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Notes de cours d’Électricité et Magnétisme

Mahmoud Hachemane

3 avril 2020
1

Département de Physique Théorique, Faculté de Physique, USTHB, Bab-Ezzouar, Alger.

Ce document est destiné aux étudiants de la première année ST et SM de l’USTHB.


Certaines parties désignées par un astérisque (*) peuvent être ignorées à cause de leur difficulté ou du fait
qu’elles soient hors programme. Cependant, elles seront utiles pour les étudiants persévérants.
Les quelques exercices et exemples de ces notes de cours ont été puisées de la série d’exercices de l’USTHB,
à laquelle ont contribué plusieurs enseignants.
Chapitre 1

Interaction Électrique

L’électricité a été découverte par les grecs comme une propriété de l’ambre jaune (êlektron en grec). L’at-
traction et la répulsion des corps électrisés (par contact ou frottement) a conduit à deux types d’électrisation,
appelés aujourd’hui positif et négatif. Cette interaction (attraction et répulsion) a été quantitativement formu-
lée par la loi de Coulomb. Actuellement, on sait qu’elle est due à un excès ou un défaut d’électrons. Dans ce
chapitre, on détaillera ces notions.

1.1 Charges électriques


La charge électrique est une propriété de la matière mise en évidence par l’attraction ou la répulsion des corps.
La matière se charge positivement (vitreuse) ou négativement (résineuse) par frottement, par contact avec un
corps chargé ou un générateur et par influence 1 .
Les charges de même signe se repoussent et les charges de signes opposés s’attirent.
Un classement triboélectrique pour l’électrisation par frottement est le suivant (tribo = frottement) :
poil de lapin, verre, mica, laine, poil de chat, soie, bois, ambre, résine, souffre, ébonite, celluloïd.
Le frottement de deux corps charge positivement celui qui est classé avant l’autre. Le dernier se charge néga-
tivement.
Exemple : frottement verre-résine charge le verre positivement et la résine négativement.
Les isolants sont des matériaux qui se chargent localement (la charge ne peut pas circuler dans un isolant).
Les métaux sont des matériaux qui se chargent en totalité (la charge circule librement dans un métal).
Interprétation microscopique : la charge est un surplus ou un défaut d’électrons. La charge d’un électron est
q = −e où e = 1.6 10−19 C. Toute autre charge est Q = ±ne où n est entier (quantification de la charge).
Principe de conservation de la charge : la charge totale Q d’un système électriquement isolé reste constante.

Q f inale = Qinitiale (1.1)


1. En réalité, l’influence ne charge pas. Elle entraîne une redistribution et une condensation des charges (voir chapitre sur les
conducteurs)

2
CHAPITRE 1. INTERACTION ÉLECTRIQUE 3

1.2 Loi de Coulomb 1785 (forces électrostatiques)


Bien avant Coulomb, des scientifiques ont conjecturé puis montré que la force entre deux charges suit une loi
en 1/r2 comme la loi de la gravitation. Puis, suite à des expériences avec la balance de Coulomb, ce dernier a
montré que la force ~F1/2 ≡ ~F12 exercée par une charge q1 sur une charge q2 est :
~F12 = K q1 q2 ~u12 (1.2)
2
r12
~u12 F~12
q1 et q2 de même signe : b b

q1 r12 q2

~u12 F~12
q1 et q2 de signes opposés : b b

q1 r12 q2

où ~u12 ≡ ~u1→2 est un vecteur unitaire dirigé de la charge qui crée la force (q1 ) vers la charge qui subit
1
la force (q2 ), et r12 est la distance entre les deux charges. La constante K = 4πε 0
9 109 m3 .kg.s−4 .A−2 (on
1
omettra souvent ces unités SI) s’exprime en fonction de la permittivité électrique du vide ε0 = 4πK = 8.842 ×
−12 −3 −1 4 2
10 m .kg .s .A . Dans un autre milieu, on utilise ε = ε0 εr où εr est la permittivité relative de ce milieu
par rapport au vide.
Remarques :
— La force exercée par q2 sur q1 est
~F21 = K q2 q1 ~u21 = −~F12
2
r21
car r12 = r21 et ~u12 = −~u21 . Le principe de l’action est de la réaction donne directement ce résultat.
— La force gravitationnelle ~F12 = −G mr12m2 ~u12 contient un signe moins « − » car les deux masses s’attirent
12
bien qu’elles soient positives, alors que des charges électriques se repoussent quand elles sont positives.

1.3 Énergie potentielle électrostatique de deux charges


Supposons que q1 soit immobile à l’origine du repère et que q2 puisse se déplacer (dans un plan pour simpli-
fier).
F~12
A
q2

~
dl
r

~ur B
θ
q1
CHAPITRE 1. INTERACTION ÉLECTRIQUE 4

En coordonnées polaires, r12 = r, ~u12 = ~ur et ~F12 = K q1r2q2 ~ur . Cette force, qui agit sur q2 , dérive de l’énergie
potentielle électrostatique de q2
q1 q2
E pE (r) = K +C (1.3)
r
En effet, il est facile de vérifier que
~F12 = −~∇E pE = − dE pE ~ur (1.4)
dr
Par conséquent, le travail de ~F12 est
~ = −dE pE
dW (~F12 ) =~F12 .dl (1.5)
m
ˆ B
B ~
WA (F12 ) = ~ = −(E pE (rB ) − E pE (rA ))
~F12 .dl (1.6)
A

Il est indépendant du chemin suivi. Dans ce cas, l’énergie totale est conservée par ~F12 (force conservative).
Autrement dit, si ~FTotale = ~F12 , alors ET (rB ) = ET (rA ) avec ET = Ec + E pE .
Détermination de l’énergie potentielle :
d~l = dr~ur + rdθ~uθ , le travail élémentaire de ~F12 = K q1r2q2 ~ur est
q1 q2
dW (~F12 ) = ~F12 .d~l = K 2 dr + 0 × rdθ
r
L’énergie potentielle électrostatique de la charge q2 est
ˆ ˆ
~ q1 q2 q1 q2
E pE (r) = − dW (F12 ) = − K 2 dr = K +C
r r
Par conséquent, le travail entre A et B ne dépend pas du chemin suivi et est égal à
ˆ B
B ~
WA (F12 ) = ~ = −(E pE (rB ) − E pE (rA ))
~F12 .dl
A

Remarques :
— Par symétrie, E pE (r) est aussi l’énergie potentielle de q1 .
— La constante C se détermine par un choix arbitraire de l’origine des énergies. Par exemple, si les charges
sont séparées par une distance infinie, elles n’interagissent pas et leurs énergies sont nulles
q1 q2
E pE (∞) = 0 J =⇒ K +C = 0 =⇒ C = 0

— E pE est aussi l’énergie interne U du système des deux charges (voir chapitre suivant).
— Le même calcul a été fait pour déterminer l’énergie potentielle gravitationnelle E pG = −G m1rm2 +C, à
partir de la force gravitationnelle ~F12 = −G mr12m2 ~u12 .
12
Chapitre 2

Électrostatique

L’électrostatique est l’étude du champ et du potentiel électriques créés par des charges immobiles. La notion
de lignes force (devenue lignes de champ) a été introduite par Faraday au 19e siècle. En se basant sur les idées
de Faraday, Maxwell a introduit la notion de champ. Le champ et le potentiel sont devenus des propriétés
physiques de l’espace dues à la présence de charges électriques. La notion de champ permet d’expliquer
l’interaction entre les charges en évitant qu’elle soit instantanée (voir section suivante). Dans ce chapitre,
on étudiera les champs et les potentiels créés par une ou plusieurs charges. On définira la force et l’énergie
potentielle d’une charge placée dans un champ et un potentiel créés par d’autres charges. Le dipôle électrique
sera traité comme application importante. Le théorème de Gauss sera discuté.

2.1 Champ et potentiel électrostatiques


Au lieu de dire qu’une charge qA exerce sur une autre charge qB la force de Coulomb FAB = KqA qB /r2 ,
on dit que la charge qA crée un champ électrostatique EA = qFB = KqA /r2 et c’est le champ qui exerce sur
qB la force FAB = qB EA = KqA qB /r2 . De même, on dit que la charge qA crée un potentiel électrostatique
VA = KqA /r et ce potentiel attribue à qB une énergie potentielle électrostatique E pE = qBVA = KqA qB /r égale
à l’énergie potentielle déterminée avec la loi de Coulomb. Autrement dit, même en l’absence de qB , le champ
et le potentiel existent dans l’espace. Ceux sont eux les responsables directes de la force appliquée à qB et de
l’énergie potentielle qu’elle acquiert. Ainsi, il deviennent des propriétés de l’espace et nous évite la notion de
force appliquée instantanément par une charge sur une autre : la charge qB ne subit la force FAB que lorsque le
champ créé par qA arrive en B après propagation à partir de A.

2.1.1 Champ et potentiel créés par un charge ponctuelle


Une charge ponctuelle qA placée en A crée un champ électrique vectoriel ~EA (M) et un potentiel électrique
scalaire VA (M) en chaque point M de l’espace, donnés par

~EA (M) = K qA ~uAM ; VA (M) = K


qA
+C (2.1)
2
rAM rAM

5
CHAPITRE 2. ÉLECTROSTATIQUE 6


~ ~
où rAM = AM est la distance entre qA et M. Le vecteur unitaire ~uAM = ~ k est dirigé de A vers M. L’unité
AM
kAM
du potentiel est le volt (V) et celle du champ est le Volt par mètre (V/m). On utilise souvent une notation
allégée q, r et ~u où les points A et M sont sous-entendus.
~u ~
E
q>0:
q r M

~u ~
E
q<0:
q r M

Remarques :
1. Le champ se dirige vers la charge négative et fuit la charge positive. En effet, si qA > 0, alors ~EA k ~uAM .
Si qA < 0, alors ~EA k (−~uAM ).
2. Le potentiel est déterminé à une constante arbitraire près. Si l’on impose VA (∞) = 0 V, alors C = 0 V.
3. Analogie avec le champ et le potentiel gravitationnels : Considérons une particule de masse mA et de
charge qA . Elle crée en tout point M de l’espace deux champs, ~gA (M) gravitationnel et ~EA (M) élec-
trique, ainsi que deux potentiels VGA (M) gravitationnel et VEA (M) électrique :

Champ créé par mA , qA Potentiel créé par mA , qA


Gravitationnel ~gA (M) = −G rm2 A ~uAM VGA (M) = −G rmAMA
AM
Électrique ~EA (M) = K q2A ~uAM VEA (M) = K rqAM
A
+C
r AM

Le signe « moins » dans ~gA et VGA est dû au fait que le champ gravitationnel se dirige vers la masse qui
est positive (les masses ont le même signe mais elles s’attirent).
4. Si une autre particule (mM , qM ) est placée en M, elle subira deux forces, l’une gravitationnelle et l’autre
électrique, et aura deux énergies potentielles (on a choisi C = 0) :

Forces agissant sur mM , qM Énergies potentielles de mB , qB


Gravitationnel ~FAM = mM~gA (M) = −G mrA2mM ~uAM E pG (mM ) = mMVGA (M) = −G mrAAM mM
AM
Électrique ~FAM = qM ~EA (M) = K qA2qM ~uAM E pE (qM ) = qMVA (M) = K qrAAM
qM
r AM

2.1.2 Principe de superposition


Considérons plusieurs charges qA , qB , etc. Elles créent un champ total ~E(M) et un potentiel total V (M) en M,
donnés par
~E(M) = ~EA (M) + ~EB (M) + · · · ⇐⇒ Ex (M) = EAx (M) + EBx (M) + ... (2.2)
V (M) = VA (M) +VB (M) + ... (2.3)
Q = qA + qB + · · · (2.4)
CHAPITRE 2. ÉLECTROSTATIQUE 7

où Q est la charge totale, ~EA et VA sont créés par la charge ponctuelle qA , etc.
Exemple : Champ créé par deux charges égales sur la médiatrice du segment qui les sépare
Les deux charges sont placées aux points A(0, a) et B(0, −a).
Notation simplifiée : q1 ≡ qA , q2 ≡ qB , r1 ≡ rAM et r2 ≡ rBM .
y
~u1
q1 > 0 : r1
a M
x α
O
a ~u β
2 r2 ~2 ~1
q2 < 0 : E E
~
E

Géométrie : r1 = r2 = r = x2 + a2 , sin α = √ 2a 2 , cos α = √ 2x 2 , β = π
2 − α.
x +a x +a
Vecteurs unitaires : ~u1 = cos α~i − sin α ~j et ~u2 = cos α~i + sin α ~j.
~E = ~E1 + ~E2 avec ~E1 = K q21 ~u1 et ~E2 = K q22 ~u2 .
r 1 r 2
Cas 1 : charges opposées q1 = q et q2 = −q.
2q sin α ~
En remplaçant, on trouve ~E = K rq2 (~u1 −~u2 ) = −K (x 2 +a2 ) j, soit

~E(x) = −K 2qa ~j
3
(x2 + a2 ) 2
Maintenant, on calcule le potentiel qui est toujours algébrique :
q1 q2
V =K +K = 0V
r1 r2
Cas 2 : charges identiques q1 = q2 = q :
2q cos α~
On trouve ~E = K rq2 (~u1 +~u2 ) = K (x 2 +a2 ) i, soit

~E(x) = K 2qx ~i
3
(x2 + a2 ) 2
Le potentiel est toujours algébrique
q1 q2 2q
V =K +K = K√
r1 r2 x + a2
2

2.2 Charges dans un champ et potentiel électriques


2.2.1 Force et énergie potentielle d’une charge ponctuelle
Considérons une charge ponctuelle qA au point A qui crée en chaque point M de l’espace un champ ~EA (M) =
K rq2A ~uAM et un potentiel VA (M) = K rqAM
A
. On a déjà vu que si l’on place une autre charge qM en M, elle sera
AM
CHAPITRE 2. ÉLECTROSTATIQUE 8

soumise à la force ~FAM = qM ~EA (M) et elle aura l’énergie potentielle E pE (qM ) = qMVA (M). Ces relations restent
valables pour un champ créé par une charge non ponctuelle, par exemple Q = qA + qB ,

~FM = ~FAM + ~FBM = qM ~EA (M) + qM ~EB (M)


h i
= qM ~EA (M) + ~EB (M) = qM ~E(M)

De même pour E pE . En général, la charge Q est une somme de plusieurs charges mais il n’est pas nécessaire
de les connaître. Il suffit de connaître le champ total ~E(M) et le potentiel total V (M). Alors, on peut dire :
Si une charge ponctuelle qM est placée en un point M où règne un champ électrique ~E(M) et un potentiel
électrique V (M), elle sera soumise à une force ~FM et elle aura une énergie potentielle E pE (qM ) données par

~FM = qM ~E(M) E pE (qM ) = qMV (M) (2.5)

avec ~E(M) = ~EA (M) + ~EB (M) + · · · et V (M) = VA (M) +VB (M) + · · ·

2.2.2 Lien entre le champ et le potentiel


Dans le chapitre précédent, on a montré que la force de Coulomb dérive de l’énergie potentielle ~FAM =
−~∇E pEA (qM ). Ceci demeure valable pour la résultante ~FM = ~FAM + ~FBM + · · · et l’énergie potentielle totale
E pE (qM ) = E pEA (qM ) + E pEB (qM ) + · · ·

~FM .d~l = −dE pE (qM ) ⇐⇒ ~FM = −~∇E pE (qM ) (2.6)

Comme ~FM = qM ~EM et E pE (qM ) = qMV (M), ces relations deviennent

qM ~E(M).d~l = −qM dV ⇐⇒ qM ~E(M) = −qM~∇V (M) (2.7)

En divisant par qM , on déduit que le champ total ~E dérive du potentiel total :

dV (M) = −~E(M).d~l ⇐⇒ ~E(M) = −~∇V (M) (2.8)


dV (M) = V (N) −V (M), d~l = MN
~ (2.9)

Ainsi, si l’on connaît le potentiel, on peut déterminer le champ en cordonnées cartésiennes et polaires :

∂V (M) ∂V (M)
Ex (M) = − , Ey (M) = − , (2.10)
∂x ∂y
∂V (M) 1 ∂V (M)
Er (M) = − , Eθ (M) = − . (2.11)
∂r r ∂θ

Si on travail à trois dimensions, on ajoute Ez (M) = − ∂V∂(M)


z .
CHAPITRE 2. ÉLECTROSTATIQUE 9

Inversement, si l’on connaît le champ, on peut déterminer le potentiel (à une constante arbitraire près)
ˆ ˆ B
dV = −~E(M).dl ~ ⇐⇒ V = − ~E.dl ~ ⇐⇒ V (B) −V (A) = − ~
~E.dl (2.12)
A
d~l = dx~i + dy~j = dr~ur + rdθ~uθ (2.13)
~ = Ex dx + Ey dy = Er dr + Eθ rdθ
~E.dl (2.14)

(si on travail à trois dimensions, on ajoute dz~k et Ez dz).


Remarques ´B
— L’intégrale A ~E.dl ~ s’appelle circulation du champ ~E le long d’une courbe (ou chemin) menant de A à
B. La circulation d’un vecteur ~A est l’analogue mathématique du travail d’une force.
— La circulation du champ électrique est indépendante du chemin. Elle ne dépend que du point initial A
et du point final B. ´x
— Dans ce cours, on aura toujours une intégrale qui se simplifie : Ey = Ez = 0 et V (B)−V (A) = − xAB Ex dx.
´r
Sinon, ce sera Eθ = Ez = 0 et V (B) −V (A) = − rAB Er dr.

2.2.3 Énergie interne d’un système de charges


a) Cas de deux charges
On veut placer deux charges de même signe qA1 et qA2 aux points A1 et A2 sans leur donner une énergie
cinétique. Pour cela, on suppose que qA1 est en A1 et un opérateur doit ramener qA2 de l’infini vers le point
A2 avec une vitesse très faible (négligeable). Il doit appliquer à qA2 une force ~F2op égale et opposée à la force
électrostatique ~FA1 A2 notée ~F2elec dans la figure ci-dessous. En effet, si ~F2op = −~F2elec , le mouvement de q2 est
uniforme avec une vitesse aussi petite que l’on veut (c-à-d. une énergie cinétique négligeable).
q1 ET (A1 , ∞) = 0J q2
Initial b b

A1 ∞

q1 ET (A1 , A2 ) = U12 q2 A ~ op ) = −W A2 (F
W∞2 (F
2 ∞
~ elec )
2

Final b b

~ op = −F
F ~ elec
A1 A2 2 2

q1 q2 > 0, EC = 0J
Considérons l’énergie totale du système (qA1 , qA2 ) notée ET (A1 , A2 ).
État Initial : ET (A1 , ∞2 ) = 0 J car les charges sont très éloignées et EC = 0 J.
État final : ET (A1 , A2 ) = U12 , c’est l’énergie potentielle interne du système car on a toujours EC ' 0 J.
Utilisons ∆ET = W (~Fnon conservatives ), où ~F op est non conservative alors que ~F elec est conservative.
ET (A1 , A2 ) − ET (A1 , ∞2 ) = W∞A2 (~F2op ).
Or ~F2op = −~F2elec = −~F12 , donc
U12 = W∞A2 (~F2op ) = −W∞A2 (~F12 ) = E pE (A2 ) − E pE (∞2 ) = E pE (A2 ) = KqA1 qA2 /rA1 A2 = E pE (A1 ).
CHAPITRE 2. ÉLECTROSTATIQUE 10

Nous avons obtenu trois résultats pour l’énergie interne :


— C’est le travail fourni par un opérateur pour rapprocher les charges U12 = W∞A2 (~F2op ).
— C’est le travail des forces électrostatiques lors de l’éloignement des charges U12 = WA∞2 (~F2elec ).
— C’est la variation de l’énergie potentielle de qA2 lors du rapprochement ∆E pE (qA2 ) = E pE (A2 )−E pE (∞2 ).
b) Cas de trois charges
Les charges qA1 et qA2 sont déjà en A1 et A2 , et un opérateur ramène qA3 de l’infini vers A3 .
ET (A1 , A2 , ∞) = U12

q1 q2 q3
Initial b b b

A1 A2 ∞

ET (A1 , A2 , A3 ) = U123

q1 q2 q3 A ~ op ) = −W A3 (F
W∞3 (F
3 ∞
~ elec )
3

Final b b b

~ op = −F
F ~ elec
A1 A2 A3 3 3

q1 , q2 et q3 de même signe et EC = 0J

ET (A1 , A2 , A3 ) − ET (A1 , A2 , ∞3 ) = W∞A3 (~F3op ) avec ET (A1 , A2 , ∞3 ) = U12 et ET (A1 , A2 , A3 ) = U123 car EC ' 0 J.
Donc
U123 −U12 = W∞A3 (~F3op ) avec ~F3op = −~F3elec = −(~FA1 A3 + ~FA2 A3 ) (les deux charges agissent sur qA3 ).
U123 = U12 +W∞A3 (~F3op ) = U12 +WA∞3 (~FA1 A3 ) +WA∞3 (~FA2 A3 ) = U12 +U13 +U23 .
Ainsi U123 s’écrit de trois manières différentes comme dans le cas de deux charges :
U123 = W∞A2 (~F2op ) +W∞A3 (~F3op ) = WA∞2 (~F1elec ) +WA∞3 (~F3elec ) = ∆E pE (qA2 ) + ∆E pE (qA3 )
Celle qu’on utilise souvent est
1
U123 = U12 +U13 +U23 = (U12 +U21 +U13 +U31 +U23 +U32 ) (2.15)
2
q1 q2
U12 = K (2.16)
r12
c) Cas de N charges
On ramène les charges une à une de l’infini aux points A1 , · · · , AN . :
CHAPITRE 2. ÉLECTROSTATIQUE 11

L’énergie interne de N charges ponctuelles est


N
1 N qi q j
U = ∑ Ui j = ∑ Ui j , Ui j = K (2.17)
i< j 2 i=1, j=1 rAi A j

Ce résultat provient de trois définitions équivalentes de l’énergie interne U d’un ensemble de N charges :
— Le travail fourni par un opérateur pour rapprocher les charges une à une à partir d’un état d’énergie
interne nulle (l’infini)
N
U = W∞A1 (~F1op ) + · · · +W∞AN (~FNop ) = ∑ W∞Ai (~Fiop ) (2.18)
i=1

— Le travail des forces électrostatiques lors de l’éloignement des charges vers des positions où le potentiel
de chaque charge est nul

~F op = −~Fielec ⇒ U = WA∞ (~F1elec ) + · · · +WA∞ (~FNelec ) = ∑ WA∞ (~Fielec ) (2.19)


i 1 N i
i
~F1elec = ~0, ~F2elec = ~FA A , ~F3elec = ~FA A + ~FA A , · · · (2.20)
1 2 1 3 2 3

— La somme des variations des énergies potentielles ∆E pE (qAi ) = E pE (qAi ) − E pE (q∞i ) de chaque charge,
lors du rapprochement de ces charges

WA∞i (~Fielec ) = −[E pE (q∞i ) − E pE (qAi )] = ∆E p (qAi ) =⇒ U = ∑ ∆E p (qAi ) (2.21)


i

2.3 Topographie du champ électrique


Une ligne de champ et une ligne en chaque point de laquelle le champ électrique est tangent. Elle est orientée
dans le sens du champ (elle sort des charges positives et entre dans les charges négatives).
~3
E
~2
E

~1
E

Un tube de champ est une surface formée par des lignes de champ qui s’appuient sur un contour fermé.
Une surface équipotentielle S est une surface où le potentiel est constant (V (M) = V0 , ∀M ∈ S). On notera
souvent cette surface par V0 au lieu de S.
La relation dV = −~E.d~l implique que :
CHAPITRE 2. ÉLECTROSTATIQUE 12

— Le champ électrique et la ligne de champ sont perpendiculaires à l’équipotentielle V : On choisit d~l sur
V (Fig.1) : dV = 0 =⇒ −~E.d~l = 0 =⇒ ~E ⊥ d~l
— Le champ et la ligne de champ sont orientés dans le sens des potentiels décroissants : On choisit d~l
dans le sens des ~E (Fig.2) : ~E.d~l > 0 et dV = V2 −V1 = −~E.d~l < 0 =⇒ V2 < V1 .
— Deux équipotentielles, V1 et V2 , se rapprochent plus dans les régions où le champ électrique est plus
intense : On choisit d~l et d~l 0 parallèles à ~E et ~E 0 , respectivement (Fig.2) : |V2 −V1 | = Edl = E 0 dl 0 . Alors,
dl < dl 0 =⇒ E > E 0 .

d~l d~l

d~l′ V1
~
E V
~
E ~′
E
V2
Fig. 1 Fig. 2

Exemples :
Charges ponctuelles et champ uniforme :
Charge positive seule Charge négative seule Champ uniforme

Equipotentielle
+ −

Ligne de champ

Champ uniforme (champ constant en module, direction et sens)


— ~E = C~ : les lignes de champ sont des droites parallèles. Les équipotentielles sont des plans perpendicu-
laires au lignes de champ.
— Comme ~E est constant, dV = −~E · dl ~ devient ∆V = −~E.∆l.~
— En choisissant ∆l ~ k ~E, on obtient ∆V = −E∆l et
— E = − ∆l ∆V

— ∆V1 = ∆V2 =⇒ ∆l1 = ∆l2 . Les équipotentielles sont équidistantes pour une même variation du
potentiel.

2.4 Le dipôle électrique


Les barycentres, des charges positives et des charges négatives, ne coïncident pas dans certaines molécules. Si
les barycentres sont distants de a, la molécule est dite polarisée et constitue un dipôle électrique défini comme
CHAPITRE 2. ÉLECTROSTATIQUE 13

un ensemble de deux charges égales et opposées (les barycentres) séparées par la distance a. Le moment
dipolaire électrique d’un dipôle est défini par

~p = q~a, q>0 (2.22)

Le vecteur ~a est dirigé de la charge négative (−q) vers la charge positive (+q). L’unité de p est le coulomb-
mètre (C · m) ou debye (1D = 3, 33564 × 10−30C · m.).

2.4.1 Champ et potentiel créés par un dipôle


Le dipôle crée en chaque point M(r, θ ), très éloigné dans l’espace ( ar  1, approximation dipolaire), un poten-
tiel et un champ donnés en coordonnées polaires par
~p.~r K p cos θ
V (M) = K = (2.23)
r3 r2
∂V 2K p cos θ
Er (M) = − = (2.24)
∂r r3
1 ∂V K p sin θ
Eθ (M) = − = (2.25)
r ∂θ r3

~r2 ~r ~r1

~ur
~uθ θ
−q +q
O ~a

Le calcul de V se fait comme suit :


V (M) = K rq1 + K (−q) r2 −r1 ~a ~a
r2 ) = Kq r1 r2 avec~r1 =~r − 2 et~r2 =~r + 2 . Un développement limité au premier ordre en
2
a
(c’est-à-dire ar2 ' 0), donne :
r r 2 q q
2
r1 = ~r − 2 = r2 + a4 −~r.~a ' r 1 − ~r.~
~a a
r2
' r − ~r.~ ~r.~a ~r.~a
2r . De même r2 ' r + 2r . Ainsi r2 − r1 = r et r1 r2 =
a

 2
r2 − ~r.~
a
2r ' r2 . Ce qui donne V = Kq~r.~
r3
a
.
Remarques q
~ √
~ 2 2
1. E = Er~ur + Eθ~uθ et E = Er + E . Dans le cas du dipôle, ~E = K3p 1 + 3 cos2 θ .
θ r
CHAPITRE 2. ÉLECTROSTATIQUE 14

2. Ex = Er cos θ − Eθ sin θ = Kr3p (3 cos2 θ − 1) et Ey = Er sin θ + Eθ cos θ = 3 Kr3p cos θ sin θ .


Exemple : On veut calculer le champ aux points M1 (r = 2 cm, θ = 0 rd), M2 (r = 2 cm, θ = π4 ), M3 (r =
2 cm, θ = π2 ) et M4 (r = 2 cm, θ = π). On donne a = 10−10 m et q = 1.6 × 10−19 C de sorte que p = 1.6 ×
10−29 C.m et Kr3p = 1.8 × 10−14 V/m. Mettons les résultats dans un tableau selon les valeurs de θ :

M1 (θ = 0) M2 (θ = π4 ) M3 (θ = π2 ) M4 (θ = π)
Er = 2K prcos
3
θ
en V/m 3.60 × 10−14 2.55 × 10−14 0 −3.60 × 10−14
Eθ = K prsin
3
θ
en V/m 0 1.27 × 10−14 1.80 × 10−14 0
q
~
E = Er2 + Eθ2 3.60 × 10−14 2.85 × 10−14 1.80 × 10−14 −3.60 × 10−14

De ce tableau, on déduit la représentation graphique suivante (sans échelle) :


y y

~uθ
~urb ~ = Er ~ur
E E~ = Er ~ur ~u θ=π
b r b b

−q O q M1 x M4 −q O q x
~uθ

~ = Er ~ur + Eθ ~uθ
E
y y
~ = Eθ ~uθ
E
M3
Er ~ur
Eθ ~uθ
M2

~ur θ= π
4 ~ur
~uθ π
~uθ θ= 2
b b b b

−q O q x −q O q x

Les lignes de champ et les équipotentielles du dipôle sont (schéma qualitatif) :

~
E

− +

Lignes de champ : Equipotentielles :


CHAPITRE 2. ÉLECTROSTATIQUE 15

2.4.2 Dipôle dans un champ uniforme


On place le dipôle dans un champ électrique ~E uniforme (à l’intérieur d’un condensateur, par exemple). Alors,
le dipôle aura une énergie potentielle E p et sera soumis à un couple de forces de moment ~τ par rapport à O (le
milieu de a) :


E p = −~p.E = − k~pk ~E cos(θ )
~ (2.26)

~τ = ~p ∧ ~E,
k~τk = k~pk ~E |sin(θ )| (2.27)

En effet, la figure ci-dessous montre que ~p = qM 0 M. Alors, l’énergie et le moment du couple sont
E p = E pE (qM ) + E pE (qM 0 ) = q(V (M) −V (M 0 )) = q(−~E.M~0 M) = −~p.~E.
~ ∧ ~F + OM
~τ = OM ~ 0 ∧ (−~F) = M~0 M ∧ ~F = M~0 M ∧ q~E = ~p ∧ ~E
plan infini σ > 0

F~
M

p~ θ −F~ p~ F~ −F~ p~ F~
~ =
OE σ ~
2ε0 i ~ ~
E E

M
−F~
Equilibre stable (θ = 0) Equilibre instable (θ = π)

Remarques
— Le champ ~E est créé par d’autres charges et ne doit pas être confondu avec le champ créé par le dipôle.
— La position d’équilibre stable du dipôle correspond au minimum de E p , c-à-d. cos(θ ) = 1. Donc ~p est
parallèle et dans le même sens que ~E.
— La position d’équilibre instable du dipôle correspond au maximum de E p , c-à-d. cos(θ ) = −1. Donc ~p
est parallèle à ~E mais dans le sens opposé.
— Dans les deux positions d’équilibre (stable et instable), on a ~τ = ~0 car ~p k (±~E).

2.5 Distribution continue de charges


2.5.1 Densités de charges
Considérons un fil, de longueur L = 15 cm, qui porte la charge Q = 9 10−9 C. Comme on ne peut pas distin-
guer les charges ponctuelles, on dit qu’elles constituent une distribution continue. On parle alors de densité de
charges λ = QL = 0.6 10−9 C/cm. Sur une longueur ∆l = 1 mm, le fil porte la charge ∆q = λ ∆l = 0.6 10−10 C.
Dans cet exemple, on a supposé que la densité est constante (la même en chaque point du fil). Une distribu-
tion est dite uniforme, si sa densité est constante. Si λ varie, on considère une longueur élémentaire dl sur
CHAPITRE 2. ÉLECTROSTATIQUE 16

laquelle elle est constante. Cette longueur porte une charge élémentaire dq = λ dl qui sera considérée comme
ponctuelle. La charge totale est ˆ ˆ
Q= dq = λ dl
´ L L
L’intégrale L se fait sur toute la région L où se trouve la charge Q.
En général, on a les distributions continues suivantes avec les densités λ , σ ou ρ :

linéique surfacique volumique


dq sur un segment dl dq sur une surface dS dq dans un volume dV
dq = λ dl dq = σ dS dq = ρdV
Le choix de l’expression de dq, dl, dS et de dV dépend du problème considéré. On les choisit de façon à
faciliter les calculs. ´ ´ ´
Pour une distribution uniforme, on a Q = λ L dl = λ L, Q = σ S dS = σ S ou Q = ρ V dV = ρV .

2.5.2 Champ et potentiel créés par une distribution continue de charges


Chaque charge élémentaire dq est considérée comme ponctuelle et crée un champ d ~E et un potentiel dV au
point M.
R
~
E(M )= ~
dE(M )
Q ~
dE(M ) = K dq
r2 ~
u
M
r

~u
dq Q

Ce champ et ce potentiel ont les mêmes expressions que celles du champ et potentiel créés par un charge
ponctuelle
dq dq
d ~E(M) = K ~u; dV (M) = K (2.28)
r2 r

Le champ total se calcule par le principe de superposition, mais les sommes deviennent des intégrales :
ˆ
Ex (M) = dEx (M), ... (2.29)
Q
ˆ
V (M) = dV (M) (2.30)
Q
´ ´
Le symbole Q ≡ L,S,V signifie que l’intégrale se fait sur toute la région (L,S, ou V ) où se trouve la charge Q
qui crée le champ et le potentiel.
CHAPITRE 2. ÉLECTROSTATIQUE 17

2.5.3 Exemples de calcul du champ et du potentiel


Dans tous les exemples, on supposera que la distribution de charge est positive, mais le résultat sera valable
pour une distribution négative (Il suffit d’inverser le sens des champs dans les schémas).

Distribution uniforme sur un segment AB de longueur L de l’axe (x0 Ox)

~
dE

~
dE ~y
dE ~1
dE ~2
dE
α α
~x
dE y y

α r r r
−α0
αA
α

A dq B A dq dq B
xA O x xB −x O x
− L2 L
2
Fig. 1 Fig. 2

On utilise la figure 1. La charge élémentaire dq = λ dx située en x crée le champ d ~E = K dq r2


~u dont le module

~
est d E = K dq2 (car dq > 0, pour dq < 0, on doit choisir d ~E = −K dq2 ). Les composantes sont
r r

dq dq

dEx = − d ~E sin α = −K 2 sin α, dEy = d ~E cos α = K 2 cos α, dEz = 0
r r
Pour calculer le champ total, on doit intégrer sur toutes les charges dq qui se trouvent sur l’axe x0 Ox. C’est-
à-dire de xA à xB . Cependant, quand on passe d’une charge dq à une autre, non seulement x change, mais r et
α aussi. Seule l’ordonnée y reste constante. Alors, on doit exprimer dEx et dEy en fonction de y et une seule
variable parmi ces trois. On choisit α car elle permet de calculer facilement l’intégrale.
Géométrie :
r = cosy α , x = y tan α =⇒ dα
dx
= y d tan α y y
dα = cos2 α =⇒ dx = cos2 α dα
dq λ (y/ cos2 )dα
On obtient r2
= λ dx
r2
= (y/ cos α)2
= y ,
λ dα
d’où

λ sin α λ cos α
dEx = −K dα, dEy = K dα, dEz = 0 (2.31)
y y
CHAPITRE 2. ÉLECTROSTATIQUE 18

Comme x = y tan α, les limites xA et xB de AB correspondent à α = αA et α = αB , respectivement. Donc


ˆ αB
λ sin α λ
Ex = −K dα = K [cos αB − cos αA ] (2.32)
y y
ˆ αB
αA
λ cos α λ
Ey = K dα = K [sin αB − sin αB ] (2.33)
y y
ˆ αB
αA

Ez = dEz = 0 (2.34)
αA

Cas particuliers
— (y0 Oy) est la médiatrice de AB (Figure 2) : xA = − L2 , xB = L2 , αA = −α0 et αB = α0 , avec L
2 = y tan α0 .
Alors
λ
Ex = 0, Ey = 2K sin α0 , Ez = 0 (2.35)
y
~E = Ex~i + Ey~j + Ez~k = 1 λ sin α0~j (2.36)
2πε0 y
q
~ 2 2 2
1 λ

E = Ex + Ey + Ez = sin α 0 (2.37)
2πε0 y
— Fil infini : si L → ∞, alors α0 → π
2 (c-à-d. αA = − π2 et αB = π2 ) , donc

1 λ 1 λ
~E = ~j, ~E = (2.38)
2πε0 y 2πε0 y
Remarque : Dans ces deux cas particuliers, pour chaque charge dq il y a une autre charge dq située à une
position symétrique par rapport au point M(0, y) où on veut calculer le champ (voir figure 2). Alors, on peut
montrer que Ex = 0 sans calculer l’intégrale. On utilise la figure 2 où l’on considère les deux charges élémen-
taires symétriques dq situées en x et −x. A cause de la symétrie, dEx = dE1x + dE2x = 0. Ceci étant valable
pour toutes les dq, on trouve Ex = 0.

Potentiel créé par un fil infini


Il est plus simple de le déduire à partir du champ

~E(M) = 1 λ~
j (2.39)
2πε0 y
~ avec dl
en utilisant dV = −~E(M).dl ~ = dx~i + dy~j + dz~k. On trouve
1 λ
dV = − dy (2.40)
2πε0 y
ˆ
1
V (y) = dV = − λ ln(|y|) +C (2.41)
2πε0
CHAPITRE 2. ÉLECTROSTATIQUE 19

Si l’on connaît le potentiel en un point particulier y0 , par exemple V (y0 ) = V0 . Alors, on aura
1 1
V (y0 ) = − 2πε0
λ ln(|y0 |) +C = V0 et par conséquent C = V0 + 2πε 0
λ ln(|y0 |), soit

1 y
V (y) = − λ ln( ) +V0 (2.42)
2πε0 y0
1
Remarque : La condition habituelle limy→∞ V (y) = 0, donne − 2πε0
λ limy→∞ ln(|y|)+C = 0. Donc, −∞+C = 0
et C = ∞. On voit que ce choix n’est pas commode.

Distribution circulaire uniforme (boucle)


La charge est Q = λ L = λ 2πR

~
dE

~1
dE ~2
dE
α
z

dq dq
O R

A cause de la symétrie, les deux charges dq créent le champ d ~E dont seule la composante sur Oz est non nulle
2 |dq| 2dqz
dEz = 2dE1z = K 2 2
cos α = K 3 , dq > 0 (2.43)
(z + R ) (z2 + R2 ) 2
Par conséquent, seule la composante Ez et non nulle
ˆ ˆ
Ez = dE1z = dEz (2.44)
Q
Q 2

Comme z et R restent constants quand on passe d’une charge dq à une autre, l’intégrale est très facile
ˆ
z Qz
Ez (z) = K 3 2dq = K 3 (2.45)
(z2 + R2 ) 2 Q2 (z2 + R2 ) 2
λ zR
Ez (z) = , Q = λ 2πR (2.46)
2ε0 (z2 + R2 ) 23
zR q |λ | |z| R
~E = λ ~k,
~E = Ex2 + Ey2 + Ez2 = (2.47)
3
2ε0 (z2 + R2 ) 2 2ε0 (z2 + R2 ) 32
CHAPITRE 2. ÉLECTROSTATIQUE 20

Pour le potentiel, on a
ˆ
dq K Q λ R
dV = K √ =⇒ V (z) = √ dq = K √ = √ (2.48)
z2 + R2 z2 + R2 Q z2 + R2 2ε0 z2 + R2

Distribution uniforme sur un disque (*)


La charge est Q = σ S = σ πR2

~
dE

r R
O
dq

On considère la couronne de rayon r, d’épaisseur dr et de charge dQ qui crée un champ égal à celui d’une
boucle car l’épaisseur dr est très petite. Dans l’exemple précédent, on a calculé le champ créé par une boucle
dans la relation (2.45). Il suffit d’y remplacer charge Q par la charge dQ et le rayon R par r
z
dEz = K 3 dQ (2.49)
(z2 + r2 ) 2
La surface de la couronne est dS = 2πrdr et sa charge est dQ = σ dS = σ 2πrdr. Donc
ˆ ˆ R
(σ 2πrdr)z
Ez (z) = dEz = K 3 (2.50)
Disque 0 (z2 + r2 ) 2

Changement de variable u = z2 + r2 =⇒ du
dr = 2r =⇒ du = 2rdr. Donc

ˆ " #z2 +R2  


z2 +R2 1
− 23u− 2 1 1
Ez (z) = Kσ πz u du = Kσ πz = 2Kσ πz −√ (2.51)
z2 − 21 |z| z2 + R2
z2
 h i
 σ 1− √ z , z>0
2ε0 h z2 +R2 i
Ez (z) = (2.52)
− σ 1 + √ z , z<0
2ε0 2 2 z +R

Potentiel :
dQ (σ 2πrdr)
dV = K 1 =K 1 (2.53)
(z2 + r2 ) 2 (z2 + r2 ) 2
CHAPITRE 2. ÉLECTROSTATIQUE 21

Donc ˆ z2 +R2
σ h 1
p i
V (z) = K(σ πdu)u− 2 = −
|z| − z2 + R2 (2.54)
z2 2ε0

Tout près du disque (R  z) ou pour un plan infini (R → ∞), on aura z2 + R2 ' R et √ z ' 0. Le champ
z2 +R2
devient
(
σ
2ε0 , z>0
Ez (z) = (2.55)
− 2ε0 ,
σ
z<0

Le potentiel devient
σ
V (z) = − [|z| − R] (2.56)
2ε0
L’origine des potentiels étant arbitraire, on peut remplacer la constante infinie σR
2ε0 par une autre constante C
(
σ |z| σz
− 2ε +C, z≥0
V (z) = +C = 0 (2.57)
2ε0 σz
+ 2ε +C, z≤0
0

Cette dernière sera déterminée si l’on connaît le potentiel en un point particulier : V (z0 ) = V0 ⇒ σ2ε|z00 | +C = V0 .
Par conséquent,
σ
V (z) = − (|z| − |z0 |) +V0 (2.58)
2ε0

2.6 Théorème de Gauss


Le théorème de Gauss permet de calculer rapidement le champ électrique créé par les distributions de charges
symétriques (fil, plan et cylindre infinis ainsi que la sphère). Au préalable, on doit définir la notion de flux du
champ électrique à travers une surface.

2.6.1 Flux du champ électrique


Pour introduire la notion de flux, considérons une fenêtre de surface S traversée par un courant d’air. Il est
évident que ce courant passe mieux lorsqu’il est perpendiculaire à la surface S, c-à-d. lorsqu’il est parallèle au
vecteur unitaire ~n normal à S. On peut généraliser cette idée au vecteur champ
électrique ~E qui fait un angle θ

avec ~n. On définit le flux du vecteur ~E à travers la surface S par Φ = ~E S cos θ = (~E ·~n)S. Si le champ n’est
pas uniforme, on considère une surface élémentaire (infiniment petite) dS sur laquelle le champ est uniforme
(voir Fig.a ci-dessous)
CHAPITRE 2. ÉLECTROSTATIQUE 22

z
Fig.a Fig.b Fig.c Fig.d
~ = E~i
E ~ = E~i
E ~ = E~i
E
S
~
E
~ = dS~i
dS ~ = −dS~i
dS ~ = −dS~i
dS
dS ~
θ dΦ = EdS dΦ = −EdS dΦ = EdS = −||E||dS
~n ~
dS
~
dΦ = ||E||dS cos θ ~ est algbrique mais dS = ||dS||
E = ±||E|| ~ est positif

On définit le flux élémentaire à travers dS par




dΦ = dS~E ·~n = ~E dS cos θ , \n, ~E)
θ = (~ (2.59)

~ = dS~n tel que dS =
où ~n est maintenant normal à dS. Une autre notation utilise le vecteur dS ~
dS >0:

~
~
dΦ = E.dS = ~E dS cos θ = Ex dSx + Ey dSy + Ez dSz (2.60)


Insistons sur le fait que dS et ~E sont toujours positifs. Par contre, les composantes Ex , dSx , etc. sont al-
gébriques.
Les figures b, c et d donnent des exemples dans le cas où ~E = E~iet d~S = ±dS~i. Dans ces figures,
~
E = |E|, Ex = E, Ey = Ez = 0et dSy = dSz = 0. On peut calculer dΦ de deux façons pour chaque figure

Fig.b Fig.c Fig.d


θ θ =0 θ =π θ =0
dS x = dS
dSx dSx = −dS
= dS
dSx
~ ~
dΦ = ~E dS cos θ dΦ = E dS dΦ = − ~E dS dΦ = E dS
dΦ = Ex dSx dΦ = EdS dΦ = −EdS dΦ = EdS

~ = dS~i
Dans les trois figures, on a écrit ~E = E~i bien que le champ soit négatif dans la figure d. Par contre, dS
~ = −dS~i dans les figures c et d car il est négatif.
dans la figure b car il est positif ´et dS
Le flux du champ à travers S = S dS est
ˆ ˆ
Φ = dΦ = ~E.dS ~ (2.61)
S S

Remarques
CHAPITRE 2. ÉLECTROSTATIQUE 23
˜ ´
— Au lieu
de la notation en double intégrale ( ), on a adopté la notation S.
~
— Si E et θ sont constants sur S, on retrouve la première définition du flux
ˆ
~
Φ = E cos θ dS = ~E S cos θ (2.62)
S

— Si les trois conditions suivantes sont satisfaites


a) ~E = E~u (où ~u est un vecteur unitaire désignant le sens positif)
b) la valeur algébrique E est constante sur S,
~ = ±dS~u (c-à-d. ~n = ±~u) sur toute la surface S, alors
c) dS
ˆ (
+ES dS ~ = dS~u
Φ = ± EdS = (2.63)
S −ES dS ~ = −dS~u

— Hors programme : Pour un élément de surface sphérique, on a dS = r2 dΩ, où r est la distance entre dS
et le centre de la sphère.

r dS
dΩ

dΩ est appelé angle solide. En coordonnées sphériques dΩ = sin θ dθ dϕ. Pour toute la sphère, Ω =
´ ´π ´ 2π ´ ´ 2 2
S dΩ = 0 sin θ dθ 0 dϕ = 4π et S = S dS = S R dΩ = 4πR .

2.6.2 Théorème
Considérons une charge Q répartie dans l’espace d’un manière quelconque (région hachurée en rouge). Choi-
sissons n’importe quelle surface géométrique fictive fermée SG (surface en tirets). Le théorème de Gauss
stipule que le flux du champ électrique à travers la surface de Gauss SG est égal à la charge Qint qui se trouvent
à l’intérieur de SG divisée par ε0 : ˛
Φ= ~ = Qint ,
~E.dS
SG ε0

~
E
~
dS

Qint
Q SG

Remarques
CHAPITRE 2. ÉLECTROSTATIQUE 24
¸
— Le symbole rappelle que SG est fermée. Alors, on adopte la convention pour les surfaces fermées :
~ doivent être dirigés vers l’extérieur de SG .
tous les dS
— On choisit SG sous la forme qu’on veut mais de façon à simplifier les calculs (voir les exemples de la
section suivante).
— Évidemment, SG doit passer par la région où l’on veut calculer le champ.
— Si le milieu où se trouve le champ n’est pas le vide, on remplace ε0 par ε.

2.6.3 Exemples importants


Plan infini
La charge est répartie sur un plan infini confondu avec xOy. Cette répartition est uniforme, autrement dit, la
densité σ est constante.
On choisit SG sous forme d’un cylindre de bases S1 et S2 et de surface latérale S3 . Le plan chargé est un plan
de symétrie pour SG . On suppose que σ > 0.
z
SG = S1 + S2 + S3
E~1
~ 1
dS

S1
S3

Qint = σS
Q
Plan chargé
~ 3
dS
S2 ~3
E
~ 2
dS
~2
E

A cause de la symétrie ~E1 = E~k, ~E2 = −~E1 = −E~k et ~E3 = E3~k avec E constant sur S1 et S2 (E ne peut dépendre
que de z). Le flux est ˆ
Φ = Φ1 + Φ2 + Φ3 , Φ1 = ~ 1, · · ·
~E1 · dS
S1
Calculons chaque ´flux ´ ´
~ 1 = dS~k, Φ1 =
dS ~ 1=
~E1 .dS EdS(~k.~k) = E S1 dS = ES1
S´1 S´
1 ´
~ 2 = −dS~k, Φ2 = ~ 2 = (−E)(−dS)(~k.~k) = E
~E2 .dS
dS
´ S2 S2 S2 dS = ES2
~ ~
dS3 ⊥ ~E3 , Φ3 = S3 ~E3 .dS3 = 0
Comme S1 = S2 = S, on trouve Φ = 2ES.
CHAPITRE 2. ÉLECTROSTATIQUE 25

La charge Qint se trouve dans l’intersection du plan avec SG . Par conséquent, Qint = σ S et le théorème de
Gauss Φ = Qεint donne
0 (
σ + 2εσ0~k z>0
E= ou en vecteur~E(z) = (2.64)
2ε0 − ~k
σ
z<0
2ε0

Cette formule est valable pour une densité σ positive ou négative.


Le potentiel est donné par (
ˆ
+ 2εσ0 z +C1 z≥0
V (z) = − Edz = (2.65)
− 2εσ0 z +C2 z≤0
La continuité en z = 0, donne 2εσ0 × 0 + C1 = − 2εσ0 × 0 + C2 , soit C1 = C2 . Alors, on peut écrire le potentiel
sous la forme déterminée dans l’étude du potentiel créé par le disque
σ
V (z) = |z| +C (2.66)
2ε0
Si l’on connaît le potentiel en un point z0 quelconque, la condition V (z0 ) = V0 implique C = − 2εσ0 |z0 | +V0 et

σ
V (z) = (|z| − |z0 |) +V0 (2.67)
2ε0
Remarque : La condition V (∞) = 0 V implique que C = −∞, ce qui n’est pas commode.
Sphère
La charge algébrique Q est uniformément répartie sur ou à l’intérieur d’une sphère S de rayon R. On choisit
SG = 4πr2 sphérique de rayon r avec :
1. r < R si l’on veut calculer le champ à l’intérieur de la sphère chargée Fig.1 (le sens du champ a été
dessiné arbitrairement).
2. r > R si l’on veut calculer le champ à l’extérieur de la sphère chargée Fig.2.
~
E
Sphère S Chargée Sphère S Chargée ~
dS

~
E
~
dS
r ~ur r ~ur
R R

SG

SG
Fig.1 Fig.2
CHAPITRE 2. ÉLECTROSTATIQUE 26

~ = dS~ur , alors
Dans les deux cas, à cause de la symétrie, on a ~E = E(r)~ur avec E constant sur SG . Comme dS
2 Qint
Φ = ESG = E4πr = ε0 . Par conséquent,

~E(r) = 1 Qint
~ur (2.68)
4πε0 r2
Il suffit de déterminer Qint géométriquement selon que la charge se trouve sur la surface de la sphère ou qu’elle
remplit tout le volume. On a quatre cas rassemblés dans le tableau suivant :

Répartition en surface (densité σ ) Répartition en volume (densité ρ)


r<R Qint = 0 =⇒ ~E1 (r) = ~0 Qint = ρ 43 πr3 =⇒ ~E1 (r) = 3ερ0 r~ur
r>R Qint = Q = σ 4πR2 =⇒ ~E2 (r) = K Q2 ~ur
r
Qint = Q = ρ 4 πR3 =⇒ ~E2 (r) = K Q2 ~ur
3 r
´
Le potentiel est donné par V (r) = − Edr. On obtient

Répartition en surface (densité σ ) Répartition en volume (densité ρ)


r≤R V1 (r) = C1 V1 (r) = − 6ερ0 r2 +C3
r≥R V2 (r) = K Qr +C2 V2 (r) = K Qr +C4
Continuité V1 (R) = V2 (R) C1 = K QR +C2 (1) − 6ε0 R2 +C3 = K QR +C4 (2)
ρ

Remarques :
a) Dans chaque cas, le potentiel doit être continu en R, c-à-d. V1 (R) = V2 (R). Ceci donne les relations (1) et
(2) entre les deux constantes (voir la dernière ligne du tableau précédent).
b) La condition aux limites permet de déterminer ces constantes. Pour la répartition surfacique, la condition
V2 (∞) = 0 V donne C2 = 0. Par conséquent la relation (1), donne C1 = K QR = εσ0 R. Pour la répartition volumique,
V2 (∞) = 0 V donne C4 = 0 et la relation (1) donne

Q ρ 2 ρ 2 3 Q
C3 = K + R = R = K (2.69)
R 6ε0 2ε0 2 R
Cylindre de hauteur infinie
La charge Q est uniformément répartie sur la surface ou à l’intérieur d’un cylindre infini de rayon R. On
choisit SG = S1 + S2 + S3 comme étant un cylindre de rayon r et de hauteur L (de surface latérale S1 et de bases
S2 = S3 ).
CHAPITRE 2. ÉLECTROSTATIQUE 27

z z
S3
~ 3
dS ~ 3
dS
~
E ~
E
S3
S S S1
S1
R r ~ 1 ~1
E r R ~ 1 ~1
E
dS L dS

~
E ~
E
S2
SG = S1 + S2 + S3
~ 2
dS ~ 2
dS
S2
Fig.1 Fig.2

~ 3 = −dS
A cause de la symétrie, on a ~E = E~ur avec E constant sur S1 mais pas sur S2 et S3 . Comme dS ~ 2 = dS~k
~ 1 = dS~ur , on déduit ~E.dS
et dS ~ 2 = ~E.dS
~ 3 = 0 et Φ = ES1 = E2πrL = Q
ε0 . Par conséquent,
int

~E(r) = 1 Qint
~ur (2.70)
2πε0 rL
Déterminons Qint et ~E pour des répartitions en surface et en volume :
Répartition en surface (densité σ ) Répartition en volume (densité ρ)
r<R Qint = 0 =⇒ ~E1 (r) = ~0 Qint = ρπr2 L =⇒ ~E1 (r) = ρ r~ur 2ε0
ρ R2
r > R Qint = σ 2πRL =⇒ ~E2 (r) = σ R
ε0 r ~
ur Qint = ρπR2 L =⇒ ~E2 (r) = 2ε0 r ~
ur
Le potentiel est donné par
Répartition en surface (densité σ ) Répartition en volume (densité ρ)
r≤R V1 (r) = C1 V1 (r) = − 4ερ0 r2 +C3
2
r≥R V2 (r) = − σε0R ln(r) +C2 2ε0 ln(r) +C4
V2 (r) = − ρR
2
Continuité V1 (R) = V2 (R) C1 = − σε0R ln(R) +C2 − 4ερ0 R2 +C3 = − ρR
2ε0 ln(R) +C4

Une condition initiale et la continuité en r = R déterminent les deux constantes dans chaque cas. La condition
V2 (∞) = 0 V donne C2 = +∞ et C4 = ∞, ce qui n’est pas commode. On choisit alors une autre condition.
Exemple 1, V1 (r0 ) = V0 pour un certain point r0 ≤ R.
Pour la répartition surfacique, on obtient C1 = V0 puis la continuité donne C2 = V0 + σε0R ln(R) .
2
Pour la répartition volumique, on obtient C3 = V0 + 4ερ0 r02 puis C4 = 4ερ0 (r02 − R2 ) + ρR
2ε0 ln(R) +V0 .
Exemple 2, V2 (r0 ) = V0 pour un certain point r0 ≥ R.
Pour la répartition surfacique, on obtient C2 = σε0R ln(r0 ) +V0 puis par continuité C1 = − σε0R ln( rR0 +V0 ).
ρR2 ρ 22
Pour la répartition volumique, on obtient C4 = 2ε0 ln(r0 ) +V0 puis par continuité C3 = − ρR
2ε0 ln( r0 ) + 4ε0 R +
R

V0 .
CHAPITRE 2. ÉLECTROSTATIQUE 28

On voit que le cas r0 = R, valable dans les deux exemples, c’est-à-dire V1 (R) = V2 (R) = V0 , est le plus simple
et donne les potentiels suivants :

Répartition en surface (densité σ ) Répartition en volume (densité ρ)


r≤R V (r) = V0 V (r) = − 4ερ0 (r2 − R2 ) +V0
2
r≥R V (r) = − σε0R ln( Rr ) +V0 2ε0 ln( R ) +V0
V (r) = − ρR r

Fil infini
La charge Q est uniformément répartie sur une droite infiniment longue. On fait comme pour l’extérieur d’un
cylindre mais avec Qint = λ L. Donc :

~E(r) = λ 1~ur , V (r) = −


λ
ln(r) +C (2.71)
2πε0 r 2πε0

La condition initiale V (r0 ) = V0 implique − 2πε


λ
0
ln(r0 ) +C = V0 , soit C = λ
2πε0 ln(r0 ) +V0 et

λ r
V (r) = − ln( ) +V0 (2.72)
2πε0 r0
Dans cette condition, on écarte les deux cas non commodes r0 = 0 et r0 = ∞.
Remarques importantes :
— Pour la répartition en surface (sphère et cylindre), le champ est nul à l’intérieur et le potentiel est
constant. Ce résultat est général est valable pour n’importe quelle répartition en surface (pas obligatoi-
rement sphérique ou cylindrique).
— A l’extérieur de la sphère chargée (en surface ou en volume), les expressions du champ et du potentiel
sont identiques à celles d’une charge ponctuelle Q. Cependant, les constantes C doivent être détermi-
nées dans chaque problème.
— Ces deux remarques ainsi que l’expression du champ créé par un plan infini doivent être apprises par
cœur car elles seront très utilisées dans la suite du cours.
Chapitre 3

Conducteurs en équilibre électrostatique

3.1 Définition et propriétés


3.1.1 Définition
Un conducteur est un corps dans lequel certaines charges (électrons) peuvent se déplacer librement. On les
appelle charges libres, les autres charges sont liées et ne peuvent pas se déplacer. Le conducteur est en équilibre
électrostatique si toutes ses charges libres sont immobiles (la résultante des forces électrostatiques appliquées
à chaque charge q est nulle ~F = q~E = ~0, donc ~E = ~0).

3.1.2 Propriétés
Conducteur plein Conducteur creux
σ σ
E= ε0 E= ε0
σ σ
E= ε0 E= ε0
Q=0
Q=0
vide E=0
E=0
V = Const V = Const

σ σ
Dans la surface chargée E = Em = 2ε0 Dans la surface chargée E = Em = 2ε0

Si le conducteur est en équilibre, alors ils possède les propriétés suivantes :


a) En volume (intérieur du conducteur)
Le champ ~E et la charge Qint à l’intérieur du conducteur sont nuls. Le potentiel est constant. En effet,
( ´
V = − ~ =C
~E.dl
~F = ~0 =⇒ ~E = ~0 =⇒ ´ (3.1)
Qint ~ ~
ε0 = SG E.dS = 0

29
CHAPITRE 3. CONDUCTEURS EN ÉQUILIBRE ÉLECTROSTATIQUE 30

où SG peut être n’importe quelle surface à l’intérieur du conducteur.


b) En surface (c’est la surface externe très mince)
La charge Q du conducteur se répartit sur la surface car elle ne peut pas être à l’intérieur.
Cette surface est une équipotentielle (elle a le même potentiel que celui du conducteur).
Par conséquent, le champ juste à l’extérieur est perpendiculaire à la surface du conducteur.
Le champ juste à l’extérieur est : ~E = εσ0~n où ~n est un vecteur unitaire normal à la surface et dirigé vers
l’extérieur. La densité σ est algébrique de sorte que le champ p est dirigé vers l’extérieur du conducteur si
σ > 0 et vers l’intérieur si σ < 0.
En réalité, les charges se répartissent sur une très petite épaisseur de la surface. Dans cette épaisseur, il y a :
— un champ moyen Em = 2εσ0 ,
— une force élémentaire dF = dqEm appliquée à chaque charge élémentairedq = σ dS,
σ2
— une pression électrostatique p = dF dS = 2ε0 . Si on charge un ballon, il se dilate à cause de cette pression
(c’est-à-dire à cause de toutes les dF).
c) Conducteurs creux
La charge d’un conducteur creux, en équilibre et seul dans l’espace, se répartit sur la surface extérieure. La
surface intérieure et le volume ne portent aucune charge. La cavité (vide) possède un champ nul et le même
potentiel que celui du conducteur.
Exemple très important (conducteur sphérique plein ou creux)
Soit R le rayon d’un conducteur sphérique. Sa surface est S = 4πR2 . La charge sur cette surface est Q = σ 4πR2
pour une répartition uniforme. Les résultats du théorème de Gauss nous ont appris que le champ et le potentiel
à l’extérieur du conducteur sont identiques à ceux d’une charge ponctuelle
~E(r) =1 Q 1 Q
2
~ur V (r) = , r>R (3.2)
4πε0 r 4πε0 r
Ces formules sont tout aussi valables juste à l’extérieur de la surface. C’est-à-dire, en r = R :
~E(R) = 1 Q2 ~ur = σ ~ur on retrouve l’expression du champ juste à l’extérieur du conducteur car ~n = ~ur .
4πε0 R ε0
1 Q
V (R) = 4πε0 R
= Rσε0 . Comme le potentiel est une fonction continue, ce résultat est en même temps le potentiel :
— juste à l’extérieur,
— au niveau de la surface même du conducteur,
— à l’intérieur du conducteur car il y est constant. Si le conducteur est creux, ce sera aussi le potentiel de
la cavité (vide).
— Ces résultats sont résumés sur les figures suivantes :
Conducteur sphérique seul (plein ou creux) Rσ
V = ε0

Q=0
σ
E= ε0 σ
E= Q
vide ε0 V = 4πε0 r
O R E= Q
E=0 4πε0 r 2
V = Rσ
ε0 Q
E=0 E= 4πε0 r 2
Q = σ4πR2 Conducteur R Extérieur r
CHAPITRE 3. CONDUCTEURS EN ÉQUILIBRE ÉLECTROSTATIQUE 31

d) Pouvoir des pointes


Deux conducteurs sphériques de rayons R1 et R2 portent des charges Q1 et Q2 et sont liés par un fil conducteur
très long. On veut comparer leurs charges Qi et densités σi sachant que R1 > R2 .
À cause du très grand éloignement, on peut appliquer à chaque conducteur la formule du potentiel d’un conduc-
teur sphérique isolé
Q1 Q2
V1 = , V2 = (3.3)
4πε0 R1 4πε0 R2
Étant liés, les deux conducteurs constituent un seul conducteur de potentiel constant :
Q1 Q2
V1 = V2 ⇐⇒ = , R1 > R2 ⇒ Q1 > Q2 (3.4)
R1 R2

On voit que plus le rayon de la surface est grand, plus sa charge est grande. Mais Q1 = σ1 4πR21 et Q2 = σ2 4πR22 ,
ainsi la relation précédente devient :

σ1 R1 = σ2 R2 , R1 > R2 ⇒ σ1 < σ2 (3.5)

Plus la surface du conducteur est pointue (R2 petit), plus sa densité de charge σ2 est grande. Dans le cas
extrême, la densité est tellement forte qu’une décharge ou étincelle se produit. C’est le pouvoir des pointes.
Applications : paratonnerre, briquets électriques, chaînes métalliques des voitures, pointes sur les ailes des
avions, toucher des appareils électriques avec la paume de la main au lieu des bouts des doigts.

3.1.3 Capacité propre d’un conducteur seul dans l’espace


La charge d’un conducteur seul dans l’espace est proportionnelle à son potentiel

Q = VC (3.6)

La constante de proportionnalité C s’appelle capacité propre du conducteur. Unité : Farad (F), 1 F = 1 C/V.
Elle ne dépend que de la géométrie du conducteur.
1 Q
Capacité propre d’un conducteur sphérique : V = 4πε 0 R
. Donc C = VQ = 4πε0 R.
Exemple : La Terre comme conducteur sphérique. Rayon RT = 6371, 008 km et C = 707, 89 µF
L’exemple du conducteur sphérique nous apprend la méthode de calcul de C :
1 Q
— Le théorème de Gauss permet de déterminer ~E(r) = 4πε 0 r2
~ur . C’est une fonction de r et Q.
´
— La circulation du champ (dV = − ~E.dl) ~ permet de déterminer V (r) = 1 Q en fonction de r et Q.
4πε0 r
1 Q
— La continuité détermine le potentiel du conducteur V = V (R) = 4πε0 R
— Le rapport Q/V donne C = 4πε0 R.
On appliquera cette méthode dans chaque cas. Ce qui change c’est l’expression de E(r) et de V (r) et le point
de continuité R.
CHAPITRE 3. CONDUCTEURS EN ÉQUILIBRE ÉLECTROSTATIQUE 32

3.1.4 Énergie interne d’un conducteur


La troisième définition (2.21) de l’énergie interne U d’un ensemble de charges se traduit comme suit pour un
conducteur :
C’est la somme des variations des énergies potentielles ∆E p (dq) de chaque charge élémentaire dq, lors de la
charge du conducteur.

Etat initial Etat intermédiaire Etat final

0V Q=0 v q V Q

V V
dq

Terre 0V Terre 0V Terre 0V

Appliquons cette définition. Dans l’état intermédiaire, le conducteur (ayant une charge q et un potentiel v)
reçoit une charge dq (initialement à l’infini ou dans la Terre).
Alors, sa charge devient q+dq et son potentiel v+dv. Autrement dit, la charge élémentaire passe d’un potentiel
nul (l’infini ou la Terre) au potentiel v + dv. La variation de son énergie potentielle est
∆E p (dq) = E p (dqConducteur ) − E p (dqTerre ) = dq(v + dv) − 0 = dq v + dq dv (3.7)
On néglige dqdv qui est du second ordre. La variation de l’énergie interne u du conducteur est
q
du = ∆E p (dq) = dqv = dq (3.8)
C
On a utilisé v = q/C car v varie quand le conducteur se charge et nous devons intégrer par rapport à q. En effet,
le conducteur passe de l’état initial déchargé (q = 0, v = 0, u = 0) à un état final chargé (q = Q, v = V , u = U).
Par conséquent
ˆ U ˆ Q
q 1 Q2
U= du = dq = (3.9)
0 0 C 2C
En utilisant Q = VC, on trouve
1 1 1 Q2
U = QV = CV 2 = (3.10)
2 2 2C
Remarque :
Pour charger le conducteur, on l’a relié à un générateur de différence de potentille V constante. Chaque charge
élémentaire dq reçoit l’énergie ∆W = dqV quand elle traverse le générateur. Comme V est constant, l’énergie
´Q
fournie par le générateur est W = 0 dqV = QV . La moitié de cette énergie est fournie au conducteur et l’autre
moitié est perdue sous forme de chaleur (voir effet Joule).
CHAPITRE 3. CONDUCTEURS EN ÉQUILIBRE ÉLECTROSTATIQUE 33

3.2 Phénomène d’influence


3.2.1 Influence partielle
Soit A un conducteur portant une charge négative QA (figure a).

QA Q′A Q′′A
QBe
++ ++++

∆S A

∆SB
~ (A) = ~
E 0 ~ (A) = ~
E 0 + E~ T (B) = ~0 ~ (A) = ~
E 0 + +E~ T (B) = ~0
A T T
++ QBi ++++Q′
Bi

B B
A A A

figure (a) figure (b) figure (c)

Soit B un conducteur neutre que l’on place dans le champ extérieur ~EA créé par le conducteur A (figure b) :
1. Les charges négatives de A attirent les charges positives de B et repoussent ses charges négatives. On a
une nouvelle répartition des charges de B à cause de la présence du corps chargé A. C’est le phénomène
d’influence.
2. Maintenant, les charges positives de B attirent encore plus de charges négatives de A. C’est donc un
phénomène d’influence mutuelle.
3. Le mouvement des charges par influence mutuelle s’arrête quand chaque conducteur atteint son état
d’équilibre.
Pour pouvoir décrire ce phénomène avec des équations, expliquons le en termes de champs électriques :
— Le champ ~EA (B) créé dans B par A déplace les électrons libres de B dans le sens opposé au sien. Il
apparaît une charge positive QBi (un manque d’électrons) sur la face de B qui est en regard avec A, et
une charge négative QBe sur l’autre face de B.
— La nouvelle répartition dans B (c’est-à-dire QBi et QBe ) crée un champ ~EB (A) qui n’est pas nul et qui va
influencer le conducteur A. La charge QA augmente et devient Q0A . Cette augmentation est assurée par
le générateur. Ainsi, pour le même potentiel et juste à cause de l’influence de B, le conducteur A a pu
supporter une charge plus grande (sa capacité a augmenté). On dit que la charge s’est condensée dans
A. C’est le phénomène de condensation.
— Les équations qui décrivent ce phénomène sont :
— Équilibre de A et B : le champ total ~ET (A), créé par les répartitions finales des charges de A et de
B, est nul à l’intérieur de A (de même pour B) :
~ET (A) = ~EA (A) + ~EB (A) = ~0, ~ET (B) = ~EA (B) + ~EB (B) = ~0 (3.11)
— Le potentiel de A est constant (car il est lié au générateur) :
V (A) = V0 (3.12)
CHAPITRE 3. CONDUCTEURS EN ÉQUILIBRE ÉLECTROSTATIQUE 34

— Conservation des charges de B (car il est électriquement isolé) :

QBi + QBe = QB0 (3.13)

Si B est initialement neutre, alors QB0 = 0 C, donc QBi = −QBe .


Remarques :
— Sur la figure b, on voit qu’une partie seulement des lignes de champ arrivant en A proviennent de B.
L’influence est dite partielle. Le théorème des éléments correspondants, c-à-d. des surfaces ∆SA de A
et ∆SB de B, délimitées par un même tube de champ, assure que leurs charges sont égales et opposées.
La 0 0
0 charge
0 de
∆SB est QBi et celle de ∆SA est qA (non écrite sur la figure b), donc QBi = −qA . Comme
Q > q , on déduit que Q > |QBi |.
0
A A A
— Si l’on relie B à la terre (figure c), il constituera avec elle un seul conducteur et la charge QBe passe à la
terre (aucune ligne de champ n’entre dans B). L’équation de conservation de la charge de B n’est plus
valide. On la remplace par

V (B) = V (terre) = 0 V et QBe = 0 C (3.14)

3.2.2 Influence totale


On parle d’influence totale quand le conducteur B (influencé) entoure complètement le conducteur A (influen-
çant). Dans la figure ci-dessous, la région hachurée est une cavité vide à l’intérieur de B.

QBe
QBi
QA
A SG

1. Charge QBi sur la surface interne de B :


On choisit une surface de de Gauss SG à l’intérieur de B où ~ET (B) = ~0. Le théorème de Gauss conduit à
ˆ
~ = 0 ⇒ Qint = 0 ⇒ Qint = QA + QBi = 0
~ET (B).dS (3.15)
SG ε0

Par conséquent, dans le cas de l’influence totale, les surfaces en regard de A et de B portent des charges
opposées
QBi = −QA (3.16)
Dans ce cas, toutes les lignes de champ qui quittent la surface interne de B atteignent A. Donc, si l’on connaît
QA , on déterminera QBi (ou l’inverse). Cette équation importante peut être vue comme une définition plus
générale de l’influence totale qui s’appliquera même si B n’entoure pas A (voir condensateurs plus loin).
Par exemple, on peut supposer que les conducteurs sont approximativement en influence totale s’ils sont très
CHAPITRE 3. CONDUCTEURS EN ÉQUILIBRE ÉLECTROSTATIQUE 35

proches. C’est-à-dire, la distance qui les sépare est très petite devant leurs dimensions (rayon, largeur, longueur,
hauteur, etc.).
2. Charge QBe sur la surface externe de B :
Étudions ce cas en supposant que B n’est pas neutre mais possède une charge initiale QB0 . Il suffit d’utiliser la
conservation de la charge de B qui est isolé

QB0 = QBi + QBe =⇒ QBe = QB0 − QBi =⇒ QBe = QB0 + QA (3.17)

3. Cas particulier QB0 = 0 : Posons QA = Q, alors QBi = −Q et QBe = Q.

3.3 Condensateurs
3.3.1 Définition
On a vu que le phénomène de condensation augmente la capacité d’un conducteur. On définit alors un conden-
sateur comme un ensemble de deux conducteurs en influence totale. Chaque conducteur est appelé armature
et porte une charge opposée à celle de l’autre. Le condensateur sert à emmagasiner l’énergie électrique. On
étudiera trois condensateurs :
— Condensateur plan : Les armatures sont planes de surface S et séparées par une distance e. L’influence
est approximativement totale car e est très petite (les armatures peuvent être considérées comme des
plans infinis).
— Condensateur sphérique : Les armatures sont des sphères concentriques de rayons RA et RB . La distance
entre les armatures est e = RA − RB . L’influence est vraiment totale.
— Condensateur cylindrique : Les armatures sont des cylindres coaxiaux de rayons RA et RB et de même
hauteur L. La distance e = RA − RB est très petite devant L ce qui justifie l’approximation de l’influence
totale. Les armatures peuvent être vue comme des cylindres de hauteur infinie.

3.3.2 Capacité
Un condensateur est représenté par le schéma suivant : A a` B
La capacité du condensateur est définie par

QA = (VA −VB )C QB = (VB −VA )C (3.18)

Remarques :
— Notez bien l’ordre des indices A, B et C dans les deux formules. Ceci garantit le bon signe pour les
deux charges.
— La formule généralement utilisée est Q = VC, mais il ne faut pas la confondre avec celle d’un seul
conducteur. Dans le cas du conducteur seul, Q et V sont la charge et le potentiel de ce conducteur.
Dans le cas du condensateur, Q est la charge de l’une des armatures (QA ou QB ) et V est la différence
de potentiel entre les deux armatures.
CHAPITRE 3. CONDUCTEURS EN ÉQUILIBRE ÉLECTROSTATIQUE 36

— La capacité du condensateur se détermine par la même méthode que celle d’un conducteur :
— Le théorème de Gauss entre les deux armatures donne ~E en fonction´ A de Q.
— La circulation du champ entre les deux armatures VA −VB = − B ~E.dl ~ donne VA −VB en fonction
de Q.
Q
— La capacité se détermine par C = VA −VB .
Exemples
Dans la figure ci-dessous, les champs ~EA et ~EB , créés par les charges QA et QB des armatures A et B, ont été
déterminés par le théorème de Gauss (avec L = ∞ pour les armatures planes et cylindriques). On peut utiliser
cette approximation pour L 6= ∞ quand la distance de séparation e est très petite. On suppose σ > 0 et on
calcule le champ entre les deux armatures en utilisant le principe de superposition ~E = ~EA + ~EB

Condensateur plan Condensateur sphérique Condensateur cylindrique


e = (xB − xA ) ≪ L e = (RB − RA ) ≪ RA e = (RB − RA ) ≪ RA
B
QB

~ σ RA
QA = σSA QB = −σSB E A = ǫ0 r u
~r
B A
A B RB ~ ~
QB E B = 0
~
E σ ~
A = 2ǫ0
i
~ QA QA
E A = K r2 u
~r
RA
L A

QA RA
L
~
E σ ~
B = 2ǫ0
i

~
E ~
B = 0
e

xA xB RB

Calculons les capacités des condensateurs plan, sphérique et cylindrique dont les armatures sont séparées par
un milieu isolant de permittivité ε = ε0 εr , où εr est la permittivité relative par rapport au vide. Pour le vide
εr = 1 et ε = ε0 , pour l’air εr ' 1 et ε ' ε0 , pour les diélectriques εr > 1 et ε > ε0´.
x
Condensateur plan : E = σε = SQAAε . La circulation du champ donne VA −VB = − xBA Edx = Ee = QSAAεe . Donc
QA S
C= =ε (3.19)
VA −VB e
On a utilisé SA = SB = S. ´R
Condensateur sphérique : E = K Qr2A . La circulation du champ donne VA −VB = − RBA Edr = KQA ( R1A − R1B ).
Donc
QA RA RB
C= = 4πε (3.20)
VA −VB RB − RA
1 QA
Condensateur cylindrique : E = σε RrA = ε2πL r car QA = σ SA = σ 2πLRA . La circulation du champ donne
´ RA QA RB
VA −VB = − RB Edr = ε2πL ln( RA ). Donc
QA 2πεL
C= = (3.21)
VA −VB ln( RRB )
A

Remarques :
CHAPITRE 3. CONDUCTEURS EN ÉQUILIBRE ÉLECTROSTATIQUE 37

— Pour le condensateur plan, on retient facilement l’expression de la capacité par un raisonnement phy-
sique. Pour augmenter l’influence et donc C, on doit augmenter les surfaces S des armatures et diminuer
leur distance de séparation e. Aussi, la présence d’un diélectrique de permittivité ε > ε0 entre les ar-
matures augmente l’influence. Ceci permet d’écrire C = εS/e.
— La capacité du condensateur
√ sphérique se déduit en remplaçant, dans la formule du condensateur plan,
e par RB − RA et S par SA SB = 4πRA RB .
— Pour√ le condensateur cylindrique
√ (RA ' √RB ), on fait le remplacement
RB
e → RA RB ln RA et S → SA SB = 2πL RA RB .

3.3.3 Associations de condensateurs


Associons N condensateurs, de capacités Ci , de charges Qi et de d.d.p. Vi , en parallèle ou en série. On peut
les remplacer par un seul condensateur de capacité équivalente Ceq , de charge Qeq et de d.d.p. Veq . La figue
ci-dessous considère le cas N = 2 où Veq = VA −VB et Qeq = QA ,etc.
C1 C2 Ceq
A neutre B A B
Série
Q1 −Q1 Q2 −Q1 Qeq −Qeq

V1 V2 Veq

C1

Ceq
Q1 −Q1

A B A B
Parllèle
V1

C2
Qeq −Qeq

Veq

Q2 −Q1

V2

Série : Les armatures (−Q1 ) et Q2 forment un seul conducteur initialement isolé et neutre (−Q1 + Q2 = 0).
Donc Q2 = Q1 et Qeq = Q1 = Q2 . Par conséquent,

Q1 Q1 Q1 1 1 1
Veq = V1 +V2 ⇐⇒ = + ⇒ = + (3.22)
Ceq C1 C2 Ceq C1 C2

Parallèle : Les armatures Q1 et Q2 constituent un seul conducteur au potentiel VA et de charge (Q1 + Q2 ). Les
d.d.p. vérifient Veq = V1 = V2 = VA −VB . Donc,

Qeq = Q1 + Q2 ⇐⇒ CeqV1 = C1V1 +C2V2 ⇒ Ceq = C1 +C2 (3.23)

En général, si on a N condensateurs, alors


CHAPITRE 3. CONDUCTEURS EN ÉQUILIBRE ÉLECTROSTATIQUE 38

Disposition Ceq Exemple N = 2 Condensateurs identiques Ci = C


Parallèle Ceq = ∑Ni=1 Ci Ceq = C1 +C2 Ceq = NC
1 N 1
Série Ceq = ∑i=1 Ci Ceq = CC11+C
C2
2
Ceq = CN

3.4 Énergie et forces


3.4.1 Énergie
Considérons un système de N conducteurs ayant chacun une charge Qi et un potentiel Vi . L’énergie potentielle
(interne) de ce système est
1 1
U = U1 + · · · +UN , U1 = Q1V1 , · · · ,UN = QN VN (3.24)
2 2
L’énergie d’un condensateur (N = 2), de charges QA = Q et QB = −Q, est
1 1
U = (QAVA + QBVB ) = Q(VA −VB ) (3.25)
2 2
1 2 1 Q2
U= CV = , Q = QA , V = VA −VB (3.26)
2 2C
Remarque (*)
Cette formule est valable dans le cas général où la charge initiale de B n’est pas nulle Q0B 6= 0 parce que l’éner-
gie du condensateur est définie comme celle que l’on récupère lorsqu’on isole ses armatures du générateur puis
on les court-circuite :
Avant court-circuit : QA = Q et QB = −Q + QBe = Q0B (voir formules de l’influence totale) : Ui = 12 QAVA +
1 1 1
2 QBVB = 2 Q(VA −VB ) + 2 QBeVB
Après court-circuit : On obtient un seul conducteur AB. Alors,
— La conservation de la charge donne QAB = QA + QB = QBe (les chargent QA = Q et QB = −Q se
neutralisent dans un même conducteur).
— Le théorème de Gauss donne VAB = VB car la charge totale QBe est la même avant et après le court-
circuit, et c’est elle qui détermine le potentiel de B avant le court-circuit ainsi que le potentiel de AB
après le court-circuit. Par conséquent, U f = 12 QABVAB = 21 QBeVB .
L’énergie du condensateur (récupérée) est U = −(U f −Ui ) = 12 Q(VA −VB ).

3.4.2 Force électrostatique exercée sur un conducteur (*)


Reconsidérons le système de N conducteurs dont un a subit un déplacement. La variation de l’énergie totale
dET = dU + dEc et le théorème de l’énergie cinétique dEc = dW impliquent que

dET = dU + dW (3.27)
CHAPITRE 3. CONDUCTEURS EN ÉQUILIBRE ÉLECTROSTATIQUE 39

~ i = dxi~i + dyi~j sous l’effet de la résultante ~Fi =


Supposons qu’un seul le conducteur i s’est déplacé de dl
Fix~i + Fiy~j des forces électrostatiques. Alors

dW = Fix dxi + Fiy dyi (3.28)

On peut distinguer deux cas : Le cas où tous les conducteurs sont isolés et le cas où le potentiel de chaque
conducteur est constant.
a) Système isolé (Qi = Cte , ∀i) :
Dans ce cas, dET = 0 et dU = −dW = −Fix dxi − Fiy dyi . On en déduit
   
∂U ∂U
Fix = − , Fiy = − (3.29)
∂ xi Q ∂ yi Q

Exemple du condensateur plan


1 Q2
L’armature
  A reste fixe à la position xA = 0 et on déplace B selon l’axe des x. Alors, U = 2 C et FB = FBx =
1 Q2 ∂C
− ∂∂U
xB Q = 2 C2 ∂ xB .
2
C = ε0 xSB , ∂∂C Donc FB = − 12 εQ0 S .
xB = − xB ,
C

b) Système lié à un générateur (Vi = Cte , ∀i) :


Dans ce cas, chaque conducteur reçoit la charge dQi . L’énergie potentielle de ce dernier varie de dE pi = Vi dQi .
Alors, dET = ∑i dQiVi est l’énergie fournie par le générateur. Or dU = 12 ∑i dQiVi de sorte que dET = 2dU et
l’équation (3.27) devient dU = dW = Fix dxi + Fiy dyi . On en déduit
   
∂U ∂U
Fix = , Fiy = (3.30)
∂ xi V ∂ yi V

Exemple du condensateur
L’armature
  A reste fixe à la position xA = 0 et on déplace B selon l’axe des x. Alors, U = 12 CV 2 et FBx =
2
∂U
∂ xB V = 12 V 2 ∂∂C 1 ε0 SV
xB = − 2 x2 .
B
Chapitre 4

Conduction électrique (*)

Dans ce chapitre, on considère des conducteurs hors équilibre. Le champ n’est plus nul à l’intérieur de tels
conducteurs. Ce champ est dû à une différence de potentiel, entre deux points du conducteur, et engendre un
mouvement des charges (un courant). On définit les notions d’intensité et de densité de courant. On étudie le
mouvement des charges dans un conducteur pour établir la loi d’Ohm. On termine par l’effet Joule.

4.1 Courant électrique


4.1.1 Courant
Un courant électrique est un mouvement des porteurs de charges d’un point A vers un point B d’un même
conducteur. Il est engendré par un déséquilibre dû à une différence de potentiel (d.d.p) entre ces deux points
VA 6= VB . Cette d.d.p. engendre un champ électrique qui exerce une force sur chaque porteur de charge et le
déplace.
Ce déséquilibre peut être maintenu par un générateur qui assure ainsi un courant permanent au moyen d’une
d.d.p permanente VAB = VA −VB . Le potentiel de sa borne « positive » est supérieur à celui de la borne « néga-
tive » (VA > VB ). Ceci ne veut pas dire que la borne « positive » a réellement un potentiel positif et que la borne
« négative » a un potentiel négatif. Les générateurs seront étudiés dans le prochain chapitre.
i(t)

q=e ~
E
~ve = ~v
A S B
q = −e
~v−e = −~v

i(t) VA − VB

40
CHAPITRE 4. CONDUCTION ÉLECTRIQUE (*) 41

Dans les conducteurs métalliques, les porteurs de charge sont les électrons de charge q = −e qui se déplacent
avec une vitesse ~v−e = −~v dans le sens inverse du champ électrique ~E. Dans les solutions, les porteurs de
charge sont les ions (anions (négatifs) et cations (positifs)). Dans les semi-conducteurs, les porteurs de charge
peuvent être des électrons ou des trous (un trou correspond à l’absence d’un électron). Dans les trois cas, le
mouvement des porteurs de charge négative est équivalent à celui des porteurs de charge positive q = e avec une
vitesse ~ve = ~v dans le même sens que la champ électrique (voir vecteur densité de courant). Historiquement,
il a été convenu que le sens du courant est celui des charges positives. Cette convention est maintenue jusqu’à
présent et s’exprime par :
Le sens conventionnel du courant est celui du mouvement des charges positives (opposé à celui des charges
négatives). Dans le conducteur, le courant conventionnel circule :
— du potentiel le plus grand vers le potentiel le plus petit (de A vers B si VA > VB ),
— c-à-d. dans le même sens que celui du champ électrique à l’intérieur du conducteur.
L’intensité du courant est la charge qui traverse une section S du conducteur par unité de temps :
dQ
i(t) = (4.1)
dt
(dQ traverse S pendant dt). Son unité est l’ampère (1 A = 1 C/s). Le courant est dit continu si son intensité est
constante au cours du temps, dans ce cas, on le note avec une majuscule i(t) = I.
Une ligne de courant est la trajectoire orientée décrite par une charge positive en mouvement. Un tube de
courant est constitué par l’ensemble des lignes de courant qui s’appuient sur un contour fermé (la paroi du
tube).
Tube de courant

~v Ligne de courant
q>0

4.1.2 Vecteur densité de courant


Dans un conducteur métallique, la densité des porteurs de charge est n > 0, la charge d’un seul porteur est
q = ±e et sa vitesse est ~v±e = ±~v où la vitesse ~v a le même sens que celui du courant. Cette vitesse est une
vitesse moyenne de dérive car, en réalité, les porteurs de charges n’ont pas tous la même vitesse (voir plus loin).
La figure ci-dessous représente un conducteur cylindrique de section S. Les charges positives qui traversent une
section élémentaire dS pendant dt se trouvent dans un volume dV = dS ∆l avec ∆l = ve dt = vdt. Le nombre de
porteurs de charges dans dV est dN = ndV et la charge qui traverse dS est dQ0 = edN = env dS dt. L’intensité
0
i0 ~
du courant traversant dS est i0 = dQ
dt = env dS. La densité de courant est j = dS = env ou en vecteur j = ne~v.
CHAPITRE 4. CONDUCTION ÉLECTRIQUE (*) 42

i(t)

~
E

A S B
∆l
dQ′ ~j dS

i(t) VA − VB

Densité de courant

D’une manière générale, on définit la densité de charges ρq et le vecteur densité de courant pour les deux types
de porteurs de charges (en valeurs algébriques) par

ρq = nq, ~j = ρq~vq = ne~v, q = ±e (4.2)

Comme les porteurs de charges positives q = e et négatives q = −e ont des vitesses opposées ~ve =~v = −~v−e ,
le vecteur ~j a la même expression (~j = ne~v) et le même sens que celui du courant dans les deux cas.
Exemple (et unités) pour le cuivre : n = 8.38 × 10+28 e− /m3 , ρq = −1.34 × 10+10 C/m3 , v−e = −v = −3.73 ×
10−4 m/s, on trouve alors j = 5 × 106 A.m−2 .
L’intensité du courant, qui traverse une section S du conducteur, est donnée par
¨
i(t) = ~
~j.dS (4.3)
S

Remarques :
— Le courant est le flux du vecteur densité de courant à travers la surface S.
~ et ~
— Dans ce chapitre, on ne considérera que le cas du courant continu avec ~j parallèle àdS j est
constant sur S. Alors I

I = ~j S =⇒ ~j = (4.4)
S

4.2 Mouvement des porteurs de charge


4.2.1 Mouvement dans le vide
Dans la figure ci-dessous, le filament F est chauffé par une source électrique auxiliaire. Il chauffe à son tour
la cathode B chargée négativement qui libère des électrons. Ces derniers sont accélérés par l’anode A chargée
positivement.
CHAPITRE 4. CONDUCTION ÉLECTRIQUE (*) 43

Vide
B A
~v
F
−e

Cathode Anode

Étudions le mouvement d’un porteur de charge q = −e ayant une masse m et se déplaçant de B vers A :
−VB
Relation Fondamentale : ~F = q~E = m~a avec E = − VxAA −xB
(uniforme). Donc

q VA −VB
a=− = Const
m xA − xB
Le mouvement est rectiligne et uniformément accéléré (a > 0 et v > 0) car q = −e, xA > xB et VA > VB .
Énergie : ~F = q~E dérive d’un potentiel. Donc ET (A) = ET (B), soit

1 2 1
mvA + qVA = mv2B + qVB
2 2
Cette équation permet de déterminer vA si l’on connaît vB (ou l’inverse)
q
v2A = v2B + 2 (VB −VA )
m
On retrouve que le mouvement est accéléré pour un électron (vA > vB ).
A retenir : Dans le vide, le mouvement d’une charge q soumise à une d.d.p. est uniformément accéléré si elle
est négative et se déplace vers le potentiel le plus haut (ou si elle est positive et se déplace vers le potentiel le
plus bas). Par contre, dans un conducteur le mouvement est d’abord accéléré (régime transitoire) puis devient
uniforme (régime permanent). C’est l’objet de la section suivante.

4.2.2 Mouvement dans un conducteur


Lorsque des porteurs de charge se déplacent dans un conducteur, il seront gênés par les défauts et l’agitation
thermique des atomes ce qui ralentit leur mouvement. L’étude d’un tel mouvement étant difficile, considé-
rons un modèle simplifié où le mouvement des porteurs de charges est supposé être ralenti par une force de
frottement analogue à celle du mouvement d’une particule dans un milieu visqueux.

~
E
SA SB
x
A q B
f~ = −k~v F~ = q E
~

L
CHAPITRE 4. CONDUCTION ÉLECTRIQUE (*) 44

Avant l’application d’une d.d.p., les porteurs de charge ont un mouvement désordonné dû à l’agitation ther-
mique. Leur vitesse moyenne v est nulle.
A t = 0 s, une d.d.p. VA −VB est appliquée entre deux sections SA et SB du conducteur, il en résulte une force
électrique ~F = q~E. De plus, les porteurs de charge sont soumis à la force de frottement ~f = −k~v.
La vitesse moyenne des porteurs de charge obéit à l’équation différentielle

~F + ~f = m d~v =⇒ dv + v = q E, τ=
m
(4.5)
dt dt τ m k
La solution (correspondant à v(0) = 0 m/s) est
q
v(t) = vl (1 − e−t/τ ), vl = E (4.6)
k
Le mouvement des porteurs de charge passe donc par deux régimes :

Agitation thermique Régime transitoire très court Régime permanent


t ≤ 0, E = 0 V/m Mouvement accéléré 0 ≤ t . 5τ Mouvement uniforme t & 5τ
v = 0 m/s v% v = vl

Le régime permanent est très rapidement atteint. À t = τ, la vitesse est v(τ) = 0.63vl . Le régime permanent
est atteint quand v(t) = 0, 99vl , alors t = −τ ln(1 − 0, 99) = 4, 6τ ' 5τ.
Dorénavant, on ne considérera que le régime permanent pour lequel la vitesse moyenne des porteurs de charge
est constante et proportionnelle à E
q
v = vl = E (4.7)
k
Cette loi se généralise en remplaçant qk par une constante µ

~v = µ ~E (4.8)

Le coefficient µ est appelé mobilité des porteurs de charge (unité m2 /V.s). L’expression de la mobilité dépend
du modèle adopté. Dans le modèle du frottement visqueux, µ = qk . La vitesse moyenne de dérive des porteurs
de charge est assez petite mais tous les porteurs de charges l’atteignent en même temps car le champ électrique
s’établit très rapidement dans tout le conducteur. Pour cette raison, on a l’impression que le courant s’établit
instantanément.

4.3 Loi d’Ohm


La loi d’Ohm exprime une relation de proportionnalité entre la cause (d.d.p) et l’effet (courant).
CHAPITRE 4. CONDUCTION ÉLECTRIQUE (*) 45

4.3.1 Loi macroscopique et loi locale


Loi macroscopique : A température constante, la d.d.p. entre deux points d’un conducteur est proportionnelle
à l’intensité du courant qui le traverse. Si le courant circule de A vers B, alors

VA −VB = Ri (4.9)

R est appelée résistance et son unité est l’ohm (1 Ω = 1 V/A). La conductance est l’inverse de la résistance ( R1 ,
unité siemens 1 S = 1 Ω−1 ). Les conducteurs pour lesquels la loi d’Ohm est applicable (avec R constante) sont
appelés conducteurs ohmiques ou résistors (exemple : métaux et alliages métalliques). Pour les conducteurs
non ohmiques, R varie avec la température (et avec i) et n’est pas une caractéristique du conducteur (exemple :
lampe à incandescence « en tungstène »).
Dans ce cours, la loi d’Ohm a un sens algébrique. Si i > 0, alors VA > VB et i est le courant conventionnel. Si
i < 0, alors VA < VB et le courant conventionnel circule de B vers A (dans le sens inverse de i).
Forme locale de la loi d’Ohm : Localement (c’est-à-dire, en chaque point du conducteur ), la densité de
courant est proportionnelle au champ électrique qui l’engendre

~j=σ ~E ⇐⇒ ~E = ρ ~j (4.10)

σ est appelée conductivité électrique (unité Ω−1 .m−1 ). Son inverse ρ = σ1 est la résistivité (unité Ω.m). La
conductivité σ est notée γ dans certaines références pour éviter une confusion avec la densité de charge surfa-
cique. Ne pas confondre la résistivité ρ avec la densité de charge volumique ρq = nq.
La conductivité peut être liée à la mobilité en utilisant la définition de la densité de courant

~j = nq~v = nqµ ~E (4.11)

En comparant avec (4.10), on voit que


σ = nqµ (4.12)
Dans le modèle du frottement visqueux, µ = qk , par conséquent

nq2
σ = nqµ =
k

La forme locale de la loi d’Ohm permet de déterminer R en fonction de ρ = (1/σ ) et des dimensions du
~ Par
conducteur. Sur une ligne de courant joignant deux points A et B, le champ ~E = σ ~j est parallèle à dl.
conséquent,
ˆ B ˆ B ˆ B ˆ B
~ ~ j I
VB −VA = − E · dl = − Edl = − dl = − dl (4.13)
A A A σ A Sσ
CHAPITRE 4. CONDUCTION ÉLECTRIQUE (*) 46

Remarquons que I ne varie pas entre A et B, mais S et σ ne sont pas toujours constants. Comme VB −VA = RI,
on déduit que
ˆ B ˆ B
dl dl
R = =
ρ , AB ∈ ligne de courant et S ⊥ ~j (4.14)
A σS A S
La valeur absolue a été introduite car l’intégrale
´ peut être négative alors que R est positive. Remarquons que
R augmente lorsque la longueur L = dl du conducteur ou lorsque la section S diminue. En effet, plus le
conducteur est long, plus il y a d’obstacles pour les porteurs de charges. Aussi, plus la section est étroite,
moins d’espace il y a pour la libre circulation des porteurs de charges (la résistance augmente).
Exemples : Deux conducteurs cylindriques homogènes (σ = const) de même longueur L avec VB > VA . Le
premier est plein et parcouru par un courant parallèle à son axe de révolution x0 Ox. Le second est creux et
parcouru par un courant radial.
Cylindre plein Cylindre creux
x x
V

B r A B

L
~j V I ~j
SL
ST
I

On a
Courant axial de xB vers xA : dl = dx Courant radial de RB vers RA : dl = dr
Surface transversale
: S = ST = πR2 Surface
´ latérale : SL = 2πrL
´
x RB dr
R = xAB σdxS = σ1 |xB −xA| |ln(RB /RA )|
S = ρ LS R = RA σ 2πrL = ρ 2πL
Remarques :
— Dans le modèle du frottement visqueux, un conducteur est caractérisé par les valeurs de m, q, n et k. A
partir de ces valeurs, on a déterminé les grandeurs
m q
τ= , µ= (4.15)
k k
La définition du courant ~j = nq~v, la loi d’Ohm locale ~j = σ ~E et la relation ~v = µ ~E,ont donné l’expres-
sion de la conductivité en fonction de la mobilité puis en fonction de n, q et k
q2 n
σ = qnµ = (4.16)
k
CHAPITRE 4. CONDUCTION ÉLECTRIQUE (*) 47

— La résistivité dépend de la température T . Dans le cas le plus simple, cette dépendance est caractérisée
par une constante α
ρ(T ) = ρ0 + α(T − T0 ), ρ0 = ρ(T0 ) (4.17)
— Le courant chauffe le conducteur (voir effet Joule). Cette variation de température change la résistance.
Donc, la résistance R peut dépendre de l’intensité. La courbe caractéristique V = f (I) permet de dé-
terminer R pour chaque I. Si cette courbe est une droite, R est une constante qui ne dépend pas de I.
Dans ce cas, R est la pente de cette droite et caractérise un conducteur ohmique. Pour un conducteur
non-ohmique, R est la pente de la droite passant par l’origine et le point (I2 ,V2 ) considéré.
Conducteur ohmique Conducteur non-ohmique
V V

V2 V = VA − VB
V2

V1 α α2

I1 I2 I I2 I
R = tan(α) constante R2 = tan(α2 ) variable

4.3.2 Association de résistances


Associons N résistances Ri en série ou en parallèle. On peut les remplacer par une seule résistance équivalente
Req . Étudions le cas de deux résistances :
Série Parallèle
I1 R1
A B A B
b b b b

I R1 R2 I
I2 R2

Série : La disposition en série signifie qu’une seule extrémité d’une résistance et liée à celle de l’autre. Les
deux résistances sont parcourue par le même courant
VA −VB = R1 I + R2 I = (R1 + R2 )I = Req I (4.18)
Parallèle : La disposition en parallèle signifie que les deux extrémités d’une résistance sont liées à celles de
l’autre. Les deux résistances possèdent la même d.d.p.
VA −VB VA −VB 1 1 VA −VB
I = I1 + I2 = + = (VA −VB )( + ) = (4.19)
R1 R2 R1 R2 Req
Dans le cas général de N résistances, on a :
CHAPITRE 4. CONDUCTION ÉLECTRIQUE (*) 48

Disposition Req Exemple N = 2 Résistances identiques Ri = R, ∀i


Série Req = ∑Ni=1 Ri Req = R1 + R2 Req = NR
1 N 1 R1 R2
Parallèle Req = ∑i=1 Ri Req = R1 +R2 Req = NR

4.4 Effet Joule


Une charge élémentaire positive dq circule dans le même sens que celui du courant. Par conséquent, elle passe
d’un potentiel VA vers un potentiel plus bas VB , et son énergie potentiel diminue car ∆E p = dq(VB −VA ) < 0.
Cette énergie perdue est liée au travail de la force électrostatique appliquée à dq par la relation

WAB = −∆E p = dq(VA −VB ) (4.20)

Dans le vide, elle se transforme en énergie cinétique mais elle ne peut pas le faire dans un conducteur car v = vl
est constante. Alors, elle est cédée au milieu extérieur sous forme de chaleur. Ce phénomène est appelé effet
Joule.
Précisément, quand un courant i(t) traverse un conducteur entre un point A et un point B, l’énergie dissipée
sous forme de chaleur correspond au déplacement, pendant dt, d’une charge q contenue dans un certain volume
du conducteur. A l’instant t, la charge q = dq + ∆q est dans le cylindre en tirets bleus dans la figure ci-dessous
(dq est au voisinage de A où le potentiel est égal à VA ).
VA V variable VB
A B
dq ∆q dq

(1) (2) (3)

t t + dt

A l’instant t + dt, la charge q se retrouve dans le cylindre en trait plein noir, on a toujours q = dq + ∆q mais dq
est au potentiel VB . Les énergies potentielles de la charge q aux instants t et t + dt sont
E p (t) = E p(1) (dq) + E p(2) (∆q) = dqVA + E p(2) (∆q) et E p (t + dt) = E p(3) (dq) + E p(2) (∆q) = dqVB + E p(2) (∆q)

dW = − [E p (t + dt) − E p (t)] (4.21)

Donc, l’énergie dissipée par effet Joule pendant dt est

dW = (VA −VB )dq = (VA −VB )idt (4.22)

La puissance correspondante est


dW
P= = (VA −VB )i (4.23)
dt
CHAPITRE 4. CONDUCTION ÉLECTRIQUE (*) 49

C’est la loi de Joule qui, pour un conducteur ohmique (VA −VB = Ri), s’écrit

P = Ri2 (4.24)

Remarques :
— L’énergie dissipée entre t1 et t2 par un conducteur ohmique traversé par un courant i(t) variable est
ˆ t2 ˆ t2
W= (VA −VB )idt = R i2 dt (4.25)
t1 t1

— La densité de puissance (puissance/volume) d’un conducteur cylindrique homogène de volume LS et


de résistance R = ρ LS traversé par un courant I = jS est

P RI 2 j2
π= = =⇒ π = (4.26)
LS LS σ

Dans le cas général, en utilisant σ1 ~j = ~E, cette formule devient

π = ~j.~E (4.27)

Exercice
Un cylindre homogène en argent de diamètre d égal à 1.2 mm et de longueur l égale à 42cm, est parcouru par
un courant I = 50 A lorsque la d.d.p appliquée entre ses deux bases vaut V = 0, 3 V.
1) Calculer la conductivité γ de l’argent (on peut la noter σ ).
La section du cylindre est un disque de surface S = π × (rayon)2 = π( d2 )2 = 1.13 × 10−6 m2 .
méthode 1 : j = σ E, j = SI et E = Vl . Donc σ = SVIl
= 6.189 × 10+7 Ω−1 .m−1 .
méthode 2 : R = VI = 0.006 Ω. Or R = σ1 LS . Donc σ = RS L
= 6.189 × 107 Ω−1 .m−1 .
2) Sachant que chaque atome d’argent libère un électron pour la conduction, trouver le nombre n d’électrons
libres par mètre cube. On rappelle que pour l’argent le nombre de masse est A = 108 et la densité dm = 10.5.
Soit mA la masse d’un atome, nA la densité des atomes et NA le nombre d’Avogadro.
Masse molaire MA = A × 10−3 kg/mol. Alors mA = M NA .
A

Masse volumique ρm = mA nA = M 3 3 dm 6 28 3
NA nA = dm ×10 kg/m . Donc n = NA MA = NA A ×10 = 5.86×10 atm/m
A ρm

Un électron par atome : n = nA = 5.86 × 1028 elec/m3


3) A partir des deux expressions différentes du vecteur densité de courant, trouver la vitesse de dérive des
électrons de conduction.
On cherche v = |ve | car le signe ne nous intéresse pas.
j = env = SI , donc v = enS
I
= 4.72 × 10−3 m/s.
4) Calculer la mobilité des porteurs de charges libres pour l’argent.
v = µE = µ Vl donc µ = Vvl = 0.015∗0.42
0.3 = 3.37 × 10−3 .
Chapitre 5

Réseaux Électriques

Ce chapitre est consacré à l’étude des courants et tensions dans des réseaux contenant des générateurs, des
récepteurs des résistances et des condensateurs. On y définira les deux premiers concepts (générateurs et ré-
cepteurs) avant de présenter les lois de Kirchhoff qui permettent de déterminer les inconnues du réseau (en
général, les courants). Le circuit RC sera étudié à la fin de ce chapitre.

Rappels du chapitre 4
Dans un conducteur, un courant est un mouvement des porteurs de charges libres dû à une différence de
potentiel (d.d.p.) VA − VB entre deux points A et B du conducteur. Le sens conventionnel du courant est celui
du mouvement des porteurs de charges positives, il circule du potentiel le plus grand vers le potentiel le plus
petit (de A vers B si VA > VB ), c-à-d. dans le même sens que celui du champ électrique. Les charges négatives
circulent dans le sens inverse de celui du courant conventionnel.
L’intensité du courant est égale à la charge qui traverse une section du conducteur par unité de temps (unité
Ampère 1 A = 1 C/s). Si une charge dq traverse une section S pendant dt, l’intensité est

dq
i(t) =
dt
Lorsque le courant ne dépend pas du temps, on dit qu’il est continu et on désigne son intensité par I (majuscule).
La loi d’Ohm exprime une relation de proportionnalité entre la cause (d.d.p) et l’effet (courant). Si le courant
circule de A vers B, alors
VA −VB = Ri
Cette relation est algébrique. Si i > 0, alors VA > VB et i est le courant conventionnel. Si i < 0, alors VA < VB et
le courant conventionnel circule de B vers A (dans le sens inverse de i).
La constante R est la résistance du conducteur (unité ohm 1 Ω = 1 V/A). La conductance est l’inverse de la
résistance ( R1 , unité siemens 1 S = 1 Ω−1 ). Les conducteurs pour lesquels la loi d’Ohm est applicable (avec R
constante) sont appelés conducteurs ohmiques ou résistors. Un conducteur cylindrique homogène, de section

50
CHAPITRE 5. RÉSEAUX ÉLECTRIQUES 51

S et de longueur L, a une résistance


L
R=ρ
S
ρ est appelée la résistivité (unité Ω.m). Son inverse σ = ρ1 est la conductivité électrique (unité Ω−1 .m−1 ).
En circulant de A vers B pendant dt, la charge positive dq perd de l’énergie. Cette dernière est dissipée par
effet Joule et est égale à
dW = (VA −VB )dq = (VA −VB )idt
La puissance correspondante est
dW
P= = (VA −VB )i
dt
C’est la loi de Joule qui, pour un conducteur ohmique (VA −VB = Ri), s’écrit
P = Ri2
L’énergie dissipée entre t1 et t2 par un conducteur ohmique traversé par un courant i(t) variable est
ˆ t2 ˆ t2
W= (VA −VB )idt = R i2 dt
t1 t1

5.1 Générateur
Le générateur transforme une forme d’énergie (mécanique, chimique, etc.) en une énergie électrique.
Générateur de tension : Il maintient une différence de potentiel constante entre ses bornes, quelque soit le
circuit extérieur.
Générateur de courant : Il délivre un courant constant, quelque soit le circuit extérieur.
Dans ce cours, on considère les générateurs de tension réversibles (ou rechargeables), c’est-à-dire qui fonc-
tionnent comme des générateurs ordinaires ou comme des accumulateurs. Ces derniers transforment l’énergie
électrique pour la stocker et la restituer ultérieurement. Dans les deux figures suivantes, un générateur réver-
sible est représenté par une pile rechargeable avec son schéma équivalent (E, r) à l’intérieur. E s’appelle la
force électromotrice (f.e.m) et est égale à la d.d.p VA − VB aux bornes du générateur quand il n’est pas bran-
ché (circuit ouvert, I = 0). r est la résistance interne et représente la perte d’énergie lorsque le générateur est
branché (circuit fermé, I 6= 0). Lire l’encadré hors programme pour plus de détails.
(+) (−) (+) (−)
E r E r
I M I M
B B
A A
~ em
E ~
E ~ em
E ~
E

R E′

Fig. (a) : Générateur Fig. (b) : Accumulateur


CHAPITRE 5. RÉSEAUX ÉLECTRIQUES 52

Figure a : La pile fournit de l’énergie à la résistance R représentant le circuit extérieur. Elle fonctionne comme
générateur. Le courant conventionnel traverse l’intérieur de la pile du (−) vers le (+). Dans le circuit extérieur,
il circule du (+) vers le (−).
Figure b : La pile reçoit de l’énergie du générateur E 0 et se charge. Elle fonctionne comme accumulateur. Le
courant conventionnel la traverse du (+) vers le (−). A l’extérieur de la pile, il circule du (−) vers le (+).
' $
Force électromotrice (*)

A l’intérieur du générateur (la pile), les charges positives se déplacent de B vers A. Ce mouvement n’est
pas dû au champ électrostatique ~E car celui-ci applique sur les charges positives une force qui s’oppose à
ce mouvement. Il est dû à une autre force ~Fem , de nature chimique par exemple, qui permet à une charge
positive q de remonter le potentiel (de VB à VA ) à l’intérieur du générateur. Pour un autre type de générateur,
cette force est de nature différente (magnétique dans une dynamo). On définit alors un champ électromoteur
~Eem d’origine non électrostatique par ~Eem = ~Fem . On définit ensuite la force électromotrice (f.e.m.) E du
q
générateur par analogie avec la d.d.p VA −VB :
ˆ A ˆ A
VA −VB = − ~
~E.dl E= ~
~Eem .dl
B B

Cependant, E est une tension et non une force, son unité et le volt. Il n’y a pas de signe (−) dans sa défi-
nition car~Eem est dans le sens des potentiels croissants ; Aussi, ce champ ne dérive pas d’un potentiel car sa
circulation est égale à une constante E et non à une différence d’une fonction V qui représente le potentiel.
Quand le générateur est en circuit ouvert (I = 0), les charges sont immobiles. Par conséquent,

~Fem = −~Félectrique =⇒ ~Eem = −~E =⇒ E = VA −VB

Donc, la f.e.m. est égale à la d.d.p. aux bornes du générateur quand il n’est pas branché (circuit ouvert).
Quand le générateur est dans un circuit fermé, il fonctionne comme un générateur (Fig. a) ou comme un
accumulateur (Fig. b). La relation E = VA −VB doit être modifiée pour tenir compte de l’effet Joule dans le
générateur. Cet effet est représenté par une résistance interne r très faible.
& %
On déduit maintenant la relation entre la d.d.p. (VA −VB ) aux bornes d’un générateur et sa f.e.m. E à partir de
la conservation de l’énergie.
Bilan d’énergie du générateur (E, r) :
Le générateur fournit l’énergie et le circuit en utilise une partie
W f ournie = E∆q = EI∆t , Wutile = (VA −VB )∆q = (VA −VB )I∆t , Wdissipée = Vr ∆q = rI 2 ∆t
Conservation : W f ournie = Wutile +Wdissipée =⇒ EI∆t = (VA −VB )I∆t + rI 2 ∆t, soit

(VA −VB ) = E − rI (5.1)

On voit que (VA −VB ) = E lorsque I = 0 et (VA −VB ) < E lorsque I > 0.
Puissance : Pf ournie = Putile + Pdissipée =⇒ EI = (VA −VB )I + rI 2
CHAPITRE 5. RÉSEAUX ÉLECTRIQUES 53

Rendement :
Wutile Putile (VA −VB ) E − rI
η= = = = (5.2)
W f ournie Pf ournie E E

Bilan d’énergie de l’accumulateur (E, r) :


Le circuit fournit l’énergie et le générateur en emmagasine une partie
Wutile = E∆q = EI∆t , W f ournie = (VA −VB )∆q = (VA −VB )I∆t , Wdissipée = Vr ∆q = rI 2 ∆t
Conservation : Wutile = W f ournie −Wdissipée =⇒ E∆q = (VA −VB )∆q − rI 2 ∆t, soit

(VA −VB ) = E + rI (5.3)

On voit que (VA −VB ) = E lorsque I = 0 et (VA −VB ) > E lorsque I > 0.
Puissance : Putile = Pf ournie − Pdissipée =⇒ EI = (VA −VB )I − rI 2
Rendement :
Wutile Putile E E
η= = = = (5.4)
W f ournie Pf ournie (VA −VB ) E + rI

Association de générateurs :
Série Parallèle
r1 E1
I1
E1 E2
A C B A B
b b b b b

I r1 r2 I
I2 r2
E2

Série : I est le courant conventionnel. Alors, on utilise les formules du générateur pour E1 et de l’accumulateur
pour E2
VA −VB = (VA −VC ) + (VC −VB )
VA −VB = E1 − r1 I − (E2 + r2 I) = (E1 − E2 ) − (r1 + r2 )I = Eeq − req I
avec Eeq = E1 − E2 et req = r1 + r2 .
Parallèle (les f.e.m. doivent être égales et de même polarité).
 E1et E2 fonctionnent en générateurs
E −(V −V )
I = I1 + I2 = E−(VA −VB )
r1 + E−(VA −VB )
r2 = [E − (VA −VB )] r1 + r12 = eq reqA B
1

avec Eeq = E et r1eq = r11 + r12 .


Dans le cas général avec N générateurs, on a :

Disposition N Générateurs Exemple N = 2 Générateurs identiques


Série Eeq = ∑Ni=1 ±Ei Eeq = E1 ± E2 Eeq = NE
req = ∑Ni=1 ri req = r1 + r2 req = Nr
Parallèle Eeq = E Eeq = E Eeq = E
1 N 1
req = ∑i=1 ri req = rr11+r
r2
2
req = Nr
CHAPITRE 5. RÉSEAUX ÉLECTRIQUES 54

Remarques :
— La polarité de Eeq est la même que celle des générateurs et opposée à celle des accumulateurs.
— Série : Le symbole (∑ ±) signifie que les générateurs sont affectés du signe (+) alors que les accumu-
lateurs sont affectés du signe (−).
— Parallèle : Les f.e.m. de tous les générateurs doivent être égales et de même polarité.
Exercice
Le circuit ci-dessous (à gauche) comporte, deux générateurs identiques de f.e.m E et de résistance interne r,
une résistance variable x et un assemblage de résistances entre B et C.
1. Trouver la résistance RBC équivalente à la portion (BC) du circuit.
E = 6V r = 1Ω

E r
Req

2R
R = 14Ω
R E
x
3R
A B C I

2. Exprimer l’intensité du courant traversant la résistance x en fonction de E, r, x et RBC .


a) Trouver la puissance dissipée dans la résistance x.
b) Pour quelle valeur de la résistance x cette puissance est-elle maximale ?
Réponse :
1) La résistance équivalente à R et 2R (en parallèle) est R1 = 2R2 /3R = 2R/3.
La résistance équivalente à R et R1 (en série) est R2 = R + 2R/3 = 5R/3.
La résistance équivalente à 3R et R2 (en parallèle) est RBC = (3R × 5R/3) / (3R + 5R/3) = 15R/14, A.N.
RBC = 15 Ω.
2) Les deux générateurs identiques, en parallèle et de même polarité sont équivalents à un seul générateur de
même f.e.m E et de résistance interne r/2. Cette résistance est en série avec x et RBC . Le circuit équivalent
est représenté à droite de la figure de l’énoncé où Req = x + RBC + r/2. Le courant I est celui qui traverse la
résistance x :
E = Req I ⇒ I = E/Req = E/ (x + RBC + r/2)
2 x/ (x + R + r/2)2
3-a) Px = xI 2 = E BC   
(x+RBC +r/2)2 −2x(x+RBC +r/2) (x+RBC +r/2)(−x+RBC +r/2)
3-b) dP/dx = E 2 = E2
(x+RBC +r/2)4 (x+RBC +r/2)4
Le maximum correspond à dP/dx = 0 ⇒ x = RBC + r/2 = 15.5 Ω. La deuxième solution x = − (RBC + r/2)
n’est pas acceptable.
CHAPITRE 5. RÉSEAUX ÉLECTRIQUES 55

5.2 Récepteur
Un accumulateur reçoit de l’énergie électrique et la transforme en énergie chimique. C’est un récepteur qui
peut restituer l’énergie électrique. Un moteur électrique transforme l’énergie électrique en énergie mécanique,
c’est un récepteur pur qui consomme l’énergie électrique sans pouvoir la restituer.
En général, un récepteur transforme l’énergie électrique en une autre forme d’énergie.
Il est représenté par le schéma équivalent suivant :

I
A e B
r

e est la force contre électromotrice (f.c.e.m, c’est une d.d.p. et non une force) et r est la résistance interne du
récepteur.
Bilan énergétique : W f ournie = Wutile +Wdissipée =⇒ (VA −VB )∆q = e∆q + rI 2 ∆t
Bilan de puissance : Pf ournie = Putile + Pdissipée =⇒ (VA −VB )I = eI + rI 2
Relation entre les potentiels :
(VA −VB ) = e + rI (5.5)
Rendement :
Wutile Putile e e
η= = = = (5.6)
W f ournie Pf ournie (VA −VB ) e + rI
Association de récepteurs
Un calcul identique à celui des générateurs conduit à :

Disposition N récepteurs Exemple N = 2 Récepteurs identiques


Série eeq = ∑Ni=1 ei eeq = e1 + e2 eeq = Ne
req = ∑Ni=1 ri req = r1 + r2 req = Nr
Parallèle eeq = e eeq = e eeq = e
1 N 1
req = ∑i=1 ri req = rr11+r
r2
2
req = Nr

Dans le cas parallèle, toutes les f.c.e.m. sont égale à e.

5.3 Lois de Kirchhoff


5.3.1 Définitions
Dans la figure ci-dessous, il y a deux générateurs, un récepteur pur, quatre résistances et un condensateur reliés
tous par des fils de jonction. Ceux sont des dipôles liés constituant des branches et des mailles d’un réseau.
Définissons ces termes.
CHAPITRE 5. RÉSEAUX ÉLECTRIQUES 56

B C D Noeuds : B, C, F et G

A
H VA = VB , VC = VD , VE = VF

G F E

Dipôle : un dipôle est un élément électrique qui possède une borne d’entrée et une borne de sortie (résistance,
condensateur, générateur, récepteur). Il est qualifié d’actif lorsqu’il fournit de l’énergie (générateur) et de passif
lorsqu’il en consomme (résistance, récepteur,. . . ).
Fil de jonction : C’est un fil qui sert à lier les dipôles. Sa résistance est négligeable et tous ses points sont au
même potentiel.
Nœud : C’est l’intersection de trois fils de jonction ou plus.
Branche : C’est une portion du réseau comprise entre deux nœuds.
Maille : C’est un ensemble de branches successives formant un circuit fermé.
Réseau : C’est un circuit complexe constitué d’un ensemble de dipôles reliés entre eux par des fils de jonction.

5.3.2 Lois des nœuds et des mailles de Kirchhoff


Considérons la maille MNPQ suivante contenue dans un réseau
VC = q/C
iQ Q q −q i3 P iP
C

parcours
Ve = e e VR = Ri2
R

i4 E i2

iM M i1 N iN
VE = E

Cette maille contient quatre nœuds (M,N,P, et Q) et quatre branches (MN, NP, PQ et QM).
a) Loi des nœuds (conservation de la charge) : La somme des courants algébriques qui entrent dans un nœud
est égale à la somme de ceux qui en sortent

∑ ientrants = ∑ isortrants (5.7)

Exemples
Nœud M : iM + i1 + i4 = 0, Nœud N : iN + i2 = i1 , Nœud P : i3 = iP + i2 , Nœud Q : iQ = i3 + i4 .
Procédure et conventions
CHAPITRE 5. RÉSEAUX ÉLECTRIQUES 57

On choisit arbitrairement le sens du courant algébrique dans chaque branche, sauf celle qui contient un
récepteur pur. Donc, les sens de i1 , i2 et i3 sont choisis arbitrairement.
Après calcul, on peut avoir l’un des deux résultats suivants pour chaque courant :
— Si l’on trouve i1 > 0, alors le courant i1 choisi est le courant conventionnel de la branche MN
(i1 conventionnel = i1 ).
— Si l’on trouve i1 < 0, alors le courant conventionnel de la branche MN a la même intensité que i1
mais son sens est opposé à celui de i1 (i1 conventionnel = −i1 ).
Il en est de même pour i2 et i3 .
Par contre, le courant i4 circule dans la branche MQ qui contient un récepteur pur. Dans ce cas
— Si l’on trouve i4 > 0, alors le courant i4 choisi est le courant conventionnel (i4 conventionnel = i4 ).
— Si l’on trouve i4 < 0, alors le courant i4 choisi n’est pas le courant conventionnel (i4 conventionnel 6= i4 ).
Il faut inverser le sens de i4 et refaire tous les calculs.
b) Loi des mailles (conservation de l’énergie) : La somme algébrique des tensions le long d’une maille est
nulle.
Exemple pour la maille MNPQ
VM −VM = (VM −VQ ) + (VQ −VP ) + (VP −VN ) + (VN −VM ) = 0 (5.8)
Procédure et conventions
Les tensions son représentées par des flèches rouges. Elles ont toutes le sens opposé du courant correspon-
dant, sauf celle du générateur. Cette dernière est dirigée de la borne (−) vers la borne (+) du générateur
quelque soit le sens du courant i1 . On voit alors que
(VM −VQ ) = −Ve = −e, (VQ −VP ) = VC = Cq , (VP −VN ) = VR = Ri, (VN −VM ) = −VE = −E.
L’équation de la maille (5.8) devient
q
− e + + Ri2 − E = 0 (5.9)
C
On peut retrouver cette équation plus rapidement en choisissant un sens de parcours de la maille (flèche
bleue). Les tensions ayant le même sens que celui du parcours seront comptées positivement (VR et VC ).
Celles qui ont un sens opposées à celui du parcours seront comptées négativement (Ve et VE ). En faisant le
tour de la maille (de VE jusqu’à Ve ), on écrira alors

−VE +VR +VC −Ve = 0 (5.10)


q
−E + Ri2 + − e = 0 (5.11)
C
On a obtenu la même équation.

Remarque
Le sens du parcours est choisi arbitrairement. Si on avait choisi le sens inverse, on aurait trouvé l’équation
VE −VR −VC +Ve = 0 (5.12)
q
E − Ri2 − + e = 0 (5.13)
C
CHAPITRE 5. RÉSEAUX ÉLECTRIQUES 58

5.3.3 Nombres d’équations


En général, les courants sont les variables inconnues à chercher. Pour n nœuds, il n’y aura que (n − 1) nœuds
indépendants. Alors, on écrit
— (n − 1) équations des nœuds.
— Puis, on complète par un nombre suffisant des équations des mailles (pour avoir le nombre d’équations
égal au nombre d’inconnues).
Exercice
On considère le circuit de la figure ci-dessous comportant un générateur de f.e.m E1 = 100 V et un générateur
réversible de f.e.m E2 = 50 V, de résistances internes respectives r1 = 1 kΩ, r2 = 2 kΩ et un récepteur de f.c.e.m
e et de résistance interne r0 = 100 Ω.

r1 E1
I1

1
r′ I3
A e B
2
I2
r2 E2

1. Établir les expressions des intensités des courants I1 , I2 et I3 circulant dans les différentes branches du circuit.
2. Calculer I1 , I2 et I3 pour e = 90 V. Ce résultat est-il acceptable ? Commenter et identifier l’éventuelle l’erreur.
3. Quelle condition doit alors vérifier la f.c.e.m e du récepteur pour que le dispositif puisse fonctionner ?
4. Calculer I1 , I2 et I3 pour e = 60 V.
5. L’élément de f.e.m E2 fonctionne-t-il comme générateur ou comme récepteur ? Justifier votre réponse.
Réponse
1. Dans ce circuit, il y a trois mailles. La maille 1 est composée des branches parcourues par les courants I1 et
I3 . La maille 2 est composée des branches parcourues par les courants I2 et I3 . La maille 3 est composée des
branches parcourues par les courants I1 et I2 . Comme il y a deux nœuds (A et B), on utilise l’équation d’un
seul (le nœud B par exemple). Le nombre d’inconnues est trois (I1 , I2 , I3 ), il manque alors deux équations. Par
exemple, on peut choisir les mailles 1 et 2 avec le sens trigonométrique comme sens de parcours pour les deux.
On notera que les d.d.p. e et r0 I3 sont dans les sens du parcours de la maille 1, mais dans le sens opposé de
celui de la maille 2. Remarquez leurs signes dans les équations suivantes :
Nœud B : I1 + I2 = I3 Maille 1 : −E1 + r1 I1 + e + r0 I3 = 0 Maille 2 : −r2 I2 + E2 − r0 I3 − e = 0
Il y a plusieurs méthode pour le résoudre ce système. La plus simple est de remplacer la loi des nœuds dans
celles des mailles. Réécrivons donc les deux dernières équations en y remplaçant I3 par I1 + I2
Maille 1 : (r1 + r0 )I1 + r2 I2 = E1 − e Maille 2 : r0 I1 + (r2 + r0 ) I2 = E2 − e
En résolvant ce système de deux équations à deux inconnues, on trouve
0 )E −r0 E −er −r0 E1 +(r1 +r0 )E2 −er1 1 E2 −e(r1 +r2 )
I1 = (r2 r+r
r
1 2
1
+r 1 r
2
0 +r r0
2
2
, I2 = r1 r2 +r1 r0 +r2 r0 , I3 = r2 Er11+r
r2 +r1 r0 +r2 r0
Remarque : On aurait pus simplifier les équations et en posant E2 = E, E1 = 2E, r1 = r et r2 = 2r. On aurait
obtenu
Nœud B : I1 + I2 = I3 Maille 1 : −2E + rI1 + e + r0 I3 = 0 Maille 2 : −2rI2 + E − r0 I3 − e = 0.
CHAPITRE 5. RÉSEAUX ÉLECTRIQUES 59

2) I1 = 10.87 mA, I2 = −19.57 mA, I3 = −8.70 mA.


Ce résultat n’est pas acceptable car I3 est négatif alors qu’il circule dans une branche contenant un récepteur
pur. L’erreur se trouve dans le choix du sens de I3 , on doit choisir le sens inverse et refaire le calcul.
3) Le courant I3 qui traverse le récepteur doit être positif

I3 > 0 ⇒ e < 83 V

4) e = 60 V. Le calcul donne I1 = 36.96 mA, I2 = −6.52 mA, I3 = 30.44 mA.


5) E2 fonctionne comme récepteur car le courant conventionnel (I2conventionnel = −I2 ) entre par la borne positive
de ce générateur.
Remarques :
— Les deux nœuds du circuit donne la même équation.
— Les sens de parcours des mailles 1 et 2 peuvent être différents. Le sens de parcours de chaque maille
est totalement arbitraire.
— On aurait pu considérer la maille 3 au lieu de la maille 1 ou 2.
— L’équation de la maille 3 est la même que celle obtenue en additionnant les équations des mailles 1 et
2. On dit que ces trois mailles ne sont pas indépendantes.

5.4 Étude d’un circuit RC


Notation : iC est le courant qui traverse le condensateur, et VC la d.d.p. entre ces bornes.
Méthode : On cherche iC en utilisant les lois de Kirchhoff, puis on écrit iC = dq dt pour obtenir une équation
différentielle.
Condensateur complètement chargé ou déchargé
Un condensateur complètement déchargé est équivalent à un fil de jonction (q = 0 ⇐⇒ VC = Cq = 0).
Un condensateur complètement chargé est équivalent à un interrupteur ouvert (q = Q f = Const ⇐⇒ iC =
dq
dt = 0). On peut supprimer sa branche.

5.4.1 Charge d’un condensateur


On cherche une équation différentielle qui régit la charge du condensateur du circuit suivant :
VR

E i

C
VC
CHAPITRE 5. RÉSEAUX ÉLECTRIQUES 60

À l’instant initial, t0 = 0, le condensateur était complètement déchargé q(t0 ) ≡ q(0) = 0.


On applique la méthode générale :
1. On utilise les lois de Kirchhoff pour déterminer le courant iC en fonction de E, R, C et q.
dq
2. On remplace iC par dt pour obtenir l’équation différentielle.
L’équation de la maille est

VE −VR −VC = 0 (5.14)


q
E − Ri − = 0 (5.15)
C

Le courant qui traverse le condensateur est le courant i, c-à-d. i = iC = dq


dt . L’équation différentielle de la charge
du condensateur
dq q E
+ =
dt RC R
Cette équation possède la forme générale (valable pour tous les circuits)
dq q
+ =A (5.16)
dt τ

où τ = RC a la dimension d’un temps, on l’appelle constante de temps. Le second membre A = ER a la dimension


d’un courant, il ne doit contenir ni q ni sa dérivée dq
dt . Une solution particulière de cette équation est évidente.
dQ f
C’est une constante q = Q f , avec dt = 0. En la remplaçant dans l’équation différentielle (5.16), on obtient

Q f = Aτ (5.17)

Pour notre circuit (A = ER ,τ = RC), on trouve Q f = EC. Pour un autre circuit, on obtient d’autres expres-
sions de τ, A et Q f . Cette dernière est la charge finale du condensateur car la solution générale de l’équation
différentielle (5.16) est
q(t) = Be−t/τ + Q f ⇒ lim q(t) = Q f (5.18)
t→∞
La constante B se détermine par la condition initiale du condensateur complètement déchargé Q0 ≡ q(0) = 0 C,
ce qui donne Be−0/τ + Q f = 0, soit B = −Q f . Par conséquent, la solution générale q(t) est

q(t) = Q f (1 − e−t/τ ) (5.19)

Le courant traversant le condensateur est donné par


dq Q f −t/τ
iC = = e (5.20)
dt τ
On peut l’écrire sous la forme générale
iC = I0 e−t/τ (5.21)
CHAPITRE 5. RÉSEAUX ÉLECTRIQUES 61

Q
Comme Q f = EC et τ = RC, le courant initial est I0 = τ f = ER . Pour d’autres circuits, les expressions générales
sont
Q f − Q0
Q f = τA, I0 = (5.22)
τ
Cette expression de I0 est déterminée dans l’annexe à la fin de ce chapitre.
Remarques
— Au lieu de résoudre l’équation différentielle (ou d’utiliser les formules générales), les expressions de
Q f et I0 peuvent être obtenues directement des lois de Kirchhoff pour chaque circuit. Dans notre cas,
l’équation de la maille E − Ri −VC = 0 permet :
— La détermination de I0 : initialement, C est complètement déchargé, donc VC = 0 et i = iC = I0 =⇒
I0 = ER .
Q
— La détermination de Q f : À la fin, C est complètement chargé, donc VC = Cf et i = iC = 0 =⇒
Q f = EC.
— La représentation graphique et les propriétés de q(t) et iC (t) ont été étudiées en terminale.

5.4.2 Décharge
Dans ce cas, on suppose que la charge initiale est Q0 à t = 0. Le condensateur se décharge en fonctionnant
comme un générateur. La charge finale est supposée nulle Q f = 0 C (décharge complète).

R R

i i

−q q
C C
q −q

Fig. (a) : i et q algbriques Fig. (b) : i et q rels

On peut utiliser deux méthodes résumées dans les deux encadrés ci-dessous correspondants aux figures a et b.
CHAPITRE 5. RÉSEAUX ÉLECTRIQUES 62

Méthode algébrique (Fig. a) Méthode i et q conventionnels (Fig. b)


i et q sont algébriques. On applique les conventions ha- i et q sont conventionnels, donc positifs. C doit être
bituelles : VC est dans le sens contraire du courant. Par considéré comme un générateur de borne positive q. Par
conséquent, i doit entrer dans le condensateur par la conséquent, i doit sortir de cette borne.
borne contenant la charge q. Maille : − Cq + Ri = 0
q
Maille : C + Ri = 0 iC = i = − dq dq q
dt (car q diminue et i > 0) =⇒ dt + τ = 0
iC = i = dq dq q
dt =⇒ dt + τ = 0 Solution  
dq Q0
Solution   q(t) = Q 0 exp − t
τ =⇒ ic (t) = − dt = τ exp − t
τ
q(t) = Q0 exp − τt =⇒ ic (t) = dq Q0
dt = − τ exp − τ
t
i(t) > 0, c’est bien le courant conventionnel.
i < 0, donc le courant conventionnel est dans le sens
inverse de i.
Dans les deux cas, l’équation différentielle a la même la forme
dq q
+ =0 (5.23)
dt τ
t t
avec τ = RC et un second membre nul, A = 0. La solution générale est q(t) = Be− τ + Q f = Be− τ car la
− τ0
décharge est complète
 Q f = 0. La condition initiale q(0) = Q0 donne Be = Q0 , soit B = Q0 . Par conséquent,
q(t) = Q0 exp − τ est la solution pour les deux méthodes. Par contre, le courant dépend de la méthode.
t

Les formules générales (5.22) donne les bons résultats pour la méthode algébrique. On trouve la charge finale
Q −Q
Q f = τA = 0 et le courant initial I0 = f τ 0 = −Q τ .
0

Remarque
La charge et la décharge d’un condensateur, sont décrites par la même équation différentielle (5.16). Les
solutions de cette équation ne se distinguent que par les conditions initiales et finales (elles se distinguent
aussi par le second membre A mais celui-ci est lié à la charge finale Q f = τA). Le tableau suivant résume ces
conditions pour la charge et la décharge d’un condensateur

Conditions initiales Conditions finales En général



Charge Q0 = 0 Qf > 0 Q f > |Q0 |

Décharge Q0 > 0 Qf = 0 Q f < |Q0 |

Du point de vue physique, ces conditions sont intuitives.

5.5 Exemples
Exemple 1
Dans la figure ci-dessous, les f.e.m.s, les résistances et la capacité du condensateur sont supposées connues.
Initialement, le condensateur était complètement déchargé.
Trouver la charge q(t) du condensateur et le courant qui le traverse.
CHAPITRE 5. RÉSEAUX ÉLECTRIQUES 63

i1 i2
R R i3
R
E1 E3
1 E2 2
C r
r

Kirchhoff
Nœud : i1 + i2 = i3
Maille 1 : E1 − Ri1 + Ri2 − E2 + ri2 −VC = 0
Maille 2 : −ri2 + E2 − Ri2 − Ri3 − E3 − ri3 = 0
Le courant qui traverse le condensateur est i1 , donc iC = i1 = dq
dt
Équation différentielle de la charge
On a VC = Cq et on doit déterminer iC = i1 . Il est plus simple d’utiliser l’équation nœud i3 = i1 + i2 pour
remplacer i3 dans les équations des mailles. Ainsi, on obtient rapidement deux équations à deux inconnues (i1
et i2 )
Maille 1 : Ri1 − (R + r)i2 + Cq = E1 − E2
Maille 2 : (R + r)i1 + 2(r + R)i2 = E2 − E3
Le courant i2 ne nous intéresse pas, on l’élimine par ((2 × Maille1) + Maille2). On trouve
(3R + r)i1 + 2 Cq = 2E1 − E2 − E3
Nous avons obtenu une équation qui ne contient plus les courants inconnus i2 et i3 mais seulement i1 = ic = dq
dt .
Il suffit de remplacer ce dernier pour obtenir une équation différentielle de la charge du condensateur
dq q 2E1 − E2 − E3
+2 =
dt C(3R + r) (3R + r)
dq
En comparant avec la forme générale dt + τq = A, on déduit que

(3R + r) 2E1 − E2 − E3
τ= C, A =
2 (3R + r)
dQ f
La solution particulière est Q f avec dt = 0. L’équation différentielle ou la formule générale donnent

(2E1 − E2 − E3 )C
Q f = Aτ =
2
−t
La solution générale est q(t) = Q f + Be τ . La condition initiale du condensateur complètement déchargé
−0
q(0) = 0, donne Q f + Be τ = 0, donc B = −Q f . La solution finale est
−t
q(t) = Q f (1 − e τ )
CHAPITRE 5. RÉSEAUX ÉLECTRIQUES 64

Le courant qui traverse le condensateur est

dq Q f −t 2E1 − E2 − E3 −t
ic = i1 = = eτ = eτ
dt τ (3R + r)
−t
Par identification avec la forme générale i(t) = I0 e τ , on déduit que
2E1 − E2 − E3
I0 =
(3R + r)
Q −Q
Ce n’est autre que la formule générale I0 = f τ 0 .
Exemple 2
Retrouver la charge finale et déterminer les courants finals du circuit précédent par une autre méthode.
Solution
Q
À la fin, le condensateur est complètement chargé, on a VC = Cf et iC = i1 = 0
Les lois de Kirchhoff deviennent
Nœud : i2 = i3 = I
E2 −E3
Maille 2 =⇒ −E2 + E3 + 2(R + r)I = 0 =⇒ I = 2(R+r)
Maille 1 =⇒ −E1 − (R + r)I + E2 + Cf = 0 =⇒ Q f = 2E1 −E2 2 −E3 C
Q

Exemple 3
Déterminer le rôle des générateurs E2 et E3 lorsque le condensateur est complètement chargé.
Solution
E2 −E3
Comme I = 2(R+r) , son signe est déterminé par E2 − E3 :
Si E2 > E3 , I est positif. C’est le courant conventionnel. Alors E2 est un générateur car I sort de sa borne +
entre par sa borne −. E3 est un récepteur (accumulateur) car I sort de sa borne − entre par sa borne +.
Si E2 < E3 , I est négatif. Le courant conventionnel est (−I). Alors E3 est un générateur (−I sort de sa borne +
entre par sa borne −) et E2 est un récepteur (−I sort de sa borne − entre par sa borne +).

5.6 Annexe-Solution générale de l’équation différentielle (*)


Dans le cas général, pour un circuit quelconque de charge ou de décharge, on obtient
dq q
+ =A (5.24)
dt τ
Les expressions de τ et de A dépendent du circuit. La solution peut être obtenue par la méthode utilisée en
classe de terminale.
Dans cette annexe, on considère un cas général où l’on suppose que l’on connaît la charge Q0 à t0 , c-à-d.
Q0 = q(t0 ), et la charge finale Q f à t → ∞, c-à-d. Q f = limt→∞ q(t).
Étapes de la résolution :
CHAPITRE 5. RÉSEAUX ÉLECTRIQUES 65

dQ
1. La charge finale Q f est constante ( dt f = 0). En remplaçant cette solution particulière q p = Q f dans
q
l’équation différentielle, on obtient : 0 + τp = A =⇒ q p = Q f = Aτ
2. La solution de l’équation sans second membre ( dq qs
dt + τ = 0) est qs (t) = B exp(− τ )
s t

3. La solution générale est la somme de la solution particulière et de la solution de l’équation sans second
membre
t
q(t) = qs (t) + q p = B exp(− ) + Q f , Q f = Aτ (5.25)
τ
4. On détermine B par la condition initiale. Initialement, on sait que Q0 = q(t0 ) = B exp(− tτ0 ) + Q f et on
trouve B = (Q0 − Q f ) exp( tτ0 ). Par conséquent,
 
t − t0
q(t)= Q f − (Q f − Q0 ) exp − (5.26)
τ
Q0 = q(t0 ), Q f = lim q(t) = Aτ (5.27)
t→∞

Selon les valeurs de Q 0 et Q , on peut avoir une charge du condensateur ( Q f > |Q0 |) ou une décharge
f
( Q f < |Q0 |).
Le courant est obtenu en dérivant l’expression de q(t)
 
dq (Q f − Q0 ) t − t0
iC (t) = = exp − (5.28)
dt τ τ

On l’écrit sous la forme  


t − t0 (Q f − Q0 )
iC (t) = I0 exp − , I0 = (5.29)
τ τ
On voit que le courant initial I0 dépend des charges initiale et finale.
Remarques :
— La solution générale peut s’écrire comme la somme des solutions habituelles de la charge et de la
décharge avec t 0 = t − t0 au lieu de t
    
t − t0 t − t0
q(t)= Q f 1 − exp − + Q0 exp − (5.30)
τ τ

On retrouve les solutions habituelles comme des cas particuliers de cette expression :
— Pour la charge d’un condensateur
 initialement
 déchargé, on a t0 = 0s et Q0 = 0 C. La solution
générale devient q(t) = Q f 1 − exp − τt .
— Pour la décharge complète
 d’un condensateur, on a t0 = 0s et Q f = 0 C. La solution générale devient
q(t) = Q0 exp − τt .
— S’il y a un récepteur pur dans la branche du condensateur, on peut utiliser la méthode algébrique mais
il faut choisir un courant positif (courant conventionnel) dans la branche de ce récepteur.
Chapitre 6

Interaction Magnétique

6.1 Introduction
Le magnétisme a été découvert grâce à la force exercée par un aimant sur des bouts de fer. Un aimant possède
un pôle nord est un pôle sud et crée un champ magnétique tangent aux lignes de champ dirigées du pôle nord
vers le pôle sud.

Aimant en barre Aimant en U


Tangente
~ Ligne de Champ
B

~
B
~
B N S ~
B

Boussole
N Uniforme S
~
B

Deux pôles de même type se repoussent et deux pôles de types opposés s’attirent (comparer boussole-aimant) :
Le pôle nord de l’un (boussole) s’oriente dans la direction du champ magnétique de l’autre (aimant en barre
ou en U).
Il n’y a pas de monopôle magnétique (en brisant un aimant en deux, on obtient deux pôles sur chaque morceau).
La Terre est un gros aimant dont le pôle nord magnétique est près du pôle sud géographique, et le pôle sud
magnétique est près du pôle nord géographique.

66
CHAPITRE 6. INTERACTION MAGNÉTIQUE 67

Le pôle nord magnétique d’une boussole est attiré par le pôle sud magnétique (nord géographique) de la Terre 1 .

11,5◦

Nord géographique

S
S
N

Sud géographique

Dans ce chapitre, on étudiera le lien entre les charges en mouvement et le champ magnétique. Deux points
essentiels seront traités :
— La force exercée par un champ magnétique sur une charge en mouvement (Force de Lorentz) et sur un
courant (Force de Laplace).
— Le champ magnétique créé par un courant électrique (loi de Biot et Savart).
La plupart des formules sont analogues à celles de l’électrostatique. Il suffit de remplacer :
1
— La constante électrique K = 4πε 0
= 9 × 109 par la constante magnétique Km = 4πµ0
= 10−7 en unités SI.
— Le champ électrique ~E par le champ magnétique ~B.
— La charge q par q~v ou par I dl~ (~vest la vitesse de la charge et dl
~ est l’élément de longueur traversé par
le courant I et orienté dans le sens du courant).
— Le produit ordinaire par le produit vectoriel (∧).

6.2 Force exercée par un champ magnétique sur une charge en mou-
vement
Si une charge q est en mouvement avec une vitesse~v dans un champ magnétique ~B, elle sera soumise à la force
de Lorentz

~F = q~v ∧ ~B (6.1)

~
F = |q| k~vk ~B |sin θ | (6.2)

1. Source de la figure du champ magnétique terrestre : https ://www.overleaf.com/project/5e79bd1781a21800012b04ba


CHAPITRE 6. INTERACTION MAGNÉTIQUE 68

θ est l’angle entre ~v et ~B. La direction de la force se détermine par la règle de la main droite.

F~
~v z
Main Droite
θ 4 Doigts = direction de q~v
q~v ~v y
~
B ~
Paume = Direction de B
(+)
θ x Pouce = Direction de F~
F~ q>0 ~
q<0 B

Cette force est nulle si :


— La charge est immobile ~v = ~0.
— Le champ est nul ~B = ~0.
— La vitesse et le champ sont parallèles ~v k ~B ⇐⇒ θ = 0, π.
Remarque : si, en plus du champ magnétique, il y a un champ électrique, la force totale sera ~F = q~E + q~v ∧ ~B.

6.3 Exemples
6.3.1 Mouvement d’une seule charge
Considérons une charge q qui entre dans une région où règne un champ magnétique uniforme ~B. Distinguons
le cas où ~v0 est perpendiculaire à ~B et le cas où elle est quelconque.
Cas ~v0 ⊥ ~B :
La RFD

~F = q~v ∧ ~B = m~a, (6.3)


implique que ~a est constamment perpendiculaire à ~B et ~v. Par conséquent,
~ sont perpendiculaires à ~B car ~a ⊥ ~B ⇒
1) Le mouvement est plan : Initialement, on a ~v0 ⊥ ~B. Puis, tous les dl
d~v ⊥ ~B ⇒ d~l ⊥ ~B. Alors, le mouvement a lieu dans un plan ⊥ à ~B.
2) Le mouvement est uniforme : ~a ⊥~ v =⇒ ~a = ~an et at = 0 =⇒ 2k~vk = Const.
~ ~ k~vk m k~vk
3) Le mouvement est circulaire : F = |q| k~vk B = man = m R =⇒ R = |q| ~ = Const car k~vk et ~B
kBk
sont constants.
Le mouvement est circulaire et uniforme de rayon R et de vitesse angulaire (appelée fréquence cyclotron)

|q| q
ω = k~vk /R = ~ = ~B
B =⇒ ω (6.4)
m m
La relation vectorielle se déduit en essayant les deux cas q < 0 et q > 0 pour la même vitesse et le même
champ. La relation ~F = q~v ∧ ~B montre que la force du cas q > 0 a le sens opposé de celui du cas q < 0. Par
conséquent, le sens du mouvement n’est pas le même (voir figures ci-dessous)
CHAPITRE 6. INTERACTION MAGNÉTIQUE 69

~v q>0

Main droite pour ~ω :


F~ 1) Doigts : ~v (et non q~v )
R R O 2) Paume : vers O
O
F~ 3) Pouce : ~ω
~
⊗B ⊙~
ω ~
⊗B ⊗~ω

~v q<0

La règle de la main droite détermine ω ~ dans chaque cas. On voit que ω ~ a le même sens que mq ~B.
Cas ~v0 =~v0k +~v0⊥ où ~v0k k ~B et ~v0⊥ ⊥ ~B (voir représentation des vecteurs ci-dessous)
A chaque instant, on a ~v =~vk +~v⊥ et

~F = q~v ∧ ~B = q~v⊥ ∧ ~B, car ~vk ∧ ~B = ~0 (6.5)

La composante ~vk = ~v0k n’est pas affectée par ~B et engendre un mouvement rectiligne et uniforme. La com-
posante ~v⊥ change en direction et engendre un mouvement circulaire et uniforme. Le mouvement global est
hélicoïdal (voir vue en perspective ci-dessous).

~v⊥

~v⊥ F~
~v q>0
~vk ~
B

F~ ~vk B~
Représentation des vecteurs Vue en perspective

6.3.2 Effet Hall


L’effet Hall est l’apparition d’une d.d.p VH dans la direction perpendiculaire à celles du courant et du champ
magnétique dans lequel baigne un conducteur.
Porteurs de charge négative Porteurs de charge positive
V V
I I

L L
+ + + + + z bc bc bc bc bc z
d + + + + + d bc bc bc bc bc

+ + + + + bc bc bc bc bc

VH VH
~
E VH VH
F~H F~H
~v− ~v ~H
E
⊕+ ⊕
~ ~ −e Voltmètre e Voltmètre
l B EH F~m l F~m ~
y ~
B E y
bc bc bc bc bc
+ + + + +
bc bc bc bc bc
+ + + + +
bc bc bc bc bc
+ + + + +
x x

Considérons un conducteur parallélépipédique possédant une épaisseur d, une longueur L et une largeur l
parallèles aux axes Ox, Oy et Oz, respectivement. Il est traversé par un courant I parallèle à l’axe Oy, dû à une
d.d.p. V délivrée par un générateur, et placé dans un champ magnétique uniforme ~B = B~i.
CHAPITRE 6. INTERACTION MAGNÉTIQUE 70

Les porteurs de charges de ce courant se déplacent avec une vitesse ~vq = vq~j perpendiculaire à ~B. La figure de
gauche montre que, pour les porteurs de charge négative, on a q = −e et v− = −v où v > 0. La figure de droite
montre que, pour les porteurs de charge positive, on a q = e et v+ = v. Les deux types de porteurs de charge
sont déviés vers le bas par la même force magnétique de Lorentz

~Fm = q~vq ∧ ~B = qvq B(~j ∧~i) = −evB~k (6.6)

Ainsi,
— si les porteurs ont des charges négatives, ils s’accumulent sur le le côté bas qui se charge négativement,
ce qui correspond à un excès de charges positives en haut et à la création d’un champ électrique de Hall
~EH dirigé vers le bas. Il en résulte une d.d.p. de Hall VH positive.
— Si les porteurs ont des charges positives, ils s’accumulent sur le côté bas qui se charge positivement, ce
qui correspond à un excès de charges négatives en haut et à la création d’un champ électrique de Hall
~EH dirigé vers le haut . Il en résulte une d.d.p. de Hall VH négative.
Dans les deux cas, la d.d.p de Hall VH = −EH l augmente avec l’accumulation de charge car EH augmente. Les
porteurs suivants seront soumis à la force magnétique ~Fm et à la force électrique de Hall ~FH = q~EH = qEH~k
dirigée vers le haut car qEH > 0. La force ~FH augmente jusqu’à devenir égale à ~Fm en module, suite à quoi, les
porteurs ne seront plus déviés, l’accumulation s’arrête et on atteint un état d’équilibre pour lequel ~EH , VH et
~FH restent constants. L’équation d’équilibre s’écrit

~FH + ~Fm = ~0 =⇒ qEH = qvq B =⇒ VH = −vq Bl (6.7)

Comme I = jS = nqvq ld, c-à-d. vq = I/(nqld), on obtient

IB IB 1
VH = − ⇐⇒ VH = RH , RH = − (6.8)
nqd d nq
Remarques
— La constante de Hall RH caractérise le conducteur. On constate que :
— La valeur de RH détermine la densité n des porteurs de charge. Plus n est faible, plus RH et VH sont
grands.
— Le signe de RH détermine la nature des porteurs de charge (RH > 0 ⇐⇒ q < 0 et RH < 0 ⇐⇒
q > 0).
— La connaissance de RH pour un matériau de n faible permet de l’utiliser comme capteur mesurant le
champ magnétique. En effet, connaissant d et mesurant I et VH qui est assez grand, on peut déterminer
B.

6.3.3 Spectromètre de masse de Dempster


q
Le Spectromètre de masse de Dempster de la figure ci-dessous permet de mesurer le rapport m des particules
et de déduire les masses connaissant les charges.
CHAPITRE 6. INTERACTION MAGNÉTIQUE 71

Source b d’ions
b
qb > 0
b b b

V0

accélération à vide
d
2R Vf

~v ~
⊙B

F~ = q~v ∧ B
~

Phases 1 : Accélération
Des ions de charge q et de masse m sont accélérés vers le bas par une d.d.p. V = V0 −V f jusqu’à une vitesse v.
La conservation d’énergie totale Ec0 + E p0 = Ec f + E p f donne 0 + qV0 = 12 mv2 + qV f . Donc
2qV
v2 = (6.9)
m
Phases 2 : Mouvement circulaire
Ensuite, les ions passent à travers une orifice et entrent dans une région où règne un champ magnétique ~B
uniforme perpendiculaire à ~v. La trajectoire des ions est un demi-cercle. À la fin, ils rencontrent une plaque
photographique qui marque leur position diamétralement opposée à celle de l’orifice. La mesure du rayon R
devient ainsi possible. La RFD donne

v2 q  q 2
qvB = man = m =⇒ v = BR =⇒ v2 = B2 R2 (6.10)
R m m
En comparant les expressions (6.9) et (6.10) de v2 , on déduit
q 2V
= 2 2 (6.11)
m B R
Ce rapport est donc mesurable expérimentalement car B et V sont connus (imposés) et R peut être mesuré.
Pour le même potentiel V et le même champ B, deux ions différents vérifient
   
q1 q2 R2 2 q2 R2 2
= ⇐⇒ m2 = m1 (6.12)
m1 m2 R1 q1 R1
Connaissant les charges des ions, la masse d’un seul ion (m1 ) permet de déterminer les masses (m2 ) des autres
ions en mesurant les rayons R1 et R2 . Pour les isotopes q1 = q2 , on a
 2
R2
m2 = m1 (6.13)
R1
CHAPITRE 6. INTERACTION MAGNÉTIQUE 72

6.4 Force de Laplace


Nous avons vu qu’une charge en mouvement dans un champ magnétique est soumise à la force magnétique
~ d’un fil parcouru par courant électrique I et se
de Lorentz. Il en résulte que chaque élément de longueur dl,
trouvant dans un champ magnétique ~B, est soumis à la force magnétique de Laplace
~ ∧ ~B
d ~F = I dl (6.14)
~ est orienté dans le même sens que le courant I.
Le vecteur dl
D

~
CD
~
dl
~
dF
~
⊗B

La force magnétique exercée sur tout le fil (de forme quelconque) est
ˆ
~F = ~ ∧ ~B)
I(dl (6.15)
f il

Si le vecteur champ magnétique est constant (~B = Const), ~ cette relation s’écrit sous une forme simple qui sera
très utilisée
~F = ICD ~ ∧ ~B (6.16)
´
Le vecteur CD ~ = ~ ~ ~ ~
f il dl joint les deux bouts du fil. La formule d F = I dl ∧ B se déduit de la force de Lorentz
de deux façons :
~ ~ dq ~ ~ ~ ~
— Rapide (non rigoureuse) : d ~F = dq~v ∧ ~B = dq dl dt ∧ B = dt dl ∧ B = I dl ∧ B.
— Longue : Considérons un volume dV du fil, de longueur dl et de section S. Il contient une charge
dq = ρc dV = nqρc Sdl où n est la densité des porteurs de charges ayant tous la même vitesse moyenne
v. La force magnétique appliquée à dq est d ~F = dq~v ∧ ~B = ρc Sdl~v ∧ ~B. Comme dl ~ est parallèle à ~v, on
~ ~
peut écrire dl~v = vdl. En utilisant la densité de courant j = ρc v, on trouve d F = jSdl ~ ∧ ~B = I dl
~ ∧ ~B.

6.4.1 Couple magnétique agissant sur un circuit parcouru par un courant - Moment
magnétique
Une des applications de la force de Laplace est le moteur électrique. Dans le cas le plus simple, il est consti-
tué d’un cadre rectangulaire mobile autour de l’axe Oz, parcouru par un courant I est placé dans un champ
magnétique.
CHAPITRE 6. INTERACTION MAGNÉTIQUE 73

6.4.1.1 Cadre rectangulaire


Un courant I parcourt (dans le sens MNPQ) un cadre situé dans le plan (Oyz) et de centre O confondu avec
l’origine du repère (Oxyz). Les largeurs sont PQ ~ = NM ~ = L~k. Le cadre
~ = PN
~ = l~j et les longueurs sont QM
~ ~ ~
est placé dans un champ magnétique horizontal uniforme B = B cos θ i + B sin θ j. L’angle θ est celui que fait
~B avec le vecteur unitaire ~n perpendiculaire à la surface du cadre.

F~MN
N I M Vue de haut des fils N P et M Q
l
Sens de la rotation
F~QM
L N M
F~N P O F~QM I ⊙ y
y I
~n ~n
θ
~
B θ ~
B ~
B
x ~
B F~N P
P Q
x

F~P Q

Les forces agissant sur chaque portion du cadre sont


~FPQ = −~FMN = I PQ ~ ∧ ~B = −IlB cos θ~k et ~FQM = −~FNP = I QM~ ∧ ~B = ILB(− sin θ~i + cos θ ~j).
Les forces ~FMN et ~FPQ s’annulent mutuellement et ne contribuent à aucun mouvement du cadre. Par contre,
les forces ~FNP et ~FQM constituent un couple et font tourner le cadre autour de Oz dans le sens trigonométrique
(voir la figure donnant une vue de haut). Le moment par rapport à O du couple exercé par les forces ~FQM est

l l
~τ = ~j ∧ ~FQM − ~j ∧ ~FNP = l~j ∧ ~FQM = ILlB sin θ~k (6.17)
2 2

En termes de la surface S = Ll et du vecteur ~n =~i normale au cadre, le moment du couple s’écrit,

~τ = IS~n ∧ ~B = ISB sin θ~k (6.18)

Le moment ~τ nous indique que les positions d’équilibre stable et instable correspondent à θ = 0 et θ = π,
respectivement. La vue de haut ci-dessous (comparable à celle d’un dipôle électrique), nous le montre plus
clairement
CHAPITRE 6. INTERACTION MAGNÉTIQUE 74

Vue de haut des fils N P et M Q


Equilibre Stable Equilibre Instable
F~QM

M N
⊙ I
I
F~N P
~
B ~
B
y ~n y
~n θ=π
θ=0 F~QM
~
B ~
B
N M
I I ⊙
x x
~
B ~
B
F~N P

Pour déterminer ces positions, on peut utiliser l’énergie potentielle du cadre dans le champ magnétique. On
admet qu’elle est égale a
E p = −IS~n.~B = −ISB cos θ (6.19)
La position d’équilibre stable correspond au minimum de E p , soit θ = 0. La position d’équilibre instable
correspond au maximum de E p , soit θ = π.

6.4.1.2 Généralisation - Moment magnétique


Les formules (6.18) et (6.19) se généralisent pour un circuit fermé quelconque de surface S parcouru par un
courant I et placé dans un champ magnétique uniforme ~B.

~τ R ~
B R ~
B
z I ⊗M ~ I
⊙ ~n ⊗ ~n
⊙M ~
y
~
B ~τ ~
B

On commence par définir le moment magnétique du circuit par


~ = IS~n
M (6.20)
où ~n est le vecteur unitaire normal à S et déterminé par la règle de la main droite (les doigts dans le sens du
courant, la paume vers l’intérieur du circuit, le pouce donne le sens de ~n).
Le moment du couple des forces magnétiques appliquées au circuit, et l’énergie potentielle magnétique du
circuit sont
~τ = M~ ∧ ~BE p = −M.
~ ~B (6.21)
Remarquez l’analogie avec les formules du dipôle électrique ~p placé dans un champ électrique uniforme ~E.
CHAPITRE 6. INTERACTION MAGNÉTIQUE 75

6.4.1.3 Moment magnétique d’une charge en mouvement circulaire


Une charge q est en mouvement circulaire uniforme de rayon R et de vitesse angulaire ω ~ = ω~n où ~n est
le vecteur unitaire indiquant l’axe perpendiculaire à la trajectoire circulaire. La charge q fait un tour en une
période T . Ceci est équivalent à un courant I = Tq = q 2πω
. La surface du circuit étant S = πR2 , le moment
magnétique est
~ = IS~n = 1 qR2 ω
M ~ (6.22)
2

6.5 Loi de Biot et Savart


En électricité, un champ électrique est créé par des charges et exerce des forces sur d’autres charges. De
même, un champ magnétique est créé par des charges en mouvement (courant) et exerce des forces sur d’autres
charges en mouvement (courant). La loi de Biot et Savart donne l’expression du champ magnétique en fonction
du courant qui le crée. Elle est analogue à celle du champ électrique en fonction de la charge qui le crée. La
figure ci-dessous montre un courant parcourant un fil quelconque et un courant parcourant un fil rectiligne.

R ~
dB
D ~ ⊗
dB O ⊗
M θ M y

r r
~u ~u
~
dl ~
dl θ
z

I I
C

Considérons le cas général d’abord :


Un courant I parcourant, un élément de longueur dl ~ orienté suivant I, crée en tout point M de l’espace un
champ magnétique
~ ∧~u
I dl µ0
d ~B = Km 2 , Km = = 10−7 en unités S.I. (6.23)
r 4π
~ vers M et r est la distance entre
µ0 est la perméabilité magnétique du vide, le vecteur unitaire~u est dirigé de dl
~ et M.
dl
L’analogie entre les lois des champs, électrostatique et magnétique, se remarque par les remplacements sui-
vants : ε0 ↔ µ10 , dq ↔ I dl,
~ × ↔ ∧.
~ peuvent être déterminés par,
Le sens et la direction de dB
— la règle du bonhomme d’Ampère : Le courant entre par les pieds et sort de la tête du bonhomme
d’Ampère qui regarde le point M. Son bras gauche donne la direction et le sens de ~B.
— La règle de la main droite : Le courant entre par le poignet et sort des doigts de la main droite dont la
paume est dirigée vers le point M. Le pouce donne la direction et le sens de ~B.
CHAPITRE 6. INTERACTION MAGNÉTIQUE 76

Le champ magnétique total créé par le fil est


ˆ ~ ∧~u
~B = I dl
Km (6.24)
f il r2

Considérons maintenant le cas du fil rectiligne.

6.5.1 Champ créé par un courant rectiligne infini


~ = dz~k est situé au point (0, 0, z). Calculons d ~B au point M(0, R, 0).
I parcourt (z0 Oz) dans le sens positif et dl
Comme ~u = cos θ ~j + sin θ~k, on a
~ ∧~u = dz cos θ (~k ∧ ~j) + dz sin θ (~k ∧~k) = −dz cos θ~i +~0
dl (6.25)

Il en résulte
dz
d ~B = −Km I cos θ~i
r2
où r = R ~ est en z = −∞, on doit avoir θ = + π . De plus, en dérivant, on trouve
et z = −R tan θ . Lorsque dl
cos θ 2

dz dθ dθ
= −R 2 ⇒ dz = −R 2 (6.26)
dθ cos θ cos θ
Par conséquent, le champ magnétique total est
ˆ ∞ ˆ − π2
~B = dz dθ
Km I 2 cos θ ~j = − Km I cos θ ~j (6.27)
−∞ r π
2
R2

On trouve
~B = µ0 I ~i (6.28)
2πR2
Évidemment, n’importe quel autre axe perpendiculaire à (z0 Oz) peut être considéré comme étant l’axe (y0 Oy).
Par conséquent, on ne retient que le module de ~B
µ0 I
B= (6.29)
2πR2
où R est la distance entre M et le courant. Les lignes de champ sont des cercles centrés autour du courant. Le
sens et la direction de ~B sont déterminés par la règle de la main droite ou du bonhomme d’Ampère.

6.5.2 Champ créé par une boucle sur l’axe passant par son centre
I parcourt un cercle de rayon R, de centre O et contenu dans le plan (Oxz). Le sens du courant est de Ox vers
Oz.
CHAPITRE 6. INTERACTION MAGNÉTIQUE 77

z
~
dl
R⊗
~u

~
B M y
I a θ
θ ~u

~
dB
−R ⊙
~
dl

~ = −dl~i. Le point M est sur Oy et sa coordonnée est y = a. L’angle


Sur l’axe Oz et au point (0, 0, R), on a dl
entre ~u et Oy est θ de sorte que ~u = cos θ ~j − sin θ~k. Donc,
~ ∧~u = −dl cos θ (~i ∧ ~j) + dl sin θ (~i ∧~k) = −dl cos θ~k − dl sin θ ~j
dl (6.30)

Par conséquent,
Idl
d ~B = Km (− cos θ~k − sin θ ~j) (6.31)
r2
A cause de la symétrie, la composante sur ~k s’élimine par l’élément dl ~ situé en (0, 0, −R). On ne s’intéresse
alors qu’à la composante sur ~j, ˆ
~B = Idl
−Km 2 sin θ ~j (6.32)
cercle r
√ ´
or r = R2 + a2 et sin θ = Rr sont constants, on intègre seulement cercle dl = 2πR et on trouve

~B = µ0 IR2
(−~j) (6.33)
2 (R2 + a2 ) 32

Le vecteur (−~j) peut être retrouvé par la règle du bonhomme d’ampère ou de la main droite dirigés vers le
centre de la boucle. La formule générale est donnée en module

µ0 IR2
B= (6.34)
2 (R2 + a2 ) 32

Au centre de la boucle, a = 0, cette loi devient


µ0 I
B= (6.35)
2R
CHAPITRE 6. INTERACTION MAGNÉTIQUE 78

6.5.3 Champ créé par un solénoïde infini


Un solénoïde est un fil enroulé en N spires (boucles) identiques, adjacentes et en forme de cylindre. Soit x0 Ox
l’axe du cylindre et n = dN
dx le nombre de spires par unité de longueur.

θ
R
x0
0 x ~ M
I B

On veut calculer le champ en un point x0 de l’axe x0 Ox. Les dN spires situées à la position x créent le même
champ en x0 . Celui-ci est donné par la formule (6.34) d’une spire multipliée par le nombre dN = ndx en
remplaçant a par la distance x − x0

µ0 IR2 µ0 IR2
dB = × dN = × ndx (6.36)
2 (R2 + (x − x0 )2 ) 32 2 (R2 + (x − x0 )2 ) 32

Alors, la contribution de toutes les spires est


ˆ +∞
µ0 IR2
B= 3 ndx (6.37)
−∞ 2 (R2 + (x − x0 )2 ) 2

En posant x − x0 = R tan θ , on aura dx = Rdθ / cos2 θ et R2 + (x − x0 )2 = R2 / cos2 θ , et l’intégrale s’étendra de


− π2 à π2 ,
ˆ +π
2 µ0
B= n IR2 cos θ dθ (6.38)
− π2 2
On obtient
dN
B = µ0 nI, n= = nombre de spires/unité de longueur (6.39)
dl

Remarques :
— Cette formule est à retenir. Elle ne dépend pas de x0 .
— On admet que le champ est
— uniforme à l’intérieur du solénoïde infini, B = µ0 nI.
— nul à l’extérieur du solénoïde infini, B = 0.
— Si le solénoïde est de longueur finie, l’intégrale (6.38) se fait entre les angles θ1 et θ2 correspondant
aux extrémités x1 et x2 du solénoïde par rapport à x0 . Le champ sur l’axe du solénoïde fini est (sans être
CHAPITRE 6. INTERACTION MAGNÉTIQUE 79

uniforme à l’intérieur ni nul à l’extérieur)


µ0 nI
B(x0 ) = (sin θ2 − sin θ1 ) (6.40)
2
x1 − x0
sin θ1 = p (6.41)
R2 + (x1 − x0 )2
x2 − x0
sin θ2 = p (6.42)
R2 + (x2 − x0 )2