Vous êtes sur la page 1sur 36

CHAPITRE IV DIAGRAMMES DE PHASES BINAIRES

IV.1. Introduction

Les métaux purs sont très rarement utilisés dans les constructions industrielles car ils
présentent souvent des caractéristiques mécaniques très limitées. La plupart des matériaux de
construction sont constitués de différents éléments : on parle alors d'alliages. Lorsque ces
éléments ne sont que partiellement miscibles, le matériau est constitué de plusieurs phases de
structures cristallines et de compositions différentes. Il en résulte une influence très
importante sur les différentes caractéristiques du matériau et son comportement. L'étude de la
microstructure du matériau consiste à déterminer la nature des différentes phases en présence,
leur proportion et leur constitution. Cette analyse se fait à partir des diagrammes d'équilibre
de phases qui traduisent les états d'équilibre entre les différentes phases et permet de résumer
les constitutions d’équilibre d’un système d’alliage [1].

Un diagramme de phases permet de prédire, pour un mélange donné, la constitution des


phases en présence, en équilibre les unes avec les autres. Deux facteurs physiques ont une
influence sur la nature et la composition des phases présentes :

1)- La température qui joue un rôle particulièrement important lors de la coulée et dans les
modifications des propriétés mécaniques des alliages dentaires,

2)- La pression qui est habituellement négligée car elle n’a d’influence qu’à des niveaux
extrêmement élevés [2].

IV.2. Définitions

 Corps pur : Système thermodynamique constitué d’une seule espèce chimique. Il peut
être simple (Ex : Ti, Ag, Cu…) ou être un composé chimique (Ex : H2O, Al2O3,
SiO2…).
 Phase homogène (ou uniforme): Est un domaine du matériau dont les propriétés
physiques et chimiques sont uniformes. Cette région ou cet ensemble de régions sont
caractérisés par une structure et par un arrangement atomique identique. système
thermodynamique dont tous les paramètres d’état intensifs (Température, Pression)
ont même valeur en tout point de l’espace. Un corps pur dans un seul état physique
constitue une phase homogène.

78
CHAPITRE IV DIAGRAMMES DE PHASES BINAIRES

 Alliage : Est une combinaison d'au moins deux éléments dont l'un est métallique, par
exemple le fer. Les autres éléments peuvent être soit métalliques, soit non
métalliques, par exemple le carbone. Par extension, il est possible de parler d'alliages
pour les céramiques ainsi que pour les polymères. On dit d'un alliage qu'il est binaire
s'il combine uniquement deux éléments (Fe-C), et ternaire s'il combine trois éléments
(Fe-C-Ni). Dans la plupart des cas, les alliages associent souvent Matériaux plus de
trois éléments a afin de présenter un bon compromis entre les différentes
caractéristiques mécaniques (Ex : Fe-C-Ni-Cr-Mo).
 Diagramme de phase : Est une « carte » représentant l'état d'un système (corps pur
ou mélange de corps purs), pour des conditions de pression, de température ou de
composition donnée.

IV. 3. Différents états de la matière

Les physiciens ont très tôt distingué trois états de la matière : solide, liquide, et gaz.

 L’état gazeux : Un gaz est un ensemble d'atomes ou de molécules quasi-


indépendants. la distribution des positions des particules de gaz est parfaitement
aléatoire. La structure du gaz ne présente donc aucun ordre de position ou ordre de
translation.
 L’état liquide : Les atomes/molécules au sein d’un liquide sont en interaction
attractive faible. A l’instar des gaz, le liquide reste donc parfaitement déformable. En
revanche, l’attraction s’exerçant entre les différentes particules assure une cohésion
qui n’existe pas dans les gaz : les atomes/molécules du liquide forment une phase
condensée, difficilement compressible, dans laquelle les distances entre proches
voisins sont de l’ordre de quelques Å.
 L’état solide : Les atomes au sein d’un solide sont en interaction attractive
forte. Un solide est difficilement déformable par l’application d’une contrainte et, par
suite, possède une forme propre. De même que dans les liquides, l’attraction
s’exerçant entre les différents atomes assure une cohésion forte. Les atomes du solide
forment une phase condensée, difficilement compressible. Les distances observées
entre atomes premiers voisins sont du même ordre de grandeur dans les solides et dans
les liquides monoatomiques simples évoqués au paragraphe précédent (quelques Å).
Cependant, le puits de potentiel dans lequel se trouve chaque atome d’un solide est

79
CHAPITRE IV DIAGRAMMES DE PHASES BINAIRES

beaucoup plus profond que dans le cas d’un liquide : la dynamique des atomes se
restreint à des vibrations très localisées autour de la position d’équilibre, les
phénomènes de diffusion devenant quasiment inexistants (Fig. 1) [3].

Le passage d’un état physique à un autre est appelé « transition de phase » ou «


changement d’état » qui s’accompagne, pour un corps pur, d’un échange de chaleur sans
variation de pression et de température. La figure 1 regroupe les différents changements de
phase de la matière [3].

Figure IV. 1. Les différents changements de phase de la matière [3].

Ces trois états se distinguent de par leur compressibilité et leur déformabilité :

Compressibilité Déformabilité
Solide Faible (densité élevée) Faible
Liquide Faible (densité élevée) Elevée
Gaz Elevée (densité faible) Elevée

IV. 4. Bases thermodynamiques

Les diagrammes de phases sont des représentations, dans le plan isobare (T, X)
(température - composition), de la constitution physico-chimique d'un alliage dans son état
thermodynamique d'équilibre. Il fournit en fonction de la température, la nature, la
composition chimique et les fractions massiques des phases en présence pour un alliage de

80
CHAPITRE IV DIAGRAMMES DE PHASES BINAIRES

concentration déterminée. Les diagrammes de phases décrivent les équilibres : liquide ↔


solide et solide ↔ solide qui régissent la solidification des alliages.

IV. 4. 1. Variable d’état extensive et intensive

a) Les variables extensives : sont proportionnelles à la quantité de matière du système


(Ex: masse (m), nombre de moles (ni), volume (V), toutes les fonctions d’états. Les
variables extensives sont additives. Si l'on double la quantité de matière (n) du
système, elles doublent aussi.
b) Les variables intensives : sont des grandeurs indépendantes de la quantité de matière
du système : Température (T), Pression (P), Concentration masse volumique (ρ) et
toutes les Grandeurs molaires (Vm, Cp, ….).

IV.4. 2. Relation de Gibbs

En générale, chaque système se compose des parties homogènes dont des propriétés
chimiques et physiques sont différentes. Gibbs définit ces parties par les phases c'est-à-dire
chaque système se composé par des groupes de phases séparés par des joins de grains. Dans le
domaine de stabilité d’une phase, on peut faire varier la température et la pression, et la
phase va continuer d’être stable. Au moment où deux phases sont en équilibre, on peut choisir
ou la température ou la pression et l’autre paramètre est fixé en même temps. Enfin, le point
triple ne laisse aucun degré de liberté car il se trouve à une seule température et une seule
pression. En généralisant cette observation on arrive à la règle des phases de Gibbs qui peut
s’écrire :

𝑽=𝒄−𝒓−𝒌+𝒏−𝝋

 v : est le degré de liberté de système à l’équilibre (variance) c’est-à-dire le nombre de


paramètres physiques ou chimiques (pression, température, composition globale,
fractions massiques des phases…) qu’il est possible de faire varier arbitrairement sans
changer la nature du système (nombre et identité des phases présentes),
 c : est égal au nombre de corps purs en présence,
 r : est le nombre d'équations chimiques indépendantes,
 k : est le nombre de relations imposées par l'expérimentateur,

81
CHAPITRE IV DIAGRAMMES DE PHASES BINAIRES

 n : est le nombre de facteurs (variables intensives) dont dépend le système ; dans la


très grande majorité des cas, ce sont la température et la pression, et n = 2, mais il
arrive que la pression ne soit pas un facteur d'équilibre (auquel cas n = 1),
 φ : est le nombre de phases présentes dans le système.

Dans le cas très courant d'un mélange sans contrainte extérieure (k=0), dans lequel aucune
réaction chimique n'a lieu (r = 0) et pour lequel les facteurs d'équilibre sont la pression et la
température (n = 2) on obtient la relation :

𝑽=𝒄+𝟐−𝝋

On néglige la pression et la relation devient :

𝑽=𝒄+𝟏−𝝋

 corps purs

 Le corps pur se trouve dans un seul état physique (phase unique) c-


à-d solide ou liquide, le degré de liberté devient : v = 1. Dans ce cas
on peut varier la température seulement où l’état physique de
système (corps pur) ne change pas.
 Le corps pur se trouve dans deux états (mélange de liquide et solide
c=1 → v=2-φ
à l’état d’équilibre) dans ce cas le degré de liberté est égale à 0. Cela
est réalisé à la température de la fusion et elle est constante. On
trouve ce phénomène aussi à la température des transformations
allotropique où les deux phases solides de structure différentes ont à
l’équilibre.

82
CHAPITRE IV DIAGRAMMES DE PHASES BINAIRES

 Alliages binaires

 φ = 3 : il y a trois phases à l’équilibre à température constante (ex :


transformation eutectique) où une faible variation de la température
mène à la disparition de l’une des phases.
 Φ = 2 : il y a un seul degré de liberté, c.-à-d. dans le domaine
biphasé (liquide et solide) on peut varier la température seulement
c=2 → v=3-φ
ou les concentrations des alliages seulement.
 Φ = 1 : dans ce cas les alliages binaires ont une seule phase, pour
réaliser cela on peut varier la température et la concentration
séparément.

IV.4. 3. Energie libre (évolution en fonction de T et P)

Le problème de l’interprétation des diagrammes d’équilibre se propose sur le plan


thermodynamique de la façon suivante. Soit un système chimique renfermant plusieurs
constituants en proportion déterminées, quel est le nombre, la nature et la composition des
phases en présence lorsque le système est amené à l’équilibre à une température donnée.

Parmi toutes les possibilités qui peuvent être imaginées pour permettre au système de
réaliser l’équilibre dans les conditions particulières qui lui sont imposées, une seule peut être
retenue : c’est celle pour laquelle l’enthalpie libre G est minimale. Pour déterminer l’état réel
de système, il convient donc d’étudier les variations de son énergie libre en fonction de la
concentration, à la température considérée. L’énergie libre d’un système chimique est reliée à
son enthalpie H et à son entropie S par la relation fondamentale :

G = H – TS (IV. 1)

L’énergie libre est une fonction d'état, on peut donc écrire:

dG = d (H - TS) = dH – TdS –S dT = d (U + PV) –TdS - SdT = d (U+PV) – TdS – SdT

dG = dU + PdV +VdP – TdS – SdT

Avec : dU =𝛛W +𝛛Q = - PdV + TdS

Donc,

83
CHAPITRE IV DIAGRAMMES DE PHASES BINAIRES

dG = 𝛛W +𝛛Q+ PdV +VdP – TdS – SdT = - PdV + TdS+ PdV +VdP – TdS – SdT

dG = VdP – SdT

La différence de la fonction d’état G en fonction de P et T c’écrit donc :

𝝏𝑮 𝝏𝑮
𝒅𝑮 = ( ) 𝒅𝒑 + ( ) 𝒅𝑻
𝝏𝑷 𝑻 𝝏𝑻 𝑷

𝝏𝑮 𝝏𝑮
Avec : (𝝏𝑷) = −𝑺 et (𝝏𝑷) = 𝑽
𝑷 𝑻

Nous sommes maintenant en possession des éléments qui vont permettre d’évaluer la
variation de l’énergie libre correspondant à la formation d’une solution dans la série des
phases homogènes comprises entre A et B, grâce à la relation fondamentale :

∆G = ∆H-T∆S (IV. 2)

Cette évaluation peut se faire qualitativement par voie graphique dans un certain nombre
de cas typiques (comme on a déjà expliqué dans le chapitre I). On remarquera que l’entropie
∆S étant positive, le terme (-T∆S) est toujours négatif. Le terme ∆H au contraire prend,
suivant les cas distingués (Chap. I), des valeurs positives, nulles ou négatives.

a- Solution idéale

La courbe da variation de ∆G est dans ce cas une courbe à minimum.

b- Solution à enthalpie de mélange négative

La courbe de variation de ∆Gm est une courbe dont le minimum est plus accusé que dans
le cas précédent puisque les écarts de ∆H par rapport à l’idéalité s’ajoutent aux écarts négatifs
du terme (-T∆Sm).

c- Solution à enthalpie de mélange faiblement positive

La courbe de variation de ∆Gm est une courbe dont le minimum très peu accusé, puisque
les écarts de ∆Hm par rapport à l’idéalité compensent au moins partiellement ceux de (-
T∆Sm).

84
CHAPITRE IV DIAGRAMMES DE PHASES BINAIRES

d- Solution à enthalpie de mélange fortement positive

Les variations positives de ∆Hm surpassent les variations négatives de (-T∆Sm) sauf au
voisinage des corps purs où ces dernière sont très rapides. Il en résulte que la courbe de ∆Gm
présente deux inflexions. Cette situation, entièrement nouvelle par rapport aux précédentes,
laisse prévoir une tendance à la démixtion de la solution dans la région centrale du diagramme

IV. 5. Diagramme de phase de corps pur

L’équilibre de deux phases d’un corps pur se traduit par une variance de 1. Il existe donc
une relation entre la pression et la température lorsque les deux phases sont en présence. On
s’intéresse donc au diagramme (P, T) donnant les 3 courbes d’équilibre P=f(T) appelés
courbes de fusion, de vaporisation et de sublimation :

a. Courbe de vaporisation (équilibre liquide/vapeur)

Description de la courbe de la pression en fonction de la température P= f(T) :

Figure IV. 2. La courbe de vaporisation [3].

 La pression est une fonction croissante de la température.


 La courbe de vaporisation est limitée vers les hautes températures par le point critique.
 Le point critique est défini par la température critique et la pression critique (Au-delà de
ce point critique, il n’y a pas de distinction entre un liquide et un gaz).

85
CHAPITRE IV DIAGRAMMES DE PHASES BINAIRES

b. Courbe de fusion (équilibre solide/liquide)

L’équilibre solide/liquide ayant lieu entre phases condensées, la pression a très peu
d’influence et la courbe P = f (T) est presque verticale.

Figure IV. 3. La courbe de fusion [3].

La courbe de fusion est limitée pour les basses pressions par le point triple Tr mais pas
pour les hautes pressions.

c. Courbe de sublimation (équilibre solide / vapeur)

L’équilibre solide/vapeur concerne les faibles valeurs de pression et température :

 La pression est aussi une fonction croissante de la température.


 La courbe de vaporisation est limitée vers les hautes températures par le point triple.

Figure IV. 4. La courbe de sublimation [3].

86
CHAPITRE IV DIAGRAMMES DE PHASES BINAIRES

La courbe de sublimation est limitée au niveau supérieur par le point triple.

La figure ci-dessous donne les deux types d’allures de diagramme de phase d’un corps pur
: dans le cas général et le cas particulier de l’eau.

Figure IV. 5. Allure de diagramme de phase d’un corps pur dans le cas usuel et t le cas particulier
de l’eau [4].

Les trois branches du diagramme délimitent les trois états du corps correspondant :

- Un état gazeux dans la zone haute température, basse pression.

- Un état solide dans la zone basse température, haute pression.

-Un état liquide dans la zone haute température, haute pression.

IV. 6. Diagramme de phase binaire

Les diagrammes de phases binaires sont les diagrammes les plus simples à établir. Les
courbes du diagramme de phases déterminent les limites de domaines dans lesquels peuvent
exister des phases, la composition et les proportions de ces différentes phases.

La connaissance maintenant acquise des courbes de l’énergie libre des différentes phases
qui sont susceptibles de prendre naissance dans un alliage, permet en principe de justifier le
nombre et la composition des phases qui coexistent dans cet alliage lorsque celui-ci est dans
un état d’équilibre à une température donnée. Il suffit de superposé sur un même diagramme

87
CHAPITRE IV DIAGRAMMES DE PHASES BINAIRES

les courbes de l’énergie libre des différentes phases et de tracer les tangentes communes qui
délimitent l’étendue des domaines mono-, di-, ou triphasés.

IV. 6. 1. Diagrammes de phases avec miscibilité totale à l'état solide

Le diagramme d'équilibre de phases (à P constant) des constituants A et B, solubles en


toute proportion a l’état solide et a l’état liquide, est représenté à la Figure 6. Dans certains
cas, les deux éléments forment une solution solide de même structure cristalline. C'est le cas
si :

 Les éléments purs cristallisent dans le même réseau ;


 Ont des rayons atomiques proches (écart inférieur à 15 %) ;
 Valences égales
 Ont des propriétés physiques et chimiques proches, en particulier des électronégativités
(capacité à attirer les électrons) proches.

Celle-ci indique qu’à basse température, c'est la phase cristalline α qui est la plus stable,
tandis qu’à haute température, c'est la phase liquide (L) qui devient stable. Dans le domaine
de température compris entre les points de fusion TA et TB des constituants purs, on a la
formation d'un domaine en forme de «fuseau» ou le système se présente sous une forme bi-
phasique constituée d'une phase α et du liquide (L).

Exemple :

l’or et l'argent (Au-Ag), le cuivre et le nickel (Cu-Ni). On a typiquement un diagramme de


phase à un seul fuseau. On a donc une solution solide unique, qui évolue de manière continue
avec la composition.

- Tracé du diagramme à un fuseau à partir des courbes des courbes de l’énergie

88
CHAPITRE IV DIAGRAMMES DE PHASES BINAIRES

Les concentrations marquant la limite entre le domaine bi-phasique et la phase liquide,


d'une part (courbe liquidus), et celles marquant la limite entre la phase solide α et le domaine
bi-phasique (courbe solidus), d'autre part, sont déterminées en construisant, la tangente
commune aux courbes d'enthalpie libre et Gm. Cela est aussi schématisé aux Figures 6.

Figure IV. 6. Variation de l’énergie libre des solutions A-B, solides et liquides en fonction de la
composition de l’alliage à différentes températures : (a - f) et diagramme d'équilibre de à
un seul fuseau (g) [5].

Ce type de diagramme est appelé diagramme à un fuseau. On obtient un diagramme a un


fuseau avec d’autres alliages binaires à miscibilité totale à l’état solide: Cu-Pd, Ag-Au, Ir-
Pt, Ag-Pd…

La figure ci-dessus montre la variation de l’énergie libre des solutions A-B, solide et
liquide, aux six températures T1 –T6 (Fig. 6 (a-f)). On remarque que pour la température

89
CHAPITRE IV DIAGRAMMES DE PHASES BINAIRES

supérieure à la température de fusion de l’un des constituants le plus fusible, la courbe de


∆Gm du liquide est au-dessous de celle de solide, et inversement pour la température
inférieure à la température de fusion de l’autre élément le mois fusible.

- Tracé du diagramme à un fuseau à partir des courbes d'analyse thermique

Lorsqu’on refroidit un métal ou un alliage en fusion à température ambiante entraîne une


solidification. Le passage de la phase liquide à la phase solide s’appelle un changement de
phase. Lorsqu’un métal pur en fusion est refroidi, sous pression constante (pression
atmosphérique par exemple), le changement de phase s’effectue toujours à une température
fixe : le point de fusion. Au point de fusion, les deux phases liquide et solide coexistent.

La détermination de ce point s’effectue en enregistrant la courbe de refroidissement


(température en fonction du temps). La cristallisation étant un phénomène exothermique, au
passage par le point de fusion, la chaleur perdue par le refroidissement de l’alliage est
temporairement compensée, ce que montre la Figure 7. Ce palier isotherme est d’autant plus
marqué que le refroidissement est lent et que la masse d’alliage est plus grande.

Figure IV. 7 : Courbe de refroidissement d’un métal pur.

Pour réaliser un alliage, des proportions définies de constituants différents sont fondues et
mélangées, puis l’ensemble est refroidi. Comme il a été dit plus haut, le résultat du mélange
varie selon les variations relatives de taille des atomes, selon le type de maille d’origine et des
propriétés électroniques des différents constituants.

90
CHAPITRE IV DIAGRAMMES DE PHASES BINAIRES

Lorsqu’on étudie des alliages, les courbes de solidification deviennent beaucoup plus
complexes. Elles comportent alors plusieurs sections de courbes raccordées par des points
d’inflexion (Fig. 8). Parfois, elles comportent également des paliers de solidification
isotherme. Chacun des points d’inflexion correspond à une variation du nombre de phases.
Ainsi, entre deux points d’inflexion successifs, l’alliage comporte le même nombre de phases.
Le point d’inflexion le plus élevé correspond à l’apparition d’un premier cristal dans l’alliage
en fusion, le point d’inflexion le plus bas correspond à la solidification des dernières traces
d’alliage en fusion.

Figure IV. 8. Exemple de courbe de refroidissement d’un alliage de composition AB.

En utilisant des vitesses de refroidissement très lentes, on réduit au maximum l'influence


des phénomènes cinétiques, c'est-a-dire des effets lies à la vitesse de formation des phases.
Tout au moins pour les liquides et dans le cas de systèmes se transformant rapidement, les
températures de transformation déterminées par analyse thermique sont pratiquement égales
aux températures de transformation thermodynamique.
Pour construire le diagramme de phase d’un alliage binaire A-B, il suffit d’enregistrer
les courbes de refroidissement pour chaque concentration de B dans A en partant de A, métal
pur jusqu’au B, métal pur.
On note que chaque point du diagramme correspond à un alliage dont la composition est
donnée par la projection orthogonale du point sur l’axe des abscisses.

91
CHAPITRE IV DIAGRAMMES DE PHASES BINAIRES

Figure IV. 9: La construction du diagramme de phase à un seul fuseau (’alliage Cu-Ni) [2].

Dans les diagrammes de phases avec miscibilité totale a l'état on trouve aussi le
diagramme à deux fuseaux possède un point de contact intermédiaire entre liquidus et
solidus. Sa température est inférieure à la température de chacun des constituants. A ce point,
le comportement de l’alliage est identique à celui d’un corps pur. Contrairement aux alliages
totalement miscibles, ces alliages particuliers ont tendance à présenter des transformations a
l’état solide avec, soit une zone de démixtion, soit un ordonnancement comme dans le cas de
l’alliage Au-Cu avec formations de composes AuCu ou AuCu3 (Fig. 10) (Ex. Fe-Cr, Cu-
Mg, Au-Cu …

Figure IV. 10 : Diagramme de phase or-cuivre avec deux fuseaux [2].

92
CHAPITRE IV DIAGRAMMES DE PHASES BINAIRES

IV.6. 2. Diagrammes de phases avec miscibilité partielle à l'état solide

Quand les règles de miscibilité ne sont pas respectées, le cas le plus fréquent, la
miscibilité est donc partielle. Le principe est le même que pour la saturation des solutions
aqueuses : si l'on dépasse une certaine teneur, appelée limite de solubilité, on observe de la
précipitation, les atomes se réorganisent localement pour former des « composés définis »,
c'est-à-dire ayant une composition fixe (ou tout du moins admettant peu d'écarts). Alors dans
certains domaines de compositions, on obtient des solutions solides biphasées. Le
diagramme d’équilibre prend donc une forme plus complexe. Il existe trois types de
diagrammes spécifiques (typiques)

 Diagramme avec point eutectique : caractérisé par une transformation eutectique,


 Diagramme avec point péritectique : caractérisé par une transformation péritectique,
 Diagramme avec point monotectique : caractérisé par une transformation monotectique.

IV.6.1. a. Diagrammes avec point eutectique

Dans ce type de diagramme existe un point invariant dont la température est inferieure à
la température de fusion des deux constituants. Ce type de diagramme a une importance
particulière car il conduit a des microstructures de morphologie caractéristique. Dans ce type
de diagramme existe un point invariant dont la température est inferieure à la température de
fusion des deux constituants. C’est le cas des alliages de brasage (le brasage est un soudage
où seul le métal d’apport est fondu, les pièces à assembler restant à l’état solide) tels que les
eutectiques Ag-Cu et Pb-Sn.
Par ailleurs, en fonderie les alliages eutectiques présentent l’avantage de ne pas
comporter d’intervalle de solidification. Ceci limite fortement l’apparition de défauts tels que
les ségrégations et le retrait volumique.

Ce diagramme présente trois domaines monophasés :

 le domaine liquide L,
 le domaine de solution solide primaire α de B dans A,
 le domaine de solution solide primaire β de A dans B (Fig. 11).

93
CHAPITRE IV DIAGRAMMES DE PHASES BINAIRES

Au niveau du point E ou point eutectique (la température TE) les alliages X % masse de B
tels que X(S1) ≤ X ≤ X(S2) sont triphasés et composés de α(S1), de liquide (E) et de β(S2) (Fig.
12). On met en évidence l'équilibre eutectique :
LE αS1 + βS2

Figure IV. 11: Diagramme de phase binaire avec point eutectique.

Dans ce diagramme Six domaines sont donc présents (L, L+α, L+β, α, β, α+β).

- Le segment [S1, S3] est appelé l’horizontale eutectique,


- Le point (E) est appelé point eutectique,
- L’alliage concerné par l’horizontale eutectique, la partie de la phase (α ou β) formée avant
l’horizontale eutectique est appelée pro-eutectique.
- L’alliage dont la verticale caractéristique passe par le point (E) est appelé eutectique,
- L’alliage dont la verticale caractéristique passe entre les points (S1) et (E) est appelé hypo-
eutectique.
- L’alliage dont la verticale caractéristique passe entre les points (S3) et (E) est appelé hyper-
eutectique.
Comme exemple on trouve le diagramme binaire Ag-Cu. Les températures de fusion
de l’argent et du cuivre purs sont respectivement de 962 °C et de 1083 °C. A 779 °C, la
solubilité du cuivre dans l’argent est de 8,8 % massique et la solubilité de l’argent dans le
cuivre est de 8 % massique. Pour les alliages compris entre ces deux intervalles, l’ensemble
des courbes de refroidissement présent un palier isotherme dont la longueur maximale se situe
au point eutectique (E) situe à 779 °C avec 60,1 % d’argent et 39,9 % de cuivre.

- Tracé du diagramme eutectique à partir des courbes des courbes de l’énergie

94
CHAPITRE IV DIAGRAMMES DE PHASES BINAIRES

On peut schématiser les diagrammes de phases basant sur les courbes de l’énergie libre
de mélange en fonction de concentration à différentes températures (Fig. 13).
-a-
T1

e f g h
T2
TE
S1 S2

i T4
j

XB →

∆Gm T1>TA -b- ∆Gm -c-


TE<T2<TB

β α α
β

e g h
f
α L β

∆Gm -d- ∆Gm -e-


TE T4<TE
β
β α α

S2 i j
α S1 α+L+β β α α+β β

XB

Figure IV. 13: Diagramme de phase binaire comportant une réaction eutectique (a) et courbes de variation de
l’énergie libre des solutions A-B, solides et liquides en fonction de la composition de l’alliage à
différentes températures : T1 (b), T2 (c), T3 (d), T4 (e).

95
CHAPITRE IV DIAGRAMMES DE PHASES BINAIRES

- Tracé du diagramme eutectique à partir des courbes d'analyse thermique

Les courbes d’ATS obtenues expérimentalement et qui donnent naissance au diagramme


eutectique de phase, ont les allures suivantes (Fig. 14):

Figure IV. 14 : Courbes d’Analyse Thermique Simple et Diagramme de phases eutectique.

C = C1 : Étude similaire au diagramme à un seul fuseau (Début de solidification à T1, Fin de


solidification à T2).
C = C2 : Début de solidification à T3, Fin de solidification à T4
À T = T5 : Limite de solubilité de A dans le réseau de B
À T < T5 : condensation des solides
C = C3
T = TE : Fin de solidification et coexistence des 3 phases α, β et L, V = 0
C = CE : Point eutectique
T> TE : Phase liquide, V = 0
T = TE : 3 phases (α, β et L)
T< TE : Phase solide de α et β

En fonction de la composition de l’alliage, vitesse de refroidissement, présence


d’impuretés, l’aspect d’un eutectique peut présenter différentes morphologies, en lamelles, en
bâtonnets, en globules ou aciculaire ((Fig. 15).

96
CHAPITRE IV DIAGRAMMES DE PHASES BINAIRES

(a) (b) (c)

Alliage Pb-Sn (x200), de livre A. Prince 1966 Alliage Cu-Cu2O (x200), de livre A. Prince 1966 Alliage Al-Si (x100), de livre A. Prince 1966

Figure IV. 15 : Les différentes morphologies de la structure eutectique : a) lamelles, b) globules, c)


aiguilles [6].

Remarque
Le mécanisme de la transformation eutectoide est très ressemblant à la transformation
eutectique, mais au cours de cette transformation, c’est une phase solide qui se transforme
simultanément en deux nouvelles phases solides (Ex. Le diagramme de phases Fer-
Carbone).
On met en évidence l'équilibre eutectoide:
y↔α+s

IV.6.2. b. Diagramme avec point péritectique

Dans une transformation péritectique, une phase liquide et une phase solide se
transforment en une seule phase solide de composition définie. Le point péritectique (point P,
Fig 16) est invariant, a température fixe avec un équilibre entre les trois phases.

α+L↔s

Ce diagramme présente trois domaines monophasés :

 le domaine liquide L,
 le domaine de solution solide primaire α de B dans A,
 le domaine de solution solide primaire β de A dans B (Fig. 16).

- Tracé du diagramme péritectique à partir des courbes des courbes de l’énergie

On peut schématiser les diagrammes de phases basant sur les courbes de l’énergie libre
de mélange en fonction de concentration à différentes températures (Fig. 16).

97
CHAPITRE IV DIAGRAMMES DE PHASES BINAIRES

-a-

b T1
a

Tp
SS3
3 S4
S4
c e T2
d f
g h T3

XB →

∆Gm ∆Gm
Tp<T1<TA -b- Tp -c-

β
β α
α L

S4
α a b L α S3 β
α+L α+L+β

∆Gm ∆Gm -e-


TB< T2<Tp -d- T4<TB

α
β
β α
L

e f
c d h
α β L β
α+β L+β
α g α+β

Figure IV. 16 : Diagramme de phase binaire comportant une réaction péritectique (a) et courbes de
variation de l’énergie libre des solutions A-B, solides et liquides en fonction de la
composition de l’alliage à différentes températures : T1 (b), T2 (c), T3 (d), T4 (e).

98
CHAPITRE IV DIAGRAMMES DE PHASES BINAIRES

- Tracé du diagramme péritectique à partir des courbes d'analyse thermique

Les courbes d’ATS obtenues expérimentalement et qui donnent naissance au diagramme


péritectique de phase, ont les allures suivantes (Fig. 17).

Figure IV. 17 : Courbes d’Analyse Thermique Simple et Diagramme de phases péritectique.

À T = T1 : Domaine monophasique ; V = 2

À T = T2 : Début de solidification ; biphasé ; V = 1 : Le solide contient C1 de A et (100- C1)


de B

À T = T3 : Biphasé ; V = 1

À T = T4 : Triphasé ; V = 0

T = T5 : Biphasé ; V = 1 : Le liquide contient C2 de A et (100-C2) de B

À T = T6 : Biphasé ; V = 1 : Limite de solubilité de B dans A apparition de β

À T = T7 : Biphasé ; V = 1.

Remarque : Le mécanisme de la transformation péritectoïde est très ressemblant à la


transformation péritectique, mais au cours de cette transformation solide, ce sont deux phases
solides qui se transforment simultanément en une nouvelle phase solide.

α+ß↔y

99
CHAPITRE IV DIAGRAMMES DE PHASES BINAIRES

IV.6.2. c. Diagramme monotectique

Son appellation est déduite de la transformation monotectique présente dans le


diagramme. Il est caractérisé par l’existence d’un domaine à deux phases liquides non
miscibles. Deux éléments de masses volumiques très différentes comme le cas de Cu et Pb
pourront s’allier suivant un diagramme de ce type (Fig. 18). Le raisonnement de refroidissent
sur ce diagramme de phase est de la même façon que pour les diagrammes eutectique et
péritectique. Ex. Cu-Pb.

Ce diagramme est moins fréquent et caractérisé par la réaction :

L1 ↔ L2 + α

Figure IV. 18 : Diagramme de phases monotectique.

IV.6. 3. Diagrammes de phases à miscibilité nulle à l'état solide


La miscibilité nulle est le cas le plus fréquent à l’état solide. Il ne s’agit en fait que d’un
cas limite de miscibilité partielle qui n’est jamais atteint et le solidus ne se confond pas
exactement avec les axes (étude similaire) (Fig. 19). Ex. (Antimoine– Bismuth) ; (Bismuth
– Cadmium), (α Naphtol – Naphtalène).

100
CHAPITRE IV DIAGRAMMES DE PHASES BINAIRES

Figure IV. 19 : Diagramme de phases à miscibilité nulle.

IV.6. 4. Cas des diagrammes contient des phases intermédiaires

Dans le cas général, les diagrammes d’équilibre sont plus complexes que ceux présentés.
Cette complexité survient surtout lorsque les alliages donnent naissance à des composés
définis (Fe3C par exemple pour le Fe-C) ou à plusieurs solutions solides (α, β, , , ).

Il existe des composés dont le diagramme de phases est composé de deux ou plusieurs
types de diagrammes simples étudiés.

- 1er cas : La zone centrale peut s’étendre sur un certain intervalle de concentrations, on
dit qu’il s’agit de : Solution Solide Secondaire ou intermédiaire. (Ex: Cuivre‐
Étain et Cuivre – Zinc).
- 2ème cas : Lorsque l’intervalle de compositions est très étroit, on obtient un composé
défini ou intermétallique (AXBY). (Ex: Fer – Carbone; Magnésium – Silicium).

On observe que le composé intermétallique peut s’allongé dans un intervalle de


concentration puis se réduit jusqu’on arrive à un alliage de composition AxBy. Dans ce cas il
fonde en se décompose, on dit qu'il a un point de fusion non congruent (Fig. 20).

101
CHAPITRE IV DIAGRAMMES DE PHASES BINAIRES

Figure IV. 20 : Un diagramme avec composé défini a fusion non congruente

Cette zone peut être décrite comme la zone de raccordement de deux diagrammes
binaires simples à réaction eutectique ou péritectique et se traduit par la présence d’un
maximum sur la courbe du liquidus. Ex. (Cu‐ Et) et (Cu – Zn).

On trouve aussi un composé intermétallique résultant d’une solidification directe d’un


liquide : L ↔ γ, dans ce cas il fonde normalement, on dit qu’il a un point de fusion congruent
(Fig. 21). Ex : (Fe– C; Mg–Si).

Figure IV. 21 : Un diagramme avec composé défini a fusion congruente.

102
CHAPITRE IV DIAGRAMMES DE PHASES BINAIRES

IV.7. Détermination de pourcentage des phases en équilibre

Dans les domaines biphasés, les compositions des deux phases en équilibre sont
parfaitement déterminées à une température donnée. Deux règles simples permettent de les
déterminer.

 Règle de l'horizontale

Pour, un alliage en cours de solidification, elle permet de connaître les compositions des
phases solide et liquide en présence. Les compositions des phases solide et liquide sont
données 1'horizontale à la température T avec le liquidus et le solidus ou bien avec deux
branches différentes d'un diagramme.

À la température T0 (Fig. 22) tous les alliages A-B de composition X tels que XBα <X<
XBβ sont constitués de deux phases α et β où XBα et XBβ sont les concentrations en élément B
dans les deux phases α et β respectivement, correspond aux deux points de limite de solubilité
M et P respectivement (limites du domaine biphasé). La règle de l'horizontale précise donc
la nature et la composition chimique des phases en équilibre à toutes les températures où le
domaine biphasé existe.

 La règle des segments inverses (La règle du bras de levier)

La règle des segments inverses permet de déterminer la proportion des phases en


présence dans un système biphasé. Ce calcul comprend le rapport d’un segment de la ligne de
liaison isotherme, déterminé par son intersection avec la ligne verticale de composition, à sa
longueur totale. À la température T0 (Fig. 22), l'alliage particulier de composition X en
élément B est caractérisé par une fraction (1- 𝝌) de phase α et par une fraction (𝝌) de la phase
β. Les écarts de concentration sont les segments algébriques m et n.
On considère que l’alliage de concentration X contient N atomes, et que nBx, nBα et nBβ
sont les nombres des atomes B dans l’alliage considéré, la phase α et la phase β
respectivement. Connaissant bien que :
𝛘 𝛃
𝒏𝑩 = 𝐧𝛂𝐁 + 𝐧𝐁

Ce qui donne :
𝜷
𝑵𝑿𝑩 = 𝑵𝑿𝜶𝑩 (𝟏 − 𝝌) + 𝑵𝑿𝑩 (𝝌)

103
CHAPITRE IV DIAGRAMMES DE PHASES BINAIRES

On trouve donc :

(𝑿𝑩 − 𝑿𝜶𝑩 ) 𝒎
%𝜷 = 𝝌 = 𝜷
=
(𝑿𝑩 − 𝑿𝜶𝑩 ) (𝒎 + 𝒏)

𝜷
(𝑿𝑩 − 𝑿𝑩 ) 𝒏
%𝜶 = (𝟏 − 𝝌) = 𝜷
=
(𝑿𝑩 − 𝑿𝜶𝑩 ) (𝒎 + 𝒏)

𝝌 𝒎
Et
(𝟏−𝝌)
= (Loi de Levier).
𝒏

Cette loi exprime aussi qu’une balance qui repose sur un couteau placé à la
concentration moyenne est équilibrée lorsque les masses suspendues à ses extrémités sont
celles de phases voisines. Le segment 𝝌 M correspond à la fraction massique mα et le segment
𝝌 P correspond à la faction massique mβ.

𝒎𝜷 𝒎
= ∶ Ce qui donne la balance de levier (Fig. 22) où mβ n = mα m
𝒎𝜶 𝒏


Limites de solubilités
C

T
M x P β
m n
0 α

Balance de Levier

A XBα XB XBβ B
XB →
Figure IV. 22 : La règle de l'horizontale et de segments inverses dans un domaine biphasé de
diagramme de phase.

IV. 7. Diagramme de TAMMANN

La détermination du segment eutectique peut se réaliser à travers l’étude des courbes


de refroidissement. Supposons que l’on puisse disposer de divers mélanges A-B de masse
identique mais de composition différente. Toutes les courbes de refroidissement qui passent
par la formation du mélange eutectique donnent lieu à la présence du plateau de température

104
CHAPITRE IV DIAGRAMMES DE PHASES BINAIRES

correspondant. Soient M et N les extrémités du segment eutectique et P la composition


eutectique (Fig. 23).

Les compositions xM, xN et xP sont inconnues. Soit un mélange dont la composition


globale est située entre les compositions xM et xP et représentée par le point L. Lors de la
solidification et au moment où la température atteint la température eutectique, donc au
moment où débute le plateau de solidification eutectoïde (I-J) la quantité de liquide qui reste à
solidifier est proportionnelle au segment MQ où Q représente la projection du point de
composition globale sur le segment eutectique. Le temps de la solidification ou la durée du
plateau eutectoïde est donc proportionnel au segment MQ.

Sur un axe vertical descendant, portons cette durée de plateau de solidification


exactement à l’abscisse correspondante à la composition globale originale et posons pour ce
faire l’origine du temps zéro sur le segment eutectique. On trace ainsi le segment QT.

En procédant avec divers mélanges initiaux, on obtiendra une série de points T1, T2, T3...
Par ces points on fait passer une droite qui intercepte nécessairement le segment eutectique en
M (Fig. 23). On obtient une droite similaire pour les mélanges de composition comprise entre
les valeurs xP et xN. L’interception de cette nouvelle droite avec le segment eutectoïde
détermine le point N et l’intersection G des deux droites détermine la composition eutectoïde,
donc la position du point P (Fig. 23).

Figure IV. 23 : Élaboration du diagramme de TAMMAN [11].

105
CHAPITRE IV DIAGRAMMES DE PHASES BINAIRES

IV. 8. Diagramme d’équilibre Fer-Carbone

- Fer et ses caractéristiques

Le fer est le métal de base le plus important pour les alliages techniques. Il est
relativement abondant dans l'écorce terrestre (4,7 % en masse) sous forme d’états combinés
dans de nombreuses roches. Le fer pur n'est pas employé dans l'industrie, les plus employés
sont les alliages de fer avec le carbone qui sont la fonte et l'acier [12, 13]. Le fer pur est
obtenu soit

– Par électrolyse des sels de fer (fer électrolytique).

– Par décomposition thermique du pentacarbonyl de fer (Fe(CO).

- Par recuit de longue durée du fer doux dans un courant d'hydrogène à des températures de
1000°C à 1400°C.

Avec 99,9 % de fer, il est déjà pur, mais il contient toujours des trous de différents
éléments. Le fer le plus pur qui peut s'obtenir actuellement contient 99,999 % de fer. Le fer
est de couleur blanche possédant les caractéristiques suivantes :

- Masse atomique : 55,85.

- Nombre atomique : 26.

- Rayon atomique 1,27 Å (CFC).

3
- Masse volumique 7,8 g/cm .

- Température de fusion 1539°C.

Le Fer existe sous deux variétés allotropiques différentes : CC et CFC.

 À des basses températures et jusqu’à 912 °C (A3), ses atomes sont disposés suivant un
réseau cubique centré (CC) : On l’appelle alors Ferα. Le fer α ne dissout pratiquement pas
le carbone : 0.02 % C au maximum à 723°C, moins de 0.01 % C à 300 °C.

106
CHAPITRE IV DIAGRAMMES DE PHASES BINAIRES

 À des températures supérieures à 912 °C et jusqu’à 1394 °C (A4) le réseau cristallin est du
type cubique à faces centrées (CFC): on l’appelle Ferγ qui dissout facilement le carbone :
0.8 %C à 723 °C, 2.14%C à1147 °C.
 Au-dessus de 1394 °C et jusqu’au point de fusion à 1538 °C, le fer retrouve la structure
cubique centrée du Ferα : On l’appelle alors Ferδ. Il dissout un peu mieux le carbone que
le Ferα (0.07 %C au maximum à 1493 °C) (Fig. 24).
 Jusqu’à 768 °C (A2) point de Curie, le fer est ferromagnétique, au-delà il devient
paramagnétique. Le caractère ferromagnétique se dit d’une substance qui peut prendre une
forte aimantation.

Figure IV. 24 : Transformation allotropique du Fer.

- Carbone et ses caractéristiques

Le carbone est un élément non métallique peut abondant, (0,1% en masse dans
l'écorce terrestre). Il est rare à l'état libre, on le rencontre à l'état combiné dans toutes les
substances végétales et animales comme dans le pétrole, le charbon, le bois, la houille,
etc. Ses caractéristiques sont les suivantes :

- Numéro atomique : 6.

- Masse atomique : 12.

- Rayon atomique : 0,77 Å.

3
- Masse volumique : 2,5 g/cm .

- Température de fusion : 3500°C.

107
CHAPITRE IV DIAGRAMMES DE PHASES BINAIRES

Le graphite possède un réseau hexagonal simple, c'est un matériau réfractaire, relativement


bon conducteur d'électricité. On l'utilise à l'état poudre pour les mines de crayons, pour la
lubrification (combinaison de graphite et de graisse), dans les bronzes graphités ou encore
en suspension colloïdale.

IV. 8. 1. Les différentes phases du système Fer-Carbone

Ferrite α : Solution solide d’insertion de carbone dans le Ferα, à structure cubique centrée.

Ferrite δ : Solution d’insertion de quelques atomes de carbone dans le ferδ. Sa structure est
cubique centré CC. Il se forme à la marge 1394-1538 °C et à 0.11% de
carbone (Fig. 25).

Austénite γ : Solution solide d’insertion d’atome de carbone dans le Ferγ, à structure cubique
à face centrée, la quantité de carbone atteint ≈2 % C à 1145°C. Il est stable
qu’à haute température.

Cémentite : est un composé chimiquement défini par la formule Fe3C. Sa décomposition


égale à 6,67% en masse de carbone, en état métastable. La cémentite se
présente sous forme de lamelles ou de globules dans la perlite ou d’aiguilles
dans les fontes blanches. Elle est très dure et très fragile.

Perlite : Agrégat eutectoïde ayant une structure de lamelles alternées de ferrite et de cémentite.
Ce constituant contient 0.8 % C, La perlite est dure, résistante et assez ductile.

Troostite : C'est une perlite extrêmement fine obtenue pour des vitesses de refroidissement
assez importantes (huile). Les nodules de troostite qui se développent à partir
des joints de grains sont constitués par des lamelles de ferrite-cémentite non
séparables en microscopie ontique. Cette microstructure est caractérisée d'une
trempe douce.

Bainite : Ce constituant qui présente une morphologie aciculaire est obtenu après des
vitesses de refroidissement élevées. On distingue des bainites supérieures qui
peuvent être considérées comme étant des plaquettes de ferrite contenant des
carbures apparaissant parallèlement à l’axe de la plaquette et des bainites
'
inférieures qui s assimilent à des plaquettes de ferrite contenant une fine
108
CHAPITRE IV DIAGRAMMES DE PHASES BINAIRES

précipitation de carbures dispersés dans la plaquette de ferrite. Les


caractéristiques mécaniques associées à une texture bainitique approchent
celles d'une structure martensitique.

Sorbite : Ce constituant n'est plus un produit de décomposition directe de l'austénite


puisqu'il correspond, en fait, à un stade de décomposition de la martensite
pour des températures supérieures à environ 400°C. C’est un mélange
complexe de carbure finement réparti dans une matrice ferritique distordue.
Elle conduit à des propriétés mécaniques intéressantes. Par exemple la dureté
reste encore élevée (HV ≈ 300 à 400) pour une bonne résilience.

Martensite : Cette phase cristallise dans le système quadratique. On peut la considérer


comme une solution solide de carbone dans le réseau distordu de la ferrite.
Cette distorsion est la caractéristique d'un acier refroidi rapidement depuis la
température de l’austénitisation, et elle coexiste souvent avec la bainite et la
troostite. La martensite possède une grande dureté (HV = 700 à 900), mais
présente l'inconvénient d’être très fragile. Elle est ferromagnétique comme la
ferrite.

Lédéburite : C’est un mélange eutectique entre l'austénite et la cémentite et provenant lors


du refroidissement du métal liquide avec 4,3 % de carbone à la température
eutectique. Le lédéburite contient 51,4 % d'austénite et 48,6 % de
cémentite et peut contenir 2,06 à 6,67 % de carbone. Son domaine de
stabilité est 723 °C à 1147 °C.

109
CHAPITRE IV DIAGRAMMES DE PHASES BINAIRES

Figure IV. 25 : Diagramme de phases des alliages Fer-Carbone (en concentration massique) [2].

Lorsque le refroidissement du métal liquide est lent les atomes de carbone se


cristallisent en formant le graphite et clans le cas contraire lorsque le refroidissement est
rapide on a la formation de la cémentite (Fe3C), qui ne peut se décomposer à la

température ambiante, mais à un maintien de température supérieure à 500 °C et d'une


durée très longue. La cémentite peut se décomposer en graphite suivant la réaction :
Fe3C + chaleur ↔ Fe + C

La présence aussi du silicium peut favoriser la décomposition de la cémentite


(formation du graphite). Donc on a l'existence de deux diagrammes d'équilibres :
- Le diagramme d'équilibre métastable Fe-Fe3C (cémentite).

- Le diagramme d'équilibre stable fer-graphite.

IV. 8. 2. Diagramme d'équilibre Fer-carbone à cémentite métastable

Le diagramme d'équilibre Fer-Cémentite est métastable (Fig. 26). Il représente la


composition des phases et la structure des alliages dont la concentration varie du fer pur (100
% Fe) à la cémentite (100 % Fe3C) correspond à 6,67 % de carbone. Est utilisé pour l’étude
des phases dans les aciers et fontes blanches. Ce diagramme est caractérisé par :

110
CHAPITRE IV DIAGRAMMES DE PHASES BINAIRES

- Maximum de carbone : 6.67 %C (Composition Fe3C)


- Une transformation allotropique : %C = 0 Le fer α: de structure CC (-273°C<T<
912°C), Le fer γ: de structure CFC (912°C<T<1538°C1394°C), Le fer δ: de structure
CC (1394°C<T<1538°C).
- Un point eutectique : L (4,3 %C) ↔ Fe3C + γ (2,11 %C) à T = 1147 °C,
- Un point eutectoïde : γ (0,76%C) ↔ Fe3C + α (0,022 %C) à T = 727 °C ;
- Un point péritectique : L (0,51 %C) + δ(0,1 %C) ↔ γ (0,16 %C) à T = 1494 °C,
- Fer : %C < 0, 008%, phase α,
- Aciers : %C < 2, 14%, phase α et Fe3C,
- Fontes : 2, 14% < %C < 6, 70%, phase α et Fe3C.

Figure IV. 26 : Diagramme d’équilibre métastable ou à cémentite [1].

111
CHAPITRE IV DIAGRAMMES DE PHASES BINAIRES

IV.8. 3. Diagramme d'équilibre stable (Fe-C)

Dans ce diagramme une phase riche en carbone reste à l’état de graphite pur (Cgr), qui
a une miscibilité nulle avec le fer (Fig. 27). Le diagramme correspondant est dit stable ou à
graphite. Son obtention exige la décomposition du carbone Fe3C en refroidissant avec une
vitesse très lente et en ajoutant un catalyseur à grande pouvoir de graphitisation tel que le
silicium. Est utilisé pour l’étude des phases dans les fontes malléables. Ce diagramme est
caractérisé par :

- Peut aller jusqu’à 100 %C


- Fe3C → 3Fe + C en plusieurs années à 700°C
- Avec présence de Si, cette réaction est beaucoup plus rapide
- Carbone sous forme de graphite
- Diagramme Fe-Graphite : utilisé pour l’étude des fontes
- Les températures et pourcentages de Carbone sont différents de celle du diagramme
métastable.

Figure IV. 27 : Diagramme d’équilibre stable ou à graphite [1].

112
CHAPITRE IV DIAGRAMMES DE PHASES BINAIRES

IV. 9. Références de chapitre IV

[1] A. Arfaoui, M. A. Chaker, Matériaux Métalliques. ISET Kasserine. Année 2009/2010.

[2] P. MILLET. Diagrammes de Phases. Société Francophone de Biomatériaux Dentaires.


2009-2010.

[3] A. Rich. Thermodynamique chimique. SCIENCES DE LA MATIERE CHIMIE


SEMESTRE 4 (SMC4)

[4] B. Appolaire. Diagrammes de phases. INPL

[9] Z. Belamri. Technologie des matériaux. Université Freres Mentouri Constantine 2016 /
2017.

[10] A. Prince, Alloy phase equilibrium, Elsevier publishing company, New York, 1966.

[11] B. Chalmers, Métallurgie Physique, Dunod, Paris, 1963.

[12] A. Cornet, F. Hlawka, Propriété et Comportements des Matériaux, Ellipses édition


Marketing, SA, Paris, 2010.

113

Vous aimerez peut-être aussi