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Université McGill - Unité de formation et de recherche en traduction

Université de Paris 3 Sorbonne Nouvelle


Fonds d’action et de soutien pour l’intégration et la lutte contre la discrimination (FASILD)
Ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles du Québec (MICC)
Service de coopération et d'action culturelle, Consulat général de France à Québec

La langue et l’intégration

2e partie :
Les obstacles à la francisation

PROGRAMME

8 et 9 decembre 2005
Université McGill
688, rue Sherbrooke Ouest, 10e étage
Montréal, Québec, Canada
jeudi 8 décembre
8 h 30 Bienvenue
J. Archibald, Université McGill
8 h 40 La langue française et exercice d'une profession au Québec : les défis et
les besoins des personnes immigrantes
André Gariépy, avocat, Directeur général du Conseil interprofessionnel du Québec
9 h 30 La problématique de l’immigration dans le contexte linguistique éducatif et culturel en France
Jean-Louis Chiss, Université de Paris 3 Sorbonne Nouvelle
10 h Les cours de francisation : accès résultat, réinvestissement. Ont-ils une véritable valeur intégrative ?
Anne-Sophie Calinon, Universités de Montréal et de Franche-Comté
10 h 30 Discussion
10 h 45 Pause
11 h Obstacles à la francisation : perceptions de nouveaux arrivants adultes de la communauté roumaine
Mirela Moldoveanu, Université d’Ottawa
11 h 30 L’assimilation linguistique des migrants italiens et polonais en France vue à travers l’enquête
INED de 1953 par Girard et Stoetzel
Laurent Puren, Université de Lille 1
12 h Le français, facteur d’adhésion commune au Liban
Wafa Berry Hajj, Université Libanaise
12 h 30 Discussion
12 h 45 Déjeuner
13 h 45 La francisation des immigrants : un modèle d’analyse de type choix rationnel
Jean Laponce, University of British Columbia
14 h 15 Stratégie d’intégration linguistique des immigrants : les cas de la
France et du Québec
Nathalie Ivanov, Université McGill
14 h 45 Discussion
15 h La langue et l’intégration des immigrants
Christine Candide, Fonds d’action et de soutien pour l’intégration
et la lutte contre la discrimination (FASILD)
15 h 30 Discussion
15 h 45 Pause

16 h L’intégration des mineurs étrangers isolés en France : un défi


Eva Lemaire, Université de Paris 3 Sorbonne Nouvelle

16 h 30 Les jeunes Franco-Maghrébins et les risques d’une conception agonistique des contacts de langues
Mohamed Kara, Université Paul Verlaine de Metz
17 h L’intégration des immigrants diplômés au Canada
Natalia Dankova et Renaud Arnaud, Université du Québec en Outaouais et le Centre
d’immersion en langue française d’Ottawa (CILFO)
17 h 30 Discussion
17 h 50 Conclusion des travaux de la première journée
18 h Fin

2 - MONTRÉAL
ve n dr ed i 9 d éc e mb r e
8 h 30 Introduction
Jean-Louis Chiss,
Université de Paris 3 Sorbonne Nouvelle

8 h 40 Un obstacle majeur à la francisation des immigrants au Québec : l’absence


d’une « norme » orale
Robert A. Papen,
Université du Québec à Montréal

9 h 10 La francisation pour l’intégration : grandes orientations du programme d’intégration linguistique,


scolaire et sociale (ILSS) pour élèves du secondaire
Suzanne Belzil et Judith Gagné,
Direction générale de la formation des jeunes, Ministère de l’Éducation,
du Loisir et du Sport (Québec)

9 h 30 Discussion
9 h 50 Pause

10 h L’intégration linguistique du migrant passe par la reconnaissance de sa compétences langagière


et la cohérence de son parcours de formation
Anne Vicher,
Écrimed (ÉCRIture et MÉDia), Université de Paris 3 Sorbonne Nouvelle
et Université Jean Monnet de St-Étienne

10 h 30 Terre promise contre langue promise : l’accueil de l’étranger et de ses langues en France
Stéphanie Galligani,
Université de Paris 3 Sorbonne Nouvelle

11 h Discussion
11h 20 Pause

11 h 30 Table ronde
James Archibald, Christine Candide et Jean-Louis Chiss

12 h Fin des travaux

MONTRÉAL - 3
Résumés

Renaud Arnaud
Intégration des immigrants diplômés au Canada

Voir Natalia Dankova

Suzanne Belzil et Judith Gagné


La francisation pour l’intégration : grandes orientations du programme d’intégration linguis-
tique, scolaire et sociale (ILSS) pour les élèves du secondaire

Pour l’adolescent immigrant nouvellement arrivé et non francophone, le besoin premier est de s’intégrer à sa
société d’accueil. Pour ce, il doit apprendre le français, langue commune de la vie publique, et s’approprier le
mode de fonctionnement de son milieu scolaire et de la société en général. Dans cette communication, nous
proposons de décrire les visées du nouveau programme d’intégration linguistique, scolaire et sociale au sec-
ondaire dans le cadre de la réforme de l’éducation. Nous explorerons les compétences langagières et cogniti-
vo-scolaires que les élèves immigrants doivent développer afin de poursuivre leur scolarisation dans les class-
es ordinaires et, par la suite, de s’intégrer pleinement à la société québécoise. Enfin, nous nous interrogerons
sur certains obstacles rencontrés par ces élèves sur le plan de la francisation et de l’intégration dans le cadre
scolaire.

Wafa Berry-Hajj

Plus que jamais le Liban a besoin de paix et de cohésion. Cette cohésion passe forcément par le dialogue
interne du pays, dialogue porté paradoxalement par les langues étrangères avec toutes les connotations cul-
turelles qu’elles charrient.

Étrangement, chez les Libanais, pour que ce dialogue soit amorcé, il doit nécessairement passer par une identi-
fication de l’autre : de sa religion, de sa confession, de sa région de son milieu social et tant d’autres critères
pour sécuriser les interlocuteurs et les pousser à se connaître.

Malheureusement pour certains Libanais tous les paramètres cités plus haut passent par la maîtrise d’une
langue étrangère, le français en l’occurrence.

La langue étrangère est un autre mot de passe déterminant dans l’unification des Libanais. Comment la langue
française favorise-elle l’adhésion commune des Llibanais à leur identité multiculturelle et comment la langue
française constitue-t-elle un obstacle au dialogue interculturel libanais ?

4 - MONTRÉAL
Anne-Sophie Calinon
Les cours de francisation : accès, résultat, réinvestissement.
Ont-ils une véritable valeur intégrative ?

L’intégration en général, et surtout linguistique, des immigrants arrivant sur le sol québécois, semble passer,
selon les textes gouvernementaux par le suivi de cours de francisation. Ces programmes ont pour but d’ap-
porter un savoir linguistique mais également une initiation à la culture québécoise car « l’apprentissage du
français et son adoption comme langue commune de la vie publique constituent des conditions nécessaires à
l’intégration » (Enoncé de politique en matière d’immigration et d’intégration, 1990 : 17). Notre étude menée
en 2002 auprès d’immigrantes adultes, nous amène à soulever des problèmes que nous aborderons dans la
communication, comme les conditions d’accès aux cours et l’adéquation entre les besoins linguistiques immé-
diats que rencontrent les immigrants dans leur processus d’installation et le contenu des cours. Les faibles pos-
sibilités de réutilisation des connaissances acquises dans les cours, dues au manque de contact avec des
Québécois francophones, entraînent un repli familial et social généralement intracommunautaire. De plus, par-
ler français à Montréal n’est pas perçue comme une nécessité, même si, d’un avis commun, une intégration
réussie passe obligatoirement par la connaissance de la langue officielle. Toutes ces raisons, y compris un
manque de perspective professionnelle valorisante, freinent la motivation à acquérir la langue française et
dressent le bilan d’une politique linguistique de francisation en demi-teinte.

Christine Candide
La langue et l’intégration des immigrants

Dans les trajectoires migratoires individuelles l’apprentissage de la langue du pays d’accueil est un facteur
d’intégration sociale et professionnelle. La mise en œuvre du contrat d’accueil et d’intégration (CAI) en
France constitue le vecteur d’une nouvelle politique d’immigration fondée sur des engagements réciproques.
Donner le droit à l’apprentissage de la langue c’est organiser une politique d’immigration avec des droits et
des devoirs. Il faut cependant se poser la question de l’immigration choisie et de l’immigration subie. Le pro-
jet migratoire et le lien avec la France , pays choisi par hasard , au gré des contacts et des réseaux n’a plus rien
à voir avec l’immigration post-coloniale. L’apprentissage de la langue comme facteur d’intégration devient un
marqueur de cette relation ambiguë. L’intégration ne se décrète pas des résistances se construisent même si
cela ne préjuge pas de la relation ultérieure.

Jean-Louis Chiss
La problématique de l’immigration dans le contexte linguistique, éducatif et culturel français

La définition d’orientations didactiques pour l’enseignement/apprentissage du français destiné aux jeunes issus
de l’immigration suppose un examen attentif de leur situation sociolinguistique et des aspects éducatifs, lin-
guistiques et culturels du contexte d’insertion. On traitera successivement de la complexité des pratiques lan-
gagières réelles de ces jeunes en particulier des aspects liés au bilinguisme ou plurilinguisme, des représenta-
tions des langues en présence (langues maternelles et langue d’accueil), des conflits à l’œuvre dans les situa-
tions de « contact » de langues et de cultures, du rôle de la scolarisation en français. À l’évidence, d’un con-

MONTRÉAL - 5
texte à l’autre au sein même de la « francophonie » et à l’intérieur de chaque pays ou région, existent des dif-
férences sensibles dans les politiques linguistiques, les conceptions philosophiques de l’identité linguistique et
culturelle qui constituent des objets de débats et de polémiques et auxquels la didactique des langues ne saurait
être indifférente.

Natalia Dankova et Renaud Arnaud


Intégration des immigrants diplômés au Canada

Cette communication examine les obstacles que les immigrants possédant des diplômes universitaires rencon-
trent au Canada. Malgré leur niveau de qualification, l’existence d’un besoin au Canada et le support ouvert
des paliers gouvernementaux, il arrive souvent que les nouveaux arrivants ne réussissent pas à s’intégrer à la
société d’accueil. Une série de facteurs d’ordre professionnel et linguistique sont à l’origine de cette situation.
Selon les cas individuels, les nouveaux arrivants choisissent de retourner aux études ou d’accepter des emplois
inférieurs à leurs qualifications et expérience antérieure, ou bien deviennent des consommateurs des services
sociaux. Les compétences de départ de la personne immigrante se périment avec le temps et ses chances d’ex-
ercer dans son domaine diminuent. La non-intégration et le gaspillage des compétences coûtent cher à la
société et à la personne elle-même.. Le Groupe de Réflexion et d’Initiative des Immigrants Diplômés à l’É-
tranger (GRIIDE), créé à Ottawa, propose deux programmes complémentaires visant une meilleure intégration
des immigrants diplômés au marché du travail canadien. Cette communication fera l’état des lieux de la situa-
tion des immigrants diplômés et proposera des recommandations pouvant faciliter l’intégration de cette caté-
gorie de travailleurs.

Judith Gagné
La francisation pour l’intégration : grandes orientations du programme d’intégration linguis-
tique, scolaire et sociale (ILSS) pour les élèves du secondaire

Voir Suzanne Belzil.

Stéphanie Galligani
Terre promise contre langue apprise…: l’accueil de l’étranger et de ses langues en France

En France, la mise en place du « Contrat d’accueil et d’intégration » initié par le gouvernement actuel est la
traduction d’une volonté ambitieuse « de créer […] les conditions d’un accueil digne de ce nom des étrangers
venant légalement s’établir durablement, en vue de faciliter leur intégration dans la république française ». Le
problème de l’intégration, terme qui est à utiliser avec beaucoup de circonscription tant il est délicat d’en don-
ner une définition scientifique, semble se réduire dans ce texte à un pur problème de maîtrise de la langue
française et de respect des us et coutumes français. En effet, la maîtrise de la langue d’accueil est posée
comme un des préalables à l’intégration de l’étranger ; la langue devenant ainsi l’outil de l’absorption de l’é-

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tranger dans la société d’accueil. Sauf que ces mesures, qu’il s’agisse du « Contrat d’accueil et d’intégration »
ou encore des textes officiels émanant du ministère de l’éducation nationale sur la scolarisation des enfants
nouvellement arrivés en France (ENAF), ne mentionnent pas les éventuels obstacles qui peuvent enrayer ce
processus de « francisation ». Un des obstacles majeurs est l’absence de réciprocité des langues en présence.
En effet, s’il y a une langue à l’arrivée (le français), qu’en est-il de la ou des langues de départ (langues d’o-
rigine) de l’enfant étranger ? Il s’agit donc de se demander, face à cette absence de réciprocité à l’école, lieu
d’accueil et de partage des connaissances, comment le système scolaire français, utilisé traditionnellement
comme instrument privilégié et efficace d’unification et de domination linguistiques, peut-il intégrer ces
« Autres » langues pour favoriser le plurilinguisme des élèves issus du contexte migratoire.

André Gariépy
La langue française et exercice d'une profession au Québec :
les défis et les besoins des personnes immigrantes

La langue est nécessaire à l'apprentissage et essentielle au rendement professionnel. Les personnes qui exer-
cent des professions réglementées assument des responsabilités importantes notamment au regard des risques
de préjudice associés à leurs activités. Bien communiquer participe à la pertinence et à la qualité de l'acte pro-
fessionnel. La maîtrise de la langue est donc une compétence qui contribue à la compétence professionnelle.

La Charte de la langue française de 1978 a reconduit les exigences des lois qui l'ont précédé en pareille
matière. En vertu de la Charte, la connaissance de la langue française "appropriée à l'exercice d'une profes-
sion" est exigée pour obtenir un permis de l'ordre professionnel qui a mandat de régir cette profession.

Il faut toutefois s'entendre sur le caractère "approprié" de cette connaissance et sur la façon de l'évaluer. Pour
plusieurs professions, le niveau de connaissance actuellement reconnu paraît insuffisant.

Dans ce contexte, les professionnels issus de l'immigration non-francophone font face à un défi d'efficacité
dans leur intégration socio-professionnelle, qui peut affecter la pertinence et la qualité de leur intervention
auprès du public québécois. Cette situation inquiète d'autant plus qu'on constate une insuffisance de ressources
en francisation adaptées aux besoins de leur pratique.

Nathalie Ivanov
Stratégie d’intégration linguistique des immigrants : les cas de la France et du Québec

Il est possible d’envisager l’intégration des immigrants sous différents angles. Nous le faisons ici à l’aide d’un
modèle de science politique ayant été proposé pour l’étude de l’intégration européenne.

En effet, il peut être instructif d’aller au-delà des divisions entre politiques intérieure et extérieure de même
qu’entre niveaux individuel et collectif. Un modèle qui a valeur explicative dans un domaine pourrait en avoir
tout autant dans un autre.

MONTRÉAL - 7
Ainsi, le modèle d’intégration proposé ici en est un à cercles excentriques sur fond de fonctionnalisme.
L’hypothèse est la suivante : un immigrant qui bénéficierait d’une formation fonctionnelle de la langue d’ac-
cueil en rapport avec ses qualifications professionnelles, par exemple le français de la santé, serait ensuite à
même de généraliser sa connaissance du français de façon à poursuivre une intégration progressive et
dynamique.

Par ailleurs, selon certaines études, les enfants d’immigrants ou la première génération de Français, de
Québécois... auraient une forte tendance à vouloir se fondre dans la société d’accueil, se détachant de la cul-
ture et de la langue de leurs parents. On peut alors supposer que ces citoyens issus de l’immigration
répondraient favorablement à une structure d’enseignement facilitant l’apprentissage de la langue du pays
d’accueil.

Cette étude comparative entre la France et le Québec se focalisera sur la politique linguistique dirigée vers les
immigrants des deux États.

Mohamed Kara
Les jeunes Franco-Maghrébins et les risques d’une conception agonistique des contacts de
langues

Les enfants de migrants de la dite « troisième génération » vivent une situation de diglossie sur un mode con-
flictuel singulier en raison d’une identification négative à leurs deux langues de référence. Excepté les primo-
arrivants, les jeunes Franco-Maghrébins ne cultivent en effet que très peu la langue « maternelle1» - statutaire-
ment dévalorisée - en dehors de quelques expressions identitaires emblématiques. Pour nombre d’entre eux, ils
ne cultivent pas beaucoup plus le français, par réactions identitaires parfois. Ainsi, il n’est pas rare qu’aucun
des deux codes ne soit suffisamment maîtrisé pour satisfaire aux besoins d’une intégration sociale. Leur
représentation des deux langues semble déterminante en ce qu’ils s’imposent un conflit de loyauté : un choix
univoque entre une orientation ontologique pourvoyeuse d’identité ethnoculturelle qui aurait leur faveur, via
l’imaginaire de la langue « maternelle » et une orientation pragmatique qui les inciterait à « instrumentaliser »
la langue française à des fins d’intégration. D’où les multiples formes de désaffiliation qui alimentent des con-
duites langagières de rupture et qui constituent autant d’obstacles à la « francisation ». D’où une conception
agonistique des contacts de langues ; d’où encore le surinvestissement des parlures argotiques au risque de
s’enclore dans « un conflit sémiotique perpétuel2».

1 Je proposerai une réflexion, pas triviale du tout à mon sens, sur cette « langue maternelle », notamment pour
ceux d’entre eux qui sont nés de parents qui n’ont pas une pratique routinisée de l’arabe dit dialectal.
2 L’expression est de Louis-Jean Calvet, 1999, La guerre des langues et les politiques linguistiques, Paris, éd.
Hachette, coll. Pluriel, p. 31.

8 - MONTRÉAL
Jean Laponce
La francisation des immigrants : un modèle d’analyse de type choix rationnel

La francisation des immigrants, au Québec comme en France, se heurte à des obstacles d’ordres linguistique,
social, économique, et politique ; obstacles se prêtant bien à une analyse de type ‘choix rationnel’ qui met en
relation coûts et récompenses. Je traiterai brièvement des aspects linguistiques, sociaux, et économiques pour
consacrer l’essentiel de la communication aux aspects politiques du problème. Au Québec, les coûts d’acquisi-
tion du français à la charge de l’immigrant non-francophone sont de même type qu’en France en ce qui con-
cerne le transfert d’une langue à une autre, mais ils diffèrent de ce qu’ils sont en France par leur inégale
répartition. Alors qu’en France, sauf rares exceptions, l’école est française pour tous, au Québec l’immigrant
est traité différemment selon qu’il vient de l’étranger ou d’autres provinces, et selon la nationalité et la langue
de l’époux. Ces inégalités créent des anomalies difficiles à justifier et sont sources de frustrations potentielles
que révèlent de récents sondages. Au Québec comme en France, il y a déficit de récompenses politiques,
déficit mesuré en termes de participation, de représentation, et d’identification. La recherche d’améliorations
possibles à cet état de choses sera facilitée par une simulation de l’application aux deux sociétés concernées
des deux systèmes d’intégration par la langue les plus différents qui soient : celui de la Suisse, fondé sur le
principe de l’unilinguisme territorial, et celui de la Catalogne qui se donne pour but d’obtenir le bilinguisme
individuel généralisé. La recherche d’améliorations à la situation du Québec comme à celle de la France devra
tenir compte du fait que ces deux sociétés ont besoin d’immigrants et que l’une et l’autre désirent les intégrer
par un français qui soit langue citoyenne.

Eva Lemaire
L’intégration des mineurs étrangers isolés en France : un défi

Près de 5 000 jeunes migrants vivent en France sans la protection de représentants légaux. Mineurs et isolés,
ces jeunes considérés comme « en danger » sont censés bénéficier de la protection de l’État jusqu’à leur
majorité. S’ils veulent rester en France de façon régulière, ils devront, une fois majeurs, apporter la preuve de
leur « bon » degré d’intégration sociale, ce qui passe principalement, pour l’administration, par la maîtrise de
la langue française et l’initiation d’une formation professionnelle.

Malgré le manque de structures à même de leur enseigner le français, ces adolescents souvent peu scolarisés
dans leur pays n’ont généralement que les quelques mois qui les séparent de leur majorité pour commencer cet
apprentissage. Ils doivent en plus convaincre centres d’apprentissage et futurs employeurs qu’ils sont en
mesure de mener à bien leur projet professionnel malgré différents obstacles administratifs liés à leur situation.
Ce défi est particulièrement difficile à relever pour des jeunes que le vécu traumatique rend souvent peu
disponibles aux apprentissages et que la menace de la clandestinité démotive parfois.

Pour plus d’un millier de mineurs étrangers isolés dont les droits n’ont pas été reconnus, l’intégration est plus
difficile encore. En errance, ces adolescents n’ont pas accès à l’apprentissage formel de la langue française et
s’engagent dans un mode de vie clandestin synonyme de marginalisation.

MONTRÉAL - 9
Mirela Moldoveanu
Obstacles à la francisation : perceptions de nouveaux arrivants adultes de la communauté
roumaine

La présente recherche vise à analyser les perceptions des obstacles à la francisation de nouveaux arrivants au
Québec. À partir de plus de vingt témoignages recuiellis auprès d’anciens étudiants en francisation, membres
de la communauté roumaine de la région Hull – Gatineau, et en nous basant sur la théorie humaniste en éduca-
tion des adultes et en didactique du français langue seconde, nous nous proposons de répondre aux questions
suivantes. Dans quelle mesure les bénéficiaires maîtrisent-ils le français parlé et écrit à la fin du programme.
Quels sont, selon eux, les obstacles à l’apprentissage du français.Comment améliorer les programmes de fran-
cisation des nouveaux arrivants adultes offerts par le gouvernement québécois. Les principaux aspects qui ont
émergé de notre recherche portent sur les dimensions pédagogique, pragmatique et culturelle de la formation
linguistique. Les conclusions de cette étude confirment les résultats de recherches récentes, dont elle se dis-
tingue par l’identification de certains aspects problématiques éludés jusqu’à présent. Corroborés avec les nou-
velles politiques du Québec concernant la sélection des immigrants, nos résultats indiquent les forces et les
faiblesses du programme de francisation dispensé auprès d’une clientèle adulte en Outaouais, telles que
perçues par certains de ses bénéficiaires, et suggèrent des voies d’ajustement.

Laurent Puren
L’assimilation linguistique des migrants italiens et polonais en France vue à travers l’enquête
INED de 1953 par Girard et Stoetzel

La pratique de leur langue d’origine constitue-t-elle pour les populations immigrées un obstacle à la francisa-
tion ? Tel est en substance le sujet que nous proposons d’aborder. À cette fin, nous reviendrons sur les résul-
tats d’une enquête sociologique menée à l’initiative de l’INED33 Institut National d’Études Démographiques.

entre 1951 et 1952 auprès de 526 familles polonaises et italiennes installées en France. Cette étude, publiée en
1953 par Alain Girard et Jean Stoetzel sous le titre Français et immigrés. L’attitude française. L’adaptation
des Italiens et des Polonais, est l’une des premières comprenant tout un volet sociolinguistique consacré aux
pratiques langagières familiales de populations migrantes en France. Le principal objectif alors affiché par ses
auteurs était de mesurer les capacités d’assimilation, et notamment d’assimilation linguistique, de la société
française au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. Dans un contexte historique où l’École de la
République se voyait assigner comme principale mission de « lisser les différences » dans le but de « fondre »
son public alloglotte dans le creuset français « un et francophone », le maintien des particularismes linguis-
tiques était en effet perçu comme un obstacle potentiel à la francisation, donc à l’assimilation. Or, en révélant
la forte érosion de l’utilisation des langues d’origine chez les enfants de 2ème génération, l’enquête de l’INED
ne fait que confirmer ce que nous ont appris des études plus récentes qui, soulignant l’impact de la scolarisa-
tion sur les pratiques linguistiques des familles migrantes, insistent sur la puissance des phénomènes d’accul-
turation linguistique en œuvre dans les phénomènes migratoires.

10 - MONTRÉAL
Robert A. Papen
Un obstacle majeur à la francisation des immigrants au Québec : l’absence d’une ‘norme’
orale

La question de quel français enseigner à l’écrit, comme langue première ou comme langue seconde, n’a jamais
vraiment posé de problème au Québec, sauf pour la question du lexique – problématique que nous n’abor-
derons pas ici. Tous acceptent que ce français doit être conforme à la « norme » écrite, telle que consignée
dans des grammaires de référence comme celles de Grevisse. Mais la question du français à l’oral – pourtant
d’une importance capitale pour les immigrants – a toujours posé un dilemme, car ce français n’a jamais été
décrit. Néanmoins, dès 1977, les professeurs de français du Québec avaient déclaré « que la norme du français
dans les écoles du Québec soit le français standard d’ici. Le français standard d’ici est la variété de français
socialement valorisée que la majorité des Québécois francophones tend à utiliser dans les situations de com-
munication formelle ». Malheureusement, aucune recherche scientifique n’a encore été effectuée afin de déter-
miner et de définir quelle est cette variété de français valorisée.

Il en découle qu’à l’oral, on enseigne et on accepte un peu n’importe quoi – d’un français oral résolument lié
à la forme écrite mais se rapprochant surtout du français hexagonal (du moins pour la prononciation) à un
français qu’on pourrait considérer comme « populaire ». D’où la confusion qu’entretiennent de nombreux
immigrants lorsqu’ils ont l’occasion de communiquer oralement, même dans des situations de communication
formelle.

Dans cette communication, nous tracerons rapidement comment le débat sur la « norme » orale au Québec a
toujours été évacué, tout en recensant les quelques écrits qui ont traité de la question. Nous soulèverons
quelques uns des problèmes que l’absence d’une norme bien définie pose tant aux enseignants qu’aux
apprenants adultes et nous conclurons en proposant quelques pistes de recherche.

Anne Vicher
L’intégration linguistique du migrant passe par la reconnaissance de sa compétence langagière
et la cohérence de son parcours de formation.

Si l’intégration sociale et professionnelle passe par la maîtrise d’une compétence de communication de base
dans la langue du pays d’accueil, en l’occurrence le français, l’obstacle sera cependant difficile à franchir pour
le migrant car l’accès à son apprentissage ne relève pas d’une volonté et d’une légitimité politique. Constatant
que la politique d’intégration ne répondait plus aux attentes ni des personnes immigrées ni de nos
concitoyens , la France a enfin comblé son retard par rapport aux pays anglo-saxons en matière d’accueil des
primo arrivants et de politique linguistique à leur égard en mettant sur pied le « contrat d’accueil et d’intégra-
tion ». Mais de nombreux handicaps subsistent. Ceux-ci empêchent les migrants de pouvoir fonctionner de
façon autonome dans la société d’accueil et d’être compétitifs par rapport aux autochtones (les Français) à
compétences égales.

MONTRÉAL - 11
AFFILIATIONS - MONTREAL (2 e partie)

J. Archibald – Université McGill


Stéphanie Galligani - Université de Paris 3
Renaud Arnaud – Centre d’immersion en langue
Sorbonne Nouvelle
française d’Ottawa (CILFO)
André Gariépy - avocat, Directeur général du
Suzanne Belzil – Direction générale de la forma-
Conseil interprofessionnel du Québec
tion des jeunes, ministère de l’Éducation, du
Loisir et du Sport (Québec)
Nathalie Ivanov - Université McGill
Wafa Berry-Hajj – Université Libanaise
Mohamed Kara – Université Paul Verlaine de
Metz
Anne-Sophie Calinon – Universités de Montréal
et de Franche-Comté
Jean Laponce – University of British Columbia
Christine Candide – Fonds d’action et de soutien
Eva Lemaire - Université de Paris 3 Sorbonne
pour l’intégration et la lutte contre la discrimina-
Nouvelle
tion (FASILD)
Mirela Moldoveanu – Université d’Ottawa
Jean-Louis Chiss – Université de Paris 3
Sorbonne Nouvelle
Robert A. Papen – Université du Québec à
Montréal
Natalia Dankova – Université du Québec en
Outaouais
Laurent Puren – Université de Lille 1
Judith Gagné - Direction générale de la forma-
Anne Vicher – Écrimed (ÉCRlture et MÉDia),
tion des jeunes, ministère de l’Éducation, du
Université de Paris 3 Sorbonne Nouvelle et
Loisir et du Sport (Québec)
Université Jean Monnet de St-Étienne

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