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Université de Tunis Année universitaire 2019-2020 Semestre 2

Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis Enseignement de Psychopathologie 1


Département de psychologie par Meriem Mokdad Zmitri

1ère année de Licence Fondamentale de Psychologie

Unité d’enseignement : Psychologie clinique et Psychopathologie 1

Unité constituante : Introduction à la psychopathologie

PLAN DU COURS

Chapitre 1 :

Définitions-clés

Chapitre 2 :

Repères chronologiques / Survol historique et principaux fondateurs ayant marqué l’histoire de la


psychopathologie

Chapitre 3 :

Notion de structure : Que propose le modèle structural ?

Chapitre 4 :

Angoisses et Défenses, d’autres outils précieux pour la psychopathologie

Chapitre 5 :

Limites du modèle structural

Références bibliographiques du cours

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Département de psychologie par Meriem Mokdad Zmitri

Chapitre 1 :

Définitions-clés

Ce chapitre cherche à faire le tour de quelques définitions fondamentales en


psychopathologie. Il s’agit d’outils indispensables à la compréhension et à la réflexion à venir tout au
long de cet enseignement.

1/- Détour par l’étymologie :


L’objectif de cette partie est de démêler des concepts ayant en commun le préfixe « psy »
mais recouvrant des champs du savoir et de la science différents et distincts tout en gardant des
centres d’intérêt partagés car liés à la santé mentale.

Pour ce faire, nous allons passer en revue d’abord l’étymologie de chacun des concepts en
question.

1.1. Psychologie : psyché + logos veut dire : science de la psyché, mieux, des faits psychiques
de la pensée chez les êtres vivants chez qui existe une connaissance de leur propre existence.

1.2. Psychiatrie : psyché + iatros veut dire : médecine de la psyché. On y est formé après un
cursus d’études de médecine générale complété par un cursus de spécialisation pour devenir
médecin psychiatre, les soucis principaux de ce professionnel consistent en l’apport de diagnostics
précis des souffrances et troubles mentaux chez les patients qui consultent puis leur traitement. Le
psychiatre est le spécialiste de la prescription des traitements psychopharmacologiques mais pour
optimiser sa prise en charge des patients demandeurs d’aide, ce savoir-faire ne doit pas être son seul
moyen d’intervention. Souvent, une collaboration avec le psychologue est fortement souhaitée.

1.3. Psychologie clinique : Psyché + logos + kline veut dire : science de la psyché pratiquée au
pied ou à côté du lit. Car ce fut, en effet, le premier dispositif ou cadre de pratique de la psychologie
clinique : les premiers « cliniciens » prenaient en charge des personnes malades alitées qu’elles
venaient écouter auprès de leur lit en vue de les accompagner et soulager leur souffrance.

1.4. Psychanalyse : Psyché + Ana + Lyse veut dire : Division ou déconstruction ou encore
« démontage » de la psyché à travers un retour vers le passé. En 1923, Freud définit la psychanalyse
comme suit : « Psychanalyse est le nom : 1) d’un procédé d’investigation de processus psychiques,
qui sont à peine accessibles autrement ; 2) d’une méthode de traitement des troubles névrotiques,
qui se fonde sur cette investigation ; 3) d’une série de conceptions psychologiques, acquises par cette
voie, qui s’accroissent progressivement pour former une discipline scientifique nouvelle ».

1.5. Psychothérapie : Psyché + Thérapie veut dire soigner la psyché, en prendre soin. Les
psychothérapies sont ainsi des techniques thérapeutiques qui visent à agir sur des troubles mentaux
par des moyens psychologiques verbaux et/ou non verbaux. Très nombreuses, elles peuvent être

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schématiquement classées en : individuelles comme la cure psychanalytique type et collectives


comme la psychanalyse de groupe, de famille, le psychodrame de groupe…

1.6. Psychopathologie : Psyché + pathos + logos : Science de la souffrance de la psyché. De


nos jours, la psychopathologie est l’objet de définitions multiples dont le dénominateur commun est
à peu près le suivant : il s’agit de l’étude des troubles mentaux, des maladies mentales, du
fonctionnement mental anormal, soit encore de la psychologie des conduites pathologiques.

2/- Définitions :

2. 1. La psychologie clinique :
 Henri Piéron1, dans son Vocabulaire de la psychologie, propose en 1951 la définition suivante
de la psychologie clinique : « Science de la conduite humaine, fondée principalement sur
l’observation et l’analyse approfondie de cas individuels, aussi bien normaux que
pathologiques, et pouvant s’étendre à celle de groupes. Concrète dans sa base, et complétant
les méthodes expérimentales d’investigation, elle est susceptible de fonder des
généralisations valables. Une conception plus étroite la limite à une psychologie appliquée au
domaine médical ».

 Malgré quelques différences que nous explorerons ensuite, Daniel Lagache et Juliette Favez-
Boutonier envisagent tous deux la psychologie clinique comme l’expression de la «  tendance
humaniste et totalisante » de la psychologie. Elle est la science de la « conduite humaine
concrète », adaptée ou inadaptée, normale ou pathologique. La méthode clinique vise
l’interprétation compréhensive des conduites d’un sujet, dont elle établit « le sens, la
structure, la genèse ». Elle se présente comme l’étude approfondie, l’observation intensive,
l’exploration exhaustive, « l’investigation systématique et aussi complète que possible de cas
individuels… qui ne sont pas forcément médicaux  ». L’approche clinique se propose l’étude
d’ « un être humain concret et complet », de « l’individu complet et concret », envisagé tant
dans sa « singularité » que dans son « drame ». « Psychologie concrète », elle envisage
« l’homme en conflit… l’homme total en situation (Sartre, 1938) », c’est-à-dire « une
personnalité aux prises avec un certain entourage… un problème mal résolu, une situation-
problème ». Cet examen vise à rapporter « l’histoire d’un cas » à « l’ensemble de ses
conditions… (hérédité, maturation, conditions physiologiques et pathologiques, histoire de
vie ». En un mot, il se donne pour cadre « toute l’évolution » de la personnalité.
Favez-Boutonier définit la psychologie clinique comme étant : « l’étude d’une
personnalité singulière dans la totalité de sa situation et de son évolution  » ; il s’agit de
« l’approche contrôlée de l’homme par l’homme dans une situation d’implication
réciproque ». Cette psychanalyste défend une « psychologie générale clinique » qu’elle veut
encore plus indépendante du modèle médical. Elle insiste sur l’importance du thème de
l’intersubjectivité en ouvrant la psychologie clinique à d’autres domaines moins marqués par
la pathologie (éducation, petits groupes, orientation). A la « clinique armée » de Daniel

1
Henri Piéron : psychologue français (1881 – 1964). Ses recherches, qui tendent à faire de la psychologie une
science objective, portent essentiellement sur les perceptions et les mécanismes psychophysiologiques. En
collaboration avec d’autres auteurs, il a publié un important Traité de psychologie appliquée (1949-1959).

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Lagache, elle préfère la conception plus souple de « clinique aux mains nues », sorte de
« psychologie de la vie quotidienne », dira plus tard Colette Chiland2 (1983).

 Didier Anzieu3 (1979, 1982), lui, s’est intéressé aux relations entre la psychologie clinique et
la psychanalyse ; cette approche est d’ailleurs très caractéristique de l’école française.
D’après cet auteur, la référence psychanalytique est en effet dominante mais pas exclusive
en psychologie clinique. Cette dernière met, selon lui, l’accent sur le double aspect adaptatif
et interrelationnel, et peut en fin de compte s’envisager comme une forme particulière de
psychanalyse appliquée. De cette façon, elle se présente aussi bien comme « une psychologie
individuelle et sociale, normale et pathologique ».

2. 2. La psychanalyse :
 En 1923, Freud définit la psychanalyse comme suit : « Psychanalyse est le nom  : 1) d’un
procédé d’investigation de processus psychiques, qui sont à peine accessibles autrement  ; 2)
d’une méthode de traitement des troubles névrotiques, qui se fonde sur cette investigation  ;
3) d’une série de conceptions psychologiques, acquises par cette voie, qui s’accroissent
progressivement pour former une discipline scientifique nouvelle ».

 Le psychanalyste, selon Maurice Reuchlin (1957), « pour trouver l’idée refoulée, (…) devra
vaincre la résistance qui veille à la porte de la sphère consciente. Il pourra, pour y parvenir,
interpréter habilement ce que dit le malade lorsqu’on lui demande de formuler librement
toutes ses pensées  ; il pourra interpréter ses rêves, ses actes «  involontaires  » de la vie
quotidienne (...) Ces techniques nouvelles (…) conduisent le psychanalyste, avec une
surprenante régularité, à des expériences émotionnelles liées à la sexualité enfantine, qui
constituerait donc la source principale des troubles ultérieurs ».

2. 3. La psychopathologie :
De nos jours, la psychopathologie est l’objet de définitions multiples dont le dénominateur
commun est à peu près le suivant : il s’agit de l’étude des troubles mentaux, des maladies mentales,
du fonctionnement mental anormal, soit encore de la psychologie des conduites pathologiques. Elle
envisage les phénomènes de l’activité psychique morbide du point de vue de leur description, de leur
classification, de leurs mécanismes et de leur évolution.

Remarque :

 Une distinction est à faire entre « psychopathologie » et « psychologie pathologique » : si la


première se rapporte à l’étude des troubles mentaux, la seconde a été créée en 1880 par
Théodule Ribot (1839-1916) pour désigner une psychologie des fonctions normales fondée
sur l’observation des phénomènes pathologiques. Pierre Janet (1859-1947), par exemple, n’y
adhère pas et utilise « psychologie pathologique » dans le sens actuel de la
psychopathologie.

2
Colette Chiland : Professeur de psychologie clinique à l’université René Descartes à Paris et psychiatre au
centre Alfred Binet.
3
Didier Anzieu : fut professeur émérite à l’université de Paris X-Nanterre et membre de l’Association
psychanalytique de France. Ce fut l’auteur de plusieurs ouvrages, notamment de l’Auto-analyse de Freud.

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Une autre définition possible de la psychopathologie, plus actuelle, est proposée par Alain
Ferrant (2007). L’auteur avance que : « La psychopathologie peut être définie comme une approche
visant une compréhension raisonnée de la souffrance psychique »

Nous pointerons quelques points de la définition intéressants à débattre :

 Compréhension : Ce terme est intéressant du fait qu’il recouvre et associe deux importantes
dimensions en psychopathologie : celle de « contenir » et celle de « s’identifier ».

Contenir consiste à saisir un ensemble d’éléments dont une lecture avisée produit du sens, contenir
consiste à écouter et à donner un sens au discours, aux symptômes et à la souffrance du sujet. La
psychopathologie est, en ce sens, un système, c’est-à-dire un ensemble suffisamment cohérent.
Cette cohérence n’exclut, en aucun cas, que des modifications puissent transformer telle ou telle
zone du système.

 Raisonnée : Cet adjectif introduit l’idée, ébauchée plus haut, de l’existence fondamentale, en
psychopathologie, d’un référentiel théorique multiple, d’un certain nombre d’hypothèses et de choix
méthodologiques. On peut considérer que la psychopathologie va au-delà de la clinique aussi dans ce
sens où elle se soucie de la transmissibilité des résultats et des connaissances tributaires d’une
méthodologie rigoureuse…

Pour conclure, il est important de préciser que la notion de pathologie mentale s’est
assouplie quelque part : on parle plus de trouble que de maladie pour ne pas insinuer un caractère
chronique à la pathologie mentale ; la médication des troubles a beaucoup évolué et appelle à
constamment réviser le diagnostic ; on est porté vers la représentation d’une santé mentale où
l’intégration en société, les relations et la réussite professionnelle prennent de plus en plus de part
d’impact… Enrique Pichon Rivière, psychanalyste argentin a, par exemple, dès les années 60 appelé
à prendre conscience de la grande importance du groupe et de la famille en rapport avec la maladie
mentale. Ce denier pointera alors, dans la pathologie mentale, l’existence d’un « pathorythme »
pour souligner « la présence d’alternances entre des moments pathologiques, tels que des inhibitions
et des accélérations, des rythmes lents, des décharges massives et des moments moins contrastés,
plus constants », c’est ainsi qu’une “maladie mentale” n’est plus synonyme d’une condamnation à
vie et que plusieurs approches que nous découvrirons un peu plus loin proposent aujourd’hui
différentes manières de la traiter.

2. 4. Mini-glossaire de psychopathologie :

-Le normal et le pathologique :


Les notions de normal et de pathologique peuvent être approchées généralement selon deux
perspectives : statistique et fonctionnelle. La première des deux à trait à la norme statistique : serait
donc normal ce qui est le plus répandu statistiquement et anormal ce qui s’éloigne de la norme.
Néanmoins, Il y a une distinction à faire entre « pathologique » et « anormal » : pathologique
signifie l’état de ce qui est morbide, ce qui provoque la souffrance de l’individu. L’anormal est ce qui

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dévie considérablement de la moyenne statistique et n’est pas forcément pathologique. Les enfants
surdoués par exemple sont anormaux mais n’en souffrent pas (à part les cas avec désadaptation
sociale ou autre…). La normalité fonctionnelle considère quant à elle que tant que la personne reste
sociable et qu’elle se maintient en équilibre, elle peut être considérée comme normale. C’est le cas
de la psychanalyse pour laquelle est normal le « normalo-névrosé » et c’est la psychose, dans sa
rupture avec la réalité, qui désigne le pathologique, du moins pour Freud peu favorable aux essais de
traitement de la psychose par la psychanalyse.

-Etiologie :
L’étiologie désigne l’étude des causes. En psychopathologie, la question est épineuse
(problématique) en raison de la multitude et de l’intrication des causes. On trouve le plus souvent,
par exemple, des causes à la fois psychiques et neurophysiologiques, comme dans le cas de la
schizophrénie ou de la psychose maniaco-dépressive. Le clinicien a donc, intérêt à se montrer
prudent et modeste dans la détermination des causes.

-Nosologie :
La nosologie est l’étude des maladies en vue de leur classification méthodique. Il est intéressant de
se pencher sur ce qui est spécifique, distinctif et particulier à chaque pathologie, constituant à côté
d’une approche clinique singulière et individualisée, une aide précieuse au diagnostic.

-Symptôme :
Si en médecine, le symptôme désigne un phénomène observable lié à un état, il signifie en
psychopathologie : 1. une manifestation produite par un sujet et 2. Une non négligeable tentative de
guérison. Le symptôme a également une double valeur dans la compréhension des processus
psychiques : descriptive et dynamique. Du point de vue descriptif, le symptôme est un signe
spécifique (exemples : délire, hallucination, rituel, un comportement particulier) constituant un des
éléments nécessaires à la formulation d’un diagnostic. Ce point de vue caractérise des types de
classement tels que le DSM-IV ou la CIM-10 (Classisfication Internationale des Maladies). D’un point
de vue dynamique, le symptôme possède un sens pour le sujet. Il n’est pas isolable mais doit être
considéré au sein d’un ensemble. Dans « Etudes sur l’hystérie », Freud met l’accent sur le fait que le
symptôme est avant tout une tentative de guérison, une solution de compromis entre désir et
défense. Le symptôme est donc important car il exprime un conflit psychique en même temps qu’il
essaie de construire une solution. De ce point de vue, le symptôme est toujours une production
spécifique à un sujet, prenant sens dans une histoire singulière et possédant un ensemble de
significations que le clinicien doit s’efforcer d’éclairer.

On retiendra que le clinicien, dans son approche singulière de la symptomatologie, se doit de


continuer à tenir compte des éléments repérés par l’observation.

-Diagnostic :
Le diagnostic est la détermination d’un trouble d’après ses symptômes, modalités défensives et
angoisse.

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Une triple mise en garde est à prendre en considération dans la démarche diagnostique :

La lecture des seuls symptômes pour constituer un diagnostic est insuffisante. Le clinicien doit
rechercher d’autres éléments tels que : le système défensif, le type d’angoisse… que le sujet se
construit.

Un sujet ne se réduit pas à un diagnostic ! Il est vrai, comme nous l’avons déjà précisé, que le
repérage des caractéristiques pathologiques communes est utile, néanmoins, le clinicien doit être
toujours soucieux de replacer le sujet souffrant dans son histoire singulière, en portant son attention
sur le fait que la souffrance a toujours une histoire et qu’elle surgit dans un contexte spécifique.

Un diagnostic varie souvent en fonction du temps et de ceux qui le posent ! Il est donc impératif
d’être prudent en ce qui concerne l’utilisation des diagnostics. Que ce soit chez l’enfant, l’adolescent
ou l’adulte, un diagnostic n’est jamais définitif. Il est par définition modifiable, transformable au
cours du temps et, loin d’invalider l’utilité du diagnostic, ces variations doivent, au contraire,
l’enrichir car il est question souvent de la révélation de différents aspects de la psyché du patient.

-Pronostic :
Le pronostic est médicalement une évaluation portée sur la durée, le déroulement et l’issue de la
maladie. Un pronostic peut être, a priori, optimiste ou sombre. Mais, lé aussi, la prudence s’impose
dans le domaine spécifique de la psychopathologie clinique car on ne peut pas, compte tenu de la
complexité de la vie psychique et des effets possibles de telle ou telle rencontre enrichissante ou au
contraire catastrophique, proposer un pronostic de façon certaine.

-Anamnèse :
Il s’agit de l’ensemble des informations susceptibles d’être recueillies par le médecin ou le
psychologue auprès du sujet et de son entourage pour connaître l’histoire de sa maladie.

-Bilan psychologique :
Le psychologue clinicien rencontre généralement un individu dans le cadre d’un examen
psychologique demandé par cet individu même ou par une tierce personne pour lui. Le praticien
choisit alors différents modes d’approche de la personnalité du sujet examiné allant de l’écoute, de
l’observation aux diverses méthodes d’évaluation en passant par des entretiens. Il met ainsi sur pied
un dispositif diagnostique pour recueillir des données qui vont constituer le contenu du bilan
psychologique.

Il s’agit de l’ensemble des données recueillies par le psychologue tout au long des étapes, à savoir :

- Les données anamnestiques provenant de la demande comme des entretiens avec le sujet à
examiner et/ou avec son entourage propre,
- Les données fournies par l’observation du comportement des interlocuteurs lors des
entretiens comme lors de la situation d’examen clinique,
- Les réponses explicites du sujet testé ainsi que les échanges implicites du trio test-testeur-
testé lors de la phase d’évaluation,

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- Les attentes plus ou moins inconscientes de tous les partenaires de ce bilan y compris celles
du testeur lui-même.

-Complexe :
Dans l’usage populaire, on a tendance à assimiler le terme « complexe » à un phénomène
pathologique. Dans l’usage scientifique et notamment grâce à la psychanalyse, ceci n’est pas vrai. Le
complexe est plutôt un ensemble de représentations partiellement ou totalement inconscientes,
pourvues d’une puissance affective et ce, car le complexe recouvre une combinaison de traits
personnels, de désirs, d’émotions, de sentiments, d’attitudes affectives contradictoires… C’est un
tout qui organise la personnalité de chacun et oriente ses actions. Les complexes se forment dès les
premières années de la vie, ils ne sont donc pas pathologiques mais peuvent devenir problématiques
s’ils ne se résolvent pas normalement. Dans ce cas, ils peuvent entraîner des troubles caractériels
chez l’enfant et se prolonger par des désordres nerveux chez l’adulte.

-Complexe d’Œdipe :
Ce complexe est nommé d’après la mythique histoire grecque d’Œdipe qui a tué son père et épousé
sa mère sans savoir qu’ils étaient ses parents. Selon Freud, le complexe d’Œdipe est un phénomène
universel désignant l’ensemble d’idées et de sentiments largement inconscients pouvant être
récapitulés en deux tendances interdépendantes : amour pour le parent de sexe opposé et hostilité
pour le parent de même sexe. Ce complexe constitue une étape normale dans la croissance
psychologique de l’enfant. Vers l’âge de quatre à cinq ans, le garçon se prend d’un vif amour pour sa
mère et, dans le même moment, éprouve de l’agressivité à l’égard de son père, en qui il voit un rival
heureux dont il admire et envie la puissance et les qualités. Ce conflit intérieur et la tension qui en
résulte se résolvent, normalement, par le refoulement des tendances sexuelles, jusqu’à la puberté, et
l’identification au père : cela veut dire que, comme celui-ci, le jeune garçon apprendra à devenir viril
et moins dépendant à l’égard de sa mère. Chez la fillette, on observe une situation symétrique
communément désignée par le terme « Complexe d’oedipe de » ou « chez la fille » ou « Complexe
d’Electre ».

-Mécanismes de défense :
Ce sont des mécanismes psychologiques dont la personne dispose pour diminuer l’angoisse née des
conflits intérieurs. Dans la vie quotidienne, ces défenses jouent plus ou moins consciemment. Il
existe un grand nombre de mécanismes susceptibles de « protéger » le moi contre les exigences des
instincts et de réduire les tensions. Mais tous n’ont pas la même valeur adaptative.

-Transfert et contre-transfert :
Dans un sens général, le terme « transfert » décrit l’attitude affective du patient envers son analyste.
Ce processus permet au patient de déplacer, sur son analyste, des sentiments, des idées, etc. qui

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proviennent de personnes jadis importantes dans sa vie, par lequel il établit une relation à son
analyste comme s’il était quelque objet ancien dans sa vie (la mère par exemple).

Par ailleurs, tout transfert est constitué simultanément d’éléments positifs et négatifs. Freud a
justement distingué un transfert positif, se composant de sentiments amicaux et tendres conscients,
et d’autres dont les prolongements se trouvent dans l’inconscient et qui se révèlent avoir
constamment un fondement érotique. Le transfert positif, par la mise en confiance du patient, lui
permet de parler plus facilement de choses difficilement abordables dans un autre contexte.

A l’opposé, le transfert négatif concerne l’agressivité vis-à-vis de l’analyste, la méfiance, etc.

L’accompagnement obligé du transfert est le contre-transfert de l’analyste, entendu comme la


somme d’affects suscités en lui par son patient. Il conviendrait que l’analyste soit à même de
l’analyser pour éviter qu’il ne vienne empêcher le fonctionnement de l’analyse en détournant
l’analyste d’une position correcte.

Chapitre 2 :

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Repères chronologiques/Survol historique et principaux fondateurs

ayant marqué l’histoire de la psychopathologie

1. L’antiquité :

Hippocrate a vécu dans la Grèce antique. Il parle déjà à l’époque de : manie et mélancolie, de
phobie, d’hystérie, d’épilepsie et conçoit une théorie humorale autour de quatre humeurs.

L'école hippocratique a été influencée par la théorie des quatre éléments qui postule que
toute matière est constituée d’un mélange de quatre éléments primordiaux, à savoir l' Eau, la Terre,
l'Air, le Feu. En reprenant une vieille conception grecque qui établissait une correspondance entre
corps humain et univers se représentant le corps humain comme étant le reflet en miniature de
l'univers, Hippocrate professait que le corps humain était constitué de quatre humeurs qui sont la
transposition organique de chacun des éléments fondamentaux. Selon cette conception, connue sous
le nom de Théorie des humeurs les maladies étaient la conséquence d'un déséquilibre interne de
l’organisme entre les quatre humeurs, des fluides qui sont naturellement en proportion égale lorsque
l’état de santé est bon (pepsis). Selon cette école de pensée, lorsque les quatre humeurs, le sang, la
lymphe (ou phlegme), la bile jaune et l'atrabile (ou bile noire) ne sont pas en état d’équilibre
(dyscrasie qui signifie «mauvais mélange») une personne devient malade et le reste jusqu'à ce que
l'équilibre ait été quelque peu rétabli. Trop de flegme dans le corps, par exemple, provoquait des
troubles pulmonaires et l'organisme tentait de tousser et de cracher le phlegme pour rétablir
l’équilibre. La méthode thérapeutique d’Hippocrate avait pour but de rétablir cet équilibre. Par
exemple en utilisant le citron dont on pensait qu’il était bénéfique lorsque le flegme (la lymphe) était
surabondant, ou encore en recommandant la saignée ou bien les sangsues pour éliminer le sang en
excès, localement ou dans tout l’organisme.

A cette même époque de l’antiquité, Hérodote en parlant de paraphrénie, Platon, Aristote,


Eschyle, Socrate et Euripide, en citant la paranoïa ont aussi marqué l’histoire de la
psychopathologie. Voilà comment :

- La paraphrénie, mot formulé pour la première fois par Hérodote, historien et anthropologue ayant
connu une bonne partie du monde de son époque.

- La paranoïa, mot utilisé la première fois par Eschyle, soldat et poète tragique, pour décrire la
relation existant entre Oedipe et sa mère.

- La manie et la mélancolie, mots utilisés par Hippocrate. La manie est le premier mot générique
pour désigner la folie. La mélancolie lui est liée. Mélancolie veut dire littéralement : humeur noire.

Les quatre précédents termes constituaient ainsi la nosographie fondamentale. De même


qu’Eschyle a utilisé « paranoïa » pour désigner l’union entre Oedipe et Jocaste, sa mère, auparavant,
Hérodote a utilisé paraphrénie pour désigner un roi conquérant qui, dans sa colère contre les

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vaincus, se laissait aller à détruire leurs dieux, assimilés aux représentations qu’ils en avaient, c'est-à-
dire, à leurs statues.

Euripide emploie paranoïa pour désigner le drame d’Oreste, prince qui tue sa mère.

Une convergence se dessine ainsi entre les rapports érotiques, le meurtre et la folie.
D’ailleurs, Jocaste se tue, Oedipe se rend aveugle, Oreste devient fou. La description de la folie
d’Oreste est probablement la première description d’un état délirant et hallucinatoire.

Les personnages qui incarnent la manie et la mélancolie sont Médée et Héraclès : Médée est
maniaque, elle tue ses enfants en sachant qu’elle le fait, pour se venger de l’homme

qu’elle aime et qui lui est devenu infidèle, qui l’abandonne et qui essaie de la convaincre qu’il

le fait pour son bien, à elle, et pour le bien de leurs enfants. Héraclès aussi tue, à son tour, ses
enfants, mais, lui, par mégarde, dans une crise de colère, aveuglé, sans savoir ce qu’il fait.

Voilà des exemples de tragédies antiques qui ont inspiré différents penseurs et les ont fait
pencher tôt sur les faits psychopathologiques. Hippocrate disait : « Si la tristesse est trop forte et
dure longtemps, c’est de la mélancolie ».

On en retient, pour synthétiser, que, dans l’antiquité :

1 - Les notions d’intensité et de durée étaient essentielles du moment que :

-La manie est une excitation trop intense et qui dure longtemps.

-La paranoïa est une méconnaissance trop importante et qui perdure.

-La paraphrénie est un trouble persistant et violent.

2 - Lors de la naissance de la psychologie et de la psychopathologie, il n’y avait pas de différences


importantes et bien établies entre la philosophie, la poésie, la mythologie et les faits réels de
société.

3 – Ce qui caractérise également la psychopathologie antique romaine c’est la double détermination


des troubles aussi bien mentaux, affectifs et sexuels qu’organiques : l’âme et le corps.

2. La psychopathologie au Moyen-âge

Héritée de l’ancienne tradition hébraïque, elle-même héritière de la Mésopotamie, de


l’Assyrie, la psychopathologie médiévale fait beaucoup référence à la démonologie, aux sorcières, à
la possession et au diable.

Les principaux noms de cette période sont : Avicenne, Averroès, Saint Thomas d’Aquin et
Saint Augustin qui a écrit des « Confessions ».

Il faut également signaler l’importance du rôle joué par des penseurs arabes dans la
transmission et l’appropriation de la culture grecque.

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3. La renaissance

Entre la Renaissance et la Révolution Française, la psychopathologie a commencé à


abandonner ses attaches à la démonologie.

Les principaux noms ayant marqué cette période sont : Du Laurens, Erasme, Ambroise Paré.

Cette période est marquée par un retour à l’ancienne connexion qu’avait la psychopathologie
avec la philosophie, l’art et les lettres. Le poète revient sur le devant de la scène. Les exemples de
Shakespeare avec Hamlet et de Cervantès avec Don Quichotte montrent un retour de l’intérêt des
poètes pour la description fine et détaillée des états d’âme et de folie.

4. La psychopathologie classique

La révolution française en santé mentale se caractérise par une nouvelle organisation de la


prise en charge des populations errantes, abandonnées à elles-mêmes. A l’époque, se posait déjà le
problème des SDF (Sans Domicile Fixe) et de la confusion entre eux et les aliénés.

5. La modernité

Cette période connaît l’ambition de la psychopathologie à gagner un statut de plus en plus


scientifique. Le 19ème siècle est celui de l’aliénisme : la psychiatrie n’existe pas encore mais la
psychologie existe depuis au moins Aristote.

Philippe Pinel écrit le Traité médico-philosophique sur l’aliénation ou la manie. La médecine


est à l’époque inconcevable sans la philosophie. L’ancien mot de manie réapparaît et l’importance
des ancêtres grecs pour la nouvelle discipline est totalement reconnue.

Repères/Dates-clés de l’histoire de la psychopathologie au cours des

18ème/ 19ème et 20ième siècles

1745-1826

Chez un auteur comme Pinel4, existe déjà la trace de la notion de psychopathologie sous une forme
encore fruste et imprécise.

1783

Le terme « psychopathologie » apparaît « officiellement » en Allemagne dans «  Magazine pour la


connaissance expérimentale de l’âme  » rédigé par un certain Moritz.

1802

Apparition du terme « psychiatre » (composé de « psyché » et « iatros » : médecin de l’âme).

4
Philippe Pinel : médecin français (1745-1826), influencé par les idées humanitaires de son époque, il fut le
premier à traiter les « fous » comme des malades et substitua aux brutalités un régime de bonté compréhensive.
Il a publié plusieurs ouvrages, dont un Traité médico-philosophique sur l’aliénation mentale ou manie (1801).

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1842

Apparition du mot « psychiatrie » à partir de « psychiatre ».

1878

Le terme « psychopathologie » est retrouvé en Allemagne sous la plume d’Ebbinghaus 5 après une
certaine extinction.

1880

Théodule Ribot6 crée une discipline qu’il intitule « psychologie pathologique » et qu’il différencie
nettement de la psychopathologie.

1893-1905

Période conventionnellement retenue pour dater la création progressive de la psychanalyse par


Sigmund Freud7.

1894

Le terme « psychopathologie » s’installe un peu plus tard dans l’usage français

grâce à Pierre Janet8.

1896

Pour la première fois, Freud utilise le mot « psychanalyse ».

Après la seconde guerre mondiale (1939-1945)

Naissance plus tardive de la psychologie clinique et son expansion en Allemagne,

aux Etats-Unis et en France.

1949

5
Hermann Ebbinghaus : psychologue allemand (1850-1909) surtout connu pour ses recherches en psychologie
expérimentale portant sur les conditions de l’apprentissage et de la mémoire. Sur ses travaux, reposent la plupart
des théories modernes de l’apprentissage.
6
Théodule Ribot : (1839-1916) philosophe et psychologue français.
7
Sigmund Freud : neurologue autrichien, fondateur de la psychanalyse (Freiberg, Moravie, aujourd’hui
Tchécoslovaquie, 1856 – Londres 1939). Freud s’intéresse d’abord à l’hystérie, il étudie les rêves, en démontre
les mécanismes principaux, élabore les notions de censure, de refoulement, de libido, d’inconscient, préparant
par phases successives une nouvelle psychologie, connue sous le terme de psychanalyse.
8
Pierre Janet : psychologue français (Paris 1859 – Paris 1947), agrégé de philosophie (1882), docteur ès lettres
(1889) et docteur en médecine (1893). P. Janet dirigea le laboratoire de psychologie à la Salpêtrière et professa à
la Sorbonne et au Collège de France (1895). Parmi ses nombreux ouvrages, citons : L’Autonomie psychologique
(1889), De l’angoisse à l’extase (1926-1928), La force et la faiblesse psychologiques (1932).

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En France, paraît un petit ouvrage intitulé « L’unité de la psychologie » de Daniel Lagache9. Cet
ouvrage se présente comme un véritable manifeste de la nouvelle discipline qu’est la psychologie
clinique. Une conception éclectique et une forte influence de la psychanalyse sont caractéristiques
du modèle français.

1959

Grâce à Juliette Favez-Boutonier10, création à Paris du premier laboratoire de psychologie clinique


lequel est appelé en 1968 « Laboratoire de psychologie individuelle et sociale ».

D’autres noms et orientations ont marqué cette période d’affirmation de la psychopathologie,


nous en citons quelques exemples :

- Emil Kraepelin, psychiatre allemande né en 1856 et décédé en 1926.


Les noms de Kretschmer (1888-1964) et de Scheldon marquent cette orientation de la
psychopathologie qui est celle des Typologies morphologiques. Il s’agit d’une approche qui cherche
à établir un portrait « psychologique » de la personne à partir de sa forme et de son physique.

Kretschmer parle par exemple du type Léptosome : mince et longiligne et plutôt discret et
introverti opposé au type Pycnique plutôt rond et large, supposé plus sociable et extraverti.

Dans les années 40, Sheldon a aussi décrit trois types corporels, ou somatotypes. Il
distingue :

- L’endomorphe caractérisé par un grand développement du système digestif, en particulier


l'estomac. Ces sujets auraient une certaine tendance à la corpulence, avec un corps mou et
des muscles peu développés; cela correspond au tempérament viscérotonique, qui cherche
le confort et le luxe, aime manger, tolérant, sociable, jovial, de bonne humeur, de type
extraverti.
- Le mésomorphe correspond à un grand développement de la musculature et du système
circulatoire. Il est corrélé au tempérament somatotonique, courageux, énergique, actif,
dynamique, autoritaire, agressif, preneur de risque.
- L’ectomorphe enfin correspond à un grand développement du système nerveux et du
cerveau et à une tendance à être mince, élancé. Il est corrélé au tempérament
cérébrotonique, sensible, timide, introverti, qui a des goûts artistiques développés. Il préfère
l'intimité à la foule et se montre souvent inhibé.

La révolution freudienne :

La découverte de la psychanalyse par Freud a été révolutionnaire par sa reconnaissance de


l’Inconscient, de la sexualité infantile… L’essentiel n’est alors ni l’étiologie, ni le tableau
nosographique, ni le pronostic, mais le mode de travail, la métapsychologie (triple approche :
économique, dynamique et topique). Freud a instauré l’importance du rêve et de la

9
Daniel Lagache : (1903-1972) psychologue français. Agrégé de philosophie (1928) et docteur en médecine
(1934).
10
Juliette Favez-Boutonier : (1903-1994) psychanalyste française.

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psychopathologie de la vie quotidienne. Freud réintègre d’ailleurs également l’ancienne


psychopathologie et l’ancienne thérapie par la parole.

6. Les tendances en psychopathologie actuelle :

Nous pouvons résumer, brièvement et très schématiquement, les tendances actuelles en


psychopathologie, en deux tendances générales :

- La psychopathologie psychanalytique, inaugurée par Freud et constamment redéfinie,


essentiellement basée sur la notion de travail psychique et appuyée sur une anthropologie clinique.

- Le DSM (Diagnostic and Statistical Manual) établi aux Etats-Unis, qui se veut « athéorique »,
abandonne les grands tableaux nosographiques et se concentre sur la notion de troubles.

Important à retenir en matière d’historique :


 Primauté de la psychopathologie sur la psychologie clinique et la psychanalyse.
 La psychopathologie est à la fois le précurseur et le donateur le plus ancien de la psychologie
clinique qui a ensuite subi les effets d’une mutation radicale sous l’influence de la
psychanalyse.
 En Allemagne et aux Etats-Unis, la psychanalyse orthodoxe semble avoir beaucoup moins de
vigueur et de prestige qu’elle n’en conserve encore en France. Pourtant, la France est l’un
des pays où la psychanalyse s’est implantée de façon plutôt difficile et tardive. En effet, il
existe en Allemagne et aux Etats-Unis une psychologie clinique nettement plus
comportementaliste et beaucoup moins liée à la psychanalyse que la psychologie clinique
française. Ce modèle anglo-saxon paraît très bien implanté en Allemagne mais aussi en
Belgique. De son côté, le modèle français de la psychologie clinique a étendu son influence
dans un certain nombre de pays méditerranéens.

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Chapitre 3 :

Notion de structure

Que propose le modèle structural ?

Nous avons maintenant compris que dans son histoire, la psychopathologie s’est beaucoup
inspirée de la psychanalyse. Cette dernière est marquée par le modèle structural qui distingue  : les
structures : névrotique et psychotique et les astructurations (états limites).

1. Le modèle structural :

Dans son livre « Nouvelles Conférences sur la Psychanalyse » (1933), Freud explique que si
nous laissons tomber sur le sol un bloc de cristal, il se brise mais pas de façon quelconque ; les
cassures bien qu’invisibles extérieurement jusque-là sont déjà déterminées de façon originale et
immuable par le mode de structure préalable du cristal.

Il utilise cette métaphore du cristal pour construire une analogie avec la structure psychique.
Il pense que, peu à peu, à partir de la naissance (et même avant), en fonction de l’hérédité mais
surtout du mode de relation aux parents dès les tout premiers moments de la vie, des frustrations,
des traumatismes et des conflits rencontrés, en fonction aussi des mécanismes de défense, le
psychisme individuel s’organise, se cristallise, tout comme le cristal minéral, avec des lignes de
clivage ne pouvant plus varier par la suite.

Bergeret (1986) reprend à son compte ce modèle structural. Il considère qu’on peut parler
d’une véritable structure stable du psychisme dont les deux modèles sont représentés par la
structure névrotique et la structure psychotique. Ces structures ne signifient pas des états
pathologiques. Tant qu’un sujet répondant à l’une ou l’autre structure n’est pas soumis à de trop
fortes épreuves intérieures ou extérieures, à des traumatismes affectifs, à des frustrations ou des
conflits trop intenses, il ne sera pas «malade». Le « cristal » tiendra bon. Si à la suite d’un événement
quelconque, le « cristal vient à se briser », il y a décompensation, c’est-à dire entrée dans la
pathologie. Là, le sujet de structure névrotique développera une névrose et le sujet de structure
psychotique une psychose. Un sujet névrotique correctement traité et soigné se retrouvera en
bonne santé en tant que structure névrotique compensée. Un sujet psychotique se retrouvera en
tant que structure psychotique compensée.

Dans cette perspective, la stabilité des structures implique une impossibilité de passer de la
structure névrotique à la structure psychotique à partir du moment où le Moi est organisé dans un
sens ou dans l’autre. C’est ainsi que la connaissance de la structure est un outil supplémentaire que
la psychopathologie utilise pour comprendre et traiter les états de décompensation (de maladie).
Bergeret écrit, dans ce sens, « les deux termes de névrose ou de psychose s’emploient également de
façon habituelle pour désigner une maladie, c’est à dire l’état de décompensation visible auquel est
arrivée une structure par la suite d’une inadaptation de l’organisation profonde et fixe du sujet à des
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circonstances nouvelles, intérieures, devenues plus puissantes que les moyens de défense dont il
dispose ».

2. Les deux structures du modèle structural : la névrotique et la psychotique :

Voici, récapitulées au sein du tableau qui suit, les caractéristiques de chacune de ces deux
structures :

Structure névrotique Structure psychotique

- La structure névrotique se caractérise par un - La structure psychotique se caractérise par un


mode d’organisation de la psyché autour du mode d’organisation où il y a échec de
génital et de l’Œdipe et donc, la reconnaissance l’organisation œdipienne. Les différences des
des différences des sexes et des générations. sexes et des générations n’organisent pas le
fonctionnement psychique.
- L’angoisse est surtout une angoisse de
castration. - L’angoisse est relative à l’anéantissement, le
morcellement…
- Les défenses s’organisent autour du
refoulement et ses effets. - Les défenses sont radicales et extrêmes, de
l’ordre du clivage et du déni.
- Il n’y a pas de cassure dans la psyché : ce qui a
été refoulé est conservé dans l’inconscient et - Il existe une « cassure » au sein de la psyché :
revient dans les rêves, les lapsus et les le refoulement de la structure névrotique n’est
symptômes pas envisageable dans la structure psychotique
car le sujet « ne supporte pas de garder en lui ce
- Cette organisation conserve un rôle efficace qui lui est pénible et cherche à l’expulser au
respectant la réalité. dehors.

- Voilà pourquoi le sujet développe un sentiment


d’étrangeté et court le risque de perdre une
partie de la réalité.

3. La catégorie des astructurations (ou aménagement état limite) :

En psychopathologie, il n’existe alors pas que la structure névrotique et psychotique. Une


autre organisation est décrite comme occupant une place intermédiaire entre la structure névrotique
et psychotique, il s’agit de l’organisation « état-limite ». La position intermédiaire veut dire ici
situation nosologique proche de l’une ou des deux autres structures tout en demeurant spécifique.
Elle se présente comme une organisation plus fragile que les deux autres structures et non comme
fixe et irréversible.
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Dans cette « astructuration », l’Oedipe ne se présente pas sous une forme bien différenciée,
il n’y pas vraiment de reconnaissance des différences des sexes et des générations mais une
distinction globale entre petits et grands, forts et faibles… ce qui est insuffisant pour que les
différences des sexes et des générations puissent se montrer pleinement organisatrices du
fonctionnement psychique. C’est un registre narcissique où les angoisses sont des angoisses de perte
et de séparation et les défenses sont le déni, le clivage et l’étayage car le Surmoi n’est pas
complètement constitué.

En conclusion, n’oublions pas de distinguer Structure et Forme de décompensation. Un sujet


de structure névrotique ne présente pas forcément une pathologie névrotique et un sujet de
structure psychotique ne présente pas forcément une pathologie psychotique.

Tant que le sujet ne rencontre pas une situation qui dépasse ses modalités de défense, il ne
« décompense » pas.
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Chapitre 4 :

Angoisses et Défenses,

D’autres outils précieux pour la psychopathologie

I. L’Angoisse :
1. Introduction :

L’angoisse, comme la souffrance, accompagne normalement la vie humaine. L’angoisse n’est


donc pas un symptôme en soi. Celle-ci est même le signe d’une « suffisante » santé psychique
lorsqu’on a la capacité de la ressentir et de la supporter sans se désorganiser et sans chercher à tout
prix à la supprimer.

L’angoisse montre les effets du travail psychique lorsque le sujet est confronté à des situations
du quotidien : examen, demande de travail, deuil… C’est, en plus, très utile à la vie psychique. Elle
possède une fonction d’alerte qui prévient les éventuelles situations de danger.

Il est utile, en introduction, de différencier : peur, effroi et angoisse :

- La peur est éprouvée face à un objet réel, objectif, et elle déclenche une série de processus
physiologiques qui lui permettront de se battre ou de fuir.
- L’effroi est éprouvé devant un danger objectif mais le sujet est paralysé et impuissant. C’est
la peur à son degré maximal, invalidant.
- L’angoisse est, quant à elle, éprouvée face à un danger interne.
C’est ainsi que si l’on voulait décrire objectivement toutes les expressions d’angoisses, on risque
de rencontrer autant de formes subjectives d’angoisses que de sujets angoissés.

Freud avance que l’angoisse est une réactivation : quelque chose s’est produit, avant et
ailleurs, et le sujet est angoissé à l’idée de la réactualisation de cette expérience.

Toute réflexion psychopathologique rencontre alors inévitablement le problème de la nature


transnosographique de l’angoisse (pouvant être présente dans différents tableaux cliniques)

Dans ce qui suit, le cours se contentera d’une initiation à la compréhension des types ou
formes d’angoisse rencontrées en clinique adulte afin qu’une idée puisse être faite de
l’importance de cette « clé » en psychopathologie.
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2. Les différentes formes de l’angoisse :


Les angoisses peuvent être regroupées selon trois grandes orientations :

- Angoisses primitives
- Angoisses de différenciation/séparation
- Angoisses liées à la différence des sexes

On remarquera que cette classification n’est pas parfaitement superposable aux trois grandes
formes d’organisations psychiques déjà vues : psychoses, états limites et névroses. En fait, les
angoisses primitives présentes dans les pathologies psychotiques peuvent être rencontrées, de façon
moins vive bien entendu, dans les organisations états limites et névrotiques. De même, les angoisses
liées au processus de différenciation/séparation ne sont pas spécifiques aux organisations limites du
psychisme… Cette précision ne remet pas du tout en cause la valeur clinique de la compréhension de
l’angoisse et de la recherche de sa forme car elle renseigne sur l’état des défenses et participe à une
meilleure compréhension du fonctionnement psychique du sujet et des possibilités de son évolution.

Voici un tableau qui se chargera de récapituler, dans leurs grandes lignes, les formes de
l’angoisse :

Angoisses primitives Angoisses liées aux processus de Angoisses liées à la différence des
différenciation et de séparation sexes
Comme : Comme :
- l’angoisse - l’angoisse d’intrusion : C’est surtout l’angoisse de
d’anéantissement : le bébé vit une expérience castration, directement liée à
le sujet est angoissé à l’idée normale d’indifférenciation et l’Oedipe. Chez le garçon, elle
de disparaître, de ne plus résout l’Oedipe car le garçon finit
de fusion avec l’objet. Le sujet
par céder, à son rival de père, la
exister. Cette angoisse est peut donc, dans ce fantasme de
mère de peur de perdre son organe
normale chez le bébé. Ce « peau commune » fantasmer
génital. Pour la fille, la découverte
n’est que si ces angoisses qu’il pénètre ou qu’il est
de sa « castration » la fait entrer
de ne plus exister ne sont pénétré par l’objet.
Voilà dans l’Œdipe et chez elle, la
pas contenues et traitées par pourquoi il existe différentes castration s’exprime souvent par
l’environnement du tout formes d’angoisses d’intrusion une angoisse de pénétration.
petit qu’elles prennent une pouvant être liées à la fois à N’empêche, ces formes
tournure pathologique et l’angoisse primitive de vidage d’angoisse : castration et
entravent le développement et à l’angoisse de pénétration pénétration sont éprouvées par
ultérieur chacun des deux sexes car elles
liée à la différence des sexes.
- l’angoisse de relèvent naturellement de la
- L’angoisse de perte :
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morcellement : Cette angoisse est directement bisexualité psychique.


le sujet est envahi par la liée à l’objet, c’est une angoisse
sensation de partir en de perte de l’objet. Cette
morceaux, de se démembrer angoisse peut prendre une
et de se fragmenter. forme primitive où elle est
L’angoisse de morcellement angoisse de perte de support,
est habituellement d’appui jusqu’à son
considérée comme typique anéantissement. Elle peut aussi
des problématiques prendre la forme d’une angoisse
psychotiques. liée à la différence des sexes et
- l’angoisse de vidage : elle devient angoisse de perte
c’est l’angoisse de perdre sa de l’amour de l’objet et de perte
substance, ses contenus, de des capacités de séduction et de
se vider le corps. satisfaction sexuelle…

II. Les défenses :

Les défenses sont, entre autres là, pour essayer de gérer et contenir les angoisses. Voilà
pourquoi, la présentation qui en sera faite suivra logiquement le même modèle de présentation des
angoisses. Parallèlement aux formes d’angoisses, nous parlerons des :

- Défenses liées aux angoisses primitives


- Défenses liées aux processus de différenciation et de séparation
- Défenses liées à la différence des sexes
En voici un tableau récapitulatif :

Défenses liées aux angoisses primitives Défenses liées aux Défenses liées à la
processus de différence des sexes
différenciation et de
séparation
Exemples : Exemples : Principalement,
Agrippement/ Identification Le refoulement :

cramponnement : projective : Décrit par Freud dès

Le sujet s’agrippe de façon effrénée, acharnée, à un Il existe un 1895, ce mécanisme


objet, chose ou personne, dont la perte fait courir un mécanisme de défense est

risque vital. d’identification étroitement associé à


la formation de
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Clivage du moi / De l’objet : projective normale l’inconscient.


C’est un processus par lequel le moi se divise en deux dans le lien mère- Le refoulement
parties : l’une reste en contact avec la réalité, et l’autre enfant et dans le concerne les
construit une néo-réalité. Le moi se casse pour tenter lien thérapeutique. représentations et
d’éviter sa propre disparition. Ce même clivage porte Néanmoins, dans le pas l’affect car dans
aussi sur les objets classés exclusivement « bons » ou mécanisme le cas de l’affect, on
« mauvais » pour protéger le monde intérieur de ces pathologique parle de répression
derniers. d’identification (Se souvenir des
Déni : projective, il s’agit différences
Il porte sur le réel et consiste à refuser la réalité d’une d’un mécanisme de psychodynamiques
perception, parce qu’elle est vécue comme dangereuse prise de possession entre l’hystérie et
ou douloureuse pour le Moi. Il peut engendrer la d’un objet extérieur l’obsession).
formation d’une « néo-réalité » qui se substituera à la que le moi Le refoulement
partie de la réalité déniée. transforme en suppose que les
Projection : extension de lui- représentations
Elle intervient en déplaçant le danger du dedans vers le même. pénibles sont
dehors. repoussées par les
Freud illustre ce mécanismes dans « Remarques sur forces de la censure
l’autobiographie d’un cas de paranoïa : le président liées au Surmoi vers
Schreber » (1911) lequel utilise la projection pour se l’inconscient.
débarrasser d’une homosexualité inconsciente
intolérable pour le Moi :
1er temps : j’aime cet homme
2ème temps : « je ne l’aime pas, je le hais »
3ème temps : « je ne le hais pas, c’est lui qui me hait (me
persécute) »
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Chapitre 5 :

Limites du modèle structural

Force est de constater que les travaux de Jean Bergeret, en général, et ses avancées sur le
modèle structural, en particulier, ont beaucoup influencé l’enseignement et la pratique de la
psychopathologie ces dernières décennies. Néanmoins et à la lumière de travaux cliniques récents,
son modèle structural présente des limites qui pourront être récapitulés en ces points :

1. Le fort déterminisme du modèle structural :

La notion de structure, qu’elle soit névrotique ou psychotique, est, au sein de ce modèle, soumise à
une logique intransigeante impliquant une sorte de frontière hermétique et infranchissable entre
structures. Ainsi, il n’y aurait pas de possibilité de passage d’une structure à l’autre notamment après
l’adolescence qui semble ainsi réorganiser pour consolider définitivement les fixations des stades
précédents.

Or, la clinique montre que ces « états de structures » ne sont pas aussi irréversibles et
prédéterminés. Ainsi, un sujet préorganisé sur un mode névrotique peut, par suite d’événements
traumatiques désorganisateurs lourds et insupportables pour sa psyché, basculer dans un mode de
fonctionnement psychotique ou état limite.

De même, un sujet préstructuré sur un mode psychotique peut, grâce à des rencontres et liens
étayants, trouver les voies d’une réorganisation névrotique.

Ainsi, la clinique récente laisse penser que le sujet continue à se construire et à se subjectiver tout au
long d’un développement vie-entière et au gré de possibilités de fonctionnement qui peuvent faire
appel à diverses formes, névrotiques, psychotiques ou états limites. Que le sujet fonctionne de façon
majoritaire, prévalente, sur l’un ou l’autre de ces modes ne signifie pas pour autant qu’il est
définitivement prisonnier de ce mode de fonctionnement psychique.

2. La non-considération de l’influence de l’objet, de l’autre :


Le modèle structural prend seulement en considération les traumatismes désorganisateurs. De ce
fait, le « pouvoir » de l’objet est uniquement un pouvoir nocif, déséquilibrant et jamais bénéfique et
contenant.
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Or, nombreux sont les travaux (à commencer par Winnicott et l’aire transitionnelle ; Bion avec la
fonction Alpha de la mère ; Abraham et Torök et la symbolisation/introjection qui se déroulent toute
la vie durant mais aussi plus récemment l’école argentine de psychanalyse du lien) qui montrent que
les formes d’absence comme de présence de l’objet peuvent soutenir et relancer les capacités de
symbolisation et de secondarisation chez le sujet.

Cela suppose alors la légitimité de penser que ce qui est resté en suspens, « inachevé » au sein de la
psyché, peut potentiellement se réorganiser, pour autant qu’une rencontre avec un objet contenant,
bienveillant, se produise.

Même si dans la pratique, une telle éventualité n’est pas toujours réalisable, elle reste tout à fait
possible potentiellement. Cela suppose que si certains sujets présentent des pathologies gravissimes
et lourdes associées à des inhibitions majeures de leurs capacités cognitives et relationnelles, le
changement, minimal soit-il, reste potentiellement envisageable. Il ne s’agit pas de «  croire au
miracle » mais de supposer qu’une transformation est toujours possible.

3. Difficulté à classer d’autres modes de fonctionnement :


Le modèle structural a aussi du mal à rendre compte de modes de fonctionnement autres,
ceux dits par exemple « psychosomatiques » ou encore « pervers ». Dans quelle catégorie peut-on
« classer » ces modes de fonctionnement qui mettent souvent en échec nos critères diagnostiques et
qui s’avèrent surtout « transnosographiques » empruntant des symptômes, signes, angoisses et
défenses appartenant à différentes structures ?

Il y a là un autre argument de critique du modèle structural.

Conclusion :

Pour les arguments précédemment développés, le concept de structure tend à être


progressivement abandonné. Les auteurs contemporains préféreront alors parler de « processus »
ou « pôles d’organisation » de la psyché, termes considérés comme étant moins rigides et plus
adaptés aux complexités tout autant qu’aux potentialités de la vie psychique.
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Bibliographie du cours

 American Psychiatric Association. (1996). Diagnostic and Statistical Manual of Mental


Disorders, DSM-IV. Washington, DC. 4ème édition - Paris : Masson.
 Bergeret, J. (1974), Personnalité normale et pathologique. Paris : Dunod.
 Bergeret, J. (1990). Psychologie pathologique théorique et clinique. Paris : Masson.
 Chemama, R. et Vandermersch, B. (1995). Dictionnaire de la Psychanalyse. Paris : Larousse
 Freud, S. (1905). Trois essais sur la théorie de la sexualité. Paris : Gallimard, coll. « Idées »,
19
 Freud, S. (1909). Le roman familial des névrosés. In Névrose, psychose et perversion. Paris :
Presses Universitaires de France, 1973.
 Freud, S. (1913). Totem et tabou. Paris : Editions Payot et Rivages, 2001.
 Freud, S. (1923). La disparition du complexe d’œdipe. In La vie sexuelle. Paris : Presses
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 Freud, S. (1925). Quelques conséquences psychiques de la différence anatomique entre les
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 Godfryd, M. (1993). Vocabulaire psychologique et psychiatrique. Paris : PUF / édi. Delta.
 Laplanche, J., Pontalis, J.B., (1967). Vocabulaire de la psychanalyse. Paris : PUF.
 Le point Hors-série n°7, Mars-Avril 2006, numéro intitulé “Freud, Ferenczi, Klein, Lacan…
les textes fondamentaux de la psychanalyse”
 Roussillon, R. (2007). Manuel de psychologie et psychopathologie clinique générale. Paris :
Elsevier Masson.
 Perron, R. (2000). Une psychanalyse pourquoi ? Paris : Dunod.
 Hayez, J. Y. (2004). La sexualité des enfants. Paris : Odile Jacob.