Universitaire
CMDT Compagnie Malienne de Développement des Textiles
CNUCC Convention des Nations Unies Contre la Corruption
CSTM Confédération Syndicale des Travailleurs du Mali
CUAPLC Convention de l'Union Africaine sur la Prévention et la Lutte contre la
Corruption
DAF Direction Administrative et Financière
DFM Direction des Finances et du Matériel
DGD Direction Générale des Douanes
DGI Direction Générale des Impôts
DGMP-DSP Direction Générale des Marchés Publics et des Délégations de Service
Public
DNTCP Direction Nationale du Trésor et de la Comptabilité Publique
EI Enrichissement Illicite
EMOP Enquête Modulaire et Permanente auprès des Ménages
FMI Fonds Monétaire International
INPS Institut National de Prévoyance Sociale
OCLEI Office Central de Lutte contre l’Enrichissement Illicite
OGE Ordre des Géomètres Experts
ONG Organisation Non Gouvernementale
ONT Office National des Transports
OUM Ordre des Urbanistes du Mali
OICM Ordre des Ingénieurs Conseils du Mali
ONECCA Ordre National des Experts Comptables et des Comptables Agréés du
MALI Mali
RM République du Mali

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UNTM Union Nationale des Travailleurs du Mali

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INTRODUCTION
La corruption constitue un fléau social dont les conséquences sont multiples et
néfastes. Elle est considérée comme un fléau qui « sape la démocratie et l’état de
droit, entraîne des violations des droits de l’homme, fausse le jeu des marchés, nuit à
la qualité de la vie et crée un terrain propice à la criminalité organisée, au terrorisme
et à d’autres phénomènes qui menacent l’humanité. Le mal court dans de nombreux
pays, grands et petits, riches et pauvres, mais c’est dans les pays en développement
qu’il est le plus destructeur. Ce sont les pauvres qui en pâtissent le plus, car, là où il
sévit, les ressources qui devraient être consacrées au développement sont
détournées, les gouvernements ont moins de moyens pour assurer les services de
base, l’inégalité et l’injustice gagnent et les investisseurs et donateurs étrangers se
découragent. La corruption est une des grandes causes des mauvais résultats
économiques ; c’est aussi un obstacle de taille au développement et à l’atténuation
de la pauvreté1».
De nombreux pays ont combattu durant des années la corruption et les infractions
connexes ou assimilées. Cependant, ils ont été confrontés à des obstacles
significatifs liées à la complexité de l’infraction. L’administration de la preuve de la
corruption soulève des difficultés.
Il y a une corrélation étroite entre la corruption et l’enrichissement illicite, le second
étant la conséquence logique du premier. Ce sont là deux phénomènes
indissociables touchant tous les secteurs de la société et toutes les couches
socioprofessionnelles.
La Convention des Nations Unies Contre la Corruption (CNUCC) du 9 décembre
2003 définit l’enrichissement illicite dans son article 20 comme : « […] une
augmentation substantielle du patrimoine d’un agent public que celui-ci ne peut
raisonnablement justifier par rapport à ses revenus légitimes ». La Convention de
l'Union Africaine sur la Prévention et la Lutte contre la Corruption (CUAPLC),
du 11 juillet 2003, définit l'enrichissement illicite comme :« l’augmentation
substantielle des biens d'un agent public ou de toute autre personne que celui-ci
ne peut justifier au regard de ses revenus ».
Au Mali, la Loi n°2014-015 du 27 Mai 2014 portant prévention et répression de
l’enrichissement illicite, définit dans son article 2 l’enrichissement illicite comme
« soit l’augmentation substantielle du patrimoine de toute personne, visée à l’article 3
ci-après que celle-ci ne peut justifier par rapport à ses revenus légitimes, soit un train
de vie menée par cette personne sans rapport avec ses revenus légitimes ».
L’article 3 précise le champ d’application de la loi : « sont assujettis à la présente
loi, toute personne physique civile ou militaire, dépositaire de l’autorité publique,
chargée de service public, même occasionnellement, ou investie d’un mandat

1
Avant-propos de Koffi ANNAN, Convention des Nations Unies Contre la Corruption, 31 octobre 2003

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électif ; tout agent ou employé de l’Etat, des collectivités publiques, des sociétés et
entreprises d’Etat, des établissements publics, des organismes coopératifs, unions,
associations ou fédérations desdits organismes, des associations reconnues d’utilité
publique, des ordres professionnels, des organismes à caractère industriel ou
commercial dont l’Etat ou une collectivité publique détient une fraction du capital
social et, de manière générale, toute personne agissant au nom ou pour le compte
de la puissance publique et/ou avec les moyens ou les ressources de celle-ci ».
Il découle des différentes définitions que toute augmentation du patrimoine doit être
justifiée par des revenus légitimes.
La lutte contre la corruption et les crimes économiques en général passe par une
meilleure connaissance des modalités et des pratiques locales appliquées dans les
différents milieux.
L’objectif général de la présente étude est d’identifier les causes profondes de
l’enrichissement illicite au niveau de l’administration publique malienne pour ensuite
faire des propositions en vue d’une meilleure prévention du fléau.

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EXPOSE DE LA QUESTION
De l’indépendance à nos jours, les régimes politiques qui se sont succédé au Mali
ont mené de multiples actions pour lutter contre la corruption et l’enrichissement
illicite,
Les différents efforts ne semblent pas avoir eu d’impact significatif sur la
manifestation du phénomène de la corruption et de l’enrichissement illicite au
sein de l’administration publique malienne.
Au contraire, le phénomène continue à prendre de l’ampleur. En effet, selon
l’ONG Transparency International, en termes d’indice de perception de la
corruption dans les secteurs publics, le Mali a occupé, en 2017, la 122 ème place
sur 180 pays classés dans le monde et la 29 ème place sur 54 pays africains.
Avec ce rang, le Mali recule par rapport à 2016 où il était 116 e mondial.
Au regard de l’ampleur du phénomène de l’enrichissement illicite dans le secteur
public malien et ses répercussions négatives sur la société, il parait opportun
d’étudier les causes profondes et proposer des pistes de solutions susceptibles de
lutter efficacement contre ce fléau.
A cet effet, l’OCLEI a commandité une « étude étiologique du phénomène de
l’enrichissement illicite dans l’administration publique malienne ».

D’une manière générale, l’étude entend identifier et analyser les causes profondes
du phénomène de l’enrichissement illicite au sein de l’administration publique au
Mali, déterminer les conséquences et les obstacles majeurs y afférents et faire des
propositions de mesures contribuant à lutter efficacement contre le phénomène.

CONDITIONS DE REALISATION ET DE VALIDATION DE


L’ETUDE
L’étude a eu lieu dans un environnement sociopolitique marqué par :

⮚ la crise institutionnelle et multidimensionnelle que connait le Mali depuis


2012 ayant entrainé l’accentuation de l’effritement de l’autorité de l’Etat ;
⮚ les défis liés à la mise en œuvre de la volonté politique en matière de lutte
contre la corruption et l’enrichissement illicite, notamment dans le suivi de la
mise en œuvre des recommandations issues des Etats généraux sur la
corruption et la délinquance financière et des différentes missions de contrôle.
De même, la rareté des actions d’enquête, de poursuite et de condamnation
ainsi que l’absence de communication sur ces actions entraînent le
scepticisme chez les citoyens dans la lutte contre la corruption et
l’enrichissement illicite ;

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⮚ la méconnaissance, par les citoyens, des missions de l’Office central de Lutte
contre l’Enrichissement Illicite (OCLEI) et des contraintes ayant entravé
temporairement ses activités, notamment du fait du conflit autour de la liste
des assujettis à la déclaration de biens.
D’autres difficultés ont été rencontrées dans la mise en œuvre de l’étude :
● la réticence de certains services publics et de certaines organisations
professionnelles et syndicales :
- de recevoir les enquêteurs dûment mandatés ;
- de communiquer les informations ou données sollicitées ;
● l’absence de réaction de certaines structures des régions de Kayes, Sikasso,
Koulikoro et du District de Bamako ayant reçu les fiches d’enquêtes :
- la réticence de certains citoyens à renseigner les fiches d’enquêtes et les
questionnaires d’entretien du fait du manque de confiance et dès fois du manque
de maitrise du sujet;
- l’absence de données nationales relatives à la corruption, à l’enrichissement
illicite et ses infractions connexes au niveau de l’administration et des services
judiciaires ;
- l’insuffisance de données relatives à la lutte contre l’enrichissement illicite et la
corruption concernant les actions entreprises par la société civile ;
- l’insuffisance de données relatives à la lutte contre l’enrichissement
illicite concernant les actions entreprises par les médias ;
Le rapport d’étude a été validé lors d’un atelier national ayant regroupé 76
représentants des services publics, des secteurs privés, des organisations
syndicales et des organisations de la société civile.

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METHODES ET MOYENS UTILISES
La démarche méthodologique adoptée tout au long de la présente étude a été
participative et inclusive de toutes les parties prenantes. L’enjeu de cette approche
est essentiellement la prise en compte du caractère complexe, transversal et
multidimensionnel du phénomène (économiques, politiques, judiciaires,
administratifs, sociaux).
Le processus a été conduit suivant cinq (5) axes principaux qui sont :
⮚ la participation des parties prenantes ; 
⮚ l’analyse spécifique de l’enrichissement illicite au regard des dimensions du
phénomène ;
⮚ la capitalisation des acquis ; 
⮚ une démarche progressive et itérative ;
⮚ une démarche transversale et intégrative.
Les outils et moyens utilisés sont les suivants : Observation, enquête, entretien,
brainstorming et recueil de données. Le traitement de l’échantillon et les
déplacements sont limités au District de Bamako et aux capitales régionales de
Kayes, Koulikoro et Sikasso conformément aux termes de référence.
L’enquête a touché un échantillon de 711 personnes avec une marge d’erreur de
3,67% et un taux de confiance de plus de 95%.

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I. IDENTIFICATION DES CAUSES DU PHENOMENE
DE L’ENRICHISSEMENT ILLICITE
1.1 Typologie des causes

Les principales causes identifiées peuvent être classées dans les catégories
suivantes :
⮚ causes politiques ;
⮚ causes économiques;
⮚ causes institutionnelles, législatives et réglementaires ;
⮚ causes juridiques et judiciaires :
⮚ sentiment d’insécurité personnelle ;
⮚ causes socioculturelles.

I.1.1. Causes politiques


Les pratiques politiques recensées se caractérisent par :
⮚ des interférences dans le positionnement et la promotion de certains agents
des services publics. Ce qui crée des relations de redevabilité vis à vis des
parrains politiques qui exercent sur eux des pressions dans l'exercice de leurs
fonctions. Les nominations et la mise à disposition des ressources humaines
sont généralement basées sur l’allégeance politique et non sur des critères
objectifs comme la compétence, le mérite, l’intégrité, l’équité et l’aptitude. Cette
situation conduit inévitablement à la négation du mérite, à la dégradation de la
déontologie, à la prolifération des structures organisationnelles inopérantes, à
l'indiscipline des agents de l’administration publique et à l'impunité aussi bien
sur le plan disciplinaire que judiciaire2.
⮚ des interférences des politiques dans l’allocation et la gestion des ressources
financières publiques ;
⮚ des insuffisances dans la volonté politique se traduisant, dans les faits, par un
décalage entre le discours politique et le comportement et attitude des
décideurs ;
⮚ L’inadéquation du dispositif institutionnel de contrôle ;
⮚ la faiblesse du nombre de poursuites et de condamnations pour des faits
d’enrichissement illicite et d’infractions connexes 3 ;
⮚ l’existence de différentes structures de lutte contre la corruption est louable
mais ne suffit pas à elle seule à assurer une véritable lutte contre le
phénomène et à assurer la bonne gouvernance des ressources publiques.

2
Brainstorming et enquêtes
3
Annuaires statistiques CPS/Justice 2010,2011 et 2012

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⮚ l’impunité pour certains responsables politiques qui s’emparent de l’appareil
d’Etat (Administration publique et services judiciaires) pour favoriser la
personnalisation du pouvoir et légitimer leurs actions de corruption et
d’enrichissement illicite ;
⮚ des insuffisances d’un système électoral caractérisé par des pratiques illégales
qui faussent le jeu démocratique (clientélisme), en toute impunité.

I.1.2. Causes économiques


Selon les résultats des enquêtes, 55,8% des personnes interrogées affirment que la
faible rémunération (salaire, gratification et autres avantages) des agents publics est
l’une des principales causes de l’enrichissement illicite au niveau de l’administration
publique Malienne (voir tableau 1).

Tableau n° 1 : enquêtes sur le revenu

Réponse Effectif Taux


Oui 397 55,8%
Non 314 44,2%
Total 711 100%
Source : Données d'enquête effectuées sur le terrain

Figure 1 : enquêtes sur le revenu

55.80%

44.20%

Oui Non

Les agents publics interrogés ont affirmé, dans leur majorité que « avec leur salaire
faible, ils sont obligés de se débrouiller4».

4
Il faut noter tout de même que ces dernières années, il y a eu une augmentation des salaires au niveau de
l’administration publique malienne mais paradoxalement l’enrichissement illicite n’a pas cessé de prendre de
l’ampleur. Cette situation est confirmée par une étude intitulée « une analyse microéconomique sur les données

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Aussi, 58% des personnes interrogées estiment que le revenu issu du pot-de-vin et
de la fraude est supérieur au revenu légal pour certains agents des Services
Publics5..

I.1.3. Causes institutionnelles, législatives et règlementaires


Selon les résultats de l’enquête, l’administration publique malienne souffre de
plusieurs dysfonctionnements dont :
⮚ la lourdeur, la complexité, l’inadéquation, la non-maitrise, et la violation des
procédures, des lois, des règlements etc. ;
⮚ la non application ou parfois l’absence de code d’éthique et de déontologie ;
⮚ la faiblesse de l’esprit de patriotisme, de la culture de l’intégrité, de
l’honnêteté et de la bonne gestion des deniers publics ;
⮚ la lenteur dans les prestations de service public au profit des usagers ;
⮚ le déficit ou l’asymétrie d'information sur les services publics et leur
accessibilité aux usagers ;
⮚ la faible application des sanctions, donc la culture de l’impunité et du laxisme ;
⮚ la centralisation excessive de l’administration publique provoquant de
nombreux déplacements des usagers pour le règlement de leurs problèmes ;
⮚ le fort taux d’absentéisme dans les services publics ;
⮚ l’opacité dans la gestion des affaires publiques, notamment dans les processus
décisionnels et dans l’information de la population ;
⮚ le pouvoir discrétionnaire de plusieurs responsables dans les processus
décisionnels ;
⮚ les faibles capacités techniques des organes de contrôle, de vérification et de
régulation caractérisés notamment par une indépendance relative,
l’insuffisance de personnel qualifié, des contrôles insuffisants et irréguliers, le
manque de synergie dans leurs activités etc. ;
⮚ la mise en œuvre insuffisante ou insatisfaisante des recommandations issues
des missions de contrôle et de vérification ;
⮚ l’absence d’un système de communication et d’information efficace au sein des
services publics ;
⮚ l’absence de la culture de redevabilité;

africaines », d’Emmanuelle LAVALLEE selon laquelle « …une augmentation du salaire ne permet pas
d’atteindre un faible niveau de corruption et d’enrichissement illicite. Dans tous les cas, les contraintes macro-
économiques rendent impossible une augmentation des salaires qui remplacerait les gains illicites, lesquels dans
certains cas dépassent le revenu légitime ».
5
Source : enquêtes voir tableau n°5

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⮚ le manque d’efficacité dans le système de gestion des ressources humaines :
recrutement, rémunération, sécurité sociale, promotion, formation, insuffisance
de préparation des responsables des services publics, plan de carrière,
rotation de poste, évaluation, retraite ;
⮚ la prévalence des traitements manuels dans la gestion des procédures
administratives qui favorise la corruption et l’enrichissement illicite 6 .
I.1.4. Causes juridiques et judiciaires
Le système juridique et judiciaire actuel au Mali se caractérise par plusieurs
dysfonctionnements favorisant l’enrichissement illicite dont :
⮚ l’application insuffisante, la complexité et l’inadéquation des lois, des textes
juridiques ;
⮚ la lenteur des procédures judiciaires ;
⮚ les conditions difficiles d’accès à la justice et à l’information juridique et
judiciaire;
⮚ le trafic d’influence, la partialité, la corruption et le favoritisme. En matière de
corruption, les intermédiaires judiciaires entre les justiciables et les juges
contribuent à la dégradation générale de l’image du système judiciaire.
⮚ le dispositif actuel de répression contre l’enrichissement illicite ne dissocie pas
le sort des auteurs de celui des complices. Cette situation est susceptible de
créer une solidarité de fait entre les parties prenantes au phénomène de
l’enrichissement illicite qui sont liées par une sorte de pacte secret et dans
une certaine mesure par une convergence d'intérêt.
Selon les enquêtes (voir Tableau N°2), plus de 88 % des personnes interrogées
disent ne pas avoir confiance en la justice malienne. Ce résultat est la réponse à la
question suivante : « Que pensez-vous du système judiciaire au Mali notamment en
matière de décisions relatives à l’enrichissement illicite ? »
Tableau n°2 : Perception du système judiciaire au Mali notamment en matière
de décisions relatives à l’Enrichissement Illicite
  Effectifs Pourcentage
Bon 43 6,05%
Plus ou moins bon 9 1,27%
Plutôt mauvais 33 4,64%
Mauvais 626 88,05%
Total 711 100,0
Source : Données d'enquête effectuées sur le terrain

6
On peut dire, entre autres, que l’informatisation de la comptabilité-matières, de la chaine des procédures de
dédouanement des véhicules et le paiement des droits d’enregistrement des contrats ont amélioré d’une part la
gestion du patrimoine immobilier de l’Etat et la transparence dans la perception et le recouvrement de certaines
catégories de recettes d’autre part

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Figure 2 : Perception du système judiciaire au Mali notamment en matière de
décisions relatives à l’Enrichissement Illicite
100%

90% 88.05%

80%

70%

60%

50%

40%

30%

20%

10% 6.05% 4.64%


1.27%
0%
Bon Plus ou moins bon Plutôt mauvais Mauvais

Cette perception est conforme à la tendance indiquée dans l’Enquête Modulaire et


Permanente auprès des Ménages (EMOP 7 2013-2014) de l’INSTAT qui estime que
52 % des maliens n’ont pas confiance en la Justice et à l’enquête sur les perceptions
des acteurs et des usagers du système judiciaire menée par JUPREC (2018) qui
montre que 64,67% des usagers n’ont « aucune confiance » dans le système
judiciaire.
I.1.5. Sentiment d'insécurité personnelle :
Il ressort, des enquêtes, entretiens et brainstorming, que les agents publics soucieux
d’assurer leurs ‘’arrières’’, sont facilement tentés par les pratiques d’enrichissement
illicite. C’est le cas notamment des agents en fin de carrière et ceux occupant des
postes de responsabilité.
I.1.6. Causes socioculturelles
Au Mali, où les valeurs traditionnelles sont caractérisées par un fort sentiment de
domination du groupe sur l'individu, recourir alors au pouvoir (politique, économique)
dont on dispose pour favoriser un membre du groupe, est tout à fait approuvé.
Sur le plan culturel, les cadeaux traditionnels au Mali appelés en bamanankan
« wôrosongo» sont utilisés actuellement pour réclamer des pots-de-vin ou justifier les
dessous de table qui se font souvent ouvertement, au su de tous. De même, les
charges sociales, les mœurs et les coutumes servent souvent à justifier les pratiques
d’enrichissement illicite qui du coup apparaissent normales aux yeux du malien.
La pratique de la « parenté à plaisanterie (en bamanankan ‘’sinankuyan’’) » depuis
des siècles est devenue une réalité sociologique qui pourrait influer souvent sur les

7
EMOP : Enquête Modulaire et Permanente auprès des Ménages

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prises de sanctions au niveau de l’administration publique et des décisions de
justice8.
Cette pratique « parenté à plaisanterie » est souvent utilisée dans le système
administratif public pour corrompre et s’enrichir illicitement. L’agent public, qui
n’accepte pas cet état de fait, peut-être traité de « méchant » et « d’asocial ». On
essaye de lui « régler ses comptes », voire le mépriser à la moindre occasion9.
Selon les avis émis par des participants aux sessions de brainstorming, certains
acteurs de la société civile, devant servir de garde-fou et de contre-pouvoir, se
trouveraient malheureusement impliqués dans la pratique de la corruption et de
l’enrichissement illicite.
En somme, les facteurs socioculturels favorisent la corruption, source
d’enrichissement illicite, à travers10 :
⮚ le déclin des valeurs morales et l'incivisme: Ces défaillances ont engendré un
environnement administratif permissif vis-à-vis de la corruption et qui a
tendance à exonérer corrompus et corrupteurs ;
⮚ l’acceptation culturelle de la pratique des cadeaux qui a été dévoyée et
utilisée comme instrument de la corruption ;
⮚ l’ingérence des chefs coutumiers et religieux dans les affaires politiques ;
⮚ les liens traditionnels de solidarité au sein de la famille, de la communauté et
au sein de la société en général, sont utilisés hors de leur contexte pour
promouvoir le favoritisme au sein de la société comme pratique corruptive ;
⮚ la recherche d'un meilleur statut social afin d’être considéré ;
⮚ la banalisation du phénomène de l’enrichissement illicite qui favorise un
comportement plus tolérant voire son acceptabilité.

1.2 Analyse des causes 

1.2.1 Identification des causes 

Les causes de l’enrichissement illicite identifiées auprès des groupes cibles enquêtés
ont été les suivantes :
- la faiblesse du système institutionnel, législatif et règlementaire,
- les causes économiques ;
- la fragilité du système juridique et judiciaire ;
- le mode de vie ;

8
Sources : entretiens
9
Sources : entretiens
10
Sources : entretiens et brainstorming

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- la dégradation des mœurs ;
- la méconnaissance des droits et devoirs par les citoyens et
- l’insuffisance de volonté politique.
Ces résultats des enquêtes et les scores y relatifs sont consignés dans le tableau
N°3 et la figure N°3 ci-dessous.

RAMENER LE TABLEAU N° 3 ici

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Tableau 3 : Causes de l’enrichissement illicite selon l’enquête
aiblesse du Economique Fragilité du Méconnaissance des
Mode de vie (dépenses
ystème système juridique droits et devoirs par les
socioculturelles à Dégradation des
nstitutionnel, Volonté d'être Faiblesse du et judiciaire citoyens
l’occasion des mœurs
égislatif et riche revenu cérémonies)
églementaire

Eff. % Eff. % Eff. % Eff. % Eff. % Eff. % Eff. %

25 59,8 405 57,0 397 55,8 395 55,6 393 55,3 393 55,3 362 50,9
86 40,2 306 43,0 314 44,2 316 44,4 318 44,7 318 44,7 349 49,1

11 100,0 711 100,0 711 100,0 711 100,0 711 100,0 711 100,0 711 100,0

Source : Données d'enquête effectuées sur le terrain

Figure 3 : Causes de l’enrichissement illicite selon l’enquête


70%
59.80%
60% 57.00% 55.80% 55.60% 55.30% 55.30%

50% 44.40% 44.70% 44.70%


43.00% 44.20%
40.20%
40%

30%

20%

10%

0%
Faiblesse du Système Volonté d'être riche Faiblesse du revenu Fragilité du système Mode de vie (dépenses Dégradation des mœu
institutionnel, législatif et juridique et judiciaire socioculturelles à
réglementaire l’occasion des
cérémonies)

OUI NON

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1.3 Hiérarchisation des causes identifiées
Il ressort du tableau N°3 et de son histogramme (ci-dessus) que les causes
identifiées peuvent être classées par ordre d’importance comme suit :
1.3.1 Causes institutionnelles, législatives et règlementaires
Près de 60% des personnes interrogées soutiennent que la première cause
pertinente d’enrichissement illicite au niveau de l’administration publique malienne
est d’ordre institutionnel, législatif et réglementaire.
En d’autres termes, les agents publics profitent de la faiblesse des textes de
création, d’organisation et de fonctionnement des services publics pour soit solliciter
ou agréer des avantages non dus pour les actes administratifs.
Les faiblesses institutionnelles et législatives sont exacerbées par le contournement
des règles et des procédures par les agents publics qui ne se privent pas de les
interpréter et de les dévoyer à leur profit. Cette situation a le double désavantage de
la personnalisation des procédures et de la difficulté de sanction et de recours même
en cas de plainte aussi bien pour la hiérarchie, l’Etat et le citoyen utilisateur du
service public.
Le tableau N°4 ci-dessous révèle la perception des citoyens sur les procédures et les
règles dans l’administration publique malienne.

Tableau 4 : Respect des règles, procédures, lois et règlements au niveau de


l’Administration Publique Malienne

Appréciation Effectifs Pourcentage


Oui, respecté 18 2,53%
Ne se prononce pas 1 0,14%
Pas du tout respecté 683 96,06%
Pas bien respecté ou partiellement respecté 9 1,27%

Total 711 100,00 %


Source : Données d'enquête effectuées sur le terrain
Le constat est que 96,06 % des personnes sur les 711 ayant répondu au
questionnaire pensent que les règles, procédures, lois et règlements au niveau de
l’administration publique malienne ne sont pas du tout respectés (voir tableau N°4).

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Figure 4 : Respect des règles, procédures, lois et règlements au niveau de
l’Administration Publique Malienne

100%

96.06%
90%

80%

70%

60%

50%

40%

30%

20%

10%

0% 2.53%
Oui, respecté 0.14% pas Pas du tout respecté Pas bien1.27%
Ne se prononce respecté ou
partiellement
respecté

1.3.2 Causes économiques 


57 % des personnes interrogées estiment que « la volonté d’être riche »
constitue l’une des causes de l’enrichissement illicite au niveau des services
publics maliens, tandis que 55,8 % l’explique par « la faiblesse des revenus ».
Cette dualité de perception sur le plan économique devra être approfondie
pour saisir les fondements réels de ce paramètre dans l’environnement
malien.

Tableau n° 5 : Enquêtes sur les causes économiques

Volonté d'être riche Faiblesse du revenu

Réponse Effectif Taux Effectif Taux (%)


Oui 405 57,0 % 397 55,8 %
Non 306 43,0 % 314 44,2 %
Total 711 100,0 % 711 100,0 %

Source : Données d'enquête effectuées sur le terrain

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Figure n°5 : Enquêtes sur les causes économiques
60% 57.00% 55.80%

50%
43.00% 44.20%

40%

30%

20%

10%

0%
Volonté d'être riche Faiblesse du revenu

Oui Non

1.3.3 Causes juridiques et judicaires 


55,6 % des personnes interrogées pensent que les causes de
l’enrichissement illicite sont d’ordre juridique et judiciaire.
Par ailleurs, 88,05 % ont une perception négative du système juridique et
judiciaire (voir tableau ci-dessous).
1.3.4 Causes socioculturelles
55,3 % de l’échantillon ont affirmé que « le mode de vie » et « la dégradation
des mœurs » figurent parmi les facteurs pertinents de l’enrichissement illicite.
De même, 50,9 % des personnes enquêtées pensent que « la
méconnaissance des droits et devoirs par le citoyen » est un facteur important
dans l’enrichissement illicite des agents publics qui profitent de cette
méconnaissance pour « soutirer » de l’argent aux usagers du service public.
(voir la figure N°03)

Tableau n° 6 : Perception socioculturelle de l’enrichissement illicite


Méconnaissance des droits et
Mode de vie (dépenses devoirs par les citoyens
socioculturelles à l’occasion Dégradation des mœurs
des cérémonies)

Réponse Effectif Taux Effectif Taux Effectif Taux


Oui 393 55,3 % 393 55,3 % 362 50,9 %
Non 318 44,7 % 318 44,7 % 349 49,1 %
Total 711 100,0 % 711 100,0 % 711 100,0 %

Source : Données d'enquête effectuées sur le terrain

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Figure n° 6 : Perception socioculturelle de l’enrichissement illicite

60% 55.30% 55.30%


50.90%
49.10%
50% 44.70% 44.70%
40%
30%
20%
10%
0%

Oui Non

1.3.5 Causes politiques 

50,10 % des personnes interrogées pensent que " l’insuffisance de volonté


politique dans la mise en œuvre de la lutte contre l’Enrichissement Illicite » est
une des causes pertinentes du phénomène. (voir la figure N°03)

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II. DESCRIPTION DES TECHNIQUES ET MOYENS
D’ENRICHISSEMENT ILLICITE
II.1. Détermination du poids des techniques et moyens d’enrichissement
illicite dans la perception des enquêtés 
Pour déterminer l’amplitude des techniques et moyens d’enrichissement illicite dans
l’administration publique malienne, un questionnaire a été soumis à l’échantillon de
l’étude. Les résultats figurent dans les tableaux suivants qui donnent la perception
sur les pratiques corruptives dans l’administration publique malienne et par région.
Tableau N°7 : Les pratiques d’enrichissement illicite dans l’administration
publique malienne/ résultat du District de Bamako

PRATIQUES D’ENRICHISSEMENT ILLICITE Taux


Donner le pot-de-vin 43,19%
Vol 7,87%

Trafic d'influence 3,84%

Abus d’autorité 12,86%

Favoritisme 0,00%

Fraude 3,07%

Détournement de deniers publics 24,95%

Extorsion 0,00%

Concussion 0,19%

Tribut 0,00%

Rétribution d'un service public 1,34%

Gratification 0,00%

Autres (blanchiment, surfacturation, népotisme, abus de confiance, …) 2,69%

 Total 100,00%

Source : Données d'enquête effectuées sur le terrain

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Figure N°7 : Les pratiques d’enrichissement illicite dans l’administration publique
malienne/ résultat du District de Bamako

Tableau N°8 : Les pratiques d’enrichissement illicite dans l’administration


publique malienne/ résultat de la région de Kayes
PRATIQUES D’ENRICHISSEMENT ILLICITE Taux
Donner le pot-de-vin 29,20%

Vol 16,81%

Trafic d'influence 6,19%

Abus d’autorité 15,93%

Favoritisme 0,00%

Fraude 5,31%

Détournement de deniers publics 18,58%

Extorsion 0,00%

Concussion 0,00%

Tribut 0,00%

Rétribution d'un service public 4,42%

Gratification 0,00%

Autres (blanchiment, surfacturation, népotisme, abus de confiance, …) 3,54%

 Total 100,00%

Source : Données d'enquête effectuées sur le terrain

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Figure N°8 : Les pratiques d’enrichissement illicite dans l’administration publique
malienne/ résultat de la région de Kayes

Tableau N°9 : Les pratiques d’enrichissement illicite dans l’administration


publique malienne/ résultat de la région de Koulikoro

PRATIQUES D’ENRICHISSEMENT ILLICITE Taux


Donner le pot-de-vin 23,08%

Vol 15,38%

Trafic d'influence 0,00%

Abus d’autorité 0,00%

Favoritisme 0,00%

Fraude 0,00%

Détournement de deniers publics 30,77%

Extorsion 0,00%

Concussion 0,00%

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Tribut 0,00%

Rétribution d'un service public 0,00%

Gratification 0,00%

Autres (blanchiment, surfacturation, népotisme, abus de confiance, …) 30,77%

 Total 100%

Source : Données d'enquête effectuées sur le terrain

Figure N°9 : Les pratiques d’enrichissement illicite dans l’administration publique


malienne/ résultat de la région de Koulikoro

Tableau N°10 : Les pratiques d’enrichissement illicite dans l’administration publique


malienne/ résultat de la région de Sikasso
PRATIQUES D’ENRICHISSEMENT ILLICITE Taux
Donner le pot-de-vin 28,13%

Vol 12,50%

Trafic d'influence 7,81%

Abus d’autorité 0,00%

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Favoritisme 0,00%

Fraude 0,00%

Détournement de deniers publics 42,19%

Extorsion 0,00%

Concussion 0,00%

Tribut 0,00%

Rétribution d'un service public 0,00%

Gratification 0,00%

Autres (blanchiment, surfacturation, népotisme, abus de confiance, …) 9,38%

 Total 100,00%

Source : Données d'enquête effectuées sur le terrain

Figure N°10 : Les pratiques d’enrichissement illicite dans l’administration publique


malienne/ résultat de la région de Sikasso

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Tableau N°11 : Les pratiques d’enrichissement illicite dans l’administration publique
malienne
PRATIQUES D’ENRICHISSEMENT ILLICITE Taux
Donner le pot-de-vin 39,24%
Vol 9,85%
Trafic d'influence 4,50%
Abus d’autorité 11,95%
Favoritisme 0,00%
Fraude 3,09%
Détournement de deniers publics 25,60%
Extorsion 0,00%
Concussion 0,14%
Tribut 0,00%
Rétribution d'un service public 1,69%
Gratification 0,00%
Autres (blanchiment, surfacturation, népotisme, abus de confiance, …) 3,94%

 Total 100,00%

Source : Données d'enquête effectuées sur le terrain

Figure N°11 : Les pratiques d’enrichissement illicite dans l’administration publique


malienne

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45.00%

40.00% 39.24%

35.00%

30.00%
25.60%
25.00%

20.00%

15.00%
11.95%
9.85%
10.00%
4.50% 3.94%
5.00% 3.09%
1.69%
0.00% 0.00% 0.14% 0.00% 0.00%
0.00%

Il ressort des résultats de l’enquête que la corruption est perçue comme la pratique la
plus importante à Bamako et à Kayes avec respectivement 43,19% et 29% des
enquêtés qui ont cette opinion. Dans l’ensemble, la corruption est citée par 39,24 %
des enquêtés, avec un maximum de 43, 19 % à Bamako.
A Kayes, le détournement de deniers publics est perçu comme la deuxième
infraction (18,58%) pendant que le vol (16 %) et l’abus d’autorité (15,93 %),
apparaissent plus importants que dans toutes les autres régions.
A Koulikoro, les autres infractions (blanchiment, surfacturation, népotisme, abus de
confiance, …) et le détournement de deniers publics arrivent en tête avec 30,77%.
A Sikasso, le détournement de deniers publics constitue la pratique la plus citée avec
42,19 %, suivi de la corruption et du vol.
De façon générale, après la corruption les pratiques respectives de détournement de
deniers publics (25%), d’abus d’autorité (11,95%) et de vol (9,85%) sont les plus
importantes.

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L'analyse des résultats de la présente étude met en évidence que le phénomène de
l’enrichissement illicite affecte la plupart des services publics. L'accès aux services
publics tend à se subordonner à des paiements indus par les usagers aux agents
chargés d'accomplir les prestations demandées.

II.2. Évolutions du phénomène de l’enrichissement illicite


L’enrichissement illicite est un fléau complexe et difficile à cerner. Il sévit depuis
plusieurs décennies au sein de l’administration publique malienne. Le phénomène
était initialement isolé et concernait particulièrement quelques hauts responsables et
cadres de l’Etat.
Au tout début, les pratiques d’enrichissement illicite au niveau du secteur public
malien étaient notamment :
⮚ le détournement de deniers publics, notamment de fonds ;
⮚ l’extorsion.
L’enrichissement illicite se faisait en toute impunité avec l’absence de contrôle
efficace et d’informatisation de l’administration publique. Les auteurs exposaient
ostensiblement leur fortune, notamment la liquidité et les biens immobiliers (maisons,
terrains, fermes agro-pastorales).
A partir des années 1980, l’administration publique malienne a connu
progressivement des reformes importantes avec la mise en place de procédures et
de systèmes de contrôle pour lutter contre la corruption. Au regard de ces mesures,
les auteurs d’enrichissement illicite ont changé de mode opératoire avec le
détournement de fonds à travers des sociétés « parallèles » créées pour l’exécution
de marchés publics avec souvent des paiements fictifs.
Présentement, l’Etat Malien a créé plusieurs organes de vérification, de régulation et
de contrôle, et mis en place des mécanismes opérationnels, notamment
l’informatisation de la chaine de gestion des finances publiques, afin de faire
respecter les procédures, les lois, les règlements, de lutter contre la corruption et
l’enrichissement illicite.
Il ressort des entretiens que de nouvelles techniques d’enrichissement illicite font leur
apparition compte tenu de l’évolution des éléments du contexte. Il s’agit de :
⮚ collusion ou discrimination entre fournisseurs et les agents des services
publics ;
⮚ ententes occultes entre fournisseurs avec la complicité des agents de
l’administration ;
⮚ situation de monopole créée de fait au profit d’un ou de plusieurs
fournisseurs ;
⮚ violation ou contournement des procédures, des lois et règlements au profit de
l’agent public ou d’une tierce personne ;

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⮚ disqualification organisée des concurrents au profit de certains fournisseurs
choisis d’avance ;
⮚ création d’obstacles à la formation des prix par le libre jeu du marché en
favorisant artificiellement leur hausse ou leur baisse ;
⮚ fractionnement des marchés ;
⮚ surfacturation des marchés sur la base d’une collusion entre fournisseurs et
agents de l’administration publique ;
⮚ abus des biens de l’Etat à travers les missions, l’utilisation des véhicules et
biens de consommation de l’Etat à des fins personnelles.
Selon les enquêtes menées sur le terrain, les fonds issus de l’enrichissement illicite
au Mali sont actuellement investis ou placés au nom des enfants, des femmes, des
parents, amis et proches, sous de nouvelles formes complexes et difficiles parfois à
retracer notamment :
⮚ achat de biens immobiliers sur place et à l’extérieur ;.
⮚ frais de scolarité des enfants à l’extérieur ;
⮚ dépôts bancaires sur place et à l’extérieur ;
⮚ achat d’actifs financiers sur place et à l’extérieur ;
⮚ achat de voitures de luxe ;
⮚ achat de métaux précieux comme l’or, le diamant etc.  
Selon les constats issus des enquêtes, l’enrichissement illicite concerne tous les
secteurs de l’administration publique malienne. Il est devenu un phénomène
endémique, systémique et général touchant toutes les catégories d’agents des
services publics.
On assiste à un développement autant de la « grande corruption » que de la « petite
corruption ». La grande corruption concerne les charges publiques les plus
importantes (exemple : obtention de grands marchés publics), tandis que la petite
corruption concerne l’octroi d’argent plus modestes ou de faveurs moindres aux
personnes occupant des postes moins importants (exemple : obtention de
documents d’identification nationale, administratifs, les déclarations fiscales, etc.),
l’attribution de certaines notes d’évaluation en milieu scolaire.

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III. OBSTACLES A L’EFFICACITE DE LA LUTTE
CONTRE L’ENRICHISSEMENT ILLICITE
Les obstacles sont principalement liés aux immunités et privilèges de juridiction de
certaines personnes, à la prescription de l'action publique, au problème lié à la
protection des dénonciateurs, des témoins, des experts et des victimes, aux
faiblesses des dispositions législatives, à la faiblesse de l’engagement politique, au
non-respect des dispositions règlementaires en matière de suivi, de responsabilité du
fonctionnaire et aussi à l’absence de sanction administrative.

3.1 Existence des immunités et privilèges de juridictions


Les institutions judiciaires spécialisées dans la répression de la corruption et de
l'enrichissement illicite, en l'occurrence les Pôles Economiques et Financiers et les
Parquets Généraux, sont limitées dans la poursuite et le traitement des cas
d'enrichissement illicite dont peuvent se rendre coupables certaines personnalités de
l’Etat en raison des immunités et des privilèges de juridiction institués par la
Constitution et d'autres textes de lois.
Dans la pratique, les immunités et les privilèges de juridiction sont des facteurs de
ralentissement voire d’exemption de fait des poursuites.
3.1.1 Les immunités
⮚ Le Président de la République bénéficie d’une immunité. En effet, le
Président de la République en exercice ne peut être poursuivi qu’en cas de
haute trahison. Dans ce cas, il ne peut être poursuivi et jugé que par la Haute
Cour de Justice.
⮚ Aux termes de l’article 62 de la Constitution, « les députés bénéficient de
l’immunité parlementaire. Aucun membre de l’Assemblée nationale ne peut,
pendant la durée des sessions, être poursuivi ou arrêté en matière criminelle
ou correctionnelle qu’avec l’autorisation de l’Assemblée nationale, sauf en cas
de flagrant délit. Aucun membre de l’Assemblée ne peut, hors session, être
arrêté qu’avec l’autorisation du bureau de l’Assemblée nationale sauf en cas
de flagrant délit, de poursuites autorisées ou de condamnations définitives. La
détention ou la poursuite d’un membre de l’Assemblée nationale est
suspendue si l’Assemblée nationale le requiert. ». Dans la pratique, la levée
de l’immunité parlementaire se heurte à des résistances liées, entre autres, à
la solidarité et à la tendance à la protection mutuelle entre députés.
3.1.2 Les privilèges de juridiction
Les privilèges de juridiction accordés par la constitution et d'autres textes de lois,
amoindrissent les effets attendus des Pôles Economiques et Financiers et des

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Parquets Généraux. En effet, certaines personnes sont justiciables de la Haute Cour
de Justice ou de la Cour Suprême.
Les ministres, les gouverneurs et les magistrats bénéficient de privilèges bien alors
qu’ils sont assujettis à l’obligation de déclaration de biens.
A cet égard, l’article 21 de la Loi n° 2014-015 du 27 mai 2014 portant prévention et
répression de l’enrichissement illicite dispose que « les dispositions du Code de
procédure pénale relatives au privilège de juridiction reconnu à certaines catégories
d’agents publics sont observées ».
⮚ Les personnes justiciables de la Haute Cour de Justice
Le Président de la République, le Président de l'Assemblée Nationale et les
membres du gouvernement sont justiciables de la Haute Cour de Justice pour crimes
et délits commis au cours de leur mandat.
⮚ Les personnes justiciables de la Cour Suprême
Au Mali, malgré la ratification de certains instruments internationaux 11relatifs à la
lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite, plusieurs catégories de
personnes ne peuvent être jugées que devant la Cour Suprême en raison du
privilège de juridiction dont elles bénéficient. Cette situation empêche les institutions
chargées de réprimer l'enrichissement illicite d’être efficaces.
Ce constat a, notamment, été fait par le Vérificateur général dans son rapport bilan
2011-2018 qui note : « La mise en œuvre de la responsabilité des agents publics
s’opère en tenant compte de la particularité de leur statut. Ainsi, certains bénéficient-
ils de plus de protection que d’autres en raison de la spécificité de leurs fonctions. A
cette catégorie de protection vient s’ajouter celle qu’offre l’exercice de fonctions
politico-administratives se traduisant par des immunités diverses, véritables
« parapluies » dont pouvaient user les intéressés pour se livrer à des irrégularités de
gestions susceptibles d’engager leur responsabilité au plan pénal.
« La mise en œuvre de la responsabilité pénale des agents publics bénéficiant de
ces immunités devient complexe dans la mesure où certains gardent ces privilèges
même s’ils exécutent des actes de gestion ordinaire pour lesquels les autres agents
publics, en exerçant les mêmes fonctions, ne bénéficient d’aucune protection
pénale. » Parmi ces agents, on peut citer : les ministres, les députés, les
représentants de l’Etat, les magistrats, les officiers de police judiciaire, les militaires.
Aussi, faut-il noter que la Convention des Nations-Unies contre la corruption
recommande aux Etats parties d’éviter que les immunités et privilèges de juridiction
ne puissent être des obstacles à l’effectivité de la répression des faits de corruption
et d’infractions assimilées. En effet, il ressort de l’article 30, point 2 que « Chaque
État Partie prend les mesures nécessaires pour établir ou maintenir,
conformément à son système juridique et à ses principes constitutionnels, un

11
La Convention des Nations Unies contre la corruption, la Convention de l’Union Africaine sur la corruption

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équilibre approprié entre toutes immunités ou tous privilèges de juridiction
accordés à ses agents publics dans l’exercice de leurs fonctions, et la
possibilité, si nécessaire, de rechercher, de poursuivre et de juger
effectivement les infractions établies conformément à la présente
Convention. »
3.2 Faiblesses des dispositions législatives et règlementaires :
Les principes internationalement reconnus en matière de lutte contre la corruption
recommandent l’assujettissement à la déclaration de patrimoine de tous les
représentants des trois pouvoirs que sont : le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif et
le pouvoir judiciaire. Ce principe n’est pas encore totalement appliqué au Mali. Ce qui
explique que :
⮚ les députés ne sont pas soumis à l’obligation de déclaration des biens malgré
qu’ils soient des élus nationaux ;.
⮚ Les élus locaux non ordonnateurs ne sont pas soumis aussi à la déclaration
des biens ;
⮚ les responsables des partis politiques ne sont pas soumis à l’obligation de
déclaration de patrimoine, en particulier les chefs de parti et les trésoriers.
Cette limitation de la loi malienne devra être prise en charge afin de la rendre
conforme aux normes internationales.
Aussi, beaucoup de pays ont opté pour l’imprescriptibilité des crimes économiques
alors que le Mali a retenu d’adoucir sa législation sur l’enrichissement illicite en en
faisant un délit et une infraction continue.
3.3 Absence de protection des témoins, des experts, des dénonciateurs et
des victimes
La Loi N°2014-015 portant prévention et répression de l’enrichissement illicite ne
prévoit aucune mesure pour la protection des témoins, des experts, des
dénonciateurs et des victimes, nonobstant les dispositions de la Convention des
Nations Unies contre la Corruption, stipulant :
⮚ Article 32 : « Chaque Etat Partie prend, conformément à son système
juridique interne et dans la limite de ses moyens, des mesures appropriées
pour assurer une protection efficace contre des actes éventuels de
représailles ou d’intimidation aux témoins et aux experts qui déposent
concernant des infractions établies conformément à la présente convention et,
s’il y a lieu, à leurs parents et à d’autres personnes qui leur sont proches » ;
⮚ Article 33 : « Chaque Etat partie envisage d’incorporer dans son système
juridique interne des mesures appropriées pour assurer la protection contre
tout traitement injustifié de toute personne qui signale aux autorités
compétentes, de bonne foi et sur la base de soupçons raisonnables, tous faits
concernant les infractions établies conformément à la présente convention. »

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Pourtant, les témoins, experts, dénonciateurs et victimes des faits d’enrichissement
illicite peuvent subir différentes formes de menaces dont l'élimination physique, la
perte d'emploi, le non-avancement de grade, la mutation non désirée, etc. Ces
menaces peuvent être exercées soit directement sur eux-mêmes, soit indirectement
sur leurs proches.
Cette lacune dans la protection du dénonciateur ou témoin est susceptible de
conduire certaines personnes à garder secrètes les informations qu’elles détiennent
sur l'enrichissement illicite et qui pourraient être utiles pour la poursuite des suspects.
3.4 Faiblesse de l’engagement politique 
La réussite de la lutte contre le phénomène de l’enrichissement illicite passe par
l’affirmation de l’engagement ferme des décideurs à non seulement appuyer les
actions de prévention et de répression mais aussi à bannir toute ingérence dans la
poursuite et la sanction des actes délictueux en matière de crime économique. La
gestion par l’exemple, l’intégrité à toute épreuve et la non tolérance devront être le
crédo de toutes les autorités nationales.
3.5 Non-application des dispositions du code général des fonctionnaires 
Le code général des fonctionnaires édicte un certain nombre de dispositions
règlementaires en matière de suivi, d’engagement de la responsabilité du
fonctionnaire et de sanctions dans le cadre de l’exercice de ses fonctions. Il met en
lumière les responsabilités induites par le lien hiérarchique dont le respect devra
permettre de limiter les atteintes à la probité et le cas échéant la sanction des fautes.
Malgré l’existence de ces textes, le constat est que le suivi se fait de façon laxiste et
les fautes sont rarement relevées et sanctionnées.
3.6 Faibles capacités des organes de lutte contre l’enrichissement illicite
Il ressort des sessions de brainstorming que les organes de contrôle, de vérification
et de poursuite (Pôles Economiques et Financiers, Contrôle Général des Services
Publics, Bureau du Vérificateur Général, Cellule Nationale de Traitement des
Informations Financières et Inspections des Départements ministériels) ne disposent
pas de pouvoirs et d’indépendance nécessaires pour exercer leurs fonctions
efficacement et à l’abri de toute influence 12. Aussi, sont-ils généralement confrontés à
l’insuffisance de moyens adéquats, en termes d’effectifs, de ressources financières
et de pouvoirs d’action.
Les poursuites judiciaires en matière d’enrichissement illicite sont de la compétence
exclusive des Pôles Economiques et Financiers, conformément aux dispositions du
Code de procédure pénale au Mali et de la loi 2014-015 du 27 mai 2014. Ces
structures n’existent qu’à Bamako, Kayes et Mopti avec des ressorts couvrant
plusieurs régions, ce qui pourrait limiter sa capacité d’intervention avec efficacité.

12
Brainstorming

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Les contrôles a posteriori sont plus difficiles avec des agents publics peu habitués à
rendre compte de leur activité dans une administration où le principe de la
transparence n’est pas totalement respecté. A ce titre, le Vérificateur général a noté,
dans son rapport bilan 2011-2018 : « Une autre dimension regrettable est celle de la
faiblesse de l’archivage, dénoncée presque dans tous les rapports annuels du
Vérificateur général, depuis plus d’une dizaine d’années. Elle entame sérieusement
la diligence dans la mise à disposition des documents permettant au personnel de
vérification d’apprécier convenablement la gestion publique. Dans tous les services
publics vérifiés, les archives sont faiblement tenues. Bon nombre ont juste des
dépôts où documents administratifs, fournitures de bureau et matériels obsolètes se
côtoient. Dans certains cas, cette faiblesse de l’archivage est volontairement
orchestrée à l’effet de dissimuler les tares d’une gestion catastrophique. »
D’une façon générale, les différents rapports des organes de contrôle et de
vérification ne sont pas suivis d’actions suffisantes. Il n’existe de données
statistiques fiables à ce niveau.
3.7 Pratiques politiques corrompues
Les mécanismes d’accès au pouvoir sont en effet eux-mêmes affectés par les
pratiques de corruption (achat de votes, collecte des fonds de manière illégale pour
le financement de campagnes, etc.).
Les nominations à certains postes de responsabilité au sein de l’administration
publique sont couramment teintées d’allégeance politique.
Au regard de ce qui précède, « la politique est considérée comme l’élément central
d’un système officieux de répartition des richesses, un moyen facile de s’enrichir très
rapidement, et participe à la régulation des rapports de force entre les différents
pôles de pouvoir13 ».
3.8 Faible mobilisation de la société civile14
La société civile désigne les organisations (syndicales, associatives, patronales, …)
apolitiques qui cherchent à défendre les droits des citoyens, généralement, face au
pouvoir politique. Le terme désigne aussi bien une organisation agissant à ce titre
que des groupements d’organisations.
Au Mali, la définition de la société civile ressort du ‘’Rapport général de l’atelier de
validation de la synthèse des rencontres sur les rôles et responsabilité de la société
civile dans un contexte démocratique au Mali tenu du 09 au 10 Octobre 2001 au
Palais des Congrès à Bamako (p.9). Ainsi, il a été décidé que : "la société civile est
l’ensemble des institutions (associations, organisations, syndicales, etc.) à but non
lucratif, librement constituées, indépendantes du politique et de l’administration

13
Les difficultés de la lutte contre la corruption : l'expérience de quatre pays en développement [article]
sem-link Irène Hors
14
Entretiens et enquêtes effectués

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publique, et dont le but n’est pas la conquête ou l’exercice du pouvoir public". Aussi,
le rapport final de l’étude sur la société civile au Mali (Tomei 2002) a repris la même
définition.
Au Mali, comme dans d’autres pays africains, ces organisations sont regroupées
dans une coalition des organisations de la société civile.
Les organisations de la société civile malienne (associations, collectifs, groupements
professionnels, coordinations, syndicats, fédérations, ONG, etc.) sont regroupées au
sein du Conseil National de la Société Civile (CNSC). Ces organisations se sont
illustrées lors de manifestations populaires (révolution du 26 mars 1991, rejet du
projet de révision constitutionnelle de 2017, …) mais leurs actions sont timides dans
la lutte contre l’enrichissement illicite selon les résultats du brainstorming et des
enquêtes.
Toutefois, la Coalition des Organisations de la Société Civile pour la Lutte Contre la
Corruption et la Pauvreté au Mali (COSCLCCP) envisage le renforcement de sa
collaboration avec les organes de contrôle et de vérification (La semaine d’actions de
lutte contre la corruption au Mali du mois d’octobre 2018).
Selon l’opinion de la majorité des participants au brainstorming, les organisations de
la société civile ne jouent pas le rôle qu’il faut pour mieux défendre les intérêts de la
population. Leurs actions ne sont pas à hauteur de l’attente des citoyens. Certains
pensent qu’ils sont en collusion avec les autorités au lieu d’être un groupe de
pression pour servir l’intérêt du peuple.
Il ressort des enquêtes et des entretiens que leur rôle est peu connu et elles
manquent de synergie dans leurs actions.
3.9 Faible contribution des médias
Le paysage médiatique au Mali est riche et comprend : l’audiovisuel, la presse écrite,
la radio, les portails d’information, les services de téléphonie mobile. Selon la
Fondation Friedrich Ebert15, la cartographie des médias est la suivante :
● plus de 120 journaux, seulement une trentaine éditée en français parait
régulièrement à Bamako. La presse écrite souffre d’absence d’imprimeries
modernes, du prix élevé des journaux par rapport au revenu moyen du malien
et de la faiblesse du marché publicitaire.
● plus de 500 radios FM sur l’ensemble du territoire national.
● des portails d’information en pleine croissance ces dernières années. Ils
manquent de personnel et de rédaction. Les rares journaux en ligne ne font
que des reprises d’articles de presse déjà publiés.
● l’audiovisuel en croissance avec plus d’une trentaine de chaines TV. En plus
de la chaine publique l’ORTM, il y a des chaines privées à Bamako et à
l’intérieur.

15
Fondation Friedrich Ebert, 2017

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Le Mali compte deux organismes de régulation des médias :
● la Haute Autorité de la Communication (HAC) a été créée en 2015 et
remplace le Conseil supérieur de la Communication. Elle est chargée de
réguler le secteur de la communication.
● le Comité National de l’Egal Accès aux Médias d’Etat (CNEAME) est chargé
de veiller à un accès égal des partis politiques aux médias publics.
L’Observatoire pour la Déontologie et l’Ethique de la Presse (ODEP) existe
depuis plusieurs années.
Il existe plusieurs organisations professionnelles dans le secteur des médias et des
syndicats de journalistes16. On peut citer notamment :
● ASSEP (Association des Editeurs de Presse Privés du Mali) ;
● URTEL Mali (Union des Radios et Télévisions Libres du Mali) ;
● APPEL MALI (Association des Professionnels de la Presse en Ligne au
Mali) ;
● AJSM (Association des Journalistes Sportifs du Mali) ;
● UNAJOM (Union Nationale des Journalistes du Mali) ;
● AJPM (Association des Journalistes Professionnels des Médias Privés du
Mali) ;
● RJEM (Réseau des Journalistes Economiques du Mali) ;
● RMJLCP (Réseau Malien des Journalistes dans la Lutte contre la Corruption
et la Pauvreté) ;
● RMJI (Réseau Malien des Journalistes d’Investigation).

Il faut noter l’existence de la Maison de la Presse qui fournit aux journalistes des
lieux de travail, des formations continues, et un soutien pour la protection de leurs
droits légaux.
Il existe au Mali une certaine liberté d’expression depuis l’avènement de la
démocratie en 1991. Selon les résultats de nos enquêtes menées sur le terrain, les
médias maliens se caractérisent par :
● des insuffisances sur le plan professionnel. En effet, plusieurs agents du
secteur des médias n’ont pas le profil de formation approprié. (Il est de toute
évidence facile de constater que la grande majorité des agents exerçant le
métier de journalistes au Mali, provient des diplômés sans emploi d’une part,
mais que d’autre part, dans beaucoup d’organes de presse, l’aspect
commercial prime sur la vocation réelle consistant à la distribution saine de
l’information).

16
Cartographie économique de la presse écrite au Mali, Etude CAP, CERCAP, 2017

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● L’insuffisance de compétences dans les techniques de détection et de
vérification des informations ;
● une grande précarité avec des salaires très faibles ;
● des insuffisances dans le respect de la déontologie et de l’éthique ;
● l’absence de loi garantissant la confidentialité des sources d’information des
journalistes ;
● les difficultés d’accès aux informations liées aux procédures d’investigation ;
● le manque de moyens adéquats pour mieux exercer leur métier. ;
● une forte concurrence poussant certaines presses au sensationnalisme, au
chantage, à l’urgence d’articles rédigés à la hâte, parfois à partir d’une
rumeur, sans qu’ait été pris le temps de vérifier les sources.
● La faiblesse en matière de journalisme d’investigation.
Au regard de ces réalités, la contribution des médias à la mise en œuvre de la lutte
contre le phénomène est très mitigée.
3.10 Position ambiguë du secteur privé
L’enrichissement illicite ne peut pas être combattu sans l’implication du secteur privé,
principal partenaire de l’Etat en tant que client et fournisseur à la fois. C’est un fléau
qui entrave l’environnement des affaires et le développement du secteur privé en
réduisant l’accès équitable aux services de l’administration publique et aux marchés
publics. 
En dépit de l’existence des règles et procédures régissant la commande et les
achats publics et des structures étatiques de régulation, de contrôle et de vérification
des marchés publics, il s’amplifie au Mali, un réseau liant des responsables de
l’administration publique et certains opérateurs économiques. Ces derniers sont
souvent des politiciens ou bailleurs dans le financement des campagnes politiques
(résultats du brainstorming).
Selon Irène HORS, « les entreprises du secteur informel bénéficient d’entorses aux
règles officielles et ne sont donc pas en mesure de refuser la corruption ». Celles qui
sont à l’écart des cercles du pouvoir, n’ont en revanche pas toujours les moyens de
s’opposer au fléau. Aussi, « Payer un pot-de-vin peut être nécessaire ou suffisant
pour obtenir un marché, une licence ou encore éviter un contrôle susceptible de
sanctions financières. Même si ces pratiques sont défavorables aux entreprises, les
pressions de la concurrence, l’absence d’un comité d’éthique qui permettrait de
coordonner leurs actions et la peur de représailles entretiennent leur passivité ».
Cette assertion reste valable pour le secteur formel.

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PROPOSITION DE PRISE EN CHARGE DES CAUSES IDENTIFIEES
Conformément à l’objectif spécifique relatif aux propositions de prise en charge des
contraintes et facteurs identifiés, les moyens d’action ci-après peuvent être
envisagés pour renforcer la lutte contre l’enrichissement illicite dans l’administration
publique malienne.
5.1. Axe stratégique 1 : Engager des réformes institutionnelles, législatives et
réglementaires pour corriger les dysfonctionnements au niveau de
l’administration publique.
Les réformes envisagées, loin d’être exhaustives, sont celles pouvant réduire les
opportunités de corruption et d’enrichissement illicite en simplifiant les procédures
administratives et de contrôles afin d’améliorer la qualité des services au niveau de
l’administration publique. Il s’agit notamment :
⮚ intégrer tous les députés, les responsables de parti politique ayant qualité
pour décider de l’emploi des ressources et les trésoriers de parti politique
bénéficiant de financements publics dans la liste des personnalités assujetties
à la déclaration des biens ;
⮚ charger l’institution nationale de promotion et de protection des droits de
l’homme pour assurer le suivi des procédures de levée de l’immunité
parlementaire et d’application des privilèges de juridiction accordés aux
ministres, aux magistrats, aux représentants de l’Etat et aux officiers de police
judiciaire dans les faits d’enrichissement illicite.
⮚ assurer la mise en œuvre d’ und’un code d’éthique et de déontologie des
agents publics ;
⮚ renforcer la transparence dans les procédures de passation des marchés
publics ;
⮚ assurer la promotion des mécanismes de conformité au sein des entreprises
intervenant dans les procédures des marchés publics (mise en place de
règles d’éthique, contrôle et sanction par un organisme public indépendant) ;
⮚ informatiser le processus de passation, d’attribution et d’exécution des
marchés publics ;

⮚ instaurer une politique incitative de gestion des ressources humaines
(recrutement, promotion, mobilité, plan de carrières, formation, retraites etc.)
basée « sur les principes d’efficacité et de transparence et sur des critères
objectifs tels que le mérite, l’équité et l’aptitude » (article 7 de la CNUCC) ;
⮚ instituer la Cour des comptes ;

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⮚ assujettir les responsables des projets et programmes de l’administration
publique à l’obligation de déclaration de biens ;
⮚ renforcer les pouvoirs des entités chargées des réformes institutionnelles.
5.2. Axe stratégique 2 : Renforcer la capacité des systèmes juridiques et
judiciaires
Pour une plus grande efficacité de l’appareil judicaire, il faut :
⮚ améliorer le cadre juridique national ;
⮚ renforcer l’indépendance de la justice par l’octroi des moyens humains,
techniques, financiers, matériels adéquats ;adéquats ;
⮚ former davantage le personnel judiciaire dans le domaine de la lutte contre
l’enrichissement illicite ;
⮚ veiller à l’application des codes d’éthique et de déontologie du personnel
judiciaire ;judiciaire ;
⮚ adopter une loi de protection des témoins, des experts, des dénonciateurs,
des victimes et des lanceurs d’alerte en matière de lutte contre
l’enrichissement illicite ;
⮚ renforcer la diffusion et l’accessibilité des décisions de justice en matière de
lutte contre l’enrichissement illicite ;
⮚ renforcer le cadre de concertation et de coopération entre l’OCLEI et les
services judiciaires.
5.3. Axe stratégique 3 : Renforcer les capacités des organes de vérification et
de contrôle
Pour corriger les faiblesses des organes de vérification et de contrôle en matière de
lutte contre l’enrichissement illicite, il faut :
⮚ mettre en place un cadre de synergie d’action et de collaboration entre les
organes de vérification et de contrôle ;
⮚ mettre en œuvre la stratégie nationale de contrôle interne au sein des
services publics ;

⮚ renforcer la coopération et les échanges sur le plan régional et international
en matière de lutte contre l’enrichissement illicite ;
⮚ évaluer périodiquement les organes de contrôle.
5.4. Axe stratégique 4 : Améliorer les conditions de travail et de vie des agents
publics
Une lutte efficiente contre la corruption passe nécessairement par l’amélioration des
conditions de vie et de travail, notamment :

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⮚ réviser la politique de rémunération des agents publics  ;

⮚ poursuivre l’amélioration de la politique de solidarité et de sécurité sociale .
5.5. Axe stratégique 5 : Promouvoir la culture de la citoyenneté et de l’intégrité
pour un changement de comportement
Dans le cadre de la lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite, les activités à
réaliser consistent à :
⮚ promouvoir la culture de l’exemplarité à tous les niveaux ;
⮚ se soumettre aux lois et règlements de la République ;
⮚ imprimer un changement de comportements à tous les niveaux, à travers :
o les programmes des médias ;
o les curricula scolaires et professionnels. 
⮚ intégrer la dimension de la lutte contre l’enrichissement illicite dans les
politiques et programmes publics.
5.6. Action stratégique 6 : Encadrer le financement des partis politiques
Les pratiques politiques observées contribuent fortement à l’enrichissement illicite.
Pour corriger cette anomalie, il faut :
⮚ plafonner les montants des frais des campagnes électorales ;
⮚ publier et vérifier les comptes des campagnes électorales aux fins de
moralisation et de respect de l’éthique ;
⮚ mettre en place un code d’éthique et de déontologie des partis politiques.
5.7. Axe stratégique 7 : Renforcer la participation de la société civile et du
secteur privé
La lutte contre l’enrichissement illicite n’aura de succès qu’avec une participation
active de la société civile et du secteur privé. Pour cela, les mesures suivantes
pourront être envisagées :
⮚ élaborer et vulgariser un guide d’information des citoyens sur le rôle des
institutions et des autorités administratives impliquées dans la lutte contre
l’enrichissement illicite ;

⮚ traduire et diffuser davantage la loi sur l’enrichissement illicite auprès de la
population surtout dans les principales langues nationales ;
⮚ faire mieux connaitre par la population les missions de l’OCLEI à travers des
conférences, des séminaires, des débats etc. ;
⮚ renforcer les actions d’information et de sensibilisation des organisations de la
société civile sur les méfaits de l’enrichissement illicite afin qu’elles puissent
mieux les relayer au niveau de la population ;

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⮚ promouvoir les différents réseaux de dénonciation (courrier, boite à
suggestions, numéro vert, site web, …) de l’enrichissement illicite ;
⮚ renforcer la synergie entre les acteurs de la société civile dans la
sensibilisation et l'éducation du public contre l’enrichissement illicite ;
⮚ renforcer le cadre de partenariat entre l’OCLEI et les organisations de la
société civile ;
⮚ sensibiliser, former et dynamiser les organisations professionnelles (syndicats,
patronat, ordres professionnels) afin qu’elles soient actives dans la lutte contre
l’enrichissement illicite.
5.8. Axe stratégique 8 : Susciter une forte contribution des médias

Pour lutter efficacement contre l’enrichissement illicite, il faudrait une plus grande
implication des médias à travers les actions suivantes :
⮚ conduire des campagnes d’information pour permettre au public de mieux
connaitre l’OCLEI (notamment ses missions) et les méfaits de l'enrichissement
illicite ;
⮚ renforcer les capacités des journalistes/communicateurs en matière de lutte
contre l’enrichissement illicite ;

⮚ mettre en place un cadre de collaboration entre les médias et l’OCLEI ;
⮚ promouvoir le journalisme d’investigation.
5.9. Axe stratégique 9 : Renforcer les actions en matière de transparence et de
bonne gouvernance
- Renforcer les règles et les institutions pour la gestion transparente des affaires
publiques ;
-
- Instaurer la culture de la redevabilité  ;
- Renforcer le système d’audit interne et de contrôle des services publics;
- Suivre la mise en œuvre des recommandations issues des missions de
contrôle et d’audit ;
- Respecter le suivi de la mise en œuvre des plans de carrière dans
l’administration publique ;
-

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CONCLUSION
Les résultats de la présente étude indiquent que l’enrichissement illicite au niveau
de l’administration publique malienne est un phénomène complexe et multiforme. Ce
mal s’étend à tous les secteurs et toutes les catégories d’agents publics.
Toutes les stratégies et mécanismes mis en place pour lutter contre le fléau
connaissent certaines limites notamment la non-traduction en actes de la volonté
politique affichée dans les textes ; la violation de ces textes ; l’absence de valeurs
morales ; la limite des organes de contrôle, etc.

Les systèmes institutionnel, règlementaire et législatif, sont vagues, non maitrisés, en


perpétuel changement et mal diffusés.
Le cadre administratif est caractérisé par la culture de l’impunité, l’absentéisme, la
lourdeur des procédures, le manque de probité et le non-respect des biens publics. Il
y a un manque de transparence dans la gestion publique.
Le système juridique et judiciaire, complexe, connait une certaine lourdeur.
Les sanctions sont rares et légères pour les agents publics, ce qui encourage le
laxisme. La menace de licenciement n’a qu’un effet dissuasif, quelle que soit la
gravité de la faute.
L’administration publique est fortement muselée par les ingérences politiques,
notamment avec le trafic d’influence et le favoritisme.
Les organisations de la société civile et les médias brillent par leur faible participation
à la lutte contre le fléau.
Les causes sous-jacentes au phénomène de l’enrichissement illicite dans
l’administration publique malienne sont complexes, multiples et interdépendantes :
causes économiques, causes institutionnelles, législatives et réglementaires,
causes politiques, causes juridico-judiciaires, sentiment de sécurité
personnelle et causes socioculturelles. Parmi ces différentes causes, les plus
pertinentes sont d’ordre institutionnel, législatif et réglementaire, économique,
politique, juridico-judiciaire et socioculturel. 
La lutte efficace contre l’enrichissement illicite est une tâche laborieuse qui
nécessite des actions globales et transversales avec la participation de toutes les
parties prenantes (Etat, société civile, secteur public, secteur privé, médias, ONG
etc.). A cet effet, neuf actions majeures à mettre en œuvre ont été proposées dans le
présent rapport afin de combattre efficacement contre le fléau.
L’Etat malien doit élaborer et mettre en œuvre une Politique nationale et une
Stratégie Nationale de Lutte Contre l’Enrichissement Illicite qui sera axée
notamment sur :

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⮚ une approche globale et intégrée basée sur une volonté politique ferme avec
l’implication de tous les acteurs concernés, des secteurs publics, privé et non
gouvernemental, au niveau du pays dans son ensemble.
⮚ les reformes des politiques publiques visant la modernisation de l'Etat,
comme socle important dans la promotion des comportements appropriés, mais
également la promotion des dispositifs opérationnels de surveillance, de contrôle,
de suivi et d'évaluation permettant d'améliorer la redevabilité, la transparence
et l'intégrité dans la gouvernance des différents secteurs de l’Etat ;
⮚ la prise en compte du caractère inclusif de la lutte contre l’enrichissement
illicite.  ;
⮚ la promotion d'une culture d’intégrité basée sur la promotion des valeurs
éthiques à partir de l’éducation, la communication et la sensibilisation,
⮚ un mécanisme permanent de suivi et évaluation qui permet de prendre en
compte la dynamique du phénomène afin de capitaliser les expériences acquises
;
⮚ des organes de contrôle indépendants dotés de ressources suffisantes ;
⮚ la mise en place d’une stratégie de communication adaptée ;
Compte tenu de la complexité du phénomène, la présente étude pourrait être
complétée par une étude sociologique sur l’enrichissement illicite.

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BIBLIOGRAPHIE
OUVRAGES, REVUES

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▪ Loi n°2013-031 du 23 juillet 2013 portant approbation du code de
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▪ Loi n°2014-015 du 27 mai 2014 portant prévention et répression de
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▪ Ordonnance n°2015-032/P-RM du 23 septembre 2015 portant création de


l’Office Central de Lutte contre l’Enrichissement Illicite
▪ Décret n°2015-0719/P-RM du novembre 2015 portant organisation et
modalités de fonctionnement de l’Office Central de Lutte contre
l’Enrichissement Illicite
▪ Décret n°2015-0606/P-RM du 05 octobre 2015 fixant les modalités
d’application de la Loi n°2014-015 du 27 mai 2014 portant prévention et
répression de l’enrichissement illicite

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